Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Farewell, Love, and all thy laws for ever:
Thy baited hooks shall tangle me no more.
Senec and Plato call me from thy lore,
To perfect wealth my wit for to endeavour.
In blind error when I did persever,
Thy sharp repulse, that pricketh aye so sore,
Hath taught me to set in trifles no store,
And scape forth, since liberty is lever*. [desirable]
Therefore farewell, go trouble younger hearts,
And in me claim no more authority;
With idle youth go use thy property,
And thereon spend thy many brittle darts.
For, hitherto though I've lost my time,
Me lusteth no longer rotten boughs to climb.
Une production Tactikollectif. Après 5 ans d’absence, le groupe Zebda rend hommage à Jean Jaurès à l’occasion du 150ème anniversaire de sa naissance.
du lundi au vendredi de 18h30 à 19h15 | |
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![]() | | émission du mardi 14 avril 2009 Les religions monothéistes sont-elles plus violentes que les autres ? |
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| Freud considérait le monothéisme comme un progrès décisif de la civilisation. Après le passage du totémisme aux « dieux humains », le monothéisme aurait constitué un retour au père primitif – Moïse, en l’occurrence, assassiné par les Hébreux, qui ne voulaient pas s’en souvenir… En outre, comme on sait depuis longtemps, le Dieu unique a une vertu décisive : il veut le salut de tous les hommes et de tous les peuples, même s’il lui arrive parfois d’en élire un pour son service particulier. Il est donc possible de le partager – et aux hommes de devenir frères en lui. Jean Soler, au terme d’une enquête en quatre volumes et plus de 1 500 pages sur les origines de la Bible, aboutit à des conclusions rigoureusement inverses et c’est cela qui est intéressant. A ses yeux, « l’invention du monothéisme constituerait plutôt une régression. C’est « la religion du moindre effort », écrit-il. Elle a la force de persuasion des petites idéologies faciles à comprendre… Prosélytes par nature – si Dieu est unique, il convient d’en imposer la croyance à tous les hommes - les monothéismes sont naturellement portés aux guerres de religion, à la conversion forcée. En outre, là où les religions polythéistes se réjouissent des fruits de ce monde et appellent à en user avec modération, les monothéismes sont tentés par une forme particulière de nihilisme qui consiste à tout miser sur le pari risqué de la survie, dans un au-delà, de ce qu’ils appellent l’âme…. Le monothéisme ayant pris le parti de l’Unique, il est porté à refouler les contraires, là où les sagesses – chinoises et grecques, en particulier – pensent au contraire l’idéal du côté de leur complémentarité : pas de jour sans la nuit, pas de beauté sans courage, les vertus du masculin ne valent rien sans leur contrepoids féminin. Bref, à vous lire, Jean Soler, le monothéisme a tous les torts. Voulez-vous donc nous faire revenir aux petits dieux locaux protecteurs de vos chères cités grecques ?
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"Dans l’Apocalypse, la littérature est à l’œuvre"
[attention ne pas louper la petite pique à la fin - NDB]
Interview - Dans la série «L'Apocalypse» diffusée actuellement sur Arte, Mordillat et Prieur mettent un point final à une question fondamentale : comment une petite secte juive a pu devenir la religion de l’Empire romain.
Recueilli par CATHERINE CALVET et BÉATRICE VALLAEYS - Libération - samedi 6 décembre 2008
Gérard Mordillat (h.) et Jérôme Prieur, écrivains et cinéastes, nés respectivement en 1949 et 1950, ont l’habitude de travailler ensemble. Sur Antonin Artaud d’abord (un film, En compagnie d’Antonin Artaud en 1993). Avant de s’embarquer dans une grande enquête pour la télévision sur le christianisme : Corpus Christi(1997), L’Origine du christianisme (2003) et maintenant L’Apocalypse. Chaque série documentaire - en DVD chez Arte Vidéo - a été complétée par un livre au Seuil : Jésus contre Jésus (1999), Jésus après Jésus (2004) et Jésus sans Jésus (2008).
La dernière saison a commencé le 3 décembre et s’achèvera le 20 (chaque mercredi et samedi à 21 heures sur Arte). Mordillat et Prieur mettent un point final à une question fondamentale : comment une petite secte juive a pu devenir la religion de l’Empire romain.
Pourquoi vous êtes-vous lancés pendant quinze ans dans un travail sur le christianisme ?
Gérard Mordillat : On ne savait pas qu’on y consacrerait tant de temps. Quand on a terminé Corpus Christi en 1997, on pensait en avoir fini, heureux. Nous avons reçu une lettre d’un grand chercheur allemand qui louait notre travail et finissait par une remarque provocatrice : «Il serait temps pour vous de passer aux choses sérieuses : à Paul.» Nous avons fait l’Origine du christianisme. Nous étions arrivés au bout, mais il manquait deux heures ; nous avons continué de lire, de rencontrer des chercheurs et nous nous sommes dit qu’il fallait aller au bout. De quoi ? D’une phrase qu’on avait mise en exergue de nos travaux sans en mesurer la portée : «Jésus annonçait le Royaume et c’est l’Eglise qui est venue», d’Alfred Loisy. Nous avons donc fait tout le programme : Corpus Christi c’est Jésus, le Jésus historique, l’Origine du christianisme, c’est la séparation d’avec le judaïsme, et l’église qui est venue c’est l’Apocalypse. Au début, la phrase de Loisy était comme une énigme du Sphinx, elle nous a emmenés quinze ans plus tard.
G.M. : Non, je ne connais le christianisme que par culture. Le premier livre que j’ai écrit concernait la réforme allemande, l’opposition entre Luther et Münzer (Thomas Münzer, chef religieux de la guerre des paysans au XVIe siècle) et je m’étais intéressé au fait qu’à ce moment-là de l’histoire, le discours religieux devient le vecteur du discours politique.
Jérôme Prieur : J’ai eu une éducation religieuse chez les oratoriens pendant mes études primaires et secondaires, mais cela ne m’a laissé qu’une sorte de vernis. Pour Gérard, les textes étaient probablement exotiques, moi, j’ai dû vaincre une sorte de tabou : considérer les textes sur le plan purement littéraire. J’avais lu Roland Barthes qui s’était essayé à faire de l’analyse structurale de récit appliquée aux Evangiles. J’ai découvert que les Evangiles inventaient quelque chose d’incroyable dans la littérature de l’Antiquité : on pouvait parler de façon noble d’événements triviaux.
G.M. : Mes goûts littéraires me portant vers la littérature anglo-saxonne, très naturellement j’ai été amené à lire ces textes pour mieux comprendre Joyce, Faulkner… Ce qui m’a intéressé, c’est le rapport de la littérature et de l’histoire. Car dans tous ces textes, la littérature est à l’œuvre. Dans tout le Nouveau Testament, cette approche par la littérature est essentielle, elle nous permettait de le lire, hors de toute perspective confessionnelle, dans un propos extrêmement laïc. On ne pouvait qu’applaudir des répliques comme celle, célèbre dans l’Evangile selon Jean : «Mon royaume n’est pas de ce monde.» Ou cet échange - de l’humour, j’en suis convaincu -, où Pilate demande à Jésus : «Es-tu le roi des Juifs ?» et que Jésus répond : «Tu l’as dit.»
G.M. : La politique et la religion sont indissociables durant les premiers siècles, du côté juif comme du côté romain. On a demandé aux chercheurs de dater l’an zéro du christianisme. Chacun a donné une réponse différente. Tantôt, c’est la naissance de Jésus ; tantôt, sa mort ou sa résurrection ; pour d’autres , c’est l’apôtre Paul, ou le règne de l’empereur Constantin. Pour nous, c’est la chute du Temple en 70.
G.M. : Car à partir du moment où le judaïsme ne se reconnaît plus dans la fréquentation d’un lieu sacré, quand il n’y a plus de temple, l’ensemble des courants juifs vont entrer en concurrence, pour savoir lequel a la juste lecture de l’histoire et est donc à même de guider le peuple. Pour les rabbins pharisiens, ce sera par la lecture d’un texte indestructible, la Torah. Le Temple est destructible pas le texte, donc c’est la lecture perpétuelle de ce livre qui vous met en contact avec Dieu, ce qui amènera le judaïsme rabbinique que l’on connaît aujourd’hui. Les partisans de Jean le Baptiste vont dire qu’il faut suivre un grand mouvement de repentance. Ceux de Jésus revendiqueront Jésus comme messie. Pour faire nombre, ces derniers vont s’ouvrir aux craignants-dieu, c’est-à-dire aux païens attirés par le monothéisme. Après 70, ils commencent à écrire des textes : les Evangiles sont des textes de propagande pour convaincre les autres juifs que Jésus est bien le messie. Des chercheurs, historiens, exégètes juifs lisent ces textes comme les meilleurs témoins de l’histoire du judaïsme dans les Ier et IIe siècles. Nous nous sommes situés dans cette perspective, ce qui nous a valu beaucoup d’injures. Aujourd’hui encore, pour nombre de chrétiens, affirmer que Jésus est juif, qu’il a toujours vécu sous la loi juive, sans autres horizons pour lui qu’Israël, est une chose provocatrice, irrecevable. Dire que le messie est Jésus, messie pour Israël, alors qu’Israël ne le reconnaît pas. Dire que Jésus n’a jamais appartenu à la religion dont il est la figure tutélaire est encore difficile à vivre.
J.P. : C’est dit dans une très belle citation de Joseph Klausner (1874-1958) rapportée par Amos Oz, son neveu : «Quand tu seras grand, mon cher enfant, tu liras le Nouveau Testament au nez et à la barbe de tes maîtres et tu t’apercevras que cet homme [Jésus] était de notre chair et de nos os, que c’était une sorte de "juste", de "thaumaturge", un rêveur dépourvu de toute compréhension politique, qui trouverait parfaitement sa place au panthéon des grands hommes d’Israël, près de Baruch Spinoza, qui mériterait également qu’on lève l’anathème dont il fut frappé.» (1)
Pour ceux qui viennent du paganisme, les craignants-dieu, il est difficile de devenir juif, il faut être circoncis, respecter des interdits alimentaires, sexuels, etc. C’est une manière de se mettre en marge de la société, or l’enjeu n’est pas seulement théologique mais aussi politique : les chrétiens aimeraient bien se faire reconnaître au sein de l’empire comme des citoyens normaux, au moins comme les juifs, c’est-à-dire bénéficier du statut des juifs de religio licita (religion licite). On tolère les juifs, les premiers monothéistes, parce que leur religion est ancienne et parce qu’ils ont des ancêtres. Cela va entretenir une rivalité théologique. Sans l’Ancien Testament, les écritures chrétiennes s’effondrent. Les Evangiles n’ont de sens que s’ils sont connectés avec la tradition juive. Jusqu’au milieu du IIe siècle, une série de mouvements chrétiens vont s’approprier les textes juifs. Ils se revendiquent comme les seuls lecteurs. Puis l’idée émerge que les chrétiens doivent avoir leur livre de référence: le Nouveau Testament.
J.P. : Le premier parmi les judéo-chrétiens qui s’ouvre aux sympathisant du judaïsme, aux craignant-dieu, aux païens semble être Paul. Mais du vivant de Jésus c’est impensable. Dans l’Evangile de Mathieu, Jésus dit qu’il n’est venu que pour les brebis perdues de la maison d’Israël, pour les juifs. Une fois ressuscité, il dit à ses disciples d’aller enseigner toutes les nations. Donc l’évangéliste fait dire à Jésus que le mouvement a échoué à l’intérieur d’Israël, que le judéo-christianisme est une voie sans avenir et qu’il faut au contraire recruter hors du judaïsme. Il faut prendre acte d’une situation sociopolitique qui a évolué à cause de la destruction du Temple en 70. Les chercheurs disent qu’il n’y a pas un judaïsme au premier siècle, il y a des judaïsmes, comme il y aura plus tard des christianismes.
G.M. : C’est un point absolument essentiel, il faut lire le Nouveau Testament dans une perspective de la fin des temps. Apocalypse signifie révélation, lever le voile. La fin des temps, c’est aussi l’espoir : le retour en gloire du ressuscité qui viendra prononcer le jugement dernier, qui jugera les vivants et les morts et qui établira sur terre le royaume de dieu, un monde meilleur.
G.M. : Bien sûr, là aussi la liaison politique et religieuse est indissociable. Pour les juifs occupés depuis Pompée (106-48 avant J.C.) c’est à la fois un territoire sous domination ennemie mais c’est surtout le symptôme de l’impureté d’Israël vis-à-vis de son Dieu : si une telle impureté est permise par Dieu, c’est qu’Israël a péché, thème récurrent de la littérature dans la Bible hébraïque.
J.P. : Il y a des lectures collectives au sein des différentes communautés. Les auditeurs sont plus nombreux que les lecteurs. La grande chance du christianisme c’est que cette littérature - importante et considérée comme sacrée a été globalement conservée, recopiées, transmise.
G.M. : Les auteurs de ces textes ne s’adressent pas à nous et il faut les lire dans cet esprit-là. Ce que les exégètes ont du mal à faire. Ils s’adressent d’autant moins à nous qu’ils sont persuadés que la fin des temps est imminente.
J.P. : Et qu’elle réunira Jésus et l’ensemble de ses disciples. Il a fallu trouver des accommodements avec le fait que cette fin des temps n’arrive pas. C’est pour cette raison que nous avons nommé notre dernière série l’Apocalypse comme une espèce d’étendard de ce qu’attendent les premiers chrétiens. Il faut transformer cette attente de l’apocalypse en autre chose qui va devenir l’église ou la Cité de Dieu pour reprendre la phrase de saint Augustin.
J.P. : La chose est entendue mais comme dit Flaubert dans Bouvard et Pécuchet : «Adorons sans comprendre» parce que justement le dogme trinitaire défie l’entendement. On peut le croire, mais il est impossible de l’expliquer rationnellement. Le problème de Benoît XVI est justement de vouloir concilier la foi et la raison. Il veut justifier le dogme rationnellement. Son texte, rhétorique, explique que la Trinité rompt avec le judaïsme et montre le croisement du christianisme avec la pensée grecque, il sort le christianisme de la tentation politique du judaïsme.
G.M. : C’est l’affirmation de l’autorité incontestable du pape : il défend l’institution. Les réactions d’hostilité à nos travaux ont toujours porté sur des questions dogmatiques. Prenons la virginité de Marie. Alors que tous les chercheurs disent qu’elle a eu d’autres enfants que Jésus, elle est dogmatiquement vierge. Les frères et sœurs de Jésus ou la croyance en la résurrection posent dogmatiquement autant de problèmes. Dans le dogme trinitaire, survit quelque chose du polythéisme, Dieu étant figuré par trois personnes.
J. P. : Au contraire, c’est toute la force du christianisme de profiter de ce qui lui préexistait, de le récupérer. Les historiens disent bien qu’avec les empereurs Constantin ou Théodose, on ne passe pas de la nuit au jour. Même s’il y a une christianisation officielle, le christianisme s’impose progressivement, le paganisme et le polythéisme ne disparaissent pas d’un coup. D’un point de vue anthropologique, le christianisme a récupéré nombre de rites païens, certains héros païens sont devenus des saints chrétiens. Le christianisme a digéré le paganisme de la fin de l’Antiquité.
G.M. : Pas vraiment, plutôt une capacité d’absorber tout ce qui peut servir. Il y a un christianisme pour les philosophes, les intellectuels et en même temps avec les mêmes références, un christianisme pour les païens, les paysans, les illettrés, le peuple.
G.M. : C’est la blessure qui ne se fermera jamais. Comment reconnaître Jésus comme Christ, comme messie du judaïsme dont il est un membre qui ne le reconnaît même pas comme tel. La force du christianisme est là aussi. On conserve les juifs dans les textes. On les conserve comme la figure de la surdité, de l’aveuglement. Sans cesse, on s’invente un adversaire pour mieux mettre en valeur ses propres qualités. Quand, dans l’Evangile de Jean, on fait dire à Jésus s’adressant aux juifs «vos lois», comme s’il n’en était pas lui-même, on se sert des juifs comme un repoussoir. A force d’instrumentaliser les juifs comme symbole du mal, l’antijudaïsme intellectuel et théologique se transformera en antisémitisme, la part la plus sombre et la plus terrible du christianisme des pogroms jusqu’à la Shoah.
Cela commence au IIe siècle avec Méliton de Sardes (apologiste grec) qui a inventé le peuple déicide. Alors que ce sont les Romains qui ont tué Jésus. On peut aussi citer les Homélies de Chrysostome (IVe siècle, archevêque de Constantinople, dit Bouche d’or) contre les juifs qui ont servi de ferment idéologique à tous les antisémites : elles ont été écrites pour lutter contre les chrétiens qui fréquentent indifféremment l’église ou la synagogue. Chrysostome fait un portrait à charge des juifs pour décourager les chrétiens d’aller à la synagogue. Comme disait l’un des chercheurs interviewés, Guy Stroumsa, il y avait concurrence entre les deux cinémas. Ensuite, ces textes seront sortis de leur contexte et on ne retiendra que les attaques terribles contre les juifs, qu’on verra reprises par Luther. Et comme l’écrit Karl Jasper, à propos des écrits de Luther : «Là, vous avez déjà l’ensemble du programme nazi.» Qu’est-ce qui est plus fort que l’écriture ?
J.P. : Ce sont souvent des textes d’une minorité. Leur situation minoritaire rend leurs propos d’autant plus violents. Tous les coups, tous les mots sont permis. Si, au IVe siècle, les intellectuels chrétiens avaient fait le travail d’exégèse un peu critique des textes, peut-être aurait-on évité les conséquences terribles de ces mots.
J.P. : Au IIIe siècle, ces rumeurs ne sont déjà plus d’actualité. On peut penser que les reprendre est une façon de discréditer ceux qui les ont proférées contre les chrétiens. Ce qui est sûr c’est qu’au IIe siècle, les chrétiens sont vus comme des gens bizarres, adeptes d’une superstition malfaisante, comme dit Tacite, venue d’Orient. On s’en méfie comme on se méfie aujourd’hui de certains groupes musulmans.
G. M. : Les sources et l’intelligence critique étant ce qu’elles sont, on ne peut pas se laisser aller à conclure définitivement. Les chercheurs qui discutent dans nos séries remettent en cause leur propre pensée. Nous montrons un état de la recherche à un instant donné, comme un instantané de ce qu’était la recherche en 2008, au moment où on les a filmés. Ce ne sont pas des vérités éternelles, au contraire c’est une pensée en marche et c’est ce qui est passionnant. Nous ne voulions pas d’une suite de déclarations définitives, tel un cours magistral. On filme des hommes et des femmes qui acceptent cette chose très difficile, de réfléchir à voix haute. Donc de remettre en jeu leurs certitudes et de nous faire partager leurs doutes et leurs hypothèses. C’est ce que la télévision en général dénie au téléspectateur : un esprit critique. C’est là la pertinence de notre travail cinématographique.
J.P. : Nous n’aurions pas pu faire cette série dans les années 60 mais nous ne pourrions pas commencer ce travail aujourd’hui. La série s’adresse à tous, qu’on ait ou pas la foi. Les spécialistes sont prévenus qu’ils seront interviewés en tant qu’historiens ou exégètes, pas en tant que théologiens. Au moment de Corpus Christi l’idée du fait religieux commence seulement à émerger. Nous sommes un peu déclencheurs. On espérait d’ailleurs qu’après cela, l’histoire des religions serait enseignée à l’école, qu’on apprendrait à faire une critique des sources pour le Nouveau Testament comme pour le Coran, c’est le contraire qui se passe. On assiste depuis cinq, six ans à un resserrement du rapport à la religion. Il faut donner des gages aux religieux. Un communautarisme s’est installé. C’est mal vu de s’intéresser au christianisme si on n’est pas chrétien, ou au Coran si on n’est pas musulman. Chaque communauté a à gérer son histoire sainte. On retrouve la laïcité positive de Sarkozy : accepter de ne pas se mêler des religions. Dans ce domaine, il y a eu des épiphénomènes comme le Da Vinci Code. Idem pour le film de Mel Gibson, la Passion du Christ, qui était un moyen d’agiter le refoulé intégriste ou antisémite chrétien.
G. M. : Cela me fait penser à une scène extraordinaire dans les Nouveaux Monstres, film italien : on voit Vittorio Gassmann en évêque, il pleut, il se réfugie dans une église du Trastevere, un petit curé de gauche est en train de faire une lecture très sociale de l’Evangile. Soudain Gassmann fait de la reprise en main théologique, le curé est stupéfait et lui dit «mais Monseigneur, ce n’est pas dans les Evangiles» et Gassmann a cette réplique géniale : «Vous, vous n’avez pas vu le dernier film de Zeffirelli !» Le film de Mel Gibson a eu cet impact.
G.M : Il faudrait que les professeurs d’histoire acceptent de dire qu’ils ne savent pas, qu’ils ne peuvent qu’avancer des hypothèses, qu’il faut étudier les sources. Historiquement,, on peut dire que Jésus était juif et qu’il a été crucifié. Le motif de condamnation est intéressant : roi des juifs. Les juifs ne s’appelaient pas juifs eux-mêmes, donc c’est une accusation extérieure. Ceux qui ont exécuté Jésus étaient de l’extérieur, donc des Romains. Quant au message de Jésus, ce n’est pas qu’un message d’amour : «Ceux qui n’ont pas voulu que je règne égorgez-les en ma présence». Il y a donc un travail pédagogique qui peut-être passionnant. Il n’y avait pas de charpentier en Judée à cette époque. Je me souviens d’un débat sur la religion dans un lycée parisien, en présence d’élèves laïcs, chrétiens, musulmans, juifs… Il n’y a eu aucun problème, pourtant on a évoqué les origines judéo-chrétiennes de l’islam, expliqué comment, au début de l’islam, Mahomet se tournait vers Jérusalem pour prier. Jésus le précède.
G.M. : Certains ont peur qu’on tombe dans la bondieuserie, mais ils ont pu voir quenotre travail est le contraire.
J.P. : On a éveillé une curiosité. Personne ne l’avait fait à la télé avant nous. La sobriété de nos émissions est encore plus décalée qu’il y a dix ans car la télé a changé.
J.P. : Les anachronismes permettent de mieux appréhender l’étrangeté de la période antique. L’anachronisme crée un court-circuit qui aide à comprendre que le saccage de Rome en 410 par les barbares, a un impact comparable à celui du 11 Septembre. L’inimaginable se produit. Cela permet d’introduire un peu de familiarité avec ces temps lointains.
G.M. : On établit aussi des comparaisons avec le Hamas ou le Hezbollah : le christianisme a mis en place très tôt un système d’entraide aux veuves et aux orphelins quelle que soit leur religion. Cela permettait de mieux pénétrer la société. La religion est populaire. Dans les années 50 le Parti communiste et l’Eglise s’affrontaient aussi sur ce terrain social.
J.P. : C’est un moyen de rendre glorieux le passé, de le magnifier. C’est ce qu’on appelle la Légende dorée dans le livre de Voragine au XIVe siècle, alors qu’on pourrait accuser les chrétiens d’être devenus les persécuteurs, ils insistent sur les persécutions qu’ils ont eues à subir et ils se refont une image.
G.M. : Les franquistes font la même chose, en voulant béatifier leurs martyres pour minorer les répressions et les crimes monstrueux de Franco. Là ce n’est pas un anachronisme, c’est la même démarche qui se perpétue.
J.P. : De même pour Benoît XVI qui veut béatifier Pie XII au moment où on peut s’interroger sur le rôle du Vatican pendant la Seconde Guerre mondiale.
G.M. : L’un est polonais, l’autre allemand…
J.P. : Jean XXIII ne l’aurait pas fait.
G.M : La première décision de Jean XXIII, le lendemain de son élection a été de faire supprimer l’exécration perpétuelle des juifs prononcée tous les jeudis saints.
G.M. et J.P. : La Paulette du Parti socialiste ? Une Paulette qui d’ailleurs en pince pour l’épaulette (papa était militaire) et pour l’admonestation des fidèles, qui doivent s’aimer les uns les autres et voter pour elle sous peine de finir en enfer. Si c’est le cas, une question surgit quelle est l’épine qui lui travaille la chair ?
(1) Une histoire d’amour et de ténèbres, traduction de Sylvie Cohen, Gallimard, 2004.
Derniers ouvrages parus : Notre part des ténèbres, Gérard Mordillat (2008, Calmann-Levy) Roman noir, Essai sur la littérature gothique, Jérôme Prieur (Seuil, 2008).
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| | émission du jeudi 10 juillet 2008 Héritage judéo-chrétien : mythe ou réalité ? | |
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| | Autrefois – c’était il y a 30 ans – les lycéens apprenaient que l’identité spirituelle de l’Europe plongeait ses racines dans le sol de trois villes : Athènes, Rome et Jérusalem. Ces 3 capitales de l’Antiquité étaient censées incarner la philosophie, le droit et la religion. Mais quelle religion ? Juive ou chrétienne ? A cette question, il n’était pas apporté de réponse précise. «Jérusalem» avait précisément pour but de noyer le poisson. Cela valait mieux que l’enseignement du mépris et l’accusation de «déicide», que les chrétiens avaient portée contre les Juifs durant de longs siècles. Depuis Vatican II et en particulier la Déclaration Nostra Aetate, du pape Jean XXIII, les catholiques cherchent, en effet, un rapprochement avec un judaïsme qu’ils ont cessé de combattre. Jean-Paul II s’est rendu à la synagogue de Rome, au Mur des lamentations. Les relations sont plus décontractées. Mais le dialogue auquel ils sont conviés n’est-il pas un piège pour les Juifs ? Ne risquent-ils pas de se perdre dans un syncrétismes hasardeux ? Telle est en tous cas la thèse qui était soutenue avec véhémence dans une étude retrouvée du célèbre penseur israélien Yeshayahou Leibowitz, que publie, ce mois-ci la revue Cités pour relancer le débat. Pour Leibowitz, le christianisme, loin d’être un rameau du judaïsme, était le produit «d’une dégénérescence de l’hellénisme oriental», un «syncrétisme gréco-oriental polythéiste». Il aurait même pu avoir pour fonction de déstabiliser le judaïsme en ne lui faisant que des emprunts superficiels et trompeurs. Le christianisme serait une religion «anthropocentrique», en tous points opposée au judaïsme, religion «théocentrique». La vie et l’œuvre de Mgr Lustiger, incarnation du judéo-christianisme parce qu’il se voulait fidèle à ces deux voies, a relancé les interrogations sur la possibilité d’une réconciliation non plus seulement politique, mais spirituelle. La relance du dialogue n’est peut-être pas étrangère au défi commun que représente à nouveau en Europe, la présence de l’islam, qui réclame, lui aussi, sa place.
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NATALIE LEVISALLES - Libération - vendredi 18 avril 2008 Quelques jours avant d’être hospitalisé, Aimé Césaire faisait comme il avait fait chaque jour toutes ces dernières années. Après avoir passé la matinée à la mairie de Fort-de-France où il recevait tous ceux qui voulaient le rencontrer, des mères qui venaient lui présenter leurs enfants aux lycéens qui lui demandaient de l’aide pour un exposé, il mangeait un peu de riz, montait dans la voiture conduite par son chauffeur et partait se promener dans l’île.
L’écrivain Daniel Maximin, qui le connaît depuis près de 40 ans, a fait cette balade avec lui en décembre. Ils se sont arrêtés à l’endroit préféré d’Aimé Césaire, le sommet d’une colline d’où on voit, à droite, la mer des Caraïbes, à gauche, l’océan Atlantique. Ils se sont aussi arrêtés sous l’arbre préféré du poète, un énorme fromager dont les branches et le feuillage traversent la route. Dans un entretien avec Maximin, paru en 1982 dans la revue Présence africaine (1), Césaire raconte qu’il a toujours été fasciné par les arbres. «Le motif végétal est un motif qui est central chez moi, l’arbre est là. Il est partout, il m’inquiète, il m’intrigue, il me nourrit.»
«Libération». Aimé Césaire, poète, dramaturge et homme politique, est mort hier matin à Fort-de-France. Il était né le 26 juin 1913 dans une famille modeste de Basse-Pointe, dans le nord-est de la Martinique. Son père était petit fonctionnaire, sa mère couturière. Le jeune Aimé a fréquenté le lycée Schœlcher de Fort-de-France, dont il a été un élève exceptionnellement brillant. Quand il s’ennuyait en classe, il écrivait un ou deux actes d’une tragédie à la manière des tragédies grecques, avec son ami guyanais Léon-Gontran Damas. A 15 ans déjà, la culture grecque et latine était pour lui comme un antidote au monde colonial martiniquais qu’il s’était mis à détester, raconte-t-il. Ce monde «fermé, étroit» , ces petits-bourgeois de couleur, snobs et superficiels, qui singent l’Europe… Il déteste tout ça et veut partir en France. Dans le livre réunissant les entretiens qu’il a accordés à Françoise Vergès, il raconte : «Je me disais : "ils me foutront la paix, là-bas, je serai libre." C’est une promesse de libération, un espoir d’épanouissement.»
Le voilà donc à Paris. Le petit campagnard antillais et pauvre, mais brillant et boursier du gouvernement français, se retrouve en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand. Le jour même de son arrivée, il croise un garçon dans un couloir. «Bizuth, comment t’appelles-tu ?» - Je m’appelle Aimé Césaire. Je suis de la Martinique et je viens de m’inscrire en hypokhâgne. Et toi ? - Je m’appelle Léopold Sedar Senghor. Je suis sénégalais et je suis en khâgne. Bizuth, il me donne l’accolade, tu seras mon bizuth.» C’est le début d’une très profonde amitié, qui durera jusqu’à la mort de Senghor.
A Louis-le-Grand, les amis étudient le latin et le grec, mais aussi Rimbaud - «Il a beaucoup compté pour nous, parce qu’il a écrit : "Je suis un nègre." » Ils lisent Shakespeare, Claudel et les surréalistes. Mais aussi les écrivains noirs américains, Langston Hugues et Claude McKay. En métropole, Césaire rencontre toutes sortes d’étudiants noirs : des Caribéens, des Africains, des Américains. C’est là qu’il commence à découvrir vraiment la composante africaine de son identité martiniquaise, et à réfléchir sur ce que c’est d’être noir.
En septembre 1934, avec Senghor et Damas, son ami de lycée retrouvé à Paris, il fonde le journal l’Etudiant noir. C’est dans ses pages qu’apparaît pour la première fois le concept de négritude , inventé par Césaire et Senghor. Le projet, a raconté Césaire, était de chercher, par-delà les couches de la civilisation, «le nègre en nous». Leur idée secrète : «Nègre je suis et nègre je resterai… Mais Senghor et moi, nous nous sommes toujours gardés de tomber dans le racisme noir.» Il ajoutait : «Aucun de nous n’est en marge de la culture universelle. Elle existe, elle est là et elle peut nous enrichir. Elle peut aussi nous perdre. C’est à chacun de faire le travail.»
Poésie. A peine admis à l’Ecole normale supérieure en 1935, Césaire commence à écrire son premier livre de poésie, Cahier d’un retour au pays natal. Senghor a raconté avoir assisté à une très «douloureuse parturition». En fait, Césaire était si éprouvé par l’écriture de ce livre que le médecin de l’ENS lui avait prescrit six mois de maison de repos. Pour Maximin, «c’était comme s’il se disait : "Qui suis-je moi, pour lutter contre l’inacceptable, le malheur du monde ?" C’était comme un volcan enfermé dans une montagne. Tout est bouclé et, tout d’un coup, ça explose, comme la montagne Pelée.» Césaire disait d’ailleurs : «Ma poésie est peléenne.» Il parlait de la poésie comme de la «communication par hoquets essentiels face à l’inepte bavardage». Dès ce premier texte, il veut écrire sur «cette foule inerte» brisée par l’histoire, et rêve d’«un pays debout et libre».
En 1939, Aimé Césaire retourne en Martinique avec Suzanne, qu’il a épousée en 1937, qui sera comme lui professeur au lycée Schœlcher, et avec qui il aura 6 enfants, avant qu’ils ne se séparent. C’est aussi avec Suzanne, et avec l’écrivain René Ménil, qu’il fondera la revue culturelle Tropiques.
Tous ceux qui ont rencontré Aimé Césaire décrivent un homme petit, fragile, courtois. Et en même temps une personnalité d’une force et d’une puissance incroyables, un homme qui n’a jamais plié et qui, dès l’enfance, était un râleur, ou un rebelle. «J’ai toujours été un rouspéteur», disait-il encore récemment. Ces dernières années, même très âgé, il n’avait pas changé. Comme il ne supportait pas son appareil auditif, il l’enlevait tout le temps, même quand on lui demandait de le garder pour recevoir François Fillon. Il était aussi épuisé par les insomnies et se faisait remettre, sans ordonnance, des somnifères par les pharmaciens de l’île. Son médecin, le docteur Pierre Aliker, était obligé de les lui sortir de la poche. Le docteur Aliker, qui a été l’adjoint d’Aimé Césaire à la mairie de Fort-de-France, est pour sa part en pleine forme. Il est âgé de 101 ans et a toujours dit : «Je reste vivant pour ne pas mourir avant Césaire.»
Césaire était donc un rebelle, il avait aussi horreur des relations de dépendance. «Il est lui, il veut qu’on lui fiche la paix, dit Daniel Maximin. Et même s’il a été maire et député pendant 50 ans, il se moque du pouvoir, au fond.»C’est dans mes poèmes les plus obscurs, sans doute, que je me découvre et me retrouve.» Ce qui, paradoxalement, est peut-être une des raisons de son aura politique, en Martinique, mais aussi dans toute la Caraïbe, l’Afrique et le monde afro-américain. Comment a-t-il pu, tout au long de sa vie, réussir à lier politique et poésie ? A Françoise Vergès qui lui a posé la question, il a répondu : «C’est dans mes poèmes les plus obscurs, sans doute, que je me découvre et me retrouve.»
«Espérance». De Soleil Cou Coupé (1948) à Ferrements (1960) et Moi, laminaire (1982), il aura écrit une poésie à la fois inspirée du surréalisme, tellurique et bucolique, «une poésie de culture et de nature, c’était un homme enraciné dans la terre, comme un arbre» , dit Maximin.
Figure politique d’un rayonnement mondial, Césaire était poète avant tout. «Le langage poétique, disait-il, est le seul qui permette d’exprimer la complexité de l’homme.» Le seul, avec celui de la tragédie grecque, le modèle de ses quatre pièces, qui étaient en même temps très politiques. La Tragédie du roi Christophe (1963) est une réflexion sur l’expérience haïtienne, Une saison au Congo (1966) part de l’assassinat de Patrice Lumumba, Une tempête (1969), inspirée de Shakespeare, a pour sujet l’aliénation coloniale et le Black Power américain.
(1) Voir aussi la préface écrite par Daniel Maximin pour l’édition de Ferrements et autres poèmes, Points Seuil, février 2008.