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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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25 novembre 2019 1 25 /11 /novembre /2019 12:16
Jean Dujardin campe parfaitement la personnalité du Colonel Marie-Georges Picquart, héros malgré lui de l'Affaire Dreyfus (ici lors de la reconstitution de la "cérémonie" de dégradation du Capitaine Alfred Dreyfus aux Invalides)

Jean Dujardin campe parfaitement la personnalité du Colonel Marie-Georges Picquart, héros malgré lui de l'Affaire Dreyfus (ici lors de la reconstitution de la "cérémonie" de dégradation du Capitaine Alfred Dreyfus aux Invalides)

Petit retour sur le film que je suis donc allé voir hier soir.

Évidemment je commencerai par dire qu’à chaque jour suffit sa peine et que toute piqûre de rappel sur cet épisode emblématique, qui a fait partie de la construction de notre identité républicaine, est nécessaire.

Notons d’abord le jeu d’acteur de Jean Dujardin, excellent, il fait un colonel Picquart tout à fait vivant. Les ambiguïtés du personnage sont bien soulignées, ainsi que son appartenance à une société bourgeoise, mondaine et hypocrite qui se prétend pourtant à elle-même avoir des principes moraux, sont bien campées. Le film n’en fait donc pas un héros sans tâche et c’est bien, même si quelques traits de sa raideur personnelle et militaire ont été sous traités alors qu’ils sont bien décrits dans le roman de Robert Harris (soulignons qu’il s’agit de l’adaptation d’un roman et non d’un travail d’historien, même s’il faut reconnaître la qualité du livre que j’avais lu voici quelques années), notamment quand Picquart conseille à la famille Dreyfus de ne pas accepter la Grâce présidentielle. Cet épisode causera une grave rupture entre une grande partie des dreyfusards et le colonel et de graves emportements de ce dernier, mais là on nous le passe au détour d’une terrasse de café...

Plus grave selon moi et qui transparaissait mieux dans le Téléfilm en deux parties qui avait été consacré à l’Affaire... c’est le sous traitement encore une fois de l’environnement politique et social qui permet d’expliquer la genèse de l’Affaire et son caractère explosif qui menaça rien de moins que de plonger notre pays dans la guerre civile.

Ici alors qu’on aurait pu s’attendre à plus d’insistance, l’antisémitisme me parait ne pas plus peser que comme un décor d’arrière plan ; il n’apparaît de manière éruptive que par quelques plans lors de la scène de la dégradation (par ailleurs impressionnante dans sa reconstitution ; d’une manière générale l’effort mis sur la reconstitution historique du point de vue décor etc. est remarquable) et une bien brève échauffourée nocturne dans la rue. Le film laisse peu transparaître l’ambiance politique antisémite, les groupes organisés, l’agitation politique, la campagne de presse violente et qui n’émanait pas que du quotidien assomptionniste La Croix et ses filiales en provinces, tout cela dans une société qui avait été largement préparée en matière d’opinion par le livre d’Édouard Drumond, La France juive, qui conduit le vieil antijudaïsme chrétien à l’antisémitisme politique. Je trouve cela très plat et gentillet ... peut-être est-ce une trace que nous ne saurions imaginer aujourd’hui ce que pouvait être une telle situation et ambiance, je ne peux cependant m’empêcher d’être déçu.

Il y a bien les remarques antisémites de tous ces gradés de l’état-major, dont Picquart lui-même, mais là encore cela reste faible et cela ne permet de compenser l’autre absence politique remarquable de ce film : on perçoit peu voire pas du tout un certain unanimisme politique et religieux chez ces militaires, pour qui la République qu’ils servent n’a été acceptée que par lassitude et par absence de prétendants au trône de France présentables. En fait, une bonne partie des généraux (sauf Mercier qui est républicain) auraient bien brûlé le régime si on leur en avait laissé l’occasion et leur antisémitisme, leur « passion cléricale » (seule expression du film concernant cette facette essentielle du dossier, qui est d’ailleurs de Zola et qui permet de comprendre un peu), c’est-à-dire leur engagement politique en faveur de l’Église catholique romaine, les conduisent à combattre tout progrès républicain dans l’armée, la placer au-dessus de la République car elle est la survivante d’un monde ancien et le rempart de l’Église qui remettra de l’ordre lorsque le régime mortel aura cédé. L’Affaire Dreyfus fut aussi l’occasion de purger ce poison anti-républicain au cœur de la République et l’arrivée du cabinet de défense républicaine conduit par Waldeck-Rousseau permit justement de commencer le nettoyage.

N’oublions pas que ce sont les années où le camp républicain se prépare à engager une lutte politique radicale contre le pouvoir de l’Église romaine qui conduira après bien des vicissitudes à la séparation des Églises et de l’État que certains ont aujourd’hui le culot de trouver trop rigide.

Las, enfin, rien des débats violents à la Chambre des Députés, comme souvent Jaurès est absent de la reconstitution et Clemenceau présenté seulement comme éditorialiste à l’Aurore 😓...

Conclusion : pouvait mieux faire, mais si vous ne connaissez pas l’Affaire allez le voir.

Frédéric FARAVEL

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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 19:24

Sortant du cinéma après avoir vu le nouveau film de Todd Phillipps, dont je comprends désormais aisément qu'il ait reçu le Lion d'Or à la Mostra de Venise, l'effet qu'a produit « Joker » sur moi a sans doute inhibé ma faible capacité à trouver un titre original. Ceux qui auront vu le film ou qui auraient lu des critiques trouveront sans doute que je sombre dans la banalité ou la facilité ; ils auront sans doute raison, mais je vais essayer de traduire dans les lignes qui suivent quelques impressions fortes qui me paraissent être transmises par cette interprétation originale d'un anti-héros emblématique des Comics américains.

Joaquin Phoenix, ayant achevé sa transformation

Joaquin Phoenix, ayant achevé sa transformation

Évidemment, la composition de Joaquin Phoenix – dont on ressent bien qu'il ait pu manquer de sombrer dans la folie avec ce personnage, quand on connaît sa propension à s'immerger dans ses rôles – est proprement époustouflante, tous les autres Jokers qui l'ont précédé (sauf peut-être Heath Ledger) peuvent aller se rhabiller, ils ne lui arrivent pas à la cheville ; le scénario, la mise en scène, la photographie, la bande sonore et le reste du casting sont à l'unisson. Autre originalité à souligner, l'histoire de ce « Joker » n'a jamais de près ou de loin été contée dans une quelconque version BD des Comics, dont il décrit ici la genèse d'un des personnages phares. C'est donc une œuvre originale dans tous les sens du terme. Or donc ce qui est intéressant dans toute œuvre originale, c'est ce qu'elle semble raconter de la société dans laquelle nous vivons.

Je m'écarterai de ce qui semble faire prioritairement polémique, notamment aux États-Unis, sur le fait que d'aucuns y verraient une implicite apologie de la violence, dans un pays tout à la fois rudement touché par les meurtres de masse, la prise de conscience qui en découle et le déni pathologique d'une partie de ses institutions et de sa population. Pourtant s'agissant du portrait et du passé d'un criminel psychopathe, on pouvait s'attendre à ce que le film en lui-même ne soit pas exactement une bluette pour adolescent ; la production cinématographique américaine propose suffisamment d'images de violence gratuite, sans aucun recul, pour qu'on ne fasse pas ce procès au « Joker » plus qu'à un autre. Au contraire, comme dans The dark knight rises (qui avait pour le coup été frappé par des agressions et des fusillades au moment de sa sortie), « Joker » est suffisamment explicite dans sa manière de mettre en scène la folie et l'insanité du personnage principal pour que le recul existe sur la violence qui s'affiche. Je considère qu'ici c'est la société américaine qui se sert du film comme d'un miroir à ses propres angoisses et impensés.

Il me semble que le film développe un propos social pour le coup assez appuyé et transparent. Le Gotham city décrit de manière évidente le New York du début des années 1980, celui de la crise sociale, des immeubles décrépis et presque insalubres, des rues sales soumises à la criminalité, celui de la crise morale également, quand l'Amérique avait mauvaise conscience de la guerre du Viet Nâm, rejetait ses vétérans (c'est le pitch du premier Rambo) et que la police new-yorkaise semblait irrémédiablement gangrenée par la corruption.

#Joker, une fable sociale... et politique

Le décor est cohérent avec les deux messages principaux.

Le premier se greffe sur la compréhension de la fabrique d'un monstre. Comédien raté, avec un passé psychiatrique déjà chargé (on découvrira dans le dernier tiers du film à quel point), Arthur Fleck est suivi par les services sociaux de la ville de New York, ce qui l'empêche de sombrer totalement.

Évidemment, la vie qui lui est promise sur ce chemin n'a rien de réjouissant, le personnage est un loser, qui semble condamné aux brimades et à la médiocrité. Il n'y a pas d'angélisme dans la présentation des services sociaux : le metteur en scène ne laisse aucun doute sur le fait que les psychologues qui accompagnent Arthur sont dépassés, désabusés, pas forcément à l'écoute, mais pas forcément sans conscience de leur utilité sociale, de leur rôle et de leur place. C'est la suppression de tout ou partie des services sociaux municipaux pour coupes budgétaires qui va être l'un des éléments rendant possible la dérive délirante et la naissance du Joker, Arthur choisissant sous l'effet de sa dérive psychiatrique de considérer que la folie lui offre la possibilité de se réaliser plus pleinement.

On pourra considérer que le propos reprend des discours psycho-pédagogiques que certains disent éculés et qui viseraient selon eux à excuser les criminels et feraient preuve de naïveté quant aux peines qui leurs sont infligées... On pourra juste rappeler à quel point presque toutes les prisons des pays démocratiques (il y a une exception US, qui a trait à l'enfermement des hommes noirs américains, je ne vais pas entrer dans les détails, mais lisez Emmanuel Todd) sont remplies majoritairement d'individus atteints de sévères troubles psychologiques ; c'est sans doute l'une des raisons, parmi d'autres, pour lesquelles la mission de correction, de rachat ou de rééducation qu'on leur fixe est aujourd'hui en échec. On ne dira jamais à quel point les politiques de prévention psychologique et sociale sont des outils essentiels pour éviter des parcours criminel ; on ne redira jamais à quel point certains des pires tueurs de ses dernières années avaient un pedigree psychologique chargé dès l'enfance et témoignent donc d'un échec ou plutôt d'un abandon du suivi social et psychologique de l'enfance en difficulté... n'oublions jamais qu'un enfant violenté a besoin d'être accompagné pour faire preuve de résilience.

Le film dit d'abord cela : l'austérité détruit nos capacités à prendre soin, à soigner ceux de nos prochains qui sont les plus fragiles, l'austérité accouche de fous dangereux et criminels, donc l'austérité détruit à court et moyen terme notre sécurité individuelle et collective, notre tranquillité...

#Joker, une fable sociale... et politique

Le second s'engage sur le terrain de la morale économique et sociale, de la morale ramenée à une forme de lutte des classes. On pourrait y voir une forme d'illustration de la notion de common decency, proposée tout au long de son œuvre par l’écrivain britannique et socialiste George Orwell.

Cette notion postule une « décence ordinaire », un sens inné de l’entraide et de l’éthique propre à la classe ouvrière – ou aujourd'hui (dans une époque où le sentiment d'appartenance de classe a fondu) aux catégories populaires  –, cette dernière, de par sa condition, serait plus encline que les autres à l’entraide, à la fraternité, à un comportement « moral ». La notion est aujourd’hui reprise et abusivement exploitée par toute sorte d’intellectuels plus ou moins réactionnaires qui tentent de transformer le concept en « signifiant vide » qui réceptionnerait une forme de xénophobie bon teint quand il s'agit juste au départ d'une forme de rejet de la mondialisation libérale ou plutôt de ses conséquences. Il fallait que je signale cette instrumentalisation du concept orwellien pour qu'il n'y ait pas de confusion : cette dérive est absente du film. On peut par contre rapprocher l'interprétation qui en est donnée dans un autre film récent et très réussi « Alice et le maire » (de Nicolas Pariser), la jeune collaboratrice y rappelant au maire fictif de Lyon à quel point le militant de gauche éduqué et favorisé ne saurait être en capacité d'édicter un point de vue moral ou politique aux catégories sociales défavorisées qu'il prétend défendre (certains ne le prétendent même plus) s'il n'a pas réellement conscience ou s'il ne partage pas d'une manière ou d'une autre leur vie quotidienne et leur réalité sociale. Sans tomber dans la caricature de la notion « d''établissement » des jeunes militants maoïstes français des années 1970, il s'agit de dire que les jugements politiques définitifs des Bobos du XIème sur le comportement électoral ou civique des catégories populaires des banlieues, du nord ou de l'est de la France n'est pas toujours frappé au coin de la pertinence et de la légitimité, qu'ils gagneraient sans doute à partager un peu concrètement leur vie en s'installant à leurs côtés pour mettre en œuvre cette diversité sociale qu'ils défendent intellectuellement si souvent.

« Joker » applique la « décence ordinaire » à l'élite libérale et financière. Le mépris affiché par les puissants, par ceux que les « populistes de gauche » pourraient désigner comme la caste ou l'oligarchie, le mépris de leur représentants politiques (en France, Macron en est un archétype absolu), leur absence d'empathie quelconque pour la réalité quotidienne de la vie du plus grand nombre, des 99%, est indécent. La dérision et la caricature de média sombrant dans l'entertainment permanent est tout aussi indécent. La dignité voudrait qu'ils se taisent ou se mettent de côté. Mais évidemment les rapports de pouvoir et la facilité à manipuler avec « du pain et des jeux » les masses leur offrent une garantie de long terme. Ainsi Thomas Wayne peut prétendre se présenter à la mairie de New York tout en traitant la majorité des habitants de la ville de clowns et en les comparant à un assassin, dont il charge lui-même le crime d'une valeur sociale. Il a les médias pour lui.

Arthur devenu Joker suggère une solution quelque peu définitive à cette indécence, mais il s'agit d'un personnage psychopathe ne l'oubliant pas. Cependant, il est intéressant de noter que le portrait des New-yorkais dressé dans le film les montre LE moment où cette indécence de l'oligarchie, de ses médias et de ses fondés de pouvoir est devenu insupportable : c'est l'émeute et c'est la projection des masses (au sens arendtien) à travers la personnalité d'un leader possible mais délirant. Le mépris peut conduire les foules à choisir un clown, celui-ci ne sera par forcément drôle. Il est certain que le mépris a joué dans l'élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis d'Amérique ; quels que soient les talents et les qualités personnelles ou politiques de Barack Obama (surtout comparé à G. W. Bush), il a mené une politique de fondé de pouvoir de l'oligarchie libérale bien pensante américaine ; le mépris a transparu durant toute la campagne d'Hillary Clinton en 2015, les intérêts du monde de la finance étant largement représentés parmi ses soutiens (avec une situation de « subjugation » de l'électorat noir par sa propre élite sociale qui la convint depuis deux décennies de voter Clinton contre ses intérêts, plutôt que de voter Sanders par exemple) ; il est probable que cela se reproduise avec Joe Biden.

George Orwell ; Hannah Arendt

George Orwell ; Hannah Arendt

La violence des rapports de pouvoir entre les masses et l'oligarchie sont parfaitement visibles également que ce soit dans la manière dont le pouvoir a traité le phénomène des Gilets Jaunes ou le refuge d'une large partie du vote populaire auprès de la famille Le Pen qui présente toute une panoplie de clowns sinistres et dangereux. L'un des enjeux de la gauche est bien de sortir d'une logique de "masses" pour retrouver une dynamique de "front de classes" qui rétablisse nos intérêts collectifs face à l'oligarchie.

À méditer...

Frédéric Faravel

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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 10:16

Je me permets de partager ici la réflexion de Jean-Luc Mélenchon qui exprime bien mieux que je ne saurais le faire ce que je ressens et qui est sans doute l'un des rares hommes politiques français capable de se situer à ce niveau intellectuel. On aimerait qu'il soit toujours à ce niveau.

Athées ou croyants, Notre-Dame est notre cathédrale commune. Le vaisseau, la nef qui nous porte tous sur le flot du temps. Et je crois que nous l’aimons de la même façon. Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y parait si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame. Et d’autres, ceux qui connaissent le vide de l’Univers privé de sens et l’absurde de la condition humaine, y voient par-dessus tout cette apothéose de l’esprit et du travail de milliers de femmes et d’hommes durant deux siècles et depuis plus de huit cent ans. Ils ressentent ce que la cathédrale a signifié depuis sa première heure, quand elle n’était encore qu’un plan, et à l’instant où fut planté le clou d’or d’où seront tirées toutes les lignes et commencés tous les calculs.

Bien sûr, Notre-Dame accueille tout le monde, et la foi catholique l’anime. Mais elle n’appartient à personne ou bien seulement à tout le monde, comme les pyramides du plateau de Gizeh. Tout le monde, c’est-à-dire la cohue sans fin des générations qui se sont mise les unes sur les épaules des autres jusqu’au sommet des tours, des flèches, et ne se sont jamais arrêtés en chemin vers le ciel, l’espace, la lune, les planètes, les étoiles ! Du premier calcul pour faire tenir debout une voute de 33 mètres de hauteur à celui qui a permis à la sonde Rosetta et son émissaire Philae de parvenir jusqu’à l’astroïde Tchouri, la patate glacée dans l’espace, c’est tout un. Et avant la cathédrale, je dirai que le temple d’Apollon qui se trouvait là visait de même. Que le bâtiment soit un édifice religieux n’empêchera jamais qu’il soit l’incarnation de la victoire de nos anciens contre l’obscurantisme.

Des croisades, on ramena les sciences mathématiques, physiques et chimiques que l’Orient avait conservées. Elles germèrent dans les esprits. Elles y mirent un terrible dilemme. Il n’a jamais quitté notre civilisation. Il a pris successivement mille visages. Il hante encore l’esprit de chacun tout entier dès qu’il pense. Le voici : il y a la vérité révélée, celle qui vient de l’extérieur, qui est affirmée par la coutume ou la religion et qui s’impose avec le visage rassurant de l’évidence. Et il y a celle que l’on trouve avec son propre cerveau, d’après sa propre enquête, ses propres calculs, celle que la science approche chaque jour d’un peu plus près. Toute la dignité de l’être humain est dans cette tension qui le pousse à décider par raison davantage que par instinct, par réflexion indéterminée plutôt que par le comportement programmé de son espèce.

Notre-Dame est le signal d’un temps nouveau qui commençait. Il symbolise la douleur du savoir qui doute de lui-même pour avancer, l’inébranlable confiance dans l’esprit et dans sa victoire possible contre l’ombre qui masque, la mort qui soustrait et l’ignorance qui trompe. Notre-Dame est un message universel. Le peuple de France ne s’y est pas trompé. Tous ses grandes heures y ont transité. Des premiers États Généraux à la victoire sur les nazis, la nef a accueilli toutes nos clameurs libératrices. Je me dis qu’elle ne brûlera jamais tout à fait. Il en restera toujours un morceau qu’un être humain voudra continuer vers le ciel.

Jean-Luc Mélenchon

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28 octobre 2017 6 28 /10 /octobre /2017 23:10

La tribune du professeur de philosophie Claude Obadia dans Le Monde que je reproduis ci-dessous est éclairante à plus d'un titre.

Ces derniers mois, le dernier livre de Régis Debray, Le nouveau pouvoir, a lancé un débat sur les fondements philosophiques, culturels et donc confessionnels de la « révolution » néolibérale qui s'impose à travers le monde, alliance de la globalisation financière, de la technocratie et des intérêts des multinationales, nous faisant basculer (définitivement ?) dans une post-démocratie. Le philosophe, dont les réflexions doivent nous interpeler, fait d'Emmanuel Macron l'incarnation d'un néo-protestantisme qui s'accommode bien de cette alliance des technocrates et des milieux d'affaires, qui non seulement se satisfont mais organisent l'impuissance de la souveraineté populaire. Ce n'est pas forcément faux, tant le protestantisme est pluriel et certaines dérives « évangéliques » ou pentecôtistes, s'éloignent des intuitions essentielles de la Réformation. Mais Debray – qui a reçu la contradiction argumentée et sérieuse d'Olivier Abel, rappelant la différence fondamentale entre le Protestantisme européen et ses évolutions américaines, ou celle de Mireille Delmas-Marty, soulignant que la filiation entre Macron et Paul Ricœur est particulièrement sujette à caution tant le premier a revisité à sa sauce le second – systématise l'erreur d'analyse fondamentale de Max Weber sur L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme. Est-ce le protestantisme qui s'est développé dans des régions et cultures déjà largement gagnés aux évolutions sociales et économiques qui préfigurent notre société ou est-ce le protestantisme qui a facilité la transformation de la société européenne vers le stade capitaliste ? Sommes-nous devant une nouvelle version du dilemme de l'œuf et de la poule ? Une observation attentive des faits historiques et sociaux me fait pencher pour une résolution tranquille de cette interrogation qui n'en est pas une. Dans les sociétés avancées qui voient tout à la fois s'épanouir la Réforme alors que se construit le capitalisme, il existe également les conditions essentielles de sa critique dès l'origine.

C'est l'intuition de Jean Jaurès bien avant même qu'il ne devienne socialiste dans sa thèse sur les Origines du socialisme allemand. Vous verrez à bien des égards qu'il n'était pas seul à porter cette intuition.

Ainsi, quand Emmanuel Macron devant la Fédération protestante de France, pour les 500 ans de la Réformation appelle les protestants français à rester les vigies de la République, il serait bon qu'on lui rappelle les inspirations qui viennent de cette culture pour une République non seulement laïque mais sociale !

Frédéric FARAVEL

Cinq cents ans après avoir diffusé ses quatre-vingt-quinze thèses au sujet des « Indulgences », Martin Luther est toujours d’actualité. Dans une tribune au Monde, le philosophe Claude Obadia remarque qu’il fut peut-être le premier à critiquer le capitalisme et son héritier, le néolibéralisme.

LE MONDE | 27.10.2017 à 18h33 | Par Claude Obadia (Professeur de philosophie à l’université de Cergy-Pontoise, à l’ISC Paris et dans le second degré)

Le 22 septembre, Emmanuel Macron, dans le cadre du colloque organisé par la Fédération protestante de France à l’occasion du 500e anniversaire de la Réforme, appelait l’Eglise protestante à « rester la vigie et l’avant-garde de la République » dans les veines de laquelle, précisait-il, coule le sang du protestantisme.

D’aucuns pourraient penser que le président surestime l’influence de « l’esprit de la Réforme sur notre société ». Mais ce serait ignorer que les forgerons de la République laïque et sociale n’ont cessé de frapper leur ouvrage au coin de la critique protestante de la perversion catholique de la vérité du christianisme.

C’est le cas du philosophe Pierre Leroux (1797-1871), soulignant en 1848 que l’histoire du catholicisme est celle de la dénaturation de l’essence du christianisme. C’est celui d’Edgar Quinet (1803-1875) déclarant, en 1859, que si la Révolution n’avait pas confondu tous les cultes, elle serait sans doute parvenue, en s’appuyant sur le levier du protestantisme, à montrer que l’Eglise catholique est l’ennemie de la « liberté moderne ».

Et c’est encore celui de Jean Jaurès (1859-1914), pourtant catholique de confession, convaincu que c’est le despotisme de l’Eglise qui a non seulement poussé les militants socialistes à se tourner vers le matérialisme, mais a détourné le peuple de la religion, et consacrant à Martin Luther (1483-1546) le premier chapitre de sa thèse complémentaire consacrée aux Origines du socialisme allemand (lien PDF). Que doit au juste l’idéal républicain de justice et de fraternité au fondateur du protestantisme ? Et Luther peut-il encore, aujourd’hui, être actuel ?

Les pensées de Luther

Il y a exactement cinq siècles, le 31 octobre 1517, le moine de Wittenberg affichait ses 95 thèses au sujet des Indulgences, démarche qui le conduisit quelques années plus tard à faire du pape Léon X (1475-1521) la figure de Satan dans l’Eglise. Or, qui veut saisir l’insolence de la pensée de Luther doit précisément revenir à cette fameuse affaire des « Indulgences » qui virent le Clergé vendre des terrains au Paradis.

En effet, comment un chrétien peut-il croire qu’il est possible d’acheter son salut, demande Luther ? Et comment un tel commerce, faisant l’avantage des riches, ne serait-il pas source d’injustices ? La pensée du moine augustin sera ici aussi claire que radicale, notamment dans son Discours à la noblesse chrétienne de 1520. L’argent aliène et corrompt l’homme. Il déshumanise le monde et interdit aux hommes de faire authentiquement société.

L’égoïsme, pétri d’orgueil, est la source principale de la cupidité qui, ruinant tout espoir de solidarité, fait obstacle à la société.

Car pour le moine de Wittenberg, la société est une communauté ou n’est pas. On ne peut donc faire société qu’à la condition de pouvoir vivre ensemble sans que les uns soient dominés ou aliénés par les autres. Il en découle que le lien social authentique exclut forcément la domination par l’argent et qu’il n’y a de communauté, et donc de société, que là où la seule monnaie qui vaille est celle de la charité, c’est-à-dire de l’amour désintéressé.

 

De là, bien sûr, l’acuité du problème politique tel qu’il peut se poser aujourd’hui encore. Car Luther ne croit guère en la bonté naturelle de l’homme. C’est donc une révolution intérieure, possible seulement au prix d’une lutte sans merci, qui pourra venir à bout du mal dont le premier visage est celui de la courbure qui tord l’homme vers lui-même et l’abaisse. Or, cette courbure a un nom : l’égoïsme. Et cet égoïsme, pétri d’orgueil, est la source principale de la cupidité qui, ruinant tout espoir de solidarité, fait obstacle à la société.

Le contraire d’Adam Smith et la main invisible

Ce constat conduit à trois observations. Premièrement, que si l’égoïsme menace la société, seul le partage peut la sauver.

Deuxièmement, que si l’idée socialiste de la société est l’idée d’une « communauté solidaire », alors l’influence de Luther, comme l’a souligné Jaurès dans Les origines du socialisme allemand, ne peut plus faire l’ombre d’un doute.

Troisièmement, que si nous avons l’ambition, aujourd’hui, d’une société authentique, et a fortiori, d’une République en ordre de marche, il est plus que jamais opportun de tirer parti de la leçon de Luther ! Car à la soif du profit comme à l’égoïsme destructeur du lien social, le moine de Wittenberg opposa une vertu qui définit en propre l’idéal républicain.

Cette vertu est celle de l’amour fraternel synonyme de générosité et d’humilité. Et elle est l’exercice même de la vie sociale lorsque en sa réciprocité elle rend possible le don qui n’attend pas de retour et qui, à l’inverse de Satan qui reprend ce qu’il donne, s’oppose ainsi au commerce.

L’idée luthérienne de la société, on l’aura donc compris, exclut par avance la société de la « main invisible » d’Adam Smith. La raison en est simple. Une société dans laquelle on ne donne que pour recevoir n’est pas une véritable société. Car il ne suffit nullement d’accorder entre eux les égoïsmes individuels pour les abolir ! La société de marché n’existe donc pas ! Or, n’est-ce pas cette illusion que Marx et Jaurès n’auront de cesse de dénoncer ?

Marx d’abord, qui dans ses Manuscrits de 1844 affirme que l’argent est « la puissance aliénée de l’humanité ». C’est d’ailleurs pour cela que, très sérieusement, il imagine une société dans laquelle les échanges seraient bien monétaires mais la monnaie d’un type inouï, qui exclut l’argent : l’amour. Jaurès ensuite, convaincu, dans La question religieuse et le socialisme, que c’est bien une « société sans société » qui définit les termes du défi que les socialistes républicains ont pour vocation de relever. Par où l’on voit, en fin de compte, deux choses.

Premièrement, que l’idée de la société comme communauté solidaire, idée qui définit la critique socialiste du capitalisme, est peut-être bien née avec Luther qu’il convient de méditer afin d’instruire, aujourd’hui, une théorie critique du néolibéralisme qui ne peut, à lui seul, constituer un projet de société pour le monde qui vient.

Deuxièmement, que si Emmanuel Macron a raison d’affirmer que le sang du protestantisme coule dans les veines de la France, il faut ajouter qu’il le peut parce qu’il a d’abord coulé dans celles du socialisme républicain. Puisse la France se libérer de l’illusion que le marché fonde la société et s’ingénier à concilier les impératifs de la croissance et la responsabilité solidaire chère à Paul Ricœur. Alors elle pourra faire couler le sang de Luther dans les veines de la République elle-même.

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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 13:52

logo MLG 2Le combat des socialistes est un combat culturel. C'est également au travers de la création artistique qu'il est possible de faire évoluer les esprits pour permettre la transformation de la société.

C'est pour cela que compte tenu de l’intérêt politique particulier des spectacles Les enfants de la terreurDiscours à la nation et Regarding the just, nous vous encourageons à suivre les 3 spectacles du festival théâtral du Val-d'Oise ci-dessous et à les faire connaître dans vos réseaux :

- Les enfants de la terreur, de Mabel Octobre et plus particulièrement sur la représentation du 14 novembre à Goussainville. (lien vers la fiche spectacle)
- Discours à la nation, d’Ascanio Celestini qui sera donné en clôture du Festival le 7 décembre à Fosses. (lien vers la fiche spectacle)

Regarding the just de la Cie de l’Intervention et le Trap Door Theater de Chicago, le 21 novembre à Herblay. (lien vers la fiche spectacle).

pour Maintenant la Gauche Val-d'Oise
Frédéric FARAVEL

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 15:22

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8 août 2012 3 08 /08 /août /2012 14:39

Chris Marker-Cornelius Castoriadis : une leçon de démocratie
08 août 2012 | Par La rédaction de Mediapart

C'était en 1989. La Sept (qui deviendra Arte-France) diffuse L'héritage de la chouette douze films de quelque 25 minutes chacun signés Chris Marker, le réalisateur décédé le 29 juillet dernier. Autour de douze mots (tragédie, philosophie, misogynie, musique, mythologie, mathématique, nostalgie, démocratie, olympisme et… la chouette, symbole d'Athèna, qui fait l'objet d'un film-hommage), Chris Marker s'empare d'une idée de Jean-Claude Carrière et s'attèle à définir l’identité occidentale, tout en s’interrogeant sur les valeurs de la Grèce antique et son héritage à travers les siècles (tous les films sont rassemblés ici).

Sur des images tournées à Tokyo, à Athènes, autour d'un banquet installé dans un théâtre antique et sur la voix off du comédien André Dussolier, le cinéaste tisse un récit illustrés des interventions érudites des philosophes Cornelius Castoriadis et Michel Serres, des compositeurs Iannis Xenakis et Angélique Ionatos, des réalisateurs Elia Kazan et Theo Angelopoulos, des historiens Giulia Sissa ou Jean-Pierre Vernant...

L'entretien initial avec Cornelius Castoriadis (1922-1997) a duré pas moins d'une heure un quart. C'est celui-là, en intégralité, que nous vous proposons ci-dessous. Nous avions déjà évoqué l'œuvre prophétique de Castoriadis à propos de l'actuelle crise grecque (c'est ici, sa notice Wikipédia est là et le site de l'Association Castoriadis est là).

bscap0025.jpgÀ l'heure où la Grèce du XXIe siècle s'interroge sur le pouvoir de son État, sur la capacité de décision de son peuple, à l'heure où sa politique lui est imposée par d'autres puissances européennes, il est intéressant d'écouter le philosophe parler de la naissance de la démocratie athénienne, de ces cités «où il n'y a pas d'État», de la seule chose que les Grecs ont créé, «la liberté, liberté de penser, liberté d'agir». De l'écouter dénoncer l'avènement d'une société où la bureaucratie peut dire : «Taisez-vous, vous ne savez pas ! Nous, nous savons que si telle chose est faite, alors telle autre chose doit être faite». De l'entendre réfléchir ces sociétés qu'il «n’appelle pas démocratiques, mais des oligarchies libérales».

Tout en mettant en garde contre les projections et les mauvaises interprétations, cette grande leçon d'histoire antique pourrait, selon les termes de Castoriadis lui-même, «nous inspirer pour essayer de penser autrement notre relation à la loi, notre relation à la collectivité, notre relation au pouvoir».

Découvrir cet entretien, c'est évidemment retrouver la vitalité de la pensée de Cornelius Castoriadis, philosophe à l'antique dont la parole nous fait penser. Mais c'est aussi, une semaine après sa disparition, faire écho à l'engagement qui n'a cessé d'inspirer l'œuvre cinématographique de Chris Marker, doublement radicale, dans son invention artistique comme dans son propos intellectuel. Présentant en 2008, sous l'intitulé Le fond de l'air est rouge, le double DVD qui regroupe sa chronique filmée des espérances des années 1960 et 1970 (vous pouvez vous le procurer ici), Marker évoque «l'interminable répétition d'une pièce qui n'a jamais été jouée». Une pièce dont Castoriadis, sous le regard de Marker, nous dit comment il faudrait, peut-être, un jour, la rejouer.

(La transcription intégrale de cet entretien peut être téléchargée ici, en fichier PDF)

vidéo à venir...

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 08:08

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 19:36

Avant de vous laisser méditer toute une journée (oui parce qu'à partir de ce soir minuit, il est donc prévu que nous entrions tous dans dans nos cellules pour approfondir notre introspection avant de mûrir le choix que nous ferons dimanche 22 avril, lors du 1er tour de l'élection présidentielle), je me permets d'attirer votre attention sur la publication de deux livres profondément différents, mais écrits par deux amis... histoire de vous faire prendre un peu de recul, c'est donc mieux que de l'introspection monachale, non ?

Renaud Chenu a sorti voici quelques semaines son Antimanuel de guérilla politique, idées de gauche contre mots de droite, qui devrait permettre de vous armer pour l'indispensable bataille culturelle, qu'il nous faut emporter contre le néo-libéralisme et les réactionnaires, si nous voulons qu'une gauche volontariste et déterminé transforme durablement notre pays.

Marion Ballet, qui est occasionnellement ma collègue - ;-) -, publie sa thèse consacrée aux émotions dans les campagnes électorales : Peur, espoir, compassion, indignation. L'appel aux émotions dans les campagnes présidentielles (1981-2007). Ce livre nous rappelle que la politique dépasse parfois les faits et les idéologies pour mouvoir le tréfond des peuples et des foules et parfois les manipuler.

Je souhaite à l'un comme à l'autre un bon succès de libraire, je vous souhaite à tous de vous instruire et de vous interroger en les lisant, et à y prendre plaisir.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du Parti Socialiste valdoisien

 

chenu-1.jpgAntimanuel de guérilla politique, par Jean-Laurent Lastelle et Renaud Chenu (éditions JC Gawséwitch), mars 2012, 180 pages, 14,50€.

Un manuel pratique pour décoder la novlangue des politiques

Une réhabilitation des mots de la gauche contre les maux de droite.

« Idéologue », « Archaïque », « Concret », « Fraudeurs », « Légitime », « Pragmatisme », « Prise d’otage »… Ou encore « Utopie », « Egalité », « Travail », « Conflit »… chaque jour les hommes et partis politiques, à travers leurs interventions, communiqués ou propositions abreuvent le citoyen d’une novlangue censée lui offrir une grille de lecture de la réalité. Or, ces mots, souvent utilisés indifféremment par la gauche et par la droite, ont un sens bien précis et véhiculent souvent une seule et même idéologie : celle de la pensée néo-libérale. Il est temps remettre les mots de la politique à leur bonne place !

Rédigé par une vingtaine de contributeurs, cet abécédaire pratique détricote « les mots de la droite » pour mieux « re-tricoter » ceux que la gauche a parfois oubliés. Une véritable œuvre de salut public pour lutter contre la paresse intellectuelle, la résignation linguistique ou tout simplement l'opportunisme qui pousse trop souvent les progressistes à adopter un vocabulaire réactionnaire. Le ton est grinçant, ne recule pas devant un certain humour, parce que le vocabulaire pseudo-gestionnaire que la politique nous impose depuis 30 ans est risible et qu’il est salutaire de s’en moquer. En même temps le propos est profondément sérieux car les mots et la manière dont ils ont renaud-photo.jpgemprisonné la politique sont essentiels.   

Présentation des auteurs

Jean-Laurent Lastelle est président de L’Assaut, un « laboratoire d’idées » de gauche composé essentiellement de jeunes d’une trentaine d’années (fonctionnaires, avocats, universitaires, salariés du secteur privé… )

Renaud Chenu est journaliste et un des responsables de Gauche Avenir, un club de réflexion et de débat qui réunit des personnalités issues de diverses sensibilités de la gauche.

 

 

 

ballet-1.jpgPeur, espoir, compassion, indignation.
L'appel aux émotions dans les campagnes présidentielles (1981-2007)

Marion Ballet, chercheur associé au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines, publie Peur, espoir, compassion, indignation. L'appel aux émotions dans les campagnes présidentielles (1981-2007)aux éditions Dalloz. 

L’ouvrage que Marion Ballet propose ici au lecteur est profondément original, par son sujet comme par sa méthode. Cette affirmation peut paraître surprenante. Les élections présidentielles suscitent toujours une vaste littérature scientifique ou journalistique. Et l’on pourrait penser que l’intérêt pour les dimensions émotionnelles d’une campagne électorale va de soi. Chaque citoyen se rend bien compte en effet que les aspirants au pouvoir suprême ne se contentent pas de doctes discours bardés de chiffres pour convaincre les électeurs qu’ils constituent « le meilleur choix ». Il est clair pour tous que la rhétorique des candidats fait largement écho aux inquiétudes de la population, cherche à susciter la peur ou l’indignation, se révèle généreuse en promesses d’un avenir meilleur quand elle ne va pas jusqu’à proposer des rêves de lendemains qui chantent. Et pourtant, il faut bien constater que ces dimensions de la compétition électorale sont demeurées largement ignorées jusqu’ici par la recherche universitaire française. (…)

Si Marion Ballet a remarquablement réussi son pari scientifique, elle le doit à son courage de chercheur, qui la rend capable de s’aventurer sur des sentiers peu fréquentés, voire hasardeux. Elle le doit aussi à une ténacité et un esprit de méthode hors du commun, qui lui ont permis de vaincre en chemin de nombreux obstacles d’ordre technique mais aussi de mener à bien un travail de titan en matière de collecte de données. Il n’est donc pas surprenant que la thèse dont cet ouvrage est issu, ait reçu les plus grands éloges d’un jury réuni à Sciences Po sous la présidence d’Olivier Duhamel et qu’elle ait été ultérieurement couronnée par le Prix 2011 de la recherche décerné par l’Inathèque.Marion-Ballet.jpg

Philippe BRAUD

Marion Ballet est docteur en sciences politiques de l'Institut d'Etudes politiques de Paris, collaboratrice d'élu et chercheur associé au Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines.

Marion Ballet, Peur, espoir, compassion, indignation. L'appel aux émotions dans les campagnes présidentielles (1981-2007)• Editions Dalloz • 2012 • ISBN : 978-2-247-11768-0 • 572 pages • 50 €.

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 08:54

Edouard Glissant s'est éteint ce jeudi 3 février 2011. Avec Aimé Césaire, c'est l'un des plus grands hommes que les Antilles aient offert à la République et au monde.

Ici je mets en téléchargement trois excellents articles de Médipart, dont un signé Glissant lui-même à l'occasion du décès du père de la "négritude".

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