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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 11:00
Ce matin je suis exceptionnellement parti plus tard de mon domicile. Benoît Hamon passait pour la première fois dans les Quatre Vérités de Télématin sur France 2, et je me suis dit qu'il fallait regarder, vérifier comment il s'en tirait. J'estime que c'est l'un des rares  "nouveaux responsables" du Parti socialiste qui sorte un peu du lot et j'aurais été assez déçu qu'il se prenne les pieds dans le tapis face aux journaliste de France 2.
J'avoue avoir été rassuré vous pouvez vous même aller visionner l'interview (pour cela il vous suffit de
cliquer  ici). Benoît s'est efforcé de ramener le niveau de la discussion politique là où elle le mérite : sur le fond de la politique économique et sociale de Nicolas Sarkozy afin de dissiper les illusions tant européennes que nationales que notre président-prestidigitateur déploient avec talent dans des médias serviles. 11 à 15 milliards de déficit supplémentaires du fait des cadeaux fiscaux que Nicolas Sarkozy va faire aux plus aisés des Français, cela inquiète légitimement nos partenaires au regard des engagements que nous avons vis-à-vis d'eux (quelque soit l'avis que l'on porte sur le fond de ces engagements) et Sarkozy serait sorti du conseil des ministres des finances en ayant convaincu les grands argentiers européens de sa capacité à atteindre le déficit zéro d'ici 2010 ou plutôt 2012 : Christine Lagarde dans l'entretien qu'elle honorait sur France Inter ce matin à 8h20 nous a assurés de la magnifique prestation du président et de sa fierté "en tant que simple Française" d'être aux côtés d'un président si convaincant (avait-elle  elle-aussi besoin d'être convaincue de la politique qu'elle est censée exécuter ?), mais surtout elle a indiqué que ce sont les réformes structurelles promises par le Président de la République aux ministres européens qui avaient rassuré ses homologues... quelles réformes structurelles précisément ? on ne l'a pas su, le journaliste de France Inter (Nicolas Demorand est en vacances et la qualité des interviews s'en ressent) n'a pas considéré que cela valait la peine d'aller plus loin. Il n'y a pas d'autres solutions pour rassurer les ministres européens que celles qu'évoquaient Benoît Hamon ce matin : coupes drastiques dans les comptes sociaux et le fonctionnement de l'Etat, réduction du périmètre et de la qualité des services publics dans de futurs budgets de rigueur car personne ne croit sérieusement que c'est en offrant des cadeaux fiscaux aux riches que l'on relancera l'économie française "quand vous donnez 100 €  à quelqu'un qui est riche, ces 100 € il les épargne, quand vous donnez 100 € à quelqu'un qui est modeste, en général il les consomme et cet argent est utile parce qu'il rentre dans l'économie...". Une fois de plus ce sont les Français moyens et modestes qui paieront les mesures idéologiques de la droite.
Il faut dire que la télévision et la radio publique s'en donne à coeur joie depuis quelques temps pour présenter sous son meilleur jour la politique du gouvernement de Nicolas Sarkozy :
  • - quand Christine Lagarde explique que les exonérations des droits de succession vont toucher désormais grâce à elle 95% des contribuables, les journalistes oublient de rappeler qu'il y a plusieurs années que ces exonérations concernent déjà 80% des Français, donc on va juste faciliter la vie à 15% des Français parmi les plus aisés (seuls les 5% les plus riches devront encore verser une obole) ;

  • - quand elle dit ce matin encore que les principales mesures fiscales en coût du gouvernement vont toucher le plus grand nombre, elle prend l'exemple des droits de succession (CQFD plus haut) et des heures supplémentaires défiscalisées, dont on ne sait pas aujourd'hui ce qu'elles coûteront réellement ni combien de personnes elles toucheront puisque ce n'est pas en les défiscalisant qu'on créera par génération spontanée des plans de charges nécessitant des heures supplémentaires ;

  • - enfin quand le journal de 7h30 de Télématin présentait le dossier sur le "paquet fiscal" mis en débat à l'Assemblée nationale, quelles étaient les images pour illustrer le bouclier fiscal fixant à 50% maximum (y compris CSG et CRDS) ce que les contribuables doivent verser à l'Etat ? un déclaration d'impôt d'un foyer déclarant 18 000 et 20 000 € de revenus annuels (soit 38 000 €) : vous en connaissez beaucoup vous des foyers qui déclarent 38 000 € de revenus annuels et qui peuvent être concernés par le bouclier fiscal ?

Fred

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22 juin 2007 5 22 /06 /juin /2007 09:27
Paquet fiscal : pour accroître les injustices
Liêm Hoang Ngoc - Politis | 21 juin 2007

ligne
Les mesures fiscales néo-conservatrices de la France d’après l’élection présidentielle vont accroître les injustices fiscales. La quasi-suppression des droits de succession est contraire au principe libéral d’égalité des chances, affirmerait un authentique Self made Man comme Bill Gates, qui s’est récemment élevé contre un projet de ce type dans l’Amérique de George Bush.

Le bouclier fiscal à 50% supprimera de fait l’ISF. La déductibilité des intérêts d’emprunts pour la résidence principale est une aubaine pour les ménages aisés déjà détenteurs de logements. Elle ne favorisera en rien l’accès à la propriété de la moitié des foyers qui n’est pas imposable et entretiendra de surcroît la flambée des prix de l’immobilier. La hausse de la TVA (trompeusement baptisée TVA «sociale»), envisagée pour réduire à nouveau les cotisations sociales, ainsi que la franchise médicale, auront pour effet de reporter sur les ménages une part croissante du financement de la sécurité sociale. Enfin la défiscalisation des heures supplémentaires sous-entend que ceux qui ne veulent pas «travailler plus» sont les seuls responsables de la stagnation de leur pouvoir d’achat, à laquelle l’exploitation capitaliste serait absolument étrangère… Cette politique fiscale n’est pas seulement une politique de classe. Elle s’avère à contre-emploi pour un gouvernement qui entend relancer la croissance et réduire la dette.

 

Avant même le débat sur la première loi de finance élaborée sous sa responsabilité, le nouveau Ministre du budget a déjà annoncé une pause dans la réduction des déficits publics ! Les réformes envisagées risquent en effet d’accélérer l’érosion des ressources fiscales sans produire d’effet positif sur la croissance. Le coût cumulé de la baisse de la progressivité du seul impôt sur le revenu peut être chiffré à 30 milliards d’euros de 2002 à 2007. Les allègements envisagés pour 2008 s’élèveront à 15 milliards d’euros. La baisse du taux marginal des tranches supérieures depuis 2000, puis la réduction de 7 à 5 du nombre de tranches, le bouclier fiscal à 60% et la précédente baisse des droits de succession, instaurés par le Gouvernement Villepin, ont déjà pour effet de réduire la redistributivité du système pris dans son ensemble, engendrant des incidences macroéconomiques perverses observables à l’œil nu. Les réformes envisagées risquent d’accélérer cette tendance.

 

Les allègements fiscaux bénéficiant aux hauts revenus soutiennent certes la consommation des ménages aisés. Ils gonflent aussi, à travers la forte épargne des rentiers sur les marchés, une bulle boursière qui se forme dès lors que, comme on le constate, l’augmentation du cours des actions ne s’accompagne pas d’investissements dans l’économie réelle. Son éclatement ne manquerait pas de produire des effets récessifs. La hausse des hauts revenus nourrit également une spéculation immobilière. Celle-ci renforce le pouvoir des propriétaires face à la masse des locataires, dans l’impossibilité d’accéder à la propriété et condamnée à leur verser une rente de plus en plus élevée. Enfin, la hausse de 3 à 5 points la TVA, prévue pour réduire à nouveau les cotisations patronales, touchera au premier chef les ménages à faible revenu. Ces derniers consacrent déjà plus de 8% de leurs revenus au paiement de la TVA, alors que les 10% des ménages les plus aisés, bénéficiaires des nouvelles baisses d’impôt, n’y consacrent que 3% de leurs revenus. La consommation populaire s’en trouvera atteinte car il est peu probable que la baisse des cotisations patronales se traduise par une réduction de l’inflation. Les baisses de «charges», qui se sont déployées depuis quinze ans, n’ont pas enrayé la «vie chère» et n’ont pas engendré plus de 200 000 créations d’emplois. La dernière hausse de deux points de la TVA, opérée par Alain Juppé en 1995, fut par ailleurs intégralement répercutée sur les prix.

 

Désormais, le seul moteur de la croissance est la consommation de 10% des ménages, les ménages les plus aisés. Ceci s’avère insuffisant pour que l’économie retrouve le plein-emploi, à l’heure où l’investissement et les exportations sont en berne, pour cause d’absence d’innovations de la part d’entreprises pourtant excessivement profitables. Il en résulte un déficit de recettes fiscales par rapport à celles qui sont anticipées dans le cadre de chaque préparation de budget. La mauvaise dette prolifère, celle qui finance d’inutiles cadeaux fiscaux. Ces derniers, loin de peser sur les générations futures, profitent déjà aux créanciers de l’État... L’économie de rentiers qui se constitue est donc plus que jamais tributaire de la consommation et de la spéculation des classes aisées, pour le meilleur, comme pour le pire. Quant aux serviteurs de la chose publique, ils seront montrés du doigt lors des prochains exercices budgétaires. La «Réforme de l’État» réduira de moitié les effectifs des services publics, où le droit de grève sera prochainement limité…

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15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 08:13
Pour ou contre la TVA "sociale" ?
Le point de Vue de Liêm Hoang Ngoc, économiste - Le Monde | 15 juin 2007

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La question fondamentale en matière de fiscalité est : qui paie ? En raison du poids des impôts proportionnels (TVA, CSG…), le système fiscal français est déjà des plus injustes. La TVA représente aujourd’hui 51% des recettes fiscales contre 17% pour l’impôt sur le revenu. Les pauvres la paient au premier centime d’euro dépensé pour leur pain quotidien. Les 10% des ménages les plus pauvres concèdent 8% de leur revenu au paiement de la TVA. Les 10% des ménages les plus riches ne lui consacrent que 3% de leur revenu. La hausse de la TVA rendra l’impôt encore plus injuste en reportant sur les pauvres une part croissante du financement du budget.

Malgré la baisse des charges prévue, ni les grandes entreprises, sommées par leurs actionnaires de maximiser leurs marges, ni les PME, étranglées par leurs donneuses d’ordre, ne vont baisser leurs prix. Demander à un restaurateur s’il baissera ses prix si on lui accordait la baisse de TVA qu’il demande de 19,6% à 5,5%, il vous répondra non. Croyez-vous qu’il les baissera si on l’augmente à 22 ou 25% ?

 

Les baisses de cotisations sociales qui se sont déployées depuis 1993 n’ont aucunement enrayé la "vie chère". Avec une telle mesure, les prix augmenteront et provoqueront une détérioration du pouvoir d’achat des ménages, ce qui cassera la consommation, actuellement le seul moteur de la croissance. La hausse de la TVA allemande a déjà relancé l’inflation de 0,5 point au premier trimestre et risque de freiner la consommation intérieure. En apparence, la stratégie allemande est gagnante sur le terrain commercial parce que les industries d’outre-Rhin sont spécialisées sur des créneaux "hors coût" qui leur garantissaient déjà des débouchés mondiaux. La réforme fiscale permet surtout aux actionnaires allemands de bénéficier de dividendes en hausse…

 

La BCE, dont l’œil est rivé sur l’indice des prix, risquerait de relever une fois de plus ses taux d’intérêt. La croissance ralentie amenuiserait les recettes fiscales, déjà entamées par les baisses d’impôts directs. Les déficits se creuseraient, justifiant de nouvelles restrictions budgétaires en matière de redistribution. Un cercle vicieux s’instaurerait et les inégalités se creuseraient.

 

Si tous les pays européens s’engageaient dans cette stratégie de "désinflation compétitive", le jeu serait à somme nulle. Aucun gain de parts de marché de part et d’autre, mais un marasme économique généralisé qui condamnerait une fois de plus le projet européen auprès des peuples. Des effets positifs sur l’emploi ? On estime à 200 000 le nombre de créations nettes d’emplois occasionné par ces politiques de baisse de cotisations salariales depuis une quinzaine d’années, chiffre qui reste très limité.

 

Liêm Hoang-Ngoc, maître de conférences à Paris I et chercheur au centre Panthéon-Sorbonne Economie, rattaché au CNRS

 

Propos recueillis par Anne-Gaëlle Rico

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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 08:41
un sujet n'est jamais abordé dans le débat de la TVA sociale : celui de la responsabilité sociale des entreprises... En effet voilà plusieurs années que l'on seurine avec  le fait que seule la baisse du coût du travail et donc des cotisations sociales patronales permettent de créer de l'emploi.  C'est oublier que les cotisations chômages et familiales  sont déjà inexistantes depuis bon nombre d'années sur tous les bas salaires et surtout que c'est l'activité qui crée de l'emploi.
Mais surtout comme pour la prime pour l'emploi (créée par la gauche), ce type de dispositif décharge les entreprises de leurs responsabilités dans la société : responsabilité de payer correctement les salariés pour la prime pour l'emploi, responsabilité de participer à l'effort social qui permet de financer l'assurance-maladie, l'assurance-chômage et les allocations familiales, permettant aux salariés d'être en bonne santé, d'avoir une certaine sécurité, et finalement d'être productif pour l'entreprise - donc ça leur profite aux entreprises !
S'il y a un problème sur le financement de la sécurité sociale c'est sans doute dans le fait qu'effectivement il pèse exclusivement sur le travail - et que au bout d'un moment ça coince - 22 millions de salariés pour 40 millions d'habitants en 1945, 24 millions de salariés pour 60.5 millions d'habitants en 2007 - mais dans ce cas il s'agit d'élargir l'assiette aux bénéfices, pas de faire des baisse de cotisations sociales compensées par une taxe sur la consommation des ménages modestes et moyens, sans que cela ne crée (selon toutes les études) plus de 25 000 emplois et sans résoudre les problèmes de financement.
Fred

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13 juin 2007 3 13 /06 /juin /2007 15:55
"Avec la TVA sociale, il y a bien une perte de pouvoir d'achat"
LEMONDE.FR | 07.06.07 | 12h52  •  Mis à jour le 13.06.07 | 16h38

L'intégralité du débat avec Xavier Timbeau, directeur du département Analyse et Prévision de l'OFCE, centre de recherche en économie de Sciences Po. En partenariat avec l'OFCE., mercredi 13 juin, à 15 h .

enoit : Quels sont les éléments objectifs qui permettent de penser que l'inflation pourrait être de retour et quels sont les principaux arguments des tenants de cette thèse ?

Xavier Timbeau : Les éléments objectifs sont assez peu nombreux.

Il y a 1) les indices de prix à la consommation publiés chaque mois. Pour faire un panorama rapide, en gros, ils sont stables et bas en Europe, ils sont, après avoir légèrement accéléré à la fin de l'année 2006, aux Etats-Unis, revenus à des niveaux très contrôlés ; ils ont tendance à accélérer légèrement au Royaume-Uni, et un tout petit peu dans les pays d'Asie en développement.

En revanche, au Japon, les indices de prix caractérisent toujours une situation de déflation. De ce côté-là, les développements récents (depuis le début 2007) ne sont pas porteurs d'inquiétudes.

2) Deuxième indicateur : les prix de l'énergie, des matières premières.

Là, effectivement, on assiste à des tensions sur les prix qui sont liées à des demandes de matières premières et de pétrole très importantes.

Mais ce qui avait été un des facteurs de la cause de l'inflation dans les années 1970 ne paraît pas se transmettre en spirale inflationniste.

3) Troisième élément : le développement des stocks de monnaie, de la masse monétaire, en particulier le développement des crédits, qui se vérifie dans pratiquement toutes les économies du monde.

Et pour un monétariste acharné, il y a là effectivement un signe particulièrement fort de risque inflationniste. La masse monétaire en Europe, par exemple, croît à plus de 10 % par an.

Cela étant dit, le développement d'outils financiers très sophistiqués et l'accès à des instruments de liquidité par l'ensemble des agents rend les mesures de la masse monétaire complètement illusoires et désavouent cette mesure en tant qu'indicateur d'inflation.

4) 4e élément : les développements récents sur les taux d'intérêt longs, et en particulier leur remontée récente. On pourrait penser que celle-ci est due à des craintes inflationnistes. On n'a pas beaucoup d'éléments pour étayer cette thèse.

Si la hausse des taux est indéniable, elle peut être liée à d'autres facteurs que l'inflation. D'autre part, si l'on regarde les obligations indexées qui sont censées révéler dans l'évolution des taux la partie liée à l'inflation, on s'aperçoit qu'elles ne révèlent pas d'élément notable d'accélération de l'inflation.

5) dernier élément, souvent avancé par la BCE : l'amélioration de la situation du marché du travail en Europe, qui pourrait à moyen terme conduire à des augmentations de salaires, ce qui pour la BCE porte le germe d'une inflation.

Ce dernier élément pourrait être discuté longuement, mais jusqu'à maintenant, les évolutions salariales ont plutôt été un facteur de déflation en Europe, il est donc toujours réjouissant de voir la BCE voir, de ce côté-là, un risque d'inflation.

toto : Il fut un temps (années 1970) où l'inflation finançait notamment les crédits contractés pour le logement. L'inflation résorberait aussi le poids de la dette. Alors pourquoi la craindre ?

Xavier_Timbeau : C'est une remarque excellente, et c'est la raison pour laquelle aujourd'hui, justement, il faut craindre l'inflation. On hérite de 15 ans de lutte avec succès contre l'inflation. Cette lutte a été coûteuse en termes de croissance, de chômage.

Mais cette période d'inflation très basse a permis un développement spectaculaire des relations financières, et donc le développement du crédit, que ce soit pour un ménage, pour des entreprises ou pour des Etats.

Mais l'équilibre bien compris de ce développement financier est que le créancier y trouve aussi son compte.

Aujourd'hui, donc, un retour de l'inflation se traduirait principalement par un formidable retour en arrière en matière de développement du crédit et des relations financières.

Un retour de l'inflation induirait aussi, puisque les niveaux d'endettement sont très élevés, des transferts de revenus considérables entre ceux qui sont endettés à taux fixe, qui y gagneraient fortement, ceux qui ont prêté à taux fixe, qui y perdraient énormément, ou ceux qui ont prêté à taux variable, qui y perdraient.

Un point par exemple de taux d'inflation induirait des transferts entre agents économiques comparables à une augmentation du prix du pétrole de 30 dollars. Il y a là matière pour un séisme dans l'équilibre actuel de l'économie mondiale tout à fait important. Il y aurait des gagnants, mais aussi beaucoup de perdants.

Et à moyen terme, on y perdrait la confiance dans le système financier.

Moubarack : Quel est le bon niveau d'inflation pour l'Europe, tenant compte de ses besoins en créations d'emplois?

Xavier Timbeau : C'est une question importante parce que le bon niveau d'inflation est un niveau bas, mais en même temps ce bas niveau d'inflation doit autoriser des variations de l'inflation, et donc il doit être bas en moyenne (si le prix du pétrole s'accélère, pourquoi ne pas avoir une accélération de l'inflation ?).

Par ailleurs - thèse développée aux Etats-Unis -, le niveau de l'inflation ne doit pas être trop bas pour ne pas risquer de tomber dans la déflation.

Et l'argument est assez simple : quand on entre en déflation, il est très difficile d'en sortir, comme le montre tous les jours le cas de l'économie japonaise.

Donc en résumé, il faut un taux d'inflation bas, mais avec une règle souple et une grande prudence pour ne pas tomber dans la déflation. Cela conduit à une inflation souhaitée pour la zone euro probablement supérieure à celle que la BCE a en tête.

clo : Pourquoi la BCE augmente encore son taux directeur (4 %) alors que le taux d'inflation annuel reste proche de 2 % ?

Xavier Timbeau : L'argument de la BCE est de dire : la politique monétaire met du temps à produire ses effets, donc ce qui compte, ce n'est pas l'inflation aujourd'hui, mais l'inflation dans neuf mois.

Or, en Europe, le chômage a baissé, donc il va y avoir des tensions sur les salaires et il faut au moins remettre la politique monétaire à la neutralité.

Evidemment, cela pose un lourd problème qui est : est-ce que cette anticipation d'un lien entre baisse du chômage et inflation à 9 mois est fondée ou pas ?

Ou est-ce que le taux de chômage de la zone euro peut descendre en dessous de 7 % sans que pour autant il y ait inflation ? La réponse à cette question de la BCE est non.

Et ce n'est pas très réjouissant pour les perspectives d'évolution du chômage en Europe.

La BCE a une stratégie aujourd'hui qui est l'exact opposée de la stratégie de Greenspan dans les années 1990, période où le chômage aux Etats-Unis est passé de 8 % à 4 % et où la croissance y est passée de 2 % à 4 %.

Dans cette période, Greenspan a choisi la voie du pragmatisme absolu et avait décidé de ne pas croire aux prévisions d'inflation. Avec le recul, il a eu raison.

t : L'euro fort est-il le meilleur moyen de lutter contre l'inflation en Europe?

Xavier Timbeau : Oui, c'est un des moyens pour lutter contre l'inflation en Europe. Mais il faudrait qu'il y ait de l'inflation en Europe.

L'euro fort a des avantages : il nous permet d'acheter à bas prix ce qui est fabriqué ailleurs dans le monde ; et il a un coût : nous perdons en compétitivité, en attractivité, et nous localisons de moins en moins de productions sur le territoire européen.

Donc à un moment donné, il faut faire un choix entre ces deux éléments, le positif et le négatif. Et on est probablement aujourd'hui dans un coin : on a choisi à outrance davantage de pouvoir d'achat au détriment de davantage de compétitivité.

josy : La hausse des matières premières est là ! L'immobilier est déjà une bulle en Espagne... et vous ne croyez toujours pas à une reprise de l'inflation ?

Xavier Timbeau : Je ne vois pas aujourd'hui, dans ces éléments-là, matière à craindre l'inflation.

Il y a un risque inflationniste qui existe, mais il est lié à un élément beaucoup plus subtil : les politiques monétaires menées dans chaque pays voient leurs effets dilués sur l'ensemble du monde, et poussent les banques centrales, soit à de l'insouciance ou à l'indifférence, soit à surréagir, en luttant trop fort contre l'inflation ou en se battant désespérément contre la déflation.

L'inflation étant devenue un phénomène essentiellement global, il faudrait, pour la maîtriser complètement, une politique monétaire globale. Or aujourd'hui, la politique monétaire est tout sauf globale.

C'est ce qui porte un risque d'instabilité de l'évolution des prix mondiaux, un risque à la fois d'inflation ou de déflation. Et, du fait des interdépendances financières, c'est un risque qui aurait des conséquences considérables sur l'économie réelle.

La bulle immobilière en Espagne ne fait qu'illustrer le découplage entre les conditions locales et les phénomènes globaux. Mais il n'y a pas de raison de penser que l'inflation immobilière en Espagne va gonfler jusqu'à devenir une inflation mondiale.

coassak : Comment s'explique l'affirmation selon laquelle les prix ne grimperont pas malgré l'instauration d'une TVA (sociale !) supérieure ?

Xavier Timbeau : Si l'on fait une TVA sociale pure, c'est un schéma dans lequel on augmente d'un côté la TVA et de l'autre on baisse les cotisations sociales employeurs.  Pour chaque milliard de recettes de TVA en plus, on abaisse le coût des entreprises d'autant.

Donc si tout se passe bien, d'un côté les prix de production baissent, et de l'autre côté les prix TTC compensent cette baisse des prix de production.

Cela n'est pas vrai pour les produits exportés, qui ne font que baisser, et pas vrai pour les produits importés, qui, eux, augmentent.

Donc l'affirmation selon laquelle la TVA sociale n'augmentera pas les prix est vraie si tout se passe bien et si on fait la moyenne entre le prix des produits importés et celui des produits exportés.

En revanche, la TVA sociale conduit bien à prendre du pouvoir d'achat au consommateur, car il va payer plus cher les produits importés, pour favoriser la compétitivité des entreprises. Du côté du consommateur, il y a bien une perte de pouvoir d'achat.

Asimov : En cas d'instauration de la TVA sociale, ne pensez-vous pas qu'il y a un risque que les entreprises, pour ne pas être accusées de favoriser l'inflation, ne la répercutent sur les produits en jouant sur la qualité ou la quantité, ce qui leur permettrait de donner l'illusion que les prix restent inchangés tout en conservant leurs marges ?

Xavier Timbeau : C'est un risque. Les entreprises ont tout un tas de stratégies pour manipuler leurs prix.

A cela, a priori, une remarque s'impose : si la concurrence est grande entre les entreprises, qu'elles jouent sur leurs prix ou sur la qualité des produits, la sanction du marché finit par arriver.

Donc en conclusion, ce phénomène est d'autant plus probable que les entreprises ont un pouvoir de marché, et en revanche, il est d'autant moins probable qu'elles sont exposées à une concurrence féroce.

Renault aujourd'hui aura beaucoup de mal à jouer de cet effet, car ses produits sont scrutés dans toutes les dimensions, de la qualité et du prix.

Par contre, dans le secteur des télécoms, le pouvoir de marché est plus grand, donc la capacité de manipulation est aussi plus grande.

doudou : La TVA sociale est censée pénaliser les importations. L'Allemagne, notre plus grand partenaire européen, a mis en place cette TVA. Sait-on si nos exportations là-bas en ont pris un coup ? Et dans quelle mesure ? Peut-on alors penser que, petit à petit, si chaque pays met en place cette taxe, tous nos produits seront pénalisés ?

Xavier Timbeau : La TVA sociale joue comme une dévaluation, elle accroît la compétitivité.

Quand un pays la fait, il gagne en compétitivité, mais la contrepartie automatique, c'est que ses voisins perdent en compétitivité. C'est un jeu à somme nulle.

Donc c'est tout le débat autour de la TVA sociale : doit-on la faire parce que les Allemands l'ont fait, pour regagner la compétitivité qu'ils ont gagnée sur nous ?

Et les avantages de cette TVA sociale ne seront-ils pas perdus quand les Espagnols ou les Italiens feront pareil ?

Aujourd'hui, en tout cas, les effets sur le commerce extérieur sont tout à fait caractéristiques, puisque l'Allemagne a un commerce extéieur florissant, alors que la France, l'Espagne, l'Italie ont un commerce extérieur très dégradé.

On peut même montrer que l'Allemagne a perdu des parts de marché hors de la zone euro, subissant comme les autres l'appréciation de l'euro, mais qu'elle a gagné des parts de marché à l'intérieur de la zone euro.

nil : Peut-on craindre une spirale inflationniste en Chine ? Aurait-elle des impacts au niveau mondial ?

Xavier Timbeau : On peut craindre beaucoup de choses en Chine : une spirale inflationniste, du surinvestissement, qui conduirait à une spirale déflationniste, une accumulation de mauvaises créances par le système financier, donc des mécanismes de récession à la japonaise.

On peut craindre soit une crise de change, soit que la Chine soit l'acteur d'une crise de change sur le dollar, car la Chine possède des réserves phénoménales. Et l'économie chinoise a un poids aujourd'hui dans l'économie mondiale qui est de moins en moins marginal.

Donc une crise massive en Chine aura des conséquences sur le reste du monde.

Cela étant dit, imaginons qu'il y ait une déflation ou une crise inflationniste en Chine, la globalisation, et en particulier la globalisation de la production, conduira à une réallocation de la production, non plus du monde vers la Chine, mais de la Chine vers le reste du monde.

Donc, assez rapidement, la crise chinoise serait contenue dans le territoire chinois. L'exemple du Japon est encore frappant à cet égard, puisqu'au début des années 1990 le Japon est entré dans une crise de déflation très grave, et qui finalement n'a pas eu beaucoup de conséquences, sauf peut-être l'émergence de la Chine.

Donc une crise en Chine serait probablement absorbée par l'économie mondiale.

Il y a encore une profonde différence à cet égard entre les Etats-Unis et la Chine. Une crise dont le point de départ serait les Etats-Unis serait plus lourde de conséquences qu'une crise dont le point de départ serait la Chine.

Pignouf : Une exonération fiscale des intérêts pour l'achat d'immobilier en France ne risque-t-elle pas d'augmenter le demande de logements sans augmenter l'offre, et donc de faire augmenter les prix (alors que l'on commence à voir un ralentissement de la hausse des prix) ?

Xavier Timbeau : Le mécanisme est très bien décrit : la déduction des intérêts d'emprunt va augmenter le pouvoir d'achat des ménages qui souhaitent emprunter ; en gros, au maximum, pour un couple, cela correspond à une augmentation du pouvoir d'achat de 7 500 euros, soit, si on prend une transaction moyenne à 150 000 euros, un gain de pouvoir d'achat de l'ordre de 5 %.

Le gain de pouvoir d'achat est instantané, le marché immobilier met beaucoup de temps à ce qu'il y ait de nouvelles constructions, donc le pouvoir d'achat a tendance à se matérialiser sous forme de hausse des prix.

Comme là le pouvoir d'achat augmente de 5 %, l'ordre de grandeur de l'augmentation des prix sera de 5 %.

e chiffre est à relativiser. Ces dernières années, on a connu des hausses de l'ordre de 15 % par an. Le chiffre de 5% reste donc modéré tout en restant significatif.

nil : Est-ce qu'il existe toujours une relation significative entre l'inflation et les anticipations des agents (ménages et industriels) en matière d'inflation?

Xavier Timbeau : On ne peut malheureusement pas répondre à cette question. C'est le problème pour la conduite de la politique monétaire. Les anticipations d'inflation sont aujourd'hui bloquées sur les cibles d'inflation des banques centrales.

Et les anticipations aujourd'hui ne reflètent que la confiance qu'ont les agents dans les banques centrales.

Tant que les agents ont confiance dans les banques centrales, ils sont convaincus que l'inflation ne dépassera pas, par exemple 2,5 %, donc ils situent leur anticipation d'inflation en dessous de ce plafond. Du coup, leur anticipation d'inflation ne fait que révéler leur confiance dans la Banque centrale.
 
En revanche, les anticipations d'inflation, si cette confiance venait à disparaître, ferait un bond rapide, montrant un profond changement de nature dans la façon dont les agents se mettent à anticiper l'inflation.

Mais jusqu'à maintenant, rien n'est venu perturber cette confiance.

pascal : Pensez-vous qu'il y a un écart important entre l'inflation telle qu'elle est perçue et l'inflation réelle ? Quels facteurs expliquent ce décalage ?

Xavier Timbeau : Il y a une différence entre l'inflation perçue et l'inflation mesurée, en tout cas en zone euro, et ce phénomène est très développé depuis l'introduction de l'euro.

Il y a une part de facteur psychologique qui a été largement avancée et argumentée par les banques centrales de la zone euro, qui ont beaucoup insisté sur ce caractère psychologique de cet écart de perception.

En revanche, il y a peut-être un peu plus d'attention à accorder à cet écart et il faut en chercher la signification. Probablement ce que les économistes appellent l'inflation ne correspond pas exactement à ce que les consommateurs appellent l'inflation.

Pour ceux-ci, c'est plus une notion de pouvoir d'achat que le concept beaucoup plus étroit d'inflation des banques centrales.

Cela peut expliquer aussi ce hiatus croissant qui existe entre, d'un côté, une situation économique dans laquelle on avance souvent une inflation faible, voire un risque de déflation, et de l'autre, un sentiment de pouvoir d'achat très dégradé.

Les deux ne sont pas incompatibles, mais aujourd'hui, probablement, les banques centrales refusent l'interpellation

Chat modéré par Pauline Schatz

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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 07:53

Img_9993_1Passionnant débat mercredi 28 février 2007 au Parlement Européen. Comme chaque année à l'initiative de la commission affaires économique et monétaire du Parlement européen, les parlements nationaux des 27 états membres étaient invités à discuter deux jours durant. Au menu hier et aujourd'hui : "comment améliorer la convergence des économies dans la zone euro ?"

Etaient donc appelés à plancher, pour commencer, plusieurs économistes dont le prix Nobel d'économie, l'américain Joseph Stiglitz, sur le modèle de croissance européen. Devaient leur succéder, les architectes de ce modèle, le patron de la BCE, Jean Claude Trichet et le Commissaire en charge des affaires économiques, Joaquin Almunia.

Là où le débat devait être compartimenté et cloisonné, Pervenche Beres, Présidente de la commission improvisa en demandant à Joseph Stiglitz de rester débattre avec Jean Claude Trichet et Joaquin Almunia. Bien lui en a pris !

Le temps annoncé à la grisaille s’est soudain éclairci.

Après les récitations auto satisfaites d'usage de messieurs Trichet et Almunia, sur les mérites incomparables de la politique de stabilité des prix, la nécessité de poursuivre les réformes structurelles et d'amplifier la flexibilité du marché du travail, Stiglitz a pris la parole.

La forme tranchait. L’homme est rond, jovial, souriant et sait combiner rigueur de la démonstration et clarté du discours. En outre, l’homme d’action et de pouvoir qu’il été durant ses années d’économiste en chef de la Banque Mondiale ou de conseiller économique de Bill Clinton n’a rien perdu des qualités de pédagogue appréciées par ses étudiants de l’Université de Columbia.

Le fond a été à la hauteur de la forme. Joseph Stiglitz a rappelé que les gens ne mangeaient pas de "stabilité des prix". Il a rappelé que celle ci comme la politique de concurrence ne sont pas une fin en soi mais qu'il s'agit d'outils ou d'objectifs intermédiaires qui doivent servir les objectifs majeurs que sont la croissance, le plein emploi, le pouvoir d'achat et le bien être des citoyens. Puis il est revenu sur les excès de la politique européenne de libéralisation, sur les dégâts des politiques de privatisation de la protection sociale. Il a rappelé à Jean Claude Trichet cette phrase d'un de ses confrères ancien patron de la banque fédérale américaine à propos de l'indépendance des banque centrale : "le Congrès nous a fait, il peut nous défaire". Il a souligné le caractère politique des décisions liées à la politique de change ou à la définition des objectifs d'inflation.

Bref, son Nobel d'économie sur le dos il est venu rejoindre la liste de ceux que Mrs Trichet ou Almunia observent parfois, tels des hérétiques, dés qu'ils évoquent la nécessité d’une réforme du mandat de la BCE et critiquent les orientations économiques libérales proposées par la Commission.

J'ai eu la chance d'intervenir dans ce débat. J'y ai critiqué l'interprétation restrictive du mandat de la BCE et répété qu'il était éprouvant d'entendre le patron de celle-ci s'opposer systématiquement à toute politique de hausse des salaires dans la zone euro comme il venait deux jours plus tôt de le faire. J’ai relayé la demande de nombreux parlementaires d’une définition de la politique de change par des institutions politiques.

Stiglitz m’avait fait entendre une musique qui m’avait fait oublier le mur d’orgueil des patrons de l’économie européenne. Trichet m’a répliqué en répondant à une question que je n’avais pas posée. En trois phrases, Almunia m’a dit que le mandat de la BCE était le bon, qu’il y avait pas de raison de modifier les règles en matière de contrôle politique de la politique des changes et m’a remercié pour avoir ouvert ce grand débat trop important pour être réglé là, sur la redistribution des fruits de la croissance et la hausse des salaires. Fermez le ban.

Pepite72gJe vous livre cette ultime pépite : Jean Claude Trichet citait hier à l’appui des résultats de sa politique de stabilité des prix, un sondage commandé par la Commission qui montrait que les consommateurs européens étaient favorables à la stabilité des prix !!! Quand je lui indiquais dans mon intervention plus tard, qu’on avait rarement vu un consommateur souhaiter la hausse des prix, surtout quand son pouvoir d’achat n’augmentait pas depuis des années et ceci conformément aux recommandations de la BCE elle-même, Jean Claude Trichet n’a pas jugé utile de répondre.

Merci à Joseph Stiglitz. Pendant deux heures, l’économie parlait aux hommes et parlait des hommes, l’orateur ne gonflait pas d’orgueil devant des tableaux statistiques et l’auditoire souriait d’être devenu plus intelligent.

A lire notamment :

La grande désillusion (Plon et livre de poche)

Quand le capitalisme perd la tête (livre de poche)

Un autre Monde (fayard)

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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 14:25
Deux administrateurs de l'Insee estiment à 9,5 % et non à 8,7 % le "véritable" taux de chômage
Virginie Malingre, Le Monde, 7 mars 2007

Dans un document anonyme de 15 pages, coécrit avec un syndicaliste de l'ANPE, deux économistes décortiquent les modifications qui ont affecté le calcul du nombre de chômeurs Quel a été le véritable taux de chômage français en 2006 ? Jeudi 8 mars, l'Insee ne dévoilera sans doute pas ce chiffre - celui qui est calculé selon la norme du Bureau international du travail (BIT) - mais tentera d'expliquer
pourquoi ses experts n'ont pas été en mesure de le publier, comme chaque année, en mars. Cela se passera devant le Conseil national de l'information statistique (CNIS), qui réunit syndicalistes, patronat, économistes, fonctionnaires du ministère de l'emploi... L'Insee - qui est largement suspecté d'avoir reporté la publication du chiffre du chômage à l'après présidentielle pour la raison qu'il serait nettement moins bon que prévu et ne servirait pas le bilan de Dominique de Villepin - n'a, jusqu'ici, pas convaincu de sa bonne foi en invoquant des raisons d'ordre technique.
3 fonctionnaires - 2 administrateurs de l'Insee, dont l'un a travaillé au ministère de l'emploi, et un salarié syndicaliste de l'ANPE - ont calculé que le taux de chômage ne serait en fait pas de 8,7% à la fin 2006 - un chiffre calculé à partir des données de l'ANPE - mais de près de 9,5%. Ce dernier chiffre représenterait les demandeurs d'emploi au sens du BIT, c'est-à-dire ceux qui, quand on les interroge, se déclarent à la recherche d'un emploi, qu'ils soient inscrits ou non à l'ANPE.
La correction serait donc de 0,8 point, ce qui représenterait quelques 200 000 demandeurs d'emplois en plus. Et atténuerait considérablement le recul du chômage dont peut se vanter le gouvernement : fin 2005, son taux, au sens BIT, était de 9,8%. Traditionnellement, le passage des estimations calculées à partir des données de l'ANPE au chiffre BIT, indépendant du mode de gestion administrative de l'emploi, donne lieu à une correction bien moins importante : elle est généralement comprise entre 0,1 et 0,3 point.
Les trois experts ont rédigé une note de 15 pages, envoyée anonymement par Internet à plusieurs économistes et que Le Monde s'est procuré. Signée Schi - pour schizophrène, "parce que nous sommes à la fois dedans et dehors", dans le système de la statistique française de l'emploi et critique à son égard, explique l'un des auteurs -, celle-ci retrace les modifications qui ont affecté le calcul du nombre de chômeurs inscrits à l'ANPE depuis juin 2005, c'est-à-dire depuis que Dominique de Villepin est à Matignon.
En l'occurrence, elles sont nombreuses. Certaines relèvent des partenaires sociaux et des réformes du système d'indemnisation des chômeurs qu'ils ont adoptées, avec notamment la mise en place de contrôles supplémentaires. Même si des décrets gouvernementaux en ont renforcé les effets, celles-ci expliquent une grande partie - sans doute près de la moitié - de la correction.
Une enquête du CNIS, en 2005, est à cet égard instructive. Elle établit que le nombre de sorties mensuelles a augmenté de plus de 30 000 à partir de juin 2005. Seul un quart de ces sorties résulte d'une reprise d'un contrat à durée indéterminée. Un 5ème d'entre elles correspond à un non renouvellement accidentel suivi d'une réinscription. Un quart est à mettre au compte d'un non-renouvellement de l'inscription, accidentel ou motivé (fin d'indemnisation), sans réinscription.
Pour le reste, la correction s'explique par la modification du mode de comptabilisation des chômeurs inscrits à l'ANPE. Ainsi - notamment dans la foulée du plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo mais pas seulement - des demandeurs d'emploi se sont vus mettre hors des catégories phares pour les statistiques du chômage : les demandeurs d'emploi créateurs d'entreprise, ceux qui bénéficient de petits boulots aidés par l'Etat, ou encore les licenciés économiques signataires de conventions de reclassement personnalisé ou du contrat de transition professionnelle.

Nombre de conjoncturistes s'étonnent depuis plusieurs mois des taux de chômage établis à partir des chiffres de l'ANPE. Certes, il y a des créations d'emplois mais, comme le reconnaissait lui-même le ministère de l'emploi en octobre 2006, dans une note au 2ème trimestre de cette même année, "le dynamisme estimé de l'emploi ne suffit pas à expliquer l'ampleur de la baisse du chômage".

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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 09:35
J'ai passé un moment surréaliste hier au volant de la bagnole à écouter Du Grain à Moudre... Non seulement Georges De Menil et Sophie de Menthon ont fait preuve d'une mauvaise foi effroyable, mais leurs arguments politiques et économiques tenaient de la folie pure... à enfermer, j'vous dis.
à écouter à titre d'antidote radical à l'envie de devenir libéral ou social-libéral, et par compassion pour Eric Heyer, directeur adjoint du département analyse & prévision de l'OFCE, appelé pour remplacer des intervenants, qui a dû se demander toute une partie de l'émission si on ne l'avait pas placé dans un HP.
Fred

Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 18h
Du grain à moudre
Ecoutez

Podcast


émission du mardi 6 mars 2007
Comment enrayer le déclin de la France ?
Electrochoc ou thérapie douce ?
Après l’avalanche de livres, d’études et de notes mettant en garde les Français contre le déclin de leur pays, les éditeurs ont pris pitié de nous. Conscients de leur responsabilité dans la dépression collective ambiante, les voilà lancés dans une contre-offensive destinée à nous remonter le moral en cette veillée électorale. Depuis quelques jours, le patient, angoissé de se savoir si endetté, si déphasé par rapport à l’évolution du monde, si empêtré dans les contradictions de son fameux modèle social, se voit administrer les fameuses pastilles du docteur Feelgood. Non, tout ne va pas si mal en Hexagone, nous avons encore des ressources, des atouts et du talent, répondent les anti-déclinistes aux prophètes du malheur français. Et les N’enterrez pas la France de Jean-Pierre Jouyet ou encore le Il n’y a pas de malheur français de Philippe Delmas répondent manifestement à Nicolas Baverez.
Plus profondément, il semble que s’opposent deux écoles sur le meilleur moyen de remettre la France dans le courant porteur. L’une, qui réclame la rupture avec 25 ans de politiques qui auraient échoué. L’autre qui recommande plus modestement la poursuite des réformes entamées. L’intéressant est bien que ces deux écoles traversent la gauche comme la droite. Les héritiers de Pierre Bérégovoy et les admirateurs de Dominique de Villepin, d’un côté, s’appuient sur les acquis pour réclamer la poursuite tranquille des réformes d’adaptation déjà entamées, plaident pour la progressivité et le bon sens. En face, une école qui réclame, au contraire, un électrochoc pour réveiller un pays anesthésié par sa classe dirigeante et qui compte autant d’économistes de gauche que d’autres, estampillés à droite.


Georges de Menil.  Professeur à Harvard, Princeton et New York University, Directeur d'études à l'EHESS. Conseiller économique des gouvernements de l'Ukraine et de la Roumanie, Fondateur de la revue européenne Economic Polic.


Philippe Delmas.  Essayiste


Sophie de Menthon.  Présidente du réseau ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance).


Philippe Mabille (au téléphone).  Rédacteur en chef du service Économie et des pages Idées de La Tribune.




Jean-Pierre Jouyet ; Philippe Mabille
N'enterrez pas la France !
Robert Laffont - 19 février 2007

Commander

Vous en avez assez des discours alarmistes sur le prétendu déclin de la France ? Vous ne supportez plus d'entendre dire que notre modèle social est vieux, condamné à disparaître ? Vous croyez dans le rôle d'un État efficace mais aussi à l'économie de marché, sans illusion sur les excès d'un capitalisme financier ? Vous pensez que la France a un grand avenir dans l'Europe de demain en refusant les sirènes du nationalisme et du repli sur soi ? Que l’élection présidentielle de 2007 peut être le départ d’un sursaut nécessaire, d’une adaptation de la France aux enjeux du XXIe siècle ? Alors ce livre est fait pour vous. Il est né de l’ambition commune d’un acteur et d’un observateur de la vie politique des vingt dernières années qui ont cherché, en ce moment si important pour notre vie démocratique, quelles réformes vont permettre à la France d’éviter le décrochage promis par les Cassandre. Jean-Pierre Jouyet et Philippe Mabille disent, preuves à l'appui, que ce pays va mieux que les Français ne le pensent généralement car nous vivons une période de mutation plus qu'un déclassement. Malgré des poches profondes de précarité, la France reste un pays riche ; sa démographie est la plus élevée d’Europe ; en économie, le secteur privé s'est adapté de façon brillante et depuis dix ans, la gestion des entreprises publiques s'est rénovée ; elle reste la sixième puissance économique mondiale... Sans afficher un optimisme naïf ni sous-estimer les réformes à accomplir, considérons les faits, sachons que l’avenir n’est pas si noir et que la France peut nous étonner.
- Description de l'éditeur -



Georges de Ménil
Common sense - Pour débloquer la société française
Odile Jacob - Février 2007

La société française semble bloquée par ses structures et ses mentalités. Est-ce une fatalité ? Pourquoi la France ne compte-t-elle aucun patron de grande entreprise issu de l’immigration maghrébine, aucun Noir dans l’état-major des armées et seulement un fils d’immigrés de couleur comme ministre, et cela depuis tout récemment ? Quel est le sens du débat sur l’immigration alors que nos banlieues sont des ghettos ? Pourquoi donner une prime pour l’emploi si le SMIC bloque l’embauche ? Les États-Unis ont commencé à mettre au travail les allocataires des minima sociaux. La France ne peut-elle s’en inspirer ?
Un économiste à la fois français et américain propose des réponses à toutes ces questions en s’appuyant sur « des faits simples, des arguments sans façon et du bons sens », à la manière du célèbre auteur franco-américain Thomas Paine, dont l’ouvrage, paru en 1776, résonnait déjà comme un appel au franc-parler.
Georges de Ménil est un ancien élève du MIT et de Harvard. Professeur à Harvard, Princeton et New York University, il est également directeur d’études à l’école des hautes études en sciences sociales de Paris. Conseiller économique des gouvernements de l’Ukraine et de la Roumanie, fondateur de la revue européenne Economic Policy, il est membre du conseil d’administration de l’école d’économie de Paris.
- Quatrième de couverture -


Philippe Delmas
Il n'y a pas de malheur français
Grasset - 7 février 2007

Voir le site

Réflexions sur la démocratie contemporaine, la culture du pouvoir en France, la confiance des Français dans le personnel politique de leur pays, etc.


Sophie de Menthon
Le carnet noir, 15 idées simples pour ruiner la France
Michalon - 1 mars 2007

Voir le site

20 conseils à ne pas suivre pour le prochain président de la République, pour ruiner la France.

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 16:42

32H

Bon c'est vrai que c'est une drôle de manière que de soutenir Ségolène Royal et d'appeler à voter pour elle au premier tour en faisant campagne comme un candidat à la présidentielle. Mais les positions constantes de Pierre Larroturou pour la réduction du temps de travail, la vraie, continuent de valoir le détour.
Faut pas que ça vous empêche de voter pour la gauche et le changement, hein, pas de bêtise...



Pierre Larrouturou : "la semaine de 4 jours créerait 1,6 million d'emplois"
LEMONDE.FR | 05.03.07 | 12h27  ?  Mis à jour le 06.03.07 | 15h13

L'intégralité du débat avec Pierre Larrouturou, candidat à l'élection présidentielle et délégué national du PS à l'Europe, mardi 6 mars, à 11 h .


lix : Vous êtes délégué national du PS ? Pourquoi ? Et pourquoi ne soutenez-vous pas Ségolène Royal ? 

Pierre Larrouturou : Je soutiens Ségolène Royal, j'appelle à voter pour elle dès le premier tour. Mais je pense que sur certaines questions, le chômage, l'Europe en particulier, le projet du PS n'est pas à la hauteur des enjeux, et voilà pourquoi nous avons créé le collectif "Urgence sociale", et voilà pourquoi je suis candidat : pour faire connaître nos propositions. 

henriii : Votre candidature est-elle un simple témoignage ? De combien de parrainages disposez-vous ? J'ai lu 438...  

Pierre Larrouturou : Oui, 438 promesses, c'était jeudi soir. La question est de savoir combien vont arriver réellement sur le papier officiel et est-ce que nous arriverons à en avoir 500 au total. Ce n'est pas un simple témoignage, je pense qu'on est dans une crise très grave, qui peut sérieusement empirer. Il y a un vrai risque de récession aux Etats-Unis qui provoquerait une récession mondiale. Sur les questions sociales, sur l'Europe, il nous paraît fondamental d'avoir des réponses beaucoup plus ambitieuses que celles du PS. 

sa45 : Comment voulez-vous que les entreprises soient compétitives en travaillant moins et donc en augmentant le prix de la main d'?uvre (puisque je pense qu'il y aura maintien des salaires) et comment voulez-vous que les entreprises embauchent ? N'allez vous pas au contraire contraindre les entreprises à délocaliser à l'étranger. Nous sommes actuellement le pays qui travaille le moins. Ne serait-il pas logique d'augmenter notre temps de travail ?  

Pierre Larrouturou : Vaste question... Nous ne sommes pas le "pays qui travaille le moins". Tous nos pays vont en moyenne vers 30h par semaine. La durée moyenne du travail (tous emplois confondus) est de 29,9h aux Pays-Bas, et de 33,7h aux Etats-Unis. Dans tous nos pays, on a amélioré la productivité, dans tous nos pays, on a besoin de moins de travail pour produire plus. La question est de savoir si on y va par de la précarité, comme aux Etats-Unis ou au Japon, ou par un mouvement bien négocié. En passant à quatre jours, l'entreprise n'augmente pas ses coûts de production.

Plus de 400 entreprises sont déjà passées à quatre jours et ont prouvé que c'était possible. Chez Mamie Nova, le prix du yaourt n'a pas augmenté d'un centime, mais le passage à 4 jours a permis de créer 120 emplois. Si l'entreprise passe à 4 jours et crée au moins 10% d'emplois nouveaux en CDI, elle a une exonération de 8% des cotisations. Les plus faibles salaires ne perdent rien, les cadres et les commerciaux perdent 2 ou 3%. Encore une fois, la semaine de 4 jours est déjà une réalité dans 400 entreprises. Une étude du ministère du travail estime qu'un mouvement général, avec le financement que nous proposons, pourrait créer 1,6 million emplois. 

paglop : Quel est le vrai bilan des 35 heures ? Combien d'emplois créés pour quel coût ? 

Pierre Larrouturou : En janvier 1998, j'avais publié un livre, "35h, le double piège", dans lequel je soulignais les limites des "35h". En réalité, avec la première loi Aubry, les accords 35h ont permis de créer des emplois en donnant une vraie réduction du temps de travail (RTT) aux salariés, et sans abîmer l'entreprise. Hélas, avec la deuxième loi Aubry, qui a concerné la majorité des salariés, on pouvait signer un accord 35 heures et rester à 38 heures de durée réelle, et les exonérations ont coûté très cher à l'Etat, alors qu'il n'y avait aucune obligation de créer des emplois. Au total, selon l'Insee, la durée réelle du temps de travail n'a baissé que de 4% en moyenne. Le mouvement a créé entre 300 000 et 350 000 emplois. C'est mieux que le bilan de la droite (les 200 000 emplois Borloo sont en moyenne à 15h par semaine), mais ce n'est pas suffisant pour traiter le chômage de masse. 

Aline : Ségolène Royal ne dit pas ce qu'elle veut faire des 35 heures. N'est-ce pas un échec pour vous ? Nicolas Sarkozy, lui, est clair.  

Pierre Larrouturou : Nicolas Sarkozy est clair : il veut nous amener vers le modèle américain au moment même où Alan Greenspan annonce que ce modèle peut amener le monde vers une récession globale. Aux Etats-Unis, il n'y a pas eu de loi sur le temps de travail, mais il y a tellement de précarité que la durée moyenne du travail est inférieure à 34h. A cause de cette précarité, les salaires réels diminuent, et ce n'est que grâce à un très fort endettement que la croissance se maintient. Mais cette fuite en avant a des limites. En 1929, quand la dernière crise du capitalisme a éclaté, la dette totale américaine (privée et publique) représentait 130% du PIB, elle vient de dépasser les 250% du PIB. Voilà pourquoi Greenspan dit qu'on risque d'aller vers une récession mondiale. Visiblement, Sarkozy ne l'a pas compris. 

PrésidentYuFungLAM2007 : Je n'aime pas cette question car la loi même des 35 heures n'empêche pas de travailler plus. Je détourne la question : On travaille plus mais on ne gagne pas beaucoup d'argent. Doit-on baisser les charges pour inciter les salariés à travailler plus et augmenter leur pouvoir d'achat ?  

Pierre Larrouturou : Tant qu'il y aura 4 millions de chômeurs et des millions de précaires, la négociation sur les salaires dans beaucoup d'entreprises se limitera à "si t'es pas content, tu peux aller voir ailleurs". De ce fait, depuis 20 ans, chaque année, ce qui va aux salaires dans le PIB diminue un peu. La part des salaires dans le PIB représentait 79% en 1982, elle ne représente plus que 67% (source Insee). C'est un recul considérable. Cette année, quelque 200 milliards d'euros vont aller aux bénéfices, alors qu'ils iraient aux salariés si l'on avait gardé l'équilibre du marché du travail de 1982. Le seul vrai moyen de relancer les salaires, c'est de lutter radicalement contre le chômage pour permettre à tous les salariés de négocier vraiment le contenu et la valeur de leur emploi. Depuis 20 ans, on a multiplié les baisses de charges sans que l'effet sur l'emploi soit vraiment important. Et il faut bien financer les hôpitaux, les retraites. Supprimer complètement les charges n'est pas possible.

Pour élargir les contraintes, on devrait créer au niveau européen un impôt sur les bénéfices. Jamais les bénéfices n'ont été aussi importants, mais jamais on a autant baissé l'impôt sur les bénéfices. Aux Etats-Unis, le taux moyen d'impôt sur les bénéfices est aujourd'hui de 40%, il n'est plus que de 25% en Europe. 15 points de moins ! Aucun pays ne peut tout seul augmenter son impôt sur les bénéfices de 15 points, mais rien de nous empêche de créer un impôt européen. Si le budget européen était financé par un impôt européen sur les bénéfices, les 18 milliards d'euros que la France met cette année dans le "pot" européen pourraient rester en France et servir à financer la protection sociale ou le logement (voir article avec Michel Rocard sur www.urgencesociale.fr). 

Mme toutlemonde : La semaine de 32 heures que vous prônez, n'est-ce pas une utopie complète dans le contexte actuel ? Même votre candidate Mme Royal se garde bien de dire ce qu'elle pense des 35 heures ! 

Pierre Larrouturou : En 1985, après l'échec des 39h, personne à gauche ne voulait plus parler de la question du temps de travail. Aujourd'hui, le temps de travail est de nouveau un tabou aux yeux de certains responsables socialistes. Avec Michel Rocard et quelques autres, nous pensons au contraire que c'est un débat fondamental. Ce n'est pas la "solution miracle", mais c'est une des vingt propositions que nous avançons pour lutter contre le chômage. Encore une fois, la durée du temps de travail moyenne aux Etats-Unis est inférieure à 34h par semaine. On vit une révolution de la productivité. Cette productivité va-t-elle donner plus de précarité ou plus de qualité de vie ? C'est à nous d'en décider.

Sur Ségolène Royal, hélas, je ne sais pas ce qu'elle pense précisément de cette question. 

Demerck : Comment concrètement voulez-vous que les Irlandais ou les Britanniques augmentent l'impôt sur leurs sociétés ? Ils ne vont pas se tirer une balle dans le pied ! 

Pierre Larrouturou : Les premiers qui, il y a quarante ans, ont imaginé que l'Europe pourrait avoir un jour une monnaie unique, expliquaient que cette monnaie ne serait viable que si l'Europe disposait d'une fiscalité commune et que le budget européen devait peser au moins 7% du PIB. Aujourd'hui, l'Europe n'a toujours pas de fiscalité, et le budget européen ne représente que 1% du PIB. En cas de récession aux Etats-Unis, l'Europe n'a aucun moyen aujourd'hui de limiter les dégâts. Voilà pourquoi il est urgent de lancer une négociation sur l'impôt européen pour donner à l'Europe et à chacun des Etats membres de nouvelles marges de man?uvre. Les esprits évoluent.

Il y a un an, le 18 janvier 2006, le chancelier autrichien affirmait devant le Parlement européen qu'il était "absurde de ne pas taxer les profits spéculatifs". Il y a quelques jours, Edouard Balladur a rappelé qu'au niveau européen, rien n'empêche de créer une taxe Tobin pour taxer la spéculation monétaire. Si même Edouard Balladur et le chancelier Schussel sont d'accord, qu'est-ce qu'on attend pour négocier ? Selon les chiffres de la BRI, 3 000 milliards de dollars tournent chaque jour dans le système financier international. Il est fondamental de "calmer le jeu" sur les marchés financiers, surtout si Greenspan a raison et que nous allons vers une récession. Une taxe Tobin améliorée (ceux qui achètent et revendent des monnaies dans la journée sont davantage taxés que ceux qui les gardent plusieurs semaines) permettrait de calmer le jeu sur les marchés financiers. 

Jean-Damien Terreaux : Vous avez récemment apporté votre soutien à un syndicat agricole, la Coordination rurale, dont l'essentiel du discours repose sur la dénonciation de l'intervention de l'Etat en agriculture. Cela signifie-t-il que pour vous, le monde du travail salarié et les secteurs dits "indépendants" (artisanat, agriculture, etc.) sont des "mondes définitivement à part" ? Dans le deuxième monde "indépendant", les politiques de partage (du travail, des richesses) et de solidarité que vous préconisez ne sont-elles pas valides ? 

Pierre Larrouturou : L'essentiel de mon intervention devant la Coordination rurale a prouvé, au contraire, que les dégâts du libéralisme sont les mêmes pour les salariés et pour les paysans. On peut voir sur notre site l'évolution des salaires par rapport au PIB et, juste à côté, l'évolution des prix agricoles depuis quarante ans. Dans les deux cas, le laisser-faire, le libéralisme amène à appauvrir le plus grand nombre. Dans les deux cas, il faut négocier des règles du jeu. C'est la semaine de 4 jours (entre autres) pour lutter contre le chômage, c'est des quotas (sur le modèle des quotas laitiers) qui permettent de maintenir les prix des productions agricoles. Dans tous les cas, il faut concilier l'existence de règles assez fermes et la liberté individuelle. Quand on parle de la semaine de 4 jours, c'est 4 jours "à la carte". Tout le monde est en moyenne à 32h, mais l'organisation concrète n'est pas la même pour un commercial, pour un chercheur, pour un ouvrier ou pour un pilote d'avion.

De même, en matière agricole, l'existence de quotas n'empêche pas chaque paysan de conduire son troupeau ou ses cultures d'une façon assez libre et de valoriser sa production au-dessus des prix minimum si elle le mérite (du lait produit sans que les vaches mangent de l'ensilage est payé plus cher que du lait avec ensilage). Mais, pour en revenir à la RTT, le besoin de souplesse et la diversité des métiers ne doivent pas nous empêcher de faire une franche réduction du temps de travail. En septembre 1993, dans le "Monde", Antoine Riboud, le patron de BNS Danone, disait : "il faut passer à 4 jours-32 heures sans étape intermédiaire, c'est le meilleur moyen d'obliger toutes les entreprises à créer des emplois". La souplesse ne doit pas empêcher une réduction très forte du temps de travail. La productivité a été multipliée par 7 depuis trente ans (voir la courbe sur www.urgencesociale.fr), on parlait déjà des 35h en 1978 (rapport Girodet remis à Raymond Barre), 30 ans plus tard, il faut dépasser les 35h et avoir le courage d'un vrai débat sur la semaine de 4 jours. 

Encore une fois, ce n'est qu'une de nos vingt propositions. Nous proposons aussi que l'Europe négocie avec la Chine des montants compensatoires. Nous proposons aussi un vrai financement pour la recherche ou les moyens de doubler le plan Borloo. Nous ne sommes pas des monomaniaques des 4 jours, mais cela reste un débat fondamental. 

Demerck : Combien d'heures travaillez-vous par semaine ? 

Pierre Larrouturou : En ce moment, beaucoup, car je suis vraiment inquiet. Il y a un mois, le journal Les Echos a publié coup sur coup quatre tribunes sur le risque d'un "effondrement du capitalisme mondial". Dans la dernière tribune, les Echos expliquaient que si les Etats-Unis tombaient en récession, la situation en Chine allait devenir explosive : il n'y a pas d'allocations chômage, et il y a déjà de nombreuses émeutes sociales. L'essentiel de la croissance chinoise vient de la consommation américaine. Si les Etats-Unis tombent en récession, la Chine suivra très vite et nul ne sait si ce qui s'est passé en Allemagne dans les années 1930 ne se passera pas en Chine dans les 10 ans qui viennent : "Taiwan jouera au XXIe siècle le rôle qu'a eu l'Alsace-Lorraine au XXe siècle", expliquait récemment Thérèse Delpech. Vendredi dernier, les Etats-Unis ont proposé "plusieurs centaines de missiles à Taïwan pour assurer son autodéfense" (AFP). Dimanche, la Chine a annoncé qu'elle augmentait de 20 % son budget militaire. Il faut être aveugle pour ne pas voir monter les périls. J'aimerais que les politiques français comprennent la gravité de la crise. Il me reste 10 jours pour décrocher les 500 signatures et essayer de me faire entendre du plus grand nombre. Mais je rattraperai cet été ma suractivité... 

Grop : Vos propositions, qui sont désormais connues, ont fait l'objet de calculs apparemment fiables et confirment une faisabilité. Comment expliquez-vous qu'elles n'aient jamais été suivies ? Pourquoi ne les faites-vous pas valoir dans l'équipe de Mme Royal ? 

Pierre Larrouturou : Hélas, depuis quatre ans, nous n'avons eu aucun débat de fond au sein du PS. Dans les 24 mois qui ont précédé la rédaction du projet, la commission économie ne s'est pas réunie une seule fois. J'ai été invité par des dizaines de groupes de citoyens à participer à des débats aux quatre coins du pays pour développer les idées de mon dernier livre, mais à Solferino, je n'ai jamais eu 5mn de parole. 

Alxxxx : Il me semble absurde d'être candidat tout en appelant à voter Ségolène Royal. Allez-vous vous retirez avant le premier tour, pour éviter un nouveau 21 avril 2002 ? 

Pierre Larrouturou : Mon slogan est clair : "Ne votez pas pour moi, mais écoutez ce que j'ai à dire." Notre objectif est de profiter de la campagne pour faire connaître nos analyses et proposer aux citoyens qui s'y retrouvent de signer la pétition "Plus loin, plus vite" disponible sur notre site. Si Ségolène Royal est élue le 6 mai, nous irons lui déposer notre pétition le 7 mai et lui demanderons de poser quatre actes forts dès les premières semaines. Le 9 mai, par exemple, pour la Fête de l'Europe, nous demandons à Ségolène Royal d'inviter les chefs d'Etat des 26 autres pays de l'Union européenne à se retrouver dès le mois de juin à Paris pour relancer la négociation sur l'Europe démocratique, sur notre projet de traité social, et sur l'idée d'un impôt européen. De même, sur les questions sociales, sur la démocratie, sur les questions agricoles et les questions Nord-Sud, nous lui demanderons de poser des actes forts dès les premières semaines. Sinon, nous irons aux législatives pour continuer à nous faire entendre. 

En 1997, avec quelques amis, nous avions été candidats aux législatives. Nous avions fait un score supérieur à celui de la LCR. En 1999, nous avions présenté une liste aux européennes et, sans aucun accès aux médias, nous avions dépassé le seuil de 1%. Nous voulons que la gauche gagne la présidentielle. Voilà pourquoi nous disons dès le premier tour qu'il faut voter pour Ségolène Royal. Mais nous voulons pousser la gauche à l'audace. Voilà pourquoi nous lui demandons de poser des actes forts dès les premières semaines. Car l'histoire montre que toutes les réformes qui ne sont pas lancées dans les premières semaines ne le sont pas ensuite. 

sandrine : Qu'en est-il des retraites ? Tout le monde sait que les Français devront travailler plus longtemps, alors à quand une vraie réforme ? 

Pierre Larrouturou : La question des retraites va devenir très concrète en 2008, puisque la réforme Balladur imposée par décret en août 1993 s'appliquera réellement au 1er janvier 2008. Elle amènera à une baisse de l'ordre de 20% du niveau de vie des retraites (-30% pour les cadres selon l'OFCE). La réforme Fillon impose d'aller à 42,5 années de cotisation pour obtenir une retraite "complète". Mais si nous n'arrivons pas à lutter radicalement contre le chômage, demander aux gens de travailler plus longtemps est stupide. En moyenne, aujourd'hui, quelqu'un qui part en retraite est déjà au chômage ou au RMI depuis 3 ans en moyenne. Dire qu'il faudra travailler 2 ans de plus, si nous n'arrivons pas à lutter radicalement contre le chômage, ne fera que déplacer le problème. Les gens partiront en retraite après 5 ans de chômage au lieu de partir après 3 ans de chômage seulement... Je ne suis pas hostile à moyen terme aux 42 années de cotisation, mais à condition d'avoir radicalement fait reculer le chômage, ce qui passe entre autres par la mise en place de la semaine de 4 jours. Il faudra travailler plus longtemps, mais travailler moins.

Chat modéré par chat modéré par Alexandre Piquard et Anne-Gaëlle Rico

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 13:49
Communiqué de Presse - PARIS, LE 5 MARS 2007

Dès ce matin, les Présidents des Régions de l’aéronautique se sont réunis pour coordonner leur action face au plan de restructuration d’Airbus.
Ils ont manifesté leur solidarité avec les salariés.
Ils ont redit leur profonde inquiétude face aux conséquences du plan de restructuration et leur détermination à soutenir une industrie décisive pour l’avenir de leurs régions, de la France et de l’Europe.
Les Présidents de Région ont envisagé ensemble toutes les mesures adaptées, y compris, à l’image des Lander allemands, l’entrée au capital d’EADS de leurs régions respectives.
Ils ont aussi proposé de rencontrer leurs homologues allemands et espagnols afin d’agir de manière concertée.
Les Présidents de Régions ont rappelé leur demande d’audience au Premier Ministre dont ils attendent la fixation de la date dans les meilleurs délais.
Ils ont confirmé leur accord pour participer avec les organisations syndicales au « Groupe de réflexion stratégique » initié par Ségolène ROYAL qui pourrait se réunir avant la fin de semaine, de manière à examiner les solutions alternatives pour AIRBUS – qui permettraient de réduire les conséquences lourdes de Power 8 et en premier lieu sur l’emploi.
Ils ont également appelé à la mise en place d’un plan d’appui à la filière aéronautique. Un contrat interrégional et pluriannuel, associant l’Etat, l’Europe et les Régions concernées serait l’outil adapté pour préserver non seulement l’emploi mais surtout la capacité de recherche et d’innovation, la technicité de pointe des PME régionales et la préservation et le renforcement du réseau des soustraitants afin d’éviter le transfert d’activités vers l’étranger.
Ils ont enfin informé M. BARROSO, Louis GALLOIS et le Président de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie de leur démarché et ont fait connaître leur intention de les rencontrer.

Télécharger la
Lettre des régions aéronautiques au PM sur EADS

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