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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 21:54
logo de la campagne de Marie-Noëlle Lienemann pour les primaires de la gauche en 2017

logo de la campagne de Marie-Noëlle Lienemann pour les primaires de la gauche en 2017

Si les primaires de gauche avalisées - malgré les obstructions de son appareil - par le Parti Socialiste ont bien lieu, je m'engagerai pour Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice socialiste.

Pour des raisons simples :

- Alors que certains se sont égarés, pour des ambitions personnelles, à soutenir des politiques qu'ils savaient mauvaises et surtout en contradiction avec nos engagements, elle a fait partie de ceux qui dès juillet 2012 ont porté une analyse lucide sur l'orientation que prenait dès le départ le quinquennat de François Hollande.

- Comme Bernie Sanders et Jeremy Corbyn, Marie-Noëlle Lienemann a toujours été fidèle à ses convictions socialistes, y compris quand cela la "condamnait" à être durablement dans la minorité alors que le socialisme français cédait trop souvent aux sirènes du social-libéralisme, dont on mesure aujourd'hui l'irrémédiable échec. Cette constance et cette cohérence, alliées à une action permanente pour faire dialoguer entre elles toutes les forces de gauche, me paraissent de nature à favoriser leur rassemblement.

- Depuis plus d'un an, elle n'a pas caché son intention déterminée d'être candidate aux primaires de gauche. Elle a fait avec d'autres depuis 3 ans des propositions économiques, sociales et écologiques solides pour une alternative à la politique libérale de l'offre incarnée par le CICE et le pacte de responsabilité, quand certains qui ont redécouvert leur gauche une fois viré du gouvernement les défendaient encore...

- Elle n'est pas atteinte du crétinisme présidentialiste qui tue une gauche française malade de la 5e république. 2017, dans un contexte on ne peut plus dramatique, démontre que la présidentielle monte à la tête des candidats putatifs et fait enfler leurs ego. A 65 ans, Marie-Noëlle Lienemann n'a pas d'autres ambitions que de servir une restauration de la souveraineté populaire en redonnant son lustre à la démocratie réelle. Avec elle, les engagements pour un changement de République ne seront pas de vains mots.

Je vous laisse découvrir ci-dessous ces premières propositions programmatiques pour les présidentielles de 2017.

Frédéric FARAVEL

 

Décidons ensemble de la France que nous voulons

Les primaires citoyennes ont l’obligation de permettre au peuple de gauche de se faire entendre et de peser sur les prochaines élections. Nous devons affirmer une nouvelle offensive politique, qui doit se construire avec trois priorités :

  • La justice sociale, clé de voûte de la force de la France, de son redressement et de la création d’emplois ;
  • Un nouveau souffle pour le pacte républicain et notre démocratie ;
  • Une France plus indépendante sur la scène internationale.

Premières propositions pour le programme Lienemann 2017

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris, ancienne ministre, membre du bureau national du Parti Socialiste, candidate aux primaires de gauche pour l'élection présidentielle de 2017

Marie-Noëlle Lienemann, sénatrice de Paris, ancienne ministre, membre du bureau national du Parti Socialiste, candidate aux primaires de gauche pour l'élection présidentielle de 2017

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4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 15:25
Michel Rocard à la tribune d'un meeting pour la campagne de l'élection présidentielle de 1969

Michel Rocard à la tribune d'un meeting pour la campagne de l'élection présidentielle de 1969

Michel Rocard nous a quittés samedi 2 juillet 2016. Pour beaucoup d'entre nous, l'émotion est immense, tant il avait pu motiver notre entrée en politique, portant haut ce que certains appellent l'éthique de convicition. Ce qui est certain c'est que Michel Rocard a toujours eu chevillé au coeur et au corps l'idéal socialiste, quels qu'aient pu être ses confrontations avec de nombreux camarades ; tous d'ailleurs lui témoignent encore aujourd'hui et désormais pour l'éternité une grande estime et un immense respect. Débattre avec un homme comme Michel Rocard, que l'on partage ou non ses orientations, c'était finir plus intelligent une fois l'échange terminée. Il représentait l'honnêteté intellectuel et élevait toujours le débat politique.

Au soir de sa vie, il avait continué à nourrir les débats du Parti dont il souhaitait profondément qu'il reste socialiste. ce fut fait notamment à l'occasion des états généraux du socialisme organisé par le nouveau premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis. Que cette initiative ait débouché sur un texte vide et sans saveur intitulé "Charte des socialistes pour le progrès humain", que la direction du PS a déjà oublié (bien qu'elle ait imposé son inscription en préambule des statuts du Parti Socialiste au même rang que notre déclaration de principes, sa référence affirmée à l'écosocialisme est déjà battue en brèche tous les jours par le sous-titre "social-écologie" imposé au PS, qui n'a été validé par personne et n'a pas la même signification qu'écosocialisme), ne fait que souligner plus encore la hauteur de la réflexion de celui qui fut premier ministre et premier secrétaire du PS.

Le texte ci-dessous est sa contribution rédigée en novembre 2014 : elle bat en brèche tout ce que l'on aura pu dire sur le fait qu'il ait introduit le social-libéralisme en France ; elle démontre que tous ceux qui revendiquent son héritage - que ce soit François Hollande, Manuel Valls ou Emmanuel Macron - sont de fait désavoués vertement par sa réflexion et sa vision profondément socialiste et anticapitaliste, là où ils ne proposent qu'une absorption par le néo-libéralisme.

On n'est pas rocardien pour avoir été collaborateur de Michel Rocard, on l'est parce que l'on veut poursuivre et prolonger l'aventure du socialisme démocratique, parce que la vision politique que l'on défend s'ancre dans l'internationalisme et vise à l'émancipation complète de la personne humaine.

Oui, Michel Rocard nous a quittés, sa voix va cruellement nous manquer.

Frédéric Faravel

* * *

Réorienter le PS pour le redresser, une urgence, une nécessité

Le Parti Socialiste de France, vieux de cent dix ans au moment de ses états généraux, vit assurément l'une des crises les plus profondes de sa longue histoire.

Pourtant quel énorme paradoxe. Né du refus de la cruauté sociale inhérente au capitalisme, ce Parti s'est formé et développé autour de la certitude longtemps bruyamment affirmée, puis oubliée sans être pour autant démentie, que le capitalisme, au-delà de sa brutalité intrinsèque, était tout aussi profondément caractérisé par son instabilité structurelle, une instabilité qui mettait en cause sa pérennité et finirait par l'emporter. Or le capitalisme esttoujours là. Le PS a vu s'estomper puis disparaître les raisons de son ancienne conviction.

Pire, la Russie, la Chine et quelques autres ont abandonné l'espoir d'une économie sans marché après l'avoir poursuivi au-delà du crime, car le marché, à l'instar de l'homme lui-même, ne peut vivre sans liberté.

Or, depuis qu'il a survécu à deux méga-massacres appelés guerres mondiales, et aux deux crises les plus gigantesques de son histoire (1929, 2006) le capitalisme semble entré dans une période de convulsions, de drames, et de contradictions dont cette fois-ci, à la différence des précédentes, on ne voit guère comment il pourrait sortir.

Cette multi-crise a trois dominances. La première est que dans tous les pays avancés le système accuse l'usure et la fatigue. La croissance s'est arrêtée. Le capitalisme ne sait plus assurer l'emploi ni le revenu des hommes qui y vivent. Entre le tiers et la moitié de la population y survit dans la précarité et le chômage, 10 à 15 % dans la pauvreté.

La seconde est que la finance est devenue folle. Proliférant sans mesure et sans rapport à l'économie réelle, elle la fuit et se désintéresse de l'investissement pour se replier vers la spéculation au point d'y provoquer des bulles qui explosent quasiment chaque décennie.

La troisième est qu'après des millénaires de silence devant les prédations des hommes la nature se rebelle. Saturée à l'excès de pollutions et de déchets elle nous menace de mourir de chaleur d'ici un siècle ou deux, faute de pouvoir endiguer l'aggravation de l'effet de serre que nous provoquons.

Faut-il voir là les prodromes de cette longue phase chaotique qu'il nous arrivait autrefois de baptiser crise finale ? Faut-il pressentir que le pronostic initial était juste même si les formes de l'évolution sont autres que celles que nous attendions ?

Et voilà que faute d'avoir été fidèles aux intuitions de nos fondateurs nous ne sommes pas prêts.

L'écrasante victoire du capitalisme dans la deuxième moitié du XXème siècle a détruit les formes que nous voulions rationnelles de notre colère et de notre volonté de changement, elle a tué jusqu'à ce qui faisait notre identité (la propriété collective des moyens de production et d'échange), et nous a laissés sans voix comme sans remède efficace contre les injustices et les dysfonctionnements de ce système vainqueur… Nous vivons dans l'impression de n'avoir plus de projet, sinon celui de protester.

Pourtant un examen plus attentif de ce tragique XXème siècle aurait dû nous maintenir réveillés. Mais nous n'en avons pas pris le loisir, préférant préserver et cultiver l'intransigeance pourtant impuissante de nos premières convictions.

Le XXème siècle a battu tous les records historiques de la violence et de l'horreur parmi les hommes : entre 150 et 200 millions de morts violentes, moitié par la sauvagerie des totalitarismes internes (Allemagne, Russie, Chine à titre principal) et moitié par faits de guerre. Il s'agissait d'un conflit de trois quarts de siècle entre quatre coalitions politiques mondiales, trois grandes et une petite : fascisme, communisme, capitalisme pur et dur, et la petite dernière, la nôtre, la social-démocratie.

Dès que la nature des régimes fut claire, le socialisme se voulant démocratique - son nom de baptême est d'ailleurs social-démocratie - et se voyant incapable de renverser le capitalisme, préféra s'y rallier plutôt que de se compromettre en quoi que ce soit avec fascisme ou communisme. Ce fut son honneur, car la liberté était en cause, mais aussi l'appauvrissement de son identité.

Les régimes les plus brutaux et les plus rigides commencèrent par s'entretuer - Allemagne - puis disparurent ou changèrent par implosion - Portugal, Espagne, Russie, Europe de l'Est - ou par mutation - Chine.

Sur la longue période, le socialisme démocratique fut emporté par la tourmente. Déjà pendant l'entre deux guerres, en Europe, en France notamment, puis un peu plus tard en Amérique latine, en Asie du Sud et de l'Est, plus rarement en Afrique, il s'épuisa à vouloir préserver la perspective d'une révolution moins militarisée, plus authentiquement populaire et démocratique. Il n'y parvint et ne fut vainqueur nulle part.

Ce n'est que dans quelques rares pays, en général petits et développés, que la voie élective permit aux socialistes d'arriver au pouvoir et, intelligence, modestie et ténacité aidant, d'y rester longtemps. Le rapport des forces mondial n'y était pas. Un capitalisme agressif, permis et appuyé par le marché, qu'il défendait de manière flamboyante en le pervertissant profondément, avait gagné et imposa ses règles, notamment financières. Dans leur terre de refuge, la Scandinavie, nos amis social-démocrates, sans faire grand bruit, et en un demi siècle, parvinrent pourtant à préserver ce qui pourrait bien être l'essentiel, et que nous serions
heureux aujourd'hui d'avoir su préserver aussi chez nous : la liberté d'abord, le meilleur niveau d'emploi et de bien être pour tout le peuple connu en pays de marché, un haut niveau d'éducation générale et la plus forte protection sociale pratiquée au monde.

Nous autres français avons affecté de dédaigner ces résultats. Nous en voulions plus ; un plus que d'ailleurs nous n'avons su ni définir, ni décider, ni imposer. Nous avons préféré rester attachés à nos propres visions : que la moitié ou quasi des forces produisant pour le marché soit de propriété et de nature publiques, que les entreprises obéissent au commandement politique au moins en matière d'emplois, de prix et de traitement des hommes, que la protection sociale fut étatique plutôt que négociée entre syndicats et patrons… Tout cela n'a guère fonctionné : trop puissant, et à détermination internationale, le marché a tout emporté.

Il en reste tout de même que dans les combats sauvages du XXème siècle, la sociale-démocratie est bien la seule des quatre forces en affrontement qui ne se soit ni dénaturée ni déshonorée. Elle est même arrivée, par la pratique, à établir une sorte de liste des priorités qu'un gouvernement démocratique se doit d'assurer à son peuple et que le capitalisme n'assure plus. C'est un fanal qui est parfaitement de nature à nous éclairer aujourd'hui.

Car le grand capital qui avait su se parer du drapeau de la liberté, au service de qui se sont mobilisés, les peuples, les gouvernements et les armées de toutes les grandes démocraties, a gagné si puissamment et si complètement qu'il s'est senti seul vainqueur. Il n'a plus ressenti le besoin de s'accompagner de contrepoids ni de contrepouvoirs, ni même d'alliés en qui il ne voyait que des empêcheurs de s'enrichir.

Il décida formellement et mobilisa même pour cela des hommes de savoir - le monétarisme, 14 prix Nobel - de se débarrasser désormais de toute entrave à l'édification de fortunes personnelles. Le marché ne saurait avoir ni limites ni règles ni entraves. Et le capitalisme est tombé dans la perversion que nous lui devinions, mais qu'il avait tenu sous contrôle pendant un siècle et demi, celle de mourir asphyxié par le goût du lucre.

Ne même plus croître, ignorer le chômage et la précarité pour les renvoyer à la charité publique et à la police, encourager l'aggravation la plus intolérable des inégalités, nier l'importance et même l'existence de biens publics et d'un secteur public (école, santé, transports), ne plus accepter que l'Etat serve de régulateur aux dérèglements financiers quitte à s'accommoder d'un retour des crises décennales, inciter les états, les entreprises et surtout les particuliers à s'endetter vertigineusement pour continuer à consommer et pour constituer au profit des manieurs d'argent, les banquiers, une rente inutile mais dévastatrice, voilà en quoi consiste le capitalisme financiarisé d'aujourd'hui.

En outre il est tellement affaibli qu'il est totalement incapable de penser et d'entreprendre le sursaut nécessaire pour réconcilier l'humanité et la nature et permettre par là notre survie à long terme.

A l'évidence tout cela n'est guère soutenable, comme l'on dit aujourd'hui, et risque de finir dans des conflits dramatiques. Tout est à inventer ou à réinventer, les objectifs comme les forme de lutte. Tout ce que l'on sait est que la lutte pour la survie de l'espèce, est fatale et qu'elle s'annonce.

C'est dans ce moment et dans cette situation, que certains, y compris dans nos rangs, et faute d'avoir vu le PS de France porteur de solutions pour la période précédente, veulent déclarer sa désuétude et programmer sa disparition. Ce serait pire qu'une folie, une faute et sans doute un geste suicidaire pour la France. Et cela pour bien des raisons. D'abord les forces de progrès et de changement ont toujours besoin d'un emblême,

d'un drapeau, d'un nom qui soit un signe de rassemblement. Dans cette péride inquiétante où s'effondrent nos anciennes convictions et nos savoirs, la seule certitude qui demeure et que la réalité confirme, est que la somme des intérêts individuels qui constitue le marché est incapable de définir et de défendre l'intérêt général. Certes la liberté fut si menacée au XXème siècle qu'il ne faut transiger en rien sur sa priorité. Elle est la respiration des hommes. Mais l'histoire a fait que le nom de la sociale démocratie porte toujours la trace et l'honneur de ces combats. Et ce qui est menacé aujourd'hui est l'intérêt général. Il faut assurer leur compatibilité. Le nom du socialisme, s'il n'a plus guère de contenu concret, dit au moins cela, et ne dit même que cela. Transiger là-dessus serait une concession stratégique dramatique.

Deuxièmement la France n'est pas seule dans cette affaire et il ne s'agit pas que de nous. Si le PS français est beaucoup plus affaibli et déliquescent que beaucoup d'autres, cela ne nous donne en rien le droit de les y entraîner. Plus fortement encore la disparition du sens de l'international est une des causes majeures de l'affaissement du PS français, dimension européenne comprise. Or à peu près tous les objectifs qu'il faut poursuivre maintenant sont internationaux sinon mondiaux : réguler la finance, endiguer l'effet de serre, écologiser nos modes de vie, réconcilier chrétiens et musulmans, assurer la transition énergétique, recommencer la construction européenne, établir avec le milliard de chinois ces rapports d'amitiés complices dans la société civile qui dépassent le commerce comme la diplomatie et que nous savons conduire avec des latino américains et bien des africains, tout cela est transnational. Préservons une affiliation qui peut nous y aider, notre nom compris.

C'est le militantisme qu'il faut réinventer, le recréer moins électoral, plus social territorial, environnemental et international. Nous ne le ferons pas seuls. La terre des ONG est en friche pour nous. Il n'y a aucune raison de les y laisser seules. L'affiliation internationale est ici la clé.

Troisièmement, dans un monde où tous les repères se diluent ou s'estompent, les traditions prennent de ce fait un poids croissant. En crise intellectuelle, la tradition socialiste au moins ne s'est pas déshonorée. Elle demeure, Jaurès n'a pas quitté les mémoires. Et puis regardez les conservateurs de France : ils changent de nom tous les cinq ou dix ans, et ne savent même plus raconter leur histoire. Quant à l'espoir de recréer de l'émotion et du rassemblement autour d'une tradition il est hors de portée pour eux. Pourquoi nous affaiblir ?

Quatrièmement l'essentiel, le sens de la longue durée. L'un des drames les plus profonds de la période et la raison de l'impuissance des autorités de toute nature à y faire face est la disparition du temps long dans nos objectifs, nos réflexions et nos actions. Depuis que l'écran a remplacé l'écrit pour nos informations mutuelles, notre communication et notre culture, tout ce qui est complexe comme tout ce qui se situe et se comprend dans la longue durée a disparu de nos façons de réfléchir. C'est un suicide de civilisation. Les médias le leur demandant, les politiques d'aujourd'hui jouent à l'instantané (effet d'annonce…) ce qui est stupide et inefficace, et contribue à tuer leur beau métier qui consiste à planter des cèdres -des institutions, des procédures, des règles - en évitant de tirer dessus pour qu'ils poussent plus vite quand ils sont petits…

Sauf le cas fort improbable où l'école saurait nous apprendre à utiliser l'écran de façon critique - mais où est la culture nécessaire à cela ? - l'école ne suffira jamais à nous sortir de là.

Le temps long ne peut être défini, défendu et protégé que par des outils qui le servent en priorité. Tel est l'usage des partis politiques.

Camarades je vous le demande, quelle honte et quelle impossibilité y aurait-il pour les socialistes français à dire ceci ?
"Chers concitoyens.

Nous sommes parmi vous les socialistes, nous avons cent dix ans. Nous nous battons de manière continue contre l'injustice et pour une vie meilleure. C'est difficile, le rouleau compresseur capitaliste est cruel, puissant et efficace. Nous avons raté, à l'origine, le projet de révolution démocratique alternatif à la consolidation du capitalisme.

Mais lorsqu'il l'a réussie nous avons su inventer, mettre en place, défendre et longuement protéger cet état de bien être dont nous regrettons tous l'érosion aujourd'hui, sans d'ailleurs jamais comprendre pourquoi certains en France avaient eu l'idée folle et dangereuse de mêler le ciel à cette affaire en le baptisant "Etat-providence".

Ce fut notre plus beau succès, celui au nom duquel nous nous rappelons à vous aujourd'hui. Car nous avons aussi raté l'étape suivante, celle où nous sommes, celle des débuts de la mise en cause du capitalisme acquisitif.

Mais la longue histoire de nos combats nous a fait découvrir les formes nécessaires de la société de demain, réconciliée tant entre les hommes qu'avec la nature.

Sachant le nombre des hommes excessif par rapport aux ressources de la vie, elle sera moins soucieuse des quantités. A croissance lente ou nulle, n'utilisant que de l'énergie renouvelable, elle sera pour cela moins inégalitaire. Hommes et femmes y trouveront davantage leur dignité leur épanouissement et leur plaisir de vivre dans les émotions intenses qu'apportent la culture, la fierté de créer, et la jubilation qu'il y a à maintenir en permanence son corps dans la beauté et la santé. Plus encore elle tirera sa cohésion de la joie profonde que l'intensification, grâce à plus de temps libre, des relations interpersonnelles et familiales permet d'éprouver à la découverte de la richesse de l'autre et de ses différences porteuses d'identité. C'est le projet de la société des hommes pour les hommes. On y redécouvrira le sens perdu de la fête et du chant.

Son émergence sera progressive. Le Parti Socialiste, rénové, s'en veut le gardien. A ne s'occuper que du court terme on risque des écarts et l'éloignement de l'objectif. Les duretés et les échecs de la période récente nous ont servi de leçon : il ne faut jamais, dans les tempêtes du présent, perdre l'essentiel de vue. Or l'essentiel se joue sur la longue durée.

Chers concitoyens, partagez-vous la vision que nous vous en proposons ?"

Si le consensus se fait sur la vision, il vaudra aussi pour la méthode : c'est progressivement, à petits pas, que se mettront en place les éléments de la nouvelle société, dans l'ordre l'énergie, le temps, la culture puis l'art de vivre. La machine devra continuer à marcher tout au long, ses cruautés et ses injustices ne s'effaçant que progressivement.

Cela appelle une dernière réflexion nécessaire, concernant celle-ci le gauchisme.

Qu'est-ce que le gauchisme sinon l'attitude consistant à refuser parce que disqualifié le discours politiquement correct auquel se sont ralliés les institutions et les chefs en place. Il est des moments où une cure de gauchisme est nécessaire pour briser un consensus étouffant. Le gauchisme, je connais, j'en sors, j'en suis, c'est ma famille. J'avais seize ans, mon pays tout juste libéré baignait dans la joie de la liberté retrouvée.

Il tomba d'accord, tout entier, socialistes compris et même dirigeant, pour entreprendre en Indochine la reconquête militaire de son empire colonial perdu. Je dénonçai cette honte, et me découvrit gauchiste. Moins de dix ans après, rebelote, à propos de l'Algérie. L'accord était général, communistes compris et socialistes de nouveau dirigeant. De nouveau je fus gauchiste, et moins seul dès le début. Nous sauvâmes au moins l'honneur de la gauche.

Et puis un bref moment - Mai 68 - je fus un chef gauchiste, estampillé extrémiste par le ministère de l'Intérieur, pour avoir osé réclamer le droit à la parole dans la société hiérarchisée.

Franchement, n'y avait-il pas aussi quelque gauchisme à proclamer dix ans plus tard que l'accord général et solennel de toute la gauche autour du programme commun de gouvernement puis des 110 propositions du candidat ne préparaient pas la vraie transformation sociale dont la France et le monde avaient besoin, et ont d'ailleurs de plus en plus besoin ?

Une cure de gauchisme n'est donc ni pour me surprendre ni pour me déplaire.

Mais, mais… le fondateur du gauchisme, au fond, est un camarade à nous qui s'appelait Karl Marx.

J'ai grand crainte, une inquiétude aux limites du mortel, que nos gauchistes d'aujourd'hui, ne soient en train d'oublier sa première et plus forte leçon. Il ne l'a pas écrite comme telle, c'est sa vie qui la donne. Mais elle est évidente à résumer :

"Camarades, c'est bien de vouloir changer le monde. Mais vous n'y arriverez que si vous commencez, comme je l'ai fait, à travailler comme des forcenés à longueur de vie pour comprendre comment il marche…".

En l'absence d'une soudaine explosion générale, aussi peu probable que souhaitable, ce sera lent. Le peuple que nous défendons aura toujours besoin de ses salaires et de ses emplois, c'est-à-dire que la machine marche. Or elle ne peut marcher que dans ses règles, qui certes ne sont pas les nôtres, mais sont celles dont elle a besoin. Si nous avons ensemble une vraie confiance et une vraie unité autour de notre vision de l'avenir long, nous n'avons pas le droit de dérégler la machine par des brutalisations de court terme qui peuvent l'affaiblir. Il n'y a de gauchisme utile que pertinent et cohérent.

Voilà la vraie raison qui nous fait obligation de renouveler, renforcer, réunir notre parti socialiste, dans la France d'aujourd'hui, le seul outil de demain, si nous savons le préserver des pièges de la gestion du capitalisme avant de l'avoir changé. Ce faisant nous pourrions même contribuer au réveil de quelques partis frères, renforçant par là la chance de voir éclore la société des hommes à la place de celle de l'argent.

Michel ROCARD
Reykjavik, le 2 novembre 2014

La dernière contribution de Michel Rocard aux débats socialistesLa dernière contribution de Michel Rocard aux débats socialistesLa dernière contribution de Michel Rocard aux débats socialistes

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 13:20
La foule des soutiens de Jeremy Corbyn, dans Parliament Square, le soir du lundi 27 juin 2016
La foule des soutiens de Jeremy Corbyn, dans Parliament Square, le soir du lundi 27 juin 2016

La foule des soutiens de Jeremy Corbyn, dans Parliament Square, le soir du lundi 27 juin 2016

Les électeurs britanniques ont pris à revers leurs dirigeants politiques en votant jeudi 23 juin 2016 à hauteur de 52% en faveur du départ du Royaume Uni de l'Union Européenne.

On pourra toujours dire que les référendums en Grande Bretagne n'ont juridiquement qu'une valeur indicative, que les arguments des différents animateurs de la campagne du Leave étaient volontairement mensongers, il n'en reste pas moins que le choix des Britanniques est sans appel ; il convient d'ailleurs que l'activation de l'article 50 du traité de Lisbonne s'opère le plus clairement et précisément possible pour que la séparation - puisque cette séparation regrettable doit avoir lieu - ne laisse pas une trop longue période d'incertitude qui serait dommageable aux autres Etats membres de l'UE.

Pourtant, le gouvernement britannique souhaite prendre son temps : David Cameron qui a expliqué qu'un autre Premier ministre négocierait la sortie qu'il n'avait pas souhaité, reportant ainsi l'activation de l'article 50 au milieu de l'automne prochain. Boris Johnson, ex maire tory de Londres et héraut de la campagne du Leave, fait preuve également d'un manque particulier d'entrain sur la question, alors que la perspective qu'il croyait évidente de succéder à David Cameron au 10 Downing Street ne le paraît pas tant que cela.

On ne dira jamais assez à quel point David Cameron a joué dans cette affaire aux apprentis sorciers. Non pas en choisissant de donner la parole au peuple, que les commentateurs habituels considèrent régulièrement comme irresponsable, mais en imaginant réaliser un coup politique lui permettant de couper l'herbe sous le pied des europhobes et xénophobes du UKIP (qui avaient recueilli près de 27% des suffrages aux élections européennes de mai 2014) tout en obtenant par chantage sur la Commission Européenne et les autres Etats membres des concessions qu'il n'aurait sinon jamais pu glaner.

Son pari au service de ses propres intérêts politiques faisait peu de cas de l'intérêt général de l'Etat qu'il dirige(ait).

Quelques motivations pour la victoire du Leave

Les Britanniques ont toujours entretenu un rapport ambigu à la construction européenne, mais il est certain que la bascule pour la victoire du Leave a réussi en cristallisant le sentiment de ras-le-bol des retraités et des classes populaires. Diane Abbott, députée travailliste (circonscription londonienne de Hackney North and Stoke Newington) proche de Jeremy Corbyn, expliquait que le vote contre l'Union Européenne était en réalité un vote anti-establishment ; Corbyn lui-même (élu d'une autre circonscription londonienne, celle d'Islington North) y voyait le lendemain du vote l'expression de la colère des Britanniques contre les politiques menées depuis plus de 15 ans au Royaume Uni.

Tories et travaillistes ont effectivement soutenu des politiques libérales et austéritaires qui ont durement atteint les classes populaires, coupant en priorité dans le Welfare State, les aides au logement et les allocations (ces dernières voulues par le parti conservateur et avec l'abstention du groupe parlementaire travailliste - parlementiary labour party, PLP). Plus récemment, l'UE n'a pu relevé ses tarifs douaniers pour protéger l'industrie sidérurgique européenne et britannique face au dumping économique chinois, mais cet empêchement fut la conséquence du veto britannique qui négociait parallèlement 30 Mds £ avec des investisseurs chinois : les ouvriers britanniques de la sidérurgie - du Pays de Galles et du nord de l'Angleterre - avaient donc toutes les raisons d'en vouloir fortement tout à la fois au gouvernement Cameron et aux institutions européennes.

L'intégrité du Royaume Uni mise en cause

Le résultat - au-delà de la sortie programmée de l'UE - implique également une longue période de turbulence pouvant mettre en cause l'intégrité même du Royaume Uni.

Les Ecossais ont voté à 62% pour le Remain et le SNP et la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, souhaitent désormais négocier avec le prochain gouvernement britannique un nouveau référendum sur l'indépenance écossaise pour permettre à leur nation de réintégrer l'UE et voir ainsi leurs intérêts mieux défendus. Au-delà du Labour Party, les conservateurs écossais eux-mêmes fortement engagés en faveur du Remain ont fait connaître leur intention de se séparer des tories anglais si Boris Johnson était nommé Premier Ministre.

Au Pays de Galles, le vote reflète à la fois la défiance de la classe populaire contre les tories et l'UE (cf. plus haut) mais aussi la question culturelle, puisque les comtés celtiques ont largement voté en faveur du Remain.

Plus grave et inquiétant, en Irlande du Nord (qui a voté à 54% pour le maintien du Royaume Uni dans l'Union européenne), la séparation entre le vote Leave et le vote Remain reproduit à quelques différences près (pour atteindre 54% il a bien fallu que quelques Protestants locaux votent pour le Remain) les divisions entre communautés nationalistes et républicaines d'une part (Remain) et communautés loyalistes et unionistes d'autre part (Leave). 18 ans après les Accords du Good Friday, ce serait une aggravation de la séparation entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, inacceptable pour les Catholiques irlandais ; Gerry Adams, Martin McGuinness et le Sinn Féin ont donc lancé un appel pour un référendum sur la réunification de l'Irlande afin de restaurer les intérêts de l'île et de sa province nord qui n'a pas souhaité le départ de l'Union européenne. A quelques jours du lancement des marches orangistes, la possibilité de la reprise des violences est plus forte que jamais dans ce pays qui a connu plus de 30 ans de guerre civile et plusieurs décennies supplémentaires d'une forme d'apartheid.

Tentative de "coup" préfabriqué au Labour Party

Si le Labour Party n'a pas su convaincre pour les raisons expliquées plus haut la totalité de son électorat de voter pour le maintien, deux-tiers l'ont cependant suivi et les circonscriptions de Corbyn et Abbott ont respectivement voté à 75 et 78% pour le Remain. C'est pourtant l'axe d'attaque choisi par députées travaillistes, Margaret Hodge (cette dernière est titulaire d'un compte off shore crédité de 1,5M£) et Ann Coffey, pour soumettre une motion de défiance au PLP à l'encontre de Jeremy Corbyn, au prétexte que celui-ci n'aurait pas suffisamment fait campagne pour le Remain.

On perçoit l'absurdité de l'argument - quelles qu'aient pu être les critiques bien légitimes du leader du Labour contre la dérive de la construction européenne : le Labour est le seul parti dont l'appareil ne se soit pas divisé entre tenants du Remain et du Leave, Corbyn menant lui-même de nombreux meetings avant même la fin des élections locales qui s'étaient conclues par une défaite des tories et la stabilité des travaillistes (sauf en Ecosse). Jeremy Corbyn avait lui-même indiqué dès les conclusions du sommet européens sur l'accord avec le Royaume Uni, que la classe ouvrière britannique - malgré la dérive ordo-libérale de l'UE - avait plus intérêt au maintien qu'à l'aventure isolationniste et plaidant pour une réorientation sociale et économique de la construction européenne.

L'objectif de l'opération était ailleurs. Depuis deux mois, le Labour Party était repassé en tête des intentions de vote en cas d'élections générales anticipées, devant les tories de Cameron. Avec le Brexit, la possibilité d'élections anticipées dans l'année qui vient était plus forte que jamais. Il s'agissait donc de se débarrasser d'un leader qui aurait pu alors devenir Premier ministre par tous les moyens, alors que l'establishment travailliste du PLP n'avait jamais accepté la victoire sans bavure de Corbyn en septembre 2015, certains des député(e)s (dont la regrettée Jo Cox) blairistes regrettant ouvertement d'avoir donné alors leurs parrainages à Corbyn pour permettre à ses amis et lui de s'exprimer. Le caractère totalement préfabriqué de cette motion de défiance a d'ailleurs été immédiatement dénoncée par les 12 syndicats ouvriers, membres du Labour et principaux bailleurs de fonds du parti. Cela n'a pas empêché les membres blairistes et brownistes du Shadow Cabinet d'égrainer toute la journée de dimanche leurs très agressives lettres de démission pour saturer l'espace médiatique.

Une confrontation ouverte sur la nature du Labour Party

La première confrontation entre le PLP et le leader travailliste a eu lieu hier soir lundi 27 juin 2016. Mais dans un contexte totalement imprévu. Plus de 10.000 manifestants sont venus devant Westminster - le parlement britannique - apporter leur soutien au chef du parti travailliste, face à la tentative de putsch que souhaite opérer contre lui le groupe parlementaire dominé par l'aile droite blairiste et browniste. Ce type de mobilisation est totalement inédit en Grande Bretagne.

Il y a cependant peu de doutes que le vote de ce soir du PLP aboutisse à la défiance ; mais les députés ont oublié que les statuts du parti travailliste ne permettent plus au seul groupe parlementaire de déposer le leader. L'une des questions importantes est de savoir si Corbyn souhaitera infliger à ses détracteurs une défaite en repassant devant une course au leadership, pour l'instant l'une des inconnues porte sur la capacité de Corbyn à se représenter directement comme leader sortant du parti, car si la conclusion de la commission statutaire du parti ne le permettait pas, il devrait (ou l'un de ses amis) se soumettre à la recherche des 50 parrainages parlementaires désormais nécessaires (35 seulement en 2015) qu'aucun n'obtiendra puisqu'ils ne disposent que d'une trentaine de soutiens parlementaires.

Les membres travaillistes du parlement semblent décidés à littéralement suicider leur propre parti par un calcul de haine et de revanche contre un leader politique - largement soutenu par la masse des adhérents, sympathisants et électeurs travaillistes (sans compter l'unanimité des syndicats) - qui a pour seul tort de ne pas appartenir à leur monde et d'avoir toujours tenu sur la cohérence de ses orientations politiques en faveur de la classe ouvrière.

Corbyn a compris l'attente du peuple britannique et de sa working class ; c'est donc la "révolution blairiste" - c'est-à-dire la conversion totale au néo-libéralisme - que ces députés souhaitent préserver au prix d'un effondrement du parti pour empêcher Jeremy Corbyn de devenir Premier ministre en cas d'élections générales anticipées.

C'est un combat à mort qui s'est engagé où une partie de l'establishment est déterminée à sacrifier les intérêts et les aspirations du peuple britannique pour préserver sa propre position hors sol. Ils n'ont pas compris que la désignation de Jeremy Corbyn en septembre 2015 comme leader du Parti travailliste avait engagé une transformation profonde du Labour où les militants, les sympathisants et les syndicalistes avaient décidé de reprendre le contrôle de leur parti et de remettre en cause les politiques libérales qui rassemblent dans une forme de consensus néfaste députés travaillistes, conservateurs et Lib-Dems.

Cet affrontement ne s'achèvera qu'avec la défaite totale des députés blairistes, menacés désormais par la base de perdre leur investiture (les syndicats et le mouvement corbyniste Momentum ont lancé la campagne #deselectthem pour contester l'investiture des sortants en cas de législatives anticipées), ou par une explosion du Labour.

* * *

David Cameron aura par calcul de basse politique réussi à mettre en cause l'intégrité du Royaume Uni ; les Blairistes par calcul de basse politique pourraient désormais mettre en cause l'existence même de la gauche britannique.

Les coups de billard à 15 bandes qui sont à l'origine du référendum sur le Brexit n'ont pas fini de produire leurs effets...

Frédéric FARAVEL

Le Brexit ouvre une crise cathartique au sein du Labour Party

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 13:10

Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, et Christophe Sirugue, député rapporteur sur le projet de loi El Khomri, pourtant désavoués par Le Foll et Valls hier, seraient en train de travailler à une réécriture du fameux article 2 du projet de loi El Khomri, qui inverse la hiérarchie des normes (La loi est supérieure aux accords nationaux interprofessionnels, qui ont eux-mêmes supérieurs aux accords de branche, qui servent de cadre obligatoire aux accords d'entreprise, les dispositions les plus favorables aux salariés que celles prévues au niveau supérieur étant appliquées).

C'est donc la nouvelle petite histoire qu'on tente de nous raconter depuis hier après-midi. Certains osent même dire que cela se fait en concertation avec Force Ouvrière.

Mais qu'en est-il réellement ?

En fait Christophe Sirugue ne fait que reproposer le pseudo "amendement de compromis" qu'il avait soumis le 10 mai matin au premier ministre et aux frondeurs. Que dit-il ? Que les branches pourraient donner sous un mois un avis sur les accords d'entreprise avant leur signature mais qu'un avis négatif ne serait pas contraignant.

Donc :
1- au regard du flux des accords les branches ne pourront pas tout assumer et un avis positif sera présumé avoir été donné pour des accords qui n'auront pas été examinés ;
2- sans possibilité pour les branches de donner un avis négatif contraignant, on reste bien dans une logique d'inversion de la hiérarchie des normes.

Le problème posé par l'article 2 reste donc entier et on nous prend une fois de plus pour des idiots ; au demeurant, je ne vois pas FO s'engager dans un marché de dupe qui confirme l'inversion de la hiérarchie des normes.

Pour être conséquent et cohérent, il faudrait donc supprimer l'article 2 dans son entier.

Au demeurant si l'exécutif tient tant à ne pas retirer le projet de loi El Khomri, la porte de sortie est assez simple : qu'il accepte de supprimer l'article 1er (qui prévoit qu'une commission réécrive en deux ans le code du travail avec un risque de donner ainsi les clefs de la décision à la droite), l'article 2 (inversion de la hiérarchie des normes), l'article 10 (seuil de conclusion des accords d'entreprise et référendum salarié sous pression patronale), l'article 11 (copier-coller des accords "compétitivité emploi" proposés par Sarkozy en 2012), l'article 30 (aggravation des critères de licenciement économique), l'article 41 (fin du transfert du contrat de travail lorsqu'il y a transfert d'entreprise) et l'article 44 (fin de la médecine du travail concrète).

Sur le reste, on peut discuter.

Frédéric FARAVEL

Loi Travail, article 2 : cacophonie pathétique autour d'un marché de dupe

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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 08:44
Alexander Van der Bellen - nouveau président fédéral de l'Autriche - et Norbert Hofer, candidat du FPÖAlexander Van der Bellen - nouveau président fédéral de l'Autriche - et Norbert Hofer, candidat du FPÖ

Alexander Van der Bellen - nouveau président fédéral de l'Autriche - et Norbert Hofer, candidat du FPÖ

Le candidat centriste soutenu par les écologistes - Alexander Van der Bellen - remporte donc finalement l'élection présidentielle autrichienne. Avec quelques 50,3 % des voix contre 49,7 % à son adversaire d'extrême droite Norbert Hofer (FPÖ). L’écart entre les deux hommes serait d’un peu plus de 30 000 voix.

Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives économiques, postait sur son profil facebook une allusion au "lâche soulagement", terme utilisé par Léon Blum au lendemain des accords de Münich en 1938 (dans un article d'ailleurs extrêmement critique sur ces accords malgré ce qu'en a retenu une mémoire collective défaillante), et l'illusion néfaste qu'il faudrait s'y laisser aller.

Le lâche soulagement ici n'a rien à voir avec la perspective d'une guerre qu'on craint mais dont on sait qu'elle viendra forcément et à laquelle il ne faudrait pas se dérober pour des raisons morales, politiques et historiques ; ici, il s'agit de se satisfaire du barrage très fins qui a empêché le FPÖ d'accéder à une fonction honorifique mais hautement symbolique, sans voir que les dégâts de cette campagne présidentielle autrichienne en annoncent d'autres bien plus graves et dévastateurs.

Jean-Yves Camus, politologue et spécialiste de l'extrême droite, me semble participer de cet aveuglement. Dans un entretien à l'Observateur, il voit dans la défaite de Hofer, l'expression d'un Front Républicain, la démonstration de l'incapacité du FPÖ à rassembler une majorité absolue de suffrages exprimés, une mauvaise nouvelle pour le FN car cela confirmerait que l'extrême droite ne peut arriver au pouvoir.

Face à cette analyse rassurante, il faut répondre par quelques arguments.

Une nouvelle étape dans la progression du FPÖ vers le pouvoir

“Nous avons gagné, de toute façon” disait avec joie Norbert Hofer dimanche, avant donc que les résultats soient connus. Car, pour le FPÖ, un échec à la présidentielle n’est en réalité qu’une demi-défaite.

A la différence de la France, l’élection présidentielle autrichienne n’est en effet pas un scrutin majeur, qui détermine l’orientation des politiques publiques pendant la durée du mandat du vainqueur. Même s’il dispose du pouvoir de destituer le gouvernement sans avoir à justifier sa décision, le rôle du président est surtout protocolaire, contrairement à celui du chancelier. L’Autriche étant un régime parlementaire, les différents partis devraient lancer toutes leurs forces dans la bataille des prochaines élections législatives, prévues en 2018.

Alexander Van der Bellen a remonté son handicap en mobilisant ses électeurs du premier tour, en amenant aux urnes 200.000 abstentionnistes et en réussissant à convaincre un tiers des électeurs d’Irmgard Griss ainsi que près de la moitié des électeurs du candidat conservateur. Il a réuni un électorat féminin (60% des femmes ont voté pour lui) et éduqué (76% de ses électeurs ont au moins le baccalauréat). Il a gagné dans les villes, son concurrent à la campagne. Mais le vote en sa faveur a plus été un vote de rejet qu’un vote d’adhésion. Selon les sondages sortis des urnes, 48% des électeurs d’Alexander Van der Bellen se sont d’abord prononcés contre Norbert Hofer.

C’est en cela que la défaite de Norbert Hofer s’apparente davantage à un contretemps qu’à un réel camouflet. Pendant la campagne, le candidat d’extrême droite avait en effet laissé entendre qu’en cas d’élection, il se tiendrait prêt à dissoudre le Parlement – une mesure jamais utilisée depuis 1930 – afin d’organiser des législatives anticipées. Norbert Hofer a déjà envisagé la suite après sa défaite : une nouvelle candidature dans six ans, et un soutien appuyé au chef de son parti, Heinz-Christian Strache, lors des prochaines législatives. Malgré cette déconvenue, le FPÖ compte bien capitaliser sur la dynamique créée pendant la campagne présidentielle pour l’emporter lors de ce scrutin.

L'Autriche est aujourd'hui gouvernée par un Chancelier social-démocrate, Christian Kern, ancien patron des chemins de fer autrichien, qui a remplacé en catastrophe le 17 mai dernier Werner Fayman (également SPÖ en poste depuis décembre 2008), démissionnaire après le premier tour de la présidentielle. Les deux ex-grands partis autrichiens, le SPÖ et l'ÖVP dirigent ensemble le pays depuis plus de 9 ans (janvier 2007) sous la direction des sociaux-démocrates. Le FPÖ, dont la participation au pouvoir avec Jörg Haider sous la chancellier du conservateur Wolfgang Schüssel entre 2000 et 2007 avait provoqué son explosion puis sa chute dans les sondages, a l'avantage d'être devenu une extrême droite tout à la fois banalisée et seule opposition formelle au SPÖ et à l'ÖVP dont les candidats respectifs ont subi une véritable déroute au premier tour de l'élection présidentielle avec moins de 12% des suffrages exprimés chacun.

Face à une coalition installée qui a effacée toute nuance entre droite et gauche, il y a donc de forte chance que le FPÖ et son populaire leader Heinz-Christian Strache fassent un carton aux élections législatives qui se font à la proportionnelle avec 43 circonscriptions législatives ; il est fort probable que ce parti soit le seul à être en mesure de réunir une coalition majoritaire autour de lui, car SPÖ et ÖVP n'auront sans doute plus les moyens de le faire ensemble. Or ÖVP et SPÖ ont chacun adoubé, à leur manière et à des niveaux différents, le FPÖ comme partenaire de coalition.

La faute des sociaux-démocrates autrichiens... et des sociaux-démocrates européens

En juin 2015, le SPÖ est en pleine crise politique : dans la région du Burgenland, une coalition les unit désormais au FPÖ. Ce choix sans précédent arrive après que le parti d’extrême droite a fait un bond électoral de 6 points, perdus symétriquement par les sociaux-démocrates dans ce qui était un de leurs bastions historiques (région rurale, plutôt pauvre, frontalière avec la Slovénie, la Slovaquie et la Hongrie). La campagne de 2015 s’est jouée quasi-uniquement sur la question des réfugiés. Les habitants ont été convaincus par le discours anti-immigration et «social» du FPÖ.

Malgré de houleux débats internes et le départ d’importantes personnalités du parti, Werner Faymann, alors chancelier et chef du SPÖ, a refusé de sanctionner cette décision, laissant aux responsables régionaux la liberté de leurs alliances, extrême droite comprise. Imaginez que le Nord/Pas-de-Calais/Picardie soit géré par une alliance PS-FN, c'est ce qui se passe en Burgenland. La seule sanction contre le parti social-démocrate autrichien du fait de cette alliance fut ... la suspension de cette région du groupe PSE au Comité des Régions européennes (CoR), un truc que personne ne connaît (avec tout le respect pour le gros travail de Matthieu Hornung ou Christophe Rouillon dans cette Assemblée).

Logiquement, le SPÖ fut incapable de se positionner au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. Comment appeler à battre le FPÖ au second tour tout en étant allié avec ce parti à l’échelle régionale ? Il n'a pas appelé à voter Alexander van der Bellen au second tour. Les responsables du parti ont eu beau dire que « personnellement » ils voteraient pour lui, attitude qui a provoqué la colère de nombreux militants opposés à toute compromission avec l’extrême droite, notamment à Vienne.

Cette pantalonnade a renforcé les partisans d’une alliance avec le FPÖ au niveau national. Au lendemain de la démission de Faymann, un débat interne s’est ouvert autour de cette possibilité, si l’occasion se présentait en cas d’élections anticipées. Ce débat a fait planer pendant quelques jours la menace d’une implosion du parti, avant que le nouveau chef du parti et chancelier ne soit désigné en la personne de Christian Kern, syndicaliste opposé à toute alliance avec l’extrême droite. A l’époque de la conclusion de l'accord au Burgenland, une manifestation contre cette alliance jugée contre-nature avait rassemblé 400 personnes à Eisenstadt, la capitale du Land. Mais les mentalités semblent avoir évolué. Selon un jeune militant socialiste autrichien cité par Le Monde, une consultation interne a révélé que 39% des adhérents du SPÖ se disent désormais prêts à travailler avec l’extrême droite.

Par ailleurs, au-delà d'avoir entretenu une dilution du clivage gauche-droite, le SPÖ a versé comme le font certains en France dans une course à l'échalotte avec l'extrême droite. Le gouvernement Fayman est à l’origine de mesures contraires à ses valeurs. Dernier exemple en date : la très contestée loi « d’état d’urgence » migratoire, inspirée par la politique de Victor Orban en Hongrie. Celle-ci limite le nombre de réfugiés autorisés à rester en Autriche à 37.500 par an et permet à l’administration de refouler des demandeurs d’asile à la frontière s’ils ne sont pas persécutés dans le pays par lequel ils arrivent. La loi restreint le regroupement familial, limite l’attribution de l’asile à 3 ans pour les ressortissants syriens, irakiens et afghans, et rétablit la frontière du col de Brenner avec l’Italie ce qui est contraire aux règles de l’espace Schengen. Elle a été adoptée de concert par les socialistes et les conservateurs. L’extrême droite l’a rejetée parce qu’ils ne la trouvaient pas assez dure, les écologistes et les libéraux ont voté contre pour la raison inverse.

En résumé, une manœuvre politique qui consistait à doubler le FPÖ par la droite n’a généré aucun gain politique pour les socialistes, sans compter les conséquences désastreuses pour les réfugiés. Ironie de l’Histoire, elle a été adoptée le lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, alors même que les deux partis qui la défendaient y ont rassemblé, ensemble, 22% des voix.

La loi migratoire est l’illustration extrême d’une coalition qui amène les sociaux-démocrates à la compromission la plus totale, sans aucun gain électoral. Les électeurs ont fini par mettre définitivement dans le même sac sociaux-démocrates et conservateurs, qu’ils voient comme les garants d’un même système.

L'attitude du PSE et des sociaux-démocrates européens dans cette affaire tient tout autant de la politique de l'autruche que d'une sorte de neutralité complice.

Le PSE continue de compter dans ses rangs Robert Fico, premier ministre slovaque, qui s'est à nouveau allié au niveau national avec l'équivalent local d'Aube Dorée. Le Président du PSE, le Bulgare Sergueï Stanishev - réélu au dernier congrès du PSE en juillet 2015 à Budapest avec 69% des voix des délégués face à .... aucun candidat (son seul challenger l'Espagnol Enrique Baron Crespo s'était retiré sous d'"amicales pressions") -, s'est allié avec un parti ultra nationaliste bulgare.

Le PS avait l'occasion de ruer dans les brancards au congrès de Budapest, et à un moment on pu croire que les délégués socialistes français y aurait mandat pour bousculer le congrès et créer un nouveau rapport de force, et que Les divisions au sein de la délégation SPD permettraient de bouger les lignes. Et d'ailleurs, ça commençait à bouger un peu, tellement ce congrès tournait au grotesque.

Mais finalement, les sociaux-démocrates scandinaves ont été lâches, allant chercher leurs ordres chez Martin Schulz, actuel président SPD du parlement européen et ancien candidat du PSE à la présidence de la Commission européenne, et celui-ci n'eut besoin que de laisser sous entendre que Jean-Christophe Cambadélis pourrait perdre sa vice-Presidence, s'il s'opposait à son complice Stanishev, pour que ce congrès s'achève sans débouché politique.

Ce congrès a démontré à l'extrême que le bateau PSE est vermoulu, pourri de l'intérieur, et que des partis nationaux aussi peu intéressés par un débat de politique européenne, centrés sur des intrigues d'influence minables et des agendas ultra-nationaux, avec des groupes d'activistes roumains ou bulgares amenés sur deniers européens pour faire la claque, un fonctionnement tellement peu démocratique que la présidente de séance anglaise elle même ne croyait pas à ce qu'elle faisait, bref, de tels partis méritent sans doute ce qui leur arrive. Le PSE n'est ni européen, ni fédéraliste. Il est opportuniste. Comme les sociaux-démocrates autrichiens, une fois alliés aux fachos, une fois bien soulagés de la victoire d'un Ecolo pour lequel ils n'ont d'ailleurs pas appelé à voter. Le jour où le PSE menacera d'exclure les députés SPÖ et SMER de son groupe, et virera Stanishev - et donc Schulz, qui ne domine le PSE que par ces combines de politicard rance - il prouvera vouloir entamer sa rédemption européenne.

Le prolongement d'une dynamique national-populiste en Europe

L’Europe a suivi de près le scrutin en Autriche. Et pour cause : l’arrivée de l’extrême droite à la présidence d’un pays de l’Union européenne aurait été une première depuis la seconde guerre mondiale. Même si l’Autriche a peu d’influence sur les institutions européennes, un effet boule de neige était redouté par Bruxelles. Les autres partis d’extrême droite, notamment le FN en France et l'AfD en Allemange, peuvent se référer au bon score de Norbert Hofer. C’est la concrétisation d'une réalité plus que jamais objective, qui offre les éléments d'une rhétorique fonctionnelle consistant à répéter "ce qui s'est produit en Autriche peut devenir réalité dans d'autres pays".

Par ailleurs, dans d’autres pays européens, une droite très conservatrice est déjà au pouvoir. En Pologne, le gouvernement du parti conservateur et eurosceptique Droit et Justice (PiS) a entrepris une série de réformes sur le contrôle des médias et de la justice qui inquiètent l’Union européenne. Des mesures similaires ont déjà été prises en Hongrie par le conservateur Viktor Orban, qui est allié localement aux néo-fascistes du Jobbik. Les deux pays refusent également d’accueillir des migrants, tout comme la Slovaquie et la République tchèque.

Au-delà de ces situations, le score du FPÖ renforce le mouvement «anti- système» dans l’Europe toute entière, de la Scandinavie à la Méditerranée – symboliquement, le jour d’un deuxième tour de la présidentielle en Autriche, un parti d’extrême droite a fait son entrée au parlement de Chypre. La courte victoire d’Alexander Van der Bellen montre que cette ascension de la droite extrême en Europe n’est pas irrésistible mais elle est insuffisante pour être célébrée comme un coup d’arrêt, surtout quand ceux qui devraient être ses principaux adversaires s'accomodent parfaitement de la situation.

Frédéric FARAVEL

Norbert Hofer et Heinz-Christian Strache à Vienne le 22 avril. LEONHARD FOEGER / REUTERS

Norbert Hofer et Heinz-Christian Strache à Vienne le 22 avril. LEONHARD FOEGER / REUTERS

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 11:23

Le lundi 18 avril 2016, l'école de formation proposait à ses participants un panorama historique et politique des gauches européennes. Rémi Lefebvre, professeur à l'université Lille-2, ayant été empêché pour des raisons professionnelles de faire l'intervention prévue ce soir-là, j'ai donc assuré l'intervention.

Alors que la social-démocratie traverse une période de crise prolongée, mêlant tout à la fois des raisons stratégiques, sociologiques et idéologiques, il est utile de regarder quelle est la situation réelle de la gauche en Europe dans sa diversité. Social-démocratie, écologie politique, gauche radicale, les situations varient évidemment énormément selon les réalités nationales, mais de grandes lignes de lecture peuvent se distinguer à l'échelle européenne. Il était donc utile de faire le point sur les convergences, les divergences, les opportunités et les impasses au moment où la gauche espagnole négocie dans des conditions difficiles pour savoir si elle est capable de proposer un nouveau gouvernement.

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Vous trouverez ci-dessous les vidéos de la séance.

 

29e séance de l'école de formation sur le panorama des gauches européennes le lundi 18 avril 2016

29e séance de l'école de formation sur le panorama des gauches européennes le lundi 18 avril 2016

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 23:28

En ce dimanche 24 avril 2016, les électeurs autrichiens ont placé le candidat du FPÖ en tête du premier tour de l'élection présidentielle à 37%, loin devant les partis habituels de gouvernement - SPÖ, sociaux-démocrates et parti du Chancelier, et ÖVP, conservateurs et partenaires du Chancelier, chacun à 11% - ou son désormais challenger écologiste à moins de 20%.

Le SPÖ a refusé de donner des consignes de vote pour le second tour.

Évidemment, les réseaux sociaux s'enflamment et s'indignent. Décidément, pour les uns, les Autrichiens seraient indécrottables et pour les autres ce qui le disent seraient de dangereux naïfs.

Je lis ainsi des commentateurs "autorisés" nous expliquer que la raison de la victoire relative de l'extrême-droite au premier tour de l'élection présidentielle autrichienne est "l'insécurité culturelle"... Insistant sur le très faible taux de chômage (5,8%), ils font à nouveau du piège identitaire la nouvelle boussole de "leur gauche" (peut-on encore l'appeler comme cela ?).

Pourtant en Autriche, pas d'immigration massive non plus pour justifier les obsessions des identitaires à la sauce Valls/Le Guen. Donc où serait le problème ?

Depuis 60 ans, le compromis gouvernemental permanent entre conservateurs et sociaux-démocrates a effacé le clivage droite-gauche (sans oublier l'ultime brouillage de l'alliance régionale SPÖ/FPÖ), éteint toute alternative politique réelle et sous l'effet de la pression néolibérale et ordolibérale il a mis sur la défensive classes populaires et moyennes. Encore une fois, ce sont les questions économiques et sociales et celle de la souveraineté populaire qui produisent la montée du national-populisme. Sans message émancipateur conséquent la gauche socialiste ne peut pas lutter. Reprendre le message national-identitaire ne fait qu'aggraver le problème ! Cette analyse est évidemment valable pour d'autres pays européens, et notamment la France.

Considérer que la mise en cause de l'émancipation républicaine, du progrès social et de la souveraineté populaire soit un problème identitaire serait la seule manière de faire le lien : on a bien compris que ce n'est pas là le fond de la thèse de "l'insécurité culturelle". C'est là où il y a eu dérapage dans l'initiative du Printemps Républicain, dont le manifeste (que j'ai signé, donc qu'on ne me fasse pas le coup de me tromper d'adversaire et d'être aveugle à ces sujets) prétendait défendre une vision combattante généreuse de l'identité républicaine pour une expression de l'identité républicaine qui définit un ennemi intérieur : islamistes, islamo-gauchistes, gauche soixante-huitarde laxite et naïve. La République vivra si elle émancipe et si elle rassemble, sans rien négliger de tous ses adversaires, mais tout réduire comme cela a été fait n'est pas plus efficient en terme électoral. Ce n'est qu'en améliorant les conditions de vie des gens, en redonnant un rôle et une centralité à la majorité sociale du pays (tant du point de vue démocratique que social) que nous reprendrons du poil de la bête. Toute autre stratégie, celle suivie par Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen, et même François Hollande, ne conduira qu'à opposer entre eux des concitoyens qui partagent les mêmes difficultés et les mêmes peines, en offrant un boulevard au FN qui profite de cette confusion pour remplacer dans le débat politique et dans l'imaginaire des électeurs la question sociale par la question identitaire en recevant de fait caution et crédibilité par l'exécutif et ses soutiens.

Que la crise des réfugiés attise encore plus des situations instables où l'extrême-droite joue sur les angoisses de populations fragilisées est assez évident. Que la réalité migratoire soit présente ou lointaine par ailleurs. Le fait que la question des réfugiés aient dominé la campagne présidentille ne change rien au raisonnement. On peut même se dire que dans certains pays la machine à fantasme fonctionne d'autant mieux que l'immigration est absente ou quasi (Autriche, Slovaquie... Quant à la Hongrie, Orbán aurait pu rassurer ses électeurs : personne ne veut y rester) mais la réalité est qu'à force de voter sans que rien ne change, à force de voter et que la situation concrète se dégrade dans la vie quotidienne depuis que la machine à déstructurer les modèles de protection sociale s'est mise en marche, il apparaît légitime aux électeurs de se demander à quoi cela sert de voter ÖVP ou SPÖ (ou à quoi cela sert de voter tout court) et qu'il est plus facile pour les nationaux-populistes de remplacer la question sociale par la question identitaire.

Cela devient consternant quand des "responsables" de "gauche" valident ce remplacement et crédibilisent les thèses de l'extrême-droite plutôt que de reconstruire des perspectives émancipatrices et démocratiques concrètes.

Frédéric Faravel

résultats du premier tour de l'élection présidentielle autrichienne du dimanche 24 avril 2016 (infographie TV autrichienne)

résultats du premier tour de l'élection présidentielle autrichienne du dimanche 24 avril 2016 (infographie TV autrichienne)

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 20:49

Le samedi 9 avril 2016 après-midi aura démontré jusqu'à la caricature les impasses dans lesquelles se trouvent la gauche et tout particulièrement les socialistes, près d'un an avant les élections présidentielles, et qu'il nous faudra dépasser, si nous voulons éviter tout à la fois le ridicule, le déshonneur et l'élimination.

Comme les autres membres des instances nationales du Parti Socialiste, je suis resté enfermé durant quelques heures au troisième sous-sol du 101, rue de l'université dans la salle Victor-Hugo où se réunissait le conseil national du PS. Pendant ce temps, dehors, dans le monde réel, des dizaines de milliers de salariés défilaient dans les rues de Paris et de 200 autres villes du pays pour exiger le retrait du projet de loi El Khomri. C'était pourtant parmi ces personnes que se trouvaient ceux qui ont fait la victoire de la gauche en 2012 et sans doute même de très nombreux électeurs de François Hollande dès le 1er tour. C'était à leurs côtés que nous aurions dû être...

La mobilisation sociale compense à ce stade par la détermination le nombre "attendu" par les impatients ou ceux qui veulent la dénigrer. N'oublions pas que la fatigue et les désillusions ont profondément pénétré notre société et le peuple de gauche : il est dur de dépasser la résignation lorsque les mobilisations sociales sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy qui ont préparé le terrain au retour de la gauche à l'Elysée se sont vues "récompensées" par les reniements récurrents de son successeur. Car à tout prendre, personne - même les plus sceptiques - n'auraient imaginé qu'une telle dérive de la "gauche" au pouvoir fut possible. Plus encore, personne n'aurait imaginé qu'un projet de loi de loi comme celui porté par Myriam El Khomri fut envisageable, surtout à un an des présidentielles alors que les erreurs des 4 années précédentes ont déjà largement érodé le crédit présidentiel, le périmètre et la solidité de sa majorité présidentielle que auraient été nécessaires pour un sujet aussi important (abstraction faite de l'orientation du projet).

Comme pour chaque projet majeur du quinquennat Hollande, excepté le "mariage pour tous", il y a sans doute un élément de sidération récurrent qui accompagne la surprise y compris chez ceux (rares) qui se réjouissent de ses contrepieds. Mais la Nuit Debout semble désormais démontrer qu'un cap est franchi ; au-delà du renouvellement des modes d'actions politiques (pour la France, car on peut y retrouver de manière plus modérée les échos des Indignados de la Puerta del Sol ou du mouvement Occupy aux USA), et sans tomber dans les élucubrations et la novlangue gauchistes de fin d'AG du mouv', cette initiative inédite marque une sorte de "convergence des luttes"... ou plutôt comme le disait spontanément aux journalistes un participants/spectateurs, il s'agit d'une agrégation des mécontentements à gauche, le "ras-le-bol dépasse largement la seule loi El Khomri".

Comme précédemment, le projet de loi prend au dépourvu ceux qui ont permis l'élection de François Hollande - et qui sont aujourd'hui dans la rue - et ses propres soutiens politiques. A aucun moment, le Parti Socialiste n'a été associé aux décisions du quinquennat. Effacé au point de savoir s'il y avait encore un parti et premier secrétaire avec Harlem Désir, c'est peut-être pire encore depuis deux ans avec Jean-Christophe Cambadélis qui multiplient moulinés et coups de menton pour un vide politique tout aussi important. Faisons le bilan, au-delà de la répétition des déroutes électorales, de l'action de Jean-Christophe Cambadélis : ce sont des coups politiques d'appareil... un "référendum" bidon sur l'unité de la gauche aux régionales, une injonction à annoncer son soutien à François Hollande, le running gag de l'Alliance Populaire qu'on lance tous les deux mois, mais surtout le gain d'un congrès fondé tout à la fois sur l'appel au légitimisme et le mensonge (un mensonge réussi car Martine Aubry et ses amis ont préféré être aveugles et sourds, et d'une certaine manière - même en quittant le secrétariat national du PS - continuent de l'être).

Car enfin, répondant à un ami, premier secrétaire fédéral méridional (motion A), en marge du conseil national, qui me reprochait de "pourrir" Camba sur les réseaux sociaux, je tenais à remettre les choses en place : "Dis mois Camba nous dit qu'il applique la motion A votée par les militants en créant l'Alliance Populaire, mais tu ne crois pas que pour réussir et nous sortir de la panade il aurait pu s'enorgueillir d'appliquer sa motion sur des sujets autrement plus cruciaux ? comme le budget 2016 - sur lequel il avait réuni en juillet 2015 une large majorité du BN pour ne rien en faire et capituler devant l'exécutif - ou comme le droit du travail... votre motion dit exactement le contraire du projet de loi El Khomri... tu ne crois pas que c'était plutôt là-dessus qu'on attendait qu'il applique sa motion ?"... "Si, bien sûr..."

pour une analyse de projet de loi El Khomri cliquer ici

J'aurais pu continuer et être désagréable en disant que nous avions atteint le déshonneur sur cette histoire de déchéance de nationalité, avec le ridicule de Cambadélis s'excusant de n'avoir pas réussi à convaincre la droite de voter le compromis de l'Assemblée Nationale qui inscrivait à la fois la déchéance de nationalité et la possibilté de l'apatridie dans la constitution de la République française... Pourtant le Premier secrétaire s'était lui-même dicté devant le BN (et sans lui demander son avis d'ailleurs) les conditions de la sortie de crise : ni stigmatisation des binationaux, ni apatridie... donc Camba s'excuse devant les Français de ne pas avoir convaincu la droite d'adopter une solution qu'il condamnait publiquement devant les socialistes...

Comment s'étonner dans ces conditions que le PS perde des milliers d'adhérents ? Oh, ce n'est pas de façon bruyante... Ceux qui partent ne renouvellent pas leur cotisation plutôt que de claquer la porte avec fracas. Des quelques 135.000 adhérents en capacité de voter au congrès de Poitiers en juin 2015, seuls quelques 75.000 avaient participé. Le résultat en est qu'à peine plus de 86.000 socialistes étaient à jour de cotisation fin 2015 (ils n'ont pas tous voté) et que près de 110.000 adhérents potentiels sont encore dans les fichiers actifs du PS. En un an, le PS a perdu une capacité de 25.000 adhérents et dans les mois qui viennent d'ici la présidentielle il peut encore en perdre autant. On est loin des centaines de milliers de personnes que Cambadélis "voient" s'engager dans la campagne présidentielle.

Comment tenir dans ces considérations ? comment supporter d'assister à un conseil national du PS alors que votre coeur et votre raison vous pousseraient à rejoindre les manifestants ? Comment supporter tout cela pendant qu'on joue la montre, pour éviter de voir des dizaines de membres des instances nationales quitter l'Assemblée Nationale pour partir entre République et Nation, en faisant une présentation hors sol et sans débat contradictoire de l'avant projet de loi Egalité-Citoyenneté ?

Il faut se dire que le sujet majeur de ce CN est suffisamment important pour que le vote qu'on vous demandera  à la fin vous donne le coeur au ventre.

Le CN devait valider la participation théorique du PS à des primaires de la gauche et des écologistes. Les justifications en sont évidentes : avec la tripolisation de la vie politique, largement consécutive aux erreurs commises par François Hollande et ses gouvernements, le rassemblement est la seule manière pour la gauche d'assurer sa présence au second tour de l'élection présidentielle, seule la relégitimation par les débats avec les citoyens peut permettre à l'ensemble de la gauche de sortir de l'impasse dans laquelle ce quinquennat l'a plongée.

Cependant pendant plus de deux heures, jouant de l'évitement, du mépris et souvent de la condescendance, la direction du PS a tenté de fixer des conditions à ces primaires telles qu'elles ne pourraient jamais avoir lieu. L'essentiel se jouent d'ailleurs sur la capacité laissée aux socialistes de présenter plusieurs candidats. Qu'un seul socialiste puisse se présenter face aux représentants des partenaires et la compétition et le débat seraient déséqulibrés, que ce socialiste puisse être le seul président sortant et alors tous comprendraient le marché de dupe d'une opération de ré-adoubement artificiel qui ferait fi du de l'inventaire de son quinquennat.

Vous trouverez ci-joint le texte de la résolution du PS sur les primaires adopté en conseil national samedi à l'unanimité ; je l'ai votée tout en mesurant les difficultés qu'elle contient, car
il reste cependant d'énormes ambiguïtés souhaitées comme telles par la direction :

  • - la pluralité des candidatures socialistes à cette primaire n'est pas encore acquise, elle dépendra avant tout de notre capacité à mettre la pression d'ici juin pour que la direction du parti n'impose qu'une seule candidature PS à la primaire de la gauche. Si tel était le cas et que le CN tranchait entre différentes candidatures pour imposer qu'il n'y en ait qu'une seule face aux candidats des partenaires de gauche, il y a fort à partir que seule celle de Hollande s'il souhaite être candidat aboutirait ce qui ferait avorter immédiatement la primaire tant sur le projet que sur les personnes ;
  • - la direction du PS refuse qu'un cadre commun politique - ne serait-ce que minimum - soit défini, qu'il sorte ou non des débats citoyens qui doivent se tenir de la fin du printemps à l'automne. Ce n'est pas mon avis ni celui de l'aile gauche du PS qui souhaite que les débats citoyens soient pris en compte pour qu'on puisse faire le bilan du quinquennat et que les erreurs commises soient analysées et servent de leçons pour le programme à venir, et que les candidats à la primaire - en plus de soutenir le ou la gagnant(e) - s'engagent à défendre un nouveau rapport de la gauche au pouvoir et une nouvelle pratique des institutions (si ce n'est leur réforme profonde)...
  • - enfin, nous avons un véritable problème à partir du moment où le PS a décidé lors d'un précédent CN de ne pas avoir de programme pour les présidentielles (donc pour les législatives). Si en plus il ne devait y avoir qu'un seul candidat PS autorisé à se présenter dans les primaires, cela signifierait que le PS lui signerait d'autant plus un chèque en blanc sur les propositions qu'il porterait...

À partir du moment où Hollande était le candidat du PS, du MRC et du PRG en 2012, que la majorité parlementaire qu'il contraint (plus que de recevoir son assentiment) est composée des mêmes, que des membres du PS soutiennent sa candidature on ne peut exclure celle-ci a priori sauf à exclure le PS en tant que tel du périmètre de la gauche et donc TOUS ses membres du périmètre. Je le redis le meilleur moyen de démontrer qu'il n'est plus dans le périmètre de la gauche c'est de démontrer que son bilan et sa ligne sont largement désavoués par le peuple de gauche dans une primaire de la gauche. Et moi je regarde ça tranquillement car je suis convaincu que nous pouvons le battre.

Nous pouvons encore obtenir des primaires réellement ouvertes à condition de mettre la pression dans le parti et sur la place publique... Je ne vous cache pas qu'en l'absence de primaires réellement ouvertes je considère que nous serions déliés de tout engagement et obligation vis-à-vis du candidat qui serait soutenu par la direction du parti. Ce candidat sera sans doute éliminé au soir du 1er tour, soldant ainsi le naufrage définitif d'un appareil hors-sol, mais le reste de la gauche - un PCF en perdition qui aura vu le Front de Gauche mourrir de ses contradictions, EELV qui n'en finit plus de se décomposer (seule action directe efficiente mais finalement pas souhaitable non plus de François Hollande) - sera lui aussi explosé et les conditions de la recomposition de la gauche pour l'avenir du pays seront gravement compromises.

A nous donc de faire le lien entre les mobilisations qui commencent pour que François Hollande comprenne enfin que la responsabilté commande qu'il s'écarte ou pour que grâce au rassemblement de la gauche, celle-ci se dote d'une plateforme commune et d'un(e) candidat(e) qui saura la faire sortir de l'ornière et permettra que l'avenir de la République ne soit pas hypothéquée.

Frédéric FARAVEL

 

résolution du CN du Parti socialiste adoptée à l'unanimité le 9 avril 2016 sur les primaires à gauche

Les membres du CN dans la salle Victor Hugo de l'Assemblée Nationale (c. Mathieu Delmestre)

Les membres du CN dans la salle Victor Hugo de l'Assemblée Nationale (c. Mathieu Delmestre)

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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 15:00

LE MONDE DES LIVRES | 23.03.2016 à 18h06 • Mis à jour le 24.03.2016 à 10h36 | Par Serge Audier

Quand la gauche se réinventait. Le PSU, histoire d’un parti visionnaire, 1960-1989, de Bernard Ravenel, La Découverte, 384 p., 24,50  €.

La gauche française traverse l’une des plus profondes crises identitaires de son histoire. Si, pour les uns, il faut accélérer la fin du socialisme et assumer un libéralisme économique décomplexé, d’autres cherchent des alternatives du côté des expériences anticapitalistes comme celle du Chiapas, Etat du sud-est du Mexique et berceau du mouvement zapatiste,ou des mouvements démocratiques comme Podemos en Espagne.
Une approche différente consiste à se retourner sur l’histoire de la gauche française, en examinant ses courants qui, minoritaires ou vaincus, ouvraient de précieux « possibles ». C’est ce que suggère le beau travail historique que publie Bernard Ravenel sur le Parti socialiste unifié (PSU) : son titre, Quand la gauche se réinventait, sonne comme une invitation à réactiver le geste de ce parti politique qui pesa plus que ses faibles résultats électoraux.

Né en avril 1960, autodissous en 1989, le PSU a été le foyer d’un sursaut éthique et démocratique. Porté par des figures politiques et intellectuelles – comme Claude Bourdet, Alain Savary, Gilles Martinet, Pierre Mendès France –, il incarne une « nouvelle gauche » qui se cherche alors un peu partout dans le monde. Mais le PSU répond aussi au contexte français, celui d’une guerre d’Algérie interminable qui viole le principe d’autodétermination des peuples. Devant l’impuissance du Parti communiste et la grave compromission du Parti socialiste – la SFIO de Guy Mollet – dans la sanglante répression algérienne, le PSU veut éviter à la gauche sa déchéance morale.

L’internationalisme restera une des constantes du PSU. Au-delà, il voulait inventer un socialisme dans la liberté, adapté au nouveau capitalisme, qui évite l’autoritarisme stalinien du Parti communiste, mais aussi le pâle réformisme d’une SFIO sous influence atlantiste. Comme son nom l’indique, le PSU visait à réunifier le mouvement ouvrier, scindé depuis le congrès de Tour de 1920 entre socialistes et communistes, sur des bases nouvelles. Issu de trois microformations – le Parti socialiste autonome (PSA), l’Union de la gauche socialiste (UGS) et Tribune du communisme –, il prônait un « réformisme révolutionnaire » original.

« Modifier radicalement les rapports sociaux »

Selon sa charte d’unification, le PSU souhaitait grouper travailleurs manuels et intellectuels pour conquérir le pouvoir et créer une société socialiste. Celle-ci consisterait en une organisation rationnelle de l’économie satisfaisant les besoins de tous, grâce à la collectivisation des principaux moyens de production et d’échange, et par la planification de l’investissement et de la production. Son originalité venait de son aspiration à « modifier radicalement les rapports sociaux » et à « introduire, en même temps qu’une réelle démocratie économique à tous les échelons de la production, la plus complète démocratie politique dans tous les rouages administratifs de la société ». Ce qui supposait une décentralisation des pouvoirs, depuis les régions jusqu’à l’entreprise – on appellera bientôt cela l’« autogestion ».

Cependant, l’unification sera bien difficile, même dans cette modeste formation. Née d’un « mariage de raison », selon la formule du mathématicien Laurent Schwartz, elle avait été cimentée par la guerre d’Algérie. Mais, très vite, bien des clivages, dans des congrès souvent houleux, allaient surgir, sur fond de divergences culturelles, notamment entre, d’un côté, laïcs et athées intransigeants, et, de l’autre, chrétiens de gauche.

Le PSU n’en garde pas moins son identité, y compris vis-à-vis de la stratégie plus classique de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) de François Mitterrand – d’ailleurs peu apprécié à cause, notamment, de son rôle durant la guerre d’Algérie. Le PSU présente en effet la particularité de rester en contact étroit avec les luttes syndicales dans les entreprises, mais aussi avec les luttes étudiantes et les manifestations anti-impérialistes contre la guerre du Vietnam. Nombre de militants syndicaux de la CFDT et d’étudiants de l’UNEF y sont aussi encartés…

Donner une dynamique politique à la rébellion

Aussi comprend-on le rôle-clé que joue ce parti dans le mouvement de Mai 68 – le jeune Michel Rocard s’imposant comme un des organisateurs des manifestations. Alors que le PSU porte des slogans comme « L’université aux étudiants ! L’usine aux travailleurs ! », il entend donner une dynamique politique à la rébellion. Selon les mots du bureau national du 17 mai, celle-ci doit être prolongée vers une union entre ouvriers, paysans et étudiants, autour de « la contestation de l’autorité et la revendication du pouvoir, du contrôle direct des étudiants, des travailleurs, des citoyens sur les décisions qui les concernent ». Si Mai 68 a été une explosion se diffusant de la révolte étudiante au mouvement ouvrier, le PSU n’y fut pas pour rien.

Reste qu’il peine à traduire son implantation sociale en réussite électorale, atteignant après l’échec de Mai 68 un peu moins de 4 % des voix aux élections législatives, tout comme Michel Rocard à l’élection présidentielle de 1969. En outre, après avoir été un des moteurs du PSU, celui-ci deviendra un protagoniste de sa crise interne. Lui et ses amis rejoignent en effet le Parti socialiste lors des Assises du socialisme en 1974, qui arriment au parti refondé par Mitterrand des forces de la CFDT et du PSU, sans que le projet autogestionnaire soit solidement intégré.

Aussi le PSU estime-t-il garder sa raison d’être. Dans l’effervescence post-68, alors qu’un pôle maoïste s’affirme, le parti accompagne les nouvelles luttes dans les entreprises et l’armée, ainsi que les « nouveaux mouvements sociaux » – féminisme, régionalisme, écologie, antinucléaire. Dans les années 1970, il sera au cœur des combats autogestionnaires pour la reprise de l’entreprise Lip de Besançon – Charles Piaget, l’animateur du mouvement, étant du PSU – et des résistances du Larzac. Là encore, il s’agit d’articuler dynamique politique et mouvements sociaux ou sociétaux.

Ainsi, en 1973, le PSU anime le Groupe pour la liberté de l’avortement et de la contraception stéphanois (Glacs), qui pratique des avortements dans les milieux populaires. Un autre combat pionnier portera sur les droits des travailleurs immigrés, victimes de conditions de vie et de travail exécrables. L’une des plus grandes originalités du PSU concerne, enfin, dès les années 1960, le thème de l’urbanisme et, bientôt, de l’écologie – une idée chère au successeur de Rocard à la tête du parti, Michel Mousel. Le PSU mena ainsi campagne sur « la ville livrée au capitalisme », prônant là encore le contrôle par les habitants de leur « cadre de vie ».

Après la victoire de la gauche en 1981, Huguette Bouchardeau, la candidate PSU, devient, en 1983, secrétaire d’Etat, puis ministre de l’environnement. Mais la rigueur et la conversion à l’économie de marché irritent le PSU, tandis que certains de ses anciens membres ou alliés de la CFDT sont des acteurs de ce tournant… Devant cette ironie de l’histoire, Bernard Ravenel, qui resta jusqu’au bout un responsable du PSU, préfère exhumer les « graines de l’avenir » plantées par ce parti démocratique, anti-impérialiste et écologique.

En construisant « un pont entre une génération et une autre », il espère contribuer à revivifier la pensée critique, et suggère que la gauche perd sa raison d’être si elle renonce à démocratiser radicalement la société et l’économie. N’est-ce pas là l’idéal toujours vivant du socialisme ?

Michel Rocard et Pierre Mendès France, lors d’un rassemblement de la gauche, à Paris, le 27 mai 1968. FONDATION GILLES CARON/GAMMA

Michel Rocard et Pierre Mendès France, lors d’un rassemblement de la gauche, à Paris, le 27 mai 1968. FONDATION GILLES CARON/GAMMA

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 13:54

Suite au travail réalisé avec plusieurs collaborateurs de sénateurs socialistes, nous publions une tribune dans Le Plus de l'Obersateur afin d'illustrer l'inefficacité et le caractère inapproprié de l'article 2 du projet de loi de révision constitutionnelle.

Déchéance de nationalité : le PS tourne le dos à ses valeurs. Une expérience traumatisante

LE PLUS. La déchéance de nationalité divisent les socialistes. Alors que l'examen de la révision constitutionnelle doit débuter le 5 février prochain, Naza Mokhtary, secrétaire de la section PS d’entreprise du Sénat, et d'autres collaborateurs parlementaires auprès de sénateurs socialistes, dénoncent dans une tribune le revirement d'une partie importante de leur famille politique sur ce sujet.

Édité par Sébastien Billard 

François Hollande et Manuel Valls place de la République, le 10 janvier 2016 (D. ALLARD/SIPA).

Contre toute attente, car au regard de nos positions pas si anciennes que cela, au regard de la place de l’égalité dans nos valeurs constitutives, on aurait pu s’attendre à ce que les militants, unanimement, fassent obstacle à cette mesure. On assiste au contraire à la décrédibilisation de la parole des militants qui y sont opposés.

 

Une inversion complète de nos repères et de nos valeurs

 

Pourquoi cette aphasie ? Parce que la majeure partie des militants socialistes est constituée d’élus, de collaborateurs d’élus et d’aspirants à être l’un ou l’autre.

 

Les auteurs de cette tribune n’y font pas exception : militants socialistes mais aussi salariés de parlementaires. La pérennité de notre contrat ne repose que sur la loyauté ; et c’est cette loyauté qui, entre autre, nous permet de payer nos loyers à la fin de chaque mois.

 

Nous nous sommes engagés dans cette voie professionnelle avec l’idée et la volonté de défendre les valeurs d’égalité, de liberté et de solidarité. Ces mots ne sont pas vains dans notre quotidien professionnel : ils représentent notre boussole. Aussi, nous ne pouvons nous résoudre à ce qu’un nombre significatif de parlementaires socialistes, sous le regard gourmand de la droite, s’accommodent d’une mesure qu’ils combattaient hier.

 

Nous faisons l’expérience traumatisante d’une inversion complète de nos repères et de nos valeurs, sans pouvoir exprimer haut et fort notre désaccord. Notre silence "public" n’exprime pas tant une crainte personnelle que le souci de mettre notre parlementaire dans l’embarras vis-à-vis de l’exécutif.

 

Une mesure inefficace dans la lutte contre le terrorisme

 

Pourtant, à ce jour, 21 fédérations départementales du PS ont d’ores et déjà pris position contre la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité.

 

Parmi elles, le 15 janvier dernier, la fédération de Paris s’est explicitement prononcée contre, proposant, faute de mieux, l’indignité nationale ; certains de nos camarades et de nos élus n’ont pas manqué de disqualifier nos convictions en taxant nos arguments de "boboïtude parisienne" aveugle aux réalités de la France.

 

À ces camarades, on rappelle humblement et sans gloire que les Parisiens ont vécu au plus près la tragédie ; qu'ils connaissent tous – a minima – quelqu’un qui a perdu un proche. Ce n’est donc pas par irresponsabilité ou cécité que nous sommes opposés à la constitutionnalisation de la déchéance de nationalité.

 

Cette mesure, que tous s’accordent à reconnaître comme inefficace dans la lutte contre le terrorisme, n’a de symbolique que la ségrégation qu’elle opère entre mono et binationaux. L’argument, répété comme un mantra, que la déchéance de nationalité vise les terroristes et pas les binationaux, relève, à ce jour, de la fable.

 

Une réponse inappropriée aux attentats de 2015

 

Nous avons réalisé un tableau portant sur la nationalité des auteurs des attentats de 2015. Aucun d’eux n’auraient pu faire l’objet d’une déchéance à l’exception d’un Franco-belge !

 

Statuts administratifs des terroristes ou ayant été reconnus comme tels, car ayant commis les attentats de janvier et de novembre 2015

 

 

Chacun appliquera à ce tableau sa propre grille de lecture, mais, sans préjuger de la suite, personne ne peut plus dire que la déchéance étendue aux binationaux nés français est une réponse appropriée aux attentats de 2015.

 

Il semblerait que des compromis soient en cours de rédaction. Quelqu’en soit l’issue, on ne peut ignorer que réviser notre Constitution en la matière donnerait toute compétence au législateur – actuel et futur – de déchoir, en fonction de l’émotion du moment.

 

Dans toutes les hypothèses, y compris celle où la droite sénatoriale, majoritaire, envisagerait de jouer la surenchère constitutionnelle et la division, nous tenons à la disposition de nos camarades une note faisant la synthèse des arguments contre l’inscription de la déchéance de nationalité dans notre Constitution.

 

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