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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 10:17

acieries.jpgL'État doit sauver Florange et ses ouvriers ; La sidérurgie européenne ne doit pas disparaître.

Le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, a assuré jeudi à Florange les salariés de l'aciérie ArcelorMittal, que l'Etat ferait tout ce qui est en son pouvoir pour trouver un repreneur aux deux hauts-fourneaux du site, dont l'arrêt définitif pourrait être annoncé lundi 1er octobre par la direction.

Nous saluons l'engagement du gouvernement. Nous considérons inacceptable la mort annoncée de la sidérurgie française et européenne ; nous dénonçons le comportement rapace d'ArcelorMittal et de son PDG Lakshmi Mittal, qui a manipulé pendant des années les salariés de la sidérurgie. Dans ce contexte de prédation économique, la reprise partielle du site semble peu probable ; mais nous ne pouvons accepter la fermeture du site de Florange : la nationalisation temporaire de cette aciérie peut répondre à l’urgence du maintien de l’activité et préparer la restructuration de la filière acier en France.

Montebourg-Florange.jpgLa motion 3 propose au gouvernement de lancer la contre-offensive industrielle et de donner à Arnaud Montebourg les moyens concrets du redressement productif.

Au-delà du seul cas de Florange, la motion 3 « Maintenant la Gauche » développe de nombreuses propositions qui peuvent servir au gouvernement de François Hollande et Jean-Marc Ayrault pour réussir le changement attendu par les Français.

La future Banque Publique d’Investissement devrait privilégier, en lien avec les Régions, les aides aux entreprises sous forme de capital, plutôt que sous forme de simples prêts, en particulier dans les entreprises qui pourraient être rachetées ou partir à l’étranger. La réintroduction de capital public, voire même des nationalisations, fussent-elles temporaires, peuvent constituer des protections majeures dans des secteurs stratégiques ou vulnérables aux prédateurs.

Par ailleurs, nous proposons de créer des outils nouveaux pour favoriser les reprises et transmissions d’entreprises, en particulier à travers des SCOP. Un fonds d’investissement coopératif abondé par un pourcentage des bénéfices des coopératives pourrait démultiplier les opportunités de cette nature.

Une stratégie défensive est aussi indispensable, pour ne pas laisser partir des entreprises, des brevets et des marques. Les lois prévues contre les licenciements économiques abusifs, sur l’obligation de reprise lorsqu’un repreneur crédible se présente et que le propriétaire de l’entreprise veut la fermer sont urgentes et essentielles. Le droit de préférence accordé aux salariés qui sont prêts à reprendre l’entreprise sera aussi très utile.

Frédéric FARAVEL
Mandataire fédéral de la motion 3 dans le Val-d'Oise

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 21:16

BAROMÈTRE DE LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE
BVA – ABSOLUCE – LES ÉCHOS – FRANCE INFO - 26 mai 2010

L’Institut BVA a réalisé ce sondage par téléphone les 21 et 22 mai auprès d’un échantillon de 1005 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus.
La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas, appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, profession du chef de famille après stratification par région et catégorie d’agglomération.

Longtemps attendues, les propositions du PS sur la réforme des retraites sont très bien accueillies, étant jugées nettement «meilleures», et «plus justes» mais aussi, avec un écart moindre, plus «crédibles» et «plus efficaces» que celles du gouvernement.
Il faut dire que le terrain est favorable au PS : les Français tiennent à la retraite à 60 ans comme à un acquis social et, plus globalement, ne considèrent pas qu’il soit inéluctable d’augmenter la durée de cotisation ou l’âge légal de départ à la retraite pour garantir le système pour le moment.
Il est à l’inverse doublement miné pour le gouvernement, non seulement en rupture avec l’opinion sur ces sujets, mais aussi en panne de confiance, les 2/3 des Français (et, désormais 40% des sympathisants de droite) jugeant «mauvaise» sa politique économique.

1. Pas d’effet de la bonne séquence Grecque pour Nicolas Sarkozy concernant la politique économique du gouvernement : les 2/3 des Français et 4 sympathisants de droite sur 10 la jugent mauvaise

Les 2/3 des Français (67%) jugent «mauvaise» la politique économique du gouvernement et seulement 28% la jugent «bonne». Plus fâcheux, si le consensus sociologique dans le rejet n’est guère nouveau (70% auprès des CSP+ et 76% auprès des CSP-), il tend désormais à gagner une part croissante de sympathisants de droite : 40% d’entre eux partagent les jugements négatifs de leurs concitoyens. Ils ne sont plus à présent que 55% à soutenir la politique économique gouvernementale alors qu’ils étaient encore 71% en septembre dernier.
Nul doute pourtant que la bonne séquence médiatique de Nicolas Sarkozy avec son rôle à la fois efficace et discret dans la crise grecque lui servira en tant que candidat en 2011 ou 2012. Pour le moment en tout cas elle ne lui apporte que peu de gains à court terme à la fois en popularité personnelle (celle-ci ne remonte que de quelques points et reste très faible) et de jugements positifs sur son action économique.

2. Le projet du PS sur la réforme des retraites est nettement préféré aux orientations gouvernementales

Une très large majorité de 57% contre 33% de Français estime que le projet de réforme des retraites du PS est « meilleur » que celui du gouvernement (soit 63% contre 37% si on exclue les personnes ne se prononçant pas sur le sujet).
Ils sont encore plus nombreux à estimer que ce projet est « plus juste » : 59% contre 32% (soit 65% de ceux faisant un choix entre les deux).
Plus intéressant, voire surprenant encore pour le PS, s’agissant d’une orientation récente et plutôt en contradiction avec les points de vues les plus souvent entendus dans les médias, une majorité relative de Français estime aussi que ce projet est «le plus crédible» (47% contre 41% soit 53% contre 47% si on exclue les sans opinions) et «le plus efficace à long terme» (42% contre 40%, soit 51% contre 49% sans les NSP).
Bref, c’est une bonne séquence pour Martine Aubry quelques jours seulement après l’annonce de ses orientations tant attendues sur le sujet.
Surtout qu’au-delà de ce soutien de l’ensemble des Français, elle bénéficie d’un plébiscite auprès des sympathisants de gauche, futurs électeurs des prochaines primaires socialistes : 61% des sympathisants de gauche (et 65% de ceux du PS) jugent que le projet du PS est «le plus efficace à long terme», 66% (75% au PS) qu’il est «le plus crédible», 79% (86% au PS) qu’il est «le meilleur» et 81% (86% au PS) qu’il est «le plus juste».
Sociologiquement aussi, le résultat est sans appel : le projet socialiste l’emporte sur chacun des indicateurs à la fois auprès des catégories populaires où il écrase le projet du gouvernement, mais aussi, auprès des catégories supérieures où il le domine, mais de façon moins écrasante (notamment sur les aspects «crédibilité» et «efficacité»).
Outre les sympathisants de droite, les retraités (et les plus de 65 ans), qui sont aussi les plus partisans d’un allongement qu’ils ne subiront plus, sont les plus nombreux à privilégier le projet du gouvernement.

3. Les Français rejettent massivement le report de l’âge légal et, plus globalement, considèrent que l’augmentation de la durée d’activité n’est pas le seul moyen de garantir le système

Le succès d’opinion de Martine Aubry est indiscutablement une bonne nouvelle pour elle. Mais au-delà de sa grosse séquence médiatique de la semaine dernière il s’explique surtout par un contexte d’opinion à la fois très hostile au gouvernement, mais aussi, depuis longtemps favorable aux orientations qu’elle vient de prendre : contrairement à l’immense majorité des commentateurs, médias et «expertologues» divers sollicités depuis des années sur le sujet, les Français, très attachés au principe du maintien de l’âge légal à 60 ans «en tant qu’acquis social» (57% contre 41%), rejettent (53% contre 41%) le caractère inéluctable de l’augmentation de la durée d’activité, estimant «qu’on peut très bien garantir notre système de retraite sans avoir à augmenter pour le moment la durée de cotisation ou à repousser l’âge légal». Evident nouveau signe de fracture entre le peuple et les élites !
Les lignes bougent toutefois sur le sujet …
- à la fois dans le temps : le report de l’âge légal s’il est toujours largement rejeté l’est moins qu’en janvier dernier (+7 points d’acception sur le fait qu’il soit repoussé au-delà de 60 ans) et il y a fort à parier qu’il l’aurait été encore moins dans les mois à venir si le PS avait embrassé la position de DSK plutôt que celle de Martine Aubry.
- et au niveau des clivages politiques (la gauche rejette, la droite plébiscite) mais aussi sociologiques : sur les deux sujets il y a consensus entre l’ensemble des actifs qu’ils soient catégories supérieures ou populaires à rejeter majoritairement le report de l’âge légal comme le caractère inéluctable de l’augmentation de la durée d’activité.

Tout au plus observe-t-on un rejet plus fort encore parmi les catégories populaires (74% et 65%). En revanche, actifs et inactifs s’opposent totalement entre eux sur ces questions, les inactifs, retraités et plus de 65 ans, demandant majoritairement aux autres de travailler plus : 55% sont favorables au report de l’âge légal et 54% affirment le caractère inéluctable de l’augmentation de la durée d’activité.

Au-delà du gouvernement – en rupture avec une large majorité de Français sur le sujet – ce résultat devrait sans doute inviter à la réflexion médias et commentateurs qui, comme en 2005 sur le TCE, mettent en avant tous ou presque une position dominante voire évidente parmi « les élites », mais pas du tout auprès du « peuple ».

Analyse réalisée par Gaël Slimane, DGA de BVA opinions

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 15:03
EURO ET GRÈCE : COMMENT SORTIR DE LA CRISE ?
Instaurer un mécanisme de stabilité financière est indispensable, par Pervenche Berès et Poul Nyrup Rasmussen

LE MONDE | 05.03.10 | 13h15

Le débat autour de la dette grecque doit marquer une étape critique dans les annales de la gouvernance économique européenne. Au rythme où vont les choses, il pourrait s'agir d'une occasion manquée : au lieu de considérer que nécessité fait loi pour exercer la solidarité européenne et créer enfin une forme de gouvernement économique, le Conseil et la Commission acculent le gouvernement et le peuple grecs au mur. Certains propos sur le laxisme grec opposé à la rigueur allemande laisseront des traces...

Les tergiversations autour de la mise en place d'une forme d'emprunt européen ont déjà fait apparaître pour certains le Fonds monétaire international (FMI) comme prêteur de dernier ressort, ébranlant ainsi les fondements mêmes de l'Union économique et monétaire (UEM).

Et lorsque l'on se retourne vers l'Union européenne, c'est la Banque centrale européenne (BCE) qui semble s'imposer comme l'institution crédible. Aujourd'hui, si l'ensemble des gouvernements ne prennent pas leurs responsabilités, le déséquilibre que nous constatons entre le pilier économique et monétaire de l'UEM pourrait être encore aggravé au profit de l'union monétaire.

La question grecque est européenne puisqu'elle signe l'échec du pacte de stabilité et de croissance comme outil de gouvernance de la zone euro. Il a laissé les divergences de productivité croître entre Etats membres, n'a pas permis à la zone euro d'atteindre sa croissance potentielle, n'a pas protégé les économies qui l'ont appliqué à la lettre (l'Espagne), n'a en rien évité la situation grecque et a permis d'éluder un débat sur les stratégies non coopératives de certains membres de la zone euro. Sa version révisée en 2005 devait renforcer son caractère préventif et mettre l'accent sur le critère de la dette...

La question de la soutenabilité des finances publiques est essentielle et les Grecs doivent mettre de l'ordre dans ce domaine, faire preuve de responsabilité. Mais ce qui se passe aujourd'hui en Grèce est une véritable attaque spéculative qui concerne toute l'Europe. Nous assistons à la troisième phase du grand krach : après le déclenchement d'une crise de liquidités le 9 août 2007, la chute de Lehman Brothers et une crise de solvabilité du système bancaire le 15 septembre 2008, le 5 février marque l'apparition d'une crise de solvabilité d'Etat. C'est parce que nous n'avons toujours pas remis les marchés financiers à leur place que les spéculateurs peuvent aujourd'hui attaquer la Grèce.

Pour les dirigeants européens qui n'ont eu de cesse de clamer leur volontarisme à moraliser les marchés, c'est le moment d'agir.

Les ministres des finances de la zone euro ne peuvent pas contraindre la Grèce sans l'aider. Ce qui a été fait pour des Etats en dehors de la zone doit être possible en son sein. L'idée qu'un pays de la zone euro ne puisse bénéficier du même type d'aide repose sur l'idée qu'un Etat appartenant à la zone euro n'a plus à être protégé de la pression des marchés sur sa balance des paiements. Mais l'attaque dont la Grèce est victime à travers l'intervention des agences de notation de crédit et des marchés rétablit cette exposition spéculative.

Nous proposons, sur la base de l'article 122 du traité de Lisbonne, la mise en place d'un mécanisme de stabilité financière géré par la Banque européenne d'investissement (BEI) afin de venir en aide aux Etats membres de la zone victimes d'attaques spéculatives. Ce serait la première étape vers la construction d'un marché européen de la dette souveraine qui permettrait à la zone euro d'être un espace aussi attractif pour les capitaux étrangers en quête d'investissements que le marché américain.

Ensuite, le peuple grec ne peut pas être appelé à faire des efforts considérables, pendant que Goldman Sachs continue à vendre tranquillement des CDS (credit default swaps) en Europe, où aucune transparence n'existe puisqu'il s'agit d'acteurs uniquement sous l'autorité des Etats-Unis.

La situation actuelle appelle à des actions immédiates : l'interdiction des ventes à découvert, en particulier des CDS, et la possibilité pour la future autorité européenne de supervision des marchés financiers de prendre ce type de décision. Cette interdiction doit s'accompagner de l'ouverture d'une enquête sur les conflits d'intérêt de la banque d'investissement Goldman Sachs. En tant qu'autorité de la concurrence, la Commission a les pouvoirs en main pour agir. Aujourd'hui, seule la Réserve fédérale américaine (FED) a annoncé devant le Congrès américain vouloir se pencher sur cette question.

La France est coupable de l'état de ses finances publiques, largement lié à des cadeaux fiscaux faits de manière inconsidérée par l'actuel gouvernement.

La coalition au pouvoir en Allemagne est coupable de penser qu'elle pourrait prospérer seule avec une stratégie d'exportation alors que ses partenaires seraient malades. L'Union économique et monétaire ne survivra pas à de tels égoïsmes.

Pervenche Berès est présidente de la commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen ;
Poul Nyrup Rasmussen est président du Parti socialiste européen, ex-premier ministre du Danemark (1993-2001).
Article paru dans l'édition du 06.03.10

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 11:05

Tribune de Benoît Hamon parue dans Les Echos le 27 avril.

A l’heure où la plupart des dirigeants des pays occidentaux rivalisent de superlatifs pour professer qu’avec la crise financière « l’ère du secret bancaire est révolue » et qu’il faut « changer le système », le Parlement européen est, lui, passé aux travaux pratiques.

On estime chaque année le montant total de la fraude fiscale dans l’Union européenne à 200 milliards d’euros. Rapportée au budget de l’Union en 2008 (133 milliards d’euros) ou aux montants cumulés des déficits publics dans l’Union européenne, on comprend combien la perte de ces sommes colossales affecte les Etats membres. En effet, l’addition des plans de relance européens approche 1,5 % du PIB de l’Union, là où la fraude fiscale s’établit à 2 % du PIB. L’injection massive d’argent public pour sauver le système bancaire motive donc les Etats à réclamer de solides contreparties aux banques européennes pour recouvrer les recettes fiscales que le secret bancaire permet de leur soustraire. Ce contexte explique que j’ai trouvé une majorité au Parlement européen pour soutenir une politique ambitieuse de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, dont la portée dépasse la révision de la seule « directive épargne ».

Mon rapport propose à l’Union européenne de franchir une étape décisive dans trois domaines.

Le premier consiste à porter un coup direct au secret bancaire par l’abrogation en 2014 du système de retenue à la source encore appliqué par le Luxembourg, l’Autriche et la Belgique. En 2008, la France a reçu des pays pratiquant le secret bancaire 64 millions d’euros au titre des impôts dus sur les intérêts de l’épargne. 38 millions en provenance de la Suisse et 13 en provenance du Luxembourg, principales destinations européennes des résidents français pour leurs placements en épargne. Qui sont-ils ? Combien sont-ils ? Comment vérifier l’exactitude des sommes perçues. Cela échappe à Bercy comme à ses homologues de 24 des 27 Etats membres dont les ressortissants placent tout ou partie de leur épargne dans les pays de l’Union pratiquant le secret bancaire. Les parlementaires européens ont donc décidé que le système d’échange automatique d’information s’applique à tous les Etats. L’engagement de l’Europe à abroger le secret bancaire d’ici à 2014 est aussi un choix pragmatique qui place l’Union en position de force dans ses futures négociations avec la Suisse et tous les pays tiers qui accueillent aujourd’hui les milliards de l’évasion fiscale.

Le second acquis de ce texte porte sur le champ d’application de la directive. La fraude fiscale s’exerce la plupart du temps par personne morale interposée. Le champ de la directive a été élargi aux fondations et aux trusts derrière lesquels se cachent des personnes physiques cherchant à échapper à l’impôt. Le cas du Liechtenstein a illustré cette pratique mettant en scène une multitude de fondations factices abritant en réalité des contribuables allemands ou français indélicats. Au-delà de la question des supports juridiques à la fraude, la définition des produits financiers qui entrent dans le champ de la directive a fait aussi l’objet d’un âpre débat. L’ingénierie financière est sans limite dès lors qu’il s’agit d’inventer de nouveaux produits qui permettent notamment d’échapper à l’impôt. C’est pourquoi ce rapport propose que la Commission puisse adapter par « comitologie » la définition des produits d’épargne à l’évolution des marchés dans ce domaine.

Le troisième acquis de ce texte n’est pas le moindre. L’Europe établit une liste sans précédent de paradis fiscaux ou centres offshore et de structures et entités juridiques suspectes. Contrairement à la liste du G20, le Parlement européen a notamment inscrit dans sa liste les Etats américains du Delaware et du Nevada. Mais la contribution du Parlement vaut principalement par les contraintes supplémentaires que nous imposons aux paradis fiscaux. Là où la Commission proposait une liste limitée de territoires et d’entités, le Parlement renverse la charge de la preuve. Il impose à ces juridictions de démontrer que toutes les personnes morales suspectes sont fiscalement transparentes. Ainsi l’Union européenne se dote d’un instrument puissant de lutte contre la fraude fiscale qui renvoie aux paradis fiscaux le soin de faire la preuve de leur conformité avec les exigences de l’Union en matière de transparence fiscale.

Le Parlement a pris ses responsabilités. La balle est maintenant dans le camp du Conseil européen. Un député socialiste minoritaire en Europe a obtenu l’engagement du Parlement européen en faveur de l’abrogation du secret bancaire d’ici à 2014. Nul doute qu’un chef d’Etat conservateur majoritaire en Europe saura obtenir du Conseil un résultat identique.

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 11:25
Matthieu Pigasse : "Ce G20 n'est ni un succès, ni un échec"
LEMONDE.FR | 03.04.09 | 11h24  •  Mis à jour le 03.04.09 | 11h52

'intégralité du débat avec Matthieu Pigasse, associé gérant de la banque Lazard et auteur de "Le monde d'après, une crise sans précédent".

Eddie_1: Les ressources supplémentaires allouées au FMI sont-elles suffisantes pour répondre à la crise ?
Matthieu Pigasse :
Ces ressources ne correspondent pas stricto senso à des mesures de relance, telles que mises en œuvre aux Etats-Unis ou en Europe. Elles sont néanmoins très bienvenues dans la mesure où les ressources du FMI étaient très insuffisantes compte tenu des besoins qui apparaissent. Elles doivent servir à assurer la stabilité d'un certain nombre de pays dans des situations très difficiles. A ce stade, ces 1 000 milliards de dollars apparaissent suffisants.

Jibi : Où vont vraiment aller les fonds alloués au FMI ? Aux pays émergents, pauvres, les moins développés ?

Ces ressources vont aller aux pays, émergents ou déjà émergés, qui se trouvent confrontés à des difficultés de financement. Il peut donc s'agir soit de pays pauvres, soit de pays développés et proches de nous, le meilleur exemple étant les pays d'Europe de l'Est.

Alfred_1 : Quel peut être l'impact sur la croissance économique des mesures prises par le G20 ? On parle de plusieurs points de PIB. Qu'en pensez-vous ?
Il est très difficile de mesurer l'impact du G20 sur le PIB. Parce que les mesures annoncées portent d'abord sur la régulation financière. L'un des regrets que l'on peut avoir, c'est précisément l'absence de mesures ou d'annonces touchant à la relance économique, particulièrement en Europe. En tout état de cause, ce G20 permet d'enclencher une dynamique de confiance favorable à la croissance mondiale.

Jibi: L'Europe s'était farouchement opposée à tout nouveau "plan de relance" comme le demandait Obama, alors est-ce un plan de relance ou pas ? Obama fanfaronne alors qu'on a fait le contraire de ce qu'il annonçait ?
Non, ce n'est pas un plan de relance. Et on peut le regretter. Les mesures de régulation annoncées sont évidemment nécessaires. Elles auraient cependant été utilement complétées de mesures à court terme portant à la fois sur la relance et sur la sortie des actifs toxiques des bilans des banques.

Louda: Vous n'avez pas l'impression que le G20 n'a pas été le retour attendu de l'interventionnisme que Keynes prônait, dont on a loué les mérites depuis quelques semaines, mais seulement un pas en avant pour rétablir l'économie ?
Le G20 permet en effet de faire un pas en avant, mais pour avancer, il faut faire plusieurs pas. Il y a un certain nombre d'objectifs qui ont été affichés et qui vont dans le sens d'une plus grande moralisation et réglementation du système financier (hedge funds, paradis fiscaux...). C'est positif, mais ces objectifs doivent encore être traduits en mesures précises appliquées par l'ensemble des pays.

Oups : Les annonces du G20 ont été saluées hier par une hausse spectaculaire des Bourses. Ne s'agit-il pas d'un signe que les dirigeants des grandes puissances ont échoué à "moraliser" le capitalisme comme ils avaient annoncé vouloir le faire ?
Les hausses des Bourses reflètent d'abord et surtout l'espoir que la croissance revienne. Leur enthousiasme pourrait ne pas durer si des mesures d'application rapides ne suivent pas cette réunion du G20.

Misologue_de_Saint-Paul: La véritable révolution ne vient-elle pas de la présence de nouveaux acteurs dans les débats, tels que la Chine ?
Si. Il s'agit d'un changement majeur. L'apparition d'un nouveau directoire mondial. Ce ne sont plus les Etats-Unis qui dominent seuls le monde. Ce ne sont plus les sept ou huit pays les plus riches qui codirigent le monde. C'est désormais un directoire élargi, qui compte douze pays émergents, qui s'impose. Cela traduit un nouvel équilibre mondial dont on ne peut que se réjouir.

Marco59 : A quoi bon publier une liste noire ou grise des paradis fiscaux ? Ces pays sont connus depuis longtemps. Pourquoi ne pas annoncer d'emblée des mesures de rétorsion et un calendrier de mise en application de ces mesures ?

Axelsaury : Que pensez-vous de la liste des paradis fiscaux annoncée ? Serait-elle réellement efficace alors que certains endroits n'y seront pas référencés (Le Delaware, où la plupart des entreprises du top500 sont implantées ? )
Vous êtes là au cœur des interrogations que l'on peut avoir sur cette réunion du G20. La volonté de lutter contre les paradis fiscaux est évidemment une très bonne chose. Ce qui est en cause, c'est d'abord le secret bancaire qui autorise tous les trafics : drogues, armes... Là encore, on ne peut que se féliciter du consensus mondial sur ce sujet. Le diable est néanmoins dans les détails et dans la mise en œuvre de cette volonté. Quels sont les paradis fiscaux à inscrire ou non sur cette liste ? Hongkong, Macao, le Delaware, Andorre en font-ils partie ? Surtout, au-delà de la liste, quelles sanctions et quelles mesures de rétorsion prendre à l'encontre de ces zones de non-droit ? Sur ces sujets, le G20 reste très silencieux.
On voit donc bien qu'il peut y avoir un décalage important entre l'annonce d'un objectif et sa mise en œuvre pratique.

Jeff : Le comité de stabilisation financière aura-t-il vraiment un impact plus important que l'ancien simple forum ?
Le point important, c'est d'abord l'élargissement de ce forum à de nouveaux membres, et surtout la coopération avec le FMI afin de prévenir l'apparition de nouvelles crises. Mais vous avez raison : le point-clé sera, là encore, les missions et les pouvoirs réellement confiés à cette instance.

Placedesfetes : Le G20 n'a-t-il pas abandonné toute volonté de régulation financière ? Il n'y a aucune décision, seulement des intentions sur ce point dans le rapport final.
C'est déjà très bien d'afficher des intentions et des objectifs en matière de régulation financière. C'est une vraie nouveauté que de voir les Anglo-Saxons se rallier à la nécessité de plus et mieux de règles. De ce point de vue, l'encadrement des hedge funds, des agences de notation ou des rémunérations témoigne d'une volonté nouvelle de réguler. Mais il faudra juger aux actes et aux mesures qui seront mises en œuvre. Tout le défi de cette réunion du G20 dans les semaines qui viennent, c'est de passer des intentions aux actes.

Melanie_Monjean : Que penser de l'absence de décision commune quant à l'assainissement des marchés financiers ?
On peut se féliciter du consensus sur le besoin d'une plus grande régulation. Mais on peut en effet regretter l'insuffisance des mesures sur l'assainissement des marchés. Un seul exemple : la sortie des actifs toxiques des bilans des banques. Il est impératif de permettre aux banques de rejouer le rôle qui est le leur, assurer le financement de l'économie. Pour ça, il est impératif de renforcer leur capital. On peut donc légitimement déplorer l'absence d'annonces concrètes sur ce sujet, particulièrement en Europe.

aviolette : Quelle est la contribution de la France à ce plan ? D'où vient cet argent ? N'est-ce pas de la dette supplémentaire ?

Il ne s'agit pas stricto sensu d'un plan de relance, mais de renforcer les moyens financiers du FMI en utilisant notamment les réserves de change d'un certain nombre de pays. Le Japon, la Chine sont par exemple mis à contribution.
Il ne s'agit donc pas de dette supplémentaire, sauf à ce que le FMI s'endette sur les marchés financiers, mais d'une meilleure allocation de la liquidité internationale.

Utilisateur3 : Ne pensez-vous pas qu'injecter de l'argent au FMI ne fera qu'aggraver ce qui se passe dans les pays pauvres ? Je pense au projet structurel que le FMI a mis en place et qui a laissé de grosses séquelles dans leurs économies ?
Il est absolument indispensable de renforcer les moyens financiers du FMI pour éviter la faillite d'Etats, dont les conséquences en chaîne seraient dramatiques. Tout dépend des conditions posées par le FMI à son intervention. Les temps ont changé. Les programmes d'ajustement structurel des années 1980 ou 1990, et qui ont mis par exemple l'Argentine KO en 2001, ne doivent plus avoir cours aujourd'hui. Le G20 a de fait souligné la nécessité d'accompagner la croissance économique par une grande cohésion sociale et de la solidarité.

Houba : Sur les 1 000 milliards de dollars supplémentaires à injecter dans l'économie mondiale annoncés hier, "250 milliards seront financés par de la création monétaire, en clair la planche à billets". Pouvez-vous nous éclairer sur cette méthode, qui paraît finalement si simple...
Ces 1 000 milliards ne seront pas mécaniquement injectés dans l'économie mondiale. Il s'agit de doter le FMI de moyens supplémentaires, qu'il utilisera dans le temps, au cas par cas, selon les besoins. Faire fonctionner la planche à billets, c'est-à-dire créer de la monnaie, peut paraître simple. Mais il faut prendre garde à la conséquence économique associée : l'inflation. C'est parce que l'on a créé trop de monnaie au cours des dix dernières années, que des bulles spéculatives ont pu se former.

Jacklittle : Vous paraissez sceptique sur la relance économique à court terme et sur les actifs toxiques. A votre avis, jusqu'où aurait dû aller le G 20 ?
C'est en effet le sujet sur lequel le G20 m'a déçu. En matière de relance, le FMI recommande un effort supérieur à 2 % du PIB. Les plans européens tournent autour de 1 % du PIB, le plan français étant lui-même inférieur à 1 %. Les pays européens auraient pu profiter de cette réunion du G20 pour coordonner, enfin, un plan de relance plus rapide et plus fort. De la même manière, on peut regretter la timidité du G20 – en l'occurrence la timidité des pays européens – sur les actifs toxiques. Les sortir des bilans bancaires, à l'image de ce que les Etats-Unis ont annoncé, apparaît aujourd'hui comme une nécessité. Là encore, l'Europe aurait pu en profiter pour annoncer un plan coordonné.

Virginie Novaro : Quels sont les éléments qui permettent de dire qu'en 2010, nous commencerons à "sortir" de la crise ? D'après votre livre, la sortie de "cette" crise n'est pas aussi proche... Essaie-t-on de nous rassurer ?
Trois éléments peuvent permettre d'espérer une sortie de crise en 2010 : l'impact mécanique des plans de relance (même si certains demeurent insuffisants...), la baisse du prix des matières premières et notamment du pétrole, la baisse des taux d'intérêt. Ces trois éléments sont autant de facteurs de soutien de la croissance. Il demeure néanmoins un élément d'incertitude : le retour du crédit, c'est-à-dire la capacité des banques à financer à nouveau l'économie. De l'importance de traiter les actifs toxiques...

LaFourmi: L'intervention des Etats pour sauver les entreprises financières (AIG, Dexia...) n'est-elle pas une incitation à une prise de risque maximale pour le management ("Too big to fail")? Ne faudrait-il pas dès maintenant renforcer les ratios (type Bâle II) et limiter l'endettement et l'effet de levier des banques ?

Non et oui. Non, parce qu'il n'y a pas d'alternative au sauvetage des banques. La leçon de la crise de 1929, c'est qu'il ne faut jamais laisser une banque faire faillite. Si une banque chute, c'est l'ensemble du système qui peut s'effondrer. Il était donc indispensable que les Etats interviennent.
Oui, parce que, bien évidemment, il faut empêcher que se reproduise ce qui s'est passé. De ce point de vue, il faut en effet a) revoir les règles comptables et prudentielles applicables aux banques, car trop procycliques ; b) limiter les effets de levier, notamment en encadrant les techniques de titrisation qui sont déresponsabilisantes ; c) pousser les banques à constituer des matelas de sécurité pendant les périodes de croissance pour qu'elles puissent continuer à prêter pendant les périodes de repli.

Jeff : A l'avenir, plutôt que de devoir faire intervenir les contribuables pour recapitaliser les banques ayant pris des risques inconsidérés sur des produits toxiques, pourrait-on imaginer un système assurantiel entre établissements financiers, afin que ceux qui prennent les risques soient aussi ceux qui en supportent les coûts ?

Oui, bien sûr. Mais les Etats, c'est-à-dire les contribuables, demeureront toujours les "sauveurs en dernier ressort", car aucun système assurantiel privé ne permettrait de compenser la faillite d'une très grande banque. C'est la raison pour laquelle il faut mettre en œuvre des règles strictes pour contrôler et maîtriser en amont les risques pris par les établissements financiers.

Muller_F : On est un peu surpris que le spectre de l'inflation ne soit pas davantage anticipé, comme si l'essentiel était la relance et que la forte inflation générée par la création monétaire faciliterait le remboursement des dettes pour les Etats comme pour les particuliers surendettés. Implicitement, l'inflation apparaît ainsi comme la solution pratique mais qu'il ne faut surtout pas évoquer.
L'urgence, c'est de rester vivants. Dit autrement, la priorité absolue, c'est de tout faire pour éviter que la crise s'installe. Il n'y a donc pas d'alternative à la relance. Je préfère le déficit et la dette au chômage. Demain se posera en effet la question de la gestion de cette dette supplémentaire. Pour qu'elle soit soutenable, il faudra probablement plus d'inflation et plus d'impôts. Mais à nouveau, restons vivants.

Melanie_Monjean : Peut-on parler d'un succès de ce G20 qui entrerait dans l'histoire, et pourquoi ?
Ce G20 n'est ni un succès ni un échec. Ce n'est pas un échec de réunir vingt pays, émergents et émergés, qui représentent 90 % de la richesse mondiale, et de les mettre d'accord sur un texte important. Ce n'est pas un échec d'obtenir un consensus mondial sur la nécessité de plus et de mieux réguler les marchés financiers. Cela traduit une évolution politique profonde, la fin du dogme de l'autorégulation des marchés et du credo de la main invisible. Ce ne sera pas un succès tant que les objectifs annoncés n'auront pas été traduits en mesures concrètes. De ce point de vue, espérons qu'il n'y aura pas trop loin de la coupe aux lèvres. Espérons enfin que les Etats européens prendront la pleine mesure de la crise et ne resteront pas les passagers clandestins du monde. Oui, il faut relancer ici et maintenant.

Chat modéré par Claire Ané

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 19:00

DE LA CRISE ECONOMIQUE…
….A LA CRISE POLITIQUE

Son origine ? Jusqu'où ?
Quelles en sont les vraies victimes ?
Quelles réponses et à quel niveau ?
- le "plan de relance" de Sarkozy
- les propositions des Socialistes

REUNION-DEBAT
Avec
Liêm HOANG-NGOC
Economiste - Maître de Conférence à Paris I, Secrétaire national adjoint du PS en charge de l'économie

&
Bernard POIX
Syndicaliste - Conseiller national à l'économie à l'UNSA, Membre de la Commission syndicale de l'OCDE




JEUDI 2 AVRIL 2009
à 20 h 30

Grande Salle - Espace Mandela
82, Bd du Gal Leclerc
ARGENTEUIL

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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 14:26
Analyse
Le chemin du postcapitalisme, par Hervé Kempf
LE MONDE | 14.01.09 | 13h40  •  Mis à jour le 14.01.09 | 13h40

st-ce que le capitalisme peut survivre à la crise ? C'était la question posée en filigrane lors du colloque organisé par le secrétariat d'Etat chargé de la prospective, en partenariat avec Le Monde et le Financial Times, jeudi 8 janvier à Paris, sous le titre "Nouveau monde, nouveau capitalisme". Tout avait été organisé pour rester dans les rails de l'ordre économique établi, comme le soulignait ironiquement Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) : "L'ordre du jour ne comporte pas l'examen d'alternatives au capitalisme - par parenthèse, ce n'est pas pour autant que j'adhère à l'idée qu'il n'y a pas d'alternative -, je ferme la parenthèse, pour rester politiquement correct."

Mais la journée s'est déréglée, et, sous les apparences policées d'un colloque officiel, la gravité de la crise a imposé la remise en cause des idées reçues. Certes, M. Sarkozy tentait d'isoler le virus, accablant la finance pour sauver l'essentiel : "Le capitalisme financier a perverti la logique du capitalisme. (...) Le capitalisme, c'est l'effort, c'est le travail, c'est l'esprit d'entreprise, c'est la propriété privée, c'est l'investissement à long terme. (...) Mais la crise du capitalisme financier n'est pas la crise du capitalisme. (...) Elle n'appelle pas à la destruction du capitalisme, qui serait une catastrophe, mais à sa moralisation."

Michel Rocard, député européen socialiste, venait à l'appui du conservatisme de M. Sarkozy : "Il faut commencer par cela : nous voulons conserver le capitalisme !" Qu'elles étaient loin les paroles de Jean Jaurès dans son célèbre débat avec le marxiste Jules Guesde : "Le Parti socialiste est un parti d'opposition continue, profonde, à tout le système capitaliste." Mais l'unanimité de façade allait se lézarder grâce au rappel à la réalité opéré par Angela Merkel, la chancelière allemande : "Les pays industrialisés doivent absolument comprendre que nous avons vécu au-dessus de nos moyens. Nous avons fait un emprunt sur l'avenir sans en avoir produit la contre-valeur dans l'économie réelle, et à la longue, cela ne peut pas ne pas avoir de conséquences graves." Et pour ceux qui ne voudraient pas entendre, elle disait à nouveau par deux fois : "Nous avons vécu au-dessus de nos moyens", s'inquiétant de l'endettement sidérant que les marchés financiers, puis les gouvernements, ont accumulé.

Dès lors, il était clair que le problème n'était pas simplement dans un mauvais fonctionnement du système financier. Plusieurs experts allaient répéter ce que résumait Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie : "Ce n'est pas seulement une défaillance des marchés financiers, c'est beaucoup plus profond." En fait, observait l'économiste Jean-Paul Fitoussi, "le capitalisme est une forme d'organisation historique et située, née des décombres de l'Ancien Régime. Ce qui signifie que son destin n'est pas écrit dans le marbre".

UN NOUVEL ÉQUILIBRE

Il apparaissait ensuite qu'il faut chercher dans la question sociale les racines de l'expansion énorme de la bulle financière et de l'endettement. Les "rémunérations extravagantes et l'explosion des inégalités" ont conduit au dérèglement du système global. Selon M. Fitoussi, "la crise financière n'est que le symptôme d'une crise latente qui existait depuis les années 1980 - une crise de la répartition des revenus : pour pouvoir maintenir les niveaux de consommation, il a fallu que les ménages et les Etats s'endettent. Cet endettement était pain bénit pour le système financier, qui a prêté à ceux qui ne pouvaient plus consommer. Et c'est là que le déséquilibre financier s'est révélé : on ne peut pas prêter à ceux qui ne peuvent rembourser".

Mais il a fallu attendre l'intervention de Wouter Bos, le ministre travailliste des finances des Pays-Bas, pour que la conclusion soit tirée : la réduction de l'endettement, donc la baisse de la consommation globale, ne pourra se faire qu'accompagnée d'une réduction des inégalités. M. Bos résumait avec humour combien la crise a bouleversé le cadre de pensée : "La première chose que j'ai faite pour montrer combien j'étais un leader socialiste moderne a été, en 2003, de rédiger une déclaration de principes. La façon de montrer au monde que le leader socialiste est moderne était d'effacer la ligne disant que les sociaux-démocrates devraient nationaliser les banques. C'est ce que j'ai fait. Ainsi, j'étais moderne... Il y a deux mois, on a nationalisé les banques !"

Si M. Bos a redit ce qu'avaient dit de nombreux intervenants sur la nécessité de réguler les marchés financiers - au point que c'est un lieu commun dont on attend qu'il se traduise en actes -, il a été plus loin : "Nous ne devrions pas penser que nous allons sortir du système seulement en ayant plus de régulation du profit et une meilleure supervision. (...) La société capitaliste a besoin d'une discussion sur un nouvel équilibre entre "nous voulons toujours plus" et "nous avons assez", entre des gains excessifs pour quelques-uns et un énorme déficit pour les masses." M. Bos ne se contente pas de mots : aux Pays-Bas, où il y a une vraie réglementation sur la rémunération des dirigeants, il pèse pour plafonner ces rémunérations, c'est-à-dire pour le revenu maximal admissible.

M. Bos allait remettre une autre pendule à l'heure, en relativisant l'importance des troubles économiques : "La crise financière n'est pas le plus grave problème auquel fait face le système capitaliste. La crise climatique va progressivement devenir plus importante, et la crise alimentaire persiste, alors que nous n'avons toujours pas réussi à la régler. Ces deux crises sont bien plus fondamentales que la durabilité du capitalisme. Elles nous posent un défi moral immense, mais peuvent être intelligemment liées à la solution de la crise financière."

Au terme de ce colloque s'est ainsi dessiné ce que pourrait être le chemin du postcapitalisme, n'en déplaise aux "conservateurs" comme MM. Sarkozy et Rocard : réduction de la surconsommation par l'apurement de l'endettement ; justice sociale par réduction des inégalités ; internalisation des coûts environnementaux (évoquée par le député canadien Thomas Mulcair) pour parer au péril écologique. Il n'aura manqué que l'interrogation sur la propriété des moyens de production - les formes coopératives de production ne sont-elles pas plus efficaces que le modèle de l'entreprise privée ? - pour ouvrir la porte aux alternatives regrettées par M. Lamy. Mais au train où la réalité fait évoluer les esprits, on peut penser que cette question encore provocatrice pénétrera bientôt les cénacles officiels.

 


Courriel : kempf@lemonde.fr.

Hervé Kempf (Service Planète)

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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 17:09
Toutes les motions le proclament, le congrès de Reims doit être « utile aux Français ». Or nos compatriotes sont aujourd’hui inquiets des retombées de la crise financière sur leur vie quotidienne. Impossible, dès lors, de faire l’impasse sur cette question essentielle. La faillite du modèle libéral, c’est la fin d’un cycle. Un nouveau monde émerge. La gauche a l’opportunité de dessiner les contours de celui-ci. Mais il faut le vouloir ! Pour les signataires de la motion C, les réponses à la crise doivent être au cœur de nos débats de congrès.

Nous plaidons pour un nouveau réalisme économique de gauche , pour une politique ambitieuse et inventive. 

1. Cette politique devra tout d’abord reposer sur une autre ambition européenne. Aux premiers jours de la crise, la Commission européenne a persisté dans l’erreur : elle a appelé les européens…au respect strict des critères du pacte de stabilité budgétaire ! Elle s’est inquiétée de la comptabilité de la recapitalisation de Dexia avec le droit européen en matière d’aides d'État. Austérité budgétaire et concurrence libre et non faussée : les deux mamelles modèle néo libéral. Il est temps de revendiquer clairement une vraie gouvernance économique pour l’Europe. Il est temps de mettre en pace un vrai fédéralisme budgétaire, qui permettrait de lancer un emprunt européen ou de lever un impôt pour financer une caisse de recapitalisation.

2. Il faudra également un meilleur contrôle des activités bancaires et de crédit : la lutte contre les paradis fiscaux doit venir au premier plan de notre action internationale ; leur existence facilite les transactions les plus occultes et les plus risquées, notamment grâce au secret bancaire et aux règles fiscales appliquées. Quelques décisions prioritaires : le renforcement de la directive Épargne, la création d’une nouvelle taxe financière vers les territoires qui refusent une véritable coopération fiscale et judiciaire ou la mise en œuvre d’un traité international imposant la levée du secret bancaire à la demande des autorités compétentes.

3. Il faudra ensuite agir pour modifier la répartition des richesses : la crise financière n’est pas seulement due à la prolifération de produits dérivés toxiques. Elle trahit l’épuisement du modèle américain qui a creusé les inégalités. Alors que les hauts revenus augmentent régulièrement, les revenus des classes moyennes et modestes stagnent. La crise du pouvoir d’achat et la crise du logement conduisent déjà au surendettement de nombreuses familles. Il y a une urgence sociale et un impératif économique à en finir avec la modération salariale, d’autant que les profits sont en majorité consacrés à la rémunération d’actionnaires qui nourrit les bulles spéculatives. La politique salariale doit conduire à l’indexation des salaires sur les gains de productivité et l’inflation.

4. On ne pourra échapper à la fixation des restrictions européennes au libre-échange : le libre-échange n’est pas étranger à la pression exercée à la baisse sur les salaires. Nous voulons favoriser les conditions d’une harmonisation vers le haut des normes sociales dans le cadre d’une coopération internationale. La « préférence communautaire » doit être au coeur de la politique industrielle de l’Europe, pas dans un but de protectionnisme étroit, mais pour faire payer aux producteurs « moins disant » le coût de leur dumping social.

5. Il nous faut une vision ambitieuse du développement de l'État-Stratège : le retour de l’intervention de l'État ne doit pas se cantonner à socialiser les pertes pour privatiser ensuite le bien public. Il faut que la recapitalisation du système financier soit l’occasion de définir le périmètre d’un pôle public financier stable et solide, mis au service de la politique industrielle, dans le cadre d’un développement durable.

6. Il faut enfin retrouver la voie de la justice fiscale : une réforme fiscale doit être engagée pour éviter que le financement du plan de sauvetage ne pèse sur les revenus moyens et modestes qui subissent de plein fouet la crise du pouvoir d’achat. Le bouclier fiscal doit être levé. Il faut créer un grand impôt universel et progressif sur le revenu en fusionnant l’impôt sur le revenu et la CSG. Il faut aussi rendre progressif l’impôt sur les sociétés et le moduler selon l’usage qui est fait des bénéfices.

Les signataires de la motion C ne prétendent pas avoir tout vu et tout pensé avant tout le monde. Mais nous n’avons pas non plus l’impression d’être en retard dans l’analyse de la crise et la formulation de réponses politiques. Rien ne serait pire pour le PS que son action se confonde avec celle de ceux qui veulent renflouer un système. Il est l’heure de reprendre un monde d’avance.

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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 09:30


Les Matins


Matins (les)

par Ali Baddou
du lundi au vendredi de 7h à 9h05

Ecoutez


émission du mardi 23 septembre 2008
Jean-Paul Fitoussi









J-P Fitoussi
 © M. Chalandon / RF


Notre invité est l’économiste Jean-Paul Fitoussi. Il vient nous parler de La nouvelle écologie politique, c’est le titre du livre qu’il publie avec Eloi Laurent (Seuil). Qu’est-ce qu’il faut entendre par cette expression ? Une nouvelle discipline qui se donnerait pour tâche de penser les sphères économiques, politiques et écologiques comme des systèmes ouverts les uns sur les autres.
Leur thèse ? Elle claque comme un paradoxe : nous serions désormais trop nombreux à être riches et bien portants sur la planète et ce serait une menace pour les équilibres de l’environnement.
Alors comment penser ensemble le développement économique, la sortie de millions de personnes de la pauvreté et la nécessité de protéger les équilibres de l’environnement ? Est-ce que la terre peut accueillir toutes les richesses du monde ? Alors comment imaginer une troisième voie entre le besoin de développement et le risque de catastrophe écologique ?
 

Invités


Jean-Paul Fitoussi.  Il est professeur des universités à Sciences-Po et président de l'OFCE (Centre de recherche en économie de Sciences-po).











Les Chroniques









7h15 : Les enjeux internationaux
par Thierry Garcin et Eric Laurent




> Visitez le site





7h25 : La chronique de Caroline Eliacheff
Le principe de plaisir


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7h35 : La revue de presse internationale




> Visitez le site








8h30 : La chronique d'Olivier Duhamel
"Fast politique" phase II


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8h55 : Le portrait du jour par Marc Kravetz
Troy Davis


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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 13:08
Joseph Stiglitz: «Le mode de vie américain n'est pas tenable»

Joseph Stiglitz. Dernier livre paru: «Une guerre à 3000 milliards de dollars» (Fayard). Photo Reuters
Le prix Nobel d'économie revient sur le coût de la guerre en Irak et explique en quoi ce conflit a fait exploser le modèle de croissance américain, entraînant les crises planétaires que nous connaissons.
Recueilli par GRÉGOIRE BISEAU et FABRICE ROUSSELOT - Libération : samedi 7 juin 2008

Vous estimez le coût de la guerre en Irak à 3 000 milliards de dollars. L’administration Bush parle de 800 millions. D’où vient une telle différence ?

Elle provient de la façon dont vous faites l’addition. Nous prenons en compte des coûts qui sont «cachés» dans le budget du ministère de la Défense. Par exemple, du fait de l’impopularité de la guerre et parce que de nombreux soldats américains doivent aller en Irak même s’ils n’en ont pas envie, les salaires ont été augmentés pour tous les militaires. Le gouvernement ne prend en compte que les salaires des troupes présentes en Irak, alors que nous incluons la masse salariale globale des forces armées. Mais le plus important, ce sont les coûts futurs de cette guerre. Les 800 millions, nous les avons déjà dépensés. Le candidat républicain à la Maison Blanche, John McCain, pense que la plupart des troupes américaines auront quitté l’Irak en 2013. Or, selon notre calcul, la guerre nous coûte 12,5 milliards par mois. Il faut aussi considérer le coût de la démobilisation et du rapatriement des soldats et des équipements, et l’argent qu’il nous faudra dépenser pour rebâtir des forces armées aussi performantes qu’avant l’intervention en Irak. Enfin, reste le coût lié au rapatriement des soldats blessés et handicapés.

Vous évoquez aussi les coûts sociaux ?

Il y a les coûts sociaux micro-économiques et macro-économiques. Premier exemple : lorsqu’un soldat fortement handicapé revient d’Irak, souvent, l’un des membres de sa famille est obligé d’arrêter de travailler pour l’aider. Il faut alors prendre en charge cette famille et lui assurer des aides financières. En terme macro économique, il est évident que la guerre en Irak a eu un effet négatif sur l’activité américaine.

Quelles sont les conséquences de la guerre sur l’économie américaine ?

Tout d’abord, la guerre a contribué à l’augmentation des prix du pétrole. Les prix ont grimpé bien au-dessus de 100 dollars le baril et les experts les plus prudents estiment que 5 à 10 dollars de la hausse lui sont imputables. En 2002, les marchés énergétiques avaient analysé l’évolution du prix du pétrole pour les dix ans à venir. Selon eux, la production suivrait l’accroissement de la demande et le prix du baril serait relativement stable. L’Irak a totalement changé l’équation, principalement du fait de l’instabilité qui a gagné le Proche- Orient. Et l’un des effets pervers fut que les producteurs de pétrole, qui ont perçu des revenus plus importants, ont décidé pour certains de ne pas accroître leur production. Ensuite, il faut considérer les faibles retours sur investissement de cette guerre. L’argent dépensé en Irak, quand on paye une entreprise de travaux publics népalaise par exemple, ne profite pas de la même façon à l’économie américaine que si l’on construisait une école ou un parc de jeux.

L’intervention en Irak a-t-elle joué un rôle dans la crise des subprimes…

Oui, tout à fait. Le Président Bush a déclaré que la guerre n’avait rien à faire avec les problèmes économiques, que les Américains avaient simplement construit et acheté trop de maisons. Mais il faut essayer de comprendre. Parce que l’économie américaine était plus faible, la FED (Réserve fédérale) a voulu créer plus de liquidités, elle a donc décidé de garder les taux d’intérêts à des niveaux très faibles tout en laissant se développer de nombreux produits de crédits, sans aucun contrôle. Cela a permis de maintenir l’activité à un certain niveau pendant un certain temps, et cela a préservé aussi la bulle immobilière. L’économie américaine avait des problèmes et la guerre en Irak les a aggravés. Les économistes ont cru que nous étions entrés dans une nouvelle ère. La hausse du pétrole semblait ne pas affecter autant que cela l’économie, pas comme elle le faisait depuis les années 70. Mais en fait, c’est parce que l’on supportait à bout de bras cette même économie que l’effet était moindre. En un an, en 2006, plus de 900 millions de dollars ont été consacrés aux remboursements d’emprunt. C’est énorme dans une économie qui pèse 13 trillions de dollars. Le problème est que nous sommes au bord de la récession et que notre marge de manœuvre est considérablement réduite. En 2008, le déficit américain sera vraisemblablement de 500 milliards de dollars : nous n’avons plus les moyens de stimuler l’économie.

Les dépenses consacrées à l’industrie de la défense peuvent-elles avoir des effets positifs sur l’économie en matière de retombées technologiques ?

Bien sûr, certains secteurs en ont bénéficié. Mais dans sa globalité, l’argent dépensé pour la guerre n’accroît pas la productivité future des Etats-Unis. Pas de la même façon que si l’on avait investi dans les infrastructures ou la recherche. On note des bénéfices ponctuels et marginaux, dans les industries spécialisées pour les prothèses, à cause des blessés. Mais c’est sans comparaison avec les bénéfices que l’on aurait pu retirer si l’argent avait été investi dans l’amélioration de l’état de l’économie.

Peut-on parler de récession ?

Officiellement, l’économie fait face à un fort ralentissement. La crise des subprimes n’est pas terminée. Dans de nombreux cas aux Etats Unis, la valeur de l’emprunt immobilier dépasse celle de la maison. Ceux qui ne peuvent plus payer leurs emprunts sont souvent confrontés au chômage. Les gens se voient proposer des formules de crédit qui aggravent leur situation et prolongent leur endettement. On leur suggère de payer moins les trois premières années, en faisant le calcul que leur maison va prendre de la valeur et qu’ils pourront rembourser plus tard ou revendre leur bien. Seul problème : l’immobilier est en chute et tous ces montages s’écroulent. Tout cela était un leurre. De plus en plus d’emprunts s’effondrent forçant les gens à quitter leurs maisons. Et ça va continuer. Le gouvernement veut que les Américains aient confiance en leur économie. Il parle d’une situation de l’emploi stable, de croissance à 0,6 % du PIB. Mais on constate deux choses: la consommation, qui soutient la croissance, tient beaucoup à l’écoulement de stocks qui n’étaient pas vendus. Les ventes commerciales sont dans le rouge. Côté emploi, l’offre n’a pas progressé depuis six mois, il y a même moins d’heures de travail sur le marché. Un signe clair que l’économie est malade.

La crise des subprimes va-t-elle continuer à affecter l’économie européenne ?

Oui. De nombreuses banques européennes ont acheté des produits dérivés des subprimes et en subissent le contrecoup. De plus, si l’économie américaine continue à ralentir, l’une de ses rares forces restent les exportations, à cause de la faiblesse du dollar vis-à-vis de l’euro. Tout cela n’est pas bon pour l’Europe.

On assiste à une flambée des prix du pétrole, des émeutes de la faim, une crise mondiale, des menaces de récession… Est-ce une juxtaposition de crises indépendantes ou une seule et même crise ?

Ces crises sont liées entre elles, mais elles ont leur propre dimension. La crise pétrolière est liée à la situation de la guerre en Irak. Celle des subprimes, une conséquence de la guerre et de la hausse du baril. La crise alimentaire, via l’essor des bio carburants, résulte de la crise pétrolière. L’Inde a eu raison d’être très énervée lorsque George Bush avait montré du doigt les grandes économies émergentes comme responsables de la crise alimentaire mondiale. Or en matière d’agriculture, il n’y a eu aucune surprise : les Chinois ne se sont pas décidés à manger plus de céréales et de porc du jour au lendemain. La vraie surprise, l’événement totalement inattendu, c’est la guerre en Irak. Et comme le prix du pétrole a grimpé de façon soudaine et violente, les Etats-Unis ont augmenté les subventions à la production d’éthanol, entraînant la hausse des céréales…

A vous entendre, la guerre en Irak serait au commencement de toutes ces crises ?

Elle a en tout cas une grosse part de responsabilités. Peut-être que ces crises se seraient passées de toute façon, mais la guerre les a précipitées et les a amplifiées.

Pourquoi avez-vous accepté l’invitation de Nicolas Sarkozy à participer à sa commission de réflexion sur le changement des instruments de mesure de la croissance française ?

C’est une commission d’abord nationale, mais les problèmes dont on va parler sont globaux. En clair : comment mesurer les performances et le progrès social d’une économie. C’est très important car ce que vous mesurez dans les statistiques conditionne ce que vous faites en matière de politique économique. Par exemple, l’Argentine dans le milieu des années 90 donnait l’impression d’aller très très bien, notamment à travers la mesure de la croissance de son PIB. Mais cette croissance, basée sur la consommation, était financée par l’étranger et ne pouvait donc pas perdurer. D’où la crise qui a ensuite éclaté. Donc la mesure du PIB ne dit rien sur le caractère soutenable de la croissance. Et on pourrait dire aujourd’hui la même chose des Etats-Unis. L’ONU a développé un indicateur du développement humain, qui intègre ce que vous dépensez en matière d’éducation ou de santé… Et bien à l’aune de cette statistique, les Etats-unis se retrouvent la dixième économie mondiale.

Dans ce débat, la France présente-elle des spécificités ?

Je vois deux ou trois choses. D’abord, beaucoup de gens considèrent que le système de santé français, si vous le comparez à celui des Etats-Unis, est beaucoup plus performant. En terme de sécurité, de qualité et aussi d’accès aux soins, notamment pour les moins favorisés. Et cela est largement sous-évalué. Ensuite, c’est l’environnement. Les Français sont très sensibles aux questions écologiques, et le PIB n’intègre aucune trace de cela. Enfin, c’est la valeur que vous accordez aux loisirs. Dans une économie qui fonctionne bien, c’est très important qu’un chômeur qui veut travailler puisse trouver un travail rapidement. De même, un salarié qui souhaite passer plus de temps avec sa famille, doit pouvoir le faire. C’est le signe d’une société qui a choisi de profiter de la hausse de la productivité. Donc si vous mesurez le progrès social par des indicateurs économiques conventionnels, vous passez à côté de tout ça. Et la richesse que vous mesurez est bien moindre.

On est, là, très loin du modèle américain, pourtant beaucoup plus performant en terme de croissance…

Ce qui se passe aux Etats-Unis est contraire à ce qu’enseigne la théorie économique élémentaire. Selon elle, quand une économie devient plus productive, vous profitez normalement d’une augmentation du temps libre. Or, les Etats-Unis évoluent dans un sens opposé. Quelque chose ne fonctionne pas. Par ailleurs, le mode de consommation et de production américain, n’est absolument pas tenable en matière de préservation de la planète. Avec le modèle américain, le monde n’est pas viable. Dans un peu moins de cent ans, la Chine va avoir la capacité de consommer ce que consomment les Etats-Unis. Si cela devait arriver, ce serait une catastrophe pour la planète. Et comme il est impossible de dire aux pays en voie de développement, «vous allez vous restreindre pour nous permettre de continuer à consommer comme aujourd’hui», il n’y a pas d’autres choix que de changer de modèle de croissance.

Y-a-t-il une prise de conscience de cette révolution dans la société américaine ?

Ça commence à peine. Les Américains sont en train de se rendre compte qu’il va consommer moins d’essence. Mais ils n’ont pas mesuré l’amplitude de cette réduction ni ce que cela va signifier en matière de changement de comportement.

Vous êtes optimiste sur le fait que le futur président américain marquera une rupture vis-à-vis de l’administration Bush sur les questions climatiques…

Oui. Et y compris, si John Mac Cain est élu. Je suis très critique vis-à-vis de son programme économique et de sa position sur l’Irak, mais je suis convaincu qu’il est concerné depuis longtemps par le réchauffement climatique. Mais il sera toujours très attentif aux intérêts des grandes entreprises et défendra en priorité les solutions qui sont compatibles avec le mécanisme de marché, comme les permis à polluer. De toute façon, le mouvement est irréversible: il n’y a qu’à voir avec quel sérieux les autorités chinoises s’attaquent au problème. Le pouvoir central de Pékin a encore du mal à faire descendre ce message dans les provinces. Et je suis convaincu qu’on est juste au commencement d’un long processus qui ne s’arrêtera pas. Savoir mesurer et évaluer les coûts environnementaux dans la création de richesse nationale est la condition pour faire évoluer la société dans son ensemble.

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