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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

28 mai 2020 4 28 /05 /mai /2020 16:10

J'ai rédigé pour la Gauche Républicaine & Socialiste un texte pour saluer la publication du plan de sortie de crise par un collectif de 20 organisations associatives et syndicales, plan qu'elles avaient présenté quelques jours plus tôt à plusieurs mouvements et partis politiques de gauche dont le nôtre.

Je le reproduis ci-dessous. Bonne lecture.

Frédéric Faravel

La France et un monde à reconstruire - à propos du plan de sortie de crise de #PlusJamaisCa

Le 26 mai dernier, les 20 organisations associatives et syndicales (dont la CGT, ATTAC, Greenpeace ou OXFAM France) qui avaient publié fin mars sur le site de France Info la tribune « Plus jamais ça » ont présenté leur plan de sortie de crise intitulé « Plus jamais ça : un monde à reconstruire ! ». Quelques jours plus tôt, ces 20 organisations avaient convié plusieurs mouvements et partis politiques, dont la Gauche Républicaine & Socialiste, pour discuter de leurs propositions et engager une démarche collective de long terme qui prépare « le jour d'après ».

Alors que fleurissent un peu partout tribunes et appels en tout genre, nous considérons le travail engagé par ce collectif particulièrement utile car il cherche à établir des objectifs concrets, plutôt que des déclarations de principes, l'invocation de « valeurs » qui tiennent parfois plus de la posture que de l'engagement. C'est tout l'intérêt de l'intervention directe dans le débat public d'organisations habituées à être dans l'action concrète au quotidien. Nous partageons également la volonté affichée par les membres de ce collectif de tout autant penser aux réalités du « monde avec » (le virus) et à ne pas simplement rêver du « monde d'après ».

Contrairement à ce qu'une certaine presse cherche à démontrer ce plan en 34 points ne pêche en rien par un excès de « radicalité », et quand bien même nous ne voyons pas en quoi la radicalité en matière économique, sociale et écologique constituerait un handicap, tant le cours du monde démontre la nécessité d'une grande bifurcation après des décennies de mondialisation néolibérale et productiviste.

Nous partageons avec ces organisations la conviction qu'il faut d'abord et avant tout garantir les conditions pour un déconfinement assurant la sécurité sanitaire, la démocratie et les droits fondamentaux. En effet, notre pays va devoir s'adapter à une présence durable du virus en espérant que soient identifiés des traitements efficaces et soit découvert un vaccin au plus vite. D'ici là, il faut mobiliser tous les moyens nécessaires pour remettre à niveau notre système de santé mis à mal par des années d'austérité, de protéger nos concitoyens, de reprendre une activité économique afin d'éviter des destructions encore plus fortes d'entreprises et d'emplois. De même, il n'est pas acceptable de faire perdurer des mesures régressives en termes de droit du travail et de libertés publiques, par ailleurs inefficaces pour lutter contre la pandémie ; l'état d'urgence sanitaire doit donc cesser au plus vite.

Face à la crise économique et sociale majeure qui s'annonce à l'échelle de la planète, nous partageons également en bien des points la nécessité de prendre le contrepied de la doxa néolibérale qui a conduit nos sociétés dans le mur, sans favoriser le développement réel d'autres continents qui continuent d'être livrés au pillage et à l'exploitation. La « mondialisation heureuse » a toujours été un mirage toxique : le temps est venu de prendre des mesures concrètes au niveau national, européen et international pour mettre un terme à ce processus délétère. Il est temps de changer la hiérarchie des priorités. L'augmentation des salaires, au premier rang desquels doit se situer le nécessaire rattrapage en matière d'égalité salariale femmes-hommes, l'encadrement des licenciements, la nécessité de garantir des conditions de vie dignes pour tous, l'urgence de transformer nos modèles agricoles et systèmes d'alimentation ou encore la volonté de fonder les relations internationales avec les pays du sud sur de nouvelles bases plus saines et plus décentes : ce sont des orientations incontournables.

Nous nous situons également en phase avec les objectifs en matière de politique financière, monétaire, bancaire et fiscale. Nous nous tenons à la disposition de tous les partenaires de cette démarche pour approfondir les propositions en matière de commerce international et pour poser les bases d'une véritable économie républicaine.

Enfin, dans la même perspective, nous considérons que nous ne pouvons plus remettre à plus tard la question de l'urgence écologique ; trop souvent jusqu'ici les mesures annoncées de manière multilatérale ou nationale se sont avérées être des vœux pieux. Les dirigeants du pays continuent de vanter l'excellence de notre action en rappelant la conclusion sous l'égide de la France de l'Accord de Paris en 2015 : la vérité est toute autre, car notre pays ne cesse de reculer devant les objectifs qu'il s'est fixé tout en faisant reposer le poids des efforts sur les plus fragiles. Il est temps de conduire des politiques d'écologie populaire. La transition écologique est complémentaire avec la création de centaines de milliers d’emplois ; elle doit organiser à une vaste échelle une reconversion professionnelle qui permette de maintenir les emplois actuels, d’en créer de nouveaux, et de qualité ! Le plan présenté le 26 mai suppose, justement, une planification écologique pour ne pas relancer un modèle insoutenable et pour rendre complémentaires ces exigences sociales et écologiques.

Ce plan en 34 points est une première étape prometteuse. Nous souhaitons donc durablement nous inscrire dans cette démarche car nous considérons qu'elle est en cohérence avec deux convictions pratiques et stratégiques qui nous animent : la nécessité de construire un véritable programme commun de gouvernement pour la transformation concrète du pays ; la nécessité de construire, pour le porter au pouvoir et en accompagner la mise en œuvre, d'un nouveau Front populaire, qui mobilise au-delà des seuls partis politiques.

Nous sommes également convaincus qu'il ne suffit pas de rêver du « monde d'après ». Les forces qui nous ont conduits dans l'impasse actuelle ne vont pas gentiment s'écarter pour laisser émerger un monde et une société plus fraternels parce qu'une partie des Français aura été confinée pendant deux mois et que des centaines de milliers d'êtres humains dans le monde auront été victimes du CoVid-19. Au contraire, à bien des égards, dans notre pays et dans le reste du monde, les exemples sont légions indiquant que le choix du libéralisme autoritaire ou même la dérive fasciste pourraient être l'issue du processus. Nous ne pouvons rester les bras ballants. Nous nous tenons donc prêts à poursuivre le travail, pour compléter les 34 mesures déjà proposées et aussi pour réfléchir aux voies et moyens concrets de leur mise en œuvre.

Demain commence aujourd’hui !

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27 mai 2020 3 27 /05 /mai /2020 13:12

Avant de reproduire ici la réponse que j'ai adressé à un ami suite à un commentaire très agressif qu'il avait laissé sous une publication que j'avais postée sur mon mur facebook pour présenter la vidéo d'un YouTubeur (sur)nommé Usul intitulée méchamment « le grand retour de la gauche bourgeoise » (vous pouvez y accéder en cliquant sur le titre), je dois vous présenter le cadre général.

Cette vidéo réagit à la publication d'une tribune signée par une centaine de personnalités publiques, engagées ou non dans un parti politique, et intitulée « Au cœur de la crise, construisons l'avenir » (idem) avec parallèlement le lancement d'une page Facebook et d'un site internet. Malgré sa longue liste de signataires et sa publication le même jour dans Libération et L'Obs, elle n'a pas faite l'unanimité et Marianne a publié un édito intitulé lui « Tribune "construisons l'avenir", le retour de la gauche guimauve » (ibidem)...

Grosse ambiance donc à gauche, où le confinement s'il a permis quelques rencontres en distanciation physique et grâce à zoom ne semble pas avoir encore chassé les vieux démons. Le « déconfinement progressif » est arrivé mais les egos restent chatouilleux. Je me suis donc fendu d'une longue réponse à mon ami Jérôme (qui lui a signé la tribune « construisons l'avenir ») pour lui expliquer ma position, mon recul sur cette affaire, mes tentatives pour tenter de conserver le sens de l'humour, mon agacement face aux postures et arrières pensées des uns et des autres et mon souhait malgré tout cela que nous travaillons sérieusement à un rassemblement fondé sur un programme commun de gouvernement, qui convainque nos concitoyens de renvoyer Macron, Le Pen et la droite dans l'opposition.

Frédéric Faravel

Qu'il sera long et pénible le chemin jusqu'à l'indispensable rassemblement de la #gauche ...

Bonjour Jérôme,

Je t'écris ici pour ne pas ajouter à la polémique que certains estiment devoir engager et ce qui m'étonne, alors que, dans la manière choisie par ma pomme pour présenter cette vidéo, je ne ferme aucune porte (je parle de "présentation caustique" et j'appelle à "se mettre autour de la table"), c'est toi qui tient les propos les plus agressifs (je m'attendais plus à une réaction de ce type chez d'autres, mais non il a fallu que ce soit toi, c'est décevant)... donc je me permets une mise au point comme ça tu auras ma réaction de fond et de forme (les deux se rejoignant) à ce texte "génial" initié par Guillaume Duval (rédacteur en chef d'Alternatives économiques, dont j'ai aujourd'hui vu la réaction) et Christian Paul (ex député PS de la Nièvre)... Plus personne aujourd'hui ne pense autrement qu'en supporteur de club de foot, outre le fait que je n'aime pas le foot, ça commence sérieusement à me gonfler...

Alors, pour commencer...

1- quand je poste une publication je n'engage pas mon organisation politique, quand bien même ce serait un article, un CP, une vidéo, un slogan, une affichette ou un visuel de mon organisation, la présentation que j'en fais m'appartiens... donc à la rigueur sous ce post tu pouvais me demander de revenir sur terre, mais pas à la GRS ou à mes « amis de la GRS » car tu sous-entends, plus que probablement à tort, que cette vidéo a provoqué la même hilarité chez eux que chez moi...

2- Il est quand même assez cocasse de voir à quel point une vidéo dont la tonalité comique ou humoristique n'échapperait à personne d'un peu détaché provoque comme réactions excessives chez vous. Que l'excès participe du comique c'est une chose, l'excès de la colère surjouée quand on se prétend sérieux ne peut selon moi s'expliquer que de deux manières :
a) Usul a fait mouche et les egos ont été flétris et ne le supporte pas ;
b) cette réaction est une mise en scène...

Je penche pour la première – ne serait-ce que parce que je ne crois pas que Guillaume Duval et toi participiez aux travers que je pointerai plus bas. Et puis, franchement, Jérôme, je suis moi-même de cette « gauche bourgeoise » que ce youtubeur dénonce, j'ai ri de voir certaines de nos petites manies ou déformations quasi-professionnelles tournées en ridicule... faut aussi savoir prendre du recul par rapport à ça, si tu t'es senti visé je me suis senti visé aussi, mais je ne le prends pas comme toi... et puis j'avoue partager, soit dit en passant, cette idée que je reprends dans la présentation que je fais de la vidéo, cette consternation de voir que l'écologie devient comme l'Europe autrefois le cache sexe de gens qui souvent n'ont plus grand chose à raconter (je ne te range, pas plus que la majorité des signataires de la tribune, pas dans cette catégorie, mais quand je l'ai lue avant même sa publication c'est une des premières réactions que j'ai eues)...

Qu'il sera long et pénible le chemin jusqu'à l'indispensable rassemblement de la #gauche ...

3- il y a un truc très gênant dans ce qui se passe et dans ce que cette tribune implique... c'est peut-être involontaire (voire même cela va à l'encontre de leur intention d'origine) de la part de Guillaume et Christian, mais quand même...

La présentation qui en est faite depuis le départ donne la fâcheuse impression que c'est un aboutissement plutôt qu'un point de départ. C'est un peu gonflé et d'une certaine manière ça dirait pas mal de choses sur la très très très haute et définitive opinion que vous auriez de tout ce qui sort de votre plume. Ainsi « on » donne à croire qu'il y a ceux qui en sont et ceux qui n'en seraient pas, et que les seconds auraient raté le coche. Peu importe les critiques qu'on pourrait faire de bonne foi, et de la démarche, et du fond du texte, nous serions marqués d'un stigmate, qui entacherait en général notre capacité future à participer à des initiatives collectives... parce que tu m'excuseras, Jérôme, d'y faire un peu attention, mais c'est exactement comme ça que le présentent les entourages d'Olivier Faure et de Yannick Jadot et que Le Monde le présente régulièrement. J'ai même lu (alors là je ne me souviens plus si c'était dans le quotidien du soir ou pas) dans un média lu dans notre milieu de la « gauche bourgeoise » les explications complaisantes et mensongères relayées par ces entourages concernant les raisons qui auraient poussé certain(e)s à ne pas signer.

Je vais te dire un truc : nous sommes à la GRS très attentifs à l'initiative #PlusJamaisCa avec OXFAM, la CGT, ATTAC, Greenpeace... nous avons salué dès le départ cette initiative, par contre nous avons trouvé que le texte qu'ils avaient publié pour le 1er mai ne nous correspondait pas, nous n'avons donc pas voulu nous y associer et nous avons publié le nôtre ; cela ne nous empêche pas d'avoir participé à la dernière réunion qu'ils ont organisée... Là encore, la façon dont Le Monde présente les choses (« LFI et le NPA refusent de s'y associer » et sans citer la position d'autres partis autour de la table) est mensongère ; je ne vais pas m'engager pour LFI, je n'en suis pas membre, mais LFI à ce que j'en sais compte bien discuter tranquillement avec ces organisations sans que sa signature soit acquise de principe à l'avance... à ce que je sache, le texte a été publié avec les signatures des seules associations et syndicats, les délais pour réfléchir et discuter côté politique ne sont pas écoulés.

Je suis donc profondément amer par cette façon de faire pour s'assurer qu'on consolide deux blocs politiques antagonistes au sein de la gauche, sans être dupe des responsabilités tout aussi éminentes de LFI dans cette situation...

Qu'il sera long et pénible le chemin jusqu'à l'indispensable rassemblement de la #gauche ...

4- Peut-on considérer calmement qu'on a le droit de trouver ce texte mal foutu voire mauvais ? Sans que cela empêche toute autre initiative mieux ficelée et surtout un futur travail programmatique que j'appelle de mes vœux.

Car pour faire des comparaisons historiques (j'ai ce débat régulièrement avec d'autres personnes : non je ne pense pas que le choses doivent se reproduire à l'identique pour l'avenir) je préfère mener un tout de suite un travail de cette sorte plutôt que de le précéder par un débat visant à « réduire les écarts idéologiques » et de le conditionner à cette « réduction ». Par expérience, je sais que ces discussions sur le sexe des anges sont stériles ; soit on considère qu'on est grosso modo dans le même camp et on travaille ensemble sur un programme commun de gouvernement (dont l'élaboration ne doit selon moi pas se limiter aux seuls partis politiques), soit non... mais cela signifie qu'il faut dès le départ discuter de choses concrètes, lister sur ces questions concrètes des points d'accord et de désaccord et choisir de privilégier la mise en application de réponses concrètes sur lesquelles on s'accorde.

Faire précéder cela d'une discussion générale sur les « valeurs » et les « bonnes intentions » ne sert à RIEN. Je me souviens de 1995 dans ma commune de l'époque où il avait fallu purger toute une discussion absconse et conflictuelle sur l'histoire de la gauche française au risque de s'engueuler et de claquer la porte avant de pouvoir discuter sérieusement d'un programme municipal commun : une fois venu cette discussion enfin concrète, les difficultés s'étaient singulièrement aplanies (cette remarque pour illustrer que ma réflexion n'est pas qu'en chambre ou hors sol en faisant référence au congrès d'Epinay du PS en 1971 que je n'ai pas vécu).

Comprenons nous bien : quand j'ai lu (avant sa publication) la tribune initiée par Guillaume et Christian (j'avoue ne pas connaître le tout premier texte martyre dans ce processus), j'ai eu la désagréable impression de me retrouver devant une motion majoritaire d'un congrès du PS dans les années 2000 ou 2010. Beaucoup de phrases toutes faites, beaucoup de passages qui contredisent d'autres passages, beaucoup d'invocation à des « valeurs » un peu trop évanescentes. Oui je l'avoue le discours sur les « valeurs » (encore un truc où sémantiquement nous nous sommes faits piéger collectivement par la droite sans même chercher à faire de la triangulation) « m'emmerde ». Ça fait donc des années que je ne veux plus signer ce type de texte – et je me suis réinterrogé à cette occasion sur le rapport avantages/inconvénients sans revenir sur mon principe finalement.

Remarque complémentaire sur le fait que lorsque je poste une publication sur facebook, elle n'engage pas automatiquement tous mes amis politiques ou mon parti : tu auras remarqué que les organisations en tant que telles ne signent pas votre tribune, cela n'a pas empêché – et d'ailleurs personne ne le leur reproche ni en interne ni publiquement – certains de nos responsables de la signer. Cela n'empêche pas notre direction politique de continuer à échanger avec les initiateurs. Ceux des membres de la GRS qui l'ont signée (nous en avons discuté) ne sont pas moins critiques sur la qualité de ce texte, voire même le jugent « très mauvais » ; ils ont juste fait un autre choix que le mien en examinant le rapport avantages/inconvénients... tu pourras noter également que ni Fabien Roussel (secrétaire national du PCF), ni Julien Bayou (secrétaire national d'EELV), ni David Cormand (député européen, ex secrétaire national d'EELV) n'ont signé cette tribune, qu'il y a peut-être quelques raisons à cela et qu'il ne faut pas jeter d'opprobre sur d'autres qui ont refusé de signer parfois pour les mêmes raisons.

Tu vois on n'est pas des bêtes, on discute avec tout le monde, vraiment tout le monde … ce qui n'est pas le cas de tout le monde malheureusement...

Qu'il sera long et pénible le chemin jusqu'à l'indispensable rassemblement de la #gauche ...

5- je conclurai ici par des considérations plus politiciennes tu m'en excuseras.

Mais je crains que cette initiative ait échappé à ces initiateurs et promoteurs les plus sincères, en tout cas les plus dénués d'arrière-pensées. C'est parfois une bonne chose : cette initiative aurait pu être tout d'un coup saisie par des centaines de milliers de citoyens, déclenchant une dynamique politique qui les dépasse. Ce n'est pas le cas... mais ce n'est pas grave non plus, cette tribune sera une des briques, parmi mille autres, qui servira à une construction future, mais elle n'est pas LA construction future.

Pour moi (je peux me tromper évidemment), elle a échappé à ses auteurs en étant captée de la plus mauvaise manière : telle que la presse a fini par la présenter, telle que la presse a fini par en réécrire la genèse, elle est devenue la chose de MM. Jadot et Faure. Elle est devenue leur outil pour cristalliser et consolider l'idée de deux blocs en confrontation à gauche, comme certains avaient théorisé voici quelques années les « gauches irréconciliables ».

Je ne suis pas dupe ni aveugle au point de considérer que la stratégie de LFI serait étrangère à la constitution de ces deux blocs. Pour ceux qui comme nous cherchent à mettre tout le monde autour de la table c'est « 1 partout, la balle au centre ». C'est pourquoi j'insiste encore sur ce que je disais dans le point précédent : il faut travailler sur du concret, pas sur des « valeurs »... Les groupes parlementaires LFI, GDR et "socialistes & apparentés" arrivent à s'entendre sur des résolutions et motions communes à l'Assemblée, parce que c'est du pratique !

Par contre, je demande à tous qu'on arrête de mettre des oukases sur les uns et les autres, pour ensuite dire qu'ils ont fait bande à part et que ce sont des salauds ! Je ne suis pas un haut dirigeant politique, tout le monde se fout de mon avis, donc j'en parle d'autant plus librement que je ne suis pas totalement coupé des informations et des processus en cours... Le PCF a fait des propositions d'amendements à ce texte ; elles ont été refusées ce qui explique (peut-être) que Fabien Roussel ne soit pas signataire... Certains aussi ont pu considérer que ce texte confortait un peu trop le tropisme centre-écologiste de Yannick Jadot, avec parmi les signataires des personnalités dont la clarté vis-à-vis de la politique conduite par Emmauel Macron est franchement douteuse, le même Jadot refusant encore dernièrement sur un plateau de TV de se situer dans l'opposition ; cela explique peut-être que Ruffin, Autain, Bayou ou Cormand n'en soient pas signataires, plutôt que les assertions de l'entourage d'Olivier Faure dans la presse indiquant pour les deux premiers qu'ils auraient été terrorisés par Jean-Luc Mélenchon (Ruffin terrorisé par Mélenchon, y a de quoi se marrer).

Quitte à essuyer un refus, il eut été assez simple d'envoyer officiellement le texte à LFI, cela n'a pas été le cas, il est arrivé par d'autres biais. Aujourd'hui LFI n'a même plus besoin de refuser de participer à une initiative, certains refusent a priori de chercher à les y associer, non parce qu'ils craignent un refus mais par principes... Tout cela a d'ailleurs amené quelques personnes à regretter leur signature à cette tribune...

Personne n'est blanc dans ces différentes affaires ! Exemple : que Bayou dise ses 4 vérités à Méluche dans le JDD ne me dérangeait absolument pas, parfois il faut se dire les choses et je partageais quelques unes de ses saillies... mais la façon dont a été amenée l'université de rentrée "commune" fut très maladroite, entre ostracisme et volonté de diriger hégémoniquement le processus. J'ai remarqué qu'ils avaient mis un peu d'eau dans leur vin depuis quelques jours, c'est bien. Mais pourquoi EELV a-t-elle donc refusé d'entrée de jeu de participer à l'initiative que nous avions prise avec « Déconfinons le Débat » (tu devrais aller regarder c'était chouette) ? Et quand, une semaine avant, le PS a lancé une initiative "commune" sur l'abrogation des décrets de réforme de l'assurance chômage, on a été un peu surpris de découvrir que tout le monde y participait sauf nous, alors qu'on n'avait même pas été sollicités (que l'on ne nous rétorque pas qu'on serait trop petit, GDS est dedans) et qu'on discutait avec les responsables du PS tous les jours !

Donc oui tout cela est un peu compliqué et oui l'accusation d'ostracisme à l'égard de la FI est fondée. Je trouve cette stratégie stupide et suicidaire, tout comme je trouve stupides et suicidaires tous les obstacles qu'y mettent de leur côté une large partie des dirigeants de LFI. En conclusion, tu comprendras, cher Jérôme, que je sois très au-delà des réactions excessives que suscitent ma publication. Comme je le disais en conclusion de celle-ci, il est temps de se mettre sérieusement autour de la table, tout le reste, tout le reste !, c'est l'écume des choses.

Frédéric Faravel

Usul vs la "gauche bourgeoise" ... brrrrrrrrrr, un vrai thriller !...

Usul vs la "gauche bourgeoise" ... brrrrrrrrrr, un vrai thriller !...

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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 17:00

La France est progressivement entrée le vendredi 13 mars 2020 par la fermeture des écoles, bars, cafés et restaurants, puis le mardi 17 mars pour l'ensemble de la population, dans la stratégie du confinement pour tenter de contenir la contamination et les décès qui en découleraient.

Or la crise du CoVid-19 a d’abord percuté nos sociétés parce que nous avions collectivement baissé tous les niveaux de prévention et tous les outils dont nous disposions avant la cure néolibérale pour y faire face. Le confinement a été ordonné non parce que c’était la seule manière de lutter contre l’épidémie mais parce que nous n’avions plus d’autres choix après l’incurie des choix politiques des 20 dernières années.

La baisse des moyens de l’hôpital se traduisant par la baisse du nombre de lits de réanimation et de lits en général nous laissait collectivement vulnérables face à une vague qui aurait pu submerger l'hôpital public. La délocalisation des industries pharmaceutiques – non qu'elle ait été décidée par les gouvernements eux-mêmes mais qu'ils n'ont rien fait pour l'empêcher – nous a également rendus vulnérables aux ruptures de chaînes d'approvisionnement, nos importations de médicaments et de principes actifs provenant essentiellement d'Inde et de Chine, pays tous deux fortement touchés par l'épidémie. Une large « littérature » tant parlementaire que professionnelle existait avant la pandémie sur les causes, les risques et les effets des pénuries de médicaments ; nous en avons fait les frais de manière ô combien dramatique ces dernières semaines, les stocks des hôpitaux fondant comme neige au soleil avec la plus grande peine pour les renouveler.

Ces défaillances révélées par la crise sanitaire actuelle sont évidemment la conséquence de choix politiques ; ce sera aux citoyens le moment venu de dire quelles conclusions ils en tirent et s'ils sanctionnent le gouvernement actuel et sa majorité parlementaire qui, dans la continuité des gouvernements précédents, ont choisi de poursuivre l'austérité en matière de politique de santé et de mener une politique industrielle défaillante.

Mentir n'est pas un choix politique

Si elle est également le résultat d'une absence de politique industrielle, la pénurie de masques (de tout type) et le manque de réactivité dans les dispositifs de tests de dépistage ne relèvent pas du même ordre que les considérations précédentes.

CoVid-19, confinement, déconfinement : comprendre, avancer et redresser

Le gouvernement n'avait pas de manière transparente informé les Français et leurs représentants de l'abandon de la stratégie de prévention décidée progressivement de 2003 à 2010 sous les ministères de Philippe Douste-Blazy, Xavier Bertrand et Roselyne Bachelot (qui en parallèle avait posé les bases des difficultés de l'hôpital public dont nous faisons les frais aujourd'hui... qu'elle ne se sente pas exonérée de toute responsabilité) lors des précédentes menaces épidémiques : à partir du quinquennat de François Hollande, puis sous celui d'Emmanuel Macron, les gouvernements de Manuel Valls et d'Edouard Philippe – Marisol Touraine puis Agnès Buzyn étant ministres de la Santé – ont abandonné le renouvellement des stocks de masques chirurgicaux et FFP2. En 2011, la France pouvait compter sur un stock de 600 millions pour les seuls masques FFP2 ; en février-mars 2020, elle n'en avait plus au maximum que 100 millions, ce qui était très largement insuffisants pour affronter l'épidémie même en les réservant aux soignants. Parallèlement le choix de s'en remettre à l'importation pour répondre aux besoins provoquait l'effondrement des commandes de l'Etat aux entreprises françaises ; c'est par exemple une des raisons pour lesquelles Honeywell a décidé de fermer en 2018 l'usine de Plaintel dans les Côtes-d'Armor qui produisait en 2010 quelques 200 millions de masques FFP2 par jour et qu'on a aujourd'hui le plus grand mal à relancer (https://bit.ly/2WmPkii ; https://bit.ly/2SxTcvQ ; https://bit.ly/2zWfyk6).

De même, l'entretien donné au Monde le 17 mars 2020 par Agnès Buzyn (https://bit.ly/2WmRi1X) jette un certain trouble lorsqu'elle affirme qu'elle avait prévenu le gouvernement de la gravité de la situation et qu'elle savait que les élections municipales ne pourraient se tenir. Si ces déclarations sont sincères, plusieurs questions se posent : d'abord sur le sens des responsabilités personnelles de Mme Buzyn, puisque, bien que « sachant » la gravité de la situation, elle indique dans le même entretien avoir réclamé de conduire les listes LREM à Paris pour prendre la suite de Benjamin Grivaux, tout en sachant donc que les municipales n'iraient pas au bout (!?). Or donc si le gouvernement était informé de la situation, Agnès Buzyn aura donc menti sciemment et publiquement à plusieurs reprises en niant la gravité de la situation ; le gouvernement et le président de la République auront menti jeudi 12 mars 2020 aux responsables des partis représentés au parlement en expliquant qu'il n'existait aucune contre-indication à tenir le premier tour des élections municipales le dimanche 15 mars ; les membres du gouvernement auront menti tout au long des mois de janvier à avril en indiquant aux Français que les stocks de masques étaient suffisants et que les masques pour l'ensemble de la population n'étaient pas utiles, alors qu'un rapport de l'Inspection Générale de l'Administration préconisait le contraire dès 2005 (https://bit.ly/2SAz5gt) – ce même rapport servant de base aux politiques de précaution mises en œuvre par la suite.

Ces mensonges dans l'action publique ne pourront évidemment pas uniquement se solder par une éventuelle sanction électorale ; il est plus que probable que de nombreuses procédures juridiques seront engagées pour mesurer et sanctionner le cas échéant. Nous ne sommes pas encore dans ce temps, mais dans celui où, confrontés aux différents mensonges du gouvernement, les citoyens français – déjà terriblement sceptiques vis-à-vis des responsables politiques – éprouvent une défiance désormais radicale à l'égard de la parole publique.

La défiance conduit à la panique, qui empêche la décision politique

La stratégie de confinement n’a sans doute pas sauvé plus de personnes que si nous avions choisi de conserver les moyens dont nous disposions auparavant, mais c'était sans doute la seule qui restait pour éviter une submersion des hôpitaux en l'absence de masques pour tous et de tests massifs.

CoVid-19, confinement, déconfinement : comprendre, avancer et redresser

Désormais l’absence de confiance des citoyens dans l’action et la parole publiques rend même le déconfinement difficilement gérable car le gouvernement a généré un effet de panique irrationnelle dans la population. Cette défiance implique que chaque information rassurante est mise en doute ou peu intégrée – comme celle qui expliquait voici quelques jours que les enfants souvent porteurs sains n'étaient finalement pas fortement contagieux ; par contre, le lendemain, l'annonce par l'hôpital Necker d'une vingtaine de cas en Île-de-France d'affection enfantine similaire au syndrome de Kawazacki et d'un lien possible avec le CoVid-19 (lien confirmé depuis), après des alertes semblables en Grande-Bretagne, a provoqué une sorte d'angoisse généralisée par le biais des réseaux sociaux, entraînant une hausse de la revendication populaire de reporter la réouverture des écoles primaires ou d'avoir la droit de ne pas amener ses enfants à l'école à partir du 11 mai 2020.

Aucun argument rationnel n'est audible encore aujourd'hui à ce propos : le syndrome de Kawazacki est rare ; les cas d'affections similaires sont plus nombreux que d'habitude puisque la contamination au CoVid-19 semble favoriser chez certains patients son apparition, mais ces cas restent très peu nombreux et statistiquement les enfants de moins de 14 ans continuent d'être une population qui développe extrêmement rarement des formes avancées et encore moins graves du CoVid-19... rien n'y fait, même rabâchés, les arguments rationnels ne passent plus.

Un autre élément a été de nature à nourrir la défiance civique, c'est la manière choisie par le président de la République pour annoncer un processus progressif de déconfinement à partir du lundi 11 mai 2020. Emmanuel Macron avait fait de l'avis des scientifiques, érigés en comité à ses côtés, l'alpha et l'oméga de ses prises de décision depuis la mi-mars. Que les informations scientifiques doivent nourrir la décision politique, c'est une évidence ; en faire un horizon indépassable revient tout à la fois à déresponsabiliser et rendre impuissant tout arbitrage politique. Ainsi au moment d'annoncer un processus progressif de déconfinement sans plus faire référence à l'avis du comité scientifique, qu'il avait érigé pourtant en critère absolu, le Prince Président a décrédibilisé sa parole et le processus qu'il entendait engager, alors même que cela aurait pu être a contrario interprété comme un sain retour à la responsabilité de l'arbitrage politique.

Plus inquiétant sur ce que cela nous apprend de l'exercice de l'Etat par Emmanuel Macron, il semble de plus en plus probable que le président de la République ait annoncé le processus progressif de déconfinement sans s'appuyer sur un début de stratégie réfléchie en amont. En clair, Emmanuel Macron a dit à son gouvernement « j'ai annoncé le 11 mai, débrouillez vous maintenant pour ne pas me faire mentir. » Ainsi a-t-on vu dans les jours qui ont suivi un cafouillage généralisé, avec un ministre de l'éducation nationale incapable d'expliquer quelle était la stratégie de son ministère pour permettre le retour des élèves à l'école, au collège et au lycée ; ainsi a-t-on découvert qu'aucune concertation en amont n'avait été engagée avec les administrations concernées et les représentants des agents appelés à assurer ce retour des élèves ; ainsi a-t-on attendu pendant près de 10 jours une explication de la stratégie gouvernementale, sans avoir d'assurance sur les masques et les tests pour la population à déconfiner, sans même parler de la présentation laborieuse, et parsemées d'erreurs, des premières cartes des départements rouges et verts (mais aussi oranges)…

Une stratégie de défausse

Emmanuel Macron l'avait promis : il n'y aurait pas de faillites et l'État agirait pour l'hôpital et les entreprises « quoi qu'il en coûte ». C'est d'abord pour les salariés qu'il en a coûté : les soignants furent parfois contraints de se « fabriquer » des sur-blouses de fortune en sacs poubelle ; les salariés de première ligne eurent le plaisir de voir leurs droits et protections réduits par la mise en sommeil de pans essentiels du droit du travail (durée et temps de travail, jours de congés, RTT, médecine et inspection du travail) pour une durée qui excède largement ce que l'on peut imaginer être celle de l'état d'urgence sanitaire, tout cela sans se voir garantir des conditions de protection sanitaire minimales. Pour les autres, le recours à la seule stratégie sanitaire encore possible pour contenir l'épidémie les a condamnés au chômage partiel et à assister de chez eux semaine après semaine à la concrétisation des menaces de faillite et de « plans sociaux » à venir (sans compter ceux pour qui le télétravail n'a pas forcément permis de sauver leur entreprise).

CoVid-19, confinement, déconfinement : comprendre, avancer et redresser

L'exécutif s'est également déchargé de ses responsabilités sur les citoyens. En annonçant que le retour à l'école des élèves à partir du 11 mai 2020 se ferait également sur la base du volontariat des familles, il a alimenté la psychose dans la population qui y a vu la justification de ses propres angoisses. En République, s'il n'y a que l'instruction qui est obligatoire, il est de la responsabilité de l'État de garantir à tous la même qualité d'accueil et d'enseignement scolaire. Face à la perspective du déconfinement, il revenait donc à l'Etat d'assurer aux parents que les élèves seraient tous accueillis dans les mêmes conditions en tout point du territoire national et en garantissant leur sécurité sanitaire : la reprise de l'école sur la base du volontariat place les parents d'élèves dans un état de panique morale et intime proprement invivable, depuis lequel ils doivent arbitrer seuls entre les incertitudes de la sécurité sanitaire, le bien être scolaire et psycho-social de leurs enfants, et la pression de leurs employeurs qui ne manqueront pas dans la situation de dépression économique d'arbitrer entre ceux de leurs salariés qui auront choisi « la mort dans l'âme » de reprendre le chemin du travail et les autres.

L'exécutif se défausse sur les enseignants puisqu'il a indiqué que les élèves dont les parents refuseraient le retour dans les établissements à partir du 11 ou du 18 mai recevraient le même suivi de la part de leurs enseignants que celui qu'ils ont reçu depuis le 16 mars. Les enseignants se verront donc non seulement contraints d'assurer la classe dans des conditions extrêmement dégradées et d'assurer en plus en fin de journée ou quand ils le pourront la continuité pédagogique avec les élèves qui ne seront pas retournés en classe.

L'exécutif s'est enfin défaussé de ses responsabilités sur les collectivités et sur les Maires. En effet, n'ayant pas préparé en amont la stratégie de sortie progressive du déconfinement annoncé au débotté par le président de la République, les dix jours d'improvisation totale qui suivirent laissèrent évidemment libre champ à de nombreux maires qui voyaient difficilement comment mettre en œuvre la réouverture des écoles dans un temps si court et sans information précise d'un point de vue sanitaire. Le gouvernement aurait alors dû tenir un discours rassurant (aurait-il été seulement reçu vu le passif exposé plus haut ?) sur l'amélioration de la situation sanitaire et les informations scientifiques plus rassurantes, sur le fait qu'il était en train de réunir les conditions pour réussir la réouverture des établissements scolaires. Las, le gouvernement a laissé la charge aux collectivités d'assurer seules la responsabilité de la réussite matérielle de l'opération, face à l'inquiétude des habitants ; il a mis également un terme au peu de cadre national qui existait en concédant – aveu de son incapacité à garantir des moyens et le matériel de protection – que l'avis négatif des maires dans les départements en zone rouge serait fortement pris en compte.

Au-delà de la médiocrité des membres de l'exécutif, on peut s'interroger sur leurs possibles arrières-pensées politiques. L'essentiel des collectivités territoriales sont dominées par leurs adversaires politiques qu'ils mettent donc au défi de résoudre la quadrature du cercle. Le niveau de préconisation négative du protocole de déconfinement des établissements scolaires est tellement restrictif que sa mise en œuvre est parfaitement irréaliste ; la mobilisation quotidienne en terme de nettoyage et de désinfection des locaux implique souvent des moyens dont la plupart des communes ne disposeront pas. De plus, de nombreux agents territoriaux et enseignants qui sont des gens comme les autres et soumis à la même angoisse que le reste de la population ne souhaitent pas reprendre le travail alors que le gouvernement est incapable d'avoir un discours clair et crédible sur les conditions sanitaires et épidémiques. De même, la majorité des parents refusent aujourd'hui d’envoyer leurs enfants, mais la pression des patrons va monter ; le chantage à l’emploi sera plus fort que jamais.

La première manœuvre de l'exécutif vise ici à se désengager des risques juridiques vis-à-vis des parents pour la partie qui relève de l’Etat en cas de contamination avérée.

La seconde est de mettre les Maires dans la situation intenable de prendre seuls la responsabilité de refuser la réouverture des écoles et le fiasco d'un mauvais protocole gouvernemental. Une partie des parents d'élèves sous pression économique de leur employeurs finira bien par chercher un bouc émissaire et le gouvernement dira alors que c’est la faute politique des collectivités.

Après avoir détruit la confiance avec les Français, le gouvernement est en train de détruire le lien avec les territoires de la République, ce qui ne peut qu'être source de graves désordres pour l'avenir. Dans ces conditions, la lettre ouverte au gouvernement publiée par 329 maires d'Île-de-France pour demander un rééchelonnement du processus de déconfinement est parfaitement rationnel (https://bit.ly/2YzmXjw) ; leurs revendications sont encore mesurées, il s'agit :

  • « De ne pas faire reposer sur les maires la responsabilité juridique, politique et morale de la réouverture des écoles, mais de les associer dans une concertation avec le Préfet de département, qui doit assumer l'entière responsabilité de sa décision prise sur proposition du maire ». En effet, quel maire pourra dire à ses administrés que l'école rouvre parce que le gouvernement en a décidé ainsi mais qu'il refusera d'assurer ce qui relève de sa responsabilité directe à savoir la restauration scolaire, l'accueil périscolaire et le nettoyage des locaux ? Là encore il s'agit d'une revendication de restauration d'un cadre national de l'action publique ;

  • « De demander à votre gouvernement de prioriser clairement les enfants qui pourront/devront reprendre le chemin de l'école en Île-de-France en tenant compte du contexte familial de chaque enfant et en suivant un impératif de justice et d'équité ». La politique d'éducation doit être nationale, elle ne peut se faire au doigt mouillé. On voit donc encore une fois cette demande de cadre qui est aujourd'hui défaillant ;

  • « Que des moyens financiers suffisants soient conférés aux communes pour qu'elles puissent assurer l'accueil périscolaire dans le strict respect du protocole sanitaire, qui induit nécessairement un coût et une mobilisation de personnel supplémentaires ». Pas besoin de commenter ;

  • « De faire en sorte que s'arrêtent des logiques administratives incompréhensibles en termes d'équipements du personnel éducatif, et de privilégier un équipement pour tout le personnel d'une école par l'Education nationale, alors que de nombreuses communes pallient actuellement le manque de masques et de sur-blouses depuis le début du confinement en distribuant gracieusement leurs stocks aux professeurs qui n'en ont jamais reçu par leur ministère de tutelle ». Pour illustrer ce propos, certains parents d'élèves ont pu recevoir des courriers électroniques de certains chefs d'établissements indiquant qu'après consultation de leurs inspecteurs, c'était aux collectivités d'assurer le matériel de protection et de désinfection pour l'ensemble des adultes (enseignants compris) quand il avait été pourtant assuré que ce serait évidemment de la responsabilité de l'Etat.

mise sous plis par les agents municipaux des masques commandés par la Ville Bezons pour envoi aux Bezonnais, le mardi 5 mai 2020

mise sous plis par les agents municipaux des masques commandés par la Ville Bezons pour envoi aux Bezonnais, le mardi 5 mai 2020

Trouver ensemble les moyens de sortir de la crise et de vivre avec le virus

Résumons : une stratégie de confinement parce que nous n'avions plus d'autres choix après les années de sape contre notre système de santé ; une communication en partie mensongère et totalement hasardeuse pour tout le reste ; une absence totale de méthode et d'organisation ; une défiance et une panique généralisée dans la population… L'action gouvernementale face à la crise sanitaire a sans doute limité la casse en termes de morts du CoVid-19, mais elle a commencé à détruire notre économie et va provoquer une crise sociale sans précédent, dont les effets seront sans doute plus durables et délétères que la maladie elle-même.

On voit à quel point la confiance est atteinte tant du point de vue de la parole de l'exécutif que de son action concrète. La majorité de l'Assemblée nationale et celle du Sénat lui ont pourtant permis d'être délesté dès le 23 mars 2020 de tout contrôle parlementaire avec l'état d'urgence sanitaire. L'avis négatif du Sénat ce lundi 4 mai 2011 sur le plan de déconfinement du gouvernement (accepté par l'Assemblée nationale) ne rachètera pas vraiment sa faute originelle.

Plutôt que d’exiger par un nouveau projet de loi la prorogation de l’état d’urgence sanitaire sans véritable contrôle parlementaire, l’exécutif – présidence de la République et gouvernement – ferait mieux d’assumer pleinement leurs responsabilités : ils doivent rendre possible le déconfinement, donc assurer à toutes et tous masques et tests, et non se défausser sur les collectivités, les salariés et les parents. La France doit pouvoir retrouver une activité normale aussi vite que possible sauf à être confrontée à un effondrement économique et social dont les conséquences seront pires que celles de l’épidémie. Jusqu’ici l’exécutif n’a pas fait preuve que les pouvoirs exceptionnels dont il dispose étaient justifiés par l’efficience de son action.

Comment sortir de l'impasse ? Plusieurs responsables gouvernementaux sont discrédités ; l'action gouvernementale et la parole de l'Etat gagnerait également à ce qu'ils soient mis de côté et le président de la République – qui a déjà en tête l'élection présidentielle – gagnerait également à entamer une cure de silence, tant il brouille l'action publique. Il est peu probable qu'un gouvernement d'union nationale puisse être mis en place, tant les dissensions politiques étaient déjà fortes et se sont accentuées ses dernières semaines.

Il faudrait donc trouver une solution pour créer un consensus qui assure l'action publique du soutien minimal qui permettrait le retour d'un minimum de confiance y compris parmi nos concitoyens. Il conviendrait pour cela que l'exécutif s'engage sur des mesures importantes, qui permettent aux forces républicaines de se parler à nouveau : garantir une priorité humaine et financière durable à l'hôpital public et à l'ensemble de notre système de santé, mettre fin à la suspension du droit du travail, annoncer l'abandon définitif des réformes de l'assurance chômage et des retraites, assumer enfin que l'Etat prenne des mesures de réquisition et de réorientation des productions pour affronter les nouveaux besoins prioritaires… Sur ces bases, et en y associant les forces sociales, on peut alors envisager un comité de suivi républicain qui associe l'ensemble des partis républicains représentés au Parlement qui puissent fonctionner par consensus pour établir une stratégie collective de sortie de crise.

Alors que certains à gauche ne pensent qu'à se projeter dans le monde d'Après, sans voir que le risque est grand qu'il soit pire qu'avant, il y a pourtant urgence à réellement se préoccuper de se qui va se passer et qui doit se passer dans un « monde Avec »... avec le CoVid-19.

Nous ne pouvons rester confinés durant les 18 ou 24 mois pendant lesquels le CoVid-19 continuera vraisemblablement d'être actif. Nous ne pouvons pas continuer de priver nos enfants d'une instruction publique normale – on a mis un siècle à sortir les enfants des familles pour l'instruction publique ce n'est pas pour considérer aujourd'hui un retour contraint à la maison sous couvert d'un vernis « continuité pédagogique » comme un progrès. Nous ne pouvons laisser les Français sombrer dans le chômage du fait d'un effondrement économique qui pourrait bientôt obérer si l'on ne réagit pas toute capacité de rebond. Il en va de leur sécurité économique et de leur sécurité sociale. Il en va du devenir de notre pays et de la pérennité du cadre républicain et démocratique qui nous fait vivre ensemble.

Frédéric Faravel

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 07:56

Après l'entretien donné au Figaro le 30 mars dernier, c'est Libération qui est allé interroger Arnaud Montebourg sur la situation de notre pays. Retiré (temporairement ?) de la vie politique depuis les élections présidentielles du printemps 2017, celui qui paraissait avoir lors de la primaire organisée par le PS les arguments les plus sérieux pour rassembler la gauche avait été violemment boudé par les électeurs qui s'étaient laissés prendre au duel entre Benoît Hamon et Manuel Valls. On connaît la suite...

C'est l'un des rares hommes politiques à avoir réussi sa reconversion ; certains diront que tout cela n'est qu'une manière de communication politique. Peut-être... Peut-être pas... ces considérations sont aujourd'hui secondaires. La pertinence et la cohérence de sa réflexion et du projet qu'il avait souhaité proposer en 2016-2017 prennent subitement consistance au milieu d'une crise à laquelle la France a tout fait pour ne pas se préparer de 2002 à aujourd'hui.

Face à la catastrophe néolibérale construite patiemment sous Sarkozy, Hollande et Macron, Arnaud Montebourg esquisse des idées pour un avenir démondialisé, plus solidaire, plus écologique. Il me paraissait nécessaire de reproduire ici en accès libre cette expression.

Frédéric FARAVEL

"L'austérité se paye aujourd'hui en morts dans nos hôpitaux" - Arnaud Montebourg dans Libération (8 avril 2020)

Ancien ministre du Redressement productif puis de l’Economie de François Hollande jusqu’en 2014, Arnaud Montebourg défend depuis 10 ans le concept de «démondialisation», prônant la réappropriation des secteurs industriels stratégiques par l’Etat. En retrait de la vie politique depuis son échec à la primaire de la gauche en 2017 et désormais à la tête de deux entreprises équitables : Bleu Blanc Ruche (miel) et la Mémère (glace bio), il redonne de la voix à la faveur de la crise sanitaire, économique et sociale du coronavirus. Sévère sur l’action d’Emmanuel Macron et de la majorité, il appelle l’Etat à engager une «reconstruction écologique» : «Le moins d’importations possible, une économie davantage tournée vers le marché intérieur continental avec des bons salaires et de meilleurs prix pour rémunérer ceux qui produisent ici.»

Arnaud Montebourg : «Macron est-il le mieux placé pour parler de patriotisme économique ?»

Par Lilian Alemagna 7 avril 2020 à 20:01

Le 12 mars, lorsque vous entendez Emmanuel Macron déclarer que c’est une «folie» de «déléguer […] notre protection […] à d’autres» notamment en matière de santé, vous tombez de votre canapé ?

Pour moi, les discours n’ont aucune valeur. Ce qui m’intéresse, ce sont les actes. Qu’a fait Emmanuel Macron en la matière depuis 2014 ? A Bercy - où il m’a succédé -, il a malheureusement abandonné les 34 plans industriels de reconquête de notre souveraineté technologique, et il y en avait un important dans le secteur des équipements de santé dont aujourd’hui nous aurions bien besoin. Le chef de l’Etat est-il le mieux placé pour mener une politique de patriotisme économique, après avoir laissé filer Alstom, Technip, Alcatel, et combien d’autres ? Ces dernières années, la puissance publique n’a jamais voulu être présente pour pallier les défaillances du privé. Un exemple : avoir laissé Sanofi délocaliser la production de paracétamol en Chine et en Inde, alors que nous aurions pu utiliser la commande publique à des fins patriotiques pour maintenir la production en France. Le résultat est qu’on rationne aujourd’hui les Français en boîtes de paracétamol.

Mais lorsque Bruno Le Maire parle de «nationalisations» et de «patriotisme économique», vous le vivez comme une victoire idéologique ?

Ce transformisme intellectuel aura du mal à trouver sa crédibilité. Ces personnes ont enfilé un costume, une apparence, mais est-ce une réalité ? A Bercy, lorsque j’ai proposé des nationalisations, Emmanuel Macron expliquait que l’on n’était «pas au Venezuela» et aujourd’hui lui-même propose donc de «faire le Venezuela»… Les nationalisations sont tout simplement des outils naturels d’exercice de la souveraineté et de l’indépendance nationale. Si beaucoup le découvrent aujourd’hui, je m’en réjouis. Mais que de temps perdu, d’usines fermées, de brevets, de salariés et de savoir-faire abandonnés qu’on aurait pu conserver…
Dans un autre moment de sa vérité, le Président avait qualifié ces Français anonymes qui travaillent dur pour vivre de gens «qui ne sont rien». Va-t-il soudain proclamer qu’ils sont «tout» ? Car ils comptent effectivement pour beaucoup, ceux, injustement méprisés, qui font tourner le pays, caissières, éboueurs, infirmières, instituteurs, manœuvres et journaliers de l’agriculture. Combien d’autres contorsions avec ses convictions devra-t-il accomplir encore pour retrouver la grâce électorale perdue ?

Que dit cette crise de l’état de notre État ?

Notre pays s’est soudé dans son histoire à travers la construction d’un Etat fort qui unifie et protège. La France a survécu aux plus graves tourments grâce à lui. Lorsqu’on constate une faiblesse chez cet Etat protecteur, on a le sentiment d’un affaissement du pays. C’est cette sensation d’humiliation que nous éprouvons en ce moment : en matière sanitaire, notre Etat a été imprévoyant, inconséquent et à l’évidence incapable de faire face, comme les contre-exemples de la Corée du Sud ou de Taïwan le démontrent.

"L'austérité se paye aujourd'hui en morts dans nos hôpitaux" - Arnaud Montebourg dans Libération (8 avril 2020)

le coût économique et social énorme qu’aura cette crise aurait pu être atténué si nous avions investi dans nos hôpitaux et dans notre industrie des matériels de dépistage et de protection.
Il faudra donc demain des budgets pour l’hôpital beaucoup plus conséquents…
Ça va bien au-delà de l’hôpital ! Il s’agit là de notre indépendance productive et technologique.

La faute à qui ?

De nombreux rapports (parlementaires, scientifiques et même de technocrates aujourd’hui au pouvoir) ont alerté, ces dernières années, sur les risques en cas de forte épidémie. Ils ont été ignorés. Les décisions ont été prises en fonction d’intérêts de court terme. Nous payons le prix en nombre de morts de cette conception stupidement budgétaire et faussement managériale de l’Etat. Car la France a adapté sa politique sanitaire à des moyens médicaux insuffisants. Résultat : on confine tout le pays et on détruit l’économie pour permettre aux chiches moyens médicaux de faire face. C’est reconnaître que le coût économique et social énorme qu’aura cette crise aurait pu être atténué si nous avions investi dans nos hôpitaux et dans notre industrie des matériels de dépistage et de protection.
Il faudra donc demain des budgets pour l’hôpital beaucoup plus conséquents…
Ça va bien au-delà de l’hôpital ! Il s’agit là de notre indépendance productive et technologique.

C’est-à-dire ?

Nous avons besoin d’inventer une nouvelle puissance publique, capable de nous conduire dans les crises et les transitions. Qui n’applique pas seulement des règles mais traite avant tout les problèmes. Aujourd’hui, nous avons une technostructure qui applique des process, des réglementations et des normes. Cela bloque toute une société - d’élus locaux, de PME, d’agents publics, d’associatifs… - qui essaie, elle, de s’organiser et de se débrouiller. Le technocratisme vertical nous coule !

En même temps vous ne pourrez pas changer tous les fonctionnaires…

Ce ne sont pas eux qui sont en cause mais l’organisation de l’Etat. Elle est obsolète. Face aux marchés, l’Etat a été incapable d’affirmer nos intérêts collectifs et s’est dévitalisé. Voilà près de vingt ans que nos gouvernants s’appliquent à réduire le champ de l’Etat. On voit le résultat : un Etat qui organise sa propre défaisance est donc défait en période de combat. Une reconstruction majeure se présente devant nous. Et il faudra s’y employer avec des règles nouvelles décidées avec la société, par les citoyens et les consommateurs. Les premiers parce qu’ils vont décider d’organiser la société à travers de nouveaux choix politiques. Les seconds parce qu’ils voudront, dans les produits qu’ils choisiront pour leur vie quotidienne, obtenir la preuve que les humains qui les auront fabriqués sont proches d’eux et auront défendu les mêmes valeurs d’équité sociale et environnementale qu’eux.

"L'austérité se paye aujourd'hui en morts dans nos hôpitaux" - Arnaud Montebourg dans Libération (8 avril 2020)

la «reconstruction écologique» : le moins d’importations possible, une économie davantage tournée vers le marché intérieur continental, avec des bons salaires et de meilleurs prix pour rémunérer ceux qui produisent ici.

Un «Made in France» écolo ?

Pas seulement. Il s’agit d’une reconquête de notre souveraineté au sens large : alimentaire, technique, numérique, énergétique. Pourquoi importer tant de pétrole ? Cette question va très vite se poser… Il va falloir recentrer le plus possible nos économies sur ce que nous sommes capables de produire. C’est ce que j’appelle la «reconstruction écologique» : le moins d’importations possible, une économie davantage tournée vers le marché intérieur continental, avec des bons salaires et de meilleurs prix pour rémunérer ceux qui produisent ici.

Est-ce la suite de votre constat de «démondialisation» fait en 2011 ?

C’est la mise en œuvre d’une politique que j’ai appelée «Made in France» lorsque j’étais à Bercy. Car la mondialisation telle qu’on l’a connue est instable, dangereuse et non-démocratique. Personne n’a obtenu de mandat pour mettre en concurrence des Etats qui esclavagisent leurs travailleurs, piétinent les lois environnementales élémentaires, avec des nations qui ont à leur actif 200 ans d’acquis syndicaux et sociaux et des lois environnementales d’avant-garde. C’est pourquoi la fragmentation de la mondialisation me paraît irrésistible.

Mais la technostructure en place est-elle capable de mettre en œuvre des tels changements ?

C’est la société tout entière qui définira ses objectifs et ses buts de paix. Tout cela sera débattu et arbitré démocratiquement. Aujourd’hui, dans la société, il y a des tas de ressources, y compris dans les corps de l’Etat, qui ne demandent qu’à être stimulées. L’Etat a sacrifié la préparation de l’avenir. La crise que nous vivons nous prouve qu’il faut penser et bâtir le long terme.

Vous diriez-vous désormais «souverainiste» ?

J’utilise le mot d’«indépendance». Etre indépendant, c’est ne pas dépendre des autres, décider pour nous-mêmes. La France, pays libre, n’a pas vocation à être assujettie aux décisions des autres. Pas plus de la Chine et des Etats-Unis que de l’Union européenne quand les décisions sont gravement contraires à ses intérêts. L’exercice de la souveraineté est un de nos fondements depuis la Révolution française qui l’a conquise sur les monarques. Si on sort des débats de positionnement politique et que l’on reste sur les contenus, je continuerais à parler d’«indépendance» : militaire et stratégique (c’est la bombe atomique), énergétique (c’était le nucléaire et ce sont désormais les énergies renouvelables), technologique (ce sont nos industries pharmaceutique, aéronautique, automobile, ferroviaire aujourd’hui affaiblies), numérique (ce sont les GAFA qui nous manquent).

"L'austérité se paye aujourd'hui en morts dans nos hôpitaux" - Arnaud Montebourg dans Libération (8 avril 2020)

Oui, «l’argent magique» existe pour les Etats dans certains cas quand ils le décident. Ces derniers vont donc sortir renforcés de cette épreuve comme outils de direction de l’économie. [...] Soit l’Union européenne sert à traiter les problèmes des gens, soit les gens se passeront de l’UE et elle sera à son tour victime du Covid-19.

Comment observez-vous les nouveaux désaccords au sein de l’UE dans cette crise sanitaire ?

Si certains Etats refusent hélas de mutualiser les dettes, après tout ils prennent le droit d’être égoïstes, ce qui nous autorisera pour une fois à l’être enfin pour nous-mêmes ! En revanche, tous devront dire ce que nous faisons de nos futures montagnes de dettes publiques et privées. Faites un premier calcul pour la France : le coût du chômage partiel, plus les réinvestissements dans le secteur sanitaire, plus les crédits garantis par l’Etat aux banques, plus toutes les faillites que l’on essaiera d’éviter… Tout cela mis bout à bout, dans 6 mois, on sera pas loin de 300 milliards d’euros au bas mot ! Aujourd’hui, aucun traité européen ne le permet et le virus va mettre tous les pays - au Nord comme au Sud - à égalité. Que fera-t-on ? Imposer des plans d’austérité ? Pas question de refaire les mêmes erreurs qu’il y a dix ans. Reste alors deux solutions : lever encore des impôts ou bien… annuler ces dettes. Le débat qu’il faut ouvrir n’est donc pas seulement la «mutualisation» des dettes mais leur annulation. La France devra demander que la Banque centrale européenne monétise ces dettes car elles seront insoutenables. Personne ne sera spolié. Il s’agira de faire tourner la planche à billets comme l’ont fait la Banque d’Angleterre et la Réserve fédérale américaine après la crise de 2008. C’est ce que l’UE aurait dû faire au lieu d’imposer des cures d’austérité qui ont détruit les services publics. Des décisions qui, aujourd’hui, se paient en morts dans nos hôpitaux et nos Ehpad. Oui, «l’argent magique» existe pour les Etats dans certains cas quand ils le décident. Ces derniers vont donc sortir renforcés de cette épreuve comme outils de direction de l’économie. C’est un point très important et très positif.

Mais ne craignez-vous pas au contraire un renforcement des nationalismes ?

Soit l’Union européenne sert à traiter les problèmes des gens, soit les gens se passeront de l’UE et elle sera à son tour victime du Covid-19. C’est aussi simple que cela. Tout le monde va devoir réviser ses précis de catéchisme européen.

Dans Libération, Julien Dray a appelé à ce que «la gauche» – dont vous êtes issu – soit «au cœur d’un grand front républicain arc-en-ciel». Qu’en pensez-vous ?

J’ai 30 ans de socialisme dans les jambes. Mais aujourd’hui, je ne suis plus rattachable à un quelconque parti politique. Je suis «inorganisé» et je ne sais plus ce que «la gauche» veut dire parce que «la gauche» a mené des politiques de droite et enfanté Emmanuel Macron. Lorsque j’ai quitté le gouvernement de Manuel Valls, on m’a dit qu’on ne partait pas pour 15 milliards d’euros à redistribuer aux ménages… Ces «15 milliards», c’est la somme finalement arrachée par les gilets jaunes en 2018 ! Je ne sais plus ce qu’est «la gauche», même avec une couche de peinture écologique dessus. En revanche, je sais ce que sont la France et les aspirations des Français.

Que comptez-vous alors apporter ?

Une analyse, une vision, des idées, de l’entraide et chacun en fera ce qu’il voudra.

Arnaud Montebourg en couverture de Libération du mercredi 8 avril 2020

Arnaud Montebourg en couverture de Libération du mercredi 8 avril 2020

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 14:34

Je reproduis ci-dessous l'entretien donné au Figaro par Arnaud Montebourg. C'est de loin l'analyse politique et pratique (du point de vue de cet art quelque peu oublié depuis quelques temps qu'est "l'exercice de l'Etat") la plus intelligente que j'aie lue depuis plusieurs semaines.

Frédéric Faravel

Arnaud Montebourg

Arnaud Montebourg

LA FRANCE D’APRÈS - Tous les jours, Le Figaro interroge une personnalité sur la façon dont elle envisage l'après coronavirus. Pour l'ancien ministre du Redressement productif, la France va devoir retrouver son indépendance économique.

Arnaud Montebourg, 57 ans, est aujourd'hui entrepreneur et fondateur de «Bleu Blanc Ruche», «La Mémère» et «La Compagnie des Amandes», trois entreprises équitables dans l'alimentation. Il a été ministre de l'Économie et du Redressement productif de François Hollande, de mai 2012 à août 2014.

LE FIGARO. - Le premier ministre, Édouard Philippe, a expliqué que la crise actuelle allait «révéler ce que l'humanité a de plus beau et aussi ce qu'elle a de plus sombre». Qu'avez-vous vu pour l’heure ?

Arnaud Montebourg. - La catastrophe que nous traversons est surtout révélatrice de la faillite de la technostructure financière et médicale qui a pris le pouvoir ces dernières années. Utiliser le confinement, que les médecins du Moyen Âge utilisaient pour éviter la propagation de la Peste noire au XIVe siècle, parce qu’on n’a pas été capable d'organiser les outils de production de dépistage massif et de protection par masques qui ont permis en Corée du Sud ou à Taïwan un nombre de morts très faibles et un confinement limité sans dommage économique important, provoque la colère justifiée de nos compatriotes.
Avoir fermé 4200 lits en 2018 dans nos hôpitaux publics, économisé 8 milliards d'euros sur ces derniers en invoquant le fameux «il n'y a pas d’argent magique» face aux mouvements sociaux des blouses blanches encore virulents il y a quelques mois, pour finalement trouver cet argent magique en 15 jours, provoque la violente tristesse de nos soignants. Refuser les apports scientifiques d'un Professeur de médecine marseillais ostracisé par la technostructure, alors que sa solution est prescrite de toutes parts dans le monde, provoque la fureur de nos concitoyens. Je vois surtout la faiblesse et le discrédit profond de ce qui devrait tous nous unir et nous protéger, l'État.

Dès 2011, vous appeliez à la «démondialisation». La crise que nous traversons actuellement est-elle une crise de la mondialisation ?

En 2011-2012, il s'agissait déjà de tirer les leçons de la Grande Récession de 2009 dont nous sommes à peine relevés 10 ans plus tard. Nous savions déjà qu'économiquement, la mondialisation est contagieusement instable. La crise du système financier américain dérégulé et excessivement libéralisé a provoqué une crise mondiale dont nous payons encore le prix. Écologiquement, nous savions également que la mondialisation était dangereuse. Le libre-échange généralisé a mis en compétition acharnée des pays et des modèles économiques qui intègrent des lois environnementales avec d'autres qui les rejettent.
Résultat : la mondialisation délocalise les émissions de CO
2, exporte la destruction des ressources naturelles, puisque l'exploitation de la nature conduit à des avantages compétitifs dans un monde qu’on a voulu, à tort, sans frontières.
Et voici que les événements épidémiologiques et sanitaires du Covid-19 montrent à leur tour l'excessive et dangereuse intrication des chaînes mondialisées de production industrielles et humaines.
La France, grande puissance industrielle des Trente Glorieuses, ne sait plus produire les tests biologiques, les masques et les combinaisons de protection, le gel hydroalcoolique et les respirateurs pour ses propres besoins de sécurité sanitaire. Elle a préféré s’en remettre avec désinvolture au marché, laissant ses directeurs des achats publics hospitaliers acheter en Chine plutôt que de défendre patriotiquement l'outil industriel français. La gestion court-termiste d’un système hospitalier placé sous grave tension financière a sacrifié la sécurité sanitaire des Français.
Voilà plus d'une décennie que je défends un programme de démondialisation visant à protéger nos intérêts nationaux.
Comme ministre de l’Économie, cette politique a consisté à défendre parfois âprement le «Made in France». Aujourd'hui, les Français ont compris que la croyance dans la mondialisation est une religion extrémiste avec ses gourous, et que le moment est venu de reconstruire activement notre indépendance, non pas seulement énergétique, mais également technologique et scientifique, alimentaire et agricole, numérique et industrielle. C'est un travail de titan qu'il va falloir accomplir avec les efforts de tous. Mais que de temps perdu !

À ce stade de la crise, quelles sont les choses à améliorer en priorité dans notre pays ?

D'abord, rattraper le retard à tout prix sur les tests de dépistage, les masques et les respirateurs, monter d'urgence des lignes de production, les faire financer par la banque publique d'investissement (BPI), réquisitionner les entreprises de machines-outils pour ce faire, y compris dans l’industrie automobile, faire soutenir par les préfets et labelliser toutes les petites entreprises du secteur textile «Made in France» qui proposent des masques en tissu conformes.
Ensuite, avec l'arrêt brutal de l'économie, et les mesures de soutien qui sont engagées, tous les pays européens vont se retrouver avec un niveau d'endettement privé et public insoutenable.
C'est pourquoi, il ne pourra pas être question de recommencer usque ad nauseam des politiques d'austérité pour effacer les dettes générées par la catastrophe du Covid-19. Il faut d'ores et déjà ouvrir le débat de la monétisation des dettes de sauvetage par la Banque Centrale Européenne comme la Banque d'Angleterre et la Federal Reserve Bank (FED) des États-Unis peuvent le faire et l'ont déjà fait dans la crise de 2009.

À titre personnel, quels enseignements tirez-vous de cette période de confinement ?

Nous réapprenons à vivre beaucoup plus collectivement, là où la société du «moi-roi» semblait n'encourager et n'organiser que la solitude et l'anarcho-individualisme.
Nous goûtons mieux à cette belle partie qui est en chacun de nous qui aime l’entraide, et participe au bien collectif.
L'imaginaire individualiste de l'«Enrichissez vous !» et du «Devenez milliardaires !» est étrillé par celui du «Entraidons-nous les uns les autres» ainsi que les odes quotidiennes à l’amour du service public perdu.

Et concernant la France, quelles leçons pensez-vous, ou espérez-vous, qu'elle en tirera ?

La France devra faire un bilan sincère et sérieux de ses graves faiblesses et chercher en commun les moyens d'y remédier. Notre orgueil national dût-il en prendre un coup, nous n'échapperons pas à un effort de reconstruction nationale, un peu à la façon dont nos aînés se sont retroussé les manches après la guerre en 1945. Après tout, nous avons subi trois déflagrations : la Grande Récession de 2009, les graves attaques terroristes de 2015, et la catastrophe du Covid-19 en 2020. Il faudra se réarmer et solliciter un moment de mobilisation patriotique de reconstruction sur des bases nouvelles.

Il y a quelques jours, le ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, déclarait qu'il «faudra faire revenir en France la production essentielle pour la vie de la nation». Vous qui défendez le «Made in France» depuis longtemps, que vous inspire cette déclaration ?

C'est un soutien heureux de plus à la politique du «Made in France» que le gouvernement auquel il appartient a pourtant jusqu'ici méprisé. J'ai laissé à mon successeur au ministère de l’Économie, un certain Emmanuel Macron, 34 plans industriels qui unissaient argent, autorités et recherche publiques aux financements, industries et entreprises privées. Ils ont été discrètement abandonnés. Parmi eux, il y en avait un qui concernait les dispositifs médicaux et équipements de santé qui s'attaquait à l’importation excessive de ces équipements de diagnostic qui aurait certainement soutenu bien des PME aujourd'hui indispensables dans la bataille contre la pandémie. Faut-il également rappeler la vente à la découpe de nos grandes entreprises garantissant notre indépendance dans de nombreux secteurs : Alstom (énergie), Technip (technologies d’extraction), Alcatel (Télécom), Latécoère (aéronautique).
La politique du «Made in France» doit être continue, déterminée et transpartisane.
Malheureusement, l’essentiel de la classe dirigeante actuelle n'a pas de réflexe patriotique, ce qui est préjudiciable à notre pays.

Selon vous, à quoi rassemblera l'après-crise ? Peut-on assister à un changement de paradigme ou à une réorientation de l’Europe ?

La mondialisation est terminée. Il faudra donc avec nos propres ressources reconstruire notre indépendance économique, technologique et productive. Nous devrons assumer de protéger nos intérêts collectifs avant toute forme d’intérêts particuliers en réarmant l'État, notre outil collectif. Cette reconstruction sera écologique dans la conscience mondiale car l'ancien monde anthropocène que nous avons accepté depuis 70 ans s'écroule dans ses fondements.
L'Union européenne n'est plus une union, et elle s'est mis les populations européennes à dos en leur infligeant des politiques d'austérité sans aucun fondement scientifique et sans aucun résultat pendant 10 ans. La cartographie des politiques d'austérité est tristement identique à celle du nombre de lits de réanimation par habitant (Italie : 0,58 lit pour 10.000 habitants ; France : 0,73 ; Allemagne : 1,25). Si l'Allemagne et ses alliés scandinaves reprennent le chemin de la culpabilisation de la dette, les Européens feront sécession et l'Euro se disloquera.
Comme toujours, la France ne pourra dans ces temps difficiles compter que sur elle-même. Mais cela, nous l’avons appris des leçons tragiques de l'Histoire, inspirées par ce surmoi gaulliste qui nous imprègne tous encore.

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16 mars 2020 1 16 /03 /mars /2020 22:30

Au moment où notre pays et nos concitoyens s’apprêtent à vivre une épreuve inédite et complexe pour tenter de surmonter la menace épidémique du #CoVid_19, nous découvrons avec effarement le tract éruptif de Madame Menahouara qui semble faire fi de la situation. Dès dimanche soir, Dominique Lesparre a rappelé qu’il était trop tôt pour indiquer quelle serait la suite de la campagne (ce qui n’empêche pas de considérer qu’il soit logique d’appliquer à gauche le rassemblement autour de la liste arrivée en tête).

Le dépit d’être arrivée seconde explique la violence des propos de la candidate ; le vernis écologique dont elle a badigeonné son discours depuis un an (alors qu’elle a voté les mesures - notamment le Plan Local d'Urbanisme de 2015 - qu’elle dénonce aujourd’hui) masque mal la haine personnelle qu’elle voue au Maire de Bezons.

Normalement quelques semaines de réflexion devraient permettre à cette dame de retrouver le sens commun, la connaissant je n’y compte plus trop... puisqu’aucune des listes de gauche qui ont perdu le premier tour en semble trouver un discours rationnel, le moment venu nous appellerons les Bezonnais.es de gauche, écologistes et progressistes à faire le choix du calme, de la raison et de la sauvegarde de la solidarité en se rassemblant autour de l’équipe Avec Dominique Lesparre, Vivons Bezons.

"Le moment venu"... ce qui veut dire que ce qui compte pour le moment, c'est de vous protéger, de protéger votre famille et donc de respectant les consignes de confinement - bien que désagréables - décrétées lundi 16 mars au soir... Restez chez vous, restez en bonne santé...

Frédéric Faravel

Quand la candidate "PS-EELV" de #Bezons allie irresponsabilité et indécence...
Quand la candidate "PS-EELV" de #Bezons allie irresponsabilité et indécence...
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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 10:14

Les candidats de la liste "Avec Dominique Lesparre, vivons Bezons" vous présentent nos propositions emblématiques pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2020.

Dans cette vidéo : la sécurité, les espaces verts, l'écologie et l'agriculture urbaine, l'urbanisme, le développement économique, les transports, les impôts locaux et les finances.

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 14:43

J'ai lu ici ou là sur Facebook des gens qui saluaient le courage de Raphaël Enthoven allant porter la contradiction à la "Convention de la droite", en fait rassemblement de néo-pétainistes à peine voilé. Certains ajoutant même que comme disait Chirac les couilles étaient le dernier truc qu'on n'arrivait pas encore à greffer.

Désolé, je n'ai pas la même lecture de que ces gens là. Non qu'il ne faudrait pas affronter sur le fond néo-pétainistes ou national-populistes de tout genre, mais que les arguments développés par le "philosophe" étaient spécieux, et on ne peut pas les éluder [vous trouverez ici le discours en question].

Tout comme Patrick Buisson, le chroniqueur radio estime que désormais le clivage droite-gauche est dépassé et que le clivage actif et structurant pour le long terme se situe entre "Libéraux" et souverainistes/nationalistes... Enthoven nous vend donc comme d'autres que pour éviter le fascisme, il faudrait "voter banquier". Vous ne voulez pas des National-populistes ? Vous reprendrez bien une louche de Libéral-populistes...

Or il n'interroge pas les conséquences du Libéralisme (sous toutes ses formes) en termes de justice sociale et d'égalité réelle : pour les Libéraux ces notions sont accessoires ; pour les néo-pétainistes et les national-populistes, la réponse se trouve dans la préférence nationale, la xénophobie et la guerre des "civilisations". Pour la gauche, la question sociale est centrale ; c'est d'ailleurs parce qu'elle est devenue accessoire pour les dirigeants du PS que ce dernier finit part s'effondrer, d'abord dans les classes populaires puis tout court. Pour répondre aux militants de ce parti qui me reprocherait d'en remettre encore une louche sur le quinquennat Hollande, je me permets de préciser que cet abandon est progressif - comme une grenouille qui s'habitue à l'eau qui chauffe avant de mourir cuite - et antérieur ; d'aucun dirait - même dans le PS actuel - que cela date de 1983.

C'est parce que la gauche - en général pas uniquement les partis, mais aussi ses intellectuels, etc. - a choisi de mettre en premier l'individu ou les questions sociétales (attention ! il faut aussi les traiter) en oubliant la question sociale et en considérant ne plus pouvoir agir sur l'économie qu'elle a habitué les citoyens au défaitisme du camp de l'égalité et permis à l'extrême droite de reprendre ces thèmes à son compte et de les immerger dans la question identitaire.

Si on ajoute que les conséquences des politiques libérales nourrissent néo-pétainistes et national-populistes, on voit bien que le "Libéralisme" n'est pas la solution aux réactions qu'ils suscitent.
La gauche fut rendue inaudible par l'oubli de sa raison d'être : elle doit réinventer un volontarisme économique, essentiel à la souveraineté populaire, et une ambition égalitaire, indispensable à la cohésion nationale.

Frédéric Faravel

NB : pour Enthoven souverainiste = nationaliste... donc son expression est simplement une oeuvre de politesse à l'égard de ses contradicteurs du jour, tout en introduisant une confusion volontaire de sa part entre les souverainistes et les nationalistes d'extrême droite. Le clivage central qu’il promeut c’est bien celui nationaliste contre libéral... Evidemment, il considère que libéral = progressiste, c’est toute la rhétorique du macronisme. Si j’évoque la souveraineté à la fin c’est parce que pour ma part je la place au bon endroit avec deux concepts complémentaires : souveraineté populaire / cohésion nationale... Libéral-populistes et National-populistes abîment l’une comme l’autre.

Enthoven sait très bien ce qu’il dit et fait ; il connaît la différence entre souverainisme et nationalisme et s’il utilise l’un pour recouvrir le second c’est à dessein ; il est très politique dans son propos et d’ailleurs sa démarche d’aller à ce rassemblement est une logique d’auto promotion politique personnelle.

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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 12:41
Élections européennes : Tout change pour que rien ne change... mais ensuite ?

Les résultats de l'élection européenne en France, même avec des évolutions tenant à la continuité des scrutins du printemps 2017 et d'une opposition d'une nouvelle forme à l'exécutif, reprend un schéma déjà connu lors des précédentes élections européennes.

La participation en hausse rompt cependant une logique d'augmentation constante de l'abstention dans ces élections, qui tranche aussi avec le score catastrophique de la participation aux élections législatives de juin 2017. Cette hausse de la participation au profit du RN et d'EELV marque pour le coup une volonté de sanctionner l'exécutif actuel, ce qui se traduit aussi au travers du score d'autres listes à gauche.

Le score du Front National d'abord, rebaptisé pour la forme Rassemblement national...

La hausse de participation fait gagner près de 560 000 voix mais cette progression en voix est insuffisante pour avoir un pourcentage équivalent à celui qu'il avait atteint en 2014 (23,31 contre 24,86%), même en lui ajoutant le score de la liste de Florian Philippot (147 044 voix et 0,65%). Néanmoins, le pourcentage de l'extrême droite est supérieur à celui de la présidentielle et évidemment bien supérieur à celui des législatives : il faut donc considérer que le RN est en dynamique. Les dégâts créés par les politiques libérales mises en œuvre à marche forcée sous Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron nourrissent évidemment l'extrême droite, qui sert en retour d'assurance vie électorale aux Libéraux qui appellent et appelleront encore à voter pour eux « utilement » pour « faire barrage » à l'extrême droite. L'extrême marché et l'extrême droite ne s'opposent pas, ils forment un duo qui met chaque jour un peu plus la démocratie et la République en danger. La dramatisation mise en scène par LREM et Emmanuel Macron pendant la campagne a joué à plein : Emmanuel Macron a désigné à l'électorat quel était le « meilleur » viatique pour le sanctionner en identifiant clairement Marine Le Pen et le Rassemblement national. La mobilisation accrue dans les « territoires périphériques » a nourri le vote pour l'extrême, ce qui aboutit à deux conclusions : les sondages en comptant sur une participation substantiellement plus faible avaient donc surestimé le score du RN ; le sondage publié par France 2 hier indiquant que 38% des électeurs se définissant comme « Gilets Jaunes » qui auraient voté hier auraient porté leurs suffrages sur le RN, ce qui est logique puisque voulant sanctionner Macron, ils ont pris à la lettre la consigne de Macron. Le Président de la République est donc un dangereux apprenti sorcier qui a perdu le pari dont il avait lui-même fixé le prix.

Le score de la liste LREM ne sort pas nulle part...

La base présidentielle de la majorité présidentielle se maintient. Mais sur un taux de participation comparable, la majorité présidentielle s'effondre : LREM ne recueille que 5 076 363 voix et 22,4% contre 7 323 496 voix et 32,32% ; c'est donc une perte sèche de 2,3 millions de suffrages et de 10 points. En y ajoutant le score de la liste UDI, qui est à cheval entre l'opposition de droite et la majorité présidentielle, cette perte n'est pas compensée et de loin (566 746 voix et 2,5%), soit une perte limitée à 1,8 million de voix et 7,5%.

Cependant, au-delà de la prise en compte de l'irruption présidentielle et législative du parti macroniste, qui avait vocation à rassembler les libéraux de droite et de gauche autour de son « populisme libéral », il faut rappeler le score de la liste MODEM-UDI de 2014 qui avait rassemblé 1 884 565 suffrages et 8,95% des exprimés, à comparer avec les 24,91% des suffrages exprimés en 2019 pour la liste Loiseau et celle de l'UDI. L'extrême centre allié à l'extrême marché a donc augmenté de 15 points entre les deux élections européennes ; le score de LREM dans le scrutin du 26 mai 2019 s'explique donc par l'effondrement de la liste de la droite républicaine, hier 20,8% aujourd'hui 8,48% : une perte de 12,3 points qui s'est reportée sur LREM, ce qui se vérifie localement dans de nombreuses collectivités où le vote LREM remplace le vote UMP. Cependant l'effondrement de la droite UMP-LR aux européennes ne suffit pas expliquer les 22% de LREM pour le scrutin du 26 mai : il reste 3 points qui viennent de ce qui était l'électorat PS avant les présidentielles, il faut croire que plusieurs centaines de milliers d'anciens électeurs du PS ne considèrent toujours pas que l'action de l'exécutif est de droite ou alors qui s'en accommodent car ils étaient préalablement convertis aux solutions libérales qui trouvaient leur traduction dans les ambiguïtés du PS « hollandais ».

Les Européennes : un sport où les écolos gagnent à la fin ?

Les écologistes font traditionnellement de bons résultats aux élections européennes (parfois aussi à d'autres élections intermédiaires au scrutin proportionnel comme les régionales). Ils avaient émergé sur la scène politique française en 1989 avec les 10,59% de la liste Waechter ; ils sont par la suite toujours dépasser les 7% sauf en 1994 où la berezina à gauche et la violence des luttes internes au sein des Verts les avaient marginalisés. On se souvient du score de Daniel Cohn-Bendit en 2009 avec ses 16,28% : le schéma d'alors se répète aujourd'hui avec la liste EELV de Yannick Jadot, qui recueille 3 052 406 voix et 13,47%, 1,3 millions de suffrages supplémentaires par rapport à 2014. Oui la préoccupation écologique est aujourd'hui plus forte et explique la progression du vote écologiste. Mais EELV a été largement sous-estimée dans les sondages, notamment dans les dernières semaines de la campagne, qui n'avaient pas pris en compte la hausse de la participation constatée hier soir : le renfort lui vient de ce surcroît de participation « imprévu », notamment dans la jeunesse (en tout cas dans celle qui s'identifie, même vaguement, à la gauche) qui a préféré cette fois-ci voter écologiste. C'est un schéma déjà connu – disais-je – car en 2009 le vote Cohn-Bendit avait été porté à 16% par un électorat de gauche sanctionnant un PS empêtré dans ses violents débats internes portés sur la place publique après le calamiteux congrès de Reims (fin 2008).

Autre phénomène, alors que la préoccupation écologique est aujourd'hui largement partagée – tout parti de gauche se revendiquant aujourd'hui écologiste –, ni la France insoumise, ni Génération●s, ni le tandem PP/PS n'a réussi à convaincre qu'ils portaient mieux cette aspiration qu'EELV.

Reste à savoir ce qu'EELV fera de ce score ; jusqu'ici les résultats relativement positifs des écologistes ne se sont jamais reproduits à des scrutins nationaux. Personne ne sait si demain ce schéma se perpétuera. D'autant qu'il y a une ambiguïté dans le positionnement politique de Yannick Jadot et d'EELV pour l'avenir, tant au niveau national qu'européen. Après une campagne où la liste écologiste s'est extrait du clivage droite-gauche, le leader écologiste français a annoncé la construction d'un grand mouvement écologiste ayant vocation à dépasser la gauche, donc positionné sur le centre de l'échiquier politique. Peu de chances donc que ce futur grand mouvement écologiste permette d’œuvrer à la recomposition de la gauche française. Au niveau européen, la confusion est plus grande encore : à l'exception de Ska Keller, candidate des écologistes à la présidence de la Commission européenne, qui défend le rassemblement à gauche, les Grünnen qui pèseront plus que jamais dans le groupe écologiste au Parlement européen sont clairement orientés au centre et ouverts aux alliances avec les conservateurs. Il est probable que ce groupe participe dans quelques semaines à des coalitions à géométrie variables avec le PPE, le PSE et les Libéraux de l'ALDE. Les écologistes français risquent donc d'être pris dans les conflits et incohérences politiques des écologistes européens.

Les gauches, éparpillées façon puzzle...

Comme prévu, le tour de passe-passe du PS avec « Place publique » et Raphaël Glucksmann n'a pas permis d'enrayer la dégringolade d'un PS qui n'a toujours pas tranché fondamentalement avec les dérives du quinquennat Hollande. En comparant l'élection européenne avec les élections législatives de juin 2017 (participations comparables), le score du PS passe de 7,44% à 6,19%, perdant encore plus de 280 000 voix. Cette perte peut être compensée si on tient compte du score de Génération●s, dont la liste était conduite par l'ancien candidat PS à la présidentielle Benoît Hamon : 741 2012 voix et 3,27% des suffrages exprimés. Mais si on compare les élections européennes de 2014 et de 2019, la chute est radicale : la liste Glucksmann prétendait rassembler outre son micro-parti, le PS, le PRG et Nouvelle Donne ; en 2014 la liste PS-PRG recueillait encore 2 650 357 et 13,98% et la liste Nouvelle Donne atteignait 549 734 et 2,9%, soit cumulées 16,88%, à comparer avec les 9,46% cumulés des listes PP/PS et Génération●s, une chute de 7,42 points. Les responsables du PS croient avoir limité la casse avec cette élection, en se rassurant à bon compte de retrouver un score relativement proche de l'élection présidentielle (mais en de plus de 1,2 point en dessous des législatives donc) : la composition de la liste PP/PS et de ses élus raconte cependant autre chose : sur les 5 élus (en attendant que la 6e, Nora Mebarek, première secrétaire fédérale du PS des Bouches-du-Rhône, rejoigne peut-être un jour, après le Brexit, le Parlement européen), deux seulement sont membres du PS, à savoir Eric Andrieu et Sylvie Guillaume, tout deux eurodéputés sortants ; les autres sont le résultat d'un effacement du PS qui n'a d'ailleurs pas plu à tous dans ce parti, avec Raphaël Glucksmann –  au sujet duquel quelques trolls de fin de campagne ont rappelé les propos violents qu'il tenait il y a peu encore sur ce parti , Aurore Lalucq  qui avait annoncé qu'elle ne siégerait pas dans le groupe social-démocrate mais dans celui des écologistes , et l'inénarrable Pierre Larroututrou  qui a écumé différents partis en fonction de ses intérêts personnels et dont la fiabilité légendaire l'avait même conduit à se faire temporairement virer en 2016 du parti Nouvelle Donne qu'il avait fondé. Le PS sera d'autant plus affaibli au sein du groupe parlementaire S&D dans lequel les pro-Macron sont majoritaires.

La situation à la gauche de ce pôle n'est pas réjouissante non plus mais n'est pas désespérée si on compare avec l élection européenne de 2014. Au regard de la présidentielle et des législatives, la France insoumise subit un revers évident, 13 points et 5 points en retrait avec 1 428 386 voix et 6,31% : l'élection de 6 eurodéputés de cette liste relativement inédite n'y change rien, même à titre personnel je me réjouis de l'élection de Manon Aubry la tête de liste et de la réélection d'Emmanuel Maurel qui avait effectué un premier mandat de qualité. Autre déconvenue, le score de 2,49% du Parti Communiste français (564 717 voix) qui avait réalisé une excellente campagne avec Ian Brossat et qui ne se fera donc pas rembourser ses dépenses de campagne et se retrouve sous son score des élections législatives (615 603 voix et 2,72%). On mesure à quel point la division entre ses deux listes qui défendaient des programmes quasiment identiques a été contre-productive. Néanmoins, si on compare avec l'élection européenne de mai 2014, les listes France Insoumise (alliée à la Gauche Républicaine & Socialiste) d'une part et du PCF d'autre part recueillent à elles deux près de 2 millions de voix et 8,8% des suffrages exprimés, soit 750 000 voix de plus que la liste du Front de Gauche qui réunissait le PCF et les proches de Jean-Luc Mélenchon et 2,2 points supplémentaires.

La gauche n'est donc pas morte mais divisée elle ne peut prétendre à représenter aucune alternative. Additionnées les listes évoquées dans ce paragraphe rassemblent plus de 4,1 millions de voix et 18,5% des suffrages, ce qui aurait pu représenter quelques 14 à 16 eurodéputés. La liste Manon Aubry comptera 6 eurodéputés, la liste Glucksmann 5 eurodéputés... Mais surtout une telle force éparpillée ne peut prétendre concourir sérieusement à l'élection présidentielle qui reste la clef des institutions verrouillées de la Vème République. Un rassemblement paraît nécessaire pour engager une dynamique, malgré l'inconnue du positionnement d'EELV dont une candidature séparée du reste de la gauche pourrait hypothéquer la présence de la gauche et des écologistes au second tour de l'élection présidentielle (les scores cumulées des listes PCF, LFI, Génération●s, PP-PS et EELV représentent 31,97%, de quoi être largement en tête au premier tour de l'élection présidentielle).

Ce rassemblement apparaît nécessaire mais est-il possible demain matin ? Évidemment que non : l'union est un combat ! Il faudra dépasser les reproches du PCF face à la violence de LFI à son égard, malgré leur évidente convergence programmatique ; dépasser le souvenir des noms d'oiseaux adressés par Génération●s à LFI ; dépasser la qualification de « populiste » dont le PS affuble LFI pour l'exclure des discussions et la méfiance générale de tous les partis de gauche contre le PS après des années d'hégémonisme et le quinquennat Hollande. Au demeurant, tous les partis qui expliquaient que le rassemblement était empêché par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise n'ont pas réussi à s'unir pour autant une fois LFI mise à l'écart ; LFI ouvrant par ailleurs sa liste aux militants socialiste de la Gauche Républicaine & Socialiste.

Le PS n'a évidemment toujours pas totalement fait le deuil du hollandisme, l'ancien Président espérant revenir, son dernier premier ministre – Bernard Cazeneuve – espérant redevenir le point nodal de la « gauche de gouvernement » (typologie ne rassemblant que le PS et ceux que Cazeneuve espère pouvoir détourner de LREM, ce qui ne fait pas une majorité pour autant), les dirigeants du PS n'ayant plus largement pas compris la cohérence intrinsèque de la politique conduite par François Hollande de 2012 à 2017 et préférant ne concevoir qu'une ambiguïté originelle... Il suffit de lire le discours d'Olivier Faure sur le bilan et l'inventaire du quinquennat pour s'en convaincre. La question des élections municipales sera un rendez-vous déterminant puisque le PS espère préserver à cette occasion son implantation locale (ou plus improbablement l'étendre) et rappeler sa prédominance à gauche ; mais il n'aborde pas la préparation de ces élections avec une stratégie unifiée, car selon les endroits ses candidats tenteront des alliances à gauche, reconduisant les coalitions existantes ou s'essaieront avec des rassemblements plus ou affirmées avec LREM. Tout n'est pas tranché à ce stade, mais comme il n'est pas non plus improbable qu'une partie du PS explique à l'approche de l'élection présidentielle qu'il faudra « faire barrage » à l'extrême droite et soutenir dès le premier tour Emmanuel Macron.

* * *

L'union est un combat, ce sera difficile mais nous n'aurons pas le choix : il faudra dépasser les sectarismes, non pas chercher à se convaincre les uns les autres que sa philosophie personnelle serait la meilleure, mais bâtir un programme de gouvernement et donner des gages sur la solidité des engagements pris. La question européenne reviendra sur le devant car tout gouvernement de gauche qui se respecte ne saurait présenter un programme sérieux sans affronter l'institutionnalisation de l'ordo-libéralisme au sein de l'Union européenne, sauf à être contraint à l'impuissance, au renoncement et donc à l’opprobre de ses électeurs.

Sur cette voie, la Gauche Républicaine & Socialiste peut être utile car depuis sa fondation elle propose de créer un nouveau Front populaire ; « Place publique » pourrait également être utile car elle pourrait peser sur le PS pour rompre plus nettement avec le hollandisme.

2019, « Gauche, année zéro » : retroussons nous les manches !

Frédéric Faravel

L'Hôtel de Ville de Bezons (95)

L'Hôtel de Ville de Bezons (95)

Focus sur la commune de Bezons

A Bezons dans le Val-d'Oise, commune populaire ancrée à gauche, la participation aux élections aux élections européennes a également augmenté entre 2014 et 2019 de 4,4 points et de plus de 800 votants, mais n'a pas dépassé les 37%. C'est peu de dire que le scrutin de dimanche n'a pas de signification politique déterminante.

Néanmoins on peut tirer quelques éléments :

  • le Rassemblement national perd 5 voix et 3.4 points : la hausse de participation ne lui a pas profité ;
  • LREM arrive en tête avec 1121 voix et 20,05% et remplace globalement la représentation de la droite républicaine (LR fait 4,94% quand l'UMP rassemblait 15,4% en 2014) en conservant les voix qui s'étaient portés sur la liste centriste en 2014 ;
  • Le score du PS et de ses alliés (Place publique, PRG, Nouvelle Donne) s'effondre par rapport aux listes présentées en 2014 par le PS et Nouvelle Donne en passant d'un résultat cumulé de 685 voix et 14,4% à 330 voix et 5,9%. Il faut y ajouter Génération.s dont les représentants locaux n'ont pas grand chose à voir avec le PS : 307 voix et 5,49%. Ensemble ils perdent 3 points entre 2014 et 2019 ;
  • Le score du Front de Gauche en 2014 (891 voix et 18,73%) se retrouvent en 2019 dans le cumul des listes concurrentes du PCF (313 voix et 5,6%) et de la France insoumise (alliée à la Gauche Républicaine & Socialiste) qui recueille 638 voix et 11,41%. A elles deux, elles cumulent 951 voix mais seulement 17% (décalage dû à la hausse de la participation).

Plus que jamais à Bezons, la question du rassemblement de la gauche autour de Dominique Lesparre, maire communiste de la commune, sera donc un enjeu majeur. Si les acteurs de gauche de la commune sont prêts à le faire, l'attitude des représentants locaux du PS, qui se sont rapprochés à grand pas de LREM ses dernières semaines, fait peser un danger lourd sur l'avenir de la ville : à nous de le conjurer.

Frédéric Faravel

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 08:00

Depuis le samedi 13 octobre 2018 et l'annonce d'une scission importante du PS à l'appel d'Emmanuel Maurel, de nombreux militants du PS s'interrogent sur notre démarche et ils ont raison de poser des questions. C'est notre devoir de leur répondre, d'expliquer ce que nous faisons, de réduire leur crainte et peut-être de les convaincre de nous rejoindre.

Je peux comprendre qu'ils ne partagent pas le choix de nombreux camarades qui ont décidé d'aller construire un nouveau parti politique pour donner corps et rassembler les divers membres de la famille de la gauche républicaine. Donner plusieurs d'années à un parti politique c'est aussi se créer une famille affinitaire ; à bien des égards, la rupture n'est pas seulement politique mais souvent aussi affective. En cela, nous avons pris soin de ne dire aucun mot blessant à l'égard de nos camarades militants et responsables de terrain du PS. Alors laissons un moment de côté la rupture affective, pour se concentrer sur celle qui compte, la rupture politique, qui nous amène à considérer que si nous voulons être fidèles au parti de Jaurès, de Blum, de Mayer et de Mitterrand, il faut passer par une scission et fonder le foyer où montera à nouveau fièrement la flamme du socialisme républicain et démocratique.

Ils me permettront donc d'apporter quelques éléments de réflexion.

1. sur la forme d'abord et concernant le moment choisi pour la rupture :

- Dans la journée du 11 octobre 2018, plusieurs fédérations ont refusé de soumettre au vote des militants le texte alternatif que nous avions déposé, et aucun moyen n'a été mis en place pour permettre la vérification de la sincérité du scrutin.

- Des grandes fédérations connues pour fonctionner encore plutôt bien n'ont mobilisé lors du vote du 11 octobre qu'à peine un tiers des votants du congrès... d'autres pourtant connues pour ne pas être flambantes sont subitement montées à une participation de plus 80% des adhérents à jours de cotisation (ce qui ne c'était même pas vu au congrès)... La direction du PS prétend sur ces bases qu'il y aurait eu 22.000 votants soit plus de la moitié des suffrages du congrès (avec tout ça nous ferions encore quand mêmes 17%) : on voit bien que la direction du PS est retombée dans l'organisation de la fraude massive tout en cautionnant l'obstruction de nombreuses fédérations (plus d'un tiers). Si jamais on avait pu en avoir un, le contrat de confiance est totalement rompu à leur initiative. La décision a été prise lorsque le processus a été soldé, puisque nous étions présents à la commission de récolement à Solférino dans la nuit du 11 au 12 et que nous avons pu mesurer la manipulation.

- On notera qu'au Conseil national du PS du 13/10, Olivier Faure a fait nommer Porte-Parole et Secrétaire national deux cadres qui s'étaient distingués en 2017 en demandant leur investiture à LREM pour les Législatives : quel meilleur message que celui-là !

2. Sur le fond ensuite qui explique le moment choisi pour la rupture :

- La direction du PS est insincère sur l'Europe : le texte qu'elle a fait adopter aux militants du PS est périmé d'avance puisqu'il n'aura plus aucune force une fois que la conférence du PSE aura adopté son Manifesto (Christophe Clergeau nous a indiqué clairement que c'est ce dernier qui primerait) et désigné son candidat à la présidence de la commission européenne ; or tous les candidats pressentis du PSE sont issus de partis qui dirigent ou ont dirigé avec la droite (voire l'extrême droite en Slovaquie) et tous recherchent une alliance politique avec Emmanuel Macron et ses amis ultra-libéraux en Europe (Cuidadanos, libéraux néerlandais, etc.). On voit une fois encore que la déclaration sur l'honneur de ne plus faire de compromis avec les conservateurs est un mensonge éhonté quand la direction du PS s'apprête à cautionner une alliance avec la droite libérale.

- La direction du PS a refusé par principe de proposer à la gauche de se rassembler, si possible dès les prochaines élections européennes (mai 2019). Nous leur avons posé la question :
"Puisque vous nous dites que le texte du "chantier Europe" sera le plus à gauche jamais élaboré (parce que vous nous auriez fait des "concessions") - en réalité il ressemble comme deux gouttes d'eau à celui élaboré en 2013-2014 à la veille des élections européennes (celles où Martin Schulz, notre candidat, avait promis de ne plus faire de compromis avec la droite, avant d'exiger des députés européens socialistes nouvellement élu de voter pour Juncker comme président de la commission) - alors il n'existe plus de divergences insurmontables qui empêcheraient que vous proposiez à la gauche de discuter de bases communes pour le rassemblement dès les européennes. Si les autres refusent votre propositions, c'est leur problème mais au moins faites le !"
Il nous a clairement été répondu par Olivier Faure qu'il ne le ferait pas. Nous n'avons pas eu d'explications ; sauf dans des discussions en aparté après la réunion, les membres de son cabinet et de son secrétariat national expliquant qu'on ne discuterait pas de rassemblement de la gauche tant que les électeurs déçus du macronisme ne seraient pas miraculeusement rentrés au bercail électoral... Comment les y amènerait-on ? Mystère, mais surtout pas en tranchant les questions difficiles posées à la gauche selon eux... Il y a fort à parier que passées les Européennes, la direction du PS ne fasse rien non plus pour le rassemblement de la gauche.

- Tous ces constats, plus de nombreux désaccords politiques nous ont conduit à rompre avec la direction du PS. On aurait pu imaginer que le PS apprendrait de la double déroute présidentielle et législative : il n’en est rien… aucun bilan du quinquennat, aucune vision politique, l’inertie règne rendant incapable de parler au reste de la gauche et au mouvement social ou d’être entendus par les Français. La « Renaissance » promise aux militants par Olivier Faure ressemble à une glaciation, car il ne sait trancher en fait entre les socialistes et les soutiens plus ou moins déclarés d'Emmanuel Macron.

* * *

Pour ceux qui nous demandent pourquoi nous ne rejoignons pas Génération.s, quelques mots. Nous avons de nombreux désaccords avec Génération.s, nous ne l'avons jamais caché : sur l'Europe, sur le Travail, sur la République et la Laïcité. Sur la stratégie de rassemblement de la gauche aussi, puisque nous considérons que LFI est un partenaire majeur avec qui il faut discuter, ce que récusent aujourd'hui les dirigeants de Génération.s.

Nous considérons que la priorité pour nous est à construire le parti qui rassemblera les membres de la famille de la gauche républicaine (dont le Mouvement Républicain & Citoyen... et de très nombreux anciens militants que le PS avait désespéré). Ce parti sera la garantie de notre indépendance, de notre capacité à dire à tous les partenaires de gauche qu'il est possible et même nécessaire, si ce n'est indispensable, de se mettre autour de la table pour discuter sans y mettre de conditions préalables : vous aurez remarqué qu'à part peut-être récemment Ian Brossat cette ouverture n'est pas forcément partagée par nos amis... Nous participerons à toutes les initiatives de rassemblement de la gauche et nous irons aux élections européennes dans le cadre de liste de rassemblement. Génération.s aussi peut faire ce choix.

* * *

Voilà, camarades, ce qui explique notre démarche. Elle sera précisée et développée dans les semaines qui viennent. Vous pouvez nous rejoindre en prenant le temps qu'il vous faudra pour cela ; notre porte restera grande ouverte en permanence. Dans le cas contraire, vous pouvez rester informés, si vous le souhaitez ; nous n'avons pas l'intention d'être agressifs ni désagréables avec les militants du PS, ce sont des camarades socialistes.

Frédéric FARAVEL

de gauche à droite, Jean-Luc Laurent, président du MRC, Marie-Noëlle Lienemann, vice Présidente du Sénat, Emmanuel Maurel, député européen, Bastien Faudot, porte parole du MRC, et Catherine Coutard, vice présidente du MRC, le matin du vendredi 19 octobre 2018 à la Brasserie L'Assemblée en conférence de presse

de gauche à droite, Jean-Luc Laurent, président du MRC, Marie-Noëlle Lienemann, vice Présidente du Sénat, Emmanuel Maurel, député européen, Bastien Faudot, porte parole du MRC, et Catherine Coutard, vice présidente du MRC, le matin du vendredi 19 octobre 2018 à la Brasserie L'Assemblée en conférence de presse

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