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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 14:43

J'ai lu ici ou là sur Facebook des gens qui saluaient le courage de Raphaël Enthoven allant porter la contradiction à la "Convention de la droite", en fait rassemblement de néo-pétainistes à peine voilé. Certains ajoutant même que comme disait Chirac les couilles étaient le dernier truc qu'on n'arrivait pas encore à greffer.

Désolé, je n'ai pas la même lecture de que ces gens là. Non qu'il ne faudrait pas affronter sur le fond néo-pétainistes ou national-populistes de tout genre, mais que les arguments développés par le "philosophe" étaient spécieux, et on ne peut pas les éluder [vous trouverez ici le discours en question].

Tout comme Patrick Buisson, le chroniqueur radio estime que désormais le clivage droite-gauche est dépassé et que le clivage actif et structurant pour le long terme se situe entre "Libéraux" et souverainistes/nationalistes... Enthoven nous vend donc comme d'autres que pour éviter le fascisme, il faudrait "voter banquier". Vous ne voulez pas des National-populistes ? Vous reprendrez bien une louche de Libéral-populistes...

Or il n'interroge pas les conséquences du Libéralisme (sous toutes ses formes) en termes de justice sociale et d'égalité réelle : pour les Libéraux ces notions sont accessoires ; pour les néo-pétainistes et les national-populistes, la réponse se trouve dans la préférence nationale, la xénophobie et la guerre des "civilisations". Pour la gauche, la question sociale est centrale ; c'est d'ailleurs parce qu'elle est devenue accessoire pour les dirigeants du PS que ce dernier finit part s'effondrer, d'abord dans les classes populaires puis tout court. Pour répondre aux militants de ce parti qui me reprocherait d'en remettre encore une louche sur le quinquennat Hollande, je me permets de préciser que cet abandon est progressif - comme une grenouille qui s'habitue à l'eau qui chauffe avant de mourir cuite - et antérieur ; d'aucun dirait - même dans le PS actuel - que cela date de 1983.

C'est parce que la gauche - en général pas uniquement les partis, mais aussi ses intellectuels, etc. - a choisi de mettre en premier l'individu ou les questions sociétales (attention ! il faut aussi les traiter) en oubliant la question sociale et en considérant ne plus pouvoir agir sur l'économie qu'elle a habitué les citoyens au défaitisme du camp de l'égalité et permis à l'extrême droite de reprendre ces thèmes à son compte et de les immerger dans la question identitaire.

Si on ajoute que les conséquences des politiques libérales nourrissent néo-pétainistes et national-populistes, on voit bien que le "Libéralisme" n'est pas la solution aux réactions qu'ils suscitent.
La gauche fut rendue inaudible par l'oubli de sa raison d'être : elle doit réinventer un volontarisme économique, essentiel à la souveraineté populaire, et une ambition égalitaire, indispensable à la cohésion nationale.

Frédéric Faravel

NB : pour Enthoven souverainiste = nationaliste... donc son expression est simplement une oeuvre de politesse à l'égard de ses contradicteurs du jour, tout en introduisant une confusion volontaire de sa part entre les souverainistes et les nationalistes d'extrême droite. Le clivage central qu’il promeut c’est bien celui nationaliste contre libéral... Evidemment, il considère que libéral = progressiste, c’est toute la rhétorique du macronisme. Si j’évoque la souveraineté à la fin c’est parce que pour ma part je la place au bon endroit avec deux concepts complémentaires : souveraineté populaire / cohésion nationale... Libéral-populistes et National-populistes abîment l’une comme l’autre.

Enthoven sait très bien ce qu’il dit et fait ; il connaît la différence entre souverainisme et nationalisme et s’il utilise l’un pour recouvrir le second c’est à dessein ; il est très politique dans son propos et d’ailleurs sa démarche d’aller à ce rassemblement est une logique d’auto promotion politique personnelle.

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27 mai 2019 1 27 /05 /mai /2019 12:41
Élections européennes : Tout change pour que rien ne change... mais ensuite ?

Les résultats de l'élection européenne en France, même avec des évolutions tenant à la continuité des scrutins du printemps 2017 et d'une opposition d'une nouvelle forme à l'exécutif, reprend un schéma déjà connu lors des précédentes élections européennes.

La participation en hausse rompt cependant une logique d'augmentation constante de l'abstention dans ces élections, qui tranche aussi avec le score catastrophique de la participation aux élections législatives de juin 2017. Cette hausse de la participation au profit du RN et d'EELV marque pour le coup une volonté de sanctionner l'exécutif actuel, ce qui se traduit aussi au travers du score d'autres listes à gauche.

Le score du Front National d'abord, rebaptisé pour la forme Rassemblement national...

La hausse de participation fait gagner près de 560 000 voix mais cette progression en voix est insuffisante pour avoir un pourcentage équivalent à celui qu'il avait atteint en 2014 (23,31 contre 24,86%), même en lui ajoutant le score de la liste de Florian Philippot (147 044 voix et 0,65%). Néanmoins, le pourcentage de l'extrême droite est supérieur à celui de la présidentielle et évidemment bien supérieur à celui des législatives : il faut donc considérer que le RN est en dynamique. Les dégâts créés par les politiques libérales mises en œuvre à marche forcée sous Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron nourrissent évidemment l'extrême droite, qui sert en retour d'assurance vie électorale aux Libéraux qui appellent et appelleront encore à voter pour eux « utilement » pour « faire barrage » à l'extrême droite. L'extrême marché et l'extrême droite ne s'opposent pas, ils forment un duo qui met chaque jour un peu plus la démocratie et la République en danger. La dramatisation mise en scène par LREM et Emmanuel Macron pendant la campagne a joué à plein : Emmanuel Macron a désigné à l'électorat quel était le « meilleur » viatique pour le sanctionner en identifiant clairement Marine Le Pen et le Rassemblement national. La mobilisation accrue dans les « territoires périphériques » a nourri le vote pour l'extrême, ce qui aboutit à deux conclusions : les sondages en comptant sur une participation substantiellement plus faible avaient donc surestimé le score du RN ; le sondage publié par France 2 hier indiquant que 38% des électeurs se définissant comme « Gilets Jaunes » qui auraient voté hier auraient porté leurs suffrages sur le RN, ce qui est logique puisque voulant sanctionner Macron, ils ont pris à la lettre la consigne de Macron. Le Président de la République est donc un dangereux apprenti sorcier qui a perdu le pari dont il avait lui-même fixé le prix.

Le score de la liste LREM ne sort pas nulle part...

La base présidentielle de la majorité présidentielle se maintient. Mais sur un taux de participation comparable, la majorité présidentielle s'effondre : LREM ne recueille que 5 076 363 voix et 22,4% contre 7 323 496 voix et 32,32% ; c'est donc une perte sèche de 2,3 millions de suffrages et de 10 points. En y ajoutant le score de la liste UDI, qui est à cheval entre l'opposition de droite et la majorité présidentielle, cette perte n'est pas compensée et de loin (566 746 voix et 2,5%), soit une perte limitée à 1,8 million de voix et 7,5%.

Cependant, au-delà de la prise en compte de l'irruption présidentielle et législative du parti macroniste, qui avait vocation à rassembler les libéraux de droite et de gauche autour de son « populisme libéral », il faut rappeler le score de la liste MODEM-UDI de 2014 qui avait rassemblé 1 884 565 suffrages et 8,95% des exprimés, à comparer avec les 24,91% des suffrages exprimés en 2019 pour la liste Loiseau et celle de l'UDI. L'extrême centre allié à l'extrême marché a donc augmenté de 15 points entre les deux élections européennes ; le score de LREM dans le scrutin du 26 mai 2019 s'explique donc par l'effondrement de la liste de la droite républicaine, hier 20,8% aujourd'hui 8,48% : une perte de 12,3 points qui s'est reportée sur LREM, ce qui se vérifie localement dans de nombreuses collectivités où le vote LREM remplace le vote UMP. Cependant l'effondrement de la droite UMP-LR aux européennes ne suffit pas expliquer les 22% de LREM pour le scrutin du 26 mai : il reste 3 points qui viennent de ce qui était l'électorat PS avant les présidentielles, il faut croire que plusieurs centaines de milliers d'anciens électeurs du PS ne considèrent toujours pas que l'action de l'exécutif est de droite ou alors qui s'en accommodent car ils étaient préalablement convertis aux solutions libérales qui trouvaient leur traduction dans les ambiguïtés du PS « hollandais ».

Les Européennes : un sport où les écolos gagnent à la fin ?

Les écologistes font traditionnellement de bons résultats aux élections européennes (parfois aussi à d'autres élections intermédiaires au scrutin proportionnel comme les régionales). Ils avaient émergé sur la scène politique française en 1989 avec les 10,59% de la liste Waechter ; ils sont par la suite toujours dépasser les 7% sauf en 1994 où la berezina à gauche et la violence des luttes internes au sein des Verts les avaient marginalisés. On se souvient du score de Daniel Cohn-Bendit en 2009 avec ses 16,28% : le schéma d'alors se répète aujourd'hui avec la liste EELV de Yannick Jadot, qui recueille 3 052 406 voix et 13,47%, 1,3 millions de suffrages supplémentaires par rapport à 2014. Oui la préoccupation écologique est aujourd'hui plus forte et explique la progression du vote écologiste. Mais EELV a été largement sous-estimée dans les sondages, notamment dans les dernières semaines de la campagne, qui n'avaient pas pris en compte la hausse de la participation constatée hier soir : le renfort lui vient de ce surcroît de participation « imprévu », notamment dans la jeunesse (en tout cas dans celle qui s'identifie, même vaguement, à la gauche) qui a préféré cette fois-ci voter écologiste. C'est un schéma déjà connu – disais-je – car en 2009 le vote Cohn-Bendit avait été porté à 16% par un électorat de gauche sanctionnant un PS empêtré dans ses violents débats internes portés sur la place publique après le calamiteux congrès de Reims (fin 2008).

Autre phénomène, alors que la préoccupation écologique est aujourd'hui largement partagée – tout parti de gauche se revendiquant aujourd'hui écologiste –, ni la France insoumise, ni Génération●s, ni le tandem PP/PS n'a réussi à convaincre qu'ils portaient mieux cette aspiration qu'EELV.

Reste à savoir ce qu'EELV fera de ce score ; jusqu'ici les résultats relativement positifs des écologistes ne se sont jamais reproduits à des scrutins nationaux. Personne ne sait si demain ce schéma se perpétuera. D'autant qu'il y a une ambiguïté dans le positionnement politique de Yannick Jadot et d'EELV pour l'avenir, tant au niveau national qu'européen. Après une campagne où la liste écologiste s'est extrait du clivage droite-gauche, le leader écologiste français a annoncé la construction d'un grand mouvement écologiste ayant vocation à dépasser la gauche, donc positionné sur le centre de l'échiquier politique. Peu de chances donc que ce futur grand mouvement écologiste permette d’œuvrer à la recomposition de la gauche française. Au niveau européen, la confusion est plus grande encore : à l'exception de Ska Keller, candidate des écologistes à la présidence de la Commission européenne, qui défend le rassemblement à gauche, les Grünnen qui pèseront plus que jamais dans le groupe écologiste au Parlement européen sont clairement orientés au centre et ouverts aux alliances avec les conservateurs. Il est probable que ce groupe participe dans quelques semaines à des coalitions à géométrie variables avec le PPE, le PSE et les Libéraux de l'ALDE. Les écologistes français risquent donc d'être pris dans les conflits et incohérences politiques des écologistes européens.

Les gauches, éparpillées façon puzzle...

Comme prévu, le tour de passe-passe du PS avec « Place publique » et Raphaël Glucksmann n'a pas permis d'enrayer la dégringolade d'un PS qui n'a toujours pas tranché fondamentalement avec les dérives du quinquennat Hollande. En comparant l'élection européenne avec les élections législatives de juin 2017 (participations comparables), le score du PS passe de 7,44% à 6,19%, perdant encore plus de 280 000 voix. Cette perte peut être compensée si on tient compte du score de Génération●s, dont la liste était conduite par l'ancien candidat PS à la présidentielle Benoît Hamon : 741 2012 voix et 3,27% des suffrages exprimés. Mais si on compare les élections européennes de 2014 et de 2019, la chute est radicale : la liste Glucksmann prétendait rassembler outre son micro-parti, le PS, le PRG et Nouvelle Donne ; en 2014 la liste PS-PRG recueillait encore 2 650 357 et 13,98% et la liste Nouvelle Donne atteignait 549 734 et 2,9%, soit cumulées 16,88%, à comparer avec les 9,46% cumulés des listes PP/PS et Génération●s, une chute de 7,42 points. Les responsables du PS croient avoir limité la casse avec cette élection, en se rassurant à bon compte de retrouver un score relativement proche de l'élection présidentielle (mais en de plus de 1,2 point en dessous des législatives donc) : la composition de la liste PP/PS et de ses élus raconte cependant autre chose : sur les 5 élus (en attendant que la 6e, Nora Mebarek, première secrétaire fédérale du PS des Bouches-du-Rhône, rejoigne peut-être un jour, après le Brexit, le Parlement européen), deux seulement sont membres du PS, à savoir Eric Andrieu et Sylvie Guillaume, tout deux eurodéputés sortants ; les autres sont le résultat d'un effacement du PS qui n'a d'ailleurs pas plu à tous dans ce parti, avec Raphaël Glucksmann –  au sujet duquel quelques trolls de fin de campagne ont rappelé les propos violents qu'il tenait il y a peu encore sur ce parti , Aurore Lalucq  qui avait annoncé qu'elle ne siégerait pas dans le groupe social-démocrate mais dans celui des écologistes , et l'inénarrable Pierre Larroututrou  qui a écumé différents partis en fonction de ses intérêts personnels et dont la fiabilité légendaire l'avait même conduit à se faire temporairement virer en 2016 du parti Nouvelle Donne qu'il avait fondé. Le PS sera d'autant plus affaibli au sein du groupe parlementaire S&D dans lequel les pro-Macron sont majoritaires.

La situation à la gauche de ce pôle n'est pas réjouissante non plus mais n'est pas désespérée si on compare avec l élection européenne de 2014. Au regard de la présidentielle et des législatives, la France insoumise subit un revers évident, 13 points et 5 points en retrait avec 1 428 386 voix et 6,31% : l'élection de 6 eurodéputés de cette liste relativement inédite n'y change rien, même à titre personnel je me réjouis de l'élection de Manon Aubry la tête de liste et de la réélection d'Emmanuel Maurel qui avait effectué un premier mandat de qualité. Autre déconvenue, le score de 2,49% du Parti Communiste français (564 717 voix) qui avait réalisé une excellente campagne avec Ian Brossat et qui ne se fera donc pas rembourser ses dépenses de campagne et se retrouve sous son score des élections législatives (615 603 voix et 2,72%). On mesure à quel point la division entre ses deux listes qui défendaient des programmes quasiment identiques a été contre-productive. Néanmoins, si on compare avec l'élection européenne de mai 2014, les listes France Insoumise (alliée à la Gauche Républicaine & Socialiste) d'une part et du PCF d'autre part recueillent à elles deux près de 2 millions de voix et 8,8% des suffrages exprimés, soit 750 000 voix de plus que la liste du Front de Gauche qui réunissait le PCF et les proches de Jean-Luc Mélenchon et 2,2 points supplémentaires.

La gauche n'est donc pas morte mais divisée elle ne peut prétendre à représenter aucune alternative. Additionnées les listes évoquées dans ce paragraphe rassemblent plus de 4,1 millions de voix et 18,5% des suffrages, ce qui aurait pu représenter quelques 14 à 16 eurodéputés. La liste Manon Aubry comptera 6 eurodéputés, la liste Glucksmann 5 eurodéputés... Mais surtout une telle force éparpillée ne peut prétendre concourir sérieusement à l'élection présidentielle qui reste la clef des institutions verrouillées de la Vème République. Un rassemblement paraît nécessaire pour engager une dynamique, malgré l'inconnue du positionnement d'EELV dont une candidature séparée du reste de la gauche pourrait hypothéquer la présence de la gauche et des écologistes au second tour de l'élection présidentielle (les scores cumulées des listes PCF, LFI, Génération●s, PP-PS et EELV représentent 31,97%, de quoi être largement en tête au premier tour de l'élection présidentielle).

Ce rassemblement apparaît nécessaire mais est-il possible demain matin ? Évidemment que non : l'union est un combat ! Il faudra dépasser les reproches du PCF face à la violence de LFI à son égard, malgré leur évidente convergence programmatique ; dépasser le souvenir des noms d'oiseaux adressés par Génération●s à LFI ; dépasser la qualification de « populiste » dont le PS affuble LFI pour l'exclure des discussions et la méfiance générale de tous les partis de gauche contre le PS après des années d'hégémonisme et le quinquennat Hollande. Au demeurant, tous les partis qui expliquaient que le rassemblement était empêché par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise n'ont pas réussi à s'unir pour autant une fois LFI mise à l'écart ; LFI ouvrant par ailleurs sa liste aux militants socialiste de la Gauche Républicaine & Socialiste.

Le PS n'a évidemment toujours pas totalement fait le deuil du hollandisme, l'ancien Président espérant revenir, son dernier premier ministre – Bernard Cazeneuve – espérant redevenir le point nodal de la « gauche de gouvernement » (typologie ne rassemblant que le PS et ceux que Cazeneuve espère pouvoir détourner de LREM, ce qui ne fait pas une majorité pour autant), les dirigeants du PS n'ayant plus largement pas compris la cohérence intrinsèque de la politique conduite par François Hollande de 2012 à 2017 et préférant ne concevoir qu'une ambiguïté originelle... Il suffit de lire le discours d'Olivier Faure sur le bilan et l'inventaire du quinquennat pour s'en convaincre. La question des élections municipales sera un rendez-vous déterminant puisque le PS espère préserver à cette occasion son implantation locale (ou plus improbablement l'étendre) et rappeler sa prédominance à gauche ; mais il n'aborde pas la préparation de ces élections avec une stratégie unifiée, car selon les endroits ses candidats tenteront des alliances à gauche, reconduisant les coalitions existantes ou s'essaieront avec des rassemblements plus ou affirmées avec LREM. Tout n'est pas tranché à ce stade, mais comme il n'est pas non plus improbable qu'une partie du PS explique à l'approche de l'élection présidentielle qu'il faudra « faire barrage » à l'extrême droite et soutenir dès le premier tour Emmanuel Macron.

* * *

L'union est un combat, ce sera difficile mais nous n'aurons pas le choix : il faudra dépasser les sectarismes, non pas chercher à se convaincre les uns les autres que sa philosophie personnelle serait la meilleure, mais bâtir un programme de gouvernement et donner des gages sur la solidité des engagements pris. La question européenne reviendra sur le devant car tout gouvernement de gauche qui se respecte ne saurait présenter un programme sérieux sans affronter l'institutionnalisation de l'ordo-libéralisme au sein de l'Union européenne, sauf à être contraint à l'impuissance, au renoncement et donc à l’opprobre de ses électeurs.

Sur cette voie, la Gauche Républicaine & Socialiste peut être utile car depuis sa fondation elle propose de créer un nouveau Front populaire ; « Place publique » pourrait également être utile car elle pourrait peser sur le PS pour rompre plus nettement avec le hollandisme.

2019, « Gauche, année zéro » : retroussons nous les manches !

Frédéric Faravel

L'Hôtel de Ville de Bezons (95)

L'Hôtel de Ville de Bezons (95)

Focus sur la commune de Bezons

A Bezons dans le Val-d'Oise, commune populaire ancrée à gauche, la participation aux élections aux élections européennes a également augmenté entre 2014 et 2019 de 4,4 points et de plus de 800 votants, mais n'a pas dépassé les 37%. C'est peu de dire que le scrutin de dimanche n'a pas de signification politique déterminante.

Néanmoins on peut tirer quelques éléments :

  • le Rassemblement national perd 5 voix et 3.4 points : la hausse de participation ne lui a pas profité ;
  • LREM arrive en tête avec 1121 voix et 20,05% et remplace globalement la représentation de la droite républicaine (LR fait 4,94% quand l'UMP rassemblait 15,4% en 2014) en conservant les voix qui s'étaient portés sur la liste centriste en 2014 ;
  • Le score du PS et de ses alliés (Place publique, PRG, Nouvelle Donne) s'effondre par rapport aux listes présentées en 2014 par le PS et Nouvelle Donne en passant d'un résultat cumulé de 685 voix et 14,4% à 330 voix et 5,9%. Il faut y ajouter Génération.s dont les représentants locaux n'ont pas grand chose à voir avec le PS : 307 voix et 5,49%. Ensemble ils perdent 3 points entre 2014 et 2019 ;
  • Le score du Front de Gauche en 2014 (891 voix et 18,73%) se retrouvent en 2019 dans le cumul des listes concurrentes du PCF (313 voix et 5,6%) et de la France insoumise (alliée à la Gauche Républicaine & Socialiste) qui recueille 638 voix et 11,41%. A elles deux, elles cumulent 951 voix mais seulement 17% (décalage dû à la hausse de la participation).

Plus que jamais à Bezons, la question du rassemblement de la gauche autour de Dominique Lesparre, maire communiste de la commune, sera donc un enjeu majeur. Si les acteurs de gauche de la commune sont prêts à le faire, l'attitude des représentants locaux du PS, qui se sont rapprochés à grand pas de LREM ses dernières semaines, fait peser un danger lourd sur l'avenir de la ville : à nous de le conjurer.

Frédéric Faravel

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22 octobre 2018 1 22 /10 /octobre /2018 08:00

Depuis le samedi 13 octobre 2018 et l'annonce d'une scission importante du PS à l'appel d'Emmanuel Maurel, de nombreux militants du PS s'interrogent sur notre démarche et ils ont raison de poser des questions. C'est notre devoir de leur répondre, d'expliquer ce que nous faisons, de réduire leur crainte et peut-être de les convaincre de nous rejoindre.

Je peux comprendre qu'ils ne partagent pas le choix de nombreux camarades qui ont décidé d'aller construire un nouveau parti politique pour donner corps et rassembler les divers membres de la famille de la gauche républicaine. Donner plusieurs d'années à un parti politique c'est aussi se créer une famille affinitaire ; à bien des égards, la rupture n'est pas seulement politique mais souvent aussi affective. En cela, nous avons pris soin de ne dire aucun mot blessant à l'égard de nos camarades militants et responsables de terrain du PS. Alors laissons un moment de côté la rupture affective, pour se concentrer sur celle qui compte, la rupture politique, qui nous amène à considérer que si nous voulons être fidèles au parti de Jaurès, de Blum, de Mayer et de Mitterrand, il faut passer par une scission et fonder le foyer où montera à nouveau fièrement la flamme du socialisme républicain et démocratique.

Ils me permettront donc d'apporter quelques éléments de réflexion.

1. sur la forme d'abord et concernant le moment choisi pour la rupture :

- Dans la journée du 11 octobre 2018, plusieurs fédérations ont refusé de soumettre au vote des militants le texte alternatif que nous avions déposé, et aucun moyen n'a été mis en place pour permettre la vérification de la sincérité du scrutin.

- Des grandes fédérations connues pour fonctionner encore plutôt bien n'ont mobilisé lors du vote du 11 octobre qu'à peine un tiers des votants du congrès... d'autres pourtant connues pour ne pas être flambantes sont subitement montées à une participation de plus 80% des adhérents à jours de cotisation (ce qui ne c'était même pas vu au congrès)... La direction du PS prétend sur ces bases qu'il y aurait eu 22.000 votants soit plus de la moitié des suffrages du congrès (avec tout ça nous ferions encore quand mêmes 17%) : on voit bien que la direction du PS est retombée dans l'organisation de la fraude massive tout en cautionnant l'obstruction de nombreuses fédérations (plus d'un tiers). Si jamais on avait pu en avoir un, le contrat de confiance est totalement rompu à leur initiative. La décision a été prise lorsque le processus a été soldé, puisque nous étions présents à la commission de récolement à Solférino dans la nuit du 11 au 12 et que nous avons pu mesurer la manipulation.

- On notera qu'au Conseil national du PS du 13/10, Olivier Faure a fait nommer Porte-Parole et Secrétaire national deux cadres qui s'étaient distingués en 2017 en demandant leur investiture à LREM pour les Législatives : quel meilleur message que celui-là !

2. Sur le fond ensuite qui explique le moment choisi pour la rupture :

- La direction du PS est insincère sur l'Europe : le texte qu'elle a fait adopter aux militants du PS est périmé d'avance puisqu'il n'aura plus aucune force une fois que la conférence du PSE aura adopté son Manifesto (Christophe Clergeau nous a indiqué clairement que c'est ce dernier qui primerait) et désigné son candidat à la présidence de la commission européenne ; or tous les candidats pressentis du PSE sont issus de partis qui dirigent ou ont dirigé avec la droite (voire l'extrême droite en Slovaquie) et tous recherchent une alliance politique avec Emmanuel Macron et ses amis ultra-libéraux en Europe (Cuidadanos, libéraux néerlandais, etc.). On voit une fois encore que la déclaration sur l'honneur de ne plus faire de compromis avec les conservateurs est un mensonge éhonté quand la direction du PS s'apprête à cautionner une alliance avec la droite libérale.

- La direction du PS a refusé par principe de proposer à la gauche de se rassembler, si possible dès les prochaines élections européennes (mai 2019). Nous leur avons posé la question :
"Puisque vous nous dites que le texte du "chantier Europe" sera le plus à gauche jamais élaboré (parce que vous nous auriez fait des "concessions") - en réalité il ressemble comme deux gouttes d'eau à celui élaboré en 2013-2014 à la veille des élections européennes (celles où Martin Schulz, notre candidat, avait promis de ne plus faire de compromis avec la droite, avant d'exiger des députés européens socialistes nouvellement élu de voter pour Juncker comme président de la commission) - alors il n'existe plus de divergences insurmontables qui empêcheraient que vous proposiez à la gauche de discuter de bases communes pour le rassemblement dès les européennes. Si les autres refusent votre propositions, c'est leur problème mais au moins faites le !"
Il nous a clairement été répondu par Olivier Faure qu'il ne le ferait pas. Nous n'avons pas eu d'explications ; sauf dans des discussions en aparté après la réunion, les membres de son cabinet et de son secrétariat national expliquant qu'on ne discuterait pas de rassemblement de la gauche tant que les électeurs déçus du macronisme ne seraient pas miraculeusement rentrés au bercail électoral... Comment les y amènerait-on ? Mystère, mais surtout pas en tranchant les questions difficiles posées à la gauche selon eux... Il y a fort à parier que passées les Européennes, la direction du PS ne fasse rien non plus pour le rassemblement de la gauche.

- Tous ces constats, plus de nombreux désaccords politiques nous ont conduit à rompre avec la direction du PS. On aurait pu imaginer que le PS apprendrait de la double déroute présidentielle et législative : il n’en est rien… aucun bilan du quinquennat, aucune vision politique, l’inertie règne rendant incapable de parler au reste de la gauche et au mouvement social ou d’être entendus par les Français. La « Renaissance » promise aux militants par Olivier Faure ressemble à une glaciation, car il ne sait trancher en fait entre les socialistes et les soutiens plus ou moins déclarés d'Emmanuel Macron.

* * *

Pour ceux qui nous demandent pourquoi nous ne rejoignons pas Génération.s, quelques mots. Nous avons de nombreux désaccords avec Génération.s, nous ne l'avons jamais caché : sur l'Europe, sur le Travail, sur la République et la Laïcité. Sur la stratégie de rassemblement de la gauche aussi, puisque nous considérons que LFI est un partenaire majeur avec qui il faut discuter, ce que récusent aujourd'hui les dirigeants de Génération.s.

Nous considérons que la priorité pour nous est à construire le parti qui rassemblera les membres de la famille de la gauche républicaine (dont le Mouvement Républicain & Citoyen... et de très nombreux anciens militants que le PS avait désespéré). Ce parti sera la garantie de notre indépendance, de notre capacité à dire à tous les partenaires de gauche qu'il est possible et même nécessaire, si ce n'est indispensable, de se mettre autour de la table pour discuter sans y mettre de conditions préalables : vous aurez remarqué qu'à part peut-être récemment Ian Brossat cette ouverture n'est pas forcément partagée par nos amis... Nous participerons à toutes les initiatives de rassemblement de la gauche et nous irons aux élections européennes dans le cadre de liste de rassemblement. Génération.s aussi peut faire ce choix.

* * *

Voilà, camarades, ce qui explique notre démarche. Elle sera précisée et développée dans les semaines qui viennent. Vous pouvez nous rejoindre en prenant le temps qu'il vous faudra pour cela ; notre porte restera grande ouverte en permanence. Dans le cas contraire, vous pouvez rester informés, si vous le souhaitez ; nous n'avons pas l'intention d'être agressifs ni désagréables avec les militants du PS, ce sont des camarades socialistes.

Frédéric FARAVEL

de gauche à droite, Jean-Luc Laurent, président du MRC, Marie-Noëlle Lienemann, vice Présidente du Sénat, Emmanuel Maurel, député européen, Bastien Faudot, porte parole du MRC, et Catherine Coutard, vice présidente du MRC, le matin du vendredi 19 octobre 2018 à la Brasserie L'Assemblée en conférence de presse

de gauche à droite, Jean-Luc Laurent, président du MRC, Marie-Noëlle Lienemann, vice Présidente du Sénat, Emmanuel Maurel, député européen, Bastien Faudot, porte parole du MRC, et Catherine Coutard, vice présidente du MRC, le matin du vendredi 19 octobre 2018 à la Brasserie L'Assemblée en conférence de presse

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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 13:50
Quelques raisons de m'engager (encore) pour un texte sur l'Europe plus sérieux que celui de la direction du Parti socialiste
Je n'ai pas pu - pour des raisons personnelles - venir samedi lors de l'université politique de la fédération du Val-d'Oise du Parti socialiste ; je le regrette car j'avais participé à sa préparation.
Adélaïde Piazzi m'a cependant fait le compte-rendu des débats et des interventions des invités - Christine Revault-d'Allones et Luc Carvounas. Je ne doute pas de la qualité des échanges mais je veux pouvoir préciser ou corriger ce qui a pu être dit globalement ou lors de discussions individuelles à certains de mes camarades.
  1. 1. La direction du Parti socialiste ne souhaite pas s'engager dans une dynamique de rassemblement de la gauche ; sa stratégie est d'attendre le retour des électeurs déçus par Emmanuel Macron et qu'il ne faudrait donc pas effrayer en opérant un inventaire trop important du quinquennat... J'ai moi-même eu la possibilité d'échanger directement avec Olivier Faure voici une vingtaine de jours lors d'une réunion à Solférino en ces termes : "Olivier, tu me dis que le texte que vous proposez va être très ancré à gauche parce que vous nous auriez fait des concessions importantes (dommage d'ailleurs que vous pensiez que ce sont des concessions pour aboutir à un texte qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celui qu'on avait adopté avant les précédentes élections européennes). Donc si c'est le cas, il n'existe plus de divergences insurmontables (des différences il en reste, des débats on en aura encore évidemment) qui empêche de discuter avec l'ensemble de la gauche ; vous pourrez donc appeler publiquement les autres organisations de gauche à se mettre autour de la table et discuter ensemble dès les européennes ?" Réponse : "Non, on ne le fera pas !"
  2. 2. Christine Revault d'Allones, députée européenne et présidente de la délégation socialiste française, aurait salué le travail d'Emmanuel Maurel comme député européen : il faut se rappeler que la délégation socialiste française au Parlement européen lui a reproché son vote CONTRE Jean-Claude Juncker, qui était notre adversaire aux européennes, à la présidence de la commission européenne ; qu'Emmanuel a reçu un blâme du groupe "socialiste & démocrate" pour avoir voté contre le TAFTA sans être soutenu par la DSF. Ces hommages arrivent comme un cheveu sur la soupe et bien tard...
  3. 3. Que vaut l'engagement répété sur tous les tons ce samedi encore, qu'on va voir ce que l'on va voir et que "cette fois-ci" on ne ferait plus de compromissions avec le droite et les libéraux européens ? La direction du Parti a refusé de répondre à notre demande d'exiger des conditions fermes du PSE :
    • -> dire qu'on ne soutiendra le Manifesto (programme commun du PSE) qu'à la condition que celui-ci ait un véritable contenu et que celui-ci ne soit pas contradictoire avec ce que l'on défend dans le texte du PS ;
    • -> dire qu'on ne soutiendra pas n'importe quel candidat du PSE à la présidence de la commission européenne : or tous les candidats putatifs restant sont favorables à un accord avec la droite européenne, au minimum avec sa version libérale et macroniste, en parfaite contradiction avec ce qui est affirmé aujourd'hui par le PSE (coquille vide) et le PS.
    • -> Comment donc croire que la direction du PS tiendra ses engagements d'aujourd'hui alors qu'elle refuse clairement de prendre position sur ces sujets dans le PSE ?
  4. 4. Nous ne pouvons pas non plus nous contenter d'un texte qui ressemble par bien des aspects à ceux que nous rédigions à la veille des précédents scrutins européens, et que nous oublions tout de suite après à la demande du PSE. Les socialistes français ne sauraient donc se contenter d'un texte énumérant de bonnes intentions sans rien dire des moyens et du chemin à prendre pour avancer vers leur mise en œuvre.
    Sans analyse sérieuse de l'état de l'UE et de notre action passée, nous sommes condamnés à ne pas être crédible et à reproduire les mêmes erreurs.Seuls des choix clairs, des ruptures fortes, des engagements solennels nous permettront de surmonter les défis actuels. Si nous voulons que les élections européennes marquent le début de la reconquête, nous devons nous astreindre à un devoir de sincérité.
    Faute de volonté politique, ou par adhésion, la social-démocratie européenne a accompagné l’avènement de l’Europe libérale. Les 5 dernières années en ont hélas donné une preuve supplémentaire : non, nous n'avons pas obtenu plus de solidarité dans la zone euro ; oui, les déséquilibres économiques structurels entre l'Allemagne et l'Europe du Sud menacent sa cohésion et celle de l'UE ; oui, la ratification du TSCG nous a causé, à nous et à l'UE, un grand tort ; non, la Grèce et les Grecs n'ont pas été sauvés… Or là encore la direction du PS raconte le contraire et ne veut pas s'engager dans un inventaire sérieux du quinquennat Hollande que ce soit sur l'Europe ou n'importe quel sujet...

Voilà camarades, ce que m'inspire le compte-rendu que m'a fait Adélaïde de samedi. J'apprécie nombre de nos camarades qui ont des responsabilités politiques départementales, je pense même que certains peuvent être sincères dans leurs propos ; dans ce cas, ils sont malheureusement naïfs et seront abusés.
Pour ma part, j'aborderai le vote du jeudi 11 octobre et la suite en refusant toute naïveté et je ne serai plus jamais abusé.

Frédéric FARAVEL
mandataire départemental de L'Union & l'Espoir

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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 08:26

L'ancien président de la République n'a rien compris de ce qui lui est arrivé et du naufrage dans lequel il a conduit la France et la gauche.

Dans le livre Leçons de pouvoir qu'il publie et pour lequel il est entré en intense promotion médiatique, François Hollande a une fâcheuse tendance à réécrire l'histoire et à ne pas prendre le recul sur la politique qu'il a conduite en contradiction avec ses principaux engagements européens, économiques et sociaux. Ainsi il écrit "Par leur virulence, leur insistance, leur dissonance, les frondeurs finissent par ébrécher la solidarité indispensable à toute pédagogie. Ils minent notre crédit politique et incitent une partie de la gauche, celle qui nous conteste depuis l'origine et qui a en fait rompu avec l'Europe, à entonner le grand air de la trahison, pour proclamer l'insoumission". Dans une interview qu'il accorde à L'Obs, le socialiste étaye son propos avec des mots encore plus durs. "C'est parce qu'ils se sont obstinés à penser qu'une autre candidature que la mienne était possible qu'ils ont faussé les choix et laissé un espace à Emmanuel Macron", déclare-t-il. Et François Hollande de proposer sa propre lecture, forcément biaisée de la fin du quinquennat et de la présidentielle. "C'est un frondeur qui a gagné la primaire et ses 6% montrent bien que son positionnement à fait fuir les électeurs. Ce n'est pas ma politique qui a été condamnée, c'est la leur", assure-t-il.

Pourtant les électeurs ont tout à la fois sanctionné un système politique sclérosé et la politique qu'il a menée ; n'importe quel candidat socialiste aurait été sanctionné, portant les stigmates de l'un comme de l'autre. L'ancien Président oublieux des faits politiques de son propre quinquennat, je me permets donc de lui apporter une réponse argumentée pour démontrer que son quinquennat était déjà délétère avant même l'apparition d'une quelconque "fronde" parlementaire.

Avec un peu de chance, c'est sans doute la dernière fois que j'aurais besoin de répondre à l'ancien résident de l'Elysée.

François Hollande dans le JT de France2, mardi 10 avril 2018

François Hollande dans le JT de France2, mardi 10 avril 2018

Les « Frondeurs » sont-ils responsables de l'échec du quinquennat ?

C'est un discours repris régulièrement par les soutiens de François Hollande – Stéphane Le Foll en tête – et de Manuel Valls. L'échec du quinquennat serait de la responsabilité des « frondeurs », qui par leur indiscipline auraient terni l'image de l'action gouvernementale, du Parti socialiste et empêché les Français de percevoir la pertinence de l'action gouvernementale et ses résultats...

C'est un conte pour enfants difficile à soutenir pourtant. Revenons en aux faits.

Quelques faits politiques ressentis dès les premiers mois

Dès les élections législatives de juin 2012, le nouvel exécutif considéra que la volonté du PCF de ne pas participer à la majorité présidentielle – quand bien même il participait depuis septembre 2011 à la majorité sénatoriale de gauche – impliquait de ne plus appliquer la principe de désistement républicain. Les candidats sortants du PCF ont donc fait l'objet d'une concurrence violente de la part des candidat.e.s socialistes, certains décidant même de se maintenir au 2nd tour face à ces candidats. Par la suite, les reports de voix à gauche en pâtiront.

On peut d'ailleurs considérer que le signal envoyé aux lendemains de la présidentielle de présenter des candidat.e.s contre J.-L. Mélenchon et F. Bayrou, deux candidats à la présidentielle ayant appelé à voter François Hollande au second tour, a envoyé un signal négatif à une partie de l'électorat de second tour de celui-ci : tout devait être strictement soumis à l'Élysée et sa stratégie hégémoniste.

Les élections partielles de décembre 2012 (Hérault, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne), de mars, de mai et de juin 2013 (Oise, Lot-et-Garonne, Wallis-et-Futuna, Français de l'étranger) se sont toutes soldées par un recul fort des candidat.e.s de gauche (certains étant éliminés au soir du 1er tour par le FN – Oise et Lot-et-Garonne – ou faute de participation) et parfois une défaite des député.e.s sortant.e.s de la majorité présidentielle (Hérault, 1ère et 8ème circonscriptions des Français de l'étranger). Ces mauvais résultats étaient complétés par des défaites dans des cantonales partielles.

Le désenchantement entre l'électorat de gauche (qui choisit l'abstention) est donc bien antérieur à la « fronde parlementaire » et prend dès le départ un caractère assez massif.

L'impact des choix gouvernementaux

Tous les éléments qui vont suivre sont antérieurs à la « fronde parlementaire ». Ils expliquent pourtant la rupture entre l'opinion et l'exécutif.

1- l'Europe

Dès juin 2012, F. Hollande annonce qu'il ne demandera pas la renégociation du Traité européen pour stabilité, la coordination et la gouvernance, signé à l'initiative de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel. Or c'est un des engagements majeurs du candidat Hollande. La ratification parle vote de l'Assemblée nationale le 9 octobre 2012 entraîne donc logiquement parmi les député.e.s socialistes 9 votes contre et 20 abstentions ; chez les député.e.s écologistes (EELV étant considéré comme l'un des partis les plus « pro-européens »), ce sont 12 votes contre et 2 abstentions (sur 17). Mais surtout, cela reproduit le même phénomène que lorsque Nicolas Sarkozy avait obtenu la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne en dépit du rejet référendaire du TCE 3 ans plus tôt par les Français : les député.e.s de gauche et de droite votent de la même manière en contradiction avec la majorité des Français ou les engagements électoraux.

A la lecture de L'abdication, remarquable essai écrit par Aquilino Morelle (qui fut le conseiller spécial du président de 2012 à 2014) et publié en janvier 2017 après l'annonce de François Hollande qu'il ne se représenterait pas, on apprend par ailleurs que le candidat Hollande avait envoyé quelques jours après le discours du Bourget Emmanuel Macron comme missi dominici auprès des conseillers d'Angela Merkel à Berlin pour rassurer la Chancelière. Il les a assurés que la France avec François Hollande serait « raisonnable » : traduction, le discours du Bourget, c'est pour les Français et la campagne électorale, nous ne toucherons pas au TSCG.

Dans l'électorat de gauche du Nord et de l'Est de la France, sensible à cette question, la fracture deviendra irrémédiable ; les intentions de vote pour le FN vont y progresser fortement dans la foulée, non par euroscepticisme mais par écœurement vis-à-vis des responsables politiques.

2- le pacte de compétitivité

En octobre 2012, deux semaines après ce vote, se tient le congrès du PS à Toulouse. La prochaine remise du rapport Gallois a fait monter la rumeur de la mise en place d'une « CSG sociale ». Les leaders de la majorité du PS prennent position à la tribune contre cette éventualité, alors que la majorité parlementaire a voté peu avant l'abrogation de la « TVA sociale ». Jean-Marc Ayrault retardera l'annonce des mesures dont certaines étaient prévues pour le congrès (j'étais derrière lui lorsqu'il relisait son discours en même temps que Martine Aubry déclamait le sien à la tribune ; il était fascinant de le voir rayer des pages entières au fur et à mesure que la Maire de Lille dénonçait les menaces qui planaient). Quelques jours plus tard, il annoncera le pacte de compétitivité : un crédit d'impôt pour les entreprises financé par la hausse de la TVA, alors qu'on vient supprimer la « TVA sociale ». Le gouvernement Ayrault applique donc les mêmes recettes qu'il a condamnées pendant la campagne. L'électorat percevra négativement ce revirement. Dans cette même logique, F. Hollande annoncera en janvier 2014 le pacte de responsabilité, c'est-à-dire la transformation progressive du crédit d'impôt en baisse définitive de cotisations sociales pour les entreprises, donc impossible à conditionner ou à critériser.

3- l'abandon de Florange

Arcelor-Mittal a annoncé sa volonté de fermer les hauts fourneaux de Florange ; ils sont pourtant rentables. Ce sont les derniers de France. Après des semaines de psychodrame, alors que le ministre du redressement industriel Arnaud Montebourg assurait qu'il avait trouvé un repreneur français potentiel pour les hauts fourneaux, plaidant pour une nationalisation transitoire, J.-M. Ayrault annonce pourtant qu'il n'y aura pas de nationalisation temporaire ni de repreneur, les hauts fourneaux seront fermés et ne subsistera qu'une vague activité de recherche sur place.

Après des semaines de luttes, les dernières « gueules jaunes » sont humiliées, le monde ouvrier également.

4- la réforme fiscale avortée

Jérôme Cahuzac, ministre du budget, avait annoncé qu'elle était déjà faite ; personne n'avait rien vu, et pour cause... Il démissionne après le scandale, entraînant dans l'élection législative partielle qui suit (juin 2013) l'élimination du PS par le FN. La grogne des Français contre l'injustice fiscale (demi-part des veuves, gel du barème, augmentations d'impôts) est importante.

Six mois plus tard, J.-M. Ayrault se rappelle les promesses de campagne sur la réforme fiscale et annonce vouloir remettre à plat la fiscalité française... il espère ainsi gagner du temps alors que montent les rumeurs de son limogeage. Il reçoit le soutien de Maintenant la Gauche et de deux groupes de parlementaires PS, la « gauche populaire » et la « gauche durable ».

Finalement, les municipales passent, J.-M. Ayrault est débarqué, la réforme fiscale définitivement enterrée, car les baisses d'impôt ultérieures déséquilibreront plus encore l'impôt sur le revenu.

L'impact des élections municipales

En mars 2014, les élections municipales s'achèvent par une bérézina. Il n'y a pourtant eu aucune « fronde parlementaire » auparavant. L'ensemble de la gauche redescend au niveau qu'elle avait atteint en 1971. Ce sont les résultats de ces élections qui vont convaincre plusieurs parlementaires d'exprimer les désaccords qu'ils avaient tus jusqu'ici (à l'exception des parlementaires de Maintenant la Gauche) et de tenter de réorienter la politique du gouvernement.

Les études d'opinion ont montré que ces municipales avaient été la conséquences d'une abstention massive à gauche, par désaveu de la politique conduite notamment par les catégories populaires, concernant les conditions de vie socio-économiques. C'est très bien expliqué dans l'essai Karim vote à gauche et son voisin vote FN sous la direction de Jérôme Fourquet (publié avec la Fondation Jean-Jaurès aux éditions de l'Aube, octobre 2015). Ce dernier démonte notamment la fable d'un vote des électeurs d'origine africaine ou maghrébine « de culture musulmane » qui auraient selon certains voté à droite, voire au FN, à cause du mariage pour tous.

Les causes du choix de l'abstention massive de cet électorat (qui avait voté Hollande à 86% le 6 mai 2012) aux municipales sont clairement de l'ordre de considérations économiques et sociales (emplois, salaires, logement, transports, écoles).

Qui a défendu les positions du Parti socialiste ?

D'avril 2014 à mai 2015, un groupe de parlementaires socialistes conteste les dérives de la politique conduite par l'exécutif. Durant cette période, cela se ressentira surtout sur la Loi Macron et la Loi Rebsamen et quelques demandes de conditionner le CICE. C'est donc assez limité et cela aurait été anodin si M. Valls, contre l'avis d'Emmanuel Macron, n'avait pas décidé de faire passer le projet de loi de ce dernier par 49.3 alors que cela ne se justifiait pas. Anodin aussi, si Benoît Hamon, Aurélie Filipetti et A. Montebourg n'avaient pas été virés du gouvernement fin août 2014 pour n'avoir rien dit de plus que ce qu'ils disaient d'habitude. D'ailleurs, le plus critique était A. Montebourg – les deux autres étant très discrets – qui avait fait le 10 juillet 2014 à Bercy un discours bien plus offensif que celui qu'il tiendra à Frangy un mois et demi plus tard ; le 10 juillet cela n'avait eu aucune conséquence, allez comprendre...

En juin 2015, le congrès du Parti socialiste s'achève sur un vote majoritaire en faveur de la motion conduite par Jean-Christophe Cambadélis et rédigée par Jean-Marc Germain, un des chefs de file des « frondeurs ». Cette motion reprend de manière atténuée les principales revendications des « frondeurs », celles-ci apparaissant plus ouvertement dans la motion B rédigée par le rassemblement des « frondeurs » et de Maintenant la Gauche. Sont réaffirmées la mise sous conditions du CICE et la revendication de « rétablir la hiérarchie des normes et de renforcer le principe de faveur » en droit du travail.

Le 27 juillet 2015, le bureau national du PS a adopté à l'unanimité le rapport Germain sur la préparation du budget pour 2016, qui traduit concrètement les exigences du PS sur le budget en cohérence avec l'orientation adoptée par la motion majoritaire lors du congrès. J.-C. Cambadélis ne le défendra pas auprès de l'exécutif, pas plus que les présidents de groupes parlementaires.
Donc ce que l'on reproche aux « frondeurs » c'est d'avoir défendu lors du débat budgétaire les positions issues de la motion majoritaire conduite par J.-C. Cambadélis et signée par M. Valls, traduite dans le rapport Germain adopté à l'unanimité par le BN du PS. Ce sera de fait le dernier vote formel lors d'un BN du Parti socialiste après le congrès de Poitiers.

Lors de l'examen de la loi travail, ce que l'on reprochera aux « frondeurs », c'est de défendre la position de la motion majoritaire pour « rétablir la hiérarchie des normes et renforcer le principe de faveur ». Or la loi El Khomri était bien un processus de renversement de la hiérarchie des normes assumé et revendiqué comme tel par la cheffe de file des sénateurs socialistes sur ce projet de loi, Nicole Bricq. À l'Assemblée nationale, par ailleurs, les député.e.s considéré.e.s comme « frondeurs » n'étaient pas en nombre suffisant pour mettre à mal la majorité parlementaire pourtant bien affaibli de M. Valls (rappelons nous que ce dernier a provoqué de fait le départ des écologistes du gouvernement et l'hostilité de la majorité d'entre eux quant aux inflexions qu'ils donnaient à la politique migratoire et à sa volonté de remettre en cause la loi ALUR) : M. Valls a choisi d'utiliser le 49.3 car en fait il craignait des défections ou des abstentions de député.e.s considéré.e.s comme sûr.e.s jusque là, preuve que le trouble dépassait largement les rangs des « frondeurs ». Sans cet usage hasardeux du 49.3 pas de motions de censure de gauche, devenues inévitables après l'hystérisation du débat parlementaire et pour éviter que les député.e.s de gauche votent une motion de censure de droite (les deux ne s'additionnant pas).

Malgré toutes ces crispations, avez-vous entendu un électeur ou un citoyen vous demander la tête des « frondeurs » ? ou dénoncer la hausse du chômage ou des impôts ? Avec un corps électoral comparable à novembre 2011, si les électeurs de la primaire avaient voulu sanctionner les « frondeurs », auraient-ils préféré B. Hamon (entré tardivement en « fronde ») à M. Valls ?

* * *

La lucidité impose de le reconnaître : parmi les causes de l’échec du quinquennat, il y a le rapport trop peu critique aux institutions de la Ve République dans lesquelles tout est soumis à l'exécutif. Dans le même temps, renonçant à son autonomie, le Parti socialiste s’est rendu volontairement inaudible. Or le rôle du Parti socialiste, c’est d’être l’acteur vigilant de la transformation quand nous gouvernons.

De 2012 à 2016, le Parti socialiste au contraire a décidé de ne plus rien décider et d'aggraver le fait que le parti et ses groupes parlementaires vivent trop souvent de manière autonome, si ce n’est distante. Les dirigeants du PS auront à l'avenir tout à la fois la mission de porter l’orientation du parti et de s’assurer qu’elle se nourrit et irrigue tout à la fois le travail parlementaire tant à l’Assemblée nationale, qu’au Sénat ou au Parlement européen. Tout cela démontre bien la nécessité de rétablir un équilibre favorable au pouvoir législatif comme nous le proposions dans « L'Union & l'Espoir ». J'ai quelques doutes sur la capacité de la nouvelle direction du PS, mais nous allons lui laisser quelques semaines le bénéfice du doute.

Frédéric Faravel

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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 13:29

Samedi 7 avril 2018, vers 16 heures, j'étais appelé à intervenir devant les délégués du congrès du Parti socialiste pour répondre au nom du texte d'orientation "L'Union & l'Espoir", dont le premier signataire est Emmanuel Maurel, à l'adresse aux Européens proposée par la nouvelle direction du PS.

Vous trouverez ci-dessous la vidéo et le texte de l'intervention.

Il me revient la tâche de vous expliquer les raisons pour lesquelles "L’Union & l’Espoir" s’abstiendra sur le texte qui nous est présenté.

La démarche proposée n’est pas inintéressante, mais nous croyons que la question européenne, ses enjeux méritent un véritable débat interne et approfondi. C’est d’ailleurs prévu à l’automne ; et il est heureux que nous préparions sérieusement les élections européennes en nous donnant enfin une orientation solide, qui parle à nouveau aux classes moyennes et populaires, qui permette enfin de faire reculer la défiance qui s’est enkystée à cause de la dérive ordo-libérale de la construction européenne à coup de Traité d’Amsterdam, de Traité de Lisbonne puis de Traité Merkozy !

La définition de notre orientation européenne mérite un temps prolongé et organisé de débat et de réflexion, avec les militants, pour ne pas réitérer les erreurs passées et répondre efficacement aux questions posées par une social-démocratie européenne, qui, si elle reste notre camp naturel, n’en finit pas de se débattre avec de graves contradictions.

Nos concitoyens méritent mieux qu’une nouvelle répétition des slogans des campagnes européennes précédentes, inaudibles car usés à force d’avoir été ressassés.

Et puis autant se le dire franchement camarades, la priorité de ce congrès, qui se tient en parallèle avec un mouvement social qui prend et dont les motivations sont fondées, était de s’adresser aux salariés qui luttent, aux Français qui voient leur pouvoir d’achat attaqué, leurs services publics mis à mal. Dire finalement à tous ceux pour qui naturellement nous devons nous battre que les socialistes sont à leurs côtés. Il est encore temps de s'adresser à eux, de parler au corps central de la société, de parler au peuple de gauche !

Le samedi 7 avril 2018, à la tribune du 78e congrès du Parti socialiste à Aubervilliers

Le samedi 7 avril 2018, à la tribune du 78e congrès du Parti socialiste à Aubervilliers

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26 mars 2018 1 26 /03 /mars /2018 15:15
Non, le retour de la croissance et le recul du chômage ne sont pas dus à la politique menée par Hollande

Les bonnes nouvelles :

  • La reprise économique. La croissance a été de +1,9% en 2017, après +1,1% en 2016, et pourrait franchir le cap de 2% en 2018 pour la première fois depuis 2007.

  • Le repli du chômage. Au 4ème trimestre de 2017, le taux de chômage a atteint 8,9% en France, soit son plus bas niveau depuis 2009. Même si la baisse de 0,7 point en un trimestre apparaît excessive1, pouvant donner lieu à une correction ultérieure, et si les données de Pôle Emploi sont moins favorables que celles de l’INSEE2, il est de fait que le taux de chômage diminue depuis la fin de 2015, en ligne avec des créations d’emplois soutenues (+ 130 000 en 2015, +235 000 en 2016, + 250 000 en 2017).

Une amélioration qui ne doit rien à la politique de François Hollande

  • La croissance française reste nettement inférieure à la moyenne de nos voisins (+1,9% contre +2,5%), comme c’est continuellement le cas depuis 2014. En vérité, notre pays ne fait que profiter du redémarrage de l’économie mondiale et, en particulier, européenne, ainsi que du début d’un nouveau cycle après une longue période de stagnation. Au bout d’un moment, il faut bien que les entreprises et les ménages se remettent à investir, ce qui a été favorisé par de bas taux d’intérêt, d’où plus de revenus, donc de consommation etc.. Impossible de prétendre que la politique de F. Hollande y soit pour quelque chose.

  • La preuve en est qu’il reste un point noir : le déficit commercial continue de se creuser, ayant atteint 62 Md€ en 2017 (soit +30% par rapport à 2016 et la plus forte dégradation annuelle depuis 2011), alors que toute la stratégie de F. Hollande, fondée sur la « baisse du coût du travail », visait à rendre l’économie française plus compétitive. Et la hausse des prix du pétrole n’explique pas tout ; l’aggravation du déficit manufacturier (de 35 Md€ à 41 Md€), alors que notre croissance est plus faible que celle de nos partenaires, constitue une terrible contre-performance, qui signe l’échec d’une politique. La compétitivité-coût s’est naturellement améliorée, à un prix exorbitant pour les finances publiques, mais cela n’empêche pas le recul de la part de nos exportations dans celles de la zone euro, passée de 17% à 13% entre 2000 et 2017.

  • Ce constat s’applique de la même manière à l’évolution de la situation de l’emploi. Malgré sa baisse actuelle, le taux de chômage français se réduit moins vite que chez nos voisins, de sorte qu’après avoir été constamment inférieur à la moyenne de la zone euro depuis 2008 (par exemple, 10% contre 12% en 2015), il lui est devenu supérieur en 20163. Difficile de parler de la réussite de F. Hollande dans ce domaine aussi…

  • Il aurait fallu faire autre chose. Le mal vient moins d’un dynamisme excessif de nos importations que de l’incapacité de nos entreprises à profiter de la bonne orientation de la demande mondiale, à cause d’une qualité insuffisante de leurs produits. La bonne stratégie eût consisté à favoriser leur montée en gamme en stimulant l’investissement productif mais aussi public, de même qu’en développant le niveau de qualification de la main d’œuvre - plutôt qu’en adoptant une stratégie « low cost » fondée sur la baisse du coût des travail et la flexibilité, digne d’un pays du tiers-monde…Ceci n’empêchait nullement de mettre en œuvre parallèlement un plan de relance de la consommation. Cette politique aurait produit des résultats importants et rapides en termes d’activité et d’emplois ; nous serions aujourd’hui en tête de la classe européenne au lieu de nous situer parmi les derniers.

L’économie française a commencé à décrocher par rapport à celle de ses voisins en 2014, au moment où la politique de l’offre était renforcée (Pacte de responsabilité), et il n’y a toujours aucun signe d’un effet positif de celle-ci aujourd’hui. Bien au contraire, puisque le déficit manufacturier s’aggrave. En vérité, on a distribué aux entreprises des dizaines de milliards d’euros sans contrepartie ni aucun bénéfice. De plus, on les a financés en alourdissant les prélèvements obligatoires et en sacrifiant des dépenses publiques utiles, notamment par la réduction des dotations aux collectivités locales, ce qui a durement pesé sur la croissance et le pouvoir d’achat.

1 Notamment parce que les créations d’emplois se sont limitées à 50 000, ce qui constitue un bon résultat mais paraît incompatible avec un tel repli du chômage.

2 Le nombre de personnes sans activité inscrites à Pôle emploi (catégorie A : 3,7 M, yc DOM) n’a presque pas diminué en 2017.

3 Par ailleurs, il n’est plus que 5,6% à l’échelle des pays de l’OCDE.

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 18:27
5 bonnes raisons de voter L'Union & l'Espoir et Emmanuel Maurel le 15 mars 20185 bonnes raisons de voter L'Union & l'Espoir et Emmanuel Maurel le 15 mars 2018

Chères Camarades, Chers Camarades,

Le 15 mars vous aurez à faire un choix entre 4 textes d’orientation, 4 « Motions ».

La lassitude ou le découragement se sont emparés de beaucoup d’entre nous ces dernières années et ces derniers mois. Pourtant ce vote-là sera très important.

Voter pourquoi ? L’enjeu de ce congrès d’Aubervilliers est capital : il est celui de la survie pour notre parti. En 2012 nous avions tous les leviers pour transformer la société. En 2017, nous les avons presque tous perdus. Pacte de responsabilité, loi travail, déchéance de nationalité : les Français ne se sont pas reconnus dans notre action et, finalement, ne nous reconnaissent plus. Notre congrès de 2018 n'est pas un achèvement, un aboutissement, mais le début d'un processus de travail, de rassemblement et de reconquête.

« L'Union et l'Espoir », le texte d'orientation n° 4 dont Emmanuel Maurel le premier signataire, propose de bâtir avec les militants, le Parti socialiste de demain : un parti rassemblé, démocratique, ouvert, exemplaire, offensif. Un parti fier de ses valeurs, qui n’oublie pas pour qui ni pour quoi il se bat. Un parti qui appartient à ses militants.

À quelques jours du vote, il est bon de rappeler les enjeux de ce congrès, pour exprimer avec force ce qui me paraît être le chemin du redressement pour le socialisme français.

Le Parti socialiste, Emmanuel Maurel le connaît bien ; il connaît ses défauts, ses travers, mais aussi ses atouts : un réseau d'élus de terrain formidables qui s'engagent au quotidien pour améliorer la vie des Françaises et des Français ; des militants disponibles, aguerris, impliqués dans la vie de la société, dans les associations, dans les syndicats. C'est notre force. Nous sommes attachés au Parti socialiste, à sa démocratie interne (trop souvent théorique et malmenée), à ses rites, à ses militants. Nous ne nous résolvons pas à le voir encore s'étioler.

Pour se relever le Parti socialiste doit tourner une page de son histoire ; sans renier ce qu'il fut, il doit écrire une nouvelle aventure. Nous ne pourrons le faire que si nous sortons des sables mouvants de l'ambiguïté, qu'à la condition de mettre fin au flottement dont nous avons donné l'image. Les six premiers mois du quinquennat ont démontré de manière éclatante qu’on ne peut pas être socialiste « et en même temps » dans la complaisance à l’égard de Macron. Nous proposons le chemin de la clarté et de l'authenticité à gauche :

  • Clarté par rapport au bilan du quinquennat précédent ;

  • Clarté par rapport au nouveau pouvoir. Nous sommes un parti d’opposition et pas la force supplétive d’une majorité clairement marquée à droite ;

  • Clarté sur les orientations stratégiques, sur notre détermination à unir le parti puis la gauche.

Tout est possible, pourvu que l'on sache d'abord d'où nous venons mais aussi pour quoi et pour qui nous nous battons. Pour que les Français nous écoutent à nouveau nous devons penser le présent et l’avenir éclairés par nos fondamentaux : proposer d’améliorer concrètement la vie matérielle des gens, des ouvriers, des employés du privé comme du public, des retraités, des jeunes. Nous n’accepterons jamais de laisser le champ libre au Front National dans l’électorat populaire. Cela suppose de ne rien ignorer de ses aspirations et de ses préoccupations quotidiennes. Cela suppose d'être le parti de tous les jours de la vie. De la même manière, nous ne pouvons plus ignorer que la société civile produit de nouvelles revendications – la lutte pour les droits des femmes, les nouveaux comportements de consommation, la dénonciation des paradis fiscaux – auxquelles notre Parti doit offrir un débouché politique à l’échelle de notre nation et du continent.

Si les militants socialistes choisissent Emmanuel Maurel pour être leur Premier secrétaire, cela sera un signal envoyé aux Françaises et aux Français que nous avons déçus, signal que nous avons tiré les leçons de nos erreurs. Au sortir de notre congrès, avec « L'Union & l'Espoir », nos concitoyens pourront à nouveau comprendre où nous nous situons, que nous renouons avec nos fondamentaux et que nous nous ouvrons aux défis nouveaux. C'est essentiel pour être à nouveau au cœur de la gauche et remettre tout le monde autour de la table afin de reconstruire le rassemblement, condition nécessaire pour gagner et gouverner à nouveau, gouverner pour transformer la société dans le sens de l'égalité et de la justice sociale.

Au lendemain du congrès, la tâche qui nous attend est immense. Ensemble nous la surmonterons, et nous la surmonterons d'autant plus facilement que nous nous serons dotés d'une orientation claire, adaptée aux défis de notre temps. Face à une mondialisation libérale, face à l'impasse du libre-échange généralisé, face à la tragédie du changement climatique et des migrations de la misère, dans un monde politiquement instable, jamais une réponse socialiste républicaine, antilibérale et écologiste distincte de l’illusion sociale-libérale, présentée comme le progrès et la seule politique possible, n'a été aussi pertinente et nécessaire. Le rassemblement des socialistes est nécessaire – et nous y mettrons toute notre énergie –, il nous faudra de l'esprit, du caractère et de la force – et Emmanuel n'en manque pas – mais tout cela ne sera pas suffisant si nous ne nous sommes pas fixés auparavant un cap clair. Pour combattre nos adversaires des droites libérales et conservatrices, pour faire reculer nos ennemis nationalistes et xénophobes, pour créer les conditions du rassemblement des forces de progrès, Emmanuel Maurel saura porter votre voix, vos convictions et vos espoirs.

Chères Camarades, Chers Camarades,

Emmanuel Maurel vous propose de porter ensemble un socialisme décomplexé qui assume son utilité historique et ouvre un nouveau chemin pour faire vivre concrètement nos principes de Liberté, d'Égalité et de Fraternité, en France, en Europe et dans le monde. Ce n'est pas un hasard si les mots de la devise républicaine, issus de la Grande Révolution de 1789 et inscrits aux frontons de nos mairies, sont devenus ceux de l'Internationale Socialiste. Nous avons la mission de leur redonner vigueur. Il n'y a pas de fatalité à voir le socialisme démocratique décliner ; d'autres camarades aux États-Unis, en Grande Bretagne, au Portugal, ont entrepris cette renaissance. À nous désormais de relever le défi !

Pour y arriver, le Parti socialiste a besoin de votre engagement.

Frédéric Faravel

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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 14:41

Avec le soutien de plusieurs camarades socialistes, j'ai pris l'initiative de déposer une contribution thématique au congrès du Parti socialiste à Aubervilliers, dont la conclusion se déroulera le week-end du 7-8 avril 2018.

Il s'agit dans ce texte de rappeler les structures historiques et spécifiques du mouvement ouvrier français (au sens large) qui rendent impossible la transposition du "modèle social-démocrate" en France, de déconstruire la mythologie de la "Charte d'Amiens" et d'en tirer quelques enseignements pour proposer de nouveaux axes d'action, afin de renforcer tout à la fois la place du syndicalisme et la pertinence des propositions socialistes.

Vous trouverez à la fin de cet article le lien sur le site du Parti socialiste.

    Les premiers signataires sont : Geneviève Wortham (BN, 77), Bertrand Vasnier (membre titulaire du CN, 75), Frédéric Faravel (suppléant au CN, 95), Sébastien Lombard (BNA, 95), Gabriel Richard-Molard (suppléant au CN, FFE), Stéphane Mukkaden (Conseiller consulaire Islande-Norvège, FFE), Géraldine Gay (membre titulaire du CN, 11), Bruno Crinon (Trésorier de section, 95), Denis Février (CF, 95)

    Conjuguer à nouveau Socialisme & Syndicalisme - contribution thématique pour le congrès du Parti socialiste

    Les relations entre le socialisme français et le mouvement syndical ont toujours été complexes.

    L'industrialisation lente (en comparaison de l'Allemagne ou de la Grande Bretagne), la faiblesse relative des effectifs ouvriers et l'unification tardive des organisations politiques et syndicales qui prétendaient représenter le mouvement ouvrier en France expliquent à bien des égards une situation structurelle dont notre pays porte encore largement la trace.

    D'abord, déconstruire une partie de la « mythologie historique » du mouvement ouvrier

    La CGT, issue notamment de la fusion de la Fédération nationale des syndicats (créée en 1886, d'inspiration guesdiste) et de la Bourse du travail de Paris (créée en 1887), n'est créée qu'en 1895 et parachèvera son unité avec la fédération des bourses du travail qu'en 1902. Très tôt, elle subira la concurrence du syndicalisme chrétien (bien que la CFTC ne soit officiellement créée qu'à la Toussaint 1919) et de son mot d'ordre de « Paix sociale » ou encore de la Fédération nationale des Jaunes de France (officiellement créée en 1902), organisation corporatiste, antisémite et pré-fasciste.

    À cette difficulté évidente de pouvoir prétendre représenter le monde ouvrier dans son intégralité, la CGT naissante est le fruit d'une époque et d'une histoire politique bien française : en son sein se perpétue des conflits sur la forme d'action sociale qui existaient au sein de l'Association Internationale des Travailleurs entre coopératistes, marxistes et libertaires et que l'écrasement sanglant de la Commune n'a pourtant pas éteints.

    Ainsi lorsque le Parti socialiste aboutit enfin à son unité en 1905, une bonne partie des militants CGT considère avoir quelques raisons de se défier de la nouvelle organisation politique révolutionnaire :

    • sa déclaration de principes guesdiste qui soumet théoriquement l'action syndicale à l'action politique ;

    • la pratique de fait d'insertion dans les institutions républicaines de la SFIO qui découle du fait que dans notre pays la démocratie aient précédé l'organisation du mouvement ouvrier et la conquête des droits sociaux et économiques.

    De là découle l'adoption par le congrès de la CGT de 1906 (un an après la création de la SFIO) de la désormais célèbre « Charte d'Amiens » sous l'influence des anarcho-syndicalistes : rejet de toute soumission au parti, évidemment, mais au-delà de toute coopération réelle... pour les anarcho-syndicalistes, c'est le syndicat qui le moment venu transformera la société et l'organisera politiquement après avoir renversé la bourgeoisie au moyen de la « grève générale ».

    On retrouvera cette conception dans les puissants mouvements anarchistes d'Italie et d'Espagne (comme la CNT-FAI).

    Pourtant, il serait bon de rappeler que ce contrôle de la CGT par les anarcho-syndicalistes fut un épisode particulièrement bref ; dès 1909, la confédération repassait sous le contrôle des amis d'Édouard Vaillant, pilier essentiel de la SFIO et de son groupe parlementaire, héritier du blanquisme. S'établit alors ce que Léon Blum décrira dans son discours du congrès de Tours en 1920 de la manière suivante : « On était arrivé péniblement, après bien des tâtonnements, à une conception qui, somme toute, avait pratiquement donné satisfaction à tout le monde : autonomie des deux organisations, communauté de buts, mais avec différenciation des moyens, et possibilité, à chaque instant, par des croisements et des rencontres, d'action commune sur des objets déterminés. »

    Cet équilibre se maintiendra jusqu'en 1946, au-delà de la réunification de la CGT en 1936 (les partisans de l'Internationale Communiste et de l'Internationale syndicale rouge avait créé en 1921-22 la CGT-Unitaire), face à la conception communiste de courroie syndicale de transmission.

    La scission définitive et durable du syndicalisme français s'opère donc quand le PCF rompt avec l'alliance politique de la Libération pour contrer le plan Marshall : la CGT-Force Ouvrière et la Fédération de l'Éducation Nationale (le syndicalisme enseignant refusera de choisir entre la CGT contrôlée par les anciens « unitaires » et FO) surjoueront dès lors l'indépendance syndicale supposée naître de la « Charte d'Amiens » pour s'opposer à la toute puissante CGT communiste. Mais d'ores-et-déjà la CFTC, revivifiée par sa participation à la Résistance et l'unité d'action dans la clandestinité avec la CGT, occupait une place à part avec 26% des votes.

    La CFTC suivra une voie autonome, s'éloignant de l'Église Catholique, puis se déconfessionnalisant pour devenir en 1964 la Confédération Française et Démocratique du Travail. C'est sans doute le syndicat qui comprit le mieux les aspirations du monde ouvrier autour de 1968 et dans les années 1970, portant les combats sur les conditions de travail, le pouvoir ouvrier, l'autogestion, tout en se référant au socialisme dans sa charte, participant même aux Assises du Socialisme en 1974. Longtemps partenaire privilégiée du PSU puis du PS, la CFDT prendra cependant ses distances lentement à partir de 1978. La référence au socialisme sera officiellement abandonnée en 1988. De fait la CGT, quant à elle, choisit de ne plus être la courroie de transmission d'un PCF en déshérence dès le début des années 1990.

    En parallèle avec l'évolution politique, économique et sociale, de la construction européenne, de la mondialisation, de la chute plus ou moins rapide des grandes « forteresses ouvrières », de la transformation de la composition du salariat, l'histoire du syndicalisme français n'est plus depuis qu'une longue histoire de divisions ; scissions venant de la CFDT et de FO, implosion de la FEN, accompagnant et accélérant également la baisse des effectifs syndiqués. Ce qu'il y a de plus étrange dans cette histoire, c'est que désormais toutes les organisations syndicales françaises se réfèrent avec fermeté à la « Charte d'Amiens » alors que celle-ci ne correspond qu'à un très court moment de l'histoire de la CGT (ou de FO si on conçoit que cette centrale soit l'une des deux branches du syndicat historique).

    On conçoit donc combien notre histoire politique et syndicale est éloignée des modèles dont on nous rabâche constamment l'exemple :

    • le Labour party, émanation parlementaire des syndicats britanniques, ce qu'il tend en partie à redevenir depuis sa conquête par Jeremy Corbyn, et qu'il ne cessa jamais totalement d'être malgré les réformes internes imposées par Tony Blair avant qu'il ne devienne Premier ministre ;

    • la DGB, héritière des syndicats ouvriers créés par le SPD dans une conception « parfaitement » marxiste, et qui continue malgré quelques distances d'avoir des liens étroits avec le parti allemand ;

    • les liens étroits de la FGTB et du Parti Ouvrier Belge, puis du Parti socialiste wallon ; les liens organiques entre les partis social-démocrates et travaillistes et les centrales syndicales scandinaves...

    Aujourd'hui, que faire ?

    Osons le dire les conditions d'une social-démocratie « à la française » n'ont jamais existé et elles n'existent toujours pas. Elles se sont même à notre sens éloignées. Cela tient tant à notre histoire politique qu'à des structurations syndicales profondément différentes : oublie-t-on qu'une des conditions de la puissances des grands syndicats nordiques est que le bénéfice des accords collectifs qu'elles signent ne va qu'à leurs adhérents ? Pour en profiter un scandinave est obligé d'adhérer au syndicat, ce qui explique largement le taux de syndicalisation et leur audience au-delà même des rangs de la gauche...

    Doit-on cependant s'en tenir là et ne pas chercher à faire évoluer la situation ? Considérer que les syndicats sont condamnés par la mondialisation comme semble l'être la social-démocratie ? Nous pensons le contraire.

    Avec l'exercice durable du pouvoir par les socialistes, à partir des années 1980, une transformation culturelle et sociologique est intervenue dans notre parti. Elle a été largement décrite par Rémi Lefebvre et Frédéric Sawicki dans leurs travaux de recherche et leur ouvrage commun La société des socialistes. Le militantisme politique s'est « professionnalisé » : son recrutement s'est concentré sur les élus, ceux qui aspiraient à l'être, et ceux qui travaillaient pour eux. En parallèle, et de manière pas tout à fait fortuite, une vieille obligation statutaire est tombée progressivement mais rapidement en désuétude, avant d'être abandonnée dans le courant des années 1990 : l'adhésion à un syndicat professionnel... Aujourd'hui ne subsiste plus qu'une vague incitation à l'article 2.1.1.2.3 : « Les membres du parti sont encouragés à appartenir à une organisation syndicale de leur profession et au moins à une association, notamment de défense des droits de l’Homme, de solidarité, de consommateurs, d’éducation populaire, de parents d’élèves ou d’animation de la vie locale. » Le déclin du secteur entreprises du Parti et des GSE complète le tableau.

    Nous préconisons donc plusieurs mesures et orientations qui doivent permettre tout à la fois de ressourcer un parti socialiste et de renforcer le rôle des syndicats de salariés.

    1. Parce que nous pensons qu'un parti socialiste ne saurait s'enfermer dans l'action politique mais doit pouvoir avoir prise sur l'action économique :
      Les adhérents d'un parti socialiste doivent avoir l'obligation d'adhérer à un syndicat de salariés. Ironiquement, on pourrait presque dire que la diversité de la palette syndicale répond à la diversité des opinions permises dans un parti socialiste de rassemblement.
      Un parti socialiste doit encourager par tout moyen la recréation de groupes socialistes d'entreprise, capables de le nourrir sur la réalité du travail et de l'activité économique.

    2. Parce que nous voulons retrouver un équilibre perdu « autonomie des organisations, communauté des buts, différenciation des moyens, capacité d'actions communes » :
      Le Parti socialiste plaide autant que faire se peut pour l'unité d'action syndicale ; c'est louable et dans bien des cas c'est même nécessaire, comme l'a montré l'échec des mobilisations contre les ordonnances travail. Mais un parti socialiste cohérent ne saurait désormais se replier derrière une attente qui ne sera sans doute jamais satisfaite, au regard de la diversité « politique » existante entre les différentes organisations syndicales (bien que le mécontentement de toutes les centrales soit aujourd'hui palpable contre ces mêmes ordonnances). Sans aller jusqu'à doubler les syndicats comme a semblé le vouloir (sans succès) la FI, un parti socialiste doit être capable de prendre l'initiative et de proposer au débat des réflexions et des actions communes, tout comme il est capable de répondre à la sollicitation syndicale. Ne soyons pas naïfs : tout comme un parti socialiste doit être écosocialiste et n'a aucune raison de sous-traiter l'écologie à un parti écologiste, la question du travail et de l'entreprise dans sa réflexion ne peut totalement dépendre de de la réflexion et de l'absence de réflexion des syndicats de salariés. Le plus tôt ce parti socialiste sera capable de se redonner un
      corpus idéologique sur ces sujets – en dialogue avec les syndicalistes – le mieux cela sera. D'autre part, cela nous permettra de déterminer comment nous extraire de l'impuissance dans laquelle nous jette l'attente toujours reportée de l'unité syndicale : si nous avons une réflexion propre, alors nous pourrons déterminer avec quelles organisations syndicales nous sommes en mesure, dans le respect de leur autonomie, de mener des combats communs, voire de faire évoluer toute la gauche sociale et politique, de reconquérir le pouvoir et de transformer la société.

    3. Parce que nous considérons qu'il faut, malgré les contes libéraux, renforcer le rôle du syndicalisme dans la société :
      Contrairement aux différentes formes de bonapartisme auxquelles nous sommes parfois confrontées, nous croyons au rôle des corps intermédiaires. Nous considérons que les syndicats de salariés sont utiles pour représenter les travailleurs, pour défendre leurs intérêts et le cas échéant agir concrètement. Nous refusons donc la mort progressive du paritarisme qui sous-tend la politique d'Emmanuel Macron.
      Nous considérons que si l'obligation d'adhérer à un syndicat pour bénéficier des accords collectifs heurte la conception républicaine du droit et de l'intérêt général, il existe d'autre voie pour renforcer le syndicalisme. Un parti socialiste doit reprendre à son compte la réflexion sur le pouvoir salarié et même des formes d'autogestion. Nous considérons que les socialistes doivent porter absolument des propositions favorisant les coopératives salariés, contraignant à la reprise d'une entreprise par ses salariés, lorsque les propriétaires refusent les rachats ou défendent des solutions qui vont ouvertement contre les intérêts de l'établissement. Nous pensons enfin, que les salariés et leurs représentants disposent d'une expertise professionnelle et économique souvent supérieures à celles des actionnaires.

      Nous défendons une montée en puissance conséquente des représentants des salariés au sein des conseils d'administrations. Les négociations collectives devront systématiquement se dérouler avec les syndicats de salariés, que les représentants du personnel désignés y soient désignés en son sein ou que les organisations syndicales mandatent au sein de la branche un de leur représentants pour assister les salariés d'une entreprise qui en serait dépourvue.

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    10 février 2018 6 10 /02 /février /2018 18:18
    Présentation du texte d'orientation "L'Union & l'Espoir" pour le 78e congrès du Parti socialiste

    Je ne vais pas vous faire un résumé de notre texte d'orientation « L'Union & L'Espoir », il est suffisamment court et lisible pour que vous vous en fassiez une idée...

    Je vais m'atteler ici à vous présenter l'état d'esprit qui nous anime et qui a animé l'élaboration avec Emmanuel Maurel du texte d'orientation « L'Union & l'Espoir » qui est soumis le 15 mars 2018 au vote des militants socialistes.

    Nous nous appuyons sur une conviction : le Parti Socialiste français a encore un avenir, parce qu’il y a une utilité historique du socialisme français. Pour nous, la seule façon de survivre et de rebondir, c’est de sortir des sables mouvants de l’ambiguïté. Notre démarche s’inscrit donc sous le sceau de la clarté et de l’authenticité à gauche.

    1- Clarté par rapport au nouveau pouvoir : nous devons être dans une opposition résolue à Macron, qui est l’une des incarnations du modèle néolibéral, et il faut le dénoncer. Ça n’a pas toujours été le cas, parce les premiers mois du quinquennat Macron ont été marqués par une très grande confusion chez les socialistes français, qui ont voté de trois manières différentes à l’Assemblée nationale, sur la confiance au Gouvernement. Pas besoin au demeurant de qualifier notre opposition de constructive, nous n'avions pas besoin de le faire face à la droite au pouvoir, pourquoi le ferions-nous aujourd’hui ?

    2- Clarté aussi par rapport au bilan : le Parti Socialiste vient de passer cinq ans au pouvoir et il sera impossible d’y revenir sans retour critique sur cette période, qui – malgré quelques mesures positives – a été marquée par une perte de repères et par une pratique présidentialiste dans laquelle tout est soumis à l’exécutif. À force de se taire, le Parti a laissé le Président et les Premiers Ministres faire des erreurs, parfois majeures.

    3- Clarté enfin sur les orientations stratégiques : on doit tirer les conséquences de notre opposition à Macron et s’inscrire dans une démarche unitaire vis-à-vis des autres forces de gauche. Quand bien même on serait critiqué, même de façon très dure,il faut savoir être unitaire pour deux, pour trois, pour dix. Rappelez-vous que nous avons bien été capables de faire un programme commun avec le PCF quand celui-ci était devant nous et sous tutelle de l'URSS ; qu'est-ce qui peut bien nous faire peur aujourd'hui ?

    * * *

    Ce que nous proposons, c’est donc d’en revenir à un certain nombre de fondamentaux. La gauche n’a pas seulement perdu des électeurs : elle a aussi perdu des repères. Il lui faut une boussole.

    De quels fondamentaux parlons-nous ?

    Il est surprenant que le Parti Socialiste ne parle plus des salaires, qui restent encore au cœur de la répartition entre le capital et le travail. Il est incompréhensible que sous un gouvernement socialiste, non seulement on n’augmente pas les salaires, mais qu’en plus un ministre de l’économie (Michel Sapin) ait encouragé les entreprises à ne pas le faire !

    Il faut renouer avec ce qu’on n’aurait jamais dû cesser d’être : des partageux. Ce n’est pas parce que le monde a changé, que de nouveaux problèmes sont apparus, que l’on doit renoncer à ce qui fait notre identité, c’est-à-dire le partage : partage des richesses, partage des pouvoirs, partage des savoirs.

    Autre point fondamental : il y a désormais un lien évident entre la question sociale et la question écologique. Quand nous nous disons « écosocialiste », ce n’est pas une concession à l’air du temps : jusqu’à maintenant, on se battait contre les logiques d’exploitation qui touchaient l’être humain, mais l’exploitation touche aussi la nature. Il faut changer de modèle de production et de consommation.

    Quelle stratégie le socialisme français doit-il avoir pour renouer avec les classes populaires et les classes moyennes ?

    Il nous faut renouer avec le corps central du socialisme : les employés et les ouvriers. Pour ça, il ne suffit pas de le dire. Il faut que nos préoccupations et nos mots d’ordre soient en résonance avec nos déclarations.

    Je vais donner un exemple ; celui de l’expulsion locative : Chaque année, des dizaines de milliers de gens minés par des dettes locatives de quelques centaines ou milliers d’euros se retrouvent devant le tribunal, devant lequel ils négocient des sur-loyers de 10, 15, 20€ par mois, pour ne pas être expulsés. Macron explique que la baisse des APL est une mesure indolore. La vérité, c’est que 5€ pour plein de gens, c’est une catastrophe, c'est la menace d’être expulsé de son logement !

    Je écrivais plus haut à propos des salaires, il faudrait aussi évoquer les services publics, qui ont été largement dégradés durant ces dix dernières années alors qu’ils contribuent à l’égalité entre les territoires. C’est une condition indispensable si on veut s’adresser à cette France qui se sent délaissée.

    S'ajoute à tout cela la pratique macronienne du pouvoir. On dit de Macron qu’il est parvenu à unifier le libéraux de tous bords. Il est surtout parvenu à opérer la fusion entre les élites néolibérales, le monde des affaires, et ce qu’on appelait jadis la « noblesse d’État », c’est-à-dire la technocratie à la française.

    Mais cette prouesse n’évitera pas à Macron d’échapper à la réalité de sa politique, exprimée de façon très factuelle et très brutale par la dernière étude de l’OFCE, qui montre que l’essentiel de sa réforme fiscale profite aux très riches, alors que les ménages les plus pauvres en sont les grands perdants. Cette réalité-là lui collera à la peau. Dans le même temps, il augmente la CSG, baisse les APL, supprime quasiment l’ISF et met en place une flat tax sur les revenus financiers. Ce n’est pas une politique qui peut se prétendre équilibrée : c’est une politique de classe.

    Et on ne pouvait pas dire qu'on ne savait pas, qu'on découvre... C'était dans son programme !

    Même les classes moyennes, qui pouvaient lui faire confiance pendant un moment, se rendront compte que sa politique est extrêmement déséquilibrée en faveur des vrais possédants (dont ne font pas partie les classes moyennes).

    Macron méconnaît l’aspiration profonde des Français à l’égalité. Et c’est ce qui le rattrapera. Il est persuadé que la France est enfin mûre pour les grandes réformes libérales que l’élite appelle de ses vœux depuis des décennies. Mais il s’agit davantage d’une fin que d’un commencement pour le cycle néolibéral.

    Enfin, cette alliance des élites nie les corps intermédiaires, comme en témoigne le mépris de Macron pour les élus locaux, qui tissent pourtant un lien très fort entre les citoyens et les institutions. Macron a supprimé les emplois aidés et demandé des économies impossibles aux collectivités : la confrontation qui a commencé lors du Congrès des maires va s’amplifier.

    La confrontation inéluctable avec le monde syndical, hostile dès le départ ou déçu, qui est exclu de la pratique politique d’Emmanuel Macron, ne fera que croître.

    * * *

    Rien ne sera possible cependant si la gauche, toute la gauche, ne relève pas la tête.

    Macron n’a en réalité absolument pas fait reculer l’extrême-droite, et hélas les déboires actuels au sein du FN ne l’empêcheront pas de prospérer à nouveau. Pour nous, militants de gauche, le combat face à Macron et à Wauquiez – la droite pourrait retrouver un peu de vigueur avec lui – ne peut faire oublier que l’extrême-droite est encore vivace, notamment dans les classes populaires. Ce problème n’est pas derrière nous, contrairement à ce que certains amis du président essaient de faire croire.

    Nous voulons donc amorcer une dynamique unitaire à gauche. On l’oublie trop souvent, mais l’opposition se construit très concrètement, y compris au Parlement.

    Les groupes socialiste, communiste et “France Insoumise” ont déposé un recours commun au Conseil Constitutionnel contre les ordonnances : il y a eu une convergence concrète, au niveau parlementaire. Plus Macron déploiera son agenda de réformes, plus une opposition se cristallisera dans laquelle on retrouvera les différentes familles de la gauche. C’est vrai au Parlement, ce sera vrai également dans la société.

    L’unité ne se décrète pas, elle se construit. Elle se construit dans les luttes, qu’elles soient locales ou nationales. Cela pourra commencer avec l’université, mais aussi avec l’hôpital public, la réforme de l’assurance-chômage ou de l’assurance-maladie… Nous devons donc travailler à la naissance d’un front commun qui rassemblera de plus en plus largement au fil du quinquennat. Pour cela, il faut savoir être disposé au dialogue avec toutes les forces de gauche. Il est donc urgent que nous, socialistes, soyons clairs quant à notre rapport à Macron : c’est l’un des enjeux du quinquennat.

    * * *

    Chers camarades,

    Nous sommes dans un congrès du Parti socialiste, un congrès qui doit redonner une orientation politique à notre parti qui souffre cruellement d'en manquer, dans un contexte où nous sommes entrés dans le quinquennat avec tous les pouvoirs ou presque (Présidence, Assemblée nationale, Sénat, moyennes et grandes villes, régions et départements). Nous en sortons quasiment dépouillés de tout : il n'y a pas d'équivalent historique en France d'une telle dégringolade électorale et structurelle d'un parti politique, d'un parti de gouvernement qui plus est.

    Ne nous trompons pas de sujet, de moment et d'enjeux... Nous ne sommes ni dans une primaire, ni dans une élection présidentielle, ni à la veille de conduire une campagne électorale nationale ou de revenir au pouvoir. Gardons nous à ce stade des catalogues programmatiques ; le projet socialiste, le programme que nous proposerons, nous devrons le construire avec les militants en dialogue avec nos concitoyens. Par contre, il est bon de dépasser l'énoncé de simples généralités aussi généreuses soient-elles.

    Le texte "L'Union & l'Espoir", dont le premier signataire est Emmanuel Maurel, a évité ces deux écueils : il fixe un cap stratégique – celui de travailler au rassemblement de la gauche –, il offre aux socialistes la possibilité de sortir de l'ambiguïté sur notre bilan et de sortir de l'ambiguïté face au nouveau pouvoir qui n'est rien d'autre qu'une nouvelle nuance de droite. Nous avons respecté le cadre qui nous était imposé (50.000 signes, 5 thématiques imposées) ; il eut été utile que tous s'y plient.

    Au sortir de son congrès, avec “L'Union & l'Espoir”, les socialistes pourront dire quelle vision du monde, de la société ils ont, quelles pistes ils proposent pour les transformer, avec des axes forts de mobilisation immédiate. C'est indispensable pour que nos concitoyens nous reconnaissent à nouveau, qu'ils comprennent à nouveau où nous nous situons et pour quoi nous nous battons. C'est essentiel pour être à nouveau au cœur de la gauche et remettre tout le monde autour de la table afin de reconstruire le rassemblement, condition nécessaire pour gagner et gouverner à nouveau, gouverner à nouveau pour transformer la société.

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