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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Trouve

Gauche Républicaine & Socialiste

7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 09:35
J'ai passé un moment surréaliste hier au volant de la bagnole à écouter Du Grain à Moudre... Non seulement Georges De Menil et Sophie de Menthon ont fait preuve d'une mauvaise foi effroyable, mais leurs arguments politiques et économiques tenaient de la folie pure... à enfermer, j'vous dis.
à écouter à titre d'antidote radical à l'envie de devenir libéral ou social-libéral, et par compassion pour Eric Heyer, directeur adjoint du département analyse & prévision de l'OFCE, appelé pour remplacer des intervenants, qui a dû se demander toute une partie de l'émission si on ne l'avait pas placé dans un HP.
Fred

Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 18h
Du grain à moudre
Ecoutez

Podcast


émission du mardi 6 mars 2007
Comment enrayer le déclin de la France ?
Electrochoc ou thérapie douce ?
Après l’avalanche de livres, d’études et de notes mettant en garde les Français contre le déclin de leur pays, les éditeurs ont pris pitié de nous. Conscients de leur responsabilité dans la dépression collective ambiante, les voilà lancés dans une contre-offensive destinée à nous remonter le moral en cette veillée électorale. Depuis quelques jours, le patient, angoissé de se savoir si endetté, si déphasé par rapport à l’évolution du monde, si empêtré dans les contradictions de son fameux modèle social, se voit administrer les fameuses pastilles du docteur Feelgood. Non, tout ne va pas si mal en Hexagone, nous avons encore des ressources, des atouts et du talent, répondent les anti-déclinistes aux prophètes du malheur français. Et les N’enterrez pas la France de Jean-Pierre Jouyet ou encore le Il n’y a pas de malheur français de Philippe Delmas répondent manifestement à Nicolas Baverez.
Plus profondément, il semble que s’opposent deux écoles sur le meilleur moyen de remettre la France dans le courant porteur. L’une, qui réclame la rupture avec 25 ans de politiques qui auraient échoué. L’autre qui recommande plus modestement la poursuite des réformes entamées. L’intéressant est bien que ces deux écoles traversent la gauche comme la droite. Les héritiers de Pierre Bérégovoy et les admirateurs de Dominique de Villepin, d’un côté, s’appuient sur les acquis pour réclamer la poursuite tranquille des réformes d’adaptation déjà entamées, plaident pour la progressivité et le bon sens. En face, une école qui réclame, au contraire, un électrochoc pour réveiller un pays anesthésié par sa classe dirigeante et qui compte autant d’économistes de gauche que d’autres, estampillés à droite.


Georges de Menil.  Professeur à Harvard, Princeton et New York University, Directeur d'études à l'EHESS. Conseiller économique des gouvernements de l'Ukraine et de la Roumanie, Fondateur de la revue européenne Economic Polic.


Philippe Delmas.  Essayiste


Sophie de Menthon.  Présidente du réseau ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance).


Philippe Mabille (au téléphone).  Rédacteur en chef du service Économie et des pages Idées de La Tribune.




Jean-Pierre Jouyet ; Philippe Mabille
N'enterrez pas la France !
Robert Laffont - 19 février 2007

Commander

Vous en avez assez des discours alarmistes sur le prétendu déclin de la France ? Vous ne supportez plus d'entendre dire que notre modèle social est vieux, condamné à disparaître ? Vous croyez dans le rôle d'un État efficace mais aussi à l'économie de marché, sans illusion sur les excès d'un capitalisme financier ? Vous pensez que la France a un grand avenir dans l'Europe de demain en refusant les sirènes du nationalisme et du repli sur soi ? Que l’élection présidentielle de 2007 peut être le départ d’un sursaut nécessaire, d’une adaptation de la France aux enjeux du XXIe siècle ? Alors ce livre est fait pour vous. Il est né de l’ambition commune d’un acteur et d’un observateur de la vie politique des vingt dernières années qui ont cherché, en ce moment si important pour notre vie démocratique, quelles réformes vont permettre à la France d’éviter le décrochage promis par les Cassandre. Jean-Pierre Jouyet et Philippe Mabille disent, preuves à l'appui, que ce pays va mieux que les Français ne le pensent généralement car nous vivons une période de mutation plus qu'un déclassement. Malgré des poches profondes de précarité, la France reste un pays riche ; sa démographie est la plus élevée d’Europe ; en économie, le secteur privé s'est adapté de façon brillante et depuis dix ans, la gestion des entreprises publiques s'est rénovée ; elle reste la sixième puissance économique mondiale... Sans afficher un optimisme naïf ni sous-estimer les réformes à accomplir, considérons les faits, sachons que l’avenir n’est pas si noir et que la France peut nous étonner.
- Description de l'éditeur -



Georges de Ménil
Common sense - Pour débloquer la société française
Odile Jacob - Février 2007

La société française semble bloquée par ses structures et ses mentalités. Est-ce une fatalité ? Pourquoi la France ne compte-t-elle aucun patron de grande entreprise issu de l’immigration maghrébine, aucun Noir dans l’état-major des armées et seulement un fils d’immigrés de couleur comme ministre, et cela depuis tout récemment ? Quel est le sens du débat sur l’immigration alors que nos banlieues sont des ghettos ? Pourquoi donner une prime pour l’emploi si le SMIC bloque l’embauche ? Les États-Unis ont commencé à mettre au travail les allocataires des minima sociaux. La France ne peut-elle s’en inspirer ?
Un économiste à la fois français et américain propose des réponses à toutes ces questions en s’appuyant sur « des faits simples, des arguments sans façon et du bons sens », à la manière du célèbre auteur franco-américain Thomas Paine, dont l’ouvrage, paru en 1776, résonnait déjà comme un appel au franc-parler.
Georges de Ménil est un ancien élève du MIT et de Harvard. Professeur à Harvard, Princeton et New York University, il est également directeur d’études à l’école des hautes études en sciences sociales de Paris. Conseiller économique des gouvernements de l’Ukraine et de la Roumanie, fondateur de la revue européenne Economic Policy, il est membre du conseil d’administration de l’école d’économie de Paris.
- Quatrième de couverture -


Philippe Delmas
Il n'y a pas de malheur français
Grasset - 7 février 2007

Voir le site

Réflexions sur la démocratie contemporaine, la culture du pouvoir en France, la confiance des Français dans le personnel politique de leur pays, etc.


Sophie de Menthon
Le carnet noir, 15 idées simples pour ruiner la France
Michalon - 1 mars 2007

Voir le site

20 conseils à ne pas suivre pour le prochain président de la République, pour ruiner la France.
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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 16:42

32H

Bon c'est vrai que c'est une drôle de manière que de soutenir Ségolène Royal et d'appeler à voter pour elle au premier tour en faisant campagne comme un candidat à la présidentielle. Mais les positions constantes de Pierre Larroturou pour la réduction du temps de travail, la vraie, continuent de valoir le détour.
Faut pas que ça vous empêche de voter pour la gauche et le changement, hein, pas de bêtise...



Pierre Larrouturou : "la semaine de 4 jours créerait 1,6 million d'emplois"
LEMONDE.FR | 05.03.07 | 12h27  ?  Mis à jour le 06.03.07 | 15h13

L'intégralité du débat avec Pierre Larrouturou, candidat à l'élection présidentielle et délégué national du PS à l'Europe, mardi 6 mars, à 11 h .


lix : Vous êtes délégué national du PS ? Pourquoi ? Et pourquoi ne soutenez-vous pas Ségolène Royal ? 

Pierre Larrouturou : Je soutiens Ségolène Royal, j'appelle à voter pour elle dès le premier tour. Mais je pense que sur certaines questions, le chômage, l'Europe en particulier, le projet du PS n'est pas à la hauteur des enjeux, et voilà pourquoi nous avons créé le collectif "Urgence sociale", et voilà pourquoi je suis candidat : pour faire connaître nos propositions. 

henriii : Votre candidature est-elle un simple témoignage ? De combien de parrainages disposez-vous ? J'ai lu 438...  

Pierre Larrouturou : Oui, 438 promesses, c'était jeudi soir. La question est de savoir combien vont arriver réellement sur le papier officiel et est-ce que nous arriverons à en avoir 500 au total. Ce n'est pas un simple témoignage, je pense qu'on est dans une crise très grave, qui peut sérieusement empirer. Il y a un vrai risque de récession aux Etats-Unis qui provoquerait une récession mondiale. Sur les questions sociales, sur l'Europe, il nous paraît fondamental d'avoir des réponses beaucoup plus ambitieuses que celles du PS. 

sa45 : Comment voulez-vous que les entreprises soient compétitives en travaillant moins et donc en augmentant le prix de la main d'?uvre (puisque je pense qu'il y aura maintien des salaires) et comment voulez-vous que les entreprises embauchent ? N'allez vous pas au contraire contraindre les entreprises à délocaliser à l'étranger. Nous sommes actuellement le pays qui travaille le moins. Ne serait-il pas logique d'augmenter notre temps de travail ?  

Pierre Larrouturou : Vaste question... Nous ne sommes pas le "pays qui travaille le moins". Tous nos pays vont en moyenne vers 30h par semaine. La durée moyenne du travail (tous emplois confondus) est de 29,9h aux Pays-Bas, et de 33,7h aux Etats-Unis. Dans tous nos pays, on a amélioré la productivité, dans tous nos pays, on a besoin de moins de travail pour produire plus. La question est de savoir si on y va par de la précarité, comme aux Etats-Unis ou au Japon, ou par un mouvement bien négocié. En passant à quatre jours, l'entreprise n'augmente pas ses coûts de production.

Plus de 400 entreprises sont déjà passées à quatre jours et ont prouvé que c'était possible. Chez Mamie Nova, le prix du yaourt n'a pas augmenté d'un centime, mais le passage à 4 jours a permis de créer 120 emplois. Si l'entreprise passe à 4 jours et crée au moins 10% d'emplois nouveaux en CDI, elle a une exonération de 8% des cotisations. Les plus faibles salaires ne perdent rien, les cadres et les commerciaux perdent 2 ou 3%. Encore une fois, la semaine de 4 jours est déjà une réalité dans 400 entreprises. Une étude du ministère du travail estime qu'un mouvement général, avec le financement que nous proposons, pourrait créer 1,6 million emplois. 

paglop : Quel est le vrai bilan des 35 heures ? Combien d'emplois créés pour quel coût ? 

Pierre Larrouturou : En janvier 1998, j'avais publié un livre, "35h, le double piège", dans lequel je soulignais les limites des "35h". En réalité, avec la première loi Aubry, les accords 35h ont permis de créer des emplois en donnant une vraie réduction du temps de travail (RTT) aux salariés, et sans abîmer l'entreprise. Hélas, avec la deuxième loi Aubry, qui a concerné la majorité des salariés, on pouvait signer un accord 35 heures et rester à 38 heures de durée réelle, et les exonérations ont coûté très cher à l'Etat, alors qu'il n'y avait aucune obligation de créer des emplois. Au total, selon l'Insee, la durée réelle du temps de travail n'a baissé que de 4% en moyenne. Le mouvement a créé entre 300 000 et 350 000 emplois. C'est mieux que le bilan de la droite (les 200 000 emplois Borloo sont en moyenne à 15h par semaine), mais ce n'est pas suffisant pour traiter le chômage de masse. 

Aline : Ségolène Royal ne dit pas ce qu'elle veut faire des 35 heures. N'est-ce pas un échec pour vous ? Nicolas Sarkozy, lui, est clair.  

Pierre Larrouturou : Nicolas Sarkozy est clair : il veut nous amener vers le modèle américain au moment même où Alan Greenspan annonce que ce modèle peut amener le monde vers une récession globale. Aux Etats-Unis, il n'y a pas eu de loi sur le temps de travail, mais il y a tellement de précarité que la durée moyenne du travail est inférieure à 34h. A cause de cette précarité, les salaires réels diminuent, et ce n'est que grâce à un très fort endettement que la croissance se maintient. Mais cette fuite en avant a des limites. En 1929, quand la dernière crise du capitalisme a éclaté, la dette totale américaine (privée et publique) représentait 130% du PIB, elle vient de dépasser les 250% du PIB. Voilà pourquoi Greenspan dit qu'on risque d'aller vers une récession mondiale. Visiblement, Sarkozy ne l'a pas compris. 

PrésidentYuFungLAM2007 : Je n'aime pas cette question car la loi même des 35 heures n'empêche pas de travailler plus. Je détourne la question : On travaille plus mais on ne gagne pas beaucoup d'argent. Doit-on baisser les charges pour inciter les salariés à travailler plus et augmenter leur pouvoir d'achat ?  

Pierre Larrouturou : Tant qu'il y aura 4 millions de chômeurs et des millions de précaires, la négociation sur les salaires dans beaucoup d'entreprises se limitera à "si t'es pas content, tu peux aller voir ailleurs". De ce fait, depuis 20 ans, chaque année, ce qui va aux salaires dans le PIB diminue un peu. La part des salaires dans le PIB représentait 79% en 1982, elle ne représente plus que 67% (source Insee). C'est un recul considérable. Cette année, quelque 200 milliards d'euros vont aller aux bénéfices, alors qu'ils iraient aux salariés si l'on avait gardé l'équilibre du marché du travail de 1982. Le seul vrai moyen de relancer les salaires, c'est de lutter radicalement contre le chômage pour permettre à tous les salariés de négocier vraiment le contenu et la valeur de leur emploi. Depuis 20 ans, on a multiplié les baisses de charges sans que l'effet sur l'emploi soit vraiment important. Et il faut bien financer les hôpitaux, les retraites. Supprimer complètement les charges n'est pas possible.

Pour élargir les contraintes, on devrait créer au niveau européen un impôt sur les bénéfices. Jamais les bénéfices n'ont été aussi importants, mais jamais on a autant baissé l'impôt sur les bénéfices. Aux Etats-Unis, le taux moyen d'impôt sur les bénéfices est aujourd'hui de 40%, il n'est plus que de 25% en Europe. 15 points de moins ! Aucun pays ne peut tout seul augmenter son impôt sur les bénéfices de 15 points, mais rien de nous empêche de créer un impôt européen. Si le budget européen était financé par un impôt européen sur les bénéfices, les 18 milliards d'euros que la France met cette année dans le "pot" européen pourraient rester en France et servir à financer la protection sociale ou le logement (voir article avec Michel Rocard sur www.urgencesociale.fr). 

Mme toutlemonde : La semaine de 32 heures que vous prônez, n'est-ce pas une utopie complète dans le contexte actuel ? Même votre candidate Mme Royal se garde bien de dire ce qu'elle pense des 35 heures ! 

Pierre Larrouturou : En 1985, après l'échec des 39h, personne à gauche ne voulait plus parler de la question du temps de travail. Aujourd'hui, le temps de travail est de nouveau un tabou aux yeux de certains responsables socialistes. Avec Michel Rocard et quelques autres, nous pensons au contraire que c'est un débat fondamental. Ce n'est pas la "solution miracle", mais c'est une des vingt propositions que nous avançons pour lutter contre le chômage. Encore une fois, la durée du temps de travail moyenne aux Etats-Unis est inférieure à 34h par semaine. On vit une révolution de la productivité. Cette productivité va-t-elle donner plus de précarité ou plus de qualité de vie ? C'est à nous d'en décider.

Sur Ségolène Royal, hélas, je ne sais pas ce qu'elle pense précisément de cette question. 

Demerck : Comment concrètement voulez-vous que les Irlandais ou les Britanniques augmentent l'impôt sur leurs sociétés ? Ils ne vont pas se tirer une balle dans le pied ! 

Pierre Larrouturou : Les premiers qui, il y a quarante ans, ont imaginé que l'Europe pourrait avoir un jour une monnaie unique, expliquaient que cette monnaie ne serait viable que si l'Europe disposait d'une fiscalité commune et que le budget européen devait peser au moins 7% du PIB. Aujourd'hui, l'Europe n'a toujours pas de fiscalité, et le budget européen ne représente que 1% du PIB. En cas de récession aux Etats-Unis, l'Europe n'a aucun moyen aujourd'hui de limiter les dégâts. Voilà pourquoi il est urgent de lancer une négociation sur l'impôt européen pour donner à l'Europe et à chacun des Etats membres de nouvelles marges de man?uvre. Les esprits évoluent.

Il y a un an, le 18 janvier 2006, le chancelier autrichien affirmait devant le Parlement européen qu'il était "absurde de ne pas taxer les profits spéculatifs". Il y a quelques jours, Edouard Balladur a rappelé qu'au niveau européen, rien n'empêche de créer une taxe Tobin pour taxer la spéculation monétaire. Si même Edouard Balladur et le chancelier Schussel sont d'accord, qu'est-ce qu'on attend pour négocier ? Selon les chiffres de la BRI, 3 000 milliards de dollars tournent chaque jour dans le système financier international. Il est fondamental de "calmer le jeu" sur les marchés financiers, surtout si Greenspan a raison et que nous allons vers une récession. Une taxe Tobin améliorée (ceux qui achètent et revendent des monnaies dans la journée sont davantage taxés que ceux qui les gardent plusieurs semaines) permettrait de calmer le jeu sur les marchés financiers. 

Jean-Damien Terreaux : Vous avez récemment apporté votre soutien à un syndicat agricole, la Coordination rurale, dont l'essentiel du discours repose sur la dénonciation de l'intervention de l'Etat en agriculture. Cela signifie-t-il que pour vous, le monde du travail salarié et les secteurs dits "indépendants" (artisanat, agriculture, etc.) sont des "mondes définitivement à part" ? Dans le deuxième monde "indépendant", les politiques de partage (du travail, des richesses) et de solidarité que vous préconisez ne sont-elles pas valides ? 

Pierre Larrouturou : L'essentiel de mon intervention devant la Coordination rurale a prouvé, au contraire, que les dégâts du libéralisme sont les mêmes pour les salariés et pour les paysans. On peut voir sur notre site l'évolution des salaires par rapport au PIB et, juste à côté, l'évolution des prix agricoles depuis quarante ans. Dans les deux cas, le laisser-faire, le libéralisme amène à appauvrir le plus grand nombre. Dans les deux cas, il faut négocier des règles du jeu. C'est la semaine de 4 jours (entre autres) pour lutter contre le chômage, c'est des quotas (sur le modèle des quotas laitiers) qui permettent de maintenir les prix des productions agricoles. Dans tous les cas, il faut concilier l'existence de règles assez fermes et la liberté individuelle. Quand on parle de la semaine de 4 jours, c'est 4 jours "à la carte". Tout le monde est en moyenne à 32h, mais l'organisation concrète n'est pas la même pour un commercial, pour un chercheur, pour un ouvrier ou pour un pilote d'avion.

De même, en matière agricole, l'existence de quotas n'empêche pas chaque paysan de conduire son troupeau ou ses cultures d'une façon assez libre et de valoriser sa production au-dessus des prix minimum si elle le mérite (du lait produit sans que les vaches mangent de l'ensilage est payé plus cher que du lait avec ensilage). Mais, pour en revenir à la RTT, le besoin de souplesse et la diversité des métiers ne doivent pas nous empêcher de faire une franche réduction du temps de travail. En septembre 1993, dans le "Monde", Antoine Riboud, le patron de BNS Danone, disait : "il faut passer à 4 jours-32 heures sans étape intermédiaire, c'est le meilleur moyen d'obliger toutes les entreprises à créer des emplois". La souplesse ne doit pas empêcher une réduction très forte du temps de travail. La productivité a été multipliée par 7 depuis trente ans (voir la courbe sur www.urgencesociale.fr), on parlait déjà des 35h en 1978 (rapport Girodet remis à Raymond Barre), 30 ans plus tard, il faut dépasser les 35h et avoir le courage d'un vrai débat sur la semaine de 4 jours. 

Encore une fois, ce n'est qu'une de nos vingt propositions. Nous proposons aussi que l'Europe négocie avec la Chine des montants compensatoires. Nous proposons aussi un vrai financement pour la recherche ou les moyens de doubler le plan Borloo. Nous ne sommes pas des monomaniaques des 4 jours, mais cela reste un débat fondamental. 

Demerck : Combien d'heures travaillez-vous par semaine ? 

Pierre Larrouturou : En ce moment, beaucoup, car je suis vraiment inquiet. Il y a un mois, le journal Les Echos a publié coup sur coup quatre tribunes sur le risque d'un "effondrement du capitalisme mondial". Dans la dernière tribune, les Echos expliquaient que si les Etats-Unis tombaient en récession, la situation en Chine allait devenir explosive : il n'y a pas d'allocations chômage, et il y a déjà de nombreuses émeutes sociales. L'essentiel de la croissance chinoise vient de la consommation américaine. Si les Etats-Unis tombent en récession, la Chine suivra très vite et nul ne sait si ce qui s'est passé en Allemagne dans les années 1930 ne se passera pas en Chine dans les 10 ans qui viennent : "Taiwan jouera au XXIe siècle le rôle qu'a eu l'Alsace-Lorraine au XXe siècle", expliquait récemment Thérèse Delpech. Vendredi dernier, les Etats-Unis ont proposé "plusieurs centaines de missiles à Taïwan pour assurer son autodéfense" (AFP). Dimanche, la Chine a annoncé qu'elle augmentait de 20 % son budget militaire. Il faut être aveugle pour ne pas voir monter les périls. J'aimerais que les politiques français comprennent la gravité de la crise. Il me reste 10 jours pour décrocher les 500 signatures et essayer de me faire entendre du plus grand nombre. Mais je rattraperai cet été ma suractivité... 

Grop : Vos propositions, qui sont désormais connues, ont fait l'objet de calculs apparemment fiables et confirment une faisabilité. Comment expliquez-vous qu'elles n'aient jamais été suivies ? Pourquoi ne les faites-vous pas valoir dans l'équipe de Mme Royal ? 

Pierre Larrouturou : Hélas, depuis quatre ans, nous n'avons eu aucun débat de fond au sein du PS. Dans les 24 mois qui ont précédé la rédaction du projet, la commission économie ne s'est pas réunie une seule fois. J'ai été invité par des dizaines de groupes de citoyens à participer à des débats aux quatre coins du pays pour développer les idées de mon dernier livre, mais à Solferino, je n'ai jamais eu 5mn de parole. 

Alxxxx : Il me semble absurde d'être candidat tout en appelant à voter Ségolène Royal. Allez-vous vous retirez avant le premier tour, pour éviter un nouveau 21 avril 2002 ? 

Pierre Larrouturou : Mon slogan est clair : "Ne votez pas pour moi, mais écoutez ce que j'ai à dire." Notre objectif est de profiter de la campagne pour faire connaître nos analyses et proposer aux citoyens qui s'y retrouvent de signer la pétition "Plus loin, plus vite" disponible sur notre site. Si Ségolène Royal est élue le 6 mai, nous irons lui déposer notre pétition le 7 mai et lui demanderons de poser quatre actes forts dès les premières semaines. Le 9 mai, par exemple, pour la Fête de l'Europe, nous demandons à Ségolène Royal d'inviter les chefs d'Etat des 26 autres pays de l'Union européenne à se retrouver dès le mois de juin à Paris pour relancer la négociation sur l'Europe démocratique, sur notre projet de traité social, et sur l'idée d'un impôt européen. De même, sur les questions sociales, sur la démocratie, sur les questions agricoles et les questions Nord-Sud, nous lui demanderons de poser des actes forts dès les premières semaines. Sinon, nous irons aux législatives pour continuer à nous faire entendre. 

En 1997, avec quelques amis, nous avions été candidats aux législatives. Nous avions fait un score supérieur à celui de la LCR. En 1999, nous avions présenté une liste aux européennes et, sans aucun accès aux médias, nous avions dépassé le seuil de 1%. Nous voulons que la gauche gagne la présidentielle. Voilà pourquoi nous disons dès le premier tour qu'il faut voter pour Ségolène Royal. Mais nous voulons pousser la gauche à l'audace. Voilà pourquoi nous lui demandons de poser des actes forts dès les premières semaines. Car l'histoire montre que toutes les réformes qui ne sont pas lancées dans les premières semaines ne le sont pas ensuite. 

sandrine : Qu'en est-il des retraites ? Tout le monde sait que les Français devront travailler plus longtemps, alors à quand une vraie réforme ? 

Pierre Larrouturou : La question des retraites va devenir très concrète en 2008, puisque la réforme Balladur imposée par décret en août 1993 s'appliquera réellement au 1er janvier 2008. Elle amènera à une baisse de l'ordre de 20% du niveau de vie des retraites (-30% pour les cadres selon l'OFCE). La réforme Fillon impose d'aller à 42,5 années de cotisation pour obtenir une retraite "complète". Mais si nous n'arrivons pas à lutter radicalement contre le chômage, demander aux gens de travailler plus longtemps est stupide. En moyenne, aujourd'hui, quelqu'un qui part en retraite est déjà au chômage ou au RMI depuis 3 ans en moyenne. Dire qu'il faudra travailler 2 ans de plus, si nous n'arrivons pas à lutter radicalement contre le chômage, ne fera que déplacer le problème. Les gens partiront en retraite après 5 ans de chômage au lieu de partir après 3 ans de chômage seulement... Je ne suis pas hostile à moyen terme aux 42 années de cotisation, mais à condition d'avoir radicalement fait reculer le chômage, ce qui passe entre autres par la mise en place de la semaine de 4 jours. Il faudra travailler plus longtemps, mais travailler moins.

Chat modéré par chat modéré par Alexandre Piquard et Anne-Gaëlle Rico

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6 mars 2007 2 06 /03 /mars /2007 13:49
Communiqué de Presse - PARIS, LE 5 MARS 2007

Dès ce matin, les Présidents des Régions de l’aéronautique se sont réunis pour coordonner leur action face au plan de restructuration d’Airbus.
Ils ont manifesté leur solidarité avec les salariés.
Ils ont redit leur profonde inquiétude face aux conséquences du plan de restructuration et leur détermination à soutenir une industrie décisive pour l’avenir de leurs régions, de la France et de l’Europe.
Les Présidents de Région ont envisagé ensemble toutes les mesures adaptées, y compris, à l’image des Lander allemands, l’entrée au capital d’EADS de leurs régions respectives.
Ils ont aussi proposé de rencontrer leurs homologues allemands et espagnols afin d’agir de manière concertée.
Les Présidents de Régions ont rappelé leur demande d’audience au Premier Ministre dont ils attendent la fixation de la date dans les meilleurs délais.
Ils ont confirmé leur accord pour participer avec les organisations syndicales au « Groupe de réflexion stratégique » initié par Ségolène ROYAL qui pourrait se réunir avant la fin de semaine, de manière à examiner les solutions alternatives pour AIRBUS – qui permettraient de réduire les conséquences lourdes de Power 8 et en premier lieu sur l’emploi.
Ils ont également appelé à la mise en place d’un plan d’appui à la filière aéronautique. Un contrat interrégional et pluriannuel, associant l’Etat, l’Europe et les Régions concernées serait l’outil adapté pour préserver non seulement l’emploi mais surtout la capacité de recherche et d’innovation, la technicité de pointe des PME régionales et la préservation et le renforcement du réseau des soustraitants afin d’éviter le transfert d’activités vers l’étranger.
Ils ont enfin informé M. BARROSO, Louis GALLOIS et le Président de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie de leur démarché et ont fait connaître leur intention de les rencontrer.

Télécharger la
Lettre des régions aéronautiques au PM sur EADS
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3 mars 2007 6 03 /03 /mars /2007 10:18
Mme Royal sur Airbus : "Non seulement l'État peut faire, mais doit faire"
LE MONDE | 02.03.07 | 15h13  •  Mis à jour le 02.03.07 | 15h13
MONT-DE-MARSAN (Landes) ENVOYÉE SPÉCIALE

êtue de rouge et de noir, couleurs familières dans une région proche de l'Espagne, Ségolène Royal a concentré son discours, jeudi 1er mars, à Mont-de-Marsan, sur le "séisme (qui) menace notre pays et plus largement l'Europe" : Airbus, qui a annoncé la suppression de 10 000 emplois et la fermeture de deux usines en France. "L'actuel gouvernement est responsable de ce désastre", a attaqué la candidate socialiste en dénonçant, devant plusieurs milliers de personnes, son rôle d'actionnaire inopérant "à réagir".

"Ce gouvernement de droite a scandaleusement déstabilisé cette entreprise par des nominations politiques à sa tête", a-t-elle poursuivi en citant "un certain M. Forgeard, ancien conseiller du pouvoir, remercié ensuite avec 2 millions d'euros sans compter les actions et les stock-options". Puis est venu le tour de l'actionnaire privé, "le groupe Lagardère, si proche du pouvoir, qui s'est opportunément désengagé quelques semaines avant l'annonce des retards sur l'A320" (en fait, l'A380). Là aussi, aux yeux de Mme Royal, la puissance publique a failli : "Il faut, a-t-elle souligné, que le gouvernement remette cet actionnaire devant ses responsabilités sur les territoires où l'entreprise s'est installée. Non seulement l'État peut faire mais doit faire."

L'État peut... C'est le message que Mme Royal a martelé jeudi soir, autant pour montrer la "cacophonie""candidat de l'UMP qui affirme, mais cela évolue paraît-il, que l'État ne peut rien faire" que pour gommer la déclaration d'impuissance d'un Lionel Jospin, lequel avait lâché, en 1999, à propos de Michelin : "L'État ne peut pas tout"... Il y a, dans chaque campagne, des dossiers plus symboliques que d'autres, et Airbus, fleuron de l'industrie européenne, en est un. "L'enjeu de cette élection présidentielle, a appuyé Mme Royal, repose sur un choix clair : un État impotent, impuissant ou au contraire, un État fort qui assume ses responsabilités." "Avec moi, a-t-elle ajouté crânement, l'État sera fort." Il fera le tri, a-t-elle précisé, "entre ceux que nous aiderons et ceux que nous n'aiderons plus".

"FRANCE NEUVE"

Et pour mieux souligner sa différence, la candidate a insisté sur le volontarisme politique en prenant pour modèle l'Europe du Nord. "Le moment est venu d'accomplir une révolution dans la gouvernance des entreprises et que les salariés siègent aux conseils d'administration pour tirer la sonnette d'alarme et forcer les dirigeants à anticiper", a-t-elle souligné, en vantant les mérites d'un "syndicalisme de masse". Tout en s'engageant à "faire prévaloir la stratégie industrielle sur la stratégie financière", Mme Royal a promis de "remettre à plat ce dossier avec les Allemands et les Espagnols", partenaires d'Airbus. Le sujet sera au centre de sa rencontre la chancelière allemande, Angela Merkel, à Berlin le 6 mars. "Les États européens doivent recapitaliser de façon stable cette entreprise pour éviter la fermeture des usines", a-t-elle insisté.

Mais la candidate connaît aussi l'histoire. Et là où M. Jospin, dans un autre dossier sensible, celui de l'entreprise LU, en mars 2002, n'avait pas su trouver les mots devant les caméras de télévision, face aux employés du groupe, elle a pris soin, jeudi soir, de "rendre hommage aux salariés, aux ingénieurs de talent, aux chercheurs qui se sentent humiliés, déconsidérés" chez Airbus.

C'est "une France neuve" que Mme Royal promeut, qui lui permet de fustiger le bilan du "candidat sortant", Nicolas Sarkozy, et de celui "qui gouverne avec la droite dans toutes les assemblées locales", François Bayrou. "Il y en a qui cherche à brouiller les cartes, a-t-elle accusé. Mais on ne peut pas conter fleurette à la gauche et rentrer chez soi en courant. (...) Le juste milieu conduit à l'inaction, aux compromis mous...". Le meeting, qui s'est tenu en présence de nombreux élus, dont Henri Emmanuelli, président du conseil général des Landes, n'aurait pas été complet sans un petit couplet sur les médias "qui disent tous les jours : à quoi sert la politique ?" Un succès de salle facile et assuré.


Isabelle Mandraud
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27 février 2007 2 27 /02 /février /2007 16:08
Les économistes de l'OFCE contestent la pertinence du chiffrage des projets

La polémique sur le chiffrage des programmes des candidats à la présidentielle repart avec la rédaction d'un "manifeste contre une démagogie en rase campagne" publié par Jean-Paul Fitoussi, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), et Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de ce centre de recherche de la Fondation nationale de sciences politiques.

Ce texte met en cause la démarche et la méthode de l'Institut de l'entreprise pour évaluer le coût des programmes des candidats. Depuis le début de la campagne, ce cercle de réflexion présidé par Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNP-Paribas, s'est attaché à chiffrer et à corriger le montant des propositions des candidats, en particulier de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal.

Les économistes de l'OFCE contestent le terme même de "chiffrage" qui laisse entendre "qu'une arithmétique des programmes politiques est possible et que, parce qu'il s'agit d'argent public, le moins coûteux d'entre eux serait le plus efficace. Une telle perspective est trompeuse...", affirment MM. Fitoussi et Timbeau.

A une démarche qualifiée "d'enfermement comptable", ils estiment préférable "d'évaluer un programme présidentiel à l'impulsion dynamique qu'il entend donner à l'économie et à la société plutôt qu'à la mécanique budgétaire sur laquelle il s'appuiera". Et ils ajoutent : ""Combien ça coûte" est le slogan de programmes télévisés distrayants. Ce n'est pas une méthode pour savoir si les options qui nous sont proposées sont à la hauteur des enjeux."

Le directeur de l'Institut de l'entreprise, Jean-Pierre Boisivon, s'est déclaré "stupéfait" par ces reproches. "Le chiffrage ne s'oppose pas à l'évaluation économique, il se complète. Les mesures proposées ont un coût. Les seules imprécisions sont celles des candidats. Notre démarche n'a d'autre objectif que de les obliger à être plus précis. La pire des menaces, ajoute-t-il, serait de se retrouver dans l'absence de débat."

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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 10:30
Un vrai débat intéressant qui tord enfin le cou à "travaillez plus pour gagner plus"...


Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 18h
Du grain à moudre


Ecoutez


émission du mardi 30 janvier 2007
Les vrais sujets sont-ils dans la campagne ? 3-Temps libre ou pouvoir d'achat



Yann Algan.  Economiste. Professeur à l'école d''économie de Paris et Université de Marne La Vallée.


Marc Fleurbaey.  Economiste, philosophe, Directeur de recherches au CNRS, Professeur à Paris 5.


Maryse Dumas.  Secrétaire Confédérale de la CGT.


Jean-Louis Caccomo.  Maître de Conférences en Sciences économiques à l'Université de Perpignan.





Jean-Louis Caccomo
La troisième voie : impasse ou espérance
Les Presses Littéraires Editions - 2007

L'année 2007 sera-t-elle une année électorale décisive ou la répétition inlassable d'un scénario trop longtemps rôdé ? Entre les bavards et les braillards, y a-t-il de la place pour une troisième voix ?
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20 janvier 2007 6 20 /01 /janvier /2007 21:00
Bravo Liem ! À méditer...


"La moitié des salariés gagne moins de 1 450 euros"
Entretien avec Liêm Hoang-Ngoc, Libération du 15/01/07 | 17 janvier 2007

ligne

IMPOTS. Liêm Hoang-Ngoc, économiste membre du PS, défend une politique fiscale de redistribution

Par François WENZ-DUMAS

Universitaire et chercheur à l’université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, l’économiste Liêm Hoang-Ngoc, membre du PS et proche d’Henri Emmanuelli, s’insurge contre les idées reçues en matière fiscale. Il vient de publier chez Grasset Vive l’impôt .

Pensez-vous, comme François Hollande, que la gauche, si elle revient au pouvoir, devra abroger les réformes fiscales de la droite ?

C’est la moindre des choses. Le Parti socialiste, dans son programme, propose d’instaurer un impôt sur le revenu universel qui fusionne la CSG et l’actuel impôt sur le revenu. L’idée est d’avoir comme la CSG une assiette plus large assortie d’une réelle progressivité. C’est à l’opposé de ce qu’a fait la droite, qui a diminué la progressivité en réduisant le nombre de tranches, et accordé aux plus hauts revenus des allégements ciblés.

Le seuil de 4 000 euros de salaire net évoqué par le premier secrétaire du PS ne risque-t-il pas de toucher les classes moyennes ?

Un salarié français sur deux gagne moins de 1 450 euros net par mois : c’est cela la réalité. La polémique de ces derniers jours est fondée sur la confusion entretenue par la droite entre salaire net, revenu imposable et foyer fiscal. François Hollande aurait peut-être dû parler de revenu net imposable par part, ce qui aurait clairement mis la barre à 10 000 euros de revenu déclaré pour un couple sans enfant. A ce niveau, il devient difficile de parler de classe moyenne. Il s’agit des 200 000 à 300 000 foyers fiscaux du haut de l’échelle qui, depuis cinq ans, ont bénéficié des principaux allégements. Sait-on que le fameux bouclier fiscal profite en théorie à 93 000 contribuables a priori aisés, mais parmi eux essentiellement aux plus fortunés ? Les 16 000 qui paient l’ISF se partageront 350 millions d’exonération alors que les 77 000 qui ne paient pas l’impôt sur la fortune auront 50 millions d’allégement.

Mais à trop taxer les hauts revenus, ne risque-t-on pas de « tuer l’impôt » et d’inciter les plus riches à s’expatrier ?

C’est l’argument que répètent les libéraux et néoconservateurs : trop d’impôt tuerait l’impôt. Johnny Hallyday part en Suisse. Un riche quitterait tous les jours la France pour ne pas payer l’ISF ! Que pèsent les 365 personnes qui quittent la République rapportées à tous ceux qui viennent chaque année en France participer à la création de richesse ? Le président de la République veut baisser le taux de l’impôt sur les sociétés (IS),qu’il juge trop élevé. Or, il a rapporté 48 milliards d’euros en 2004 et 56 milliards d’euros en 2006 : on ne peut pas dire que son taux de 33 % ait nui à son rendement ! Et une baisse du taux n’aurait aucun effet sur l’investissement : elle irait grossir les dividendes, en réduisant d’autant les recettes de l’Etat. Même chose pour les allégements de l’impôt sur le revenu consentis sur les tranches les plus élevés : le supplément de pouvoir d’achat dont bénéficient les foyers les plus aisés vont vers l’immobilier et l’épargne. Socialement et fiscalement, ces allégements ne se justifient pas. Economiquement, ils sont aberrants.

Ne se focalise-t-on pas sur l’impôt sur le revenu, qui ne représente que 17 % des ressources fiscales ?

Effectivement, et il n’est payé que par un contribuable sur deux. Le plus injuste des impôts est la TVA, qui représente 51 % des recettes publiques hors Sécurité sociale, et que le pauvre paie au premier centime dès qu’il accède à la consommation. L’un des grands rêves des néoconservateurs en matière de réforme fiscale est de réduire l’impôt sur le revenu à un prélèvement à taux unique comme la CSG et de reporter le manque à gagner sur la TVA. Ce serait une absurdité économique, puisqu’une hausse de TVA pèserait sur la croissance et les prix. Mais les libéraux ne sont pas à cela près dès lors qu’il s’agit de démanteler un impôt sur le revenu dont ils refusent la fonction redistributive et solidaire.


Vive l’impôt !
Essai de Liêm Hoang-Ngoc, Editions Grasset - Janvier 2007

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  Deux siècles après la restauration de 1815, les conquêtes de la Révolution française semblent de nouveau en cause. Thermidor économique, la parenthèse libérale ouverte par la gauche en 1983 inaugura une période de transition qui permet désormais au parti de la droite bonapartiste de solder son passé gaulliste. Epousant au grand jour les thèses néolibérales anglosaxonnes, cette même droite, Nicolas Sarkozy en tête, peut afficher sans honte son visage néoconservateur. lire
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18 décembre 2006 1 18 /12 /décembre /2006 12:22
La force de l'euro favorise-t-elle la puissance de l'Europe ?
LEMONDE.FR | 05.12.06 | 15h19  •  Mis à jour le 13.12.06 | 16h15

L'intégralité du débat avec Jean-Paul Fitoussi, président de l'OFCE, Centre de recherche en Economie de Sciences Po, mercredi 13 décembre, à 15 h .


andruc1 : De quelle puissance parle-t-on ? S'il s'agit de puissance dans le commerce international, on peut répondre "oui" à la question. Par contre, à l'intérieur de l'Europe, l'euro ne favorise pas la puissance, au contraire, car la BCE a pour unique objectif la lutte contre l'inflation. La création de richesses et d'emplois n'est pas la préoccupation de la BCE et comme l'Europe politique est morte avec le TCE, la puissance de l'euro à l'intérieur de l'Europe est nulle voire négative. Partagez-vous ce constat amer ?

Jean-Paul Fitoussi : Les constats doivent être un peu plus mesurés. Le problème dont nous parlons, c'est essentiellement de la puissance potentielle de l'Europe et de savoir si ses diverses institutions participent à sa puissance, et notamment la politique monétaire. Le problème est que fréquemment est utilisée, dans le vocabulaire politique et médiatique, la notion de force de la monnaie. Alors même que l'on constate qu'il n'existe aucune relation entre le niveau élevé du taux de change d'une monnaie et la puissance de son économie. Que fréquemment, des pays ou des épisodes historiques qui les ont caractérisés ont conduit à montrer exactement l'inverse. Les politiques consistant à apprécier la monnaie rendaient exsangues les économies, les affaiblissaient.

Mais il n'existe pas de relation générale. Ce que l'on peut affirmer, c'est qu'en principe, ce qui génère l'augmentation du taux de change, la "force" d'une monnaie, c'est la bonne santé de l'économie. Et non l'inverse. C'est la raison pour laquelle quelle que soit l'économie, les taux de change ont tendance à se déprécier en période de récession et à s'apprécier en période de croissance. Cela veut dire qu'on se trompe de causalité. Ce n'est pas l'euro fort qui pourrait faire l'Europe forte, mais le contraire. La force de l'Europe pourrait se transmettre à l'euro.

Adil : Un euro fort est-il vraiment un handicap ou juste une façon de justifier la perte de compétitivité des entreprises françaises ? Pourquoi l'Allemagne reste compétitive malgré la hausse de l'euro, alors ?

Jean-Paul Fitoussi : Il y a plusieurs aspects dans cette question. Le premier, c'est parce que l'euro est fort que les entreprises sont peu compétitives, et non pas l'inverse. Un euro fort signifie l'augmentation en devises étrangères des prix des biens et des marchandises produits en Europe. Si l'euro s'apprécie de 50%, par exemple, cela signifie que les prix des biens européens augmentent de 50% sur les marchés américain et asiatique. Donc on voit bien que c'est la force de la monnaie qui rend l'économie moins compétitive. C'est pourquoi je disais qu'il fallait inverser la causalité. C'est lorsque les entreprises sont très compétitives que la monnaie peut s'apprécier.

Non seulement l'appréciation de la monnaie n'est pas un moyen de rendre les entreprises plus compétitives, mais au contraire, de détruire leur compétitivité. Ce qui se passe aujourd'hui pour Airbus comme pour les constructeurs automobiles européens le montre abondamment. Ils ont de plus en plus de difficulté à écouler leur production sur les marchés extérieurs à l'Europe. L'Allemagne a conduit une politique de compétitivité qui consistait à réduire ses coûts de production, et notamment ses coûts unitaires en travail, par une très forte modération salariale, ce qui lui a permis de compenser partiellement l'appréciation de l'euro. Mais l'Allemagne a gagné en compétitivité essentiellement par rapport aux autres pays européens. Donc une part importante de l'excédent des échanges extérieurs allemands s'est faite au détriment de l'Espagne, de l'Italie, de la France, c'est-à-dire des pays de la zone euro. En d'autres termes, la politique allemande revient à remettre au goût du jour ce que l'on a appelé en France la "politique de désinflation compétitive". Et le problème européen se trouve là. Si les autres pays européens, pour gagner des parts de marché sur l'Allemagne, se mettent à poursuivre la même politique, alors évidemment, personne ne gagnera. Si l'Espagne, l'Italie et la France avaient réduit leurs coûts salariaux du même montant que l'Allemagne, il n'y aurait pas eu de boom des exportations allemandes. Et le seul résultat eût été une baisse de la croissance européenne.

En gros, c'est une façon de pratiquer une politique d'import-export du chômage, si je puis dire. Parce que les politiques de compétitivité qui essaient de baisser les prix relativement aux voisins ont pour moteur la modération, si ce n'est la baisse, des salaires. Donc l'Allemagne s'en porte mieux au niveau des exportations, mais ne s'en porte pas mieux au niveau de sa demande interne, c'est-à-dire la consommation allemande, l'investissement allemand. Il ne faut pas oublier que si l'Allemagne va un peu mieux aujourd'hui en termes de croissance, elle a connu une stagnation pendant environ quatre années. Il y a une autre façon de devenir compétitif, qui est d'augmenter la productivité, de ne pas jouer sur les prix. Mais cela exige de l'investissement à la fois public et privé. Or, les gouvernements européens aujourd'hui n'ont plus vraiment, compte tenu de l'état de strangulation budgétaire dans lequel ils se trouvent, les moyens d'investir.

Julien : Malgré un euro fort, la France se place au troisième rang mondial avec 32 milliards d'euro d'investissement de la part des entreprises étrangères. Comment expliquer cela?

Jean-Paul Fitoussi : On ne peut expliquer cela que si l'on se bouche les oreilles au discours ambiant. Si des capitaux étrangers viennent s'investir en France, c'est bien parce qu'ils y trouvent un avantage. Et que donc ils ne considèrent pas la France comme un pays peu compétitif, rigide, ayant une main-d'œuvre paresseuse et étouffé par les réglementations administratives. C'est donc bien une preuve de ce qu'il y a quelque chose, dans le discours sur les rigidités de l'économie française, qui ressort davantage de la rhétorique que de la réalité.

La vraie question n'est pas celle de faire un concours de beauté entre pays européens pour attirer le maximum d'investissements étrangers, l'Europe n'est pas un continent développé, mais au contraire de prendre conscience de la puissance économique de l'Europe – c'est quand même le marché le plus riche du monde (450 millions d'habitants ayant un niveau de revenu élevé) –, et de faire redémarrer en Europe la demande interne, c'est-à-dire l'investissement et la consommation. Mais pour cela, il faut conduire une stratégie presque inverse à celle qui est aujourd'hui conduite. A savoir une stratégie de productivité, d'augmentation des salaires. L'un étant le corollaire de l'autre. Si la productivité augmente, cela signifie que les travailleurs européens produisent davantage en une journée. Et il est donc normal que leur journée leur soit davantage payée. Alors qu'aujourd'hui on essaie de réduire les salaires pour gagner en compétitivité par rapport aux autres pays européens et, dit-on, par rapport au reste du monde, id est la stratégie exactement inverse.

Si je dis "dit-on", "par rapport au reste du monde", c'est parce que l'argument est complètement fallacieux. Si je baisse les salaires de deux points en Europe pour gagner en compétitivité, mais que d'un autre côté l'euro s'apprécie de 50%, cela signifie que d'une main j'ai étouffé la demande interne en Europe, donc le pouvoir d'achat des Européens, mais que de l'autre j'ai augmenté les salaires européens sur les marchés mondiaux. On voit donc bien qu'on est là aussi en pleine contradiction, en pleine rhétorique.

Tintin19 : Comment se fait-il que les pays de l'Union européenne hors zone euro s'en sortent mieux ?

Jean-Paul Fitoussi : Parce qu'ils ont moins de contraintes et qu'ils ont une politique globale plus cohérente. Ils ont davantage de marges de manœuvre sur tous les instruments de la politique économique, sur la monnaie comme sur le budget. Maintenant, il faut bien comprendre que les difficultés dans lesquelles se trouve l'Europe aujourd'hui ne tiennent pas à l'euro en soi, mais à la forme de gouvernement que s'est donnée l'Europe. On a construit l'Europe pour en faire une économie puissante. Une économie puissante doit disposer d'instruments puissants de gestion. Les instruments puissants de gestion d'une grande économie sont : la politique monétaire, la politique budgétaire, la politique industrielle, la politique de change. Mais lorsque l'on observe les choses de près, on s'aperçoit que ces instruments ne peuvent être utilisés en Europe, parce qu'ils sont verrouillés.

L'instrument monétaire est verrouillé non pas par la BCE, mais par les traités européens, qui ne donnent à la BCE que la mission de stabilité des prix, que d'autre part, l'instrument budgétaire est verrouillé par le Pacte de stabilité, et qu'enfin, l'instrument de politique industrielle est empêché par la politique de la concurrence qui, en Europe, est fédérale. On a une grande économie, on a verrouillé les instruments de gestion d'une grande économie, que reste-t-il ? Eh bien, il ne reste que les instruments de gestion des petites économies. C'est-à-dire la compétitivité "prix". Et voilà pourquoi on se trouve dans la situation de croissance molle dont nous souffrons tous, et notamment le pouvoir d'achat des salaires souffre. On est donc en pleine contradiction entre les moyens et les fins.

La fin, c'est la grande économie puissante. Le moyen, c'est l'instrument de gestion de la petite économie ouverte. Alors de cette façon, on ne voit pas très loin. Exemple : les Européens, à grand renfort de déclarations, de rapports et de réunions, ont décidé à Lisbonne de devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive du monde. Bravo ! C'est un bel objectif que celui de souhaiter être plus intelligent que les autres. Mais en même temps, on a ajouté subrepticement la condition qu'il ne devait en coûter pas un centime d'euro aux divers gouvernements européens. Voilà donc un grand objectif et un tout petit moyen. Qu'on ne s'étonne pas alors que les objectifs ambitieux qu'on se donne ne soient pas atteints.

"LE MANQUE EST DU CÔTÉ POLITIQUE"
Pedro : Que faudrait-il faire alors ?

Jean-Paul Fitoussi : Il faudrait accepter l'Europe, ne pas avoir peur de notre propre puissance et avoir les moyens de la gérer, se donner les instruments pour gérer l'Europe. On voit bien où est le manque : il est du côté politique. Ces instruments ne peuvent exister vraiment que dans la mesure où il existe une autorité légitime qui puisse les utiliser. Cette autorité légitime ne peut être que politique, puisque c'est la démocratie qui donne la légitimité dans un système.

Roro : Adieu les 35 heures ?

Jean-Paul Fitoussi : C'est une question qui n'est pas vraiment liée au sujet. Il faut bien voir que si les salaires stagnent, ce n'est pas en raison des trente-cinq heures. Et il faut savoir que ça fait un quart de siècle que les salaires stagnent. Je ne dis pas ça pour défendre les trente-cinq heures, je n'ai jamais pensé que les trente-cinq heures étaient une mesure intelligente pour régler la question du chômage, mais simplement pour rappeler que l'histoire française n'a pas commencé en 2000... Maintenant, je crois aussi que dès le moment où il existe des possibilités de choix, ces possibilités doivent être sélectionnées par les moyens de la démocratie. Donc, si les Français veulent les 35 h, s'ils ont élu un gouvernement qui avait à son programme les 35 h, on ne peut pas les critiquer de ce point de vue. On peut simplement dire que les 35 h ne règlent aucun problème en soi, c'est une conquête sociale pour certains, et c'est à cette aune que les trente-cinq heures doivent être jugées.

Encore une fois, si les salaires n'augmentent pas dans nos pays, c'est parce que la productivité n'augmente pas beaucoup. Si la productivité, quel que soit l'horaire de travail, augmentait, les salaires pourraient augmenter. Il y a un 2ème élément à rappeler, un élément contextuel de grande importance. Si ça fait un quart de siècle que les salaires stagnent, ça fait aussi un quart de siècle que nous vivons dans une situation de chômage de masse. Et donc dire qu'il suffit que les Français travaillent plus pour régler le problème de la croissance et pour régler le problème du pouvoir d'achat est un peu une exigence rhétorique, encore une fois. Car je pense profondément que la grande majorité des Français souhaiterait travailler davantage. Encore faut-il qu'ils trouvent un emploi. Les jeunes ont très envie de travailler et acceptent des conditions de précarité considérables pour pouvoir accéder au travail. Et ils ressentent comme une injure le fait qu'on les traite, d'une façon ou d'une autre, de paresseux.

Tintin19 : Croyez-vous que l'euro a vraiment pénalisé les consommateurs français ?

Jean-Paul Fitoussi : Je ne suis pas partisan de la dichotomie consommateurs-producteurs. Je ne connais pas de pays où les consommateurs sont riches et les producteurs pauvres. Les consommateurs sont pénalisés lorsque leurs revenus stagnent. Cet élément majeur du contexte dans lequel nous vivons est un élément qui a précédé comme suivi l'introduction de l'euro. Alors est-ce qu'à l'occasion de l'introduction de l'euro un certain nombre d'entreprises en ont profité pour augmenter leurs prix, ça très certainement. Mais je crois dans les statistiques de l'Insee pour ce qui concerne l'indice des prix. C'est un indice très certainement perfectible, mais je ne pense pas qu'il soit trafiqué, j'en suis même sûr. C'est vrai que l'impression qu'ont les consommateurs d'avoir été pénalisés par l'euro me semble venir essentiellement de leur situation de producteurs, c'est-à-dire de travailleurs dont les revenus stagnent. Alors que nous vivons une période où de nouvelles consommations apparaissent, en raison de la révolution des technologies de l'information et de la communication.

Zoubida : Pourquoi se poser cette question alors qu'un dollar fort n'inquiète pas les Américains outre mesure ?

Jean-Paul Fitoussi : Personne ne se pose la question de l'euro fort. C'est un contexte essentiellement politico-médiatique, et non un concept économique. Nous avons hérité ce concept parce qu'il a désigné une politique, celle du franc fort. Lorsque les Américains disent qu'ils veulent que leur monnaie soit forte, ils le disent à la fois quand l'euro vaut 0,8 $, quand le dollar est fort, ou quand l'euro vaut 1,32 $. Ils tiennent toujours ce discours quel que soit le niveau du dollar. Aujourd'hui, le dollar est faible par rapport à l'euro, mais les Américains ne sont pas en train de gémir devant la faiblesse de leur monnaie. Au contraire, ils disent que leur monnaie est forte parce qu'ils savent très bien, comme tous les économistes, que le concept de faible ou fort appliqué à une monnaie est une figure rhétorique.

Si aujourd'hui les Européens se plaignent d'un euro fort, c'est parce qu'ils constatent que le niveau élevé du taux de change de l'euro conduit à accélérer la désindustrialisation de l'Europe. Parce que certaines entreprises industrielles n'exportent plus, ou beaucoup moins, et donc finissent par décider de s'implanter, au moins partiellement, en zone dollar, de délocaliser une partie de leurs activités. Il ne s'agit pas de savoir si une monnaie est forte ou faible, la vraie question est de savoir si une économie est forte ou faible. Il est évident que si la gestion de la monnaie conduit l'ensemble des entreprises à délocaliser de plus en plus leurs activités, la force de la monnaie accélérera le déclin de l'économie.

Pedro : L'économie européenne est-elle forte, et en quoi ? Quand on voit l'absence de perspective d'une Europe homogène, des replis partout et l'absence d'un gouvernement européen, notamment économique ?

Jean-Paul Fitoussi : L'économie européenne est quand même une des économies les plus riches du monde. Elle est en situation difficile aujourd'hui parce qu'on n'a pas tiré les conséquences politiques de ce que l'Europe avait accompli dans le domaine économique, et que le problème n'est pas tant que les Européens soient collectivement paressseux, ou que l'économie européenne soit faible, le problème vient de ce que le politique européen est très faible. Si je dis cela, je parle d'un phénomène structurel. Un politique qui ne peut décider qu'à l'unanimité est un politique faible. Or le Conseil européen ne peut décider qu'à l'unanimité sur les sujets importants. Autant dire que la décision politique européenne est paralysée. On voit concrètement que cela conduit à un politique faible. Et donc à une absence de poids politique de l'Europe sur la scène mondiale. Et comme il existe entre le politique et l'économique des relations dialectiques, la faiblesse du politique peut entraîner celle de l'économique. Exemple : tous les gouvernements des pays européens vont chacun à leur tour serrer la main de M. Poutine pour obtenir des conditions plus avantageuses en matière pétrolière ou gazière.

Et donc M. Poutine a beau jeu de mettre les pays européens en concurrence pour obtenir le meilleur "deal". Alors que les pays européens, eux, se trouvent dans une situation d'extrême faiblesse, ce qui conduit à réduire l'indépendance énergétique de l'Europe et le poids de l'Europe dans les négociations géo-politico-économiques. Ce qui se passe avec M. Poutine se passe avec la plupart des autres pays externes à l'Europe. On pourrait raconter la même histoire en constatant que chaque gouvernement national en Europe organise de façon séparée avec ses entreprises un voyage en Chine, et que les Chinois se frottent les mains. Car évidemment, les pays européens se mettent en concurrence, ce qui permet aux Chinois d'obtenir les marchés les plus avantageux. Les choses auraient été complètement différentes si l'Europe était représentée en tant que telle, à la fois vis-à-vis de la Russie et de la Chine. Imaginons quelle serait la puissance à la fois politique et économique américaine si les Etats-Unis, au lieu d'être représentés dans les négociations internationales par leur gouvernement fédéral, étaient représentés par les gouvernements divisés des cinquante Etats qui les composent.

Lakhdar001 : Pensez-vous que le politique devrait reprendre la main sur la Banque centrale, c'est-à-dire que les gouvernements européens devraient avaliser les décisions de la BCE, par exemple à la majorité qualifiée ?

Jean-Paul Fitoussi : Il ne s'agit pas de faire de l'Europe une expérience de laboratoire en allant d'un extrême à l'autre. Aujourd'hui, le problème européen est que la BCE est la seule banque centrale du monde à ne pas obéir à une procédure dite "de responsabilité" ("accountability", en anglais), à savoir une procédure aux termes de laquelle une agence indépendante, banque centrale ou autorité de régulation, fasse rapport devant une assemblée politique qui a le pouvoir de modifier les statuts de l'agence, en l'occurrence de la banque centrale.

Lorsque le président de la Fed va rendre des comptes au Congrès américain, il sait que celui-ci peut modifier ses statuts par une loi. Donc il a conscience qu'il doit internaliser dans sa politique les préoccupations des hommes politiques. C'est cet aspect qui manque en Europe, et c'est cet aspect qu'il convient de rétablir. Mais on voit bien la difficulté de le mettre en œuvre en Europe, car devant quelle assemblée politique la BCE pourrait-elle faire rapport ? Dans les autres pays, c'est devant les Parlements, mais en Europe ? Le Parlement européen n'est pas encore un Parlement de pleine souveraineté.

On pourrait imaginer que ce soit le Conseil européen, mais celui-ci ne peut se décider qu'à l'unanimité, donc on voit bien qu'il y a un vrai problème, qui ne pourrait être résolu que s'il y avait un gouvernement européen. Je crois quand même qu'un gouvernement fédéral européen existera, même si c'est à long terme. On pourrait imaginer des pas en avant qui, même s'ils ne sont pas tout à fait satisfaisants, accroîtraient à la fois la responsabilité de la BCE, et donc sa légitimité. Même si le Parlement européen n'a pas tous les pouvoirs des Parlements nationaux, il suffirait qu'à l'issue des auditions auxquelles procède le Parlement européen de la BCE, il puisse y avoir la potentialité d'une procédure de responsabilité. Je dis "potentialité", car jamais le Congrès américain n'a modifié les statuts de la Fed. Mais s'il ne les a pas modifiés, c'est précisément parce que la Fed, connaissant son pouvoir, a internalisé ses préoccupations.

Chat modéré par Gaïdz Minassian
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27 septembre 2006 3 27 /09 /septembre /2006 14:57
'augmentation des prix du pétrole, la création d'un chèque-transport pour en réduire les conséquences sur le pouvoir d'achat des salariés, la volonté de créer un autre grand acteur français de l'énergie, en même temps que la montée des inquiétudes quant aux évolutions climatiques, sont autant de signes de la dépendance du système économique par rapport à son environnement. L'économie n'est pas un univers clos, autonome, régi par des lois indépendantes du droit, de la morale, de la politique ou du social. C'est au sujet de la question écologique que cette vérité est la mieux comprise : le processus économique y apparaît naturellement comme participant d'un échange réciproque avec son environnement.

La particularité de cet échange est qu'il n'est pas régi par les lois intemporelles de la mécanique mais par celles de la thermodynamique et notamment la loi d'entropie. Née d'un mémoire de Sadi Carnot (1824), la thermodynamique établit que, dans l'univers, la quantité d'énergie libre (susceptible d'être transformée en travail mécanique) diminue avec le temps. Il s'agit donc d'une loi temporelle d'évolution qui nous renvoie à la finitude du monde, tout en laissant dans l'indétermination le moment où surviendrait "la mort de la chaleur", comme le disaient les premières formulations de la théorie.

Sous l'impulsion de Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) - dont les travaux sur les relations entre les processus économiques et la physique furent pionniers - de nombreux chercheurs tentèrent sans grand succès de formuler une théorie "entropique" de l'économie et de la société, en particulier au cours des années 1970. Mais Georgescu-Roegen lui-même ne pensait pas qu'il soit utile, ni même souhaitable, de tenter de construire une métathéorie dans un domaine caractérisé par des incertitudes aussi fondamentales : "L'évidence millénaire que la vie va toujours dans une seule direction suffit comme preuve de l'irréversibilité de la vie pour l'esprit courant, mais pas pour la science... La thermodynamique classique, en apportant la preuve - valable suivant le code de procédure scientifique officiel - qu'il existe des processus irréversibles même dans le domaine physique, a réconcilié l'état de la science avec le bon sens."

L'important est de comprendre que le processus économique, à l'impossible autonomie, produit du fait de ses multiples interactions avec la nature des conséquences irréversibles. Nous puisons dans des stocks de ressources naturelles non renouvelables (pétrole, matières premières, etc.) et dégradons ou modifions qualitativement les fonds environnementaux en leur imposant un rythme d'exploitation supérieur à leur capacité de régénérescence (terres agricoles, eau, ressources maritimes, etc.).

La loi d'entropie nous rappelle qu'il existe une flèche de temps et que nous laisserons ainsi aux générations futures un patrimoine naturel moindre et sans doute moins adapté à leurs besoins que celui dont nous avons hérité. Plus encore, le fait que l'exploitation des stocks de ressources épuisables libère la "vitesse" économique (la croissance) du rythme écologique contribue à la dégradation des fonds, notamment la biosphère, et peut susciter des changements irréversibles dans l'évolution des climats.

Le problème est d'importance, mais n'est aucunement susceptible de solutions politiques simples. Au nom de quel principe pourrait-on demander à la Chine et à l'Inde de limiter leur dynamisme économique aux fins de réduire leur prélèvement sur les ressources naturelles de la planète ? Notre moindre dynamisme n'est nullement la conséquence d'une autolimitation volontaire, mais de notre niveau de vie bien plus élevé et de notre incapacité à régler nos propres déséquilibres économiques. Nous ne pouvons imposer aux plus pauvres que nous le rythme écologique, alors que c'est le fait de nous en être libérés qui nous a enrichis ! La décroissance ou même la stagnation ne sont pas davantage une solution au sein des pays développés, pour une raison similaire : elles impliqueraient soit que l'on s'accommode des inégalités existantes, soit au contraire que l'on impose un régime de redistribution tendant à l'équirépartition des ressources - un cynisme insoutenable d'un côté, une utopie totalitaire de l'autre.

INVESTIR DANS L'ÉDUCATION ET LA RECHERCHE

Mais, pour notre bonne fortune, la loi d'entropie n'est pas la seule flèche de temps qui gouverne notre évolution ; il en est une seconde moins tangible mais tout aussi déterminante : l'augmentation des connaissances. Une double irréversibilité marque ainsi le développement de l'humanité : l'accumulation des savoirs et du progrès des techniques d'un côté, la décumulation des stocks de ressources épuisables ou de la dénaturation tout aussi irréversible de certains fonds environnementaux de l'autre. Le temps de l'économie est, pour ces raisons, irréductiblement orienté : entropique pour les ressources et historique pour les institutions de production, d'organisation et de diffusion des connaissances. Les perspectives d'évolution du système tiennent en partie à l'espace aménagé entre ces deux processus dynamiques, écart qui peut faire penser à celui qui sépare les deux lames d'une paire de ciseaux. On peut ainsi décider d'une croissance aussi forte que l'on veut (donc d'un prélèvement sur les stocks de ressources) à condition de disposer d'un niveau de connaissances suffisant pour assurer la pérennité du système.

Or la nature comme la connaissance sont des biens publics qui exigent l'intervention de l'Etat pour être "produits" en quantité suffisante. La seule issue au problème de la finitude de notre monde est de tenter de maintenir grandes ouvertes les lames des ciseaux en investissant dans l'éducation et la recherche - notamment d'énergies renouvelables et de tout ce qui peut réduire le contenu énergétique de notre niveau de vie - et dans la préservation de l'environnement, en inventant les moyens de ralentir le processus de décumulation des ressources naturelles.

Mais, affirme-t-on, l'environnement est un bien public mondial et il ne sert à rien de se contraindre si cela n'a pour effet que de permettre aux autres d'augmenter leur puissance. On se trompe car, conçue comme procédant de la maîtrise de deux processus dynamiques, la solution du problème écologique pourrait tout aussi bien être un accélérateur de croissance. A mi-chemin entre la nation et le monde, l'Union européenne, région riche s'il en est, pourrait acquérir un avantage déterminant si elle parvenait à combiner le règlement (relatif) de la question de son indépendance énergétique, une politique mieux centralisée d'approvisionnement, le développement de la recherche d'énergies nouvelles, la consolidation de son avance dans le nucléaire et la garantie de normes environnementales suffisamment intelligentes pour tenir compte de sa diversité.


Jean-Paul Fitoussi
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