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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 19:44

Hollande_ile_de_sein.jpgFrançois Hollande et Manuel Valls viennent de nous offrir un spectacle politique violent comme la Vème République nous y avait rarement habitué. Alors qu'ils sont confrontés à l'échec de l'orientation libérale que le Président de la République a impulsé depuis l'automne 2012 et qu'il a décidé de renforcer depuis janvier dernier et la nomination de Manuel Valls comme premier ministre en avril ; alors que la contestation s’accroît progressivement au sein de la gauche et surtout du Parti Socialiste face à l'échec économique et social de ces choix pris en contradiction flagrante avec nos engagements et les orientations du PS (y compris le texte majoritaire lors du dernier congrès du PS en 2012 ; alors que la gauche dans son ensemble a essuyé à deux reprises, lors des élections municipales et de l'élection européenne, des sanctions sévères et que le couple exécutif ne cesse de perdre le soutien de l'opinion publique ; alors que la menace à venir du Front National, prospérant sur leurs erreurs politiques et la désespérance sociale, n'a jamais été aussi forte, le Président et son Premier ministre ont décidé de provoquer une crise politique supplémentaire en dissolvant le gouvernement Valls pour sanctionner plusieurs ministres éminents.

Le prétexte leur en a été « offert » par la timide offensive médiatique opérée conjointement par Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, désormais ex ministres de l'économie et de l'éducation nationale, à l'occasion de la traditionnelle fête de la Rose de Frangy-en-Bresse, dans le « fief » de l'ancien chantre de la « démondialisation ».

Ce rendez-vous initié voici près de quarante ans par Pierre Joxe, ancien élu du territoire, avait été précédé de deux entretiens avec la presse, qui portaient en creux une critique des orientations politique du Président de la République et de son zélé Premier ministre. L'ex ministre de l'économie avait confié dès le 23 août dans un entretien au Monde,titré « les choix politiques ne sont pas figés », sa volonté faire bouger les lignes à l'échelle européenne et donc nationale, l'ex ministre de l'éducation nationale lui emboîtant le pas le soir même dans les colonnes du Parisienqui le citait ainsi en titre « on n'est pas loin des frondeurs ». Les discours de Frangyfurent cependant plus policés et normalement tout aurait dû en rester là. Cependant, la réaction de l'exécutif a été cinglante et brutale ; elle ouvre nécessairement une période nouvelle pleine d'incertitudes et de dangers pour le pays et la gauche.

Des expressions pourtant prudentes et répétées

Ce qui contraste avec la réaction brutale de l'exécutif, c'est la prudence renouvelée des prises de position d'Arnaud Montebourg, prises de position qui avaient déjà été formulées voici quelques semaines à peine, dans l'exercice de ses fonctions dans le même gouvernement. En effet, dans Le Mondeet ce dimanche à Frangy, l'ancien candidat aux primaires citoyennes n'a pas dit autre chose que ce qu'il avait affirmé depuis Bercy le 10 juillet dernier en présentant « [sa] feuille de route pour le redressement économique de la France ».

Depuis son entrée dans les gouvernements Ayrault et sa promotion dans le gouvernement Valls I, il n'a jamais cessé de dénoncer les dégâts et l'inefficacité des politiques d'austérité imposées aux États européens et prônées par la Commission européenne et les gouvernements d'Angela Merkel ; mais il a toujours pris garde (y compris jusqu'au 24 août 2014) de situer le débat à l'échelle européenne et de présenter la France comme une victime un peu contrainte de cette orientation politique. Pourtant, tout au long des deux années de ce quinquennat, l'exécutif français n'a cessé de protester de sa volonté de respecter les contraintes libérales européennes, se défendant même qu'elles soient imposées de l'extérieur et qu'elles avaient été décidées librement car c'était la seule voie possible pour la France. Qu'à cela ne tienne, Montebourg a choisi de maintenir un affichage, une fiction politique, selon laquelle la France poussait à la réorientation des politiques européennes, ce qui justifiait à la fois sa position de ministre et son discours politique.

Pourtant, que le ministre autoproclamé du « made in France » se soit bercé d'illusions ou que cela soit encore l'effet d'une auto-construction mentale et politique, cette brèche européenne était inexistante.

On sait en effet depuis plusieurs mois, les langues s'étant déliées, que François Hollande n'a jamais cherché à obtenir une réorientation des politiques européennes et encore moins de la construction européenne. Alors qu'il aurait pu construire un réel rapport de force, face à une Angela Merkel en pleine campagne électorale, assis sur la légitimité toute neuve de sa récente élection, le Président de la République n'a pas demandé la renégociation du traité Merkozy à ses partenaires européens, comme il s'y était pourtant engagé durant la campagne de l'élection présidentielle, mais a simplement réclamé un délai supplémentaire pour atteindre les 3 % de déficit public. L'habillage de cette abdication d'entrée de jeu a été le fameux « pacte de croissance », qu'il aurait arraché et qui justifiait après coup que l'on ratifia le traité Merkozy pourtant vierge de toute correction ; « pacte de croissance » de 200 milliards d'euros dont on a depuis pas vu l'ombre d'un centime, le Président Hollande ayant également cédé devant l'offensive des britanniques et des néerlandais sur la réduction du budget européen. Autant dire que dès ce jour, la France a déçu nombre de ses partenaires européens, qui ont choisi de ne plus placer leur confiance dans le Président Hollande. L'Espagne conservatrice mais durement frappée par l'austérité s'est finalement ralliée à Angela Merkel, espérant plus de la négociation avec la Chancelière, désormais en coalition avec les sociaux-démocrates, que d'un rapport de force construit avec un allié aussi pusillanime ; l'Italie centriste a décidé de mener et d'organiser son offensive sans la France, au point que Matteo Renzi, tombeur d'Enrico Letta, fait aujourd'hui figure de leader de la contestation économique et sociale au sein du concert des chefs de gouvernement.

La nouveauté du week-end était peut-être plus à rechercher auprès des nuances pourtant elles-aussi timides que Benoît Hamon a émises les 23 et 24 août. Tant à Bercy qu'à Grenelle, le grand écart a été un exercice finalement réussi jusqu'ici par l'ancien ministre, puisqu'il a fait preuve d'une loyauté sans faille dans ses fonctions gouvernementales tout en durcissant le ton à l'occasion de la réunion de ses amis d'Un Monde d'Avancedébut à la mi-septembre 2013 au Vieux-Boucault, les députés de sa sensibilité prenant une part importante à l'opération des « frondeurs ». Le fait que l'économie sociale & solidaire ait été méprisée jusqu'ici par l'exécutif et les défenseurs du social-libéralisme lui a sans doute apporté un peu plus de liberté et a permis sa promotion à l’Éducation nationale en avril dernier, pour récompenser l'habileté d'un responsable politique qui arrivait tout à la fois à tenir une partie de la gauche du PS tout en étant un bon petit soldat gouvernemental.

Le titre du Parisienronflait bien : « on n'est pas loin des frondeurs », ça en jette pour une rentrée politique d'un ministre clef du gouvernement. Mais si on regarde de plus près, tout reste dans la nuance au point de proférer de terribles oxymores : « La relance de la demande est la condition de la réussite de la politique de l'offre qui a été faite depuis deux ans []. » Voilà une assertion difficilement tenable, car dans les circonstances actuelles de panne de la croissance et de menace de déflation, c'est la politique de l'offre du gouvernement qui entretient les échecs et la relance de la demande etde l'investissement qui est l'alternative politique urgente et indispensable à mettre en œuvre pour faire repartir l'activité économique, notamment en remplissant à nouveau les carnets de commandes désespérément vide des entreprises hexagonales.

En visant l'Allemagne de la Chancelière Merkel, en ciblant la hausse du pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes inférieures (objectif affiché des baisses d'impôts supplémentaires envisagées par Manuel Valls) et en critiquant sans nuance le livre de Cécile Duflot, l'ex ministre de l'éducation nationale pensait comme son comparse de Frangy rester dans une zone de discussion compatible avec le Premier Ministre, qu'ils avaient largement contribué à placer à Matignon sur les cendres de Jean-Marc Ayrault, victime expiatoire des défaites municipales provoquées par la politique décidée par François Hollande.

Il est certain que ni Arnaud Montebourg – dont il est évident qu'il avait cependant programmé un départ prochain et sans doute théâtral du gouvernement (en partie pour éviter qu'on ne lui reprocha à l'avenir l'inefficacité concrète de ses propres grands écarts) – ni Benoît Hamon n'avaient envisagé être limogés au lendemain de la fête de Frangy. Peu de monde d'ailleurs attendait des faits politiques fracassant à l'occasion de cette fête de la Rose, Emmanuel Maurel expliquant rationnellement son absence à cette sauterie «Sauf à ce qu'il annonce qu'il démissionne du gouvernement, je ne vois pas ce que l'on peut attendre de cette journée. Montebourg restera forcément solidaire !» en pleine cohérence avec son ami Paul Quilès qui interpellait avec force le ministre de l'économiepour qu'il mette un terme à son petit jeu fictionnel de chat et de souris avec François Hollande et Manuel Valls.

La brutalité Vallsiste, soutenue par François Hollande, ouvre une période dangereuse

Rien de neuf n'a effectivement émergé de Frangy. Les discours des ministres restant même en deçà de leurs confidences à la presse nationale les jours précédents. Le choix de limoger avec énergie, c'est-à-dire en faisant démissionner l'ensemble du gouvernement, a été fait plus tôt. Sinon comment expliquer, que dès la fin des festivités à Frangy, Matignon ait fait savoir que « la ligne jaune [avait] été franchie » par Arnaud Montebourg, alors que rien nouveau n'avait été prononcé depuis les entretiens et que les discours n'avaient pas encore reçu de retour presse importants. Il est probable donc que Manuel Valls ait pris la décision de se séparer au moins d'Arnaud Montebourg et d'Aurélie Filipetti (on y reviendra plus tard) dès la publication des entretiens des deux ministres ; le discussion avec François Hollande n'a dû porter que sur le timinget la procédure de la sanction et il semble que la solution la plus radicale, vraisemblablement prônée par le Premier ministre – Hollande ayant souvent privilégié dans le Parti et dans le gouvernement des méthodes plus rondes mais pas moins pernicieuses – l'ait emportée dans la journée de dimanche, Manuel Valls décidant alors de communiquer sur l'imminence du couperet.

Mais pourquoi choisir de sanctionner à ce point les deux ministres alors que leur expression – on l'a rappelée plus haut – n'est pas une réelle innovation ?

Parce qu'il a voulu couper l'herbe sous le pied de deux rivaux potentiels – rivaux avec qui il s'était précédemment entendu pour obtenir à son profit la tête de Jean-Marc Ayrault – pour la plus haute fonction dans l'avenir en réaffirmant son autorité, qualité pour laquelle il pense avoir été mis là où il est ? Sans douteIl pensait peut-être ainsi déstabiliser le calendrier politique du ministre de l'économie, en effrayant Benoît Hamon suffisamment pour le récupérer plus docile ensuite (la tentative semble avoir été faite de ce côté là, mais peut-être que ce dernier a enfin compris que le numéro d'équilibriste n'était plus tenable et que la violence et la brutalité politique de Manuel Valls étaient trop fortes pour chercher à maintenir un accord politique en position de faiblesse).

Parce qu'il a considéré que la violence de la décision assurerait la loyauté des autres ministres, qui ne seraient ainsi plus tentés – si jamais ils l'avaient été, ce qui est assez improbable – de critiquer sa ligne ? Probablement

Mais surtout, une raison politique profonde a créé une tension telle pour ce dirigeant qu'elle l'a acculée à procéder d'une manière qui laisser durablement des traces et à montrer une facette de lui qu'il aurait sans doute préféré garder en arrière-plan. Les mois passant l'augmentation constante du nombre des chômeurs et l'absence obstinée de la croissance vient marquer l'échec de la politique de l'offre décidée non pas en janvier dernier par le Président de la République ou en avril avec le discours de politique générale de Manuel Valls, mais en octobre 2012 avec le lancement du pacte de compétitivité. Le Pacte de responsabilité dont on nous répète à l'envie qu'il n'est pas encore entré en vigueur n'est que l'aggravation du sillon que Montebourg, Hamon ou Filipetti avaient avalisé dès les prolégomènes du congrès de Toulouse. Comme le disait Laurent Joffrin à ses confrères éditorialistes hier soir sur France Info [oui je cite positivement LJ et c'est bien la première fois], l'échec patent des choix politiques de François Hollande et Manuel Valls (politique de l'offre, austérité, soumission aux exigences de la commission européenne et d'Angela Merkel) « agit comme un acide » qui effrite chaque jour qui passe un peu plus la solidité des attelages politiques et la confiance des dirigeants dans la politique conduite, sans parler de la confiance de l'opinion. Ainsi, les critiques d'avant-hier qui paraissaient supportables et admises dans la triade Valls-Montebourg-Hamon n'étaient plus tolérables hier pour le Premier Ministre dont la légitimité est désormais atteinte par l'inefficacité et l'injustice de sa politique.

L'acide amène aussi certains ministres que l'on croyait à jamais muets à contester, en interne – mais ce n'était jamais arrivé –, la pertinence des mesures défendues. Ainsi, Aurélie Filipetti aurait déclaré jeudi durant la réunion du gouvernement « puisque le gouvernement en arrivait à ce point, s’il ne fallait pas mieux renoncer tout de suite à faire une politique de gauche, s’il ne fallait pas s’excuser d’être de gauche pour plaire au patronat. » (Mediapart23/08/2014). On imagine la rage du Premier Ministre de voir une personnalité aussi effacée, qui n'avait pas osé soutenir ouvertement les intermittents et les institutions culturelles pour ne pas contredire Hollande et Valls qui voulaient la mise en œuvre l'accord du 22 mars, émettre une telle défiance, et surtout qu'elle soit relayée dans la presse quelques jours plus tard. Depuis des mois, l'exécutif et ses relais parlementaires (Jean-Marie Le Guen, Thierry Mandon, Bruno Le Roux, Christophe Caresche) expliquent que l'initiative des « frondeurs » est non seulement vouée à l'échec mais qu'elle ne rencontre qu'hostilité parmi les députés socialistes simples, et voilà que le débat qu'ils portent avec arguments et contre-propositions solides surgit dans le gouvernement par la voix du pendant ministériels des députés silencieux de la base… Qu'Aurélie Filipettit cherchât depuis à se réécrire une conscience après toutes ses absences (et l'histoire) n'ôte en rien la qualité intrinsèque de son irréfutable réquisitoirecontre la conduite des affaires politiques au moment du départ.

Le durcissement de Manuel Valls rappelle la folie de Lénine expliquant que le Parti se renforçait en s'épurant. Désormais, son gouvernement devra consacrer la soumission absolue à la ligne libérale et autoritaire qu'il représente, mais au prix de l'assise politique de celui-ci. Le gouvernement Valls II pourra bien s’afficher comme encore plus resserré et encore plus combatif, il ne pourra s’appuyer que sur un noyau de hollandais historiques, agrémenté de quelques représentants de courants minoritaires voire groupusculaires. Exitle Front de gauche depuis juin 2012, exitles écologistes depuis avril dernier (sauf éventuellement quelques débauchages qui seront immédiatement désavoués), exitdes figures socialistes marquantes qui se découvrent subitement contestataires alors que le Parti et le groupe parlementaire sont déjà en proie au doute.

Que reste-t-il de la majorité présidentielle de François Hollande ? Le PRG qui voudra obtenir des gages sur la réforme territoriale pour soutenir la politique social-libérale de Manuel Valls ? Le MUP de Robert Hue qui ne représente que lui-même et qui ne conserverait plus qu'un seul parlementaire si l'ancien Président du PCF entrait au gouvernement ? Le duo des groupuscules écolo-centristes de Corinne Lepage et Jean-Luc Benhamias qui ne représentent personne ?

Quand on sait que Michel Barnier (ancien commissaire européen UMP) a été consulté hier et que Jean-Louis Borloo aurait été approché pour entrer au gouvernement, il faut commencer à se préparer à ne plus rien attendre de ce gouvernement.

Montebourg et Hamon viennent de comprendre que le débat gouvernemental tel qu'il avait été théorisé par le mandat de Lionel Jospin n'a pas sa place sous Hollande et encore moins avec Manuel Valls. On ne peut pas compter sur l'exercice des responsabilités gouvernementales pour peser sur les choix de celui-ci. Il est probable que, pour un temps, le débarquement des trois ministres, dont deux vont retrouver leur place sur les bancs de l'Assemblée Nationale, donne un coup de fouet et une vitalité supplémentaire à la fronde des parlementaires de Vive la Gauche ! qui se réunira ce week-end à La Rochelle, mais je n'irai pas jusqu'à dire comme Régis Juanico « Chaque vote au Parlement va se faire à la roulette russe »; l'efficacité parlementaire des contestataires s'en trouvera renforcer mais il ne me paraît pas sérieux de penser – sauf à ce que Manuel Valls franchisse d'autres lignes jaunes, notamment du point de vue du comportement politique – que des députés PS prennent le risque de mettre en minorité le gouvernement sur des textes importants. Paul Quilès nous a dernièrement largement alerté sur les « conséquences des institutions de la Vème République (système de monarchie républicaine) qui renvoient toute décision au sommet de la pyramide, avec un Premier ministre qui « exécute » la politique définie par le Président, une majorité parlementaire contrainte, [] » (et qu'importe si le Premier Ministre actuel a décidé de donner au verbe « exécuter » son sens primal). Manuel Valls version Rambo va confronter les parlementaires socialistes à une nouvelle déclaration de politique générale et à un nouveau vote de confiance, il leur rappellera également également que leur soutien contraint sera mesuré lors du vote des PLF et PLFSS 2015. Même si le débat sera plus tendu, même si des amendements seront arrachés, le gouvernement refusera de modifier en profondeur sa feuille de route et menacera la majorité des députés socialistes d'une dissolution en cas de mise en minorité sur ces deux textes. La dissolution serait un suicide politique pour chaque député socialiste et il n'est pas dit qu'elle soit dans l'intérêt à ce stade de quelque formation que ce soit à gauche. L'énergie des parlementaires de Vive la Gauche ! s'emploiera donc sans doute avec efficacité sur d'autres textes, réforme territoriale par exemple ou sur les projets de loi qui seront présentés par Christiane Taubira qu'on annonce maintenue dans le gouvernement Valls II. Ce n'est donc pas à l'Assemblée Nationale que commencera la nécessaire alternative.

Le congrès du PS est devenu plus vital que jamais !

Jean-Christophe Cambadélis, qui s'est fendu d'un communiqué de presse lunairepour commenter l'annonce d'hier, ne sait toujours pas nous dire quand aura lieu le congrès du Parti Socialiste. Il aurait dû selon nos propres statuts se dérouler en novembre et décembre prochain, mais le Premier secrétaire a décidé, pour noyer le poisson et se trouver un succédané de légitimité politique en l'absence de vote des militants sur son nom, de convoquer des états-généraux du PS à cette date qu'il doit lancer (enfin peut-être) ce week-end à La Rochelle.

C'est pourquoi avec quelques camarades rassemblés dans le collectif des « Socialistes contre l'Austérité » nous avons lancéun nouvel appel pour exiger un congrès du PSau plus vite. En effet, l'impasse institutionnelle est totale, ce n'est ni de l'exécutif ni du législatif que nous pourrons espérer le sursaut nécessaire, les députés socialistes étant dans leur grande majorité encore tétanisés par les menaces de l'exécutif. J'aimerais donner tort, ce qui l'enchantera j'en suis persuadé, aux derniers piliers du pentagone des conséquences de la VèmeRépublique décrites par Paul Quilès « un parti majoritaire sans grande marge d’initiative et dont les militants s’interrogent sur leur utilité. » Les militants socialistes et leur parti s'ils s'en donnent les moyens peuvent être la solution à la crise qui couvent depuis octobre 2012 et que Manuel Valls vient de rendre béante.

Jamais les militants socialistes n'ont été amenés à se prononcer sur les choix de politiques économiques de l'exécutif ; ceux-ci sont en totale contradiction avec les engagements de campagne, avec le projet socialiste adopté en juillet 2011 et avec le texte de la motion majoritaire au congrès de Toulouse (octobre 2012). Non seulement, nous sommes arrivés au terme statutaire qui exigerait la convocation d'un nouveau congrès du PS mais sa direction en soutenant sans discuter les choix économiques du gouvernement n'a donc plus la légitimité de l'orientation politique choisie alors par les socialistes, sans parler de l'onction de son premier secrétaire actuel.

AG motion 3 ToulouseCe sont donc les militants socialistes dans un congrès le plus proche possible qui peuvent enfin décider de s'exprimer sur la politique menée et réaffirmer ainsi la cohérence des convictions socialistes et démocratiques de notre parti. Sur ces bases une nouvelle direction du PS peut être installées, à condition que tous ceux qui ont à cœur ce que nous devons à notre camp social et politique sachent se rassembler intelligemment pour mettre un terme rapidement à la spirale que nous subissons. Cela suppose que les nouveau Christophe Colomb ministériel qui viennent de redécouvrir que la politique de l'offre mène à l'échec ne cherchent pas à s'imposer comme les leaders obligés du renouveau du PS, mais facilitent au contraire le rassemblement des nombreuses sensibilités qui proposent depuis longtemps une politique alternative : parmi celles-ci Maintenant la Gaucheavec Emmanuel Maurel ont apporté depuis deux ans une large palette de propositions étayées y compris quand ils étaient snobés par leurs nouveaux amis ; une partie de la motion 4 semble également disponible ainsi que toute la palette des sensibilités de l'ancienne motion 1 réunies dans Vive la Gauche !avec la motion 3 : Un Monde d'Avance, la Gauche durable, la Gauche populaireou encore les amis d'Arnaud Montebourg. La feuille de route est simple et elle est rappelée dans la tribune publiée par Emmanuel Maurel aujourd'hui dans Le Monde : « L'heure est venue d'élaborer un nouveau pacte majoritaire avec les forces de gauche qui ont permis la victoire de François Hollande le 6 mai 2012. Une politique nouvelle, fondée sur la réorientation de la construction européenne, la relance du pouvoird'achat et de l'investissement : voilà ce qu'il faut pour redonner a notre pays son dynamisme économique et son rayonnement. Voilà ce qui permettrait à nouveau de fédérer une majorité politique et sociale qui souhaite le changement. » Sur ces bases, un rassemblement efficace et intelligent peut emporter la majorité des suffrages des militants socialistes.

Ensuite, le PS pourra redonner leur liberté de ton aux parlementaires socialistes qui n'osent pas aujourd'hui exprimer leurs convictions, leurs craintes et leur colères. Il pourra retrouver la voie du rassemblement à gauche, ce qui suppose que les ministres récemment démissionnés ne viennent pas donner de leçons de choses à nos partenaires d'EELV et du PCF. Il pourra enfin établir un rapport de force avec François Hollande à la hauteur de la brutalité politique que Manuel Valls fait subir à la gauche depuis plusieurs mois, en s'appuyant sur une majorité parlementaire rose-rouge-verte qui existe à l'Assemblée Nationale et qu'il ne faut pas massacrer dans une dissolution suicidaire. Dans ce dispositif, François Hollande ne peut évidemment plus avoir la garantie qu'il sera le candidat des socialistes et de la gauche à l'élection de 2017, mais c'est la condition pour sauver ce qu'il reste du quinquennat et surtout améliorer la situation économique du pays et de nos concitoyens.

Frédéric FARAVEL

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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 19:54

Alors que le FN aura près d'un tiers des sièges des eurodéputés français, et nous marque de honte, le PS subit sa pire défaite électorale, sous le résultat qui avait coûté à Michel Rocard sa "carrière politique". Au passage, François Hollande risque de porter la grave responsabilité de faire perdre au niveau européen notre candidat Martin Schulz, qui portait il est vrai un discours politique à l'opposé du sien.

François Hollande n'a pas voulu comprendre le message des Français aux élections municipales, il a décidé d'accélérer les politiques libérales avec Manuel Valls et a organisé une désignation d'opérette au PS pour remplacer Harlem Désir par Jean-Christophe Cambadélis. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : les sondages sur l'esthétique des dirigeants politiques n'y changent rien.

Preuve est faite également que les Français ne font toujours pas de différence entre les différents partis de gauche, l'échec provoqué par les fautes politiques du gouvernement plonge toute la gauche dans la défaite : PS+EELV+FDG font à peine 30%. Il convient désormais de tous nous interroger et de réviser nos copies et nos stratégies : assez d'anathèmes méluchiens, assez d'abdication devant les libéraux et les réactionnaires !

La gauche doit se rassembler et elle ne pourra le faire que sur une orientation résolument progressiste qui rompe clairement avec les logiques libérale et austéritaire en France et en Europe.

Les camarades socialistes qui seront élus ce soir - je pense notamment à Isabelle Thomas, Emmanuel Maurel, Pervenche Bérès ou Edouard Martin - vont devoir bousculer notre parti pour aider à la reconstruction de la gauche, rétablir la confiance avec le peuple de gauche, et également éviter que la gauche française ne soit ridicule en Europe.

Frédéric FARAVEL

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 11:01

Mon précédent article tentait de poser quelques analyses sur les résultats du 1er tour des élections municipales.

L'amplification de la défaite du 1er tour

Mes pires craintes ont depuis été vérifiées et concrétisées : les écarts creusés le 23 mars se sont approfondis comme jamais pour aboutir à la plus grande perte de collectivités pour un parti au pouvoir lors d'élections municipales : 155 villes largement au-dessus de la sanction de 1983, du jamais vu sous la Ve République.

Je le redis ici - même si certains à gauche du PS considèrent qu'il faut mettre tous les socialistes dans le même sac, y compris quand ils ont mené localement des politiques locales extrêmement positives et souvent éloignées de celle du gouvernement - la sanction électorale subie par les listes conduites par des camarades socialistes (pour conquérir ou pour solliciter le renouvellement de leur mandat) est injuste car ils ne méritaient pas pour la plupart de payer pour les errements sociaux-libéraux du pouvoir.

4393471_1_4fc5_manuel-valls-le-1er-avril-a-paris_a25a2ecb09.jpgLa question qui se posait au lendemain du 1er tour se pose aujourd'hui avec bien plus d'acuité encore : avons-nous "les moyens d'éviter que la bérézina du 1er tour des municipales ne se reproduisent – peut-être en pire – en mai prochain pour les élections européennes et mars 2015 pour les élections régionales et départementales (si elles sont maintenues à cette échéance)" ?

Pour trouver les moyens du rebonds, il fallait tirer les enseignements de la déroute et du message envoyé par l'abstention massive des électeurs du PS. Car c'est bien parmi les électeurs socialistes, notamment ceux qui avaient voté Hollande dès le 1er tour de l'élection présidentielle, que l'on note une progression significative de l'abstention, signifiant ainsi leur désaveu de la politique conduite depuis septembre 2012 en contradiction avec les engagements (ambigus il est vrai pour certains) de la campagne électorale de François Hollande : les électeurs socialistes n'attendaient pas la ratification du Traité Merkozy sans modification majeure, n'attendaient pas le Pacte de Compétitivité et le Crédit d'impôt compétitivité emploi, n'attendaient pas l'accord national interprofessionnel instaurant la flexibilisation de l'emploi, n'attendaient pas l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites et n'attendaient pas l'annonce du pacte de Responsabilité et la confirmation du sillon social-libéral du gouvernement.

A contrario - même si le PCF a connu des défaites (Aubagne, Bobigny, Le Blanc-Mesnil, Saint-Ouen) et que partout ailleurs le Front de Gauche n'affichent pas de scores marquant - on notera :

  • - une résistance plutôt solide des municipalités communistes, le PCF se payant le luxe de reconquérir Aubervilliers sur le PS et Montreuil (malgré la dissidence de Jean-Pierre Brard) et conservant Arles, Dieppe, Thiers et leurs principaux fiefs du Nord et de la Lorraine ;
  • - et les scores assez élevés des listes écologistes au 1er tour, couronnés par la conquête de Grenoble malgré l'indiscipline des socialistes locaux qui avaient refusé de fusionné et de rejoindre la liste EELV arrivée en tête.

N'en déplaise à certains éditorialistes politiques des chaînes d'infos et des radios, qu'on connaît pour leurs sympathies conservatrices (Darmon, Apathie, etc.), les Français n'ont tant voté à droite, ils ont d'abord rejeté la gauche ; l'opinion reste encore aujourd'hui largement plus défiante sur les capacités de l'UMP à gérer les affaires du pays qu'elle ne l'était concernant les socialistes lorsqu'ils étaient dans l'opposition. Ce n'est donc évidemment pas un message pour une politique plus libérale qui a été adressé, mais bien une incompréhension de la ligne sociale-libérale mise en oeuvre, en contradiction avec le discours du Bourget.

Le message des élections municipales n'a pas été compris

Dès le 23 mars au soir, il y avait déjà tout lieu de s'inquiéter quand plusieurs responsables du PS avaient pris la parole sur les ondes, Jean-Marie Le Guen étant parmi eux le plus tranchant : il faut accélérer la mise en place du pacte de responsabilité ; le tort des élus locaux de gauche était de ne pas avoir suffisamment fait évoluer leurs discours pour s'adapter à la nouvelle ligne gouvernementale ; il faut encore plus vite faire muter notre orientation politique...

Dimanche soir, Michel Sapin considérait que l'amplification au 2nd tour des résultats du 1er tour des municipales était un message d'impatience, comme si les Français attendaient une accélération des réformes sociales-libérales de l'exécutif. Un tel aveuglement laisse pantois, mais il semble partagé au plus niveau de l'Etat.

4393211_3_7baa_francois-hollande-lors-de-son-allocution_c70.jpgHier soir, lundi 31 mars, François Hollande a confirmé l'orientation politique qu'il applique depuis septembre 2012 et qu'il a approfondi depuis l'automne dernier :

  • -> maintien et accélération du pacte de responsabilité, qui est pourtant mort-né depuis que Pierre Gattaz a indiqué qu'il n'y aurait pas de contreparties et que les marges dégagées par la baisse des cotisations des entreprises pour la branche famille iraient aux dividendes, et surtout par le retrait de la signature de la CFE-CGC, qui invalide donc la négociation sociale ;
  • -> l'annonce répétée de la transition énergétique, sans en préciser le contenu et avec dans l'idée de donner des responsabilités sur ce secteur aux responsables politiques favorables à l'énergie nucléaire et aux gaz de schiste ;
  • -> annonce d'un pacte de solidarité fondé sur quatre points :
    • - l'éducation qui ainsi élevée au rang de politique sociale rappelle le slogan de Tony Blair "mon programme tient en 3 points : éducation, éducation, éducation" ;
    • - la santé (sans précision) ;
    • - des baisses d'impôts, si la croissance le permet, pour les ménages modestes d'ici à 2017 (autant dire que l'accumulation des conditions rend très improbable leur effectivité) ;
    • - la baisse des cotisations sociales des salariés - si on ajoute celles-ci à celles annoncées pour le pacte de responsabilité, on se demande comment le financement de la sécurité sociale va pouvoir un jour atteindre l'équilibre, sachant que le Président indiquait juste avant que la santé était une de ses priorités dans le "pacte de solidarité".

L'aveuglement politique et économique élevé à ce niveau me consterne proprement.

Non seulement le pacte de responsabilité, déjà contestable d'un point de vue intellectuel, ne peut avoir aucune efficacité économique : je vous oriente pour soutenir mon propos sur l'excellente tribune de David Cayla, membre du collectif Les économistes atterrés, publiée sur les blogs de Marianne.net.

Je suis également atterré par l'impasse faite sur la question de l'investissement ; on ne crée de l'emploi que lorsque les carnets de commandes sont pleins ; c'est un argument qui plaide pour un tournant concret en faveur d'une politique de relance écologique et sociale, ainsi que d'un débat vigoureux sur la réorientation de la construction européenne. La réduction drastique des dépenses publiques n'a pas non plus abouti à la diminution de la dette ; au contraire, celle-ci a crû et les coupes budgétaires commencent à se faire sentir sur l'efficacité du service public, et donc la cohésion sociale, tout comme la fragilisation des finances des collectivités territoriales affectera durablement les investissements publics et donc l'activité économique. Cette réduction des dépenses publiques ne peut être qu'aggravée par les annonces de lundi soir ; ce n'est plus 50 milliards mais 70 qui devront être économisés si on met en oeuvre une telle feuille de route.

Seule une majorité de gauche large et rassemblée aurait pu permettre la mise en œuvre de ce programme qui avait été imaginé et adopté au sein du PS en juillet 2011.

Un remaniement qui aggrave la division à gauche

L'aveuglement qui conduit à persévérer dans une politique qui conduit à l'échec s'est également doublé hier du choix d'un remaniement qui va fragiliser la majorité parlementaire et approfondir le fossé à gauche. Avec mes camarades de la gauche du PS, nous l'avons dit à plusieurs reprises : rien ne sert de remanier si c'est pour poursuivre la même politique.

C'est donc délibérément que le Président de la République fait le choix d'accentuer son entêtement politique délétère en confiant le poste de Premier Ministre à Manuel Valls. Il ne s'agit pas ici de débattre des qualités personnelles et intimes du nouveau locataire de Matignon ; jamais les considérations ad hominem ne tiennent lieu de politique, elles sont détestables. C'est pourquoi j'avais apporté mon soutien quand le Ministre de l'intérieur qu'il était avait attaqué pour avoir dénoncé le passé d'extrême droite de Claude Goasguen en séance publique à l'Assemblée Nationale.

Maurel AG Motion 3Mais Manuel Valls est-il l'homme de la situation ? «Le choix de Manuel Valls est assez surprenant, compte tenu de l'analyse que l'on peut faire du scrutin et de l'indéniable besoin de gauche qui s'est exprimé à l'occasion de cette élection» indiquait hier Emmanuel Maurel, leader de Maintenant la Gauche et Vice Président de la Région Île-de-France. Je partage pleinement cette réaction.

Manuel Valls a fait 5% lors des primaires citoyennes de l'automne 2011, il a défendu la TVA sociale et dénoncé les 35 heures. Quand on voit que ce sont les orientations sociales-libérales du gouvernement qui ont éloigné des urnes une partie importante des électeurs socialistes. Marque d'un véritable aveuglement, on peut que craindre que ce choix aggrave la fracture politique et sociale dans le pays.

La posture blairiste du nouveau Premier Ministre n'est pas seulement inadaptée à l'attente économique et sociale du peuple de gauche. C'est également un responsable politique qui crée du clivage au sein de la gauche, et notamment dans la majorité parlementaire.

Dans ses précédentes fonctions, il a délibérément provoqué des clashs avec son patron - Jean-Marc Ayrault - et ses collègues - Christiane Taubira, Cécile Duflot - et j'avais décrypté son fonctionnement le 30 septembre 2013 dans un article "la résistible dérive libérale-sécuritaire".

AubryDuflotIl crée aussi ouvertement des clivages au sein de son propre parti, sifflé à La Rochelle par une partie de l'auditoire, il dut se justifier à la tribune qu'il était bien de gauche, alors que ses principaux soutiens avaient publiés une semaine plus tôt une tribune dans Libération "La gauche affranchie" aux forts relents de néo-socialisme.

Cécile Duflot et Pascal Canfin ont annoncé clairement qu'ils refuseraient d'appartenir à un gouvernement dirigé par Manuel Valls. L'ancien ministre délégué au développement indiquant qu'il était convaincu que les écologistes refuseraient la participation d'un des leurs à un telle équipe ; il s'avance sans doute un peu mais une chose est sûre François Hollande a réussi à si ce n'est s'aliéner totalement au moins à diviser le principal allié politique (même s'il est turbulent) et donc à réduire l'assise politique de sa majorité.

De même et bien qu'on puisse encore douter que l'initiative aille au bout du processus, les différentes sensibilités de la gauche du PS semble vouloir s'organiser autour d'une ligne politique alternative (certains proches de Martine Aubry, spécialistes des questions économiques, ayant même indiqué que seules les propositions présentées par Maintenant la Gauche depuis plusieurs mois étaient sérieuses, pertinentes et réalistes).

bandeau_logos_gauches_Ps.jpgOn verra ce qui sortira à moyen terme du travail commun entre Maintenant la Gauche, Un Monde d'Avance (handicapé par le "pacte de non agression" qu'aurait conclu selon les média Benoît Hamon avec Manuel Valls), la Gauche Populaire et la Gauche Durable. Mais il semble que le vote de confiance sur le pacte de responsabilité ne soit pas automatiquement acquis alors que le retour de Cécile Duflot à l'Assemblée Nationale rapproche le Groupe PS et app. de la perte de sa majorité absolue, et que les contestataires du PS s'organisent enfin.

Frédéric FARAVEL

dans Le Parisien - édition du mardi 1er avril 2014

Un «contrat de majorité» proposé à Valls
Ce lundi en fin d'après-midi, entre 15 et 50 parlementaires se sont réunis en l'Assemblée nationale à l'appel des deux courants de l'aile gauche (Maintenant la gauche et Un monde d'avance), du courant «la Gauche durable» (aubrystes notamment), ainsi que des responsables de «la gauche populaire». Ces derniers vont proposer à Manuel Valls un «contrat de majorité» axé sur l'investissement, le pouvoir d'achat des bas revenus et une réorientation européenne remettant en cause l'austérité, et censé, sur la forme, donner plus de poids au parlement.
Une autre rencontre, avec les «reconstructeurs» du parti (regroupement transcourant qui réunissait en 2008 les amis de Martine Aubry, Laurent Fabius, Arnaud Montebourg et Dominique Strauss-Kahn), est prévue ce mardi, toujours à l'Assemblée, en fin de matinée, avec l'objectif de «peser sur la ligne politique». Plusieurs menacent de ne pas voter la confiance au prochain gouvernement faute de voir leurs propositions retenues. «Les maires ont payé l'addition. La rébellion parlementaire s'impose : pas de confiance au prochain gouvernement si pas de réorientation», réagi Laurent Baumel (Gauche populaire). On ne se contentera pas d'un «changement de casting», avertissent-ils.

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 08:02

Depuis hier après-midi, j'ai mal à ma gauche et mes convictions socialistes ont souffert avec violence.

post-twitter.pngJe n'ai pas été surpris de l'orientation générale que le Président de la République a donné à sa conférence de presse semestrielle. On a pu constater à plusieurs reprises depuis et dès le début du quinquennat que le Président François Hollande avait tourné le dos au discours du Bourget du candidat à la présidentielle. Je n'étais pas naïf au point de croire qu'il se range enfin à la raison en entendant ceux qui nombreux dans le Parti Socialiste, et bien au-delà des rangs de la motion Maintenant la Gauche, lui réclamaient un tournant de la relance.

1555315_10152230133148304_11113216_n.jpgLe Président a mis un terme définitif à ceux qui faisaient encore semblant de s'interroger sur son orientation politique : il n'y a pas de tournant mais une accélération. Pas de tournant parce que comme je l'écrivais quelques lignes plus haut, le discours du Bourget est depuis plus d'un an remisé dans un placard obscur des archives de campagne ; accélération sans précédent car le Président, malgré le peu de résultats positifs des solutions libérales imposées aux Etats européens, a creusé un peu plus le sillon d'une "politique de l'offre" en rupture complète avec le socialisme démocratique. Les seuls qui se réjouissent sincèrement de cette conférence de presse sont les journalistes économiques libéraux, le MEDEF et Madame Parisot.

Il y a par ailleurs une tartufferie odieuse dans la revendication énoncée par François Hollande de son orientation "social-démocrate". Malgré les débats abscons au sein du PS dans les années 1970 de savoir s'il y avait une différence infranchissable entre socialistes et sociaux-démocrates, ce qu'a présenté hier le Président de la République n'est en rien social-démocrate. La Social-Démocratie, c'est - comme le rappelait France Inter ce matin dans une archive de la campagne présidentielle de 1995 avec Lionel Jospin - la capacité d'un parti socialiste, travailliste ou social-démocrate à agir de concert avec des organisations multiples, syndicales et mutualistes notamment, capable de mettre en branle la société pour arracher après un rapport de force et une négociation un compromis avec les représentants des entreprises. La recherche du consensus a priori n'aboutit qu'à une capitulation en rase-campagne face aux détenteurs du capital et des moyens de production et à nos adversaires libéraux et conservateurs. Il y a en France une profonde difficulté à mettre en oeuvre par ailleurs un telle expérience au regard de la faiblesse des organisations syndicales et mutualistes et la culture conflictuelle du patronat français. Donc soit François Hollande est un social-démocrate sans bras, soit il n'arrive pas réellement à assumer là où sont ces réels modèles politiques : Tony Blair et Gerhardt Schröder qui ont tous deux rompus avec les politiques keynésiennes de la social-démocratie et surtout travaillé à limiter autant que possible les marges d'action des alliés syndicaux traditionnels de leurs partis respectifs. En Grande-Bretagne et en Allemagne, les chefs de gouvernement pré-cités ont conduit des politiques libérales, accrus la pauvreté dans leur corps social, dans le but de renforcer les intérêts des entreprises, dans l'idée naïve et erronée que le patronat finirait par concéder des contreparties. François Hollande est donc social-libéral. [je me permets de vous rappeler en référence la question de la crise de la social-démocratie européenne ici]

Il est social-libéral, quand il annonce qu'il propose de réduire les "charges" des entreprises - rupture grave dans le vocabulaire pour qualifier les cotisations qui financent notre système solidarité nationale et de protection sociale. L'attaque est d'autant plus grave qu'il s'agit ici de supprimer les cotisations sociales des entreprises d'ici 2017 pour la branche famille ; cette même branche famille avait déjà été mise à mal dans la réforme des retraites qu'il a fait adopter au forceps et qui aboutit à un recul inédit des droits sociaux des salariés. Comment financer ce manque de cotisations patronales ? sans compensation par les ménages ? en faisant des économies ? mais comment faire des économies sur la politique familiale de la France sans conduire vers sa perte un système de solidarité qui nous est envié et qui est l'une des raisons du dynamisme démographique de notre pays...

François Hollande nous annonce qu'en échange la négociation sociale aboutira de la part des entreprises à des créations d'emlois. Un "observatoire des contreparties" sera créé à cet effet, mais en quoi est-ce une garantie quand on voit qu'il n'y a eu aucune contrepartie à la création du Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi (CICE), cet allègement inconsidéré du "prix du travail" financé par l'aggravation du coût de la TVA pour les Français ; il n'y a pas eu plus de contreparties en emploi à la transcription - là encore imposée au forceps - dans la loi de l'accord national interprofessionnel sur la flexibilisation du marché du travail. Aucun cadeau fait au patronat ne trouve de contreparties.

Cette absence de retour en emplois n'est parfois même pas une question de mauvaise volonté pour la majorité des chefs d'entreprises de ce pays ; il n'y a qu'à entendre les commentaires des représentants locaux de la CGPME - qui sont tout de même contents de prendre ce qu'on leur offre - qui rappellent que l'on ne peut créer des emplois qu'à la condition de remplir les carnets de commandes, grâce à l'investissement et à la croissance. Voilà l'erreur du président : sa "politique de l'offre" ne peut pas marcher, elle mettra à mal la cohésion sociale et restera économiquement bancale. Maintenant la Gauche propose pourtant une alternative équilibrée tenant compte autant des enjeux d'offre et de demande dans son plan de relance écologique et social... sans investissement, pas de retour de la croissance, pas de réduction de la dette. L'aggravation de l'austérité annoncée par le Président, à hauteur de 50 milliards d'euros, n'aboutira qu'à une mise à mal des services publics et finalement à éloigner le Graal de la réduction de la dette.

François Hollande est également social-libéral lorsqu'il oublie la nécessité de porter haut la remise à plat de la fiscalité française portée par Jean-Marc Ayrault, son premier ministe, et pour laquellle nous nous étions fortement engagés. Cet oubli sonne comme un enterrement de première classe de cet impératif et de l'autorité du locataire de Matignon.

Le caporalisme social-libéral s'incarne enfin dans l'annonce du Président d'engager la responsabilité du gouvernement sur la politique économique qu'il a annoncée hier. L'usage du 49.3 sur des mesures qui vont forcément fracturer la gauche ne peut aboutir qu'à deux solutions pour ceux - nombreux - qui sont en désaccord avec cette rupture avec tous les référents économiques du socialisme démocratique :

  • - abdiquer devant l'autorité de l'exécutif et ronger sa frustration et son humiliation ;
  • - être exclu de la majorité en assumant son désaccord avec le Président et sa fidélité à la volonté de transformation sociale et à son camp social.

François Hollande vient définitivement de briser la majorité électorale qui l'a portée au pouvoir. L'incapacité du PS a faire vivre une pensée autonome de l'exécutif et sa plasticité pour accepter du jour au lendemain sans barguigner le contraire de ses orientations (ça me rappelle plus la façon dont les partis staliniens racontaient un jour le contraire de la veille parce que le "Petit Père des Peuples" avait changé de stratégie) parce qu'il faut suivre les injonctions de l'Elysée marque également une défaite du socialisme démocratique.

J'ai mal à ma gauche.

Frédéric Faravel

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6 janvier 2014 1 06 /01 /janvier /2014 14:17

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17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 11:55

La victoire du FN dans un canton du Var en octobre 2013 est-il emblématique d'une dérive de l'électorat vers l'extrême droite ou faut-il relativiser au regard du contexte local ? La complexité de la situation ne peut pas être traité à la légère. Cette élection partielle interroge encore l'état de notre démocratie.

Encore un cas particulier ?

n-BRIGNOLES-FN-large570.jpgCertains pouvaient encore trouver des arguments pour se rassurer au soir du 1er tour des élections cantonales partielles de Brignoles, le dimanche 6 octobre 2013. Laurent Lopez, candidat du Front national, avait rassemblé sur son nom 40,4 % des suffrages exprimés, mais ses 2 718 voix étaient en légère baisse après les scrutins précédents. Le FN avait obtenu 32,97 % des suffrages au 1er tour en 2011 (2 757 voix), 34,9 % en 2012 (2 734 voix).

Selon cette analyse, il n'y aurait pas une aggravation particulière du risque FN, l'abstention était élevée comme c'est le cas pour les partielles, encore plus dans un contexte de deux annulations de scrutin. Au 1er tour le 6 octobre, seulement 33,40 % des électeurs du canton s'étaient rendus aux urnes. Il eut été dans ces conditions assez intriguant que le FN ne perde pas quelques voix ; au regard de ce niveau d'abstention le score du FN démontre au contraire une remarquable constance mais qui n'avait rien à voir avec un renversement politique irrémédiable. Et puis on est dans le Var et le FN avait déjà emporté de quelques voix le canton en mars 2011, face à un PCF vieillissant («Hanotin style») qui n'a pas su passer le relais. Tout cela finalement ne serait encore une situation particulière dont il ne faudrait pas tirer d'enseignements nationaux.

Sauf que Laurent Lopez a remporté dimanche 13 octobre ce scrutin avec 53,9 % des voix, selon les chiffres définitifs communiqués par la préfecture du Var. Laurent Lopez a recueilli 5 031 voix, contre 4 301 pour son adversaire UMP Catherine Delzers (46,1 %). Le taux de participation était de 45,26 % ce dimanche, en hausse de près de 12 points par rapport au 1er tour, a indiqué la préfecture du Var.

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011Le FN a donc pour la première fois sérieusement profité de la progression de la participation qui entre les deux tours bénéficiait jusqu'ici au Front Républicain. Il gagne près de 2 300 voix. Laurent Lopez, missionné par Marine Le Pen, pour représenter sur ce territoire le visage supposément «dédiabolisé» du FN et du «Rassemblement Bleu Marine», a donc emporté un très grande partie de l'afflux des abstentionnistes du 1er tour et sans doute (comme à Villeneuve-sur-Lot) 15 à 20 % des électeurs de gauche qui refusent désormais de voter pour une pâle copie UMP alors qu'ils ont l'original FN sous les yeux - que les médias s'échinent à présenter comme ayant évolué.

Dans ces conditions, les résultats du canton de Brignoles marquent une défaite pour l'ensemble des forces républicaines à droite évidemment, mais d'abord à gauche, qui va devoir trouver d'urgence les éléments du sursaut.

Une défaite de la droite

Jusqu'ici, la droite et l'UMP avaient à peu près beau jeu d'expliquer que – malgré les discours ambigus de ses responsables – ils étaient le rempart républicain contre la montée de l'extrême droite. Mais les élections partielles précédentes qui ont opposé au 2nd tour l'UMP au FN ont toujours été emportées de manière serrée, avec la discipline d'une partie majoritaire de l'électorat de gauche, alors que l'UMP a toujours refusé de se prononcer pour la défense républicaine en cas de duel gauche-FN.

Il est d'ailleurs probable que si le candidat communiste soutenu par le PS s'était retrouvé en duel contre le FN, l'UMP aurait ouvertement refusé de donner une consigne de vote «Front Républicain» que la plupart des dirigeants de l'UMP ont déjà du mal à prononcer lorsque le candidat est socialiste.

Mais les précédentes élections partielles avaient placé l'UMP en tête ; le FN n'était que le challenger. À Brignoles, dans un territoire où le FN a le vent en poupe comme dans tout le sud-est de la France, c'est le FN qui est arrivé en tête et l'UMP qui était challenger. Pour une partie grandissante de l'électorat, l'UMP a échoué à représenter une opposition au gouvernement de gauche, et ce pour deux raisons :

  • jfcope-ce3de.jpgl'incapacité à s'organiser démocratiquement et à élaborer des propositions alternatives à celle du gouvernement Hollande-Ayrault ;
    la légitimité que les positions ambiguës de l'UMP offre de fait au FN (il serait un parti républicain puisqu'il n'est pas interdit, le seul problème avec le FN serait sa politique européenne et la volonté de sortir de l'euro…).

Ainsi, l'UMP a convaincu une partie de l'électorat de droite comme de gauche que le FN était désormais l'alternative ; c'est la marque du sondage sur les intentions de vote aux Européennes de mai prochain, qui place l'UMP derrière le FN. En ne se déplaçant pas pour soutenir leur candidate de 2nd tour (alors que le candidat communiste et le PS avaient immédiatement appelé à faire barrage au FN en votant pour elle), les dirigeants de l'UMP ont clairement avoué leur échec et abandonné leurs responsabilités.

On voit mal de quelle autorité ils pourront se prévaloir pour s'opposer en mars prochain aux tentations d'alliance entre la droite et l'extrême droite.

Une défaite de toute la gauche

Mais avant tout, le scrutin de Brignoles marque au premier comme au second tour une brutale sanction de l'électorat de gauche en direction des partis qui s'en réclament.

Au premier chef, c'est une sanction pour la gauche gouvernementale (PS-EELV).

cahuzac referenceToutes les élections partielles depuis juin 2012 ont été perdues par les candidats PS. Avant Brignoles, dans deux scrutins, législatives partielles de l'Oise et du Lot-et-Garonne, le PS a été éliminé, incapable de se maintenir au 2nd tour, condamné à appeler au "Front Républicain" et à voter UMP. À chaque fois, une partie (encore majoritaire mais pour combien de temps) des dirigeants socialistes expliquent que ces élections partielles sont des cas particuliers ; a fortiori, les deux législatives métropolitaines : il est vrai que succéder à Jérôme Cahuzac après le scandale qu'il a provoqué était difficile, mais cela marque l'échec du Parti et du gouvernement à convaincre qu'ils avaient tiré les leçons de «l'affaire Cahuzac». Dans l'Oise, face au candidat UMP ressuscité mais corrompu, Jean-François Mancel, il eut été pourtant plus aisé de faire la différence avec l'adversaire.

La raison est évidemment plus profonde que celle d'une malheureuse séquence de cas particuliers dans des circonscriptions difficiles : à chaque fois, l'abstention dans l'électorat de gauche dès le 1er tour est massive et ces électeurs ne sont plus sensibles aux arguments visant à mettre en avant le risque FN.

discours Maurel samediÀ ce titre, en dehors de l'intervention d'Emmanuel Maurel, la table ronde des universités d'été de La Rochelle consacrée à la lutte contre l'extrême droite, est particulièrement éclairante sur l'erreur politique et stratégique de la direction du PS. Les interventions convergeaient vers une logique fausse :

  • - mettre en avant le danger électoral du FN,
  • - dénoncer moralement ce parti,
  • - tout cela étant jugé suffisant pour que l'électorat de gauche se rassemble derrière le PS aux municipales et aux européennes et fasse ainsi barrage à l'extrême droite.

 

Sauf que le peuple de gauche n'écoute plus de tels discours qui, s'ils portent une partie nécessaire – oui il existe un danger électoral FN, oui il faut dénoncer le hiatus du FN avec les valeurs républicaines –, sont parfaitement biaisés et insuffisants. Répondant à Malek Boutih, Emanuel Maurel a heureusement rappelé que l'extrême droite se nourrissait évidemment de la misère sociale. Il se nourrit également des renoncements de la gauche au gouvernement, jugés comme tels par nos électeurs :

  • - il n'y a pas en France de majorité politique en faveur d'une politique d'austérité à l'échelle européenne et nationale,
  • - il n'y a pas plus de majorité en faveur d'une politique économique de l'offre et de réduction du coût du travail,
  • - il n'y a pas de majorité non plus pour la flexibilité du marché du travail qui a été imposée au travers de l'ANI,
  • - enfin, il n'y a pas de majorité en faveur d'une régression des droits sociaux en matière de retraite.

Il n'y a pas de majorité politique sur tous ces sujets, car les Français n'ont pas voté pour en mai et juin 2012 ! Ce n'était pas les engagements qu'on leur avait soumis et sur lesquels ils se sont prononcés.

Depuis un an et demi, l'électorat de gauche a l'impression que le gouvernement mène une politique économique et sociale qui contredit le programme que le PS avait adopté en juin 2011 et qui contredit les 60 engagements déjà très prudents de François Hollande durant la campagne des élections présidentielles.

Alors ils votent avec leurs pieds au 1er tour, ils votent avec leurs pieds au 2nd tour quand le PS y est encore présent. Et certains font plus grave : ils préfèrent parfois voter au 2nd tour pour le candidat de l'extrême droite car «on ne l'a pas encore essayé». Cela démontre le niveau de défiance qui les animent désormais vis-à-vis de la gauche qu'ils ont porté au pouvoir au printemps 2012.

553049-manuel-valls-cecile-duflotIl est vrai que cette situation ne peut être que renforcée par l'incapacité des deux partis principaux – PS et EELV – du gouvernement à avoir une stratégie commune lors des élections partielles. Ne nous y trompons pas, la décision du parti écologiste dans le Var de présenter un candidat autonome au premier tour de la cantonale partielle n'a rien à voir avec le malaise que peuvent ressentir les militants écologistes, leurs responsables, et au-delà bon nombre de militants socialistes, face à la politique du gouvernement (hors logement et éducation) et plus encore lorsque le ministre de l'intérieur déclenche des polémiques qui contraignent Jean-Marc Ayrault tout autant que Cécile Duflot à le recadrer. Non, la décision de ne pas soutenir le candidat communiste au 1er tour était une erreur. Mais, à l'inverse ne nous trompons pas non plus sur les causes profondes de la défaite de Brignoles : si tous les électeurs de gauche du 6 octobre avaient voté pour un seul candidat (1 579 voix cumulées – 23,47 % des suffrages exprimés), cela aurait sans doute évité l'élimination de la gauche, mais fondamentalement c'est un score historiquement bas et cela n'aurait en rien empêché le FN d'emporter le canton au 2nd tour, les résultats du 13 octobre ayant depuis démontré la dynamique à l’œuvre.

melucheCette défaite n'est cependant pas la défaite de la seule gauche gouvernementale.

Il n'aura échappé à personne que le principal candidat de gauche lors du 1er tour de Brignoles était un élu du PCF. Peut-être y existe-t-il des raisons internes et locales au parti communiste qui expliquent une difficulté à succéder à un conseiller général communiste reconnu ? Mais avant tout, les électeurs de gauche en s'abstenant massivement le dimanche 6 octobre ont fait la démonstration imparable qu'ils ne faisaient pas la distinction entre deux gauches qui seraient aujourd'hui irréconciliables ; l'idée que le Front de Gauche représenterait une alternative au PS ou à l'attelage PS-EELV est parfaitement incompréhensible pour l'électorat de gauche.

Cela marque trois enseignements :

  • - la stratégie de Jean-Luc Mélenchon est condamnée à l'échec ;
  • - les municipalités d'union de la gauche conduites par le PCF souffriront aussi des mauvais choix du gouvernement lors des élections municipales de mars 2014 ;
  • - il n'y a pas en France de communes où le risque de la droite et/ou de l'extrême droite soit suffisamment faible pour donner libre cours aux affrontements internes à la gauche (encore plus quand on a géré une commune ensemble).

Ces enseignements devraient inciter plus encore le Parti Communiste Français à privilégier le rassemblement contre la stratégie agressive du Parti de Gauche ; ils devraient également inciter le Parti socialiste à ne pas dresser artificiellement des listes autonomes contre les dernières municipalités communistes où il était associé.

Mais ces considérations stratégiques sont peu de choses face au problème de fond que toute la gauche doit impérativement résoudre si elle veut réellement transformer la société dans la durée et donc éviter que l'extrême droite ou une droite extrêmisée et radicalisée accède au pouvoir en 2017.

L'urgence du sursaut à gauche

Face aux renoncements de la gauche au pouvoir, qui comme nous l'avons vu impacte électoralement toute la gauche, ce sont d'abord et avant tout les catégories populaires, qui avaient voté Hollande à la Présidentielle et socialiste aux Législatives de 2012, pour sanctionner la politique économique et la violence sociale de Nicolas Sarkozy, qui nous font défaut aujourd'hui… soit en s'abstenant, soit en sautant le pas du vote FN. Notre feuille de route stratégique et politique doit donc impérativement de repartir à la conquête de l'électorat populaire, comme l'indiquer Emmanuel Maurel à La Rochelle le 24 août dernier.

Dans l'électorat FN, on aura noté depuis plusieurs années la distinction qui est possible entre une partie de l’électorat populaire et ouvrier du nord et de l'est de la France, et l'électorat traditionnel de la droite mais radicalisé du midi provençal et languedocien (commerçants, petits artisans, etc.). C'est évidemment l'électorat populaire et ouvrier, qui existe aussi dans le sud-est, qu'il est possible de reconquérir, et qu'il nous faut reconquérir, en menant une politique qui répond à sa détresse et ses préoccupations économiques et sociales.

Cependant, cet électorat populaire et ouvrier souffre de la part d'un certain nombre d'élus socialistes (et leurs conseillers) d'un double mépris.

  • - Le mépris «Terra Nova» : on se souvient de la note publiée par ce think-tank du vivant d'Olivier Ferrand, qui concluait de manière définitive au conservatisme des catégories populaires, proposant au Parti Socialiste d'abandonner son discours habituel fondé sur l'alliance entre classes moyennes et classes populaires, pour s'adresser à l'addition des minorités ethniques et sexuelles et des classes moyennes supérieures éduquées… avec le programme économique social-libéral qui va avec ;
    - Le mépris «Gauche populaire» : un collectif d'intellectuel s'était constitué dans la foulée de cette note pour en dénoncer le grave mépris qui la sous-tendait et la rupture qu'elle impliquait avec la mission émancipatrice historique de la gauche. Mais, ce collectif s'est depuis fait voler son bébé par un certain nombre de députés opportunistes qui ont préempté dans les médias le label «gauche populaire». Ainsi, émerge depuis un nouveau type de mépris : si cette sensibilité propose une réorientation de la politique économique gouvernementale au service des intérêts des catégories populaires, elle rejette plus ou moins toute avancée sérieuse dans les domaines qui lui paraissent au mieux accessoires, au prétexte que les classes populaires rejetteraient par principe celles-ci : donc elles seraient incapables d'entendre ou de comprendre les débats sociétaux (mariage pour tous, PMA, politique migratoire, Rroms) ou européens. C'est là une nouvelle forme de mépris à l'égard de ces catégories sociales, c'est aussi un abandon idéologique en termes d'éducation populaire et d'humanisme qui font toutes deux partie des fondamentaux de la gauche.

D'une certaine manière, la stratégie personnelle d'affirmation de l'ordre et de l'autorité (sans la justice) et de triangulation, portée par Manuel Valls, participe de cette vision méprisante pour les catégories populaires. Plutôt que de faire de la pédagogie sur la nécessité de changer de politique migratoire vers plus d'humanisme, il dénonce les Rroms en tant qu'ethnie, il justifie l'expulsion d'une enfant kosovare de 15 ans scolarisée au sein de l'école républicaine … parce qu'il considère sans se poser de questions éthiques que l'opinion française le soutiendra et servira sa carrière politique. C'est là une des nombreuses illustrations du populisme qui gangrène désormais tout le panel de la vie politique française.

C'est aussi une aubaine pour des postures clientélistes : le clientélisme tel qu’on l’entend d’habitude consiste à établir une relation d’intérêt personnel ou collectif entre un élu et les citoyens. Les suffrages se monnayant contre des services. L’idéologie est bien loin, les considérations politiques inopérantes, seule compte la capacité de l’élu d’actionner les bons leviers du pouvoir afin de régler quelques problèmes concrets et obtenir des avantages pour le plus d’électeurs possibles. Dans l’esprit de bien des élus qui fonctionnent au clientélisme (mais aussi des citoyens, parce que les citoyens sont les premiers soutiens du clientélisme), il n’y rien de répréhensible. Pour eux l’intérêt général n’est que la somme des intérêts particuliers des électeurs clients. La mort des grands modèles, des schémas politiques simples, des structures partisanes tentaculaires qui encadraient et organisaient les luttes, la vie sociale et culturelles des quartiers populaires, a ainsi laissé place à des icônes populistes. Au-delà du clientélisme, du populisme et de la maîtrise parfaite du covoiturage et de la location de mini-bus, l’engouement que suscite Samia Ghali dans les quartiers nord, a de quoi ébranler les derniers rénovateurs de Solférino.

Le Parti Socialiste doit donc revenir aux fondements de sa mission historique transformatrice et émancipatrice. Il doit assumer totalement son «autonomie solidaire», expression inventée par Harlem Désir où on a bien vu la solidarité automatique et irréfléchie mais en rien l'autonomie, vis-à-vis du gouvernement, pour pousser à la réorientation de sa politique.

Maurel AG Motion 3L'émancipation économique et sociale doit de nouveau être au cœur de sa politique, tout en assumant son humanisme et sa mission d'éducation populaire. Il y a urgence à rompre avec les dérives de l'année écoulée :

  • - ce «socialisme de l'offre» où l'on voit bien "l'offre" en réponse aux exigences du patronat, mais en rien le "socialisme" et encore moins les résultats pour l'emploi et les droits des chômeurs et des travailleurs ;
  • - cette abdication devant les logiques austéritaires et libérales européennes qui conduit le gouvernement à tenter de réduire la dette par l'impôt (jusqu'à saturation pour les classes moyennes) alors qu'il aurait fallu la réduire grâce à une politique de croissance (aujourd'hui on ne réduit ni la dette ni les déficits).

Si le Parti Socialiste ne mène pas une campagne sur la réorientation des politiques économiques européennes, sur la révision du traité budgétaire et l'augmentation du budget communautaire, alors il sera durement sanctionné (et dans tous les cas ce sera dur car François Hollande a finalement plié devant les conservateurs européens : pacte de croissance vidé de son sens mais ratification du traité budgétaire ; acceptation sans conditions sérieuses d'un budget européen en recul) ; les électeurs ne nous suivront pas sur un discours moral limité à «il faut sauver la construction et l'idée européennes» ; ils suivront pas le PSE si celui-ci se donne comme candidat à la présidence de la Commission européenne un membre d'un SPD (Martin Schulz) prêts à faire une grande coalition avec Angela Merkel… tout simplement parce que c'est le choix d'abdiquer devant les théories libérales et les partis conservateurs qui est en train de tuer l'idée européenne partout dans le cœur des Européens.

 

Ce tournant doit impérativement être opéré avant les municipales et les européennes, sauf à laisser une nouvelle fois quelques charlatans autoproclamés "docteurs en opinion publique", nous expliquer que décidément les Français seraient de droite et qu'il n'est pas possible de mener une politique de gauche… en oubliant que c'est à gauche que les Français avaient voté au printemps 2012, dans la dynamique du discours du Bourget dont il reste peu de défenseurs aujourd'hui.

Frédéric FARAVEL

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 07:27

Le Président de la République a tenu hier après sa deuxième conférence de presse du mandat comme il s'y était engagé à le faire tous les six mois. Certains pourront évidemment discuter de la forme choisie par François Hollande pour ses deux premiers rendez-vous avec la presse - dans la salle des fêtes de l'Elysée devant un parterre de 400 journalistes qu'il avait pourtant promis de ne plus convoquer dans les lieux du pouvoir, et avec un gouvernement sagement parqué en rang d'oignons sur le côté de la salle - mais on retiendra surtout qu'il tient cet engagement nécessaire de rendre des comptes aux Français par média interposés.

3266627_3_6bc7_francois-hollande-lors-de-sa-deuxieme_08ba9e.jpgLe Président a fait techniquement une prestation habile voire réussie. On connaît son talent de judoka de la formule et de l'ironie, organisant parfois ses propres questions et ses propres réponses. Il a tenu à faire passer deux messages, deux slogans majeurs, pour la deuxième année de son quinquennat : "Offensive" et "mouvement", de ce côté-là c'est également carton plein puisque c'est ainsi que toute la presse de ce matin entame ses analyses ou ses éditoriaux. Il est également revenu sur l'erreur d'une de ses précédentes prestations médiatiques : François Hollande avait expliqué qu'il n'était pas un Président socialiste ; la bévue est relativement corrigée puisqu'il réaffirme être un socialiste devenu le Président de la République qui veut "faire réussir la France". C'est symbolique mais au moins cela le distingue (même s'il a fallu une correction) de la piteuse campagne jospinienne de 2002 lorsque l'on avait découvert que le grand homme n'avait "pas un programme socialiste".

L'art du déséquilibre sportif et oratoire confine cependant à l'habileté machiavélique lorsqu'il récuse le qualificatif de "social-démocrate", voire de social-libérale, pour définir la politique qu'il mène. Non, bien sûr, tout serait "socialiste". Pourtant, comme le disait Marie-Noëlle Lienemann, jeudi matin sur France Inter, pour qualifier la ligne politique plus ou moins ouvertement défendue par Pierre Moscovici, ministre de l'économie et des finances, on rappellera qu'un socialiste ou un social-démocrate aurait apporté des contreparties sociales à toute concessions faite au patronnat, quand un social-libéral se contente de se plier à l'interprétation libérale de la compétitivité.

Le service politique de France Inter - qui n'est pas connu pour son gauchisme échevelé (rappelons que ce n'est pas Daniel Mermet qui le dirige) - en faisait même la remarque, doutant du "caractère socialiste" d'un certain mesures prises ou annoncées (pacte de compétitivité, ANI, retraites, etc.).

Mais toutes ces remarques préliminaires ne sont que peu de choses quant au fond du discours du Président de la République, dans lequel il nous faut bien faire le tri.

Une offensive nécessaire sur la réorientation européenne

On connaît évidemment les désaccords qui distinguent mon courant politique et les mesures défendues par François Hollande quant à la manière de traiter "la langueur" dans laquelle s'est enfoncée l'Union Européenne. D'abord bien pire qu'une langueur, c'est bien une impasse à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui, impasse qui pourrait bien mener la construction européenne à son délitement, comme nous avions souhaité en alerter les socialistes dans la convention Europe de juin.

Il y a un péché originel dans l'action européenne de François Hollande c'est la ratification forcée du Traité Merkozy que nous avions pourtant collectivement dénoncé. L'argument du président était que le Pacte de Croissance qu'il aurait arraché à ses homologues changeait radicalement la donne et la signification de ce traité, ce n'était évidemment pas le cas et l'on a vu depuis ce qu'il en était de l'évanescence du Pacte de Croissance. De même, la signature du projet de budget d'austérité proposé par le Conseil Européen marque bien que la réorientation de la construction européenne n'est pas engagée mais que les logiques austéritaires imposées par les libéraux et les conversateurs, menée par Angela Merkel et David Cameron sont pleinement actives. Il me paraît évident que sur ces bases le travail à mener désormais n'en sera que plus compliqué.

Cependant, François Hollande a fait sur ce sujet quelques affirmations et une annonce qu'il me paraît nécessaire de décrypter ou discuter.

"Les lignes ont bougé depuis un an. Quand je regarde ce qui s'est produit : la zone euro a été stabilisée, des instruments de solidarité ont été introduits, l'Union bancaire a été définie. Il y a eu aussi une nouvelle doctrine de la Banque centrale européenne. La Grèce que l'on pensait, à un moment, menacée de ne plus pouvoir figurer dans la zone euro, a été sauvée comme d'autres pays.
Les taux d'intérêt, qui paraissaient pour certains pays insupportables, ont baissé. Je ne parle pas du nôtre qui est à son plus bas historique : jamais l'Etat n'avait emprunté avec un coût de l'argent aussi faible.
Ce résultat, que je revendique, n'a été possible que parce que la France a su jouer le rôle de trait d'union entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud, dans le cadre de l'indispensable - je dis bien indispensable - couple franco-allemand, sans lequel l'Europe ne peut pas avancer.
Mais aujourd'hui, ce qui frappe l'Europe, ce n'est plus la crise financière. Je le redis ici : elle est derrière nous. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait plus de menaces, mais les causes ont été régulées et jugulées." :

Je ne suis pas convaincu que la crise de la zone euro soit derrière nous ni que ses causes aient été régulées et jugulées. Le décalage structurel entre pays du nord et du sud reste profond et les exigences des premiers vis-à-vis des seconds pour rétablir leur situation crée des tensions sociales et politiques qui peuvent encore provoquer le pire, sans que les taux d'intrérêts soient réellement supportable en Grèce, Espagne, Portugal ou à Chypre ou que les mécanismes de solidarité qu'il défend soient assurés de fonctionner en leur faveur. De même, si la doctrine de la BCE a évolué sous le coup de la réalité, elle reste dérogatoire et personne ne peut dire que ce changement sera durable et que la BCE pourra faire preuve de la flexibilité nécessaire à une politique monétaire dynamique, les textes régissant cette institutions n'ayant pas été révisés et restant contradictoire avec une bonne partie des actions de Mario Draghi. Cependant, il paraît vraisembable que la France tente de faire le lien entre les pays du nord et du sud, nous ne sommes pas dans le secret des discussions européennes, mais dans tous les cas, c'est la seule marge de manoeuvre dont dispose la Présidence Hollande face à l'intransigeance merkelienne.

"Ce qui frappe l'Europe, ce n'est pas la crise financière, c'est la récession : récession provoquée par des politiques d'austérité ; récession qui touche tous les pays de la zone euro - certains moins que d'autres, mais je pourrais faire des comparaisons, y compris avec l'Allemagne, pour ces six derniers mois ; récession qui menace jusqu'à l'identité même de l'Europe, jusqu'à la confiance des peuples en leur destin.
La Commission européenne a commencé à comprendre les risques et les menaces. Elle a décidé d'ajuster, d'adapter le rythme de la consolidation budgétaire à la conjoncture. C'est un bon signal.
Mais, pour moi, ce délai - deux ans pour la France - ce n'est pas un répit, c'est un rebond, c'est une opportunité pour une reprise plus rapide en France et en Europe. Car l'enjeu, je le répète, c'est la croissance, c'est la sortie de la crise, c'est la fin de la récession." :

La réalité de la récession - plus que le "risque" - est aujourd'hui effectivement pire que celui de la crise financière. Si la Commission européenne propose de transiger avec le plan de charge de réduction des déficits qu'elle avait établi avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, c'est à la fois pour tenir compte de cette réalité mais en l'accompagnant d'exigences drastiques en termes de réformes structurelles libérales sur les retraites (nous y reviendrons) et le marché du travail. Il ne s'agit pas encore de proposer un rebond fondé sur la mise en oeuvre de politiques de croissance. De fait, François Hollande n'a pas abandonné le fantasme d'une règle d'or auto-imposée. europa_logo.pngLors de la présentation mardi à Paris de l'Appel "Une autre Europe est possible !" lancée par les ailes gauche du PS et du SPD, Emmanuel Maurel avait clairement expliqué «Ces réformes ne sont rien d'autre qu'un acte de vandalisme contre notre modèle social», «au moment même où la Commission est obligée de constater que le retour accéléré à zéro déficit public ne marche pas, elle veut renforcer les dispositions pour aller dans cette direction. C'est une Europe low cost qu'on est en train de fabriquer». «Ce que nous disons est partagé par d'autres forces en Europe. Il n'y a pas qu'une seule politique possible, ce n'est pas vrai car la politique c'est faire des choix et prendre des risques», a insisté Emmanuel Maurel dans un message implicite à François Hollande.

"L'offensive, c'est d'abord lancer une initiative européenne. [...] L'initiative que je prends, elle se décline en quatre points et je la soumets à nos partenaires. Premier point, c'est d'instaurer avec les pays de la zone euro un gouvernement économique qui se réunirait, tous les mois, autour d'un véritable Président nommé pour une durée longue et qui serait affecté à cette seule tâche. Ce gouvernement économique débattrait des principales décisions de politique économique à prendre par les États membres, harmoniserait la fiscalité, commencerait à faire acte de convergence sur le plan social par le haut et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale. [...] La deuxième étape de l'initiative que je propose est tournée vers les générations futures avec un plan pour l'insertion des jeunes. [...] Troisième temps de l'initiative, une Communauté européenne de l'énergie destinée à coordonner tous les efforts pour les énergies renouvelables et réussir ensemble - alors que l'Europe a des
pays qui n'ont pas les mêmes politiques énergétiques - à assurer la transition énergétique. Le quatrième temps, c'est une nouvelle étape d'intégration avec une capacité budgétaire qui serait attribuée à la zone euro et la possibilité, progressivement, de lever l'emprunt."
:

Pour la première fois, François Hollande donne ici un contenu concret à la réorientation de la construction européenne pour laquelle il est censé plaider. Autant le Pacte de Croissance qu'il prétendait avoir obtenu s'est avéré insaisissable, autant ici le Président de la République met la droite allemande au pied du mur en l'obligeant à répondre à une proposition forte d'intégration européenne qu'elle prétend elle-même défendre. D'autre part, il assortit sa proposition de gouvernement économique, dont il faudra tout de même un peu discuter l'architecture, d'éléments essentiels et opérationnels pour le quotidien des salariés européens, puisque le gouvernement économique ne peut évidemment avoir de sens s'il n'est pas associé à l'urgence de l'harmonisation sociale et fiscale "par le haut" que la gauche européenne attend depuis plus de 20 ans. Espérons que cette offensive ne connaisse pas sur le fond et sur la forme la même destinée que son Pacte de croissance. Je reste plus circonspect sur le plan européen d'insertion des jeunes, non que je néglige sa nécessite ou la réalité de l'engagement du Président sur ce dossier, mais parce qu'on voit mal comment il pourrait être sérieusement mis en place dans le cadre budgétaire austéritaire accepté par le Président au sommet de Bruxelles. Je ne peux que souscrire à la nécessité d'une communauté européenne de l'énergie (qui pourrait d'ailleurs un peu bousculer les vieilles lunes françaises sur le nucléaire) ; enfin la capacité budgétaire attribuée à la zone euro et à lever l'emprunt est une nécessité, revendication déjà ancienne des socialistes français (adoptée sous l'influence des ailes gauches successives du PS depuis 2003).

Le cap est maintenu sur le front de la compétitivité... mais pour quels résultats sur l'emploi ?

Le Président de la République assume pleinement l'orientation social-libérale donnée à son quinquennat dès octobre 2012. Mais il le fait également, et c'est nouveau en assumant la continuité avec les mesures engagées par son prédécesseurs. "La seconde réforme nous a été présentée avant même que nous nous installions. Il fallait déjà faire ce que nos prédécesseurs n'avaient pas engagé ou, plutôt, avait décidé et reporté : le pacte de compétitivité, l'allègement du coût du travail. Pardon de prendre les choses comme elles s'appellent puisqu'il s'agit bien de cela : l'allègement du coût du travail pour être meilleur sur les marchés internationaux. Cela a été le rapport Gallois. Le pacte de compétitivité a engagé 20 milliards d'euros d'allègements et beaucoup d'autres mesures pour l'innovation." Peu importe que ces mesures soient en contradiction avec le projet socialiste de juillet 2011 qu'il n'a pas contesté, avec le discours du Bourget et avec ceux des principaux leaders de la motion 1 lors du congrès de Toulouse.

Il revendique également la réfome du marché du travail qui correspond à la transposition dans la loi de l'Accord National Interprofessionnel de flexibilisation de l'emploi : "la quatrième réforme que le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT a menée ou plutôt que les partenaires sociaux ont engagée, c'est l'accord sur la sécurisation de l'emploi, la réforme du marché du travail. [L'intervention au Mali] a caché l'ampleur de la portée d'une décision que prenaient les partenaires sociaux. Pas tous mais en tout cas, les syndicats majoritaires. Une réforme que l'on jugeait impossible à faire. Elle est là, votée hier par le Parlement." Nous avons heureusement quelques un à en mesurer l'importance et surtout ce qu'elle représente comme reculs pour les droits des salariés. Peu importe également que l'une des principales mesures de l'ANI soit la transposition des accords compétitivité emploi proposés par Nicolas Sarkozy que le candidat Hollande et les socialistes avaient combattu pendant la campagne électorale. Avec cette déclaration, il avoue implicitement qu'au-delà d'appeler constamment à un "compromis historique", il a probablement pesé sur le rythme des négociations et le contenu final de l'accord qu'il considère mettre en oeuvre avec les orientations social-libérales qui lui vont comme un gant.

Enfin, puis enfin puisque l'Elysée considère que ces réformes sont faites dans le but d'inverser la courbe du chômage d'ici à la fin de l'année et d'avancer au-delà vers le retour au plein emploi, c'est donc à cette aune qu'elles devront être jugées. Et l'on peut déjà en dire quelques mots. Le Président juge que la "boîte à outils" (à laquelle il faut ajouter les emplois d'avenir et les contrats de génération) - expression heureusement abandonnée - est complète et il en attend les résultats de son utilisation. Mais même en les élargissant sous condition au privé, les emplois d'avenir ne peuvent être en mesure de compenser les destructions d'emplois en cours, pas plus que les exonérations de cotisations qui constituent l'essentiel des CG. Les 20 milliards de cadeaux fiscaux sans contrepartie du Pacte de Compétitivité eux-mêmes ne sauraient être en mesure de relancer l'activité économique et donc les création d'emploi. Pour sortir de la récession, les entreprises ont avant tout besoin d'avoir les carnets de commande remplis et lorsque l'investissement privé est en berne, que le crédit bancaire l'est également, je ne comprends toujours pas que l'on décide de couper aveuglément dans les dépenses publiques, ce qu'il appelle le "sérieux budgétaire" alors qu'en l'orientant correctement elle pourrait fort bien compenser les manques du privé. Ainsi les milliards d'économies annoncés sur le dos des collectivités territoriales qui fournissent pourtant 66% des investissements publics sont parfaitement contreproductifs.

Maurel_Lienemann_une_autre_Europe_est_possible.jpgCe défaut d'investissements publics a cependant été repéré puisqu'il a "demandé à Jean-Marc Ayrault de présenter au mois de juin un plan d'investissements, pour les dix ans qui viennent, autour de quatre grandes filières : le numérique, la transition énergétique, la santé et les grandes infrastructures de transports." La question du financement alors qu'il a engagé une politique de rigueur budgétaire pose question. Je préfère à tout le moins qu'il propose de réorienter l'épargne des Français - comme le demandait Maintenant la Gauche - plutôt que de céder ses participations actuels au capital de grandes entreprises privées ou publiques, alors qu'il y a nécessité que la puissance publique pèse au maximum pour réorienter la stratégie industrielle d'un certain nombre d'entre elles. Je suis par contre plus circonspect sur l'appel aux capitaux étrangers, alors qu'on peste contre le caractère extérieur des détenteurs de la dette française et que l'origine "souveraine" de certains de ces capitaux pose potentiellement quelques problèmes de politiques extérieures.

Le risque de faire exploser la gauche et la cohésion sociale sur les retraites

hollande_retraites_2012.jpgLe candidat Hollande s'était engagé à une nouvelle et durable réforme des retraites, le système mis en place par la droite lui paraissant à la fois injuste et insuffisamment financé. C'était son 18ème engagement (ci-contre).

Mais dans les annonces du chef de l'Etat hier, on note quelques adaptations : les négociations n'ont pas été engagées dès l'été 2012 (comme bien d'autres projets qui auraient dû l'être) mais on lui pardonnera, car il a préféré fixer à nouveau l'âge légal à 60 ans par décret, pour marquer le début de son mandat.

On voit cependant comment a été cornaquée à distance la négociation sur le marché du travail et l'on peut commencer à avoir quelques craintes pour celles sur les retraites. Concernant le montant des pensions, on peut déjà s'inquiéter de voir les décisions qui ont été prises avec la désindexation.

Plus encore, ne se concentrant plus que sur les carrières longues, le Président oublie complètement la question de la pénibilité qui était pourtant explicitement dans ses engagements.

Enfin, François Hollande clot avant le début des négociations entre partenaires sociaux la question de l'évolution des recettes : "[...] il y a un principe qui est celui de l'évidence. Dès lors que l'on vit plus longtemps, parfois beaucoup plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps." Cette évidence qui n'en est pas une avait pourtant été contestée par le PS en 2010 et le député François Hollande lui-même, bien que la majorité des socialistes aient accepté le pasage à 41,5 annuités de cotisation. Aller au-delà paraît injuste socialement dans un pays marqué par près de 40 ans de chômage de masse, car peu de salariés seront en mesure de présenter à un âge "avancé" plus de 40 annuités pleines. C'est également une illusion de parler de l'allongement de la durée de la vie comme si elle était uniforme, au-delà même de la question de la pénibilité, quand on constate que la durée de vie en bonne santé des ouvriers est descendue à 62 ans.

De ce fait, il vient encadrer de telle manière les négociations sociales que jamais les propositions de hausse modérée des cotisations qui pourraient être faites par FO ou la CGT ne seront pris en compte. Cela revient à enfermer la conférence sociale dans un dialogue forcément mortifère car exclusif entre la CFDT et le MEDEF qui débouchera sur une retraite à la carte, signe avant coureur de la mise en cause des retraites par répartition - comme le demande la Commission européenne.

C'est enfin attiser les divisions à gauche au risque de les rendre irrémédiables et cela juste avant la série de scrutins intermédiaires qui va jalonner 2014 et 2015.

C'est sur le fond et sur la forme l'exacte stratégie opposée qu'il faudrait adopter au moment où la France et la Gauche doivent gagner des batailles européennes.

Frédéric FARAVEL

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 12:34

| Par Stéphane Alliès - Mediapart.fr

Il y a un an, l’Élysée. Il y a dix ans, Dijon. Depuis que le hollandisme est à l’épreuve du pouvoir, chez de nombreux socialistes, l’antienne est récurrente, souvent désolée et accompagnée d’un soupir : «Hollande gère le pays comme il gérait le parti.» Les similitudes entre les deux expériences de gouvernance n’ont cessé d’accompagner les analyses des socialistes interrogés tout au long de cette première année de pouvoir.

À chaque renoncement, volte-face et temporisation ; à chaque fois que l’Élysée a fait savoir son refus systématique de la bataille idéologique ; à chaque fois qu’il a été jugé prioritaire d’apaiser la situation, l’allusion au PS d’après le congrès de Dijon revient. Le constat est très souvent le même : dans l’exercice du pouvoir à la sauce hollandaise, l’habileté se mue en immobilisme. On peut même retrouver dans les conditions de l’accession réelle du futur président à la tête du PS les raisons et les conséquences de son appréhension du pouvoir.

 

En patron des socialistes, Hollande a effectué deux quinquennats. Le premier en cohabitation avec Lionel Jospin (1997-2002), “à la Harlem Désir”, en chef d’un “parti-courroie de transmission”, rangé derrière le chef d’État socialiste. Son bilan est alors bien moins critiqué que ne l’est d'ores et déjà celui de Désir. Il était sans doute plus aisé de diriger un PS sans opposition interne d’importance dans la gauche plurielle. Quant au bilan du 21-avril ? Il est celui de Jospin, en aucun cas le sien.

C’est au congrès de Dijon (16-18 mai 2003) que Hollande entame son deuxième quinquennat solférinien, désormais en première ligne, en chef de l’opposition. Et c’est ce congrès, où les socialistes sont censés tirer les leçons de leur élimination au premier tour de la présidentielle, qui va constituer le “péché originel” du hollandisme en responsabilité. Comme si cette prise de pouvoir avait déterminé une orientation et un style que Hollande paye aujourd’hui à l’Élysée, tour d’ivoire imperméable au mouvement social, comme l’était Solférino au terme de son mandat.

Décryptage des sept symptômes, comme autant de péchés capitaux, du «syndrome de Dijon» au fondement de la pratique hollandiste du pouvoir.

S’accommoder des insuffisances démocratiques

Comme Mitterrand, Hollande s’est accommodé quand il le dirigeait des errances de son parti et des dérives de ses barons. Lorsque Mediapart l’a reçu, avant la présidentielle, le 13 avril 2012, s’il n’esquivait pas les critiques en inertie sur les votes truqués de certaines fédérations, elles n’ont pas semblé l'atteindre outre mesure. Il confia même dans un sourire, après l’émission : «Mitterrand aussi a triché à Épinay, en s’appuyant sur les grosses fédérations», lors du congrès de 1971, où il s’était emparé du PS sur les ruines de la SFIO.

À la manœuvre de ce congrès de Dijon, dans l’entourage de François Hollande, on trouve tous ceux qui traverseront avec lui les années de direction du PS, tous devenus ministres ou responsables des postes clés des institutions : François Rebsamen, Stéphane Le Foll, Jean-Yves Le Drian, Bruno Leroux, Kader Arif ou Michel Sapin. L’opposition, divisée, frise les 40%, mais beaucoup assurent encore aujourd’hui que le scrutin a été volé.

Laisser prospérer les comportements coupables

Hollande se repose sur les trois puissantes fédérations des Bouches-du-Rhône, du Pas-de-Calais et de l’Hérault, qui représentent alors à elles trois 30% des cartes du parti. Et qui votent au canon – un terme du jargon socialiste pour dire “bourrer les urnes”. Au congrès de Dijon, Hollande recueille entre 80% et 90% dans ces trois départements. Alors que les résultats sont bien plus serrés, voire défavorables, dans les autres fédérations. Les «Bouches-du-Nord», qui avaient fait le congrès d’Épinay, sont ressuscitées.

Une autonomie absolue est alors laissée à ces trois fiefs, laquelle aboutira, sans que jamais le parti de l’ère Hollande ne s’en saisisse, à des dérives clientélistes et antidémocratiques. Sous le mandat de Martine Aubry, elles occasionneront des mises sous tutelle plus ou moins importantes. Et des procédures judiciaires ont été déclenchées, visant trois des plus ardents soutiens de Hollande à l’époque : Jean-Pierre Kucheida, Jean-Noël Guérini et Robert Navarro (lieutenant de Georges Frêche, souvent suspendu sous Hollande, mais exclu seulement sous Aubry). Il faut l'écouter répondre aux interpellations de Fabrice Arfi, lors de notre émission durant la campagne présidentielle.


Mediapart 2012 - Les questions qui fâchent, les... par Mediapart

À chaque fois, le même constat : pas au courant, jamais mêlé directement. Le premier secrétaire d’alors a le laisser-faire coupable, gagne du temps, se contentant d’assurer qu’il fait confiance à la parole de ses amis, et ne tranche pas malgré les alertes nombreuses. Au bout du compte, c’est la justice qui se charge aujourd’hui d’examiner des dérives qu’il a tolérées. Toute ressemblance avec une affaire récente…

S’en remettre au socialisme des territoires

Corollaire de cette assise socialiste dans les baronnies, Hollande développe dès le congrès de Dijon une vision territoriale de la politique, où les « grands élus » sont érigés en exemple d’administration des citoyens. «Nous avons cette chance au Parti socialiste d’avoir des élus. Je dirai même que nous n’en avons pas encore suffisamment», lance-t-il depuis la tribune du congrès. L’action de Gérard Collomb, François Rebsamen, Jean-Yves Le Drian ou Alain Rousset sera souvent citée en exemple au cours de l’ère Hollande au PS… Ah, les élus locaux… S’il y a bien un succès à retenir de l'action de Hollande au PS, ce sont ses victoires aux élections municipales, régionales, ou cantonales. Entre 2004 et 2008, la «France des territoires» est presque devenue entièrement socialiste, permettant in fine la prise du Sénat en 2011, depuis présidé par un autre fidèle de Hollande, Jean-Pierre Bel.

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Sa déclaration de candidature à la présidentielle, il la fera depuis sa mairie de Tulle. Depuis cette Corrèze dont il n’a cessé de se prévaloir durant la campagne présidentielle (lire notre enquête à Tulle). Élu président, il n’a pas hésité à se rendre en mars dernier à Sombernon, pour livrer un discours enflammé sur… la ruralité. Comme aux plus belles heures de ses fêtes de la Rose dans le pays profond qu’il affectionnait tant quand il dirigeait le parti, voici le président Hollande vantant le «pays d’Auxois-Morvan» (discours intégral ici) : «La ruralité est à la fois notre histoire et notre avenir. C’est notre histoire parce que c’est dans la ruralité que la France s’est fondée avec son agriculture, sa production, ses paysages, ses traditions. Mais la ruralité, c’est aussi un facteur de confiance en l’avenir parce que c’est dans les territoires ruraux que nous pourrons trouver les leviers de notre propre développement.» 

Aujourd’hui critiqué dans ses propres rangs, comme un «président conseiller général» (par le député PS Pascal Cherki), François Hollande a sans cesse plaidé dans ces années-là pour que la façon dont le PS gérait ses collectivités locales influence jusqu’à la gestion de l’État. Avec lui est né ce «socialisme des territoires», ce modèle de gestion/coopération entre États et collectivités, cette écoute permanente des élus de terrain et la priorité laissée avant tout au compromis, l’amenant finalement à reporter son acte III de la décentralisation (lire ici). De peur de brusquer certains de ces «grands élus», il ne va s’attaquer au mille-feuille institutionnel français que pour proposer d’en rajouter un échelon, avec la métropolisation, et modifier des modes de scrutin, tout en renvoyant le reste des décisions à plus tard.

Mettre au placard une génération

Au congrès de Dijon, François Hollande l’emporte face à la gauche du parti et aux rénovateurs. Hollande préfère alors mettre au placard une génération de trentenaires et quadras (Vincent Peillon, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, et toute l’aile gauche issue de l’Unef et ex-gauche socialiste, rangés derrière Henri Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon). À ce moment, pas question de synthèse avec eux. Pas question de céder aux lubies du NPS (Nouveau parti socialiste) sur le cumul des mandats, ni aux obsessions archaïques de l’aile gauche et de ses critiques du libéralisme. Pas question non plus de transiger avec cette opposition interne sur une éventuelle remise en cause de l’Union européenne.

Sur la scène de Dijon, en bon connaisseur de l’histoire de son parti, il parle toutefois à gauche : «Nous avons même montré un tel goût pour la gestion que, souvent, nous avons pu céder quelque peu à cette tentation de croire séduire nos adversaires en étant plus orthodoxes qu’eux. Je ne crois pas que ce soit nécessaire.» Mais en coulisses, il noue alliance avec strauss-kahniens et fabiusiens, deux écuries organisées dans la perspective de la présidentielle de 2007, plutôt convaincu d'une nécessaire adaptation libérale du socialisme français.

Interrogé par Mediapart en 2008 sur cet épisode, François Hollande assumait. «Je voulais que notre ligne politique ne soit pas fonction des personnalités qui la soutenaient, mais de la cohérence et de la constance de nos positions, disait-il. Dès lors que les rénovateurs se lançaient pour un combat en faveur d’une VIe République parlementaire, contre les institutions européennes et critique de la politique économique que nous avions suivie, la synthèse n’était pas possible entre des intérêts inconciliables. Je ne contestais pas leur souhait de rénovation et je trouvais regrettable que cette génération ne puisse donner sa pleine mesure. Je me suis donc retrouvé, sans que j’aie à le souhaiter ou à le regretter, avec Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius et beaucoup d’autres, moins parce que je les avais sollicités que parce qu’ils étaient à ce moment-là sur la même ligne que moi.»

En fin de compte, lui président, ses adversaires une décennie durant finiront tout de même ministres. Ressortis du placard hollandais, les rénovateurs de Dijon (Montebourg et Peillon) ne sont pas franchement choyés par l'exécutif, plutôt laissés seuls face à leurs difficultés. Quant à l'aile gauche, elle se résume à un ministère délégué pour Benoît Hamon.

Mettre la rénovation en berne

Dans son discours de Dijon, la rénovation était promise, mais elle avait déjà des airs de slogan creux, ne laissant guère de place à l’innovation politique. Diversité et parité sont saluées, même si les instances du parti ne seront plus du tout paritaires par la suite, et que hormis la promotion de cinq camarades représentant «toutes les couleurs de notre parti» au conseil national, la diversité dans la représentation socialiste aura été tellement faible que Nicolas Sarkozy la ringardisera à peu de frais à coups de Rachida Dati, Rama Yade ou Fadela Amara. Ironie de l’histoire, cette dernière avait auparavant été l’une des rares “issues de la diversité” promue secrétaire nationale au sein du PS de François Hollande. Aujourd’hui encore, si la parité est respectée au gouvernement, les principaux postes ont été réservés à des mâles blancs (à l’exception notoire de Christiane Taubira).

À Dijon, la rénovation interne de François Hollande passait aussi par le référendum militant, celui sur la constitution européenne y était déjà annoncé. Mais après le oui des encartés socialistes en décembre 2004 (un vote lui aussi entaché d’irrégularités, mais favorable à 59%), le non des Français (à 55%, et de la majorité des électeurs de gauche) a enterré, semble-t-il à jamais, l’appétence référendaire du président-premier secrétaire Hollande. Bien que promis dans son programme pour le premier semestre de son mandat, le référendum sur les institutions est aux oubliettes, et toute tentative de faire resurgir le sujet (comme récemment sur la moralisation, même par la direction du PS) est jusqu’ici à chaque fois balayée d’un revers de main par l’Élysée.

Quant à la primaire, le François Hollande de Dijon n’en parle pas. Mais elle était déjà pour lui inconcevable au-delà du cercle socialiste, ce cénacle vieillissant composé à majorité d’élus, de collaborateurs d’élus et d’employés municipaux. Pourquoi se risquer à s’embarquer dans des votes incontrôlables ?

C’est en dehors de la direction du parti qu’il se convertit à l’exercice de la primaire ouverte à tous, après s’y être au début opposé. Comme il avait bataillé contre la date trop tardive selon lui du scrutin. Contre son gré, le PS, obligé de se rénover après le coma dans lequel il l’avait laissé, a fait son bonheur présidentiel. Débarrassé du mistigri de l’appareil éléphantesque, il récolte un succès impensable un an avant, profitant du crash de Strauss-Kahn. Juste avant le premier tour, il glissait aux journalistes : «Ce qui m’amuse toujours, c’est que si mes camarades m’avaient écouté, je n’aurais pas été désigné. J’étais contre les primaires et contre le calendrier.»

L’hégémonisme plutôt que l’union de la gauche

À Dijon, François Hollande indique le fond de son analyse stratégique du 21-avril et la leçon qu’il en tire pour son parti : «Ce n’est pas notre hégémonie qui a fait problème l’année dernière, c’est notre faiblesse d’abord qui nous a rendus impropres à figurer au second tour de l’élection présidentielle.» Dans la période post-gauche plurielle, les relations avec Les Verts sont tendues à chaque scrutin local où les accords électoraux se font le plus souvent a minima. Celles avec le PCF sont exécrables au fur et à mesure des conquêtes socialistes dans les bastions communistes. Sur le fond, le PS de Hollande est productiviste et pour l’économie de marché, et les divergences sur ces points ne seront jamais débattues avec des partenaires devenus peu à peu concurrents.

Au terme du mandat Hollande à Solférino, le «grand parti socialiste» appelé de ses vœux à Dijon est bien loin. Le parti n'a pas doublé ses effectifs comme promis, et l'ouverture aux adhérents à 20€ n'a pas été un modèle d'intégration. Le PS verra bientôt les écologistes venir contester le leadership à gauche, aux européennes de 2009. Le périmètre idéologique du PS s’est même réduit, avec le départ de Jean-Luc Mélenchon, lassé du recentrage opéré sous Hollande, qu’il juge irréversible, et qui ouvrira le champ à une autre force contestataire d’importance au PS, le Front de gauche. Hollande souhaitait un PS plus hégémonique à gauche, il doit désormais gérer la tempête récoltée par le vent semé, et faire face à son propre camp, rarement aussi divisé en période de pouvoir.

© Patrick Artinian 

Parler à gauche, mais décevoir les classes populaires

À l’époque, le congrès de Dijon est perçu comme celui d’un retour à gauche pour le PS. En pleine contestation contre la réforme des retraites, François Chérèque a laissé l’invitation au congrès lettre morte, tout à sa négociation avec le gouvernement Raffarin. Le leader de la CGT, Bernard Thibault, est lui présent à Dijon. Et ovationné.

Sans prévenir les représentants des autres motions, François Hollande intègre même au dernier moment dans le texte d’orientation «le droit à la retraite à 60 ans à taux plein». Il s’agira du dernier vote – unanime alors – d’un congrès socialiste sur la question des retraites. À la tribune, François Hollande donne rétrospectivement le sentiment de livrer un “discours du Bourget avant l’heure”, berçant d’illusions une audience socialiste ravie d’entendre une opposition franche à la réforme des retraites.

«Le projet du gouvernement appelle un refus majeur de la part des socialistes», explique Hollande, qui refuse cette «philosophie qui consiste à demander aux salariés de travailler plus longtemps pour gagner moins». Et de lâcher : «L’allongement de la durée de cotisations – 40, 41, 42 ans et davantage encore si c’est nécessaire – était la position du Medef, c’est la solution du gouvernement Raffarin !» Mais une fois devenu président, cet allongement de la durée de cotisations a bel et bien été entériné, et plus encore. L’annonce d’une nouvelle réforme des retraites laisse présager l’achèvement de la trahison de Dijon.

Il faut dire que, depuis ce congrès, François Hollande s’est peu à peu éloigné du mouvement social, et le PS avec lui. Jusqu’à ce 5 mars 2005, à Guéret. Lors d’une manifestation de défense des services publics, Hollande est visé par des boules de neige venues des rangs syndicaux et nonistes. Après le référendum européen du 29 mai, le PS ne descend plus dans la rue. Seul le Mouvement des Jeunes Socialistes va dans les cortèges, et y est plus ou moins bien accueilli. Au départ de Hollande, le PS n’est même plus signataire des collectifs de la Ligue des droits de l’Homme ou du Réseau éducation sans frontières.

De Dijon 2003 à Dijon 2013 : «Elles sont où vos promesses» ?

À la tête du parti, Hollande est apprécié par les militants, mais surtout pour ses blagues, rarement pour des discours marquants. Il est en revanche constamment contesté, voire méprisé, par le reste des cadres et hiérarques du parti. Frontalement par l’aile gauche, puis par les fabiusiens. Plus secrètement par les strauss-kahniens. Parmi les responsables socialistes, son autorité ne lui aura jamais été reconnue. Mais il aura profité de son art de la synthèse (qu’il magnifiera lors du congrès du Mans, en 2005, rassemblant de façon factice un parti fracturé par le référendum européen).

En quittant la direction PS en 2008, François Hollande n’avait pas souhaité rester neutre, et avait soutenu la motion de Bertrand Delanoë, présentée comme largement favorite et dans la continuité de son réformisme social-démocrate converti au libéralisme. Une motion qui avait fini derrière celle de Ségolène Royal, à égalité avec celle de Martine Aubry, et peu devant l’aile gauche de Benoît Hamon. Un constat de désaveu, après un congrès où tous les cadres du parti ont insisté sur la nécessité de «remettre le parti au travail». Comme pour bien souligner qu’il ne travaillait plus sous Hollande.

Depuis, l'ancien premier secrétaire, même devenu président, n’est plus majoritaire au PS. Il a réussi à se faire désigner par les sympathisants en “alchimiste” (lire notre analyse). C'est-à-dire en parvenant à assumer à merveille la posture du “candidat normal”, le plus à même dans les sondages de faire tomber Sarkozy. Mais une fois qu’il a réussi à incarner son “moment”, il n’est pas redevenu majoritaire à Solférino pour autant, incapable d’imposer un proche à sa tête.

François Hollande, le 9 octobre 2011François Hollande, le 9 octobre 2011© Hugo Vitrani

Pour fêter sa première année au pouvoir, le PS a choisi de jouer l’offensive européenne contre l’Allemagne d’Angela Merkel. Avant de se faire recadrer, une nouvelle fois, par l’exécutif. Le texte européen du parti devra néanmoins être voté par les militants, et beaucoup à Solférino s’interrogent sur le résultat des votes. Jusqu’ici, à chaque fois que le parti a essayé de bousculer l’attentisme de son ancien premier secrétaire, sur le non-cumul des mandats, le droit de vote des étrangers, l’usage du référendum sur la moralisation, comme sur la question européenne, Hollande a tranché pour l’enterrement. Des ouvriers grévistes de PSA-Aulnay se font applaudir au conseil national du PS (lire notre article) ? Hollande décide deux semaines plus tard de s’opposer à l’amnistie sociale des syndicalistes, quitte à susciter l’incompréhension et l’amertume (lire notre article).

À Dijon, François Hollande avait évoqué sa vision du socialisme au pouvoir : «Alors aussitôt, s’ouvre l’autre procès, celui de la mauvaise conscience, de la trahison, du reniement, de l’abandon, comme si venir au pouvoir serait nécessairement une compromission et que ça se terminait toujours de la même façon : par la capitulation. Parce que, maintenant, nous dit-on, le capitalisme serait devenu trop fort et la social-démocratie trop faible. Comme si le système devait nous dévorer tout cru, comme s’il était possible, d’entrée de jeu, de se mettre précisément hors du système.»

En mars dernier, François Hollande a tenté une opération de com pour relancer sa dynamique. Deux jours durant, il a quitté Paris pour s’installer en province et retrouver le contact avec les Français. À Dijon, évidemment. De ces deux jours, on retiendra surtout qu’un syndicaliste s’est fait exfiltrer manu militari par le service d’ordre, pour avoir demandé : «Elles sont où vos promesses ?»

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 19:12

2681483_hollande_640x280.jpgC'est peu de dire que l'intervention télévisée du chef de l'Etat crée un malaise au sein de la gauche. Pendant une heure et quart - une demie heure de plus que prévu - François Hollande ne s'est pas adressé aux Français, il ne s'est pas adressé au peuple de gauche (il n'a pas prononcé le mot une seule fois), mais aux chefs d'entreprises et au monde de la finance - celui-là même qu'il désignait comme son adversaire lors du discours du Bourget.

Jeudi soir, nous avons donc bien assisté à l'enterrement de ce discours du Bourget, dont beaucoup de ses électeurs lui demandait pourtant de retrouver l'esprit.

Etant régulièrement taxé par certains de tenir des propos excessifs, je vous transmets ci-dessous deux analyses portées par des journalistes de natures et d'opinions profondément différentes. Le premier est Thomas Legrand, chroniqueur matinal sur France Inter qui défend habituellement un réformisme très prudent ; le secon est "L'adieu à la gauche" publié par Mediapart, dès la fin de l'interview du Président... On constatera que les deux analyses sont finalement assez peu éloignées. Comprenne qui pourra...

Frédéric FARAVEL

François Hollande, un président totalement désidéologisé

legrand.jpgVous avez bien sûr regardé le président hier soir… Alors ?

Ce qui m’a frappé c’est la désidéologisation totale de son discours. Nous étions hier en présence d’un président, qui semblait parfaitement compétent et à l’aise… mais parfaitement dépolitisé. On appelle ça sans doute le pragmatisme. Il nous a d’ailleurs présenté, non pas des idées pour changer la société mais une « boîte à outils », pour la réparer. Alors il vaut peut-être mieux avoir Monsieur bricolage à l’Elysée plutôt qu’un phare de la pensée mais dans la culture de la gauche française ça doit faire un choc. Après tout, lors de la primaire de 2011, François Hollande représentait déjà la tendance la moins idéologique du PS…et c’est lui qui a été choisi ! Le ton et les solutions proposées hier faisaient éclater au grand jour un pragmatisme totalement assumé. A voir l’aisance et la forme d’autorité qui se dégageait du Président, on comprenait qu’il se sentait enfin fait lui-même…enfin débarrassé de l’obligation d’être socialiste ! le discours pour les entrepreneurs, le choc de simplification, le discours sur les récidivistes, sur le budget de la défense, sur les retraites aurait pu être tenu par n’importe quel autre pragmatique du centre-droit ou du centre-gauche… aucune emphase, aucune grandiloquence… de l’émotion simplement pour évoquer la guerre au Mali et les otages….le refus de la dramatisation mais la geste de la détermination…de petits mensonges, notamment sur ses prévisions de croissances passées, aucune mesquinerie politicienne, pas d’aigreur contre ceux qui le critiquent : François Hollande était hier (plutôt qu’un président normal) un président tout court…

Et donc pas un président socialiste !

Non, les objectifs affichés -réduire le chômage, sauver notre modèle et même réorienter notre économie vers des secteurs d’avenir comme l’environnement- ne nécessitent pas d’être socialiste ni même écologiste. C’était aussi les objectifs de Nicolas Sarkozy et de Jacques Chirac !… Même si le prédécesseur de François Hollande n’a jamais cessé de faire de l’idéologie (au moins d’affichage) pendant cinq ans. Le débat UMP/PS est devenu simplement un débat autour de la compétence et de la capacité à agir. « J’ai les manettes et je sais m’en servir »…voilà ce que nous disait François Hollande hier. Sans idéologie, l’objectif n’est plus de changer le monde. Le grand dessein c’est de faire baisser le chômage… Le but de toute l’action décrite hier par le Président est donc de retrouver la croissance. Mais dire « mon but c’est la croissance », c’est un peu comme dire au début d’un voyage en voiture « mon but c’est la station service ». Alors c’est vrai qu’il y aurait quelque chose de présomptueux à détailler par le menu ce que l’on ferait si on avait de la croissance. C’est vrai que quand on en est à pousser la voiture, dans l’esprit de ceux qui poussent, eh bien, la station service, ça devient le but. Après trente ans de crise(s)…on en est peut-être là ! Conclusion : si vous attendiez un grand timonier, vous serez catastrophés, si vous attendiez simplement que le conducteur du véhicule en panne sache à peu près où se trouve la station service…vous pouvez être plutôt rassuré ce matin !

François Hollande : les adieux à la gauche

| Par François Bonnet et Mathieu Magnaudeix

Disons-le tout net. Rendre intéressante l’intervention présidentielle, jeudi soir sur France 2, relevait largement de la mission impossible. Un président dans une impopularité jamais connue sous la Cinquième République au bout de dix mois de mandat ; un taux de chômage au-dessus des 10 %, frôlant les records historiques de 1997 ; un pouvoir d’achat des Français en recul pour la première fois, au vu des statistiques du dernier trimestre 2012 ; une crise de l’Europe et de l’euro sans précédent, avec un État membre, Chypre, dont l’économie explose et un autre État membre, l’Italie, sans gouvernement et dans une impasse politique durable.

Or, paradoxalement, cette mission impossible fut presque accomplie. Car une immense surprise ressort de ce long propos présidentiel qui, aux alentours de la dixième minute, a dû perdre l’essentiel de ses auditeurs assommés de chiffres et de jargon technique. François Hollande mettait en scène et en mots la cérémonie de ses adieux à la gauche. « Je ne suis plus président socialiste, je suis le chef d’État de la France », devait-il d'ailleurs préciser aux alentours de la quarantième minute.

Nous venions de l’apprendre et le devinions : effectivement, François Hollande aura réussi l’exploit, dans cette cinquième intervention « devant les Français » depuis son élection, de ne pas prononcer le mot « gauche », de ne pas même citer le nom du parti socialiste, de ne pas même évoquer « les écologistes », d'ignorer délibérément les questions de majorité politique. Plus de gauche, plus de droite ; plus de partis ; plus de majorité politique ou parlementaire. Un abus impressionnant du « je ». Voilà la révélation de cette intervention : la dissolution de la politique, des débats, des alternatives, dans un « je » présidentiel renouant avec les pires démons de nos institutions.

La métamorphose est d’une rapidité surprenante, si l’on veut bien se référer à celui qui fut le précédent président issu de la gauche : François Mitterrand. Chacun sait aujourd’hui son plaisir entier à avoir endossé les habits de ce présidentialisme exacerbé et monarchique tant vilipendé dans le talentueux pamphlet du Coup d’État permanent. Mais François Mitterrand dut attendre un peu pour cela, laissant un temps l’illusion d’une démocratie sociale et parlementaire prospérer : 1983 fut un premier tournant ; en 1986, la cohabitation fut la renaissance d’un présidentialisme sans limite ; 1988-1995 fut une caricature de cette monarchie constitutionnelle à la française.

Voilà François Hollande faisant l’intégralité de ce parcours, qui prit deux mandats de sept ans…, en dix mois ! Effarante régression, au moment où un pays en crise profonde recherche et a impérativement besoin de mobilisations citoyennes, de corps intermédiaires, de débats déconcentrés, de processus innovants de décision, de prises de risques, pour s’extirper d’une crise historique et mener dans la paix civile et sociale une mutation équivalente à la révolution industrielle.

François Hollande a donc, en ce jeudi 28 mars, effacé la politique par une succession de « je » présidentiels. Cette posture consistant à tout revendiquer, à tout assumer, à affirmer tout décider (jusqu’à préciser, tel un directeur comptable, que « les achats des administrations seront désormais tous regroupés », pour d’obscures économies…) ne fait pas qu’affaiblir le système politique. Elle ridiculise son système de pouvoir : le premier ministre n’a pas été cité – il n'existe plus –, les ministres ont tout juste été évoqués, comme d’insolents élèves dont il fallait parfois savoir accepter les incartades.

Dès lors, que reste-t-il sur cette table rase, où le Parlement, les partis et le gouvernement ne sont au mieux que d’obscurs et irresponsables appendices ? Il reste un président, homme seul face au peuple et face à une crise dont les prolongements et les complexités sont sans précédent. « Qui peut croire une telle fable ? » aurait dit Nicolas Sarkozy en un autre temps et sur un autre sujet.

C’est le pari de François Hollande : tenir coûte que coûte sur un mode de récit, qui peut sembler suranné, irréel, voué à l’échec, mais dont il estime qu’il sera in fine entendu par l’opinion. Le pari est d’autant plus stupéfiant qu’au sortir de cette heure et quart d’entretien, on ne sait à qui François Hollande a parlé. Pas à la gauche : il ne l’a pas même évoquée. Pas à la droite : il n’a pas fait de pas important en sa direction. Alors à qui ? Aux chefs d’entreprise et décideurs économiques, incontestablement : « J’ai besoin de tous les Français ! Et les chefs d’entreprise, leur réussite est la nôtre. »

Oublis et renoncements

Alors à qui ? François Hollande a parlé au centre. Un supposé centre géographique du paysage politique dont on ne voit plus guère la traduction politique. Ce n’est évidemment pas l’UDI de Jean-Louis Borloo, qui se retrouvera ce jeudi dans la majorité « hollandaise ». Il ne reste donc de visible… que François Bayrou. François Bayrou, dont les positions politiques et sociales, les harangues contre la dette publique, les engagements européens et même la posture solitaire « au-dessus » des partis, apparaissent plus que jamais compatibles avec la nouvelle doxa présidentielle.

Pour préparer cette intervention, l'Élysée avait consulté tous azimuts. François Hollande, le secrétaire général de l'Élysée, le conseiller en communication Claude Sérillon avaient rencontré parlementaires et responsables de la majorité. « Ils voulaient trouver des idées, raconte une personne consultée. Mais ils n'ont trouvé que des mini-trucs. »

Pendant près d'une heure, le président a surtout parlé d'économie, dans un discours souvent très technique, émaillé de chiffres, finalement digne du haut fonctionnaire qu'est resté cet ancien élève de la promo Voltaire de l'ENA. On connaît le goût de Hollande pour les plus obscures subtilités budgétaires. Les téléspectateurs ont été servis. Car le chef de l'État n'a pas tant parlé des grands bouleversements économiques du monde que de microéconomie, de vie des entreprises. Avant d'en venir à la grande annonce de cette soirée : un « choc de simplification » ! « Aujourd'hui, une entreprise est obligée de transmettre à l'administration 3 000 informations par an, nous allons diminuer de deux fois, trois fois ce chiffre. »

Ce soudain « choc de simplification », trouvaille de communicant (écho au « choc de compétitivité » de l'automne), n'a pas pour autant éclairci le propos présidentiel. Il devait ensuite rentrer dans le détail d'aménagements fiscaux échappant au contribuable moyen. « On aménagera la fiscalité pour que ce soit plus simple et moins coûteux » en cas de cession d'entreprise. Il a toutefois réaffirmé sa promesse : avant la fin de l'année, la courbe exponentielle du chômage sera infléchie. « Ça va augmenter jusqu'à la fin de l'année, à la fin, nous allons avoir une baisse du nombre du chômeurs. Ce n'est pas un vœu ou un pronostic, c'est un engagement, une bataille. »

Et de rappeler que les « outils sont là » : les contrats d'avenir, les contrats de génération, le crédit d'impôt de 20 milliards pour les entreprises, ainsi que la loi sur la sécurisation professionnelle (elle sera votée la semaine prochaine par les députés), fruit de l'accord de janvier entre plusieurs syndicats et le patronat, qui suscite bien des remous à gauche.

« Il n'y avait jamais eu un tel accord sur cette question du marché du travail », s'est vanté François Hollande, qui oublie un peu vite l'accord de 2008, qui n'était certes pas si global mais avait entériné, entre autres, la rupture conventionnelle entre salarié et employeur. « Ma priorité, c'est l'emploi. Mon cap, la croissance, je veux que la France connaisse une croissance. J'ai ce devoir de remettre de la croissance », a martelé le chef de l'État, déplorant la « croissance nulle ». François Hollande a aussi annoncé une réforme de la formation professionnelle des demandeurs d'emploi. « Je vais proposer qu'un chômeur sur deux puisse avoir une formation professionnelle dans le délai de deux mois. »

Pour tenter de ressusciter l'esprit du discours du Bourget, lors duquel il avait présenté la finance comme son « ennemi », François Hollande a aussi présenté une nouvelle mouture de sa taxe à 75 %, censurée par le Conseil constitutionnel, puis édulcorée par le Conseil d'État. Elle sera acquittée non pas par les personnes physiques comme le prévoyait le dispositif au départ, mais par les entreprises dans le cas de salaires supérieurs à 1 million d'euros. « L'entreprise sera responsabilisée », estime François Hollande, qui calcule lui-même que la mesure concernera « très peu » de cadres dirigeants.

Afin de relancer le pouvoir d'achat, le président a admis ne pas avoir de baguette magique. Mais il a proposé que les 4 millions de Français qui bénéficient d'une participation, en théorie bloquée pendant cinq ans, puissent la débloquer « immédiatement sans pénalité fiscale ».

Pour le reste, François Hollande a déroulé un agenda social attendu, entre réforme des allocations familiales et des retraites. Il a confirmé la piste d'une réduction des allocations familiales pour les ménages les plus aisés. Et laissé entendre que si les plus petites retraites ne seront pas baissées, il pourrait augmenter la durée de cotisation requise pour toucher une retraite à taux plein.

Affaire Cahuzac

Mais là ou l'entretien du chef de l'État frappe, c'est surtout par ses absences et/ou ses renoncements en matière de réformes estampillées de gauche. Le cumul des mandats ? Ce sera mercredi en conseil des ministres… La réforme, elle, sera effective « avant la fin de mon mandat ». Évaporée donc la piste d'une réforme applicable dès les municipales de 2014 (à vrai dire, plus grand-monde n'y croyait). 

Le droit de vote des étrangers ? Le chef de l'État ne l'a même pas évoqué. Le mariage pour tous ? François Hollande ne reviendra pas dessus. En revanche, une des informations principales de la soirée est le quasi-enterrement d'une de ses promesses de campagne : le recours à l'assistance médicale à la procréation pour les couples de femmes. « La PMA, ça n'est pas dans le texte, c'est renvoyé au comité d'éthique. » Jusqu'ici, rien de neuf. Pour déminer le texte, François Hollande a en effet renvoyé le sujet à cette instance consultative. La nouveauté, c'est que le président s'engage désormais à « respecter » la décision du comité d'éthique. Une façon de dire niet au recours à la PMA pour les couples de femmes, puisque la jurisprudence montre que le comité d'éthique y a toujours été hostile (lire notre article).

Depuis deux semaines, la majorité, franchement déprimée par la succession de mauvaises nouvelles économiques, l'affaire Cahuzac ou encore l'élimination de la candidate socialiste à Beauvais, osait espérer un « discours offensif ». « Il faut que François Hollande arrête de faire comme s'il était premier secrétaire du PS. Il est président de la République, il doit fixer un cap et s'y tenir ! » plaidait la socialiste Colette Capdevielle. « Le gouvernement doit avoir du courage, affronter les murs de l'argent et faire les réformes indispensables pour qu'on bouge ! » défendait le secrétaire national d'EELV, Pascal Durand.

D'autres, au contraire, n'avaient plus beaucoup d'illusions, à l'instar du député de Paris, Pascal Cherki, qui tançait mercredi soir un Hollande « président de conseil général ». L'attaque ad hominem était violente. Ses camarades socialistes lui en ont beaucoup voulu. Même s'ils savent que la formule est d'autant plus dure qu'elle contient une part de vérité. Quant à l'écologiste Jean-Vincent Placé, qui, ce jeudi matin, disait attendre « une révolution politique », il l'aura obtenue à sa façon : les écologistes, officiellement deuxième parti de la coalition gouvernementale, n'ont pas été cités. Seule consolation pour lui: le parti socialiste n'existe pas davantage dans la nouvelle pensée présidentielle !

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 15:56

Bartolone_perchoir.jpgVoici quelques jours, le Président de l'Assemblée Nationale, Claude Bartolone exprimait un point de vue quelque peu jésuitique sur la manière d'aboutir au rassemblement de la gauche pour les prochaines élections locales : "C'est au PCF de choisir : on ne pourra pas venir demander les voix des socialistes pour maintenir des municipalités communistes tout en ayant comme seul objectif d'affaiblir le président de la République et le gouvernement".

C'est effectivement moins agressif que les déclarations de Luc Carvounas, secrétaire national aux relations extérieures - proche de Manuel Valls - qui donnait un ultimatum au Front de Gauche le sommant de soutenir la politique du gouvernement sous peine de mesures de rétorsion électorale. Ce dernier devra prendre sans doute un peu de temps pour apprendre que lorsqu'on est en charge des relations avec les partenaires, on essaie - sans naïveté - de trouver des éléments qui rapprochent les partenaires et non l'inverse.

C'en est pourtant pas moins faux et inopérant.

En effet, Claude Bartolone se trompe profondément s'il croit que le PS est propriétaire des électeurs du 22 avril dernier, au tout du moins des 15 à 20% qui représentent le noyau incompressible des électeurs socialistes. Il se trompe aussi sans doute dans l'analyse électorale de la situation qu'il connaît le mieux - celle de la Seine-Saint-Denis - où une partie de l'électorat du centre et du centre-droit s'est habitué à voter PS pour renverser les municipalités PCF, quand il lui en donnait l'occasion. Ce modèle électoral est limité dans le temps, car le nombre de municipalités communistes archaïques est aujourd'hui quasiment inexistant ; et surtout, il n'est sans doute pas transposable géographiquement au-delà de la Seine-Saint-Denis.

"[...] Pour qu'il y ait accord électoral dans une ville, il faut que les partis qui le signent partagent l'essentiel du projet de société", c'est donc là, derrière cette juste affirmation, que se cache la deuxième erreur du Président de l'Assemblée Nationale. Il n'y a pas aujourd'hui entre la plupart des élus socialistes, communistes ou écologistes, et sans doute encore moins entre leurs électeurs, de divergences de fond sur le projet de société que la gauche devrait mettre en oeuvre.

Les uns comme les autres sont d'ailleurs parfois décontenancés par certaines mesures prises par le gouvernement : les collectivités notamment s'inquiètent de se voir imposer une austérité budgétaire, qu'elles n'ont pas choisi, qu'elles n'ont pas demandé, et dont elles ne se jugent pas responsables ; une bonne partie des électeurs de François Hollande lors des premier et second tours sont tout simplement déçus de certains choix (Pacte de compétitivité, adoption du traité Merkozy, volonté d'alignement absolu sur l'accord MEDEF-CFDT, etc.) ou du rythme des réformes proposées (c'est bien de miser toute sa mobilisation sur le Mariage pour tous, mais il faudrait doter la BPI d'un vrai capital (200 milliards nécessaires contre les piètres 40 milliards accordés), adopter enfin une loi sur les licenciements, consolider la refondation de l'école...).

logos GAUCHEAinsi, il n'est pas dit que tous les dirigeants locaux socialistes souhaitent rentrer dans une logique d'ostracisme à l'égard de leurs partenaires communistes, lorsque le projet local est bien tenu, malgré leurs critiques contre le gouvernement, d'autant qu'ils en partagent souvent silencieusement une partie. Il n'est pas dit non plus que les électeurs que Claude Bartolone détermine comme "socialistes" décident de voter contre des maires PCF, si les perspectives offertes par ses municipalités tiennent la route et si jusqu'ici les élus PS n'avaient jamais rien dit contre la politique municipale menée ; c'est d'autant plus improbable qu'une partie des électeurs socialistes partagent une bonne partie des critiques du PCF contre certaines orientations gouvernementales.

Et puisqu'il faut parler de l'électorat socialiste, nous devrions être vigilants quant à la montée en puissance de la grogne des enseignants. Le projet de refondation de l'école, la nécessité de changer les rythmes scolaires, ne font pas de doute pour moi, et l'action de Vincent Peillon, comme ministre de l'Education Nationale, va dans le bon sens. Cependant, alors que la concertation sur la refondation de l'école a duré en tout en pour tout un peu moins de deux mois l'été dernier, il conviendrait d'agir plus fortement pour réussir ces transformations nécessaires : donner aux collectivités les moyens d'accompagner le changement de rythmes, d'alléger les programmes, d'améliorer la formation professsionnelle continue, de reconstruire les dispositifs d'aide aux enfants en difficultés scolaires, etc.

Sans cela, alors que les enseignants sont comme tous les Français dans un rapport de défiance avec la politique, il est évident que nous donnerons toujours plus de champ pour la contestation et les réflexes corporatistes (car oui il y en a et ils "réchauffent" quand on n'a plus confiance en rien).

Le rassemblement de la gauche est nécessaire pour affronter un contexte qui sera plus complexe pour la gauche lors des élections de 2014, que ce ne fut le cas lors des élections intermédaires précédentes. Mais il ne pourra pas se faire dans une ambiance de chantage ou de menaces (voilées ou pas) ; il se fera uniquement sur la base de la pertinence des projets municipaux locaux, qui devront répondre aux besoins des habitants d'avoir encore un bouclier social et des services publics locaux forts pour faire face à une crise qui dure.

Frédéric FARAVEL
Mandataire fédéral de la motion 3 du PS Val-d'Oise

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