Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
Me contacter

en savoir plus

 

Trouve

Gauche Républicaine & Socialiste

3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 10:18
Mme Royal sur Airbus : "Non seulement l'État peut faire, mais doit faire"
LE MONDE | 02.03.07 | 15h13  •  Mis à jour le 02.03.07 | 15h13
MONT-DE-MARSAN (Landes) ENVOYÉE SPÉCIALE

êtue de rouge et de noir, couleurs familières dans une région proche de l'Espagne, Ségolène Royal a concentré son discours, jeudi 1er mars, à Mont-de-Marsan, sur le "séisme (qui) menace notre pays et plus largement l'Europe" : Airbus, qui a annoncé la suppression de 10 000 emplois et la fermeture de deux usines en France. "L'actuel gouvernement est responsable de ce désastre", a attaqué la candidate socialiste en dénonçant, devant plusieurs milliers de personnes, son rôle d'actionnaire inopérant "à réagir".

"Ce gouvernement de droite a scandaleusement déstabilisé cette entreprise par des nominations politiques à sa tête", a-t-elle poursuivi en citant "un certain M. Forgeard, ancien conseiller du pouvoir, remercié ensuite avec 2 millions d'euros sans compter les actions et les stock-options". Puis est venu le tour de l'actionnaire privé, "le groupe Lagardère, si proche du pouvoir, qui s'est opportunément désengagé quelques semaines avant l'annonce des retards sur l'A320" (en fait, l'A380). Là aussi, aux yeux de Mme Royal, la puissance publique a failli : "Il faut, a-t-elle souligné, que le gouvernement remette cet actionnaire devant ses responsabilités sur les territoires où l'entreprise s'est installée. Non seulement l'État peut faire mais doit faire."

L'État peut... C'est le message que Mme Royal a martelé jeudi soir, autant pour montrer la "cacophonie""candidat de l'UMP qui affirme, mais cela évolue paraît-il, que l'État ne peut rien faire" que pour gommer la déclaration d'impuissance d'un Lionel Jospin, lequel avait lâché, en 1999, à propos de Michelin : "L'État ne peut pas tout"... Il y a, dans chaque campagne, des dossiers plus symboliques que d'autres, et Airbus, fleuron de l'industrie européenne, en est un. "L'enjeu de cette élection présidentielle, a appuyé Mme Royal, repose sur un choix clair : un État impotent, impuissant ou au contraire, un État fort qui assume ses responsabilités." "Avec moi, a-t-elle ajouté crânement, l'État sera fort." Il fera le tri, a-t-elle précisé, "entre ceux que nous aiderons et ceux que nous n'aiderons plus".

"FRANCE NEUVE"

Et pour mieux souligner sa différence, la candidate a insisté sur le volontarisme politique en prenant pour modèle l'Europe du Nord. "Le moment est venu d'accomplir une révolution dans la gouvernance des entreprises et que les salariés siègent aux conseils d'administration pour tirer la sonnette d'alarme et forcer les dirigeants à anticiper", a-t-elle souligné, en vantant les mérites d'un "syndicalisme de masse". Tout en s'engageant à "faire prévaloir la stratégie industrielle sur la stratégie financière", Mme Royal a promis de "remettre à plat ce dossier avec les Allemands et les Espagnols", partenaires d'Airbus. Le sujet sera au centre de sa rencontre la chancelière allemande, Angela Merkel, à Berlin le 6 mars. "Les États européens doivent recapitaliser de façon stable cette entreprise pour éviter la fermeture des usines", a-t-elle insisté.

Mais la candidate connaît aussi l'histoire. Et là où M. Jospin, dans un autre dossier sensible, celui de l'entreprise LU, en mars 2002, n'avait pas su trouver les mots devant les caméras de télévision, face aux employés du groupe, elle a pris soin, jeudi soir, de "rendre hommage aux salariés, aux ingénieurs de talent, aux chercheurs qui se sentent humiliés, déconsidérés" chez Airbus.

C'est "une France neuve" que Mme Royal promeut, qui lui permet de fustiger le bilan du "candidat sortant", Nicolas Sarkozy, et de celui "qui gouverne avec la droite dans toutes les assemblées locales", François Bayrou. "Il y en a qui cherche à brouiller les cartes, a-t-elle accusé. Mais on ne peut pas conter fleurette à la gauche et rentrer chez soi en courant. (...) Le juste milieu conduit à l'inaction, aux compromis mous...". Le meeting, qui s'est tenu en présence de nombreux élus, dont Henri Emmanuelli, président du conseil général des Landes, n'aurait pas été complet sans un petit couplet sur les médias "qui disent tous les jours : à quoi sert la politique ?" Un succès de salle facile et assuré.


Isabelle Mandraud

Partager cet article

Repost0
27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 16:08
Les économistes de l'OFCE contestent la pertinence du chiffrage des projets

La polémique sur le chiffrage des programmes des candidats à la présidentielle repart avec la rédaction d'un "manifeste contre une démagogie en rase campagne" publié par Jean-Paul Fitoussi, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), et Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de ce centre de recherche de la Fondation nationale de sciences politiques.

Ce texte met en cause la démarche et la méthode de l'Institut de l'entreprise pour évaluer le coût des programmes des candidats. Depuis le début de la campagne, ce cercle de réflexion présidé par Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNP-Paribas, s'est attaché à chiffrer et à corriger le montant des propositions des candidats, en particulier de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal.

Les économistes de l'OFCE contestent le terme même de "chiffrage" qui laisse entendre "qu'une arithmétique des programmes politiques est possible et que, parce qu'il s'agit d'argent public, le moins coûteux d'entre eux serait le plus efficace. Une telle perspective est trompeuse...", affirment MM. Fitoussi et Timbeau.

A une démarche qualifiée "d'enfermement comptable", ils estiment préférable "d'évaluer un programme présidentiel à l'impulsion dynamique qu'il entend donner à l'économie et à la société plutôt qu'à la mécanique budgétaire sur laquelle il s'appuiera". Et ils ajoutent : ""Combien ça coûte" est le slogan de programmes télévisés distrayants. Ce n'est pas une méthode pour savoir si les options qui nous sont proposées sont à la hauteur des enjeux."

Le directeur de l'Institut de l'entreprise, Jean-Pierre Boisivon, s'est déclaré "stupéfait" par ces reproches. "Le chiffrage ne s'oppose pas à l'évaluation économique, il se complète. Les mesures proposées ont un coût. Les seules imprécisions sont celles des candidats. Notre démarche n'a d'autre objectif que de les obliger à être plus précis. La pire des menaces, ajoute-t-il, serait de se retrouver dans l'absence de débat."

Partager cet article

Repost0
1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 10:30
Un vrai débat intéressant qui tord enfin le cou à "travaillez plus pour gagner plus"...


Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 18h
Du grain à moudre


Ecoutez


émission du mardi 30 janvier 2007
Les vrais sujets sont-ils dans la campagne ? 3-Temps libre ou pouvoir d'achat



Yann Algan.  Economiste. Professeur à l'école d''économie de Paris et Université de Marne La Vallée.


Marc Fleurbaey.  Economiste, philosophe, Directeur de recherches au CNRS, Professeur à Paris 5.


Maryse Dumas.  Secrétaire Confédérale de la CGT.


Jean-Louis Caccomo.  Maître de Conférences en Sciences économiques à l'Université de Perpignan.





Jean-Louis Caccomo
La troisième voie : impasse ou espérance
Les Presses Littéraires Editions - 2007

L'année 2007 sera-t-elle une année électorale décisive ou la répétition inlassable d'un scénario trop longtemps rôdé ? Entre les bavards et les braillards, y a-t-il de la place pour une troisième voix ?

Partager cet article

Repost0
20 janvier 2007 6 20 /01 /janvier /2007 21:00
Bravo Liem ! À méditer...


"La moitié des salariés gagne moins de 1 450 euros"
Entretien avec Liêm Hoang-Ngoc, Libération du 15/01/07 | 17 janvier 2007

ligne

IMPOTS. Liêm Hoang-Ngoc, économiste membre du PS, défend une politique fiscale de redistribution

Par François WENZ-DUMAS

Universitaire et chercheur à l’université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, l’économiste Liêm Hoang-Ngoc, membre du PS et proche d’Henri Emmanuelli, s’insurge contre les idées reçues en matière fiscale. Il vient de publier chez Grasset Vive l’impôt .

Pensez-vous, comme François Hollande, que la gauche, si elle revient au pouvoir, devra abroger les réformes fiscales de la droite ?

C’est la moindre des choses. Le Parti socialiste, dans son programme, propose d’instaurer un impôt sur le revenu universel qui fusionne la CSG et l’actuel impôt sur le revenu. L’idée est d’avoir comme la CSG une assiette plus large assortie d’une réelle progressivité. C’est à l’opposé de ce qu’a fait la droite, qui a diminué la progressivité en réduisant le nombre de tranches, et accordé aux plus hauts revenus des allégements ciblés.

Le seuil de 4 000 euros de salaire net évoqué par le premier secrétaire du PS ne risque-t-il pas de toucher les classes moyennes ?

Un salarié français sur deux gagne moins de 1 450 euros net par mois : c’est cela la réalité. La polémique de ces derniers jours est fondée sur la confusion entretenue par la droite entre salaire net, revenu imposable et foyer fiscal. François Hollande aurait peut-être dû parler de revenu net imposable par part, ce qui aurait clairement mis la barre à 10 000 euros de revenu déclaré pour un couple sans enfant. A ce niveau, il devient difficile de parler de classe moyenne. Il s’agit des 200 000 à 300 000 foyers fiscaux du haut de l’échelle qui, depuis cinq ans, ont bénéficié des principaux allégements. Sait-on que le fameux bouclier fiscal profite en théorie à 93 000 contribuables a priori aisés, mais parmi eux essentiellement aux plus fortunés ? Les 16 000 qui paient l’ISF se partageront 350 millions d’exonération alors que les 77 000 qui ne paient pas l’impôt sur la fortune auront 50 millions d’allégement.

Mais à trop taxer les hauts revenus, ne risque-t-on pas de « tuer l’impôt » et d’inciter les plus riches à s’expatrier ?

C’est l’argument que répètent les libéraux et néoconservateurs : trop d’impôt tuerait l’impôt. Johnny Hallyday part en Suisse. Un riche quitterait tous les jours la France pour ne pas payer l’ISF ! Que pèsent les 365 personnes qui quittent la République rapportées à tous ceux qui viennent chaque année en France participer à la création de richesse ? Le président de la République veut baisser le taux de l’impôt sur les sociétés (IS),qu’il juge trop élevé. Or, il a rapporté 48 milliards d’euros en 2004 et 56 milliards d’euros en 2006 : on ne peut pas dire que son taux de 33 % ait nui à son rendement ! Et une baisse du taux n’aurait aucun effet sur l’investissement : elle irait grossir les dividendes, en réduisant d’autant les recettes de l’Etat. Même chose pour les allégements de l’impôt sur le revenu consentis sur les tranches les plus élevés : le supplément de pouvoir d’achat dont bénéficient les foyers les plus aisés vont vers l’immobilier et l’épargne. Socialement et fiscalement, ces allégements ne se justifient pas. Economiquement, ils sont aberrants.

Ne se focalise-t-on pas sur l’impôt sur le revenu, qui ne représente que 17 % des ressources fiscales ?

Effectivement, et il n’est payé que par un contribuable sur deux. Le plus injuste des impôts est la TVA, qui représente 51 % des recettes publiques hors Sécurité sociale, et que le pauvre paie au premier centime dès qu’il accède à la consommation. L’un des grands rêves des néoconservateurs en matière de réforme fiscale est de réduire l’impôt sur le revenu à un prélèvement à taux unique comme la CSG et de reporter le manque à gagner sur la TVA. Ce serait une absurdité économique, puisqu’une hausse de TVA pèserait sur la croissance et les prix. Mais les libéraux ne sont pas à cela près dès lors qu’il s’agit de démanteler un impôt sur le revenu dont ils refusent la fonction redistributive et solidaire.


Vive l’impôt !
Essai de Liêm Hoang-Ngoc, Editions Grasset - Janvier 2007

ligne

  Deux siècles après la restauration de 1815, les conquêtes de la Révolution française semblent de nouveau en cause. Thermidor économique, la parenthèse libérale ouverte par la gauche en 1983 inaugura une période de transition qui permet désormais au parti de la droite bonapartiste de solder son passé gaulliste. Epousant au grand jour les thèses néolibérales anglosaxonnes, cette même droite, Nicolas Sarkozy en tête, peut afficher sans honte son visage néoconservateur. lire

Partager cet article

Repost0
18 décembre 2006 1 18 /12 /décembre /2006 12:22
La force de l'euro favorise-t-elle la puissance de l'Europe ?
LEMONDE.FR | 05.12.06 | 15h19  •  Mis à jour le 13.12.06 | 16h15

L'intégralité du débat avec Jean-Paul Fitoussi, président de l'OFCE, Centre de recherche en Economie de Sciences Po, mercredi 13 décembre, à 15 h .


andruc1 : De quelle puissance parle-t-on ? S'il s'agit de puissance dans le commerce international, on peut répondre "oui" à la question. Par contre, à l'intérieur de l'Europe, l'euro ne favorise pas la puissance, au contraire, car la BCE a pour unique objectif la lutte contre l'inflation. La création de richesses et d'emplois n'est pas la préoccupation de la BCE et comme l'Europe politique est morte avec le TCE, la puissance de l'euro à l'intérieur de l'Europe est nulle voire négative. Partagez-vous ce constat amer ?

Jean-Paul Fitoussi : Les constats doivent être un peu plus mesurés. Le problème dont nous parlons, c'est essentiellement de la puissance potentielle de l'Europe et de savoir si ses diverses institutions participent à sa puissance, et notamment la politique monétaire. Le problème est que fréquemment est utilisée, dans le vocabulaire politique et médiatique, la notion de force de la monnaie. Alors même que l'on constate qu'il n'existe aucune relation entre le niveau élevé du taux de change d'une monnaie et la puissance de son économie. Que fréquemment, des pays ou des épisodes historiques qui les ont caractérisés ont conduit à montrer exactement l'inverse. Les politiques consistant à apprécier la monnaie rendaient exsangues les économies, les affaiblissaient.

Mais il n'existe pas de relation générale. Ce que l'on peut affirmer, c'est qu'en principe, ce qui génère l'augmentation du taux de change, la "force" d'une monnaie, c'est la bonne santé de l'économie. Et non l'inverse. C'est la raison pour laquelle quelle que soit l'économie, les taux de change ont tendance à se déprécier en période de récession et à s'apprécier en période de croissance. Cela veut dire qu'on se trompe de causalité. Ce n'est pas l'euro fort qui pourrait faire l'Europe forte, mais le contraire. La force de l'Europe pourrait se transmettre à l'euro.

Adil : Un euro fort est-il vraiment un handicap ou juste une façon de justifier la perte de compétitivité des entreprises françaises ? Pourquoi l'Allemagne reste compétitive malgré la hausse de l'euro, alors ?

Jean-Paul Fitoussi : Il y a plusieurs aspects dans cette question. Le premier, c'est parce que l'euro est fort que les entreprises sont peu compétitives, et non pas l'inverse. Un euro fort signifie l'augmentation en devises étrangères des prix des biens et des marchandises produits en Europe. Si l'euro s'apprécie de 50%, par exemple, cela signifie que les prix des biens européens augmentent de 50% sur les marchés américain et asiatique. Donc on voit bien que c'est la force de la monnaie qui rend l'économie moins compétitive. C'est pourquoi je disais qu'il fallait inverser la causalité. C'est lorsque les entreprises sont très compétitives que la monnaie peut s'apprécier.

Non seulement l'appréciation de la monnaie n'est pas un moyen de rendre les entreprises plus compétitives, mais au contraire, de détruire leur compétitivité. Ce qui se passe aujourd'hui pour Airbus comme pour les constructeurs automobiles européens le montre abondamment. Ils ont de plus en plus de difficulté à écouler leur production sur les marchés extérieurs à l'Europe. L'Allemagne a conduit une politique de compétitivité qui consistait à réduire ses coûts de production, et notamment ses coûts unitaires en travail, par une très forte modération salariale, ce qui lui a permis de compenser partiellement l'appréciation de l'euro. Mais l'Allemagne a gagné en compétitivité essentiellement par rapport aux autres pays européens. Donc une part importante de l'excédent des échanges extérieurs allemands s'est faite au détriment de l'Espagne, de l'Italie, de la France, c'est-à-dire des pays de la zone euro. En d'autres termes, la politique allemande revient à remettre au goût du jour ce que l'on a appelé en France la "politique de désinflation compétitive". Et le problème européen se trouve là. Si les autres pays européens, pour gagner des parts de marché sur l'Allemagne, se mettent à poursuivre la même politique, alors évidemment, personne ne gagnera. Si l'Espagne, l'Italie et la France avaient réduit leurs coûts salariaux du même montant que l'Allemagne, il n'y aurait pas eu de boom des exportations allemandes. Et le seul résultat eût été une baisse de la croissance européenne.

En gros, c'est une façon de pratiquer une politique d'import-export du chômage, si je puis dire. Parce que les politiques de compétitivité qui essaient de baisser les prix relativement aux voisins ont pour moteur la modération, si ce n'est la baisse, des salaires. Donc l'Allemagne s'en porte mieux au niveau des exportations, mais ne s'en porte pas mieux au niveau de sa demande interne, c'est-à-dire la consommation allemande, l'investissement allemand. Il ne faut pas oublier que si l'Allemagne va un peu mieux aujourd'hui en termes de croissance, elle a connu une stagnation pendant environ quatre années. Il y a une autre façon de devenir compétitif, qui est d'augmenter la productivité, de ne pas jouer sur les prix. Mais cela exige de l'investissement à la fois public et privé. Or, les gouvernements européens aujourd'hui n'ont plus vraiment, compte tenu de l'état de strangulation budgétaire dans lequel ils se trouvent, les moyens d'investir.

Julien : Malgré un euro fort, la France se place au troisième rang mondial avec 32 milliards d'euro d'investissement de la part des entreprises étrangères. Comment expliquer cela?

Jean-Paul Fitoussi : On ne peut expliquer cela que si l'on se bouche les oreilles au discours ambiant. Si des capitaux étrangers viennent s'investir en France, c'est bien parce qu'ils y trouvent un avantage. Et que donc ils ne considèrent pas la France comme un pays peu compétitif, rigide, ayant une main-d'œuvre paresseuse et étouffé par les réglementations administratives. C'est donc bien une preuve de ce qu'il y a quelque chose, dans le discours sur les rigidités de l'économie française, qui ressort davantage de la rhétorique que de la réalité.

La vraie question n'est pas celle de faire un concours de beauté entre pays européens pour attirer le maximum d'investissements étrangers, l'Europe n'est pas un continent développé, mais au contraire de prendre conscience de la puissance économique de l'Europe – c'est quand même le marché le plus riche du monde (450 millions d'habitants ayant un niveau de revenu élevé) –, et de faire redémarrer en Europe la demande interne, c'est-à-dire l'investissement et la consommation. Mais pour cela, il faut conduire une stratégie presque inverse à celle qui est aujourd'hui conduite. A savoir une stratégie de productivité, d'augmentation des salaires. L'un étant le corollaire de l'autre. Si la productivité augmente, cela signifie que les travailleurs européens produisent davantage en une journée. Et il est donc normal que leur journée leur soit davantage payée. Alors qu'aujourd'hui on essaie de réduire les salaires pour gagner en compétitivité par rapport aux autres pays européens et, dit-on, par rapport au reste du monde, id est la stratégie exactement inverse.

Si je dis "dit-on", "par rapport au reste du monde", c'est parce que l'argument est complètement fallacieux. Si je baisse les salaires de deux points en Europe pour gagner en compétitivité, mais que d'un autre côté l'euro s'apprécie de 50%, cela signifie que d'une main j'ai étouffé la demande interne en Europe, donc le pouvoir d'achat des Européens, mais que de l'autre j'ai augmenté les salaires européens sur les marchés mondiaux. On voit donc bien qu'on est là aussi en pleine contradiction, en pleine rhétorique.

Tintin19 : Comment se fait-il que les pays de l'Union européenne hors zone euro s'en sortent mieux ?

Jean-Paul Fitoussi : Parce qu'ils ont moins de contraintes et qu'ils ont une politique globale plus cohérente. Ils ont davantage de marges de manœuvre sur tous les instruments de la politique économique, sur la monnaie comme sur le budget. Maintenant, il faut bien comprendre que les difficultés dans lesquelles se trouve l'Europe aujourd'hui ne tiennent pas à l'euro en soi, mais à la forme de gouvernement que s'est donnée l'Europe. On a construit l'Europe pour en faire une économie puissante. Une économie puissante doit disposer d'instruments puissants de gestion. Les instruments puissants de gestion d'une grande économie sont : la politique monétaire, la politique budgétaire, la politique industrielle, la politique de change. Mais lorsque l'on observe les choses de près, on s'aperçoit que ces instruments ne peuvent être utilisés en Europe, parce qu'ils sont verrouillés.

L'instrument monétaire est verrouillé non pas par la BCE, mais par les traités européens, qui ne donnent à la BCE que la mission de stabilité des prix, que d'autre part, l'instrument budgétaire est verrouillé par le Pacte de stabilité, et qu'enfin, l'instrument de politique industrielle est empêché par la politique de la concurrence qui, en Europe, est fédérale. On a une grande économie, on a verrouillé les instruments de gestion d'une grande économie, que reste-t-il ? Eh bien, il ne reste que les instruments de gestion des petites économies. C'est-à-dire la compétitivité "prix". Et voilà pourquoi on se trouve dans la situation de croissance molle dont nous souffrons tous, et notamment le pouvoir d'achat des salaires souffre. On est donc en pleine contradiction entre les moyens et les fins.

La fin, c'est la grande économie puissante. Le moyen, c'est l'instrument de gestion de la petite économie ouverte. Alors de cette façon, on ne voit pas très loin. Exemple : les Européens, à grand renfort de déclarations, de rapports et de réunions, ont décidé à Lisbonne de devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive du monde. Bravo ! C'est un bel objectif que celui de souhaiter être plus intelligent que les autres. Mais en même temps, on a ajouté subrepticement la condition qu'il ne devait en coûter pas un centime d'euro aux divers gouvernements européens. Voilà donc un grand objectif et un tout petit moyen. Qu'on ne s'étonne pas alors que les objectifs ambitieux qu'on se donne ne soient pas atteints.

"LE MANQUE EST DU CÔTÉ POLITIQUE"
Pedro : Que faudrait-il faire alors ?

Jean-Paul Fitoussi : Il faudrait accepter l'Europe, ne pas avoir peur de notre propre puissance et avoir les moyens de la gérer, se donner les instruments pour gérer l'Europe. On voit bien où est le manque : il est du côté politique. Ces instruments ne peuvent exister vraiment que dans la mesure où il existe une autorité légitime qui puisse les utiliser. Cette autorité légitime ne peut être que politique, puisque c'est la démocratie qui donne la légitimité dans un système.

Roro : Adieu les 35 heures ?

Jean-Paul Fitoussi : C'est une question qui n'est pas vraiment liée au sujet. Il faut bien voir que si les salaires stagnent, ce n'est pas en raison des trente-cinq heures. Et il faut savoir que ça fait un quart de siècle que les salaires stagnent. Je ne dis pas ça pour défendre les trente-cinq heures, je n'ai jamais pensé que les trente-cinq heures étaient une mesure intelligente pour régler la question du chômage, mais simplement pour rappeler que l'histoire française n'a pas commencé en 2000... Maintenant, je crois aussi que dès le moment où il existe des possibilités de choix, ces possibilités doivent être sélectionnées par les moyens de la démocratie. Donc, si les Français veulent les 35 h, s'ils ont élu un gouvernement qui avait à son programme les 35 h, on ne peut pas les critiquer de ce point de vue. On peut simplement dire que les 35 h ne règlent aucun problème en soi, c'est une conquête sociale pour certains, et c'est à cette aune que les trente-cinq heures doivent être jugées.

Encore une fois, si les salaires n'augmentent pas dans nos pays, c'est parce que la productivité n'augmente pas beaucoup. Si la productivité, quel que soit l'horaire de travail, augmentait, les salaires pourraient augmenter. Il y a un 2ème élément à rappeler, un élément contextuel de grande importance. Si ça fait un quart de siècle que les salaires stagnent, ça fait aussi un quart de siècle que nous vivons dans une situation de chômage de masse. Et donc dire qu'il suffit que les Français travaillent plus pour régler le problème de la croissance et pour régler le problème du pouvoir d'achat est un peu une exigence rhétorique, encore une fois. Car je pense profondément que la grande majorité des Français souhaiterait travailler davantage. Encore faut-il qu'ils trouvent un emploi. Les jeunes ont très envie de travailler et acceptent des conditions de précarité considérables pour pouvoir accéder au travail. Et ils ressentent comme une injure le fait qu'on les traite, d'une façon ou d'une autre, de paresseux.

Tintin19 : Croyez-vous que l'euro a vraiment pénalisé les consommateurs français ?

Jean-Paul Fitoussi : Je ne suis pas partisan de la dichotomie consommateurs-producteurs. Je ne connais pas de pays où les consommateurs sont riches et les producteurs pauvres. Les consommateurs sont pénalisés lorsque leurs revenus stagnent. Cet élément majeur du contexte dans lequel nous vivons est un élément qui a précédé comme suivi l'introduction de l'euro. Alors est-ce qu'à l'occasion de l'introduction de l'euro un certain nombre d'entreprises en ont profité pour augmenter leurs prix, ça très certainement. Mais je crois dans les statistiques de l'Insee pour ce qui concerne l'indice des prix. C'est un indice très certainement perfectible, mais je ne pense pas qu'il soit trafiqué, j'en suis même sûr. C'est vrai que l'impression qu'ont les consommateurs d'avoir été pénalisés par l'euro me semble venir essentiellement de leur situation de producteurs, c'est-à-dire de travailleurs dont les revenus stagnent. Alors que nous vivons une période où de nouvelles consommations apparaissent, en raison de la révolution des technologies de l'information et de la communication.

Zoubida : Pourquoi se poser cette question alors qu'un dollar fort n'inquiète pas les Américains outre mesure ?

Jean-Paul Fitoussi : Personne ne se pose la question de l'euro fort. C'est un contexte essentiellement politico-médiatique, et non un concept économique. Nous avons hérité ce concept parce qu'il a désigné une politique, celle du franc fort. Lorsque les Américains disent qu'ils veulent que leur monnaie soit forte, ils le disent à la fois quand l'euro vaut 0,8 $, quand le dollar est fort, ou quand l'euro vaut 1,32 $. Ils tiennent toujours ce discours quel que soit le niveau du dollar. Aujourd'hui, le dollar est faible par rapport à l'euro, mais les Américains ne sont pas en train de gémir devant la faiblesse de leur monnaie. Au contraire, ils disent que leur monnaie est forte parce qu'ils savent très bien, comme tous les économistes, que le concept de faible ou fort appliqué à une monnaie est une figure rhétorique.

Si aujourd'hui les Européens se plaignent d'un euro fort, c'est parce qu'ils constatent que le niveau élevé du taux de change de l'euro conduit à accélérer la désindustrialisation de l'Europe. Parce que certaines entreprises industrielles n'exportent plus, ou beaucoup moins, et donc finissent par décider de s'implanter, au moins partiellement, en zone dollar, de délocaliser une partie de leurs activités. Il ne s'agit pas de savoir si une monnaie est forte ou faible, la vraie question est de savoir si une économie est forte ou faible. Il est évident que si la gestion de la monnaie conduit l'ensemble des entreprises à délocaliser de plus en plus leurs activités, la force de la monnaie accélérera le déclin de l'économie.

Pedro : L'économie européenne est-elle forte, et en quoi ? Quand on voit l'absence de perspective d'une Europe homogène, des replis partout et l'absence d'un gouvernement européen, notamment économique ?

Jean-Paul Fitoussi : L'économie européenne est quand même une des économies les plus riches du monde. Elle est en situation difficile aujourd'hui parce qu'on n'a pas tiré les conséquences politiques de ce que l'Europe avait accompli dans le domaine économique, et que le problème n'est pas tant que les Européens soient collectivement paressseux, ou que l'économie européenne soit faible, le problème vient de ce que le politique européen est très faible. Si je dis cela, je parle d'un phénomène structurel. Un politique qui ne peut décider qu'à l'unanimité est un politique faible. Or le Conseil européen ne peut décider qu'à l'unanimité sur les sujets importants. Autant dire que la décision politique européenne est paralysée. On voit concrètement que cela conduit à un politique faible. Et donc à une absence de poids politique de l'Europe sur la scène mondiale. Et comme il existe entre le politique et l'économique des relations dialectiques, la faiblesse du politique peut entraîner celle de l'économique. Exemple : tous les gouvernements des pays européens vont chacun à leur tour serrer la main de M. Poutine pour obtenir des conditions plus avantageuses en matière pétrolière ou gazière.

Et donc M. Poutine a beau jeu de mettre les pays européens en concurrence pour obtenir le meilleur "deal". Alors que les pays européens, eux, se trouvent dans une situation d'extrême faiblesse, ce qui conduit à réduire l'indépendance énergétique de l'Europe et le poids de l'Europe dans les négociations géo-politico-économiques. Ce qui se passe avec M. Poutine se passe avec la plupart des autres pays externes à l'Europe. On pourrait raconter la même histoire en constatant que chaque gouvernement national en Europe organise de façon séparée avec ses entreprises un voyage en Chine, et que les Chinois se frottent les mains. Car évidemment, les pays européens se mettent en concurrence, ce qui permet aux Chinois d'obtenir les marchés les plus avantageux. Les choses auraient été complètement différentes si l'Europe était représentée en tant que telle, à la fois vis-à-vis de la Russie et de la Chine. Imaginons quelle serait la puissance à la fois politique et économique américaine si les Etats-Unis, au lieu d'être représentés dans les négociations internationales par leur gouvernement fédéral, étaient représentés par les gouvernements divisés des cinquante Etats qui les composent.

Lakhdar001 : Pensez-vous que le politique devrait reprendre la main sur la Banque centrale, c'est-à-dire que les gouvernements européens devraient avaliser les décisions de la BCE, par exemple à la majorité qualifiée ?

Jean-Paul Fitoussi : Il ne s'agit pas de faire de l'Europe une expérience de laboratoire en allant d'un extrême à l'autre. Aujourd'hui, le problème européen est que la BCE est la seule banque centrale du monde à ne pas obéir à une procédure dite "de responsabilité" ("accountability", en anglais), à savoir une procédure aux termes de laquelle une agence indépendante, banque centrale ou autorité de régulation, fasse rapport devant une assemblée politique qui a le pouvoir de modifier les statuts de l'agence, en l'occurrence de la banque centrale.

Lorsque le président de la Fed va rendre des comptes au Congrès américain, il sait que celui-ci peut modifier ses statuts par une loi. Donc il a conscience qu'il doit internaliser dans sa politique les préoccupations des hommes politiques. C'est cet aspect qui manque en Europe, et c'est cet aspect qu'il convient de rétablir. Mais on voit bien la difficulté de le mettre en œuvre en Europe, car devant quelle assemblée politique la BCE pourrait-elle faire rapport ? Dans les autres pays, c'est devant les Parlements, mais en Europe ? Le Parlement européen n'est pas encore un Parlement de pleine souveraineté.

On pourrait imaginer que ce soit le Conseil européen, mais celui-ci ne peut se décider qu'à l'unanimité, donc on voit bien qu'il y a un vrai problème, qui ne pourrait être résolu que s'il y avait un gouvernement européen. Je crois quand même qu'un gouvernement fédéral européen existera, même si c'est à long terme. On pourrait imaginer des pas en avant qui, même s'ils ne sont pas tout à fait satisfaisants, accroîtraient à la fois la responsabilité de la BCE, et donc sa légitimité. Même si le Parlement européen n'a pas tous les pouvoirs des Parlements nationaux, il suffirait qu'à l'issue des auditions auxquelles procède le Parlement européen de la BCE, il puisse y avoir la potentialité d'une procédure de responsabilité. Je dis "potentialité", car jamais le Congrès américain n'a modifié les statuts de la Fed. Mais s'il ne les a pas modifiés, c'est précisément parce que la Fed, connaissant son pouvoir, a internalisé ses préoccupations.

Chat modéré par Gaïdz Minassian

Partager cet article

Repost0
27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 14:57
'augmentation des prix du pétrole, la création d'un chèque-transport pour en réduire les conséquences sur le pouvoir d'achat des salariés, la volonté de créer un autre grand acteur français de l'énergie, en même temps que la montée des inquiétudes quant aux évolutions climatiques, sont autant de signes de la dépendance du système économique par rapport à son environnement. L'économie n'est pas un univers clos, autonome, régi par des lois indépendantes du droit, de la morale, de la politique ou du social. C'est au sujet de la question écologique que cette vérité est la mieux comprise : le processus économique y apparaît naturellement comme participant d'un échange réciproque avec son environnement.

La particularité de cet échange est qu'il n'est pas régi par les lois intemporelles de la mécanique mais par celles de la thermodynamique et notamment la loi d'entropie. Née d'un mémoire de Sadi Carnot (1824), la thermodynamique établit que, dans l'univers, la quantité d'énergie libre (susceptible d'être transformée en travail mécanique) diminue avec le temps. Il s'agit donc d'une loi temporelle d'évolution qui nous renvoie à la finitude du monde, tout en laissant dans l'indétermination le moment où surviendrait "la mort de la chaleur", comme le disaient les premières formulations de la théorie.

Sous l'impulsion de Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) - dont les travaux sur les relations entre les processus économiques et la physique furent pionniers - de nombreux chercheurs tentèrent sans grand succès de formuler une théorie "entropique" de l'économie et de la société, en particulier au cours des années 1970. Mais Georgescu-Roegen lui-même ne pensait pas qu'il soit utile, ni même souhaitable, de tenter de construire une métathéorie dans un domaine caractérisé par des incertitudes aussi fondamentales : "L'évidence millénaire que la vie va toujours dans une seule direction suffit comme preuve de l'irréversibilité de la vie pour l'esprit courant, mais pas pour la science... La thermodynamique classique, en apportant la preuve - valable suivant le code de procédure scientifique officiel - qu'il existe des processus irréversibles même dans le domaine physique, a réconcilié l'état de la science avec le bon sens."

L'important est de comprendre que le processus économique, à l'impossible autonomie, produit du fait de ses multiples interactions avec la nature des conséquences irréversibles. Nous puisons dans des stocks de ressources naturelles non renouvelables (pétrole, matières premières, etc.) et dégradons ou modifions qualitativement les fonds environnementaux en leur imposant un rythme d'exploitation supérieur à leur capacité de régénérescence (terres agricoles, eau, ressources maritimes, etc.).

La loi d'entropie nous rappelle qu'il existe une flèche de temps et que nous laisserons ainsi aux générations futures un patrimoine naturel moindre et sans doute moins adapté à leurs besoins que celui dont nous avons hérité. Plus encore, le fait que l'exploitation des stocks de ressources épuisables libère la "vitesse" économique (la croissance) du rythme écologique contribue à la dégradation des fonds, notamment la biosphère, et peut susciter des changements irréversibles dans l'évolution des climats.

Le problème est d'importance, mais n'est aucunement susceptible de solutions politiques simples. Au nom de quel principe pourrait-on demander à la Chine et à l'Inde de limiter leur dynamisme économique aux fins de réduire leur prélèvement sur les ressources naturelles de la planète ? Notre moindre dynamisme n'est nullement la conséquence d'une autolimitation volontaire, mais de notre niveau de vie bien plus élevé et de notre incapacité à régler nos propres déséquilibres économiques. Nous ne pouvons imposer aux plus pauvres que nous le rythme écologique, alors que c'est le fait de nous en être libérés qui nous a enrichis ! La décroissance ou même la stagnation ne sont pas davantage une solution au sein des pays développés, pour une raison similaire : elles impliqueraient soit que l'on s'accommode des inégalités existantes, soit au contraire que l'on impose un régime de redistribution tendant à l'équirépartition des ressources - un cynisme insoutenable d'un côté, une utopie totalitaire de l'autre.

INVESTIR DANS L'ÉDUCATION ET LA RECHERCHE

Mais, pour notre bonne fortune, la loi d'entropie n'est pas la seule flèche de temps qui gouverne notre évolution ; il en est une seconde moins tangible mais tout aussi déterminante : l'augmentation des connaissances. Une double irréversibilité marque ainsi le développement de l'humanité : l'accumulation des savoirs et du progrès des techniques d'un côté, la décumulation des stocks de ressources épuisables ou de la dénaturation tout aussi irréversible de certains fonds environnementaux de l'autre. Le temps de l'économie est, pour ces raisons, irréductiblement orienté : entropique pour les ressources et historique pour les institutions de production, d'organisation et de diffusion des connaissances. Les perspectives d'évolution du système tiennent en partie à l'espace aménagé entre ces deux processus dynamiques, écart qui peut faire penser à celui qui sépare les deux lames d'une paire de ciseaux. On peut ainsi décider d'une croissance aussi forte que l'on veut (donc d'un prélèvement sur les stocks de ressources) à condition de disposer d'un niveau de connaissances suffisant pour assurer la pérennité du système.

Or la nature comme la connaissance sont des biens publics qui exigent l'intervention de l'Etat pour être "produits" en quantité suffisante. La seule issue au problème de la finitude de notre monde est de tenter de maintenir grandes ouvertes les lames des ciseaux en investissant dans l'éducation et la recherche - notamment d'énergies renouvelables et de tout ce qui peut réduire le contenu énergétique de notre niveau de vie - et dans la préservation de l'environnement, en inventant les moyens de ralentir le processus de décumulation des ressources naturelles.

Mais, affirme-t-on, l'environnement est un bien public mondial et il ne sert à rien de se contraindre si cela n'a pour effet que de permettre aux autres d'augmenter leur puissance. On se trompe car, conçue comme procédant de la maîtrise de deux processus dynamiques, la solution du problème écologique pourrait tout aussi bien être un accélérateur de croissance. A mi-chemin entre la nation et le monde, l'Union européenne, région riche s'il en est, pourrait acquérir un avantage déterminant si elle parvenait à combiner le règlement (relatif) de la question de son indépendance énergétique, une politique mieux centralisée d'approvisionnement, le développement de la recherche d'énergies nouvelles, la consolidation de son avance dans le nucléaire et la garantie de normes environnementales suffisamment intelligentes pour tenir compte de sa diversité.


Jean-Paul Fitoussi

Partager cet article

Repost0