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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 13:25

On se souvient que Nicolas Sarkozy avait lourdement agi pour assurer la succession de Jean-Claude Trichet. L'omni-président, sauveur du monde et de l'union européenne, a beau s'afficher régulièrement avec la Chancelière Angela Merkel, il faut croire qu'il trouvait quelques limites au modèle allemand, dont il nous fait pourtant l'éloge sur la scène national.

Aussi il était inenvisageable que succède à un « latin » comme M. Trichet (oui oui, on voit très bien notre ex-PSU de grand banquier parler fort et avec les mains un individu pétri de culture germanique et rigoureuse. Le président de la Bundesbank, longtemps sur les rangs et poussé par Angela pour devenir le nouveau patron de la Banque Centrale Européenne (BCE), avait même fini par jeter totalement l'éponge en partant pour le privé.

Mario-Draghi.jpgLa nomination de Mario Draghi, représentant de l'Italie et de Goldman-Sachs au sein de la BCE, avait donc était présentée comme une grande victoire du président français : un latin succèderait à un autre latin et la BCE ne se mettrait pas à la remorque d'une trop austère politique germanique.

Las, bien que l’Élysée explique que face à la crise de l'euro – et malgré l'accord européen de Bruxelles – il faudra bien que la BCE intervienne massivement pour la résoudre « Elle le fera d'ailleurs. La question étant, désormais, de savoir si elle le fera à temps... ou trop tard », le président de la BCE a tenu depuis sa nomination à démontrer à plusieurs reprises qu'il n'était pas indispensable d'être allemand pour soutenir l'austérité et l'ultra-libéralisme (au demeurant ce n'est pas l'exécutif français actuel qui permet de concevoir l'existence d'une alternative).

Les États européens ont besoin d'aller chercher sur les marchés quelques 150 milliards d'euros au premier trimestre 2012, or dans le contexte tendu actuellement (malgré la réussite de la dernière émission obligataire espagnole) cela s'annonce complexe ; les fonds européens de secours sont à sec, et les Européens ont l'interdiction de l'abonder. Mais la BCE refuse d'annoncer qu'elle rachèterait tous les titres de la dette de la zone euro au-dessus d'un certain niveau de taux d'intérêts (attention ! Mesure révolutionnaire !).

Mais lundi 19 décembre 2011, Mario Draghi et son équipe ont durablement douché ceux qui espèrent que l'Europe use enfin de la politique monétaire.

Ainsi dans le Financial Times. Mario Draghi accordait sa première grande interview depuis sa nomination et affirmait avec aplomb : racheter massivement de la dette n'est pas possible car les statuts de la BCE ne le permettent pas ! Et d'ajouter : « la politique monétaire ne peut pas tout. C'est aux États de rassurer sur leur discipline budgétaire et leurs réformes structurelles ». Dans Les Échos, le nouveau patron de la Bundesbank, Jens Weidmann, dit exactement la même chose : « on ne surmontera certainement pas la crise de confiance actuelle... en violant la Loi ».

Ainsi après avoir été ridiculisé par Angela Merkel, auquel il n'opposait qu'une faible résistance, Nicolas Sarkozy est humilié par celui dont il a défendu la candidature à la présidence de la BCE. Mais il est vrai que lorsque l'on explique que l'Europe et la France ont besoin d'austérité et de « règle d'or », il est bien difficile de contredire, les véritables responsables économiques et politiques de la zone euro qui appliquent les conséquences concrètes d'un tel discours.

Cependant Nicolas Sarkozy n'est pas le seul à avoir été démenti par les déclaration de MM. Draghi et Weidmann. Francois-Hollande-casquette.pngEn effet, les maîtres de la BCE ont rappelé des évidences négligées avec trop de légèreté par François Hollande, candidat à la Présidence de la République Française. Les statuts de la BCE ne permettent pas en l'état de mener des actions qui sortiraient l'Union européenne et la zone euro de la spirale dépressive dans laquelle elle s'enfonce. Toutes les décisions qui avaient d'ailleurs été prises sous Jean-Claude Trichet étaient exceptionnelles et temporaires car hors traité donc illégales.

Le candidat, qui s'enfermait déjà dans l'annonce d'une austérité rose et d'une « règle d'or » post-présidentielles, était dans l'erreur en affirmant qu'on pouvait mettre en œuvre des solutions à la crise dans le cadre des Traités actuels, sans avoir à les modifier. Le traumatisme « hollandais » du 29 mai 2005 semble rendre François Hollande incapable (et pour le coup Martine Aubry avec lui) de s'engager dans une dynamique politique dont la France et l'Europe ont besoin. L'accord européen de Bruxelles est mauvais car il institutionnalise une austérité qui asphyxie l'Europe, mais le Traité de Lisbonne n'apporte aucune solution. Il faut donc changer de traité.

Une solution social-démocrate peut être présentée aux peuples européens :

  • zoneEuroPS.jpgmodifier les statuts de la BCE pour qu'elle intègre la croissance et l'emploi dans ses objectifs, qu'elles puissent émettre des eurobonds et monétiser les dettes souveraines des États membre de l'Union européenne ;
  • donner au parlement européen de nouvelles prérogatives pour qu'il puisse devenir le véritable représentant de la souveraineté populaire européenne, auquel serait soumis un gouvernement européen ;
  • doter l'Union d'un réel budget communautaire voté par le parlement européen, avec des recettes propres et une capacité d'emprunt qui permette d'en faire un levier économique.

Mais les Européens et les Français attendent encore qu'un candidat ou qu'une force politique progressiste prenne la mesure des besoins.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise aux relations extérieures

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 11:04

Depuis plusieurs semaines, Bernard Guetta, journaliste et chroniqueur pour les questions internationales sur France Inter et à Libération, est amené à commenter régulièrement les évolutions rapides de la crise de l'euro, conséquence de la crise de système qui met à mal les économies occidentales.

On se souvient qu'il avait été sévèrement dénoncé lors de la campagne référendaire de 2005 pour une présentation que les partisans du NON au projet de TCE jugée excessivement partiale. Mais depuis plusieurs semaines, Bernard Guetta, européen et fédéraliste convaincu, a prononcé des chroniques courageuses et lucides, mettant en exergue la crise démocratique en cours qui ne risque pas seulement d'emporter la zone euro mais également toute la construction européenne.

Ainsi le jeudi 10 novembre 2011, dans sa chronique intitulée "La vraie menace pesant sur l'Union" : "On va vers un noyau dur fédéral mais le problème est que, parti comme c’est, ce fédéralisme à quelques uns ne sera pas politique mais uniquement économique. Ce n’est pas pour rien qu’on ne parle pas de «gouvernement économique» mais de «gouvernance commune» car elle n’aura de fédérale que le nom, totalement usurpé en l’occurrence. Le fédéralisme, c’est un exécutif et un législatif communs, une démocratie commune et non pas du tout des décisions et règles concoctées entre gouvernements nationaux à l’issue de compromis obscurs et qui s’imposeront aux peuples concernés sans qu’ils aient eu leur mot à dire. Non seulement ce vers quoi on se dirige n’est pas le fédéralisme mais ce n’est plus la démocratie. C’est un on ne sait quoi, inacceptable et dont l’inéluctable rejet menacera l’Europe autrement plus que ses dettes publiques."

De même, le jeudi 25 novembre "La cohérence allemande et le silence de la France" : "Ce que veut l’Allemagne, c’est qu’une modification des traités européens empêche à l’avenir un pays de la zone euro de trop s’endetter à l’abri de la monnaie unique et, lorsque cela aura été fait, alors, là, oui, peut-être, sans doute puisque cela se fait déjà et qu’il n’y a pas d’autre solution, les Allemands accepteront-ils que la Banque centrale déroge à ces règles, exceptionnellement, pour la première et la dernière fois, afin de résoudre la crise actuelle.

Le projet allemand est de faire de la rigueur budgétaire la religion de l’Union européenne et, dans le même temps, de lui faire faire un bond vers le fédéralisme économique et politique car cette crise est venue démontrer – c’est son bon côté – que l’Europe ne pouvait pas avoir une monnaie unique et 27 politiques économiques, fiscales, sociales et industrielles divergentes. [...]

Pour être cohérente et claire, la position de l’Allemagne est loin d’être indiscutable mais le fait est aussi qu’on n’en entend pas d’autres. Que pense, sur le fond, Nicolas Sarkozy ? On l’ignore. Il négocie, se dépense, s’escrime mais à quoi ? On ne le sait pas. On ne connaît pas sa vision d’avenir pour l’Europe, pas plus qu’on n’entend la gauche française, les autre gauches européennes, les autres gouvernements et le Parlement de l’Union en proposer une. Ce drame se joue dans un silence assourdissant que seule rompt la cohérence allemande."

Encore le 29 novembre, "Triste compromis pour l'Europe" : "La démocratie paraît partie pour régresser en Europe alors même que Nicolas Sarkozy aurait pu n’accepter le renforcement du Pacte exigé par Angela Merkel qu’en échange d’une progression de la démocratie européenne. Dès lors que nous déciderons ensemble de nos politiques économiques, aurait-il pu dire, il faut doter l’Union d’un exécutif procédant du suffrage universel paneuropéen, d’une démocratie parlementaire. C’eut été la logique. Il aurait pu l’obtenir de Berlin car le congrès de la démocratie-chrétienne allemande, de la droite au pouvoir, vient de se prononcer en ce sens mais il s’en est gardé par crainte de perdre ceux des électeurs de droite pour lesquels le fédéralisme est un chiffon rouge. C’est, peut-être, la sortie de crise mais il n’y a pas de quoi danser de joie."

Et le 2 décembre "Le double danger du compris Merkozy" : "En un mot comme en cent, le deal à venir est scellé : ce sera, comme prévu, l’Europe de la rigueur contre une intervention, conjoncturelle et non pas institutionnalisée, de la BCE en faveur des États en difficultés.

C’est une solution. Elle rassurera tous ceux qu’inquiétait la possibilité d’une évolution fédérale. Elle peut apaiser les marchés et contribuer, ainsi, à une sortie de crise. Elle contribuera également à conforter le candidat Sarkozy qui pourra faire valoir aux Français qu’ils ébranleraient cette construction en ne le reconduisant pas mais l’Europe – c’est le double danger de ce compromis franco-allemand – sera toujours plus identifiée à la rigueur budgétaire et sociale et toujours moins démocratique car ses politiques communes ne seront pas le fruit d’un choix des électeurs européens mais d’obscures tractations entre gouvernements qui pourront tous continuer à dire : «Ce n’est pas moi, c’est l’Europe». C’est une solution mais ce n’est pas forcément la meilleure."

Enfin le mardi 6 décembre, il pouvait décrire le manque de courage et d'alternative réelle "La gauche, la droite et l'Europe" : "L’une de gauche, l’autre de droite, les Français sont maintenant saisis de deux propositions pour l’Europe. Celle que le président de la République et la chancelière allemande ont détaillée hier avant de la soumettre, jeudi, aux autres dirigeants européens se résume au seul mot de rigueur. [...] Concession allemande aux objections françaises, ce n’est pas la Cour de Justice européenne, le pouvoir judiciaire, qui imposerait ces sanctions mais il faudrait, pour s’y opposer, une majorité qualifiée des 17 pays de l’euro. Cela suffit à assurer qu’elles seront prises et, parallèlement, les 17 s’engageraient, par cette même modification des traités, à introduire la «règle d’or» dans leur Constitution et à s’obliger ainsi à un retour progressif à l’équilibre budgétaire sous la surveillance de leurs Cours constitutionnelles. [...]

 

Présentée [...] par François Hollande devant le congrès des sociaux-démocrates allemands, elle est naturellement plus à gauche puisqu’elle prône des investissements communs dans la croissance, une politique industrielle commune, la taxation des transactions financières et l’augmentation des impôts indûment baissés ces dernières décennies. Ce n’est plus seulement la réduction des dépenses mais c’est pourtant aussi la rigueur puisque François Hollande souhaite refaire passer le déficit sous la barre des 3% dès 2013 et revenir à l’équilibre en 2017. Avec des remèdes sensiblement différents, l’objectif essentiel est bien sûr le même – l’assainissement des finances publiques – et ces propositions ont un second point commun.

L’une et l’autre passent à côté de la nécessité d’instaurer une démocratie européenne, de fédéraliser l’Union, dès lors que ses politiques économiques deviendront communes. Elles le font délibérément car la gauche et la droite restent tétanisées par le « non » de 2005 qu’elles attribuent, à tort, à une montée du souverainisme et non pas au refus, légitime, d’une Union ignorant la démocratie."

Bernard Guetta dessinait en creux ce dont a besoin la construction européenne pour dépasser la crise actuelle :

  • modifier les statuts de la BCE pour qu'elle intègre la croissance et l'emploi dans ses objectifs, qu'elles puissent émettre des eurobonds et monétiser les dettes souveraines des Etats membre de l'Union européenne ;
  • donner au parlement européen de nouvelles prérogatives pour qu'il puisse devenir le véritable représentant de la souveraineté populaire européenne, auquel serait soumis un gouvernement européen ;
  • doter l'Union d'un réel budget communautaire voté par le parlement européen, avec des recettes propres et une capacité d'emprunt qui permette d'en faire un levier économique.

Mais voilà, la chronique du 9 décembre (cliquez ici pour écouter) contredit les précédentes. Bernard Guetta craint-il finalement comme nombre de responsables politiques de fragiliser la construction européenne en dénonçant les voies suicidaires qu'elle avait prises ? Toujours est-il qu'alors qu'a été adoptée cette nuit à Bruxelles la logique qu'il dénonçait depuis plusieurs semaines, il salue désormais comme positive la conclusion de cet accord. Voilà un revirement regrettable et inexplicable. A moins que Hess et Val aient rappelé au chroniqueur que leur nomination dépendait de Sarkozy et qu'il ne fallait pas charger la barque, mais je ne veux pas y croire.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du PS du Val-d'Oise

Chronique du 9 décembre 2011 de Bernard Guetta sur France Inter à 8h15 :

Ce n’est pas l’unanimité. L’accord conclu cette nuit à Bruxelles – car accord il y a eu, véritable et important accord – ne liera que les 17 pays de la zone euro et six autres membres de l’Union qui s’y sont joints.
La Hongrie et, surtout, la Grande-Bretagne font bande à part tandis que la Suède et la République tchèque réservent leur réponse. La Grande-Bretagne s’éloigne du cœur de l’Union mais, outre que cela ne nuira pas, et bien au contraire, à la poursuite de la construction européenne, les décisions prises cette nuit à Bruxelles sont maintenant susceptibles d’apaiser la tempête qui ébranlait l’Union depuis la crise grecque.
Fondamentalement, cet accord à 23 repose sur les propositions avancées lundi par la France et l’Allemagne. D’un coté, les pays de la monnaie unique s’engageront, par accord intergouvernemental, à ne plus dépasser le plafonnement de leurs déficits budgétaires et de leur endettement. Sous peine de sanctions quasiment automatiques, les pays de l’euro s’engagent à ne plus laisser se recréer les dérapages financiers qui avaient causé cette crise et, de l’autre côté, la Banque centrale européenne est implicitement autorisée à racheter de la dette des pays les plus affaiblis afin de calmer les marchés. La Banque centrale est implicitement autorisée à intervenir sur les marchés et cet élargissement de son rôle est d’autant plus marqué que c’est maintenant elle qui aura à gérer le fond de solidarité que l’Union avait déjà mis en place.
C’et un véritable accord, d’autant plus important qu’au fil des mois et des alertes, cette tempête avait déjà changé beaucoup de choses en Europe. Dos au mur, l’Union européenne avait commencé par s’asseoir sur ses traités en venant au secours de plusieurs de ses membres alors même qu’elle s’était interdit, à l’origine, toute solidarité financière au sein de la zone euro par crainte que la monnaie unique ne devienne le parapluie à l’abri duquel des Etats creuseraient leurs déficits.
Traités ou pas, des Etats s’étaient tout de même surendettés en profitant de la solidité de l’euro mais, traités ou pas, la solidarité avait tout de même prévalu  et la zone euro, dans l’urgence, l’avait pérennisée avec la création du fonds commun permettant d’épauler un Etat en difficultés et dont la Banque centrale aura désormais la responsabilité. Simple zone monétaire à sa naissance, la zone euro était déjà virtuellement devenue une zone économique en voie d’intégration et avait déjà acté – deuxième changement – la nécessité d’un pilotage commun de ses économies par ses chefs d’Etat et de gouvernements.
Cette gouvernance économique n’avait encore fait que s’esquisser mais sa logique était qu’elle puisse conduire les pays de l’euro à harmoniser leurs fiscalités, travailler ensemble aux conditions d’une relance et définir des projets d’investissements communs et même une politique industrielle commune dont le besoin est criant. C’était une virtualité mais elle devient une probabilité maintenant que l’accord de cette nuit fait émerger, au sein de l’Union, un groupe d’Etats décidés à renforcer leur intégration. Beaucoup plus qu’un plan de sauvetage, ce peut être un nouveau départ pour l’Union.

 

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 08:22

Évidemment, les saillies nationalistes et germanophobes d'Arnaud Montebourg, comparant Angela Merkel à Otho Von Bismarck, et de Jean-Marie Le Guen, comparant les voyages de Sarkozy en Allemagne à celui de Daladier se rendant à Munich, sont d'une bêtise crasse. Sous entendre ainsi que les dirigeants démocratiques d'une Allemagne exemplaire de ce point de vue serait des copies d'ancien dirigeants réactionnaires/militaristes ou nazis est naturellement une insulte qui n'apporte rien au débat politique. Dans le cas de Jean-Marie Le Guen, le ridicule est complet puisqu'en stipendiant les voyages de Nicolas Sarkozy en Allemagne, l'UMP pourra aussi bien lui rétorquer que François Hollande allant aujourd'hui à Berlin pour le congrès du SPD n'est pas en reste.

UnionEuropeenne-copie-2.JPGCependant, tous les voyages ne se valent pas, et sans insulter nos voisins et partenaires allemands, il existe un débat politique à mener avec eux concernant de nombreuses divergences dans l'approche de la construction européenne et dans les solutions politiques nécessaires pour répondre à la crise actuelle. Ce débat, Martine Aubry l'avait annoncé durant la campagne des primaires en rappelant qu'une fois élue Présidente de la République, elle aurait à l'engager sans fard avec Angela Merkel, en attendant que le SPD sous la conduite de Sigmar Gabriel puisse accéder au pouvoir en 2013 à la tête d'une coalition Rouge-Verte.

La crise actuelle est une crise de système ; les réformes libérales, que se sont volontairement imposées les Etats occidentaux durant les 35 dernières années, ont abouti au paroxysme d'une crise financière, économique et sociale, que les partis conservateurs et libéraux ont le toupet d'intituler "crise des dettes souveraines". Les assauts actuels des marchés sur les finances publiques posent crûment désormais la question de la crise démocratique, dont le premier soubresaut avait été le rejet légitime du projet de Traité Constitutionnel Européen par les Français et les Néerlandais, puis le rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais.

Les gouvernements mettent en place des politiques d'austérité - inefficaces au demeurant - sous pression des acteurs des marchés financiers et des agences de notations, alors qu'aucun suffrage civique n'est venu valider une telle option. Les gouvernements sont défaits et sont faits sans retour aux urnes car celui-ci est vécu comme un vecteur d'instabilité par les financiers. Le gouvernement d'union nationale en Grèce et le référendum avorté de Papandréou en sont une nouvelle fois une illustration criante, mais également l'installation du gouvernement technique de Mario Monti en Italie.

Il est évident que la zone euro ne peut pas continuer à être gérée sans un minimum de convergence économique, fiscale et sociale. Les écarts entre les Etats membres ne peuvent qu'être - en période de crise - source de tension et d'éclatement. Chacun des Etats seraient également soumis à une violente dégringolade économique si la monnaie unique venait à disparaître ; et l'Union européenne et la zone euro ont l'avantage de peser suffisamment sur l'économie mondiale pour engager une profonde réorganisation des rapports économiques mondiaux (pour peu que les Européens s'accordent dessus) pour qu'on décide non seulement de sauver la monnaie unique mais également d'en faire des outils politiques efficaces pour les Européens et sur la scène mondiale.

Sarkozy-Barroso-Merkel.jpgOr pour faire face à cet enjeu majeur, nous ne disposons pas aujourd'hui d'acteurs politiques qui prennent la mesure de la situation.

La régression Sarkozy

Alors que l'Union européenne et la zone euro souffrent d'un déficit démocratique majeur, les peuples ne se sentant pas associés à la construction européenne, Nicolas Sarkozy propose de revenir à un fonctionnement inter-gouvernemental, méthode dépassée car les négociations entre gouvernements européens dans un cadre aussi intégré que l'Union européennes ne peuvent prétendre suffisamment à l'onction démocratique nécessaire pour les citoyens européens se sentent engagés par des décisions lourdes de conséquences. Dans nos Etats européens, c'est un fait que l'intégration économique, la monnaie unique et les nombreux transferts de souveraineté ont affaibli les souverainetés nationales. Il n'est plus véritablement possible de revenir sur les transferts de souveraineté déjà engagés sans provoquer un délitement de l'Union et de nos économies respectives. Or si la souveraineté populaire ne trouve pas à s'incarner à l'échelle des décisions européennes, nous agrandirons encore le fossé entre les citoyens et l'Union européenne, et c'est bientôt la construction européenne elle-même qui sera mise en cause. A ce titre, les propositions de Nicolas Sarkozy sont non seulement un recul démocratique, y compris au regard du Traité de Lisbonne, mais également une stratégie suicidaire pour l'Europe.

L'impasse Merkel

Angela Merkel propose une autre impasse pour la construction européenne. Confrontés aux assauts et à la spéculation des marchés, engagés dans des politiques d'austérité inefficaces imposés de l'extérieur, les Etats européens ne sortiront pas de la crise sans un bol d'air financier. Or la Chancelière allemande propose de valider par traité des logiques économiques dangereuses et d'aggraver également le hiatus démocratique européen :

  • Elle exige un approfondissement des politiques d'austérité, alors que celles-ci ont déjà démontré leur incapacité à résoudre les crises. Notons au passage que l'Allemagne - du fait d'une situation économique complexe - s'est très longuement abstenue de respecter les critères de Maastricht qu'elle veut ériger en prison de fer pour les Etats européens ;
  • elle refuse en soi un changement de statut et de stratégie de la Banque Centrale Européenne, par l'émission des Eurobonds et le rachat direct des dettes souveraines, prétextant des questions de doctrines institutionnelles, mais jouant avant tout sur le "traumatisme" historique de l'hyper inflation allemande de 1923 ;
  • elle considère enfin que les Etats qui connaissent des difficultés financières sont laxistes et doivent être soumises à des sanctions juridiques de la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE). C'est une logique institutionnelle purement allemande, de faire primer en toute chose le droit sur la politique quand c'est plutôt l'inverse en France et dans de nombreux autres pays européens (même si nous vivons également et heureusement sous régulation constitutionelle et juridique). Il y a là matière à débat institutionnel entre nous, mais qui n'autorise en rien les insultes et les raccourcis historiques ridicules.

Des solutions existent à gauche

Les acteurs actuels de ce que nous considérons à tort comme un couple ou un moteur franco-allemand doivent donc impérativement être remplacés si nous voulons sortir de l'ornière. Les élections allemandes ne se dérouleront pas avant 2013, mais on peut considérer que le Parti Socialiste français et le SPD allemande avaient entamé sous la direction de Sigmar Gabriel et de Martine Aubry un travail important qui a nourri les propositions alternatives du Parti Socialiste Européen. Les projets de ces différentes organisations politiques peuvent permettre d'envisager des solutions politiques efficaces à l'échelle européenne.

Les Grünnen ont également eu l'occasion d'infléchir une position initiale calquée sur le rigorisme budgétaire de la chancelière allemande sous l'influence d'Europe-Ecologie / Les Verts. Les positions fédéralistes et démocratiques des écologistes européens sont connues ; elles peuvent venir favorablement en appui d'une stratégie sociale-démocrate européenne refondée. En appui seulement, car les écologistes ont tout de même tendance à sous-estimer les logiques nationales.

Les positions de Jean-Luc Mélenchon sont assez floues. Le Parti Communiste Français avait fini par accepter le fait communautaire et commençait à intégrer que les luttes européennes pouvaient avoir des débouchés politiques. Mais l'ancien socialiste a sensiblement glissé d'un combat démocratique commun à une grande partie de la gauche française contre le projet de TCE, à une posture plus "souverainiste" proche de celle de Jean-Pierre Chevènement qui n'est en rien efficace.

Les craintes de François Hollande

FrancoisHollande.jpgLa position de François Hollande, candidat du Parti Socialiste et du Parti Radical de Gauche, doit être scrutée avec attention. Il peut porter l'alternance en France dès mai-juin 2012 et ainsi changer une bonne partie des paramètres du débat européen, notamment dans la relation qu'il inventera au moins pendant un an avec Angela Merkel. Martine Aubry lui avait tracé la voie, il a pris sans doute la mesure du dossier en se déplaçant deux semaines de suite à Bruxelles puis à Berlin ; mais François Hollande est aujourd'hui au milieu du gué si ce n'est ambigu.

Il a évidemment raison de fustiger l'aligement de Sarkozy sur les positions économiques de l'Allemagne. Il a également raison de dénoncer la procédure de sanctions économiques contre les Etats sous l'égide de la CJUE proposée par Merkel, comme son aversion contre-productive pour les Eurobonds. Nicolas Sarkozy courant après Angela Merkel, François Hollande pouvait aisément dénoncer l'impuissance du Président sortant, qui prétend à Toulon que Merkel et lui s'accordent sur l'essentiel et se fait désavouer/ridiculiser le lendemain par la Chancelière sur les eurobonds et la CJUE.

Mais François Hollande ne veut pas de nouveau Traité européen. Et là, il y a incohérence. Car sans nouveau traité européen, toutes les interventions de la Banque Centrale Européenne (BCE) sur les marchés pour soutenir la zone euro sont hors traité et de fait illégales. Sans nouveau traité européen, pas d'Eurobonds. Sans nouveau traité, le parlement européen ne peut acquérir de nouvelle prérogative et devenir le véritable représentant de la souveraineté populaire européenne. Sans nouveau traité pas de réel budget européen voté par le parlement européen, avec des recettes propres et une capacité d'emprunt qui permette d'en faire un levier économique. Sans nouveau traité, pas de réforme des statuts de la BCE et donc pas de prise en compte de la croissance et de l'emploi dans son action...

C'est parfaitement contradictoire avec les aspirations des socialistes français. Mais l'explication est psychologique et le candidat la donne dans son interview au Journal du Dimanche daté du 4 décembre : "J’ai à l’esprit l’expérience du Traité constitutionnel européen : des mois et des mois pour être négocié, puis pour être ratifié et autant pour être repoussé."

François Hollande n'a toujours pas digéré son échec de 2004-2005 sur le projet de TCE ; il est marqué par la défaite du OUI et le désaveu que le peuple de gauche avait alors infligé à la majorité des responsables socialistes. Un nouveau traité réveille donc sa crainte de subir une nouvelle fois cette campagne et cet échec. Mais c'est une erreur car cela impliquerait que les Français (et d'autres) ont repoussé les textes de Bruxelles et de Lisbonne par europhobie ou euroscepticisme : ce n'est pas le cas. Il faut présenter aux Européens une stratégie eurovolontariste sans argumentaire eurobéat. François Hollande doit donc prendre pleinement la mesure de la tâche et dépasser ses propres blocages. La gauche en a besoin pour gagner en 2012, les Français et les Européens attendent des solutions, des vraies !

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise aux relations extérieures

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 08:09

EUSE.jpgLe Premier Ministre grec, Georges Papandréou, a annoncé "par surprise" lundi soir sa décision de soumettre à référendum l'accord sur l'aide de l'Union Européenne et du FMI à la Grèce. Depuis la nuit de lundi à mardi, tout ce que l'Europe et l'Occident compte de bonnes âmes néo-libérales hurlent à la trahison. Les bourses européennes s'effondrent (mais pas qu'elles puisque Tokyo a ouvert en baisse de plus de 2%) ; les taux d'intérêt de la dette italienne dépasseraient désormais les 6% ce qui devriendrait insoutenable ; Nicolas Sarkozy et Angela Merkel annoncent à mot couvert que de la seule faute de Georges Papandréou la zone euro serait dangereusement atteinte et que les prêts consentis précédemment à la Grèce et qui devaient être versés dans les prochains jours pourraient être suspendus.

Rappelons tout de même que la "catastrophe", déclenchée par celui que Mme Parisot a eu le bon goût de qualifier d'"anormal" et de "pas loyal", était déjà en cours avant l'annonce du Premier Ministre grec. Les bourses avaient recommencé à flancher, les taux d'intérêt de la dette italienne s'étaient déjà emballés, la zone euro était déjà en danger et souffrait d'un grave défaut de gouvernance. Par contre, il faudra rappeler à Mme Merkel et M. Sarkozy que les gouvernements (sauf à se considérer comme monarque de droit divin) sont l'émanation des peuples et qu'ils négocient en leur nom. Il est donc logique qu'à un moment on leur rende des comptes. Aussi, le chantage merkozien sur la délivrance des fonds décidés lors de l'accord de juillet 2011 parce que le gouvernement grec soumettrait au peuple l'accord de fin octobre est particulièrement indécent. Si quelqu'un rompt le contrat en l'occurrence, il s'agit bien du Président français et de la Chancelière allemande, pas du Premier Ministre grec.

A ce stade, il convient de préciser que je ne suis pas un profond défenseur du référendum, même affublé du qualificatif d'initiative populaire. Cette procédure est nécessaire quand il s'agit d'adopter une constitution mais elle est extrêmement réductrice voire populiste pour régler les affaires gouvernementales.

Toujours est-il qu'il est bon de rappeler la situation dans laquelle se trouvait le Premier Ministre grec, par ailleurs Président de l'Internationale Socialiste. M. Papandréou est arrivé aux affaires avec le PASOK après la débâcle du parti de la droite conservatrice "Nouvelle Démocratie" en 2009. L'économie battait de l'aile du fait de la défaillance de la droite et les socialistes grecs arrivaient aux affaires avec un programme de relance de gauche (pour ceux qui étaient à La Rochelle cet été et qui ont eu la chance de participer à l'atelier sur la crise européenne et d'entendre le tableau brossé par un professeur de l'université d'Athènes, ancien eurodéputé du PASOK, ils peuvent passer au paragraphe suivant). C'est lors de la mise en oeuvre de ce programme que le gouvernement Papandréou a découvert la situation réelle du pays : le gouvernement "Nouvelle Démocratie" avait maquillé les finances grecques avec la complicité de Goldman-Sachs et l'aveuglement bienveillant et volontaire de la Commission européenne de José Durao Barroso.

S'en suivit une longue descente aux enfers des socialistes grecs, contraints par les marchés et leurs généreux partenaires gouvernementaux européens d'appliquer des plans d'austérité qu'ils n'avaient pas choisis et qu'ils auraient même combattus s'ils avaient été en campagne électorale, sous peine de de ne pas être soutenus. Vive la solidarité européenne ! Quant à la nécessité d'effacer une partie de la dette grecque, les gouvernements européens s'y sont refusés réellement jusque fin octobre. Evidemment les effets des politiques d'austérité ont eu le résultat prévisible : l'économie grecque s'est effondrée, le gouvernement s'est trouvé de moins en moins en capacité de rembourser ses emprunts, la situation sociale s'aggravant et provoquant des troubles publics presque insurrectionnels. La réponse des Européens bien que lente a toujours été constante : "il faut plus d'austérité"... Une fois le malade mort en effet, il y a fort à parier qu'il ne soit plus malade.

Les députés socialistes grecs se faisaient insulter dans la rue ; le président de la République grecque a dû fuir les célébrations de la fête nationale à Salonique récemment. Mais quelle serait l'alternative au PASOK ? La "Nouvelle Démocratie", alliée de Sarkozy, Merkel, Barroso et Cameron, qui a maquillé les comptes, et qui annoncent qu'elle dénoncera tous les accords financiers si elle revenait au pouvoir ? Les communistes grecs, staliniens rétrogrades, et l'extrême gauche protestataire (des anarchistes violents aux trotskystes et au maoïstes) qui ont trouvé dans le rejet populaire, exercé dans les grèves générales, un succédané bien commode à leur absence de projet politique ? L'extrême droite nostalgique des "Colonels" ou l'Eglise Orthodoxe ? L'état de déconfiture de la scène politique grecque était telle qu'aucun gouvernement et aucune majorité n'avait plus les moyens de faire appliquer quoi que ce soit, tant les uns comme les autres sont décrédibilisés. Le Référendum sur le nouveau plan d'austérité imposé par les droites européens, et dont le rejet est plus que probable, est sans doute le dernier moyen de remettre les pendules à zéro et de forcer l'Union Européenne (peuples et gouvernements) à se poser les bonnes questions.

Il est évident que les peuples européens ne veulent pas endurer, sauf à risquer une explosion sociale, les recettes libérales indigestes que les gouvernements conservateurs proposent. D'aucuns peuvent considérer que lorsque le peuple est en désaccord il faut changer ou dissoudre le peuple (certains donnaient dernièrement dans Médiapart cette caractéristique à un responsable français qui s'imagine déjà Premier Ministre en mai 2012).

L'Europe ne sortira pas de la crise si on ne transforme pas profondément le système comme l'expliquait Martine Aubry et certains de ses soutiens pendant la campagne des Primaires Citoyennes. Espérons qu'à gauche ce message soit entendu, au moment où M. Cahuzac a expliqué que le programme socialiste était caduque. Le peuple français a droit à une alternative : cette alternative est inscrite dans le projet socialiste, elle doit être appliquée grâce à une profonde transformation économique française et européenne. Les Européens ont droit à une alternative, celle-ci est inscrite dans les projets du Parti Socialiste Européen, adoptés depuis 18 mois sous la houlette de Poul Nyrup Rassmussen et de Martine Aubry, et qui auraient évité bien des tourments aux socialistes grecs et à Georges Papandréou.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du Parti Socialiste du Val-d'Oise

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4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 12:52

Un véritable pouvoir budgétaire en Europe est nécessaire pour concrétiser et engranger le bénéfice de l'euro. Nous devons profiter de ce que la zone euro est fermée sur le plan économique, donc en capacité de mener une politique budgétaire volontariste, pour répondre aux besoins importants des pays issus de l'élargissement, et affirmer la nécessité de mener de réelles politiques structurelles (financement des services publics, politique industrielle, réseaux de transports, recherche et développement). Il est donc indispensable de revoir complètement les règles budgétaires de l'Europe : lui donner la possibilité d'émettre des emprunts, revoir le pacte de stabilité, doter l'Union européenne d'une capacité budgétaire conjoncturelle de relance de la croissance pour toute la zone ou pour les pays le nécessitant, augmenter significativement le budget de l'Union par le transfert des impôts nationaux à l'échelon européen et la création d'un impôt européen.

Les 7 et 8 juin derniers, les ministres des finances des 16 pays de la zone euro (l’Eurogroupe) se sont réunis à Luxembourg pour travailler sur les mécanismes d’aides à la Grèce, avant de rejoindre leurs collègues européens au Conseil Ecofin (réunion des 27 ministres des finances) et présenter leur stratégie de sortie de crise.

De cette réunion, une mesure particulière retient toute l’attention : l’obligation faite aux États Membres de présenter leur projet de loi de finances à la Commission européenne avant qu’elle ne soit débattue devant les parlements nationaux. Dans le contexte actuel, le message est clair : il s’agit de contraindre les États à suivre à la lettre le Pacte de stabilité, de réduire drastiquement leurs déficits et de ramener leur niveau d’endettement à un maximum de 60 % de leur PNB. La rigueur se confirme !

Les péripéties qui ont mené au dernier plan d'aide à la Grèce fin juillet à Bruxelles n'ont fait que renforcer les dynamiques antérieures. Outre le caractère néo-libéral et donc contre-productif des mesures décidées, ce Sommet ne fait que repousser à plus tard la résolution durable des difficultés économiques de la zone euro face aux marchés internationaux alors que les États membres ont accumulé des dettes souveraines monumentales en grande partie pour secourir les responsables de la crise financière de 2008 et parce qu'ils avaient choisi des stratégies économiques néo-libérales (finance et immobilier) au détriment d'investissements d'avenir. On constate aujourd'hui que les marchés spéculent à nouveau sur le « maillon faible » de la zone euro et qu'ils s'attaquent comme annoncé précédemment à l'Espagne et à l'Italie.

Est-ce l’objectif d’une plus grande concertation entre les politiques économiques des États Membres qui est à rejeter ? Certainement pas. Ce n’est pas un sentiment souverainiste qui nous anime. Mais il faut être clair : le principe de la coordination est le seul moyen de réduire les grands déséquilibres économiques de l’Union, mais pas le Pacte de Stabilité. Sans harmonisation fiscale, sans objectifs sociaux, sans objectifs de cohésion, en un mot sans réforme des politiques économiques de l’Union, une telle coordination ne mènera nulle part. Et dans ces conditions, il est inacceptable de soumettre le débat budgétaire national au feu vert d’une Commission européenne soumise à la pensée unique néo-libérale.

Or les "lignes directrices intégrées" adoptées lors de ce même conseil Ecofin sont loin d’aller dans la bonne direction. Une fois encore, c’est la traditionnelle litanie des mesures visant à réduire les systèmes de protection sociale, en particulier les retraites et les allocations de chômage. À déréguler les conditions de travail, à casser le dialogue social et les mécanismes de formation des salaires, depuis l’indexation jusqu’au salaire minimum. La compétitivité, la discipline budgétaire sont présentées comme des fins en soi et non comme des outils au service du progrès social, de l’émancipation des citoyens, de la redistribution des richesses.

Oui à une plus grande coordination des politiques budgétaires, donc, le jour où les politiques économiques de l’Union seront établies sur des critères qui dépassent les seuls niveaux de déficits et d’endettements publics. Des critères qui incluront le déficit structurel plutôt que le déficit courant, le niveau d’emploi, celui des salaires, le taux de pauvreté, la qualité de l’éducation, les investissements dans la recherche et l’innovation, une véritable évaluation de l’efficacité des dépenses fiscales... Bref, tout ce qui fait que les dépenses publiques se font au profit de tous les citoyens et pas d’une minorité possédante.

Oui à une plus grande coordination des politiques budgétaires, mais suivant un mécanisme permettant d’associer les parlements nationaux et le Parlement européen aux processus, qui garantisse que l’acte éminemment politique que constitue un budget ne soit pas confisqué par des technocrates appliquant avec zèle des lignes directrices coupées des réalités économiques et sociales de chaque État Membre.

Oui, enfin, à une coordination des politiques économiques des États Membres, lorsqu’elles incluront une véritable harmonisation des politiques fiscales, et qu’il ne s’agira plus seulement d’imposer à tous, les conséquences des choix non-coopératifs de certains.

Frédéric Faravel

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 08:39

La crise grecque et la crise des dettes souveraines menacent de faire capoter la zone euro et la construction européenne du fait de l'exposition de nos Etats à la spéculation financière. Le remède de cheval que la Grèce s'est déjà imposée sous la pression de l'UE et du FMI, après que le gouvernement conservateur a maquillé ses comptes, n'est plus soutenable et la survie de la Grèce est une condition nécessaire pour éviter que les spéculateurs ne s'attaquent à d'autres Etats européens (l'Espagne et l'Italie, puis la France et la Belgique...).

Une fois encore doit se tenir aujourd'hui un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement dit de la "dernière chance".

Le sommet européen ne veut s'impliquer que dans la seule résolution de la crise grecque quand c'est une solution durable à l'échelle européenne qui serait nécessaire. Mais le fédéralisme économique et budgétaire sans vrai pouvoir parlementaire démocratique européen est également impossible. Les gouvernements européens ont tué les nécessaires avancées institutionnelles européennes en 2004/2005 en voulant faire adopter un traité constitutionnel qui sanctuarisait non l'identification des politiques communes mais leurs contenus et leurs orientations.

Aujourd'hui, ils vont tuer la construction européenne en ne voulant pas faire d'avancées institutionnelles parce qu'ils ont peur des opinions publiques qu'ils ont eux-mêmes écœurées de la construction européenne.

Vous avez dit "serpent qui se mord la queue" ?

Frédéric Faravel

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 08:09

  SIGNEZ LA PETITION : Le pacte de compétitivité c'est non, trois fois non ! Les propositions d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy, appelées « pacte de compétitivité » sont inacceptables et constituent une menace considérable sur notre modèle social et démocratique. NON nous n’acceptons pas l’austérité salariale et la flexibilisation du marché du travail. NON, nous n’acceptons pas l’allongement de l’âge de la retraite et son évolution systématique en fonction du vieillissement. NON, nous n’accepterons pas que l’interdiction de déficits soient inscrits dans la constitution.

Rejoignez les premiers signataires de ce texte en remplissant le formulaire figurant sous l’article.

Les propositions d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy, appelées « pacte de compétitivité » sont inacceptables et constituent une menace considérable sur notre modèle social et démocratique.

NON nous n’acceptons pas l’austérité salariale et la flexibilisation du marché du travail.

Les salaires ont déjà connu une quasi stagnation pour une grande masse des salariés et même -singulièrement en Allemagne, mais aussi en France- pour certains un recul. Il faut au contraire engager une politique de revalorisation salariale et garder l’indexation salariale sur l’inflation dans les pays où elle existe. Le décrochage risque de provoquer un cataclysme et un appauvrissement généralisé de la population.

NON, nous n’acceptons pas l’allongement de l’âge de la retraite et son évolution systématique en fonction du vieillissement.

Inutile de rappeler le mouvement et la mobilisation des français qui veulent défendre le droit à la retraite à 60ans, que nous voulons restaurer. Déjà le passage à 62 ans est inacceptable mais là c’est 67 ans qui est prôné, au nom de l’alignement au modèle « vertueux » de l’Allemagne, qui de surcroit à une démographie en déclin ! La conséquence de ce genre de décisions est l’apparition massive de retraités pauvres et des masses de salariés fatigués usés.

NON, nous n’accepterons pas que l’interdiction de déficits soient inscrits dans la constitution.

Seul le peuple souverain, son parlement peuvent décider selon les circonstances économiques des choix budgétaires adaptés aux situations. Parfois il faut investir et dépenser pour en recueillir ultérieurement les fruits, même en termes d’équilibre budgétaire. Inscrire dans la constitution un cadre contraignant est la négation de la démocratie et l’asservissement à un dogme.

C’est donc trois fois NON !

La Confédération Européenne des syndicats a fait connaitre son opposition à ce pacte.

Pour le Président du PSE, Poul Nyrup Rasmusen, ce pacte fait insulte à des millions d’Européens à qui l’on demande de nouveaux sacrifices sociaux alors que la finance n’est toujours pas contrôlée.

Nous ne concevons pas un « gouvernement économique » ni comme prétexte à l’abandon de toutes les grandes avancées sociales du siècle précédent, ni comme dessaisissement démocratique des citoyens et des peuples !

La compétitivité « promise » par les libéraux n’est fondée que sur une restriction budgétaire permanente et sur des reculs sociaux majeurs et durables. C’est tout l’inverse de ce qu’il convient de faire pour asseoir la relance de la croissance , à savoir le soutien au pouvoir d’achat des couches populaires, l’innovation et les investissements d’avenir et l’instauration d’un juste échange favorisant un progrès continu pour les salariés de nos pays et du monde.

Le pacte de stabilité monétaire avait déjà été présenté comme indispensable pour assurer la cohésion de la zone Euro, permettre la création de millions d’emplois et une économie performante. Il a contribué, au contraire, à brider les investissements, à entretenir le chômage de masse, à accroitre les inégalités au sein de la Zone euro tant entre pays qu’entre citoyens, à freiner la croissance de notre continent sans même parvenir à réduire les déficits publics.

Ces choix nous ont conduits dans le mur, la crise financière a montré le scandale et les dangers de ce système. Les Etats et les peuples ont du payer – et payent encore- un lourd tribu à cette crise, il est hors de question qu’ils doivent continuer à faire les frais de cette situation, et moins encore d’inscrire dans la durée des reculs inacceptables qui ne profiteront qu’aux détenteurs du capital et autres investisseurs financiers.

Ce pacte de compétitivité n’est donc pas négociable. C’est une toute autre logique que nous devons défendre et qui est fondée sur certains préalables : une clause systématique de non recul et de la nation la plus favorisée, l’instauration des convergences sociales et harmonisations fiscales vers le haut, un budget européen soutenant des filières industrielles, des investissements d’avenir, une solidarité entre régions riches et pauvres de l’UE, un pacte de relance de la croissance fondé sur la relance de la consommation intérieure en Europe et des protections ciblées pour contrecarrer les délocalisations et le dumping social et environnemental. Enfin autoriser la Banque centrale européenne a émettre des « eurobonds » pour stabiliser l’euro.

Lors du dernier Conseil européen, ce pacte a fait l’objet de vives critiques de la part de l’Autriche, de la Belgique, de l’Espagne, de l’Irlande, du Luxembourg, de la Pologne et du Portugal.

Malheureusement, la Commission Européenne a d’ores et déjà rédigé un ensemble de six directives imposant, dans le cadre de la gouvernance économique de l’Union Européenne, des sanctions financières quasi-automatiques en cas de non respect du pacte de stabilité, et instaurant un pacte d’austérité salariale invitant les Etats membres à améliorer leur compétitivité en abaissant leurs coûts salariaux ! Le contenu régressif de ces directives, actuellement discutées au Parlement européen, doit être âprement combattu par le groupe des Socialistes et Démocrates !

Je signe cette pétition :

- pour refuser tout compromis sur les bases de ce pacte de compétitivité et de directives qui en seraient la traduction

- pour que soit organisée une riposte conjointe des socialistes et de la gauche européenne, de mobiliser l’opinion afin de faire échec à ce projet 

- pour fédérer en France les forces de gauche pour empêcher l’inscription dans la constitution de la limitation des déficits, pour manifester contre les décisions qui se préparent au sommet européen de mars, en lien avec les organisations syndicales et d’exiger un référendum en cas d’acceptation par Nicolas Sarkozy de ce pacte.

Premiers signataires : Benoît HAMON, Henri EMMANUELLI, Liêm HOANG NGOC, Marie-Noëlle LIENEMANN


Photo Angela Merkel et Nicolas Sarkozy : Sebastian Zwez, Creative Commons Allemagne 2009


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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 16:58

Préparer la réforme de la Politique Agricole Commune prévue en 2013 

Avant propos :

Sans rentrer dans des considérations autres que pragmatiques, la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC), annoncée pour 2013, sera le premier rendez-vous européen majeur qu'aurait à affronter un gouvernement de gauche arrivé au pouvoir à la fin du printemps 2012. Il aura donc six mois pour conclure des négociations qui auront été engagées bien avant lui. Cette réforme est stratégique à plus d'un titre, d'abord parce que la PAC appartient à la carte d'identité de la construction européenne, ensuite parce que l'importance de la production agricole dans de nombreux pays de l'Union en fait un enjeu économique et social majeur, notamment en France, en Espagne, en Pologne et en Roumanie, enfin parce que la réforme de la PAC doit être mise en perspective avec la question du développement et des échanges nord-sud.

Le Président de la République française a par ailleurs menacé le 10 mars 2010 de provoquer une crise européenne si les fondamentaux de la PAC étaient profondément remis en cause à l'occasion de sa réforme. Cela entre clairement dans la stratégie actuelle de Nicolas Sarkozy de reconquérir et consolider le cœur de son électorat, dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012 ; mais on connaît la propension du Président à l'emphase et à la mise en scène, sans que cela soit forcément suivi d'effets ou de réalisations marquantes. Les socialistes peuventdonc sur ce terrain gagner en crédibilité et en audience dans l'électorat rural, qu'on ne saurait abandonner aux seules sirènes de la droite ou des populistes au moment où le monde agricole doute profondément de l'engagement de l'exécutif.

Cette note vise à resituer la PAC dans son environnement historique et actuel et à tirer quelques pistes de réflexion.

Introduction :

La PAC a longtemps été, avec la politique de cohésion, la seule politique commune financée collectivement par la communauté puis l'union européenne (UE). Aujourd'hui, elle représente encore 45 % du budget communautaire, soit plus de 1 000 milliards d'euros sur les perspectives financières 2007-2013. La France reçoit 9 milliards d'euros par an de la PAC, alors que les revenus annuels des agriculteurs français s'élèvent à 20 milliards (cependant 30 % d'entre eux ne perçoivent aucune aide européenne).

L'UE, avec 500 millions de consommateurs, est à la fois le premier marché agricole et alimentaire solvable et la première zone importatrice et exportatrice de produits agro-alimentaires avec les Etats-Unis d'Amérique. On voit donc l'importance qu'elle représente pour la construction européenne et pour la France.

Après avoir réalisé un bref historique de la PAC (1), il sera rappelé que la PAC est fixée comme un des piliers de l'UE par les traités européens. Elle est mise en œuvre de manière cohérente avec la stratégie de Lisbonne et dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) (2).Mais la poursuite de la logique de libéralisation des échanges contenue dans le « bilan de santé » de la PAC en novembre 2008 renforce les inquiétudes et relance le débat sur son devenir après 2013 (3).

La PAC est un des piliers historiques de la construction européenne :

Créée en 1958 à la conférence de Stresa, la PAC a beaucoup évolué depuis ses origines.

Les objectifs originels de la PAC (années 1960-70) :

La Communauté européenne naissante lui fixait l'objectif d'assurer la sécurité alimentaire de sa population, en modernisant et en remembrant les exploitations. Pour cela, elle avait mis en place une Organisation Commune des Marchés (OCM), avec achats publics à tarif minimal garanti, une régulation par stockage et des prélèvements douaniers sur les importations.

Elle a ainsi permis un énorme développement des investissements, des rendements et de la productivité. L'autosuffisance alimentaire était atteinte, tandis que le développement industriel permettait de fournir de l'emploi aux populations rurales qui quittaient les campagnes du fait de la restructuration économique et technologique majeure que connaissait l'agriculture.

Depuis le milieu des années 1970, la PAC est en crise régulière :

Les années 1970 ont soulevé les premières difficultés : les excédents de lait et de céréales (les principales OCM) ont poussé à soutenir leur exportation par de coûteuses subventions pour favoriser le dégonflement des stocks. Parallèlement, la raréfaction de l'emploi industriel ne permettait plus d'absorber « l'exode rural » et l'intensification et la spécialisation croissante de l'agriculture commençaient à causer de graves tensions sur l'environnement et l'aménagement du territoire.

Dans les années 1980, le tassement de la demande internationale de produits agricoles, la concurrence des « pays émergents » et l'explosion des coûts des subventions à l'exportation (du fait de la baisse des prix agricoles) ont donné les arguments à la Grande-Bretagne pour une réforme de la PAC dès les négociations de 1986 au GATT (round de Punta del Este).

Les OCM ont progressivement été déconstruites dans l'objectif de faire jouer le marché pour assurer des prix bas aux consommateurs, de supposées baisses d'impôts aux contribuables et l'éventuel enrichissement des pays du sud par les importations à bas prix des Européens.

Cette logique a perduré dans les réformes de 1992, 1999 et 2003, visant à rapprocher les prix mondiaux et les prix européens, et à rendre la PAC conforme aux exigences de l'OMC.

La PAC est encadrée par les traités, la « Stratégie de Lisbonne » et l'OMC :

Le Titre III du traité sur le fonctionnement de l'UE établit juridiquement la PAC. Celle-ci est mise en œuvre de manière à contribuer à la réussite de la stratégie de Lisbonne et tient compte des négociations agricoles de l'OMC dont l'UE est un acteur majeur.

La PAC est juridiquement définie par le traité sur le fonctionnement de l'UE :

Les articles 38 à 43 du Titre III du traité sur le fonctionnement de l'UE définissent précisément les objectifs généraux de la PAC et les moyens sur lesquels elle est susceptible de s'appuyer.

Ses objectifs (art. 39) sont :

  • accroître la productivité par le progrès technique, le développement rationnel de la production et l'emploi optimum des facteurs de production comme la main-d'œuvre ;

  • garantir un niveau de vie équitable à la population agricole ;

  • stabiliser les marchés ;

  • garantir la sécurité des approvisionnements et des prix raisonnables aux consommateurs ;

  • tenir compte du caractère spécifique de l'agriculture, de sa structure sociale et des disparités régionales.

Pour cela, l'UE établit à l'article 40 :

  • des règles communes de concurrence ;

  • la coordination des organisations nationales des marchés et l'organisation européenne du marché.

L'article 40 rend possible :

  • la réglementation des prix ;

  • les subventions à la production ou à la commercialisation ;

  • des mécanismes de stockages et de report ;

  • des mécanismes de stabilisation des importations et des exportations.

L'article 41 insiste sur :

  • la coordination de la formation professionnelle, de la recherche et de la vulgarisation agronomique ;

  • des actions pour le développement de la consommation de certains produits.

Les articles 42 et 43 représentent une nouvelle donne juridique (Traité de Lisbonne) puisqu'ils instaurent la procédure de co-décision du Conseil et du Parlement européens dans la définition de la PAC. Cette innovation devrait voir sa première application en 2013.

La PAC doit contribuer à la réussite de la « Stratégie de Lisbonne » :

La « Stratégie de Lisbonne », décidée en 2000 et relancée en 2005, veut faire de l'UE l'économie la plus compétitive et innovante du monde. Le Conseil européen de Göteborg en 2001 liait déjà la PAC et la « stratégie de Lisbonne » dans l'objectif de bâtir une « économie performante » avec une « utilisation durable des ressources naturelles ». L'agro-alimentaire européen représentait 14,7 % de la production industrielle, soit 792 milliards d'euros, en 2004, le 3ème employeur européen, et le 2ème exportateur mondial (61,1 milliards d'euros en 2002).

La Réforme de 2003 de la PAC l'a donc mise en cohérence avec la « Stratégie de Lisbonne » par le biais du découplage des aides directes aux agriculteurs, c'est-à-dire qu'elles sont désormais fixées à l'hectare et non plus liées à la production. La PAC doit également se recentrer sur les préoccupations des consommateurs en prenant en compte les exigences du marché plutôt que le soutien au marché, par la suppression des « incitationsnégatives » et le « développement de l'esprit d'entreprise » (Communication de la Commission européenne en 2005).

La Commission insiste donc de plus en plus sur le « développement rural », présenté, avec l'éco-conditionnalité, depuis 1999 comme le 2ème pilier de la PAC. L'accent est mis sur la restructuration du secteur agricole, la promotion de la diversification et de l'innovation en milieu rural pour une « économieplusflexible » et à plus forte valeur ajoutée. L'objectif recherché est l'amélioration de la formation, de la recherche et du développement, pour la promotion du développement durable et de l'innovation. Ainsi 88,75 milliards d'euros seront consacrés au développement rural pour la période 2007-2013 par le Fonds européen agricole et de développement rural(FEADER) qui a remplacé le Fonds d'orientation et de garantie agricole (FEOGA).

L'UE adapte la PAC à l'OMC, dont elle est un acteur majeur :

Les réformes successives de la PAC ont été logiquement corrélées avec les négociations agricoles dans le cadre de l'OMC ; mais il est évident au regard du poids de l'UE dans ce domaine qu'aucune décision n'auraient été prises à l'OMC sans l'accord des Européens. Il y a donc convergence d'analyse sur libéralisation et l'ouverture des marchés agricoles entre l'OMC et la Commission européenne, dont les orientations ont été validées par le Conseil.

Ainsi le découplage des aides directes n'est pas considéré comme exerçant une distorsion sur les échanges. La réforme de 2003 anticipait dans l'UE la recherche d'un accord de libéralisation des marchés agricoles au sein de l'OMC. Il s'agit clairement de faire valider des substantielles aides publiques à des secteurs très particuliers de l'activité agricole, en contradiction avec le discours libéral imposé par l'OMC et la Commission.

On peut légitimement considérer que ce faisant l'OMC a normalisé le dumpingdes pays riches, alors que l'abaissement des barrières douanières défavorisait avant tout les pays pauvres, réduisant leur auto-approvisionnement et augmentant leur dépendance alimentaire.

La poursuite de la logique de libéralisation accrue des échanges entretient les interrogations sur le devenir de la PAC après 2013 :

Arrêté politiquement le 20 novembre 2008 par les ministres européens de l'agriculture, le « Bilan de santé » de la PAC poursuit l'œuvre engagée depuis 1992 en vue d'une régulation par les marchés en remplacement de l'intervention publique. Cette stratégie agricole européenne, cohérente avec les positions défendues par l'UE dans l'OMC, n'est pas sans soulever critiques et inquiétudes. Des positions multiples s'expriment donc dans la perspective de la réforme de 2013.

Le « Bilan de santé » de la PAC :

Selon la Commission européenne, cette adaptation de la PAC version 2003, pour la période 2009-2013, doit la moderniser et doit éliminer les contraintes imposées aux agriculteurs pour leur permettre de « mieux réagir aux signaux du marché ».

L'accord prévoit :

  • la suppression des jachères obligatoires (aujourd'hui 10 % des terrains des exploitations) ;

  • l'augmentation progressive des quotas laitiers avant leur suppression en avril 2015 : 1 % chaque année entre les campagnes 2009/2010 et 2013/2014 pour garantir un « atterrissage en douceur » ; pendant les campagnes 2009/2010 et 2010/2011, les agriculteurs qui dépasseront leurs quotas laitiers de plus de 6 % devront payer un prélèvement de 50 % supérieur à la pénalité normale ;

  • Le découplage des aides est confirmé, bien que soient maintenus des paiements liés à la production (vache allaitante, primes aux ovins et aux caprins) ;

  • 90 M € supplémentaires pour aider les secteurs rencontrant des problèmes spécifiques, jusqu'à ce que les aides directes soient pleinement instaurées, dans les 12 nouveaux États membres ;

  • réduction des aides directes pour financer le « développement rural » : 5 % ponctionnés sur toute aide supérieure à 5 000 € (10 % en 2012) et surcôte de 4 % appliquée aux aides supérieures à 300 000 €.

La présidence française de l'UE durant laquelle a été négocié ce « bilan de santé » a obtenu contre l'avis de la Commission et de certains États membres le maintien ciblé de l'intervention publique :

  • mécanismes de régulation maintenus pour le beurre et le lait en poudre mais respectivement plafonnés à 30 000 t et 109 000 t ;

  • pour le blé tendre, un plafond de 3 Mt d'achat public au prix garanti de 101,31 € la tonne ;

  • pour le blé dur, le sorgho, le riz et le maïs, l'intervention est maintenue avec un seuil fixé à zéro ;

  • l'aide aux jeunes agriculteurs pour l'investissement est porté de 55 000 à 70 000 € ;

  • à partir de 2010, les Etats pourront mettre en place des aides ciblées sur les productions favorables à l'environnement, participant à des démarches qualité, ou encore pour des productions spécifiques (lait, viande bovine, ovine et caprine, riz) et pour les territoires fragiles, ce qui n'est ni plus ni moins qu'une renationalisation de la PAC.

La libéralisation de la PAC soulève critiques et inquiétude :

Le contexte économique de la négociation du « bilan de santé » était celui de vives tensions sur les marchés agricoles, avec en 2008 des réductions drastiques des stocks, des situations de pénuries à l'échelles mondiale et une extrême volatilité des prix. Les Européens ont donc engagé un débat sur l'avenir de la PAC quand les évènements leur rappellent les fondamentaux qui ont prévalu pour son invention : autosuffisance alimentaire et stabilité des marchés, mais ans en tirer les conséquences.

La libéralisation de la PAC a causé dégâts sociaux et environnementaux accrus et se fait en décalage avec la politique menée par les USA qui ont rétabli depuis 2002 des aides contra-cycliques.

  • À cause de la fluctuation accrue des prix, la plupart des exploitations ne sauraient subsister sans une perfusion importante d'aides directes quand les prix sont au plus bas (50 % du revenu agricole moyen dans les années 2000).

  • Les inégalités sont flagrantes dans la distribution des aides liées à la surface : les céréaliers, qui n'ont pas une situation économique défavorable, ont perçu de fortes subventions en 2007 et 2008 malgré des cours au plus haut.

  • La libéralisation entraîne une concentration des exploitations, ce qui n'est pas sans poser problème en Roumanie ou en Pologne notamment, dont les populations actives sont restées agricoles pour un tiers.

  • Malgré l'affichage de l'éco-conditionnalité, la stratégie actuelle conduit à la sélection et la spécialisation des exploitations les plus compétitives au détriment de systèmes plus autonomes et économes comme les cultures herbagères. La concentration s'accompagne donc d'une désertification de certains territoires, en contradiction avec les objectifs du développement rural.

L'OMC continue de rechercher une libéralisation accrue du commerce agricole avec le soutien de l'UE (Cycle de Doha), mais si ces mesures sont de nature à intégrer fortement et favoriser les « Pays émergents » (Brésil, Russie, Ukraine, Argentine), elle défavoriseraient les pays en voie de développement.

Avant de prendre la présidence de l'UE du 1er juillet au 31 décembre 2008, la France avait émis par la voix de son ministre, Hervé Gaymard, des critiques importantes sur cette stratégie. Dans le débat parlementaire du 25 juin 2008, M. Gaymard indiquait que « le marché agricole n'est pas comparable aux autres marchés dans la mesure où l'ajustement de l'offre et de la demande n'est pas automatique » ; la volatilité des prix est le résultat de :

  • « l'irréversibilité des décisions prises » par les agriculteurs dans le choix de privilégier telle ou telle production - a contrario de l'idée de réactivité défendue par la Commission ;

  • les risques climatiques et sanitaires ;

  • « l'impact de la spéculation et de la financiarisation de l'agriculture ».

C'est pourtant le même ministre quiprésida à l'accord sur le « bilan de santé », qui - bien que maintenant certains mécanismes d'intervention - validait une politique précédemment dénoncée, car menée « sous pression de l'OMC » et caractérisée par « une régression des instruments de régulation existants ».

La PAC à la croisée des chemins en 2013 :

En fonction des intérêts portés par les États membres à l'agriculture, les postures peuvent être profondément contradictoires.

La Grande-Bretagne a fait part à plusieurs reprises de son objectif de supprimer la PAC d'ici à 2020. Elle devrait donc soutenir la Commission européenne dont le Président a été reconduit et qui défendait jusqu'alors une limitation stricte de la PAC au « pilier » du développement rural.

Les États agricoles, comme la France, la Roumanie, l'Espagne ou la Pologne, défendront probablement la conservation ou le renforcement des mécanismes d'intervention ou de régulation publics. Mais la vraie difficulté tient à bousculer le consensus libéral qui semble perdurer malgré la crise alimentaire de 2008 et la crise financière qui a commencé en 2007.

Les Échosénonçaient en décembre 2009 cinq hypothèses pour l'avenir de la PAC :

  1. La PAC est supprimée. Le libre échange remplace la PAC. Dans ce cas, sur 587 000 exploitations françaises (320 000 agriculteurs professionnels) 50 % sont en banqueroute. L’Europe, comme d’autres régions du monde, importera une partie de son alimentation. La pénurie actuelle sur le marché mondial du riz est une bonne anticipation de ce qui nous attend. Les états asiatiques achètent du riz aux enchères pour subvenir à l’alimentation des populations. Même si l’on imagine que Bruxelles mutualise les besoins de blé, l’idée même de l’UE ne résisterait probablement pas longtemps aux tensions entre les 27.

  2. La PAC est réaménagée : égalitaire mais pas équitable. Les subventions seraient déconnectées de la surface ou du rendement et octroyées en fonction du revenu agricole et du caractère manuel (fruits, légumes) ou bien mécanisée de la culture. Il n’est pas anormal que les exploitations les plus grosses et les plus productives reçoivent plus de subventions. Mais nul ne doute de l’étonnement du citoyen européen qui découvre que les grosses exploitations subventionnées appartiennent à des non-agriculteurs, et que de plus petites exploitations produisant moins, mais pouvant produire plus, restent sans aide.

  3. La PAC est redéployée vers les consommateurs. Plutôt que de subventionner l’agriculture, la PAC est redirigée sous forme de subventions vers les consommateurs : prestations sociales, chèques directs, organismes sociaux, associations. De l’agriculteur aidé on passe au consommateur assisté. Idée qui diverge de l’article 33 de la PAC : sécurité alimentaire, prix raisonnable au consommateur, revenu convenable à l’agriculteur.

  4. La PAC est sélective et favorise la santé. L’UE c’est 130 millions d’obèses et 30 % des enfants en surpoids. La PAC ne subventionnerait plus les produits provoquant l’obésité mais favoriserait les fruits et légumes, le bétail, les ovins, les volailles, le lait… Elle favoriserait aussi les produits BIO qui sont déficitaires, notamment en France, et elle contribuerait à harmoniser les normes BIO des productions européennes.

  5. La PAC favorise la santé publique et devient plus équitable. Elle aide l’agriculteur en fonction de son revenu et de la main-d’œuvre employée. Elle favorise les produits en fonction d’objectifs de santé publique (bio, fruits, légumes, bétail, volaille, lait…), elle assure l’autosuffisance pour les autres produits dont les céréales.

Cela n'épuise pas la difficulté de rassembler une majorité pour réformer la PAC dans un sens ou dans un autre.

conclusion et orientations :

La nouvelle chute des cours va-t-elle faire oublier la crise alimentaire mondiale de 2008 ? Les États membres l'auront-ils à l'esprit au moment de renégocier le périmètre de la PAC en 2012-2013 ? La Commission européenne continuera à défendre une politique de libéralisation et de concentration de la PAC sur le développement rural ; la France mettra-t-elle réellement à exécution la menace exprimée par Nicolas Sarkozy le 24 mars 2010 ? Avec les pouvoirs de co-décision du Parlement européen, les députés utiliseront-ils leurs nouvelles marges d'appréciation dans cette future réforme et quel sera le rôle de l'opinion publique (à un an ou deux des élections européennes) dans un certain nombre d'États membres ?

Au-delà des scenarii envisagés par Les Échos, les socialistes doivent travailler à des propositions politiques fortes :

  • La première des propositions consiste à reconnaître qu'à budget constant, l'UE n'est pas en mesure de faire une réforme positive de la PAC. Les travaillistes britanniques avaient à juste titre critiqué en 2006 le poids de la PAC dans le budget communautaire (45 %) ; il s'agit d'un héritage de l'histoire, et l'UE devrait évidemment renforcer son action dans la Recherche, le développement et l'innovation, mais cela ne peut se faire au détriment des politiques communes (agricole et cohésion) qui participent de la réduction des inégalités territoriales et sociales et de la qualité du mode de vie des Européens. C'est donc le budget global de l'UE qui doit fortement augmenter, faisant baisser proportionnellement la part de la PAC en son sein, avec l'augmentation des contributions des États membres, la possibilité du recours à l'emprunt et la création d'une fiscalité propre à l'UE ;

  • Il faut s'appuyer sur le principe de la souveraineté alimentaire, impliquant une régulation concertée des échanges internationaux, sous l’autorité des Nations unies. Dans ce nouveau cadre, la stabilisation des cours mondiaux et la garantie de prix intérieurs stables reflétant les coûts réels de production devraient impliquer un renforcement des conditions sociales et environnementales de production, une maîtrise des volumes et une redistribution des aides entre agriculteurs. La solidarité avec les pays pauvres exige aussi l’abandon des accords de libre-échange au profit d’accords préférentiels renforcés, l’augmentation de l’aide publique au développement agricole et l’abandon de toute production d’agro-carburants entrant en concurrence avec les productions vivrières ;

  • La crise alimentaire ne peut être résolue au détriment des impératifs écologiques, car les déséquilibres climatiques et l’épuisement des sols sont autant de facteurs aggravants. Le rapport de l'Évaluation internationale des sciences et technologies agricoles au service du développement (EISTAD) met par exemple l’accent sur le développement de l’agro-écologie - qui vise à associer agriculture et protection de l’environnement dans une démarche qualitative et non plus quantitative -, des circuits courts entre producteurs et consommateurs, et sur la valorisation des connaissances paysannes et locales.





Références documentaires :



Note élaborée par Frédéric Faravel,
secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise
aux relations extérieures

 

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 09:35

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 11:21

L'Europe répond aux marchés par une riposte massive
LE MONDE | 10.05.10 | 11h32
Bruxelles, bureau européen


Les Européens et la communauté internationale espèrent avoir enfin trouvé la parade pour stabiliser la zone euro. Les ministres des finances des Vingt-Sept ont annoncé, lundi 10 mai, au petit matin, la mise en place d'un plan de sauvetage de l'ordre de 750 milliards d'euros afin d'éviter que la crise grecque ne s'étende à l'Espagne, au Portugal, voire à l'Italie.

Le dispositif est la pierre angulaire d'une série de mesures annoncées dans la foulée par la Banque centrale européenne (BCE), le Fonds monétaire international (FMI), et les principales banques centrales de la planète.

"Ce sont des mesures fortes qui contribueront à la stabilité économique et financière globale", a dit le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Le plan va "renforcer et protéger l'euro", a indiqué Angela Merkel lundi matin.

D'un montant sans précédent, le dispositif a été négocié au forceps, juste avant l'ouverture des marchés asiatiques. La réunion avait débuté sur un coup de théâtre: en raison d'un malaise, le ministre des finances allemand, Wolfgang Schäuble, a dû être hospitalisé d'urgence à sa descente d'avion.

Après son forfait, les grands argentiers ont attendu pendant deux heures son remplaçant, l'ancien bras droit d'Angela Merkel à la chancellerie, Thomas de Maizière.

Réunis à Bruxelles, les ministres des finances se sont surtout déchirés au sujet des modalités du fonds d'assistance esquissé l'avant-veille par les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro.

PRÊTS BILATÉRAUX
L'Allemagne a insisté pour imposer ses conditions : pas de garantie d'Etat à un emprunt communautaire géré par la Commission, intervention du FMI en cas de besoin, et plafonnement de l'enveloppe "européenne".

Les grands argentiers se sont donc entendus sur un dispositif hybride, c'est-à-dire de nature à la fois communautaire et intergouvernementale. Dans un premier temps, la Commission européenne a été autorisée à emprunter 60 milliards d'euros pour abonder la facilité qui lui permet, avec la garantie du budget communautaire, de prêter de l'argent aux Etats non membres de la zone euro en difficulté: il a été convenu d'ouvrir ce fonds aux pays de l'Union monétaire menacés par des "événements exceptionnels échappant à [leur] contrôle" (article 122 du traité).

L'Allemagne aurait aimé en rester là. Mais selon la plupart des capitales européennes, ainsi que pour la BCE, cette seule enveloppe n'était pas de nature à enrayer les risques de contagion de la crise grecque.

La Commission avait demandé un peu plus tôt dans la journée de disposer de la garantie des Etats de l'Union monétaire afin de muscler le dispositif.

Inacceptable pour l'Allemagne et les Pays-Bas. Avant un coup de fil entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel en fin d'après-midi, Berlin espérait encore dupliquer le schéma mis en place en faveur de la Grèce, en privilégiant les prêts bilatéraux, couplé à l'assistance du FMI. Comme lors du sommet de la zone euro, vendredi, ses partenaires ont exigé la création d'un dispositif "ambitieux", moins compliqué à actionner en cas de besoin.

FONDS DE STABILISATION
En complément, les Etats de la zone euro ont donc décidé de mettre en place une sorte de fonds de stabilisation intergouvernemental, dont ils garantiront l'activité à hauteur de 440 milliards d'euros.
L'idée a été proposée par les Français et les Italiens afin de débloquer les négociations. L'instrument sera susceptible de lever des dizaines de milliards d'euros sur les marchés de capitaux pour financer des prêts, en échange d'une conditionnalité très stricte, calquée sur celle du FMI.

Deux Etats non membres de la zone euro, la Pologne et la Suède, ont promis d'offrir leurs garanties au dispositif. D'autres, comme le Royaume-Uni, ont catégoriquement exclu de le faire. La contribution de la France à ce fonds censé expirer dans trois ans devrait avoisiner les 85 milliards d'euros.

Enfin, il a été convenu avec le FMI que ce dernier abonderait les prêts européens, "au moins" à hauteur de 50 % – soit quelque 250 milliards d'euro. En échange de la création de cet instrument inédit, Espagne et Portugal se sont engagés à amplifier leurs efforts de réduction des déficits d'ici au 18 mai.

Ce mécanisme va être complété par une décision spectaculaire de la BCE. Après avoir traîné les pieds, celle-ci a annoncé son intention d'acheter aux banques les obligations qu'elles détiennent d'Etats fragilisés. Pour enrayer la chute de l'euro, plusieurs banques centrales, dont la Fed américaine et la BCE, ont, enfin, engagé une action concertée en mettant en place des accords d'échanges de devises.


Philippe Ricard
Article paru dans l'édition du 11.05.10

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