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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 13:20
La foule des soutiens de Jeremy Corbyn, dans Parliament Square, le soir du lundi 27 juin 2016
La foule des soutiens de Jeremy Corbyn, dans Parliament Square, le soir du lundi 27 juin 2016

La foule des soutiens de Jeremy Corbyn, dans Parliament Square, le soir du lundi 27 juin 2016

Les électeurs britanniques ont pris à revers leurs dirigeants politiques en votant jeudi 23 juin 2016 à hauteur de 52% en faveur du départ du Royaume Uni de l'Union Européenne.

On pourra toujours dire que les référendums en Grande Bretagne n'ont juridiquement qu'une valeur indicative, que les arguments des différents animateurs de la campagne du Leave étaient volontairement mensongers, il n'en reste pas moins que le choix des Britanniques est sans appel ; il convient d'ailleurs que l'activation de l'article 50 du traité de Lisbonne s'opère le plus clairement et précisément possible pour que la séparation - puisque cette séparation regrettable doit avoir lieu - ne laisse pas une trop longue période d'incertitude qui serait dommageable aux autres Etats membres de l'UE.

Pourtant, le gouvernement britannique souhaite prendre son temps : David Cameron qui a expliqué qu'un autre Premier ministre négocierait la sortie qu'il n'avait pas souhaité, reportant ainsi l'activation de l'article 50 au milieu de l'automne prochain. Boris Johnson, ex maire tory de Londres et héraut de la campagne du Leave, fait preuve également d'un manque particulier d'entrain sur la question, alors que la perspective qu'il croyait évidente de succéder à David Cameron au 10 Downing Street ne le paraît pas tant que cela.

On ne dira jamais assez à quel point David Cameron a joué dans cette affaire aux apprentis sorciers. Non pas en choisissant de donner la parole au peuple, que les commentateurs habituels considèrent régulièrement comme irresponsable, mais en imaginant réaliser un coup politique lui permettant de couper l'herbe sous le pied des europhobes et xénophobes du UKIP (qui avaient recueilli près de 27% des suffrages aux élections européennes de mai 2014) tout en obtenant par chantage sur la Commission Européenne et les autres Etats membres des concessions qu'il n'aurait sinon jamais pu glaner.

Son pari au service de ses propres intérêts politiques faisait peu de cas de l'intérêt général de l'Etat qu'il dirige(ait).

Quelques motivations pour la victoire du Leave

Les Britanniques ont toujours entretenu un rapport ambigu à la construction européenne, mais il est certain que la bascule pour la victoire du Leave a réussi en cristallisant le sentiment de ras-le-bol des retraités et des classes populaires. Diane Abbott, députée travailliste (circonscription londonienne de Hackney North and Stoke Newington) proche de Jeremy Corbyn, expliquait que le vote contre l'Union Européenne était en réalité un vote anti-establishment ; Corbyn lui-même (élu d'une autre circonscription londonienne, celle d'Islington North) y voyait le lendemain du vote l'expression de la colère des Britanniques contre les politiques menées depuis plus de 15 ans au Royaume Uni.

Tories et travaillistes ont effectivement soutenu des politiques libérales et austéritaires qui ont durement atteint les classes populaires, coupant en priorité dans le Welfare State, les aides au logement et les allocations (ces dernières voulues par le parti conservateur et avec l'abstention du groupe parlementaire travailliste - parlementiary labour party, PLP). Plus récemment, l'UE n'a pu relevé ses tarifs douaniers pour protéger l'industrie sidérurgique européenne et britannique face au dumping économique chinois, mais cet empêchement fut la conséquence du veto britannique qui négociait parallèlement 30 Mds £ avec des investisseurs chinois : les ouvriers britanniques de la sidérurgie - du Pays de Galles et du nord de l'Angleterre - avaient donc toutes les raisons d'en vouloir fortement tout à la fois au gouvernement Cameron et aux institutions européennes.

L'intégrité du Royaume Uni mise en cause

Le résultat - au-delà de la sortie programmée de l'UE - implique également une longue période de turbulence pouvant mettre en cause l'intégrité même du Royaume Uni.

Les Ecossais ont voté à 62% pour le Remain et le SNP et la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, souhaitent désormais négocier avec le prochain gouvernement britannique un nouveau référendum sur l'indépenance écossaise pour permettre à leur nation de réintégrer l'UE et voir ainsi leurs intérêts mieux défendus. Au-delà du Labour Party, les conservateurs écossais eux-mêmes fortement engagés en faveur du Remain ont fait connaître leur intention de se séparer des tories anglais si Boris Johnson était nommé Premier Ministre.

Au Pays de Galles, le vote reflète à la fois la défiance de la classe populaire contre les tories et l'UE (cf. plus haut) mais aussi la question culturelle, puisque les comtés celtiques ont largement voté en faveur du Remain.

Plus grave et inquiétant, en Irlande du Nord (qui a voté à 54% pour le maintien du Royaume Uni dans l'Union européenne), la séparation entre le vote Leave et le vote Remain reproduit à quelques différences près (pour atteindre 54% il a bien fallu que quelques Protestants locaux votent pour le Remain) les divisions entre communautés nationalistes et républicaines d'une part (Remain) et communautés loyalistes et unionistes d'autre part (Leave). 18 ans après les Accords du Good Friday, ce serait une aggravation de la séparation entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, inacceptable pour les Catholiques irlandais ; Gerry Adams, Martin McGuinness et le Sinn Féin ont donc lancé un appel pour un référendum sur la réunification de l'Irlande afin de restaurer les intérêts de l'île et de sa province nord qui n'a pas souhaité le départ de l'Union européenne. A quelques jours du lancement des marches orangistes, la possibilité de la reprise des violences est plus forte que jamais dans ce pays qui a connu plus de 30 ans de guerre civile et plusieurs décennies supplémentaires d'une forme d'apartheid.

Tentative de "coup" préfabriqué au Labour Party

Si le Labour Party n'a pas su convaincre pour les raisons expliquées plus haut la totalité de son électorat de voter pour le maintien, deux-tiers l'ont cependant suivi et les circonscriptions de Corbyn et Abbott ont respectivement voté à 75 et 78% pour le Remain. C'est pourtant l'axe d'attaque choisi par députées travaillistes, Margaret Hodge (cette dernière est titulaire d'un compte off shore crédité de 1,5M£) et Ann Coffey, pour soumettre une motion de défiance au PLP à l'encontre de Jeremy Corbyn, au prétexte que celui-ci n'aurait pas suffisamment fait campagne pour le Remain.

On perçoit l'absurdité de l'argument - quelles qu'aient pu être les critiques bien légitimes du leader du Labour contre la dérive de la construction européenne : le Labour est le seul parti dont l'appareil ne se soit pas divisé entre tenants du Remain et du Leave, Corbyn menant lui-même de nombreux meetings avant même la fin des élections locales qui s'étaient conclues par une défaite des tories et la stabilité des travaillistes (sauf en Ecosse). Jeremy Corbyn avait lui-même indiqué dès les conclusions du sommet européens sur l'accord avec le Royaume Uni, que la classe ouvrière britannique - malgré la dérive ordo-libérale de l'UE - avait plus intérêt au maintien qu'à l'aventure isolationniste et plaidant pour une réorientation sociale et économique de la construction européenne.

L'objectif de l'opération était ailleurs. Depuis deux mois, le Labour Party était repassé en tête des intentions de vote en cas d'élections générales anticipées, devant les tories de Cameron. Avec le Brexit, la possibilité d'élections anticipées dans l'année qui vient était plus forte que jamais. Il s'agissait donc de se débarrasser d'un leader qui aurait pu alors devenir Premier ministre par tous les moyens, alors que l'establishment travailliste du PLP n'avait jamais accepté la victoire sans bavure de Corbyn en septembre 2015, certains des député(e)s (dont la regrettée Jo Cox) blairistes regrettant ouvertement d'avoir donné alors leurs parrainages à Corbyn pour permettre à ses amis et lui de s'exprimer. Le caractère totalement préfabriqué de cette motion de défiance a d'ailleurs été immédiatement dénoncée par les 12 syndicats ouvriers, membres du Labour et principaux bailleurs de fonds du parti. Cela n'a pas empêché les membres blairistes et brownistes du Shadow Cabinet d'égrainer toute la journée de dimanche leurs très agressives lettres de démission pour saturer l'espace médiatique.

Une confrontation ouverte sur la nature du Labour Party

La première confrontation entre le PLP et le leader travailliste a eu lieu hier soir lundi 27 juin 2016. Mais dans un contexte totalement imprévu. Plus de 10.000 manifestants sont venus devant Westminster - le parlement britannique - apporter leur soutien au chef du parti travailliste, face à la tentative de putsch que souhaite opérer contre lui le groupe parlementaire dominé par l'aile droite blairiste et browniste. Ce type de mobilisation est totalement inédit en Grande Bretagne.

Il y a cependant peu de doutes que le vote de ce soir du PLP aboutisse à la défiance ; mais les députés ont oublié que les statuts du parti travailliste ne permettent plus au seul groupe parlementaire de déposer le leader. L'une des questions importantes est de savoir si Corbyn souhaitera infliger à ses détracteurs une défaite en repassant devant une course au leadership, pour l'instant l'une des inconnues porte sur la capacité de Corbyn à se représenter directement comme leader sortant du parti, car si la conclusion de la commission statutaire du parti ne le permettait pas, il devrait (ou l'un de ses amis) se soumettre à la recherche des 50 parrainages parlementaires désormais nécessaires (35 seulement en 2015) qu'aucun n'obtiendra puisqu'ils ne disposent que d'une trentaine de soutiens parlementaires.

Les membres travaillistes du parlement semblent décidés à littéralement suicider leur propre parti par un calcul de haine et de revanche contre un leader politique - largement soutenu par la masse des adhérents, sympathisants et électeurs travaillistes (sans compter l'unanimité des syndicats) - qui a pour seul tort de ne pas appartenir à leur monde et d'avoir toujours tenu sur la cohérence de ses orientations politiques en faveur de la classe ouvrière.

Corbyn a compris l'attente du peuple britannique et de sa working class ; c'est donc la "révolution blairiste" - c'est-à-dire la conversion totale au néo-libéralisme - que ces députés souhaitent préserver au prix d'un effondrement du parti pour empêcher Jeremy Corbyn de devenir Premier ministre en cas d'élections générales anticipées.

C'est un combat à mort qui s'est engagé où une partie de l'establishment est déterminée à sacrifier les intérêts et les aspirations du peuple britannique pour préserver sa propre position hors sol. Ils n'ont pas compris que la désignation de Jeremy Corbyn en septembre 2015 comme leader du Parti travailliste avait engagé une transformation profonde du Labour où les militants, les sympathisants et les syndicalistes avaient décidé de reprendre le contrôle de leur parti et de remettre en cause les politiques libérales qui rassemblent dans une forme de consensus néfaste députés travaillistes, conservateurs et Lib-Dems.

Cet affrontement ne s'achèvera qu'avec la défaite totale des députés blairistes, menacés désormais par la base de perdre leur investiture (les syndicats et le mouvement corbyniste Momentum ont lancé la campagne #deselectthem pour contester l'investiture des sortants en cas de législatives anticipées), ou par une explosion du Labour.

* * *

David Cameron aura par calcul de basse politique réussi à mettre en cause l'intégrité du Royaume Uni ; les Blairistes par calcul de basse politique pourraient désormais mettre en cause l'existence même de la gauche britannique.

Les coups de billard à 15 bandes qui sont à l'origine du référendum sur le Brexit n'ont pas fini de produire leurs effets...

Frédéric FARAVEL

Le Brexit ouvre une crise cathartique au sein du Labour Party
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24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 08:44
Alexander Van der Bellen - nouveau président fédéral de l'Autriche - et Norbert Hofer, candidat du FPÖAlexander Van der Bellen - nouveau président fédéral de l'Autriche - et Norbert Hofer, candidat du FPÖ

Alexander Van der Bellen - nouveau président fédéral de l'Autriche - et Norbert Hofer, candidat du FPÖ

Le candidat centriste soutenu par les écologistes - Alexander Van der Bellen - remporte donc finalement l'élection présidentielle autrichienne. Avec quelques 50,3 % des voix contre 49,7 % à son adversaire d'extrême droite Norbert Hofer (FPÖ). L’écart entre les deux hommes serait d’un peu plus de 30 000 voix.

Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives économiques, postait sur son profil facebook une allusion au "lâche soulagement", terme utilisé par Léon Blum au lendemain des accords de Münich en 1938 (dans un article d'ailleurs extrêmement critique sur ces accords malgré ce qu'en a retenu une mémoire collective défaillante), et l'illusion néfaste qu'il faudrait s'y laisser aller.

Le lâche soulagement ici n'a rien à voir avec la perspective d'une guerre qu'on craint mais dont on sait qu'elle viendra forcément et à laquelle il ne faudrait pas se dérober pour des raisons morales, politiques et historiques ; ici, il s'agit de se satisfaire du barrage très fins qui a empêché le FPÖ d'accéder à une fonction honorifique mais hautement symbolique, sans voir que les dégâts de cette campagne présidentielle autrichienne en annoncent d'autres bien plus graves et dévastateurs.

Jean-Yves Camus, politologue et spécialiste de l'extrême droite, me semble participer de cet aveuglement. Dans un entretien à l'Observateur, il voit dans la défaite de Hofer, l'expression d'un Front Républicain, la démonstration de l'incapacité du FPÖ à rassembler une majorité absolue de suffrages exprimés, une mauvaise nouvelle pour le FN car cela confirmerait que l'extrême droite ne peut arriver au pouvoir.

Face à cette analyse rassurante, il faut répondre par quelques arguments.

Une nouvelle étape dans la progression du FPÖ vers le pouvoir

“Nous avons gagné, de toute façon” disait avec joie Norbert Hofer dimanche, avant donc que les résultats soient connus. Car, pour le FPÖ, un échec à la présidentielle n’est en réalité qu’une demi-défaite.

A la différence de la France, l’élection présidentielle autrichienne n’est en effet pas un scrutin majeur, qui détermine l’orientation des politiques publiques pendant la durée du mandat du vainqueur. Même s’il dispose du pouvoir de destituer le gouvernement sans avoir à justifier sa décision, le rôle du président est surtout protocolaire, contrairement à celui du chancelier. L’Autriche étant un régime parlementaire, les différents partis devraient lancer toutes leurs forces dans la bataille des prochaines élections législatives, prévues en 2018.

Alexander Van der Bellen a remonté son handicap en mobilisant ses électeurs du premier tour, en amenant aux urnes 200.000 abstentionnistes et en réussissant à convaincre un tiers des électeurs d’Irmgard Griss ainsi que près de la moitié des électeurs du candidat conservateur. Il a réuni un électorat féminin (60% des femmes ont voté pour lui) et éduqué (76% de ses électeurs ont au moins le baccalauréat). Il a gagné dans les villes, son concurrent à la campagne. Mais le vote en sa faveur a plus été un vote de rejet qu’un vote d’adhésion. Selon les sondages sortis des urnes, 48% des électeurs d’Alexander Van der Bellen se sont d’abord prononcés contre Norbert Hofer.

C’est en cela que la défaite de Norbert Hofer s’apparente davantage à un contretemps qu’à un réel camouflet. Pendant la campagne, le candidat d’extrême droite avait en effet laissé entendre qu’en cas d’élection, il se tiendrait prêt à dissoudre le Parlement – une mesure jamais utilisée depuis 1930 – afin d’organiser des législatives anticipées. Norbert Hofer a déjà envisagé la suite après sa défaite : une nouvelle candidature dans six ans, et un soutien appuyé au chef de son parti, Heinz-Christian Strache, lors des prochaines législatives. Malgré cette déconvenue, le FPÖ compte bien capitaliser sur la dynamique créée pendant la campagne présidentielle pour l’emporter lors de ce scrutin.

L'Autriche est aujourd'hui gouvernée par un Chancelier social-démocrate, Christian Kern, ancien patron des chemins de fer autrichien, qui a remplacé en catastrophe le 17 mai dernier Werner Fayman (également SPÖ en poste depuis décembre 2008), démissionnaire après le premier tour de la présidentielle. Les deux ex-grands partis autrichiens, le SPÖ et l'ÖVP dirigent ensemble le pays depuis plus de 9 ans (janvier 2007) sous la direction des sociaux-démocrates. Le FPÖ, dont la participation au pouvoir avec Jörg Haider sous la chancellier du conservateur Wolfgang Schüssel entre 2000 et 2007 avait provoqué son explosion puis sa chute dans les sondages, a l'avantage d'être devenu une extrême droite tout à la fois banalisée et seule opposition formelle au SPÖ et à l'ÖVP dont les candidats respectifs ont subi une véritable déroute au premier tour de l'élection présidentielle avec moins de 12% des suffrages exprimés chacun.

Face à une coalition installée qui a effacée toute nuance entre droite et gauche, il y a donc de forte chance que le FPÖ et son populaire leader Heinz-Christian Strache fassent un carton aux élections législatives qui se font à la proportionnelle avec 43 circonscriptions législatives ; il est fort probable que ce parti soit le seul à être en mesure de réunir une coalition majoritaire autour de lui, car SPÖ et ÖVP n'auront sans doute plus les moyens de le faire ensemble. Or ÖVP et SPÖ ont chacun adoubé, à leur manière et à des niveaux différents, le FPÖ comme partenaire de coalition.

La faute des sociaux-démocrates autrichiens... et des sociaux-démocrates européens

En juin 2015, le SPÖ est en pleine crise politique : dans la région du Burgenland, une coalition les unit désormais au FPÖ. Ce choix sans précédent arrive après que le parti d’extrême droite a fait un bond électoral de 6 points, perdus symétriquement par les sociaux-démocrates dans ce qui était un de leurs bastions historiques (région rurale, plutôt pauvre, frontalière avec la Slovénie, la Slovaquie et la Hongrie). La campagne de 2015 s’est jouée quasi-uniquement sur la question des réfugiés. Les habitants ont été convaincus par le discours anti-immigration et «social» du FPÖ.

Malgré de houleux débats internes et le départ d’importantes personnalités du parti, Werner Faymann, alors chancelier et chef du SPÖ, a refusé de sanctionner cette décision, laissant aux responsables régionaux la liberté de leurs alliances, extrême droite comprise. Imaginez que le Nord/Pas-de-Calais/Picardie soit géré par une alliance PS-FN, c'est ce qui se passe en Burgenland. La seule sanction contre le parti social-démocrate autrichien du fait de cette alliance fut ... la suspension de cette région du groupe PSE au Comité des Régions européennes (CoR), un truc que personne ne connaît (avec tout le respect pour le gros travail de Matthieu Hornung ou Christophe Rouillon dans cette Assemblée).

Logiquement, le SPÖ fut incapable de se positionner au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle. Comment appeler à battre le FPÖ au second tour tout en étant allié avec ce parti à l’échelle régionale ? Il n'a pas appelé à voter Alexander van der Bellen au second tour. Les responsables du parti ont eu beau dire que « personnellement » ils voteraient pour lui, attitude qui a provoqué la colère de nombreux militants opposés à toute compromission avec l’extrême droite, notamment à Vienne.

Cette pantalonnade a renforcé les partisans d’une alliance avec le FPÖ au niveau national. Au lendemain de la démission de Faymann, un débat interne s’est ouvert autour de cette possibilité, si l’occasion se présentait en cas d’élections anticipées. Ce débat a fait planer pendant quelques jours la menace d’une implosion du parti, avant que le nouveau chef du parti et chancelier ne soit désigné en la personne de Christian Kern, syndicaliste opposé à toute alliance avec l’extrême droite. A l’époque de la conclusion de l'accord au Burgenland, une manifestation contre cette alliance jugée contre-nature avait rassemblé 400 personnes à Eisenstadt, la capitale du Land. Mais les mentalités semblent avoir évolué. Selon un jeune militant socialiste autrichien cité par Le Monde, une consultation interne a révélé que 39% des adhérents du SPÖ se disent désormais prêts à travailler avec l’extrême droite.

Par ailleurs, au-delà d'avoir entretenu une dilution du clivage gauche-droite, le SPÖ a versé comme le font certains en France dans une course à l'échalotte avec l'extrême droite. Le gouvernement Fayman est à l’origine de mesures contraires à ses valeurs. Dernier exemple en date : la très contestée loi « d’état d’urgence » migratoire, inspirée par la politique de Victor Orban en Hongrie. Celle-ci limite le nombre de réfugiés autorisés à rester en Autriche à 37.500 par an et permet à l’administration de refouler des demandeurs d’asile à la frontière s’ils ne sont pas persécutés dans le pays par lequel ils arrivent. La loi restreint le regroupement familial, limite l’attribution de l’asile à 3 ans pour les ressortissants syriens, irakiens et afghans, et rétablit la frontière du col de Brenner avec l’Italie ce qui est contraire aux règles de l’espace Schengen. Elle a été adoptée de concert par les socialistes et les conservateurs. L’extrême droite l’a rejetée parce qu’ils ne la trouvaient pas assez dure, les écologistes et les libéraux ont voté contre pour la raison inverse.

En résumé, une manœuvre politique qui consistait à doubler le FPÖ par la droite n’a généré aucun gain politique pour les socialistes, sans compter les conséquences désastreuses pour les réfugiés. Ironie de l’Histoire, elle a été adoptée le lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, alors même que les deux partis qui la défendaient y ont rassemblé, ensemble, 22% des voix.

La loi migratoire est l’illustration extrême d’une coalition qui amène les sociaux-démocrates à la compromission la plus totale, sans aucun gain électoral. Les électeurs ont fini par mettre définitivement dans le même sac sociaux-démocrates et conservateurs, qu’ils voient comme les garants d’un même système.

L'attitude du PSE et des sociaux-démocrates européens dans cette affaire tient tout autant de la politique de l'autruche que d'une sorte de neutralité complice.

Le PSE continue de compter dans ses rangs Robert Fico, premier ministre slovaque, qui s'est à nouveau allié au niveau national avec l'équivalent local d'Aube Dorée. Le Président du PSE, le Bulgare Sergueï Stanishev - réélu au dernier congrès du PSE en juillet 2015 à Budapest avec 69% des voix des délégués face à .... aucun candidat (son seul challenger l'Espagnol Enrique Baron Crespo s'était retiré sous d'"amicales pressions") -, s'est allié avec un parti ultra nationaliste bulgare.

Le PS avait l'occasion de ruer dans les brancards au congrès de Budapest, et à un moment on pu croire que les délégués socialistes français y aurait mandat pour bousculer le congrès et créer un nouveau rapport de force, et que Les divisions au sein de la délégation SPD permettraient de bouger les lignes. Et d'ailleurs, ça commençait à bouger un peu, tellement ce congrès tournait au grotesque.

Mais finalement, les sociaux-démocrates scandinaves ont été lâches, allant chercher leurs ordres chez Martin Schulz, actuel président SPD du parlement européen et ancien candidat du PSE à la présidence de la Commission européenne, et celui-ci n'eut besoin que de laisser sous entendre que Jean-Christophe Cambadélis pourrait perdre sa vice-Presidence, s'il s'opposait à son complice Stanishev, pour que ce congrès s'achève sans débouché politique.

Ce congrès a démontré à l'extrême que le bateau PSE est vermoulu, pourri de l'intérieur, et que des partis nationaux aussi peu intéressés par un débat de politique européenne, centrés sur des intrigues d'influence minables et des agendas ultra-nationaux, avec des groupes d'activistes roumains ou bulgares amenés sur deniers européens pour faire la claque, un fonctionnement tellement peu démocratique que la présidente de séance anglaise elle même ne croyait pas à ce qu'elle faisait, bref, de tels partis méritent sans doute ce qui leur arrive. Le PSE n'est ni européen, ni fédéraliste. Il est opportuniste. Comme les sociaux-démocrates autrichiens, une fois alliés aux fachos, une fois bien soulagés de la victoire d'un Ecolo pour lequel ils n'ont d'ailleurs pas appelé à voter. Le jour où le PSE menacera d'exclure les députés SPÖ et SMER de son groupe, et virera Stanishev - et donc Schulz, qui ne domine le PSE que par ces combines de politicard rance - il prouvera vouloir entamer sa rédemption européenne.

Le prolongement d'une dynamique national-populiste en Europe

L’Europe a suivi de près le scrutin en Autriche. Et pour cause : l’arrivée de l’extrême droite à la présidence d’un pays de l’Union européenne aurait été une première depuis la seconde guerre mondiale. Même si l’Autriche a peu d’influence sur les institutions européennes, un effet boule de neige était redouté par Bruxelles. Les autres partis d’extrême droite, notamment le FN en France et l'AfD en Allemange, peuvent se référer au bon score de Norbert Hofer. C’est la concrétisation d'une réalité plus que jamais objective, qui offre les éléments d'une rhétorique fonctionnelle consistant à répéter "ce qui s'est produit en Autriche peut devenir réalité dans d'autres pays".

Par ailleurs, dans d’autres pays européens, une droite très conservatrice est déjà au pouvoir. En Pologne, le gouvernement du parti conservateur et eurosceptique Droit et Justice (PiS) a entrepris une série de réformes sur le contrôle des médias et de la justice qui inquiètent l’Union européenne. Des mesures similaires ont déjà été prises en Hongrie par le conservateur Viktor Orban, qui est allié localement aux néo-fascistes du Jobbik. Les deux pays refusent également d’accueillir des migrants, tout comme la Slovaquie et la République tchèque.

Au-delà de ces situations, le score du FPÖ renforce le mouvement «anti- système» dans l’Europe toute entière, de la Scandinavie à la Méditerranée – symboliquement, le jour d’un deuxième tour de la présidentielle en Autriche, un parti d’extrême droite a fait son entrée au parlement de Chypre. La courte victoire d’Alexander Van der Bellen montre que cette ascension de la droite extrême en Europe n’est pas irrésistible mais elle est insuffisante pour être célébrée comme un coup d’arrêt, surtout quand ceux qui devraient être ses principaux adversaires s'accomodent parfaitement de la situation.

Frédéric FARAVEL

Norbert Hofer et Heinz-Christian Strache à Vienne le 22 avril. LEONHARD FOEGER / REUTERS

Norbert Hofer et Heinz-Christian Strache à Vienne le 22 avril. LEONHARD FOEGER / REUTERS

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 13:53

sources : Grey-Britain ; The Guardian ; The Irish News ; An Phoblacht ; The Irish Times

Le-Parti-travailliste-perd-du-terrain-en-Grande-BretagneLe parti travailliste est bien en convalescence. Le parti dirigé, depuis septembre 2015, par Jeremy Corbyn, issu de l’aile gauche du Labour, était au centre des scrutins qui se sont déroulés jeudi 5 mai en Grande-Bretagne. Premier test pour un leader élu il y a 8 mois et sous le feu des critiques issues de son propre camp, les élections locales, avec des résultats contrastés, lui ouvrent, comme nous l’avions annoncé, une période de répit. Les travaillistes conservent la direction du gouvernement du Pays de Galles, sont balayés en Écosse mais se tiennent bien mieux qu’annoncé en Angleterre. Le travailliste Sadiq Khan est élu maire de Londres, troisième titulaire du mandat après le travailliste Ken Livingstone (2000-2008) et le très conservateur Boris Johnson (2008-2016).

Avec des pertes inférieures à 20 sièges, le parti travailliste résiste bien mieux que prévu au renouvellement d’un tiers des sièges de conseillers locaux en Angleterre. Par ailleurs, le travailliste Marvin Rees (en photo plus bas) arrache le siège de maire de Bristol au sortant, un indépendant. Le Labour dirige donc désormais les quatre villes anglaises dont le maire est élu directement par les citoyens : Bristol, Liverpool, Londres et Salford. Il devrait prendre facilement le fauteuil de maire du greater Manchester qui sera soumis au scrutin en 2017, dans le cadre d’une dévolution au Nord de l’Angleterre. Andy Burnham est pressenti pour le poste.

C’est une réelle performance pour un parti que les bookmakers donnaient grand perdant à 5 contre 2. En pourcentage, le Labour, avec une hausse de 4 points, passe devant les Conservateurs, qui enregistrent une baisse équivalente, sanctionnant les désillusions provoquées par la politique conservatrice.

Le parti eurosceptique et de plus en plus xénophobe UKIP continue sa progression régulière, remplaçant les Tories (conservateurs) dans un certain nombre de conseils et attirant une partie de l’électorat ouvrier blanc traditionnellement favorable aux travaillistes. Rappelons que la structuration sociale britannique fait la part belle aux communautés ethniques et religieuses.

[résultats complets des élections locales britanniques du 5 mai 2016]

Londres, victoire prévisible du Labour

sadiq-khan-manifes_3591843bC’est bien dans ce contexte qu’il faut comprendre pourquoi Sadiq Khan (en photo ci-contre), élu maire travailliste de Londres, est présenté par la presse française comme musulman. Ce fils d’un chauffeur de bus pakistanais et d’une couturière, né et élevé dans l’ensemble d’habitat social public Henry-Prince, a su faire partager sa volonté d’un Londres pour tous. Si les instituts de sondage ont observé une relative prudence, les conservateurs ont bel et bien acté rapidement la défaite de leur candidat, le millionnaire Zac Goldsmith. Les tories londoniens l’accusent d’avoir mené une campagne négative, axée sur les liens supposés de Sadiq Khan avec les milieux islamistes, alors même que Goldsmith a bénéficié du soutien de l’imam radical sensé incarné la connivence du Labour avec les musulmans radicaux.

A l’inverse, le travailliste a travaillé à « réconcilier les Londoniens avec Londres », se fixant comme objectif de réduire la fracture sociale exacerbée par les 8 ans de mandats de Boris Johnson. Ce dernier, comme le fait Cameron à la tête du pays, a approfondi le fossé entre les riches et les pauvres dans la capitale britannique, qui recense aujourd’hui un nombre record de milliardaires. Et où le prix moyen d’une habitation est de 446.000 £. Sadiq Khan a bénéficié du rejet de la politique gouvernementale dans une ville où 45 des 73 circonscriptions parlementaires sont tenues par le Labour.

Après recollement de la seconde préférence, Sadiq Khan obtient 57% des voix face à son principal adversaire, le tory Zac Goldsmith. En première préférence, qui a vu Khan dominer avec 44%, le troisième des 12 candidats, la Green Sian Berry, était reléguée à 6% des bulletins.

Le dépouillement a duré en raison, aussi, d’un deuxième scrutin : celui qui vise à désigner les membres de l’Assemblée du grand Londres. Forte de 25 membres, dont 14 élus par circonscriptions et 11 sur une élection par liste, elle a pour mission de faire contre-pouvoir face au maire. Ce dernier dispose d’un budget de 21 milliards de livres pour trois missions majeures : les transports, le logement et la sécurité. Au final, les travaillistes ont également remporté les élections pour la Greater London Assembly, emportant 12 des 25 sièges. Les tories en obtiennent 8, les Greens et UKIP 2 chacun et les LibDems 1.

En Angleterre, les travaillistes résistent bien

Marvin Rees, Labour’s candidate for Bristol Mayor at The Trinity Centre, Bristol. Date: 15/10/2015 Photographer: Simon Galloway/Staff. Copyright: Local World Marvin Rees, Labour’s candidate for Bristol Mayor at The Trinity Centre, Bristol. Date: 15/10/2015 - Photographer: Simon Galloway/Staff. Copyright: Local World

Il est vrai que le gouvernement de Cameron a enchaîné les faux pas. Plusieurs de ses projets, parmi les plus impopulaires, ont été retoqués, sans que le désamour des Britanniques pour les Tories n’en soit minoré. Dans la dernière semaine de campagne, les travaillistes ont modifié leur approche. Ils ont appelé les électeurs à utiliser le bulletin de vote Labour pour « envoyer un message à Cameron ». En Angleterre, le message semble être passé. Or, les travaillistes, grands vainqueurs du scrutin local précédent, ne pouvait décemment s’attendre qu’à des pertes. Ainsi, sur 34 metropolitan mayorals, les plus grandes villes, il en détenait déjà 32… De même, il disposait de deux des quatre maires élus directement par les citoyens ; il en détient désormais l'intégralité.

Le Labour ne déplore la perte que 11 sièges de conseillers alors que les prévisions tablaient sur 200 à 250 sièges en moins. Il conserve l’essentiel de ses bastions. Y compris dans le Sud de l’Angleterre, une région qui ne lui est pourtant pas favorable.

C’est dans cette partie du Royaume-Uni, où les swing voters sont nombreux que Corbyn était attendu. Ses opposants internes doutaient de la capacité de son discours, ancré à gauche, de fidéliser cet électorat sensible. Ils annonçaient déjà que le choix du nouveau leader du parti de critiquer l’austérité allait éloigner une frange de votants plus sensibles à un récit centriste. En conservant ses positions à Southampton, Crawley et Hastings, Corbyn a démenti les Cassandre blairistes.

Mais le Labour n’est pas encore sorti d’affaire. Dans le nord de l'Angleterre, les suffrages qu’il perd vont, pour beaucoup, vers les eurosceptiques de UKIP qui progressent avec régularité, confortant leur position d’opposants aux travaillistes devant des Tories en recul.

Grave alerte pour le Labour au Pays de Galles

leanne-wood-carwyn-jones-plaid-labourAu Pays de Galles, les conservateurs paient le prix fort de leur incapacité à gérer la crise de l’acier (11 sièges). Et UKIP fait une entrée remarquée à l’Assemblée nationale galloise (en anglais National Assembly for Wales, en gallois Cynulliad Cenedlaethol Cymru) avec 7 élus. Les travaillistes reculent d’un siège (29), alors qu'ils disposaient jusqu'ici de la majorité absolue.

ci-contre : Carwyn Jones et Leanne Wood

Les nationalistes de gauche Plaid Cymru renouent avec les victoires électorales et 12 élus. Leur charismatique leader, Leanne Wood, a battu un ministre régional travailliste sur un duel. Les Libéraux-démocrates conservent un siège.

Premier ministre sortant et leader des travaillistes gallois, Carwyn Jones a expliqué les reculs de sa formation par les dissensions internes au Labour et notamment au Parliamentary Labour Party (PLP, le groupe parlementaire de la Chambre des Communes). Cela ne suffira pas sur la durée. S’étant toujours considéré comme dans son fief, le Welsh Labour n’a pas été en capacité de prendre en compte les nouvelles aspirations d’une population qui souffre, certes, de la politique conservatrice mais aspire aussi au renouvellement de sa représentation politique.

L’assemblée nationale du Pays de Galles s’est donc réunie mercredi 11 mai pour élire son gouvernement local. Carwyn Jones pensait retrouver son poste de premier ministre dans un fauteuil. Mais la réunion a viré à la crise politique et le Pays de Galles a été privé de gouvernement durant 7 jours. Un premier bras de fer est survenu à l’occasion de l’élection du président de l’assemblée, le Presiding Officer (l’équivalent du leader de la Chambre des Communes). Plaid Cymru a réglé, à cette occasion, ses comptes avec son ancien leader, Dafydd Elis-Thomas, qui avait soutenu un candidat Labour au poste de crime commissioner, et avait décidé de se présenter contre l’avis de son parti au "perchoir" du Pays de Galles. C’est Elin Jones, soutenu par la direction de Plaid Cymru, qui a remporté le scrutin à bulletins secrets à l’issue d’un vote serré. Le Labour ne pouvait pas se réjouir de cette issue, car il avait deux candidats au poste d’adjoint.

Au moment de l’élection du Premier Ministre du Pays de Galles, le travailliste Carwyn Jones a été opposé à Leanne Wood, considérant la candidature nationaliste comme une simple posture. Mais les élus conservateurs et ceux de UKIP ont voté pour Leanne Wood. L’abstention du Lib-Dem a généré un résultat nul. Avec 29 voix pour chacun des candidats, le Labour a subi un camouflet inattendu. Les nationalistes gallois ont fermement démenti tout accord avec les conservateurs et UKIP, si jamais leur candidate était finalement élue, s'engageant à présenter un gouvernement minoritaire.

Les travaillistes gallois avaient continué à agir comme si Plaid Cymru était toujours un parti de second rang. Certes, les nationalistes n’ont emporté qu'un siège supplémentaire, mais c'est celui de leur leader au cœur du bastion travailliste du Sud du Pays de Galles. Par ailleurs, leurs scores sont partout en hausse et ils sont parvenus à élargir leur base à des habitants strictement anglophones. Le Welsh Labour se raccroche à l'idée de n’avoir perdu qu’un siège quand on lui annonçait trois pertes.

Finalement, mercredi 18 mai, l’assemblée nationale galloise a réélu Carwyn Jones comme premier ministre, après que les travaillistes et Plaid Cymru ont trouvé un accord le 17. Scellé par une déclaration commune des deux partis, il met fin à une situation de blocage politique. Après avoir passé plusieurs jours à se renvoyer l’accusation d’arrogance, le Welsh Labour et Plaid Cymru ont fini par se retrouver autour de la table des négociations. L'accord ouvre la voie à un cabinet travailliste minoritaire dont Carwyn Jones conserve la tête. Le Labour et les nationalistes ont publié un texte commun mettant en avant l’engagement du futur premier ministre gallois à mettre en œuvre des politiques « de nature à permettre des accords transpartisans ».

L’élection de Jones met fin, provisoirement, à une énième dépression dans les rapports complexes entre le Labour et Plaid Cymru. De 2007 à 2011, les deux partis de gauche avaient gouverné ensemble. Cette alliance, rendue incontournable par le score record alors obtenu par les nationalistes, s’était terminé dans la rancœur. L’élection de Carwyn Jones ce 18 mai ouvre une nouvelle ère avec un « soutien sans participation » de Plaid Cymru à la majorité relative travailliste. Leanne Wood a bien précisé que l’accord ne valait pas « coalition » et que « le Labour ne doit rien considérer comme acquis ». Jones devra redoubler de finesse pour s’assurer une majorité à chacun de ses textes. Il devrait donner des gages à gauche notamment sur l’éducation et la santé pour conforter l’accord avec les nationalistes.

Cette expérience pourrait aussi donner des idées à l’équipe de Corbyn. Le leader travailliste n’est pas hostile à des alliances politiques nouvelles avec les nationalistes gallois et avec les Greens pour construire une majorité à Westminster en vue des élections générales de 2020.

[résultats complets pour l'Assemblée nationale galloise]

En Écosse, les indépendantistes de gauche achèvent de remplacer les travaillistes

leadersLes élections au Parlement écossais ont fini par entraîner le Labour écossais dans les limbes.

les leaders des partis écossais (à gauche Ruth Davidson, au centre Nicola Sturgeon, deuxième en partant de la droite Kezia Dugdale)

Alors que les travaillistes considéraient, il y a encore dix ans, l’Écosse comme leur bastion, ils viennent de concéder leur troisième défaite consécutive, après en avoir été quasiment chassé l'année dernière par le Scottish national party (SNP, indépendantistes de gauche) lors des élections générales de mai 2015 (Le SNP avait remporté 56 sièges sur les 58 représentants l’Écosse à la Chambre des Communes, n'en laissant qu'un au Labour et un aux Tories - illustration ci-dessous - résultats complets de mai 2015). Le Labour reste, en pourcentage, la deuxième force politique écossaise, au parlement régional, ils ont cependant perdu 10 points et sont désormais devancés par des conservateurs menés par la populaire Ruth Davidson. Les Scottish Tories enregistrent un gain de 16 sièges au parlement régional.

general_elections_map_UK_2015

Cependant le SNP a perdu 6 sièges et n'est pas parvenu à renouveler sa majorité absolue ; il semble avoir atteint un palier. Le parti dirigé par la première ministre Nicola Sturgeon enregistre malgré tout une troisième victoire consécutive, son premier succès personnel en tant que leader du SNP. Les gains en voix du SNP au scrutin majoritaire (+1,1 points) ne compensent pas le léger recul sur le scrutin proportionnel (-2,3 points) ; surtout cela masque mal que des circonscriptions clé ont basculé aux Libéraux-démocrates ou aux conservateurs, qui engrangent sans doute des résultats dans l'électorat opposé à l'indépendance (Les travaillistes écossais étaient divisés sur la question, alors que le Labour était traditionnellement le représentant régional de l'unionisme). Nicola Sturgeon, qui bénéficiera d'une majorité indépendantiste au Parlement régional grâce au soutien des 4 députés Scottish Greens, doit se préparer à freiner l’usure inhérente à l’exercice du pouvoir. Pour l’heure, elle peut savourer son bonheur : dans l’électorat de gauche, le SNP a remplacé le Labour.

L’arrivée en septembre 2015 de Jeremy Corbyn à la tête du parti sur une ligne de rupture avec le New Labour est intervenue trop tard pour enrayer la déroute annoncée. L’électorat de gauche se trouvait, d’ores-et-déjà, dans le giron indépendantiste. De surcroît, la seule remise en avant d’un programme de gauche se révèle insuffisante pour inverser la vapeur, dans un contexte politique désormais nettement polarisé autour de la question nationale. Ceci explique notamment l’échec de la leader locale du Labour, Kezia Dugdale, dont le discours anti-austéritaire peine à masquer sa difficulté à définir la conception travailliste du maintien de l’unité du royaume.

Le Labour Party – et Corbyn au premier chef, qui a besoin de rétablir une assise en Écosse s'il veut consolider les positions du Labour et ne pas être dépendant d'éventuels futurs « partenaires » d'une coalition à construire – aurait pourtant tout intérêt à permettre la conduite des affaires par un gouvernement régional SNP minoritaire tout en déplacement les enjeux de la question nationale à la question sociale.

[résultats complets pour le Parlement régional écossais]

Statu quo en Irlande du Nord

2015-12-19_new_15513755_I1Le principal enjeu de ce scrutin, alors que les accords de paix du Good Friday (1998) prévoient un partage du pouvoir entre catholiques et protestants, était de savoir si les Républicains de Sinn Féin, profitant de la poussée démographique de la communauté catholique, pouvaient prétendre au poste de Premier ministre. Chez les unionistes protestants, le Democratic Unionist Party (DUP), majoritaire, a mené son « project fear » pour mobiliser, à son profit, son électorat face à la « menace catholique » (un attentat à la bombe perpétré à Belfast contre un gardien de prison en mars dernier par le groupe terroriste dissident new IRA leur a énormément facilité la tâche).

ci-contre : Martin McGuinness, vice premier ministre (SF) et Arlene Foster, première ministre (DUP)

Il semble y avoir réussi et Sinn Féin a de nombreuses raisons d'être déçu de cette année 2016 après une relative contre-performance lors des élections générales en République d'Irlande en février dernier (13,8%, +4 points, + 9 sièges, mais à comparer avec les 19,5% des élections européennes de mai 2014).

L'électorat nationaliste et républicain semble s'être moins mobilisé que les Loyalistes : Sinn Féin perd 2,9 points à 24% et un siège avec 28 députés ; les nationalistes modérés du Social Democratic and Labour Party (qui dominaient électoralement la communauté catholique dans les années 1980-1990) continuent leur décrue constante en perdant 2,2 points à 12% et 2 sièges avec 12 députés. Comparativement, les deux partis unionistes concurrents perdent aussi des voix mais en moindre importance : DUP 29,2% (-0,8 point), maintien à 38 députés ; UUP 13,2% (-0,6 point), maintien à 16 députés.

Le parti de l'Alliance – qui veut dépasser les clivages politiques « confessionnels », mais au projet politique flou – atteint 7% (-0,7 point) et conserve ses 8 sièges. Les écologistes du Green Party triplent leurs suffrages passant de 0,9 à 2,7% et double leur représentation avec deux députés. Les plus raides des unionistes – Traditional Unionist Voice – passent de 2,5 à 3,4% et conservent leur unique député. Enfin, le petit parti de gauche anti-austérité People before Profit Alliance (également présent en République d'Irlande) et lié aux partis trotskystes irlandais et britannique Socialist Workers Party est la seule nouveauté de ce scrutin et réunit 2% des suffrages et réussit à faire élire deux députés.

local_elections_UK_mai_2016En conséquence, c'est le statu quo à Stormont et les quatre principaux partis nord-irlandais vont à nouveau co-gérer la province, le DUP recueillant le poste de Premier Ministre avec sa leader Arlene Foster et Sinn Féin continuant d'occuper le poste de Vice Premier Ministre avec Martin McGuinness, ancien leader de l'IRA, dans ce rôle depuis 2007.

[résultats complets pour le parlement nord-irlandais]

* * *

Au final, le paysage politique britannique global sort pratiquement inchangé de ce premier scrutin après la victoire surprise de David Cameron aux élections générales il y a tout juste un an. Beaucoup de partis socialistes ou social-démocrates auraient aimé avoir des résultats comme celui du Labour Party à l'issue de ces élections locales, car si on met de côté l'Ecosse, le Royaume-Uni apparaît bien rouge dans sa carte locale. Cependant, pour le leader du Labour, il devient urgent de passer à la vitesse supérieure. Il doit faire valoir ces résultats plutôt encourageants, pour démontrer que son programme de gauche n’est pas un repoussoir électoral. C’est ce à quoi s’est employé Jon Trickett, député à Westminster et coordinateur de la campagne du Labour pour cette séquence électorale : « Le rôle du Labour sous la direction de Jeremy Corbyn est bien de continuer à reconstruire la confiance, restaurer l’espoir et poser les fondations pour une alternance politique et une Grande-Bretagne meilleure dès 2020. »

L’aile droite travailliste avait annoncé une déroute, menaçant Corbyn d'un putsch si le parti perdait plus de 250 conseillers. Malgré l'invalidation de son pari, elle n’entend pas lui faciliter la tâche sur ce sujet même si elle a acté que Corbyn est bien là pour durer.

En parallèle des élections locales, le Labour conserve deux parlementaires

A côté des élections locales, peu d’observateurs ont relevé que le parti travailliste a conservé deux sièges de parlementaires lors d’élections partielles tenues également le 5 mai 2016. Le Labour remporte le scrutin à Sheffield Brightside and Hillsborough ainsi qu’à Ogmore, au Pays de Galles. Dans les deux cas, la majorité est nette.

Corbyn-avec-Gill-FurnissDans la circonscription de Sheffield Brightside and Hillsborough, Gill Furniss tentait de succéder à son mari, décédé d’un cancer, neuf mois après avoir été élu. La travailliste a obtenu 62% des voix. Le candidat de UKIP est arrivé en deuxième position avec 22%, suivi par les LibDems (6,1%).

ci-contre : Gill Furniss et Jeremy Corbyn

Les conservateurs n'obtiennent que 5,6%). Le Labour progresse de 5,8 points alors que UKIP recule de 2,2 et que les conservateurs chutent de 5,4 points.

A Ogmore, le Welsh Labour ne pouvait pas se permettre de perdre. Il fait élire Chris Elmore, un ancien apprenti boucher âgé de 32 ans, avec 52,6% (-0,3 point). UKIP hisse sa candidate en deuxième place 16,2% (+1,2 points). Plaid Cymru récolte la 3e place avec 15,7% (+5,6 points). Les conservateurs perdent 3,3 points à 12,6% ; les LibDems sont insignifiants avec 3%. Chris Elmore succède à Huw Irranca-Davies, député à Westminster depuis 2002, qui a démissionné pour se faire élire à l’Assemblée nationale galloise.

Après les élections locales, Jeremy Corbyn peut se permettre de rappeler les parlementaires à l’ordre

Labour party leader Jeremy Corbyn speaks during Prime Minister's Questions in the House of Commons, London.

La réunion du PLP promettait d’être agitée au lendemain des élections locales. Les opposants au leader travailliste avaient fourbi leurs armes sur les plateaux de télévision. Certains voyaient dans l'affirmation de Sadiq Khan de mettre un terme à une stratégie de forte confrontation entre les camps une fenêtre d'opportunité (y compris en France, un politologue proche de Manuel Valls salua sa prise de position l'interprétant comme une remise en cause de la stratégie « classe contre classe » qu'il attribue à Corbyn).

Or, lundi 9 mai en fin d’après-midi, Jeremy Corbyn a pris ses adversaires par surprise en tirant le premier. Il a demandé aux membres du parlement de cesser les polémiques les uns contre les autres en public et de concentrer leurs tirs sur les conservateurs. D'une certaine manière, on peut désormais se demander si l'intervention de Sadiq Khan n'avait pas été « téléphonée » avec « Jez » et qu'elle n'était pas un appel à moins de critiques contre la politique économique conservatrice mais un appel à ne pas dresser de camps retranchés dans le PLP contre Corbyn.

Il a précisé qu’il n’attendait pas d’eux qu’ils soient aux ordres : « Je n’attends pas et je ne veux pas de loyauté aveugle, mais nos adhérents et sympathisants attendent de nous que nous soyons totalement concentrés sur les conservateurs. Nous devons au moins nous respecter les un et les autres à défaut d’être unis. » Il a souligné que nombre de retours d’adhérents du parti avec lesquels il a discuté témoignent qu’ils en ont assez de voir leurs représentants au parlement « parader dans les médias pour faire la course au commentaires » sur le destin du Labour party.

A la lumière des résultats, moins catastrophiques qu’annoncés, Jeremy Corbyn a estimé que le parti n’était pas encore prêt pour gagner les prochaines élections générales, mais qu’il allait dans la bonne direction : « Soyons clair. Les résultats sont mitigés. C’est seulement la première étape pour construire une majorité électorale, convaincre des électeurs qui votent pour les autres partis et mobiliser ceux qui ont tourné le dos à la politique, à l’image de ce que nous avons fait à Londres et Bristol. »

Il a rappelé les projections de la BBC, ou le Labour devance désormais d’un point les conservateurs, alors qu’un an auparavant, ces derniers avaient une avance de 7 points.

Lors de la réunion du PLP, on a pu constater que le chemin était encore long. L’aveuglement de certains perdurent, notamment sur le Pays de Galles, où l’on préfère mettre en avant le fait que la polémique sur l’antisémitisme et les propos de l’ancien maire de Londres, Ken Livingstone, qui auraient fait perdre des voix. Certains refusent encore d’admettre que Plaid Cymru est en train de reprendre du terrain au cœur des bastions du Labour comme le démontre l’élection de la porte-parole du parti Leanne Wood.

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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 11:23

Le lundi 18 avril 2016, l'école de formation proposait à ses participants un panorama historique et politique des gauches européennes. Rémi Lefebvre, professeur à l'université Lille-2, ayant été empêché pour des raisons professionnelles de faire l'intervention prévue ce soir-là, j'ai donc assuré l'intervention.

Alors que la social-démocratie traverse une période de crise prolongée, mêlant tout à la fois des raisons stratégiques, sociologiques et idéologiques, il est utile de regarder quelle est la situation réelle de la gauche en Europe dans sa diversité. Social-démocratie, écologie politique, gauche radicale, les situations varient évidemment énormément selon les réalités nationales, mais de grandes lignes de lecture peuvent se distinguer à l'échelle européenne. Il était donc utile de faire le point sur les convergences, les divergences, les opportunités et les impasses au moment où la gauche espagnole négocie dans des conditions difficiles pour savoir si elle est capable de proposer un nouveau gouvernement.

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Vous trouverez ci-dessous les vidéos de la séance.

 

29e séance de l'école de formation sur le panorama des gauches européennes le lundi 18 avril 2016

29e séance de l'école de formation sur le panorama des gauches européennes le lundi 18 avril 2016

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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 23:28

En ce dimanche 24 avril 2016, les électeurs autrichiens ont placé le candidat du FPÖ en tête du premier tour de l'élection présidentielle à 37%, loin devant les partis habituels de gouvernement - SPÖ, sociaux-démocrates et parti du Chancelier, et ÖVP, conservateurs et partenaires du Chancelier, chacun à 11% - ou son désormais challenger écologiste à moins de 20%.

Le SPÖ a refusé de donner des consignes de vote pour le second tour.

Évidemment, les réseaux sociaux s'enflamment et s'indignent. Décidément, pour les uns, les Autrichiens seraient indécrottables et pour les autres ce qui le disent seraient de dangereux naïfs.

Je lis ainsi des commentateurs "autorisés" nous expliquer que la raison de la victoire relative de l'extrême-droite au premier tour de l'élection présidentielle autrichienne est "l'insécurité culturelle"... Insistant sur le très faible taux de chômage (5,8%), ils font à nouveau du piège identitaire la nouvelle boussole de "leur gauche" (peut-on encore l'appeler comme cela ?).

Pourtant en Autriche, pas d'immigration massive non plus pour justifier les obsessions des identitaires à la sauce Valls/Le Guen. Donc où serait le problème ?

Depuis 60 ans, le compromis gouvernemental permanent entre conservateurs et sociaux-démocrates a effacé le clivage droite-gauche (sans oublier l'ultime brouillage de l'alliance régionale SPÖ/FPÖ), éteint toute alternative politique réelle et sous l'effet de la pression néolibérale et ordolibérale il a mis sur la défensive classes populaires et moyennes. Encore une fois, ce sont les questions économiques et sociales et celle de la souveraineté populaire qui produisent la montée du national-populisme. Sans message émancipateur conséquent la gauche socialiste ne peut pas lutter. Reprendre le message national-identitaire ne fait qu'aggraver le problème ! Cette analyse est évidemment valable pour d'autres pays européens, et notamment la France.

Considérer que la mise en cause de l'émancipation républicaine, du progrès social et de la souveraineté populaire soit un problème identitaire serait la seule manière de faire le lien : on a bien compris que ce n'est pas là le fond de la thèse de "l'insécurité culturelle". C'est là où il y a eu dérapage dans l'initiative du Printemps Républicain, dont le manifeste (que j'ai signé, donc qu'on ne me fasse pas le coup de me tromper d'adversaire et d'être aveugle à ces sujets) prétendait défendre une vision combattante généreuse de l'identité républicaine pour une expression de l'identité républicaine qui définit un ennemi intérieur : islamistes, islamo-gauchistes, gauche soixante-huitarde laxite et naïve. La République vivra si elle émancipe et si elle rassemble, sans rien négliger de tous ses adversaires, mais tout réduire comme cela a été fait n'est pas plus efficient en terme électoral. Ce n'est qu'en améliorant les conditions de vie des gens, en redonnant un rôle et une centralité à la majorité sociale du pays (tant du point de vue démocratique que social) que nous reprendrons du poil de la bête. Toute autre stratégie, celle suivie par Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen, et même François Hollande, ne conduira qu'à opposer entre eux des concitoyens qui partagent les mêmes difficultés et les mêmes peines, en offrant un boulevard au FN qui profite de cette confusion pour remplacer dans le débat politique et dans l'imaginaire des électeurs la question sociale par la question identitaire en recevant de fait caution et crédibilité par l'exécutif et ses soutiens.

Que la crise des réfugiés attise encore plus des situations instables où l'extrême-droite joue sur les angoisses de populations fragilisées est assez évident. Que la réalité migratoire soit présente ou lointaine par ailleurs. Le fait que la question des réfugiés aient dominé la campagne présidentille ne change rien au raisonnement. On peut même se dire que dans certains pays la machine à fantasme fonctionne d'autant mieux que l'immigration est absente ou quasi (Autriche, Slovaquie... Quant à la Hongrie, Orbán aurait pu rassurer ses électeurs : personne ne veut y rester) mais la réalité est qu'à force de voter sans que rien ne change, à force de voter et que la situation concrète se dégrade dans la vie quotidienne depuis que la machine à déstructurer les modèles de protection sociale s'est mise en marche, il apparaît légitime aux électeurs de se demander à quoi cela sert de voter ÖVP ou SPÖ (ou à quoi cela sert de voter tout court) et qu'il est plus facile pour les nationaux-populistes de remplacer la question sociale par la question identitaire.

Cela devient consternant quand des "responsables" de "gauche" valident ce remplacement et crédibilisent les thèses de l'extrême-droite plutôt que de reconstruire des perspectives émancipatrices et démocratiques concrètes.

Frédéric Faravel

résultats du premier tour de l'élection présidentielle autrichienne du dimanche 24 avril 2016 (infographie TV autrichienne)

résultats du premier tour de l'élection présidentielle autrichienne du dimanche 24 avril 2016 (infographie TV autrichienne)

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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 14:44

Je vous recommande de lire ci-dessous l'excellent article d'analyse paru dans La Tribune lundi 29 février sous la plume de Romaric Godin. En effet, la République d'Irlande loin d'être un finisterre de l'Europe est un Etat totalement partie prenante de la construction européenne et membre de la zone euro, à la différence de son grand voisin et ancienne métropole coloniale britannique.

Longtemps structurée par les seules rivalités entre partis issus du nationalisme irlandais (alternance entre Fianna Fail et Fine Gael qui s'étaient séparés en 1922 sur la question de savoir à quel degré d'autonomie et/ou d'indépendance pouvait accéder l'Irlande alors que la Grande Bretagne la menaçait d'une guerre totale si les Républicains n'acceptaient pas la partition de l'île et le traité qu'elle voulait leur imposer), les effets de la dérive de la construction européenne et de l'austérité imposée à tous changent désormais profondément la structure du paysage politique de la République d'Irlande.

Le Sinn Féin - républicains irlandais de gauche - apparaît à nouveau comme une force politique majeure grâce à l'implication récente de ses dirigeants nordistes (branche politique de l'IRA) dans les affaires du sud ; il a engagé depuis plusieurs années une campagne politique contre l'austérité, sur des fondements socialistes démocratiques, sans abandonner l'espoir d'une réunification républicaine de l'Irlande. Ces élections générales sonnent cependant comme une déception pour les Républicains irlandais : portés par leur lutte contre l'abrogation de la gratuité de l'eau, ils auraient pu espérer devenir le 2e parti de la République avec près de 20% des intentions de vote ; ils arrivent en quatrième position derrière le Fine Gael (du premier ministre sortant Enda Kenny), le Fianna Fail et les candidats indépendants en termes de suffrages avec 13,85%, mais ont obtenu quelques 23 sièges dans le nouveau Dail. Leur campagne a fait les frais de quelques erreurs de communication mais aussi dans les dernières semaines d'une véritable campagne de haine comparable à la menace d'un défilé de chars soviétiques sur les Champs Elysées en cas de victoire de la gauche française en 1981. Cependant, les deux grands partis irlandais ne peuvent plus prétendre dominer seuls la politique irlandais ; ils ne peuvent plus compter non plus sur le petit parti travailliste irlandais (6,6% des voix - 6 sièges : autant qu'un petit parti de gauche anti-austérité) qui leur servait de force d'appoint et à perdu 13% des suffrages en 5 ans pour avoir mené aux côtés du Fine Gael la politique ultra-libérale imposée par la commission européenne.

La leçon est implacable pour la gauche européenne qui ferait bien d'observer de plus près la recomposition en cours en République d'Irlande.

Frédéric FARAVEL

Elections en Irlande : les trois leçons pour l'Europe

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La lourde défaite de la coalition sortante en Irlande est aussi une défaite pour la stratégie économique des autorités européennes à l'oeuvre depuis 2010. Quels enseignements tirer du scrutin irlandais ?

Les élections irlandaises du 26 février n'étaient pas qu'un test pour le gouvernement sortant du Taoiseach (premier ministre) Enda Kenny, c'était aussi une épreuve électorale pour les politiques imposées par les autorités européennes à partir de 2010 à ce pays comme au quasi-reste de la zone euro. Car la politique de la coalition sortante, qui regroupait le Fine Gael du premier ministre et les Travaillistes du Labour, n'est pas celle du programme de ces partis lors des précédentes élections, c'est celle qui a été imposée par la troïka (BCE, FMI, Commission européenne). Lorsque, en avril 2011, le nouvel exécutif a tenté, comme il s'y était engagé, de faire payer les créanciers des banques plutôt que les contribuables, la BCE, alors dirigée par Jean-Claude Trichet, l'a forcé à faire marche arrière, menaçant de « lancer une bombe sur Dublin », autrement dit, de sortir "manu militari" l'Irlande de la zone euro si elle désobéissait.

« Élève modèle »

A partir de 2013, l'Irlande a eu le statut « d'élève modèle » de cette politique : premier pays à sortir du « programme » de la troïka, premier à revenir sur les marchés, premier à retrouver une croissance entretemps devenue très rapide. En mars 2014, le Parti populaire européen (PPE) avait choisi Dublin pour lancer sa campagne pour les élections européennes, laquelle avait abouti à la nomination de Jean-Claude Juncker, le candidat soutenu par Angela Merkel, à la présidence de la Commission. La chancelière n'avait alors pas assez de louanges pour Enda Kenny. Un an plus tard, alors que l'Eurogroupe tentait de briser la volonté de changement du nouveau gouvernement grec, Wolfgang Schäuble, Jeroen Dijsselbloem et ce même Jean-Claude Juncker n'en finissaient pas de se référer, inlassablement, à l'exemple de l'Irlande, pour justifier le prétendu succès des « réformes ».

Échec cuisant pour Enda Kenny... et les dirigeants de la zone euro

C'est dire si le bilan d'Enda Kenny doit être identifié à celui des dirigeants de la zone euro. Et donc, si son échec est aussi le leur. Or, cet échec est cinglant. Sur les « premières préférences » (les Irlandais établissent des votes par ordre de préférence), le Fine Gael et le Labour obtiennent respectivement 25,52% et 6,61 %. Ces 32,13% des voix représentent un recul de 23,6 points. 43% de l'électorat de la coalition en 2011 l'ont abandonné vendredi dernier. Certes, le Fine Gael demeure la première force d'Irlande, mais c'est une bien piètre consolation : il revient sous son score de 2007, à un niveau assez traditionnel. Bref, il retrouve son électorat habituel alors que la crise lui donnait l'opportunité de remplacer le Fianna Fáil comme parti dominant de la politique irlandaise. Surtout, Enda Kenny aura bien du mal à constituer une nouvelle coalition.

Cette défaite est donc aussi la défaite des autorités européennes. Aussi, ces dernières seraient-elles bien inspirées de retenir quelques leçons de ce scrutin irlandais de 2016.

1ère leçon : la croissance ne suffit pas

Le premier enseignement de l'élection est que la croissance du PIB ne suffit pas à effacer les effets négatifs de l'austérité et des « réformes ». Cet enseignement était déjà apparu clairement après les élections espagnoles du 20 décembre. Les taux de croissance, dont se félicitent les autorités européennes, ne représentent en effet qu'une partie de la réalité. Mais c'est oublier que cette prospérité est forcément très inégale car elle est fondée sur un abaissement du coût du travail. Ainsi, les ménages les plus fragiles sont encore plus fragilisés par une précarisation accrue de l'emploi, des salaires faibles, des transferts sociaux réduits et des services publics dégradés.

> L'erreur d'Enda Kenny

Enda Kenny a donc commis une erreur fondamentale en niant cette situation et en centrant son discours sur la « poursuite de la reprise », alors que la majorité des Irlandais vivent encore un quotidien marqué par les mesures d'austérité. Dès lors, la crédibilité de son discours a fondu comme neige au soleil. En deux semaines, son parti a perdu cinq points dans les sondages. Les électeurs ont compris, non sans raison, son slogan sur la reprise comme un simple déni de réalité.

> Une croissance malgré l'austérité, pas grâce à l'austérité

L'autre élément, plus propre à l'Irlande, est que la croissance du pays n'est, en réalité, pas le fruit de l'austérité. Elle est le fruit de la stratégie d'attractivité du pays pour les grandes multinationales, stratégie centrée sur la faiblesse des impôts sur les sociétés. Or, là encore, les électeurs irlandais n'ont pas été dupes. Ils savent que la croissance « à la chinoise » du pays ne leur profite pas parce qu'elle est dopée artificiellement par les transactions de ces groupes mondiaux dont la présence n'améliore que très partiellement la vie quotidienne des Irlandais. Le discours d'Enda Kenny - soutenu implicitement par les Européens -, qui consistait à lier la croissance du pays à la politique d'austérité, est donc apparu à la fois déconnecté du terrain et mensonger. Les Irlandais savent que la croissance est revenue en dépit de la politique de la coalition, non grâce à elle. Ils n'ont donc pas été « ingrats » ou « irréfléchis », mais bien logiques et réfléchis en sanctionnant le gouvernement sortant.

> Un modèle « non inclusif »

La leçon à retenir pour l'Europe est qu'il convient de remettre en question cette logique de « réformes » visant à abaisser le coût du travail. Cette stratégie est économiquement discutable et conduit à des croissances « non inclusives », pour reprendre les mots des grands instituts économiques européens. S'extasier sur des chiffres est donc inutile et contre-productif : la zone euro, pour survivre, doit promouvoir un modèle de croissance « inclusif ».

2e leçon : la destruction des systèmes politiques

La deuxième leçon est politique. Comme en Grèce et en Espagne - et dans une moindre mesure au Portugal -, les « réformes » et l'austérité ont fait exploser le système politique traditionnel. La cause en est évidente. En Irlande, lorsque la deuxième phase de la crise a débuté, en novembre 2010, le gouvernement Fianna Fáil de Bertie Ahern a tenté de réduire l'ajustement en faisant participer les créanciers au sauvetage des banques, seule source du déficit public. Mais la BCE a menacé le gouvernement, lequel gouvernement a finalement reculé, acceptant le « programme » de la troïka. En avril 2011, le nouveau gouvernement d'Enda Kenny a fait la même tentative - c'était sa promesse - mais comme la BCE a réagi de même, le gouvernement a, de nouveau, fait machine arrière. L'électorat a tiré de ces événements une conclusion très simple: les trois partis traditionnels du pays mènent la même politique et sont incapables d'imposer leurs vues à la zone euro - ils sont donc inutiles. Certes, en Irlande, l'alternance a toujours été rare et peu signifiante, les deux partis étant de centre-droit. Jusqu'en 2011, cette alternance de forme permettait au système politique de fonctionner. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Les Irlandais ont besoin d'une vraie alternance et le caractère factice du système politique traditionnel apparaît au grand jour. Ceci a conduit à un pays difficilement gouvernable.

> Fianna Fáil en hausse, mais pas assez pour sauver les partis traditionnels

Certes, Fianna Fáil obtient un beau score au regard de ses espérances de début de campagne : 24,35 % des voix, soit 6,8 points de plus qu'en 2011. Mais compte tenu du mécontentement général, cette hausse demeure bien réduite. L'ancien parti dominant de l'Irlande qui, jadis, était capable de rassembler dans toutes les classes de la société n'a pu récupérer que moins d'un tiers des déçus de la coalition. Pour se convaincre que ce score du Fianna Fáil est médiocre, il faut se souvenir qu'il s'agit du deuxième plus mauvais score depuis 1927... après celui de 2011. Bref, le Fianna Fáil n'apparaît pas vraiment comme une alternative. Les deux grands partis ensemble ne cumulent, du reste, que 49,9 % des voix, un record historique de faiblesse. Jamais Fine Gael et Fianna Fáil n'avaient mobilisé moins de la moitié de l'électorat. En 2007, par exemple, ils cumulaient 69 % des voix.

> Poussée de la gauche radicale

Les déçus de la politique d'austérité sont donc allés ailleurs. Mais les Irlandais sont désemparés. Ils n'ont pas su choisir une direction claire et se sont dispersés dans trois directions. Première direction, la gauche radicale qui, avec le Sinn Féin, les Verts et l'Alliance contre l'austérité, obtient le plus haut score de son histoire dans ce pays très conservateur qu'est l'Irlande :  20,52 % des voix contre 14 % en 2011. Le caractère très particulier du Sinn Féin, longtemps vitrine de l'IRA, mais aussi une campagne électorale médiocre, ont cependant joué contre lui et son score, 13,85 %, est au final, très décevant pour lui. L'Alliance contre l'Austérité (3,95 %) en a profité, mais elle reste un mouvement marginal, quand bien même elle aura 5 sièges.

> Le succès des indépendants et de l'abstention est celui du non-choix

La deuxième direction empruntée par les électeurs a été celle des indépendants, lesquels recueillent 17,83 % des voix, contre 12,1 % en 2011. Les Irlandais, faute de mieux, ont donc souvent fait le choix de personnalités qu'ils jugent honnêtes et compétentes, en dehors des grands partis. Mais ce choix reflète en vérité surtout un désarroi : celui de ne pouvoir choisir sa politique car il existe des indépendants de tous bords, d'extrême-gauche, ultraconservateurs, libéraux ou sociaux-démocrates. Faute de pouvoir choisir sa politique, on a donc choisi des hommes. Cela ressemble en fait à un non-choix. Comme l'est le "choix" de l'abstention -la troisième direction -, en hausse de 5 points ce 26 février.

> Le désarroi des opinions publiques fabrique l'instabilité politique

La deuxième leçon pour l'Europe est donc celle-ci : en abandonnant l'idée de pouvoir proposer de vraies alternatives pour complaire aux autorités européennes, les partis traditionnels ont perdu leur capacité de mobilisation. Il s'ensuit un désarroi de l'électorat, cherchant où il peut des alternatives et de l'espoir, avec comme conséquence une dispersion des voix qui rend les pays difficilement gouvernables. Les élections portugaises du 4 octobre et espagnoles du 20 décembre ont confirmé cette leçon. Les « réformes » promues par tous les grands partis sont des machines à détruire les systèmes politiques. Ce sont des machines à créer de l'instabilité politique et à porter des partis radicaux au pouvoir. Ce sont donc des sources potentielles de crises nouvelles, non de prospérité, comme on le croit souvent. Ces dissolution des systèmes politiques se voient aujourd'hui sur tout le continent.

3e leçon : la leçon à la social-démocratie européenne

La dernière leçon est pour la social-démocratie européenne. Le Labour irlandais a subi ce 26 février une débâcle historique. Avec 6,67 %, les Travaillistes réalisent le troisième plus mauvais score de son histoire, le pire depuis 1987. Il perd près de 13 points en cinq ans et n'aura que 6 élus, un seul de plus que l'Alliance contre l'Austérité. Certes, le Labour irlandais n'a jamais vraiment percé dans le pays, bloqué par un Fianna Fáil qui était perçu comme le parti de la classe ouvrière. Il a toujours été très « centriste » et un allié traditionnel du Fine Gael. Mais 2011 et l'éclatement de ce dernier parti avait donné une chance historique au Labour. Avec 19,5 %, il réalisait alors son meilleur score depuis 1922 et parvenait à séduire les déçus du Fianna Fáil sur un programme anti-austéritaire. Mais il a bradé cette chance en s'alliant avec Enda Kenny. Pour beaucoup de ses électeurs, le Labour n'a pas su jouer son rôle d'amortisseur de la politique d'austérité du gouvernement. En réalité, soucieux de « bien faire », le Labour a été solidaire de cette politique et actif dans sa mise en œuvre, ne cessant d'insister sur le caractère « nécessaire » des réformes. Or, on l'a vu, ce caractère était loin d'être évident.

> La déroute du parti de "l'absence d'alternative"

Le Labour s'est alors enfermé dans une logique d'absence d'alternative, il est devenu le « parti TINA ("there is no alternative", il n'y a pas d'alternative) ». Durant la campagne, il l'a confirmé en ne se dissociant guère du Taoiseach et en publiant une publicité très parlante dans les journaux : les opposants au gouvernement sous forme de groupe de rock baptisé « no direction ». Histoire de dire que seul le gouvernement sortant avait une direction. Mais comme cette direction n'était pas celle que souhaitait l'électorat, le Labour est apparu comme un parti d'opportunistes sans foi ni loi, inutile politiquement, et subissant logiquement les conséquences de la volonté de changement des électeurs. Une grande partie de ses électeurs de 2011 sont retournés au Fianna Fáil, qui s'est engouffré dans l'espace laissé au centre-gauche, d'autres sont allés à sa gauche. Désormais, les électeurs des partis qui se situent sur sa gauche représentent plus de trois fois ceux du Labour. On voit mal comment le Labour pourra se remettre d'un tel désastre politique et idéologique.

> Le choix de la social-démocratie européenne

L'histoire du Labour irlandais doit être une leçon pour la social-démocratie européenne. Lorsque cette dernière refuse d'incarner une alternative aux politiques de centre-droit, mais au contraire, se fait son bras armé et son allié, son sort est souvent scellé. Les travaillistes néerlandais de Jeroen Dijsselbloem pourraient connaître un score similaire : le dernier sondage le fait passer de 38 à... 9 sièges ! C'est ce qu'a compris le PS portugais, pourtant très réformiste, qui tente de porter une alternative au centre-droit en s'alliant avec la gauche radicale. C'est ce que refuse de comprendre un PS français pressé de couper l'herbe sous le pied du centre-droit, réduisant ainsi encore son utilité politique. Bref, les élections de la lointaine Irlande sont une nouvelle preuve de l'impasse des politiques d'austérité. Mais la leçon risque encore une fois d'être très rapidement oubliée.

Les résultats complets des élections irlandaises sur le site de l'Irish Times (en anglais).

Gerry Adams, président de Sinn Féin, et député au Dail Eireann, durant la campagne électorale (février 2016)

Gerry Adams, président de Sinn Féin, et député au Dail Eireann, durant la campagne électorale (février 2016)

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 19:12
Jeremy Corbyn, leader du Labour Party, et David Cameron, premier ministre conservateur du Royaume-Uni

Jeremy Corbyn, leader du Labour Party, et David Cameron, premier ministre conservateur du Royaume-Uni

C'est passé quelque peu inaperçu, surtout en France, car David Cameron a entamé une étape déterminante de sa stratégie de chantage au Brexit quelques trois jours avant les attentats qui ont ensanglanté la France.

C'est pourtant un défi majeur que le Premier ministre conservateur britannique vient de soumettre à tous les Européens, quel que soit leur niveau de confiance ou de défiance dans l'état et l'évolution de la construction européenne.

En adressant un courrier à Donald Tusk, président du Conseil européen, le 10 novembre 2015, et en prononçant le même jour à Chatham House un discours à l'attention de ses compatriotes britanniques (vous trouverez la traduction de l'un et de l'autre en PDF à la fin de cet article), le titulaire du 10 Downing Street met enfin par écrit les conditions auxquelles il souhaite conditionner le maintient du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande-du-Nord dans l'Union Européenne.

Je le répète : nous sommes là purement et simplement face à une opération de chantage politique, dont les conséquences seront déterminantes mais qui joue sur un pari particulièrement périlleux.

David Cameron n'envisage pas un seul instant que l'ultimatum qu'il adresse aux institutions européennes puisse échouer. De fait, l'addition des égoïsmes nationaux et de la lâcheté face à la démagogie conservatrice britannique pourrait bien lui donner raison. Il est en effet fort probable que la Commission et le Conseil européens préfèrent céder plutôt que d'affronter le défi posé par le gouvernement outre-manche ; ainsi David Cameron a beau jeu de faire part de la compréhension que lui ont témoignée ses homologues concernant la manière dont la Grande-Bretagne a et souhaite encore aborder le "traitement" de la crise des réfugiés ; de même, il semble - c'est en tout cas ce que dit et écrit le locataire du 10 Downing Street - que les réunions techniques entre les administrations britanniques et européennes soient particulièrement avancées.

Pourtant, d'un point de vue européen, comme du point de vue britannique, cette opération est à double-tranchant. Voici pourquoi...

Le piège pour les Européens :

La lâcheté est toujours mauvaise conseillère. Céder à David Cameron ouvrirait une période de turbulence qui pourrait s'avérer totalement ingérable pour l'Union Européenne. En effet, David Cameron ne réclame rien de moins que de vider de toute substance la participation de la Grande-Bretagne à l'Union Européenne. Aucune solidarité économique et financière avec le reste des membres de l'Union Européenne, notamment avec ceux qui participent à l'eurozone ; aucune perspective d'harmonisation sociale et fiscale, dans le but de décharger les sociétés britanniques d'une quelconque obligation d'équité économique ; aucune solidarité avec les Etats européens qui font face plus que d'autres, plus que la Grande-Bretagne elle-même, à la crise des réfugiés qui s'est aggravée avec la guerre en Syrie et la montée en puissance de Daesh - au contraire, il s'agit de limiter - en faisant porter la responsabilité des restrictions et des contrôles aux États du continent - plus encore l'entrée de migrants en Grande-Bretagne et notamment ceux qui viennent de l'Union européenne, accusés de vouloir profiter de la générosité du Welfare state britannique (il insiste d'ailleurs particulièrement sur les dernières mesures - et celles à venir - de restriction d'accès aux aides sociales prises par le gouvernement conservateurs à cet effet) ; il s'agit également de se dégager des obligations et de la jurisprudence européenne en matière de droits de l'Homme, jugées attentatoires à la sécurité nationale et contre-productive dans la lutte contre la criminalité.

Seul le marché unique trouve donc grâce aux yeux de David Cameron, qui souhaite bénéficier du beurre, de l'argent du beurre, et ne concédant que le sourire de la crémière tant qu'il se limite à une adhésion purement formelle à l'UE.

On voit bien où mènerait un acquiescement ou une abdication des Européens devant le diktat britannique : la boîte de Pandore serait dès lors ouverte, car chaque Etat serait encouragé à réclamer des accommodements et des dérogations. La pression des eurosceptiques et des formations populistes et nationalistes ne pourraient que croître en ce sens et ce serait aborder une nouvelle étape du délitement des solidarités européennes dans les pires conditions sans que cela ne débouche sur rien de constructif.

Par ailleurs, les citoyens européens seraient alors bien inspirés de se demander à quoi servirait une Union Européenne dont les éléments de solidarité auraient définitivement disparu et dont il ne resterait que les réglementations et les cadres juridiques, budgétaires et financiers ordo-libéraux, qui empêchent déjà de mener des politiques alternatives et de respecter la souveraineté populaire.

S'il y avait encore une possibilité de sauver l'idée de l'unification européenne, laisser Cameron gagner ces arbitrages seraient le premier clou planté dans le cercueil de la construction européenne (dont les conservateurs et les sociaux-libéraux ont déjà assemblé les planches).

Le piège pour les Britanniques :

David Cameron prévient les électeurs conservateurs tentés par les thèses du UKIP : il présente la seule solution pour appliquer de manière réaliste leurs espoirs - conserver les avantages économiques, sans être tenu par des obligations collectives. Le plan Cameron accepté par les Européens et soumis à référendum ne saurait être rejeté pour obtenir une négociation encore plus favorable au sens des eurosceptiques anglais.

Mais le démagogue qu'il est pourrait bien se trouver pris à son propre piège ; alors qu'il pense avoir mis le couteau sous la gorge des Européens (et c'est le cas) et couper l'herbe sous le pieds du UKIP et de Nigel Farage (sans compter qu'en terme de démagogie, Nigel en a encore sous la semelle), il pourrait fournir les arguments pour que le plan de réforme qu'il propose soit finalement rejeté avec l'adhésion à l'Union Européenne.

En effet, aux électeurs europhobes qui trouveront que le "compromis" Cameron sera toujours insuffisant, pourraient s'ajouter tous ceux qui considèrent avec réalisme l'adhésion de la Grande-Bretagne à l'Union Européenne.

Jeremy Corbyn l'avait d'ailleurs parfaitement expliqué dans une déclaration fin septembre (que vous pourrez retrouver sur ce site) : La gauche britannique connaît parfaitement les limites et les dérives de la construction européenne ; lui-même partage la colère et l'effroi de nombreux européens sincères quant au sort infligé en juillet dernier à la Grèce dans le seul but de ne pas enfoncer un coin dans les logiques ordo-libérales qui dominent aujourd'hui la construction européenne. Le Labour Party dirigé par Corbyn aurait sans doute beaucoup de choses à dire avec nous pour proposer une autre Europe ; mais à ce stade, et au regard de la situation juridique et sociale spécifique de la Grande-Bretagne, son appartenance à l'UE est aujourd'hui a peu près la seule source de protection et de progrès social que les Britanniques peuvent invoquer et peuvent opposer à des mesures encore plus drastiques que souhaitent mettre en place les conservateurs. Or précisément, c'est ces protections et ce minimum social dont Cameron souhaite débarrasser la Grande-Bretagne. S'il y parvenait quel intérêt aurait encore la classe ouvrière britannique (la classe moyenne n'existe pas) à souhaiter le maintient du Royaume-Uni dans l'UE, qui ne lui apporterait aucune protection et qui présente un image particulièrement post-démocratique et technocratique ? Si Cameron réussit son pari, la gauche britannique sera confrontée à une question essentielle : quel intérêt pratique et politique aura-t-elle à aider Cameron à remporter son référendum si c'est pour mettre à bas tout ce en quoi elle croit (à nouveau) ? Quel intérêt auront les nationalistes écossais, les travaillistes social-démocrates nord-irlandais ou les républicains irlandais à faire voter YES à un accord qui ne garantit plus les standards de la CEDH, qui abat les politiques sociales et qui va à l'encontre de ce qu'ils jugent être leurs propres intérêts nationaux ?

* * *

En réalité, David Cameron a placé tout à la fois l'Union Européenne et la Grande-Bretagne dans une impasse. Et à ce stade, on voit difficilement comment l'une et l'autre pourront sortir du piège démagogique que cet aristocrate machiavélique a cru intelligent d'inventer.

Frédéric Faravel

 

Lettre de David Cameron à Donald Tusk - 10 novembre 2015

Discours de David Cameron à Chatham House - 10 novembre 2015

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 17:54
La dérive de la construction européenne est-elle (ir)résistible ?

Après sa reprise le 12 octobre et l'excellente intervention de William Leday, l'école de formation a abordé lundi 2 novembre un sujet qui résonne évidemment fortement avec l'actualité de l'année écoulée : "La dérive de la construction européenne est-elle irrésistible ?".

J'animais cette séance.

Je vous encourage à consulter la précédente séance de l'école qui avait abordé la construction européenne avec François Lafon, le lundi 1er décembre 2014 ; c'est une bonne entrée en matière.

Les vidéos de la séance sont disponibles ci-dessous ; vous pouvez d'ores-et-déjà consulter la présentation utilisée pour la soirée et quelques autres documents pédagogiques.

La dérive de la construction européenne est-elle (ir)résistible ?

Histoire de l'ordo-libéralisme allemand

Bibliographie sur la dérive de la construction européenne

Déclaration de Jeremy Corbyn sur le Brexit

La dérive de la construction européenne est-elle (ir)résistible ?
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23 octobre 2015 5 23 /10 /octobre /2015 13:39
Portugal : la souveraineté populaire bafouée, nouvel exemple d'évolution post-démocratique en Europe

Le Président de la République portugaise a annoncé hier soir dans une allocution télévisée sa décision de reconduire Pedro Passos Coelho, premier ministre de centre-droit sortant.

Si la coalition PSD/CDS-PP, qu'il menait, est arrivée en tête avec 38,5% des suffrages exprimés le dimanche 4 octobre dernier, elle ne dispose pourtant pas d'une majorité parlementaire, au contraire des forces de gauche qui ont, elles, rassemblé 52% des voix (tous partis confondus).

Pour la première fois dans l'histoire de la démocratie portugaise, Antonio Costa – leader des socialistes portugais – avait engagé et réussi un travail politique important permettant de rassembler l'ensemble des forces de gauche (PS : 32,4%, Bloc de Gauche (BE) : 10,2%, alliance écolo-communiste : 8,3%) derrière un gouvernement disposant d'une majorité parlementaire alternative et absolue de 122 sièges sur 230. Alors qu’Antonio Costa lui a présenté mardi soir un accord de gouvernement majoritaire, le président Anibal Cavaco Silva a décidé de faire fi de cet accord, de faire du message politique extrêmement clair adressé par le peuple portugais pour sortir du « tout austérité ».

Il n'est pas question pour nous d'entrer dans un débat hors sol pour savoir si cette décision respecte la lettre ou l'esprit de la constitution portugaise, mais de condamner avec force le déni de démocratie qu'elle représente.

En effet, le Président portugais a donné pour seul argument de son choix qu'il refuserait de permettre la participation au gouvernement de forces politiques (le Parti communiste portugais et le BE) critiques vis-à-vis des institutions européennes et favorables à la sortie du Portugal de la zone euro. En insistant sur ce point (« Hors de l'UE et de la zone euro, l'avenir du Portugal serait catastrophique »), il a sciemment menti à ses concitoyens puisque le programme de gouvernement rassemblant PS, PCP et BE ne prévoit évidemment ni la sortie de l'UE, ni celle de l'euro et qu'Antonio Costa s'est engagé à respecter les règles financières de l'eurozone.

En fait, M. Cavaco Silva tente un coup de poker : à demi-mot, il espère l’abstention de 16 députés socialistes afin d’obtenir, dans 13 jours, la confiance au gouvernement. Celle-ci semble d’ores-et-déjà utopique. En opposant ainsi une fin de non recevoir définitive à une alternative de gauche pourtant majoritaire, il choisit de maintenir un gouvernement minoritaire de droite qui pourrait ne pas passer le vote de confiance au Parlement et gérer les affaires courantes indéfiniment (c'est-à-dire poursuivre la politique austéritaire engagée par Passos Coelho).

Le Président portugais a pris hier soir le risque de faire entrer son pays dans une période d'instabilité politique, qui ne profitera à terme à aucune force démocratique puisque la souveraineté populaire et l'esprit démocratique sont ainsi battus en brèche.

C'est une nouvelle distorsion entre la volonté exprimée par des citoyens européens et les politiques qui leurs sont imposées. C'était le cas en en 2008 avec la ratification du Traité de Lisbonne malgré le rejet référendaire du TCE en 2005 par les Français et les Néerlandais ; ce fut la même logique lorsque l'eurogroupe a contraignit le gouvernement Tsípras à céder sous sa menace le 13 juillet. À chaque fois, la logique ordo-libérale imposée à la construction européenne« il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités » (Jean-Claude Juncker)nous enferme un peu plus dans une grave dérive post-démocratique, qui risque de tuer à petit feu l'idéal de l'intégration européenne et qui nourrit tous les jours un peu plus les populismes et les formations xénophobes.

Les socialistes français et européens doivent désormais par tous les moyens manifester avec force et détermination leur soutien envers le peuple portugais, Antonio Costa et la coalition de gauche qu’il avait su rassembler. La parole démocratique qui s’est exprimé le 4 octobre dernier doit être respectée. On ne joue pas avec la démocratie sous peine de l’abîmer. Il est temps qu'en Europe les socialistes et toute la gauche se mobilisent ensemble pour exiger une alternative à l'austérité et une réorientation de la construction européenne qui la rende à nouveau conforme aux valeurs démocratique et respectueuses de la souveraineté populaire.

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16 octobre 2015 5 16 /10 /octobre /2015 18:41
La gauche confrontée à la crise de la construction européenne

L'année écoulée aura représenté une nouvelle fracture dans l'appréhension, que les citoyens en général, et les militants de gauche en particulier, ont de la construction européenne.

Depuis des années, il est devenu terriblement banal de dire que cette construction européenne se fait sans associer les peuples, qui s'en détournent peu à peu, comme le démontre à chaque élection du Parlement européen le taux d'abstention ou la progression (inégale il est vrai selon les pays) des forces politiques europhobes, populistes ou national-populistes.

Les traités européens, qui se sont succédé depuis la chute du mur de Berlin, ont en effet multiplié les transferts de compétences et de souveraineté des États-Nations vers des institutions supra-nationales, qui n'ont pour la plupart aucun compte à rendre devant les citoyens. Ainsi une partie de la gauche et des socialistes dénoncent depuis plus de vingt ans désormais l'indépendance de la Banque Centrale Européenne et l'insuffisance de pouvoirs réels du Parlement européen, devenu le symbole d'une perte de souveraineté populaire à l'échelle nationale jamais regagné à l'échelle européenne.

À mi parcours, l'épisode du projet de traité constitutionnel européen a illustré une première fois à quel point les choix des électeurs ne pesaient plus sur les destinées de l'Union Européenne : rejeté par référendum en France et au Pays-Bas (sans doute pour des raisons différentes), il réapparaissait en 2007-2008 sous le titre de Traité de Lisbonne pour être ratifié par les parlements sans tenir compte des scrutins référendaires.

La dérive ordo-libérale de la construction européenne est-elle en train de tuer l'idéal européen ?

Lorsque les failles de l'architecture économique et monétaire de l'Union européenne et de la zone euro furent mises au jour par la crise financière de 2008-2009, la réponse des gouvernements européens conservateurs et libéraux fut de graver dans le marbre les politiques d'austérité au travers du TSCG, baptisé traité Merkozy, et depuis complété au parlement européen par les directives Six-pack et Two-pack. C'est sur ce dossier même que l'orientation du quinquennat de François Hollande s'est sans doute joué, dès ses premières semaines, le Président de la République nouvellement élu refusant de renégocier ce traité, comme il s'y était engagé devant les Français, pour négocier des délais supplémentaires afin de se conformer aux mécanismes de contraintes budgétaires que nous avions dénoncés durant la campagne électorale.

Les différents développements de la crise grecque depuis 2009 ont démontré à l'extrême la perversion de la dérive ordo-libérale de la construction européenne : des cures d'austérité sans précédent qui aggravaient les difficultés du pays et saignait à blanc le peuple grec. Lorsque Syriza – au terme d'un processus qui alliait tout à la fois le déshonneur et la déconfiture du PASOK et une profonde aspiration du peuple grec à une alternative anti-austérité – a remporté les élections de janvier 2015, nous avons été nombreux à espérer qu'il y avait enfin une possibilité de faire évoluer le rapport de force, d'abord pour mettre un terme aux supplices infligés aux Grecs et ensuite et à plus long terme pour réorienter l'Union européenne. Mais six mois plus tard, après avoir subi un chantage politique, financier et économique, commis quelques erreurs, et malgré un mandat référendaire sans appel quelques jours plus tôt, le gouvernement d'Alexis Tsípras était contraint par l'eurogroupe d'accepter un troisième memorandum qui ancre dans la durée les politiques d'austérité et enferme la Grèce dans une logique de récession.

Le gouvernement grec n'a pas reçu le soutien qu'il aurait pu espérer des gouvernements de gauche en Europe. La position de la France n'a consisté qu'à maintenir le lien et les négociations quand les pressions pour un Grexit brutal étaient trop fortes, mais François Hollande et son gouvernement n'ont jamais remis en cause la logique austéritaire et le fonctionnement de l'eurogroupe, conseillant aux négociateurs grecs d'adopter une posture identique à celle de la France depuis juin 2012 : accepter les « règles du jeu » de la zone euro et abdiquer finalement toute prétention à mener une politique économique alternative.

A l’issue de la crise grecque – issue provisoire, car le 3ème mémorandum est voué à l'échec –, la question est posée : est-ce qu’on peut concevoir aujourd’hui une politique alternative dans le cadre européen tel qu’il est ? À la fois une alternative au niveau national, alors qu’on est pris dans un réseau de contraintes liées à notre appartenance à l’Union ; mais aussi une alternative au niveau européen, si plusieurs États membres se coordonnent pour infléchir la construction européenne… est-ce que le cadre actuel le permet ? C'est à cette question majeure que la gauche et les socialistes doivent aujourd’hui apporter une réponse car elle détermine la question de la souveraineté populaire, au moment où l'orientation ordo-libérale de la construction européenne semble impliquer un passage durable dans une période post-démocratique.

À ce titre, les propositions reprises par le Président de la République en faveur d'un gouvernement économique et d'un parlement de la zone euro n'apportent pas de réponses : que changerait une telle architecture institutionnelle si ces organes restent soumis aux logiques ordo-libérales inscrites dans les traités ?

La crise des réfugiés est une autre facette symptomatique de la perte de repère et de sens à l’œuvre dans l'Union Européenne. Les institutions et les gouvernements européens n'ont pas découvert cet été la crise migratoire ; si la conquête de territoires immenses à cheval sur l'Irak et la Syrie par Daesh a aggravé le phénomène, il est en marche depuis plusieurs années, conséquences tout à la fois de la transformation des sociétés africaines et moyen-orientales sous l'effet de la mondialisation, du changement climatique et des « déstabilisations » issues des « printemps arabes ».

Voici plusieurs années que les pays méditerranéens de l'UE sont confrontés à un afflux important et dramatique de migrants, dont on fait mine aujourd’hui de découvrir qu'ils mériteraient pour une majorité d'entre eux d'être considérés comme des réfugiés. L'Espagne, l'Italie, Malte ou la Grèce – déjà confrontées à l'imposition des politiques d'austérité – ont été trop longtemps laissées à elles-mêmes pour « gérer » cette situation et les centaines de morts qu'elle provoquait, alors qu'elle concernait l'ensemble des Européens. Les égoïsmes nationaux et l'inertie technocratique ont trop longtemps primé sur l'impératif devoir de solidarité et de fraternité, entre États membres et à l'égard des réfugiés qui sont censées constituer les valeurs de l'Europe.

Lorsque la Commission européenne a commencé à prendre la mesure des enjeux en proposant une répartition solidaire et obligatoire de l'accueil des réfugiés, nous avons tout à la fois été confrontés au populisme et à la xénophobie officielle de certains États d'Europe centrale, comme la Hongrie ou la Slovaquie, l'égoïsme britannique et une certaine hypocrisie française qui n'a rien trouvé de mieux que d'engager une vaine et infondée polémique sur la question des quotas. Poussés par les événements et l'émotion populaire, la Commission et le couple Franco-Allemand œuvrent désormais ensemble pour rattraper le temps perdu. Mais rien ne dit qu'ils arriveront à créer les conditions du consensus qui doivent permettre la mise en place d'une politique migratoire européenne, si ce n'est commune, au moins coordonnée.

Ainsi, l'UE s'accorde finalement sans difficulté sur des contraintes à l'encontre d'un ou plusieurs États membres quand il s'agit d'imposer des politiques d'austérité qui deviennent de plus en plus irrationnelles, mais semble incapable ou impuissante à mettre en œuvre les principes de solidarité et d'humanité qui devrait l'unir.

La crise permanente de la gauche européenne

On pouvait lire en 1972 dans Le Manifeste du PSU «La social-démocratie est devenue gérante, parfois médiocre comme en France et en Angleterre, parfois habile comme en Suède, du capitalisme.» ; on peut dire en 2015 que ce constat est largement dépassé : la social-démocratie, convertie pour l'essentiel au social-libéralisme, est devenue l'un des promoteurs actifs de l'ordo-libéralisme qui vide de son sens la construction européenne. À ce titre, le comportement de Jeroen Dijsselbloem, président de l'eurogroupe, dans la crise grecque aura été parfaitement insupportable. Tout a été fait pour obtenir soit la capitulation de Syriza, soit la chute du gouvernement grec, dans l'objectif officiel de faire respecter les règles budgétaires absurdes inscrites dans les traités européens, et dans le but officieux de faire échouer toute expérience d'une politique alternative à l'austérité. Les propos de Martin Schulz ou de Sigmar Gabriel allaient peu ou prou dans le même sens.

Les élections se succèdent en Europe et confirment toujours la perte d'influence de notre famille politique. À de rares exceptions près, lorsqu'ils gagnent, les partis socialistes le font poussivement, mais leurs défaites sont de plus en plus souvent des déroutes. Dans de nombreux États membres, ils sont déjà réduits à des rôles de supplétifs dans des gouvernements à direction libérale ou conservatrice. La famille socialiste et social-démocrate ne semble pas avoir retenu la leçon des années 1990 et 2000 durant lesquelles ses membres ont mené des politiques d'inspiration libérale, qui se sont révélées funestes tant du point de vue économique et social qu'électoral. Le congrès du PSE à Budapest en juin dernier a démontré l'état de décomposition et d'incohérence politique de cette organisation et de ses membres.

Les socialistes français ont fait l'erreur de considérer l'engagement européen comme un succédané à un internationalisme jamais pensé ; mais que reste-t-il de cette posture lorsque l'idée européenne a été détournée de son sens initial ?... Le PS avait appelé à l'été 2011 à assumer le nécessaire affrontement politique avec les conservateurs allemands, ce qui avait déjà provoqué des réactions surjouées sur la supposée germanophobie des socialistes français. Il paraît aujourd'hui absolument nécessaire, sans préjuger des débats du futur congrès du SPD, d'assumer la confrontation politique avec les dirigeants actuels de ce parti. La gauche du Parti Socialiste doit donc dans ce but entreprendre de consolider les contacts épars avec ses équivalents dans les partis du PSE – quand ils existent. Des contacts peuvent être évidement établis et le sont déjà au Parlement européen, mais il faudra compter également sur le renforcement de nos liens avec le Parti socialiste wallon, qui a pour particularité de n'avoir pas changé son discours européen exigeant entre son passage au pouvoir et désormais dans l'opposition.

La conquête du leadership au sein du Labour Party de Grande-Bretagne par Jeremy Corbyn est un point d'appui évident car, malgré l'affaiblissement réel du Labour, ce parti conduit aujourd'hui un changement de stratégie politique majeur dans la gauche britannique, en rupture avec le libéralisme assumé qui l'a éloigné de sa base électorale après qu'une partie des électeurs blairistes est revenue à ses amours tories, et sans doute avec une évolution marquée des engagements européens de ce parti. L'appui d'un Labour de gauche – même s'il a depuis longtemps pris quelques distances avec le PSE – ne serait pas négligeable pour une alliance des gauches socialistes, qui ont besoin qu'un grand parti demande un fonctionnement plus démocratique et transparent du PSE.

Malgré les désillusions provoquées par l'échec de Syriza face à l'eurogroupe, lorsqu'il existe une dynamique à gauche, ce sont des partis hors PSE qui en profitent, surfant sur les compromissions des sociaux-démocrates ou sur leur incapacité à proposer une alternative crédible à la droite : Syriza en fut le symptôme le plus prégnant, mais c'est aussi le cas de Podemos ou encore d'Izquierda Unida en Espagne. Au Portugal, la gauche radicale (Bloc de gauche BE et alliance écolo-communiste CDU) a plus progressé que le PS (+5,4 points et + 4,3 points) lors des élections du 4 octobre. En Irlande (nord et sud), c'est Sinn Féin qui est en dynamique.

Pour compléter le tableau, plusieurs forces politiques siègent au sein des groupes parlementaires européens écologistes ou GUE/NGL, alors qu'ils portent un discours socialiste assez « classique », c'est le cas de Syriza (dont le leader Alexis Tsípras était le candidat du Parti de la gauche européenne, présidé par Pierre Laurent, à la présidence de la commission) ou de Sinn Féin à nouveau, mais aussi du Parti Socialiste néerlandais, du SNP écossais (qui malgré son échec référendaire sur l'indépendance a triomphé successivement aux élections européennes puis aux élections générales, remportant 56 des 58 membres écossais à Westminster), ou du Parti Socialiste Populaire danois.

Si les socialistes européens, et parmi eux en premier les socialistes français, veulent sortir de l'impasse politique, il est urgent d'engager un dialogue structurel avec ses forces nouvelles ou qui, pour les plus anciennes, ont su se renouveler, alors que nous étions incapables de structurer une alternative à l'offensive libérale engagée depuis la fin des années 1970, au point d'intégrer de manière plus ou moins assumée une partie de ce discours dans notre corpus programmatique.

Nous devons également mettre fin au compromis historique avec les anciens démocrates-chrétiens, devenus conservateurs. Il ne s'agit plus simplement d'assurer la co-gestion du Parlement européen, pour un bon fonctionnement des institutions communautaires, mais trop souvent les compromis s'étendent au fond des politiques et des délibérations et amènent les membres du groupe S&D à concéder trop de points au PPE et aux libéraux. Cela mine durablement la lisibilité et la cohérence de nos options politiques, et nous rend plus inaudibles encore auprès des électeurs européens. Nous devons lui substituer un rapprochement avec le Parti de la Gauche européenne et les Écologistes. Seule cette option nous permet de rendre crédible la perspective d'une alternative politique sur les enjeux de la construction européenne.

Mais ne nous y trompons pas les débats, qui traversent la social-démocratie sur la construction européenne et la possibilité de la réorienter, sont également posés chez nos partenaires écologistes, de la gauche radicale ou (post-) communiste (les positions du PCF sur le mémorandum et la nature de la zone euro en témoignent) : c'est une culture politique dominante dans la « gauche radicale » européenne, qui craint que toute déconstruction ou crise durable d’un cadre international ne finisse par profiter à la droite radicale xénophobe. Ainsi l’idéal européen est finalement confondu avec sa traduction institutionnelle existante, alors même que l’écart entre les deux est régulièrement dénoncé.

Enfin, l'émergence d'une alternative européenne de gauche soit suffisamment forte et coordonnée pour imposer une véritable réorientation de la construction européenne et donc un bouleversement profond des traités actuels s'inscrit forcément sur le temps long.

Il n'est pas dit que les peuples européens soient disposés à attendre jusque là.

Frédéric FARAVEL

La gauche confrontée à la crise de la construction européenne
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