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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 08:22

Les Français ont la passion de l'égalité. Depuis la Révolution de 1789, cette passion n'a pas vraiment été démentie. Quand elle est contrariée par le pouvoir, il y a révolte. Au regard du pacte social français établi depuis la Libération sur la base du programme du Conseil National de la Résistance, largement inspiré par les socialistes d'alors, deux leviers tiennent particulièrement à cœur nos compatriotes : les retraites et la sécurité sociale. Et ne nous y trompons pas, l'offensive de l'UMP sur les retraites n'étaient qu'une mise en jambe pour notre système de protection sociale.

 

Les Français n'ont pas été dupes, ce qui explique le soutien massif qu'a rencontré le mouvement social dans l'opinion. Soutien durable rendu possible par l'unité syndicale.

L'unité politique de la gauche n'a d'ailleurs pas été démentie dans la séquence n'en déplaise à quelques voix discordantes et isolées aux marges de la gauche (Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen, François Hollande). Nous avons vu apparaître ainsi de juin à novembre 2010 un véritable Front social.

 

Le mouvement social tel que nous l'avons vécu jusqu'au 6 novembre est terminé. Des fissures sont apparues dans le front syndicales et les partis sont retournés à des préoccupations tactiques de veilles d'élections ou de congrès. Mais nous devons tirer les leçons du mouvement social, de la colère qui monte dans le pays et des doutes qui s'expriment quant à la volonté des socialistes de réellement transformer la société. Nous ne gagnerons en 2012 qu'à la condition expresse que le Front social rencontre un Front politique.

 

La gauche a besoin d'être rassemblée avec un contrat de gouvernement pour le pays

 
Le mouvement social tel que nous l'avons vécu jusqu'au 6 novembre est terminé. Des fissures sont apparues dans le front syndicales et les partis sont retournés à des préoccupations tactiques de veilles d'élections ou de congrès. Mais nous devons tirer les leçons du mouvement social, de la colère qui monte dans le pays et des doutes qui s'expriment quant à la volonté des socialistes de réellement transformer la société.


C'est d'un nouveau Front Populaire dont la France a besoin. Mais un Front Populaire plus structuré, fondé sur un véritable contrat de gouvernement avec nos différents partenaires de gauche. C'est dès maintenant que nous devons leur proposer d'élaborer ce contrat de gouvernement en organisant des États-Généraux de la Gauche au printemps.
Cette stratégie politique, cette démarche de reconquête peut également nous éviter le poison de la présidentialisation et de la personnalisation qui nous a étouffé depuis trop longtemps.
On ne gagne pas sans le rassemblement de la gauche, avec le programme qui en découle logiquement. Rien ne serait plus faux que le raisonnement selon lequel il faut avoir un programme centriste parce que cet électorat ferait partiellement les majorités de 2nd tour.


La convention « égalité réelle » peut nous permettre d'éviter cette erreur qui nous a en partie coûtée l'élection présidentielle de 2002. Elle affiche pour les 5, 10 et 15 années à venir une feuille de route de transformation qui répond aux attentes des Français et de la société civile (logique car elle a été préparée avec eux). Les échos dans la presse, les associations, les syndicats et chez nos partenaires sont bons, car nous rassurons sur notre détermination.
Désormais il nous faut afficher jusqu'au bout notre volonté d'alternative et ne pas se laisser aller à la stratégie perdante de la résignation politique et de la « rigueur de gauche » qui n'aurait pas grande différence avec celle de droite.

 

Frédéric Faravel

Secrétaire fédéral aux relations extérieures du PS Val-d'Oise

pour l'éditorial de "réinventer la gauche Val-d'Oise", la lettre de la motion C

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 17:04

C'est une sorte de croisement improbable qui se produit devant les yeux des militants socialistes. Alors que le Gouvernement de Nicolas Sarkozy et François Fillon présente aux Français la réforme des retraites la plus injuste et la plus inefficace jamais imaginée, les socialistes français sont amenés dans le même à se prononcer sur un texte qui vise à transformer l'exercice de la démocratie en son sein. Les militans socialistes voteront même le jeudi 24 juin 2010 de 17h à 22h jour de la grande manifestation interprofessionnelle contre le projet réactionnaire gouvernemental à l'appel des 6 grandes centrales syndicales.

Loin de moi, l'idée de proclamer que le Parti socialiste serait en décalage avec les attentes réelles de l'opinon, et ce pour deux raisons :

  • la première est que le Parti socialiste a publié dès le 18 mai 2010 un contre projet détaillé et argumenté pour la réforme du système de retraites par répartition, dans une optique d'efficacité, de solidarité et de justice sociale. Rien que sur le Val-d'Oise, ce sont près de 250.000 journaux qui sont en train d'être diffusés dans la population pour promouvoir ces propositions, qui rencontrent l'attention bienveillante des principaux syndicats CGT, CFDT, FSU et UNSA, et des salariés mobilisés ;
  • la deuxième est que la question de la rénovation du Parti Socialiste nʼest pas quʼun simple ripolinage ou habillage de façade. Cʼest un débat politique sur le rapport du parti socialiste à la société et au mouvement social. Ce nʼest pas quʼun débat interne de plus entre socialistes. Car le PS étant le pivot de lʼalternative à gauche, il structure pour les années à venir le rapport des gens que nous voulons représenter au PS, le rapport des partenaires de gauche au PS, et plus largement le rapport des citoyens à la politique.

Tout cela est bien lié au contraire de ce que des observateurs peu scrupuleux vont sans doute dire. D'autant que la rénovation démocratique du Parti Socialiste (sans doute d'ailleurs le parti, où - malgré quelques pratiques douteuses de certaines fédérations, ou dans certaines sections dominées par des élus peu appréciables - dont les règles de fonctionnement étaient déjà les plus démocratiques du pays) n'a de sens que dans lʼaffirmation d'un projet dʼorientation politique, véritable alternative socialiste globale à la mondialisation et à la financiarisation du capitalisme et dans lʼaffirmation dʼun cadre programmatique concret immédiat pour les Français, mais aussi pour les partenaires de gauche.

Le choix d'externaliser la sélection du candidat de gauche peut se comprendre, dans le cadre contraint de la Vème République, dans un objectif de conquête du pouvoir. Il ne sʼagit pas pour autant de présidentialiser le Parti Socialiste. C'est pourquoi la motion C a milité pour une Convention extraordinaire du projet avant les primaires, dégagée des enjeux de pouvoir. Cette convention du projet engagera nos candidats à l'investiture et préfigurera un contrat de législature avec nos partenaires de gauche.
Nous ne pouvons pas laisser à la simple équation personnelle du candidat ou de la candidate le choix de rendre optionnel tel ou tel aspect du projet socialiste : La retraite à 60 ans sera t-elle optionnelle ? La mise en place dʼun pôle financier public sera-il optionnel ? Le juste échange également ? Et qu'en sera-t-il de l'impôt universel issu de la fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu ?

On voit à quel point la prise de position ferme et ambitieuse des socialistes sur les Retraites, malgré les fausses notes de quelques élus isolés, loin du mainstream libéral et technocratique dans lequel le Parti socialiste s'était trop souvent complu, participe aujourd'hui de leur rétablissement dans l'opinion publique. On peut commencer à ressentir les effets sur le peuple de gauche de la démonstration que le Parti socialiste s'est remis au travail autour d'une volonté de transformation de la société.

Mais comme le démontre le sondage publié ce jeudi 17 juin 2010 dans les colonnes du Parisien, les Français ne sont pas encore convaincus que les socialistes s'ils revenaient au pouvoir reviendraient sur les régressions proposées aujourd'hui par la droite, si jamais elles étaient adoptées par le parlement. En effet, il existe encore une incertitude dans l'esprit des Français sur la détermination des socialistes à aller jusqu'au bout de la logique dans laquelle ils se sont engagés, d'autant que depuis Washington, le Directeur général du FMI a indiqué que contrairement au Parti socialiste, aux confédérations syndicales et aux autres partis de gauche, il ne faisait pas de la retraite à 60 ans une ligne rouge à ne pas dépasser. On peut penser dans ces conditions que bien d'autres préconisations et orientations qu'élaborera le Parti socialiste ne représenteront donc pas pour Dominique Strauss-Kahn des impératifs tellement catégoriques, d'autant que ce dernier s'il dispose de relais réels dans le Parti socialiste ne participe pas lui-même à l'élaboration du projet socialiste.

Les socialistes et la gauche doivent préparer avec soin les conditions du choix et le choix de leur leader, tout autant qu'améliorer leur relation à la société et au mouvement social et approfondir leur travail de fabrication d'un projet de transformation sociale.

Plusieurs jalons sont donc nécessaires :

  • le Parti socialiste doit s'engager clairement et dès le 24 juin 2010 aux côtés du mouvement social et des principaux syndicats de salariés. Le rendez de la manifestation de jeudi sera déterminant, ceux qui suivront ne le seront pas moins, et les parlementaires socialistes devront mener une bataille terrible pour relayer les aspirations du mouvement social dans les deux Chambres ;
  • les deux dernières conventions "international" et "égalité réelle" du Parti socialiste doivent mobiliser plus encore ses adhérents et être préparées en lien avec le mouvement social, les chercheurs et nos partenaires, car le PS ne doit surtout pas se replier sur lui-même. Au-delà des rendez-vous politiques de l'automne 2010, la convention extraordinaire du projet, qui doit être organisée au printemps 2011 et devenir un cadre imposé aux différents candidats socialistes aux primaires ouvertes, ne peut être une coquille floue : il est déterminant que les propositions soient suffisamment précises pour que les engagements des socialistes pris devant les Français ne soient pas un chiffon de papier, que n'importe quel candidat pourrait interpréter de manière dillettante au gré de leur préférence personnelle ;
  • les procédures de dépôts de candidatures aux primaires ne peuvent se prolonger indéfiniment au gré de l'indécision ou du trac de tel ou tel candidat. Il ne serait pas compréhensible que les socialistes, la gauche et les Français ne soient pas fixés à la fin du mois de juin 2011 sur les personnalités qui solliciteront leurs suffrages pour mener la bataille de l'élection présidentielle. Parmi tous ceux qui se posent aujourd'hui la question, Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry doivent l'un et l'autre au parti comme au pays de se prononcer le plus rapidement possible...

Dans l'état actuel des choses, je ne peux pour ma part rester muet sur la façon dont j'envisage les mois qui nous conduisent à la bataille électorale du printemps 2012. Le Parti socialiste se reconstruit, le Parti socialiste retisse - difficilement, inégalement - des liens qui s'étaient distendus avec le mouvement social et les autres partis de gauche, le Parti socialiste s'est remis à produire des idées, ancrées à gauche... Le candidat socialiste, s'il veut devenir le candidat de la gauche, et surtout s'il veut emporter l'élection présidentielle et gouverner le pays, devra être en mesure de rassembler le peuple de gauche et de recevoir le soutien des organisations syndicales et politiques de gauche. Ce que certains espèrent emporter au centre, ils le perdront à gauche et il n'est pas dit qu'après 5 ans de Sarkozisme et 10 ans de casse sociale, le gain du premier compense la perte du second.

Tout cela plaide selon moi pour la candidature raisonnée de la Première secrétaire du Parti socialiste à qui l'on peut largement faire crédit des progrès réalisés par le PS en interne, des progrès réalisés par le PS dans l'opinion et auprès de ses partenaires. Martine Aubry devrait logiquement prendre en charge la mission de reconquérir l'exécutif national ; si elle ne s'attelait pas à cette tâche je ne donne pas cher de l'avenir de la gauche en 2012 et encore moins de l'avenir de la société française.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise
aux relations extérieures

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 16:16

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 15:33
Point de vue
Comment régénérer le socle idéologique du socialisme ?, par Frank Burbage
LE MONDE | 08.10.09 | 13h42  •  Mis à jour le 08.10.09 | 13h42

ans ce moment où le Parti socialiste cherche à se reconstruire, à renouer des liens à la fois respectueux et efficaces avec le monde intellectuel, il n'est pas inutile d'essayer de cerner ce qui peut faire obstacle à cette consolidation tant attendue.

Cela fait bien longtemps que les responsables du PS ont passé par pertes et profits l'héritage marxiste qui avait fourni les bases théoriques de la refondation d'Epinay. Qui pense aujourd'hui à constituer un "front de classe" permettant de "rompre avec le capitalisme" ? Le problème, c'est que ces notions, à l'évidence discutables, ont été abandonnées sans être discutées, au fil d'une dérive gestionnaire sensible dans les pratiques comme dans les discours. Et lorsque le socialisme se coupe d'une pensée de l'exploitation, de la domination et de l'aliénation, il n'est plus que l'ombre de lui-même.

Les interminables querelles de personnes occupent alors le devant de la scène, sans qu'aucune perspective d'idées nouvelles ne parvienne à émerger. Et cela, alors même que la gauche française, en des oeuvres aussi différentes que celles de Michel Foucault ou d'André Gorz, dispose depuis les années 1980 ou 1990 de réflexions de haute tenue, et de grand avenir : Michel Foucault, pour réfléchir à la montée en puissance des "biopouvoirs" et des "sociétés de contrôle " et pour explorer les modalités d'une nouvelle émancipation ; André Gorz, pour articuler la question sociale et la question écologique, et pour redonner sens à une critique intelligente de l'économie.

Quel est aujourd'hui le socle idéologique "moyen" du Parti socialiste ? Trois éléments principaux apparaissent structurants : l'appel à la préservation et à la rénovation des institutions de la sécurité individuelle et collective (éducation, parcours professionnels) - contre les violences de la dérégulation néolibérale, dans la perspective d'un Etat prévoyant - ; l'appel à une distribution plus équitable des revenus et des patrimoines, à une plus grande égalité des chances - contre le creusement des inégalités, dans la perspective d'une société effectivement ouverte à tous - ; l'appel à une croissance ou à un développement mieux régulés et "durables" - contre les démesures d'un capitalisme spéculatif et dispendieux, dans la perspective d'une économie de marché soumise aux exigences de la véritable "civilisation".

C'est important, mais loin d'être suffisant. C'est de surcroît lourd d'un certain nombre d'oublis ou d'équivoques, qu'il importe de porter au débat collectif. Consolider les "capacités" individuelles est un projet très louable. Mais où passe la réflexion sur les biens communs, sur la propriété sociale, sur les espaces collectifs d'action, de pouvoir et de culture ? La question de la justice ne se réduit pas à celle du "partage (équitable) des richesses". Il s'agit aussi de décider de ce qui doit rester hors du champ de l'appropriation et de la consommation privées : des espaces, des temps, des biens proprement sociaux et publics. La question des limites de la sphère marchande est décisive, elle est très et trop souvent délaissée.

Le souci de l'équité est porté par des politiques qui ne sont pas nécessairement socialistes. C'est (heureusement) le lot commun du "libéralisme politique" en général. Mais la substitution systématique de la notion d'équité à celle d'égalité conduit à éluder des questions d'importance, sur lesquelles les socialistes auraient intérêt à se positionner : quel est le taux et le type d'inégalités tolérables et même bénéfiques dans la société d'aujourd'hui ? Dans quels cas l'égalité doit-elle être absolue ? Dans quels cas doit-elle être relativisée ? Quel type d'égalitarisme doit être aujourd'hui porté et cultivé par un socialisme contemporain ?

L'appel au développement "durable" signale moins une avancée qu'une persistante confusion. Car la critique du "matérialisme" des sociétés contemporaines et l'appel à la considération des vrais besoins humains s'inscrit dans l'horizon d'un humanisme qui reste très étroit : on veut un développement (enfin) humain, une "politique de la civilisation" ! Mais c'est ce même humanisme qui a justifié et qui justifie encore, au nom de la valeur transcendante de l'homme et de ses droits, l'exploitation illimitée de la Terre.

L'idéologie actuelle du "développement humain" reproduit sans cesse cette présupposition anthropocentriste, renforcée par l'attention portée au sort des générations (humaines) futures. Et cela, alors même que la question sociale et la question écologique demandent aujourd'hui à être très étroitement articulées.

Or cette articulation n'est possible que si l'on engage la critique de l'anthropocentrisme dominant, dans une perspective qui gagne à s'instruire plutôt chez Claude Lévi-Strauss que chez Edgar Morin. Si nous bénéficions et participons à une société de grande valeur, celle-ci ne s'arrête pas aux frontières de l'humanité.

La relation d'ensemble que nous tissons avec la multitude des choses et des êtres, des milieux et des éléments terrestres, complète et enrichit les perspectives strictement humaines. Et la Terre n'est pas seulement un ensemble de moyens destinés à nos usages et à nos consommations. Ainsi il ne revient pas du tout au même de s'inquiéter du seul réchauffement climatique ou d'y adjoindre la question, aujourd'hui également cruciale, de la biodiversité. Car si le réchauffement climatique menace à l'évidence les implantations humaines, l'expansion illimitée et incontrôlée de l'humanité, puissance impériale à la surface de la Terre, menace la multitude des êtres présents et vivants sur cette planète. Que les "modernes" que nous sommes se soient autorisés à les tenir pour de simples choses ou pour des morceaux utilisables de chair ou de matière, c'est aussi cela qui doit être mis en question.

Si le "postmatérialisme" désormais mis en avant par les responsables du Parti socialiste devait nous confiner dans l'horizon fermé de "l'humanisme intégral" ; si le socialisme devait se réduire à n'être qu'"une manière particulière d'interpréter le cadre capitaliste dans lequel nous vivons" (Marcel Gauchet), le tournant écologique du socialisme serait, une fois encore, manqué. On peut, au contraire, travailler à instruire le chantier d'un socialisme écologique : articuler la pensée des biens communs, de l'action démocratique, de l'égalité des conditions, avec celle d'une Terre enfin respectée.


Frank Burbage est professeur de philosophie au lycée Auguste-Blanqui (Saint-Ouen).

Cette tribune fait suite au débat entre Christian Paul (Parti socialiste, Laboratoire des idées) et Marcel Gauchet.
On peut lire le texte de ce débat sur le site http://laboratoiredesidees.parti-socialiste.fr.

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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 09:25

Voici le texte que Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann ont adressé à la direction du PS.  


Après l’université d’été de La Rochelle, il nous paraît urgent de clarifier le sens et la conception que le Parti Socialiste va retenir de la méthode annoncée
pour désigner le futur candidat à l’élection présidentielle.
Pour notre part, nous y travaillons depuis février 2009. Notre initiative   

« Gauche 2012 » réunit à ce jour près d’un millier de signatures de militants et de responsables issus de toutes les sensibilités de gauche.
Son cap est celui de l’unité de la gauche, d’un combat pour une candidature unique, désignée par des primaires, aboutissement d’une démarche de rassemblement, qui tracerait les grandes orientations programmatiques et le cadre
d’un accord législatif et de gouvernement.
Cette stratégie nous paraît  la seule capable d’assurer la victoire de la gauche en 2012.

C’est pourquoi, nous demandons des clarifications. Tel est l’objet du texte qui suit, que nous faisons parvenir à la direction du Parti Socialiste. Il fixe des conditions politiques majeures pour la réussite de cette démarche, au service du PS
mais aussi de toute la gauche.
      

  

Primaires : 5 questions, 5 réponses

 

            La première secrétaire du PS a annoncé qu’elle allait proposer, lors du Conseil National du 12 Octobre, de soumettre au vote des militants des propositions de rénovation du PS, comprenant notamment le principe d’organisation de « primaires ouvertes » pour la désignation du (ou de la) candidat(e) à l’élection présidentielle.

            Après l’université de la Rochelle, il nous parait que subsistent bien des ambigüités, qu’il est essentiel  de lever rapidement. En particulier, de nombreux Français qui se reconnaissent dans la gauche sont perturbés par le fait qu’une partie des défenseurs acharnés des primaires ont signé des appels ou organisé des rencontres pour promouvoir une telle démarche avec des responsables du Modem, tentant de lier les primaires avec des alliances au centre. Si la première secrétaire a écarté cette stratégie et rappelé son attachement au rassemblement de la gauche dans « une maison commune », il demeure de nombreuses incertitudes sur la démarche réelle dans laquelle se situe la perspective de primaires. 

            Nous considérons que 5 questions principales se posent. Nous leur apportons pour notre part 5 réponses, qui nous paraissent autant de conditions essentielles pour assurer la victoire de la gauche en 2012.

                                                          

 1-  L’objectif est-il de désigner un candidat du PS,  en élargissant le corps électoral bien au-delà des adhérents, pour créer un mouvement de mobilisation  autour du candidat désigné, dépassant le cadre du PS ?

  • Pour nous, les primaires n’ont de sens  que si elles ont vocation à désigner un candidat unique de la gauche et des écologistes. Elles doivent être  préparées dans un cadre unitaire, à l’issue d’une démarche globale, permettant de jeter les bases, en commun, d’un accord de gouvernement et des grandes lignes d’un programme (ou, au moins, d’objectifs de transformation sociale concrets et actuels), fondés sur des valeurs communes.    

2- Les candidatures sont-elles limitées aux seuls membres du Parti Socialiste ?

  • Pour nous, les candidatures doivent être ouvertes aux personnalités des différentes formations de gauche, engagées dans  la démarche unitaire et soutenant l’accord de gouvernement et le principe du candidat unique.

 3- Qui seront les votants? S’agira-t-il de toute personne qui vient  s’inscrire et qui paye un ou deux euros ?

  • Pour nous, les votants doivent être les adhérents des différentes organisations -pas seulement les partis, mais aussi les clubs, mouvements, associations, voire syndicats- qui se sont rassemblées sur un accord de gouvernement et les grandes lignes du programme (ou, au moins, d’objectifs de transformation sociale concrets et actuels), fondés sur des valeurs communes. Comme la plupart des citoyens de gauche, nous ne concevons pas la politique comme un « zapping électoral ». On ne saurait accepter une dissociation entre ceux qui participent aux choix des orientations et ceux qui choisissent les candidats.     

4- Quelles seront les phases préalables à ce vote ?  Le calendrier des primaires est-il  fixé indépendamment du travail de rassemblement (« la maison commune ») ?

  • Pour nous, les primaires  viennent en aboutissement de la démarche de rassemblement qui doit commencer très vite. Nous avons proposé un calendrier,  dans le cadre de l’initiative « Gauche 2012 », engagée depuis 6 mois et soutenue par près de 1000 signataires issus de tous les horizons de la gauche et de l’écologie: 
      - 1ère phase (dernier trimestre 2009). Mise en place en place d’un Comité de préparation des « Etats Généraux de la gauche » ; fixation des objectifs, du mode de débat, de la date et du fonctionnement des Etats généraux ; rédaction de textes introductifs et choix des enjeux prioritaires à débattre.
      - 2ème phase (décembre 2009 - janvier 2010). Préparation des Etats généraux nationaux par des rencontres décentralisées.
      - 3ème phase (juin 2010, après les élections régionales). Etats Généraux : vote du projet en vue de la préparation d’un accord de gouvernement.
      - 4ème phase (2ème semestre 2010). Mise en place d’un comité unitaire de préparation des primaires et arrêtant les grandes lignes d’un programme ; établissement de la liste des votants ; Campagne des candidats se présentant aux primaires.
      - 5ème phase (début 2011). Primaires. 

 5-Qui organise l'ensemble des opérations?

  • Pour nous, ce ne peut être qu’un « Comité National de préparation des primaires »,  qui aura aussi la charge d’acter l’accord politique de gouvernement et en vue de la candidature unique. Il rassemblera toutes les  organisations  signataires de l’accord. Il sera installé mi 2010. Il devra établir de la liste des votants, les conditions de campagne des candidats se présentant aux primaires, les modalités de vote.

          
          
Jamais la gauche n’a pu gagner sans être unie et rassemblée. La situation actuelle, d’une droite unie et d’une gauche divisée, au sein de laquelle le rapport de force est  instable et où les différences idéologiques, historiques, culturelles demeurent, exige une stratégie originale  pour une unité nouvelle (ni parti unifié, ni simple accord de second tour). Si le PS avance l’organisation de primaires sans les inclure dans un cadre  associant nos partenaires et les forces vives de la gauche et de l’écologie, il prendra le risque de porter  la lourde responsabilité de la défaite. 

            Les 5 propositions que nous faisons ici nous paraissent essentielles pour contribuer à la victoire de la gauche. C’est pourquoi, elles sont autant de conditions que nous mettons à l’acceptation des primaires. Nous proposerons aux militants de les ratifier. 

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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 15:55

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 18:45

Rassembler notre famille politique autour d'un projet et d'une dynamique

 

L'université d'été des socialistes à La Rochelle du 28 au 30 août 2009 a donné une tonalité un peu nouvelle par rapport aux années précédentes. Les journalistes vous diront que nous avons connu 48 heures sans petites phrases entre socialistes, Rue89 allant jusqu'à titrer « bonne nouvelle pour le PS, il n'est rien passé... ». Au-delà de ces commentaires du microcosme, tous les militants que vous croiserez de retour de La Rochelle témoigneront de l'atmosphère de travail, de l'ambiance fraternelle et festive,de la qualité des intervenant car c'était cela aussi l'une des clefs du succès de ce week-end : le retour en force des intellectuels, de la société civile, des syndicats, de nos partenaires politiques, dans nos débats, dans nos ateliers et nos tables-rondes, pour nous bousculer parfois, mais toujours pour nous enrichir et construire avec nous un discours politique qui peut préparer l'avenir.

La semaine avait mal commencé : menace de crise de nerfs sans propos sur les primaires, photos de « famille » marseillaise alimentant un confusionnisme total... On prédisait le pire au Parti.

Benoît Hamon et Martine Aubry ont voulu ainsi dès jeudi voulu évacuer le débat pour que nous puissions nous consacrer à l'essentiel ; le porte-parole présentait à France Info une feuille de route précise sur des primaires de toute la gauche avec pour préalable un travail programmatique commun aux organisations de toute la gauche qui doit déboucher sur un contrat de gouvernement. Martine Aubry, elle, rappelait sa faveur pour des primaires ouvertes à gauche dans Le Monde, en fixant quelques grandes lignes vite tracées les thèmes des débats à mener avec la gauche.

Cependant dans son discours du vendredi, la Première secrétaire a instillé un doute chez de nombreux camarades qui comme moi attendait une perspective stratégique claire et des outils efficaces pour la mener. Dans son allocution d'ouverture, Martine Aubry présentait une vision des primaires ouvertes mais pour « désigner le candidat socialiste ». Autant le dire immédiatement, cette perspective-là c'est l'assurance de revivre 2006 en pire, et je ne saurais en être !

Le principe des primaires sera soumis avec d'autres questions (comme celle sur le cumul des mandats) au vote des militants le 1er octobre prochain, le Conseil national du Parti socialiste du 12 septembre doit en fixer la formulation ; alors d'ici là disons comme militants et comme courant, mais également et avant tout comme socialiste, soucieux de rassembler son camp pour gagner la gauche, comment le PS peut passer du suicide collectif à une dynamique politique.

 

D'abord quelques soient les obstacles, ne contredisons pas aujourd'hui ce que nous écrivions hier dans motion « Un Monde d'Avance » et dans notre bulletin de liaison.

 

Mais pourquoi fallait-il trancher aujourd'hui ?

Imaginez ce qu'auraient été les 6 prochains mois sans cela. Pollués par un débat de méthode, donnant tous les prétextes nombrilistes aux francs-tireurs qui dans ce parti sont trop heureux de lui saper ses bases en espérant ramasser les miettes. Les « moi-jistes » auraient ainsi court-circuité la campagne des élections régionales, l'auraient rendu inaudible, renforçant vraisemblablement les Verts dans la stratégie de ringardisation du PS qu'ils affectent aujourd'hui. Maintenant nous devons, sans illusion d'obtenir une réponse positive de nos partenaires avant avril 2010 (séquence de concurrence électorale oblige), répéter sur tous les tons et peser sur tous les fronts, quel doit être le cadre, le préalable, les critères, les conditions d'une primaire réussie, préludant à un rassemblement durable de la gauche ; conditions sans lesquelles ces primaires deviendraient illusoires, inutiles, voire nuisibles.

 

Préparer un Projet de la gauche

Ces conditions sont à l'évidence la préparation par un travail de fond avec les militants des organisations de toute la gauche (en tout cas toutes celles et ceux qui répondront chiche !) pour un programme de gouvernement de transformation sociale. Ce contrat de gouvernement devra par ailleurs recevoir une traduction électorale qui pourraient éventuellement être douloureuses pour quelques cumulards socialistes. Mais le rétablissement de la perspective de la transformation sociale ne découlera, j'en suis aujourd'hui intimement persuadé, que de l'ouverture du Parti socialiste sur son étranger proche (partis, syndicats, mutuelles, coopératives, associations).

Le mieux est-il l'ennemi du bien ?

Marie-Noëlle Lienemann e tPaul Quilès défendent depuis plusieurs mois un processus très construits pour la création d'un nouveau Front Populaire - qui au passage n'est pas moins « à prendre ou à laisser » que la pétition de Terra Nova (mais qui a l'avantage de refouler les ambiguïtés).Je ne sais si nous sommes en mesure de mettre en œuvre un processus aussi précis, mais nous pouvons toujours nous inspirer de son esprit, et pour ma part, je n'ai pas senti de contradictions majeures entre l'interview de Benoît Hamon, jeudi 27 août, et la tribune publiée par nos deux compères le même jour sur Mediapart.

Là encore, une petite remarque sur le mieux qui serait l'ennemi du bien : on nous dit qu'il ne faut pas s'engager dans un débat sur les seules valeurs, pour construire un simple « fond idéologique commun », tellement vague qu'il serait acceptable y compris à droite... L'un n'empêche pourtant pas l'autre, mon petit précis personnel d'histoire du socialisme français n'oublie pas que la direction Savary-Mollet issu du congrès d e fondation du Nouveau Parti socialiste de 1969 fut également renversée car elle défendait le préalable de la réduction active des écarts idéologiques d'avec un PCF en pleine glaciation brejnevienne avant tout débat programmatique. Mais je ne vois pas ce qui empêcherait de mener les deux de fronts ; et dans le contexte actuel d'aggravation exponentielle des inégalités, je doute que les Verts, le PCF ou nous-mêmes puissions abstraction d'un débat nécessaire sur la conflictualité sociale, thème inaccessible aux tripes du Modém ou de Villepin. Je ne me résouts pas à m'entendre dire - comme ce fut le cas par un délégué du NPA Val d'Oise, alors que je réunissais de manière inédite tous les partis de gauche du département à l'invitation du PS - que les divergences idéologiques se creuseraient à gauche quand au quotidien je constate et j'entends le contraire ! Pouria Amirshahi n'écrivait-il pas dans sa tribune « Nos futurs » de Mediapart, que l'écologie politique était désormais pleinement l'une des écoles du socialisme démocratique ?

 

La stratégie politique de conquête ne se sépare pas du projet

Ayons ce débat à la fois idéologique et programmatique concret ; démontrons par notre action, notre travail que l'écart est faible, et surtout, qu'il faut être cohérent, que projet et stratégie sont indissociables : une « bobo » de ma collectivité avait cherché à me démontrer que D. Cohn-Bendit et H. Désir avaient tenu sur les plateaux les mêmes discours, mais que le premier faisait vivre sa campagne quand l'autre était soporifique... soit... Cependant rappelons juste un moment avec qui Dany le Vert propose de mettre en musique ce discours : avec des candidats libéraux à opposer au Président sortant de la Commission européenne, j'ai nommé l'inénarrable ex-Mao et ex-Premier Ministre libéral, José Manuel Barroso. Il faudra bien mettre nos partenaires face à la nécessité d'une cohérence : on ne fait rien de précis avec n'importe qui ! On ne mène pas une politique de transformation sociale et écologique avec la droite !Les alliances, la stratégie sont le reflets d'un projet et d'une vision...

Refusons une fois pour tout d'intérioriser la perspective d'être marginalisé, comme si cela était quasiment inscrit dans notre code génétique, intérioriser la défaite. On ne construit rien de bon et d'efficace sur la rédemption dans la défaite ou sur le pessimisme dans l'action.

Nous avons les uns et les autres suffisamment de savoirs-faire, suffisamment de structuration intellectuelle, un esprit suffisamment ouvert pour être les fers de lance d'un rassemblement de la gauche, d'un dépassement du Parti socialiste. La Gauche du PS peut - et d'ailleurs peut-être elle seule - poser des ponts avec des communistes, des républicains (pas moins secoués que les socialistes dans les 20 dernières années) ou même certains écologistes qui se sentent pourtant aujourd'hui pousser des ailes. Alors arrêtons de nous interdire des perspectives et un débouché, quand on ne distingue pas encore ce que pourra être le paysage politique des deux années à venir que nous avons encore la possibilité de façonner. Nous sommes les derniers à défendre encore peu ou prou une vision cohérente de la VIème République, mais de nos rangs seuls peut sortir celui qui acceptera de rétablir la souveraineté populaire. Un Président de la gauche "socialiste" pour achever la Vème, ça aurait de la gueule, non ?

 

Frédéric FARAVEL

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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 17:44
Oui à des Primaires de toute la gauche pour un candidat unique au premier tour
- Primaires PS-Modem ? Non, honteux et ridicule
- Primaires du PS seul, impact plus limité, quel intérêt ? à quelles conditions, comment ?

Les primaires, c’est comme la langue d’Esope, cela peut-être la pire et la meilleure des choses.
Quelle est la base politique ? Quel est leur périmètre ? Quelle organisation ?

L’idée est stimulante s’il s’agit d’unir, de rassembler la gauche derrière un candidat qui fasse consensus sur un programme de transformation social. Dans ce cas-là, plus il y a de votants, plus il y aurait de chances que le candidat soit vraiment à gauche, plus le programme serait avancé, et plus il y aurait de chances qu’il soit en tête dés le premier tour - ce qui serait synonyme de victoire. Il ne faut pas avoir peur des masses de gauche, elles cherchent une issue à gauche, et 52 % des sympathisants du PS estiment eux-mêmes que leur parti n’est pas assez à gauche. (Le 1er décembre 2004 officiellement 42 % des adhérents du PS (en réalité une majorité) avait opté pour le « non » au TCE, mais 59 % de l’électorat socialiste avait voté « non » le 29 mai 2005 : on peut avoir confiance dés que la gauche est mobilisée).

1°) Mais ce qu’une pétition semble proposer  en invitant et en associant le Modem à participer, ce sont des primaires Modem-PS : là c’est honteux, car c’est une manipulation pour associer la droite à la désignation du candidat éventuel de la gauche. Et c’est voué à l’échec d’avance car les militants du parti socialiste n’accepteront fort heureusement jamais de désigner un Bayrou comme candidat. Alors pourquoi les promoteurs de cette initiative appellent-ils le Modem à participer en prévoyant d’ors et déjà une « case » à cocher où ils s’identifient pour participer au vote en tant que tels ? Le Modem n’est pas dans le périmètre de la gauche mais dans celui de la droite.
 
2°) Le parti de gauche et le NPA ont annoncé qu’ils ne voulaient pas de ces primaires-là. S’il s’agit des primaires Modem-PS manipulées par la grande presse, on les comprend. Mais c’est étrange que ces deux partis qui souhaitent à juste titre rassembler un front de gauche, s’opposent à l’occasion de le faire au travers d’un débat et d’un choix au sein de la gauche !
Qu’ont-ils à craindre ? S’il s’agit d’un choix et d’une consultation organisée en commun par toutes les composantes de la gauche, toutes les garanties démocratiques peuvent être données. Si ce n’était pas le cas, ils pourraient se retirer à tout moment.  Pourquoi ne pas saisir la perche ?  Si toutes les composantes de la gauche participent, une chose est absolument certaine, le candidat ne sera pas « social-libéral », il se situera forcément au cœur de la gauche, sur une ligne acceptable par une large majorité de ses composantes ainsi rassemblées.
C’est facile à comprendre comme mécanisme :  si chacun va à la bataille séparément, les voix les plus à gauche seront séparées des autres et le risque est donc que ce soit un “social-libéral” désigné au sein du seul PS qui se retrouve au deuxième tour.  Ce ne sera pas le cas si chacun accepte de chercher un accord et un candidat commun dés le premier tour.
 
3°) Reste une dernière hypothèse, celle qu’une partie des socialistes semblent promouvoir  : à partir du moment où les autres composantes de la gauche refusent un débat préalable sur un programme puis un débat sur le candidat commun, alors on revient dans un schéma presque classique : ce qui est proposé est une « primaire » entre candidats socialistes comme en 2007 mais “ouverte”. Est-on sûr que ce soit aussi mobilisateur ? N’est-ce pas plus incertain, plus dangereux ?
Car dans ce cas, l’intérêt est beaucoup plus limité de vouloir faire arbitrer par des non militants (combien ?) entre les multiples candidats qui surgiraient alors. Il y faudrait deux tours, beaucoup de palabres, et ce ne serait pas forcément plus probant ni plus enthousiasmant, que le choix raisonné et mûri d’un parti.
Dans tous les cas, il faut un débat sur le fond avant, ouvert lui aussi, pour ne pas voter sur des têtes sans programme.
Sans ce débat, tout vote serait démagogique. Personnaliser la politique, c’est dépolitiser les personnes.
Ensuite, il faut des garanties extrêmement sérieuses de non-manipulation par la presse et les médias, qui pousseraient n’importe qui à intervenir et à voter : que ce ne soit pas des gens de droite qui viennent arbitrer pour quelques euros et désigner le plus mauvais candidat. L’organisation doit être soigneusement débattu, les garanties démocratiques doivent être maxima, le financement doit être contrôlé.


Gérard Filoche, pour D&S, jeudi 27 août

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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 15:27
Voilà plusieurs semaines que j'essayais de mettre les mots sur la dérive du Parti socialiste, sa professionnalisation/proximitisation, j'en avais esquissé quelques lignes dans mon papier sur les leçons des élections européennes. Rémi Lefebvre le fait bien mieux que je n'aurais su le faire dans cette interview de qualité. J'ajouterai qu'à la désidéologisation des élites locales du PS s'ajoute la technocratisation accélérée de leurs principaux collaborateurs dans l'administration territoriale.
Sans avoir peur de dire que je participe sans doute pleinement de cette lente tectonique des plaques et que parfois je me sens assez impuissant face à elle.
Frédéric Faravel

"Un fonctionnement en vase clos"
LE MONDE | 26.08.09 | 14h45  •  Mis à jour le 26.08.09 | 14h45

rofesseur en sciences politiques à l'université de Reims, membre du Centre d'études et de recherches administratives, politiques et sociales (Ceraps) de l'université Lille-II, Rémi Lefebvre est coauteur avec Frédéric Sawicki de La Société des socialistes (Editions du Croquant). Il a dirigé le numéro de la revue de l'Office universitaire de recherche socialiste (OURS) consacré aux "transformations du militantisme socialiste" (éd. OURS, juin 2009).


Quel diagnostic portez-vous sur la crise du Parti socialiste ?

Le terme de crise n'est pas vraiment approprié, car il fait référence à une situation transitoire. Le Parti socialiste est, en réalité, confronté à un processus de décomposition lente engagé bien avant le congrès de Reims. Ce congrès a certes accentué cette évolution, en rendant le PS ingouvernable, mais tout cela vient de plus loin. C'est le résultat d'un ensemble de dérèglements intervenus avec la succession de François Mitterrand lors du congrès de Rennes de 1990, qui se sont traduits par la "désidéologisation" et la professionnalisation du Parti. Je ne suis pas sûr cependant que cette crise affecte tous les socialistes. Un grand nombre d'entre eux semblent s'en accommoder et ne connaissent pas ladite "crise". Le PS n'a jamais eu autant d'élus locaux. Le PS est un Janus : un organisme national démobilisé, privé de leadership et de perspectives, un niveau local qui n'a jamais été aussi florissant.

Le PS ne serait-il devenu qu'un parti de notables locaux bien implantés, mais privé de perspectives nationales ?

Il reste difficile de connaître la composition du PS aujourd'hui, l'âge, l'origine socioprofessionnelle de ses adhérents. La dernière enquête remonte à 1998. Ce qui ressort toutefois, c'est qu'il s'agit d'un parti vieillissant, qui compte un grand nombre de retraités et beaucoup de fonctionnaires des collectivités locales. On sait aussi que la moitié de ses membres sont des élus absorbés principalement par la gestion locale. C'est ce lien essentiel et professionnel qui les retient à l'organisation. Le chiffre de 120 000 adhérents, habituellement retenu, correspond à la cartographie de cette implantation locale.

Dans vos enquêtes, vous évoquez aussi le rôle particulier des "professionnels" du PS, collaborateurs d'élus...

La professionnalisation des militants du PS est un phénomène plus récent. La filière de recrutement n'est plus le syndicalisme ou les réseaux associatifs. Un nombre de plus en plus important de ses adhérents vivent de et pour la politique. Avec la décentralisation, on a assisté à la montée en puissance d'une haute fonction publique territoriale et de collaborateurs d'élus, membres des cabinets ou salariés des collectivités locales qui se retrouvent militants semi-professionnels. Ce système endogamique fonctionne en vase clos, dans un milieu social fermé, entre personnes liées par des intérêts professionnels et politiques qui se confondent. Loin en tout cas des groupes sociaux que le Parti est censé représenter ou défendre.

Le PS s'est donc coupé de ses racines populaires et laïques ?

A l'exception de certaines grandes fédérations comme celles du Nord et du Pas-de-Calais, le Parti socialiste n'a jamais été un parti de masse, ancré dans le monde ouvrier. Il a notamment compensé ses faiblesses dans ce milieu par ses liens privilégiés avec les enseignants, une composante stratégique au coeur de l'organisation, qui étaient des relais d'opinion et la courroie de transmission auprès des classes populaires. Ces liens ont été rompus. Certes, le PS n'en est pas seul responsable. Le monde enseignant s'est transformé. Il est moins politisé et s'est embourgeoisé. Mais le Parti n'a rien fait pour reconstruire ces liens, notamment avec les syndicats. Il n'assure plus de promotion aux enseignants. Il suffit de se souvenir du nombre d'enseignants parmi les députés de la "vague rose" de 1981. Il n'y en a pratiquement plus aujourd'hui chez les nouveaux élus.

Cette transformation a-t-elle eu une incidence sur la ligne politique ?

Cette mutation s'est accompagnée d'un phénomène de désidéologisation. Même si on y débat en permanence - sans rien clarifier -, le PS n'accorde plus d'importance à la réflexion doctrinale, alors même que le déclin du modèle social-démocrate la rend impérieuse. Les prises de position cachent - mal - les luttes de position. Les élus sont dans une culture du pragmatisme. Ils sont devenus des notables qui cherchent à rassembler, à créer du consensus, en masquant souvent à cette fin leur étiquette politique. Cela ne signifie pas que la gestion de gauche est identique à celle de la droite. Le PS continue de s'appuyer sur le pouvoir local, mais il ne le conçoit plus comme un outil de transformation sociale. On est loin du cercle vertueux des années 1970, dans la relation entre le local et le national, lorsque les municipales de 1977 avaient préparé la victoire de 1981. Le désinvestissement de la question idéologique renvoie aussi aux courants en déshérence et aux liens totalement décomposés avec le monde intellectuel.

Comment évaluez-vous le désarroi des militants ?

Le PS, parti pluraliste, a toujours été agité par des divisions internes très fortes. C'est une constante historique. Mais pour les militants, elles s'appuyaient sur des substrats idéologiques qui n'existent plus. Les courants sont devenus des agrégats volatiles de soutiens qui se font et se défont. Les luttes internes, artificielles, n'ont plus de sens que pour les dirigeants. Confrontés aux citoyens et aux électeurs, les militants portent le fardeau de ces divisions et paient l'image de la dégradation de leur parti, d'où beaucoup de souffrance. Ce qui ne rend pas le parti attractif, d'où le repli dans l'entre-soi. Comment adhérer à une organisation qui donne un tel spectacle de mise en scène permanente de ses divisions ?

Sur quelles bases le PS peut-il espérer se reconstruire ?

L'équation sociologique est complexe : il doit réfléchir à la reconstruction d'une alliance de classes entre les catégories populaires et des classes moyennes, et pour cela redonner de la lisibilité au monde social. Ce n'est pas évident de faire converger des intérêts parfois contradictoires. Mais on ne sait plus qui le PS représente, qui il défend, quel est son adversaire. Il y a un déficit de conflictualisation, or la gauche ne peut faire l'économie du conflit dans une société profondément inégalitaire.

Le PS a tenté de se renouveler avec les adhésions à 20 euros. Quel bilan en tirez-vous ?

Comme toujours, le PS agit et bricole dans l'urgence et le court terme. Cette formule a été un succès, puisque 80 000 adhérents l'ont rejoint. Mais la plupart sont aussitôt repartis. Ces militants à 20 euros ont été souvent stigmatisés comme "utilitaristes". Ils ont adhéré pour la désignation de Ségolène Royal à la candidature de l'élection présidentielle. Comme elle a perdu, ils se sont retrouvés disqualifiés. Mais rien n'a été fait pour intégrer ceux qui voulaient rester et s'engager plus durablement. Le nouveau militant n'est pas forcément bien accueilli dans une organisation qui s'en méfie, car il perturbe les équilibres, peut contester l'élu en place, apporter un regard extérieur que l'appareil redoute. Or le PS a besoin de s'ouvrir. Un parti qui veut penser et changer la société ne peut se contenter d'une base étroite de 120 000 militants.


Propos recueillis par Michel Delberghe
Article paru dans l'édition du 27.08.09

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23 août 2009 7 23 /08 /août /2009 09:40
Retour sur la question sociale

Article publié le samedi 22/08/2009 - 18:37, par - Mediapart.fr - Pap N'Diaye est historien à l'EHESS, spécialiste des Etats-Unis.

«Dans son éloquent plaidoyer, «Une juste colère sociale», Edwy Plenel regrette que la gauche française ne défende plus les intérêts du monde du travail. Il écrit: «Défendre les moins fortunés, les moins protégés, les moins armés, les plus exposés, les plus fragiles: il n'y a pas d'autre levier d'action pour la gauche politique.» Il conviendrait donc que la gauche se saisisse à nouveau, et fortement, de la «question sociale», c’est-à-dire qu’elle s’attaque clairement aux inégalités de classe (et à leur approfondissement) générées par l’économie capitaliste.

Plenel appelle ainsi la gauche à un retour à ses origines historiques, c’est-à-dire à la défense des classes sociales opprimées par une bourgeoisie d’affaires que la crise actuelle n’a pas rendue moins arrogante ou moins égoïste. Je partage en bonne partie ce point de vue, à une sérieuse nuance près. Je vais m’en expliquer en revenant sur la fameuse «question sociale».

Historiquement, à gauche, la «question sociale» renvoie à la question du prolétariat, c’est-à-dire aux inégalités intrinsèquement produites par le capitalisme, et à ses contradictions, telles qu’analysées par Marx. C’est bien la question sociale qui a fondé des priorités intellectuelles et politiques à gauche et aussi dans les sciences sociales françaises : l’étude des rapports de classe est centrale en sociologie et en histoire depuis un siècle. Ce faisant, la gauche a négligé l’existence d’agents subissant des torts irréductibles aux rapports de classe.

L’analyse de l’exploitation de classe ne suffit pas, à elle seule, à rendre compte de toutes les formes de domination, même si ces rapports d’exploitation se trouvent imbriqués de telle manière qu'il serait inconséquent de jeter un voile d'oubli sur eux. La question des femmes a longtemps fait l’objet d’un dédain marqué (il s’agissait au mieux d’un «front secondaire» quand ce n’était pas tout bonnement le résultat d’une «fausse conscience»), et il fallut une mobilisation politique des femmes pour que l’irréductible de la condition féminine (au sens de non-réductible à la position de classe) fasse l’objet d’un minimum de reconnaissance intellectuelle et politique.

Il est est allé de même avec les minorités ethno-raciales: à gauche, elles ont été non seulement négligées, mais également suspectées de participer de la démobilisation et de la «désaffiliation» de la classe ouvrière. De tels soupçons ont eu un effet paralysant sur les sciences sociales et les politiques publiques de reconnaissance et de correction des discriminations. Le Parti socialiste a préféré amuser la galerie avec les concerts et les mains jaunes de SOS racisme, son association-lige. Le niveau de désintérêt et d’incompétence des responsables socialistes sur les questions relatives à ces minorités est tout simplement vertigineux.

Fondamentalement, la question qui se pose à la gauche consiste à prendre au sérieux le racisme et les formes de domination raciale, sans les dissoudre dans les rapports de classe, et sans considérer celles et ceux qui en font état comme «aliénés», c'est-à-dire comme incapables de reconnaître la vraie nature des processus matériels et idéologiques par lesquels la classe dominante maintient son pouvoir. Il convient de penser à la fois l'irréductibilité de certaines questions (les questions de genre et de «race», en particulier) et leur lien indissoluble aux rapports de classe. Justement, du côté de la gauche française, le problème a été de penser cette irréductibilité, et donc de secouer le carcan du réductionnisme de classe.

Il est donc question d’éviter le réductionnisme par lequel la question sociale s’est trouvée confondue avec la question de classe. Les plus «fragiles» qu’évoque Edwy Plenel ne sont pas seulement les moins fortunés. Ils cumulent une série de désavantages, parmi lesquels la position de classe, certainement, mais aussi la position juridique (étrangers en situation irrégulière par exemple, ou bien prisonniers aux droits bafoués), la position culturelle (celles et ceux dont les cultures d’origines sont, au mieux, perçues comme un inconvénient momentané en attendant que la fameuse intégration les efface), la position ethno-raciale (les non-Blancs), le genre, etc. Réfléchir sur ces questions suppose de ne pas les hiérarchiser a priori selon leur importance supposée: c’est l’objet de l’enquête de sciences sociales que de montrer comment ces positions interagissent et s’organisent selon les situations et les points de vue des acteurs.

L’enjeu, pour le Parti socialiste et la gauche en général, est de prendre au sérieux les points de vue que j’appelle «minoritaires» (non point au sens démographique mais politique : ils font état de torts qui ne sont pas historiquement représentés par la société civile et la grammaire politique françaises). Cela suppose donc, en ces moments de crise, de ne pas revenir à une conception trop réduite de la question sociale, par laquelle la situation du monde du travail redeviendrait l’alpha et l’oméga d’une politique de gauche.

Une anecdote: un élu local socialiste (un homme admirable à bien des égards, c’est pour cela que j’en parle) me fait part de ses soupçons, après avoir visité une exposition de photographies à Arles, montrant des lynchages de Noirs aux Etats-Unis: il s’agit sans doute d’une manière habile d’acclimater l’idée de diversité en France, m’explique-t-il. Pour lui, c’est la question de l’exploitation du monde du travail qui prime, et elle ne doit pas être détournée par des thèmes à la mode manipulés par la droite, dans la foulée de l’élection d’Obama. Il était donc sorti mécontent de l’exposition.

A cet élu je dirais ceci: pas plus à l’étranger qu’en France, le racisme ne procède simplement des agissements calculateurs des élites et la lutte antiraciste ne se résume à celle contre les inégalités de classe. Votre antiracisme de principe ne suffit pas, et il s’avère même incapable de penser les discriminations, à commencer par celles qui existent au sein même de votre parti, sous vos yeux.

Qu’est-ce alors qu’une politique de diversité, puisque c’est de cela dont il est question? Il ne s’agit pas d’une politique d’affichage à la Sarkozy (le tokenism bien connu des Américains, par lequel on donne l’illusion de la diversité, sans rien faire en profondeur). Il est plutôt question de démocratiser la vie politique française, ce qui passe notamment par son ouverture à des groupes peu ou pas présents et aux situations sociales qu'ils représentent.

Cela suppose des changements profonds dans le mode de fonctionnement des partis et les règles électorales (l’interdiction du cumul des mandats est un minimum). Bien entendu, cela suppose aussi une politique d’accueil aux minorités dans les partis en question, afin qu’elles puissent faire part de leurs situations, exprimer des demandes et accéder à des postes de responsabilité (sans avoir dû, au passage, abdiquer de leur spécificité et subir une violence symbolique qui les transforme en porte-paroles intransigeants du système politique).

Or les témoignages que j’ai entendus vont dans un sens bien différent: celui d’un accueil circonspect, voire hostile, délimitant une frontière entre le «nous» (les militants chevronnés) et le «eux» (les nouveaux, celles et ceux qui ne parlent pas l’idiome, qui sont hors-sujet). Je rêve donc qu’un jour le Parti socialiste ne soit plus le parti du «nous» et du «eux», mais un parti ouvert, multiculturel et en pointe contre les discriminations ; qu’une femme noire ou beure le dirige, et que les hommes blancs âgés soient minoritaires dans ses instances supérieures ; qu’il soit bien le parti de la «question sociale», dame oui, mais d’une question sociale qui ne laisse dans l’ombre aucune de ses facettes multiples, parce que, voyez-vous, comme l’écrivait jadis Martin Luther King du fond de la prison de Birmingham: «Nous en avons assez d’attendre ».


Liens:
[1] http://www.mediapart.fr/journal/france/090809/une-juste-colere-sociale

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