En moins de 40 ans, la part du revenu consacrée au loyer est passée de 15-20% à plus de 25%, et même plus de 30% voire 35% dans les grandes villes.
Le logement est le premier poste de dépense des Français·es. La part des dépenses consacrées au logement est un peu plus élevée pour les locataires du parc privé (25,4%) que pour les locataires du parc social (24%). En 2023, il comptait pour environ 27% des dépenses : cela ne signifie pas que la charge aurait diminué, mais que les autres postes de dépenses ont plus fortement progressé encore dans la période. En 2025, le logement a représenté 621 milliards d’euros de dépenses pour les Français·es. Ce poste de dépense représente 28% de leur consommation, selon un rapport du Service des données et études statistiques (SDES) du gouvernement publié récemment. Selon la Fondation pour le logement, les ménages vivant sous le seuil de pauvreté consacrent, eux, près de 40% de leurs revenus à leur logement.
Depuis 2014, le principe de l’encadrement des loyers avait été établi par la loi ALUR ; la loi ELAN de novembre 2018 puis la loi 3DS de 2022 l’ont refondu et rendu applicable sous sa forme actuelle de mise en place expérimentale : de fait, elle peine à être mise en œuvre hors des grandes agglomérations et métropoles (Lille, Hellemmes et Lomme, Lyon et Villeurbanne, Montpellier, Bordeaux, les agglos de Plaine Commune et Est Ensemble en Seine-Saint-Denis, et enfin certaines communes du Pays basque) : tout a été fait pour que cela ne se diffuse pas et, pire encore, l’expérimentation doit officiellement prendre fin le 23 novembre 2026, sauf si une intervention législative décide de la prolonger ou de la pérenniser d'ici là.
Or, si le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun s'est dit ouvert à une prolongation de l'expérimentation de l'encadrement des loyers pour une durée d'un ou deux ans (seulement !) dans les villes concernées, il a rappelé qu’il était fermement opposé à sa généralisation à l'ensemble du territoire. Vincent Jeanbrun s’est bien gardé de mettre une ligne sur ce sujet dans le projet de loi « Relance et décentralisation du logement » qui a été examiné et voté en première lecture au sénat les 7 et 8 juillet derniers : aussi, tous les amendements pour prolonger l’expérimentation sont tombés comme « cavaliers législatifs », le passage à l’Assemblée mi-novembre n’y changera rien, car la même procédure leur sera opposée. Il sera trop tard, de toute façon, pour prendre le relais.
Dernière chance : la proposition de loi du député socialiste Inaki Echaniz, adoptée en première lecture en décembre 2025 (?!), qui a été examinée en commission au Sénat le 8 juillet dernier et devrait être examinée en séance au Sénat le 21 octobre prochain. Mais ce texte qui prolonge l’expérimentation de l’encadrement des loyers, si jamais il est adopté (rien n’est moins sûr avec un Sénat toujours plus à droite qui prétendra s’appuyer sur la liberté des collectivités) sera fortement rogné et réduit à la portion congrue par la majorité sénatoriale… d’autre part, il devra encore repasser par une nouvelle lecture à l’Assemblée et ne sera donc jamais prêt pour prendre le relais du dispositif actuel fin novembre. Une seule décision pourrait éventuellement le permettre : que le gouvernement déclare l’urgence sur ce texte, ce qui permettrait de convoquer une commission mixte paritaire après son adoption au Sénat (et ce point n’est pas gagné, on l’a dit), pour que députés et sénateurs s’accordent en catastrophe début novembre sur la prolongation de l’encadrement limité aux territoires déjà engagés. Pour que tout soit prêt à temps, il faudrait dans la foulée la promulgation par le président de la République et la publication de décret d’application : on n’en est vraiment pas là, car le gouvernement Lecornu refuse de déclarer l’urgence sur cette proposition de loi.
Sébastien Lecornu et Vincent Jeanbrun sont donc en train de jouer au poker menteur pour tuer l’expérimentation de l’encadrement des loyers, alors même qu’elle ne s’applique que dans quelques 70 communes de France. Ils porteront la responsabilité d’une prochaine explosion des loyers dans ces territoires sous tension.
Il est donc indispensable de mettre le sujet sur la table aujourd’hui pour faire pression, au moment où les Français·es subissent une explosion majeure du coût de la vie. Non seulement, il faut obtenir la généralisation de l’encadrement des loyers pour limiter la flambée des prix et en éviter une plus forte encore, mais, en parallèle, il faut dès aujourd’hui nous battre pour l’encadrement des prix du foncier.
Cette mesure bloquera la spéculation sur le prix des terrains constructibles (les prix du foncier à bâtir ont augmenté de 300% en 30 ans, et représentent à présent jusqu’à 40% du coût de construction des logements). La lutte contre la rente foncière est un enjeu majeur de la cohésion sociale. Le prix du foncier est devenu un élément majeur dans la formation du prix final du logement. Il faut donc prendre des mesures pour alléger cette charge. Il ne s’agit pas, avec cette mesure indispensable, d’interdire ou d’annuler la plus-value foncière, mais d’en limiter la progression, qui est trop forte. Le but n’est donc pas d’opérer une baisse autoritaire, mais de faire en sorte que la hausse soit moindre que les prix du marché, afin d’obtenir une courbe plus raisonnable de progression des prix à moyen-long terme.
Ce système ne serait pas appliqué à l’ensemble du territoire français, mais dans les zones les plus tendues et dans celles qui, depuis une quinzaine d’années, ont enregistré les hausses de prix les plus élevées. Dans chaque secteur géographique concerné, il s’appuierait sur les prix de référence actuels pour limiter les hausses de prix.
Frédéric FARAVEL
membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste

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