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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

6 avril 2026 1 06 /04 /avril /2026 12:06

Depuis plusieurs semaines, et avant même sa sortie, le film de Xavier Giannoli, Les Rayons et les Ombres, suscite le débat et parfois la polémique. C’est assez classique pour une œuvre qui se rapporte à la période de l’Occupation et de la Collaboration et qui prétend à une certaine ambition, au minimum artistique. On ne dira jamais assez en quoi la Seconde Guerre mondiale fut dans l’histoire de France une charnière majeure, une guerre civile déclenchée, à l’occasion d’une défaite militaire face au pire ennemi de l’humanité, par ceux de nos compatriotes qui espéraient plus qu’une revanche, un effacement des fondements de notre Nation à l’issue de la Révolution et la précédente guerre civile qui l’accompagna. Le sujet en est encore aujourd’hui inflammable, car les fractures et les plaies semblent sans cesse se réactiver selon des schémas récurrents.

Il était donc prévisible qu’un tel film déclenche débats enflammés et parfois polémiques nées de ces mêmes débats. Il sera toujours trop ou pas assez pour la majorité des commentateurs qui ne sont pas cinéastes. Alors sortant de la salle obscure ce dimanche de Pâques, après 3 heures 15 qui ne m’ont pas paru si longues, j’ai voulu moi aussi apporter mon écot au débat (et non à la polémique) en partageant mes impressions.

La grâce, la nausée et les mains sales

La grâce déchue

Dans les articles et commentaires que j’ai pu lire à propos des Rayons et les Ombres, je n’ai pas vu une chose essentielle et qui pourtant crève les yeux comme elle crève l’écran. C’est d’abord et avant tout un film sur Corinne Luchaire. L’artifice narratif de l’enregistrement sur bande magnétique d’une histoire à la première personne – dont on ne sait pas (et peu importe) s’il s’agit d’une invention du réalisateur et de son co-scénariste Jacques Fieschi dont l’illusion prend fin avec la pirouette des derniers écrans noirs, ou s’il fut vraiment tenté – le rythme du récit et l’organisation des personnages autour d’elle : tout tend vers une sorte de biopic d’une jeune actrice tombée dans l’oubli et écrasé par une histoire trop grande pour elle.

On pourra dire ce que l’on veut mais ce n’est pas Jean Dujardin, dont le nom est pourtant en tête de l’affiche, et sa prestation qui dominent le film, mais bel et bien Nastya Goloubeva-Carax qui incarne Corinne Luchaire. Sa fragilité, la voix éteinte et la tristesse de son regard qui marquent son interprétation sont évidemment parfaitement adaptées à l’image de ce personnage sacrificiel que veulent nous peindre Giannoli et Fieschi. Ma fille adolescente m’a dit, en sortant de la séance, qu’elle avait vu avant tout une jeune femme manipulée et c’est effectivement bien de cela dont il s’agit : Corinne Luchaire apparaît comme manipulée et utilisée par son père d’abord (on ne doute pas qu’il l’aime, mais c’est sa personnalité trouble qui finit par l’emporter là-aussi), par Otto Abetz et par ses amant(e)s ensuite. En tout cas, c’est cela que l’on veut nous raconter. Frappée d’indignité nationale, elle se défend (mal), comme se sont défendus toutes celles et tous ceux qui ont préféré l’égoïsme et l’indifférence. Mais ici aussi on nous donne à percevoir la culpabilité qu’elle ressent a posteriori ; et elle n’aura pas droit à la rédemption que vient lui offrir Léonide Mogui par-delà l’horreur de la guerre et du génocide.

J’avoue que j’ai ignoré jusqu’à récemment l’existence de Corinne Luchaire, jusqu’à l’automne dernier en réalité. Il faut croire qu’il y a une efficacité concrète à la condamnation à l’indignité nationale. C’est avec la série d’émissions réalisée par Philippe Collin – Sigmarigen, le crépuscule des bourreaux – que je l’ai découverte. L’épisode « La divine surprise », qui se situe au moment de la contre-offensive allemande dans les Ardennes à la Nöel 1944, évoque à ce moment son parcours tressé avec celui de son père Jean Luchaire. J’ai été marqué alors par le témoignage de Micheline Presle, interviewée en 2009, qui revient sur les débuts de comédienne de sa collègue et souligne sa singularité, sa modernité et le gâchis de sa carrière brisée ; je n’avais pas retenu que la maladie en fut la cause première et jusqu’au film, je pensais qu’elle était la conséquence de sa condamnation à Libération. C’est au moins une chose que l’on peut mettre au crédit du film : à aucun moment, on ne nous fait croire que la tuberculose lui sert d’excuses pour refuser de voir – même au Sanatorium alors que son récit prétend qu’elle avait son propre combat à mener, il lui est donné de comprendre et elle ne choisira qu’une forme d’accommodement.

La nausée

Les Rayons et les Ombres s’attaque donc au sujet inflammable de la Collaboration, cette tâche terrible dans l’histoire de France. Il ne faut pas se tromper d’objet ici : ce n’est pas un film sur l’Occupation, sur la Guerre, ce n’est pas un film sur la Résistance, la Shoah ou les privations imposées au peuple français… Par touches subtiles, ces éléments sont présents, mais ils ne constituent pas le propos du film. Les Rayons et les Ombres est un film qui s’attache à présenter des salauds et les petits arrangements qu’ils cherchent avec leur conscience perdue.

La politique de Collaboration et le milieu collaborationniste à Paris, petit monde distinct de celui de Vichy avec lequel Laval fera la liaison, ont été le moyen d’une revanche. Je parlais en introduction d’une revanche sur la Révolution, mais le film montre aussi assez clairement la revanche des ratés. Les ratés de la politique, du journalisme, de la littérature, les envieux qui rêvaient d’un mode de vie bourgeois et rongeaient leur frein de ne pas en avoir les moyens. La Collaboration a été le tremplin pour toute une clique d’opportunistes et d’individus qu’aucun scrupule n’étouffait, l’occasion d’une revanche sur la vie, une opportunité pour se gaver sur la misère du pays.

Car, en définitive, qu’est-ce qu’est Jean Luchaire au moment où la France bascule dans la défaite, si ce n’est un raté ? Un raté, un menteur et un irresponsable, tel qu’il nous est présenté par les scénaristes. Raté, car il se croit journaliste engagé, mais les convictions pacifistes des années 1920 semblent rapidement peu de choses, un vernis craquelé ou plus vraisemblablement une manière de faire fructifier le moment venu un pedigree qui ne lui a jamais rien rapporté, au regard de la faiblesse de son audience. Menteur, car il mène en bateau ses propres amis et collaborateurs et ruine sciemment par intérêt personnel les entreprises qu’il conduit. Irresponsable, car il choisit la décadence et la déchéance plutôt que la guérison ou la rémission, qu’il y entraîne sa fille, et que ce cycle s’accélère au fur et à mesure que le désastre devient certain. Luchaire et Abetz sont bien décrits comme des salauds qui se débarrassent finalement bien facilement de leurs convictions originelles – si tant est que les convictions prêtées à Abetz dans le film fussent bien réelles (il a été proche du NSDAP dès 1930, même s’il ne put y adhérer formellement qu’en 1937) – et adoptent par intérêt un antisémitisme qui leur permet de fréquenter ou d’exercer le pouvoir. Peu importe le respect des évolutions historiques de leurs convictions, le duo Jean Dujardin-August Diehl montre ici à la perfection la médiocrité et la bassesse des motivations et des justifications des deux amis. La séquence de la lettre à Céline est à cet égard une illustration édifiante de l’absence totale de décence.

Aussi, Les Rayons et les Ombres fait la description de ce milieu collaborationniste parisien qui fréquente les sauteries de l’Ambassade du IIIème Reich et mène grande vie à crédit dans les cabarets et les grands restaurants, permet de démasquer cette société hors-sol, qui n’a plus ou n’a jamais eu de code moral, qui fraye joyeusement avec la pègre, qui se moque bien des réquisitions et des privations subies par les Français… bien au contraire, qui est là pour profiter des miettes de la prédation systématique du régime nazi sur la France. Giannoli nous montre l’enfermement volontaire des salauds dans une réalité parallèle. La politique de Collaboration a été souvent présentée par ses promoteurs comme un moyen pour limiter les souffrances du pays et il suffit de relire Paxton pour démontrer qu’elle n’a pas apporté d’avantages comparatifs à la France par rapport à la Pologne ; au contraire, elle fut plus pressurée que les Pays-Bas, la Belgique ou le Danemark. Les Rayons et les Ombres ne tait pas cette réalité, mais insiste jusqu’à la nausée sur la complicité, l’indécence et la rapacité des collaborationnistes, qui prétendaient dans leur discours relever la France en la nazifiant et, en réalité, ne faisaient que se gaver à l’excès jusqu’à rendre sur le sol de marbre ce qu’ils avaient pillés avec leurs commanditaires.

On ne peut pas reprocher au film de faire preuve de complaisance avec ce milieu alors que la description qu’en font Giannoli et Fieschi ne peut en réalité que provoquer le dégoût.

Les mains sales

Le métier d’imprimeur, ça tâche… on a de l’encre sur les mains quand on prépare les plaques et les rotatives. C’est normalement la marque de noblesse de ce métier glorieux d’une époque révolue, qui accompagna tous les progrès de la pensée humaine de la fin du XVème siècle au XXème. Dans Les Rayons et les Ombres, Luchaire-Dujardin, quand il s’approche de la composition typographique, n’a plus que les mains sales. C’est la marque de la déchéance du journaliste qu’il prétendait être. C’est la marque de sa déchéance comme patron de presse.

Il revendique n’avoir de compte à rendre qu’à sa conscience et l’a perdue totalement. Ce qu’il écrit n’apparaît dans le film que pour satisfaire ses intérêts. Il n’est pas besoin d’attendre les réquisitions de l’avocat général (interprété par Philipe Torréton) pour le voir. Le portrait de Luchaire-Dujardin est celui d’un homme qui court après l’argent qu’il s’acharne par ailleurs à dilapider avec empressement. Il n’a aucune conviction réelle : il choisit l’antisémitisme par intérêt et croit se donner bonne conscience en facilitant la fuite de quelques proches… Laval procédera de la même manière, considérant en maquignon de la politique que cela pourrait un jour lui servir si la situation venait à se retourner.

À plusieurs reprises, on lui donne l’occasion de réagir : il ne le veut pas. Il choisit Guy Crouzet (Vincent Colombe, parfait dans l’abject) contre Pierre Labarrière. Il ment à son équipe quand il affirme que les fonds des Nouveaux Temps sont français. Son père lui donne l’occasion de retrouver sa conscience : on sent le complexe d’infériorité du fils face à l’universitaire Julien Luchaire (André Marcon), celui-ci finit par intervenir comme Dieu le Père qui intervient au travers du Figaro pour admonester son fils – c’est un peu le Dieu de l’Ancien Testament qui, par l’intermédiaire du Prophète Samuel, avertit le Roi Saül de l’impérieuse urgence de changer de comportement. Mais comme Saül, Luchaire-Dujardin est déjà trop compromis, trop souillé pour revenir en arrière : il préférera persister et en rajouter. Seule sa mort effacera la faute.

Car Jean Luchaire est allé au bout de l’abjection. Le film montre Luchaire-Dujardin fuir à Sigmaringen et entraîner sa fille derrière lui ; l’ambiance crépusculaire montre bien fugacement le ridicule macabre de cette petite société composée des plus convaincus des Collabos. Ici, il manque une pièce au puzzle (on n’était pas à un quart d’heure près) : Jean Luchaire sera nommé commissaire (ministre) à l'Information dans la Commission gouvernementale pour la défense des intérêts français, présidée par Fernand de Brinon, sorte de gouvernement en exil qui singe à l’envers la geste de la France Libre (alors que Pétain et Laval eux-mêmes s’estiment désormais prisonniers des Allemands). En même temps, directeur du journal La France, quotidien en langue française destiné aux exilés de Sigmaringen, qui paraît jusqu'en mars 1945, il dirigea également une radio, Ici la France pour relayer la propagande nazie. Luchaire fut donc de ceux qui sont allés au bout, qui ont adhéré jusqu’à la fin à l’entreprise de nazification de l’Europe et de la France et qui allait se choisir Doriot comme chef si celui-ci n’avait pas été mitraillé par un avion allié. Son portrait n’était déjà pas glorieux dans le film, mais cette précision politique n’aurait pas été inutile.

 

Les Rayons et les Ombres est un excellent film. Il est certes un peu long, mais comment décrire un tel pourrissement de l’âme en 1h30 ? Il ne saurait supporter en tout cas l’accusation de complaisance que certains veulent lui coller. Rien n’est aimable dans cette bande de médiocres, d’opportunistes et de pieds nickelés qui préfèrent fermer les yeux sur l’horreur de leur temps ou l’habiller de mots creux pour la mettre à distance. Les Rayons et les Ombres n’est pas un essai historique et je ne crois pas que les réalisateurs et scénaristes aient eu cette ambition. Mais il nous parle parce qu’il nous met face aux noirceurs de l’âme humaine, de la petite médiocrité à l’aveuglement volontaire, de l’indifférence égoïste jusqu’à la complicité criminelle, de l’envie jusqu’à la prédation… Les Rayons et les Ombres nous laisse face à cette indignité, sans chercher ou inventer des excuses, car il n’y en a aucune.

Frédéric FARAVEL

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27 janvier 2025 1 27 /01 /janvier /2025 09:53

Vous trouverez ci-dessous l'article que j'ai rédigé, à l'occasion des 80 ans de la "découverte" du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau par l'Armée rouge, pour la Gauche Républicaine et Socialiste.

80 ans après, notre responsabilité face à l'avenir

Le 27 janvier 1945, voici 80 ans jour pour jour, le camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau était découvert. La réalité de l'univers concentrationnaire et exterminateur nazi ne faisait plus de doute depuis longtemps ; le 22 juillet 1944, déjà des unités soviétiques avaient découvert le camp de concentration et d'extermination de Majdanek, situé à l'est de la ville de Lublin. À l'ouest de septembre 1944 jusqu'au printemps suivant, les Anglo-américains et les Français découvrirent également l'horreur des camps de concentration : les renseignements britanniques avaient acquis dès 1942 la certitude de l'organisation de la mise à mort des Juifs d'Europe par le IIIème Reich à l'est du continent.

Le 27 janvier 1945, des unités de l'Armée rouge atteignirent Auschwitz-Birkenau, situé au sud de la ville de Cracovie. Elles libérèrent les quelques 7 000 malades et mourants qui y avaient été abandonnés. Nombre d'entre eux succombèrent, à bout de forces, quelques heures ou jours plus tard. Dans son récit sur les derniers jours à Auschwitz, l'écrivain italien Primo Levi décrit la situation qui régnait à l'arrivée des libérateurs en ces termes : « Nous nous trouvions dans un monde de morts et de larves. Autour de nous et en nous, toute trace de civilisation, si minime soit-elle, avait disparu. L'œuvre de transformation des humains en simples animaux initiée par les Allemands triomphants avait été accomplie par les Allemands vaincus ». Une dizaine de jours auparavant, dès le 17 janvier 1945, les quelque 60 000 détenus encore aptes à marcher furent emmenés vers l'Ouest.

Rappeler les faits : une industrie de la mort

À l'occasion des cérémonies qui auront lieu, il faut sans cesse rappeler les chiffres : Le Museum Holocaust de Washington indique que les victimes juives furent plus de 5 860 000. Quoiqu'il en soit, le chiffre d'environ 6 millions de personnes est avancé et accepté par la plupart des autorités compétentes sur la question. Bien plus que les victimes elles-mêmes, c'est une part de l'histoire et de l'identité culturelle de l'Europe qui a été ainsi irrémédiablement détruite.

Il faut y ajouter plus de 200 000 à 500 000 Tsiganes voués également à l'extinction par les Nazis, plusieurs milliers d'homosexuels, 30 à 40 000 prisonniers de guerre non soviétiques, Environ 3,3 millions prisonniers de guerre soviétiques, 1,8 million de Polonais (non juifs), plus de 310 000 Serbes, 300 000 personnes handicapées dont au moins 10 000 enfants, plusieurs dizaines de milliers d'opposants politiques et dissidents allemands et plusieurs milliers de déportés politiques ou résistants issus d'autres pays d'Europe occupée.

Le caractère insoutenable, inimaginable et insupportable de ces chiffres démontre à lui-seul l'énormité du crime, le niveau de préméditation, de conception, d'organisation d'un effort industriel pour mettre à mort des millions d'êtres humains et d'en promettre plusieurs millions d'autres à la mort sur la base de la pensée raciste, complotiste et paranoïaque qu'était le national-socialisme conçu par Hitler et ses milliers de complices immédiats. Cela dit aussi la mobilisation des centaines de milliers de complicité dans tous les rouages de la société allemande nazifiée, mais bien au-delà dans toutes les sociétés des pays européens alliés du IIIème Reich ou occupés par les puissances de l'Axe.

Négationnisme

80 ans plus tard, nous n'osons pas concevoir qu'une telle chose puisse à nouveau se reproduire. Pourtant pendant des décennies, la parole des déportés survivants a été peu entendue ; elle dérangeait. Il a fallu attendre les années 1970 pour que le devoir de mémoire prenne l'ampleur qui était nécessaire et qu'on ne limite pas l'univers concentrationnaire au but de répression des opposants politiques et des actions de résistance nationale. On ne niait pas la réalité du génocide des Juifs d'Europe et des Tsiganes, mais elle ne faisait pas le cœur du message.

Jean-Marie Le Pen, légionnaire pendant la Guerre d'Algérie

Pourtant, là-aussi, dès les années 1980, le négationnisme trouva des porte-voix et des supports pour répandre le message de haine qu'il colporte intrinsèquement. Si des Faurisson et des Garaudy n'auraient jamais dû sortir du caniveau de marginalité que leurs idées méritaient, la montée électorale de l'extrême droite a permis d'apporter une résonance médiatique supplémentaire : les provocations ignobles de Jean-Marie Le Pen sur le « point de détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale » ou sur « Monsieur Durafour crématoire » n'avaient pas d'autres buts ; que le fondateur du FN devenu RN ait été condamné pour ces incitations évidentes à la haine raciale et la négation de crimes contre l'humanité n'y change rien, le mal était fait.

Il est encore fécond le ventre de la bête immonde

Marine Le Pen et Eric Zemmour

Aujourd'hui encore, on a vu nombre de candidats du RN lors des campagnes des législatives de 2022 et 2024 tenir des propos qui montrent que ce parti, fer de lance de l'extrême droite en France, n'a pas besoin de « Reconquête ! » et d'Éric Zemmour pour colporter un antisémitisme radical.

En ce moment même en Allemagne, le principal parti d'opposition en plein campagne électorale, Alternative für Deutschland (AfD), développe ouvertement parmi ses cadres une nostalgie du régime nazi et de ses solutions : ses propositions et ses messages visuels codés ne peuvent laisser de doutes. Invités par deux fois à s'exprimer devant les militants et les sympathisants de l'AfD, Elon Musk (qui s'est illustré entre autre chose par un salut nazi à la foule MAGA pour fêter l'investiture de Donald Trump comme président des États-Unis d'Amérique) a clairement relativisé ce 25 janvier la portée des crimes du IIIème Reich pour autoriser ses héritiers politiques à promouvoir leurs solutions : « Il est bon d’être fier de la culture allemande, des valeurs allemandes et de ne pas les perdre dans une sorte de multiculturalisme qui dilue tout » avant de poursuivre en disant que « les enfants ne devraient pas être coupables des péchés de leurs parents, et encore moins de leurs arrière-grands-parents. […] L’accent est trop mis sur la culpabilité du passé, et nous devons aller au-delà de cela. »

Disons un mot des deux principales propositions liées de l'AfD : combattre le « grand remplacement » par un projet de « remigration »... l'un et l'autre résonnent avec l'antisémitisme et une violence de masse. Pour les promoteurs de la thèse du « grand remplacement » (Renaud Camus arrivant même à inspirer avec ce thème des tueurs de masse jusqu'en Nouvelle Zélande), il y a un opérateur à ce projet fantasmé de mixité démographique et de remplacement des ethnies européennes par des immigrants arabo-musulmans ou africains : les Juifs... encore et toujours la même obsession délirante et morbide ! Quant à la « remigration », c'est le terme poli pour présenter un programme de déportation de masse de personnes dont les attaches et les racines sont en Europe depuis plusieurs générations. Interrogé sur Radio Courtoisie, un des leaders de Génération identitaire expliquait par ailleurs voici moins de 3 ans que « d'un point de vue identitaire, la “remigration” ça veut dire pour les Juifs également ».

Musk intervient devant l'AfD, Musk fait un salut nazi à la foule MAGA lors des festivités pour l'investiture de Trump, une affiche de campagne de l'AfD...

Musk intervient devant l'AfD, Musk fait un salut nazi à la foule MAGA lors des festivités pour l'investiture de Trump, une affiche de campagne de l'AfD...

Notre tâche

Ginette Kolinka

Que faire alors que les témoins disparaissent les uns après les autres ? La presse insiste à raison sur l'engagement exemplaire de Mme Ginette Kolinka (99 ans), rescapée d'Auschwitz-Birkenau, qui continue malgré son grand âge à faire le tour des établissements scolaires (avec d'autres). Faire reculer le négationnisme, l'antisémitisme, le racisme et la haine qui conduisent toujours à la mort ne pourra pas se faire (en tout cas pas uniquement) avec de grandes déclarations médiatiques moralisatrices ; il faut faire œuvre d'éducation auprès de nos enfants, auprès des élèves, dans toutes les couches de la société, dans tous les territoires, en France comme partout ailleurs en Europe. Il faut faire œuvre d'éducation populaire en prenant le temps de parler et d'expliquer à tous les publics. C'est à nous aujourd'hui de prendre le relais, de porter le flambeau.

Nous avons une autre responsabilité : mettre un terme à la surenchère identitaire qui domine le débat public, proposer un horizon à nos concitoyens qui remettent au cœur de nos sociétés ce qui nous fait vivre ensemble, proposer un avenir de mieux être quand tous parlent de déclin.

Frédéric Faravel
Conseiller municipal et communautaire de Bezons
Animateur national du pôle Idées, formation, riposte de la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS)
Membre du collectif de direction de la GRS

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15 décembre 2023 5 15 /12 /décembre /2023 11:29

Retenu par mes obligations professionnelles, je ne pourrai malheureusement être présent aux commémorations qui ont lieu chaque année à Bezons devant la stèle Gabriel-Péri à l'angle de la Rue Maurice-Berteau et de la Rue des Vallées en face du Théâtre Paul-Eluard. Je le regrette fortement car Gabriel Péri est une figure admirable de notre histoire politique et locale. J'aurais particulièrement apprécié d'y participer, je m'y serai rendu en fin de journée à 18h, heure qui me paraît bien plus propice à rassembler les Bezonnais(e)s à la lueur des bougies, plutôt que celle choisie à 11h30 par la Maire de Bezons qui ne permet pas au plus grand nombre de s'y joindre. Voilà bien une méthode de mise à l'écart qui me laisse profondément triste.
Gabriel Péri est un des grands héros français du XXème siècle, icône exemplaire de la lutte contre le fascisme, et mérite au plus haut point notre hommage et notre reconnaissance. Voici pourquoi...

Né à Toulon en 1902, c'est un brillant élève qui emporte au lycée de Marseille de nombreux, mais que la maladie - il souffre très jeune, comme sa mère, de l tuberculose - empêchera d'aller au baccalauréat. Il s'engage dès 1917 au sein des Jeunesses Socialistes et il choisira en décembre 1920 comme les deux tiers des adhérents de la SFIO de rejoindre l'Internationale Communiste ; il devient dès lors secrétaire régional des Jeunesses Communistes de Provence. Dès 1922, il est nommé responsable des Jeunesses Communistes et de son journal L'Avant Garde. Il aurait rencontré Lénine à Moscou fin 1922 lors du congrès international des Jeunesses Communistes.
Il monte à Paris en août 1924 et prend en charge en octobre 1924 la rubrique internationale du quotidien L'Humanité, fonction qu'il exercera sans discontinuer jusqu'au 25 août 1939. Durant cette période, il se révèle être un virulent opposant aux régimes fasciste et nazi.
Après avoir tenté de contester le siège du très droitier député SFIO de Toulon Pierre Renaudel, en 1928, il sera élu député de la première circonscription de l'arrondissement de Versailles lors des élections législatives de mai 1932 ; le cœur de son électorat se trouve sur les bords de Seine autour d'Argenteuil et Bezons, où cette commune est la seule à élire maire communiste depuis 1920. Gabriel Péri, devancé au 1er tour, sera élu au 2nd tour grâce au désistement en sa faveur du candidat socialiste et au retrait du candidat radical. C'est donc une sorte de Député Front Populaire qui entre avec lui au Palais Bourbon deux ans avant la réconciliation entre socialistes et communistes et quatre ans avant le plus grand mouvement social que la France ait connu jusque là et la constitution du cabinet de Léon Blum.

Au sein de la Chambre des Députés, il sera l'un des défenseurs de Célestin Freinet enseignant et pédagogue alors odieusement diffamé par l'institution, il contribuera à l'élection d'un maire communiste à Argenteuil en 1935, il soutiendra l'éducation à Bezons et y inaugurera l'école Louise-Michel. En 1936, candidat du Front Populaire il sera presque réélu dès le 1er tour. Vice-Président de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Députés, il ne cessera d'alerter contre la menace fasciste appelant à la solidarité militaire avec la République espagnole, il enquête pour L'Humanité sur la situation coloniale au Maroc, en Algérie et en Tunisie, il dénoncera enfin avec véhémence l'abandon de la Tchécoslovaquie face aux Nazis que soldent les accords de Munich en septembre 1938.
Il sera meurtri par l'annonce de la signature du Pacte de non agression entre l'Allemagne nazie et l'Union Soviétique le 23 août 1939. Mais il ne se désolidarise pas du Parti Communiste Français qui se range derrière le nouveau virage stratégique à 180 degrés de Staline. Et malgré ce pacte et l'interdiction du PCF le 26 septembre, il demande fin septembre 1939 à être incorporé dans l'armée française alors que notre pays a déclaré la guerre au IIIème Reich après que celui-ci a envahi la Pologne le 1er septembre. Gabriel Péri avait pourtant été réformé en 1922 à cause des séquelles pulmonaires de sa tubercolose : il n'avait donc aucune obligation de rejoindre les rangs de la défense nationale.
Le groupe parlementaire communiste reconstitué adresse le 1
er octobre 1939 un courrier au Président de la Chambre demandant que des offres de paix soient faites à Hitler. Gabriel Péri se serait abruptement opposé à ce courrier « Nous fournissons au gouvernement un excellent prétexte pour nous envoyer au poteau de Vincennes ». C'est effectivement ce qui se passe puisque les députés communistes sont désormais passibles d'arrestation. Il y échappe le 8 octobre 1939 ; déchu de son mandat parlementaire en janvier 1940, alors que rien chez lui ne le justifie, il est condamné par contumance par le tribunal militaire en avril à 5 ans de prison.

Cette situation est particulièrement injuste pour un député communiste qui ne partage pas la stratégie stalinienne de la direction du PCF de l'époque... et bien que des responsables communistes français en exil réclament depuis Moscou sa mise à l'écart en l'accusant de collusion avec des "éléments trotskistes", il reste l'un des cadres qui continuent de s'occuper de l'Humanité qui paraît dans la clandestinité et s'oppose avec force à Jacques Duclos et Maurice Tréand qui veulent négocier avec l'occupant nazi sa parution légale. Au contraire, depuis l'appartement du 19e arrondissement de Paris où il s'est retranché, il continue à rédiger des articles pour le journal communiste qui dénonce le nazisme jusqu'à son arrestation. Il entamera à cette époque la rédaction de sa brochure "Non, le nazisme, ce n’est pas le socialisme !" - en rupture totale avec la ligne politique de l'URSS jusqu'en juin 1941, elle ne sera publiée qu'après sa mort.
Il est arrêté le 18 mai 1941, vraisemblablement dénoncé à la police par un camarade qui y voyait la possibilité de négocier sa propre libération. Il est possible que les éléments les plus staliniens de la direction communiste y ait vu alors la possibilité de se débarrasser d'un obstacle particulièrement coriace. Mais cela ne peut pas être considéré comme une stratégie et une responsabilité collective.
Péri sera finalement transféré à la prison du Cherche-Midi, placée sous contrôle allemand. Considéré comme otage par les Allemands qui entendent répondre aux attentats individuels que mène désormais la résistance communiste depuis l’entrée en guerre de l'URSS, Gabriel Péri fait donc partie des 92 otages fusillés le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien.

Dans dernière lettre, Gabriel Péri écrira : « Que mes amis sachent que je suis resté fidèle à l'idéal de ma vie ; que mes compatriotes sachent que je vais mourir pour que vive la France. Je fais une dernière fois mon examen de conscience : il est très positif. [...] J'irais dans la même voie si j'avais à recommencer ma vie. J'ai souvent pensé, cette nuit, à ce que mon cher Paul Vaillant-Couturier disait avec tant de raison, que le communisme était la jeunesse du monde et qu'il préparait des lendemains qui chantent. Je vais préparer tout à l'heure des lendemains qui chantent. »

Je ne suis pas communiste, j'aurais fait partie de ceux avec Léon Blum qui ont choisi la "vieille maison" et la tradition socialiste républicaine de Jean Jaurès, plutôt que l'alignement sur l'internationale bolchévique. Mais le parcours et les engagements de Gabriel Péri nous rappelle que quelles que soient nos divergences il existe un chemin commun pour les militants sincères et entiers, qui ne trahissent pas leurs idéaux et leurs convictions au service du peuple en échange d'un ruban, d'une gratification ou d'une indemnité... Gabriel Péri est le symbole d'une gauche exigeante et ambitieuse, une gauche rassemblée et antifasciste, une gauche qui n'a pas renoncé à transformer la société.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste (GRS) de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Animateur national du pôle Idées, formation et riposte de la GRS

Hommage à Gabriel Péri
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27 novembre 2023 1 27 /11 /novembre /2023 19:34

Napoléon était trop grand pour Ridley Scott. C’est bien la réflexion que je me suis faite hier soir en sortant de la séance : plus de 2h30 de film pour me demander encore ce matin quelle pouvait bien avoir été le propos du cinéaste, qui nous a habitués à beaucoup mieux.

Je ne fais pas partie des Bonapartolâtres, mais je dois bien constater que le réalisateur du « dernier duel » (son précédent film, un chef d’œuvre celui-ci) a loupé son sujet à quelques rares exceptions près.

La réponse de Scott aux critiques françaises « les Français ne s’aiment pas eux-mêmes » ne peut avoir cours ici : son Napoléon manque cruellement d’épaisseur et les Français, comme peuple, tels qu’ils sont brossés dans le film ne représentent rien d’autre que des hordes hurlantes, bien peu aimables. Malheureusement la légende impériale (totalement mensongère) ayant laissé des traces tragiques dans notre mémoire, les Français aiment Napoléon en oubliant ce qu’il était vraiment et son projet politique : nous sommes donc bien devant la mauvaise foi vexée d’un réalisateur qui a raté son sujet pour une raison terrible : il n’a pas de culture historique et ne connaît de notre pays que les clichés que les Anglo-saxons colportent sur notre histoire et nous.

Que pouvait-on attendre de quelqu’un qui explique qu’il « aime les récits historiques car [il] adore l’histoire »…? On mesure le vide du propos

Ridley Scott a raté son Napoléon : c'était prévisible...

Toute la première partie du film, consacrée au rapport de Napoléon à la Révolution (et sa vie durant cette période), est affligeante. Passons sur les anachronismes grossiers : il n’était pas à l’exécution de Marie-Antoinette ; il n’était pas à proximité du coup d’État de Thermidor 1794… mais surtout ce qui ressort de cette phase, c’est d’abord la haine typiquement anglo-saxonne pour la Grande Révolution : la description ridicules des supposées motivations de la condamnation de la Reine de France, la description outrancière des crimes révolutionnaires. Cela transparaît, avec l’absence de culture historique, jusque dans la mise en scène même des moments clefs : le Robespierre de Scott ressemble comme un sosie à Danton (on passera sur les conditions de son arrestation), et la carmagnole en fond musical pour la libération des emprisonnés sous la Convention est évidemment un contresens. Mais ouvrir le film sur le « Ça ira ! » de Piaf montrait déjà le choix délibéré d’enfiler les clichés.

L’insurrection royaliste de 1795 ? Une foule d’énervés pour remplacer une initiative finement préparée qui aurait pu emporter le Directoire ? On se demande comment Barras pouvait avoir si peur de ces agités (c’était le cas) pour que Tahar Rahim s’en remette à Joaquin Phenix et que ce dernier doivent utiliser les canons contre une foule désarmée. Pas même un mot sur les hésitations de Bonaparte sur son choix soupesé de soutenir les Directeurs plutôt que les insurgés royalistes – question qu’il ne se serait pas posée s’il avait fait face à une simple foule en colère. Napoléon est présenté comme ambitieux (tout juste comprend-on que cela peut être motivé par son rapport à sa matriarche  corse mais le ressort est finalement peu exploité) mais il ne fait jamais de politique. Il serait porté par les autres et #RidleyScott en fait d’abord un glaive ce dont le personnage se plaint par ailleurs.

Pas d’opportunisme pour faire croire qu’il est à l’origine des consolidations administratives et étatiques du Consulat, pas d’abolition de l’esclavage sous influence raciste (alors qu’on met en avant à l’image ses officiers supérieurs noirs), pas de Sanhédrin et de législation antisémite, pas de code civil misogyne… mais pas plus de conquête de l’Italie dont on apprend l’existence au détour d’une discussion en Égypte ; c’est pourtant bien cette campagne qui fit de Bonaparte la star politico-militaire du Directoire, le recours permanent des médiocres qui faisaient appel à lui pour botter les fesses des opposants de gauche et de droite au régime. Rien sur la stratégie délibérée dès cette date de Napoléon de construire son image politique – et la légende délibérément construite depuis Sainte-Hélène avec une poignée de fidèles, on en n’entendra pas parler non plus. Les raisons qui lui évitent la dégradation après l’abandon de ses troupes en Égypte sont à peine effleurées, et il partirait donc pour une femme, Joséphine de Beauharnais (non parce qu’il avait échoué et qu’il était à deux doigts de la déroute)…

Si Joséphine a tellement d’importance, il y a une hypothèse : Scott aurait centré son film sur la relation avec Joséphine, voire il aurait souhaité faire un film sur la Beauharnais sans aller au bout de son idée. Mais là encore le propos est confus… passé le rapport sexuel frustre de Bonaparte à sa compagne, les relations torturées du couple qui devraient tant influencer le « grand homme » restent coincées entre la chambre à coucher et le salon, avec quelques scènes burlesques telle la dispute autour du repas. Donc Joséphine n’a aucune influence politique non plus, pas même sur l’esclavage, elle pourtant qui était propriétaire aristocratique à la Martinique… Les deux personnages incarnés par deux grands acteurs – Vanessa Kirby aussi lumineuse que Phenix est couvert de la poussière du sculpteur – semblent comme statufiés et au-delà du jeu physique on cherche l’interprétation.

Il y a cependant des choses réussies : le siège de Toulon, les batailles rappellent la maestria du réalisateur. La justesse de la mise en scène du coup d’État du 18 Brumaire nous interroge par ailleurs sur la raison des impasses accumulées tout au long du film, que renforcent les sauts temporels improbables que le réalisateur nous impose et qui rendent impossible toute compréhension de la période historique.

Y aura-t-il un director’s cut auquel Ridley Scott nous a habitués pour démentir toutes les méchancetés que je viens d’écrire ? Peut-être … en regardant ce Napoléon on se dit parfois qu’il lui manque deux ou trois heures, alors même que les deux heures trente actuelles finissent par être pénibles. Je crains cependant que son absence de sens politique et de culture n’invalide totalement la tentative de Scott : il n’a pas compris que Napoléon et la Révolution (le premier étant l’interprétation protofasciste de la seconde) appartenait à l’histoire moderne, celle des mouvements de fond, celle où les peuples et les masses font l’histoire, celle où la politique est reine…

Frédéric FARAVEL

Ridley Scott a raté son Napoléon : c'était prévisible...
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17 octobre 2023 2 17 /10 /octobre /2023 14:41

Pour la première fois depuis plusieurs années, je ne pourrai pas être présent ce soir pour la commémoration des massacres du 17 octobre 1961 perpétrés sur ordre de Maurice Papon, préfet de police de Paris, sur les manifestants algériens sortis manifester pacifiquement contre les mesures de répression dont ils étaient victimes.

Cela me fait de la peine car cette commémoration compte énormément pour moi, dans mon histoire et mon engagement politique.

Alors que notre pays (et nos voisins belges) fait face au retour du terrorisme islamiste, sachons nous rappeler que nous devons condamner toute forme de violence illégitime, qui plus est quand elle s'exerce sur des populations sans défense. En manifestant le 17 octobre 1961, les personnes qui descendaient dans la rue à l'appel du FLN (sortant souvent des bidonvilles où on les avaient parqués) ne faisaient que défendre leurs droits : en assassinant plusieurs centaines d'entre eux, en en raflant et violentant près de 12000, ceux qui ont obéi aux ordres de Maurice Papon (et sans doute ceux du Gouvernement de l'époque) ont déshonoré la #République. En prétendant lutter contre des "terroristes", ils n'ont tué et frappé que des innocents, ils se sont abaissés jusqu'à l'inhumanité et l'indignité des terroristes eux-mêmes.

Souvenons-nous en quand certains appellent aujourd'hui à des méthodes expéditives qui mettraient en cause l'Etat de droit, souvenons-nous en quand certains proposent de ficher des populations entières en raison du comportement de quelques dizaines d'individus, souvenons-nous en quand certain(e)s sont incapables de condamner les meurtres de masse sur des milliers d'innocents, sur des familles sans défense... Souvenons-nous car cela définit la frontière entre les démagogues et les "chiens", d'un côté, et ce qui devrait être l'essence de notre humanité et de la République universelle et universaliste.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire GRS de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Animateur national du pôle Idées, formation, débat de la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS)

Mémoire du 17 octobre 1961Mémoire du 17 octobre 1961
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16 juillet 2022 6 16 /07 /juillet /2022 16:52

J'ai rédigé pour la Gauche Républicaine et Socialiste l'article ci-dessous à l'occasion des 80 ans de la Rafle du Vél d'Hiv.

Les 16 et 17 juillet 1942, l'Etat français en lien avec l'occupant nazi organisait la rafle plus de 13000 Juifs français et étrangers de l'agglomération parisienne.

Cette participation directe du régime de Vichy à l'entreprise d'extermination des Juifs d'Europe fut l'opération la plus importante de toute la guerre en France : elle représente à elle seule plus du quart des 42000 Juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942, dont seuls 811 reviendront chez eux après la fin de la guerre ; parmi les 13152 arrêtés, il y avait 4115 enfants et sauf quelques uns qui réussirent à fuir à Paris ou des camps d'internement en France aucun ne survécut à la déportation à Auschwitz. Alors que depuis deux ans, des entreprises lamentables de révisionnisme historique, de falsification des faits et de réhabilitation de Philippe Pétain et de son régime antisémite ont eu de nouveau table ouverte dans les médias, la Gauche Républicaine et Socialiste souhaite apporter sa pierre, à l'occasion des commémorations nationales pour les 80 ans de la Rafle du Vel d'Hiv, dans la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et le révisionnisme.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

Ni oubli, ni pardon, les 80 ans de la rafle du Vél’ d’Hiv’

Nous vivons une époque déconcertante et à bien des égards terrifiante… L’élection présidentielle de 2022 a été marquée par la candidature d’un personnage condamné à plusieurs reprises pour provocation à la haine ou la discrimination raciale, et qui avait soutenu en 2019 (propos réitérés en 2022 durant la campagne électorale) que de 1940 à 1944, le régime de Vichy a « protégé les Juifs français et donné les Juifs étrangers ». Contre toute attente, le polémiste médiatique devenu par la suite candidat à l’élection présidentielle et attaqué pour contestation de crime contre l’humanité avait été relaxé en première instance par le Tribunal judiciaire de Paris en février 2021, relaxe confirmée le 12 mai 2022 par la Cour d’Appel de Paris. Relaxe d’autant plus absurde que le tribunal avait considéré que les propos tenus contenaient bien « la négation de la participation [du régime de Vichy et du Maréchal Pétain] à la politique d’extermination des juifs menée par le régime nazi ». Entre temps, Eric Zemmour avait obtenu près de 2,5 millions de voix lors du premier tour de l’élection présidentielle le 10 avril 2022 soit 7,07 % des suffrages exprimés.

Ainsi la négation de la participation active d’un régime et d’un dirigeants politiques à un crime contre l’humanité n’est pas aux yeux des juridictions concernées une contestation de crime contre l’humanité. 80 ans après la rafle du Vél’ d’Hiv’, on trouve des juges pour se laver les mains face à une entreprise révisionniste… car c’est bien de cela qu’il s’agit : nier la réalité historique et contester la nature intrinsèquement antisémite du régime mis en place par Philippe Pétain pour remplacer la République et détruire son œuvre. Il s’agit de banaliser la diffusion d’élucubration antisémite au prétexte de défendre une version dévoyée du « roman national » selon laquelle les dirigeants français n’auraient jamais totalement été du mauvais côté.

Comment imaginer que 82 ans après les lois antijuives de Vichy il soit encore nécessaire de reprendre sur le sujet la plus élémentaire des pédagogies ?

Vichy, un régime antisémite par et pour les antisémites

Le caractère réactionnaire, fascisant et antisémite de « l’État français » peu à peu déployé par Philippe Pétain depuis qu’il a reçu les pleins pouvoirs d’un Parlement en panique qui a sombré dans la lâcheté (sauf les 80 justes) ne fait pourtant aucun doute. Il s’agit d’appliquer un « nettoyage » radical des institutions puis de la société française, tel que le préconisaient nombre d’inspirateurs du Maréchal et de ses proches collaborateurs, les nettoyer des « quatre anti-France » théorisées par Maurras et l’Action Française : « la marxiste, la métèque, la juive et la protestante »… Les trois premières sont attaquées dès les premiers mois du nouveau régime :

  • contre les « marxistes » : arrestation et internement des principaux dirigeants des partis de gauche qui n’ont pas fait allégeance et renié leurs idéaux, déchéance des principaux élus locaux y appartenant, interdiction des partis marxistes (le PCF l’était déjà depuis le déclenchement de la guerre pour l’avoir dénoncé afin de se conformer au pacte germano-soviétique) ;
  • contre les « métèques » : dès le 12 juillet 1940, une série de décret-lois vont distinguer au sein des citoyens français des individus « moins français » que les autres et leur interdire l’accès à de nombreuses profession, puis déchoir de leur nationalité française des milliers d’entre eux et notamment tous les naturalisés depuis 1927, interdisant certaines professions aux ressortissants étrangers et « apatrides »… d’une certaine manière, le 27 août 1940, Pétain légalisait le racisme en abrogeant le décret-loi Marchandeau du 21 avril 1939 qui punissait l’injure et la diffamation raciale.

L’offensive contre les Juifs français, étrangers ou apatrides (parmi les 15 000 citoyens perdant le bénéfice de leur naturalisation 6 000 étaient juifs) se traduit dans des décisions à caractère massif : Le 3 octobre 1940, Philippe Pétain édicte le premier statut des Juifs, publié le 18 octobre : ils sont exclus de la fonction publique de l’État, de l’armée, de l’enseignement et de la presse. Le même jour, la Préfecture de Police communique que la déclaration prescrite par ordonnance allemande sur le recensement des Juifs sera reçue par les commissaires de police.

En mai 1941, environ 119 universitaires avaient dû quitter leurs postes (76 dans la zone occupée, 43 en zone Sud), et un mois plus tard, lorsque le deuxième statut des Juifs est promulgué, 125 autres membres de l’université française se retrouvent au chômage. Des exceptions fondées sur la notion de « services exceptionnels » (article 8 de la loi du 3 octobre 1940) rendus à l’État français rendaient possibles certains reclassements.

Le 4 octobre 1940, une nouvelle loi prévoit l’internement des étrangers d’origine juive sur décision administrative des préfets.

Le 7 octobre 1940, une loi abolit le décret Crémieux de 1869 accordant la nationalité française aux Juifs d’Algérie, soit près de 400 000 personnes. Quatorze à quinze mille Juifs d’Afrique du Nord sont internés en 1941 dans différents camps dont ceux de Bedeau, Boghari, Colomb-Béchar et Djelfa en Algérie. Il faudra que le polémiste entré en politique nous dise si ces Français ont été ainsi protégés.

Le 31 octobre 1940, les opérations de recensement dans le département de la Seine s’achèvent. Elles donnent lieu à la création du Fichier des Juifs de la Préfecture de la Seine, dit Fichier Tulard. Au total, à la fin de l’année 1940, 151 000 Juifs sont recensés.

Le 29 mars 1941, le Commissariat général aux questions juives est créé avec Xavier Vallat, virulent antisémite, à sa tête. Il n’y a jamais eu de distinction entre citoyens français, d’un côté, et étrangers ou apatrides de l’autre.

Le 2 juin 1941, la loi institue un deuxième statut des Juifs avec un allongement de la liste des interdictions professionnelles, un numerus clausus de 2% pour les professions libérales et de 3% pour enseigner à l’Université. Un décret passé en juillet 1941 exclut aussi les Juifs des professions commerciales ou industrielles. Ce statut autorise les préfets à pratiquer l’internement administratif de Juifs de nationalité française. Et le 2 juin 1941, une nouvelle loi prescrit le recensement des Juifs sur tout le territoire, de la zone occupée et de la zone libre.

Nous arrêterons ici l’énumération des mesures prises par le régime de Vichy, souvent annotée et durcie de la main même du Maréchal Pétain, mais l’Etat français a poursuivi tout au long de l’année 1941 puis en 1942 son travail d’innovation législative contre les Juifs français, étrangers ou apatrides. La volonté de mettre en place un régime de harcèlement et de persécution généralisé sur une base raciste ne peut faire aucun doute.

Le caractère « radical » de la rafle du Vél’ d’Hiv’

Les premières rafles et internements contre les Juifs commencent dès 1941. Dans un premier temps, la grande majorité des personnes visées sont étrangères ou apatrides, mais cela n’a rien d’exclusif. Un basculement s’opère dès 1942. L’Allemagne élabore la Solution finale, l’extermination totale des Juifs. Le régime de Vichy n’est plus simplement soumis aux ordres nazis, il va collaborer pleinement, volontairement et avec zèle pour livrer des Juifs étrangers et français. Là encore, rappelons le c’est un choix politique conscient de Vichy qui consiste à mener une politique antisémite propre dans le but de se débarrasser du maximum de Juifs. Et c’est une politique qui, de fait, n’a absolument pas été protectrice des Juifs français, puisque dès la rafle du Vel’ d’Hiv’, 3 000 enfants français ont été arrêtés. De ces enfants arrêtés lors de cette rafle en juillet 1942, il reste les fiches d’identité, orange pour les enfants juifs étrangers et bleu pour les enfants juifs français. En les comparant, on peut voir que 80% des enfants juifs arrêtés au Vel’ d’Hiv’ étaient français.

Dans le cadre de l’opération « Vent printanier » en juin 1942 (qui visait à coordonner la rafle de dizaines de milliers de Juifs d’Europe occidentale pour les déporter), « l’État français » et les Nazis négocient sur une base d’une « livraison » de 40 000 Juifs de la zone occupée, dont 22 000 adultes de la région parisienne, avec un ratio de 40% de Juifs français et 60% de Juifs étrangers.

Près de 13 000 Juifs sont arrêtés en région parisienne les 16 et 17 juillet 1942, dont 8 000 envoyés vers le palais des sports du Vélodrome d’Hiver avant d’être déportés. C’est, de loin, la plus grande rafle menée par la police française dans la France occupée. Il n’y a aucun équivalent en Europe de l’Ouest. 12 884 femmes, hommes et enfants arrêtés à Paris en un peu plus de 24 heures et envoyés vers les camps de la mort durant l’été 1942. Plus de 8 000 Juifs arrêtés les 16 et 17 juillet 1942 ont été envoyés vers le palais des sports du Vélodrome d’Hiver (XVe arrondissement), à deux pas de la tour Eiffel, avant d’être déportés. Sur les 13 152 arrêtés, il y a 4 115 enfants, moins de cent adultes et aucun enfant ne survivent à la déportation vers Auschwitz. Seuls quelques enfants, comme Joseph Weismann (qui s’échappe du camp de Beaune-la-Rolande avec un camarade) ou Annette Muller et son frère Michel (dont le père arrive à corrompre un policier du camp de Drancy, pour les en faire sortir), ont survécu à la rafle.

L’expression « rafle du Vél d’Hiv » s’est imposée dans la mémoire collective, au point de devenir le principal repère mémoriel sur la France des années noires. C’est pourtant aussi le symbole d’une forme de déni et de volonté d’oublier, de regarder ailleurs. Après la Libération, le Vélodrome d’Hiver continuera d’accueillir des spectacles et des des rencontres sportives jusqu’à sa destruction en 1959. Pendant des années, seules les associations de déportés juifs ont continué à commémorer le souvenir de l’événènement jusqu’à ce que les consciences, les politiques et les historiens commencent à regarder en face l’horreur commise à partir de la fin des années 1960…

Il faudra attendre le 16 juillet 1992 pour franchir une étape importante pour la mémoire. François Mitterrand, Président de la République, rend hommage ce jour-là aux victimes de la rafle du Vel d’Hiv’ en déposant une gerbe au pied de la stèle commémorative, accompagné de Madame Rozette Bryski, rescapée de cette terrible journée. C’est à son initiative que la journée de commémoration annuelle fut instaurée. François Mitterrand en avait fait l’annonce en 1992 ; laquelle sera suivie d’un décret officiel en date du 3 février 1993 instituant une cérémonie annuelle nationale et départementale, à Paris, à Izieu et dans chaque département. Contrairement aux dénonciations de certains militants qui avaient tant mis hors de lui Robert Badinter ce même 16 juillet 1992, François Mitterrand n’a jamais minimisé le drame du Vel d’Hiv, au contraire : à plusieurs reprises, en tant que Président de la République, il a rappelé à la Nation la nécessité de conserver la mémoire de ce douloureux événement. À l’automne 1992, interviewé par la télévision israélienne, il qualifiait lui-même le drame du Vel d’Hiv de « drame qui ne peut pas être oublié », dont le souvenir devait « être sauvegardé et honoré ». Il ajoutait que cette rafle était « intolérable », « insupportable pour l’esprit ». Tordons le cou enfin à la fable selon laquelle, le président Mitterrand (et De Gaulle avant lui) aurait minimisé la responsabilité du régime de Vichy dans le déroulement de ces événements… C’est bien le contraire que les faits relatent : dans le décret publié en février 1993 instituant la commémoration nationale, il est justement question « des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de fait dite “gouvernement de l’Etat français” », reprenant ainsi la formule de l’ordonnance du 9 août 1944 du général de Gaulle rétablissant la légalité républicaine. Enfin, en 1995, c’est sur les lieux de l’ancien vélodrome que le président Jacques Chirac a reconnu la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs.

Il aura donc fallu plus de 20 ans pour que la mémoire et l’établissement des faits de cette tragédie reviennent sur la place publique. 20 ans, c’est long… et 80 ans c’est trop court pour imaginer supporter la contestation d’un crime contre l’humanité et la négation d’une complicité active.

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19 mars 2022 6 19 /03 /mars /2022 12:55

Il y a 60 ans hier, le 18 mars 1962, étaient signés les Accords d'Evian qui mettaient fin à l'entreprise de colonisation de l'Algérie par la France débutée quelques 132 ans plus tôt. Le lendemain, le Cessez-le-Feu entrait en vigueur. J'ai participé comme conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste ce matin aux commémorations de la Ville de Bezons organisées devant l'Hôtel de Ville, au vieux cimetière et rue du 19-mars-1962, aux côtés de Florelle Prio, élue comme moi de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains, des responsables de la section du PCF (Christian Leduey et Christiane Leser).

Les Accords d'Evian et le Cessez-le-Feu marquent la fin de la Guerre d'Algérie, qui fit plusieurs milliers de morts, d'abord parmi les Algériens, mais aussi au sein des Européens installés depuis des décennies et plusieurs générations ; cette Guerre dont on a voulu longtemps nier la réalité a entaché gravement l'honneur de l'armée française, qui commit des actes indignes de la République et aboutit à briser nombre d'appelés du contingent qui eurent le plus grand mal à se remettre des atrocités qu'on les avait forcés à commettre ou dont ils avaient été les témoins. 25.000 moururent pour une guerre qui ne disait pas son nom et dont ils ne voulaient pas. Cette guerre mit fin à une colonisation illégitime qui avait infériorisé les Algériens et les avaient exposés à de graves et durables crimes et exactions ; les Accords d'Evian rendaient enfin sa dignité à tout un peuple. Preuve que la colonisation n'apporte aucun bien, la guerre d'Algérie s'est également conclue par l'exil et la perte du pays dans lequel ils avaient grandi de centaines de milliers d'Européens qui s'y étaient installés progressivement depuis les années 1860, elle se concluait par l'exil et la perte de leur patrie pour des centaines de milliers de Juifs d'Algérie, dont les ancêtres vivaient au Maghreb depuis plusieurs milliers d'années. Elle marqua aussi un profond drame humain avec la fuite des Harkis qui furent si mal accueillis par la France pour laquelle ils s'étaient battus.

Tous durent reconstruire leur vie en Métropole, avec plus ou moins de facilité et avec la nostalgie profonde de la terre de leur enfance. Aujourd'hui l'Algérie est indépendante ; aujourd'hui la France a commencé à reconnaître les graves fautes qu'elle a commises et qu'une République n'aurait jamais dû commettre. Elle a accueilli également des centaines de milliers d'Algériens dont les enfants, petits enfants et arrière petits enfants sont aujourd'hui des Français à part entière.

Aujourd'hui, le peuple algérien continue de se battre pour restaurer sa souveraineté face à un régime qui l'a confisquée et a découpé le pays en prébendes au service d'une caste, cette même caste qui tente encore d'attiser le ressentiment résiduel entre nos peuples pour légitimer son usurpation. Je salue avec mes camarades le courage de tous ces citoyens algériens engagés dans le hirak الحراك ⴰⵎⵓⵙⵙⵓ ⴰⵏⴷⵓⴷⴷⵉ contre les profiteurs d'hier et d'aujourd'hui et pour l'émergence d'une véritable démocratie.
C'est entre Peuples souverains que peut se construire une amitié et une fraternité sincères. C'est tout ce que je souhaite aux Français et aux Algériens.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

photos prises lors de la cérémonie des 60 ans du 19 mars 1962 au Vieux Cimetière de Bezonsphotos prises lors de la cérémonie des 60 ans du 19 mars 1962 au Vieux Cimetière de Bezonsphotos prises lors de la cérémonie des 60 ans du 19 mars 1962 au Vieux Cimetière de Bezons

photos prises lors de la cérémonie des 60 ans du 19 mars 1962 au Vieux Cimetière de Bezons

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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 09:06

Le mardi 5 octobre 2021 dans l'après-midi, alors que depuis des semaines nos plateaux TV donnent la parole sans scrupule à un pseudo journaliste pour qu'il puisse déverser sans difficulté des mensonges négationnistes sur la participation de l'Etat français à la déportation des Juifs (sans distinction de nationalités), la droite sénatoriale faisait voter une résolution faisant un silence total sur ces faits et cette actualité.

Vous me direz, c'est logique au moment où certains membres de LR prétendent faire participer Eric Zemmour au congrès de désignation de leur candidat à l'élection présidentielle. Pire, cette résolution rejetée par tous les bancs de l'Assemblée Nationale, vise pour la droite sénatoriale à imposer une définition de l'antisémitisme qui prétend disqualifier toute critique de la politique actuellement raciste de l'Etat d'Israël : c'était inacceptable.

Tous les groupes de la Haute Assemblée, ce sont précipités sans réflexion ; dans ce concert d'hypocrisies, Pierre Ouzoulias, sénateur communiste des Hauts-de-Seine, a heureusement relevé le niveau expliquant les raisons pour lesquelles son groupe refuserait de prendre part au vote d'une résolution aussi hypocrite et mal conçue. Il me paraît nécessaire d'écouter dans la vidéo ci-dessous ce qu'il nous dit. Je retranscrit également le texte de son discours plus bas.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons

Proposition de résolution portant lutte contre toute les formes d’antisémitisme

Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes chers collègues,

La haine du Juif en France, c’est l’histoire longue de deux mille ans de mesures d’éloignement, de législations d’exclusion, d’accusations criminelles, de persécutions, de pogromes et de génocides. Dans sa monumentale Histoire de l’antisémitisme, Léon Poliakov montre que cette haine du Juif trouve son origine dans l’Antiquité puis se renouvèle dans la constitution du corpus théologique et politique du christianisme naissant. Je le cite, « Pour l’économie du christianisme, il fallait dorénavant que les Juifs fussent un peuple criminellement coupable ». L’anti-judaïsme a participé de la formation d’une certaine identité chrétienne de l’Occident.

Ainsi, en 1096, les Croisés massacrent les Juifs de Rouen. La deuxième croisade de 1146 est précédée des mêmes pogromes et l’abbé Pierre de Cluny les justifie ainsi, je le cite : « À quoi bon s’en aller au bout du monde, […] pour combattre les Sarrasins, quand nous laissons demeurer parmi nous d’autres Infidèles qui sont mille fois plus coupables envers le Christ que les mahométans ? ».

Il existe un antijudaïsme d’État aussi ancien dont l’histoire est marquée par les édits d’expulsion des Juifs de Childebert en 533, de Dagobert en 633, de Philippe Auguste en 1182, de Saint Louis en 1254, de Philippe le Bel en 1306 et de Charles VI en 1394. Il faut ajouter à cette terrible série les mesures prises par Napoléon Bonaparte, au moment du Concordat, pour interdire aux Juifs de s’installer en Alsace. Il les justifiait par sa volonté « d’atténuer, sinon de guérir la tendance du peuple Juif à un si grand nombre de pratiques contraires à la civilisation et au bon ordre de la Société ».

Ce qui est désigné dans ce projet de résolution par l’expression « antisémitisme contemporain » s’inscrit fondamentalement dans l’histoire trop longue d’un antijudaïsme millénaire dont son exposé des motifs ne nous dit rien. Ainsi, sans nier l’existence de formes actuelles d’antisémitisme prônant la destruction de l’État d’Israël, comment ne pas reconnaître dans les théories complotistes qui expliquent la covid comme le fruit d’une conspiration juive des résurgences des thèses médiévales qui accusaient les Juifs de l’anéantissement de la chrétienté par l’épidémie. C’est notre première réserve sur ce projet.

Notre deuxième objection porte sur le choix de la définition de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste qui est imprécise et dont l’utilisation politique très partisane a été justement dénoncée par Kenneth Stern, l’un de ses rédacteurs. Cette définition n’était qu’une définition de travail. Depuis lors, un groupe de plus de deux cents spécialistes l’a reprise pour en lever ses ambiguïtés dans un texte publié en 2020 sous le titre de Déclaration de Jérusalem. Elle est plus pertinente parce qu’elle inscrit les antisémitismes d’hier et d’aujourd’hui dans le même processus idéologique d’assimilation des Juifs aux forces du mal. Cette déclaration rappelle avec force que « le combat contre l’antisémitisme ne saurait être dissocié de la lutte globale contre toutes les formes de discrimination raciale, ethnique, culturelle, religieuse et sexuelle ».

Enfin, nous regrettons vivement qu’une résolution citant l’Alliance pour la mémoire de l’Holocauste ne mentionne aucunement la nouvelle irruption dans le débat public de thèses négationnistes et de tentatives de réhabilitation de l’État français du Maréchal Pétain.

Souvenons-nous de la déclaration, au nom de la France, du Président Jacques Chirac, le 16 juillet 1995, lors de la commémoration de la grande rafle des 16 et 17 juillet 1942. Je le cite : « la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, par l’État français », « La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. Manquant à sa parole, elle livrait ses protégés à leurs bourreaux ». Je le cite toujours : « Transmettre la mémoire du peuple juif, des souffrances et des camps. […] Reconnaître les fautes du passé, et les fautes commises par l’État. Ne rien occulter des heures sombres de notre Histoire, c’est tout simplement défendre une idée de l’Homme, de sa liberté et de sa dignité. C’est lutter contre les forces obscures, sans cesse à l’œuvre ».

Cette déclaration nous honore, nous oblige et nous engage. Elle impose au Sénat d’éclairer davantage nos concitoyens sur les deux mille ans de cet antijudaïsme qui aboutit à l’inhumanité absolue de la Shoah. Engageons ce travail de fond à partir de la Déclaration de Jérusalem, ensemble dans l’unité.

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25 avril 2021 7 25 /04 /avril /2021 12:18

J'ai déposé aujourd'hui au nom de la Gauche Républicaine & Socialiste une gerbe lors de la commémoration du #souvenir des victimes et héros de la #déportation. A partir de leur accession au pouvoir en 1933, les Nazis ont patiemment bâti un dispositif de meurtres de masse lui donnant une dimension industrielle pour appliquer leur idéologie raciste et criminelle : plus de 6 millions de Juifs (les 2/3 des Juifs d'Europe, 40% des Juifs du monde), plus de 250.000 Tziganes périrent dans les Camps de la Mort de 1934 à 1945 ou dans les exécutions de masses qui suivirent l'invasion de l'URSS par la Wehrmacht... mais aussi des Noirs, des malades mentaux, des homosexuels, des Slaves qualifiés eux-aussi de "sous hommes".

Dans ces camps furent également déportés pour mourir des dizaines de milliers d'opposants politiques, communistes, socialistes, républicains, résistants. Ce fut le cas de membres de ma famille.

N'oublions jamais leur courage, car contrairement à ce qui a été raconté il y eut bien une résistance contre l'univers concentrationnaire ; n'oublions jamais non plus - au moment des apprentis dictateurs menacent à nouveau la République en assumant ouvertement un discours raciste contre certains de nos concitoyens - que l'horreur nazie reçut le concours zélé et diligent des régimes fascistes et antisémites qui ont sévi dans toute l'Europe (dont la France) avant et pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

Ne tombons jamais dans les discours qui assignent à une identité ou à des "races", qui n'existent pas, nos frères humains, chérissons notre République qui énonce que chacun d'entre nous est un membre égal de la communauté nationale, luttons pour donner à notre devise Liberté-Egalité-Fraternité une réalité concrète pour chacun de nos concitoyens (quand des pouvoirs aveugles travaillent à faire reculer l'égalité), portons avec toute notre énergie l'universalisme du message républicain que la France (la vraie, celle de 1789, 1792, 1848, 1871, 1936 et 1945) offre au monde...

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons

Déportation, Shoah, Porajmos... Ne jamais oublier, continuer à lutter !
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18 mars 2021 4 18 /03 /mars /2021 15:37
commémorations du 150ème anniversaire de la Commune de Paris, sur la butte Montmartre, ce jeudi 18 mars 2021

commémorations du 150ème anniversaire de la Commune de Paris, sur la butte Montmartre, ce jeudi 18 mars 2021

C'est aujourd'hui le 150e anniversaire de la Commune de Paris. J'ai rédigé l'article ci-dessous pour la Gauche Républicaine et Socialiste.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Coordinateur national adjoint des pôles thématiques de la GRS

Le 18 mars 1871, le Gouvernement de « Défense Nationale » ordonne le désarmement de Paris. Partout dans Paris, des troupes s’activent pour retirer l’attirail qui permettait de défendre la capitale, encerclée par les armées prussienne et des princes allemands coalisés. Mais sur la butte de Montmartre, les ouvriers parisiens refusent qu’on leur retire les canons. Les soldats envoyés pour désarmer Montmartre reçoivent l’ordre de tirer sur les ouvriers ; ils refusent, finissent par rejoindre les ouvriers et livrer leurs officiers à la fureur vengeresse de la foule. Ainsi débute l’insurrection de la Commune.

Avec le sens de la formule qu'on lui connaît quand il se fait journaliste ou chroniqueur, Karl Marx écrivit à son propos « La plus grande mesure sociale de la Commune était son existence en actes »… Le retentissement de cet événement révolutionnaire dépasse les âges et les frontières : bien que la Commune n'ait pas grand chose à voir avec l'idéologie du fondateur de l'URSS, l’ambition de Lénine, en octobre 1917, était de durer plus que les 72 jours des Communards ; on dit qu'il se mit à danser de joie dans la neige et sur une des places du Kremlin après qu'un proche lui rappela que le délai espéré était dépassé.

barricade de fédérés parisiens au printemps 1871

barricade de fédérés parisiens au printemps 1871

Ferments et origines de la Commune

Ce sont d'abord les conditions économiques et sociales, qui avec les débuts de la Révolution industrielle accélérée par le Second Empire a fait naître un prolétariat industriel massif à Paris et dans sa proche banlieue. Nous sommes encore loin des grandes usines, Paris, ses rues et coursives entassent les ateliers qui sortent peu à peu de l'artisanat. Les rares lois sociales sur le travail sont truffées de dérogation et de toute façon ne sont pas ou peu appliquées, comme celle qui fixe à 11 heures maximum la journée de travail dans le département de la Seine. La grande pauvreté et une insalubrité effroyable sont la cause de taux de mortalité vertigineux ; la probabilité de mourir avant cinq ans, pour un enfant né dans le département de la Seine avoisine les 40 %. L'exploitation capitaliste est à son comble et la doctrine socialiste commence donc à faire des émules parmi les ouvriers de la Seine.

Mais il y a surtout et d'abord la guerre. Comme en 1793, « la Patrie est en danger » ! La France est envahie, largement occupée et Paris est encerclée. Le Peuple de Paris est porté par une mystique jacobine héritée de la Grande Révolution. Comme de celle déclenchée par Louis XVI en 1792, le Peuple ne voulait pas de cette guerre inutile déclenchée en 1870 par un nouveau caprice du « Prince Président » qui avait renversé la République pour se faire Empereur. Mais maintenant que le danger est là et que l'oppression étrangère est aux portes, le Peuple ouvrier et ses idoles libérées par la proclamation (pleine d'arrières pensées) de la République le 4 septembre – comme Auguste Blanqui – ne peuvent tolérer que le gouvernement de « Défense nationale » ne fasse rien pour libérer le territoire. Il ne s'agit pas d'un nationalisme chauvin, comme Déroulède, Barrès ou Maurras l'incarneront plus tard, ou celui institutionnalisé et mis en scène de la IIIème République en gestation, c’est le patriotisme égalitaire de 1793 et des sans-culottes. La patrie c'est la communauté elle-même, la communauté nationale, la communauté des citoyens, celle qui rend possible d'envisager la construction d'une société d'égalité et de justice, celle qui est la propriété commune de tous et non des seuls artistocrates et grands bourgeois qui se complaisent dans l'Empire ou la Monarchie.

Le déclenchement de la Commune est donc d'abord l'affaire d'un sentiment populaire patriotique puissant ; son instauration est réclamée depuis plusieurs mois par les plus radicaux des Républicains parisiens, comme Jules Vallès, journaliste dont l'audience et celle de son journal Le Cri du Peuple ont cru fantastiquement depuis l'automne 1870… réclamée comme conditions nécessaire pour une levée en masse, pour une défense populaire de la Capitale qui permettra au Peuple de réussir le désencerclement de Paris et le refoulement des armées occupantes.

illustration de la Commune par Jacques Tardi

illustration de la Commune par Jacques Tardi

Le déclenchement de la Commune c'est ensuite l'histoire d'une défiance légitime des Parisiens et de leurs leaders à l'égard du gouvernement de « défense nationale ». La République du 4 septembre, proclamée par surprise et à la va-vite, a des assises très faibles ; les Républicains sont divisés depuis le lendemain même de la proclamation entre ceux qui veulent réellement la Défense nationale, ceux qui recherchent une « paix honorable » et les « radicaux » (qui ne sont pas du gouvernement) qui espèrent que la levée en masse et la libération du territoire précéderont la République sociale. Le Gouvernement de « défense nationale » rassemble Républicains modérés et monarchistes (plus ou moins recyclés comme Adolphe Thiers) ; Léon Gambetta, tenant de la contre-offensive, va rapidement être isolé en son sein, après avoir quitté la capitale en ballon : Républicains modérés et monarchistes s'entendent d'autant plus pour une paix rapide que la levée en masse est nécessaire pour chasser les Prussiens et qu'ils craignent dans la foulée un nouveau Valmy, une renaissance de sans-culottes de l'An II, avec une population en armes qui pourrait alors s'en prendre aux possédants qui abusent sans vergogne. La tiédeur et la résignation devant la défaite se changent bientôt en trahison ; le gouvernement fait tout pour décourager toute tentative sérieuse de désencerclement de la Capitale. Le peuple de Paris se rend bientôt compte qu'on lui ment et qu'on le trahit alors qu'il porte sur lui les principales douleurs de la guerre et du siège. Vallès parle d'une croix pour laquelle d'innombrables "Judas" fournissent le clous enfoncés par de multiples bourreaux ; Blanqui écrit dans son journal La patrie en danger le 15 janvier : « le cœur se serre au soupçon d’un immense mensonge ». Il dénonce « l’abominable comédie » du Gouvernement de Défense Nationale qui refuse de donner au peuple les moyens de chasser les Prussiens. Conscient de son influence sur l’opinion, le Gouvernement de Défense Nationale le fait arrêter et mettre en prison. En tentant de désarmer, le 18 mars, Paris, ce dernier allume l'incendie révolutionnaire.

Si Communistes et Anarchistes se sont emparés – plus que d'autres encore – tout au long du XXème siècle de la mémoire de la Commune, celle-ci n'avait pas grand chose à voir avec le Communisme. L’action et les aspirations de la Commune étaient « toute empreinte de ce sentiment, vaguement socialiste parce qu’humanitaire, mais surtout jacobin », affirmait Gaston da Costa1. Mais la doctrine sociale des Jacobins était trop imprécise pour proposer à ce stade un programme économique cohérent (un des principaux reproches que fit Marx aux Communards). On peut cependant affirmer que la Commune marque une des étapes essentielles du basculement du jacobinisme au socialisme au sens large.

Réalisations et postérité

Si les Républicains ont eu tant de mal avec la Commune, c'est d'abord à cause de la mauvaise conscience et de l'hypocrisie d'une partie d'entre eux quant aux objectifs de la République, dont ils prétendaient faire un régime de conservation de l'ordre social ; c'est pour une autre partie une sorte de complexe d'infériorité ou de syndrome de l'imposteur : pour une part, la Commune aura mis quelques semaines à réaliser ou à initier ce que la IIIème République mettra 30 ans à faire (et encore).

L’école gratuite, laïque et obligatoire pour tous est votée et des écoles sont construites. C’est l’« instruction intégrale » dont parle Edouard Vaillant2, délégué à l’enseignement, et qui était pour lui la « base de l’égalité sociale ». Une part importante de l’action des municipalités devait être consacrée à l’éducation des filles et à l’enseignement professionnel. Une école d’arts appliqués réservée aux filles sera ainsi inaugurée le 13 mai. Dernier aspect, l’augmentation et l’égalisation, le 18 mai, du traitement des instituteurs et des institutrices, la commission constatant que « les exigences de la vie sont nombreuses et impérieuses pour la femme autant que pour l’homme ».

La Séparation des Eglises et de l'Etat est également décrétée.

La Commune a également imposé des mesures d’urgence chargées de soulager la population parisienne : extension du remboursement des dettes sur trois ans, interdiction d’expulser un locataire de son logement, rationnement gratuit…

1Gaston Da Costa, né à Paris le 15 décembre 1850 , mort à Bois-le-Roi le 11 décembre 1909, était un pédagogue, militant de gauche et communard français.

2Edouard Vaillant est une des figures centrales du socialisme français en gestation. Dirigeant après la Commune du Comité Révolutionnaire Central, organisation politique des blanquistes, il sera l'un des acteurs de l'unification progressive du socialisme français qui aboutit à la création de la SFIO en 1905 et à la reprise en main par les socialistes de la CGT en 1909.

illustration de la Commune de Paris par Jacques Tardi

illustration de la Commune de Paris par Jacques Tardi

Par ses avancées concrètes en matière d’organisation du travail, la Commune mérite aussi le nom de révolution sociale. Citons l’interdiction du travail de nuit pour les ouvriers boulangers, la suppression des amendes sur les salaires (décret du 27 avril) et des bureaux de placement, véritables instruments de contrôle social sous le Second Empire. La formule de l’association des travailleurs était considérée comme le principe de base de l’organisation de la production : il ne s’agissait pas de remettre en cause brutalement la propriété privée, mais d’en finir avec l’exploitation ouvrière par la participation collective à l’activité économique. Le décret du 16 avril prévoyait à la fois l’appropriation temporaire des ateliers fermés et la fixation par un jury arbitral des conditions financières d’une cession ultérieure et définitive aux associations ouvrières ; le travail y est limité à 10 heures par jour. Afin que le salaire assure « l’existence et la dignité » du travailleur (décret du 19 mai), les cahiers des charges des entreprises en marché avec la ville devaient indiquer « les prix minimums du travail à la journée ou à la façon » (décret du 13 mai) fixés par une commission où les syndicats seraient représentés. Dans cette logique, le salaire minimum aurait pu ensuite s’imposer à tous les employeurs.

Quant au chantier judiciaire, il réclamait sans doute bien plus de temps que celui dont bénéficia le délégué à la justice, Eugène Protot. Son bilan est pourtant loin d’être négligeable : suppression de la vénalité des offices et gratuité de la justice pour tous, y compris dans l’accomplissement des actes relevant de la compétence des notaires (décret du 16 mai), élection des magistrats au suffrage universel. Concernant les libertés publiques, le langage officiel — « Il importe que tous les conspirateurs et les traîtres soient mis dans l’impossibilité de nuire, il n’importe pas moins d’empêcher tout acte arbitraire ou attentatoire aux libertés individuelles » (14 avril) — contraste avec la réalité moins glorieuse des actes commis sous le couvert de l’« ex-préfecture de police », sans parler de l’exécution des otages entre le 23 et le 26 mai 1871.

Des Jacobins aux Anarchistes, il existait un objectif commun parmi les Communard : l’institution des conditions d’une souveraineté populaire concrète. La Commune privilégiait, comme les sections du Paris révolutionnaire et conventionnel, le mandat impératif : les élus n’étaient pas autonomes de leurs électeurs, mais constamment révocables. C'était la mise en pratique de la conviction que sans contrôle des élus par le peuple, sans implication permanente du peuple dans les affaires politiques, sans politisation permanente de la vie quotidienne, la démocratie deviendrait une coquille vide. Karl Marx y voyait un choix positif, considérant que le suffrage universel sous un régime représentatif ne permettait au peuple que « de décider une fois tous les trois ou six ans quel membre de la classe dirigeante doit « représenter » et fouler aux pieds le peuple au parlement ». La Commune faisait , selon lui, du suffrage universel l'outil du peuple pour « remplacer les maîtres toujours hautains du peuple par des serviteurs toujours révocables ». Le débat resurgit après l'écrasement de l'insurrection et on connaît la réponse du Gambetta qui, rallié à la République modérée, défendit le mandat représentatif après avoir endossé le principe du mandat impératif en 1869. Sans aller jusqu'à la nécessité de la révocation des élus, la caricature de nos institutions et de l'intervention des citoyens devraient aujourd'hui nous inciter à trouver des solutions ambitieuses pour redonner son souffle à la souveraineté populaire.

Dans ce même esprit de concrétisation de la souveraineté populaire, la Commune a encouragé la prise du pouvoir militaire par la population. L’armée de métier a été abolie, les citoyens sont en armes et l'objectif est de créer une « milice nationale qui défend les citoyens contre le pouvoir, au lieu d’une armée qui défend le gouvernement contre les citoyens ». On retrouvera cette même intuition quelques décennies plus tard dans L'Armée nouvelle de Jean Jaurès.

L'effervescence politique a également conduit au questionnement du rôle que la société avait assigné aux femmes : celles de citoyennes passives, par nature inférieures. La Commune a permis aux femmes de s’impliquer dans la vie de la cité au même titre que les hommes. À la tête des clubs populaires et de leurs journaux comme La Sociale d’Andrée Léo, elles ont imposé dans la Commune les mesures sociales les plus avancées. Personne ne peut nier que l'une des leaders populaires les plus marquantes de cette Révolution, l'institutrice libertaire Louise Michel (présente pour défendre les canons de Montmartre le 18 mars), est une des plus fortes et grandes figures féministes de notre pays.

Preuve supplémentaire de l'absence de nationalisme obtus chez les Communards, qui reprennent à leur compte l'universalisme républicain, les étrangers sont associés dans le processus. Nombre d’entre eux ont combattu aux côtés des troupes françaises après la proclamation de la IIIème République, le 4 septembre 1870 : Garibaldi et ses « chemises rouges », mais aussi des Belges, des Polonais, des Russes, etc. A propos de l’élection de l’ouvrier bijoutier Léo Frankel, né en Hongrie, la commission des élections explique : « Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent, (...) la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis ».

Les Communards affirmaient ainsi la vocation internationaliste de leur idéal tout en multipliant par ailleurs les appels à la fraternisation à l’égard des soldats allemands. Alors même que la lutte avec les Versaillais avaient débuté, les Communards ne renoncèrent en rien aux principes de démocratie directe au sein de leur armée, avec une perte catastrophique de coordination, de cohérence et d'efficacité dans leur défense militaire… Voilà bien une « leçon » que les Bolchéviques auront retenus : il suffit de voir sur quelles bases, avec quelle dureté et quelle violence, Léon Trotsky organisa l'Armée Rouge et la guerre contre les « Blancs ». Voilà bien un domaine supplémentaire qui démontre à quel point les Communards différaient du communisme bolchévique qui domina nominalement l'imaginaire de la gauche durant une bonne moitié du XXème siècle.

allégorie de la répression sanglante et criminelle de la Commune par les Versaillais (dessin de Jacques Tardi)

allégorie de la répression sanglante et criminelle de la Commune par les Versaillais (dessin de Jacques Tardi)

Les Versaillais vont incarner une autre internationale, celle des possédants. Le gouvernement Thiers a signé l'armistice et ratifié le traité qui sanctionne la capitulation française, comme l'avait craint les Blanqui et Vallès. Faux républicains et vrais Bourgeois s'entendent parfaitement avec le pouvoir du nouvel Empire allemand pour tuer dans l'œuf au plus vite cette révolution sociale parisienne qui pourrait faire tâche d'huile avec ses acteurs mêlant héritiers des jacobins français et représentant anarchistes et marxistes de la Première internationale (AIT1). La levée en masse de troupes venue des quatre coins de la France a bien été réalisée finalement mais elle sera utilisée pour marcher contre Paris. Avec la complicité de l’armée prussienne, les Versaillais pénètrent dans la capitale le 21 mai et massacrent méthodiquement les insurgés, mal organisés, mal préparés, mal informés par leurs journaux, tétanisés par la cruauté des premiers combats. La « Semaine Sanglante » du 21 au 28 mai 1871 se conclura par la mort et l'exécution de quelques 17 000 Communards (dont Charles Delescluzes, Eugène Varlin, Louis Rossel…) ; c'est un véritable massacre, bien plus sanglant que les victimes mises sur le compte de la Terreur révolutionnaire de 1792-1794 pour toute la France ! Près de 5 000 prisonniers politiques seront déportés – « la guillotine sèche » – en Nouvelle-Calédonie comme Louise Michel ; un nombre comparable ne devra la vie qu'à l'exil (tels Jules Vallès, les frères géographes et libertaires Elie et Elisée Reclus ou encore Gustave Courbet à qui la République réclamera les sommes pour relever la colonne Vendôme, ce symbole abject de l'oppression bonapartiste…) en Belgique, en Suisse, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis. Peu d'entre eux reviendront après l'amnistie de 1880 comme Benoît Malon (fondateur de la Revue Socialiste, enterré au Mur des fédérés et dont l'éloge funèbre fut prononcée par Jean Jaurès), Jules Vallès ou Jules Guesde (rentré en France en 1876, il est le fondateur du Parti Ouvrier français, organisation marxiste qui sera l'une des composantes, après bien des péripéties, de la SFIO en 1905).

* * * * *

« Le cadavre est à terre mais l’idée est debout » : ces mots de Victor Hugo reviennent régulièrement sous les plumes célébrant l’héritage de la Commune de Paris. Mais Hugo, tout en transition vers le socialisme qu'il était, ne fut pas exempt d'ambigüités ; ainsi écrivait-il dans Le Rappel, en avril 1871 : « Je suis pour la Commune en principe, et contre la Commune dans l’application. » Une phrase qu'aurait pu prononcer quelques Républicains ralliés au compromis comme Gambetta ou plus tard les Radicaux des années 1880-1900 pour justifier leur mauvaise conscience et leur mauvaise foi vis-à-vis de l'évènement. Hugo lui au moins condamna avec la dernière énergie les massacres commis par la répression. Mais d'une certaine manière, l’enjeu présent est là, loin des momifications mémorielles et parfois dévoyées qui ont souvent accompagné les célébrations et les récupérations de la Commune. Il ne faut pas, il ne faut plus s’en tenir à des principes, souvent formulés aujourd’hui sous la forme de droits – droit au logement, droit au travail, égalité femmes-hommes, liberté de conscience – ou parfois restés évanescents – la souveraineté populaire et la liberté d'informer plus fortes que la propriété privée et capitaliste – ; non il est urgent de passer à leur mise en application.

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