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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 14:08

Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 17h55
  Du grain à moudre


  de Brice Couturier

Ecoutez



 
  émission du mercredi 27 février 2008
Les totalitarismes du XX° siècle : la faute à Dieu ou à son oubli ?
 

 
Le président de la république ne dit pas que des gros mots. Il lui arrive aussi de mettre en débat des idées fondamentales. Hélas, ce ne sont pas ces dernières qui font l’objet des discussions les plus nombreuses dans les média. Je vous propose donc d’oublier un instant l’exégèse du désormais célèbre « mot de Sarkozy », « casse-toi, pauvre con ! », pour mettre en débat la thèse qu’il a avancée, lors du dîner du CRIF, à propos du rôle des religions face aux grands crimes de masse du XX° siècle.
« Si les religions sont impuissantes à préserver les hommes de la haine et de la barbarie, le monde sans Dieu, que le nazisme et le communisme ont cherché à bâtir, ne s’est pas révélé tellement préférable. […] Le drame du XX° siècle n’est pas né d’un excès de Dieu, mais de sa redoutable absence. »
Voilà un jugement qui méritait mieux que le procès rituel en bigoterie. Mais il est vrai qu’il a du mal à trouver sa place entre les Guignols de l’Info, les pages peoples des quotidiens gratuits et la Star Ac.
Et pourtant. Beaucoup d’essayistes ont développé l’idée selon laquelle l’expulsion du religieux à la fin du XIX° siècle aurait, en effet, produit un appel d’air, où se seraient engouffrées des religions de substitution, des religions politiques.
Ainsi George Steiner, dans « Nostalgie de l’absolu », explique que l’écroulement du christianisme qui, durant des siècles, en Europe, avait structuré l’imaginaire collectif, a laissé derrière lui, « un vide immense ». D’où l’apparition de toute sorte de « credos de substitution », modelés sur la vieille croyance. Ainsi, le marxisme aurait transposé le paradigme chrétien du Péché originel et de la Rédemption, dans les deux mythes modernes de l’apparition de la propriété privée et de la Révolution communiste, la figure du prolétariat prenant la place du Sauveur. C’est la thèse de la rechute.
Mais il en est une autre, défendue par Eric Voegelin ou par Camus dans « l’homme révolté », selon laquelle la sécularisation est responsable d’une forme de nihilisme inhérente à notre modernité elle-même.
L’homme du Moyen Age, écrit Voegelin, reconnaissait l’existence d’une pluralité d’autorités, susceptibles de se limiter mutuellement. Les « religions intramondaines » modernes élisent, au contraire, un élément du monde et « l’élèvent à la place de Dieu où ils lui cachent tout le reste ». Cela a pu être la Nation, l’Etat, la Science, la race ou la classe. Et pour nous, quoi ?
Le croyant des anciennes religions disposait d’une loi, extérieure et supérieure au monde, qui lui permettait de prendre ses distances envers les choses d’ici-bas, d’en prendre et d’en laisser. L’homme de la modernité ne dispose pas d’un tel recours.
Par ailleurs, le nihilisme contemporain a entraîné une réduction de l’homme à l’Histoire et une relativisation de la notion de vrai. Il est tentant de déduire de la mort de Dieu et du retrait de la transcendance que l’Histoire est désormais le Juge suprême, la Raison même en devenir. Et que l’illumination finale justifie les crimes et les mensonges commis au nom du But sublime.
La religion de l’Histoire a cessé de faire recette, mais elle peut toujours revenir. Quant au nihilisme, suggérer qu’il pourrait bien inspirer à la fois les grands despotes totalitaires du XX° siècle et nos émissions de télé les plus bêtes et les plus vulgaires, justifie que leurs animateurs ne se précipitent pas pour ouvrir le débat…
 

 
Pierre Bouretz.  Philosophe
Directeur d'études à l'EHESS
Membre du Centre d'Etudes Interdisciplinaires des Faits religieux

 
Gilbert Merlio.  Germaniste
Professeur Emérite à la Sorbonne-Paris IV. Président du Conseil scientifique de l'Institut Hannah Arendt de Dresde pour l'étude des totalitarismes

 
Tzvetan Todorov.  Philosophe
Historien des idées
Directeur de recherches honoraire au CNRS


 
 

 
 

 
Hannah Arendt
Les origines du totalitarisme & Eichmann à Jérusalem
Quarto Gallimard - 2 mai 2002


Edition établie sous la direction de Pierre Bouretz.

Cet ouvrage qui se compose de trois parties - L'Antisémitisme, L'Impérialisme et Le Totalitarisme - composé à l'origine en un seul volume, a fait l'objet en France d'une publication en trois volumes séparés, chez trois éditeurs différents, avec intervention de cinq traducteurs différents. Une révision générale s'imposait donc, afin de rétablir la cohérence de l'œuvre. Elle a été effectuée à partir de la dernière édition en langue anglaise revue et corrigée par Hannah Arendt. Ce volume rassemble Les Origines du totalitarisme et Eichmann à Jérusalem. Chaque œuvre est suivie et complétée par un dossier (textes complémentaires, correspondance, dossier critique). Les notes et la bibliographie ont également été entièrement revues et mises à jour. L'ouvrage est complété en particulier par un "Vie et oeuvre" très illustré et un index des noms propres. A noter : la parution, chez Gallimard également, de Lettres de 1925 à 1975, la correspondance entre Hannah Arendt et Martin Heidegger.

 

 
Pierre Bouretz
Qu'appelle-t-on philosopher ?
Gallimard - mars 2006
 

La philosophie se pose souvent à elle-même la question de sa définition. Mais nous ne savons rien, ou presque, de ses manières de faire au jour le jour. Les philosophes aiment en effet à cacher les pistes, tenir secrètes les hésitations et gommer les ratures. Et nous sommes moins curieux des documents de leur travail que de ceux des écrivains, considérant que journaux, brouillons ou correspondances sont déjà de la littérature, pas encore de la philosophie.

Il est bien sûr quelques exceptions, tels les fragments posthumes de Nietzsche, le dossier du Livre des passages de Walter Benjamin, les carnets de Wittgenstein. Mais c'est peu pour tenter de relier le visible et l'invisible, les idées et les intuitions.

Récemment publié, le Journal de pensée d'Hannah Arendt offre de quoi surprendre quiconque est familier de son oeuvre comme le lecteur en quête d'une réponse à la question : qu'appelle-t-on philosopher ? Il illustre admirablement une pratique, un style, un ethos de la pensée.

Arendt est demeurée rétive aux programmes de la philosophie, préférant s'adonner à ce qu'elle nommait «pensée libre». Ses exercices quotidiens doivent beaucoup à la fréquentation des livres classiques, qu'elle cite et commente «pour avoir des témoins, également des amis». Nous y voyons des idées qui surgissent d'un mot noté au hasard des lectures, se déploient en ligne droite ou bifurquent, s'agencent en tables de catégories, trouvent enfin la forme d'un article ou d'un livre. Mais nous y découvrons aussi des chemins qui ne mènent nulle part et les raisons de quelques échecs.

Séjournant dans l'antichambre des livres, serons-nous tentés, pour finir, de donner raison à Kant et dire à sa suite que «le philosophe n'est qu'une idée» ?

 

 
Tzvetan Todorov
L'esprit des Lumières
Robert Laffont - Février 2006
 

Les Lumières appartiennent au passé, puisqu'il a existé un siècle des Lumières ; pourtant, elles ne ne peuvent pas "passer", car elles en sont venues à désigner non plus une doctrine historiquement située, mais une attitude à l'égard du monde. Identifier ses grandes lignes sans détacher le regard de notre époque, pratiquer un va-et-vient constant entre passé et présent, tel est l'objectif de ce petit livre, rédigé par l'un des commissaires de l'exposition. Parmi les thèmes abordés : autonomie des individus et souveraineté des peuples, laïcité et recherche de vérité, universalité et rôle de l'Europe.

 

 
Gilbert Merlio
Les résistances allemandes à Hitler
Tallandier - 2003
 

La première résistance à Hitler est allemande. Elle prend des formes et des moyens divers dans toutes les couches de la société et tout au long de l'histoire du IIIe Reich. La résistance ouvrière poursuit son opposition contre le nazisme engagée sous Weimar, en dépit d'une désunion qui scellera son échec. Devenues illégales, ses organisations sont laminées et apporteront, dans l'exil, leur soutien à des groupes clandestins restés en Allemagne. La résistance religieuse tarde à se manifester, et la responsabilité de la hiérarchie demeure une question épineuse. Toutefois, l'Église (catholique et protestante) sera jusqu'à la fin du Reich un pôle actif de résistance. La résistance des élites traditionnelles, civiles et militaires, encore plus tardive (si l'on excepte le Cercle de Kreisau), fut considérée comme une «révolte de la conscience» de la part d'hommes qui avaient d'abord choisi de collaborer avec le régime. Le point d'orgue en demeure l'attentat manqué contre Hitler le 20 juillet 1944.

La guerre accentuera le malaise des opposants de l'armée suscité par la fâcheuse impression de trahir la patrie. Elle créera également de nouvelles formes de résistance : résistance de la jeunesse (le groupe Rose blanche), renaissance d'une opposition de gauche (l'Orchestre rouge), collaboration avec les travailleurs étrangers dans les usines, résistance de déportés, résistance juive, etc.

Cet ouvrage, qui s'inscrit dans une nouvelle approche de l'Allemagne nazie, raconte et analyse une page peu connue de l'histoire du IIIe Reich et démonte les mécanismes, notamment culturels et politiques, qui conduisirent des hommes et des femmes à payer parfois de leur vie leur refus de la barbarie.


 

 
Pierre Bouretz
Témoins du futur : philosophie et messianisme
Gallimard - 2003
 

Guerres d'ampleur inconnue, rêves d'émancipation brisés, extermination: le XXe siècle a été le cimetière du futur.

Il y a des témoins: de Hermann Cohen à Emmanuel Lévinas, d'Ernst Bloch à Leo Strauss, de Franz Rosenzweig à Gershom Scholem, de Walter Benjamin et Martin Buber à Hans Jonas, ils sont allemands d'origine ou de culture, juifs et philosophes. Leur formation, leurs préoccupations et leur orientation parfois s'opposent mais souvent se croisent: entre l'engagement sioniste et des formes hétérodoxes de marxisme, dans la redécouverte de traditions cachées de l'histoire juive, au carrefour de l'éthique et de la métaphysique. Ils ont en commun d'avoir contribué à introduire dans la philosophie une dimension messianique inédite.

La raison en est que, à un moment donné de leur critique du monde comme il va, l'expérience historique s'est dressée comme un obstacle qu'il fallait se résigner à accepter ou tenter de surmonter pour dégager un nouvel horizon, tourné vers le futur, ouvert à l'utopie, en un mot messianique.

Les plus grands de leurs prédécesseurs avaient annoncé le désenchantement du monde et proposé d'en payer le prix: leurs oeuvres portent la trace d'une morsure du nihilisme. Eux se sont risqués à la résistance et au sauvetage des promesses du monde: c'est la lumière messianique qui éclaire leur oeuvre.

Thèses de Walter Benjamin sur l'histoire, principe de responsabilité envers les générations futures chez Hans Jonas, redéfinition par Emmanuel Lévinas des formes de l'éthique, voici quelques-unes des problématiques qui irriguent désormais la philosophie.

Comment comprendre le paradoxe de ces pensées dont l'écho est d'autant plus universel qu'elles se sont faites d'abord plus juives?

 

 
Tzvetan Todorov
Mémoire du mal, tentation du bien : enquête sur le siècle
Livre de Poche - 2002
 

Todorov juge avec acuité le nazisme et le communisme. Il dénonce cette tentation du bien, responsable de la bombe d'Hiroshima et de la guerre du Kosovo. Il jalonne sa réflexion de portraits d'hommes et de femmes ayant souffert dans leur chair et qui ont résisté au mal sans se prendre pour une incarnation du bien. (Note de l'éditeur)

 

 
dirigé par Paolo D'Irio, Gilbert Merlio
Nietzsche et l'Europe
Maison des sciences de l'homme - 2005

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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 08:56
 
Jaurès contre Sarkozy
La politique gouvernementale à la lumière des écrits de cette figure historique de la gauche.
 
Par Gilles Candar, historien, jaurésien, signataire de l’appel Gauche Avenir
Libération : mardi 31 juillet 2007

La commémoration de l’assassinat de Jaurès, le 31 juillet, prend cette année un relief particulier, en raison des nombreuses invocations, sollicitations et références dont il a été l’objet au cours des récentes campagnes électorales, et en premier lieu de la part du candidat élu président, Nicolas Sarkozy.
 
Sans doute peut-on penser qu’il entrait dans cet enthousiasme récent une part de calcul politique, le plaisir et l’intérêt d’élargir sa base et de jeter la confusion chez l’adversaire. Mais pourquoi pas ? C’est un peu la loi du genre, et au fond, si Jaurès devient aussi une référence obligée de la droite, il assure ainsi sa consécration nationale, fait pleinement partie de notre patrimoine commun, et c’est très bien. Nous pouvons même espérer que les choses vont aller plus loin encore, et, qu’au-delà des hommages et des cérémonies, chacun prenne un peu de temps pour entendre la voix de Jaurès, être attentif à ce qu’il a cru, voulu et pensé.
 
Prenons l’actualité de cet été 2007 : réforme fiscale, loi sur la récidive, réforme des universités. Évitons les polémiques faciles, contentons-nous par exemple de feuilleter la collection de La Dépêche, «journal de la démocratie du Midi» comme elle s’appelait si joliment alors.
 
Le 15 avril 1888, Jaurès, qui est encore loin d’être socialiste - il se définit comme républicain et défend l’action de Gambetta et de Ferry -, s’en prend à la réaction qui veut «accroître les impôts de consommation qui pèsent partout, à la campagne comme à la ville, sur les pauvres gens». Il lui oppose son projet : «Nous voulons remplacer l’impôt foncier par un accroissement des droits qui frappent les successions au-dessus d’un certain chiffre» car «nous pouvons demander quelques sacrifices aux capitaux mobiliers ou immobiliers que les générations se transmettent souvent sans les féconder sans les légitimer par leur travail propre».
 
Sans abuser du parallèle historique, au titre de jeu d’été, ce Jaurès, encore bien modéré, aurait-il voté le projet gouvernemental ? L’autonomie des universités ? Un sujet de prédilection pour Jaurès, maître de conférences à la faculté de Toulouse, avant et après son premier mandat de député, et aussi adjoint au maire de Toulouse (1890-1893) chargé de l’instruction publique dans son ensemble, mais en fait d’abord du projet de création d’une université régionale. Jaurès n’a rien d’un centralisateur, et ce défenseur de la «liberté universitaire» (titre d’un article de La Dépêche, 25 juin 1894) va même plus loin que la plupart des républicains de son temps quand il envisage des «expériences» diverses. Rappelons-nous aussi qu’il vit dans un temps où même l’enseignement secondaire reste réservé à une infime minorité, mais cela dit, le fond de sa pensée est bien que la République suppose une démocratie, donc des citoyens instruits. Sa préoccupation est d’assurer l’enseignement du peuple : c’était alors la fonction de l’instruction primaire, aujourd’hui le même objectif suppose un accès généralisé aux universités, qui ne soit pas seulement formel, mais substantiel. C’est toujours l’enjeu des débats actuels.
 
La récidive ? La délinquance ? Des sujets qui deviennent sans doute des questions politiques au temps de Jaurès, avec déjà la fascination pour l’argent facile, la perte des repères, le rôle des médias dans l’exaltation de «bandits tragiques» [la bande à Bonnot, ndlr] en même temps que la surexcitation des peurs. A l’époque, non seulement Jaurès, mais l’ensemble de la gauche se bat pour une justice plus humaine, qui ne soit pas seulement répressive, mais aussi éducative, qui refuse les facilités de l’élimination sociale. Jaurès mena en vain le dernier grand combat parlementaire contre la peine de mort (1908) avant celui que put faire aboutir deux générations plus tard Robert Badinter (1981).
 
Ce n’était pas facile, mais le généreux Jaurès professait aussi qu’il fallait parfois savoir «dépenser sa popularité» en allant à contre-courant de l’opinion, de la mode, «ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe» (lycée d’Albi, discours à la jeunesse, 30 juillet 1903). Il citait Hugo ( «construire des écoles, c’est abattre les murs des prisons») et qualifia un jour le code pénal de «barbare», un mot rare chez lui. Se serait-il reconnu dans le projet de loi défendu par Mme Dati ?
 
Bien sûr, le monde a changé. Jaurès ne donne pas de solutions pratiques à tout. Mais il reste une référence, un inspirateur : nous l’avons bien entendu voici quelques semaines. Et il n’est pas inutile de revenir aux valeurs sur lesquelles il s’appuyait. Nos interprétations seront diverses, des discussions probables. Mais nous sommes certainement nombreux à espérer qu’une politique de gauche moderne, efficace et résolue puisse continuer à faire entendre et à renforcer l’autorité du message jaurésien. Une initiative comme celle de Gauche Avenir n’a pas d’autre ambition que d’y contribuer.

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19 décembre 2006 2 19 /12 /décembre /2006 17:00
Très belle exposition à voir à Metz jusqu'au 10 mars 2007.

L’exposition Huguenots. De la Moselle à Berlin, les chemins de l’exil, a été imaginée à la suite d’une sollicitation du directeur général du Deutsches Historisches Museum de Berlin, en 2002. Le Professeur Hans Ottomeyer préparait une exposition sur les migrations en l’Allemagne et souhaitait traiter de l’immigration huguenote. Il recherchait un partenaire français disposé à présenter une version française de cette exposition.

Immédiatement conscient de l’intérêt de ce sujet pour le public mosellan, le Conseil général a rapidement manifesté son intérêt pour le projet. Un protocole d’accord a été signé en décembre 2003 à Berlin.

La version berlinoise de l’exposition a été présentée du 22 octobre 2005 au 12 février 2006. Elle a accueilli 50 000 visiteurs.

La version française (bilingue) de l’exposition contera le parcours des huguenots, ces protestants , calvinistes, chassés de France – et tout particulièrement de Moselle – par les persécutions consécutives à la révocation de l’ édit de Nantes par Louis XIV (octobre 1685).

Contraints d’abjurer leur foi, ils furent nombreux à choisir l’exil clandestin et à s’enfuir vers d’autres pays européens : Angleterre, Provinces-Unies (Pays-Bas), États allemands dont surtout le Brandebourg et Berlin.

L’exposition s’ouvrira sur la naissance de l’imprimerie et l’apport essentiel de cette nouvelle technique dans la diffusion des idées de la Réforme.

La présentation de l’implantation et du développement de cette religion nouvelle à Metz et dans le Pays messin aux XVIe et XVIIe siècles seront au cœur du premier volet de l’exposition. Les conséquences de la révocation de l’édit de Nantes seront ensuite traitées par l’intermédiaire d’histoires singulières et véridiques s’appuyant sur les témoignages de huguenots messins ayant raconté leur chemin vers l’exil. La deuxième partie de l’exposition sera entièrement située à Berlin.

La présentation de la ville à la fin du XVIIe siècle, l’accueil des Réformés et l’apport des huguenots à la vie administrative et culturelle de leur terre de refuge seront successivement traités. On s’intéressera enfin à la mémoire huguenote dans les familles descendant de ces huguenots et aux traces encore visibles de cette histoire dans les rues et le parler berlinois.

Le propos sera illustré par cent soixante-dix pièces d’archives, de musées ou de bibliothèques (tableaux, gravures, ouvrages, objets d’art) provenant de grandes collections allemandes et françaises. Le parcours sera ponctué de mises en ambiance qui permettront au grand public – et spécialement aux scolaires – d’aborder plus aisément cette histoire un peu complexe. Un groupe de travail a été constitué avec l’Éducation nationale afin d’élaborer des pistes et des outils d’exploitation qui seront proposés aux enseignants souhaitant visiter l’exposition.

Cette exposition sera accompagnée de nombreuses actions culturelles portées par les services du Département ou par ses partenaires : concerts, contes, circuits de mémoire (comme le chemin des huguenots menant de Courcelles-Chaussy à Ludweiler, en Sarre), visite des temples protestants à Metz et en Moselle avec les offices de tourisme, etc.

La manifestation sera l’occasion de la publication d’un ouvrage de référence, rédigé par d’éminents spécialistes français et étrangers. L’Inventaire régional du patrimoine éditera un Itinéraire du patrimoine présentant les temples protestants de Moselle, conjointement rédigé par Christiane Pignon-Feller, docteur en histoire de l’art et Marie Gloc-Dechezleprêtre, conservateur de l’Inventaire au Conseil général.

Les 18 et 19 janvier 2007, un colloque historique portant sur les « Destins huguenots. Du Pays messin au Refuge allemand » réunira les plus éminents chercheurs sous l’égide de l’Académie nationale de Metz, dans la salle des délibérations du Conseil général. Ce colloque sera complété par un cycle de conférences, à raison environ d’une par mois.

L'exposition a leiu au Temple-Neuf de Metz.
Place de la Comédie
57000 Metz

 

Horaires :

Lundi : 14h00-18h00
Mardi à jeudi : 10h00-18h00
Vendredi : 10h00-20h00
Week-end et jours fériés : 10h00-19h00

En décembre : Dimanche 24 et 31 décembre 2006 : 10h00-16h00
Mardi 26 décembre : 14h00-19h00
Fermé les 25 décembre 2006 et 1er janvier 2007

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4 décembre 2006 1 04 /12 /décembre /2006 10:15

« Pirates et protestants », un documentaire d’Olivier Abel - réalisé par Claude Vajda

Et si la grande épopée de la flibusterie n’avait été que l’écume du même mouvement qui a fait la Réforme protestante ?

C’est que l’océan est en phase avec la nouvelle théologie : il n’y a plus ni roi, ni pape, on est seul avec Dieu, on a tout quitté, obligé de vivre chaque jour sans être trop assuré du lendemain. L’homme se découvre petit dans un monde illimité et Dieu n’en est que plus immense...

En 1492, Christophe Colomb touche terre aux Bahamas. Très vite, le trop vaste empire espagnol et catholique, avec ses conquistadors, apparaît comme le grand pilleur. Les corsaires protestants ont donc été lancés à l’assaut de l’empire catholique espagnol, qui s’était arrogé la plus grosse part du nouveau monde. Pendant un siècle, tous les pirates, qu’ils soient français, anglais ou hollandais, seront pêlemêle désignés comme des luteranos, des « luthériens », par les Espagnols.

Productrice : Séverine Boudier - Adjoints : Jean Figuière - Lydie Roshem-Clinchamps

Assistants de production : Jonathan Gonzalve - Marine Torrente

www.presenceprotestante.com

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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 13:57
LE SOCIALISME FRANCAIS 1797 – 2003

Le socialisme français prend place dans le mouvement ouvrier né au XIXème siècle, qui dénonce le capitalisme et cherche à assurer une répartition plus égale des richesses. Les “Lumières” et la Révolution Française lui donnent un premier ferment : Rousseau émet déjà une sérieuse critique de la propriété privée mais les idées proprement socialistes apparaissent comme telles au cours de la première moitié du XIXème siècle. La «conjuration des égaux» de Buenarotti relate le programme de Gracchus Babeuf (1760-1797) et des insurgés jacobins, exécutés en 1797.

DES HISTOIRES POLITIQUES CONCURRENTES ET COMPLEXES
Sous l’Empire et la Restauration, c’est l’époque des Socialistes “utopiques” qui vont exercer une influence sur les ouvriers-artisans, mais sans jamais envisager les moyens de faire aboutir concrètement leur réflexion... À l’exception d’Étienne Cabet (1788-1856) qui envisage un Etat Communiste autoritaire, où les libertés individuelles sont bannies, tous les penseurs socialistes du temps tentent de conjuguer intervention de l’État et liberté.
Henri de Saint-Simon (1760-1825), noble français, développe le thème de la solidarité sociale et de l’Etat régulateur, il inspirera les premières coopératives ouvrières. Charles Fourier (1772-1837), horloger ruiné, imagine les phalanstères, communautés autonomes assumant toutes les fonctions de la société, il ne condamne pas le capital en lui-même, et si sa réflexion porte en elle un fort courant pour la libération des mœurs, il faut signaler l’antisémitisme qui anime sa haine du “commerce”. Robert Owen (1771-1858), industriel britannique, insiste moins sur l’Etat que sur la nécessité des coopératives...
La génération suivante approfondie encore le débat. Louis Blanc (1811-1882) réclame la nationalisation des grands moyens de production pour contrôler l’économie, et un État qui assure la protection sociale et une législation du travail. Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), ouvrier imprimeur, théorise une société de petits producteurs indépendants, substituant à l’État des associations professionnelles et communales, opposant à une société commandée autoritairement une fédération sur libre consentement de la base. Flora Tristan (1803-1844), féministe et socialiste, propose de constituer en 1843 une Union ouvrière universelle pour obtenir le droit au travail et l’organisation du travail.
Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895), philosophes allemands, tirent les leçons de l’échec relatif des penseurs français. À travers L’idéologie allemande(1845), Le manifeste du Parti Communiste (1848) et Le Capital (1867) ils développent une vision de l’Histoire, de la Philosophie et de l’Économie qui aboutit à un socialisme « scientifique ». La société divisée en classes a vu le pouvoir passer dans les mains de la bourgeoisie détentrice du capital et des moyens de production. 1789 est une « Révolution bourgeoise », la bourgeoisie peut depuis exploiter toujours plus le prolétariat et rabaisser les artisans, leur paupérisation devant aboutir à la Révolution prolétarienne, dirigée par des partis ouvriers révolutionnaires. La dictature du prolétariat dans un État socialiste permettrait d’instaurer la collectivisation des moyens de production ; une société sans classe en sortirait, l’État deviendrait peu à peu inutile et le stade « communiste » de la civilisation permettra à chacun de voir sa liberté et ses besoins satisfaits.

[...]
Télécharger la première partie : histoiresocialistefcse1.doc

VIOLENCE POLITIQUE OU DÉMOCRATIE ?
L’entrée d’Alexandre Millerand dans le gouvernement de Waldeck-Rousseau en 1901, comme ministre du travail, est le principal prétexte d’éclatement le premier regroupement des partis socialistes, mais il s’agit surtout pour chacun de préserver son “pré-carré”. Deux orientations s’opposent :
• celle du Parti Socialiste de France, autour de Jules Guesde (P.O.F., marxiste) mais aussi d’Edouard Vaillant (P.S.R.), qui se veut “révolutionnaire” et condamne le “ministérialisme” ;
• celle du Parti Socialiste Français, autour de Jean Jaurès (socialistes indépendants) et des “possibilistes”, qui soutient le “bloc des gauches” et entend unir les valeurs du Socialisme et de la République, et où se mêlent réformisme et aspirations révolutionnaires.
Les amis de Jean Allémane réunis dans le Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire, tout en restant proches de Jaurès, maintiennent leur autonomie, leur ouvriérisme et leur méfiance vis-à-vis des élus.
Le compromis qui permet l’unité de 1905, imposé par l’Internationale Socialiste, amène le Parti Socialiste Unifié – Section Française de l’Internationale Ouvrière (S.F.I.O.) à adopter une déclaration de principes marxiste qui reconnaît la lutte des classes et qui se donne pour finalité la socialisation des moyens de production et d’échange. Viviani et Aristide Briand quittèrent rapidement la S.F.I.O. pour satisfaire leurs intérêts propres : ils mèneront bientôt des politiques gouvernementales très conservatrices. Les controverses demeurent vives sur la question du pouvoir, sur la place des réformes, sur le rôle du syndicalisme, sur les moyens de lutter contre les menaces de guerre.
Jean Jaurès, cependant, impose peu à peu son ascendant par sa capacité de synthèse entre les idées de réforme et de révolution, entre le patriotisme et l’Internationalisme, qui correspondent mieux que celles de certains marxistes français à un électorat composite où se côtoient ouvriers, paysans, fonctionnaires et intellectuels. À la veille de la guerre, le socialisme devient une force notable (avec 100 députés, il est le deuxième groupe de la Chambre) : un rapprochement s’esquisse avec la C.G.T. syndicaliste révolutionnaire (reprise en mains par Edouard Vaillant et les allémanistes, après la parenthèse anarcho-syndicaliste) et la gauche du Parti Radical dans la lutte contre la « loi des trois ans ».

[...]
Télécharger la deuxième partie : histoiresocialistefcse2.doc


UNE TROISIÈME FORCE ?
Les espoirs et les désillusions marquent les socialistes de l’immédiat après-guerre. Leurs idées influencent très largement les programmes et les politiques de la Libération. Ils jouent un rôle majeur dans les gouvernements du général De Gaulle et ceux du tripartisme (P.C.F./S.F.I.O./M.R.P.). Vincent Auriol devient le premier Président de la IVème République. Mais les socialistes se trouvent aussi confrontés à la concurrence à gauche d’un parti communiste, qui est au sommet de son influence électorale (28,5%), et au centre d’un nouveau parti, le Mouvement Républicain Populaire (démocrates-chrétiens). Leurs médiocres résultats électoraux précipitent une crise identitaire, au regard des ambitions qui les animaient. À Léon Blum et Daniel Mayer – qui veulent ouvrir le parti, lui donner une définition humaniste et en faire un parti de gouvernement qui s’assume – une majorité composite, animée par Guy Mollet (1905-1975) premier secrétaire du Pas-de-Calais, oppose l’identité traditionnelle du parti, défend une ligne marxiste pseudo-orthodoxe et l’unité d’action avec le P.C.F. Le congrès d’août 1946 enregistre la victoire de Guy Mollet, donc des cadres fédéraux contre la direction nationale (ce sera l’unique fois dans l’histoire du parti).
Mais la rupture du tripartisme, en mai 1947, et l’entrée dans la guerre froide, avec la montée du Rassemblement du Peuple Français, amènent la S.F.I.O. à entrer dans des coalitions de “Troisième Force” (S.F.I.O./Radicaux-U.D.S.R./M.R.P.) et développe un anticommunisme assez primaire qui se décalque dans le syndicalisme : les socialistes quittent la C.G.T. désormais à direction communiste et créent Force Ouvrière (avec l’aide de financements américains) tandis que la Fédération de l’Éducation Nationale devient indépendante. La S.F.I.O. vit un malaise permanent, prise entre une doctrine obsolète et les contraintes de politiques médianes qui lui ôtent toute initiative : elle connaît rapidement un déclin électoral et militant.
En 1954, le radical Pierre Mendès-France (1907-1982), plus que Guy Mollet, paraît incarner le renouveau de la gauche non communiste. La guerre d’Algérie accuse les divisions de la gauche : héritiers d’une conception évolutionniste de la décolonisation, analysant le nationalisme algérien dans le contexte de la guerre froide, une majorité de socialistes derrière Guy Mollet, président du Conseil du Front républicain (1956/57), acceptent les contraintes (pouvoir militaire, censure, tortures…) d’un conflit qui ne veut pas dire son nom. Une minorité (Daniel Mayer, Robert Verdier, Gilles Martinet, Alain Savary) met en accusation la politique menée en Algérie et dénonce l’usage de la torture. La scission est inévitable avec la crise du 13 mai 1958 et l’attitude de la direction du parti face au retour du Général De Gaulle : le Parti Socialiste Autonome est fondé à l’automne 1958.
Les premières années de la Vème République sont difficiles pour les socialistes. La S.F.I.O. quitte finalement le gouvernement pour retourner dans l’opposition en décembre 1959. Affaiblie, elle doit faire face à la concurrence du Parti Socialiste Unifié, né en 1960 de la fusion de la fusion du P.S.A., l’Union de la Gauche Socialiste et de différents groupes et clubs de gauche, qui veulent renouveler la politique. Après la fin de la guerre d’Algérie, deux débats majeurs agitent la gauche non communiste jusqu’en 1971 : Comment tenir compte des institutions nouvelles, tout particulièrement de l’élection du Président de la République au suffrage universel ? Comment rassembler les électorats de la gauche ?
François Mitterrand (1916-1996), contre Mendès-France, G. Mollet et Gaston Deferre (1911-1986), impose sa stratégie d’Union de la Gauche avec le Parti communiste en mettant à profit le coup d’éclat que représente sa « glorieuse défaite » devant le Général De Gaulle en 1965. Cependant, la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste (F.G.D.S.), qu’il constitue la même année, n’est qu’un cartel électoral entre la S.F.I.O., le Parti Radical et « sa » Convention des Institutions Républicaines (C.I.R.). La forte progression de la gauche aux législatives de 1967 est remise en cause par les divisions issues des hésitations de la gauche traditionnelle face à Mai 1968.

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L’EXPÉRIENCE JOSPIN OU LA RECONSTRUCTION INCOMPLÈTE DU PARTI SOCIALISTE
Lionel Jospin, surfant sur l’exercice de démocratie militante et son score au 2nd tour de l’élection présidentielle, impose un nouveau processus de rénovation, fondé à la fois sur un “droit d’inventaire” des années Mitterrand et sur la revendication d’un “réalisme de gauche”. Mais la base électorale du parti continue de subir une érosion dans les catégories populaires et chez les jeunes, se centrant de plus en plus sur les classes moyennes et moyennes supérieures. Cependant l’autorité de Jospin permet un apaisement interne propice à un travail politique dans les domaines programmatique, stratégique et structurel.

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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 13:55

CGT et PS : 100 ans de solitude
La séparation, décidée en 1906 à Amiens, empêche l'instauration d'une social-démocratie.
Par Michel WIEVIORKA, sociologue - Libération - mercredi 22 mars 2006

dans quelques semaines, la CGT va tenir son congrès à Lille. Ce pourrait être l'occasion de commémorer utilement le centième anniversaire du congrès de 1906, tenu à Amiens, et célèbre pour la charte qui y a été votée. Du 8 au 14 octobre 1906, la CGT tient congrès, quelques mois après l'échec de la grève générale du 1er Mai. Rédigée, selon la légende, au buffet de la gare d'Amiens par quelques leaders, une motion est proposée par le secrétaire de la confédération Victor Griffuelhes. Elle recueille 830 mandats contre 8, et un bulletin blanc. Ce vote en faveur de ce qui deviendra dans l'historiographie du mouvement syndical la «charte d'Amiens» constitue le principal moment d'unité d'un congrès marqué plutôt par la confusion.

Le texte est court. Il affirme l'indépendance syndicale par rapport aux partis politiques (et aux «sectes»). Il demande à chaque syndiqué de ne pas introduire dans le syndicat «les opinions qu'il professe au dehors» et fait de la CGT l'acteur d'une «émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste». Il préconise comme moyen d'action la grève générale.

La charte d'Amiens a en fait 2 implications décisives. La première est qu'elle marque, pour un temps, l'échec de ce qui s'appelle alors le guesdisme, du nom du leader socialiste Jules Guesde, qui entend subordonner le syndicat au parti, politiquement comme financièrement. Un vote ­ qui précède celui de la charte ­ signifie déjà le rejet de cette orientation, puisque la proposition de Victor Renard (secrétaire de la Fédération du textile et militant socialiste tendance guesdiste), d'établir des relations entre le conseil national du Parti socialiste et le comité confédéral de la CGT, est repoussée par 724 mandats contre 34 et 37 bulletins blancs. Mais ce refus n'est que partie remise car plus tard, durant l'entre-deux-guerres, la CGT deviendra la courroie de transmission du Parti communiste.

Le syndicalisme d'action directe, dit parfois aussi anarcho-syndicalisme ou syndicalisme révolutionnaire, semble en 1906 à son apogée ; en réalité, il ne se remettra pas de la déception et des désaccords consécutifs aux revers subis lors de la grève générale du 1er Mai. Il inaugure alors sans le savoir son déclin historique qui débouchera sur l'entrée dans l'ère de la soumission du syndicat au Parti communiste, et non pas socialiste.

La deuxième implication de l'adoption de la charte d'Amiens est d'autant plus dramatique que nous continuons à en subir les effets : elle annonce l'immense difficulté qu'il y a, en France, à mettre en place une social-démocratie, c'est-à-dire une formule d'articulation de l'action syndicale et de l'action du parti caractérisée par un lien fort mais sans domination de la seconde sur la première. Ainsi, en rejetant le guesdisme, la CGT d'alors s'écarte d'un modèle protocommuniste, plutôt méprisant à l'égard du syndicalisme, préléniniste, ou, si l'on préfère, avant-gardiste, et au marxisme sommaire ­ mais ce qui rend cette charte attachante ne durera pas. En revanche, en marquant leur défiance vis-à-vis du «Parti socialiste, section française de l'Internationale ouvrière» (la SFIO, qui vient, en 1905, d'unifier les socialistes), les congressistes d'Amiens indiquent leur refus d'une association du combat politique, au sein d'un parti, et de la lutte sociale, au sein d'un syndicat. Du coup, il n'y aura guère de double appartenance, de double militantisme, au syndicat et au Parti socialiste ; il n'y aura pas non plus, ou bien moins qu'ailleurs, de forte mobilisation politico-syndicale, ni de capacité à faire remonter directement et systématiquement, par la voie des réformes et de la représentation politique, les attentes ouvrières jusqu'au niveau du système institutionnel et de l'Etat.

La naissance de la SFIO n'a pas créé les conditions favorables à une formule social-démocrate. L'établissement de la République en France, l'instauration de la démocratie, le suffrage universel, le parlementarisme, n'ont pas été le fait des composantes de ce parti antérieures à l'unification. La démocratie représentative leur doit peu. L'espace de la défense et de la promotion de l'idéal républicain est bien davantage occupé par le Parti radical, et celui-ci interdit aux socialistes d'envisager d'incarner le monopole d'une opposition gauche-droite (opposition qui est aussi celle des Républicains) contre leurs adversaires. Empêtrée dans de fortes tensions entre partisans et critiques de la République, entre logiques parlementaires et logiques de rupture révolutionnaire, même si Jean Jaurès peut donner l'impression d'avoir su les résoudre, ne comptant en 1906 que 40 000 adhérents, sans base ouvrière forte, même si elle comporte un nombre significatif d'adhérents et de militants ouvriers, la SFIO ne se présente pas comme l'expression d'une puissante classe ouvrière, d'une «contre-société ouvrière», selon l'expression d'Alain Bergounioux et Gérard Grunberg (1). Son assise est plus municipale que liée au mouvement ouvrier, à ses syndicats, mutuelles ou coopératives. Griffuehles, à Amiens, souligne qu'elle compte avec le pouvoir et en subit la pénétration ; de même, le secrétaire de la Fédération de l'alimentation, Bousquet, signale que, ce parti «comprenant des patrons dans son sein, nous ne pouvons faire alliance avec lui».

Ainsi, il y a 100 ans, et aidé en cela par une SFIO conjuguant le marxisme sommaire de Jules Guesde et une implantation plus municipale que sociale, le syndicalisme CGT refusait tout autant la préfiguration du modèle communiste que la social-démocratie. Il était bien anarcho-syndicaliste. Dans plusieurs pays d'Europe du Nord et centrale se mettaient en place de puissants partis ouvriers, à l'action réformiste coordonnée avec de non moins puissants syndicats. Et, aujourd'hui encore, la France apparaît comme bien éloignée de pouvoir envisager une quelconque formule social-démocrate. Son Parti socialiste souffre d'un déficit s'il s'agit de sa base proprement sociale (en dehors du secteur public et notamment de l'Education nationale, ou de quelques bastions locaux). Il élabore sa politique sans avoir entièrement tranché entre réformisme et rupture. Quant au syndicalisme, il est affaibli, limité pour l'essentiel aux secteurs protégés de la fonction publique et de quelques grandes entreprises, méfiant à l'égard des partis politiques.

Au prochain congrès de la CGT, il est peu probable que des voix se fassent entendre pour commémorer la charte d'Amiens, du moins pour rappeler qu'elle a signifié le contraire de ce qu'est devenue ensuite la Confédération au temps de sa splendeur, avec ses liens de subordination avec le Parti communiste. Mais à Lille, si près d'Amiens, pourquoi ne pas revenir sur l'autre implication de cette fameuse charte, fondatrice du drame politique majeur de notre pays : la difficulté à le doter d'une social-démocratie efficiente ?

(1) L'Ambition et le remords. Les socialistes français et le pouvoir. Fayard, 2005.

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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 13:52
Léon Blum, le socialisme du courage
… Ou le courage du socialisme. Tel est ce qu’on peut retenir du colloque organisé par le cercle Léon Blum qui s’est tenu le mercredi 17 mai à l’Assemblée nationale.

A l’occasion du 70e anniversaire, le Cercle Léon Blum a réuni plusieurs centaines de personnes pour écouter les diverses vies de Léon Blum, de l’Affaire Dreyfus à sa mort. Il est vrai que l’homme a plusieurs facettes. Un jeune bourgeois, intellectuel de gauche qui passe du statut d’observateur engagé à celui de militant passionné de la justice. Grâce à Lucien Herr et à Jean Jaurès, il entre en socialisme. C’est avant tout un homme libre, ce qui explique son arrivée tardive à la tête de la SFIO – ce sont surtout les circonstances qui le propulsent à la tribune du congrès de Tours. Dès lors, à 47 ans, il exerce un magistère moral sur le parti sans y occuper de fonctions de direction.

Blum, c’est bien évidemment l’homme du Front populaire, qui a su réviser ses idées en fonction des possibilités de l’action, sans forcément renoncer. C’est aussi l’homme du socialisme démocratique dont il fallait conserver l’identité face au communisme naissant, aux différentes dérives droitières des néo-socialistes ou des participationnistes.

Blum c’est enfin un homme qui a connu plus que d’autre la souffrance. Juif souffrant d’un antisémitisme venu aussi bien de l’extrême droite, que des communistes ou de ses propres camarades. Victime d’un attentat, des lazzis en pleine Chambre des députés et finalement déporté…

Ce colloque réunissait des universitaires et des politiques. Parmi eux, Alain Bergounioux, Serge Berstein, Ilan Greilsammer, Gilles Finchelstein, Denis Lefebvre, Robert Badinter, Louis Mermaz, Pierre Mauroy, Monique Canto-Sperber, Dominique Strauss-Kahn, François Hollande ou encore Bernard Poignant.

Les actes de ce colloque seront bientôt disponibles sur le site du cercle Léon Blum (www.cercle-leon-blum.org) et en librairie.

Pierre Kanuty

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