Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
Me contacter

en savoir plus

 

Trouve

Gauche Républicaine & Socialiste

13 novembre 2013 3 13 /11 /novembre /2013 08:49

Attaques racistes contre Christiane Taubira, manifestations, sifflets et insultes contre l’État un 11-Novembre jour de commémoration nationale, le gouvernement a raison de faire preuve de fermeté et de rappeler que la République ne doit faire preuve d'aucune indulgence contre ses ennemis.

Drtx159fq.jpgepuis l'été 2012, une sorte de "mouvement social de droite" allant de la "Manif pour tous" aux "Bonnets rouges", avec les "pigeons" comme précurseurs, occupe l'espace public, débordant largement une opposition conservatrice et centriste qui reste toujours sans projet, sans leader et sans initiative. L'UMP, et dans une moindre mesure l'UDI (désormais rejointe par le MODEM), en est réduite à suivre les combats de ce mouvement social, sans jamais réussir à prendre la main dessus, et en se trouvant piégée par son discours souvent réactionnaire.

On pourra toujours dire qu'en cela le fond idéologique avait été préparé de longue date à ce tournant réactionnaire par l'action et la synthèse sarkozyste. Il n'en reste pas moins qu'en chevauchant une partie du discours homophobe et anti-Etat de ces mouvements, l'opposition de droite finit par lui accorder une certaine légitimité.

Cependant lorsque les tabous tombent en parole, le tabou de la violence ne tarde pas à tomber lui non plus. C'est ce qui s'est passé en Bretagne où la violence du mouvement des "bonnets rouges" a pu bénéficier pendant plusieurs jours d'une certaine latitude. C'est ce qui ne manquera pas d'arriver (comme les débordements homophobes ont suivi le mouvement anti-mariage pour tous) si la République ne réagit pas avec la plus ferme des déterminations contre les débordements racistes et anti-parlementariste qui s'expriment à l'extrême droite, contre la Garde des Sceaux, comme une sorte de prolongement d'ailleurs de la "Manif pour tous".

Or, la gauche a une part de responsabilité dans cette "chienlit" réactionnaire et conservatrice.

Dès le début du quinquennat, elle a mis en difficulté son camp politique et social, notamment en acculant à la défaite deux grands confédédérations, dont l'une - la CGT - avait appelé à voter pour François Hollande. Avec la transposition dans la loi de l'accord interprofessionnel sur la flexibilisation de l'emploi, mais aussi avec le Pacte de Compétitivité, puis avec le vote bloqué sur la réforme des retraites, le gouvernement donne l'impression d'infliger des défaites à la gauche syndicale.

Mais surtout, il a semé la confusion dans son propre électorat en menant une politique contraire à nombre des engaments de campagne :

  • - ratification du traité Merkozy en l'état alors qu'on avait annoncé sa renégociation avant toute ratification ;
  • - Pacte de compétitivité fondé sur la baisse du coût du travail, alors qu'on avait expliqué que ce n'était pas le coût du travail qui était en cause ;
  • - augmentation de la TVA pour financer la baisse du coût du travail (alors qu'on venait de supprimer la TVA sociale) ;
  • - transposition de l'accord emporté par le MEDEF sur la flexibilité de l'emploi ;
  • - réforme des retraites contraire au projet du PS de 2011 : "Nous rétablirons l’âge légal de départ à 60 ans (ce qui permettra à ceux qui ont commencé à travailler tôt ou exercé des métiers pénibles de pouvoir partir au même âge qu’avant la loi de 2010) et l’âge de départ sans décote à 65 ans. Nous engagerons la réforme des retraites que nous avons promise aux Français : un financement garanti avec une contribution du capital, le maintien des seniors dans l’emploi, la prise en compte de la pénibilité et de l’allongement de la durée de vie, et surtout un système universel et personnalisé qui permettra à chaque personne de faire des choix et d’organiser sa vie au moyen du compte temps-formation dont chaque Français disposera à partir du 1er janvier 2014. Nous nous donnerons les moyens de réussir cette réforme qui engagera plusieurs générations en menant une concertation avec les organisations syndicales et un débat public avec les Français en vue de décisions qui seront prises avant l’été 2013"
  • - abandon d'une réforme fiscale, après une série de mesures isolées et des reculs qui ont accentué la confusion dans ce domaine et surtout lésé réellement une partie des classes moyennes et populaires (dont certains se sont retrouvés contributrices alors qu'elles n'étaient pas imposables préalablement).

article_quimper.jpgD'ailleurs, sur ce dernier sujet, on voit bien comment la confusion jetée dans l'électorat de gauche et l'évitement d'une réforme fiscale profonde a permis de faire coaguler ensemble des protestations qui ne se seraient jamais rencontrées sinon : voir les ouvriers bretons défiler aux côtés de leurs patrons et de certains militants réactionnaires et identitaires à Quimper est assez inédit. Le retrait récent de FO de cette auberge espagnole n'y change rien le mal est fait, les autres syndicats peinant - suite à leur afaiblissement consécutitf à leurs difficultés à se positioner par rapport à la politique gouvernementale - à opérer des contre-feux ou à mobiliser des salariés de plus en plus profondément pessimistes sur des combats positifs.

On se retrouve exactement devant le même dilemne qu'avant mai 2012 : si la gauche n'assume pas son projet politique, ce n'est pas elle qui sera le réceptacle des aspirations et des demandes de changement, a fortiori si elle est au pouvoir. Ni le Front de Gauche, ni les confédérations de salariés n'arrivent aujourd'hui à mobiliser alors que les revendications sociales pourraient les porter (preuve s'il en est que les Français ne comprennent rien à la théorie éculée des "deux gauches" défendues par Jean-Luc Mélenchon), et le confusionnisme qui en découle pourrait rapidement profiter à des mouvements populistes d'extrême droite quelle que soit la région concernée (car on voit bien que le discours autonomiste breton - d'habitude plutôt généreux - est ici remplacé par une version assez négative).

Mais les groupuscules d'extrême droite menacent-ils la République au point que la gauche doivent la défendre dans la rue ? non... Les appels soudains à multiplier les manifestations contre l'extrême droite me paraissent à ce titre une fausse bonne idée ; d'autant que de la part d'une bonne partie des dirigeants du Parti Socialiste, il pourrait bien s'agir d'une médiocre stratégie politique pour rechercher désespèrément le soutien électoral de ceux qui nous désavouent au seul prétexte de faire barrage au FN. C'est là tout le débat qui avait occupé les socialistes lors de la table ronde des universités d'été 2013 sur la manière de combattre l'extrême droite : la majorité espérait que la menace électorale du FN, et du Rassemblement Bleu Marine qui cherche à le camoufler, serait un argument suffisant pour susciter une logique de défense républicaine au seul profit du Parti Socialiste. On en a vu l'inopérabilité d'élection partielle en élection partielle. Le danger FN dans les urnes n'est plus en soi suffisant pour inciter l'électeur de gauche à abandonner une tentation abstentionniste, ni même à reporter ses voix correctement au second tour.

La stratégie d'appeler à un meeting "contre les extrémismes" est par ailleurs encore confuse, car plutôt que d'appeler clairement à combattre le FN et les fascistes, la direction du PS (peut-être par erreur sémantique) tombe dans le même travers que François Fillon lorsqu'il appelle à voter "pour le moins sectaire" en cas de second tour gauche-FN.

L'autre espoir vain sur lequel peut compter le Parti Socialiste, c'est que la droite n'est aujourd'hui pas le réceptacle électoral du désaveu d'opinion dont souffre la gauche gouvernementale (qui entraîne avec elle dans une certaine mesure l'ensemble de la gauche) : la droite n'a pas bonne presse, elle est divisée et l'électeur ne se retournera vers elle pour sanctionner le gouvernement. Le FN/RBM aura également du mal à constituer des listes alternatives dans la plupart des villes et ne pourra engager un combat avec enjeu que dans quelques territoires symboliques comme Hénin-Beaumont, Carpentras ou Brignolles. Mais l'effet des triangulaires pourraient à nouveau être un handicap important pour la droite, d'autant que la plupart des maires de gauche (différent des Collomb et autre Rebsamen) ont en général plutôt assumé leur mission de "bouclier social" face à la crise, ce dont les électeurs pourraient leur être reconnaissant. C'est l'abstention qui peut fortement pénaliser la gauche dans ces élections locales, mais sans doute pas encore suffisamment pour conclure à une défaite cinglante comme en 2001 (défaite que l'on avait éludé, Matignon s'étant persuadé que Paris et Lyon suffisaient à signer la victoire). Il est à craindre que le gouvernement défende dès le 30 mars au soir, que les municipales marquent que le désaveu à son encontre est largement surjoué par un effet médiatique et qu'il n'y a donc pas lieu à changer. C'est alors aux élections européennes qu'avec ce type de discours risque de nous être présenté la note de manière plus cruelle encore, avec un électorat de gauche qui sera d'autant plus désabusé que le gouvernement n'aurait rien infléchi après les municipales : mais là encore on nous dira que les Européennes sont un défouloir et n'ont pas de réelle portée politique nationale.

Pourtant ce qui menace la République, c'est la misère sociale qui gangrène notre société et la désespérance économique qui étreint désormais tout notre pays : c'est là-dessus que surfe le FN. Changer de cap économique c'est répondre aux attentes des Français en rompant avec une logique sociale-libérale qui échoue ; c'est là que les Français attendent la gauche.

Ce n'est qu'en répondant à l'exaspération sociale des Français que nous pourrons briser le miroir aux alouettes du Front National. Tout discours "moralisant" est aujourd'hui inopérant tant que nos concitoyens ont l'impression que la politique qui est menée répond d'abord aux exigences du MEDEF, des agences de notation et des marchés financiers, plutôt qu'à la détresse économique vécue et à la confusion dans la société. Cela ne veut pas dire qu'il soit inutile ou interdit de démonter l'idéologie FN, mais les Français ne s'apprêtent pour 20% d'entre eux (dont certains électeurs de gauche) à voter FN parce qu'ils adhéreraient tous à ses idées nauséabondes. C'est effectivement un sentiment de ras-le-bol qui peut tout emporter, une partie de notre camp social s'estimant trahi et ne voulant pas pour autant s'entendre être catalogué "raciste". Ils sont sans doute dans l'erreur il joue avec le feu, mais alors dans ce cas déconstruisons les propositions du FN pour en démontrer les conséquences économiques et sociales ; et surtout agissons sur la réalité quotidienne de nos concitoyens (emplois, aides sociales, logement, transports, etc.) : nous n'en serons que plus forts ensuite pour rebâtir des cordons sanitaires avec les débordements xénophobes.

Investir pour l'économie et donc reécréer de l'emploi, reconstruire une fiscalité juste, sortir l'Europe de l'ornière austéritaire, c'est redevenir audible auprès des Français, inscrire notre action dans la durée et c'est là le vrai combat efficace contre les populistes et l'extrême droite.

A ce titre, on ne peut que se réjouir de l'annonce de la remise à plat du système fiscal français, en regrettant les quelques 15 mois perdus sur ce dossier. Mais nous ne sommes en rien assurés que ce travail soit suffisant : il faut des mesures fortes, mais il n'est pas garanti que le patronat une fois encore ne trouve pas un rapport de force en sa faveur comme le montre le refus d'intégrer dans la "remise à plat" la TVA. La gauche doit impérativement se mobiliser pour remettre dans le débat fiscal tout ce qui avait été suggéré par le Parti Socialiste en 2011.

Frédéric FARAVEL

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 15:32

logo MLG 2Il y a les sondages… Il faut toujours les relativiser et les regarder avec perplexité car s’ils mêlent les chiffres concernant les électeurs de droite et ceux de gauche, ils ne disent souvent rien sur les raisons des choix de nos concitoyens. Nous avons toujours pris beaucoup de distance avec cette pseudo photographie de "l’opinion".

Il y a eu les élections partielles qui ont sonné comme une alerte tant les électeurs de gauche ont boudé les urnes, quand certains ont pu se laisser égarer en votant pour le FN.

Il y a les rencontres avec nos concitoyens, avec les militants, qui montrent qu’après l’attente plus ou moins patiente se manifeste désormais la défiance, la colère ou pour le moins la consternation.

Il y a les décisions nombreuses qui creusent un fossé entre le gouvernement avec deux des trois plus grands syndicats représentatifs de salariés, dont les adhérents ont massivement voté pour François Hollande et qui désapprouvent des mesures qui vont a l’encontre de leurs revendications et même parfois de nos engagements pendant les présidentielles. On pense au CICE, à l’ANI, à l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites, etc.

Il y a les cafouillages, bidouillages, reculades, et parfois renoncements, qui entretiennent l’idée d’une absence de vision d’avenir, d’un manque de maîtrise de la situation et qui renforcent un sentiment d’inquiétude sur l’avenir.

Tout cela est connu et nul besoin de langue de bois pour éluder la crise politique majeure qui se conjugue à la grave crise économique et sociale que vit notre pays, comme bon nombre de pays européens.

Il n’y a pas seulement une succession de problèmes épars et d’erreurs ponctuelles, mais d’abord les conséquences des politiques d’austérité.

Il y a d’abord la situation objective du pays, la détérioration des conditions de vie d’un nombre croissant de nos concitoyens et surtout des signes peu encourageants pour l’avenir. Les délocalisations continuent à un rythme soutenu, la désindustrialisation n’est pas conjurée et les projets technologiques d’avenir ne semblent pas suffisants pour compenser la disparition de pans entiers de notre appareil productif. Le taux de chômage atteint des records dans toute l’Union Européenne et plus encore dans la zone Euro, la croissance prévue sera molle et même le taux particulièrement bas d’inflation manifeste des tendances à la déflation et à un taux d’activité limité. Le dumping social et fiscal continue de plus belle (cf. les bas salaires en Allemagne demeurent, les salaires ont fortement baissé en Espagne concurrençant notre économie) dans l’UE et la surévaluation de l’Euro poursuit son œuvre destructrice.

Si la plupart des Français demandent un changement de politique c’est bien qu’ils perçoivent que la logique de l’austérité – fut elle plus atténuée ici qu’ailleurs , l’alignement aux politiques européennes libérales et la pseudo-politique de l’offre sont des impasses. La marche forcée vers la réduction des dépenses publiques ne résoudront aucun de nos problèmes et le pseudo-remède s’avérera pire que le mal.

Le discrédit qui s’ancre dans une partie de plus en plus importante de la population et la dépression qui minent la France viennent de là.

Alors comment sortir de cette crise, comment retrouver confiance en nous mêmes ?

Aussi, rien  ne serait pire que de demeurer sourds et aveugles à ce qui s’exprime dans le pays et singulièrement dans les couches populaires, au sein du peuple de gauche. Rien ne serait pire que d’attendre une hypothétique amélioration de la conjoncture mondiale et européenne qui  viendrait régler nos problèmes. Car la réalité est que pour sortir de la crise, il faut en France une politique volontariste de relance de la croissance, une croissance durable engageant la transition écologique, une stratégie de redressement industriel, une redistribution des richesses.

Oui, le président de la République doit prendre la mesure de la gravité de la situation et prendre une initiative majeure pour engager une nouvelle étape de son quinquennat. Il doit proposer un changement de cap, un changement de politique et du coup un changement d’équipe.

Un sursaut s’impose, maintenant. Faire  le gros dos, ne rien changer, constituerait un grand danger pour le pays.

Nous lisons moultes commentaires sur l’intérêt pour le président de la République de prévoir un remaniement, pesant au trébuchet l’opportunité tactique de telle ou telle initiative. Ils nous consternent. Qui peut croire qu’un simple changement de casting peut faire illusion et régler nos problèmes ?

Disons le tout net : seul un changement de politique est à la hauteur de la gravite de la situation.

Ensuite, il y a tous ceux qui finalement confortent le chef de l’Etat dans ce qui pourrait apparaître comme sa tentation supposée naturelle, à savoir faire le gros dos pour laisser passer le gros temps. En fait, ceux là sont ceux qui estiment que les politiques austéritaires et libérales sont les seules possibles et chacun sait bien qu’ils ont de puissants soutiens… Surtout à droite, au MEDEF et dans les sphères économiques et financières. Les mêmes qui saluent le courage de François Hollande d’avoir su abandonner ses promesses "déraisonnables" ou "irréalistes" de campagne. Les mêmes qui n’ont pas voté pour lui et qui ne le feront jamais mais qui se réjouissent qu’une gauche fasse le sale boulot et surtout discrédite elle même les idées, les propositions et les idéaux qui font son identité et son succès électoral. Pour eux, c’est tout bénéfice.

Mais l’enjeu n’est pas qu’électoral pour la gauche et le Président. Encore qu’en démocratie, cela n’a rien d’anormal ou d’infamant. Il est plus lourd, il en va de l’avenir du pays.

Répondre au cas par cas, territoires par territoires, aux colères et mouvements qui s’expriment ne résoudra rien et risque au contraire de voir se renforcer les tendances aux replis identitaires, la recherche de boucs émissaires et l’exacerbation des oppositions entre salariés, régions, activités. Il faut une réponse globale et de fait un changement de politique.

Quel changement de politique ?

A l’évidence le premier verrou à faire sauter pour une sortie de crise est bel et bien d’abandonner le suicidaire discours du TINA (There is no alternative, il n’y a pas d’alternative) et bel et bien de revenir à des points clefs des propositions du candidat Hollande et du discours du Bourget qui ont fait son élection.

nouveau-logo-psLe changement de politique, c’est bel et bien de revenir au "changement c’est maintenant". Et maintenant, c’est maintenant !

On voit quelques points clefs et prioritaires de ce changement:

1. Sortir de la politique d’austérité et proposer un plan de relance de la croissance en France, fondé sur une relance ciblée de la  consommation populaire et des investissements en particulier par des grands travaux, le soutien à la transition énergétique et des projets industriels préparant l’avenir. Le plan que nous avons présenté avec le courant «Maintenant la Gauche» dès février dernier manifestait déjà notre conviction que la politique gouvernementale n’atteindrait ni son objectif économique de réduction des déficits, ni ses objectifs sociaux, ni ceux en terme d’emplois. Il faisait des propositions qui demeurent de pleine actualité (http://www.maintenantlagauche.fr/retrouvez-le-plan-de-relance-ecologique-et-social/).

2. Engager une réforme fiscale globale cohérente et durable avec un grand impôt progressif fédérant l’Impôt sur le Revenu et la Contribution Sociale Généralisée, en commençant par rendre progressive la CSG, en accroissant le nombre de tranche de l’IR et en supprimant de nombreuses niches fiscales. Revenir sur les hausses de la TVA et instaurer une fiscalité écologique qui serve réellement à de grands travaux de transitions énergétiques et à la lutte contre l’effet de Serre. Enfin, restaurer une égalité de prélèvements entre les PME et les grandes entreprises ainsi qu’une lutte sans merci contre l’évasion fiscale. Systématiser la conditionnalité des aides fiscales aux entreprises, remettre en cause le CICE pour toutes les entreprises qui ne sont pas confrontées à la concurrence mondiale, recadrer le crédit impôt recherche trop souvent dévoyé.

3. Une stratégie de redressement industriel plus globale au delà des 34 projets industriels annoncés, mener une stratégie de défense des secteurs industriels menacés avec des programmes de filières et d’interventions renforcées par le capital public, voir de nationalisation temporaire (chantiers navals, agroalimentaire, raffinerie). Il faut ne pas se laisser paralyser par les directives européennes sur les aides publiques et exiger leur renégociation.

4. Redonner de la cohérence à l’Etat et une haute qualité aux services publics. Il y a urgence à renforcer les moyens aux hôpitaux publics et aux services d’urgence mais aussi de prévoir les indispensables recrutements pour la police de proximité et pour la justice, en particulier pour créer de vrais services permettant la mise en œuvre de peines de substitutions à la prison et bien sûr pour l’école mais aussi l’éducation populaire. La première exigence est de revenir sur la suppression des postes dans la fonction publiques en 2014. Restaurer les services publics c’est remettre en cause les privatisations comme celle des autoroutes mais aussi les Partenariats Publics Privés si fréquents et si coûteux. Il convient de réfléchir à un nouveau fonctionnement de l’Etat dont les missions ont évolué et qui est actuellement trop désorganisé, et ce en associant les fonctionnaires qui sont souvent mal reconnus et peu écoutés.

5. Il faut des actes et une attention particulière à notre jeunesse. Trop de jeunes vivent dans des familles pauvres, trop d’étudiants doivent travailler pour étudier, trop d’entre eux jeunes diplômés ou non ont le sentiment que leur avenir est bouché en France et que le pays n’est pas prêt à leur faire confiance et à les accompagner dans leurs projets.

Changement de politique par et pour le rassemblement des forces de gauche et écologistes.

Il s’agit là des points d’appui pour l’indispensable sursaut. Si ces sujets semblent majeurs, le changement de politique doit partir d’une feuille de route pour les 3 années à venir qui soit un nouveau pacte de confiance proposé aux Français, préparé à partir d’une dynamique de rassemblement des forces de gauche et écologistes.

Aucun président même avec  la Vème République ne peut gouverner sans une majorité politique et sociale. Or, la majorité politique qui a garanti l’élection de François Hollande n’est pas rassemblée autour d’objectifs, d’un programme, ou à tout le moins de grandes priorités pour réussir le changement auquel nos concitoyens aspirent et pour présenter une voie d’avenir au pays.

Pour préparer ce pacte, il faut réunir tous les leaders des partis et mouvements de gauche et écologistes pour préparer ce nouveau pacte, en tout cas pour fixer des points de convergences permettant cette étape nouvelle et de retrouver la confiance et l’espoir.

Le sursaut qui s’impose doit être global, économique, social et politique.

Partager cet article
Repost0
20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 12:58

Le président et le gouvernement de la République se doivent évidemment de tracer des perspectives à long terme pour que leur action ne soit pas une simple administration ou cogestion à court terme et courte vue d'une situation donnée, enfermée dans le carcan du capitalisme financier mondialisé.

Ainsi, les critiques émises par l'UMP et ses principaux responsables sont non seulement un mauvais procès mais tombe à plat. Il est évident qu'elle ne partage pas une partie des orientations mises en œuvre par le gouvernement, mais elle ne peut tirer argument du séminaire du lundi 19 août 2013 à l’Élysée pour démontrer que celui-ci serait incapable de résoudre les problèmes actuels et quotidiens des Français se résolvant à une manœuvre dilatoire, car :

  • - non seulement elle s'est déjà elle-même prêtée à ce type d'exercice ;
  • - la résolution des défis du pays d'aujourd'hui serait impossible sans la considérer dans un projet plus large.

La question de savoir s'il s'agit en fin de compte d'une bonne opération de communication politique est par ailleurs un sujet totalement différent et parfaitement secondaire.

la-france-de-2025_4007987.jpgÀ la veille de l'élection présidentielle, François Hollande avait publié un petit livre de dialogue avec Edgar Morin. Ce dernier disait : « On ne peut rétablir confiance et espérance que si l'on indique une voie nouvelle. Pas seulement la promesse de sortir de la crise mais aussi de changer la logique dominante. » Et celui qui allait devenir Président de la République lui répondait : « La politique ne se réduit pas à la bonne intendance de l'économie. On semble avoir oublié, pendant les dernières décennies, la politique a trop abdiqué devant l'économique. » Nous pouvons donc constater que le président de la République revient donc à une intuition plutôt juste en proposant de travailler à l'état de la France pour 2025.

Cela implique cependant de savoir penser les ruptures nécessaires pour imprimer une logique différente de celle qui nous conduit actuellement à accélérer la diminution des dépenses publiques sans parvenir pour autant à résorber nos déficits, et du même coup à mettre à mal les services publics et donc la cohésion sociale (pourtant l'un et l'autre facteurs de croissance économique). L'exercice mis en musique hier à l’Élysée par le gouvernement touche évidemment sa limite lorsque l'on sait que l'essentiel du travail sera fourni par la commission de prospective, dirigée par M. Pisani Ferry. valls_19-08-2013.jpgOr la prospective est un exercice faussé qui oublie l'improbable, l'inattendu et l'imprévu et qui amène une autorité à se croire exonérer d'élaborer et de porter un projet politique (les sorties de Manuel Valls sur la justice puis sur l'immigration posent d'ailleurs question sur le niveau du partage d'un même projet entre certains membres du gouvernement). C'est l'aveu que le nouveau pouvoir avait oublié l'avertissement d'Edgar Morin. Qu'il manquait de vision, d'ambition, d'audace.... Bref, qu'il gouvernait au jour le jour. En somme, qu'il était tombé exactement dans ce piège qui menace toujours ceux qui sont passés aux affaires.

Rien n'est perdu pour autant et c'est pour cela qu'il faut impérativement analyser ce qui manque dans le travail actuel pour permettre à la gauche au pouvoir de donner suffisamment de perspectives aux attentes du pays et du peuple de gauche, pour l'emporter à nouveau en 2017.

Résoudre le manque de cohérence financière

Malgré le plan d'investissements d'avenir, il paraît aujourd'hui évident que l'investissement public est appelé dans les circonstances actuelles à diminuer. En effet, les baisses annoncées des dotations aux collectivités territoriales impliquent que celles-ci auront à la fois moins de marges de manœuvre pour assurer leur rôle de bouclier social essentiel en période de crise économique mais aussi moins de capacité à jouer leur rôle d'acteur économique (alors qu'elles assurent 60 à 70 % des investissement publics dans le pays).

Résoudre le manque de cohérence territoriale :
projets-prioritaires-et-projets-reportes-selon-les-preconis.jpgIl n'est pas pertinent de se limiter à additionner les projets engagés en divers points du territoire national (le renforcement de la municipalisation du PS a amené certains de ses élus à croire qu'on disposait d'un projet pour le pays quand on consolidait les projets locaux ou qu'on tentait de les généraliser à l'échelle nationale, alors que les deux natures sont foncièrement différentes). Il est plus que jamais nécessaire d'interroger leur opportunité et surtout leur capacité à faire système, donc à créer un dynamique.

Si le rapport de Philippe Duron (Maire de Caen, président de l'agglomération Caen-la-Mer et député, spécialiste de longue date des questions de transports) propose de mettre enfin terme à une logique du tout TGV pour se réorienter vers la réponse aux besoins de transport quotidiens des habitants et de maillage du territoire, le cas problématique du projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes démontre par exemple qu'on interroge insuffisamment la pertinence des fonds engagés dans cette infrastructure, dont on peut raisonnablement douter de l'utilité au regard des infrastructures existantes dans l'Ouest français et leur capacité à monter en charge.

Fessenheim.jpgDe même, comment peut-on sérieusement engager la transition énergétique avec pour seul discours/symbole la fermeture de la centrale de Fessenheim en 2016, tout en continuant d'investir massivement dans l'entretien du parc nucléaire et la recherche pro-nucléaire ? Et ceci, sans jamais réfléchir aux nécessaires démantèlement à venir, sans jamais renforcer de manière conséquente l'investissement dans la recherche et l'industrialisation des énergies renouvelables…

Résoudre le manque de cohérence européenne

Comment engager la transition écologique sans remettre en cause le modèle actuel de la PAC ? Celui-ci oscille sur un postulat pernicieux de productivisme agricole mâtiné de préservation des paysages. Elle pèse par ailleurs toujours plus lourdement en pourcentage sur un budget européen qui – déjà malthusien – vient d'entrer avec notre accord dans une logique austéritaire. Cette logique nous aliène ainsi une bonne part de nos partenaires européens et nous rend inaudibles sur d'autres sujets.

Comment engager la transition énergétique sans le faire de manière coordonnée à l'échelle continentale ? Tout en risquant en parallèle d'amoindrir encore la protection de nos industries, en s'engageant de la pire des manières dans la négociation d'un traité de libre-échange transatlantique.

Comment engager la réflexion à 10-15 ans sur l'avenir du pays sans commencement d'harmonisation fiscale et sociale des différents États de l'Union Européenne ?

Enfin, comment mener à bien les différents projets d'innovation et de transition indispensables à la cohésion et à la compétitivité européennes en maintenant en l'état les statuts de la Banque centrale européenne (BCE), qui l'empêchent de financer directement les investissements nécessaires ?

Réviser la relation des socialistes et de la gauche à l'exercice de l’État et du pouvoir

Ayrault_19-08-2013.jpgL'été 2013 a été marqué par un Président de la République omniprésent sur terrain, auprès des Français. François Hollande a souhaité donner l'image d'un président de la République qui s'occupe du quotidien mais il a curieusement laissé le Premier Ministre mettre en musique un séminaire gouvernemental sur l'avenir du pays à 10 ans.

Cette pseudo-inversion des rôles démontre la confusion qui existe à gauche sur le fonctionnement de nos institutions. Elle rappelle au demeurant que leur logique n'est pas non plus interrogées : plus personne ne parle de VIème République. Le "Président normal" était de toute évidence une stratégie de communication de campagne, elle permettait par ailleurs d'éviter le débat de fond sur nos institutions et l'état de notre démocratie ; le sujet est d'autant plus criant qu'on est désormais revenu à l'hyper-présidence induite par la Vème République réduite au quinquennat.

Enfin, la logique voudrait que ce soit le rôle du parti majoritaire, en l'occurrence le Parti Socialiste, de conduire l'exploration de l'avenir et de penser aux manières de transformer la société française, quand le gouvernement devrait être chargé de mettre en œuvre les engagements du candidat élu. Mais, ce dernier s'était déjà largement exonéré du projet socialiste patiemment élaboré de 2009 à 2011 ; il ne laisse aujourd'hui au Parti aucune marge de travail et de débat. La direction du PS est donc essentiellement chargée de l'anesthésie des militants (comme ce fut le cas de 1998 à 2001 avec un autre Premier secrétaire), la pâleur des intitulés des tables-rondes et ateliers prévus pour les universités d'été du PS en 2013 en témoigne.

Harlem_Desir_France_Info.jpgLa direction du Parti est aujourd'hui réduite à un rôle de porte-parole du gouvernement français ; elle n'est pas toujours bien inspirée, comme le prouve les sorties d'Harlem Désir qui apportent résonance à chaque provocation stériles de Jean-Luc Mélenchon et mettent maladroitement le PCF en demeure de rompre avec lui (alors que les municipales s'annoncent déjà complexes).

Il est grand temps que chacun reprenne son rôle et assume le débat et la nécessaire confrontation avec les logiques libérales et conservatrices qui se sont imposées depuis 20 ans en Europe. La Gauche ne saurait se contenter en France comme ailleurs d'être un moindre mal comparé à la violence prévisible des éventuelles réformes de la droite. Pour vaincre les populismes, les communautarismes et sauver la construction européenne de ses propres dirigeants, nous avons besoin de véritables ruptures.

Frédéric FARAVEL

Partager cet article
Repost0
28 janvier 2013 1 28 /01 /janvier /2013 13:11
Partager cet article
Repost0
25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 08:11

 

MLG_09-02-2013.jpg

Partager cet article
Repost0
12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 08:49

Je suis heureux et fier que la Motion 3 dans le Val-d'Oise ait réuni 230 voix et 16% des suffrages exprimés dans le Val-d'Oise.

banniere_MLG_95_recto_verso.jpgJe suis fier des militants socialistes valdoisiens de la motion 3 parce que c'est le résultat d'un travail collectif et de leur mobilisation.

Je souhaite encore remercier les camarades qui ont fait la tournée des sections et qui ont beaucoup donné pour ce résultat.

contrib_10-09-2012_7.jpgJ'adresse particulièrement un salut amical à ce titre à notre camarade Adélaïde Piazzi, qui a fait un gros boulots dans ce sens, en allant débattre dans des grandes sections qui nous sont rarement acquises ou bienveillantes.

273134_emmanuel-maurel-vice-president-ps-en-charge-de-la-fo.jpgJe veux remercier Emmanuel Maurel pour le courage, la ténacité et la force de convictions dont il a fait preuve pour porter haut les couleurs de la gauche du PS dans ce congrès qu'une partie de la direction aurait préféré ne pas faire.

J'espère qu'il pourra encore nous donner le LA d'ici le 18 octobre et ensuite !

Ce score est encourageant car il est au même niveau que celui de la motion C en 2008 (16,37%), alors même que certains de nos camarades ont quitté le parti ou la fédération et que certains de nos amis ont préféré se joindre à un texte dit "majoritaire" qui exprimait des positions qu'ils ne partageaient pas du tout.

Nous avons fait le choix du débat et de la clarté et nous n'en sommes pas déçus au contraire : nous avons été et nous serons utiles aux socialistes.

Le taux de participation est faible - c'est une inquiétude, car nous avions besoin d'un parti mobilisé pour aider le gouvernement à réussir - et le résultat de la motion 1 est très en dessous des attentes de ses responsables : ce sont eux qui ont organisé le congrès dans un calendrier étriqué, donné le spectacle d'un fonctionnement opaque et tenté d'éviter le débat politique ; il faudra qu'ils révisent quelque peu leurs postures, désormais.

Cette situation nous oblige et nous donne d'autant plus de responsabilités pour faire vivre le Parti et aider à la réussite de la gauche au pouvoir.

Frederic_Faravel_14-07-2012.jpgLes résultats ci-joints en PDF sont encore partiels car deux sections posent problème en termes de respect des procédures et nous en débattront fermement mais en toute camaraderie en commission de récolement des votes.

Merci, encore merci et bravo à tous mes camarades,

Frédéric FARAVEL
Mandataire fédéral de la motion 3

Partager cet article
Repost0
6 juillet 2012 5 06 /07 /juillet /2012 08:42

Personne ne dira que l'on peut conclure simplement les débats du Parti Socialiste. Cependant, sur l'austérité, sur le Traité Merkozy qui n'a pas été renégocié, sur la manière de retrouver le chemin d'une "gauche populaire", sur le besoin de poursuivre la rénovation du Parti Socialiste et d'approfondie notre démocratie politique et sociale, la gauche du PS ne peut pas se taire durant le congrès. Pour toutes ces raisons et aussi pour faire vivre le débat démocratique, alors que tant de questions fortes se posent aux socialistes et à la gauche, je suis convaincu que nous devons déposer une motion.

Vous trouverez ci-dessous un article de Mediapart très instructif.

Frédéric Faravel

Que reste-t-il de l'aile gauche du PS ?
06 juillet 2012 | Par Stéphane Alliès

À quoi ça peut ressembler une aile gauche au pouvoir ? Sans faire de bruit, en regardant souvent avec sympathie la percée de Mélenchon durant la présidentielle, tout en restant loyal envers François Hollande, le courant de la gauche du PS cherche aujourd’hui comment exister dans la majorité absolue socialiste.

Si une partie des militants ont reproché à Benoît Hamon de ne pas s’être présenté à la primaire, ouvrant un boulevard de "troisième homme" à Arnaud Montebourg, le courant Un monde d’avance ("UMA", voir leur édition dans le club de Mediapart) sort renforcé institutionnellement de la séquence électorale. «Ce qu’a fait Benoît, ce n’était quand même pas gagné», reconnaît l’ex-mélenchoniste Marianne Louis, restée au PS et devenue conseillère régionale Île-de-France. Après avoir uni les clubs de la gauche du PS derrière lui au congrès de Reims de 2008 (anciens de la Gauche socialiste, proches d’Henri Emmanuelli, ex du Nouveau parti socialiste et piliers de Nouvelle Gauche – son courant originel, majoritaire à l’Unef et au MJS), Hamon est devenu porte-parole du parti, fort de ses 20 % obtenus au vote militant, et de sa position de «seule nouveauté» au milieu du désastreux duel Aubry/Royal.

«Voix officielle du parti, il a forcément été un peu normalisé, explique l’un de ses proches. Mais il ne s’est pas renié sur l’essentiel.» Lors de l'université de rentrée de son courant, en septembre 2010, Hamon tapait du poing sur la table pour expliquer l’utilité de «peser à l’intérieur» du parti, même comme porte-parole du parti socialiste. Même si l’ambition programmatique affichée alors est à nuancer aujourd’hui…

Au contraire de l’ensemble des autres courants, qui ont peu à peu implosé entre le congrès de Reims et la primaire, UMA est resté structuré dans toutes les fédérations départementales. Après avoir trusté un nombre considérable de postes dans la direction du parti, ils sont désormais 22 députés élus (18 hommes, 4 femmes). Et Benoît Hamon est même entré au gouvernement, comme ministre délégué à l’économie sociale et solidaire. Une nomination à laquelle il ne s’attendait pas, mais qui oblige l’aile gauche à la solidarité gouvernementale. «Quand on est dans les ministères, on est tenu politiquement, explique un cadre hollandais. C’est difficile d’aller à l’encontre de son ministre de tutelle, encore plus quand le prochain congrès aura lieu au moment des arbitrages budgétaires.»

Il y a deux ans, le même Benoît Hamon déclarait : «Le rôle de notre courant est de représenter une garantie pour le reste de la gauche. Nous, on est vraiment dangereux pour les banques. Et on va se battre pour que le programme présidentiel ne soit pas une version “A prime” quand la droite présenterait une “version A”.» Désormais, il est au pied du mur.

Quelle relation avec Hollande ?

Le nouveau ministre délégué est à l’aise dans le gouvernement, même s’il ne partage pas forcément le goût affirmé pour la rigueur et l’équilibre budgétaire de la plupart de ses collègues. «Mon sujet, ce n’est pas d’ennuyer Hollande. On est contre Merkel tous les deux», dit-il. Lui entend jouer son rôle de ministre de gauche en occupant son secteur, porteur politiquement, de l’économie sociale et solidaire. Se battre pour que les 150 000 emplois d’avenir soient totalement dédiés au "non-lucratif", favoriser le statut des coopératives professionnelles, rapprocher les guichets de la future banque publique d’investissement des quartiers populaires…, ses objectifs propres ne manquent pas.

Quant à l’attitude de son courant face au pouvoir, il fait mine de ne pas trop s’en mêler, préférant laisser s’exprimer ses proches. «La question n’est pas d’exister comme une “petite musique” en tant que telle. Celle-là, on l’entendra à l’Assemblée», explique Hamon.

Parmi ses proches, l’appréciation de la situation fait encore en débat. Selon Marianne Louis, «on est au moins d’accord sur le diagnostic post-électoral : on l’a tous vu sur le terrain, la victoire de Hollande n’a pas été qu’un rejet de Sarko, même si on n’avait pas forcément parié là-dessus au départ». Lors du conseil national d’Un monde d’avance, samedi dernier, la tonalité générale était plutôt d’encourager le président à aller plus loin, plutôt que de lui reprocher d’avancer trop lentement. «Le message qui nous réunit, c’est “Hollande, tiens bon !”, dit le nouveau député Pouria Amirshahi. On n’acceptera pas que l’on fasse la pédagogie de la rigueur, mais on peut comprendre qu’il y ait une pédagogie du rythme des réformes. Le coup de pouce au Smic fait tousser, mais s’il s’accompagne d’une loi fiscale et bancaire dans le même mois, ce n’est pas pareil

Nouveau secrétaire général du courant, Guillaume Balas prend lui l’exemple épineux de la renégociation du traité budgétaire européen : «Hollande a réussi à faire bouger les choses, puisqu’on parle de croissance. On a donc là les premiers éléments d’une stratégie alternative. Mais si le dernier sommet est une fin et non un commencement, alors on risque de grosses difficultés, pour le pays comme pour le PS

«Notre questionnement, renchérit Marianne Louis, c’est “comment créer les conditions du rapport de force politique pour que Hollande aille au bout de ses 60 propositions ?”. Il nous faut éviter que le verrou de l’austérité s’installe qui empêche la mise en œuvre de la parole donnée.»

De son côté, l’ancienne ministre et aujourd’hui sénatrice, Marie-Noëlle Lienemann, qui a «une certaine expérience d’une aile gauche au pouvoir», après avoir connu la gauche socialiste avec Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon sous Mitterrand puis sous Jospin, grimace. «Il y a à chaque fois une tentation répandue de ne pas l’ouvrir au début, parce qu’on ne serait pas compris ou pas audible, dit-elle. Mais à chaque fois, on le paie cher ensuite.» Elle aimerait par exemple que la question du référendum pour la ratification du traité soit portée par l’aile gauche du PS, mais se retrouve bien minoritaire pour l’heure.

Quel rôle à l’Assemblée ?

«Nos 22 députés ne sont pas d’un courant, mais se reconnaissent dans un courant. On ne sera pas une secte, mais ouvert au débat en permanence», dit le secrétaire général du "courant Hamon", Guillaume Balas : «Il est impensable de calquer sur le groupe notre fonctionnement du PS en interne. On ne déposera pas des “amendements UMA”, dit Pouria Amirshahi, élu des Français de l’étranger. Tout simplement parce qu’il y a un grand ventre mou dans cette majorité parlementaire. Et qu’on peut emmener avec nous plusieurs députés petit à petit. Quand le tourbillon de la tempête financière va arriver, il y aura sans doute des décisions à prendre pour certains dans ce ventre mou…»

Pour autant, les 22 députés de l’aile gauche ont prévu de se réunir tous les mardis, avec les cadres du courant, afin de discuter en amont de leur positionnement par rapport à l’actualité législative. «Ce groupe allie loyauté par rapport au PS et capacité de rénovation», nous expliquait, il y a deux semaines, Razzy Hammadi, nouveau député de Seine-Saint-Denis et lieutenant de Hamon. Il l'affirme : «La gauche au pouvoir a une responsabilité historique. Nous serons un soutien sans faille pour le gouvernement, mais aussi une force d'initiative. La réussite ne passe pas par la caporalisation. Nous souhaitons poursuivre la bataille culturelle que nous menons depuis des années.»

Chez d’autres députés socialistes, cette arrivée massive de députés de l’aile gauche (il n’était que trois dans la mandature précédente) inquiète. «Ils vont jouer en meute», s'inquiète ainsi un député proche des anciens réseaux strausskahniens. Réplique immédiate de Barbara Romagnan, nouvelle députée du Doubs : «Ceux qui nous voient comme une meute sont sans doute jaloux d’être moins cohérents entre eux.» Pour cette ancienne proche d’Arnaud Montebourg engagée dans la convention pour une VIe République et dans le courant NPS au début des années 2000, «il va être important de se prémunir des dérives qui nous guettent quand on a le pouvoir. La suffisance technocratique, la gestion immédiate, le repli dans une tour d’ivoire».

Déjà, elle estime que «vu ce qu’on a dit pendant la campagne sur les lobbies, notamment pétroliers, on doit être capable de résister davantage». Comme l’exaspère l’actuelle fuite en avant des cumulards socialistes, qui se verraient bien conserver leurs mandats jusqu’en 2014, une fois la loi votée, malgré leurs promesses (signées au parti) d’abandonner tout siège dans un exécutif local dès septembre prochain. «Le partage du pouvoir est indispensable si on veut être crédible quand on annonce vouloir partager les richesses

Sur le fond, les parlementaires de l’aile gauche entendent être actifs sur «des mesures emblématiques», dit Marie-Noëlle Lienemann, seule représentante d'Un monde d’avance au Sénat. «Il faudrait par exemple faire en sorte que les cotisations sociales ne pèsent pas uniquement sur les salaires, dit-elle. Si les 60 propositions de Hollande doivent être mises en œuvre, il n’y a pas que les 60  propositions non plus

Pour Barbara Romagnan, «il va aussi falloir se saisir des questions d’économie sociale et solidaire, pour appuyer l’action de Benoît Hamon dans son ministère». Et de noter également qu’il y aura possibilité de faire de l’œil au reste de la gauche, échaudé par les réflexes “hégémonistes” de la majorité socialiste : «Ce qu’on porte seul au PS est aussi souvent porté par le PCF ou les écolos…»

Quelle place au parti et durant le congrès ?

Quant au congrès du PS prévu du 26 au 28 octobre à Toulouse, le «débat stratégique n’est pas tranché». Lors du conseil national de samedi dernier, les points de vue se sont divisés en trois camps : ceux qui pensent préférable de s’intégrer à une grosse motion (comme en 1981 après la victoire de Mitterrand), ceux qui veulent coûte que coûte soutenir un texte alternatif (comme en 1997 après le succès de Jospin), et ceux, majoritaires, qui préfèrent attendre début septembre, quand viendra le temps du dépôt des motions pour le congrès.

«On va évaluer fin août le contexte, notamment européen, et l’état d’esprit du reste du parti, comme du pouvoir», résume Guillaume Balas. Dans cette période, les universités de La Rochelle permettront de jauger les intentions de chacun. Mais déjà, plusieurs figures de l’aile gauche s’inquiètent de la perspective d’assister à un «séminaire gouvernemental géant», où les ateliers de réflexion seraient transformés en tables rondes explicatives de l’action de chacun des ministres. «Ça ne laisse pas augurer d’une vision d’un parti autonome, plutôt d’une courroie de transmission», dit l’une d’elles.

Toute la difficulté pour Un monde d’avance va être, selon Pouria Amirshahi, de se situer «entre le réflexe pavlovien du planter de drapeau et un autre réflexe, tout aussi pavlovien, de se laisser griser par l’effet de la victoire, et donc d’abandonner tout esprit critique».

Concrètement, le courant Hamon va déposer la semaine prochaine une contribution générale, signée par tous ses responsables, Benoît Hamon en tête. Mais d’autres devraient déposer également en leurs noms d’autres contributions générales supplémentaires, par exemple Marie-Noëlle Lienemann ou Gérard Filoche, se prononçant notamment avec insistance sur la nécessité d’un référendum pour valider les traités européens.

Une possibilité ouverte par l’annonce de Solférino selon laquelle tous les cadres socialistes pourraient signer plusieurs textes. Cette nouveauté permet à chaque ténor ayant éventuellement vocation à diriger le parti de se distinguer en juillet, tout en se réservant la possibilité de se ranger derrière une probable grande synthèse en septembre.

Dans ce cadre, «il y a un intérêt évident à être l’autre motion en lice, car avec les nouveaux statuts, les premiers signataires des deux textes arrivés en tête seront candidats à la tête du parti, décrypte un responsable de “l’équipe hollandaise”. Et mécaniquement, Hamon ou l’un des siens pourraient faire un gros score». «Mais ça peut aussi être compliqué pour eux, estime-t-il, car ce sont eux et Montebourg qui ont dit qu’ils “mettraient au pas” ou “déclarerait la guerre” à la finance. Pas nous. Nous, nous avons été sur une ligne réaliste, de vérité et de responsabilité». De fait, au congrès de Brest en 1997, Jean-Luc Mélenchon, qui s’était présenté seul face à François Hollande, n’avait recueilli que 8,2 % des voix.

Pas grave, pensent certains, comme Marianne Louis, partisane «d’aller à la motion». «On nous dira que nous ne sommes pas dans le “pacte de l’unité”, estime-t-elle. Mais, face à la complexité des accords de couloirs pour faire une grosse motion unique, on jouera au moins le “pacte de la transparence”. Nous, nous débattrons d’orientation, quand ça risque fort de ferrailler sévère entre le reste du parti cherchant à se mettre d’accord sur des places. Car chaque ministre va arriver en voulant placer ses collaborateurs…»

Au-delà du congrès qui fait tanguer le navire, le courant Hamon semble tout de même avoir encore de beaux jours devant lui. Depuis le regroupement des différentes composantes de l’aile gauche en 2008, l’acculturation commune semble fonctionner entre les diverses sous-cultures d’Un monde d’avance. «On a peu à peu créé de l’homogénéité, explique Marianne Louis. Pour ceux qui sont passés par la Gauche socialiste, la place de la question sociétale par rapport à la question sociale n’était pas aussi forte que pour ceux de Nouvelle Gauche. Un truc comme "Osez le féminisme", on n’y aurait jamais pensé avant, et c’est très bien. »

«Il y a d’autres façons de peser que d’aller jusqu’à une motion alternative de congrès, ajoute Guillaume Balas. Par exemple, on commence à entrer en contact avec des ailes gauches des autres partis sociaux-démocrates européens. C’est le début des balbutiements, mais on voit qu’elles se renforcent au Portugal, en Belgique, en Autriche. Ils sont 23 députés du SPD à avoir voté contre le pacte budgétaire…».

Lui, comme l’ensemble du courant Hamon, ne comprend pas que Hollande et la direction du PS aient salué la victoire des conservateurs de "Nouvelle Démocratie" sur le parti de gauche radicale Syriza en Grèce. Et il s’interroge : «C’est une erreur absolue. Si on est cohérent dans la recherche d’alliés pour mener la bataille européenne, pourquoi s’allier avec la droite ?» C'est dur à dessiner, une aile gauche au pouvoir.

Partager cet article
Repost0
27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 07:01

nouveau-logo-psLes chroniqueurs en font leurs choux gras ; les responsables politiques et les militants pestent avec plus ou moins de bonne foi... Les députés écologistes ont voté blanc à l'Assemblée Nationale pour l'élection de son Président. Une chose est sûre : alors que Thomas Legrand glosait hier matin sur France Inter sur la PRGisation probable d'Europe-Ecologie/Les Verts, on pourra dire qu'il s'est une nouvelle fois trompé.

J'ai pu lire que certains voyaient dans ce vote blanc l'allergie supposée des Verts aux "fils de prolétaires" que représentaient opportunément Claude Bartolone. Donc il n'y aurait aucun fils de prolétaires chez les Verts ? Soyons plus prosaïques ; malgré toutes les qualités (réelles) du nouveau président de l'Assemblée Nationale, malgré la sincérité de son engagement de gauche, on pourra cependant dire que Claude Bartolone, en charge des relations avec les partenaires politiques du PS dans l'équipe de Martine Aubry, ne s'est pas particulièrement illustré par son zèle à arrondir les angles. logoEELVSi l'on se réfère juste aux relations tumultueuses, que Claude Bartolone entretenait avec les partenaires du PS, il est plus surprenant que les députés du Front de Gauche aient voté pour lui - alors qu'il est le principal artisan de la mise en minorité du PCF en Seine-Saint-Denis - que les écologistes aient voté blanc.

D'aucuns se sont offusqués, poussant des cris d'orffraie, invoquant la trahison du "vote populaire", rien que ça. Autant reconnaître que les torts sont au minimum partagés. Depuis que les écologistes ont signé un accord avec les socialistes, osons reconnaître que nos propres camarades se sont employés avec un malin plaisir à le contourner ou le vider de sa substance.

D'abord dès la prise de position du candidat Hollande qui disait qu'il ne tiendrait aucun compte des propositions contenues dans l'accord parlementaire PS-EELV. Ensuite, en traînant les pieds dans la plupart des circonscriptions réservées aux écologistes (surtout dans la 6e de Paris où se présentait Cécile Duflot, où ils menacèrent même de ne pas désigner de suppléant), dénigrant souvent en interne la qualité des candidats, ou soutenant ouvertement comme le fit Gérard Collomb (Sénateur, Maire de Lyon, président de la Communauté Urbaine : bonjour le cumul !), des candidats contre nos candidats communs, ce qui en toute logique aurait dû lui valoir une procédure d'exclusion rapide du PS. A cette occasion, c'est Philippe Mérieu - dont les qualités ne peuvent être mises en cause - qui en fit les frais.

Avec ce type de méthode, le groupe parlementaire écologiste atteint péniblement 17 députés alors qu'il aurait dû s'approcher de la trentaine, si les socialistes avaient respecté leur parole. Cette situation est d'autant plus humiliante que les dissidents sont en voie de réintégration rapide dans le groupe socialiste (et sans doute bientôt dans le Parti) : "pour être intégré il suffit de le demander" avoue-t-on ouvertement. Finalement, on fait plus de cas de la blessure de la seule Ségolène Royal que de l'affront fait à nos partenaires.

Je rappelle également que la présidence de la commission "développement durable" de l'Assemblée Nationale était aussi attribuée aux écologistes dans l'accord PS-EELV ; les responsables socialistes du groupe parlemenaire n'ont pas plus de respect pour cet accord que nombre d'autres responsables socialistes.

Enfin, on peut comprendre le trouble de nos camarades écologistes - partagés par beaucoup de militants socialistes - des conditions de transfert de Nicole Brick de l'écologie vers le commerce extérieur. Ce qui n'est évidemment pas une promotion et vient sans doute sanctionner ses positions par trop proches des écologistes sur certains sujets, comme le nucléaire et les forages pétroliers en Guyane.

Je passe sous silence l'épisode ridicule où il fut reproché à Cécile Duflot d'avoir défendue une position connue, ancienne et durable sur la dépénalisation du cannabis, affaire montée en épingle, alors que les sujets qui nous intéressent sont avant tout économiques et sociaux.

Enfin, Alain Vidalies a commis une véritable faute de dénier aux parlementaires écologistes leur liberté de vote. Lionel Jospin, confronté à une majorité plurielle, avait pour le coup respecter ses partenaires, expliquant que le contrat de majorité tiendrait tant que communistes et écologistes voteraient les budgets de l'Etat et de la sécurité sociale. Mais il faut croire ici que la majorité absolue encourage les réflexes hégémoniques, je parle de réflexes, car je ne crois pas que cette dernière sortie du ministre des relations avec le Parlement fut réfléchie.

AubryDuflotOr, nos partenaires écologistes ne sont pas et ne seront pas des godillots ; il serait bon d'ailleurs que nos propres parlementaires se distinguent dans la forme de la majorité précédente, en étant eux-mêmes indépendants pour pouvoir accomplir pleinement leur mission parlementaire de contrôle du gouvernement et d'élaboration de la Loi. Non, EELV ne sera pas le PRG ; et au premier chef, il faut se rappeler qu'ils sont un poids électoral relatif bien plus important. Si cela ne se traduit pas aux élections présidentielles, nous pourrions nous le rappeler amèrement aux prochaines européennes, municipales ou régionales, qui se dérouleront dans un contexte vraisemblablement moins favorable à la gauche socialiste que les précédentes.

Pour la réussite de la majorité de gauche, il est temps d'apprendre à fonctionner autrement avec nos partenaires politiques. D'introduire la confiance et le respect de la parole donnée et des textes signés dans nos pratiques politiques et dans nos modes de gouvernement : ce serait déjà un premier CHANGEMENT.

Frédéric FARAVEL
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise aux relations extérieures

Partager cet article
Repost0
8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 14:20

«C’est au peuple grec de décider de son sort, en rejetant tout diktat, en rejetant les poisons que lui administrent ses “ sauveurs ”, en s’engageant librement dans les coopérations indispensables pour surmonter la crise, avec les autres peuples européens.»

Rejoignez l'appel lancé sur Mediapart par Etienne Balibar, philosophe, Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue αληthεια (Athènes), Michel Vakaloulis, philosophe et sociologue, et bien d'autres. Et n'oubliez pas notre soirée exceptionnelle de soutien au peuple grec, mercredi 13 juin, avec la retransmission en direct sur Mediapart du concert d'Angélique Ionatos au Théâtre de la Ville.

pour signer la pétition : cliquez ici

 

The text is also available in English, Greek, and German.

Dans l’enchaînement d’événements qui, en trois ans, ont jeté la Grèce au fond du gouffre, chacun sait que les responsabilités des partis au pouvoir depuis 1974 sont écrasantes. Nouvelle Démocratie (droite) et Pasok (socialiste) n’ont pas seulement perpétué la corruption et les privilèges, ils en ont bénéficié et en ont fait bénéficier largement les fournisseurs et les créanciers de la Grèce, pendant que les institutions communautaires détournaient le regard. On pourrait s’étonner, dans ces conditions, que les dirigeants européens ou le FMI, transformés en parangons de vertu et de rigueur, s’emploient à ramener au pouvoir ces mêmes partis faillis et déconsidérés, en dénonçant le « péril rouge » incarné par Syriza (coalition de gauche radicale), et en promettant de couper les vivres si les nouvelles élections du 17 juin confirment le rejet du « Mémorandum » qui s’est manifesté le 6 mai dernier. Non seulement cette ingérence est en contradiction flagrante avec les règles démocratiques les plus élémentaires, mais ses conséquences seraient dramatiques pour notre avenir commun.

Il y aurait là une raison suffisante pour que, comme citoyens Européens, nous refusions de laisser étouffer la volonté du peuple grec. Mais il y a plus grave. Depuis deux ans, les dirigeants de l’Union européenne, en étroite concertation avec le FMI, travaillent à déposséder le peuple grec de sa souveraineté. Sous prétexte d’assainir les finances publiques et de moderniser l’économie, ils imposent une austérité draconienne qui étouffe l’activité économique, réduit à la misère la majorité de la population, démantèle le droit du travail. Ce programme de « redressement » à la mode néo-libérale se solde par la liquidation de l’appareil productif et le chômage de masse. Pour le faire passer, il n’a fallu rien de moins qu’un état d’exception sans équivalent en Europe occidentale depuis la fin de la deuxième guerre mondiale : le budget de l’État est dicté par la Troïka, le Parlement grec réduit à une chambre d’enregistrement, la Constitution plusieurs fois contournée. La déchéance du principe de la souveraineté populaire va de pair avec l’humiliation de tout un pays. Or elle atteint ici des sommets, mais ne concerne pas exclusivement la Grèce. Ce sont tous les peuples de ses nations constitutives que l’Union européenne tient pour quantités négligeables lorsqu’il s’agit d’imposer une austérité contraire à toute rationalité économique, de combiner les interventions du FMI et de la BCE en faveur du système bancaire, ou d’imposer des gouvernements de technocrates non élus.

A plusieurs reprises, les Grecs ont fait savoir leur opposition à cette politique qui détruit le pays en prétendant le sauver. D’innombrables manifestations de masse, 17 journées de grève générale en deux ans, comme les actions de désobéissance civique ou le mouvement des Indignés de Syntagma, telles ont été les marques du refus opposé par le peuple grec au sort qu’on lui réserve sans le consulter. Cette voix du désespoir et de la révolte, quelle réponse allait-on lui donner ? Le doublement de la dose létale et la répression policière ! C’est alors, dans un contexte de délégitimation complète des gouvernants, que le retour aux urnes est apparu comme la seule issue pour éviter l’explosion sociale.

Mais l’affaire est désormais très claire : les résultats du 6 mai dernier ne laissent aucun doute sur le rejet massif de la politique imposée par la Troïka. Et devant la perspective d’une victoire de Syriza aux élections du 17 juin prochain, une campagne de désinformation et d’intimidation a été déclenchée aussi bien à l’intérieur du pays qu’au niveau européen. Elle vise à exclure Syriza des interlocuteurs politiques dignes de confiance. Tous les moyens sont bons pour le disqualifier, à commencer par son étiquetage « extrémiste » et le parallélisme avec les néo-nazis de l’Aube Dorée. Toutes les tares ont été imputées à Syriza : escroquerie et double langage, irresponsabilité et infantilisme revendicatif. A en croire cette propagande haineuse qui prend le relai de la stigmatisation raciste du peuple grec, Syriza mettrait en danger les libertés, l’économie mondiale et la construction européenne. La responsabilité conjointe des électeurs grecs et de nos dirigeants serait de lui barrer la route. Brandissant la menace d’une exclusion de l’euro et d’autres chantages économiques, une manipulation du vote populaire se met en place. C’est une « stratégie du choc » par laquelle les groupes dominants s’efforcent de détourner le vote du peuple grec selon leurs intérêts, qu’ils prétendent être aussi les nôtres.

Nous, signataires de ce texte, ne saurions nous taire devant cette tentative de déposséder un peuple européen de sa souveraineté, dont les élections forment le dernier recours. Il faut que cessent immédiatement la campagne de stigmatisation de Syriza et les chantages à l’exclusion de l’eurozone. C’est au peuple grec de décider de son sort, en rejetant tout diktat, en rejetant les poisons que lui administrent ses « sauveurs », en s’engageant librement dans les coopérations indispensables pour surmonter la crise, avec les autres peuples européens.

Nous l’affirmons à notre tour : il est temps que l’Europe perçoive le signal envoyé le 6 mai dernier par Athènes. Il est temps d’abandonner une politique qui ruine la société et met les peuples sous tutelle afin de sauver les banques. Il est urgent de mettre un terme à la dérive suicidaire d’une construction politique et économique qui transfère le gouvernement aux experts et institue la toute-puissance des opérateurs financiers. Il faut une Europe qui soit l’œuvre de ses citoyens eux- mêmes, au service de leurs intérêts.

Cette nouvelle Europe que, comme les forces démocratiques en train d’émerger en Grèce, nous appelons de nos vœux et pour laquelle nous entendons nous battre, est celle de tous ses peuples. Dans chaque pays, ce sont deux Europes politiquement et moralement antithétiques qui s’affrontent : celle de la dépossession des êtres humains au profit des banquiers, et celle qui affirme le droit de tous à une vie digne de ce nom et s’en donne collectivement les moyens. Ce que nous voulons donc avec les électeurs, les militants et les dirigeants de Syriza, ce n’est pas la disparition de l’Europe mais sa refondation. C’est l’ultralibéralisme qui suscite la montée des nationalismes et de l’extrême droite. Les vrais sauveurs de l’idée européenne sont les partisans de l’ouverture et de la participation des citoyens, les défenseurs d’une Europe où la souveraineté populaire n’est pas abolie mais étendue et partagée.

Oui, à Athènes c’est bien l’avenir de la démocratie en Europe et de l’Europe elle-même qui est en jeu. Par une étonnante ironie de l’histoire, les Grecs appauvris et stigmatisés se retrouvent en première ligne de notre combat pour l’avenir commun.

Écoutons-les, soutenons-les, défendons-les !

Premiers signataires
Etienne Balibar, philosophe
Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue αληthεια (Athènes)
Michel Vakaloulis, philosophe et sociologue

Et :

Giorgio AGAMBEN; Michel AGIER, anthropologue; Tariq ALI, historien; Tewfik ALLAL; Denis ALLARD, chercheur au CNRS; Elmar ALTVATER; Charles ALUNNI, philosophe; Bernard ANCORI, professeur d’épistémologie, vice-président Sciences en Société; Dominique ANGEL, artiste; Arturo ARMONE CARUSO, metteur en scène et comédien; Chryssanthi AVLAMI, historienne;

Jean-Marc BABOU; Alain BADIOU, philosophe; Maria-Benedita BASTO, maître de conférences, Université Paris IV; Fethi BENSLAMA; Philippe BERAUD, économiste, professeur d'université; Fernanda BERNARDO; Samuel BIANCHINI, artiste et maître de conférences; Annie BIDET-MORDREL; Jacques BIDET; Guillaume BOCCARA, anthropologue, CNRS-EHESS; Constantinia BOGOS-HELFER, médecin; Carlo BORDINI, poète; Paul BOUFFARTIGUE, sociologue; Jean-Raphaël BOURGE, politologue; Jean Pierre BOURQUIN, peintre; Wendy BROWN, University of California;

Claude CALAME, Directeur d'études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales; Patrick CAVAGNET; Didier CHATENAY, physicien, CBRS; Gérard CLADY; Pierre CLEMENT, biologiste; Rémi COIGNET, critique; Catherine COLLIOT-THELENE, philosophe; Thomas Coutrot, économiste atterré, co-président d’ATTAC; Marie CUILLERAI, philosophe, Université Paris 8; Philippe CYROULNIK, critique d’art;

Dominique De BEIR, artiste; Judith DELLHEIM, économiste, Berlin; Christine DELPHY, sociologue CNRS; Christian DEPARDIEU; Anne DIMITRIADIS, metteur en scène; Noël DOLLA, artiste peintre; Costas DOUZINAS; Jérôme DUPIN, artiste et professeur des écoles nationales supérieures d'art;

Maria EFSTATHIADI, écrivain; Jean EISENSTAEDT; Nabil EL HAGGAR; Julia ELYACHAR; Roland ERNE, University College Dublin; Trevor EVANS, Berlin School of Economics and Law

Camille FALLEN; Olivier FAVIER; Jeanne FAVRET-SAADA, Ethnologue, Marseille; Anita FERNADEZ, cinéaste, Paris; Franck FISCHBACH, philosophe;

Florent GABARRON, psychanalyste; William GASPARINI, sociologue, professeur des universités; Jakob GAUTEL, artiste plasticien et enseignant; Elisabeth GAUTHIER, Espaces Marx, Réseau Transform !; Claude GAUTIER, Université Paul Valéry Montpellier 3; François Gèze, éditeur; Nigel GIBSON, Boston USA; Françoise GIL, sociologue; Alain GLYKOS, universitaire et écrivain; Nilüfer GOLE, EHESS; Stathis GOURGOURIS, philosophe, écrivain; Éric GUICHARD, philosophe (CIPh), Maître de conférences (ENSSIB/ENS-Ulm)

Patrice HAMEL, artiste plasticien; Marie-Elisabeth HANDMAN, anthropologue, Paris; Keith HART, anthropologue; Carlos HERRERA, professeur de droit; Nancy HOLMSTROM;

Engin ISIN;

Jean-Paul JOUARY, philosophe; Baudouin JURDANT, professeur émérite;

Jean-Pierre KAHANE, mathématicien, membre de l’Académie des sciences; Maria KAKOGIANNI; Jason KARAÏNDROS, artiste, professeur Ecole des Beaux-Arts de Rouen, ESADHaR; Anne KEMPF, enseignante; Danièle KERGOAT, sociologue; Delphine KOLESNIK-ANTOINE, maître de conférences, philosophie; Dimitra KONDYLAKI, dramaturge, traductrice; Robert KUDELKA; Cécile KOVACSHAZY, Universität Bremen;

Jean-Marc LACHAUD, Professeur d’esthétique à l’Université de Strasbourg; Rose-Marie LAGRAVE, directrice d’études à l'EHESS; Bernard LAHIRE, sociologue; Gérard LANIEZ, chargé de mission, Ville de La Rochelle; Jérôme LEBRE; Jean-Pierre LEFEBVRE, Professeur de Philosophie, Ecole Normale Supérieure; Stéphane LEVY, cinéaste; Guy LELONG, écrivain; Jean-Marc LEVY-LEBLOND, physicien et essayiste; Laurent LOTY, chercheur au CNRS; Michael Lowy, sociologue; Seloua LUSTE BOULBINA, philosophe;

Pierre MACHEREY, philosophe; Bernard MAITTE, physicien, historien des sciences; Henri MALER, philosophe; Philippe MANGEOT; Bernard MARCADE, critique d’art, Paris; Alexandros MARKEAS, compositeur, professeur au Conservatoire de Paris; Philippe Marlière, Politologue, University College London; Tomaz MASTNAK, Ljubljana/University of California at Irvine; Jean MATRICON; Ugo MATTEI, Professor of Law, Università Torino and California; Alexandros MARKEAS, compositeur, professeur au Conservatoire de Paris; Jérôme MAUCOURANT, Université de Lyon; Robert MILIN artiste, professeur dans une Ecole Nationale Supérieure d’Arts; Paul-Antoine MIQUEL; Miquel MONT, artiste plasticien; Laila MOUSTAFA; Ariane MNOUCHKINE;

Jean-Luc NANCY, philosophe; Toni NEGRI, philosophe; Frédéric NEYRAT, philosophe

Bertrand OGILVIE, Université Paris 8; Josiane OLFF-NATHAN; Martine OLFF-SOMMER

Silvia PAGGI, Université de Nice-Sophia Antipolis; Mariella PANDOLFI, Professeur d’anthropologie, Université de Montréal; Leo PANITCH, York University, Toronto Canada; Νeni PANOURGIA, anthropologue; Catherine PAOLETTI, philosophe; Roland PFEFFERKORN, professeur de sociologie, Université de Strasbourg; Ernest PIGNON-ERNEST; Mathieu Potte-Bonneville; Ludovic POUZERATE, acteur, auteur et metteur en scène;

Yvon QUINIOU, philosophe

Jacques RANCIERE, philosophe; Emmanuel RENAULT, philosophe; Judith REVEL; Michèle RIOT-SARCEY, historienne; Avital RONELL; Miriam ROSEN, journaliste-traductrice; Rossana ROSSANDA

Anne SAADA, historienne; Maria Eleonora SANNA; Diogo SARDINHA; Robert SAYRE, professeur émérite, Université Marne-la-Vallée; Marta SEGARRA, Université de Barcelone; Cristina SEMBLANO, économiste; Guillaume SIBERTIN-BLANC, philosophe; Paul SILICI, Maire de Saorge; Richard SMITH; Jean-Paul SOUVRAZ, artiste peintre; Michalis SPOURDALAKIS, sociologue; Bernard STIEGLER; Ann Laura STOLER; Efi STROUSA, historienne et critique d'art; Michel SURYA, revue Lignes

Danielle TARTAKOWSKY, professeur d’histoire, Université Paris 8; Etienne TASSIN; Jean-François TEALDI, journaliste audiovisuel public; Catherine THENEVIN, ingénieur à l’Institut Jacques Monod, Université Paris 7; Spyros THEODOROU, directeur, Echange et diffusion des savoirs; Bruno TINEL, économiste; André TOSEL, philosophe; Josette TRAT, sociologue

Carmela URANGA, artiste plasticienne et traductrice;

Eleni VARIKAS; Dimitris VERGETIS, psychanalyste, directeur de la revue grecque αληthεια; Jérôme VIDAL, directeur de RdL la Revue des Livres;

Heinz WISMANN; Frieder Otto WOLF, Freie Universität Berlin, ex-Membre du Parlement Européen

Clemens ZOBEL, politiste, Université Paris 8; Radmila ZYGOURIS.

Partager cet article
Repost0
31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 09:48

Pour inscrire son action dans la durée, la Gauche revenue au pouvoir doit faire preuve d'exemplarité en termes de morale publique et de rapport au pouvoir. Les Français ont soifs de justice et ne donneront crédit aux dirigeants qui prétendent la mettre en oeuvre qu'à la condition qu'ils aient confiance dans la probité et l'honnêteté de ceux-ci. C'est aussi là que se joue le sentiment d'être représenté correctement et la garantie du respect de la souveraineté populaire. La Charte de déontologie signée par les ministres du Gouvernement Ayrault 1 participe de cet effort ; il faut rendre vivant et concret ces symboles et être intransigeants, ne tolérer aucun pas de côté, quels que soient les élus mis en cause.

C'est pourquoi je partage pleinement le point de vue d'Edwy Plenel, directeur de la Rédaction de Médiapart, publié ce jeudi 31 mai 2012, dans la tribune qui suit.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise en charge des relations extérieures

PLENELMediapart, la gauche et l’indépendance
31 mai 2012 | Par Edwy Plenel

Des lecteurs se sont étonnés de nos révélations récentes ayant mis dans l’embarras le Parti socialiste et certains de ses élus. Ils vont devoir s’étonner souvent tant Mediapart sera, sous la gauche au pouvoir, ce qu’il fut sous la droite : un journal d’information, indépendant et participatif, assumant sans états d’âme sa fonction de contre-pouvoir démocratique. L’inverse serait se renier nous-mêmes et, surtout, trahir votre confiance.

A travers l’exemple précis d'un parlementaire, Pascal Terrasse, député PS abonné à Mediapart et ayant nourri le Club de Mediapart de ses contributions, nous avons illustré, avec plus d’insistance, ce que nous avions déjà mis en évidence : l’usage largement privé, au bénéfice de leurs loisirs et de leur entourage familial, par les députés de l’enveloppe mensuelle de 6 412 € qui, sans contrôle ni imposition, leur est attribuée pour leur fonction publique d’élu de la nation. Notre enquête mettait en évidence la banalisation, auprès de parlementaires pourtant très avertis de la nécessité d’une République vraiment irréprochable, de ces pratiques qui lui sont totalement contraires.

Passer d’une réflexion générale à une démonstration incarnée est la vertu d’exemplarité de tout enquête aboutie. Posée depuis des années, la question de cette IRFM (indemnité représentative de frais de mandat) reste pendante grâce à l’indifférence intéressée de nombreux parlementaires, de droite comme de gauche. L’illustrer, preuves à l’appui à travers un cas particulier, grâce à des documents inédits démontrant cet usage privatif sans complexe d’un argent public, c’est bousculer cette torpeur parlementaire qui fait le lit des idéologies autoritaires et des démagogies anti-démocratiques. C’est dire à la prochaine Assemblée nationale que cela ne peut plus durer, tout comme ne peut plus continuer l’opacité financière des deux Chambres où sont faites et votées les lois supposées s’imposer à tous et n’être ignorées de personne (lire notre article récent sur les dépenses cachées de la présidence de l'Assemblée).

De ce point de vue, Mediapart n’a fait que suivre l’exemple de la presse britannique qui, révélant en 2009 le scandale des notes de frais des parlementaires (un résumé en anglais sur Wikipédia), a obligé la démocratie anglaise à être meilleure, plus vertueuse et plus transparente.

Loin de susciter des accusations de populisme ou des plaintes pour vol visant nos sources, les révélations de nos confrères londoniens débouchèrent sur une enquête indépendante nourrie par le droit d’accès aux documents d’intérêt public instauré en 2000, suivie de la radiation des parlementaires les plus gourmands et de poursuites judiciaires ayant même conduit l’un d’eux, un travailliste, pour quelques mois en prison. Les montants en cause (27 000 € pour le cas le plus lourd et le plus sévèrement sanctionné) sont du même ordre que ceux mis en évidence par nos enquêtes (au moins 15 000 € dans l'exemple que nous avons documenté).


Fonction démocratique et responsabilité professionnelle

Cette enquête sur les frais des députés n’est pas la seule, sur Mediapart, à avoir récemment bousculé le nouveau pouvoir. Nous avons aussi mis en évidence, dans le feuilleton Karachi, à travers des documents de 1998, combien les pesanteurs gouvernementales, ces mauvaises habitudes au prétexte d’une continuité étatique, pouvaient amener une nouvelle majorité (de gauche) à fermer les yeux ou à ne pas trop les ouvrir sur des faits de corruption avérés concernant la précédente (de droite).

De même, nous avons souligné le grand risque de conflits d’intérêts que prenait le nouveau pouvoir en nommant, dans le secteur de la communication et des médias, des personnalités ayant eu ou ayant toujours des liens avec les acteurs économiques concernés.

Tout comme nous avons dévoilé l'enquête interne sur les « irrégularités » de la section socialiste de Liévin et, surtout, révélé les attendus du renvoi devant le tribunal pour « détournement de fonds » d'une députée socialiste marseillaise, candidate à sa réélection – deux informations qui posent concrètement la question de la moralisation de la vie publique, jusqu'aux clientélismes locaux qu'abrite une politique professionnalisée, déconnectée des réalités sociales ordinaires.

Bref, nous avons d’ores et déjà commencé notre travail de lanceur d’alertes à l’attention des nouveaux gouvernants socialistes. Pour les habitués de Mediapart, il n’y a là rien de nouveau. C’est ce que nous avons toujours fait, et c’est même notre raison d’être : apporter des faits d’intérêts publics inédits ou inconnus dont la force d’évidence met en branle le débat public, oblige à des remises en cause, dessine les contours des réformes nécessaires. La seule nouveauté, c’est que la gauche a conquis le pouvoir présidentiel, en attendant d’y ajouter, sans doute, la majorité parlementaire.

Or cette nouveauté nous oblige, forcément : un contre-pouvoir est, par essence, le censeur du pouvoir. L'interpellation est légitimement plus forte envers ceux qui détiennent le pouvoir, avec ce qu'il suppose de tentations et de facilités. « Le changement, c’est maintenant », clamait le slogan de campagne du candidat François Hollande, devenu le septième président de la Vème République. Cette exigence concerne d’abord ceux qui, par la grâce de son élection, se sont rapprochés du pouvoir, le détiennent ou le soutiennent. Et notre fonction démocratique est de la faire valoir.

Mais c’est aussi notre responsabilité professionnelle. Car, contrairement à ce qu'ont voulu accréditer les calomnies qui nous ont visé – des « méthodes fascistes » de 2010 à l'« officine socialiste » de 2012 –, ce ne sont pas des préjugés partisans qui ont nourri nos curiosités investigatrices sous la présidence de Nicolas Sarkozy, mais une culture farouche de l’indépendance de la presse, de sa responsabilité sociale et de son devoir d’information.

Il ne suffit pas de croire que l’on pense politiquement juste pour informer vrai. C’est même tout le contraire tant les convictions, aussi pertinentes ou légitimes soient-elles, sont l’ennemi le plus redoutable de la vérité, plus efficace encore que le mensonge tant elles empêchent souvent de voir, d’admettre et de reconnaître les faits qui nous dérangent, bousculent nos certitudes et ébranlent nos croyances.

Sans cette culture professionnelle d’indépendance, laquelle est d'abord une pratique collective librement exercée, Mediapart n’aurait pas accumulé les découvertes (Karachi, Bettencourt, Tapie, Takieddine, Libye, etc.) qui, aujourd'hui prolongées pour la plupart par des enquêtes judiciaires, attendent l’ex-président Sarkozy, lequel finira forcément par rendre des comptes à des magistrats – si, du moins, la justice n’est pas entravée. Nous n’avons pas oublié qu’à l’inverse, les médias qui, aujourd'hui, flattent les nouveaux gouvernants avec un zèle impayable sont ceux qui, hier, nous accusaient d’anti-sarkozysme primaire, couraient tendre leur sébile aux états généraux présidentiels de la presse, jugeaient que ce président agité, après tout, ce n’était pas si grave, soutenaient sa réforme régressive de l’audiovisuel public, embrayaient en soutien de son débat sur l’identité nationale, etc.

Les pouvoirs qui, quand des médias dérangent leur confort par leurs informations, les transforment en adversaires politiques sont les mêmes qui ne les imaginent qu'en courroies de transmission dociles. Une culture démocratique authentique, pratiquée avec l'exemplarité que suppose l'exercice du pouvoir en son sommet, est celle qui accepte l'interpellation loyale de la presse, ses révélations embarrassantes, les faits qu'elles dévoilent, les questions qu'elles posent, et qui, par conséquent, en tire les conséquences pour le bien commun, qu'il s'agisse de sanctions individuelles ou de réformes radicales.


La question centrale des conflits d'intérêts

Y compris pour tous ceux qui souhaitent qu'elle réussisse, le pire service à rendre à la gauche désormais aux affaires serait donc de faire confiance à une presse moutonnière, opportuniste, intéressée. Son ressort n’est pas l’indépendance et ses exigences, mais l’intérêt et ses avantages. Elle ne peut être qu'un allié de circonstance, ni fiable ni fidèle, tant elle témoigne, par ses propres conflits d’intérêts et mélanges des genres, de l’état de faiblesse de notre culture démocratique, des corruptions qui la minent et des soumissions qui l’asservissent.

L’indépendance de la presse n’est pas seulement une utilité (pour les citoyens qui bénéficient des informations qui en résultent), elle est également une obligation (pour ceux qui s’en réclament afin de gagner la confiance des lecteurs). De ce point de vue, voir l’un des trois propriétaires du Monde, le financier Pierre Bergé, aux côtés de la première secrétaire du PS à l’Elysée et traité avec les mêmes égards qu’elle lors de la cérémonie d’investiture du nouveau président n’est pas moins discréditant pour notre profession que s’il s’était agi de celui du Figaro pour la réélection de l’ancien.

Epinglant la présence du directeur de Libération sous la tente VIP des invités de marque à la Bastille au soir du 6 mai, Le Monde oublia de signaler ce fait compromettant, dans une enquête pourtant consacrée aux relations incestueuses entre journalistes et politiques telles qu'elles furent dévoilées par la présidentielle. Quant à son médiateur, il s'est contenté de le relever sans s'en offusquer outre mesure.

A Mediapart, d’avoir contribué, par notre incessant travail d’information, à éclairer nos compatriotes afin qu’ils choisissent majoritairement d’en finir avec le sarkozysme et d'avoir explicitement souhaité l'alternance dans l'espoir d'une alternative, ne nous donne aucun droit, mais nous lègue un devoir : tracer la même route d’indépendance et de distance, de liberté et d’exigence. Choisir toute autre direction serait retomber dans les ornières et les impasses où la presse française se discrédite et se meurt : celles de la perte de confiance des lecteurs, de l’oubli du droit de savoir et du devoir d’informer, de la course aux subventions étatiques dans une opacité totale, de la soumission à des actionnaires extérieurs aux métiers de l’information, de la promotion, banalisation et généralisation des conflits d’intérêts.

Loin d’être mineure ou anecdotique, cette question des mélanges d’intérêts, où les métiers se corrompent, où les responsabilités s’égarent, où public et privé s’emmêlent, est au cœur du redressement démocratique qu’appelle le vote majoritaire du 6 mai 2012. Les magistrats italiens, spectateurs impuissants de la déliquescence de la république transalpine, font de cette acceptation tacite du conflit d’intérêts le ressort primordial de la diffusion d’un « code culturel de la corruption », qui place l’abus de pouvoir au cœur de son exercice coutumier (lire notamment Le Retour du Prince, livre d'entretien avec le procureur Roberto Scarpinato).

En 2010, grâce aux révélations de Mediapart dans l’affaire Bettencourt, mettant en évidence la tolérance dont bénéficiait la double responsabilité d’Eric Wœrth, à la fois ministre du budget et trésorier de l’UMP, chargé des finances de l'Etat et de celles d'un parti, un énième rapport sur la nécessaire moralisation des fonctions publiques fut commandé à une énième commission, présidée par le vice-président du Conseil d’Etat. Il suffit de rappeler la définition, pourtant contournée, retenue par cette commission des conflits d’intérêts pour comprendre que notre République française, hélas, en est devenue, elle aussi, le royaume – et qu’il nous faut, d’urgence, y mettre fin si nous ne voulons pas donner raison à ceux qui la combattent, la discréditent et la calomnient.

« Un conflit d’intérêts, écrivait-elle, est une situation d’interférence entre une mission de service public et l’intérêt privé d’une personne qui concourt à l’exercice de cette mission, lorsque cet intérêt, par sa nature et son intensité, peut raisonnablement être regardé comme étant de nature à influencer ou paraître influencer l’exercice indépendant, impartial et objectif de ses fonctions. L’intérêt privé d’une personne concourant à l’exercice d’une mission de service public s’entend d’un avantage pour elle-même, sa famille, ses proches ou des personnes ou organisations avec lesquelles elle entretient ou a entretenu des relations d’affaires ou professionnelles significatives, ou avec lesquelles elle est directement liée par des participations ou des obligations financières ou civiles. »


Notre devoir de vérité

Au moment où se met en place un nouveau pouvoir, avec, derrière la façade du gouvernement et de ses nouveaux ministres, une petite armée de collaborateurs, conseillers, missionnés, sans compter les inévitables intrigants et courtisans, solliciteurs et visiteurs, poser cette question des intérêts croisés, du privé qui se mêle du public et qui s'y emmêle, c’est évidemment lancer l’alerte pertinente. Celle qui est utile à tous, gouvernants comme gouvernés, élus comme citoyens, majorité comme opposition.

D’autres journalistes n’ont sans doute pas la même conception du métier : préférant courtiser le pouvoir quand il est à son zénith pour mieux l’assassiner quand il est tombé, ils se fichent de ce droit de savoir des citoyens pour lui préférer leur gloriole personnelle. Plutôt que la responsabilité sociale immédiate, ils cultivent la postérité littéraire à venir. De livre en livre, le talentueux écrivain Franz-Olivier Giesbert en donne l’exemple le plus accompli, au détriment du journaliste qu’il est supposé être. C’est ainsi que sa récente livraison, Derniers carnets, nous décrit, anecdotes à l’appui, Edouard Balladur et ses deux Nicolas, Sarkozy et Bazire, comme des forbans avérés dès 1993-1995, réalité dont le directeur du Point a, pendant près de 20 ans, oublié d’informer ses lecteurs. Au point de plutôt les inviter, hier, à soutenir ceux qu'il assassine aujourd'hui avec délectation.

« La politique ne supporte pas le mensonge », affirmait François Hollande en 2006, dans un livre d’entretiens qu’il avait souhaité intituler Devoirs de vérité. Le journalisme non plus. Revenant sur sa première fonction publique véritable, qui fut d’être en 1982 directeur de cabinet d’un éphémère porte-parole du gouvernement (il s’agissait de Max Gallo, passé en 2007 au sarkozysme et… à l’Académie française), le futur président de la République confia alors avoir retenu « de cette brève expérience qu’à l’origine de toute affaire, au-delà de son contenu même, il y a d’abord un mensonge. La vérité est toujours une économie de temps comme de moyens. La vérité est une méthode simple. Elle n’est pas une gêne, un frein, une contrainte ; elle est précisément ce qui permet de sortir de la nasse. Même si, parfois, dans notre système médiatique, le vrai est invraisemblable ».

De ce vrai invraisemblable, Mediapart ne cesse de faire l’expérience, tant nos informations dérangeantes ont toujours mis du temps à briser le mur de l’indifférence et du conformisme médiatiques. Mais nous préférons cet inconfort de la liberté au confort des servitudes et des dépendances. Tout simplement parce que c’est ce que nous vous devons, à vous, lecteurs, sans qui nous n’existerions pas. Et c’est pourquoi nous avons fait nôtre depuis le premier jour cette injonction de Charles Péguy quand il lança, en 1900, ses Cahiers de la Quinzaine face à une presse plus soucieuse de racolage commercial que d’intérêt public : « Dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, dire bêtement la vérité bête, ennuyeusement la vérité ennuyeuse, tristement la vérité triste. »

Tel est, aujourd'hui, sous la présidence de François Hollande, comme hier, sous celle de Nicolas Sarkozy, notre devoir. Un devoir de vérité.

Partager cet article
Repost0