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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 13:30

Nelson Mandela nous a quittés le 5 décembre dernier ; il a été enterré ce dimanche 15 décembre à Qunu, le village de son enfance.

Tout le monde s'attendait à ce dénouement à la fois tragique et banal, au regard du grand âge du leader sud-africain. Pourtant, le soir du 5 décembre j'ai ressenti une profonde tristesse qui a mis un certain temps à s'estomper. Ceci explique que je n'ai pas pu trouver le courage d'écrire ces lignes plus tôt.

Le décès de Mandela - pour prévisible et attendu qu'il était - est l'un des rares évènements "politiques" qui m'ait arraché des larmes. Des larmes de colère et de tristesse, le soir de l'assassinat d'Yitzhak Rabin à Tel-Aviv le 4 novembre 1995, alors que le premier ministre travailliste israélien descendait de la tribune d'une manifestation en faveur de la Paix. Des larmes de colère j'en ai versé en apprenant que suite au sabotage des accords de paix (rendus possibles par un cessez-le-feu unilatéral Républicains le 31 août 1994) par John Major, premier ministre britannique, l'IRA avait décidé de reprendre les opérations militaires le vendredi 9 février 1996.

Manifestation-pour-la-liberation-de-Mandela.jpgCette émotion si forte découle de ce que Mandela a représenté pour ma génération en politique ; pour l'adolescent que j'étais, déjà sensibilisé au combat anti-raciste à la fin des années 1980, la revendication pour la libération de Nelson Mandela a été déterminante pour notre, mon, éveil à l'engagement et à la conscience politique. Nous sommes allés en manifestations, on souriait aux (rares) affiches collées dans nos rues pour nous rappeler son existence (en général c'était une campagne des Jeunesses Communistes), on regardait les concerts à la télévision avec U2, Johnny Clegg et Simple Minds.

Mandela_liberation.jpgLe 11 février 1990, au lieu de fêter avec un peu d'entrain l'anniversaire que ma famille m'avait préparé, j'ai passé la journée à regarder en direct l'évènement historique, ce moment tant espéré et à la fois incroyable qu'avait été la libération de Nelson Mandela. C'était bien mieux comme cadeau. On découvrait enfin un homme dont on ne connaissait que le (mauvais) portrait fait de lui juste avant son procès dans les années 1960. On le reconnaissait à peine, car on s'attendait à voir sortir l'homme de l'affiche, sans mesurer que les marques du temps, de l'emprisonnement et des privations avaient pu pendant 27 ans transformer notre héro.

Et ce jour-là je me rappelle qu'il avait été encore au-delà de ce que nous pouvions imaginer de lui. Dans son discours depuis le balcon de l'Hôtel de Ville du Cap, il annonce ce qui va guider ensuite toute son action pour une nouvelle Afrique du Sud. "Je me tiens devant vous non comme un prophète, mais comme votre humble serviteur à vous, le peuple. Vos sacrifices infatigables et héroïques ont rendu possible ma présence ici aujourd'hui. Je place en conséquence les années restantes de ma vie entre vos mains." Même si les sceptiques pouvaient encore douter de sa différence avec les potentats africains, promettant un nouveau Mugabe, Mandela annonçait ainsi son attachement profond et réel à la démocratie et à l'éthique en politique : tenir son pouvoir du peuple pour le servir.

C'est sa détermination, son attachement à la paix et à la démocratie qui permirent à l'Afrique du Sud de passer de l'Union Sud-Africaine des Afrikaners à la Nation Arc-en-Ciel ; y compris quand Frederik De Klerk, son co-Nobel, jouait avec le feu et instrumentalisait la violence du parti zulu Imkhata, dirigé par le prince Buthelezi, protégé des Britanniques.

photo-of-nelson-mandela-in-traditional-clothing.jpgSon discours d'investiture comme président en le 10 mai 1994 "De l'expérience d'un extraordinaire désastre humain qui a duré trop longtemps doit naître une société dont toute l'humanité sera fière... Jamais, jamais, plus jamais ce magnifique pays ne devra connaître l'oppression d'un homme par un autre. [...] Nous forgeons une alliance qui nous fera bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, noirs et blancs, pourront marcher la tête haute, sans peur dans leur coeur, assurés de leur droit inaliénable à la dignité humaine - une Nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et le monde." faisait écho à sa défense lors du procès de Rivonia 30 ans plus tôt "J'ai lutté contre la domination blanche et j'ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d'une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. J'espère vivre assez longtemps pour l'atteindre. Mais si cela est nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir." Il n'a jamais dévié de sa route, quitte à rompre avec sa femme Winnie lorsqu'il ne put que constater la dérive violente et maffieuse de celle qui l'avait pourtant soutenu psychologiquement et politiquement durant toute sa captivité.

J'entends aujourd'hui certains vouloir relativiser son action à la présidence dénonçant le manque de bilan social de son mandat. Mais rappelons qu'il n'a fait qu'un mandat et que la priorité de celui-ci fut la construction d'une nouvelle république, sortir le pays de la violence, permettre la cohabition réelle des blancs et des noirs, reconstruire une économie dramatiquement touchée par le boycott que la communauté internationale avait été peu à peu contrainte de mettre en place à cause l'ignoble régime de l'apartheid.

FrancoisPienaarNelsonMandela131215TrophyG300.jpgOn oublie les combats qu'il a mené après avoir quitté le pouvoir (car lui l'a quitté) contre la pauvreté ou les ravages du SIDA et son respect infini de la démocratie sud-africaine et des décisions internes de son parti l'ANC, alors que son aura aurait suffi à bousculer toutes les décisions. Mandela ne s'est jamais représenté en Messie ou en homme providentiel.

Il ne saurait être réduit non plus à une icône supplémentaire et saint-sulpicienne de la non-violence. Confronté à la violence du pouvoir blanc, c'est lui qui prit avec raison la décision de lancer l'ANC dans la lutte armée, veillant à ne pas causer de pertes humaines, car il n'y avait plus d'autres solutions. Ce choix des années 1960, il ne l'a jamais renié.

A contrario, qu'il est navrant de voir les charretées de condoléances hypocrites qui à travers le monde salue aujourd'hui la mémoire d'un homme devenu icône et qu'ils ou leurs mentors combattirent avec la dernière énergie (Jacques Chirac - interview dans Magazine Hebdo* en 1984 - quand le RPR qu'il dirigeait et toute la droite française avaient pour modèle Margareth Thatcher). 

C'est aussi susciter la bêtise de quelques personnes qui croient être des responsables politiques comme Rama Yade qui associe l'oeuvre de Mandela à "la longue lutte contre le communisme". Cette personne manque donc à ce point de culture pour ignorer la réalité politique ? Autant Mandela a toujours veillé comme responsable de l'ANC, avant et pendant la clandestinité, puis de sa prison, à empêcher la mise sous tutelle de son mouvement par le Parti Communiste Sud-Africain, mais on peut effacer la solide alliance qu'il construit avec les militants blancs du SACP, et qui ne fut sans doute pas étranger à sa prise de conscience que l'hégémonie noire serait tout autant délétère que l'hégémonie raciste blanche.

Il ne peut pas être oublié non plus c'est le camp international communiste et les mouvements politiques communistes qui furent ses plus tenaces soutiens et contribuèrent dans les pays occidentaux à ce que le prisonnier politique ne sombre pas dans l'oubli.

Si l'ANC finit par adhérer à l'Internationale Socialiste ce n'est pas tant par lutte anti-communiste que parce que l'orientation sociale-démocrate de ses leaders étaient dès l'origine établie.

Je veux ici rappeler que, bien que la France ait mis un certain temps à adopter une position claire sur l'Apartheid, François et Daniel Mitterrand avec Laurent Fabius comme premier ministre conduirent une action déterminante pour changer la position des démocraties européennes, au moment où Margareth Thatcher expliquait que Pinochet était un homme charmant et Mandela un terroriste.

Au moment où Mandela s'en va, alors qu'il fut un de ceux qui porta au plus haut la signification que la devise républicaine et révolutionnaire Liberté-Egalité-Fraternité, on mesure à quel point une femme ou un homme politique de sa trempe, et aussi peu ambigus que lui, manque à la gauche internationale.

On mesure à quel point la faillite du messianisme totalitaire communiste et l'incapacité de la sociale-démocratie à faire vivre un idéal à la fois révolutionnaire et démocratique créent un vide qui laisse le champ à la fois à une logique de marché destructrice et finalement anti-démocratique, aux communautarismes et à de nouveaux totalitarismes réactionnaires et religieux.

Le débat existe dans le propre pays de Mandela où lui succédèrent un Thabo Mbeki converti à l'ultra libéralisme et à l'aveuglement sur le SIDA et désormais un Jacob Zuma populiste et corrompu, l'ANC ne jouant pour recueillir des suffrages que sur l'icône de Madiba sans se poser la question des réels fondements du développement de la République Sud-Africaine. Cette dérive qui fait aujourd'hui ressembler l'ANC au Parti Révolutionnaire Institutionnel mexicain a connu sa plus grave démonstration quand l'Archevêque anglican Desmond Tutu a manqué d'être exclu de la cérémonie funèbre de son compagnon de lutte. La mort de Mandela empêche désormais de se voiler la face sur les insuffisances de l'Internationale Socialiste, incapable de donner une orientation cohérente aux partis qui la composent, tout comme l'ANC n'est plus qu'une coquille vide, qui mériterait d'être scindée pour qu'émerge un vrai parti socialiste sud-africain, capable de prendra la relève du combat de Madiba.

Il n'est plus temps de pleurer et de se lamenter sur la mort du grand Homme. Suivons l'exemple des sud-africains qui avaient depuis plusieurs mois si ce n'est plusieurs années fait le deuil du "Père de la Nation arc-en-ciel", depuis longtemps retiré de la vie politique, et qui s'entendaient sur le moment venu de le laisser partir. Il n'est plus temps de pleurer mais d'honorer sa mémoire et suivre son exemple, en reprenant le chemin de l'espérance qui sera toujours révolutionnaire.

Frédéric FARAVEL

* Magazine Hebdo est un magazine hebdomadaire français d'information générale, de tendance droite libérale, qui parut au cours des années Mitterrand, de 1983 à 1985. Il fut créé par Alain Lefebvre, directeur du groupe Media, ancien membre de la Fédération des étudiants nationalistes, d'Europe-Action et du GRECE, tous groupuscules d'extrême droite.

Le directeur de la rédaction fut Jean-Claude Valla, ancien du Figaro magazine. Le rédacteur en chef était Claude Jacquemart, ancien directeur du journal maurrassien Le Charivari au début des années 1960, qui s'était réfugié un temps en Belgique pour échapper à une arrestation, à cause de sa proximité avec l'Organisation armée secrète.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 09:50

chokri_belaid.jpgL'assassinat de Chokri Belaïd, avocat, leader du Mouvement des Patriotes Démocrates et opposant de la gauche laïque le plus dur et le plus médiatique, mercredi 6 février au matin, vient de rallumer de manière ouverte la crise politique larvée dans laquelle s'enferrait depuis plusieurs mois la Tunisie.

En effet, deux ans après la "Révolution de Jasmin", et l'accession au pouvoir avec une majorité relative des islamistes d'Ennahda au pouvoir, aucun des enjeux du pays n'a trouvé une issue :

  • l'élaboration de la constitution patine ;
  • la crise économique et sociale s'accroît d'autant plus que le pays est considéré instable par les investisseurs étrangers ;
  • la corruption est toujours présente ;
  • la population ne peut faire confiance à des forces de l'ordre jugées violentes et trop liées à l'ancien régime de Ben Ali...

Dans ces conditions, les contradictions qui ont émergé après la première phase révolutionnaire ne font que s'accroître. Le gouvernement issu des précédentes élections ne tient que sur une coalition hétéroclite : la gauche nationaliste du Congrès pour la République du Président Marzouki et les sociaux-démocrates d'Ettakatol complètent la majorité relative des islamistes d'Ennahda. Les divergences évidentes entre ses formations expliquent l'impasse constitutionnelle et l'impossibilité de traiter la crise économique que subit le pays.

Les contradictions internes à Ennahda entre une frange "réaliste" minoritaire, représentée par le Premier Ministre, Hamadi Jebali, et la grande majorité des élus et des cadres du parti, plus conservateurs voire plus radicaux, se sont accrus. Les exigences des seconds sur la place de la religion dans la société et la remise en cause de la laïcité et de la liberté de conscience dans la constitution sont à la source du dialogue de sourds.

Depuis six mois, le premier ministre tentait de réduire l'influence de ses rivaux internes en cherchant à mettre à flot un gouvernement d'union nationale qui élargirait les prérogatives de ses alliés de gauche et associerait l'opposition laïque. Les résistances des conservateurs et des radicaux ont bloqué le processus, au point que le Congrès pour la République, parti du Président de la République, menaçait de quitter le gouvernement dans les prochains jours.

Sur fond de chômage et de tensions sociales fortes, les éléments les plus radicaux des islamistes d'Ennahda, en association avec les Salafistes, entretenaient un climat de violence contre les laïcs sur la place publique, dans les médias et dans les institutions publiques, pour obtenir un recul évident des acquis modernistes de l'indépendance tunisienne.

Les appels au meurtre contre les principaux opposants laïcs tournaient régulièrement sur les réseaux sociaux, étaient relayés dans certaines mosquées - Belaïd était le premier sur la liste -, avec la complicité évidente des cadres d'Ennahda (en tout cas avec la neutralité bienveillante de la plupart d'entre eux) : finalement, tout opposant aux islamistes étaient villipendés comme contre-révolutionnaire, comme le démontre l'assassinat en octobre perpétré par des islamistes, soutenus par les responsables d'Ennahda.

tunisie-manifestations.jpgLa situation est donc redevenue ouvertement explosive et les contradictions internes d'Ennahda paraissent à mon sens irréductible. Depuis hier, a réaction de la société tunisienne contient à la fois en elle-même le meilleure et le pire :

  • il est heureux que le camp laïque et moderniste ait réagi avec une mobilisation importante dans les rues de Tunis. Le niveau de violence islamiste va peut-être resouder le camp de la gauche laïque, qu'avait divisé la naïveté ou l'opportunisme de ceux qui avaient choisi d'entrer dans la coalition gouvernementale d'Ennahda ;
  • la force des tensions sociales peut rapidement dégénérer et donner l'occasion aux conservateurs et aux radicaux de tenter un coup de force sécuritaire, au moindre prétexte, afin de balayer leurs adversaires.

L'annonce d'un gouvernement technique et d'élections anticipées par le Premier Ministre démontre surtout à quel point celui-ci est d'abord isolé dans son propre camp, n'étant pas soutenu par le patron d'Ennahda Rached Ghannouchi. Dans le climat de violence animé par les islamistes et les pseudo ligues de défense de la Révolution (en fait des milices réactionnaires), comment peut-on espérer que le nouveau scrutin démocratique se déroule dans des conditions saines, qui puisse redonner une chance à la Tunisie de sortir de l'impasse.

Le piège contre-révolutionnaire est activée. Ceux qui rejettent la portée de l'universalisme et considère qu'il y aurait une voie spécifique aux "nations islamiques" avec une "démocratie adaptée", ne sauraient avoir de démentis aussi concrets que le processus révolutionnaire en cours en Tunisie suit un cheminement assez similaire à ses prédécesseurs européens... y compris dans la menace de l'accession de la Contre-Révolution au pouvoir (après 1789 et 1793, le Directoire, le Consulat et l'Empire ; après 1848, la victoire du parti de l'Ordre et du Prince-Président Bonaparte ; après la Commune, la longue paranthèse Thiers/Mac Mahon ; après la Révolution russe, le stalinisme...).

Le risque est majeur aujourdhui que les éléments conservateurs et réactionnaires qui constituent la majorité d'Ennahda ne balaye les véritables éléments révolutionnaires et modernistes de la Tunisie. Toute la gauche doit désormais rompre avec un parti dans lequel elle ne peut avoir aucune confiance pour reconstituer un front d'unité laïque capable de sauver la République tunisienne. Les mots d'ordre des manifestants d'hier à Tunis sont les bons : il faut renverser le régime en place et balayer Ennahda et Ghannouchi avant qu'ils ne les balayent eux-mêmes.

Frédéric FARAVEL

Bochra-Belhaj-Hmida.jpgretrouvez également ci-dessous l'entretien avec Bochra Belhadj Hmida,

Avocate tunisienne, cofondatrice et ex-présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates

France Inter - 07/02/2013 à 7h50

pod_cast_radio_france.jpg

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 15:06

J'avoue, comme simple observateur et militant politique insuffisamment informé, que j'ai été surpris d'apprendre que Jean-Yves Le Drian, notre ministre de la défense, avait précisé en ces termes les objectifs opérationnels de l'intervention française au Mali : désormais donc l'objectif de la France "est la reconquête totale du Mali".

Nous sommes intervenus à la demande du président par interim de la République du Mali, alors  que le sud du pays et Bamako se trouvaient sous la menace d'une offensive destructrice des djihaddistes du nord après la prise de Konna voici 12 jours. Il s'agissait de stopper l'offensive et d'éviter la chute complète du Mali dans les mainsde l'islamisme politique radical et violent et de préparer l'arrivée (en l'accélérant) de la force multinationale africaine prévue par la résolution de l'ONU.

J'avais exprimé mon analyse le 14 janvier (vous retrouverez l'article ici), refusant tout pacifisme irrationnel, mais m'interrogeant sur certains points à examiner.

mali.jpgParmi ces interrogations, il est évident que la pénétration des troupes françaises en est une majeure : s'il s'agit de stopper les dijahaddistes, d'éviter la "contagion" vers le sud, et de faire arriver plus vite une force internationale, nous restons dans un processus assez maîtrisé ; s'il s'agit désormais que l'armée française préside à la "reconquête totale" du nord du pays, alors les risques d'enlisement de la France dans ce conflit (malgré toutes les justifications géopolitiques possibles) deviennent incontrôlable.

Pour ma part, il me paraît difficilement tenable que l'armée française conduise les opérations au nord du Mali et s'engage sur des terrains qu'elle aura du mal à tenir, dans des zones géographiques difficiles où les cachettes sont multiples, propices à une stratégie de guérilla, avec un ennemi insaisissable (tout du moins durant de longues années avec un coût important en hommes, en matériels et donc financièrement). Dans la durée, la présence de l'ancienne métropole finira par être perçue tôt ou tard (notamment chez les Touaregs et les Arabes) comme le retour du "colonisateur" et l'opinion publique nationale se retournera contre notre gouvernement, alors qu'elle le soutient aujourd'hui très largement.

Il me paraît nécessaire que la France se cantonne à tenir la ligne de démarquation actuelle sur un terrain qu'elle maîtrise en attendant que la force africaine soit constituée et formée (et à ce sujet on peut demander une implication plus forte de nos partenaires de l'Union Européenne). Elle sera sans doute plus opérationnelle sur des théâtres d'opération au nord : l'armée tchadienne, notamment, est aguerrie au combat dans les conditions qui attendent les belligérants au nord, une force d'intervention y sera avec elle plus pertinente et efficace.

Autre sujet d'inquiétude devant nous. Pascal Canfin, ministre délégué au développement, rappelait ce matin sur France Inter que l'aide gouvernementale française à l'attention du gouvernement malien était gelée depuis le coup d'Etat militaire de mars 2012. La France est en attente d'une feuille de route précise pour le retour à la démocratie dans ce pays et ne libérera son aide qu'à cette condition. L'aide française à la société civile et aux ONG est par contre évidemment maintenue.

Outre le fait que l'on attende encore cette feuille de route, il faudra discuter posément avec les forces politiques maliennes qui ont appelé la France à la rescousse des contours multiformes de ce retour à la démocratie dans l'unité du Mali : la question de la lutte contre la corruption, la redistribution des richesses et donc la redistribution équitable des revenus provenant des ressources du sol malien. C'est l'un des problèmes posés depuis 30 ans par les conflits avec la population touarègue du nord du pays. La solution durable à la situation actuelle, "gagner la paix" comme le disait Pascal Canfin ce matin, réside évidemment dans un partage équitable des ressources qui n'apparaisse pas comme une exploitation du nord. Or, le président du Parti pour la renaissance nationale, Tiébélé Dramé, expliquait jeudi dernier sur France Inter qu'il était désormais hors de question de discuter avec les Touaregs du MNLA.

Si l'on ajoute à cela l'augmentation des exactions contre les arabes et touaregs maliens résidant au sud du pays, il y a quelques raisons de s'inquiéter sur les conditions de résolution durable du conflit.

Frédéric FARAVEL

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 12:38

501972_des-combattants-du-groupe-islamiste-ansar-dine-a-kid.jpgLa France intervient militairement depuis vendredi 11 janvier 2013 après-midi, auprès de l'armée malienne, contre les groupuscules djihadistes qui ont pris le contrôle du nord-est du pays (en subjuguant les indépendantistes Touaregs) depuis près d'un an.

Je refuse toute position qui s'opposerait aux actions armées par principe, logique dans laquelle s'enferment fréquemment certaines organisations de gauche ou certains responsables politiques, dont je peux par ailleurs partager d'autres analyses.

En l'occurrence, l'intervention française au Mali était justifiée depuis longtemps et nécessaire au regard des exactions perpétrés par les islamistes radicaux contre les habitants de la région et contre son patrimoine historique et sa culture. Si d'aucuns souhaitaient encore s'interroger sur les motivations d'une telle intervention, il suffirait de rappeler trois éléments :

On peut cependant s'étonner de plusieurs éléments dans la stratégie française avant de regarder sur le moyen terme le cadre général de la résolution du conflit. Sur son blog, l'ancien ministre français de la défense, Paul Quilès, pose par ailleurs un certain nombre d'interrogations qu'il faut examiner ("A propos du Mali", 11 janvier 2013 et "Que va-t-il se passer au nord du Mali ?", 13 janvier 2013). L'interview croisée ce matin sur France Inter de Marc Trévidic et Jean-Pierre Filiu me paraît également de nature à éclairer le sujet (vous retrouverez à la fin de cette note les éléments de cet entretien).

Pourquoi ajouter aux deux principaux et évidents objectifs de guerre des éléments qui brouillent le message politique ? En effet, aussi importants que soient pour les citoyens français la sécurité des 6.000 ressortissants français et  le sort de nos otages au Sahel, il est évident qu'ils ne représentent aucunement des objectifs de guerre : les Français et Franco-maliens résidant dans la partie sud-ouest du Mali pouvaient parfaitement être évacués ; l'offensive militaire franco-malienne n'améliore en rien opérationnellement les capacités à hâter la libération des otages. Ces ajouts décalés dans la bouche du Président de la République dénotent une certaine fébrilité de l'exécutif français, qui paraît ne pas être assuré de son droit - alors qu'il ne devrait pas - et cherche des justifications annexes vis-à-vis de son opinion publique ou de certains "partenaires" géopolitiques.

Il serait souhaitable dans les circonstances présentes que nos dirigeants montrent plus de détermination et de convictions.

Pourquoi répéter les erreurs idéologiques de nos alliés américains ? En effet, François Hollande a également justifié l'intervention militaire française de "guerre contre le terrorisme", permanente et quasi-sacrée... C'est un discours qui a servi à justifier les interventions militaires américaine sous George W. Bush, qu'il serait utile de ne pas reprendre, car il est faux sur le fond, source de dérive et que ce combat contre un terrorisme mythifié ne peut être que perdu, comme il l'a été en Afghanistan, comme il est en passe de l'être au Pakistan et comme nous l'avons importé sans le résoudre en Irak.

Soyons clairs sur les adversaires auxquels la France et l'Afrique de l'Ouest sont confrontés. Bien qu'ils soient fortement armés et entraînés (on a laissé faire en partie en ne menant aucune opération de police ces dernières années contre les camps d'entraînement d'AQMI en Mauritanie et au Mali), peut-être renforcés par des éléments ayant fuit la chute du régime khaddafi, les combattants djihaddistes qui occupent le Mali ne sont rien de moins que des criminels (perpétrant assassinats et violences en tout genre contre la population) et des trafiquants (commerce illicite d'alcool - AQMI eux-mêmes - , de drogue et d'otages), qu'il ne s'agirait pas de grandir en les faisant rentrer dans une espèce de mythologie de l'ennemi terroriste désincarné. Nos adversaires actuels n'ont rien à voir avec des combattants indépendantistes Touaregs du Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA), qu'ils ont par ailleurs marginalisé.

Pourquoi être intervenu aussi tard ? Evidemment la communauté internationale a mis longtemps à prendre la mesure de ce qui se passait au nord du Mali, ne voyant pas que la victoire du MNLA contre l'armée malienne (on y reviendra) était suivie à brève échéance par la mise en place de l'équivalent de l'émirat taliban au milieu du Sahel, avec pour objectif général d'établir un Califat sur toute l'Afrique de l'Ouest.

Au demeurant, la résolution de l'ONU (citée plus haut) n'a fini par être adoptée que le 20 décembre 2012, après la visite de François Hollande en Algérie. Ce dernier Etat avait demandé qu'on privilégie la négociation avec une partie des djihaddistes, oubliant au passage que la principale force était composée par AQMI, héritière du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) lui-même issu des GIA qu'avait laissé échapper le pouvoir algérien. Il n'est pas improbable que l'Etat FLN ait joué dans cette partie de l'Afrique un rôle trouble, croyant pouvoir accroître son influence sur la base du quasi effondrement de certains Etats d'Afrique noire.

Depuis le 20 décembre, il eut été parfaitement possible d'intervenir, comme la France vient de le faire, sans attendre l'improbable et toujours autant improbable force internationale africaine UA-CEDEAO. Le discours officiel de la France a donc continué à être celui d'un simple accompagnement logistique de cette force à venir, laissant du temps au temps pour les islamistes de se renforcer et de poursuivre leurs exactions.

C'est pourquoi le changement de pied du 11 janvier m'interroge, bien qu'il rompe heureusement avec un coupable attentisme. A quoi répond ce subit retournement stratégique ? d'autant que je ne crois pas à une nouvelle débandade complète de l'armée malienne : la perte de Konna dans la nuit du 10 au 11 janvier - qui sert d'élément déclencheur à l'appel du président malien et à l'intervention française - fait suite à une série d'accrochages et de replis stratégique, qui semblent parfaitement adaptés à une stratégie pour faire sortir à découvert les combattants djihaddistes, dans une région où ils étaient plus exposés à des bombardements aériens.

Suffira-t-il de libérer le nord-est du Mali pour résoudre la crise ? Nous n'avons fini de vivre et d'essayer de comprendre les contrecoups du Printemps arabe. Cet évènement majeur doit interroger fortement l'égoïsme des sociétés européennes, sauf à abandonner nos voisins de la rive méridionale et orientale de la Mer Méditerranée au désespoir et à l'aventurisme islamiste. Les peuples du Maghreb et du Machrek ont besoin d'un véritable partenariat économique et humain ; ils ont besoin de notre confiance.

N'oublions pas par ailleurs que l'établissement d'un sanctuaire islamiste radical au nord-est du Mali a été rendu possible par de nombreux éléments. J'en ai parlé plus haut, il y a la volonté de l'Algérie de Bouteflika de se débarasser de ses problèmes chez ses voisins et de compter sur leur déstabilisation pour apparaître comme la puissance régionale régulatrice au moment où Khaddafi était discrédité.

Mais il y a aussi des facteurs endogènes qui expliquent l'effondrement de l'Etat Malien et l'instabilité de ses voisins. La Mauritanie, le Niger, le Tchad mais aussi le Sénégal de Wade, la Côte-d'Ivoire de Gbagbo, et la Guinée voici peu de temps sont gangrénés par la corruption et les trafics, dépossédant les citoyens de ces Etats découpés par l'ancien colonisateur français de leur démocratie (Sénégal) ou de leur lente marche vers la démocratie (partout ailleurs) lorsqu'elle était enclenché. La poigne de fer de Blaise Compaoré au Burkina Faso stabilise encore ce pays, mais pour combien de temps... Un jour où l'autre l'assassin de Sankara finira sans doute par subir les mêmes maladies qu'il a régulièrement encouragées chez ses voisins.

La jeune démocratie malienne avait fini sous la présidence d'Amadou Toumani Touré par s'enfoncer dans cette corruption et les préférences claniques et tribales qui sappent toute autorité étatique. Les militaires qui ont préféré cédé le terrain aux independantistes Touaregs ont commis dans la foulée un coup d'Etat qui a accru l'instabilité plutôt que de remplir leur mission concernant le maintien de l'intégrité territoriale du Mali.

Si les forces françaises et africaines parviennent in fine à chasser les criminels et les trafiquants islamistes de leur émirat fantôche du Nord-Mali, il faudra que les cadres politiques africains s'attaquent frontalement aux maux profonds de leurs Etats (on espère que c'est déjà le cas au Sénégal) sauf à faire subir à l'Afrique de l'Ouest et au Sahel le supplice de Sysyphe et offrir régulièrement aux islamistes (qui trouveront bien quelques refuges en Mauritanie, au Niger ou dans les sud libyen et algérien) une possibilité de reconstituer quelques sanctuaires.

Il faudra forcément passer par la réouverture sérieuse de la question Touareg, grand serpent de mer politique sahélien et du partage équitable des ressources et revenus miniers du désert. Les discussions avec les ennemis d'hier, ceux du Mouvement National de Libération de l'Azawad devront être sérieusement engagées et déboucher sur un vrai partenariat capable de soutenir un nouveau contrat social malien.

Frédéric FARAVEL

en attendant les vidéo vous pouvez réécouter ici l'interview croisée de Marc Trévidic et Jean-Pierre Filliu

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 18:19

 

Barack Obama, un Président-Candidat en campagne qui n'a rien perdu de son ambition pour son pays et pour son peuple dans le sens de plus d'égalité : restaurer la justice fiscale, réguler le marché, lutter contre les délocalisations, favoriser les relocalisations, contrer la concurrence déloyale de la Chine, développer les économies d’énergie et l’économie verte et investir dans la recherche, l’éducation et la formation.

« un pays, a dit Barack Obama,  qui soit leader mondial dans l’éducation, développe ses industries de pointe, ne dépende plus de zones à risques pour sa sécurité énergétique, dont l’économie soit durable, où le travail rapporte et la responsabilité soit récompensée ».

« Certains appelleront cela la lutte des classes, a lancé Barack Obama à ses adversaires républicains qui l’accusent de vouloir l’organiser, mais la plupart des Américains n’y verront, a-t-il dit, que du bon sens ».

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 07:05

manif-tunisie-elections-241011-7.jpgLe parti islamiste Ennahda est en passe d'obtenir un score de 30 à 40  % pour les élections à l'assemblée constituante qui doivent donner un nouveau cadre politique à la Tunisie issue de la Révolution de Jasmin. La Presse internationale a énormément contribué à édulcorer l'image d'Ennahda comparant ce parti à l'AKP turc. Ce n'est pas la presse internationale qui a fait voter les Tunisiens ; les classes populaires ont souvent tendance en période de trouble à se réfugier dans des solutions conservatrices et parfois réactionnaires, d'autant que les forces progressistes populaires sont intrinsèquement faibles.

La Tunisie de 2011 est dans l'état de la France en 1871.

La République n'est pas une évidence et les forces de la réaction sont puissantes ; les "paysans" français de 1871 sont les prédécesseurs des classes populaires sous-employées de la Tunisie profonde, qui sort comme la France post-impériale de la soumission à une dictature proto-fasciste. La seule chance de la Tunisie est que personne ne peut faire peur à la population en dénigrant une quelconque "Commune de Paris" à la manière tunisienne.

L'avenir de la Tunisie dépend maintenant de l'attitude des partis laïcs. Le Congrès pour la République (CPR) de Moncef Marzouki (gauche nationaliste) pourrait obtenir 15 à 16% ; Ettakatol - Front Démocratique pour le Travail et les Libertés (FDTL), parti membre consultatif de l'Internationale Socialiste - atteindrait 15 % (certains de nos camarades du PS français étaient candidats pour Ettakatol dans la diaspora franco-tunisienne). Le Parti démocratique progressiste (centre gauche) fait cependant les frais de son histoire de parti de l'opposition officielle face au RCD de Ben Ali. Plusieurs petits partis laïcs se partagent les miettes même si quelques voix pro-islamistes viendront renforcer Ennahda issues d'une liste manipulée par un homme d'affaires américano-tunisiens.

Les partis républicains en France ont mis quelques années à opposer un front commun contre les monarchistes qui étaient majoritaires au Parlement français au lendemain de la chute du Second Empire. Mais la chance des républicains français étaient la division de la Réaction en France entre monarchistes "Légitimistes" et "Orléanistes" et Bonapartistes. La Tunisie n'a pas cette chance : Ennahda est uni. En France, les républicains modérés ne soutenaient pas les différents monarchistes, mais aujourd'hui Marzouki négocie déjà avec Ennahda et nos camarades d'Ettakatol pourraient avec le Parti ouvrier et communiste tunisien de Hama Hammami renforcer une coalition autour des islamistes chargée de rédiger la constitution.

Les partis laïcs doivent faire bloc. Il n'est pas aujourd'hui question de mettre en oeuvre un programme politique mais de rédiger une constitution républicaine et démocratique qui ne peut être pleine si les islamistes la rédigent. Si le CPR et le FDTL s'allient avec les islamistes, ils seront les fossoyeurs de la Révolution de Jasmin. En tout état de cause, les partis socialistes européens devraient demander à l'IS de mettre en suspend le statut d'Ettakatol.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du Parti Socialistes du Val-d'Oise

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 07:52

Hier soir à 20h00, le Président de la République - Nicolas Sarkozy - nous a expliqué au détour d'un remaniement ministériel la nouvelle vision qu'il souhaitait développer au regard des bouleversements que vit depuis plus de deux mois le monde arabo-musulman.

Depuis près de deux mois, la politique extérieure est dans la tourmente. Les comportements déplacés de la Ministre des Affaires étrangères (proposition de l'expertise de la police française pour contenir les manifestations contre le pouvoir en Tunisie, vacances dans ce même pays alors que la révolte y grondait entre noël et jour de l'An, relations personnelles inadéquates avec des personnalités proches du régime autoritaire, explications vaseuses voire mensonges avérés et répétés à son retour), du Premier ministre (vacances du chef du gouvernement en Egypte, avec déplacements payés par le régime autoritaire, alors même que celui-ci était contesté par des foules démocratiques) et d'un petit clône du Président de la République envoyé comme ambassadeur en Tunisie (propos insultants à l'encontre de journalistes tunisiens alors même qu'il s'agissait de renouer les fils rompus entre la France et la Tunisie libérée) ont mis en lumière jusqu'à la caricature les errements de la politique internationale de la France.

Mais le plus grave de cette affaire tient surtout à la lenteur de la réaction de la Présidence de la République face à une situation historique. Certains ont reproché à François Mitterrand des postures qu'ils jugeaient négatives au moment de la Libération de l'Europe centrale et orientale du joug soviétique ou pendant les guerres nées de l'effrondrement de la Yougoslavie, mais la République n'était pas alors ainsi sur la touche comme nous avons pu le constater depuis la fin décembre 2010.

Michèle Alliot-Marie a évidemment commis des fautes politiques inexcusables qui lui auraient valu une démission immédiate dans la plupart des démocraties européennes, de même que le Premier ministre, ou à la marge ce petit roquet de Boris Boillon. Il faut noter que la France est le seul pays qui se voit contraint à procéder à un remaniement ministériel du fait des enjeux nés des révolutions démocratiques arabes. Mais osons le dire, MAM est bien frêle bouc émissaire pour permettre à Nicolas Sarkozy de camoufler la faillite de sa politique.

 

Pour mieux comprendre le niveau de décomposition dans laquelle la France a noyé son discours, il me paraît utile de revenir sur quelques années de choix politiques qui se sont accumulés jusqu'à ce que les fonctionnaires du Ministères des Affaires étrangères et européennes eux-mêmes (pourtant peu suspects d'être de dangereux agitateurs gauchistes, dans leurs idées ou dans leurs comportements) en viennent à prendre le pays à témoin.

 

La poursuite d'orientations politiques amorcées à la fin du quinquennat de Jacques Chirac

Maintes fois revendiquée, la "rupture" de Nicolas Sarkozy n'est finalement qu'un trompe-l'oeil. En effet, dès 2005, Jacques Chirac va chercher à corriger les conséquences de l'affrontement qu'il a eu avec Geroge W. Bush sur la Guerre en Irak.

Il s'en suit un rapprochement diplomatique avec les Etats-Unis d'Amérique assez évident dès la fin du quinquennat du président Chirac, qui posera avec Dominique de Villepin les bases de la future réintégration de la France dans la totalité du commandement intégré de l'OTAN. Evidemment, Nicolas Sarkozy - ce "conservateur américain à passeport français", comme l'avait si bien décrit en 2006 son futur disciple Eric Besson - ne s'est pas fait prier pour approfondir l'amitié franco-américaine, dès son entrée en fonction. Mais il faut noter par ailleurs que le Président Sarkozy se trouva finalement plus à l'aise avec Bush Jr qu'avec son successeur - avec lequel tout le monde a pu constater qu'il essaie avec ridicule de rechercher la comparaison. La réalité est que si Sarkozy s'agite beaucoup sur la scène internationale au point d'avoir revendiqué le salut financier du monde, c'est bien Barack Obama qui donne le tempo des discussions sur ce sujet comme sur d'autres. On pourra également noter que les conseillers et thuriréfaires du président Sarkozy se réfèrent constamment au fait que les Américains n'avaient pas non plus prévu les révolutions arabes pour justifier la propre atonie de la France... au moins Obama a-t-il poussé Moubarak à la démission...

Ainsi, si, dans les allocutions diplomatiques officielles, la Présidence américaine vante "l'énergie" de Sarkozy, les cercles politiques américains et européens savent désormais presque tous ce qu'ont compris bon nombre de Français, c'est que ce dernier est avant tout un agité.

Mais la relation pré-sarkoziste aux Américains impliquent une difficulté majeure : ces choix d'alignement atlantiste qui nous amènent aujourd'hui à un engagement en Afghanistant, sans feuille de route politique, sont partagés par les chiraquiens. La nomination d'Alain Juppé au MAEE ne changera donc rien à cette orientation et les critiques quelque peu surjouées de Gallouzeau de Villepin n'ont pas d'autre portée que le théâtre d'ombres auquel ce dernier nous a habitué : ils ont l'un et l'autre vraisemblablement été largement associés à leur définition et à cet abaissement de l'indépendance française et européenne.

 

Une vraie rupture avec les valeurs portées par la République

Après un discours larmoyant et plein de bons sentiments devant ses supporters le soir de son élection en mai 2007, Nicolas Sarkozy avait donné le sentiment de porter haut les couleurs des Droits de l'Homme sur la scène internationale. Cependant, on a rapidement compris la portée cosmétique et "diverstissante" (au sens pascalien du terme) qu'il donnait à cet engagement quand fut créé un secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme, rattaché au MAEE, façon subtile de démontrer que ces considérations ne seraient plus qu'annexes dans la politique internationale de la République, par ailleurs directement menée par l'Elysée, avec un Bernard Kouchner et un Quai d'Orsay marginalisés, l'un comme l'autre. La détentrice du marocain des Droits de l'Homme se faisait d'ailleurs régulièrement sermoner par l'Elysée ou par Kouchner dont le passe-temps en l'absence d'emprise quelconque sur la conduite des affaires extérieures du pays semblait être de se soulager sur sa secrétaire d'Etat.

La rupture annoncée avec la Françafrique fut suivi de son renforcement. La visibilité accrue de l'avocat Robert Bourgi, le renforcement des liens avec le Gabon des Bongos, le Congo de Sassou-Nguesso en sont des expressions flagrantes. La Françafrique sait également prendre des formes d'action nouvelle ; alors que Chirac avait par deux fois tentés de fomenter des coups d'Etat militaires contre Laurent Gbagbo en 2000 puis en 2002 pour défendre les intérêts français, cette fois-ci on peut constater la mollesse de la détermination française à peser sur ce même Gbagbo devenu un dictateur sanguinaire et maffieux ; de fait le statu quo de la division de la Côte-d'Ivoire ne semble pas tant déranger l'Elysée que cela : les amis du pouvoir (Bolloré, Bouygues) conservent des intérêts économiques évidents dans leurs relations avec le dictateur et il sera toujours temps de s'arranger avec Ouatarra si jamais les choses venaient à évoluer.

La mansuétude de la France avec le régime militaro-maffieux en place à Alger n'est plus un mystère. Les grands débats sur la reconnaissance de la guerre d'Algérie et des responsabilités de la puissance colonisatrice n'empêchant personnes de commercer. On est bien loin du discours de La Baule en 1990 quand François Mitterrand conditionnait le renforcement de l'aide française aux progrès de la démocratie.

Le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy en peignant le tableau d’une Afrique et d’un homme Africain immobile, prisonnier d’une nature immuable a suscité l'indignation des habitants dans toute l’Afrique et au delà. L'Elysée n'a de toute manière que faire de considérer les peuples en marche, seul l'intéresse les régimes avec lesquels on peut commercer et éventuellement mener des guérillas sanguinaires pour profiter de l'uranium nigérien ou restraindre le flux migratoire en provenance du Sahel. La Présidence française n'a que faire que l'Homme africain soit entré dans l'histoire ou pas - ce genre de considérations, par ailleurs, le dépasse et il n'en aurait vraisembablement jamais parlé si son conseiller particulier Henri Guaineau ne lui avait glissé dans son texte - pourvu que les régimes du Maghreb et du Sahel servent de matons pour préserver l'Europe et la France de leur propres populations.

L'action inhumaine en terme de politique d'immigration, menée par Hortefeux et Besson, est la traduction la plus concrète de là où le Président de la République place dans sa vision du monde ce continent qui devrait être le principal partenaire stratégique de l'UE.

Rupture avec la République enfin sur les questions européennes. Car à l'évidence, si l'impasse institutionnelle dans laquelle s'est enfermée l'Union européenne - depuis les années 2000 avec des élargissements mal préparés - mérite évidemment qu'on y apporte une réponse politique et dialectique, ce n'est pas en méprisant l'expression des peuples qu'une Europe démocratique et sociale, ou une Europe puissance, pourra émerger.

D'ailleurs, à la faveur de la crise financière internationale et des assauts des marchés contre les économies irlandaise, grecque ou portugaise, c'est vers une nouvelle punition des populations que s'orientent le Président de la République en s'alignant sur les priorités de politiques intérieures d'Angela Merkel, chancelière conservatrice allemande : Le pacte d’austérité proposé par Madame Merkel et qui promeut la modération salariale, la baisse des protections collectives et la suppression de nombreux services publics pourrait signer dans l'esprit des peuples européens la fin définitive d'une espérance européennne déjà fortement entamée.

Pour nous qui plaidons la perspective d'une République européenne, c'est un véritable désastre. Devant le tribunal de l'histoire, Sarkozy, Barroso et Merkel seront en bonne place comme fossoyeurs de l'union européenne, que les mouvements d'épaules saccadés du président français traduisant son excitation d'avoir fait adopter le Traité de Lisbonne ne compenseront évidemment pas.

Evidemment l'aplatissement de la France devant les exigences russes et chinoises ne font que compléter le tableau déjà sombre de bientôt quatre années de relations internationales sarkozistes.

 

Pour la première fois, l'exécutif français mène une politique étrangère de classe

Vous me voyez désolé de ressortir un vocabulaire que d'aucun pourront trouver daté ou odieusement marxiste (pour moi le marxisme n'est pas odieux). Mais s'il faut chercher une explication à la réorientation profonde de la diplomatique française, qui plonge aujourd'hui notre politique extérieure dans un tel désarroi, c'est la conduite des affaires étrangères de la France n'est plus en aucun point soumis à des considérations d'intérêt général mais à la promotion d'intérêts privés.

Longtemps on a expliqué que la politique extérieure était un consensus gauche-droite, plaçant notre pays - ancienne super puissance coloniale, devenue puissance moyenne - dans un rôle à part, que soutenait l'espérance de nombreux peuples dans le message universel de la Révolution française - Liberté, Egalité, Fraternité. La Marseillaise a conservé en Amérique latine notamment la teneur révolutionnaire et subversive, qu'elle a depuis longtemps perdu dans l'hexagone, c'est l'hymne de nombreux partis de gauche dans ses pays et cela nous rappelle que les Révolutions russes de 1905 et de février 1917 ont été menées avec les accents de Rouget-de-Lisle.

Je ne suis pas naïf au point de croire que les affaires étrangères étaient une question d'idéal avant Nicolas Sarkozy. Si la Françafrique reprend du poil de la bête c'est bien qu'elle existait auparavant. Bien des peuples ont été opprimés au nom des intérêts économiques et stratégiques français, enrichissant au passage les nombreux cancrelats humains qui se nourrissent du malheur des peuples. Mais, bien que les valeurs républicaines aient pu être à de nombreuses reprises détournées à des fins plus mercantiles, la France restait porteuse de son message universel. Les intérêts des Français étaient défendus.

Aujourd'hui il n'est plus question - en aucun cas - de cela.

Où dans les révolutions arabes qui ont commencé à la mi-décembre l'intérêt de la France et des Français a-t-il été défendu ? Se mettre à dos les manifestants et vraissemblablement les futurs dirigeants de ce que tous espèrent bientôt les Démocraties arabes était-il dans l'intérêt du pays ? Insulter l'Homme africain était-il dans l'intérêt de la France ? S'aplatir économiquement et politiquement devant la Chine était-il dans l'intérêt de la France ?

La seul étalon de référence qui prime dans la politique de Nicolas Sarkozy n'est même pas une vision réactionnaire des relations internationales - ce qui ne veut pas dire qu'il ne le soit pas -, mais uniquement l'intérêt des capitaines d'entreprises qui forment son premier cercle d'amis et de financeurs de campagne électorale. La politique extérieure de la France et malheureusement sa dérive ne s'explique plus aujourd'hui que parce qu'elle est subordonnée aux intérêts de Messieurs Bouygues, Bolloré ou Dassaut. Voilà la réalité !

Il est donc urgent que la gauche, rassemblée, énonce une fois pour toute une vision internationale : il faut inventer une politique étrangère de gauche, comme il exista autrefois une politique étrangère française. Si jamais plus tard, autour d'elle, pouvait se recréer le consensus qu'on dit avoir existé précédemment, cela ne sera pas plus mal. Le Parti socialiste a donc comme mission impérative de préciser sa pensée politique en la matière au-delà des pétitions de principes qui présidèrent à sa convention "nouvelle donne internationale & européenne" ; il doit aussi impérativement affirmer sa vision de l'avenir de la construction européenne avant qu'il ne soit trop tard, car la France ne pourra plus avoir de politique étrangère de manière isolée.

Pour tout cela il est préférable que les choses soit dite avant 2012 et la possibilité de renvoyer Nicolas Sarkozy aux études qu'il n'a vraissemblablement pas assez faites et soustraire les relations internationales de la Républiques françaises aux intérêts d'une oligarchie égoïste.

 

* * *

Il est détestable que les grandes affaires internationales ne soient évoquées publiquement par le Président de la République qu'aux fins de camoufler des intérêts de basse politique politicienne intérieure. L'expression de ses portes-voix - sur le thème "Nicolas Sarkozy adapte le dispositif français pour faire face à une nouvelle phase des relations internationales" - étaient risibles et le resteraient si elle n'abaissait pas encore un peu plus l'image de la République.

Au moins, il est clair aujourd'hui que l'alternative en politique intérieure comme en politique extérieure ne viendra dans ce pays qu'à l'occasion d'une véritable alternative politique en 2012.

Mais ne nous y trompons pas. Il est peu probable que les Français fassent leur choix en fonction de la politique extérieures qui sera défendue par les candidats en lice. Nicolas Sarkozy a encore au moins cette habileté sournoise et délétère de savoir manier les affaires étrangères à la seule fin de mobiliser les peurs dans le débat de politique intérieure français. La dénonciation du terrorisme et de "flux migratoires incontrôlables" est là pour nous rappeler que le palais de l'Elysée est occupé par un homme qui y est parvenu en faisant la synthèse de tout ce qui existe de pire à droite : populisme, bonapartisme, réaction et ultra-libéralisme...

La Gauche pour gagner doit affirmer une vision claire sur l'international et ne pas être pris en défaut, mais il faudra avant toute chose appeler à une alternative économique et sociale réelle pour que les Français aient envie de changer de locataire à l'Elysée.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du PS Val-d'Oise

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 14:35
Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 18h30 à 19h15
Du grain à moudre


de Brice Couturier

Ecoutez

émission du lundi 23 mars 2009
Faut-il boycotter DURBAN II ?

Y aller ou pas ? La première conférence mondiale de l’ONU contre le racisme de 2001 n’a pas laissé que de bons souvenirs aux gouvernements occidentaux. Outre qu’elle s’est conclue symboliquement deux jours avant le 11 septembre, elle avait donné lieu à des orgies d’antisémitisme. « Orchestrée par les islamistes », selon certains témoins – Caroline Fourest que nous recevons ce soir, dans « La tentation obscurantiste » - elle avait tourné à la dénonciation d’un seul pays, Israël. Des Etats qui appliquent la lapidation des femmes adultères et la pendaison des homosexuels avaient dénoncé « les violations des droits de l’homme », commises en Europe. Des Etats qui, de nos jours, pratiquent l’esclavage, avaient exigé des réparations pour la seule traite transatlantique. Des Etats qui persécutent chez eux les minorités religieuses prétendaient nous donner des leçons de tolérance – envers l’islam.
Du 20 au 24 avril doit se tenir, à Genève, une suite à cette conférence. Plusieurs pays ont annoncé leur intention de la boycotter. Le Canada, Israël, les Etats-Unis, l’Italie et l’Allemagne. Et la France ? Doit-elle se rendre sur place pour tenter de rééquilibrer les conclusions du processus dans un sens moins systématiquement hostile à sa propre conception de la laïcité ? C’est ce que recommande la Secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, Rama Yade, ainsi que des personnalités telles que Caroline Fourest et Jean Daniel. Notre pays doit-il au contraire boycotter purement et simplement une conférence dont le Comité préparatoire est présidé par la Lybie ? C’est la position défendue par Bernard-Henri Lévy, Bertrand Delanoë, Claude Goasguen. On remarque que la franc-maçonnerie est divisée sur le sujet. Si le Grand Orient de France appelle au boycott, ce n’est pas le cas de la Grande Loge de France, même si elle « dénonce la caractère inacceptable du projet ».
Oui, faut-il aller à Genève pour tenter d’infléchir le texte final afin de dégager une définition du racisme et des droits de l’homme qui soit réellement commune à l’ensemble des cultures de la planète, ou faut-il se résigner à juger cette tentative actuellement impossible ?

Invités

Caroline Fourest.  Journaliste (Charlie Hebdo, Le Monde)
Rédactrice en chef de ProChoix
Chroniqueuse aux Matins de France Culture (tous les jeudis)

Malka Marcovich.  Historienne
Consultante internationale en droits humains et droits de la femme

Denis Sieffert.  Rédacteur en chef de Politis

Gianfranco Fattorini (au téléphone depuis Génève).  Représentant du MRAP auprès des Nations Unies à Genève




les livres


Caroline Fourest
La tentation obscurantiste
LGF - à paraître en poche



Caroline Fourest et Fiammetta Venner
Les nouveaux soldats du Pape
Panama - 4 septembre 2008

Le catholicisme donne parfois le sentiment d'avoir réussi son aggiornamento. Pourtant l'élection de Benoît XVI signe le triomphe des intransigeants au détriment des catholiques modernistes. Jusqu'où ce virage réactionnaire de l'Église catholique ira-t-il ? Jusqu'à faire du Concile de Vatican II une parenthèse bien vite refermée ? Jusqu'à Vatican moins II ?

C'est ce qu'ont voulu savoir Caroline Fourest et Fiammetta Venner en enquêtant sur les relations du Saint-Siège avec trois des courants les plus sulfureux du catholicisme contemporain : l'Opus Dei, la Légion du Christ et les traditionalistes.


Marcovich, Malka
Les Nations Désunies : comment l'ONU enterre les droits de l'homme
Jabob Duvernet - septembre 2008


Les nations désunies

Comment l'ONU enterre les droits de l'homme

Lorsque le Secrétaire général Kofi Annan prend ses fonctions en 1997, un an avant les fastueuses célébrations du cinquantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits l'homme, il se donne pour mission d'engager un programme de réformes en profondeur de l'ONU, afin qu'elle corresponde aux nouvelles réalités du monde.

En quelques années, tous les nouveaux mécanismes créés depuis le tournant du millénaire n'ont fait qu'aggraver le délitement de l'institution. Au fil du temps, les attaques contre l'héritage des Lumières, contre la démocratie, les libertés individuelles et l'égalité avaient trouvé différents chemins pour s'exprimer. Mais au lendemain de la Conférence mondiale contre le racisme à Durban en août 2001 et des attaques contre les tours jumelles à Manhattan le 11 septembre 2001, on a assisté à une offensive sans pareille, menée notamment par l'Organisation de la conférence islamique, par la Chine, par la Russie et par Cuba... pour l'adoption de nouvelles normes totalisantes, visant à limiter la liberté d'expression, condamner la laïcité, et remettre fondamentalement en péril les avancées des droits des femmes depuis cinquante ans.

Alors que le monde s'apprête à répéter à l'usure, tel un mantra planétaire, le « Nous les peuples » de la Charte et les articles de la Déclaration universelle, force est de constater que soixante ans après, le rêve des fondateurs s'est transformé en cauchemar.


Denis Sieffert
Israël-Palestine, une passion française : la France dans le miroir du conflit israélo-palestinien
La Découverte - octobre 2004


Depuis 1967, le conflit israélo-palestinien a souvent été un facteur de tension au sein de la société française.

Racisme, antisémitisme, affrontements communautaires se nourrissent de l'interminable crise du Proche-Orient. Pour quelles raisons particulières la France est-elle plus sensible qu'aucun autre pays occidental aux échos d'un conflit lointain et localisé ?

Dans ce livre informé, Denis Sieffert s'efforce de remettre en perspective les relations tumultueuses entre la France et Israël. Plus qu'une simple affaire de politique étrangère, le Proche-Orient agit comme un miroir pour la société française et les communautés qui l'habitent. C'est pourquoi toute prise de position prend un caractère passionnel. Depuis le parrainage d'Israël par la IVe République jusqu'au caillassage du Premier ministre Lionel Jospin à l'université de Bir Zeit, en passant par la fameuse déclaration du général De Gaulle en 1967 à propos du peuple juif «sûr de lui-même et dominateur», et le «sauvetage» de Yasser Arafat par François Mitterrand en 1982, les débats et polémiques ont souvent divisé l'opinion française et ses responsables politiques.

Denis Sieffert explore ici le rôle du passé colonial français toujours douloureux, la relation difficile entre le sionisme et la République et, plus largement, le problème que soulèvent les doubles allégeances. Il rappelle les liens que les grandes familles politiques conservent, plus d'un demi-siècle après la naissance d'Israël, avec les protagonistes du conflit. Il montre en particulier que les socialistes, comme leurs ancêtres de la SFIO, restent souvent très liés à Israël, alors que les communistes, l'extrême gauche, les Verts et les altermondialistes sont, eux, engagés dans le soutien des Palestiniens.

les liens


> Le Blog de Malka Marcovich



> Le blog de Caroline Fourest
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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 15:42
Analyse
Démocratie : le "yes we can" africain, par Philippe Bernard
LE MONDE | 16.01.09 | 13h26  •  Mis à jour le 16.01.09 | 13h26

eux événements indépendants illuminent d'un éclat rare le sombre paysage de la démocratie en Afrique. Les feux du premier ont jailli d'outre-Atlantique ; le second s'est produit au coeur même du continent. C'est peu de dire que l'élection de Barack Obama a enthousiasmé les Africains. Au-delà de la victoire d'un candidat originaire du continent et perçu comme un Noir, l'Afrique a suivi avec passion la chronique du triomphe non annoncé d'un homme jeune et neuf. Un événement si rare, de Harare à Conakry, où les potentats se cramponnent au pouvoir et où les élections, jouées d'avance, se réduisent à un sinistre théâtre d'ombres ou à un bain de sang.
Immense source de fierté pour un continent qui se vit souvent comme maudit, la victoire de M. Obama a été vécue comme un formidable appel d'air démocratique. La transparence du scrutin américain a revigoré tous ceux qui rêvent de choisir librement leurs dirigeants.

Mais c'est d'Afrique que vient l'autre bonne nouvelle concernant la démocratie. Le Ghana, pays d'Afrique de l'Ouest ni plus ni moins doté par la nature que ses voisins, vient, pour la deuxième fois en huit ans, de vivre une alternance démocratique pacifique. Candidat de l'opposition à la présidentielle de décembre 2008, John Atta-Mills, un professeur de droit de 64 ans, a été élu au second tour par une majorité de 50,23 % contre le candidat du pouvoir en place, Nana Akufo-Addo, pourtant doté de moyens financiers supérieurs. Ce dernier a félicité son adversaire, bien que promettant de saisir la justice, et non la rue, de fraudes présumées.

Alors que dans la plupart des pays comparables, le chef de l'Etat en exercice use de tous les moyens pour prolonger son bail, John Kufuor, au pouvoir depuis 2000, a scrupuleusement respecté la limitation à deux mandats inscrite dans la loi fondamentale. Son prédécesseur, le populiste Jerry Rawlings, avait fait de même après sa défaite électorale de 2000. En se retirant après un revers électoral, cet officier, venu au pouvoir par la force en 1981 puis élu démocratiquement, a donné un exemple inscrit dans l'histoire du Ghana. Une preuve d'habileté politique aussi, puisque le nouveau président qui a prêté serment, le 7 janvier à Accra, est le poulain de M. Rawlings.

Conscients de l'exemplarité de leur jeune tradition démocratique, les 11 millions d'électeurs ghanéens se sont mobilisés à 70 % pour voter, dans un pays où la liberté d'expression existe depuis moins de quinze ans. Endimanchés, silencieux et graves dans les files d'attente le jour du scrutin, tous exprimaient la fierté de focaliser l'espoir du continent. Comme si l'élection ghanéenne cristallisait une sorte de "yes we can" à l'africaine.

L'exemple venu d'Accra ne peut qu'activer les revendications de transparence et de démocratie qui s'expriment à travers les sociétés civiles africaines et les médias. Le Ghana est devenu la référence, cité comme la preuve que l'Afrique n'est condamnée ni aux violences électorales (500 morts au Togo en 2005, 1 500 au Kenya en 2008), ni au despotisme suicidaire (Zimbabwe), ni à la guerre civile (Côte d'Ivoire), ni aux coups d'Etat (Mauritanie, Guinée). L'exception dont on voudrait qu'elle ne confirme pas la règle.

LA REVENDICATION DU MULTIPARTISME

Là encore, les responsables politiques du continent ont rivalisé de lyrisme pour saluer l'exemplarité ghanéenne. Laurent Gbagbo, dont le mandat à Abidjan a expiré depuis trois ans, Omar Bongo, au pouvoir depuis 1967, et Faure Gnassingbé, dont l'élection, à Lomé, a eu lieu dans un climat de fraude et de terreur, tous ont salué cette grande victoire de la démocratie.

Le cas ghanéen illustre l'éternel dilemme entre développement et démocratie. La bonne gouvernance est-elle un préalable à l'expansion économique ou seulement une résultante de cette dernière ? En 1990, Jacques Chirac avait tranché à sa manière en affirmant que "le multipartisme est une sorte de luxe que les pays en voie de développement n'ont pas les moyens de s'offrir". Presque vingt ans après, l'idée selon laquelle la stabilité d'un pays africain vaut bien quelques accommodements avec la démocratie n'a pas disparu de la vision des autorités françaises. Le Ghana montre que paix civile, démocratie et croissance économique (+ 6 % par an depuis 2001) peuvent coexister. Les violences ethniques n'y sont pas absentes, mais elles ont été contenues dans la période récente par un débat politique libre et structuré. L'équation personnelle de M. Rawlings et de M. Kufuor, qui ne considèrent pas le pouvoir comme leur propriété, explique en partie le contexte vertueux du Ghana, comme le niveau d'éducation relativement élevé.

Vingt ans après le vent de revendication du multipartisme qui a soufflé sur l'Afrique à la fin de la guerre froide, réveillant des conflits ethniques, suscitant réactions autoritaires et sanglantes répressions, l'exemplaire Ghana préfigure-t-il un vrai réveil démocratique africain ? Analysant le poids prégnant mais ambivalent de la tradition dans l'évolution politique du continent, le chercheur Jean-François Bayart écrit : "L'Afrique politique n'est plus la même en ce début de millénaire." Si le mouvement démocratique des années 1990 "n'a pas modifié en profondeur les lignes de l'inégalité sociale (...), poursuit l'universitaire, il a transformé les conditions de l'exercice du pouvoir, ne serait-ce qu'en banalisant le multipartisme, en libéralisant la presse écrite et parfois audiovisuelle, et surtout en rétablissant la liberté d'association".

De fait, la revendication du pluralisme et de la démocratie s'est diffusée parallèlement à l'extinction de plusieurs grands foyers de conflit. Cette maturation rend insupportable aux yeux de la jeunesse africaine le soutien des pays nantis comme la France à certains potentats. Dans nombre de pays africains, les élections ne sont qu'une concession de pure forme aux exigences des bailleurs de fonds occidentaux, destinée à habiller le maintien au pouvoir des clans qui contrôlent les richesses.

Au-delà des hommages de circonstance, rien n'assure donc que l'exemple ghanéen fasse école. La lutte pour la survie, qui reste l'obsession quotidienne de la plupart des 750 millions d'Africains, ne constitue pas un terreau propice à la démocratie. Pas plus que les élections de façade débouchant sur un statu quo parsemé d'inégalités et de corruption. Or les Africains sont comme tous les peuples : ils croient en la démocratie dans la mesure où ils en perçoivent les bénéfices.

 


Courriel : bernard@lemonde.fr.

Philippe Bernard (Service International)
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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 14:17
Analyse
Hubert Védrine et l'Amérique de Barack Obama, par Corine Lesnes
LE MONDE | 14.01.09 | 13h40

a démocratisation est-elle "un objectif légitime" des politiques occidentales ? Cela fait onze ans que Madeleine Albright et Hubert Védrine débattent de la question. L'ex-secrétaire d'Etat américaine entend encore la voix de son homologue français, interrompant le ronron des conférences téléphoniques sur le Kosovo. "Paris demande la parole !" Aujourd'hui, les points de vue se sont rapprochés. "Madeleine" est moins flamboyante. La faute à George Bush, dit-elle, qui a donné "une mauvaise réputation à la démocratie". Hubert Védrine, lui, craint une coalition du monde multipolaire contre "nous, les Occidentaux", mais il voit les Etats-Unis en posture favorable pour continuer à dominer, ce dont il ne semble pas se formaliser.

Invité à Washington par la Brookings Institution et l'ambassade de France à l'occasion de la parution en anglais de son livre Continuer l'Histoire (Fayard, 2007) - sous un titre très "Star Wars" : History Strikes Back ("L'Histoire contre-attaque") -, M. Védrine a discuté avec son ancienne homologue et livré ses réflexions sur l'état du monde à quelques jours de l'investiture, le 20 janvier, de Barack Obama. M. Védrine continue à se méfier des idéalistes. Plus que les "vieilles idées des Lumières", il pense que c'est peut-être la défense de l'environnement qui deviendra la valeur universelle de demain. Pour lui, les Occidentaux ont péché par arrogance depuis la chute de l'URSS : "On se prenait pour les maîtres du monde sur l'Olympe. On décidait de qui on sanctionne, qui on bombarde..."

Aujourd'hui, pour l'ancien ministre des affaires étrangères de Jacques Chirac et de Lionel Jospin, de 1997 à 2002, les maîtres "ne contrôlent plus vraiment le système". Il suffit de voir "l'absence impressionnante de résultats" de la diplomatie occidentale : "On n'a même pas réussi à convaincre les Birmans" de laisser entrer l'aide humanitaire. Pour Hubert Védrine, les Occidentaux tâtonnent, s'emmêlent dans leurs priorités. "On fait pression sur un pays dont on va avoir besoin la semaine suivante pour faire pression sur un autre", souligne-t-il.

Hubert Védrine plaide pour un retour au réalisme : "On ne peut plus continuer le prosélytisme occidental comme si rien ne s'était passé." Pour lui, le monde n'est pas encore "post-américain", selon l'expression de l'éditorialiste Fareed Zakaria, mais le "monopole occidental sur l'Histoire" est fini. Pour l'ancien ministre, "un jour on se dira peut-être que les droits-de-l'hommistes n'auront pas eu plus d'influence sur la Chine que les missionnaires catholiques".

Le bilan "désastreux" de la politique de George Bush donne, selon Hubert Védrine, à Barack Obama une réelle marge de manoeuvre. "Tout le monde a confiance en lui, alors que personne ne sait ce qu'il pense ou ce qu'il va faire", a-t-il constaté.

Du simple fait d'avoir décrété qu'il dialoguerait avec les dictateurs, il incarne la rupture avec le dogmatisme précédent. Déjà, par le seul fait de cette proposition, Barack Obama a entraîné une discussion au sein du pouvoir iranien.

Sur le dossier israélo-palestinien, M. Védrine pense aussi que les Etats-Unis ont les moyens de "retourner la situation". L'ancien ministre des affaires étrangères l'a dit à ses interlocuteurs : "Imaginez le rayonnement qu'aurait un président américain qui réglerait le problème palestinien. L'Amérique a cette carte. Comment peut-elle s'en priver ?" Reste la question de fond : "Devons-nous traiter avec le reste du monde ou devons-nous le changer ?" Barack Obama n'a pas encore livré le fond de sa pensée. Pour l'instant, sa priorité est de réparer.

 


Courriel : lesnes@lemonde.fr.

Corine Lesnes (Correspondante à Washington)
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