Le 16 juillet 1942, le régime de Vichy qui dirigeait la France lançait après plusieurs semaines de préparation minutieuse la plus grande rafle jamais réalisée dans notre pays contre les Juifs. Sur l'ordre du gouvernement de l'État français et du Maréchal Philippe Pétain, après de longues négociations entre le chef du gouvernement Pierre Laval et les Nazis, et sous la responsabilité du secrétaire général de la Police Nationale René Bousquet, 9000 policiers français arrêtèrent à Paris et dans sa proche banlieue 13152 personnes - 5919 femmes, 3118 hommes et enfin 4 415 enfants, dont aucun ne reviendra des camps d'extermination nazis.
Le gouvernement de l'État français avait tenu à cette mobilisation exceptionnelle considérant qu'il s'agissait là d'une démonstration pratique de la souveraineté française en zone occupée (?!?). Les 4415 enfants de moins de 16 ans étaient dans leur immense majorité de nationalité française (nés Français de parents Français), malgré les nombreuses déchéances de nationalité indignement prononcées au titre de l'infâme "Statut des Juifs » édicté de son propre chef par l'État français en octobre 1940 puis en juin 1941. Ce statut sera maintenu en Algérie en accord avec les forces armées américaines, tant que l'Afrique du Nord "française" restera sous l'autorité politique de l'amiral Darlan puis du général Giraud que les Alliés avaient préférés temporairement au Comité national français présidé par le général De Gaulle après le débarquement anglo-américain au Maroc et en Algérie, soit jusqu'en octobre 1943. Ce sont bien les autorités françaises de l'époque qui ont pris la décision d'arrêter et de proposer à la déportation les enfants de moins de 16 ans ; il faudra attendre le 20 juillet 1942 pour qu'Adolf Eichmann donne son accord pour la déportation. Pierre Laval refusera la proposition du pasteur Marc Boegner d'extraire les enfants des personnes saisies pour les sauver, il tiendra jusqu'au bout à favoriser leur déportation.
En organisant activement cette rafle, et d'autres ensuite, le régime de Vichy porte la responsabilité ignoble d'avoir fait de la France une complice concrète du programme d'extermination des Juifs d'Europe auxquels les Nazis donnent une impulsion décisive en juin 1942 avec l'opération "Vent Printanier". La République n'est certes pas comptable d'une telle ignominie, mais Pétain, Laval et Vichy ont ainsi profondément souillé notre pays.
Sur les 13152 personnes arrêtées, quelque 8000 seront parquées au Vélodrome d'Hiver dans des conditions d'hygiène déplorables, presque sans eau ni nourriture pendant cinq jours ; les autres seront envoyés immédiatement au camp de Drancy. Ceux qui tentent de s'enfuir sont tués sur-le-champ. Une centaine de prisonniers se suicident. Les prisonniers sont ensuite conduits dans les camps de Drancy, Beaune-la-Rolande et Pithiviers, avant d'être déportés vers Auschwitz : les adultes et les enfants de plus de 12 ans le 5 août 1942, et les plus petits vers la mi-août. Aucun enfant ne survivra, une centaine d'adultes seulement reviendra des camps de la mort. Cette rafle représente à elle seule plus du quart des 42000 Juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942, dont seuls 811 sont rentrés chez eux après la fin de la guerre. 80000 Juifs en tout seront déportés de France vers les camps, 3000 mourront dans les camps en France ; 76000 trouveront la mort lors de la Shoah. Il faut tordre le cou à la légende que l'immonde Eric Zemmour - prenant prétexte que la rafle du Vél'd'Hiv aurait concerné avant tout des « Juifs étrangers » (j'ai déjà dit plus haut ce que cette affirmation valait) - tente toujours de répandre en expliquant que Vichy aurait protégé les Juifs français en réprimant les étrangers et les apatrides : la comptabilité parle d'elle-même, sur les 76000 morts, 24000 étaient de nationalité française (dont 1500 Juifs d'Algérie, ce qui démontre que l'État français avait engagé un processus de déportation générale). Fin de l'obscénité !
Cependant, la France métropolitaine est le pays d'Europe dans lequel le pourcentage de Juifs ayant échappé à la déportation et à la mort est le plus grand : ce sera le cas des trois quarts des 350000 Juifs vivant en France métropolitaine en juin 1940. Comme je l'ai expliqué plus haut, une quelconque stratégie de Vichy est hors de propos. Ces rescapés ne doivent leur salut qu'à eux-mêmes et à la solidarité de leurs voisins et compatriotes français qui, d'initiative individuelle ou collective, se sont mobilisés avec humanité plus que partout en Europe pour sauver leurs semblables.
Frédéric Faravel

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