Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Un poète s'écoute à ses titres : Cahier d'un retour au pays natal (1939), Les Armes miraculeuses (1948), Soleil cou coupé (1948), Corps perdu (1949), Ferrements (1960), Noria (1976), Cadastre (1981). Sans compter des essais historiques et des discours violents : Esclavage et colonisation (1958), Discours sur le colonialisme (1962), Toussaint Louverture, La Révolution française et le problème colonial (1962).
Il ne fera plus désormais son tour quotidien de l'île avec chauffeur, "je ne m'en lasse pas, la faune, la flore, le peuple martiniquais, la cabane martiniquaise, les pauvres gens", tout ce qu'il aimait par coeur. Son grand-père fut le premier enseignant nègre, on reviendra sur ce mot, de l'île. Sa grand-mère Eugénie, "Maman Ninie", rare femme lettrée pour l'époque. Le père est contrôleur des contributions, la mère, couturière. Boursier, il est admis au lycée Victor-Schoelcher de Fort-de-France : "J'étais si curieux de connaître la France, de connaître Paris. Nous aimions ce que nous lisions, le journal du matin, le journal du soir, les livres qui venaient de paraître, le latin, le grec : tiens, dans un texte on trouve tel mot, hop je le reconnais en créole." En septembre 1931, il prend le bateau pour la France. En 1931, la France n'a qu'une idée approximative des Nègres.
Césaire entre en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand. Huit jours de bateau. Le premier camarade qu'il rencontre dans les couloirs est un Nègre comme lui. Il s'appelle Léopold Senghor. Ils intégreront ensemble l'Ecole normale supérieure avec Georges Pompidou. Ensemble, sans Pompidou toutefois, ils fréquentent les surréalistes et fondent l'idée de "négritude" : "Mais c'est normal. Il était nègre, moi aussi, nous comparions nos expériences. C'est un Africain, je suis un Martiniquais, nous avions des points de rencontre, mais nous avions aussi des interrogations. (...) On s'enseignait l'un l'autre. La réponse était africaine."
Lors de l'élection présidentielle de 2007, Césaire reçoit Laurent Fabius, soutient la candidature de Ségolène Royal et bondit contre la "loi de la honte", l'amendement voulu par la droite qui prétend marquer les aspects positifs de la colonisation (décembre 2005) : "Cela me ramenait cinquante ans en arrière. Qu'est-ce que ça venait foutre ? Il est clair qu'en aucune manière je ne pouvais approuver ce point scandaleux." Avait-il changé ? Pas d'un poil.
En septembre 1934, avec Léon Gontran Damas, élégant danseur de jazz, ce qu'il n'est certainement pas, lui, si fragile, avec une bande d'étudiants antillo-guyanais, ils fondent le journal L'Etudiant noir. Gigantesque travail de mémoire culturel (le politique suivra) contre l'idéologie coloniale et raciale : "Ce qui m'intéressait, c'était l'identité nègre. Toi le Sénégalais, toi le Guyanais, qu'est-ce que nous avons en commun ? Pas la question de la langue, mais la question nègre. (...) Je n'ai jamais voulu faire du français une doctrine. Il y avait surtout des anglophones et des Américains, avec une littérature nègre, Langston Hughes, Richard Wright, and so on, c'était pour nous, Nègres et francophones, une révélation. Les premiers qui ont posé les bases, pour nous, c'étaient les Nègres américains."
Cri noir de la raison
En 1945, Césaire est appelé par les élus communistes de l'île à la mairie de Fort-de-France : "Sans le vouloir. On a fait de moi un porte-parole. Au sortir de la guerre, je suis un jeune homme de gauche, communisant, mais je n'y connais rien. Des copains de classe font une liste assez large pour avoir des chances. Je n'y crois pas une seconde. Je signe pour leur faire plaisir et la liste fait un triomphe !" Voirie, caniveaux, ordures, merde, masures, il fonce : "Quelle prétention ! hein ? Quelle emphase ! - "L'argent, nous le trouverons !" Voilà comment est née ma carrière. Je ne suis pas antifrançais : je suis d'abord martiniquais."
Après l'effondrement économique de la Martinique, Césaire demande pour son pays un statut de département. Vieille revendication, au demeurant, peu entendue des exigences gauchistes d'indépendantisme. Il crée la revue Présence africaine avec Alioune Diop. Sartre préface l'Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache.
Son action pour la ville, le logement social, l'urbanisme, la politique culturelle de l'île (Service municipal d'action culturelle et Centre martiniquais d'action culturelle, à la rivalité très productive) reste aussi soutenue que contestée. Son autoritarisme et son népotisme, très discutés.
L'action politique de Césaire n'a de sens qu'au regard de l'oeuvre. En France, Aimé Césaire reste aussi méconnu que ses Antilles natales. Le Nègre inconsolé, ouvrage de Roger Toumson et Simonne Henry-Valmore (Syros, 1993), peut encore servir d'introduction : "On ne naît pas Noir, on le devient." Et encore plus récemment : "Nègre je suis, Nègre je resterai" (entretiens avec Françoise Vergès, Albin Michel, 2005). Et si le Discours sur le colonialisme, (1950) nous mettait encore aujourd'hui sur la voie : "Pousser d'une telle raideur le grand cri nègre, que les assises du monde en seront ébranlées."
Il est un poète de langue française, son Orphée noir, la parole "belle comme l'oxygène naissant", sur qui Sartre, Leiris et Breton se sont entendus : Aimé Césaire. Césaire, cri noir de la raison. La Martinique, soleil, cocotiers, sable fin, robes madras, anneaux créoles ? Soleil, oui, là-haut, vertical, sans absence - mais aussi "une petite maison qui sent très mauvais dans une rue étroite, une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri des dizaines de rats et la turbulence de mes frères et soeurs." L'Antillais lui paraît un Africain déporté, pire qu'un Nègre parce que privé de langue, sans religion ni histoire propre, somnolent et soumis dans une île "désespérément obturée à ses bouts". Dans l'ignorance parfaite de la "métropole". La France.
Le virage, c'est sa descente aux enfers personnelle, aux bords de la raison, qui aboutit à l'un des textes de la poésie du siècle face aux Antilles, "cul-de-sac innommable de la faim, de la misère et de l'oppression". Ce cri qu'il est seul à pousser, contre l'imitation, l'expérimental, ou le négrisme. Contre le silence d'être nègre. Ce qu'il dira plus tard de Frantz Fanon (Les Damnés de la terre, 1961) : "Peut-être fallait-il être antillais, c'est-à-dire si dénué, si dépersonnalisé, pour partir avec une telle fougue à la conquête de soi et de la plénitude."
26 juin 1913
Naissance à Basse-Pointe (Martinique) ; il est le quatrième d'une famille de sept enfants.
1939
Cahier d'un retour au pays natal.
1946
Les Armes miraculeuses.
1947
Soleil cou coupé.
1950
Corps perdu. Discours sur la négritude.
1960
Ferrements.
1994
Moi, laminaire.
17 avril 2008
Mort à Fort-de-France (Martinique).
du lundi au vendredi de 17h à 17h55 | |
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![]() | | émission du mercredi 27 février 2008 Les totalitarismes du XX° siècle : la faute à Dieu ou à son oubli ? |
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| Le président de la république ne dit pas que des gros mots. Il lui arrive aussi de mettre en débat des idées fondamentales. Hélas, ce ne sont pas ces dernières qui font l’objet des discussions les plus nombreuses dans les média. Je vous propose donc d’oublier un instant l’exégèse du désormais célèbre « mot de Sarkozy », « casse-toi, pauvre con ! », pour mettre en débat la thèse qu’il a avancée, lors du dîner du CRIF, à propos du rôle des religions face aux grands crimes de masse du XX° siècle. « Si les religions sont impuissantes à préserver les hommes de la haine et de la barbarie, le monde sans Dieu, que le nazisme et le communisme ont cherché à bâtir, ne s’est pas révélé tellement préférable. […] Le drame du XX° siècle n’est pas né d’un excès de Dieu, mais de sa redoutable absence. » Voilà un jugement qui méritait mieux que le procès rituel en bigoterie. Mais il est vrai qu’il a du mal à trouver sa place entre les Guignols de l’Info, les pages peoples des quotidiens gratuits et la Star Ac. Et pourtant. Beaucoup d’essayistes ont développé l’idée selon laquelle l’expulsion du religieux à la fin du XIX° siècle aurait, en effet, produit un appel d’air, où se seraient engouffrées des religions de substitution, des religions politiques. Ainsi George Steiner, dans « Nostalgie de l’absolu », explique que l’écroulement du christianisme qui, durant des siècles, en Europe, avait structuré l’imaginaire collectif, a laissé derrière lui, « un vide immense ». D’où l’apparition de toute sorte de « credos de substitution », modelés sur la vieille croyance. Ainsi, le marxisme aurait transposé le paradigme chrétien du Péché originel et de la Rédemption, dans les deux mythes modernes de l’apparition de la propriété privée et de la Révolution communiste, la figure du prolétariat prenant la place du Sauveur. C’est la thèse de la rechute. Mais il en est une autre, défendue par Eric Voegelin ou par Camus dans « l’homme révolté », selon laquelle la sécularisation est responsable d’une forme de nihilisme inhérente à notre modernité elle-même. L’homme du Moyen Age, écrit Voegelin, reconnaissait l’existence d’une pluralité d’autorités, susceptibles de se limiter mutuellement. Les « religions intramondaines » modernes élisent, au contraire, un élément du monde et « l’élèvent à la place de Dieu où ils lui cachent tout le reste ». Cela a pu être la Nation, l’Etat, la Science, la race ou la classe. Et pour nous, quoi ? Le croyant des anciennes religions disposait d’une loi, extérieure et supérieure au monde, qui lui permettait de prendre ses distances envers les choses d’ici-bas, d’en prendre et d’en laisser. L’homme de la modernité ne dispose pas d’un tel recours. Par ailleurs, le nihilisme contemporain a entraîné une réduction de l’homme à l’Histoire et une relativisation de la notion de vrai. Il est tentant de déduire de la mort de Dieu et du retrait de la transcendance que l’Histoire est désormais le Juge suprême, la Raison même en devenir. Et que l’illumination finale justifie les crimes et les mensonges commis au nom du But sublime. La religion de l’Histoire a cessé de faire recette, mais elle peut toujours revenir. Quant au nihilisme, suggérer qu’il pourrait bien inspirer à la fois les grands despotes totalitaires du XX° siècle et nos émissions de télé les plus bêtes et les plus vulgaires, justifie que leurs animateurs ne se précipitent pas pour ouvrir le débat…
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L’exposition Huguenots. De la Moselle à Berlin, les chemins de l’exil, a été imaginée à la suite d’une sollicitation du directeur général du Deutsches Historisches Museum de Berlin, en 2002. Le Professeur Hans Ottomeyer préparait une exposition sur les migrations en l’Allemagne et souhaitait traiter de l’immigration huguenote. Il recherchait un partenaire français disposé à présenter une version française de cette exposition.
Immédiatement conscient de l’intérêt de ce sujet pour le public mosellan, le Conseil général a rapidement manifesté son intérêt pour le projet. Un protocole d’accord a été signé en décembre 2003 à Berlin.
La version berlinoise de l’exposition a été présentée du 22 octobre 2005 au 12 février 2006. Elle a accueilli 50 000 visiteurs.
La version française (bilingue) de l’exposition contera le parcours des huguenots, ces protestants , calvinistes, chassés de France – et tout particulièrement de Moselle – par les persécutions consécutives à la révocation de l’ édit de Nantes par Louis XIV (octobre 1685).
Contraints d’abjurer leur foi, ils furent nombreux à choisir l’exil clandestin et à s’enfuir vers d’autres pays européens : Angleterre, Provinces-Unies (Pays-Bas), États allemands dont surtout le Brandebourg et Berlin.
L’exposition s’ouvrira sur la naissance de l’imprimerie et l’apport essentiel de cette nouvelle technique dans la diffusion des idées de la Réforme.
La présentation de l’implantation et du développement de cette religion nouvelle à Metz et dans le Pays messin aux XVIe et XVIIe siècles seront au cœur du premier volet de l’exposition. Les conséquences de la révocation de l’édit de Nantes seront ensuite traitées par l’intermédiaire d’histoires singulières et véridiques s’appuyant sur les témoignages de huguenots messins ayant raconté leur chemin vers l’exil. La deuxième partie de l’exposition sera entièrement située à Berlin.
La présentation de la ville à la fin du XVIIe siècle, l’accueil des Réformés et l’apport des huguenots à la vie administrative et culturelle de leur terre de refuge seront successivement traités. On s’intéressera enfin à la mémoire huguenote dans les familles descendant de ces huguenots et aux traces encore visibles de cette histoire dans les rues et le parler berlinois.
Le propos sera illustré par cent soixante-dix pièces d’archives, de musées ou de bibliothèques (tableaux, gravures, ouvrages, objets d’art) provenant de grandes collections allemandes et françaises. Le parcours sera ponctué de mises en ambiance qui permettront au grand public – et spécialement aux scolaires – d’aborder plus aisément cette histoire un peu complexe. Un groupe de travail a été constitué avec l’Éducation nationale afin d’élaborer des pistes et des outils d’exploitation qui seront proposés aux enseignants souhaitant visiter l’exposition.
Cette exposition sera accompagnée de nombreuses actions culturelles portées par les services du Département ou par ses partenaires : concerts, contes, circuits de mémoire (comme le chemin des huguenots menant de Courcelles-Chaussy à Ludweiler, en Sarre), visite des temples protestants à Metz et en Moselle avec les offices de tourisme, etc.
La manifestation sera l’occasion de la publication d’un ouvrage de référence, rédigé par d’éminents spécialistes français et étrangers. L’Inventaire régional du patrimoine éditera un Itinéraire du patrimoine présentant les temples protestants de Moselle, conjointement rédigé par Christiane Pignon-Feller, docteur en histoire de l’art et Marie Gloc-Dechezleprêtre, conservateur de l’Inventaire au Conseil général.
Les 18 et 19 janvier 2007, un colloque historique portant sur les « Destins huguenots. Du Pays messin au Refuge allemand » réunira les plus éminents chercheurs sous l’égide de l’Académie nationale de Metz, dans la salle des délibérations du Conseil général. Ce colloque sera complété par un cycle de conférences, à raison environ d’une par mois.
L'exposition a leiu au Temple-Neuf de Metz.
Place de la Comédie
57000 Metz
Horaires :
Lundi : 14h00-18h00
Mardi à jeudi : 10h00-18h00
Vendredi : 10h00-20h00
Week-end et jours fériés : 10h00-19h00
En décembre : Dimanche 24 et 31 décembre 2006 : 10h00-16h00
Mardi 26 décembre : 14h00-19h00
Fermé les 25 décembre 2006 et 1er janvier 2007
« Pirates et protestants », un documentaire d’Olivier Abel - réalisé par Claude Vajda
Et si la grande épopée de la flibusterie n’avait été que l’écume du même mouvement qui a fait la Réforme protestante ?
C’est que l’océan est en phase avec la nouvelle théologie : il n’y a plus ni roi, ni pape, on est seul avec Dieu, on a tout quitté, obligé de vivre chaque jour sans être trop assuré du lendemain. L’homme se découvre petit dans un monde illimité et Dieu n’en est que plus immense...
En 1492, Christophe Colomb touche terre aux Bahamas. Très vite, le trop vaste empire espagnol et catholique, avec ses conquistadors, apparaît comme le grand pilleur. Les corsaires protestants ont donc été lancés à l’assaut de l’empire catholique espagnol, qui s’était arrogé la plus grosse part du nouveau monde. Pendant un siècle, tous les pirates, qu’ils soient français, anglais ou hollandais, seront pêlemêle désignés comme des luteranos, des « luthériens », par les Espagnols.
Productrice : Séverine Boudier - Adjoints : Jean Figuière - Lydie Roshem-Clinchamps
Assistants de production : Jonathan Gonzalve - Marine Torrente
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Henri de Saint-Simon (1760-1825), noble français, développe le thème de la solidarité sociale et de l’Etat régulateur, il inspirera les premières coopératives ouvrières. Charles Fourier (1772-1837), horloger ruiné, imagine les phalanstères, communautés autonomes assumant toutes les fonctions de la société, il ne condamne pas le capital en lui-même, et si sa réflexion porte en elle un fort courant pour la libération des mœurs, il faut signaler l’antisémitisme qui anime sa haine du “commerce”. Robert Owen (1771-1858), industriel britannique, insiste moins sur l’Etat que sur la nécessité des coopératives...
La génération suivante approfondie encore le débat. Louis Blanc (1811-1882) réclame la nationalisation des grands moyens de production pour contrôler l’économie, et un État qui assure la protection sociale et une législation du travail.
Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865), ouvrier imprimeur, théorise une société de petits producteurs indépendants, substituant à l’État des associations professionnelles et communales, opposant à une société commandée autoritairement une fédération sur libre consentement de la base. Flora Tristan (1803-1844), féministe et socialiste, propose de constituer en 1843 une Union ouvrière universelle pour obtenir le droit au travail et l’organisation du travail.
Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895), philosophes allemands, tirent les leçons de l’échec relatif des penseurs français. À travers L’idéologie allemande(1845), Le manifeste du Parti Communiste (1848) et Le Capital (1867) ils développent une vision de l’Histoire, de la Philosophie et de l’Économie qui aboutit à un socialisme « scientifique ». La société divisée en classes a vu le pouvoir passer dans les mains de la bourgeoisie détentrice du capital et des moyens de production. 1789 est une « Révolution bourgeoise », la bourgeoisie peut depuis exploiter toujours plus le prolétariat et rabaisser les artisans, leur paupérisation devant aboutir à la Révolution prolétarienne, dirigée par des partis ouvriers révolutionnaires. La dictature du prolétariat dans un État socialiste permettrait d’instaurer la collectivisation des moyens de production ; une société sans classe en sortirait, l’État deviendrait peu à peu inutile et le stade « communiste » de la civilisation permettra à chacun de voir sa liberté et ses besoins satisfaits.
• celle du Parti Socialiste de France, autour de Jules Guesde (P.O.F., marxiste) mais aussi d’Edouard Vaillant (P.S.R.), qui se veut “révolutionnaire” et condamne le “ministérialisme” ;
• celle du Parti Socialiste Français, autour de Jean Jaurès (socialistes indépendants) et des “possibilistes”, qui soutient le “bloc des gauches” et entend unir les valeurs du Socialisme et de la République, et où se mêlent réformisme et aspirations révolutionnaires.
Jean Jaurès, cependant, impose peu à peu son ascendant par sa capacité de synthèse entre les idées de réforme et de révolution, entre le patriotisme et l’Internationalisme, qui correspondent mieux que celles de certains marxistes français à un électorat composite où se côtoient ouvriers, paysans, fonctionnaires et intellectuels. À la veille de la guerre, le socialisme devient une force notable (avec 100 députés, il est le deuxième groupe de la Chambre) : un rapprochement s’esquisse avec la C.G.T. syndicaliste révolutionnaire (reprise en mains par Edouard Vaillant et les allémanistes, après la parenthèse anarcho-syndicaliste) et la gauche du Parti Radical dans la lutte contre la « loi des trois ans ».
Les espoirs et les désillusions marquent les socialistes de l’immédiat après-guerre. Leurs idées influencent très largement les programmes et les politiques de la Libération. Ils jouent un rôle majeur dans les gouvernements du général De Gaulle et ceux du tripartisme (P.C.F./S.F.I.O./M.R.P.). Vincent Auriol devient le premier Président de la IVème République. Mais les socialistes se trouvent aussi confrontés à la concurrence à gauche d’un parti communiste, qui est au sommet de son influence électorale (28,5%), et au centre d’un nouveau parti, le Mouvement Républicain Populaire (démocrates-chrétiens). Leurs médiocres résultats électoraux précipitent une crise identitaire, au regard des ambitions qui les animaient.
À Léon Blum et Daniel Mayer – qui veulent ouvrir le parti, lui donner une définition humaniste et en faire un parti de gouvernement qui s’assume – une majorité composite, animée par Guy Mollet (1905-1975) premier secrétaire du Pas-de-Calais, oppose l’identité traditionnelle du parti, défend une ligne marxiste pseudo-orthodoxe et l’unité d’action avec le P.C.F. Le congrès d’août 1946 enregistre la victoire de Guy Mollet, donc des cadres fédéraux contre la direction nationale (ce sera l’unique fois dans l’histoire du parti).
En 1954, le radical Pierre Mendès-France (1907-1982), plus que Guy Mollet, paraît incarner le renouveau de la gauche non communiste. La guerre d’Algérie accuse les divisions de la gauche : héritiers d’une conception évolutionniste de la décolonisation, analysant le nationalisme algérien dans le contexte de la guerre froide, une majorité de socialistes derrière Guy Mollet, président du Conseil du Front républicain (1956/57), acceptent les contraintes (pouvoir militaire, censure, tortures…) d’un conflit qui ne veut pas dire son nom. Une minorité (Daniel Mayer, Robert Verdier, Gilles Martinet, Alain Savary) met en accusation la politique menée en Algérie et dénonce l’usage de la torture. La scission est inévitable avec la crise du 13 mai 1958 et l’attitude de la direction du parti face au retour du Général De Gaulle : le Parti Socialiste Autonome est fondé à l’automne 1958.
François Mitterrand (1916-1996), contre Mendès-France, G. Mollet et Gaston Deferre (1911-1986), impose sa stratégie d’Union de la Gauche avec le Parti communiste en mettant à profit le coup d’éclat que représente sa « glorieuse défaite » devant le Général De Gaulle en 1965. Cependant, la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste (F.G.D.S.), qu’il constitue la même année, n’est qu’un cartel électoral entre la S.F.I.O., le Parti Radical et « sa » Convention des Institutions Républicaines (C.I.R.). La forte progression de la gauche aux législatives de 1967 est remise en cause par les divisions issues des hésitations de la gauche traditionnelle face à Mai 1968.
Lionel Jospin, surfant sur l’exercice de démocratie militante et son score au 2nd tour de l’élection présidentielle, impose un nouveau processus de rénovation, fondé à la fois sur un “droit d’inventaire” des années Mitterrand et sur la revendication d’un “réalisme de gauche”. Mais la base électorale du parti continue de subir une érosion dans les catégories populaires et chez les jeunes, se centrant de plus en plus sur les classes moyennes et moyennes supérieures. Cependant l’autorité de Jospin permet un apaisement interne propice à un travail politique dans les domaines programmatique, stratégique et structurel.CGT et PS : 100 ans de solitude
La séparation, décidée en 1906 à Amiens, empêche l'instauration d'une social-démocratie.
Par Michel WIEVIORKA, sociologue - Libération - mercredi 22 mars 2006
ans quelques semaines, la CGT va tenir son congrès à Lille. Ce pourrait être l'occasion de commémorer utilement le centième anniversaire du congrès de 1906, tenu à Amiens, et célèbre pour la charte qui y a été votée. Du 8 au 14 octobre 1906, la CGT tient congrès, quelques mois après l'échec de la grève générale du 1er Mai. Rédigée, selon la légende, au buffet de la gare d'Amiens par quelques leaders, une motion est proposée par le secrétaire de la confédération Victor Griffuelhes. Elle recueille 830 mandats contre 8, et un bulletin blanc. Ce vote en faveur de ce qui deviendra dans l'historiographie du mouvement syndical la «charte d'Amiens» constitue le principal moment d'unité d'un congrès marqué plutôt par la confusion.
Le texte est court. Il affirme l'indépendance syndicale par rapport aux partis politiques (et aux «sectes»). Il demande à chaque syndiqué de ne pas introduire dans le syndicat «les opinions qu'il professe au dehors» et fait de la CGT l'acteur d'une «émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste». Il préconise comme moyen d'action la grève générale.
La charte d'Amiens a en fait 2 implications décisives. La première est qu'elle marque, pour un temps, l'échec de ce qui s'appelle alors le guesdisme, du nom du leader socialiste Jules Guesde, qui entend subordonner le syndicat au parti, politiquement comme financièrement. Un vote qui précède celui de la charte signifie déjà le rejet de cette orientation, puisque la proposition de Victor Renard (secrétaire de la Fédération du textile et militant socialiste tendance guesdiste), d'établir des relations entre le conseil national du Parti socialiste et le comité confédéral de la CGT, est repoussée par 724 mandats contre 34 et 37 bulletins blancs. Mais ce refus n'est que partie remise car plus tard, durant l'entre-deux-guerres, la CGT deviendra la courroie de transmission du Parti communiste.
Le syndicalisme d'action directe, dit parfois aussi anarcho-syndicalisme ou syndicalisme révolutionnaire, semble en 1906 à son apogée ; en réalité, il ne se remettra pas de la déception et des désaccords consécutifs aux revers subis lors de la grève générale du 1er Mai. Il inaugure alors sans le savoir son déclin historique qui débouchera sur l'entrée dans l'ère de la soumission du syndicat au Parti communiste, et non pas socialiste.
La deuxième implication de l'adoption de la charte d'Amiens est d'autant plus dramatique que nous continuons à en subir les effets : elle annonce l'immense difficulté qu'il y a, en France, à mettre en place une social-démocratie, c'est-à-dire une formule d'articulation de l'action syndicale et de l'action du parti caractérisée par un lien fort mais sans domination de la seconde sur la première. Ainsi, en rejetant le guesdisme, la CGT d'alors s'écarte d'un modèle protocommuniste, plutôt méprisant à l'égard du syndicalisme, préléniniste, ou, si l'on préfère, avant-gardiste, et au marxisme sommaire mais ce qui rend cette charte attachante ne durera pas. En revanche, en marquant leur défiance vis-à-vis du «Parti socialiste, section française de l'Internationale ouvrière» (la SFIO, qui vient, en 1905, d'unifier les socialistes), les congressistes d'Amiens indiquent leur refus d'une association du combat politique, au sein d'un parti, et de la lutte sociale, au sein d'un syndicat. Du coup, il n'y aura guère de double appartenance, de double militantisme, au syndicat et au Parti socialiste ; il n'y aura pas non plus, ou bien moins qu'ailleurs, de forte mobilisation politico-syndicale, ni de capacité à faire remonter directement et systématiquement, par la voie des réformes et de la représentation politique, les attentes ouvrières jusqu'au niveau du système institutionnel et de l'Etat.
La naissance de la SFIO n'a pas créé les conditions favorables à une formule social-démocrate. L'établissement de la République en France, l'instauration de la démocratie, le suffrage universel, le parlementarisme, n'ont pas été le fait des composantes de ce parti antérieures à l'unification. La démocratie représentative leur doit peu. L'espace de la défense et de la promotion de l'idéal républicain est bien davantage occupé par le Parti radical, et celui-ci interdit aux socialistes d'envisager d'incarner le monopole d'une opposition gauche-droite (opposition qui est aussi celle des Républicains) contre leurs adversaires. Empêtrée dans de fortes tensions entre partisans et critiques de la République, entre logiques parlementaires et logiques de rupture révolutionnaire, même si Jean Jaurès peut donner l'impression d'avoir su les résoudre, ne comptant en 1906 que 40 000 adhérents, sans base ouvrière forte, même si elle comporte un nombre significatif d'adhérents et de militants ouvriers, la SFIO ne se présente pas comme l'expression d'une puissante classe ouvrière, d'une «contre-société ouvrière», selon l'expression d'Alain Bergounioux et Gérard Grunberg (1). Son assise est plus municipale que liée au mouvement ouvrier, à ses syndicats, mutuelles ou coopératives. Griffuehles, à Amiens, souligne qu'elle compte avec le pouvoir et en subit la pénétration ; de même, le secrétaire de la Fédération de l'alimentation, Bousquet, signale que, ce parti «comprenant des patrons dans son sein, nous ne pouvons faire alliance avec lui».
Ainsi, il y a 100 ans, et aidé en cela par une SFIO conjuguant le marxisme sommaire de Jules Guesde et une implantation plus municipale que sociale, le syndicalisme CGT refusait tout autant la préfiguration du modèle communiste que la social-démocratie. Il était bien anarcho-syndicaliste. Dans plusieurs pays d'Europe du Nord et centrale se mettaient en place de puissants partis ouvriers, à l'action réformiste coordonnée avec de non moins puissants syndicats. Et, aujourd'hui encore, la France apparaît comme bien éloignée de pouvoir envisager une quelconque formule social-démocrate. Son Parti socialiste souffre d'un déficit s'il s'agit de sa base proprement sociale (en dehors du secteur public et notamment de l'Education nationale, ou de quelques bastions locaux). Il élabore sa politique sans avoir entièrement tranché entre réformisme et rupture. Quant au syndicalisme, il est affaibli, limité pour l'essentiel aux secteurs protégés de la fonction publique et de quelques grandes entreprises, méfiant à l'égard des partis politiques.
Au prochain congrès de la CGT, il est peu probable que des voix se fassent entendre pour commémorer la charte d'Amiens, du moins pour rappeler qu'elle a signifié le contraire de ce qu'est devenue ensuite la Confédération au temps de sa splendeur, avec ses liens de subordination avec le Parti communiste. Mais à Lille, si près d'Amiens, pourquoi ne pas revenir sur l'autre implication de cette fameuse charte, fondatrice du drame politique majeur de notre pays : la difficulté à le doter d'une social-démocratie efficiente ?
(1) L'Ambition et le remords. Les socialistes français et le pouvoir. Fayard, 2005.