Entretien avec Benoît Hamon dans 20 Minutes | 12 juillet 2007
Après les « débauchages » de ténors socialistes par Nicolas Sarkozy, et la démission fracassante de Jack Lang, pressenti pour faire partie d’une commission sur les institutions, Benoît Hamon, député européen, et porte-parole du PS pour les dernières élections législatives, reconnaît que son parti connaît une crise, mais a bon espoir d’un sursaut rapide.
Que pensez-vous des déclarations de Jack Lang qui appelle à une démission collective de la direction du PS ?
Objectivement, je trouve ça un peu grotesque. C’est lui qui va accepter de participer à une initiative de Nicolas Sarkozy, et c’est nous qui devons démissionner ? C’est très curieux, et je crois qu’il faut que cela s’arrête. En démissionnant, il a pris les devants d’une décision qui allait de toute façon s’imposer à lui rapidement. C’est normal, sur des décisions aussi importantes, c’est la délibération collective qui prime. Surtout qu’on sait que Lang est un des seuls à ne pas partager le point de vue du PS sur la question présidentialiste (Jack Lang est favorable à un régime présidentiel).
Mais cela fait tout de même beaucoup…
Non, pas tant que cela, mais cela fait beaucoup de bruit. Jack Lang était quand même ministre du premier septennat de François Mitterrand. Des crises, nous en avons déjà rencontrées. Nous sommes manifestement dans une fin de cycle qui se passe d’autant plus mal qu’elle arrive après une défaite. Mais les fondations sont solides. Il y a un désir de gauche, un besoin de gauche qui existe toujours. Cela va se manifester, assez rapidement, plus rapidement d’ailleurs que ceux qui ont fait le choix de travailler avec Sarkozy le pensent. On verra à la rentrée des voix s’élever pour condamner les conséquences des politiques qui sont mises en œuvre.
Mais pour l’instant, vous êtes inaudibles…
Pour l’instant, nous sommes encore dans les annonces, et les politiques ne font pas encore sentir leurs effets. Prenons l’exemple du discours de Sarkozy sur le traité européen. Pendant les deux-tiers de son discours, il a parlé de lutte contre le dumping fiscal, de politique monétaire, autant de choses qui ne sont pas dans le traité. Sarkozy parle d’une chose, mais il en fait une autre.
Mais n’est-ce pas très déstabilisant pour le PS ?
Oui !, et ceux qui nous font le plus mal sont ceux qui sont issus de notre propre camp.
Et comment réagir ?
Nous devons travailler plus. Nous ne travaillons pas assez. Il y a des béances dans la pensée de gauche, et il faut les combler, trouver des solutions plus adaptées. On doit pouvoir aborder les questions de la lutte contre les inégalités, le partage des richesses… Ces problèmes existent toujours.

