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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 08:49

Je suis heureux et fier que la Motion 3 dans le Val-d'Oise ait réuni 230 voix et 16% des suffrages exprimés dans le Val-d'Oise.

banniere_MLG_95_recto_verso.jpgJe suis fier des militants socialistes valdoisiens de la motion 3 parce que c'est le résultat d'un travail collectif et de leur mobilisation.

Je souhaite encore remercier les camarades qui ont fait la tournée des sections et qui ont beaucoup donné pour ce résultat.

contrib_10-09-2012_7.jpgJ'adresse particulièrement un salut amical à ce titre à notre camarade Adélaïde Piazzi, qui a fait un gros boulots dans ce sens, en allant débattre dans des grandes sections qui nous sont rarement acquises ou bienveillantes.

273134_emmanuel-maurel-vice-president-ps-en-charge-de-la-fo.jpgJe veux remercier Emmanuel Maurel pour le courage, la ténacité et la force de convictions dont il a fait preuve pour porter haut les couleurs de la gauche du PS dans ce congrès qu'une partie de la direction aurait préféré ne pas faire.

J'espère qu'il pourra encore nous donner le LA d'ici le 18 octobre et ensuite !

Ce score est encourageant car il est au même niveau que celui de la motion C en 2008 (16,37%), alors même que certains de nos camarades ont quitté le parti ou la fédération et que certains de nos amis ont préféré se joindre à un texte dit "majoritaire" qui exprimait des positions qu'ils ne partageaient pas du tout.

Nous avons fait le choix du débat et de la clarté et nous n'en sommes pas déçus au contraire : nous avons été et nous serons utiles aux socialistes.

Le taux de participation est faible - c'est une inquiétude, car nous avions besoin d'un parti mobilisé pour aider le gouvernement à réussir - et le résultat de la motion 1 est très en dessous des attentes de ses responsables : ce sont eux qui ont organisé le congrès dans un calendrier étriqué, donné le spectacle d'un fonctionnement opaque et tenté d'éviter le débat politique ; il faudra qu'ils révisent quelque peu leurs postures, désormais.

Cette situation nous oblige et nous donne d'autant plus de responsabilités pour faire vivre le Parti et aider à la réussite de la gauche au pouvoir.

Frederic_Faravel_14-07-2012.jpgLes résultats ci-joints en PDF sont encore partiels car deux sections posent problème en termes de respect des procédures et nous en débattront fermement mais en toute camaraderie en commission de récolement des votes.

Merci, encore merci et bravo à tous mes camarades,

Frédéric FARAVEL
Mandataire fédéral de la motion 3

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6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 08:42

Personne ne dira que l'on peut conclure simplement les débats du Parti Socialiste. Cependant, sur l'austérité, sur le Traité Merkozy qui n'a pas été renégocié, sur la manière de retrouver le chemin d'une "gauche populaire", sur le besoin de poursuivre la rénovation du Parti Socialiste et d'approfondie notre démocratie politique et sociale, la gauche du PS ne peut pas se taire durant le congrès. Pour toutes ces raisons et aussi pour faire vivre le débat démocratique, alors que tant de questions fortes se posent aux socialistes et à la gauche, je suis convaincu que nous devons déposer une motion.

Vous trouverez ci-dessous un article de Mediapart très instructif.

Frédéric Faravel

Que reste-t-il de l'aile gauche du PS ?
06 juillet 2012 | Par Stéphane Alliès

À quoi ça peut ressembler une aile gauche au pouvoir ? Sans faire de bruit, en regardant souvent avec sympathie la percée de Mélenchon durant la présidentielle, tout en restant loyal envers François Hollande, le courant de la gauche du PS cherche aujourd’hui comment exister dans la majorité absolue socialiste.

Si une partie des militants ont reproché à Benoît Hamon de ne pas s’être présenté à la primaire, ouvrant un boulevard de "troisième homme" à Arnaud Montebourg, le courant Un monde d’avance ("UMA", voir leur édition dans le club de Mediapart) sort renforcé institutionnellement de la séquence électorale. «Ce qu’a fait Benoît, ce n’était quand même pas gagné», reconnaît l’ex-mélenchoniste Marianne Louis, restée au PS et devenue conseillère régionale Île-de-France. Après avoir uni les clubs de la gauche du PS derrière lui au congrès de Reims de 2008 (anciens de la Gauche socialiste, proches d’Henri Emmanuelli, ex du Nouveau parti socialiste et piliers de Nouvelle Gauche – son courant originel, majoritaire à l’Unef et au MJS), Hamon est devenu porte-parole du parti, fort de ses 20 % obtenus au vote militant, et de sa position de «seule nouveauté» au milieu du désastreux duel Aubry/Royal.

«Voix officielle du parti, il a forcément été un peu normalisé, explique l’un de ses proches. Mais il ne s’est pas renié sur l’essentiel.» Lors de l'université de rentrée de son courant, en septembre 2010, Hamon tapait du poing sur la table pour expliquer l’utilité de «peser à l’intérieur» du parti, même comme porte-parole du parti socialiste. Même si l’ambition programmatique affichée alors est à nuancer aujourd’hui…

Au contraire de l’ensemble des autres courants, qui ont peu à peu implosé entre le congrès de Reims et la primaire, UMA est resté structuré dans toutes les fédérations départementales. Après avoir trusté un nombre considérable de postes dans la direction du parti, ils sont désormais 22 députés élus (18 hommes, 4 femmes). Et Benoît Hamon est même entré au gouvernement, comme ministre délégué à l’économie sociale et solidaire. Une nomination à laquelle il ne s’attendait pas, mais qui oblige l’aile gauche à la solidarité gouvernementale. «Quand on est dans les ministères, on est tenu politiquement, explique un cadre hollandais. C’est difficile d’aller à l’encontre de son ministre de tutelle, encore plus quand le prochain congrès aura lieu au moment des arbitrages budgétaires.»

Il y a deux ans, le même Benoît Hamon déclarait : «Le rôle de notre courant est de représenter une garantie pour le reste de la gauche. Nous, on est vraiment dangereux pour les banques. Et on va se battre pour que le programme présidentiel ne soit pas une version “A prime” quand la droite présenterait une “version A”.» Désormais, il est au pied du mur.

Quelle relation avec Hollande ?

Le nouveau ministre délégué est à l’aise dans le gouvernement, même s’il ne partage pas forcément le goût affirmé pour la rigueur et l’équilibre budgétaire de la plupart de ses collègues. «Mon sujet, ce n’est pas d’ennuyer Hollande. On est contre Merkel tous les deux», dit-il. Lui entend jouer son rôle de ministre de gauche en occupant son secteur, porteur politiquement, de l’économie sociale et solidaire. Se battre pour que les 150 000 emplois d’avenir soient totalement dédiés au "non-lucratif", favoriser le statut des coopératives professionnelles, rapprocher les guichets de la future banque publique d’investissement des quartiers populaires…, ses objectifs propres ne manquent pas.

Quant à l’attitude de son courant face au pouvoir, il fait mine de ne pas trop s’en mêler, préférant laisser s’exprimer ses proches. «La question n’est pas d’exister comme une “petite musique” en tant que telle. Celle-là, on l’entendra à l’Assemblée», explique Hamon.

Parmi ses proches, l’appréciation de la situation fait encore en débat. Selon Marianne Louis, «on est au moins d’accord sur le diagnostic post-électoral : on l’a tous vu sur le terrain, la victoire de Hollande n’a pas été qu’un rejet de Sarko, même si on n’avait pas forcément parié là-dessus au départ». Lors du conseil national d’Un monde d’avance, samedi dernier, la tonalité générale était plutôt d’encourager le président à aller plus loin, plutôt que de lui reprocher d’avancer trop lentement. «Le message qui nous réunit, c’est “Hollande, tiens bon !”, dit le nouveau député Pouria Amirshahi. On n’acceptera pas que l’on fasse la pédagogie de la rigueur, mais on peut comprendre qu’il y ait une pédagogie du rythme des réformes. Le coup de pouce au Smic fait tousser, mais s’il s’accompagne d’une loi fiscale et bancaire dans le même mois, ce n’est pas pareil

Nouveau secrétaire général du courant, Guillaume Balas prend lui l’exemple épineux de la renégociation du traité budgétaire européen : «Hollande a réussi à faire bouger les choses, puisqu’on parle de croissance. On a donc là les premiers éléments d’une stratégie alternative. Mais si le dernier sommet est une fin et non un commencement, alors on risque de grosses difficultés, pour le pays comme pour le PS

«Notre questionnement, renchérit Marianne Louis, c’est “comment créer les conditions du rapport de force politique pour que Hollande aille au bout de ses 60 propositions ?”. Il nous faut éviter que le verrou de l’austérité s’installe qui empêche la mise en œuvre de la parole donnée.»

De son côté, l’ancienne ministre et aujourd’hui sénatrice, Marie-Noëlle Lienemann, qui a «une certaine expérience d’une aile gauche au pouvoir», après avoir connu la gauche socialiste avec Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon sous Mitterrand puis sous Jospin, grimace. «Il y a à chaque fois une tentation répandue de ne pas l’ouvrir au début, parce qu’on ne serait pas compris ou pas audible, dit-elle. Mais à chaque fois, on le paie cher ensuite.» Elle aimerait par exemple que la question du référendum pour la ratification du traité soit portée par l’aile gauche du PS, mais se retrouve bien minoritaire pour l’heure.

Quel rôle à l’Assemblée ?

«Nos 22 députés ne sont pas d’un courant, mais se reconnaissent dans un courant. On ne sera pas une secte, mais ouvert au débat en permanence», dit le secrétaire général du "courant Hamon", Guillaume Balas : «Il est impensable de calquer sur le groupe notre fonctionnement du PS en interne. On ne déposera pas des “amendements UMA”, dit Pouria Amirshahi, élu des Français de l’étranger. Tout simplement parce qu’il y a un grand ventre mou dans cette majorité parlementaire. Et qu’on peut emmener avec nous plusieurs députés petit à petit. Quand le tourbillon de la tempête financière va arriver, il y aura sans doute des décisions à prendre pour certains dans ce ventre mou…»

Pour autant, les 22 députés de l’aile gauche ont prévu de se réunir tous les mardis, avec les cadres du courant, afin de discuter en amont de leur positionnement par rapport à l’actualité législative. «Ce groupe allie loyauté par rapport au PS et capacité de rénovation», nous expliquait, il y a deux semaines, Razzy Hammadi, nouveau député de Seine-Saint-Denis et lieutenant de Hamon. Il l'affirme : «La gauche au pouvoir a une responsabilité historique. Nous serons un soutien sans faille pour le gouvernement, mais aussi une force d'initiative. La réussite ne passe pas par la caporalisation. Nous souhaitons poursuivre la bataille culturelle que nous menons depuis des années.»

Chez d’autres députés socialistes, cette arrivée massive de députés de l’aile gauche (il n’était que trois dans la mandature précédente) inquiète. «Ils vont jouer en meute», s'inquiète ainsi un député proche des anciens réseaux strausskahniens. Réplique immédiate de Barbara Romagnan, nouvelle députée du Doubs : «Ceux qui nous voient comme une meute sont sans doute jaloux d’être moins cohérents entre eux.» Pour cette ancienne proche d’Arnaud Montebourg engagée dans la convention pour une VIe République et dans le courant NPS au début des années 2000, «il va être important de se prémunir des dérives qui nous guettent quand on a le pouvoir. La suffisance technocratique, la gestion immédiate, le repli dans une tour d’ivoire».

Déjà, elle estime que «vu ce qu’on a dit pendant la campagne sur les lobbies, notamment pétroliers, on doit être capable de résister davantage». Comme l’exaspère l’actuelle fuite en avant des cumulards socialistes, qui se verraient bien conserver leurs mandats jusqu’en 2014, une fois la loi votée, malgré leurs promesses (signées au parti) d’abandonner tout siège dans un exécutif local dès septembre prochain. «Le partage du pouvoir est indispensable si on veut être crédible quand on annonce vouloir partager les richesses

Sur le fond, les parlementaires de l’aile gauche entendent être actifs sur «des mesures emblématiques», dit Marie-Noëlle Lienemann, seule représentante d'Un monde d’avance au Sénat. «Il faudrait par exemple faire en sorte que les cotisations sociales ne pèsent pas uniquement sur les salaires, dit-elle. Si les 60 propositions de Hollande doivent être mises en œuvre, il n’y a pas que les 60  propositions non plus

Pour Barbara Romagnan, «il va aussi falloir se saisir des questions d’économie sociale et solidaire, pour appuyer l’action de Benoît Hamon dans son ministère». Et de noter également qu’il y aura possibilité de faire de l’œil au reste de la gauche, échaudé par les réflexes “hégémonistes” de la majorité socialiste : «Ce qu’on porte seul au PS est aussi souvent porté par le PCF ou les écolos…»

Quelle place au parti et durant le congrès ?

Quant au congrès du PS prévu du 26 au 28 octobre à Toulouse, le «débat stratégique n’est pas tranché». Lors du conseil national de samedi dernier, les points de vue se sont divisés en trois camps : ceux qui pensent préférable de s’intégrer à une grosse motion (comme en 1981 après la victoire de Mitterrand), ceux qui veulent coûte que coûte soutenir un texte alternatif (comme en 1997 après le succès de Jospin), et ceux, majoritaires, qui préfèrent attendre début septembre, quand viendra le temps du dépôt des motions pour le congrès.

«On va évaluer fin août le contexte, notamment européen, et l’état d’esprit du reste du parti, comme du pouvoir», résume Guillaume Balas. Dans cette période, les universités de La Rochelle permettront de jauger les intentions de chacun. Mais déjà, plusieurs figures de l’aile gauche s’inquiètent de la perspective d’assister à un «séminaire gouvernemental géant», où les ateliers de réflexion seraient transformés en tables rondes explicatives de l’action de chacun des ministres. «Ça ne laisse pas augurer d’une vision d’un parti autonome, plutôt d’une courroie de transmission», dit l’une d’elles.

Toute la difficulté pour Un monde d’avance va être, selon Pouria Amirshahi, de se situer «entre le réflexe pavlovien du planter de drapeau et un autre réflexe, tout aussi pavlovien, de se laisser griser par l’effet de la victoire, et donc d’abandonner tout esprit critique».

Concrètement, le courant Hamon va déposer la semaine prochaine une contribution générale, signée par tous ses responsables, Benoît Hamon en tête. Mais d’autres devraient déposer également en leurs noms d’autres contributions générales supplémentaires, par exemple Marie-Noëlle Lienemann ou Gérard Filoche, se prononçant notamment avec insistance sur la nécessité d’un référendum pour valider les traités européens.

Une possibilité ouverte par l’annonce de Solférino selon laquelle tous les cadres socialistes pourraient signer plusieurs textes. Cette nouveauté permet à chaque ténor ayant éventuellement vocation à diriger le parti de se distinguer en juillet, tout en se réservant la possibilité de se ranger derrière une probable grande synthèse en septembre.

Dans ce cadre, «il y a un intérêt évident à être l’autre motion en lice, car avec les nouveaux statuts, les premiers signataires des deux textes arrivés en tête seront candidats à la tête du parti, décrypte un responsable de “l’équipe hollandaise”. Et mécaniquement, Hamon ou l’un des siens pourraient faire un gros score». «Mais ça peut aussi être compliqué pour eux, estime-t-il, car ce sont eux et Montebourg qui ont dit qu’ils “mettraient au pas” ou “déclarerait la guerre” à la finance. Pas nous. Nous, nous avons été sur une ligne réaliste, de vérité et de responsabilité». De fait, au congrès de Brest en 1997, Jean-Luc Mélenchon, qui s’était présenté seul face à François Hollande, n’avait recueilli que 8,2 % des voix.

Pas grave, pensent certains, comme Marianne Louis, partisane «d’aller à la motion». «On nous dira que nous ne sommes pas dans le “pacte de l’unité”, estime-t-elle. Mais, face à la complexité des accords de couloirs pour faire une grosse motion unique, on jouera au moins le “pacte de la transparence”. Nous, nous débattrons d’orientation, quand ça risque fort de ferrailler sévère entre le reste du parti cherchant à se mettre d’accord sur des places. Car chaque ministre va arriver en voulant placer ses collaborateurs…»

Au-delà du congrès qui fait tanguer le navire, le courant Hamon semble tout de même avoir encore de beaux jours devant lui. Depuis le regroupement des différentes composantes de l’aile gauche en 2008, l’acculturation commune semble fonctionner entre les diverses sous-cultures d’Un monde d’avance. «On a peu à peu créé de l’homogénéité, explique Marianne Louis. Pour ceux qui sont passés par la Gauche socialiste, la place de la question sociétale par rapport à la question sociale n’était pas aussi forte que pour ceux de Nouvelle Gauche. Un truc comme "Osez le féminisme", on n’y aurait jamais pensé avant, et c’est très bien. »

«Il y a d’autres façons de peser que d’aller jusqu’à une motion alternative de congrès, ajoute Guillaume Balas. Par exemple, on commence à entrer en contact avec des ailes gauches des autres partis sociaux-démocrates européens. C’est le début des balbutiements, mais on voit qu’elles se renforcent au Portugal, en Belgique, en Autriche. Ils sont 23 députés du SPD à avoir voté contre le pacte budgétaire…».

Lui, comme l’ensemble du courant Hamon, ne comprend pas que Hollande et la direction du PS aient salué la victoire des conservateurs de "Nouvelle Démocratie" sur le parti de gauche radicale Syriza en Grèce. Et il s’interroge : «C’est une erreur absolue. Si on est cohérent dans la recherche d’alliés pour mener la bataille européenne, pourquoi s’allier avec la droite ?» C'est dur à dessiner, une aile gauche au pouvoir.

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 07:01

nouveau-logo-psLes chroniqueurs en font leurs choux gras ; les responsables politiques et les militants pestent avec plus ou moins de bonne foi... Les députés écologistes ont voté blanc à l'Assemblée Nationale pour l'élection de son Président. Une chose est sûre : alors que Thomas Legrand glosait hier matin sur France Inter sur la PRGisation probable d'Europe-Ecologie/Les Verts, on pourra dire qu'il s'est une nouvelle fois trompé.

J'ai pu lire que certains voyaient dans ce vote blanc l'allergie supposée des Verts aux "fils de prolétaires" que représentaient opportunément Claude Bartolone. Donc il n'y aurait aucun fils de prolétaires chez les Verts ? Soyons plus prosaïques ; malgré toutes les qualités (réelles) du nouveau président de l'Assemblée Nationale, malgré la sincérité de son engagement de gauche, on pourra cependant dire que Claude Bartolone, en charge des relations avec les partenaires politiques du PS dans l'équipe de Martine Aubry, ne s'est pas particulièrement illustré par son zèle à arrondir les angles. logoEELVSi l'on se réfère juste aux relations tumultueuses, que Claude Bartolone entretenait avec les partenaires du PS, il est plus surprenant que les députés du Front de Gauche aient voté pour lui - alors qu'il est le principal artisan de la mise en minorité du PCF en Seine-Saint-Denis - que les écologistes aient voté blanc.

D'aucuns se sont offusqués, poussant des cris d'orffraie, invoquant la trahison du "vote populaire", rien que ça. Autant reconnaître que les torts sont au minimum partagés. Depuis que les écologistes ont signé un accord avec les socialistes, osons reconnaître que nos propres camarades se sont employés avec un malin plaisir à le contourner ou le vider de sa substance.

D'abord dès la prise de position du candidat Hollande qui disait qu'il ne tiendrait aucun compte des propositions contenues dans l'accord parlementaire PS-EELV. Ensuite, en traînant les pieds dans la plupart des circonscriptions réservées aux écologistes (surtout dans la 6e de Paris où se présentait Cécile Duflot, où ils menacèrent même de ne pas désigner de suppléant), dénigrant souvent en interne la qualité des candidats, ou soutenant ouvertement comme le fit Gérard Collomb (Sénateur, Maire de Lyon, président de la Communauté Urbaine : bonjour le cumul !), des candidats contre nos candidats communs, ce qui en toute logique aurait dû lui valoir une procédure d'exclusion rapide du PS. A cette occasion, c'est Philippe Mérieu - dont les qualités ne peuvent être mises en cause - qui en fit les frais.

Avec ce type de méthode, le groupe parlementaire écologiste atteint péniblement 17 députés alors qu'il aurait dû s'approcher de la trentaine, si les socialistes avaient respecté leur parole. Cette situation est d'autant plus humiliante que les dissidents sont en voie de réintégration rapide dans le groupe socialiste (et sans doute bientôt dans le Parti) : "pour être intégré il suffit de le demander" avoue-t-on ouvertement. Finalement, on fait plus de cas de la blessure de la seule Ségolène Royal que de l'affront fait à nos partenaires.

Je rappelle également que la présidence de la commission "développement durable" de l'Assemblée Nationale était aussi attribuée aux écologistes dans l'accord PS-EELV ; les responsables socialistes du groupe parlemenaire n'ont pas plus de respect pour cet accord que nombre d'autres responsables socialistes.

Enfin, on peut comprendre le trouble de nos camarades écologistes - partagés par beaucoup de militants socialistes - des conditions de transfert de Nicole Brick de l'écologie vers le commerce extérieur. Ce qui n'est évidemment pas une promotion et vient sans doute sanctionner ses positions par trop proches des écologistes sur certains sujets, comme le nucléaire et les forages pétroliers en Guyane.

Je passe sous silence l'épisode ridicule où il fut reproché à Cécile Duflot d'avoir défendue une position connue, ancienne et durable sur la dépénalisation du cannabis, affaire montée en épingle, alors que les sujets qui nous intéressent sont avant tout économiques et sociaux.

Enfin, Alain Vidalies a commis une véritable faute de dénier aux parlementaires écologistes leur liberté de vote. Lionel Jospin, confronté à une majorité plurielle, avait pour le coup respecter ses partenaires, expliquant que le contrat de majorité tiendrait tant que communistes et écologistes voteraient les budgets de l'Etat et de la sécurité sociale. Mais il faut croire ici que la majorité absolue encourage les réflexes hégémoniques, je parle de réflexes, car je ne crois pas que cette dernière sortie du ministre des relations avec le Parlement fut réfléchie.

AubryDuflotOr, nos partenaires écologistes ne sont pas et ne seront pas des godillots ; il serait bon d'ailleurs que nos propres parlementaires se distinguent dans la forme de la majorité précédente, en étant eux-mêmes indépendants pour pouvoir accomplir pleinement leur mission parlementaire de contrôle du gouvernement et d'élaboration de la Loi. Non, EELV ne sera pas le PRG ; et au premier chef, il faut se rappeler qu'ils sont un poids électoral relatif bien plus important. Si cela ne se traduit pas aux élections présidentielles, nous pourrions nous le rappeler amèrement aux prochaines européennes, municipales ou régionales, qui se dérouleront dans un contexte vraisemblablement moins favorable à la gauche socialiste que les précédentes.

Pour la réussite de la majorité de gauche, il est temps d'apprendre à fonctionner autrement avec nos partenaires politiques. D'introduire la confiance et le respect de la parole donnée et des textes signés dans nos pratiques politiques et dans nos modes de gouvernement : ce serait déjà un premier CHANGEMENT.

Frédéric FARAVEL
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise aux relations extérieures

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 14:20

«C’est au peuple grec de décider de son sort, en rejetant tout diktat, en rejetant les poisons que lui administrent ses “ sauveurs ”, en s’engageant librement dans les coopérations indispensables pour surmonter la crise, avec les autres peuples européens.»

Rejoignez l'appel lancé sur Mediapart par Etienne Balibar, philosophe, Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue αληthεια (Athènes), Michel Vakaloulis, philosophe et sociologue, et bien d'autres. Et n'oubliez pas notre soirée exceptionnelle de soutien au peuple grec, mercredi 13 juin, avec la retransmission en direct sur Mediapart du concert d'Angélique Ionatos au Théâtre de la Ville.

pour signer la pétition : cliquez ici

 

The text is also available in English, Greek, and German.

Dans l’enchaînement d’événements qui, en trois ans, ont jeté la Grèce au fond du gouffre, chacun sait que les responsabilités des partis au pouvoir depuis 1974 sont écrasantes. Nouvelle Démocratie (droite) et Pasok (socialiste) n’ont pas seulement perpétué la corruption et les privilèges, ils en ont bénéficié et en ont fait bénéficier largement les fournisseurs et les créanciers de la Grèce, pendant que les institutions communautaires détournaient le regard. On pourrait s’étonner, dans ces conditions, que les dirigeants européens ou le FMI, transformés en parangons de vertu et de rigueur, s’emploient à ramener au pouvoir ces mêmes partis faillis et déconsidérés, en dénonçant le « péril rouge » incarné par Syriza (coalition de gauche radicale), et en promettant de couper les vivres si les nouvelles élections du 17 juin confirment le rejet du « Mémorandum » qui s’est manifesté le 6 mai dernier. Non seulement cette ingérence est en contradiction flagrante avec les règles démocratiques les plus élémentaires, mais ses conséquences seraient dramatiques pour notre avenir commun.

Il y aurait là une raison suffisante pour que, comme citoyens Européens, nous refusions de laisser étouffer la volonté du peuple grec. Mais il y a plus grave. Depuis deux ans, les dirigeants de l’Union européenne, en étroite concertation avec le FMI, travaillent à déposséder le peuple grec de sa souveraineté. Sous prétexte d’assainir les finances publiques et de moderniser l’économie, ils imposent une austérité draconienne qui étouffe l’activité économique, réduit à la misère la majorité de la population, démantèle le droit du travail. Ce programme de « redressement » à la mode néo-libérale se solde par la liquidation de l’appareil productif et le chômage de masse. Pour le faire passer, il n’a fallu rien de moins qu’un état d’exception sans équivalent en Europe occidentale depuis la fin de la deuxième guerre mondiale : le budget de l’État est dicté par la Troïka, le Parlement grec réduit à une chambre d’enregistrement, la Constitution plusieurs fois contournée. La déchéance du principe de la souveraineté populaire va de pair avec l’humiliation de tout un pays. Or elle atteint ici des sommets, mais ne concerne pas exclusivement la Grèce. Ce sont tous les peuples de ses nations constitutives que l’Union européenne tient pour quantités négligeables lorsqu’il s’agit d’imposer une austérité contraire à toute rationalité économique, de combiner les interventions du FMI et de la BCE en faveur du système bancaire, ou d’imposer des gouvernements de technocrates non élus.

A plusieurs reprises, les Grecs ont fait savoir leur opposition à cette politique qui détruit le pays en prétendant le sauver. D’innombrables manifestations de masse, 17 journées de grève générale en deux ans, comme les actions de désobéissance civique ou le mouvement des Indignés de Syntagma, telles ont été les marques du refus opposé par le peuple grec au sort qu’on lui réserve sans le consulter. Cette voix du désespoir et de la révolte, quelle réponse allait-on lui donner ? Le doublement de la dose létale et la répression policière ! C’est alors, dans un contexte de délégitimation complète des gouvernants, que le retour aux urnes est apparu comme la seule issue pour éviter l’explosion sociale.

Mais l’affaire est désormais très claire : les résultats du 6 mai dernier ne laissent aucun doute sur le rejet massif de la politique imposée par la Troïka. Et devant la perspective d’une victoire de Syriza aux élections du 17 juin prochain, une campagne de désinformation et d’intimidation a été déclenchée aussi bien à l’intérieur du pays qu’au niveau européen. Elle vise à exclure Syriza des interlocuteurs politiques dignes de confiance. Tous les moyens sont bons pour le disqualifier, à commencer par son étiquetage « extrémiste » et le parallélisme avec les néo-nazis de l’Aube Dorée. Toutes les tares ont été imputées à Syriza : escroquerie et double langage, irresponsabilité et infantilisme revendicatif. A en croire cette propagande haineuse qui prend le relai de la stigmatisation raciste du peuple grec, Syriza mettrait en danger les libertés, l’économie mondiale et la construction européenne. La responsabilité conjointe des électeurs grecs et de nos dirigeants serait de lui barrer la route. Brandissant la menace d’une exclusion de l’euro et d’autres chantages économiques, une manipulation du vote populaire se met en place. C’est une « stratégie du choc » par laquelle les groupes dominants s’efforcent de détourner le vote du peuple grec selon leurs intérêts, qu’ils prétendent être aussi les nôtres.

Nous, signataires de ce texte, ne saurions nous taire devant cette tentative de déposséder un peuple européen de sa souveraineté, dont les élections forment le dernier recours. Il faut que cessent immédiatement la campagne de stigmatisation de Syriza et les chantages à l’exclusion de l’eurozone. C’est au peuple grec de décider de son sort, en rejetant tout diktat, en rejetant les poisons que lui administrent ses « sauveurs », en s’engageant librement dans les coopérations indispensables pour surmonter la crise, avec les autres peuples européens.

Nous l’affirmons à notre tour : il est temps que l’Europe perçoive le signal envoyé le 6 mai dernier par Athènes. Il est temps d’abandonner une politique qui ruine la société et met les peuples sous tutelle afin de sauver les banques. Il est urgent de mettre un terme à la dérive suicidaire d’une construction politique et économique qui transfère le gouvernement aux experts et institue la toute-puissance des opérateurs financiers. Il faut une Europe qui soit l’œuvre de ses citoyens eux- mêmes, au service de leurs intérêts.

Cette nouvelle Europe que, comme les forces démocratiques en train d’émerger en Grèce, nous appelons de nos vœux et pour laquelle nous entendons nous battre, est celle de tous ses peuples. Dans chaque pays, ce sont deux Europes politiquement et moralement antithétiques qui s’affrontent : celle de la dépossession des êtres humains au profit des banquiers, et celle qui affirme le droit de tous à une vie digne de ce nom et s’en donne collectivement les moyens. Ce que nous voulons donc avec les électeurs, les militants et les dirigeants de Syriza, ce n’est pas la disparition de l’Europe mais sa refondation. C’est l’ultralibéralisme qui suscite la montée des nationalismes et de l’extrême droite. Les vrais sauveurs de l’idée européenne sont les partisans de l’ouverture et de la participation des citoyens, les défenseurs d’une Europe où la souveraineté populaire n’est pas abolie mais étendue et partagée.

Oui, à Athènes c’est bien l’avenir de la démocratie en Europe et de l’Europe elle-même qui est en jeu. Par une étonnante ironie de l’histoire, les Grecs appauvris et stigmatisés se retrouvent en première ligne de notre combat pour l’avenir commun.

Écoutons-les, soutenons-les, défendons-les !

Premiers signataires
Etienne Balibar, philosophe
Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue αληthεια (Athènes)
Michel Vakaloulis, philosophe et sociologue

Et :

Giorgio AGAMBEN; Michel AGIER, anthropologue; Tariq ALI, historien; Tewfik ALLAL; Denis ALLARD, chercheur au CNRS; Elmar ALTVATER; Charles ALUNNI, philosophe; Bernard ANCORI, professeur d’épistémologie, vice-président Sciences en Société; Dominique ANGEL, artiste; Arturo ARMONE CARUSO, metteur en scène et comédien; Chryssanthi AVLAMI, historienne;

Jean-Marc BABOU; Alain BADIOU, philosophe; Maria-Benedita BASTO, maître de conférences, Université Paris IV; Fethi BENSLAMA; Philippe BERAUD, économiste, professeur d'université; Fernanda BERNARDO; Samuel BIANCHINI, artiste et maître de conférences; Annie BIDET-MORDREL; Jacques BIDET; Guillaume BOCCARA, anthropologue, CNRS-EHESS; Constantinia BOGOS-HELFER, médecin; Carlo BORDINI, poète; Paul BOUFFARTIGUE, sociologue; Jean-Raphaël BOURGE, politologue; Jean Pierre BOURQUIN, peintre; Wendy BROWN, University of California;

Claude CALAME, Directeur d'études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales; Patrick CAVAGNET; Didier CHATENAY, physicien, CBRS; Gérard CLADY; Pierre CLEMENT, biologiste; Rémi COIGNET, critique; Catherine COLLIOT-THELENE, philosophe; Thomas Coutrot, économiste atterré, co-président d’ATTAC; Marie CUILLERAI, philosophe, Université Paris 8; Philippe CYROULNIK, critique d’art;

Dominique De BEIR, artiste; Judith DELLHEIM, économiste, Berlin; Christine DELPHY, sociologue CNRS; Christian DEPARDIEU; Anne DIMITRIADIS, metteur en scène; Noël DOLLA, artiste peintre; Costas DOUZINAS; Jérôme DUPIN, artiste et professeur des écoles nationales supérieures d'art;

Maria EFSTATHIADI, écrivain; Jean EISENSTAEDT; Nabil EL HAGGAR; Julia ELYACHAR; Roland ERNE, University College Dublin; Trevor EVANS, Berlin School of Economics and Law

Camille FALLEN; Olivier FAVIER; Jeanne FAVRET-SAADA, Ethnologue, Marseille; Anita FERNADEZ, cinéaste, Paris; Franck FISCHBACH, philosophe;

Florent GABARRON, psychanalyste; William GASPARINI, sociologue, professeur des universités; Jakob GAUTEL, artiste plasticien et enseignant; Elisabeth GAUTHIER, Espaces Marx, Réseau Transform !; Claude GAUTIER, Université Paul Valéry Montpellier 3; François Gèze, éditeur; Nigel GIBSON, Boston USA; Françoise GIL, sociologue; Alain GLYKOS, universitaire et écrivain; Nilüfer GOLE, EHESS; Stathis GOURGOURIS, philosophe, écrivain; Éric GUICHARD, philosophe (CIPh), Maître de conférences (ENSSIB/ENS-Ulm)

Patrice HAMEL, artiste plasticien; Marie-Elisabeth HANDMAN, anthropologue, Paris; Keith HART, anthropologue; Carlos HERRERA, professeur de droit; Nancy HOLMSTROM;

Engin ISIN;

Jean-Paul JOUARY, philosophe; Baudouin JURDANT, professeur émérite;

Jean-Pierre KAHANE, mathématicien, membre de l’Académie des sciences; Maria KAKOGIANNI; Jason KARAÏNDROS, artiste, professeur Ecole des Beaux-Arts de Rouen, ESADHaR; Anne KEMPF, enseignante; Danièle KERGOAT, sociologue; Delphine KOLESNIK-ANTOINE, maître de conférences, philosophie; Dimitra KONDYLAKI, dramaturge, traductrice; Robert KUDELKA; Cécile KOVACSHAZY, Universität Bremen;

Jean-Marc LACHAUD, Professeur d’esthétique à l’Université de Strasbourg; Rose-Marie LAGRAVE, directrice d’études à l'EHESS; Bernard LAHIRE, sociologue; Gérard LANIEZ, chargé de mission, Ville de La Rochelle; Jérôme LEBRE; Jean-Pierre LEFEBVRE, Professeur de Philosophie, Ecole Normale Supérieure; Stéphane LEVY, cinéaste; Guy LELONG, écrivain; Jean-Marc LEVY-LEBLOND, physicien et essayiste; Laurent LOTY, chercheur au CNRS; Michael Lowy, sociologue; Seloua LUSTE BOULBINA, philosophe;

Pierre MACHEREY, philosophe; Bernard MAITTE, physicien, historien des sciences; Henri MALER, philosophe; Philippe MANGEOT; Bernard MARCADE, critique d’art, Paris; Alexandros MARKEAS, compositeur, professeur au Conservatoire de Paris; Philippe Marlière, Politologue, University College London; Tomaz MASTNAK, Ljubljana/University of California at Irvine; Jean MATRICON; Ugo MATTEI, Professor of Law, Università Torino and California; Alexandros MARKEAS, compositeur, professeur au Conservatoire de Paris; Jérôme MAUCOURANT, Université de Lyon; Robert MILIN artiste, professeur dans une Ecole Nationale Supérieure d’Arts; Paul-Antoine MIQUEL; Miquel MONT, artiste plasticien; Laila MOUSTAFA; Ariane MNOUCHKINE;

Jean-Luc NANCY, philosophe; Toni NEGRI, philosophe; Frédéric NEYRAT, philosophe

Bertrand OGILVIE, Université Paris 8; Josiane OLFF-NATHAN; Martine OLFF-SOMMER

Silvia PAGGI, Université de Nice-Sophia Antipolis; Mariella PANDOLFI, Professeur d’anthropologie, Université de Montréal; Leo PANITCH, York University, Toronto Canada; Νeni PANOURGIA, anthropologue; Catherine PAOLETTI, philosophe; Roland PFEFFERKORN, professeur de sociologie, Université de Strasbourg; Ernest PIGNON-ERNEST; Mathieu Potte-Bonneville; Ludovic POUZERATE, acteur, auteur et metteur en scène;

Yvon QUINIOU, philosophe

Jacques RANCIERE, philosophe; Emmanuel RENAULT, philosophe; Judith REVEL; Michèle RIOT-SARCEY, historienne; Avital RONELL; Miriam ROSEN, journaliste-traductrice; Rossana ROSSANDA

Anne SAADA, historienne; Maria Eleonora SANNA; Diogo SARDINHA; Robert SAYRE, professeur émérite, Université Marne-la-Vallée; Marta SEGARRA, Université de Barcelone; Cristina SEMBLANO, économiste; Guillaume SIBERTIN-BLANC, philosophe; Paul SILICI, Maire de Saorge; Richard SMITH; Jean-Paul SOUVRAZ, artiste peintre; Michalis SPOURDALAKIS, sociologue; Bernard STIEGLER; Ann Laura STOLER; Efi STROUSA, historienne et critique d'art; Michel SURYA, revue Lignes

Danielle TARTAKOWSKY, professeur d’histoire, Université Paris 8; Etienne TASSIN; Jean-François TEALDI, journaliste audiovisuel public; Catherine THENEVIN, ingénieur à l’Institut Jacques Monod, Université Paris 7; Spyros THEODOROU, directeur, Echange et diffusion des savoirs; Bruno TINEL, économiste; André TOSEL, philosophe; Josette TRAT, sociologue

Carmela URANGA, artiste plasticienne et traductrice;

Eleni VARIKAS; Dimitris VERGETIS, psychanalyste, directeur de la revue grecque αληthεια; Jérôme VIDAL, directeur de RdL la Revue des Livres;

Heinz WISMANN; Frieder Otto WOLF, Freie Universität Berlin, ex-Membre du Parlement Européen

Clemens ZOBEL, politiste, Université Paris 8; Radmila ZYGOURIS.

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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 09:48

Pour inscrire son action dans la durée, la Gauche revenue au pouvoir doit faire preuve d'exemplarité en termes de morale publique et de rapport au pouvoir. Les Français ont soifs de justice et ne donneront crédit aux dirigeants qui prétendent la mettre en oeuvre qu'à la condition qu'ils aient confiance dans la probité et l'honnêteté de ceux-ci. C'est aussi là que se joue le sentiment d'être représenté correctement et la garantie du respect de la souveraineté populaire. La Charte de déontologie signée par les ministres du Gouvernement Ayrault 1 participe de cet effort ; il faut rendre vivant et concret ces symboles et être intransigeants, ne tolérer aucun pas de côté, quels que soient les élus mis en cause.

C'est pourquoi je partage pleinement le point de vue d'Edwy Plenel, directeur de la Rédaction de Médiapart, publié ce jeudi 31 mai 2012, dans la tribune qui suit.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise en charge des relations extérieures

PLENELMediapart, la gauche et l’indépendance
31 mai 2012 | Par Edwy Plenel

Des lecteurs se sont étonnés de nos révélations récentes ayant mis dans l’embarras le Parti socialiste et certains de ses élus. Ils vont devoir s’étonner souvent tant Mediapart sera, sous la gauche au pouvoir, ce qu’il fut sous la droite : un journal d’information, indépendant et participatif, assumant sans états d’âme sa fonction de contre-pouvoir démocratique. L’inverse serait se renier nous-mêmes et, surtout, trahir votre confiance.

A travers l’exemple précis d'un parlementaire, Pascal Terrasse, député PS abonné à Mediapart et ayant nourri le Club de Mediapart de ses contributions, nous avons illustré, avec plus d’insistance, ce que nous avions déjà mis en évidence : l’usage largement privé, au bénéfice de leurs loisirs et de leur entourage familial, par les députés de l’enveloppe mensuelle de 6 412 € qui, sans contrôle ni imposition, leur est attribuée pour leur fonction publique d’élu de la nation. Notre enquête mettait en évidence la banalisation, auprès de parlementaires pourtant très avertis de la nécessité d’une République vraiment irréprochable, de ces pratiques qui lui sont totalement contraires.

Passer d’une réflexion générale à une démonstration incarnée est la vertu d’exemplarité de tout enquête aboutie. Posée depuis des années, la question de cette IRFM (indemnité représentative de frais de mandat) reste pendante grâce à l’indifférence intéressée de nombreux parlementaires, de droite comme de gauche. L’illustrer, preuves à l’appui à travers un cas particulier, grâce à des documents inédits démontrant cet usage privatif sans complexe d’un argent public, c’est bousculer cette torpeur parlementaire qui fait le lit des idéologies autoritaires et des démagogies anti-démocratiques. C’est dire à la prochaine Assemblée nationale que cela ne peut plus durer, tout comme ne peut plus continuer l’opacité financière des deux Chambres où sont faites et votées les lois supposées s’imposer à tous et n’être ignorées de personne (lire notre article récent sur les dépenses cachées de la présidence de l'Assemblée).

De ce point de vue, Mediapart n’a fait que suivre l’exemple de la presse britannique qui, révélant en 2009 le scandale des notes de frais des parlementaires (un résumé en anglais sur Wikipédia), a obligé la démocratie anglaise à être meilleure, plus vertueuse et plus transparente.

Loin de susciter des accusations de populisme ou des plaintes pour vol visant nos sources, les révélations de nos confrères londoniens débouchèrent sur une enquête indépendante nourrie par le droit d’accès aux documents d’intérêt public instauré en 2000, suivie de la radiation des parlementaires les plus gourmands et de poursuites judiciaires ayant même conduit l’un d’eux, un travailliste, pour quelques mois en prison. Les montants en cause (27 000 € pour le cas le plus lourd et le plus sévèrement sanctionné) sont du même ordre que ceux mis en évidence par nos enquêtes (au moins 15 000 € dans l'exemple que nous avons documenté).


Fonction démocratique et responsabilité professionnelle

Cette enquête sur les frais des députés n’est pas la seule, sur Mediapart, à avoir récemment bousculé le nouveau pouvoir. Nous avons aussi mis en évidence, dans le feuilleton Karachi, à travers des documents de 1998, combien les pesanteurs gouvernementales, ces mauvaises habitudes au prétexte d’une continuité étatique, pouvaient amener une nouvelle majorité (de gauche) à fermer les yeux ou à ne pas trop les ouvrir sur des faits de corruption avérés concernant la précédente (de droite).

De même, nous avons souligné le grand risque de conflits d’intérêts que prenait le nouveau pouvoir en nommant, dans le secteur de la communication et des médias, des personnalités ayant eu ou ayant toujours des liens avec les acteurs économiques concernés.

Tout comme nous avons dévoilé l'enquête interne sur les « irrégularités » de la section socialiste de Liévin et, surtout, révélé les attendus du renvoi devant le tribunal pour « détournement de fonds » d'une députée socialiste marseillaise, candidate à sa réélection – deux informations qui posent concrètement la question de la moralisation de la vie publique, jusqu'aux clientélismes locaux qu'abrite une politique professionnalisée, déconnectée des réalités sociales ordinaires.

Bref, nous avons d’ores et déjà commencé notre travail de lanceur d’alertes à l’attention des nouveaux gouvernants socialistes. Pour les habitués de Mediapart, il n’y a là rien de nouveau. C’est ce que nous avons toujours fait, et c’est même notre raison d’être : apporter des faits d’intérêts publics inédits ou inconnus dont la force d’évidence met en branle le débat public, oblige à des remises en cause, dessine les contours des réformes nécessaires. La seule nouveauté, c’est que la gauche a conquis le pouvoir présidentiel, en attendant d’y ajouter, sans doute, la majorité parlementaire.

Or cette nouveauté nous oblige, forcément : un contre-pouvoir est, par essence, le censeur du pouvoir. L'interpellation est légitimement plus forte envers ceux qui détiennent le pouvoir, avec ce qu'il suppose de tentations et de facilités. « Le changement, c’est maintenant », clamait le slogan de campagne du candidat François Hollande, devenu le septième président de la Vème République. Cette exigence concerne d’abord ceux qui, par la grâce de son élection, se sont rapprochés du pouvoir, le détiennent ou le soutiennent. Et notre fonction démocratique est de la faire valoir.

Mais c’est aussi notre responsabilité professionnelle. Car, contrairement à ce qu'ont voulu accréditer les calomnies qui nous ont visé – des « méthodes fascistes » de 2010 à l'« officine socialiste » de 2012 –, ce ne sont pas des préjugés partisans qui ont nourri nos curiosités investigatrices sous la présidence de Nicolas Sarkozy, mais une culture farouche de l’indépendance de la presse, de sa responsabilité sociale et de son devoir d’information.

Il ne suffit pas de croire que l’on pense politiquement juste pour informer vrai. C’est même tout le contraire tant les convictions, aussi pertinentes ou légitimes soient-elles, sont l’ennemi le plus redoutable de la vérité, plus efficace encore que le mensonge tant elles empêchent souvent de voir, d’admettre et de reconnaître les faits qui nous dérangent, bousculent nos certitudes et ébranlent nos croyances.

Sans cette culture professionnelle d’indépendance, laquelle est d'abord une pratique collective librement exercée, Mediapart n’aurait pas accumulé les découvertes (Karachi, Bettencourt, Tapie, Takieddine, Libye, etc.) qui, aujourd'hui prolongées pour la plupart par des enquêtes judiciaires, attendent l’ex-président Sarkozy, lequel finira forcément par rendre des comptes à des magistrats – si, du moins, la justice n’est pas entravée. Nous n’avons pas oublié qu’à l’inverse, les médias qui, aujourd'hui, flattent les nouveaux gouvernants avec un zèle impayable sont ceux qui, hier, nous accusaient d’anti-sarkozysme primaire, couraient tendre leur sébile aux états généraux présidentiels de la presse, jugeaient que ce président agité, après tout, ce n’était pas si grave, soutenaient sa réforme régressive de l’audiovisuel public, embrayaient en soutien de son débat sur l’identité nationale, etc.

Les pouvoirs qui, quand des médias dérangent leur confort par leurs informations, les transforment en adversaires politiques sont les mêmes qui ne les imaginent qu'en courroies de transmission dociles. Une culture démocratique authentique, pratiquée avec l'exemplarité que suppose l'exercice du pouvoir en son sommet, est celle qui accepte l'interpellation loyale de la presse, ses révélations embarrassantes, les faits qu'elles dévoilent, les questions qu'elles posent, et qui, par conséquent, en tire les conséquences pour le bien commun, qu'il s'agisse de sanctions individuelles ou de réformes radicales.


La question centrale des conflits d'intérêts

Y compris pour tous ceux qui souhaitent qu'elle réussisse, le pire service à rendre à la gauche désormais aux affaires serait donc de faire confiance à une presse moutonnière, opportuniste, intéressée. Son ressort n’est pas l’indépendance et ses exigences, mais l’intérêt et ses avantages. Elle ne peut être qu'un allié de circonstance, ni fiable ni fidèle, tant elle témoigne, par ses propres conflits d’intérêts et mélanges des genres, de l’état de faiblesse de notre culture démocratique, des corruptions qui la minent et des soumissions qui l’asservissent.

L’indépendance de la presse n’est pas seulement une utilité (pour les citoyens qui bénéficient des informations qui en résultent), elle est également une obligation (pour ceux qui s’en réclament afin de gagner la confiance des lecteurs). De ce point de vue, voir l’un des trois propriétaires du Monde, le financier Pierre Bergé, aux côtés de la première secrétaire du PS à l’Elysée et traité avec les mêmes égards qu’elle lors de la cérémonie d’investiture du nouveau président n’est pas moins discréditant pour notre profession que s’il s’était agi de celui du Figaro pour la réélection de l’ancien.

Epinglant la présence du directeur de Libération sous la tente VIP des invités de marque à la Bastille au soir du 6 mai, Le Monde oublia de signaler ce fait compromettant, dans une enquête pourtant consacrée aux relations incestueuses entre journalistes et politiques telles qu'elles furent dévoilées par la présidentielle. Quant à son médiateur, il s'est contenté de le relever sans s'en offusquer outre mesure.

A Mediapart, d’avoir contribué, par notre incessant travail d’information, à éclairer nos compatriotes afin qu’ils choisissent majoritairement d’en finir avec le sarkozysme et d'avoir explicitement souhaité l'alternance dans l'espoir d'une alternative, ne nous donne aucun droit, mais nous lègue un devoir : tracer la même route d’indépendance et de distance, de liberté et d’exigence. Choisir toute autre direction serait retomber dans les ornières et les impasses où la presse française se discrédite et se meurt : celles de la perte de confiance des lecteurs, de l’oubli du droit de savoir et du devoir d’informer, de la course aux subventions étatiques dans une opacité totale, de la soumission à des actionnaires extérieurs aux métiers de l’information, de la promotion, banalisation et généralisation des conflits d’intérêts.

Loin d’être mineure ou anecdotique, cette question des mélanges d’intérêts, où les métiers se corrompent, où les responsabilités s’égarent, où public et privé s’emmêlent, est au cœur du redressement démocratique qu’appelle le vote majoritaire du 6 mai 2012. Les magistrats italiens, spectateurs impuissants de la déliquescence de la république transalpine, font de cette acceptation tacite du conflit d’intérêts le ressort primordial de la diffusion d’un « code culturel de la corruption », qui place l’abus de pouvoir au cœur de son exercice coutumier (lire notamment Le Retour du Prince, livre d'entretien avec le procureur Roberto Scarpinato).

En 2010, grâce aux révélations de Mediapart dans l’affaire Bettencourt, mettant en évidence la tolérance dont bénéficiait la double responsabilité d’Eric Wœrth, à la fois ministre du budget et trésorier de l’UMP, chargé des finances de l'Etat et de celles d'un parti, un énième rapport sur la nécessaire moralisation des fonctions publiques fut commandé à une énième commission, présidée par le vice-président du Conseil d’Etat. Il suffit de rappeler la définition, pourtant contournée, retenue par cette commission des conflits d’intérêts pour comprendre que notre République française, hélas, en est devenue, elle aussi, le royaume – et qu’il nous faut, d’urgence, y mettre fin si nous ne voulons pas donner raison à ceux qui la combattent, la discréditent et la calomnient.

« Un conflit d’intérêts, écrivait-elle, est une situation d’interférence entre une mission de service public et l’intérêt privé d’une personne qui concourt à l’exercice de cette mission, lorsque cet intérêt, par sa nature et son intensité, peut raisonnablement être regardé comme étant de nature à influencer ou paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions. L’intérêt privé d’une personne concourant à l’exercice d’une mission de service public s’entend d’un avantage pour elle-même, sa famille, ses proches ou des personnes ou organisations avec lesquelles elle entretient ou a entretenu des relations d’affaires ou professionnelles significatives, ou avec lesquelles elle est directement liée par des participations ou des obligations financières ou civiles. »


Notre devoir de vérité

Au moment où se met en place un nouveau pouvoir, avec, derrière la façade du gouvernement et de ses nouveaux ministres, une petite armée de collaborateurs, conseillers, missionnés, sans compter les inévitables intrigants et courtisans, solliciteurs et visiteurs, poser cette question des intérêts croisés, du privé qui se mêle du public et qui s'y emmêle, c’est évidemment lancer l’alerte pertinente. Celle qui est utile à tous, gouvernants comme gouvernés, élus comme citoyens, majorité comme opposition.

D’autres journalistes n’ont sans doute pas la même conception du métier : préférant courtiser le pouvoir quand il est à son zénith pour mieux l’assassiner quand il est tombé, ils se fichent de ce droit de savoir des citoyens pour lui préférer leur gloriole personnelle. Plutôt que la responsabilité sociale immédiate, ils cultivent la postérité littéraire à venir. De livre en livre, le talentueux écrivain Franz-Olivier Giesbert en donne l’exemple le plus accompli, au détriment du journaliste qu’il est supposé être. C’est ainsi que sa récente livraison, Derniers carnets, nous décrit, anecdotes à l’appui, Edouard Balladur et ses deux Nicolas, Sarkozy et Bazire, comme des forbans avérés dès 1993-1995, réalité dont le directeur du Point a, pendant près de 20 ans, oublié d’informer ses lecteurs. Au point de plutôt les inviter, hier, à soutenir ceux qu'il assassine aujourd'hui avec délectation.

« La politique ne supporte pas le mensonge », affirmait François Hollande en 2006, dans un livre d’entretiens qu’il avait souhaité intituler Devoirs de vérité. Le journalisme non plus. Revenant sur sa première fonction publique véritable, qui fut d’être en 1982 directeur de cabinet d’un éphémère porte-parole du gouvernement (il s’agissait de Max Gallo, passé en 2007 au sarkozysme et… à l’Académie française), le futur président de la République confia alors avoir retenu « de cette brève expérience qu’à l’origine de toute affaire, au-delà de son contenu même, il y a d’abord un mensonge. La vérité est toujours une économie de temps comme de moyens. La vérité est une méthode simple. Elle n’est pas une gêne, un frein, une contrainte ; elle est précisément ce qui permet de sortir de la nasse. Même si, parfois, dans notre système médiatique, le vrai est invraisemblable ».

De ce vrai invraisemblable, Mediapart ne cesse de faire l’expérience, tant nos informations dérangeantes ont toujours mis du temps à briser le mur de l’indifférence et du conformisme médiatiques. Mais nous préférons cet inconfort de la liberté au confort des servitudes et des dépendances. Tout simplement parce que c’est ce que nous vous devons, à vous, lecteurs, sans qui nous n’existerions pas. Et c’est pourquoi nous avons fait nôtre depuis le premier jour cette injonction de Charles Péguy quand il lança, en 1900, ses Cahiers de la Quinzaine face à une presse plus soucieuse de racolage commercial que d’intérêt public : « Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste. »

Tel est, aujourd'hui, sous la présidence de François Hollande, comme hier, sous celle de Nicolas Sarkozy, notre devoir. Un devoir de vérité.

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 14:00

23 mai 2012 | Par Edwy Plenel - Mediapart.fr

PLENEL-copie-1.jpgEn Grèce se joue l’avenir commun des peuples européens : non seulement celui de nos économies, mais celui de nos démocraties. Les Grecs ne sont pas responsables d’une crise produite par l’aveuglement d’une Europe ayant abandonné la politique pour la finance. Si la solidarité avec le peuple grec s’impose, c’est parce qu’elle est la condition préalable d’un changement véritable. La guerre d’Espagne fut l’épreuve européenne du Front populaire, la crise grecque est celle de la présidence Hollande.

Quo vadis Europa… Où vas-tu Europe ? Il y a deux ans, Jean-Luc Godard posait inlassablement cette question de façon prophétique dans sa dernière œuvre, Film Socialisme. Avec cette acuité visionnaire des poètes et des peintres, le cinéaste avait mis en scène la dérive aveugle de nos sociétés saisies par le profit et le cynisme en embarquant son équipée sur un paquebot de croisière aux allures de casino flottant, bulle de spéculation et de divertissement qui s’en allait, inconsciente et oublieuse, vers la catastrophe. De la fiction à la réalité, ce paquebot n’était autre que ce Costa Concordia qui, depuis, a vraiment fait un naufrage improbable sur les récifs d’une petite île italienne, tout près des côtes…

Symbolisée par une escale à Athènes, la Grèce était omniprésente dans cette fable prémonitoire qui fut l’occasion d’un entretien mémorable sur Mediapart. Revenant aux sources de l’invention démocratique, Godard y soulignait sa fragilité, ce risque permanent que faisaient courir à cet idéal l’imprévoyance et l’inconscience humaines : «Démocratie et tragédie ont été mariées à Athènes sous Périclès et sous Sophocle. Un seul enfant, la guerre civileFilm Socialisme à peine terminé, la réalité de la crise financière grecque le rattrapait, au point que Godard en fit un argument symbolique pour décliner l’invitation du Festival de Cannes.

«Suite à des problèmes de type grec, je ne pourrai être votre obligé à Cannes, avait-il répondu. Avec le Festival, j’irai jusqu’à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus.» Façon métaphorique de dire qu’il ne jouerait plus ce jeu-là, et de nous inviter à faire de même face aux «problèmes de type grec». Un jeu de convention et de résignation qu’il s’amusera à déconstruire dans une époustouflante leçon de liberté offerte, à Paris, aux lecteurs de Mediapart. Ce jeu, c’est celui qui conduit aux catastrophes, par la perte et l’abandon, le confort et la routine. Le jeu du profit immédiat, des gains faciles, des consensus obligés, du court terme, des automatismes de pensée et des renoncements à imaginer.

Ainsi, revisitant le pays où fut inventée l’idée d’une démocratie des citoyens, Godard nous rappelait-il à nos devoirs : nos vrais héritages et nos dettes véritables. A cette aune, la Grèce, c’est la politique, tandis que la finance en est la négation. L’une s’efforce de penser le bien commun quand l’autre s’en tient à l’intérêt particulier. Autrement dit, si la finance est une réalité, avec ses banquiers, ses bourses et ses spéculateurs, elle n’en est pas moins une aberration dans le registre démocratique, car elle ne pense rien de ce qui fait une société, ses solidarités, ses espérances, ses confiances, ses transmissions, ses formations, ses mémoires, ses imaginaires, etc.

Une crise politique bien plus que financière

Pièce solidaire du puzzle de la crise européenne, la crise grecque est politique autant, sinon plus que financière : crise de la politique (son impuissance à inventer une alternative) et des politiques (les conséquences de celles qui ont été menées). Loin d’être à la marge, elle est au cœur de la crise qui ébranle notre continent, son Union européenne et les vingt-sept pays qui la composent. Crise économique et financière certes, mais aussi crise de civilisation, crise d’espérance, crise de confiance, crise d’avenir. Actuel maillon faible, la Grèce n’en est pas moins solidaire de la chaîne européenne dont elle fait partie et qui, si nous la lâchons, peut se rompre en cascade.

Son futur sera, peu ou prou, le nôtre tant le pays de l’invention démocratique est, désormais, le théâtre même de la tragédie européenne : c’est en Grèce que se joue l’affrontement des politiques soucieuses de l’humanité et des nouvelles barbaries qui n’en ont cure. A la manière des idiots utiles, les meilleurs alliés de ces régressions identitaires, haineuses et violentes, qui, faute de sursaut démocratique, ne cessent de renaître en Europe, sont ceux-là même qui nous ont menés là où nous sommes. Tous ceux qui ont fait l’éloge de cette économie financiarisée, dépouillant le bien public, creusant les inégalités, confondant richesse et valeur, épuisant les solidarités, démoralisant les peuples, augmentant la corruption, se satisfaisant de l’amoralisme.

Leur idéologie aveugle, qui relève de la croyance et de l’imprécation, est, dans l’ordre politique, une non-pensée. Ils ne pensent pas, ils comptent. Ils ne rêvent pas, ils accumulent. Ils n’inventent pas, ils thésaurisent. Comme si leurs chiffres désincarnés n’étaient pas résultats d’additions humaines, elles-mêmes tissées de ces complexités et de ces improbabilités qui font les sociétés, leurs relations et leurs conflits ! De cette non-pensée complice des catastrophes menaçantes, un quotidien français qui, au siècle dernier, était encore la tribune de l’autonomie du politique, de sa volonté et de sa légitimité, vient d’offrir le condensé.

Dans un éditorial de son journaliste directeur, qui toutefois n’en est plus le directeur de publication, ce poste clé étant revenu au bras gestionnaire des financiers qui en sont devenus les propriétaires, Le Monde a ainsi sommé les Grecs de choisir entre l’euro ou la drachme, comme un proviseur lancerait un ultime avertissement à un mauvais élève avant de l’exclure pour indiscipline. Cet éditorial du 23 mai est une caricature tant les poncifs y sont accumulés : la Grèce «petit pays», sans que l’on connaisse l’étiage de la grandeur ; l’affirmation que «chaque Grec a déjà touché depuis janvier 2010 l’équivalent de 31 000 euros», imposture statistique qui ne veut rien dire, sinon insinuer le mensonge selon lequel cet argent, «chaque Grec» se le serait mis dans la poche ; le rappel au «règlement intérieur», ces «règles du jeu de l’Union monétaire» qu’il faudrait aveuglément respecter et appliquer, comme si l’Europe elle-même n’avait pas dû les faire évoluer à rebours des engagements de ses traités devant l’inexorable aggravation de la crise…

«Aux Grecs de choisir, conclut Erik Izraelewicz, l'auteur de cet éditorial. En espérant qu’ils feront le bon choix. Sinon, l’Europe devra en tirer les conséquences. Sans états d’âme.» Les Mrs Tina d’invention thatchérienne («There Is No Alternative») semblent avoir une inépuisable descendance. Les peuples peuvent bien s’épuiser à voter jusqu’au dernier scrutin, rien n’y fera pour les moutons de Panurge du capitalisme financier : il faut se débarrasser de ces peuples indociles et imprévisibles, surtout s’ils votent mal, c’est-à-dire s’ils ont l’impudence d’imaginer d’autres solutions que celles qu’on leur a imposées sans jamais leur demander leur avis, voire en le violant quand ils l’ont donné – souvenons-nous de la volte-face des gouvernants français après le référendum de 2005 dont le «non» majoritaire fut ignoré.

Le résultat de 20 ans d'aveuglement

L’Europe n’est pas menacée par des Grecs qu’il faudrait punir, mais par les dirigeants, responsables irresponsables, qui la conduisent dans une impasse. De ce point de vue, comme le souligne une tribune récente sur Mediapart, la Grèce est «un laboratoire pour l’Europe», celui où s’expérimentent de supposées sorties de crise qui n’ont d’autre logique que de préserver avant tout les intérêts des minorités privilégiées et des classes dominantes. Faut-il, par exemple, rappeler à l’éditorialiste directeur du Monde que les mesures imposées à la Grèce par le Mémorandum épargnent l’Eglise orthodoxe, plus grand propriétaire financier du pays, ménagent banquiers et armateurs, malgré leur responsabilité dans les fraudes et évasions fiscales, ou maintiennent des dépenses militaires inconsidérées qui enrichissent les pays européens fournisseurs, parmi lesquels, au premier rang, l’Allemagne et la France ?

Telle qu’elle a été façonnée ces dernières décennies, l’Union européenne a remplacé la solidarité politique par la rivalité économique. L’ébauche de coordination communautaire de politiques économiques y privilégie la concurrence au détriment de la coopération. L’harmonisation des politiques fiscales, la lutte contre l’évasion fiscale, la rupture avec les paradis fiscaux : rien de tout cela, qui est pourtant au cœur d’une politique où l’égalité (devant l’impôt) est la condition de la liberté (du citoyen), ne figure parmi ses priorités. Faisant de la compétition le ressort unique des dynamiques économiques, le Traité de Lisbonne, entré en vigueur début 2009, a même interdit aux pays de la zone euro de venir en aide à un Etat membre.

Comment ne pas voir l’évidence que ces certitudes idéologiques ont volé en éclats sous l’effet de la crise financière ? N’a-t-il pas fallu, en contravention avec ce même Traité de Lisbonne, improviser en catastrophe des mécanismes de solidarité jusqu’alors non seulement inexistants, mais jugés néfastes ? N’a-t-on pas, au printemps 2010, inventé dans l’urgence un Fonds de stabilité financière pour permettre à la Grèce et à l’Irlande de continuer à honorer les remboursements de leur dette publique ? Mais n’a-t-on pas, hélas, dans le même mouvement, perpétué les maux anciens en pérennisant la tutelle des intérêts financiers sur les politiques économiques des Etats européens ?

Nul besoin en effet d’être un supposé expert pour prendre conscience de cette aberration qui interdit aux Etats de se financer directement auprès de la Banque centrale européenne à bas taux d’intérêt. Que cache-t-elle ? Simplement l’enrichissement spéculatif des banques privées sur le dos des peuples soumis aux politiques d’austérité ! Car, dans le catastrophique système actuel, ce sont les banques privées qui font des profits records en prêtant aux Etats débiteurs à des taux prohibitifs, tandis qu’elles se financent à un très faible taux auprès de la BCE… Comment nommer ce tour de passe-passe sinon une arnaque dont sont victimes – car tel est bien le tableau grec – les plus démunis et les moins protégés, les retraités aux pensions dévaluées, les malades sans soins, les pauvres sans logements, les fonctionnaires licenciés, les petits entrepreneurs en faillite, les jeunes sans travail, l’armée ordinaire des sans-grade et des sans voix ?

20 ans d’aveuglement, l’Europe au bord du gouffre… Décryptant dans son dernier ouvrage collectif ainsi intitulé cette course à l’abîme, le toujours pertinent et pluraliste regroupement des «économistes atterrés» démasque l’irrationalité qui la gouverne : «L’étrange clause de “non-sauvetage” (no bail-out), introduite dès le Traité de Maastricht (1992) qui a fondé l’euro, semble incompréhensible au citoyen ordinaire. Pourquoi interdire aux Etats qui unissent leurs monnaies de s’entraider ? En fait, cette clause reflète l’obsession néolibérale d’imposer aux Etats la discipline des marchés financiers. (…) Interdire l’aide entre Etats, c’est obliger chacun à se présenter seul devant le tribunal des marchés et à respecter vigoureusement leurs lois : réformes fiscales favorables aux revenus du capital, baisse des dépenses publiques, flexibilité, privatisations…»

Les solutions réalistes sont radicales

Voilà pourquoi nous devons être totalement solidaires de la Grèce, de son peuple, de son économie comme de ses dettes. Pour mettre fin à cette spirale infernale. Pour ne pas lui offrir une victoire qui serait notre défaite à tous, et pas seulement celle des Grecs. Car, rappellent encore les «économistes atterrés» c’est à ce même «brillant dispositif (qui) s’est effondré avec la crise financière», démontrant que les marchés ne sont ni efficients ni rationnels tout en creusant brutalement la dette et les déficits, que l’on voudrait toujours «confier la tutelle des politiques économiques des Etats».

N’est-ce pas «à la finance dérégulée que l’on demande de financer les déficits qu’elle a provoqués» ? N’est-ce pas ce qui se joue dans les éprouvettes humaines du laboratoire grec où Commission européenne et FMI imposent privatisations, baisse des salaires et des pensions, facilitations des licenciements à la seule fin de garantir aux créanciers privés le remboursement rubis sur l’ongle de la dette publique ? N’est-ce pas cette logique infernale qu’il faut enfin briser, non seulement en parlant croissance dans les sommets mondiaux ou européens, mais en remettant le travail productif au cœur de l’économie et la politique solidaire au poste de commande ?

Loin d’être une utopie, c’est la seule voie réaliste. La crise, son ampleur, sa profondeur, son interdépendance, appellent des radicalités qui sont des pragmatismes. Autrement dit des solutions qui attaquent les problèmes à la racine, et non plus en surface. La preuve qu’elles existent, c’est qu’elles ont été au cœur des débats entre ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir (la compétition des primaires socialistes) et avec les forces politiques qui leur ont permis d’y parvenir (les partis qui ont appelé à voter François Hollande le 6 mai). Depuis une année, la gauche, dans sa diversité, du Front de gauche à EELV en passant par le PS, en discute. Faudrait-il croire qu’un éditorial du Monde, lequel est propriété de deux financiers qui ont affiché leur soutien au candidat socialiste – MM. Pierre Bergé et Matthieu Pigasse –, suffit à balayer plusieurs années de réflexions et d’engagements citoyens ?

Livrant à l’arbitrage du débat public leurs divergences sur le type de croissance ou sur le sort de la dette, les «économistes atterrés» résument parfaitement cette voie alternative : «Nous sommes unanimes à juger qu’il faut réformer les traités européens pour réduire l’importance des marchés financiers, desserrer leur étreinte autour des peuples et construire une véritable solidarité entre les pays, qui reposerait sur la coopération et l’harmonisation dans le progrès.» Ils en déduisent quatre exigences : «garantir le rachat de titres publics par la BCE» ; «reporter les coûts de la récession et les pertes des banques sur leurs actionnaires ainsi que sur les ménages les plus aisés» ; «désarmer la spéculation», c’est-à-dire taxer les transactions financières, réguler strictement les marchés de produits dérivés, limiter drastiquement l’activité des fonds spéculatifs, interdire la spéculation pour compte propre des banques ; enfin, «instaurer des politiques européennes coopératives» qui privilégient la solidarité et le travail, plutôt que la concurrence et la finance.

Les principes qui inspirent une telle politique sont ceux qui ont permis à l’Islande de sortir du gouffre où la crise l’avait plongée. Candidat à l’entrée dans l’Union européenne depuis 2009, cet Etat insulaire connaît aujourd’hui une baisse de l’inflation, un recul du chômage et une reprise de la croissance, alors même que son économie s’effondra à partir de la crise des subprimes (2007), annonciatrice de la crise bancaire inaugurée par la faillite de Lehman Brothers (2008). Née d’un sursaut populaire, la voie islandaise fut d’une simplicité aussi efficace que radicale : faire payer l’essentiel de la dette par les créanciers eux-mêmes. Si cela a marché, c’est que cette seule exigence enrayait la machine infernale.

Des nombreux leurres lancés pour conduire les peuples à leur faillite, la dette est en effet le premier. Non pas la dette en tant que telle, mais la dette entendue de façon seulement comptable, à la manière d’un chiffre absolu qui n’aurait pas d’histoire. «On dit au peuple grec qu’il a une dette mais personne ne sait d’où elle est issue ni ce que l’on paie», rappelait sur Mediapart Sofia Sakorafa, parlementaire grecque la mieux élue et députée de Syriza, nouveau parti arrivé en tête de la gauche aux dernières élections législatives. Reprenant une exigence portée en France par l’association Attac d’un audit citoyen de la dette publique, sa demande d’un audit international de la dette grecque est de bon sens. Pourquoi n’y aurait-il pas des créances douteuses à effacer, des créanciers discutables parce que juges et parties, des dettes engagées par des gouvernants corrompus, des dépenses ainsi financées mais détournées de leur objet, etc. ?

Notre dette grecque, la vraie démocratie

Manquant à la plus élémentaire solidarité internationale et refusant de suivre l'exemple du Front de gauche, le Parti socialiste ne s’est pas donné la peine de recevoir Alexis Tsipras, le leader de Syriza, cette coalition de la gauche radicale grecque, en visite à Paris en début de semaine. Pourquoi ? Parce que, membre de l’Internationale socialiste, le PS aurait ainsi déplu à son parti frère, le Pasok ? Mais l’échec de ce dernier n’est-il pas flagrant et, surtout, depuis quand l’appartenance à l’IS, qui accueillit sans trop de scrupules les partis des ex-dictateurs tunisien et égyptien, Ben Ali et Moubarak, exclut-elle d’autres rencontres et discussions, dans le nécessaire pluralisme des gauches en mutation ?

Si l’on pose cette question, c’est parce que cette attitude est mauvais signe, tout comme l’appel indistinct lancé aux Grecs par le ministre des affaires étrangères du nouveau gouvernement de gauche à «ne pas se prononcer pour des formations qui, de fait, les feraient sortir de l’euro». Faut-il comprendre que le nouveau pouvoir français appelle le peuple grec à voter pour les deux partis qui l’ont conduit dans l’ornière, Nouvelle démocratie pour la droite, le Pasok pour la gauche, partis dont, de plus, les corruptions sont notoires ? Et qu’il tient pour quantité négligeable les convictions européennes déclarées de Syriza parce que son programme n’est pas compatible avec les exigences actuelles de l’UE, celles imposées par le couple «Merkozy» que les socialistes ont dit vouloir combattre durant la campagne électorale ?

Pourtant, même l’ancienne gauche du Parti socialiste, celle qui se retrouve aujourd’hui au gouvernement avec Benoît Hamon, sans parler de l’inclassable Arnaud Montebourg dont la campagne fut la surprise des primaires socialistes et dont la plume est ensuite devenue celle de François Hollande, ne sont pas en terrain inconnu face au programme de Syriza (découvrir ici une version française). Il suffit de le lire attentivement pour y retrouver des propositions plus réformistes que révolutionnaires, inspirées de ce réformisme radical qui fut, au début du XXe siècle, l’honneur de la social-démocratie. Nous ne voulons pas croire que, déjà, les mots n’aient plus le même sens, une fois au pouvoir…

Car comment ignorer cette force nouvelle, ses audaces et ses innovations, alors que le laboratoire grec nous montre déjà de quels monstres peut accoucher la crise grecque ? N’est-ce pas un parti explicitement néo-nazi, l'Aube dorée, qui a aussi surgi à Athènes ? Et il faudrait persévérer dans les mêmes erreurs dont les déchets nourrissent ce fumier politique ? Ignorer les formations qui inventent des réponses inédites, mieux à même de répondre aux attentes populaires dévoyées par le racisme et la xénophobie? Alors même que, partout ailleurs dans ce qui fut le monde occidental, de la France (avec la droite extrême née du sarkozysme) aux Etats-Unis (lire ici l'Américain Paul Krugman qui souligne la droitisation extrême des républicains), la crise nourrit de nouvelles forces réactionnaires, profondément anti-démocratiques, ayant la liberté en défiance, l’égalité en horreur et la fraternité en haine ?

«Je veux secouer les gens, et je veux faire comprendre que l’homme n’est pas, de droit divin, un être démocratique. Que la démocratie a été une création, une conquête de l’histoire, qu’elle est constamment en danger et que, d’ailleurs, elle est en train de ficher le camp.» L’homme qui parlait ainsi fut grec avant de devenir français, puis de se muer en passeur de la démocratie grecque, de sa promesse et de son exigence, en France même. De livres en séminaires, Cornelius Castoriadis (1922-1997) n’a cessé de sonner le tocsin de la catastrophe possible, en nous enjoignant de prendre soin de notre «dette grecque», la vraie démocratie, une démocratie des citoyens, offerte à tous, sans oligarques ni privilégiés. Au mitan du XXe siècle, face aux totalitarismes, il avait fondé avec Claude Lefort le mouvement Socialisme ou Barbarie, laboratoire d’une rénovation intellectuelle de la gauche. Et il n’a cessé de poursuivre dans cette veine : démocratie ou barbarie, démocratie véritable ou barbarie nouvelle… (on l'écoutera ici avec plaisir décrire ce que serait une vraie démocratie).

Préfaçant Ce que fait la Grèce, l’un de ses recueils posthumes, l’historien et helléniste Pierre Vidal-Naquet rappelait que la cité n’est pas une île, autrement dit que l’idéal démocratique est une interdépendance, de peuples à peuples, de nations à nations, avec par conséquent une obligation de solidarité. Et c’est alors qu’en hommage à la Grèce de Castoriadis, à son espérance mêlée d'inquiétude, il cite un texte anglais célèbre, celui-là même qui donna à Hemingway le titre de son roman sur la guerre d’Espagne, Pour qui sonne le glas.

C’est la fameuse méditation du prédicateur John Donne (1572-1631), symbole de l’humanisme renaissant : «Personne n'est une île, entière en elle-même ; tout homme est un morceau de continent, une partie du tout. Si une motte de terre est emportée par la mer, l'Europe en est amoindrie, tout autant que s'il s'agissait d'un promontoire, ou que s'il s'agissait du manoir d'un de tes amis ou le tien propre : la mort de chaque être humain me diminue, parce que je fais partie de l'humanité, et donc, n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas; il sonne pour toi.»

En Europe, le glas ne sonne pas pour les Grecs. Il sonne pour nous.

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 23:00

Comme beaucoup, je partage l'immense satisfaction et bonheur d'avoir vécu, après 31 années d'attente, l'élection d'un président de la République socialiste. Dimanche soir, à la Bastille, la foule est venue pour dire qu'elle était à nouveau fière de notre pays, d'une France où les classes moyennes et populaires ne seraient plus méprisées, d'une France qui pouvait assumer le rassemblement de toutes les origines de ces citoyens dans la République, d'une France qui jette plus à la vindicte publique ceux qui sont victimes de la crise et de la mondialisation…

Hollande_Tulle.jpgFrançois Hollande, président élu, va avoir fort à faire et il faut dès aujourd'hui avoir une analyse un peu claire du scrutin présidentielle pour envisager la manière de construire la nouvelle majorité et d'engager l'action gouvernementale.

Premier enseignement et une bonne nouvelle…

La campagne à l'extrême droite de Nicolas Sarkozy n'a pas payé. Les reports de voix des électeurs de Marine Le Pen vers le président sortant sont restés autour de 50 % ce qui est un niveau « classique » entre les deux tours d'une élection du FN vers la droite.

La démonstration est faite que le discours nationaliste sur les frontières, l'immigration, la stigmatisation de l'étranger n'a pas réussi à amplifier les reports de voix de l'extrême droite à son endroit. Par contre, l'orientation austéritaire défendue par l'UMP et conçue par le président sortant lui a permis d'éviter l'hémorragie qu'il redoutait de la part de l'électorat centriste. Plus de 40 % électeurs du MODEM restent donc fortement tournés vers des politiques économiques libérales et conservatrices, plus de 30 % ont choisi l'abstention ne résolvant pas à voter pour un candidat qui s'opposait – même modérément – au « tout austérité ».

C'est le deuxième enseignement de cette élection : comme je le disais le 23 avril dernier, il n'existe pas de réelle force politique centriste en France.

Le vote personnel de François Bayrou n'a pas modifié les reports de voix tels que nous les connaissons depuis 2007 à toutes élections, et tels que les études d'opinions l'annonçait avant sa déclaration. Moins de 30 % ont choisi de voter pour François Hollande comme leur candidat du 1er tour, préférant la référence à des valeurs républicaines communes plutôt que la rectitude d'un programme d'austérité.

Il n'y a donc pas à chercher de ce côté-là un renfort ou une possibilité d'accord – pour ceux qui l'auraient imaginer – pour les législatives des 10 et 17 juin, alors même qu'elles pourraient s'avérer plus complexes qu'envisagé. Le vote de Bayrou a fini de déliter ce qui restait des solidarités centristes et des illusions d'un centre réellement indépendant ; le MODEM de 2012 ne pourra pas – si certains y pensaient – être le CDS ou le groupe parlementaire UDC de 1988 (politiquement il ne s'y conformera pas car trop divisé, si jamais ce parti obtient malgré sa situation délicate des députés).

Le troisième enseignement c'est que la bataille des législatives sera déterminante.

Avec un résultat de 51,62 % des suffrages pour François Hollande, obtenus dans un contexte politique de rejet profond et ancré du président sortant, ce résultat est confortable pour le nouveau président de la République (plus d'un million de voix le séparent de Nicolas Sarkozy), mais il pourrait ne pas permettre à lui seul d'assurer une majorité parlementaire absolue au Parti Socialiste et à Europe Écologie / Les Verts, les deux partis qui devraient constituer le cœur de la nouvelle majorité présidentielle.

Examinons les choses froidement :

  • L'illusion de l'alliance au centre qui fait perdre tant de temps dans les débats du PS s'avère une impasse tant politique qu’arithmétique ;
    Nous ne pouvons pas compter sur l'effondrement de l'UMP et les triangulaires avec le FN :
    • c'est une posture politique immorale (même si cela n’embarrasse pas tout le monde) ;
    • c'est une posture politique irresponsable pour la santé de la démocratie française ;
    • c'est une posture politique imprudente (les législatives ont rarement été favorables au FN – qui peine à dépasser les 12,5 % d'inscrits – et il n'est pas encore écrit que l'UMP ne soit pas capable de reporter au 18 juin les règlements de compte internes) ;
  • Nos autres partenaires politiques naturels sont ceux du Front de Gauche, qui ont su créer une dynamique avec 11,2 % des suffrages sur le nom de Jean-Luc Mélenchon, ceux avec qui nous gérons de très nombreuses collectivités (certains maires ou candidats communistes & app. ont donné d'ailleurs des consignes de vote en faveur de François Hollande extrêmement explicites) ; nous devons convaincre de passer de la tentation d'une opposition constructive à un soutien au pire sans participation, l'idéal étant de construire une réelle majorité parlementaire commune pour transformer notre pays et réorienter la construction européenne.

jean-luc melenchon-3-3-7744eLa première des étapes – dans les jours qui viennent – est de faire aboutir les discussions en cours sur la question de candidatures communes, là où le FN s'avère menaçant. Plus généralement, il faut discuter ensemble de toutes les circonscriptions où un candidat de gauche pourrait être mis en difficulté par ses adversaires de droite ou d'extrême droite, et des circonscriptions que nous espérons ravir à la droite mais qui pourraient s'avérer plus difficiles. Il y aura du donnant-donnant : les camarades doivent bien être conscients qu'on échangera pas le soutien aux candidats socialistes sur certains territoires sans contrepartie.

Pour construire une majorité de gauche – pour reprendre les termes de François Hollande lui-même – il convient de ne pas transformer le sentiment de fierté de la victoire en arrogance vis-à-vis de nos partenaires : l'accord de majorité parlementaire PS-EELV ne saurait être remis en cause ; nos camarades doivent savoir aussi ne pas faire de provocation anti-communiste primaire (comme cela arrive encore parfois) en comptant renverser – au risque d'une victoire de la droite – un député communiste sortant ou en annonçant pour 2014 une primaire à gauche aux municipales (au demeurant, ce dernier pari pourrait s'avérer très risqué dans le cadre d'un mouvement de balancier lors des élections locales).

De la situation générale et des résultats de la présidentielle, nous devons tirer quelques conséquences.

Le rejet de Nicolas Sarkozy a beaucoup contribué à l'élection de François Hollande ; lors des législatives, à droite, comme à notre gauche, nos adversaires et nos partenaires peuvent faire des scores qui pourraient nous surprendre.

Mai 2012 n'est pas comparable à mai 1936 ou mai 1981, l'exercice de l’État ayant laissé quelques traces, entre réussites et désillusions. Mais si l'espoir de l'accession prochaine de la gauche au pouvoir n'est pas aussi naïf qu'il y a 31 ans, les attentes de nos concitoyens vis-à-vis de la nouvelle présidence de gauche n'en sont pas moins importantes, tant les solidarités républicaines ont été défaites pendant 10 ans. L'état de grâce – si jamais il existait – n'en sera que plus court, car les Français seront réalistes mais exigeants.

Et l'équilibre sera difficile à trouver entre la responsabilité du redressement financier du pays, traduit aujourd'hui dans l'objectif affiché du retour à l'équilibre budgétaire en 2017 (ce qui ne saurait être une fin en soi), et la nécessité revendiquée de reconstruire les services publics ou de restaurer l'autonomie et les marges de manœuvre des collectivités territoriales, par exemple.

presseetrangere7mai2012.jpgL'Europe – d'aucuns pensent le monde – attendait avec impatience le 6 mai 2012. Nous avons une responsabilité à tenir vis-à-vis de nos partenaires institutionnels et de nos concitoyens européens. Face à des gouvernements conservateurs affaiblis (et plus encore affaiblis par la défaite de Nicolas Sarkozy) mais très largement majoritaires, l'exigence légitime d'une volonté de croissance dans les affaires européennes ne suffira pas. Malgré les changements de pieds de Draghi ou Rajoy, tout le monde sait que « politiques de croissance » n'a pas la même signification dans leurs bouches et dans les nôtres : les uns parlent de réformes structurelles, de libéralisation accrue des marchés, d'assouplissement du code du travail ; nous parlons de relance de l'investissement, d’infrastructures, de recherche, d'innovation…

Rapidement, nous nous rendrons compte de la nécessité – y compris pour faire progresser nos camarades de gauche dans les autres États membres – d'être plus offensifs encore sur le plan européen… par nécessité pour la survie de l'union européenne, mais aussi pour ne pas sombrer dans des compromis technocratiques émollients. Au-delà d'un chapitre « croissance », nous allons avoir besoin d'un vrai budget européen, avec des recettes autonomes et dynamiques, nous allons devoir ouvrir sérieusement le dossier de la mutualisation des dettes souveraines et des eurobonds, rouvrir le chantier des statuts de la BCE, et aussi réintroduire dans la construction européenne la notion de souveraineté populaire en créant une véritable démocratie européenne, afin que les peuples ne se sentent plus à l'écart ou dépossédés de leur destin.

AubryDuflotÀ ce titre, une leçon doit être retenue des trois années du mandat de Martine Aubry comme Première Secrétaire du PS. Au sein du PSE, aux côtés de Poul Nyrup Rassmussen, elle a défendu fièrement et ouvertement les orientations du PS sur le refus de l'austérité, l'exigence du « juste échange » et le renforcement de la démocratie européenne. Auparavant, le PS avait intériorisé une posture de minoritaire au sein du PSE, défendant des positions qu'il pensait être de compromis avant de devoir reculer encore. Entre les deux postures, qui pensez-vous avoir obtenu les meilleurs résultats ? En trois ans, Martine Aubry et Poul Rassmussen ont fait adopter par les social-démocrates européens des positions que d'aucuns auraient considéré impensables auparavant. Je lisais dans Libération ce matin, que l'un des responsables social-démocrate polonais considérait le PS français comme la formation politique la plus intéressante du PSE, citant pour démonstration les 35 heures. Qui l'aurait imaginé ?

Je suggère que nos dirigeants suivent donc l'exemple européen de Martine Aubry en l'adaptant. Cela fera progresser l'Europe, cela fera progresser le PSE, cela fera progresser le rassemblement de la gauche en France.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du Parti Socialiste du Val-d'Oise en charge des relations extérieures

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 08:43

L’historien répond à Marine Le Pen qui avait déclaré partager certaines de ses thèses et estime que le FN, en stigmatisant les Français musulmans, porte atteinte à la cohésion de la nation.

Libération - jeudi 14 juillet 2011 - Par ERIC AESCHIMANN

Emmanuel Todd, en juin 2008.

Emmanuel Todd, en juin 2008. (Sébastien CALVET)

Démographe et historien, partisan d’un «protectionnisme européen», Emmanuel Todd a été cité comme une référence par Marine Le Pen en début de semaine. Il répond aux questions de Libération.

Voilà que Marine Le Pen se réfère à vos analyses. Comment réagissez-vous ?
Cela m’amuse et m’intéresse, car, dans le débat public français, je suis celui qui a défendu avec le plus de constance, depuis vingt ans, la place des immigrés et de leurs enfants dans la société française. D’ailleurs, au moment même où Marine Le Pen me faisait ces appels du pied, j’ai donné un entretien au site Oumma.com(1), qui a été un énorme succès d’audience. Non pas que je défende un point de vue qui soit très acceptable pour les organisations islamiques, puisque je pointe par exemple la faible pratique religieuse des musulmans de France, ce qui les rapproche des catholiques. Mais ma démonstration consiste justement à souligner que, précisément parce qu’ils se comportent comme des catholiques et qu’ils sont profondément laïcisés, les musulmans de France sont des Français ordinaires. Et, dès lors que les musulmans ne posent pas de problème spécifique à la société française, leur désignation, explicite ou implicite, comme non Français doit être considérée comme une attaque contre la cohésion de la communauté nationale. Le Front national est un front antinational : voilà ce que j’affirme, y compris sur Oumma.com, ce qui rend tout de même assez cocasses les références de Marine Le Pen à mes travaux.
Selon la présidente du Front national, ce qui vous rapproche d’elle, c’est le plaidoyer en faveur de mesures protectionnistes…
C’est qu’elle fait semblant de ne rien comprendre à ma démarche. Il ne s’agit nullement d’un protectionnisme français, mais bien d’instaurer au niveau européen des instruments de régulation des échanges commerciaux, ce qui, par définition, dépasse le cadre national. Protectionnisme européen et défense d’une nation qui intègre sa population musulmane, voilà deux axes radicalement antixénophobes, qui définissent un projet à l’opposé de celui du FN.
Il n’empêche qu’elle vous a cité. N’est-il pas de la responsabilité d’un intellectuel de veiller à ne pas être récupéré par le Front national ?
Pour moi, la vraie question est plutôt : pourquoi Marine Le Pen cherche-t-elle à se revendiquer de moi, alors que je suis en situation de choc frontal avec elle ? Je crois qu’il ne s’agit pas de récupération, mais de neutralisation. On assiste actuellement à l’émergence d’une gauche, autour d’Arnaud Montebourg autant que de Jean-Luc Mélenchon, opérant la synthèse entre le projet économique protectionniste et l’idéal républicain compris dans son véritable sens, c’est-à-dire intégrant les immigrés et leurs enfants à la nation. Fin juin, l’Association pour un débat sur le libre-échange, à laquelle j’appartiens, a fait réaliser par l’Ifop, à ses frais, un sondage qui montre que 80% des Français sont favorables à un protectionnisme européen et 57% à un protectionnisme national si les autres pays européens ne font rien. Cela nous a valu les plus vives critiques de la part des libre-échangistes. On nous a fait passer pour des crétins protectionnistes en nous assimilant au FN. Aujourd’hui, c’est Marine Le Pen qui prend le relais. Pourquoi ? Parce que le FN, qui se targue, à tort, de défendre des intérêts de la classe ouvrière, se sent menacé par l’apparition de cette nouvelle gauche. Ce qui se dévoile par cet épisode, c’est combien FN et libre-échangistes forment un système où chacun a besoin de l’autre.
Un protectionnisme européen vous semble-t-il possible ?
L’accélération de la crise des dettes souveraines nous indique que nous n’aurons pas le temps de mettre en place le protectionnisme européen avant l’explosion de l’euro. Je le regrette, car j’avais voté pour le traité constitutionnel européen et je continue de croire que c’est à l’échelle européenne que nous devons construire des protections. Accepter la sortie de l’euro, ça n’est pas être antieuropéen, c’est seulement faire cesser l’acharnement thérapeutique sur une monnaie dont la classe dirigeante sait qu’elle est condamnée. Sur ce point, je donne raison à l’économiste Jacques Sapir, qui estime depuis plusieurs mois que la France doit désormais agir seule(2). Cela n’obère nullement la perspective d’un protectionnisme européen, au contraire. Car la sortie de l’euro contraindra l’Allemagne à changer d’attitude, et tout le monde constatera que le seul horizon, c’est d’instaurer des mesures communes de régulation des importations. Tel serait pour moi le contenu d’une véritable Europe. Et l’on pourra alors, si l’on veut, reconstruire une vraie monnaie unique, qui ne soit plus sous souveraineté allemande, comme aujourd’hui, mais un véritable bien commun.
Le FN est-il en train d’évoluer vers une droite républicaine un peu musclée, comme le disent certains commentaires ?
Je crois que l’on assiste à la tendance exactement inverse. Le FN version Jean-Marie Le Pen avait quelque chose de folklorique, puisque son programme alliait la stigmatisation des immigrés et le libéralisme économique (dénonciation du «fiscalisme», des fonctionnaires, etc.). A partir du moment où il associe xénophobie et étatisme, il se rapproche des fascismes d’avant-guerre. Il était national et libéral, le voici national et social, et c’est pour ça que, lors de la présentation du sondage sur le protectionnisme, j’ai spontanément établi une comparaison entre le FN et le nazisme. Cela dit, il y a des choses qui bougent et, en tant qu’historien du présent, j’essaie de comprendre ce qui se passe, sans partir du principe que je comprends tout ce qui se passe - ce qui me distingue de certains. Je constate que, d’un côté, le FN est dans le système, mais que, de l’autre, il possède une potentialité «hors système» qui peut être très dangereuse - d’autant plus dangereuse qu’elle converge avec des tendances fascisantes à l’intérieur même de l’UMP. En 1932, le parti nazi était de la même façon hors et dans le système. Nous n’en sommes pas là, mais il faut agir avec à l’esprit tous les scénarios, dont celui du pire.
Des tendances fascisantes à l’UMP ?
Pour moi, aujourd’hui, le danger vient moins du FN que de l’émergence, dans la droite dite classique, de tendances protofascistes, comme les historiens parlent de proto-industrie. Depuis quatre ans, l’impulsion des campagnes anti-immigrés, antiRoms et anti-islam a été donnée par le gouvernement. Les thématiques ethnique et autoritaire, c’est bien le sarkozysme qui les a portées. La stratégie, si caractéristique du fascisme, consistant à dire une chose et son contraire - par exemple, à se dire de gauche et de droite à la fois, ou à mélanger le social et le national - existe certes au FN, mais encore plus dans les discours écrits par Henri Guaino, où Nicolas Sarkozy en appelle aux figures historiques de la gauche au moment même où il confère des avantages fiscaux aux plus riches. Aujourd’hui, il délègue à Claude Guéant la charge de faire des «clins d’œil» à l’électorat frontiste. Pourquoi soupçonner toujours les gens de cynisme ? Peut-être est-il sincère, peut-être est-il d’extrême droite.
Le PS est-il en mesure d’éviter que la campagne de 2012 ne se focalise à nouveau sur la triade sécurité-identité nationale-immigration ?
Le Parti socialiste représente la vieille culture raisonnable de la France. Ce sont des gens polis, qui continuent de penser que, si l’on ne fait pas trop de vagues, «ça va passer». L’idée de la présidence normale est symptomatique : au fond, il suffirait de gérer les affaires de l’Etat de façon raisonnable pour se poser en alternative à la montée de folie et de violence qui caractérise les droites. J’aimerais que cela soit vrai, et les sondages d’opinion, où Sarkozy apparaît comme profondément méprisé par les Français, semblent indiquer que cela peut suffire. Mais quand bien même l’Elysée reviendrait à François Hollande ou Martine Aubry, une présidence normale n’est pas ce dont la France a besoin pour une période anormale. Il lui faut une gauche capable d’affronter un capitalisme de plus en plus inégalitaire et de plus en plus violent. Une gauche qui rende coup pour coup, qui ne fasse pas comme si tout était normal, justement. Qui désigne les adversaires de classe : les ultrariches. La gauche ne doit pas avoir peur de les taxer, de mettre en place un protectionnisme européenne, de prendre le contrôle de la gestion des banques. Elle doit parler en maître à la nouvelle aristocratie financière - le mot est de Lionel Jospin, je vous le rappelle. Et c’est là que l’escroquerie de Marine Le Pen sera dévoilée. Le FN fait semblant d’avoir deux adversaires : les immigrés et l’establishment, mais la réalité est que la dénonciation des immigrés lui permet de garder le plus grand flou sur ce fameux establishment qu’elle prétend combattre. Si je devais résumer d’une seule formule ma pensée, je dirais ceci : en triant les Français selon leurs origines, le Front national divise les classes populaires et protège l’oligarchie financière.

(1) Site internet sur l’islam en France.
(2) Auteur de «la Démondialisation», Seuil.

Photo Bruno Charoy

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 08:29

Depuis une dizaine de jours, pour bon nombres de socialistes et de commentateurs politiques, la situation politique du pays, de la gauche, du Parti socialiste a fortement évolué. En effet, pour tous ceux qui avaient considéré que seul Dominique Strauss-Kahn pouvait permettre d'incarner l'alternance face à un Nicolas Sarkozy impopulaire, ses empêchements judiciaires – qui devraient durer quelle que soit l'attention portée à la présomption d'innocence d'une part et au respect de la parole de la victime présumée d'autre part – bousculent évidemment leurs analyses politiques.

martine-aubry.jpgPour ceux qui comme moi et de nombreux camarades de la Motion C considéraient que Martine Aubry, Première secrétaire du Parti socialiste était la plus légitime pour porter le projet socialiste, le rassemblement de la gauche et l'alternative en 2012, il est également évident qu'ils ne seront pas bousculés dans leurs convictions et dans leurs analyses. Notons au passage que parmi les responsables politiques et les journalistes, ils étaient nombreux à avoir considéré la Première secrétaire comme quantité négligeable, quand ils ne faisaient pas tout simplement « campagne » pour la pousser hors du cadre.

Cette évolution soudaine, brutale et imprévue de la situation politique devrait rappeler à la gauche que la culture de l'homme ou de la femme providentiel(le) n'est pas la sienne. 2002 et 2007, avec des personnalités aussi différentes que Lionel Jospin ou Ségolène Royal, nous l'avaient clairement et douloureusement appris. La tendance de certains à mettre tous nos œufs dans le même panier – celui de notre camarade DSK – n'était ainsi sans doute pas la meilleure conseillère. On peut à se titre remarquer qu'évidemment les Français – selon les enquêtes d'opinion – semblaient favoriser DSK pour porter l'alternance en 2012, mais à y regarder de plus près il ne s'agissait pas d'une attente spécifique vis-à-vis de la personnalité de DSK. Les enquêtes d'opinion qui ont été réalisées depuis le dimanche 15 mai démontrent que cette attente d'alternance, que la volonté de se débarrasser se reportaient aisément et quasiment totalement sur les deux présidentiables socialistes aujourd'hui les plus en vue, François Hollande ou Martine Aubry.

À ce stade, il faut prendre garde à ne pas se laisser emporter. Les sondages ne sont que des sondages et l'on sait trop ce qu'ils ne signifient pas à un an de l'échéance électorale ; il serait également sage de ne pas porter attention aux sondages qui d'ores-et-déjà prédisent des résultats de second tour. La campagne des élections présidentielles de 2012 ne sera pas un chemin pavé de pétales de roses. Elle sera dure et violente, quel que soit le candidat. Il est probable que Nicolas Sarkozy est encore quelques ressources lorsque la campagne sera lancée. Enfin, Marine Le Pen se tient en embuscade et la colère des catégories populaires pourraient si nous nous en désintéressons se tourner vers le national-populisme et l'extrême droite plutôt que vers la social-démocratie.

Parier sur un « 21-Avril à l'envers » serait à ce titre passablement délétère. Il y a fort à parier que notre candidat(e) ne serait pas crédité au second tour d'un score aussi flatteur que les 82 % de Jacques Chirac en 2002, au regard de l'absence de réflexes républicains d'une bonne partie de l'électorat radicalisé de Nicolas Sarkozy. Surtout le mandat que recevrait le/la président(e) élu(e) dans ces conditions serait toujours entaché de confusion sur le projet à mettre en œuvre. Nous porterions par ailleurs le flanc à une critique – dont les fondements ont pu d'ailleurs être alimentés par les ambigüités de certains responsables socialistes –, celle d'avoir recherché cette situation afin de ne pas avoir à rassembler toute la gauche pour éviter de marquer notre programme. Une telle situation politique ouvrirait le quinquennat sous des auspices déplorables et serait gros de désillusions pour l'avenir qui nourriraient ensuite les envolées populistes.

Notre stratégie doit donc nous amener à tout faire pour privilégier un clivage politique clair qui permette de confronter les projets d'une droite conservatrice et d'une gauche de transformation sociale. Elle doit nous amener à d'ores-et-déjà tout mettre en œuvre pour faire reculer dans l'opinion, notamment dans les classes populaires, et dans les votes le Front National. Et nous n'avons pas de meilleurs outils aujourd'hui pour cela que de faire l'intense promotion du Projet socialiste, qui sera définitivement adopté samedi 28 mai 2011 après plus de deux ans de travail autour de Martine Aubry, travailler au rassemblement de la gauche et sensibiliser les électeurs de gauche pour des primaires ouvertes à gauche.

Et quand je dis « primaires ouvertes à gauche », il s'agit dans mon idée – au travers des discussions en cours avec nos partenaires politiques écologistes et communistes notamment – de les inciter eux-mêmes à y voir un facteur de dynamique pour l'ensemble de la gauche, à défaut que leurs organisations souhaitent y participer en tant que telles. Cela signifie également de ne pas hésiter à appeler les sympathisants et électeurs d'Europe-Écologie Les Verts et du Front de Gauche à participer massivement aux votes d'octobre. Il s'agit dès la désignation de celui ou celle qui sera évidemment et d'abord – vues les circonstances – le/la candidat(e) socialiste de créer une dynamique de rassemblement de la gauche pour préparer la dynamique de second tour.

Alors pendant tout le mois de juin, il faudra que les socialistes et leurs sympathisants se mobilisent pour sensibiliser les électeurs à ces primaires. Peut-on cependant mener une campagne de sensibilisation aux primaires tout en faisant dans le même mouvement campagne pour un(e) concurrent(e). Évidemment non : ce type d'acrobaties ferait perdre toute crédibilité aux militants qui s'y essaieraient et plus largement au dispositif. Alors il faut que les socialistes respectent entre eux des règles clairs ; un calendrier a été établi, il ne s'agit plus aujourd'hui d'en discuter l'opportunité pas plus qu'il faudrait remettre en cause le principe même des primaires, c'est trop tard. Les candidatures et leurs parrainages doivent être déposées entre le 28 juin et le 13 juillet. Qu'on s'y tienne et que tous les candidat(e)s potentiels cessent d'ici là de faire campagne pour privilégier la parole unitaire du Parti Socialiste dans son expression vis-à-vis des Français et dans son travail de rassemblement de la gauche.

C'est la faute politique qui entache depuis qu'elle a débuté la campagne de François Hollande. Non seulement il a dénigré la rénovation du PS, dénigré le travail intense de préparation du projet, présenté à Clichy-la-Garenne non pas le projet des socialistes avec son intonation personnelle mais son projet individuel, bref il joue sur des registres assez déloyaux... mais au-delà toute personne qui considère aujourd'hui que le temps de la campagne est venue sème la confusion (c'est vrai aussi pour Montebourg). L'été et l'automne suffiront pourtant aisément. Alors que nous devrions populariser notre projet il ne faudrait pas que nous donnions le bâtons pour nous faire battre en permettant des constructions journalistes imaginaires. Dans ce registre par ailleurs, je mets en garde ceux qui seraient autour de candidats plus ou moins déclarés tentés d'encourager des élucubrations médiatiques pour favoriser leur poulain : quand un rassemblement commence à s'opérer autour de la Première secrétaire, il est puéril et contre-productif d'alimenter chez les journalistes l'idée qu'un processus d'exclusion serait en cours et de se victimiser. C'est d'autant plus ridicule quand on est autant entouré de barons locaux et de grands élus que l'ancien Premier secrétaire et actuel Président du Conseil général de Corrèze.

Sachons faire des primaires un outil utile et pas une foire d'empoigne, c'est le sort de la France et des Français qui est en jeu.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du Parti Socialiste du Val-d'Oise

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 15:52

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