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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 13:29

Samedi 7 avril 2018, vers 16 heures, j'étais appelé à intervenir devant les délégués du congrès du Parti socialiste pour répondre au nom du texte d'orientation "L'Union & l'Espoir", dont le premier signataire est Emmanuel Maurel, à l'adresse aux Européens proposée par la nouvelle direction du PS.

Vous trouverez ci-dessous la vidéo et le texte de l'intervention.

Il me revient la tâche de vous expliquer les raisons pour lesquelles "L’Union & l’Espoir" s’abstiendra sur le texte qui nous est présenté.

La démarche proposée n’est pas inintéressante, mais nous croyons que la question européenne, ses enjeux méritent un véritable débat interne et approfondi. C’est d’ailleurs prévu à l’automne ; et il est heureux que nous préparions sérieusement les élections européennes en nous donnant enfin une orientation solide, qui parle à nouveau aux classes moyennes et populaires, qui permette enfin de faire reculer la défiance qui s’est enkystée à cause de la dérive ordo-libérale de la construction européenne à coup de Traité d’Amsterdam, de Traité de Lisbonne puis de Traité Merkozy !

La définition de notre orientation européenne mérite un temps prolongé et organisé de débat et de réflexion, avec les militants, pour ne pas réitérer les erreurs passées et répondre efficacement aux questions posées par une social-démocratie européenne, qui, si elle reste notre camp naturel, n’en finit pas de se débattre avec de graves contradictions.

Nos concitoyens méritent mieux qu’une nouvelle répétition des slogans des campagnes européennes précédentes, inaudibles car usés à force d’avoir été ressassés.

Et puis autant se le dire franchement camarades, la priorité de ce congrès, qui se tient en parallèle avec un mouvement social qui prend et dont les motivations sont fondées, était de s’adresser aux salariés qui luttent, aux Français qui voient leur pouvoir d’achat attaqué, leurs services publics mis à mal. Dire finalement à tous ceux pour qui naturellement nous devons nous battre que les socialistes sont à leurs côtés. Il est encore temps de s'adresser à eux, de parler au corps central de la société, de parler au peuple de gauche !

Le samedi 7 avril 2018, à la tribune du 78e congrès du Parti socialiste à Aubervilliers

Le samedi 7 avril 2018, à la tribune du 78e congrès du Parti socialiste à Aubervilliers

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 18:27
5 bonnes raisons de voter L'Union & l'Espoir et Emmanuel Maurel le 15 mars 20185 bonnes raisons de voter L'Union & l'Espoir et Emmanuel Maurel le 15 mars 2018

Chères Camarades, Chers Camarades,

Le 15 mars vous aurez à faire un choix entre 4 textes d’orientation, 4 « Motions ».

La lassitude ou le découragement se sont emparés de beaucoup d’entre nous ces dernières années et ces derniers mois. Pourtant ce vote-là sera très important.

Voter pourquoi ? L’enjeu de ce congrès d’Aubervilliers est capital : il est celui de la survie pour notre parti. En 2012 nous avions tous les leviers pour transformer la société. En 2017, nous les avons presque tous perdus. Pacte de responsabilité, loi travail, déchéance de nationalité : les Français ne se sont pas reconnus dans notre action et, finalement, ne nous reconnaissent plus. Notre congrès de 2018 n'est pas un achèvement, un aboutissement, mais le début d'un processus de travail, de rassemblement et de reconquête.

« L'Union et l'Espoir », le texte d'orientation n° 4 dont Emmanuel Maurel le premier signataire, propose de bâtir avec les militants, le Parti socialiste de demain : un parti rassemblé, démocratique, ouvert, exemplaire, offensif. Un parti fier de ses valeurs, qui n’oublie pas pour qui ni pour quoi il se bat. Un parti qui appartient à ses militants.

À quelques jours du vote, il est bon de rappeler les enjeux de ce congrès, pour exprimer avec force ce qui me paraît être le chemin du redressement pour le socialisme français.

Le Parti socialiste, Emmanuel Maurel le connaît bien ; il connaît ses défauts, ses travers, mais aussi ses atouts : un réseau d'élus de terrain formidables qui s'engagent au quotidien pour améliorer la vie des Françaises et des Français ; des militants disponibles, aguerris, impliqués dans la vie de la société, dans les associations, dans les syndicats. C'est notre force. Nous sommes attachés au Parti socialiste, à sa démocratie interne (trop souvent théorique et malmenée), à ses rites, à ses militants. Nous ne nous résolvons pas à le voir encore s'étioler.

Pour se relever le Parti socialiste doit tourner une page de son histoire ; sans renier ce qu'il fut, il doit écrire une nouvelle aventure. Nous ne pourrons le faire que si nous sortons des sables mouvants de l'ambiguïté, qu'à la condition de mettre fin au flottement dont nous avons donné l'image. Les six premiers mois du quinquennat ont démontré de manière éclatante qu’on ne peut pas être socialiste « et en même temps » dans la complaisance à l’égard de Macron. Nous proposons le chemin de la clarté et de l'authenticité à gauche :

  • Clarté par rapport au bilan du quinquennat précédent ;

  • Clarté par rapport au nouveau pouvoir. Nous sommes un parti d’opposition et pas la force supplétive d’une majorité clairement marquée à droite ;

  • Clarté sur les orientations stratégiques, sur notre détermination à unir le parti puis la gauche.

Tout est possible, pourvu que l'on sache d'abord d'où nous venons mais aussi pour quoi et pour qui nous nous battons. Pour que les Français nous écoutent à nouveau nous devons penser le présent et l’avenir éclairés par nos fondamentaux : proposer d’améliorer concrètement la vie matérielle des gens, des ouvriers, des employés du privé comme du public, des retraités, des jeunes. Nous n’accepterons jamais de laisser le champ libre au Front National dans l’électorat populaire. Cela suppose de ne rien ignorer de ses aspirations et de ses préoccupations quotidiennes. Cela suppose d'être le parti de tous les jours de la vie. De la même manière, nous ne pouvons plus ignorer que la société civile produit de nouvelles revendications – la lutte pour les droits des femmes, les nouveaux comportements de consommation, la dénonciation des paradis fiscaux – auxquelles notre Parti doit offrir un débouché politique à l’échelle de notre nation et du continent.

Si les militants socialistes choisissent Emmanuel Maurel pour être leur Premier secrétaire, cela sera un signal envoyé aux Françaises et aux Français que nous avons déçus, signal que nous avons tiré les leçons de nos erreurs. Au sortir de notre congrès, avec « L'Union & l'Espoir », nos concitoyens pourront à nouveau comprendre où nous nous situons, que nous renouons avec nos fondamentaux et que nous nous ouvrons aux défis nouveaux. C'est essentiel pour être à nouveau au cœur de la gauche et remettre tout le monde autour de la table afin de reconstruire le rassemblement, condition nécessaire pour gagner et gouverner à nouveau, gouverner pour transformer la société dans le sens de l'égalité et de la justice sociale.

Au lendemain du congrès, la tâche qui nous attend est immense. Ensemble nous la surmonterons, et nous la surmonterons d'autant plus facilement que nous nous serons dotés d'une orientation claire, adaptée aux défis de notre temps. Face à une mondialisation libérale, face à l'impasse du libre-échange généralisé, face à la tragédie du changement climatique et des migrations de la misère, dans un monde politiquement instable, jamais une réponse socialiste républicaine, antilibérale et écologiste distincte de l’illusion sociale-libérale, présentée comme le progrès et la seule politique possible, n'a été aussi pertinente et nécessaire. Le rassemblement des socialistes est nécessaire – et nous y mettrons toute notre énergie –, il nous faudra de l'esprit, du caractère et de la force – et Emmanuel n'en manque pas – mais tout cela ne sera pas suffisant si nous ne nous sommes pas fixés auparavant un cap clair. Pour combattre nos adversaires des droites libérales et conservatrices, pour faire reculer nos ennemis nationalistes et xénophobes, pour créer les conditions du rassemblement des forces de progrès, Emmanuel Maurel saura porter votre voix, vos convictions et vos espoirs.

Chères Camarades, Chers Camarades,

Emmanuel Maurel vous propose de porter ensemble un socialisme décomplexé qui assume son utilité historique et ouvre un nouveau chemin pour faire vivre concrètement nos principes de Liberté, d'Égalité et de Fraternité, en France, en Europe et dans le monde. Ce n'est pas un hasard si les mots de la devise républicaine, issus de la Grande Révolution de 1789 et inscrits aux frontons de nos mairies, sont devenus ceux de l'Internationale Socialiste. Nous avons la mission de leur redonner vigueur. Il n'y a pas de fatalité à voir le socialisme démocratique décliner ; d'autres camarades aux États-Unis, en Grande Bretagne, au Portugal, ont entrepris cette renaissance. À nous désormais de relever le défi !

Pour y arriver, le Parti socialiste a besoin de votre engagement.

Frédéric Faravel

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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 14:41

Avec le soutien de plusieurs camarades socialistes, j'ai pris l'initiative de déposer une contribution thématique au congrès du Parti socialiste à Aubervilliers, dont la conclusion se déroulera le week-end du 7-8 avril 2018.

Il s'agit dans ce texte de rappeler les structures historiques et spécifiques du mouvement ouvrier français (au sens large) qui rendent impossible la transposition du "modèle social-démocrate" en France, de déconstruire la mythologie de la "Charte d'Amiens" et d'en tirer quelques enseignements pour proposer de nouveaux axes d'action, afin de renforcer tout à la fois la place du syndicalisme et la pertinence des propositions socialistes.

Vous trouverez à la fin de cet article le lien sur le site du Parti socialiste.

    Les premiers signataires sont : Geneviève Wortham (BN, 77), Bertrand Vasnier (membre titulaire du CN, 75), Frédéric Faravel (suppléant au CN, 95), Sébastien Lombard (BNA, 95), Gabriel Richard-Molard (suppléant au CN, FFE), Stéphane Mukkaden (Conseiller consulaire Islande-Norvège, FFE), Géraldine Gay (membre titulaire du CN, 11), Bruno Crinon (Trésorier de section, 95), Denis Février (CF, 95)

    Conjuguer à nouveau Socialisme & Syndicalisme - contribution thématique pour le congrès du Parti socialiste

    Les relations entre le socialisme français et le mouvement syndical ont toujours été complexes.

    L'industrialisation lente (en comparaison de l'Allemagne ou de la Grande Bretagne), la faiblesse relative des effectifs ouvriers et l'unification tardive des organisations politiques et syndicales qui prétendaient représenter le mouvement ouvrier en France expliquent à bien des égards une situation structurelle dont notre pays porte encore largement la trace.

    D'abord, déconstruire une partie de la « mythologie historique » du mouvement ouvrier

    La CGT, issue notamment de la fusion de la Fédération nationale des syndicats (créée en 1886, d'inspiration guesdiste) et de la Bourse du travail de Paris (créée en 1887), n'est créée qu'en 1895 et parachèvera son unité avec la fédération des bourses du travail qu'en 1902. Très tôt, elle subira la concurrence du syndicalisme chrétien (bien que la CFTC ne soit officiellement créée qu'à la Toussaint 1919) et de son mot d'ordre de « Paix sociale » ou encore de la Fédération nationale des Jaunes de France (officiellement créée en 1902), organisation corporatiste, antisémite et pré-fasciste.

    À cette difficulté évidente de pouvoir prétendre représenter le monde ouvrier dans son intégralité, la CGT naissante est le fruit d'une époque et d'une histoire politique bien française : en son sein se perpétue des conflits sur la forme d'action sociale qui existaient au sein de l'Association Internationale des Travailleurs entre coopératistes, marxistes et libertaires et que l'écrasement sanglant de la Commune n'a pourtant pas éteints.

    Ainsi lorsque le Parti socialiste aboutit enfin à son unité en 1905, une bonne partie des militants CGT considère avoir quelques raisons de se défier de la nouvelle organisation politique révolutionnaire :

    • sa déclaration de principes guesdiste qui soumet théoriquement l'action syndicale à l'action politique ;

    • la pratique de fait d'insertion dans les institutions républicaines de la SFIO qui découle du fait que dans notre pays la démocratie aient précédé l'organisation du mouvement ouvrier et la conquête des droits sociaux et économiques.

    De là découle l'adoption par le congrès de la CGT de 1906 (un an après la création de la SFIO) de la désormais célèbre « Charte d'Amiens » sous l'influence des anarcho-syndicalistes : rejet de toute soumission au parti, évidemment, mais au-delà de toute coopération réelle... pour les anarcho-syndicalistes, c'est le syndicat qui le moment venu transformera la société et l'organisera politiquement après avoir renversé la bourgeoisie au moyen de la « grève générale ».

    On retrouvera cette conception dans les puissants mouvements anarchistes d'Italie et d'Espagne (comme la CNT-FAI).

    Pourtant, il serait bon de rappeler que ce contrôle de la CGT par les anarcho-syndicalistes fut un épisode particulièrement bref ; dès 1909, la confédération repassait sous le contrôle des amis d'Édouard Vaillant, pilier essentiel de la SFIO et de son groupe parlementaire, héritier du blanquisme. S'établit alors ce que Léon Blum décrira dans son discours du congrès de Tours en 1920 de la manière suivante : « On était arrivé péniblement, après bien des tâtonnements, à une conception qui, somme toute, avait pratiquement donné satisfaction à tout le monde : autonomie des deux organisations, communauté de buts, mais avec différenciation des moyens, et possibilité, à chaque instant, par des croisements et des rencontres, d'action commune sur des objets déterminés. »

    Cet équilibre se maintiendra jusqu'en 1946, au-delà de la réunification de la CGT en 1936 (les partisans de l'Internationale Communiste et de l'Internationale syndicale rouge avait créé en 1921-22 la CGT-Unitaire), face à la conception communiste de courroie syndicale de transmission.

    La scission définitive et durable du syndicalisme français s'opère donc quand le PCF rompt avec l'alliance politique de la Libération pour contrer le plan Marshall : la CGT-Force Ouvrière et la Fédération de l'Éducation Nationale (le syndicalisme enseignant refusera de choisir entre la CGT contrôlée par les anciens « unitaires » et FO) surjoueront dès lors l'indépendance syndicale supposée naître de la « Charte d'Amiens » pour s'opposer à la toute puissante CGT communiste. Mais d'ores-et-déjà la CFTC, revivifiée par sa participation à la Résistance et l'unité d'action dans la clandestinité avec la CGT, occupait une place à part avec 26% des votes.

    La CFTC suivra une voie autonome, s'éloignant de l'Église Catholique, puis se déconfessionnalisant pour devenir en 1964 la Confédération Française et Démocratique du Travail. C'est sans doute le syndicat qui comprit le mieux les aspirations du monde ouvrier autour de 1968 et dans les années 1970, portant les combats sur les conditions de travail, le pouvoir ouvrier, l'autogestion, tout en se référant au socialisme dans sa charte, participant même aux Assises du Socialisme en 1974. Longtemps partenaire privilégiée du PSU puis du PS, la CFDT prendra cependant ses distances lentement à partir de 1978. La référence au socialisme sera officiellement abandonnée en 1988. De fait la CGT, quant à elle, choisit de ne plus être la courroie de transmission d'un PCF en déshérence dès le début des années 1990.

    En parallèle avec l'évolution politique, économique et sociale, de la construction européenne, de la mondialisation, de la chute plus ou moins rapide des grandes « forteresses ouvrières », de la transformation de la composition du salariat, l'histoire du syndicalisme français n'est plus depuis qu'une longue histoire de divisions ; scissions venant de la CFDT et de FO, implosion de la FEN, accompagnant et accélérant également la baisse des effectifs syndiqués. Ce qu'il y a de plus étrange dans cette histoire, c'est que désormais toutes les organisations syndicales françaises se réfèrent avec fermeté à la « Charte d'Amiens » alors que celle-ci ne correspond qu'à un très court moment de l'histoire de la CGT (ou de FO si on conçoit que cette centrale soit l'une des deux branches du syndicat historique).

    On conçoit donc combien notre histoire politique et syndicale est éloignée des modèles dont on nous rabâche constamment l'exemple :

    • le Labour party, émanation parlementaire des syndicats britanniques, ce qu'il tend en partie à redevenir depuis sa conquête par Jeremy Corbyn, et qu'il ne cessa jamais totalement d'être malgré les réformes internes imposées par Tony Blair avant qu'il ne devienne Premier ministre ;

    • la DGB, héritière des syndicats ouvriers créés par le SPD dans une conception « parfaitement » marxiste, et qui continue malgré quelques distances d'avoir des liens étroits avec le parti allemand ;

    • les liens étroits de la FGTB et du Parti Ouvrier Belge, puis du Parti socialiste wallon ; les liens organiques entre les partis social-démocrates et travaillistes et les centrales syndicales scandinaves...

    Aujourd'hui, que faire ?

    Osons le dire les conditions d'une social-démocratie « à la française » n'ont jamais existé et elles n'existent toujours pas. Elles se sont même à notre sens éloignées. Cela tient tant à notre histoire politique qu'à des structurations syndicales profondément différentes : oublie-t-on qu'une des conditions de la puissances des grands syndicats nordiques est que le bénéfice des accords collectifs qu'elles signent ne va qu'à leurs adhérents ? Pour en profiter un scandinave est obligé d'adhérer au syndicat, ce qui explique largement le taux de syndicalisation et leur audience au-delà même des rangs de la gauche...

    Doit-on cependant s'en tenir là et ne pas chercher à faire évoluer la situation ? Considérer que les syndicats sont condamnés par la mondialisation comme semble l'être la social-démocratie ? Nous pensons le contraire.

    Avec l'exercice durable du pouvoir par les socialistes, à partir des années 1980, une transformation culturelle et sociologique est intervenue dans notre parti. Elle a été largement décrite par Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki dans leurs travaux de recherche et leur ouvrage commun La société des socialistes. Le militantisme politique s'est « professionnalisé » : son recrutement s'est concentré sur les élus, ceux qui aspiraient à l'être, et ceux qui travaillaient pour eux. En parallèle, et de manière pas tout à fait fortuite, une vieille obligation statutaire est tombée progressivement mais rapidement en désuétude, avant d'être abandonnée dans le courant des années 1990 : l'adhésion à un syndicat professionnel... Aujourd'hui ne subsiste plus qu'une vague incitation à l'article 2.1.1.2.3 : « Les membres du parti sont encouragés à appartenir à une organisation syndicale de leur profession et au moins à une association, notamment de défense des droits de l’Homme, de solidarité, de consommateurs, d’éducation populaire, de parents d’élèves ou d’animation de la vie locale. » Le déclin du secteur entreprises du Parti et des GSE complète le tableau.

    Nous préconisons donc plusieurs mesures et orientations qui doivent permettre tout à la fois de ressourcer un parti socialiste et de renforcer le rôle des syndicats de salariés.

    1. Parce que nous pensons qu'un parti socialiste ne saurait s'enfermer dans l'action politique mais doit pouvoir avoir prise sur l'action économique :
      Les adhérents d'un parti socialiste doivent avoir l'obligation d'adhérer à un syndicat de salariés. Ironiquement, on pourrait presque dire que la diversité de la palette syndicale répond à la diversité des opinions permises dans un parti socialiste de rassemblement.
      Un parti socialiste doit encourager par tout moyen la recréation de groupes socialistes d'entreprise, capables de le nourrir sur la réalité du travail et de l'activité économique.

    2. Parce que nous voulons retrouver un équilibre perdu « autonomie des organisations, communauté des buts, différenciation des moyens, capacité d'actions communes » :
      Le Parti socialiste plaide autant que faire se peut pour l'unité d'action syndicale ; c'est louable et dans bien des cas c'est même nécessaire, comme l'a montré l'échec des mobilisations contre les ordonnances travail. Mais un parti socialiste cohérent ne saurait désormais se replier derrière une attente qui ne sera sans doute jamais satisfaite, au regard de la diversité « politique » existante entre les différentes organisations syndicales (bien que le mécontentement de toutes les centrales soit aujourd'hui palpable contre ces mêmes ordonnances). Sans aller jusqu'à doubler les syndicats comme a semblé le vouloir (sans succès) la FI, un parti socialiste doit être capable de prendre l'initiative et de proposer au débat des réflexions et des actions communes, tout comme il est capable de répondre à la sollicitation syndicale. Ne soyons pas naïfs : tout comme un parti socialiste doit être écosocialiste et n'a aucune raison de sous-traiter l'écologie à un parti écologiste, la question du travail et de l'entreprise dans sa réflexion ne peut totalement dépendre de de la réflexion et de l'absence de réflexion des syndicats de salariés. Le plus tôt ce parti socialiste sera capable de se redonner un
      corpus idéologique sur ces sujets – en dialogue avec les syndicalistes – le mieux cela sera. D'autre part, cela nous permettra de déterminer comment nous extraire de l'impuissance dans laquelle nous jette l'attente toujours reportée de l'unité syndicale : si nous avons une réflexion propre, alors nous pourrons déterminer avec quelles organisations syndicales nous sommes en mesure, dans le respect de leur autonomie, de mener des combats communs, voire de faire évoluer toute la gauche sociale et politique, de reconquérir le pouvoir et de transformer la société.

    3. Parce que nous considérons qu'il faut, malgré les contes libéraux, renforcer le rôle du syndicalisme dans la société :
      Contrairement aux différentes formes de bonapartisme auxquelles nous sommes parfois confrontées, nous croyons au rôle des corps intermédiaires. Nous considérons que les syndicats de salariés sont utiles pour représenter les travailleurs, pour défendre leurs intérêts et le cas échéant agir concrètement. Nous refusons donc la mort progressive du paritarisme qui sous-tend la politique d'Emmanuel Macron.
      Nous considérons que si l'obligation d'adhérer à un syndicat pour bénéficier des accords collectifs heurte la conception républicaine du droit et de l'intérêt général, il existe d'autre voie pour renforcer le syndicalisme. Un parti socialiste doit reprendre à son compte la réflexion sur le pouvoir salarié et même des formes d'autogestion. Nous considérons que les socialistes doivent porter absolument des propositions favorisant les coopératives salariés, contraignant à la reprise d'une entreprise par ses salariés, lorsque les propriétaires refusent les rachats ou défendent des solutions qui vont ouvertement contre les intérêts de l'établissement. Nous pensons enfin, que les salariés et leurs représentants disposent d'une expertise professionnelle et économique souvent supérieures à celles des actionnaires.

      Nous défendons une montée en puissance conséquente des représentants des salariés au sein des conseils d'administrations. Les négociations collectives devront systématiquement se dérouler avec les syndicats de salariés, que les représentants du personnel désignés y soient désignés en son sein ou que les organisations syndicales mandatent au sein de la branche un de leur représentants pour assister les salariés d'une entreprise qui en serait dépourvue.

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    10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 18:18
    Présentation du texte d'orientation "L'Union & l'Espoir" pour le 78e congrès du Parti socialiste

    Je ne vais pas vous faire un résumé de notre texte d'orientation « L'Union & L'Espoir », il est suffisamment court et lisible pour que vous vous en fassiez une idée...

    Je vais m'atteler ici à vous présenter l'état d'esprit qui nous anime et qui a animé l'élaboration avec Emmanuel Maurel du texte d'orientation « L'Union & l'Espoir » qui est soumis le 15 mars 2018 au vote des militants socialistes.

    Nous nous appuyons sur une conviction : le Parti Socialiste français a encore un avenir, parce qu’il y a une utilité historique du socialisme français. Pour nous, la seule façon de survivre et de rebondir, c’est de sortir des sables mouvants de l’ambiguïté. Notre démarche s’inscrit donc sous le sceau de la clarté et de l’authenticité à gauche.

    1- Clarté par rapport au nouveau pouvoir : nous devons être dans une opposition résolue à Macron, qui est l’une des incarnations du modèle néolibéral, et il faut le dénoncer. Ça n’a pas toujours été le cas, parce les premiers mois du quinquennat Macron ont été marqués par une très grande confusion chez les socialistes français, qui ont voté de trois manières différentes à l’Assemblée nationale, sur la confiance au Gouvernement. Pas besoin au demeurant de qualifier notre opposition de constructive, nous n'avions pas besoin de le faire face à la droite au pouvoir, pourquoi le ferions-nous aujourd’hui ?

    2- Clarté aussi par rapport au bilan : le Parti Socialiste vient de passer cinq ans au pouvoir et il sera impossible d’y revenir sans retour critique sur cette période, qui – malgré quelques mesures positives – a été marquée par une perte de repères et par une pratique présidentialiste dans laquelle tout est soumis à l’exécutif. À force de se taire, le Parti a laissé le Président et les Premiers Ministres faire des erreurs, parfois majeures.

    3- Clarté enfin sur les orientations stratégiques : on doit tirer les conséquences de notre opposition à Macron et s’inscrire dans une démarche unitaire vis-à-vis des autres forces de gauche. Quand bien même on serait critiqué, même de façon très dure,il faut savoir être unitaire pour deux, pour trois, pour dix. Rappelez-vous que nous avons bien été capables de faire un programme commun avec le PCF quand celui-ci était devant nous et sous tutelle de l'URSS ; qu'est-ce qui peut bien nous faire peur aujourd'hui ?

    * * *

    Ce que nous proposons, c’est donc d’en revenir à un certain nombre de fondamentaux. La gauche n’a pas seulement perdu des électeurs : elle a aussi perdu des repères. Il lui faut une boussole.

    De quels fondamentaux parlons-nous ?

    Il est surprenant que le Parti Socialiste ne parle plus des salaires, qui restent encore au cœur de la répartition entre le capital et le travail. Il est incompréhensible que sous un gouvernement socialiste, non seulement on n’augmente pas les salaires, mais qu’en plus un ministre de l’économie (Michel Sapin) ait encouragé les entreprises à ne pas le faire !

    Il faut renouer avec ce qu’on n’aurait jamais dû cesser d’être : des partageux. Ce n’est pas parce que le monde a changé, que de nouveaux problèmes sont apparus, que l’on doit renoncer à ce qui fait notre identité, c’est-à-dire le partage : partage des richesses, partage des pouvoirs, partage des savoirs.

    Autre point fondamental : il y a désormais un lien évident entre la question sociale et la question écologique. Quand nous nous disons « écosocialiste », ce n’est pas une concession à l’air du temps : jusqu’à maintenant, on se battait contre les logiques d’exploitation qui touchaient l’être humain, mais l’exploitation touche aussi la nature. Il faut changer de modèle de production et de consommation.

    Quelle stratégie le socialisme français doit-il avoir pour renouer avec les classes populaires et les classes moyennes ?

    Il nous faut renouer avec le corps central du socialisme : les employés et les ouvriers. Pour ça, il ne suffit pas de le dire. Il faut que nos préoccupations et nos mots d’ordre soient en résonance avec nos déclarations.

    Je vais donner un exemple ; celui de l’expulsion locative : Chaque année, des dizaines de milliers de gens minés par des dettes locatives de quelques centaines ou milliers d’euros se retrouvent devant le tribunal, devant lequel ils négocient des sur-loyers de 10, 15, 20€ par mois, pour ne pas être expulsés. Macron explique que la baisse des APL est une mesure indolore. La vérité, c’est que 5€ pour plein de gens, c’est une catastrophe, c'est la menace d’être expulsé de son logement !

    Je écrivais plus haut à propos des salaires, il faudrait aussi évoquer les services publics, qui ont été largement dégradés durant ces dix dernières années alors qu’ils contribuent à l’égalité entre les territoires. C’est une condition indispensable si on veut s’adresser à cette France qui se sent délaissée.

    S'ajoute à tout cela la pratique macronienne du pouvoir. On dit de Macron qu’il est parvenu à unifier le libéraux de tous bords. Il est surtout parvenu à opérer la fusion entre les élites néolibérales, le monde des affaires, et ce qu’on appelait jadis la « noblesse d’État », c’est-à-dire la technocratie à la française.

    Mais cette prouesse n’évitera pas à Macron d’échapper à la réalité de sa politique, exprimée de façon très factuelle et très brutale par la dernière étude de l’OFCE, qui montre que l’essentiel de sa réforme fiscale profite aux très riches, alors que les ménages les plus pauvres en sont les grands perdants. Cette réalité-là lui collera à la peau. Dans le même temps, il augmente la CSG, baisse les APL, supprime quasiment l’ISF et met en place une flat tax sur les revenus financiers. Ce n’est pas une politique qui peut se prétendre équilibrée : c’est une politique de classe.

    Et on ne pouvait pas dire qu'on ne savait pas, qu'on découvre... C'était dans son programme !

    Même les classes moyennes, qui pouvaient lui faire confiance pendant un moment, se rendront compte que sa politique est extrêmement déséquilibrée en faveur des vrais possédants (dont ne font pas partie les classes moyennes).

    Macron méconnaît l’aspiration profonde des Français à l’égalité. Et c’est ce qui le rattrapera. Il est persuadé que la France est enfin mûre pour les grandes réformes libérales que l’élite appelle de ses vœux depuis des décennies. Mais il s’agit davantage d’une fin que d’un commencement pour le cycle néolibéral.

    Enfin, cette alliance des élites nie les corps intermédiaires, comme en témoigne le mépris de Macron pour les élus locaux, qui tissent pourtant un lien très fort entre les citoyens et les institutions. Macron a supprimé les emplois aidés et demandé des économies impossibles aux collectivités : la confrontation qui a commencé lors du Congrès des maires va s’amplifier.

    La confrontation inéluctable avec le monde syndical, hostile dès le départ ou déçu, qui est exclu de la pratique politique d’Emmanuel Macron, ne fera que croître.

    * * *

    Rien ne sera possible cependant si la gauche, toute la gauche, ne relève pas la tête.

    Macron n’a en réalité absolument pas fait reculer l’extrême-droite, et hélas les déboires actuels au sein du FN ne l’empêcheront pas de prospérer à nouveau. Pour nous, militants de gauche, le combat face à Macron et à Wauquiez – la droite pourrait retrouver un peu de vigueur avec lui – ne peut faire oublier que l’extrême-droite est encore vivace, notamment dans les classes populaires. Ce problème n’est pas derrière nous, contrairement à ce que certains amis du président essaient de faire croire.

    Nous voulons donc amorcer une dynamique unitaire à gauche. On l’oublie trop souvent, mais l’opposition se construit très concrètement, y compris au Parlement.

    Les groupes socialiste, communiste et “France Insoumise” ont déposé un recours commun au Conseil Constitutionnel contre les ordonnances : il y a eu une convergence concrète, au niveau parlementaire. Plus Macron déploiera son agenda de réformes, plus une opposition se cristallisera dans laquelle on retrouvera les différentes familles de la gauche. C’est vrai au Parlement, ce sera vrai également dans la société.

    L’unité ne se décrète pas, elle se construit. Elle se construit dans les luttes, qu’elles soient locales ou nationales. Cela pourra commencer avec l’université, mais aussi avec l’hôpital public, la réforme de l’assurance-chômage ou de l’assurance-maladie… Nous devons donc travailler à la naissance d’un front commun qui rassemblera de plus en plus largement au fil du quinquennat. Pour cela, il faut savoir être disposé au dialogue avec toutes les forces de gauche. Il est donc urgent que nous, socialistes, soyons clairs quant à notre rapport à Macron : c’est l’un des enjeux du quinquennat.

    * * *

    Chers camarades,

    Nous sommes dans un congrès du Parti socialiste, un congrès qui doit redonner une orientation politique à notre parti qui souffre cruellement d'en manquer, dans un contexte où nous sommes entrés dans le quinquennat avec tous les pouvoirs ou presque (Présidence, Assemblée nationale, Sénat, moyennes et grandes villes, régions et départements). Nous en sortons quasiment dépouillés de tout : il n'y a pas d'équivalent historique en France d'une telle dégringolade électorale et structurelle d'un parti politique, d'un parti de gouvernement qui plus est.

    Ne nous trompons pas de sujet, de moment et d'enjeux... Nous ne sommes ni dans une primaire, ni dans une élection présidentielle, ni à la veille de conduire une campagne électorale nationale ou de revenir au pouvoir. Gardons nous à ce stade des catalogues programmatiques ; le projet socialiste, le programme que nous proposerons, nous devrons le construire avec les militants en dialogue avec nos concitoyens. Par contre, il est bon de dépasser l'énoncé de simples généralités aussi généreuses soient-elles.

    Le texte "L'Union & l'Espoir", dont le premier signataire est Emmanuel Maurel, a évité ces deux écueils : il fixe un cap stratégique – celui de travailler au rassemblement de la gauche –, il offre aux socialistes la possibilité de sortir de l'ambiguïté sur notre bilan et de sortir de l'ambiguïté face au nouveau pouvoir qui n'est rien d'autre qu'une nouvelle nuance de droite. Nous avons respecté le cadre qui nous était imposé (50.000 signes, 5 thématiques imposées) ; il eut été utile que tous s'y plient.

    Au sortir de son congrès, avec “L'Union & l'Espoir”, les socialistes pourront dire quelle vision du monde, de la société ils ont, quelles pistes ils proposent pour les transformer, avec des axes forts de mobilisation immédiate. C'est indispensable pour que nos concitoyens nous reconnaissent à nouveau, qu'ils comprennent à nouveau où nous nous situons et pour quoi nous nous battons. C'est essentiel pour être à nouveau au cœur de la gauche et remettre tout le monde autour de la table afin de reconstruire le rassemblement, condition nécessaire pour gagner et gouverner à nouveau, gouverner à nouveau pour transformer la société.

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