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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

28 novembre 2006 2 28 /11 /novembre /2006 15:27
Ottawa reconnaît au Québec la qualité de "nation" dans un "Canada uni"

a Chambre de communes a voté à une majorité écrasante, lundi 27 novembre, en faveur d'une motion du gouvernement conservateur minoritaire qui reconnaît que "les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni", une démarche surtout symbolique mais à haute teneur électorale pour le premier ministre, Stephen Harper, qui cherche depuis des mois à redorer son blason au Québec. Il avait créé la surprise, 5 jours plus tôt, en annonçant le dépôt de cette motion.

Au Canada anglais, les critiques ont fusé, beaucoup craignant qu'on ne donne de nouvelles armes aux indépendantistes québécois. Mais le premier ministre a tenu bon, insistant sur le sens "culturel et sociologique" de cette reconnaissance, un "geste de réconciliation pour favoriser l'unité nationale". Il fait le pari que les critiques vont s'estomper et qu'il y gagnera en appuis au Québec lors des élections qui devraient avoir lieu au printemps.

Le moment ne pouvait être mieux choisi, à la veille du congrès du Parti libéral du Canada (PLC), qui va choisir, samedi, un nouveau chef. D'autant que ce sont ses militants québécois qui ont ouvert le bal, le 22 octobre, en invitant le congrès à reconnaître la "réalité historique et sociale" de la nation québécoise au sein de la fédération. Le débat a fait rage entre les candidats à la direction du PLC.

Pour les empêcher de prendre l'avantage dans le coeur des Québécois, le Bloc Québécois - indépendantiste - déposait le 21 novembre une motion affirmant, sans référence au Canada, que "les Québécois forment une nation". Le lendemain, M. Harper coupait l'herbe sous le pied des 2 partis d'opposition, en proposant un texte similaire mais avec ajout sur l'appartenance des Québécois à "un Canada uni". Difficile pour les libéraux de voter contre, aux côtés des néo-démocrates et même des "bloquistes".

Après 2 jours de tergiversations, leur chef Gilles Duceppe a laborieusement expliqué que la reconnaissance de la nation québécoise leur "donnerait une arme de plus" pour faire avancer la cause de l'indépendance du Québec. Pour M. Harper, c'est un joli coup politique mais qui pourrait se retourner contre lui si son geste persistait à être mal compris au Canada anglais !

Un ministre du gouvernement Harper démissionne

Michael Chong, le ministre des Affaires intergouvernementales, démissionne du conseil des ministres du gouvernement Harper.
En conférence de presse cet après-midi, M. Chong a annoncé qu’il était désaccord avec la position du Parti conservateur sur la question de la nation québécoise.

Le nationalisme exprimé dans la motion, qui passera aux voix aujourd’hui en fin de journée, est basé sur l’origine ethnique des citoyens canadiens et il s’agit d’une nuance inacceptable en 2006, a-t-il affirmé.

Selon lui, une telle approche remet en question les valeurs de nationalisme civique, de bilinguisme et de multiculturalisme qui caractérisent la nation canadienne depuis les années 1960.
Jusqu’ici, aucun député n’avait exprimé publiquement son opposition face à cette motion qui a pris tout le monde par surprise mercredi dernier, et en faveur de laquelle tous les partis fédéraux devraient se prononcer.

La motion du premier ministre Harper, qui vise à reconnaître que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni, doit être votée ce soir à la Chambre des communes.
La plupart des députés conservateurs sont tenus de voter en faveur de la motion en vertu d’une règle imposée par le whip du parti.

M. Chong a indiqué qu’il resterait député du Parti conservateur. Il a aussi admis qu’il n’avait pas été consulté par le premier ministre avant le coup d’éclat mercredi. Il a toutefois dit comprendre l’empressement de son chef, vu les manœuvres du Bloc québécois qui cherchait à faire passer sa propre motion.

«L’heure de la réconciliation nationale est venue»

Le gouvernement conservateur s’est retrouvé en état de crise hier soir après que le ministre des Affaires intergouvernementales, Michael Chong, eut démissionné de ses fonctions, incapable d’appuyer la motion de son premier ministre reconnaissant la nation québécoise. Paradoxalement, le premier ministre a souligné que la dite motion annonçait «le début de la réconciliation nationale».
Écoutez l'extrait audio de NTR
Le premier ministre Stephen Harper commente le résultat du vote (22 sec.).
 

Ainsi donc, la Chambre des communes a adopté par une écrasante majorité de 265 à 16 la motion reconnaissant «que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni». En adoptant cette motion «historique», le Canada est devenu hier soir le 1er pays, selon les souverainistes, à reconnaître la nation québécoise.

Parmi les opposants, 15 étaient des libéraux venant principalement de l’Ontario. 2 des candidats à la direction du Parti libéral, Joe Volpe et Ken Dryden, étaient du nombre. Le député indépendant Garth Turner, qui s’est fait expulser du caucus conservateur le mois dernier, a également voté contre.

M. Chong, qui n’a jamais été consulté sur la stratégie de M. Harper, a fait part de sa décision de quitter le Conseil des ministres 4 heures avant le vote des députés, forçant le premier ministre à lui trouver dare-dare un successeur avant son départ hier soir pour Riga, en Lettonie, où se déroule cette semaine le sommet de l’OTAN.

Depuis qu’il est au pouvoir, M. Harper est d’ailleurs de facto responsable des Affaires intergouvernementales, s’occupant de tous les dossiers chauds qui traitent des relations fédérales-provinciales.
M. Harper a confié au député conservateur ontarien de York-Simcoe, Peter Van Loan, le portefeuille des Affaires intergouvernementales. Âgé de 43 ans, M. Van Loan est considéré comme un député appartenant à l’aile progressiste du Parti conservateur.

En conférence de presse, hier, M. Chong a dit être incapable d’accepter que l’on décrive les Québécois comme une nation, le Canada étant à ses yeux un pays «indivisible».
«Pour moi, reconnaître les Québécois comme une nation, même à l’intérieur d’un Canada uni, implique la reconnaissance d’un nationalisme ethnique que je ne peux appuyer. Une telle reconnaissance ne peut être interprétée comme impliquant un nationalisme territorial parce qu’elle ne se réfère pas à une entité géographique, mais plutôt à un groupe de personnes», a affirmé le ministre démissionnaire.
M. Chong, qui était absent au moment du vote hier soir, a ajouté qu’offrir une telle reconnaissance donnera des munitions aux souverainistes qu’ils utiliseront au cours du prochain référendum pour «mêler les Québécois».

Selon des sources, le premier ministre n’avait pas écarté la possibilité de perdre un ministre en cours de route sur une question qui soulève autant de passions. Mais il jugeait préférable de courir ce risque. Il ne voulait surtout pas permettre au Bloc québécois de faire inlassablement campagne au Québec en prétextant que le gouvernement fédéral était incapable de reconnaître les Québécois pour ce qu’ils sont.
«Le premier ministre était parfaitement conscient qu’il y avait des risques en plongeant dans ce débat», a affirmé à La Presse un stratège conservateur sous le couvert de l’anonymat.

Le ministre des Transports et lieutenant de Stephen Harper au Québec, Lawrence Cannon, a aussitôt réagi à la démission de M. Chong en affirmant que le gouvernement ne reculerait pas sur cette question. «Le gouvernement demeure déterminé à reconnaître les Québécois comme une nation au sein d’un Canada uni. Cette réalité transcende l’opinion d’une seule personne. Et je puis vous affirmer que la solidarité ministérielle demeure inébranlable
À l’issue du vote, le premier ministre Harper était visiblement satisfait de la tournure des événements en dépit de la démission de M. Chong.
«Je pense que c’est une soirée importante, une soirée historique. Les Canadiens ont dit oui au Québec et les Québécois et Québécoises ont dit oui au Canada. En politique, on prend des risques. Mais les questions d’unité nationale et de réconciliation nationale sont plus importantes que n’importe quel parti ou n’importe quelle personne», a affirmé M. Harper.

De son côté, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a salué le vote comme une grande victoire pour le Québec. «Pour la 1ère fois la Chambre des communes reconnaît que les Québécois forment une nation et que les 2 options, l’option fédéraliste et l’option souverainistes, s’entendent sur cela. Or nous avons une nation qui est reconnue, un territoire qui est reconnu qui est le territoire du Québec.»
M. Duceppe a ajouté que désormais cette reconnaissance servira de tremplin au mouvement souverainiste pour qu’Ottawa réponde aux demandes unanimes de l’Assemblée nationale du Québec. Le chef du Bloc a notamment mentionné, en guise d’exemples, Kyoto, le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral ou encore la loi sur les jeunes contrevenants.

Avant le vote historique, le ministre Cannon a tenu des propos pour le moins ambigus sur la portée réelle du terme Québécois utilisé dans la motion du gouvernement, autant en anglais qu’en français. Le ministre a notamment fait allusion à Samuel de Champlain et aux premiers colons français arrivés au Québec. Il a affirmé que le libellé de la motion avait été rédigé de façon à ne pas «forcer quelqu’un qui ne se sent pas Québécois à adopter cette identité».
À cela, le chef bloquiste Gilles Duceppe a répliqué : «Pour moi, tout ceux qui vivent au Québec font partie de la nation québécoise et j’ajouterai, en profond respect des Premières Nations reconnues par René Lévesque dès 1976

Les députés ont par ailleurs été invités à se prononcer également sur une 2ème motion sur la nation québécoise, celle soumise par le Bloc québécois. Mais cette motion, qui stipulait que «les Québécois et Québécoises forment une nation actuellement au sein du Canada», a été rejetée par un vote de 233 à 48.

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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 18:10
IL Y A 30 ANS, LE PARTI QUÉBÉCOIS PRENAIT LE POUVOIR - La souveraineté était au coin de la rue

Paul Roy

Québec - cyberpresse.ca - samedi 11 novembre 2006

Ce soir-là, le Canada anglais était tombé en bas de sa chaise. Le Parti québécois, un parti «séparatiste», venait de prendre le pouvoir à Québec. C'était le 15 novembre 1976, il y aura 30 ans mercredi.

De Hull à Gaspé, des militants jusque là abonnés aux «victoires morales» se trouvaient soudain frappés d'une même euphorie contagieuse.

«Le délire total, se rappelle Denis Vaugeois, élu dans Trois-Rivières. Les gens étaient très émus, une émotion qui a duré plusieurs jours. Impossible de me déplacer dans ma ville sans me faire sauter dessus par des gens au bord des larmes

À Montréal, les péquistes affluaient depuis le début de la soirée au centre Paul-Sauvé. Bientôt, ils allaient être des milliers. Dans une salle enfumée du centre sportif aujourd'hui démoli, René Lévesque jetait quelques idées sur papier en compagnie de son chef de cabinet Louis Bernard. Certains ont décrit le chef du Parti québécois comme tétanisé par la peur, ce soir-là. Louis Bernard n'est pas d'accord.

«Non, il était très heureux, je ne sentais pas d'anxiété chez lui, il n'était pas là à se demander: "On a le pouvoir, qu'est-ce qu'on va faire?"»

Dans l'aréna, les haut-parleurs répandaient la chanson thème de la campagne: À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient! L'assistance le croyait, elle «touchait le pays».

Louis Bernard était plus sceptique. Pour lui, la victoire ne signifiait pas que la souveraineté était acquise. «On n'avait que 40% du vote», rappelle-t-il.

Bernard Landry, élu dans Fabre (aujourd'hui Laval-des-Rapides), s'était pointé à Paul-Sauvé un peu avant le discours de René Lévesque.

«À un moment, dit-il, on a vu arriver 2 hommes en imperméable. Lévesque leur a demandé ce qu'ils faisaient là -avec une certaine agressivité, parce qu'il ne les connaissait pas. Ils ont dit: "Monsieur le premier ministre, nous sommes vos gardes du corps."»

La débandade libérale était complète: le premier ministre, Robert Bourassa, battu dans sa propre circonscription de Mercier par le poète Gérald Godin!

Vers 22h30, René Lévesque était monté sur la scène. À ses côtés, Lise Payette, Camille Laurin, Claude Charron, Gilbert Paquette... Il essayait de parler: «Je pense que...» Mais la foule l'en empêchait. Essayait de le faire taire. Il arrivait à prononcer quelques phrases, dont celle-ci: «Je n'ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d'être Québécois que ce soir

Vers le milieu de la nuit, une demi-douzaine de sans-abri sont étendus sur les bouches d'air chaud du palais de justice de Montréal. Un homme est debout, grelottant. Il n'arrive pas à dormir. Débarqué de Terre-Neuve deux semaines plus tôt, il ne parle pas français. Mais il a entendu les résultats des élections et il est content. «Vous (les Québécois) méritez cette victoire», dit-il sobrement.

Un jeune parti

Le PQ, qui venait de prendre le pouvoir, était un tout jeune parti. Il avait vu le jour huit ans plus tôt, en octobre 1968.
Il résultait de la fusion du Mouvement souveraineté-association (MSA) de René Lévesque et du Ralliement national (RN) de Gilles Grégoire. Deux semaines plus tard, le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) de Pierre Bourgault s'était sabordé, et ses membres avaient adhéré en masse au PQ.

Les péquistes étaient jeunes. Pour plusieurs, la souveraineté du Québec était au coin de la rue. Les prochains rendez-vous électoraux allaient leur enseigner la patience.

En avril 1970, leur parti recueille 23% des votes, mais ne fait élire que sept députés. Pendant ce temps, les libéraux de Robert Bourassa reprennent le pouvoir à l'Union nationale de Jean-Jacques Bertrand. René Lévesque est battu dans sa circonscription de Laurier.

Balayage libéral en 1973: Robert Bourassa remporte 102 des 110 circonscriptions. Et nouvelle défaite péquiste: avec 30% du vote, le PQ ne réussit à faire élire que six députés. René Lévesque est encore battu dans sa circonscription. Dorion, cette fois.

Puis arrive 1976. Le PQ propose un «bon gouvernement» aux Québécois. La souveraineté? Elle devra être précédée d'un référendum. C'est cette promesse de référendum, combinée bien sûr à d'autres facteurs, dont l'usure du pouvoir libéral, qui contribuera le plus au résultat de 1976. D'autant qu'en cours de route, la démarche référendaire sera assaisonnée à la sauce «étapiste». Un référendum gagnant ne donnera au gouvernement du Parti québécois que le mandat de négocier la souveraineté et l'association avec le Canada. La souveraineté, la vraie, ne pourra venir qu'après un deuxième référendum.
«Le référendum enlevait de la pression, explique le politologue Réjean Pelletier, professeur à l'Université Laval, de Québec. On pouvait se débarrasser d'un gouvernement qu'on n'aimait plus. Et pour la souveraineté, on verrait...»

Le bon gouvernement, ce sera l'assurance automobile, le zonage agricole, le financement des partis politiques, la loi 101. Et le référendum sera tenu le 20 mai 1980. OUI: 40,4%. NON: 59,6%. «Si je vous ai bien compris, dira M. Lévesque à des militants en larmes, vous êtes en train de dire: "À la prochaine fois"

Selon Bernard Landry, qui était au gouvernement pour ce premier référendum et qui deviendra chef du PQ et premier ministre en 2001, «pas grand monde pensait qu'on gagnerait en 80».
«Y compris Lévesque, y compris Lévesque. Il voulait le gagner, et on a travaillé comme des enragés pour le gagner, mais il l'a fait plus parce qu'il avait promis de le faire que parce qu'il pensait le gagner. D'ailleurs, le soir de la défaite, il a dit: "À la prochaine". Ça veut dire que c'était comme un coup d'essai. Il ne s'était pas trompé tellement, parce que "à la prochaine", on a eu 50% des voix (en fait 49,4%, en 1995), et vous connaissez tous les ouvrages sur l'éthique du gouvernement fédéral là-dessus..

Après la défaite référendaire de 1980, plusieurs militants souhaitent que leur chef déclenche des élections sur-le-champ. Il résiste, opte pour le printemps 1981 et gagne son pari.

Mais la décennie qui démarrait n'allait pas être particulièrement glorieuse pour le PQ. À commencer par ce deuxième mandat, assombri par une crise économique profonde qui s'étirera de 1981 à 1984.

Politiquement, le PQ et son option se trouvaient affaiblis. Pour le premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, le temps était tout choisi pour rapatrier de Londres la Constitution canadienne et y enchâsser une Charte des droits et libertés.

Il s'entend avec les premiers ministres des neuf autres provinces au cours d'une «nuit des longs couteaux». Le Québec est isolé et refuse de signer le document. Un quart de siècle plus tard, cette situation n'a pas évolué.

Un beau risque

En 1984, une lueur d'espoir point. Pour René Lévesque à tout le moins. Brian Mulroney, le nouveau chef du Parti progressiste conservateur, devient premier ministre du Canada. Il veut créer les conditions pour que le Québec réintègre le giron constitutionnel canadien «dans l'honneur et l'enthousiasme».

René Lévesque accepte de courir ce «beau risque». Mais plusieurs de ses députés et ministres, dont les poids lourds Jacques Parizeau et Camille Laurin, refusent de le suivre et démissionnent. Contesté au sein du parti, lui-même démissionnera en 1985. Il mourra le 1er novembre 1987 à l'âge de 65 ans.

Son successeur, Pierre Marc Johnson, préconise l'«affirmation nationale». Battu par Robert Bourassa -revenu de sa retraite- en 1985, il se verra forcé de démissionner à son tour en 1987, quelques jours après le décès de René Lévesque. Avec Jacques Parizeau, le PQ revient à sa mission originale: réaliser la souveraineté.

En juin 1987, Brian Mulroney réunit ses homologues provinciaux -dont Robert Bourassa- au lac Meech. Ils y concluent des accords constitutionnels qui devront être ratifiés par les 11 parlements. Ils ont trois ans pour le faire.

Meech «chouchoute» le Québec, se plaint-on au Canada anglais. Alors que le délai de trois ans est sur le point d'expirer, tous les regards sont tournés vers Winnipeg et Saint-Jean (Terre-Neuve), les deux parlements qui n'ont pas encore ratifié l'entente. Les heures s'égrènent, les minutes...

Meech échoue en juin 1990. Au Québec, le sentiment de rejet est total. L'appui à la souveraineté-association grimpe jusqu'à 70%, rappelle le professeur Réjean Pelletier. «L'appui à la souveraineté tout court, sans association, est même monté jusqu'à 58%!»

Du jamais vu. Mais le PQ n'est pas au pouvoir. Et Robert Bourassa s'embarque dans de nouvelles discussions constitutionnelles qui mèneront au référendum de Charlottetown. Un référendum pancanadien qui sera battu, y compris au Québec, en 1992.

Jacques Parizeau prend le pouvoir en septembre 1994. L'homme n'a jamais été considéré comme un «tiède» face à la souveraineté. Il tiendra un référendum un an plus tard, le 30 octobre 1995.

Le match est serré, le taux de participation est à l'avenant: 93,48%! Le NON l'emporte avec 50,56% des votes; le OUI obtient 49,45%. Il lui manque 52448 votes.

M. Parizeau, dans son discours, attribue la défaite à «l'argent» et aux «votes ethniques». La réprobation est totale. Et injustifiée aux yeux de Bernard Landry. «La phrase était malheureuse, en soi, mais malheureuse aussi pour Parizeau, parce qu'il ne méritait pas ça (...) Je n'ai jamais vu chez Parizeau la moindre trace d'ethnocentrisme ou de racisme
L'homme en est ressorti éclaboussé, et le mouvement aussi, au dire de M. Landry. «Il y a même des gens archiconnus qui ont décidé de ne plus être souverainistes ce soir-là. C'est très injuste pour ce que Jacques a fait pour le Québec, pour la souveraineté et pour l'harmonie entre les Québécois. Mais c'est la vie, comme on dit...»

Le lendemain du référendum, Jacques Parizeau annonce sa démission. Le chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, s'amènera d'Ottawa à Québec. Il s'attaquera au «déficit zéro», envoyant à la retraite des milliers de fonctionnaires, de médecins et d'infirmières.

Il conservera le pouvoir aux élections de 1998, obtenant plus de sièges que le chef libéral Jean Charest, mais moins de votes. Difficile, dans ces conditions, de retourner en référendum, comme le réclament les «purs et durs» au PQ. Il choisira la voie des «conditions gagnantes». La souveraineté, oui, mais quand le fruit sera mûr.

Gruger vote par vote

L'aile militante du PQ n'a pas grand-chose à cirer de «conditions gagnantes». De guerre lasse, Lucien Bouchard tire sa révérence en 2001. Arrive Bernard Landry, qui perdra les élections de 2003 aux mains de Jean Charest. Et qui partira en 2005 à la suite d'un vote de confiance qu'il jugera insatisfaisant de la part des membres de son parti.

André Boisclair est le nouveau chef du PQ. Le sixième. Avant même son élection, à l'automne 2005, le programme du parti était tout tracé: un référendum sur la souveraineté le plus tôt possible au cours du prochain mandat.
Le fera-t-il? Certains en doutent.
Gagnera-t-il même les prochaines élections, qui doivent être tenues d'ici le printemps 2008?
Plusieurs observateurs sont sceptiques. «Les Québécois sont fatigués, ils ne veulent pas d'un autre référendum maintenant», disent-ils.

«S'il gagne les prochaines élections, je crois que Boisclair ne voudra pas attendre trop longtemps, dit le professeur Pelletier. Par contre, si la conjoncture est défavorable, il va devoir convaincre ses militants qu'aller à l'abattoir ne servira à rien.»
- Et la souveraineté?
- Ça va être difficile. La constante, c'est 42 ou 43% (en faveur de la souveraineté). Jusqu'à 45%, en campagne référendaire, c'est assez facile. Mais après, les votes, il faut les gruger un à un.

Et si le OUI devenait majoritaire, la majorité risquerait d'être faible, croit M. Pelletier. «Et 51 ou 52%, c'est faible pour faire l'indépendance.»

Jacques Brassard, un des péquistes élus le 15 novembre 1976 (il fut réélu cinq fois par la suite), dit ne plus être sûr de voir la souveraineté de son vivant. «Ce jour-là, j'ai pensé qu'on ferait la souveraineté et que je m'en retournerais enseigner au cégep. La souveraineté, j'étais entré en politique pour ça. J'ai fait 25 ans comme député, et 30 ans plus tard, le pays est encore à naître. Je continue d'y croire, mais je me fais moins d'illusions

Bernard Landry, lui, dit voir la souveraineté à court terme: «André Boisclair va gagner les prochaines élections, il va tenir un référendum sur la souveraineté, et il va le gagner».
«Je crois que le rêve de René Lévesque et de Bourgault, et de millions d'autres sera réalisé, dit-il. À cause de la force de l'idée d'indépendance, donc la force du PQ

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27 mars 2004 6 27 /03 /mars /2004 09:38
Un gouvernement libéral minoritaire où l'ADQ s'imposera

Isabelle Rodrigue - La Presse - lundi 26 mars 2007 - Montréal

Revanche des régions ou simple expression du ras-le-bol envers les «vieux partis», les électeurs québécois auront réussi à passer à l'histoire, lundi, en faisant sortir de l'ombre l'Action démocratique du Québec (ADQ) et en élisant le premier gouvernement minoritaire depuis 1878.

Après une campagne marathon de 34 jours, qui a donné lieu à l'une des luttes les plus serrées de l'histoire politique récente du Québec, la soirée de lundi aura transformé complètement le paysage politique québécois.
Le gouvernement libéral de Jean Charest continuera à gouverner pour un 2nd mandat mais, statut de gouvernement minoritaire oblige, il sera tenu en laisse par les 2 partis d'opposition. L'ADQ formera l'Opposition officielle, reléguant le Parti québécois (PQ) à la 3ème place.

«Les Québécois ont rendu un jugement, il faut reconnaître que c'est un jugement sévère. Mon parti et moi-même devrons en tirer des conclusions», a souligné M. Charest, dans son discours à Sherbrooke où il a été réélu.
Par contre, «jamais je ne baisserai les bras», a ajouté le premier ministre, d'un ton combatif mais se disant prêt à travailler avec les 2 autres partis à l'Assemblée nationale.


L'engouement pressenti envers le parti de Mario Dumont se sera donc concrétisé, la formation ayant balayé comme prévu les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches. Plus encore, l'ADQ aura fait des incursions importantes dans des secteurs où personne n'aurait prédit cette tournure il y a un mois, comme en Montérégie, en Mauricie, dans Lanaudière et dans les Basses-Laurentides.
L'ADQ termine au 2ème rang, derrière le Parti libéral (PLQ) qui n'a été en mesure que de conserver ses bastions traditionnels de Montréal, Laval, de l'Estrie et de l'Outaouais.
La formation de M. Dumont a remporté 41 circonscriptions, seulement 7 de moins que le Parti libéral qui termine cette course avec 48 députés élus. Le Parti québécois vient ensuite, avec 36 députés élus.

En pourcentages, le PLQ obtient 33,1% des appuis, suivi de l'ADQ avec 30,8% et du PQ avec 28,3%. Il s'agit du pire score des libéraux depuis la Confédération.

Les Québécois ont écrit une page d'histoire, a déclaré M. Dumont lors de son discours, à Rivière-du-Loup. «Ils ont fermé un chapitre et en ont ouvert un autre», a-t-il lâché, donnant déjà rendez-vous à ses sympathisants pour la «prochaine étape», faisant allusion à la prochaine élection.

M. Dumont a été le 1er chef a être déclaré élu, devançant largement son adversaire libéral, Jean D'Amour, l'ex-maire de Rivière-du-Loup.
Une vague adéquiste a déferlé sur la grande région de Québec, où seuls les péquistes Agnès Maltais (Taschereau) et Rosaire Bertrand (Charlevoix) ainsi que les libéraux Philippe Couillard et Sam Hamad ont pu sauver les meubles devant l'ADQ qui y aura amassé 7 sièges, dont celui de la vedette Gilles Taillon.
Les électeurs auront montré la porte au ministre des Transports, Michel Després, dans Jean-Lesage, et à Carole Théberge, ministre de la Famille, dans Lévis, faisant place à des députés adéquistes là aussi.
Mais la grande surprise vient de la Montérégie, où l'ADQ s'est imposée dans La Prairie, Shefford, Huntingdon, Saint-Hyacinthe, Iberville, et Marguerite d'Youville.
Dans Saint-Jean, un comté considéré baromètre, les électeurs ont accordé leur confiance à l'adéquiste.
Dans les Basses-Laurentides, le parti de M. Dumont remporte la mise dans Blainville (battant l'ex-ministre péquiste Richard Legendre), Groulx, Prévost et Deux-Montagnes.

Le PQ, qui connaît son plus bas score depuis l'élection de 1970, garde la main sur Lac-Saint-Jean, où les libéraux n'auront pas réussi à faire élire leur vedette, le médecin Yves Bolduc. Le parti conserve aussi les comtés montréalais de Hochelaga-Maisonneuve, Bourget, Mercier, Gouin et, à l'arraché, Vachon.

Les libéraux conservent sans grande surprise leurs châteaux forts montréalais ou lavallois, ne cédant que Crémazie à la péquiste Lisette Lapointe. Si plusieurs ministres libéraux ont dû se battre bec et ongles pour conserver leur comté, 2 auront été défaits par leur adversaire péquiste : le ministre des Ressources naturelles, Pierre Corbeil, a été battu dans Abitibi-Est, tout comme la ministre Françoise Gauthier, dans Jonquière.

L'ex-journaliste de Radio-Canada, Christine St-Pierre, aura réussi à se faire élire dans L'Acadie, tout comme son ex-collègue, Bernard Drainville, dans Marie-Victorin. Pierre Curzi, candidat dans Borduas, délaissera sa carrière de comédien pour celle de député péquiste.

Le chef du PQ, André Boisclair, a conservé son fief de Pointe-aux-Trembles. Il a été le 1er à prendre la parole devant ses partisans, réunis à Montréal.
Moins souriant qu'à l'habitude, un brin crispé, il a tenté d'amoindrir le choc pour le PQ en soulignant que seulement «quelques sièges nous séparent du pouvoir».

L'élection est décisive pour MM. Charest et Boisclair, qui pourraient être forcés de faire des choix cruciaux quant à leur avenir politique, au terme de cet exercice.
Signe que les tiers partis semblent réussir à s'imposer malgré des moyens moins grands, le Parti vert obtient 3,9% des voix, une croissance notable depuis 2003 alors que la formation avait terminé avec moins d'1% des voix.
Son chef, Scott McKay, aura terminé au 4ème rang dans la circonscription de Bourget, où il se présentait.

Québec solidaire aura perdu son pari de faire élire un de ses porte-parole. Françoise David et Amir Khadir ont mordu la poussière, non pas sans une lutte féroce : les 2 candidats ont terminé au 2ème rang dans leur comté respectif. Leur formation obtenait 3,9% des voix.

Le PQ subit sa pire raclée depuis 1970

Martin Ouellet - Montréal

Malgré la débâcle électorale, le chef péquiste André Boisclair a donné l'impression lundi soir de vouloir demeurer à la tête de son parti.

«Bientôt, nous nous reverrons», a lancé le chef du Parti québécois, manifestement ému, aux quelque 300 militants qui s'étaient donné rendez vous au Club Soda, à Montréal.
Celui qui a mené le parti à sa plus cuisante défaite depuis 1970 a assuré les Québécois que le PQ allait offrir, à l'Assemblée nationale, «une opposition solide» et «sans complaisance» à un gouvernement qui sera sous «haute surveillance».

M. Boisclair a fait son entrée au Club Soda à 23h00, affichant un sourire crispé qui masquait mal son malaise.
Avec moins de 30% des suffrages, le Parti québécois a subi lundi sa pire raclée électorale depuis 1970, où il avait obtenu 23% des voix.
«Les flammes ne sont pas éteintes, elles brillent moins que nous l'aurions souhaité, il faut le reconnaître», a-t-il illustré, peu avant d'être rejoint sur la scène par ses députées réélues Marie Malavoy, Louise Harel, Diane Lemieux et Rita Dionne-Marsolais.
«Une chose est sûre, les Québécois voulaient du changement, ils ont parlé et humblement il faut respecter leur décision», a dit M. Boisclair, félicitant au passage les électeurs de sa circonscription de Pointe-aux-Trembles, et ses adversaires Jean Charest et Mario Dumont.
«Ce qu'il faut réaliser, c'est que quelques sièges uniquement nous séparent du pouvoir, quelques voix», a-t-il laissé tomber.

Reste maintenant à savoir si le leadership de M. Boisclair, qui demeure fragile, résistera à la critique.
Dès le début de la soirée électorale, les militants péquistes réunis au Club Soda avaient déjà perdu tout espoir de former un gouvernement.
Même si de l'avis général André Boisclair a connu une bonne campagne électorale, son leadership demeure fragile et risque d'être à nouveau remis en question.

Le député sortant des Iles-de-la-Madeleine, Maxime Arseneau, a été le 1er candidat du la cuvée électorale 2007 à être déclaré élu un peu après 20h00, donnant aux péquistes l'occasion d'y voir un heureux présage pour le reste de la soirée. Mais ils ont rapidement déchanté.
En fin de campagne, M. Boisclair avait bien senti la force de l'Action démocratique (ADQ), allant jusqu'à tendre la main à Mario Dumont en faveur d'une nouvelle coalition souverainiste.
Durant la journée de lundi, les stratèges du PQ estimaient qu'au moins une 15ne de circonscriptions étaient encore susceptibles de basculer dans un camp ou dans l'autre. Mais ils n'avaient pas anticipé une telle poussée de l'ADQ.

Le PQ reprend le Saguenay-Lac-Saint-Jean

Louis-Gilles Francoeur - Le Devoir - Édition du mardi 27 mars 2007

Le Parti québécois se dirige vers son seul balayage avec cinq comtés sur cinq

La vague adéquiste s’est brisée sur la rive du Saguenay–Lac-Saint-Jean alors que le Parti québécois récupérait son fief historique dans cette région en remportant les cinq circonscriptions où il a déjà dominé la scène électorale. À n’en point douter, cette consolidation de sa majorité par deux nouveaux gains aux dépens des libéraux constituait hier soir le prix de consolation du Parti québécois dans cette élection qui l’a ramené au rôle de tiers parti, isolé désormais des forces progressistes qui constituaient son ferment.

Les deux victoires du PQ dans cette région ont été remportées aux dépens de la ministre libérale du Tourisme, Françoise Gauthier, et d’une vedette libérale régionale, le député Karl Blackburn, battu par un militant écologiste de longue date, qui s’est fait élire sous la bannière péquiste, Denis Trottier.

Mais la principale victoire du PQ au Saguenay–Lac-Saint-Jean est sans conteste celle de Jonquière, ravie aux libéraux aux dépens de Françoise Gauthier. Cette dernière avait remporté l’élection en 2003 avec 2440 voix de majorité, ce qui lui avait assuré 44,2 % des voix comparativement à 36,5 % pour le PQ. Cette fois, la ministre Gauthier a mordu la poussière devant Sylvain Gaudreault, qui l’a défaite par une majorité de 1514 voix. L’adéquiste Marc Jomphe n’a pas franchi la barre des 20 %. Mais les votes conjugués du Parti vert et de Québec solidaire totalisent 6 % du vote.

Le match dans Roberval a retenu beaucoup d’attention hier soir dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, car le nouveau candidat du Parti québécois, Denis Trottier, a défait le député sortant, le fils de l’ancien ministre libéral Gaston Blackburn, par une confortable majorité de 2385 voix. Karl Blackburn avait remporté la circonscription de Roberval en 2003 par une mince majorité de 244 voix.
L’autre surprise de cette soirée d’élection a été sans contredit l’avance croissante qu’a maintenue le député péquiste sortant, Stéphane Bédard, aux dépens du candidat libéral André Harvey dans la circonscription de Chicoutimi. Au début de la soirée, André Harvey avait une légère avance sur le fils de l’ancien ministre péquiste Marc-André Bédard. Mais elle a fondu rapidement. André Harvey, qui a fait cette année le saut en politique provinciale et dans le camp libéral, avait été élu sur la scène fédérale dans le camp conservateur de 1983 à 1993 puis de 1997 à 2004. Dans Chicoutimi, le candidat adéquiste Luc Picard terminait avec seulement 17,6 % des voix.

Dans Dubuc, le député sortant du PQ, Jacques Côté, a maintenu une avance relativement confortable tout au long de la soirée, qu’il a haussée à 1719 voix à la clôture des bureaux de vote. Mais cette victoire, il ne l’a pas remportée contre son vieil adversaire libéral de 2003, Johnny Simard, mais contre l’adéquiste Robert Émond, désormais en deuxième place dans Dubuc. C’est le seul adéquiste de la région d’ailleurs à se retrouver en deuxième position. Johnny Simard s’est donc retrouvé en troisième position cette année, beaucoup moins chanceux que la dernière fois alors qu’il avait réduit l’avance du député Côté à seulement 44 voix.

On assistait à une lutte traditionnelle entre le PQ et les libéraux dans la circonscription de Lac-Saint-Jean où le péquiste Alexandre Cloutier a décroché la plus importante majorité du fief régional, avec 5589 voix ou 46,45 % des votes exprimés. Son adversaire libéral, Yves Bolduc, qui vient au deuxième rang, n’a pu récolter plus de 28,8 % des voix. Cette circonscription était représentée depuis 2003 par le jeune député péquiste Stéphan Tremblay, qui avait alors pris une avance de 7795 voix sur son adversaire libéral de l’époque, Benoît Harvey.

Avant l’élection de 2003, le PQ détenait quatre des cinq comtés de la région. Il devait en perdre un autre en 2003. Mais l’élection d’hier l’a réinstallé en force dans le fief qu’il a dominé historiquement avec des majorités difficiles à imaginer aujourd’hui. Au référendum de 1995, les majorités en faveur du Oui oscillaient entre 65 % et 71 % dans les cinq comtés de la région.

Le Saguenay–Lac-Saint-Jean comptait cette année 213 043 électeurs, soit 1642 votants de moins qu’en 2003. Lors du vote par anticipation, 9,3 % des électeurs inscrits avaient exercé leur droit de vote. La région s’est signalée dans le débat politique des dernières semaines alors qu’un de ses animateurs radio lançait des propos discriminatoires, qui l’ont discrédité devant tout le Québec, à l’endroit du chef péquiste, André Boisclair.


Le scénario catastrophe du Parti québécois

Antoine Robitaille - Le Devoir - Édition du mardi 27 mars 2007

La victoire «morale» qu'André Boisclair espérait ces jours derniers, soit de se hisser à la tête d'un gouvernement minoritaire, ne s'est pas du tout réalisée, et c'est une catastrophe qui semblait se produire pour la formation politique, son chef et l'idée même de la souveraineté, au moment d'écrire ses lignes. Le Parti québécois au troisième rang, tant pour ce qui est du nombre de sièges qu'en ce qui concerne le pourcentage de votes: il s'agit d'une première depuis la création même du parti en 1968. Avec 28 % du vote, le score du PQ est pire qu'en 1973. «C'est gros, très gros. Mais on continue à espérer de passer en seconde place», disait la présidente du Parti québécois, Monique Richard, au moment de mettre sous presse, vers 22h10. «Ah mon Dieu, s'écrie-t-elle soudain, Lucie Papineau [députée de Prévost] a perdu!»

La foule de quelque 300 militants réunie au Club Soda se montrait tour à tour incrédule, déconcertée et révoltée, hier, par les ravages que faisait l'ADQ dans certains châteaux forts péquistes comme Masson. «J'ai le goût de vomir!», a lancé un militant au moment où le numéro deux de l'ADQ, Gilles Taillon, est apparu à l'écran. «Avais-tu vu venir ça, toi?», a lancé la directrice des communications du Parti québécois, Shirley Bishop, à Pierre-Luc Paquette. Mme Bishop, vers 21h30, disait espérer que, dans les luttes à trois, le Parti québécois puisse tirer son épingle du jeu. «Laissez-moi mes illusions», a-t-elle tout de suite ajouté. Vers 20h35, le directeur général du parti, Pierre-Luc Paquette, continuait même à dire que l'on se dirigeait vers un «gouvernement péquiste minoritaire».

Plus tard, il affirmait qu'au fond, les choses allaient être encore plus difficiles pour Jean Charest: «Une baisse de 13 % et un gouvernement minoritaire, des ministres battus à la pocheté. C'est pire que pour André [Boisclair]», a-t-il dit. L'ancien député péquiste de Joliette, Jonathan Valois, présent hier, soutenait qu'il aurait voulu accompagner ses collègues pour «partager cette défaite». Il se désolait que son collègue Alexandre Bourdeau, le dernier des «mousquetaires» -- ces trois jeunes députés qui avaient signé en 2004 un rapport mordant pour «réinventer» le Parti québécois --, ait mordu la poussière dans Berthier. «Il n'y a plus de mousquetaire [puisque Stéphan Tremblay ne s'est pas représenté dans Lac-Saint-Jean]. Mais je recommande au parti d'aller relire notre rapport. C'est très pertinent», a-t-il déclaré.

Les militants présents avaient toutefois droit à certains moments de joie et manifestaient bruyamment. Par exemple lorsque Philippe «citoyen» Leclerc est venu annoncer les cinq victoires du PQ dans le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la réélection d'André Boisclair dans Pointe-aux-Trembles et la défaite du chef libéral Jean Charest dans Sherbrooke aux mains du péquiste Claude Forgues. La salle avait commencé à s'animer à 20h15, au moment de l'annonce du premier député péquiste élu, Maxime Arsenault, dans le comté des Îles-de-la-Madeleine, mais les mauvaises nouvelles se sont par la suite accumulées. Les péquistes se consolèrent aussi en voyant qu'Agnès Maltais et Rosaire Bertrand avaient tous deux résisté à la vague adéquiste dans la région de Québec.

Ce matin

André Boisclair a voté hier matin vers 10h dans sa circonscription de Pointe-aux-Trembles, disant qu'il faisait confiance aux Québécois. Au moment d'écrire ces lignes, le chef péquiste prenait connaissance des résultats des élections en compagnie de ses conseillers dans une suite de l'hôtel Le Germain, rue Mansfield. Il était attendu vers 22h50 au Club Soda.

Dans les derniers jours, il répétait être confiant d'obtenir un «gouvernement majoritaire». Il s'était lancé dans un blitz qui l'avait conduit à faire quelque sept discours par jour dans autant de comtés.

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