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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 16:41

16 mars 2008 : La droite sarkoziste sanctionnée, la gauche face à elle-même

1- un désaveu franc et massif de la droite :

Personne ne pourra nier cette fois-ci que les partisans du chef de l'Etat viennent de remporter une défaite profonde, qui au-delà des questions locales signifie un désaveu de la politique et du comportement du président de la République.

9 mois après l'élection présidentielle, le retour de balancier est assez violent, on dépasse largement le simple rééquilibrage que les ténors de la droite ont tenté de décrire hier soir tant les victoires du Parti socialiste, soutenus la plupart du temps par le reste de la gauche, emportent des municipalités depuis si longtemps ancrées à droite comme Reims, Metz ou Saint-Etienne…

Une fois encore on perçoit le scrutin cantonal comme la réelle mesure politique du vote de dimanche : les municipales tempèrent le vote par la grille personnalisée du scrutin et l'écart reste faible avec 47 % à la gauche contre 45 % à la droite, mais traduit dans les faits par un basculement de 6 à 9 départements la gauche remporte aux cantonales 51,28 % des voix contre 44,52 % à la droite et 3 % au Modém.

Il est incontournable que les Français malgré tous les sondages qui expliquent que les choix se sont portés très majoritairement sur des réalités locale ont exprimé un désaveu politique à l'équipe gouvernante. Nicolas Sarkozy échoue là où il avait porté le débat durant la campagne présidentielle, doublant la gauche sur un terrain qu'elle n'avait pas jugé bon de mettre en avant au printemps dernier : l'économie et le social. La question du pouvoir d'achat explique largement ce désamour rapide et radical ; on pourra toujours expliquer avec Opinion Way que les Français désirent la poursuite des réformes, il n'est pas sûr que les Français conscients que des réformes profondes soient nécessaires dans notre pays souhaitent la perpétuation des orientations défendues par Sarkozy et Fillon. Mais ceux-ci ont été élus en mai et juin 2007, leurs mandats restent valables et il ne faut pas s'attendre à une inflexion majeure de la politique qui sera menée par le gouvernement Fillon, remanié ou non, certains analystes percevant même chez le Président de la République la volonté de refermer la séquence de l'ouverture et de s'ancrer plus fermement à droite encore.

Enfin, ne tombons pas non plus dans un excès de triomphalisme, si les résultats globaux de la droite sont désastreux au niveau national, elle conserve des sujets locaux de réjouissance et parfois non des moindres : Mont-de-Marsan, Agen, Montauban, Morlaix, Châtellerault, Tarbes et Calais virent à droite. C'est un sujet d''inquiétude qu'il faudra observer à gauche tout comme le taux d'abstention qui avec 34,5 % ne doit pas être interprété comme la seule mauvaise humeur des électeurs conservateurs déroutés par les manières bling-bling du Président. L'électorat populaire s'est une nouvelle fois peu mobilisé.

 

2- l'équation introuvable du Modém :

François Bayrou et ses amis ont passé une mauvaise soirée, que le président du Modém a traduit en chargeant sur la gouvernement la responsabilité d'une « énorme vague de gauche » - ce qui devrait au demeurant rappeler à certains socialistes tout le bien que le Béarnais pense de la gauche.

Son échec personnel, même d'un cheveu, va peser largement sur l'avenir du mouvement centriste. Mais au-delà de l'incohérence de la stratégie politique dénoncée toute la semaine, le Modém fait face à une dichotomie pourtant pré-existante entre une large partie de son électorat d'un côté, et la plupart de ses représentants de l'autre.

On voit bien que laisser à eux-même une majorité des électeurs du Modém se reporte sur la gauche, quand les seuls maires centristes de France ne doivent leur réélection qu'au soutien de la droite contre la gauche. Les fusions Modém-Gauche sont rarement porteuses dans ce second tour, hors quelques cas d'union sacrée nécessaire pour renverser des pouvoirs locaux réactionnaires ou clientélistes. À Marseille, la dichotomie entre électeurs et leaders du Modém s'est d'ailleurs traduit dans le sens inverse du reste du pays : un leader penchant vers la gauche, mais un électorat centriste fortement habitué à un long compagnonnage avec la droite locale, et la fusion Gauche-Modém n'a pas permis de suffisamment bousculer Jean-Claude Gaudin. Ce dernier cependant a eu chaud puisque sa majorité rassemble 51 conseillers contre 49 à la gauche et 1 au Front National ; il faudra observer pendant les 6 prochaines années le comportement véritable des élus Modém de Marseille, mais il y a fort à parier que beaucoup finissent par se fondre dans la gauche locale.

La stratégie à géométrie variable du Modém permet parfois la perpétuation de structures passéistes : le Modém parisien risque de payer longtemps dans la tête des Parisiens la réélection de Jean Tiberi de quelques centaines de voix, facilitée par le maintien de la liste de Philippe Meyer dans le Vème arrondissement, d'autant que partout ailleurs dans la capitale les centristes ne maintiennent pas leurs positions. Onpourra faire la même analyse sur Aix-en-Provence où le Modém en se maintenant s'est fait le complice objectif du succès d'une droite réactionnaire.

Enfin à plusieurs reprises, la Gauche a démontré comme à Toulouse ou à Cergy qu'elle n'avait pas besoin du Modém pour être élue et présenter aux électeurs une force crédible et solide face à la droite. Le choix de la clarté semble avoir été payant dans ses deux villes : à Toulouse le challenger de gauche avait refusé les avances du Modém qui s'est finalement allié à l'UMP, mais il a également refusé toute surenchère, ce qui semble avoir payé chez les électeurs.

À Cergy, le maire PS était arrivé en tête du premier tour avec une gauche éclatée et le Modém à l'affût ; en décidant de proposer un choix clair il a pu se maintenir face à la droite.

La démonstration de l'alliance obligatoire avec le Modém ne semble donc plus si évidente à gauche, et ceux qui en faisait un élément incontournable de leur discours révisionniste au PS devraient prendre désormais un peu de recul, surtout que 60% des sympathisants de gauche – sans doute échaudés par l'attitude des centristes – disent préférer le maintien des alliances à gauche.

 

3- une lente agonie du communisme municipal :

Le Parti communiste français peut bien regagner le conseil général de l'Allier – sous perfusion socialiste – et conserver le conseil général du Val-de-Marne, la soirée électorale du 16 mars a été beaucoup moins agréable pour le PCF que celle du 9 mars. Il n'y a pas eu de surprises comme celles de Dieppe au premier tour, et Le Havre reste comme prévu dans l'escarcelle d'Antoine Ruffenacht, le retour du communisme municipal y ayant été réprouvé tout comme à Corbeil-Essonne pourtant face à un maire – Serge Dassault – vieillissant et réprouvé.

En Arles, le maire communiste est réélu dans une alliance avec le Modém quand le PCF attaquait verbalement partout les alliances entre la gauche et le centre.

C'est Calais qui frappe au coeur le Parti communiste en basculant à droite et sanctionnant une logique malthusienne de cette municipalité détenue depuis de nombreuses années par le PCF.

En Seine-Saint-Denis, la réélection attendue des municipalités communistes de La Courneuve, Saint-Denis et Bagnolet ne défraiera pas la chronique, mais d'une part le basculement du conseil général vers le Parti socialiste, quasiment acquis depuis la semaine dernière, et d'autre part, la perte d'Aubervilliers et de Montreuil au profit des socialistes et des écologistes marquent un coup dur pour le PCF, indiquant définitivement le changement d'époque à gauche et l'impossibilité pour ce parti d'enrayer son déclin, la nécessité de sa remise en cause et de son dépassement au sein de la gauche.

 

4- Le Parti socialiste face à ses responsabilités à gauche et dans le pays :

C'est sur le Parti socialiste que pèse désormais la responsabilité de ne pas oublier les causes et les résultats des scrutins des 9 et 16 mars 2008. Autant on pouvait encore douter d'un véritable élan vers les candidats et les listes présentés par le PS la semaine dernière, autant le scrutin du 16 mars prend toutes les apparences d'une vague rose.

La liste des villes ayant basculé au second tour de droite à gauche est impressionnante : Toulouse, Strasbourg, Caen, Blois, Saint-Brieuc, Laval, Argenteuil, Saint-Etienne, Angoulême, Périgueux, Metz, Colombes, Aulnay-sous-Bois, Reims, Saint-Denis-de-la-Réunion, Valence, Asnières-sur-Seine, Cahors, Mende, Quimper, Amiens. La gauche socialiste conserve des villes où la gauche était en difficulté : Angers, Toul, Pau, Romans, Nevers, Aurillac. Elle perd quelques communes symboliques comme Mont-de-Marsan, Montauban, Morlaix, Agen, Tarbes, Montélimar Le PS prend Aubervilliers au PCF et la victoire de Dominique Voynet à Montreuil ne s'est pas faite sans une forte participation socialiste, malgré les choix de Solférino.

Du côté des départements la liste est plus éloquente encore : le PS conserve la Seine-et-Marne et l'Oise que la droite espérait ravir, il emporte bien plus de départements qu'il ne l'espérait : le Val d'Oise, la Seine-Saint-Denis, les Deux-Sèvres, le Lot, le Lot, la Somme, l'Ain, l'Indre-et-Loire.

Mais ne tirons pas de ce scrutin des conclusions hâtives. D'abord parce que ce n'est pas avec les collectivités locales que la gauche et les socialistes empêcheront la droite de mener à bien ses projets gouvernementaux. La gauche territoriale – bien qu'elle ait reçu des soutiens forts aussi pour la qualité des projets locaux qu'elle présentait – n'a ni les outils ni la culture politique pour fabriquer des collectivités de résistance ou des contre-sociétés, quand bien même cela serait-il souhaitable. Le PS n'a jamais conçu une place claire aux collectivités locales dans son projet de transformation sociale (contrairement au PCF des années 1950 et 1960) au moment même où ce projet de transformation de la société mériterait d'être précisé.

Il faut donc lancer deux avertissements :

  • le premier c'est à tous ceux qui ont parcouru les départements et les communes en expliquant que l'élection de maires socialistes atténueraient les malheurs et les réformes promises par Sarkozy ont menti aux Français et le cas échéant ils porteront la lourde responsabilité d'une déception de l'électorat ;

  • Le second est qu'il ne faut pas répéter l'erreur de 2004. Les victoires de 2004 et 2008 se ressemblent car elles sont portées autant si ce n'est plus par le rejet du gouvernement central que par les projets locaux défendus par la gauche. En 2004, nous avons cru que les conquêtes des régionales, des cantonales et des européennes, nous exonéreraient d'un travail sur notre projet de transformation sociale : nous fumes battus en 2007 après avoir été confus en 2005. Aujourd’hui certains voudraient faire croire que « l'intelligence des territoires » (sur le même mythe de « la terre qui elle ne ment pas ») nous promet avec tous ces nouveaux maire de gauche un futur et bon projet pragmatique du PS, et c'est une aggravation de l'erreur de 2004.

Non seulement, nous devons remettre sur le métier la question de l'identité et de la nature du PS, donc de sa capacité ensuite à reconstruire la gauche, mais nous devons aussi aborder sans tabou les questions que nous fuyions depuis plus de 10 ans : les possibilités d'inventer une politique économique progressiste offensive qui sorte des sentiers battus du néo-libéralisme.

Certains voudraient limiter notre débat au leadership, à des réformes de statuts avec le centralisme démocratique à la clé et à la question de l'alliance avec le Modém. Si l'on ajoute à ce qu'il y a d'étrangement écœurement dans les discours des amis de Ségolène Royal sur l'ordre, « le fantasme d'une société transformée en une sorte de pensionnat généralisé » (cf. BHL dans Ce grand cadavre à la renverse), la nation et les territoires, le scrutin des 9 et 16 mars 2008 vient d'invalider largement les présupposés des sociaux-libéraux autoritaires qui entourent l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle.

Elle a fait l'aveu publiquement et en pleine campagne, que sa tournée des villes et des départements était plus une tournée des fédérations et des sections dans l'objectif d'être majoritaire lors du prochain congrès du Parti socialiste. Nous serons donc vigilant à ce que certaines conquêtes nouvelles de la gauche ne soient pas détournées pour empêcher un débat de fond qui affaiblirait inévitablement les tenants d'un recentrage du Parti socialiste et finalement d'une implosion de la gauche.

Frédéric FARAVEL

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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 09:39

Jean-Paul HUCHON à FOSSES pour soutenir Michèle Greneau 

 

MicheleGreneau2008.jpgJPHuchon.jpgJean-Paul HUCHON effectuera un déplacement dans le Val d’Oise à FOSSES et MONTIGNY pour soutenir nos candidates aux cantonales Michèle GRENEAU, candidate dans le canton de Luzarches.




Jeudi 13 mars
FOSSES : RDV à 15 h 00 à côté de la Gare de Fosses
Café "Le Repère"
Son Blog : http://www.myspace.com/mgreneau

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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 10:23
Election Cantonale : Patrick Decollin est contraint au ballotage face à Michèle Greneau, candidate du rassemblement de la gauche et des écologistes. Le 16 mars 2008, votez Michèle Greneau pour donner une chance de gauche au Val d'Oise.






BLANCS & NULS
Michèle GRENEAU Patrick DECOLIN Jean-Michel LEMAIRE Rémi FOURNIER


INSCRITS VOTANTS

EXPRIMES PS UMP FN LCR
 
  Nbre % Nbre % Nbre Nbre % Nbre % Nbre % Nbre %
Canton de LUZARCHES (15)
24 686 14 839 60,11% 613 4,13% 14 226 4 298 30,21% 6 380 44,85% 1 644 11,56% 1 904 13,38%

Elections municipales
Fosses
La liste menée par le Parti socialiste arrive malheureusement en 3ème position. L'utilisation du logo du PS par la liste communiste explique sans doute le brouillage électorale... Mais les socialistes choisissent toujours la dynamique du rassemblement :
Fosses restera à gauche et fera barrage à la réaction et au conservatisme avec Pierre Barros et Eric Vaillant.







Pierre BARROS Michel TRAVERSINO Eric VAILLANT

INSCRITS VOTANTS BLANCS & NULS EXPRIMES App. PCF   UMP   PS  










BALLOTAGE   Nbre % Nbre % Nbre Nbre % Nbre % Nbre %
FOSSES 6 303 3 685 58,46% 116 3,15% 3 569 1 185 33,20% 1 479 41,44% 905 25,36%

Luzarches
La liste de rassemblement de la gauche menée par Stéphane Decombes, Nadine Deschamps et  Guillaume Dessoude (PS) rassemble 31% des suffrages des Luzarchois, soit 14 points de plus qu'en 2001.  Une bonne base pour construire l'avenir dans la durée et préparer une alternative.







Patrick DECOLIN Stéphane DECOMBES

INSCRITS VOTANTS BLANCS & NULS EXPRIMES UMP ELU DVG  









    Nbre % Nbre % Nbre Nbre % Nbre %
LUZARCHES 2 881 1 685 58,49% 80 4,75% 1 605 1 096 68,29% 509 31,71%





Nbre de Sièges
23

4


Fontenay-en-Parisis
La liste conduite par Michèle Greneau (PS) est reconduite dans son intégralité dès le premier tour, l'opposition locale marque par son acharnement contre la maire sortante la posture centrale et déterminante que celle-ci occupe dans le village.
Nombre % Inscrits
Inscrits 1162  
Abstentions 481 41,39
Votants 681 58,61

  Nombre % Votants
Blancs ou nuls 86 7,40
Exprimés 595 51,20

Elu(s) Voix
M. Jean-Louis GLORIAND 574
M. Roland MONTAGNE 573
M. Philippe SUSINI 570
M. Pascal BRASSART 568
Mme Joséphine RIVET 566
M. Steve DUCHESNE 562
Mme Anne GENTY 560
Mme Nathalie LAFON 559
M. Guy LUBACZEWSKI 556
Mme Jessy CHATELAIS 556
M. Jacques SEYNHAEVE 552
M. Alain MARTIN 551
Mme France PAILLARD 547
Mme Dominique PAYAN 544
Mme Rejane RENAULT 543
M. Michel MAGNE 541
Mme Arlette FOURNIER 534
Mme Nadine VANWYMEERSH 527
Mme Michèle GRENEAU 521

Chaumontel :
La liste menée par Patrick Poreba et Jean-Georges Philbert (PS) bien que se rapprochant des 50% des suffrages exprimés n'aura aucun élu du fait de l'injuste scrutin majoritaire plurinominal qui enserre les communes de moins de 3500 habitants. Chaumontel va connaître 6 ans supplémentaires d'incompétence et d'amateurisme politique sans opposition municipale pour tirer la sonette d'alarme.

A Bellefontaine, nous saluons la réélection du maire Alain Rincheval. A Marly-la-Ville, nous saluons la réélection dès le premier tour d'André Specq, malgré le dépôt inopportun d'une liste de gauche dissidente à la dernière minute. Nous saluons l'élection au premier tour avec 843 voix de Laurence Picheau comme conseillère municipale à Saint-Witz, elle sera la conscience de gauche dans cette petite ville très ancrée dans le conservatisme.

A Puiseux -en-France et Jagny-sous-Bois, un second tour de scrutin sera nécessaire.

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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 10:16

Quelques enseignements à retenir du premier tour des élections municipales et cantonales du 9 mars 2008

Le premier tour des élections municipales et cantonales est assez riches d'enseignement. Il rappelle à quel point les enjeux locaux et nationaux y sont intimement liés, mais également que les deux scrutins sont fondamentalement différents et complémentaires politiquement.

1- la sanction de la majorité présidentielle est réelle malgré la nature locale des élections municipales.

Les responsables de l'UMP et les ministres ont défilé sur les plateaux de télévision dimanche soir pour expliquer que l'addition était finalement moins salée que prévue, que l'écart de voix restait faible sur le scrutin municipal entre la droite et la gauche, qu'ils subissaient un simple rééquilibrage après les nombreuses victoires de la droite en mars 2001. La prudence des responsables de gauche pouvait donner quelques confirmations de cette analyse, mais elle était surtout pleinement justifiée par la nécessité de mettre en garde les électeurs de gauche sur une éventuelle démobilisation lors du second tour, car on a déjà vu à quel point un second tour pouvait largement compenser les résultats d'un premier tour, notamment lors des dernières élections législatives.

Examinons cependant les arguments des uns et des autres. Effectivement l'écart de voix aux élections municipales n'est que de 4 points : la gauche rassemble près de 49 % des suffrages sur ce scrutin quand la droite parlementaire en obtient 45 %. À ce titre, on ne peut décemment parler de raz de marée, les options prises par la gauche devant être confirmées dans de nombreuses villes au second tour et souvent dans des circonstances très serrées. Notons cependant que la droite « parlementaire » disposent de réserves de voix finalement assez faibles, que dans les grandes villes elle a perdu énormément de terrain. Surtout, le nombre de maires de gauche élus au premier tour est conséquent dans toutes les strates démographiques, y compris parmi les communes qui basculent d'un camp à l'autre, ce qui n'empêche pas des basculement à droite (Le Puy en Velay, Chaumont entre autre...).villesbasculant9mars2008.gif

Mais l'enseignement politique doit être cherché ailleurs. Un maire apprécié de sa population, quelle que soit sont étiquette politique, peut recevoir les fruits de son bilan. La personnalisation du scrutin municipal est extrêmement forte, la prime au sortant est une réalité électorale maintes fois éprouvée.

C'est aux élections cantonales qu'on se rapproche donc le plus d'un vote politique. Le canton est moins personnalisé (y compris en province), le rôle du département peu connu, les électeurs se déplacent essentiellement pour marquer leurs choix politiques en tenant moins compte de leurs intérêts de « proximité » immédiate. Et sur ce scrutin le constat est sans appel : avec 49 % la gauche recueille le même score qu'aux municipales quand la droite « parlementaire » ne rassemble plus que 41 % des électeurs. L'écart de voix est conséquent et il faut y lire la sanction de la politique sarkoziste. Le nombre des départements pouvant basculer d'un bord à l'autre est désormais tout aussi éloquent puisque c'est six à huit départements qui peuvent passer de droite à gauche quand seule la Seine-et-Marne semble sérieusement menacée par la droite, confortant ainsi la majorité de présidences de conseils généraux à gauche.basculedepartements2008.jpg


2- la « prime au sortant » et le réflexe de « défense républicaine » explique le maintien des municipalités communistes en Île-de-France

Une conséquence inattendue à la fois de la sanction infligée à la droite et de la « prime au sortant », mêlant ainsi causes nationale et locale pour expliquer les résultats, est le relatif bon résultat des maires communistes ou apparentés communistes en Île-de-France, dans des fiefs fortement ancrés à gauche et où ils étaient contestés par les socialistes et les verts (Aubervilliers, La Courneuve, Saint-Denis, Villetaneuse en Seine-Saint-Denis, Orly et Vitry dans le Val-de-Marne, Fosses dans le Val d'Oise – mais avec un PS dissonnant entre le local et le départemental).

Ici le rejet de la politique de la droite, le réflexe de « défense républicaine », la nécessité d'une protection locale contre la politique menée par le gouvernement s'est faite en faveur des maires sortants quelles que soient la qualité du projet qu'ils présentaient, du bilan sur lequel ils s'appuyaient et la crédibilité des équipes qu'ils avaient constitué (souvent en alliance avec LO, le PT et divers groupuscules gauchistes qui auraient dû largement attaqué la crédibilité d'une liste visant à gérer le quotidien des habitants).

Retenons cependant les contre-exemples de Pierrefitte, où Michel Fourcade devance très largement la maire PCF sortante, et Montreuil, où Brard bien qu'étant en tête au premier tour est mis fortement en danger par Dominique Voynet (à noter dans ce cas de figure la profonde division du PS local et départemental)

Ici encore cependant on retrouve une distinction entre municipales et cantonales puisque la résistance du PCF face au PS ne se retrouve pas sur les cantons : il devrait céder au moins deux sièges au PS en Seine-Saint-Denis, ainsi que la présidence du conseil général, et le PS devrait également progresser en sièges dans le Val-de-Marne.


3- La « troisième force » n'existe pas.

Le Modém n'a pas pu réussir son pari impossible. La posture du Modém est intenable. Avec 3,5 % des suffrages au niveau national, il démontre que son grand écart n'est pas porteur d'avenir et que son réseau d'élus locaux nécessaires pour mener d'autres campagnes politiques ne sortira pas réellement grandi et mis en cohérence des deux scrutins. Là aussi, les deux scrutins apportent des éclairages complémentaires : aux municipales le Modém n'a le choix que de suivre les grandes de lignes de son électorat. À Chartres et à Marseille, les candidats du Modém ont logiquement rejoint la sanction des équipes de droite sortante qui motivait leurs électeurs – comment pourrait-il en être différemment quand c'est Jean-Luc Benhamias la tête de liste centriste à Marseille, et après le message clair qui avait été adressé lors des législatives partielles à Chartres par les électeurs de gauche et du centre voici quelques semaines. À Pau, François Bayrou a besoin des voix de l'UMP mais ne peut accepter un accord national avec ce parti, condition sine qua none pour gagner dans la capitale béarnaise. À Paris, Bertrand Delanoë a clairement démontré qu'il n'avait pas besoin des candidats du Modém quand son électorat peut basculer sans fusion vers la gauche, et que là où ses listes se maintiendront elles ne devraient pas empêcher la gauche de gagner (sauf peut-être dans le Vème arrondissement).

Le Modém est dans l'impasse, bien que son président et les médias surjouent une fois de plus sa soit-disant position centrale. Ségolène Royal dans ces circonstances tient à nouveau des propos inquiétants ; n'y voyons pas simplement la trace de la précipitation et de l'amateurisme stratégique quand elle s'exprime devant les caméras dimanche soir pour réclamer des alliances « partout » avec le Modém. Il faut reconnaître avec Ségolène une certaine constance dans les propositions (la « sagesse des territoires », l'ordre et la nation, etc.) et la stratégie qui traduit chez elle une réelle volonté de recentrage politique du Parti socialiste, mais qui ferait du PS un parti centriste et non plus un parti de gauche si jamais elle venait à en prendre les rênes. À tout prendre, pourrions-nous lui proposer de se rallier au Modém puisqu'elle insiste tant pour travailler avec, mais il n'est pas sûr que François Bayrou l'accepte.

Les Verts ont raté également leur pari partout où ils ont choisi des listes autonomes.

Enfin l'extrême gauche fait un succès d'estime avec les listes LCR mais qui s'explique essentiellement par la dimension sanction du scrutin de dimanche.

****


Le Parti socialiste doit cependant désormais éviter l'écueil de devenir un parti d'élections intermédiaires, qui géreraient les territoires (et 60 à 70% de l'argent public) laissant à la droite "parlementaire" le gouvernement. Cet écueil est grand dans la mesure où la victoire pourrait inciter certains de ses caciques à remettre plus tard la nécessaire reconstruction de la gauche et que les collectivités locales sont parfois confortables. C'est un risque d'autant plus grand que le ségolènisme porte en lui ce dévoiement comme la "nuée porte l'orage".

Frédéric FARAVEL

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26 septembre 2007 3 26 /09 /septembre /2007 06:07
Gauche : "l'unité est un combat", par Marie Noëlle Lienemann et Paul Quilès
 
LE MONDE | 25.09.07 | 13h51  •  Mis à jour le 25.09.07 | 13h51

a gauche n'est jamais arrivée au pouvoir que rassemblée. En 1936 avec le Front populaire, en 1981 avec l'union de la gauche, ou même avec la gauche plurielle en 1997, ce rassemblement a toujours été le fruit d'une confrontation au sein de la gauche : "L'union est un combat !", lançait Etienne Fajon dans les années 1970. Et c'est bien la rédaction d'un programme commun de gouvernement qui a alors permis l'union de la gauche : il était impossible à l'époque d'envisager l'unité en surmontant les divergences idéologiques.

Aujourd'hui, la situation est différente, car le monde a bougé : chute du mur de Berlin, mondialisation accélérée, société française de plus en plus éclatée, éparpillement de la gauche qui n'est plus structurée par deux grands partis... Le succès de la gauche lors de l'élection présidentielle de 2012, sa capacité à défendre ses idéaux et à transformer la société ne peuvent être espérés que si ces éléments sont pris en compte dans la définition d'une nouvelle stratégie.

Naturellement, celle-ci n'a rien à voir avec les opérations qui confondent rénovation et renoncement et qui croient trouver au "centre" la modernité qui manquerait aux idées de gauche. Ce genre de dérive a toujours conduit dans l'impasse et parfois aux pires compromissions. La nouvelle stratégie ne peut pas non plus se réduire à des alliances électorales circonstancielles.

On voit bien qu'il faut aujourd'hui aller au-delà de l'union et fixer un nouveau cap stratégique, celui de l'unité. Cette perspective est la seule qui permettra à la gauche de l'emporter, mais aussi de changer profondément la société française. L'unité de la gauche est la clé de son renouveau, à condition de redéfinir un cadre idéologique et, en tout cas, un corpus de valeurs et un projet politique et culturel commun. L'exigence d'unité doit aller de pair avec l'affirmation sans complexe de l'identité contemporaine de la gauche, qui ne peut se réduire à quelques généralités creuses.

Elle suppose une vision critique du modèle capitaliste financier transnational dominant, la promotion d'une société laïque, émancipatrice pour chaque homme et chaque femme, le combat pour la liberté, l'égalité et la fraternité sur tous les champs de la vie sociale, l'affirmation d'un internationalisme solidaire et respectueux de la planète, alternatif à la mondialisation néolibérale. Il s'agit de redonner de la vigueur et de la crédibilité à l'idée d'alternative politique, mise à mal par la répétition de thèses - contestables - sur la droitisation de la société française, sur la nécessité d'accepter sans nuance le capitalisme sous prétexte de modernisme, ou sur le dépassement du clivage droite-gauche.

L'ambition de la gauche doit être aussi d'assumer le pouvoir et de transformer la société par l'action gouvernementale. L'affirmation du réformisme, qui s'appuie sur le primat de la démocratie, ne doit en rien empêcher une perspective plus vaste et plus radicale, car le combat de la gauche ne se limite pas à la gestion des affaires publiques. L'unité doit permettre de faire la synthèse du militantisme et de l'engagement à gauche, de la culture réformiste et de la culture contestatrice. C'est ce que Jaurès appelait "l'évolution révolutionnaire".

Dans la Ve République et encore plus depuis l'instauration du quinquennat, l'élection présidentielle est l'événement directeur de la vie politique en France. Compte tenu du rapport de forces à gauche, c'est le candidat ou la candidate du PS qui apparaît comme le ou la seul(e) capable d'être élu(e) et qui fixe donc l'axe central des propositions de la gauche.

Or si des forces nombreuses - qui plus est divisées - subsistent sur la gauche de ce parti, la désignation, les choix internes, les arbitrages stratégiques ne peuvent traduire correctement les attentes du peuple de gauche. Une fois ceux-ci établis, la "gauche non socialiste" a peu de prise pour les modifier et peser ! Ce même mécanisme existe lorsque la gauche gouverne.

L'unité doit permettre un rééquilibrage à gauche. Seule cette dynamique de dépassement de chaque structure permettra de stopper la spirale d'atomisation qui n'a pu être conjurée en dépit de l'échec de 2002. Elle devra assurer aussi une véritable prise en compte de l'écologie politique ou de certains mouvements altermondialistes, qui ne peuvent plus être considérés par la gauche comme périphériques.

En tout cas, force est de constater qu'au pouvoir ou dans l'opposition, avec la division et la concurrence, l'affaiblissement d'un des partis de la gauche n'a pas assuré le renforcement des autres ni le progrès de l'ensemble. Aucun parti de gauche ne se porte bien et bon nombre de leurs électeurs et de leurs militants sont en plein désarroi. Les rénovations en vase clos ne pourront pas lever ces handicaps. C'est pourquoi nous plaidons pour le dépassement des partis existants et la création d'une nouvelle organisation fédérant tous ces courants de la gauche, à partir d'un congrès de l'unité de la gauche.

Cela nécessitera de nombreuses étapes. La première, pour actualiser les valeurs de gauche et affirmer le projet de la gauche du XXIe siècle. Une charte pour l'unité de la gauche pourrait en jeter les bases. L'unité ne saurait se bâtir sur la base de l'uniformité. Il est sans doute trop tôt pour définir les formes concrètes que pourrait prendre cette nouvelle organisation, mais, ce qui est sûr, c'est qu'elle devra assurer le respect des histoires et de la diversité des cultures que seule la représentation proportionnelle peut garantir.

Toute l'histoire du mouvement socialiste et communiste montre qu'il a fallu aux militants de cette cause accomplir tout un travail de conviction pour surmonter les tendances à la dispersion. Ce fut le cas en 1905, avec le congrès du Globe, où l'intelligence politique sut triompher des guerres picrocholines entre partis, des désaccords irréconciliables entre modérés et radicaux. On pourrait encore citer l'unification des socialistes à Epinay en 1971.

En tout cas, la gauche et les socialistes ne se sont jamais sortis des crises, n'ont jamais réussi leur renouveau sans une nouvelle dynamique unitaire. Comme on le disait hier pour l'union, "l'unité est un combat". Avec d'autres, que nous espérons nombreux, nous y prendrons toute notre part.

 


Marie Noëlle Lienemann est députée européenne.

Paul Quilès est ancien ministre.

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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 10:16
Les dirigeants de la gauche réactivent leur "comité de riposte"
LEMONDE.FR avec Reuters | 15.09.07 | 19h49  •  Mis à jour le 15.09.07 | 19h49

ccueillis au son de L'Internationale par les participants à la Fête de L'Humanité, Marie-George Buffet (PCF), François Hollande (PS), Cécile Duflot (Verts) et Olivier Besancenot (LCR)  ont appelé samedi 15 septembre à la "riposte" contre une droite qui "n'est pas une droite ordinaire" et "porte tous les jours atteinte aux droits de l'Homme"."Chers camarades, si on veut gagner, ce sera tous ensemble qu'on le fera, a lancé le premier secrétaire du PS. On ne pense pas tous pareil, mais on est tous unis contre la droite et sa politique". La numéro un communiste a obtenu la réactivation du "comité de riposte" de la gauche lancé en février 2006 avant d'être mis entre parenthèse. L'instance doit se réunir à nouveau mardi à Paris, au soir du discours de Nicolas Sarkozy qui devrait lancer la réforme des régimes spéciaux de retraites. Mme Buffet a aussi appelé à un grand rassemblement le 27 octobre à Paris et à des initiatives en province.

Olivier Besancenot s'est taillé un franc succès en appelant la gauche à s'assumer pleinement, comme le fait aujourd'hui la droite, au lieu de lorgner parfois du côté des thèses de ses adversaires."La principale force de la droite, c'est la faiblesse de la gauche", a-t-il lancé en insistant sur la dangerosité d'un gouvernement qui "vomit tout ce qu'il peut sur les acquis sociaux". Le porte-parole de la LCR a tancé l'omniprésence de Nicolas Sarkozy qui, "au rythme où il va, va finir par présenter le journal télévisé du 20h". "Quand il y a ça en face de nous, on s'en fout de savoir si on va perdre des voix aux élections".

"LISTES DE RASSEMBLEMENT" AUX MUNICIPALES

N'évitant pas quelques sifflets, François Hollande a également estimé qu'il fallait "mettre un coup d'arrêt à ce qui se passe aujourd'hui" et à "l'inacceptable", comme le projet du gouvernement de proposer des tests ADN aux candidats à l'immigration. Au-delà de la riposte, a-t-il insisté, la gauche doit réfléchir à un projet et "présenter des listes de rassemblement à gauche" aux élections municipales de mars 2008. "Nous sommes là pour agir et cette exigence-là, dans les luttes, dans les ripostes, dans les résistances, dans le projet et dans le rassemblement ne s'arrêtera pas de sitôt", a-t-il assuré. Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, a également appelé à "revivifier le projet" de la gauche, sans cacher qu'il était selon elle avant tout écologique. "Le statu quo à gauche n'est pas tenable", a renchéri Marie-George Buffet, qui prône l'union de la gauche dès le premier tour des élections municipales et reproche au PS d'envisager des primaires dans quelques "fiefs rouges". François Hollande a répondu que les candidats socialistes se rangeraient derrière les communistes "lorsque le PC est la principale force" locale. Mais il a reconnu qu'il y aurait sans doute des négociations pour quelques primaires là où le jeu est ouvert.

De nombreuses personnalités de la gauche socialiste ou radicale ont arpenté la "fête de l'Huma" qui, selon les dirigeants communistes, est en passe de battre ses records d'affluence. Arlette Laguiller, la porte-parole de Lutte ouvrière, pointait elle une certaine confusion. "Chacun semble avoir sa façon de vouloir reconstruire la gauche", a-t-elle ironisé, soulignant que certains socialistes semblaient tentés par un rapprochement avec les centristes MoDem, tandis que les anti-libéraux étaient partagés sur les initiatives d'Olivier Besancenot.

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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 16:13
ça fait parfois mal aux oreilles, mais faut écouter quand même...


> Univers
IDEES


Du grain à moudre
par Brice Couturier et Tara Schlegel
du lundi au vendredi de 17h à 17h55
  Du grain à moudre


Ecoutez


    émission du mardi 4 septembre 2007
Une nouvelle "nouvelle gauche"
 

 
 
Comme il était facile de s’y retrouver dans la galaxie socialiste au temps où elle était structurée en courants, allant des tendances les plus réformistes aux plus radicales ! Les premiers se voulaient en phase avec les évolutions de la société, les autres en appelaient à la «rupture avec le capitalisme», mais tout le monde s’entendait bien et il y avait toujours un chef charismatique et incontesté pour imposer la «synthèse».
Après trois échecs consécutifs aux élections présidentielles, le Parti socialiste semble en proie à un grand désarroi. Crise de leadership, avec un premier secrétaire contesté, qui est parvenu à ne pas croiser une fois à La Rochelle la candidate aux présidentielles de son parti - qui se trouve être son ex-compagne… Crise d’identité provoquée en partie par la campagne de cette même candidate, prenant toutes les libertés possibles avec le programme du parti. Crise idéologique, face à des évolutions sociales mal perçues.
Le PS nous rejoue, comme après chaque défaite, le grand air de la «refondation». Mais de quelle rénovation est-il question ? S’agirait-il seulement de céder quelques pouces de terrain supplémentaires à la droite gouvernante, comme par exemple sur la réduction du temps de travail, dont François Hollande a concédé à La Rochelle que «c’était terminé» et qu’il fallait «tourner la page», sur l’harmonisation des régimes spéciaux de retraites – préconisée par Bertrand Delanoë, sur l’autonomie des établissements scolaires, concédée par Arnaud Montebourg, voire sur la TVA sociale, dont Manuel Valls admettait ce week-end que « ce n’était pas un impôt aussi injuste que cela » ?
Le «cycle d’Epinay est achevé», diagnostique DSK dans trois remarquables articles publiés dans Le Nouvel Obs, parce que la vision de la société sur laquelle il reposait est devenue caduque». Et il poursuit en expliquant que le «vieux triptyque couches populaires / couches moyennes / détenteurs du capital», «grille de lecture inspirée d’une vague lecture marxiste, héritée des années 1960», masque la réalité des nouveaux clivages – notamment entre les gens qui «bénéficient d’un emploi» et ceux qui survivent d’un revenu de transfert, entre CDI et CDD, entre employés de grandes entreprises et de PME, entre fonctionnaires et salariés du privé. Mais si le PS a refusé jusqu’alors de voir ces nouveaux clivages, n’est-ce pas parce qu’il n’avait pas intérêt à en parler ? Son électorat ne se recrute pas essentiellement parmi les plus mal lotis. «Au premier tour de la présidentielle, la gauche et l’extrême-gauche n’ont attiré qu’un tiers de l’électorat populaire», selon le géographe Christophe Guilly. Dans ce contexte, se limiter à la « défense des intérêts acquis » a pu apparaître non seulement comme un pari impossible - nostalgie d’un monde industriel disparu -, mais pire encore, comme une manière de vouloir pérenniser les clivages existants, un véritable refus de la mobilité sociale.
C’est souvent l’adversité qui suscite des personnalités et des idées neuves. Au-delà des slogans «refondateurs», on perçoit l’émergence de thèmes et de personnalités qui pourraient permettre à la gauche française d’entamer un nouveau cycle de son histoire.

 
Bernard Spitz.  Economiste

 
Marie Noelle Lienemann.  Députée Européenne Socialiste
Vice-Présidente de la Région Nord-Pas de Calais
Ancien Ministre du Logement

 
Gérard Grunberg au téléphone.  Directeur de recherche CNRS au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po.

 
Nicolas Barotte.  Journaliste au Figaro

 
 

 
 

 
Marie Noëlle Lienemann et Philippe Cohen
Au revoir Royal : pourquoi la gauche en est arrivée là, pourquoi il ne faut pas désespérer : entretiens
Perrin - 2007
 

Le pavé anti-Royal dans la mare du parti socialiste.

Depuis le 6 mai, on nous raconte une histoire à dormir debout : la gauche a imposé une candidate moderne et populaire grâce à une potion nouvelle : la démocratie participative. Bref, il n'a manqué que du temps à Ségolène Royal. Voilà pourquoi il faut lui confier les rênes de la gauche afin qu'elle la conduise à la victoire en 2012. Elle devant, tous derrière en rang et admiratifs.

Cette "imposture Royal", Marie-Noëlle Lienemann, député européenne, ancienne ministre et militante de longue date, a décidé de la dénoncer, avec l'aide d'un dynamiteur en chef d'icônes - du Monde à Sarkozy en passant par B-HL -, Philippe Cohen.

Son récit, nourri d'anecdotes et de petits secrets de famille socialiste - notamment ceux entendus chaque semaine aux réunions du Bureau national du PS -, montre comment la gauche est devenue inaudible. Incapable d'inventer une stratégie et des solutions face à la mondialisation et au délitement de la République, elle a tout misé sur une improbable alliance entre bobos et exclus, ignorant ainsi la majorité du pays.

Marie-Noëlle Lienemann démonte un à un tous les échafaudages friables d'un parti dénaturé, à la fois syndicat d'élus et réserve de technocrates. Sa colère rageuse et argumentée n'épargne personne, grâce à Philippe Cohen qui la pousse à aller jusqu'au bout de cette radiographie : oui, il faut tout changer à gauche pour reconquérir la confiance d'un peuple déboussolé.
-présentation de l'éditeur-

 
 

 
Gérard Grunberg et Florence Haegel
La France vers le bipartisme ? : la présidentialisation du PS et de l'UMP
Presses de Sciences Po - Collection :Nouveaux débats - 2007
 

La présidentialisation du PS et de l'UMP

La personnalisation de la vie politique française est si visible qu'elle tend à reléguer les partis politiques en fond de décor. Et pourtant, ceux-ci jouent un rôle central et deux d'entre eux, le PS et l'UMP, sont parvenus en se transformant à dominer le système politique. Quelle est la solidité de cette domination et qu'elles en sont les entraves et les failles ? En quoi repose-t-elle sur la présidentialisation de ces partis ? Quelles pourraient-être les lignes d'évolution de ces organisations ?

Cet essai fait le pari d'analyser conjointement les dynamiques à l'oeuvre au PS et à l'UMP, dynamiques induites par la similarité des places qu'ils occupent dans le système politique, dynamiques propres à chacun de ces partis, d'ailleurs liés entre eux par une relation de mimétisme, dynamiques de leur offre politique qu'il s'agisse des candidats ou des programmes.

Mais poser ces questions, c'est ouvrir le débat sur l'évolution - qui peut sembler paradoxale aujourd'hui - de la France vers le bipartisme. Un tel débat conduit plus largement à s'interroger sur les transformations en cours du système partisan, et les élections présidentielles et législatives de 2007 sont évidemment un moment crucial pour les comprendre.
-présentation de l'éditeur-

 
 

 
Bernard Spitz
Le papy krach
Grasset - 2006
 

Depuis trente ans, les jeunes Français ont été trompés, manipulés, instrumentalisés. Les troupes du baby boom de l'après-guerre vont partir à la retraite en leur laissant la facture. Le scénario est écrit d'avance. Il se résume en un mot : le Papy Krach. Dans les trente prochaines années, le nombre des plus de 60 ans va doubler. Celui des moins de 25 ans va diminuer. D'un côté plus de retraités, vivant plus longtemps, dépensant plus pour leur santé ; de l'autre une population active moins nombreuse. Les jeunes devront payer au prix fort: Plus de prélèvements pour moins de prestations, de formation, de services publics, d'emplois Le Papy Krach ne sera pas seulement économique mais aussi social et moral. Pourtant quand les jeunes protestent, c'est en se trompant de cible. Ils s'opposent aux réformes qui pourraient alléger leur fardeau ; et ils soutiennent les conservatismes qui vivent à leurs dépens. Et s'ls se décidaient à ouvrir les yeux ? Et s'ils refusaient de payer? Et s'ils se révoltaient ?


 
 

 
Gérard Grunberg ; Zaki Laïdi
Sortir du pessimisme social : essai sur l'identité de la gauche
Telos / Hachette Littératures - 17 janvier 2007
 

La mondialisation serait le péril principal, et le marché, le diable : la gauche, qui incarna longtemps l'espérance, a-t-elle fini par céder au pessimisme social ? Gérard Grunberg et Zaki Laïdi font la généalogie intellectuelle et politique de cette évolution. À rebours des idées reçues, ils mettent en évidence le fait que le marché peut aussi être mis au service de la lutte contre les inégalités et que la mondialisation constitue une chance pour quelques milliards d'individus de sortir du dénuement. La désignation de Ségolène Royal marque-t-elle une inflexion dans le rapport de la gauche au monde ? S'agit-il d'un tournant qui permettra précisément à la gauche de se doter d'une nouvelle perspective ? C'est à ce dernier point que Gérard Grunberg et Zaki Laïdi consacrent un long développement qui constitue une des toutes premières interprétations du ségolisme.
 

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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 17:31

Face à l’hégémonie intellectuelle de la droite
An 01 de la gauche, on arrête tout, on réfléchit

 
La défaite subie par la gauche française lors de l’élection présidentielle et, à un moindre degré, lors des élections législatives du printemps 2007 a sanctionné son absence de vision, de projet et de programme. Et pour cause : le modèle keynésien, dont la social-démocratie s’inspire encore, reposait sur l’exploitation du tiers-monde. La décolonisation ayant rendu ce mode de développement obsolète, l’Europe doit modifier de fond en comble ses rapports avec le Sud.
 

La catastrophe des élections de 2007 a dissipé les illusions engendrées par la victoire du « non » au référendum de 2005 et a dévoilé la profondeur de la crise de la gauche française, qui trouve sa source dans l’échec de ses propositions consécutif à la victoire de 1981. Ayant dû tourner le dos à son programme, après deux ans de gouvernement, la gauche n’a plus rien eu à proposer en matière de politiques socio-économiques. Elle a fait, au mieux, du néolibéralisme sans enthousiasme, et son discours est devenu purement moralisateur, mettant en avant des « valeurs » antiracistes, féministes, antifascistes, etc., qui sont supposées la distinguer de la droite.

Sur le plan pratique, la principale initiative de la gauche a été de se lancer dans la « construction européenne ». Laquelle a eu pour principal effet de rendre impossible toute alternative au néolibéralisme. Les socialistes et les Verts, en encourageant cette construction au nom de leurs « valeurs », principalement l’antinationalisme, ont mis en place un dispositif institutionnel visant à les prémunir contre leurs propres audaces, ou plutôt contre celles de leur base. L’idée étant d’isoler le processus politique de l’influence des citoyens, en confiant un maximum de décisions à une bureaucratie non élue et ouverte à l’influence de tous les groupes de pression privés. Les élections peuvent continuer à avoir lieu, elles n’ont que peu d’importance : aucune alternative politique sérieuse ne peut être proposée, aucun « New Deal », aucune « réforme de structure », aucun « programme commun de la gauche », aucune « voie italienne vers le socialisme ».

Il n’est pas étonnant qu’à ce jeu-là la droite la plus dure l’emporte. Elle possède son propre discours sur les « valeurs », la discipline, l’ordre, la nation, etc., qui est bien plus populaire que celui de la gauche sur les minorités. Après tout, les discours sur les valeurs ont le plus souvent pour fonction de permettre à ceux qui les tiennent de se donner bonne conscience à bon marché, sans se poser trop de questions sur la nature réelle des rapports de forces dans le monde. Et, pour la plupart des gens, il est plus facile de se dire qu’on est un « bon Français » plutôt qu’un « bon antiraciste ». Au demeurant, la politique économique de la droite est en parfait accord avec celle des structures européennes mises en place par la gauche et les Verts. Sur les deux plans – l’Europe et les valeurs –, c’est la droite qui gagne, mais c’est en grande partie la gauche qui a choisi ces terrains de bataille, sur lesquels elle ne pouvait que perdre.

Tous les mouvements politiques couronnés de succès sont ceux qui croient à ce qu’ils disent. A droite, ce ne sont pas les conservateurs « mouillés », comme les appelait Mme Margaret Thatcher, ceux qui étaient plus ou moins keynésiens, qui ont gagné, mais bien les avocats d’une droite pure et dure. Dans la mesure où la gauche ne fait que plaider pour une politique de droite modérée, elle n’a aucune chance de l’emporter. Pour changer cela, il faut commencer par revenir à ce qui est la racine du conflit entre la gauche et la droite – et qui ne porte pas sur les « valeurs », et surtout pas sur le féminisme ou l’antiracisme, que la droite moderne est parfaitement prête à accepter –, la question fondamentale du contrôle de l’économie.

Les penseurs libéraux du XVIIIe siècle envisageaient une société de petits producteurs indépendants et, dans ce contexte, la notion de « marché libre », ainsi que l’hostilité au pouvoir de l’Etat féodal et de l’Eglise, avait parfaitement un sens. Mais, avec le développement de la grande entreprise, la production est devenue de plus en plus socialisée, ce qui a rendu caduque la justification du caractère privé de la propriété des moyens de cette production. L’idée fondamentale du socialisme est qu’à partir du moment où le processus de production est de fait socialisé, son contrôle doit l’être aussi, si du moins on veut réaliser les espoirs d’émancipation exprimés par le libéralisme classique.

Si les moyens de production et, comme cela s’est produit au XXe siècle, les moyens d’information sont entre les mains de quelques-uns, ceux-ci possèdent alors un pouvoir énorme sur le reste de la population, qui n’est pas très différent du pouvoir de la féodalité. Les véritables successeurs actuels des libéraux classiques sont en fait les partisans du socialisme, et ceux qui se disent « libéraux » en France aujourd’hui sont simplement les adeptes d’une forme particulière de tyrannie, celle des patrons, et, en plus, très souvent, d’une forme violente d’étatisme, à savoir la domination militaire américaine sur le reste du monde.

Le socialisme, au sens utilisé ici, est une réponse tellement naturelle aux problèmes liés au développement du capitalisme que le fait qu’il ne soit pratiquement plus discuté explicitement témoigne de l’efficacité du système spécifique d’endoctrinement appelé dans nos sociétés « éducation » et « information ».

La question du socialisme n’a rien à voir avec celle des crises du capitalisme ou de la destruction (réelle ou supposée) de la nature, ou de l’embourgeoisement (réel ou supposé) de la classe ouvrière. Au contraire, précisément parce que le contrôle sur sa propre existence est une aspiration fondamentale de l’être humain, cette question ne disparaît pas avec l’élévation du niveau de vie et ne nécessite aucune catastrophe (comme les deux guerres mondiales) pour être soulevée. En fait, plus nos besoins biologiques, de survie, sont satisfaits, plus nos besoins proprement humains, d’autonomie et de liberté, exigent de l’être.

Par ailleurs, c’est une erreur de croire que le socialisme n’intéresse plus personne. Au contraire, s’il y a une position de gauche qui reste populaire, c’est bien la défense des services publics et des droits des travailleurs, qui sont les principaux moyens de lutte existants aujourd’hui contre le pouvoir des détenteurs du capital. En fait, tout le programme implicite de la construction européenne est d’arriver à détruire, en sauvant les apparences démocratiques, le « paradis social-démocrate » fait de sécurité sociale, d’enseignement généralisé, de soins de santé publics, qui est une forme embryonnaire de socialisme et qui demeure extrêmement populaire.

Que la perspective du socialisme ait pratiquement disparu du discours politique change malheureusement beaucoup de choses dans les luttes concrètes : il y a une grande différence entre protester contre les « abus » d’un pouvoir dont on accepte la légitimité et lutter, pour des objectifs « à court terme », contre un pouvoir patronal considéré comme fondamentalement illégitime. C’est toute la différence qui a existé dans le passé entre la réforme de l’esclavage et son abolition, entre la monarchie éclairée et la république, entre la gestion des colonies par des collaborateurs autochtones et l’indépendance nationale.

La décolonisation, transformation majeure

En faisant remarquer que la transition vers le socialisme ne s’est pas produite comme prévu dans les pays capitalistes développés, les penseurs « libéraux » ne se privent pas de critiquer Karl Marx. Un élément de réponse, c’est que notre système n’est pas seulement capitaliste, mais aussi impérialiste. L’Europe ne s’est développée que grâce à un immense hinterland. Pour le comprendre, imaginons un instant que l’Europe soit la seule terre émergée du monde, et que tout le reste, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique, soit remplacé par des océans. Il n’y aurait alors pas eu de traite des Noirs, pas d’or d’Amérique latine, pas d’émigration en Amérique du Nord. Et que seraient nos sociétés sans un flux constant de matières premières, de travail bon marché, sous forme d’immigration ou d’importations venant de pays à bas salaires, sans une fuite des cerveaux du Sud vers le Nord, suppléant à l’effondrement croissant de nos systèmes d’enseignement ? Sans tout cela, nous devrions économiser drastiquement l’énergie, le rapport de forces entre les travailleurs et le patronat serait radicalement différent, et la « société de loisirs » serait impossible.

Si le socialisme ne s’est pas réalisé au XXe siècle, c’est en grande partie parce que les pays où le capitalisme avait engendré un certain développement culturel et économique, où existaient des éléments de démocratie et où, par conséquent, le dépassement du capitalisme était à la fois possible et nécessaire, étaient aussi les pays dominateurs dans le système impérialiste. Or l’impérialisme a un double effet : économique d’une part, parce qu’il permet aux pays dominants de transférer sur la « périphérie » une partie des difficultés qui surgiraient si celle-ci n’existait pas ; un effet de division des travailleurs au niveau mondial d’autre part, parce que les travailleurs occidentaux, ayant toujours eu des conditions d’existence bien meilleures que celles qui règnent dans les pays du Sud, acquièrent ainsi un sentiment de supériorité qui tend à stabiliser le système.

C’est pourquoi la transformation majeure du XXe siècle a été la décolonisation. Elle a tout d’abord permis à des centaines de millions de personnes en Asie et en Afrique d’échapper à une forme particulièrement raciste de domination. De plus, cette transformation prolongera sans doute ses effets au XXIe siècle, et mettra définitivement fin à l’époque historique commencée lors de la « découverte » de l’Amérique. Cette fin aura des répercussions importantes pour nos sociétés, qui devront revoir leur fonctionnement lorsqu’elles seront sevrées des bénéfices liés à leur position privilégiée dans le système impérial. Pour le dire brutalement, aujourd’hui les Chinois doivent vendre des millions de chemises pour acheter un Airbus. Mais quand ils construiront des Airbus, qui fabriquera nos chemises ?

De nouvelles révisions déchirantes

On peut par conséquent s’attendre à une aggravation du conflit entre ceux qui, grâce à leur contrôle sur le capital, ont la possibilité d’exploiter la force de travail en Asie et qui sont les « gagnants » de la mondialisation, et l’immense majorité de la population occidentale qui n’a pas cette possibilité. Vivant ici, elle est obligée de vendre sa force de travail à un prix qui n’est plus compétitif sur le marché mondial. Ce qui implique plus d’« exclusions », une crise croissante de l’Etat-providence, mais aussi un retour, sous une forme très nouvelle, de la lutte des classes.

L’autonomisation du Sud continue aussi sur d’autres plans : les Etats-Unis sont embourbés en Irak dans une guerre qu’ils ne peuvent pas gagner, mais dont ils ne peuvent pas non plus sortir aisément, à moins de renoncer à leurs ambitions impériales. Sur le dossier du nucléaire iranien, les pays occidentaux devront en rabattre ou se lancer dans une guerre catastrophique. Sur un plan plus symbolique, mais important, Israël a été vaincu militairement en 2006, pour la seconde fois, par le Hezbollah. Les victoires politiques et militaires du Hamas indiquent que la voie de la collaboration de certaines élites palestiniennes avec Israël, instituée lors des accords d’Oslo, a échoué. Tous ces événements imprévus provoquent une crise de confiance grave dans les milieux dirigeants à l’échelle mondiale.

Le problème principal de notre temps, en Europe, est de nous adapter à notre déclin, non pas à celui, imaginaire, par rapport aux Etats-Unis, mais à celui, bien réel, par rapport aux pays du Sud. La classe dirigeante américaine essaie de maintenir l’hégémonie par la force, mais son échec ne fait qu’accentuer la crise de l’Empire, tandis que la droite européenne imagine encore qu’imiter les Etats-Unis serait la solution à nos problèmes. La gauche « radicale » ignore en général la question du déclin et défend en fait, au-delà de sa rhétorique, une politique sociale-démocrate et keynésienne classique, que la mondialisation a rendue difficilement applicable.

Dans l’immédiat, il faut éviter à tout prix que les populations occidentales ne versent dans les fantasmes américano-israéliens de guerre « à la terreur » ou à l’« islamo-fascisme », et auxquels succombe déjà, en France, une bien trop grande partie de la gauche féministe, républicaine ou laïque, qui s’inscrit ainsi dans une longue tradition d’incompréhension de la gauche occidentale par rapport aux luttes de la périphérie.

Pourtant, c’est souvent de là que proviennent les changements. La révolution d’octobre 1917 ainsi que la part prise par l’URSS dans la victoire sur les puissances de l’Axe ont eu un énorme impact sur la décolonisation et sur la possibilité de créer ici le « paradis social-démocrate ». La victoire des peuples colonisés a favorisé nombre de transformations progressistes des années 1960 en Europe. A condition de la comprendre et d’en tenir compte, la révolte actuelle en Amérique latine et au Proche-Orient fournira peut-être aux dominants l’occasion de nouvelles révisions déchirantes. Et aux autres, des lendemains qui pleurent un peu moins ?

 

Jean Bricmont

Professeur de physique théorique à l’université de Louvain (Belgique). Il a publié Impérialisme humanitaire, Aden, Bruxelles, 2005, et a coordonné, avec Julie Franck, un Cahier de l’Herne sur Noam Chomsky. Il prépare un livre sur la critique de la gauche morale.

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 13:28
J'avoue avoir un peu de mal à rentrer cette année.

J'ai pris trois semaines de congés, me suis coupé de ce qui fait habituellement mon quotidien, le boulot et la politique , pour me consacrer exclusivement à ma famille et prendre le repos mérité après une année où l'activité normale a été doublée par deux campagnes électorales nationales, dont les résultats me laissent toujours plus de questions (tant au regard des chiffres, qu'au regard du comportement de ses acteurs) que de certitudes.
Je dois convenir que je reste encore perplexe de la manière dont le parti socialiste entame cette rentrée politique... Je ne vais pas parler longuement d'un conseil fédéral dont le vide politique - lundi 3 septembre - m'a confirmé l'atonie de la vie interne du Parti socialiste dans le Val d'Oise ; juste dire que le fond fut comme habituellement absent de cette réunion, les intervenants se concentrant sur ce qui leur paraissait non pas important mais essentiel : la préparation d'élection et la désignation des candidats. On pourra dire à leur/notre décharge que c'est encore ce que nous savons faire de mieux, quoique lorsque l'on regarde l'état du Parti dans certains territoires comme Argenteuil, pour ne pas reparler de la désignation pour la présidentielle, l'on puisse mettre en doute cette même assertion.

Non... L'université de La Rochelle, elle-même, alors qu'elle fut saluée par une relative unanimité de bons commentaires internes - on craignait tant la foire d'empoigne - me laisse profondément perplexe. Qu'est-il ressorti médiatiquement de ces débats ? la phrase de Hollande devant les jeunes socialistes assénant que le Grand Soir c'était fini.
Et nous retrouvons encore toute la confusion qui règne dans le parti.  Quand nous sommes confrontés à l'échec, les rares personnes qui souhaitent avancer les yeux ouverts sont noyés sous les grandes phrases creuses des "plus modernisateurs que moi tu meurs". Donc le Parti socialiste selon les rénovateurs généralisés serait victime de l'influence du "ça" communiste, du vieux rêve du "Grand Soir" et d'une non acceptation inconsciente de l'économie de marché.
Je trouve ce camouflage des vraies questions du Parti socialiste consternant.

Je cherche encore le camarade - même Gérard Filoche et Jean-Luc Mélenchon - qui s'attend ou théorise des lendemaines qui chantent définitifs, une société transformée à jamais en un coup de baguette magique, après le soir d'une prise de pouvoir, même démocratique.
Pour les socialistes, cette fiction n'existe plus depuis le 27 décembe 1920. Nous savons depuis longtemps que notre combat pour la justice sociale et pour l'égalité ne connaîtra pas de termes, nous avons abandonné la vision eschatologique qui était contenue dans la pensée marxienne et surtout marxiste, dans la foulée du "sens de l'histoire" hegellien... Mais abandonner l'eschatologie ne veut pas dire renier le sens du combat et son propos.

Je ne vais pas parler du "ça" communiste au point où il en est, ni même de sa résurgence au sein de la LCR supposée triomphante à l'extrême gauche, quand on sait combien cette extrême gauche au sein même de la LCR est divisée sur sa stratégie, sa finalité et ses outils. Non vraiment je ne connais pas de socialiste pour qui les idées de la LCR recellent encore d'une source d'inspiration profonde.

L'économie de marché qui ne serait pas acceptée par les socialistes, c'est franchement une blague. Henri Emmanuelli l'a justement rappelé vendredi 31 août - et ce n'est pas une nouveauté dans sa bouche :
"En toute hypothèse, parvenus au pouvoir, les socialistes ont bel et bien accepté l’économie de Marché. Ils l’ont fait très précisément - que nos contempteurs prennent note - le vendredi 23 mars 1983 à 11 heures du matin - en acceptant, après un vif débat au plus haut niveau, en choisissant de rester dans le Système Monétaire Européen, matrice du futur Euro, et en mettant en oeuvre un plan d’austérité sévère destiné à prendre en compte, justement, les contraintes monétaires et européennes de l’Economie de Marché. Je le dis et je le répète depuis longtemps mais apparemment sans succès. Il est vrai qu’à l’époque le Premier Secrétaire du PS a dit qu’il s’agissait d’une parenthèse. Mais comme il ne l’a pas refermée en arrivant lui même au pouvoir en 1997, les experts devraient être rassurés depuis longtemps et trouver d’autres arguments pour instruire leur procès permanent contre le PS."
Alors il serait bien temps d'arrêter de chercher dans le Parti socialiste le moment où celui-ci fait preuve d'irréalisme, de manque de modernité ou justement d'une soudaine conversion à la réalité du monde à l'occasion d'une université d'été comme ont tenté de le faire dire Pierre Moscovici ou Ségolène Royal.
Le problème du Parti socialiste ne réside pas dans un supposé refus de  l'économie de marché mais dans l'obsolescence d'un certain nombre d'outils keynésiens pour répondre aux défis posés par la mondialisation dans sa version ultra-financière. Oui la doctrine économique du PS français, tant du point de vue de la demande que de l'offre (la France a des problèmes sur ces deux terrains), est à refaire comme pour tous les partis sociaux-démocrates européens, dont les résultats électoraux nous démontrent qu'ils ne vont pas si bien que cela.

N'abandonnons pas notre exigence et notre volonté de bâtir des outils de redistribution, car sous le prétexte de nous faire accepter une économie de marché que nous prenons d'ores et déjà en compte, c'est bien la redistribution que les rénovateurs de tout poil veulent nous faire abdiquer. Il faut éviter que modernisation de la doctrine rime avec droitisation comme disent les fabuisiens mais surtout rime avec résignation. Car une partie des clés de nos défaites est bien là dans cette résignation de la pensée des socialistes, résignation qui les a poussés à considérer comme pertinents et incontournables les axiomes de l'adversaire pour en conséquence mieux justifier son discours et ses propositions, et finalement lui servir de marche pied électoral.
La nouveauté politique et économique (une nouveauté vieille de 30 ans tout de même) c'est que nous pouvions autrefois passer des compromis avec le marché, mais il est vrai dans un monde qui sortait à peine de la décolonisation ; aujourd'hui le marché refuse tout compromis et cherche à s'étendre à tous les domaines de la vie humaine. Là où cette extension ultime a été obtenue elle commence à être sérieusement remise en cause : et nous choisirions ce moment pour tenter l'aventure ! allons ce n'est pas sérieux ! Cessons de confondre liberté politique, libertés inviduelles, libertés collectives, d'un côté, et liberté d'exploiter et de dominer de l'autre, et notre débat sur les définitions et les finalités du libéralisme se portera mieux.

Frédéric FARAVEL

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3 août 2007 5 03 /08 /août /2007 13:20
Analyse
Le Parti socialiste sans "marchepied", par André Fontaine
LE MONDE | 02.08.07 | 14h22  •  Mis à jour le 02.08.07 | 14h33

première vue, le blues qui s'est emparé du Parti socialiste peut paraître un peu excessif. Ne vient-il pas d'augmenter d'un bon tiers le nombre de ses députés ? N'avait-il pas subi par 2 fois, dans le passé, des défaites bien pires ? Celle de 2002 est encore dans toutes les mémoires. Mais on oublie la véritable déroute infligée par le corps électoral, en 1969, à Gaston Defferre. Malgré sa promesse de prendre Pierre Mendès France comme premier ministre, il lui avait fallu se contenter de 5,1% des voix dans le scrutin destiné à donner un successeur à de Gaulle. Du coup, Alain Peyrefitte n'avait pas hésité à déclarer l'année suivante : "Si nous ne faisons pas de bêtises, nous sommes au pouvoir pour 30 ans."

Cette prédiction reposait sur le poids du Parti communiste. Jacques Duclos, son candidat à l'Elysée, avait obtenu, en 1969, 4 fois plus de suffrages que Gaston Defferre, la gauche n'en recueillant, toutes tendances confondues, que 31%. Ce rapport de force suffisait, un an après l'invasion de la Tchécoslovaquie, pour décourager les plus entreprenants de toute idée de coopération avec les "rouges". Mais, pour François Mitterrand, le seul moyen pour la gauche de revenir au pouvoir n'en était pas moins de ressusciter sous un autre nom le vénérable Front populaire.

Aux socialistes européens qui craignaient que le PS refondé sous sa houlette ne se fasse avaler par le PC, il répondait le 29 juin 1972, à Vienne, 48 heures après la signature du programme commun : "Notre objectif fondamental est de construire un grand PS sur le terrain occupé par le PC afin de faire la démonstration que sur les 5 millions d'électeurs communistes, 3 millions peuvent voter socialiste."

Georges Marchais, secrétaire général du PC à partir de décembre 1972, nourrissait le dessein inverse. Dans son rapport au comité central, longtemps resté secret, sur le programme commun, il n'hésitait pas à écrire : "Les dispositions adoptées ne constituent évidemment pas un point d'arrivée ou, selon l'expression significative de Mitterrand, un seuil maximum. Il s'agit au contraire de points de départ pour une puissante action des masses, susceptibles d'engager effectivement notre pays dans une étape démocratique nouvelle, ouvrant la voie au socialisme." Et lorsque interviendra, en 1977, la rupture de l'union de la gauche, il accusera François Mitterrand d'avoir voulu se servir du PCF comme d'un "marchepied".

Il n'est pas dit que le calcul de François Mitterrand, dont la motion unitaire l'avait emporté d'une courte tête au congrès d'Epinay, en 1971, aurait réussi au cas où la gauche aurait gagné la présidentielle de 1974 ou les législatives de 1978. Compte tenu des scores de ses diverses composantes, il aurait eu de la peine à refuser au PC les "ministères importants" que celui-ci réclamait à grands cris. Tandis que, en 1981, Georges Marchais, qui avait commis l'imprudence de se présenter lui-même, avait dû se contenter d'un modeste 15,35%, à peine la moitié du score du nouveau chef de l'Etat. Ce dernier n'en allait pas moins faire entrer 4 communistes dans le gouvernement Mauroy.

La droite se déchaîne alors, ne doutant pas que François Mitterrand soit un "Kerenski", le faible chef du gouvernement provisoire russe renversé en 1917 par les bolcheviks. Ronald Reagan envoie son vice-président, en la personne du père de l'actuel George Bush, demander des explications au président français. La présence de ces ministres, lui dit en substance celui-ci, empêchera les communistes de soutenir les mouvements sociaux que risquent de déclencher les mesures rendues nécessaires par la situation économique. Il pensait qu'ils resteraient au gouvernement de 18 mois à 2 ans, qu'ensuite ils reprendraient "le combat en essayant de gagner des électeurs par des moyens démagogiques, et que leur déclin, alors, se poursuivrait". George Bush en est pantois. "J'ai eu l'impressiond'avoir affaire à un dingue", confiera-t-il à notre regretté confrère américain Joseph Kraft. Quelques années plus tard, François Mitterrand dira à Maurice Schumann : "Deux hommes, en France, ont fait reculer le communisme, le général de Gaulle, en le combattant, et moi, en m'alliant avec lui."

Il avait déclaré à George Bush que le PC serait ramené à 5% des suffrages à la fin de son premier septennat. S'il en avait été ainsi, il n'aurait pas été réélu en 1988, le "marchepied", que Georges Marchais l'avait accusé de vouloir bâtir sur le dos des communistes, s'avérant trop petit pour le porter. C'est pour cette raison qu'il avait rétabli pour les législatives de 1986 le scrutin proportionnel, pensant à juste titre qu'il assurerait au Front national un groupe parlementaire substantiel. La première habileté de Nicolas Sarkozy est d'avoir convaincu de voter pour lui une part importante de l'électorat lepéniste. Et la chute du PC à des scores homéopathiques a privé le PS du "marchepied" dont on a vu le rôle essentiel en 1981. On comprend que plusieurs ténors socialistes se soient laissé tenter par les "ouvertures" de l'Elysée.

La seule chance du PS, dans ces conditions, est que M. Sarkozy en fasse décidément trop, ce qui, au vu de son actuel bilan, n'est évidemment pas exclu. A défaut d'erreurs de la majorité au pouvoir, il est difficile d'imaginer ce que le Parti socialiste, ses éléphants et sa gazelle pourraient bien faire pour reprendre le pouvoir.

C'est l'ensemble de la gauche, du rose pâle au vermillon, qui est aujourd'hui interpellé. Dans toute l'Europe, les formations de gauche ont redéfini leurs objectifs ou s'apprêtent à le faire. Le PC italien a abandonné une étiquette communiste qui n'avait plus aucun sens. Pourquoi le PC français n'en fait-il pas autant ? La logique ne devrait-elle pas le pousser à s'entendre avec le PS afin de remettre en question la scission du congrès de Tours qui, en 1920, avait divisé les socialistes d'alors et donné naissance au PC, pour des raisons qui n'ont plus aujourd'hui aucune justification ?

André Fontaine
Article paru dans l'édition du 03.08.07

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