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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 18:41
La gauche confrontée à la crise de la construction européenne

L'année écoulée aura représenté une nouvelle fracture dans l'appréhension, que les citoyens en général, et les militants de gauche en particulier, ont de la construction européenne.

Depuis des années, il est devenu terriblement banal de dire que cette construction européenne se fait sans associer les peuples, qui s'en détournent peu à peu, comme le démontre à chaque élection du Parlement européen le taux d'abstention ou la progression (inégale il est vrai selon les pays) des forces politiques europhobes, populistes ou national-populistes.

Les traités européens, qui se sont succédé depuis la chute du mur de Berlin, ont en effet multiplié les transferts de compétences et de souveraineté des États-Nations vers des institutions supra-nationales, qui n'ont pour la plupart aucun compte à rendre devant les citoyens. Ainsi une partie de la gauche et des socialistes dénoncent depuis plus de vingt ans désormais l'indépendance de la Banque Centrale Européenne et l'insuffisance de pouvoirs réels du Parlement européen, devenu le symbole d'une perte de souveraineté populaire à l'échelle nationale jamais regagné à l'échelle européenne.

À mi parcours, l'épisode du projet de traité constitutionnel européen a illustré une première fois à quel point les choix des électeurs ne pesaient plus sur les destinées de l'Union Européenne : rejeté par référendum en France et au Pays-Bas (sans doute pour des raisons différentes), il réapparaissait en 2007-2008 sous le titre de Traité de Lisbonne pour être ratifié par les parlements sans tenir compte des scrutins référendaires.

La dérive ordo-libérale de la construction européenne est-elle en train de tuer l'idéal européen ?

Lorsque les failles de l'architecture économique et monétaire de l'Union européenne et de la zone euro furent mises au jour par la crise financière de 2008-2009, la réponse des gouvernements européens conservateurs et libéraux fut de graver dans le marbre les politiques d'austérité au travers du TSCG, baptisé traité Merkozy, et depuis complété au parlement européen par les directives Six-pack et Two-pack. C'est sur ce dossier même que l'orientation du quinquennat de François Hollande s'est sans doute joué, dès ses premières semaines, le Président de la République nouvellement élu refusant de renégocier ce traité, comme il s'y était engagé devant les Français, pour négocier des délais supplémentaires afin de se conformer aux mécanismes de contraintes budgétaires que nous avions dénoncés durant la campagne électorale.

Les différents développements de la crise grecque depuis 2009 ont démontré à l'extrême la perversion de la dérive ordo-libérale de la construction européenne : des cures d'austérité sans précédent qui aggravaient les difficultés du pays et saignait à blanc le peuple grec. Lorsque Syriza – au terme d'un processus qui alliait tout à la fois le déshonneur et la déconfiture du PASOK et une profonde aspiration du peuple grec à une alternative anti-austérité – a remporté les élections de janvier 2015, nous avons été nombreux à espérer qu'il y avait enfin une possibilité de faire évoluer le rapport de force, d'abord pour mettre un terme aux supplices infligés aux Grecs et ensuite et à plus long terme pour réorienter l'Union européenne. Mais six mois plus tard, après avoir subi un chantage politique, financier et économique, commis quelques erreurs, et malgré un mandat référendaire sans appel quelques jours plus tôt, le gouvernement d'Alexis Tsípras était contraint par l'eurogroupe d'accepter un troisième memorandum qui ancre dans la durée les politiques d'austérité et enferme la Grèce dans une logique de récession.

Le gouvernement grec n'a pas reçu le soutien qu'il aurait pu espérer des gouvernements de gauche en Europe. La position de la France n'a consisté qu'à maintenir le lien et les négociations quand les pressions pour un Grexit brutal étaient trop fortes, mais François Hollande et son gouvernement n'ont jamais remis en cause la logique austéritaire et le fonctionnement de l'eurogroupe, conseillant aux négociateurs grecs d'adopter une posture identique à celle de la France depuis juin 2012 : accepter les « règles du jeu » de la zone euro et abdiquer finalement toute prétention à mener une politique économique alternative.

A l’issue de la crise grecque – issue provisoire, car le 3ème mémorandum est voué à l'échec –, la question est posée : est-ce qu’on peut concevoir aujourd’hui une politique alternative dans le cadre européen tel qu’il est ? À la fois une alternative au niveau national, alors qu’on est pris dans un réseau de contraintes liées à notre appartenance à l’Union ; mais aussi une alternative au niveau européen, si plusieurs États membres se coordonnent pour infléchir la construction européenne… est-ce que le cadre actuel le permet ? C'est à cette question majeure que la gauche et les socialistes doivent aujourd’hui apporter une réponse car elle détermine la question de la souveraineté populaire, au moment où l'orientation ordo-libérale de la construction européenne semble impliquer un passage durable dans une période post-démocratique.

À ce titre, les propositions reprises par le Président de la République en faveur d'un gouvernement économique et d'un parlement de la zone euro n'apportent pas de réponses : que changerait une telle architecture institutionnelle si ces organes restent soumis aux logiques ordo-libérales inscrites dans les traités ?

La crise des réfugiés est une autre facette symptomatique de la perte de repère et de sens à l’œuvre dans l'Union Européenne. Les institutions et les gouvernements européens n'ont pas découvert cet été la crise migratoire ; si la conquête de territoires immenses à cheval sur l'Irak et la Syrie par Daesh a aggravé le phénomène, il est en marche depuis plusieurs années, conséquences tout à la fois de la transformation des sociétés africaines et moyen-orientales sous l'effet de la mondialisation, du changement climatique et des « déstabilisations » issues des « printemps arabes ».

Voici plusieurs années que les pays méditerranéens de l'UE sont confrontés à un afflux important et dramatique de migrants, dont on fait mine aujourd’hui de découvrir qu'ils mériteraient pour une majorité d'entre eux d'être considérés comme des réfugiés. L'Espagne, l'Italie, Malte ou la Grèce – déjà confrontées à l'imposition des politiques d'austérité – ont été trop longtemps laissées à elles-mêmes pour « gérer » cette situation et les centaines de morts qu'elle provoquait, alors qu'elle concernait l'ensemble des Européens. Les égoïsmes nationaux et l'inertie technocratique ont trop longtemps primé sur l'impératif devoir de solidarité et de fraternité, entre États membres et à l'égard des réfugiés qui sont censées constituer les valeurs de l'Europe.

Lorsque la Commission européenne a commencé à prendre la mesure des enjeux en proposant une répartition solidaire et obligatoire de l'accueil des réfugiés, nous avons tout à la fois été confrontés au populisme et à la xénophobie officielle de certains États d'Europe centrale, comme la Hongrie ou la Slovaquie, l'égoïsme britannique et une certaine hypocrisie française qui n'a rien trouvé de mieux que d'engager une vaine et infondée polémique sur la question des quotas. Poussés par les événements et l'émotion populaire, la Commission et le couple Franco-Allemand œuvrent désormais ensemble pour rattraper le temps perdu. Mais rien ne dit qu'ils arriveront à créer les conditions du consensus qui doivent permettre la mise en place d'une politique migratoire européenne, si ce n'est commune, au moins coordonnée.

Ainsi, l'UE s'accorde finalement sans difficulté sur des contraintes à l'encontre d'un ou plusieurs États membres quand il s'agit d'imposer des politiques d'austérité qui deviennent de plus en plus irrationnelles, mais semble incapable ou impuissante à mettre en œuvre les principes de solidarité et d'humanité qui devrait l'unir.

La crise permanente de la gauche européenne

On pouvait lire en 1972 dans Le Manifeste du PSU «La social-démocratie est devenue gérante, parfois médiocre comme en France et en Angleterre, parfois habile comme en Suède, du capitalisme.» ; on peut dire en 2015 que ce constat est largement dépassé : la social-démocratie, convertie pour l'essentiel au social-libéralisme, est devenue l'un des promoteurs actifs de l'ordo-libéralisme qui vide de son sens la construction européenne. À ce titre, le comportement de Jeroen Dijsselbloem, président de l'eurogroupe, dans la crise grecque aura été parfaitement insupportable. Tout a été fait pour obtenir soit la capitulation de Syriza, soit la chute du gouvernement grec, dans l'objectif officiel de faire respecter les règles budgétaires absurdes inscrites dans les traités européens, et dans le but officieux de faire échouer toute expérience d'une politique alternative à l'austérité. Les propos de Martin Schulz ou de Sigmar Gabriel allaient peu ou prou dans le même sens.

Les élections se succèdent en Europe et confirment toujours la perte d'influence de notre famille politique. À de rares exceptions près, lorsqu'ils gagnent, les partis socialistes le font poussivement, mais leurs défaites sont de plus en plus souvent des déroutes. Dans de nombreux États membres, ils sont déjà réduits à des rôles de supplétifs dans des gouvernements à direction libérale ou conservatrice. La famille socialiste et social-démocrate ne semble pas avoir retenu la leçon des années 1990 et 2000 durant lesquelles ses membres ont mené des politiques d'inspiration libérale, qui se sont révélées funestes tant du point de vue économique et social qu'électoral. Le congrès du PSE à Budapest en juin dernier a démontré l'état de décomposition et d'incohérence politique de cette organisation et de ses membres.

Les socialistes français ont fait l'erreur de considérer l'engagement européen comme un succédané à un internationalisme jamais pensé ; mais que reste-t-il de cette posture lorsque l'idée européenne a été détournée de son sens initial ?... Le PS avait appelé à l'été 2011 à assumer le nécessaire affrontement politique avec les conservateurs allemands, ce qui avait déjà provoqué des réactions surjouées sur la supposée germanophobie des socialistes français. Il paraît aujourd'hui absolument nécessaire, sans préjuger des débats du futur congrès du SPD, d'assumer la confrontation politique avec les dirigeants actuels de ce parti. La gauche du Parti Socialiste doit donc dans ce but entreprendre de consolider les contacts épars avec ses équivalents dans les partis du PSE – quand ils existent. Des contacts peuvent être évidement établis et le sont déjà au Parlement européen, mais il faudra compter également sur le renforcement de nos liens avec le Parti socialiste wallon, qui a pour particularité de n'avoir pas changé son discours européen exigeant entre son passage au pouvoir et désormais dans l'opposition.

La conquête du leadership au sein du Labour Party de Grande-Bretagne par Jeremy Corbyn est un point d'appui évident car, malgré l'affaiblissement réel du Labour, ce parti conduit aujourd'hui un changement de stratégie politique majeur dans la gauche britannique, en rupture avec le libéralisme assumé qui l'a éloigné de sa base électorale après qu'une partie des électeurs blairistes est revenue à ses amours tories, et sans doute avec une évolution marquée des engagements européens de ce parti. L'appui d'un Labour de gauche – même s'il a depuis longtemps pris quelques distances avec le PSE – ne serait pas négligeable pour une alliance des gauches socialistes, qui ont besoin qu'un grand parti demande un fonctionnement plus démocratique et transparent du PSE.

Malgré les désillusions provoquées par l'échec de Syriza face à l'eurogroupe, lorsqu'il existe une dynamique à gauche, ce sont des partis hors PSE qui en profitent, surfant sur les compromissions des sociaux-démocrates ou sur leur incapacité à proposer une alternative crédible à la droite : Syriza en fut le symptôme le plus prégnant, mais c'est aussi le cas de Podemos ou encore d'Izquierda Unida en Espagne. Au Portugal, la gauche radicale (Bloc de gauche BE et alliance écolo-communiste CDU) a plus progressé que le PS (+5,4 points et + 4,3 points) lors des élections du 4 octobre. En Irlande (nord et sud), c'est Sinn Féin qui est en dynamique.

Pour compléter le tableau, plusieurs forces politiques siègent au sein des groupes parlementaires européens écologistes ou GUE/NGL, alors qu'ils portent un discours socialiste assez « classique », c'est le cas de Syriza (dont le leader Alexis Tsípras était le candidat du Parti de la gauche européenne, présidé par Pierre Laurent, à la présidence de la commission) ou de Sinn Féin à nouveau, mais aussi du Parti Socialiste néerlandais, du SNP écossais (qui malgré son échec référendaire sur l'indépendance a triomphé successivement aux élections européennes puis aux élections générales, remportant 56 des 58 membres écossais à Westminster), ou du Parti Socialiste Populaire danois.

Si les socialistes européens, et parmi eux en premier les socialistes français, veulent sortir de l'impasse politique, il est urgent d'engager un dialogue structurel avec ses forces nouvelles ou qui, pour les plus anciennes, ont su se renouveler, alors que nous étions incapables de structurer une alternative à l'offensive libérale engagée depuis la fin des années 1970, au point d'intégrer de manière plus ou moins assumée une partie de ce discours dans notre corpus programmatique.

Nous devons également mettre fin au compromis historique avec les anciens démocrates-chrétiens, devenus conservateurs. Il ne s'agit plus simplement d'assurer la co-gestion du Parlement européen, pour un bon fonctionnement des institutions communautaires, mais trop souvent les compromis s'étendent au fond des politiques et des délibérations et amènent les membres du groupe S&D à concéder trop de points au PPE et aux libéraux. Cela mine durablement la lisibilité et la cohérence de nos options politiques, et nous rend plus inaudibles encore auprès des électeurs européens. Nous devons lui substituer un rapprochement avec le Parti de la Gauche européenne et les Écologistes. Seule cette option nous permet de rendre crédible la perspective d'une alternative politique sur les enjeux de la construction européenne.

Mais ne nous y trompons pas les débats, qui traversent la social-démocratie sur la construction européenne et la possibilité de la réorienter, sont également posés chez nos partenaires écologistes, de la gauche radicale ou (post-) communiste (les positions du PCF sur le mémorandum et la nature de la zone euro en témoignent) : c'est une culture politique dominante dans la « gauche radicale » européenne, qui craint que toute déconstruction ou crise durable d’un cadre international ne finisse par profiter à la droite radicale xénophobe. Ainsi l’idéal européen est finalement confondu avec sa traduction institutionnelle existante, alors même que l’écart entre les deux est régulièrement dénoncé.

Enfin, l'émergence d'une alternative européenne de gauche soit suffisamment forte et coordonnée pour imposer une véritable réorientation de la construction européenne et donc un bouleversement profond des traités actuels s'inscrit forcément sur le temps long.

Il n'est pas dit que les peuples européens soient disposés à attendre jusque là.

Frédéric FARAVEL

La gauche confrontée à la crise de la construction européenne

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 09:58

Je viens de voir que le JDD.fr avait fait lundi dernier un vote en ligne (ils ont d'ailleurs laissé courrir les votes et visiblement la fachosphère s'en est donnée à coeur joie, puisque s'affichent 71% de "oui") pour savoir si nous voulions voir "nos" régions passer au FN ? évidemment que non ! la question n'est pas là, mais savoir quels moyens nous mettons en oeuvre pour l'éviter...

Le premier secrétaire de mon parti propose un référendum sur l'unité aux régionales (je dis bien le premier secrétaire - et évidemment l'appareil rangé derrère lui - car le conseil national du Parti Socialiste réuni le samedi 19 septembre, lorsque Jean-Christophe Cambadélis a conclu sur cette proposition, ne l'a pas voté [Lire l'excellent papier de Paul Alliès sur Mediapart.fr) et c'est sur ce moyen qu'il y a divergence !

Comment faire un tel événement de manière sereine en balayant d'un revers de la main tous les débats sur la nature de la politique gouvernementale qui accroît les divisions à gauche et pèsent de plus en plus sur les élections intermédiaires (on l'a vu aux départementales un seul département avait réussi à faire presque toute l'union dès le premier tour) ?

Comment faire cela quand nos ex partenaires et une grande majorité de leurs électeurs considèrent que notre politique est en grande partie responsable de l'explosion des abstentions à gauche et de la progression du vote FN ?

Comment croire qu'on peut mobiliser des électeurs sur un sujet qui leur paraîtra à juste titre parfaitement politicien (et qu'importe en l’occurrence la manière dont ils répondent aux sondages, car évidemment personne ne veut de la défaite et que les questions posées dans un sondage sont réductrices et n'abordent jamais les causes de la division, mais ceux qui répondent aux sondages n'iront pas voter) !????

Toute l'histoire de la gauche et des refondations de la gauche socialiste démocratique démontre que l'union réelle se fait sur un programme, des objectifs économiques et sociaux, pas sur des admonestations et des injonctions morales...

Or que proposons-nous ? seulement de poursuivre la même politique qu'aujourd'hui qui divise la gauche, qui ne réussit pas, de ne pas demander aux députés et aux sénateurs socialistes d'appliquer les consignes du BN du PS sur le budget 2016... et de réduire le débat à un "chers partenaires, vous dont nous ne tenons jamais compte, venez sur nos listes et faites voter pour nous vos électeurs afin qu'on sauve nos sièges de conseillers régionaux... Belle perspective ! On aura encore plus tendu les choses au matin du 19 octobre, les difficultés dans les négociations entre les deux tours des régionales seront accrues pour élaborer des listes d'union.

La pente sera longue à remonter...

Si on consultait les électeurs de gauche sur la politique menée depuis 2012 et le respect des engagements du candidat Hollande, sur les moyens à mettre en oeuvre pour réussir la fin du quinquennat, cela aurait bien plus de sens. Les primaires citoyennes, élargies à toute la gauche, pourraient jouer ce rôle, mais l'ensemble des appareils politiques - le PS et le PG plus que tous les autres d'ailleurs (tiens ! y a au moins un sujet sur lequel leurs dirigeants s'accordent) - le refusent à ce stade. C'est dire le niveau de défiance collective qui étreint la gauche française.

Pourtant, il n'est pas encore trop tard pour faire prévaloir la raison.

Frédéric FARAVEL

La Rochelle 2014, c'est la dernière fois où les dirigeants des partis de gauche (sauf le PG) étaient réunis à la même tribune

La Rochelle 2014, c'est la dernière fois où les dirigeants des partis de gauche (sauf le PG) étaient réunis à la même tribune

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 14:21
Répondre à la lettre ouverte de Jean-Christophe Cambadélis à la gauche

Le Premier secrétaire du Parti Socialiste a donc - comme il l'avait annoncé lors de l'université d'été du PS à La Rochelle - envoyé une "lettre ouverte à la gauche et aux écologistes". Ce vocable large et imprécis permet de jouer sur l'ambiguïté concernant les destinataires réels de cette missive : parler aux électeurs de gauche et écologistes en général ou s'adresser aux organisations politiques, syndicales et associatives qui s'identifient à la gauche...? Il est peu probable que nos électeurs se précipiteront pour lire ces trois pages et demi, tout comme personne n'avait lu l'adresse du PS aux Français qui enterraient déjà les engagements de la motion majoritaire du congrès de Poitiers ; et il n'est pas sûr que les organisations que Jean-Christophe Cambadélis souhaite pouvoir dépasser (à plusieurs reprises lors du congrès du PS, les responsables de la motion A ont affirmé leur volonté de squizzer les dirigeants écologistes ou du Front de Gauche pour parler directement à leurs électeurs et les mettre face à leurs responsabilités) apprécient forcément le ton et fond de ce courrier.

Pourtant, cette démarche aurait pu être utile, après tant de mois sans dialogue à gauche.

S'adressant à la gauche et aux écologistes dans son ensemble, le premier secrétaire me permettra donc d'avoir un avis sur son propos.

Mon premier sentiment fut de noter le caractère hors sol et particulèrement tactique de cette lettre : s'il s'agissat de parler aux électeurs de gauche, c'est raté, car il y a peu de chances que ceux-ci se laissent émouvoir ou appeler à la réflexion par des considérations qui oublient leurs conditions de vie concrètes.

Le principal sujet n'est pas de savoir ce que la gauche peut faire ensemble au service des Français mais d'en appeler à une réaction de défense contre le "bloc réactionnaire", qui allierait la droite sarkoziste et l'extrême droite. Inventant de nouveaux vocables comme "arabophobie", qui semble remplacer le racisme, villipendiant l'europhobie du bloc réactionnaire - alors même que Les Républicains avouent eux-mêmes que la dernière chose qui les distinguent encore du FN et du Rassemblement Bleu Marine est la politique européenne, les premiers dénonçants la volonté des seconds de quitter la zone euro et l'union européenne -, Jean-Christophe Cambadélis interpèle donc organisations et électeurs "que croyez-vous qu'ils feront de la République et de l'Etat social ?"

Cette stratégie est suicidaire et défaitiste : elle entérine l'irrésistibilité de la montée de l'extrême droite, plutôt que d'envisager la reconquête de ceux des électeurs de gauche qui ont voté Marine Le Pen aux élections européennes et/ou sont tentés de le faire aux élections présidentielles. Il est vrai que le Premier secrétaire du PS s'est convaincu que la principale motivation des électeurs qui renforcent aujourd'hui les suffrages du FN l'ont fait par préoccupation identitaire, alors que tout démontre qu'ils l'ont fait par la déception que la gauche au gouvernement a suscité chez eux au sujet de la question sociale, cette même question sociale que Jean-Marie Le Guen considérait comme accessoire ou secondaire dans sa tribune publiée par Le Point le 21 juin dernier.

De fait, poser le débat en ces termes évite aux dirigeants actuels du PS et du gouvernement d'affronter une question plus gênante : qu'est-ce qui a provoqué la montée du FN au-delà des 20%, et jusqu'à s'approcher des 30% aujourd'hui, depuis 2012 ? A cela, la majorité des électeurs de gauche ont déjà répondu à plusieurs reprises par voie électorale et cela est rappelé par tous les sondages auprès des sympathisants de gauche : ils considèrent que le PS et l'action du gouvernement qu'il soutient ne sont pas assez à gauche. Qu'importe qu'ils ne votent pas pour une alternative à gauche, on sait que l'inertie des institutions de la Vème République et la nature de la gauche française - que nos électeurs considèrent comme un seul bloc et non comme scindée entre des pôles irréconciliables (ce qui invalide depuis le départ la thèse de Jean-Luc Mélenchon et du PG) - ne permettent pas l'émergence d'une alternative à gauche lorsqu'elle est au pouvoir. Ainsi quand le PS perd des électeurs, tous les autres partis de gauche et écologistes en perdent aussi, dans des proportions différentes comme si les électeurs leur reprochaient également les politiques conduites bien qu'ils ne les soutiennent pas. Ceux qui accusent d'ailleurs les "Frondeurs" de s'insurger contre le gouvernement pour sauver électoralement leur peau souffrent d'une grave myopie, puisque l'étiquette PS qu'ils souhaitent conserver leur inflige la même opprobe qu'à ceux qui soutiennent les choix qu'ils dénoncent.

Or tant que le PS n'aura pas analysé sereinement les raisons dans son action gouvernementale qui ont provoqué une profonde déception et nourri l'abstention massive et la croissance du vote FN, l'appel à se rassembler derrière lui pour y faire barrage sera perçu par ses partenaires politiques comme une tartufferie détestable.

Il n'est pas possible de demander à des électeurs et des partis politiques de soutenir un parti qui soutient des politiques gouvernementales qu'ils considèrent comme cause du problème politique dont le FN est le symptôme, le véhicule. Plus le PS jouera sur une tactique de culpabilisation, plus il provoquera des réflexes d'opposition de plus en plus violents.

Comment d'ailleurs ne pas se pâmer quand on demande aux militants écologistes du Nord-Pas-de-Calais/Picardie de rallier des listes conduites par le PS, lorsque dans la même semaine on voit les manoeuvres présidentielles pour faire imploser de l'intérieur EELV grâce à Jean-Vincent Placé et François de Rugy et la ministre de l'écologie annoncer le report de la fermeture de Fessenheim à 2018 ! on aurait voulu les pousser dans les bras du Front de Gauche qu'on n'aurait pas su faire mieux : c'est d'ailleurs ce qui s'est passé, alors qu'il aurait fallu réunir toutes les conditions pour faciliter l'union dans cette région !

Jean-Christophe Cambadélis rappelle "Dans les années 1970 ou bien 1936, les désaccords au sein de la gauche étaient plus graves puisqu'ils portaient sur le modèle de société. Et pourtant la gauche s'est unie." Sauf qu'en 1936 comme en 1970, la gauche ne cherchait pas à dépasser des divergences idéologiques mais avait fait le choix de s'accorder sur un programme politique ; c'était d'ailleurs la grande innovation de François Mitterrand à Epinay en 1971, abandonner l'idée illusoire de refaire le congrès de Tours à l'envers pour afficher la perspective de gouverner ensemble pour transformer la société. Aujourd'hui le premier secrétaire du PS voudrait donc faire croire à nos électeurs et nos partenaires que nous n'avons plus de divergences idéologiques et que rien n'empêche donc d'agir ensemble, alors même que nous avons été incapable de respecter nos engagements économiques et sociaux et que le Président de la République a confié à François Fressoz à quel point il était conscient de tromper ses électeurs et qu'il avait sciemment changé de programme. Comment instaurer la confiance à gauche pour agir ensemble si nous ne tenons pas nos engagements, si nous ne respectons pas les accords politiques (celui conclu avec EELV en 2011) avec nos partenaires.

Guillaume Balas, député européen, a également répondu à notre premier secrétaire ; je me permets ici de le citer : "Un projet qui serait fondé sur l’égalité politique sans prendre en compte les inégalités sociales, la citoyenneté sans sa traduction en droits concrets, l’appel aux valeurs de la République de manière purement théorique, le rassemblement incantatoire face au « bloc réactionnaire » sans autre projet que d’éviter sa prise du pouvoir est condamné à l’échec, un échec électoral mais pire encore, un échec moral."

De fait, le premier secrétaire fait régresser les socialistes au niveau de l'aveuglement de Lamartine en 1848 qui professait alors qu'"avec l'instauration du suffrage universel, il n'y a plus de prolétaires"... Jean-Christophe Cambadélis vient ainsi d'effacer 150 ans d'histoire sociale et politique !

Frédéric FARAVEL

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18 février 2015 3 18 /02 /février /2015 10:59

Macron_Valls_17-02-2015.jpgLe Président de la République et le Premier ministre ont donc préféré passer en force pour faire adopter en première lecture à l'Assemblée Nationale le projet de loi « pour la croissance et l'activité », dit loi Macron. Cette décision coercitive, l'utilisation d'un 49.3 – jadis vilipendé – pour un texte qui avait présentée comme la « loi du siècle » avant d'être qualifié de « fourre tout » en décembre dernier par le premier secrétaire du PS lui-même, marque une nouvelle étape désolante dans le rétrécissement de la majorité parlementaire, qui correspond de moins en moins à la majorité politique qui a permis le retour de la gauche au pouvoir au printemps 2012.

Évidemment, les membres du gouvernement et de la direction du PS vont tourner sur les médias pour expliquer la posture courageuse de l'exécutif et le besoin d'autorité dans le pays, face à un agglomérat d'irresponsables et de conservateurs. À ce titre, la réponse d'Emmanuel Macron à Jacqueline Fraysse, députée Front de Gauche, lors des questions au gouvernement, a été un festival de mépris des parlementaires et de caricature à peine crédible d'une large partie de la gauche accusée de se satisfaire de la situation actuelle. Les propos tenus le soir-même par Manuel Valls et Emmanuel Macron dans les JT - « cour de récréation », « jouer aux dés » - traduise ce même mépris des parlementaires et le caractère puéril de leurs postures.

Cette petite histoire serinée aux médias est évidemment parfaitement déconnectée de la réalité.

Loin de s'expliquer par des postures de congrès (il est vrai que les sociaux-libéraux sont totalement dénués d'arrière-pensée partisane, alors qu'ils n'osent même pas soumettre leurs orientations au vote des militants socialistes), le rejet du projet de loi Macron s'inscrit dans l'impossibilité de réunir une majorité de gauche sur un texte dont les principes mêmes sont contestables et ont été contestés dès ces prémices. La gauche du Parti Socialiste présente depuis deux ans des propositions concrètes pour réorienter la politique économique et sociale du gouvernement et redresser la France dans la justice : plan de relance écologique et social, réforme fiscale, propositions "pour un nouveau pacte majoritaire", manifeste pour une alternative à gauche ici et maintenant… et surtout le respect de nos engagements pris devant les Français. Depuis 4 mois, la gauche du Parti Socialiste réclame le retrait du projet de loi Macron ; aucun congrès du PS (que nous réclamions par ailleurs) n'était alors prévu deux mois après le (non) vote solennel de ce texte abscons. Depuis deux et demi est appliquée une politique économique et sociale en contradiction totale avec nos engagements de campagne et avec les orientations du Parti Socialiste (y compris en tenant compte de la motion sortie majoritaire du congrès de Toulouse en octobre 2012) !

L'objectif des parlementaires socialistes n'a jamais été et ne sera jamais de faire chuter le gouvernement mais au contraire d'obtenir une réorientation de la politique conduite.

Aussi, ne nous laissons pas dépasser par les postures « viriles » et autoritaires adoptées par l'exécutif, qui n'hésite pas à user du prétexte des menaces terroristes pour faire taire les nécessaires débats sur la politique économique et sociale. Le recours au 49.3 est bel et bien un constat d'échec pour l'orientation défendue par Manuel Valls et Emmanuel Macron qui ont enfermé l'action gouvernementale dans une impasse politique plutôt que de retirer un texte qui fracture la gauche. C'est un constat d'échec pour les sociaux-libéraux car le gouvernement n'a même pas osé tenter un vote démocratique ; c'est un constat d'échec car leurs lourdes pressions sur les parlementaires n'ont concrètement pas réussi à les faire flancher.

Répétons-le tous les jours dans les semaines qui viennent : il existe une majorité de gauche au parlement, qui correspond à la majorité politique qui a élu François Hollande le 6 mai 2012, pour réaliser les engagements de la campagne présidentielle ! Il y a une politique alternative à la dérive libérale actuelle néfaste et contre-productive, ici et maintenant, et il est ridicule de lancer des menaces de Gascons sur le risque de censure ou la dissolution de l''Assemblée Nationale.

 

Frédéric FARAVEL

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 17:55

logo ecole formation MLGCela fait plusieurs semaines que je coordonne le lancement de l'école de formation de Maintenant la Gauche, avec quelques camarades volontaires.

L'école de formation MLG a commencé ses séances depuis le lundi 29 septembre dernier. La première, que j'ai animée, était consacrée à "l'histoire du socialisme français des origines à 1969" ; la seconde, qui s'est déroulée le lundi 6 octobre, était animée par David Cayla et consacrée aux "origines des crises économiques internationales : accidents ou logique du système ?"

Annoncée et attendue, tant par les participants que par les camarades en région qui n'ont pu assister à ses séances, la plateforme web de l'école de formation est désormais en ligne ! Vous pouvez dès maintenant y accéder à l'adresse Maintenant-la-Gauche-2-2820.JPGhttp://ecole-formation-maintenantlagauche.fr/

Vous y trouverez les 1ères vidéos des séances de formation, ainsi que des documents pédagogiques complémentaires. Vous pouvez évidemment utiliser ce support pour des formations collectives en région.

Vous y trouverez également - et la mise à jour sera faite au fur et à mesure - la liste des formateurs et intervenants de l'école et le calendrier des futures séances.

Cette plateforme web est bien évidemment améliorable, elle a vocation à évoluer avec le temps ; dans tous les cas, nous tenons à remercier vivement nos camarades Jean-Pierre Coté et Sébastien Fontagneu qui ont permis qu'elle voit le jour dans des délais relativement courts.

Pour mémoire les prochaines séances actuellement programmées sont les suivantes :

  • -> Lundi 20 octobre, Réforme territoriale : progrès ou danger pour la République ?, avec Marie-Noëlle Lienemann
  • -> Lundi 3 novembre, Après une cinquième République monarchique, quelle VIème République pour les socialistes ?, avec Emmanuel Maurel
  • -> Lundi 17 novembre, L’évolution du droit du travail. Le «dialogue social», outil de progrès ou instrument de régression ?, avec Étienne Colin, avocat spécialisé en droit social
  • -> Lundi 24 novembre, Le socialisme français depuis le congrès d'Epinay. Quel avenir pour le PS ?, (poursuite de la 1ère formation que j'avais animée)
  • -> Lundi 1er décembre, La gauche et la construction européenne : repères et concepts, avec François Lafon, historien

Je rappelle qu'il est nécessaire de s'inscrire avant chacune des séances de l'école de formation en écrivant à l'adresse électronique de l'école : formation.maintenantlagauche@gmail.com - vous pourrez également le faire depuis la plateforme web. Les séances se déroulant jusqu'à nouvel ordre dans des salles de l'Assemblée Nationale (grâce au soutien de Suzanne Tallard, députée de Charente-Maritime, et de sa collaboratrice Aurélie Arainty), il est impératif d'avoir sur soi une pièce d'identité pour accéder au lieu de formation.

Frédéric FARAVEL

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13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 08:49

Attaques racistes contre Christiane Taubira, manifestations, sifflets et insultes contre l’État un 11-Novembre jour de commémoration nationale, le gouvernement a raison de faire preuve de fermeté et de rappeler que la République ne doit faire preuve d'aucune indulgence contre ses ennemis.

Drtx159fq.jpgepuis l'été 2012, une sorte de "mouvement social de droite" allant de la "Manif pour tous" aux "Bonnets rouges", avec les "pigeons" comme précurseurs, occupe l'espace public, débordant largement une opposition conservatrice et centriste qui reste toujours sans projet, sans leader et sans initiative. L'UMP, et dans une moindre mesure l'UDI (désormais rejointe par le MODEM), en est réduite à suivre les combats de ce mouvement social, sans jamais réussir à prendre la main dessus, et en se trouvant piégée par son discours souvent réactionnaire.

On pourra toujours dire qu'en cela le fond idéologique avait été préparé de longue date à ce tournant réactionnaire par l'action et la synthèse sarkozyste. Il n'en reste pas moins qu'en chevauchant une partie du discours homophobe et anti-Etat de ces mouvements, l'opposition de droite finit par lui accorder une certaine légitimité.

Cependant lorsque les tabous tombent en parole, le tabou de la violence ne tarde pas à tomber lui non plus. C'est ce qui s'est passé en Bretagne où la violence du mouvement des "bonnets rouges" a pu bénéficier pendant plusieurs jours d'une certaine latitude. C'est ce qui ne manquera pas d'arriver (comme les débordements homophobes ont suivi le mouvement anti-mariage pour tous) si la République ne réagit pas avec la plus ferme des déterminations contre les débordements racistes et anti-parlementariste qui s'expriment à l'extrême droite, contre la Garde des Sceaux, comme une sorte de prolongement d'ailleurs de la "Manif pour tous".

Or, la gauche a une part de responsabilité dans cette "chienlit" réactionnaire et conservatrice.

Dès le début du quinquennat, elle a mis en difficulté son camp politique et social, notamment en acculant à la défaite deux grands confédédérations, dont l'une - la CGT - avait appelé à voter pour François Hollande. Avec la transposition dans la loi de l'accord interprofessionnel sur la flexibilisation de l'emploi, mais aussi avec le Pacte de Compétitivité, puis avec le vote bloqué sur la réforme des retraites, le gouvernement donne l'impression d'infliger des défaites à la gauche syndicale.

Mais surtout, il a semé la confusion dans son propre électorat en menant une politique contraire à nombre des engaments de campagne :

  • - ratification du traité Merkozy en l'état alors qu'on avait annoncé sa renégociation avant toute ratification ;
  • - Pacte de compétitivité fondé sur la baisse du coût du travail, alors qu'on avait expliqué que ce n'était pas le coût du travail qui était en cause ;
  • - augmentation de la TVA pour financer la baisse du coût du travail (alors qu'on venait de supprimer la TVA sociale) ;
  • - transposition de l'accord emporté par le MEDEF sur la flexibilité de l'emploi ;
  • - réforme des retraites contraire au projet du PS de 2011 : "Nous rétablirons l’âge légal de départ à 60 ans (ce qui permettra à ceux qui ont commencé à travailler tôt ou exercé des métiers pénibles de pouvoir partir au même âge qu’avant la loi de 2010) et l’âge de départ sans décote à 65 ans. Nous engagerons la réforme des retraites que nous avons promise aux Français : un financement garanti avec une contribution du capital, le maintien des seniors dans l’emploi, la prise en compte de la pénibilité et de l’allongement de la durée de vie, et surtout un système universel et personnalisé qui permettra à chaque personne de faire des choix et d’organiser sa vie au moyen du compte temps-formation dont chaque Français disposera à partir du 1er janvier 2014. Nous nous donnerons les moyens de réussir cette réforme qui engagera plusieurs générations en menant une concertation avec les organisations syndicales et un débat public avec les Français en vue de décisions qui seront prises avant l’été 2013"
  • - abandon d'une réforme fiscale, après une série de mesures isolées et des reculs qui ont accentué la confusion dans ce domaine et surtout lésé réellement une partie des classes moyennes et populaires (dont certains se sont retrouvés contributrices alors qu'elles n'étaient pas imposables préalablement).

article_quimper.jpgD'ailleurs, sur ce dernier sujet, on voit bien comment la confusion jetée dans l'électorat de gauche et l'évitement d'une réforme fiscale profonde a permis de faire coaguler ensemble des protestations qui ne se seraient jamais rencontrées sinon : voir les ouvriers bretons défiler aux côtés de leurs patrons et de certains militants réactionnaires et identitaires à Quimper est assez inédit. Le retrait récent de FO de cette auberge espagnole n'y change rien le mal est fait, les autres syndicats peinant - suite à leur afaiblissement consécutitf à leurs difficultés à se positioner par rapport à la politique gouvernementale - à opérer des contre-feux ou à mobiliser des salariés de plus en plus profondément pessimistes sur des combats positifs.

On se retrouve exactement devant le même dilemne qu'avant mai 2012 : si la gauche n'assume pas son projet politique, ce n'est pas elle qui sera le réceptacle des aspirations et des demandes de changement, a fortiori si elle est au pouvoir. Ni le Front de Gauche, ni les confédérations de salariés n'arrivent aujourd'hui à mobiliser alors que les revendications sociales pourraient les porter (preuve s'il en est que les Français ne comprennent rien à la théorie éculée des "deux gauches" défendues par Jean-Luc Mélenchon), et le confusionnisme qui en découle pourrait rapidement profiter à des mouvements populistes d'extrême droite quelle que soit la région concernée (car on voit bien que le discours autonomiste breton - d'habitude plutôt généreux - est ici remplacé par une version assez négative).

Mais les groupuscules d'extrême droite menacent-ils la République au point que la gauche doivent la défendre dans la rue ? non... Les appels soudains à multiplier les manifestations contre l'extrême droite me paraissent à ce titre une fausse bonne idée ; d'autant que de la part d'une bonne partie des dirigeants du Parti Socialiste, il pourrait bien s'agir d'une médiocre stratégie politique pour rechercher désespèrément le soutien électoral de ceux qui nous désavouent au seul prétexte de faire barrage au FN. C'est là tout le débat qui avait occupé les socialistes lors de la table ronde des universités d'été 2013 sur la manière de combattre l'extrême droite : la majorité espérait que la menace électorale du FN, et du Rassemblement Bleu Marine qui cherche à le camoufler, serait un argument suffisant pour susciter une logique de défense républicaine au seul profit du Parti Socialiste. On en a vu l'inopérabilité d'élection partielle en élection partielle. Le danger FN dans les urnes n'est plus en soi suffisant pour inciter l'électeur de gauche à abandonner une tentation abstentionniste, ni même à reporter ses voix correctement au second tour.

La stratégie d'appeler à un meeting "contre les extrémismes" est par ailleurs encore confuse, car plutôt que d'appeler clairement à combattre le FN et les fascistes, la direction du PS (peut-être par erreur sémantique) tombe dans le même travers que François Fillon lorsqu'il appelle à voter "pour le moins sectaire" en cas de second tour gauche-FN.

L'autre espoir vain sur lequel peut compter le Parti Socialiste, c'est que la droite n'est aujourd'hui pas le réceptacle électoral du désaveu d'opinion dont souffre la gauche gouvernementale (qui entraîne avec elle dans une certaine mesure l'ensemble de la gauche) : la droite n'a pas bonne presse, elle est divisée et l'électeur ne se retournera vers elle pour sanctionner le gouvernement. Le FN/RBM aura également du mal à constituer des listes alternatives dans la plupart des villes et ne pourra engager un combat avec enjeu que dans quelques territoires symboliques comme Hénin-Beaumont, Carpentras ou Brignolles. Mais l'effet des triangulaires pourraient à nouveau être un handicap important pour la droite, d'autant que la plupart des maires de gauche (différent des Collomb et autre Rebsamen) ont en général plutôt assumé leur mission de "bouclier social" face à la crise, ce dont les électeurs pourraient leur être reconnaissant. C'est l'abstention qui peut fortement pénaliser la gauche dans ces élections locales, mais sans doute pas encore suffisamment pour conclure à une défaite cinglante comme en 2001 (défaite que l'on avait éludé, Matignon s'étant persuadé que Paris et Lyon suffisaient à signer la victoire). Il est à craindre que le gouvernement défende dès le 30 mars au soir, que les municipales marquent que le désaveu à son encontre est largement surjoué par un effet médiatique et qu'il n'y a donc pas lieu à changer. C'est alors aux élections européennes qu'avec ce type de discours risque de nous être présenté la note de manière plus cruelle encore, avec un électorat de gauche qui sera d'autant plus désabusé que le gouvernement n'aurait rien infléchi après les municipales : mais là encore on nous dira que les Européennes sont un défouloir et n'ont pas de réelle portée politique nationale.

Pourtant ce qui menace la République, c'est la misère sociale qui gangrène notre société et la désespérance économique qui étreint désormais tout notre pays : c'est là-dessus que surfe le FN. Changer de cap économique c'est répondre aux attentes des Français en rompant avec une logique sociale-libérale qui échoue ; c'est là que les Français attendent la gauche.

Ce n'est qu'en répondant à l'exaspération sociale des Français que nous pourrons briser le miroir aux alouettes du Front National. Tout discours "moralisant" est aujourd'hui inopérant tant que nos concitoyens ont l'impression que la politique qui est menée répond d'abord aux exigences du MEDEF, des agences de notation et des marchés financiers, plutôt qu'à la détresse économique vécue et à la confusion dans la société. Cela ne veut pas dire qu'il soit inutile ou interdit de démonter l'idéologie FN, mais les Français ne s'apprêtent pour 20% d'entre eux (dont certains électeurs de gauche) à voter FN parce qu'ils adhéreraient tous à ses idées nauséabondes. C'est effectivement un sentiment de ras-le-bol qui peut tout emporter, une partie de notre camp social s'estimant trahi et ne voulant pas pour autant s'entendre être catalogué "raciste". Ils sont sans doute dans l'erreur il joue avec le feu, mais alors dans ce cas déconstruisons les propositions du FN pour en démontrer les conséquences économiques et sociales ; et surtout agissons sur la réalité quotidienne de nos concitoyens (emplois, aides sociales, logement, transports, etc.) : nous n'en serons que plus forts ensuite pour rebâtir des cordons sanitaires avec les débordements xénophobes.

Investir pour l'économie et donc reécréer de l'emploi, reconstruire une fiscalité juste, sortir l'Europe de l'ornière austéritaire, c'est redevenir audible auprès des Français, inscrire notre action dans la durée et c'est là le vrai combat efficace contre les populistes et l'extrême droite.

A ce titre, on ne peut que se réjouir de l'annonce de la remise à plat du système fiscal français, en regrettant les quelques 15 mois perdus sur ce dossier. Mais nous ne sommes en rien assurés que ce travail soit suffisant : il faut des mesures fortes, mais il n'est pas garanti que le patronat une fois encore ne trouve pas un rapport de force en sa faveur comme le montre le refus d'intégrer dans la "remise à plat" la TVA. La gauche doit impérativement se mobiliser pour remettre dans le débat fiscal tout ce qui avait été suggéré par le Parti Socialiste en 2011.

Frédéric FARAVEL

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 15:32

logo MLG 2Il y a les sondages… Il faut toujours les relativiser et les regarder avec perplexité car s’ils mêlent les chiffres concernant les électeurs de droite et ceux de gauche, ils ne disent souvent rien sur les raisons des choix de nos concitoyens. Nous avons toujours pris beaucoup de distance avec cette pseudo photographie de "l’opinion".

Il y a eu les élections partielles qui ont sonné comme une alerte tant les électeurs de gauche ont boudé les urnes, quand certains ont pu se laisser égarer en votant pour le FN.

Il y a les rencontres avec nos concitoyens, avec les militants, qui montrent qu’après l’attente plus ou moins patiente se manifeste désormais la défiance, la colère ou pour le moins la consternation.

Il y a les décisions nombreuses qui creusent un fossé entre le gouvernement avec deux des trois plus grands syndicats représentatifs de salariés, dont les adhérents ont massivement voté pour François Hollande et qui désapprouvent des mesures qui vont a l’encontre de leurs revendications et même parfois de nos engagements pendant les présidentielles. On pense au CICE, à l’ANI, à l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites, etc.

Il y a les cafouillages, bidouillages, reculades, et parfois renoncements, qui entretiennent l’idée d’une absence de vision d’avenir, d’un manque de maîtrise de la situation et qui renforcent un sentiment d’inquiétude sur l’avenir.

Tout cela est connu et nul besoin de langue de bois pour éluder la crise politique majeure qui se conjugue à la grave crise économique et sociale que vit notre pays, comme bon nombre de pays européens.

Il n’y a pas seulement une succession de problèmes épars et d’erreurs ponctuelles, mais d’abord les conséquences des politiques d’austérité.

Il y a d’abord la situation objective du pays, la détérioration des conditions de vie d’un nombre croissant de nos concitoyens et surtout des signes peu encourageants pour l’avenir. Les délocalisations continuent à un rythme soutenu, la désindustrialisation n’est pas conjurée et les projets technologiques d’avenir ne semblent pas suffisants pour compenser la disparition de pans entiers de notre appareil productif. Le taux de chômage atteint des records dans toute l’Union Européenne et plus encore dans la zone Euro, la croissance prévue sera molle et même le taux particulièrement bas d’inflation manifeste des tendances à la déflation et à un taux d’activité limité. Le dumping social et fiscal continue de plus belle (cf. les bas salaires en Allemagne demeurent, les salaires ont fortement baissé en Espagne concurrençant notre économie) dans l’UE et la surévaluation de l’Euro poursuit son œuvre destructrice.

Si la plupart des Français demandent un changement de politique c’est bien qu’ils perçoivent que la logique de l’austérité – fut elle plus atténuée ici qu’ailleurs , l’alignement aux politiques européennes libérales et la pseudo-politique de l’offre sont des impasses. La marche forcée vers la réduction des dépenses publiques ne résoudront aucun de nos problèmes et le pseudo-remède s’avérera pire que le mal.

Le discrédit qui s’ancre dans une partie de plus en plus importante de la population et la dépression qui minent la France viennent de là.

Alors comment sortir de cette crise, comment retrouver confiance en nous mêmes ?

Aussi, rien  ne serait pire que de demeurer sourds et aveugles à ce qui s’exprime dans le pays et singulièrement dans les couches populaires, au sein du peuple de gauche. Rien ne serait pire que d’attendre une hypothétique amélioration de la conjoncture mondiale et européenne qui  viendrait régler nos problèmes. Car la réalité est que pour sortir de la crise, il faut en France une politique volontariste de relance de la croissance, une croissance durable engageant la transition écologique, une stratégie de redressement industriel, une redistribution des richesses.

Oui, le président de la République doit prendre la mesure de la gravité de la situation et prendre une initiative majeure pour engager une nouvelle étape de son quinquennat. Il doit proposer un changement de cap, un changement de politique et du coup un changement d’équipe.

Un sursaut s’impose, maintenant. Faire  le gros dos, ne rien changer, constituerait un grand danger pour le pays.

Nous lisons moultes commentaires sur l’intérêt pour le président de la République de prévoir un remaniement, pesant au trébuchet l’opportunité tactique de telle ou telle initiative. Ils nous consternent. Qui peut croire qu’un simple changement de casting peut faire illusion et régler nos problèmes ?

Disons le tout net : seul un changement de politique est à la hauteur de la gravite de la situation.

Ensuite, il y a tous ceux qui finalement confortent le chef de l’Etat dans ce qui pourrait apparaître comme sa tentation supposée naturelle, à savoir faire le gros dos pour laisser passer le gros temps. En fait, ceux là sont ceux qui estiment que les politiques austéritaires et libérales sont les seules possibles et chacun sait bien qu’ils ont de puissants soutiens… Surtout à droite, au MEDEF et dans les sphères économiques et financières. Les mêmes qui saluent le courage de François Hollande d’avoir su abandonner ses promesses "déraisonnables" ou "irréalistes" de campagne. Les mêmes qui n’ont pas voté pour lui et qui ne le feront jamais mais qui se réjouissent qu’une gauche fasse le sale boulot et surtout discrédite elle même les idées, les propositions et les idéaux qui font son identité et son succès électoral. Pour eux, c’est tout bénéfice.

Mais l’enjeu n’est pas qu’électoral pour la gauche et le Président. Encore qu’en démocratie, cela n’a rien d’anormal ou d’infamant. Il est plus lourd, il en va de l’avenir du pays.

Répondre au cas par cas, territoires par territoires, aux colères et mouvements qui s’expriment ne résoudra rien et risque au contraire de voir se renforcer les tendances aux replis identitaires, la recherche de boucs émissaires et l’exacerbation des oppositions entre salariés, régions, activités. Il faut une réponse globale et de fait un changement de politique.

Quel changement de politique ?

A l’évidence le premier verrou à faire sauter pour une sortie de crise est bel et bien d’abandonner le suicidaire discours du TINA (There is no alternative, il n’y a pas d’alternative) et bel et bien de revenir à des points clefs des propositions du candidat Hollande et du discours du Bourget qui ont fait son élection.

nouveau-logo-psLe changement de politique, c’est bel et bien de revenir au "changement c’est maintenant". Et maintenant, c’est maintenant !

On voit quelques points clefs et prioritaires de ce changement:

1. Sortir de la politique d’austérité et proposer un plan de relance de la croissance en France, fondé sur une relance ciblée de la  consommation populaire et des investissements en particulier par des grands travaux, le soutien à la transition énergétique et des projets industriels préparant l’avenir. Le plan que nous avons présenté avec le courant «Maintenant la Gauche» dès février dernier manifestait déjà notre conviction que la politique gouvernementale n’atteindrait ni son objectif économique de réduction des déficits, ni ses objectifs sociaux, ni ceux en terme d’emplois. Il faisait des propositions qui demeurent de pleine actualité (http://www.maintenantlagauche.fr/retrouvez-le-plan-de-relance-ecologique-et-social/).

2. Engager une réforme fiscale globale cohérente et durable avec un grand impôt progressif fédérant l’Impôt sur le Revenu et la Contribution Sociale Généralisée, en commençant par rendre progressive la CSG, en accroissant le nombre de tranche de l’IR et en supprimant de nombreuses niches fiscales. Revenir sur les hausses de la TVA et instaurer une fiscalité écologique qui serve réellement à de grands travaux de transitions énergétiques et à la lutte contre l’effet de Serre. Enfin, restaurer une égalité de prélèvements entre les PME et les grandes entreprises ainsi qu’une lutte sans merci contre l’évasion fiscale. Systématiser la conditionnalité des aides fiscales aux entreprises, remettre en cause le CICE pour toutes les entreprises qui ne sont pas confrontées à la concurrence mondiale, recadrer le crédit impôt recherche trop souvent dévoyé.

3. Une stratégie de redressement industriel plus globale au delà des 34 projets industriels annoncés, mener une stratégie de défense des secteurs industriels menacés avec des programmes de filières et d’interventions renforcées par le capital public, voir de nationalisation temporaire (chantiers navals, agroalimentaire, raffinerie). Il faut ne pas se laisser paralyser par les directives européennes sur les aides publiques et exiger leur renégociation.

4. Redonner de la cohérence à l’Etat et une haute qualité aux services publics. Il y a urgence à renforcer les moyens aux hôpitaux publics et aux services d’urgence mais aussi de prévoir les indispensables recrutements pour la police de proximité et pour la justice, en particulier pour créer de vrais services permettant la mise en œuvre de peines de substitutions à la prison et bien sûr pour l’école mais aussi l’éducation populaire. La première exigence est de revenir sur la suppression des postes dans la fonction publiques en 2014. Restaurer les services publics c’est remettre en cause les privatisations comme celle des autoroutes mais aussi les Partenariats Publics Privés si fréquents et si coûteux. Il convient de réfléchir à un nouveau fonctionnement de l’Etat dont les missions ont évolué et qui est actuellement trop désorganisé, et ce en associant les fonctionnaires qui sont souvent mal reconnus et peu écoutés.

5. Il faut des actes et une attention particulière à notre jeunesse. Trop de jeunes vivent dans des familles pauvres, trop d’étudiants doivent travailler pour étudier, trop d’entre eux jeunes diplômés ou non ont le sentiment que leur avenir est bouché en France et que le pays n’est pas prêt à leur faire confiance et à les accompagner dans leurs projets.

Changement de politique par et pour le rassemblement des forces de gauche et écologistes.

Il s’agit là des points d’appui pour l’indispensable sursaut. Si ces sujets semblent majeurs, le changement de politique doit partir d’une feuille de route pour les 3 années à venir qui soit un nouveau pacte de confiance proposé aux Français, préparé à partir d’une dynamique de rassemblement des forces de gauche et écologistes.

Aucun président même avec  la Vème République ne peut gouverner sans une majorité politique et sociale. Or, la majorité politique qui a garanti l’élection de François Hollande n’est pas rassemblée autour d’objectifs, d’un programme, ou à tout le moins de grandes priorités pour réussir le changement auquel nos concitoyens aspirent et pour présenter une voie d’avenir au pays.

Pour préparer ce pacte, il faut réunir tous les leaders des partis et mouvements de gauche et écologistes pour préparer ce nouveau pacte, en tout cas pour fixer des points de convergences permettant cette étape nouvelle et de retrouver la confiance et l’espoir.

Le sursaut qui s’impose doit être global, économique, social et politique.

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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 12:58

Le président et le gouvernement de la République se doivent évidemment de tracer des perspectives à long terme pour que leur action ne soit pas une simple administration ou cogestion à court terme et courte vue d'une situation donnée, enfermée dans le carcan du capitalisme financier mondialisé.

Ainsi, les critiques émises par l'UMP et ses principaux responsables sont non seulement un mauvais procès mais tombe à plat. Il est évident qu'elle ne partage pas une partie des orientations mises en œuvre par le gouvernement, mais elle ne peut tirer argument du séminaire du lundi 19 août 2013 à l’Élysée pour démontrer que celui-ci serait incapable de résoudre les problèmes actuels et quotidiens des Français se résolvant à une manœuvre dilatoire, car :

  • - non seulement elle s'est déjà elle-même prêtée à ce type d'exercice ;
  • - la résolution des défis du pays d'aujourd'hui serait impossible sans la considérer dans un projet plus large.

La question de savoir s'il s'agit en fin de compte d'une bonne opération de communication politique est par ailleurs un sujet totalement différent et parfaitement secondaire.

la-france-de-2025_4007987.jpgÀ la veille de l'élection présidentielle, François Hollande avait publié un petit livre de dialogue avec Edgar Morin. Ce dernier disait : « On ne peut rétablir confiance et espérance que si l'on indique une voie nouvelle. Pas seulement la promesse de sortir de la crise mais aussi de changer la logique dominante. » Et celui qui allait devenir Président de la République lui répondait : « La politique ne se réduit pas à la bonne intendance de l'économie. On semble avoir oublié, pendant les dernières décennies, la politique a trop abdiqué devant l'économique. » Nous pouvons donc constater que le président de la République revient donc à une intuition plutôt juste en proposant de travailler à l'état de la France pour 2025.

Cela implique cependant de savoir penser les ruptures nécessaires pour imprimer une logique différente de celle qui nous conduit actuellement à accélérer la diminution des dépenses publiques sans parvenir pour autant à résorber nos déficits, et du même coup à mettre à mal les services publics et donc la cohésion sociale (pourtant l'un et l'autre facteurs de croissance économique). L'exercice mis en musique hier à l’Élysée par le gouvernement touche évidemment sa limite lorsque l'on sait que l'essentiel du travail sera fourni par la commission de prospective, dirigée par M. Pisani Ferry. valls_19-08-2013.jpgOr la prospective est un exercice faussé qui oublie l'improbable, l'inattendu et l'imprévu et qui amène une autorité à se croire exonérer d'élaborer et de porter un projet politique (les sorties de Manuel Valls sur la justice puis sur l'immigration posent d'ailleurs question sur le niveau du partage d'un même projet entre certains membres du gouvernement). C'est l'aveu que le nouveau pouvoir avait oublié l'avertissement d'Edgar Morin. Qu'il manquait de vision, d'ambition, d'audace.... Bref, qu'il gouvernait au jour le jour. En somme, qu'il était tombé exactement dans ce piège qui menace toujours ceux qui sont passés aux affaires.

Rien n'est perdu pour autant et c'est pour cela qu'il faut impérativement analyser ce qui manque dans le travail actuel pour permettre à la gauche au pouvoir de donner suffisamment de perspectives aux attentes du pays et du peuple de gauche, pour l'emporter à nouveau en 2017.

Résoudre le manque de cohérence financière

Malgré le plan d'investissements d'avenir, il paraît aujourd'hui évident que l'investissement public est appelé dans les circonstances actuelles à diminuer. En effet, les baisses annoncées des dotations aux collectivités territoriales impliquent que celles-ci auront à la fois moins de marges de manœuvre pour assurer leur rôle de bouclier social essentiel en période de crise économique mais aussi moins de capacité à jouer leur rôle d'acteur économique (alors qu'elles assurent 60 à 70 % des investissement publics dans le pays).

Résoudre le manque de cohérence territoriale :
projets-prioritaires-et-projets-reportes-selon-les-preconis.jpgIl n'est pas pertinent de se limiter à additionner les projets engagés en divers points du territoire national (le renforcement de la municipalisation du PS a amené certains de ses élus à croire qu'on disposait d'un projet pour le pays quand on consolidait les projets locaux ou qu'on tentait de les généraliser à l'échelle nationale, alors que les deux natures sont foncièrement différentes). Il est plus que jamais nécessaire d'interroger leur opportunité et surtout leur capacité à faire système, donc à créer un dynamique.

Si le rapport de Philippe Duron (Maire de Caen, président de l'agglomération Caen-la-Mer et député, spécialiste de longue date des questions de transports) propose de mettre enfin terme à une logique du tout TGV pour se réorienter vers la réponse aux besoins de transport quotidiens des habitants et de maillage du territoire, le cas problématique du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes démontre par exemple qu'on interroge insuffisamment la pertinence des fonds engagés dans cette infrastructure, dont on peut raisonnablement douter de l'utilité au regard des infrastructures existantes dans l'Ouest français et leur capacité à monter en charge.

Fessenheim.jpgDe même, comment peut-on sérieusement engager la transition énergétique avec pour seul discours/symbole la fermeture de la centrale de Fessenheim en 2016, tout en continuant d'investir massivement dans l'entretien du parc nucléaire et la recherche pro-nucléaire ? Et ceci, sans jamais réfléchir aux nécessaires démantèlement à venir, sans jamais renforcer de manière conséquente l'investissement dans la recherche et l'industrialisation des énergies renouvelables…

Résoudre le manque de cohérence européenne

Comment engager la transition écologique sans remettre en cause le modèle actuel de la PAC ? Celui-ci oscille sur un postulat pernicieux de productivisme agricole mâtiné de préservation des paysages. Elle pèse par ailleurs toujours plus lourdement en pourcentage sur un budget européen qui – déjà malthusien – vient d'entrer avec notre accord dans une logique austéritaire. Cette logique nous aliène ainsi une bonne part de nos partenaires européens et nous rend inaudibles sur d'autres sujets.

Comment engager la transition énergétique sans le faire de manière coordonnée à l'échelle continentale ? Tout en risquant en parallèle d'amoindrir encore la protection de nos industries, en s'engageant de la pire des manières dans la négociation d'un traité de libre-échange transatlantique.

Comment engager la réflexion à 10-15 ans sur l'avenir du pays sans commencement d'harmonisation fiscale et sociale des différents États de l'Union Européenne ?

Enfin, comment mener à bien les différents projets d'innovation et de transition indispensables à la cohésion et à la compétitivité européennes en maintenant en l'état les statuts de la Banque centrale européenne (BCE), qui l'empêchent de financer directement les investissements nécessaires ?

Réviser la relation des socialistes et de la gauche à l'exercice de l’État et du pouvoir

Ayrault_19-08-2013.jpgL'été 2013 a été marqué par un Président de la République omniprésent sur terrain, auprès des Français. François Hollande a souhaité donner l'image d'un président de la République qui s'occupe du quotidien mais il a curieusement laissé le Premier Ministre mettre en musique un séminaire gouvernemental sur l'avenir du pays à 10 ans.

Cette pseudo-inversion des rôles démontre la confusion qui existe à gauche sur le fonctionnement de nos institutions. Elle rappelle au demeurant que leur logique n'est pas non plus interrogées : plus personne ne parle de VIème République. Le "Président normal" était de toute évidence une stratégie de communication de campagne, elle permettait par ailleurs d'éviter le débat de fond sur nos institutions et l'état de notre démocratie ; le sujet est d'autant plus criant qu'on est désormais revenu à l'hyper-présidence induite par la Vème République réduite au quinquennat.

Enfin, la logique voudrait que ce soit le rôle du parti majoritaire, en l'occurrence le Parti Socialiste, de conduire l'exploration de l'avenir et de penser aux manières de transformer la société française, quand le gouvernement devrait être chargé de mettre en œuvre les engagements du candidat élu. Mais, ce dernier s'était déjà largement exonéré du projet socialiste patiemment élaboré de 2009 à 2011 ; il ne laisse aujourd'hui au Parti aucune marge de travail et de débat. La direction du PS est donc essentiellement chargée de l'anesthésie des militants (comme ce fut le cas de 1998 à 2001 avec un autre Premier secrétaire), la pâleur des intitulés des tables-rondes et ateliers prévus pour les universités d'été du PS en 2013 en témoigne.

Harlem_Desir_France_Info.jpgLa direction du Parti est aujourd'hui réduite à un rôle de porte-parole du gouvernement français ; elle n'est pas toujours bien inspirée, comme le prouve les sorties d'Harlem Désir qui apportent résonance à chaque provocation stériles de Jean-Luc Mélenchon et mettent maladroitement le PCF en demeure de rompre avec lui (alors que les municipales s'annoncent déjà complexes).

Il est grand temps que chacun reprenne son rôle et assume le débat et la nécessaire confrontation avec les logiques libérales et conservatrices qui se sont imposées depuis 20 ans en Europe. La Gauche ne saurait se contenter en France comme ailleurs d'être un moindre mal comparé à la violence prévisible des éventuelles réformes de la droite. Pour vaincre les populismes, les communautarismes et sauver la construction européenne de ses propres dirigeants, nous avons besoin de véritables ruptures.

Frédéric FARAVEL

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28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 13:11

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 08:11

 

MLG_09-02-2013.jpg

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