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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 14:00

23 mai 2012 | Par Edwy Plenel - Mediapart.fr

PLENEL-copie-1.jpgEn Grèce se joue l’avenir commun des peuples européens : non seulement celui de nos économies, mais celui de nos démocraties. Les Grecs ne sont pas responsables d’une crise produite par l’aveuglement d’une Europe ayant abandonné la politique pour la finance. Si la solidarité avec le peuple grec s’impose, c’est parce qu’elle est la condition préalable d’un changement véritable. La guerre d’Espagne fut l’épreuve européenne du Front populaire, la crise grecque est celle de la présidence Hollande.

Quo vadis Europa… Où vas-tu Europe ? Il y a deux ans, Jean-Luc Godard posait inlassablement cette question de façon prophétique dans sa dernière œuvre, Film Socialisme. Avec cette acuité visionnaire des poètes et des peintres, le cinéaste avait mis en scène la dérive aveugle de nos sociétés saisies par le profit et le cynisme en embarquant son équipée sur un paquebot de croisière aux allures de casino flottant, bulle de spéculation et de divertissement qui s’en allait, inconsciente et oublieuse, vers la catastrophe. De la fiction à la réalité, ce paquebot n’était autre que ce Costa Concordia qui, depuis, a vraiment fait un naufrage improbable sur les récifs d’une petite île italienne, tout près des côtes…

Symbolisée par une escale à Athènes, la Grèce était omniprésente dans cette fable prémonitoire qui fut l’occasion d’un entretien mémorable sur Mediapart. Revenant aux sources de l’invention démocratique, Godard y soulignait sa fragilité, ce risque permanent que faisaient courir à cet idéal l’imprévoyance et l’inconscience humaines : «Démocratie et tragédie ont été mariées à Athènes sous Périclès et sous Sophocle. Un seul enfant, la guerre civileFilm Socialisme à peine terminé, la réalité de la crise financière grecque le rattrapait, au point que Godard en fit un argument symbolique pour décliner l’invitation du Festival de Cannes.

«Suite à des problèmes de type grec, je ne pourrai être votre obligé à Cannes, avait-il répondu. Avec le Festival, j’irai jusqu’à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus.» Façon métaphorique de dire qu’il ne jouerait plus ce jeu-là, et de nous inviter à faire de même face aux «problèmes de type grec». Un jeu de convention et de résignation qu’il s’amusera à déconstruire dans une époustouflante leçon de liberté offerte, à Paris, aux lecteurs de Mediapart. Ce jeu, c’est celui qui conduit aux catastrophes, par la perte et l’abandon, le confort et la routine. Le jeu du profit immédiat, des gains faciles, des consensus obligés, du court terme, des automatismes de pensée et des renoncements à imaginer.

Ainsi, revisitant le pays où fut inventée l’idée d’une démocratie des citoyens, Godard nous rappelait-il à nos devoirs : nos vrais héritages et nos dettes véritables. A cette aune, la Grèce, c’est la politique, tandis que la finance en est la négation. L’une s’efforce de penser le bien commun quand l’autre s’en tient à l’intérêt particulier. Autrement dit, si la finance est une réalité, avec ses banquiers, ses bourses et ses spéculateurs, elle n’en est pas moins une aberration dans le registre démocratique, car elle ne pense rien de ce qui fait une société, ses solidarités, ses espérances, ses confiances, ses transmissions, ses formations, ses mémoires, ses imaginaires, etc.

Une crise politique bien plus que financière

Pièce solidaire du puzzle de la crise européenne, la crise grecque est politique autant, sinon plus que financière : crise de la politique (son impuissance à inventer une alternative) et des politiques (les conséquences de celles qui ont été menées). Loin d’être à la marge, elle est au cœur de la crise qui ébranle notre continent, son Union européenne et les vingt-sept pays qui la composent. Crise économique et financière certes, mais aussi crise de civilisation, crise d’espérance, crise de confiance, crise d’avenir. Actuel maillon faible, la Grèce n’en est pas moins solidaire de la chaîne européenne dont elle fait partie et qui, si nous la lâchons, peut se rompre en cascade.

Son futur sera, peu ou prou, le nôtre tant le pays de l’invention démocratique est, désormais, le théâtre même de la tragédie européenne : c’est en Grèce que se joue l’affrontement des politiques soucieuses de l’humanité et des nouvelles barbaries qui n’en ont cure. A la manière des idiots utiles, les meilleurs alliés de ces régressions identitaires, haineuses et violentes, qui, faute de sursaut démocratique, ne cessent de renaître en Europe, sont ceux-là même qui nous ont menés là où nous sommes. Tous ceux qui ont fait l’éloge de cette économie financiarisée, dépouillant le bien public, creusant les inégalités, confondant richesse et valeur, épuisant les solidarités, démoralisant les peuples, augmentant la corruption, se satisfaisant de l’amoralisme.

Leur idéologie aveugle, qui relève de la croyance et de l’imprécation, est, dans l’ordre politique, une non-pensée. Ils ne pensent pas, ils comptent. Ils ne rêvent pas, ils accumulent. Ils n’inventent pas, ils thésaurisent. Comme si leurs chiffres désincarnés n’étaient pas résultats d’additions humaines, elles-mêmes tissées de ces complexités et de ces improbabilités qui font les sociétés, leurs relations et leurs conflits ! De cette non-pensée complice des catastrophes menaçantes, un quotidien français qui, au siècle dernier, était encore la tribune de l’autonomie du politique, de sa volonté et de sa légitimité, vient d’offrir le condensé.

Dans un éditorial de son journaliste directeur, qui toutefois n’en est plus le directeur de publication, ce poste clé étant revenu au bras gestionnaire des financiers qui en sont devenus les propriétaires, Le Monde a ainsi sommé les Grecs de choisir entre l’euro ou la drachme, comme un proviseur lancerait un ultime avertissement à un mauvais élève avant de l’exclure pour indiscipline. Cet éditorial du 23 mai est une caricature tant les poncifs y sont accumulés : la Grèce «petit pays», sans que l’on connaisse l’étiage de la grandeur ; l’affirmation que «chaque Grec a déjà touché depuis janvier 2010 l’équivalent de 31 000 euros», imposture statistique qui ne veut rien dire, sinon insinuer le mensonge selon lequel cet argent, «chaque Grec» se le serait mis dans la poche ; le rappel au «règlement intérieur», ces «règles du jeu de l’Union monétaire» qu’il faudrait aveuglément respecter et appliquer, comme si l’Europe elle-même n’avait pas dû les faire évoluer à rebours des engagements de ses traités devant l’inexorable aggravation de la crise…

«Aux Grecs de choisir, conclut Erik Izraelewicz, l'auteur de cet éditorial. En espérant qu’ils feront le bon choix. Sinon, l’Europe devra en tirer les conséquences. Sans états d’âme.» Les Mrs Tina d’invention thatchérienne («There Is No Alternative») semblent avoir une inépuisable descendance. Les peuples peuvent bien s’épuiser à voter jusqu’au dernier scrutin, rien n’y fera pour les moutons de Panurge du capitalisme financier : il faut se débarrasser de ces peuples indociles et imprévisibles, surtout s’ils votent mal, c’est-à-dire s’ils ont l’impudence d’imaginer d’autres solutions que celles qu’on leur a imposées sans jamais leur demander leur avis, voire en le violant quand ils l’ont donné – souvenons-nous de la volte-face des gouvernants français après le référendum de 2005 dont le «non» majoritaire fut ignoré.

Le résultat de 20 ans d'aveuglement

L’Europe n’est pas menacée par des Grecs qu’il faudrait punir, mais par les dirigeants, responsables irresponsables, qui la conduisent dans une impasse. De ce point de vue, comme le souligne une tribune récente sur Mediapart, la Grèce est «un laboratoire pour l’Europe», celui où s’expérimentent de supposées sorties de crise qui n’ont d’autre logique que de préserver avant tout les intérêts des minorités privilégiées et des classes dominantes. Faut-il, par exemple, rappeler à l’éditorialiste directeur du Monde que les mesures imposées à la Grèce par le Mémorandum épargnent l’Eglise orthodoxe, plus grand propriétaire financier du pays, ménagent banquiers et armateurs, malgré leur responsabilité dans les fraudes et évasions fiscales, ou maintiennent des dépenses militaires inconsidérées qui enrichissent les pays européens fournisseurs, parmi lesquels, au premier rang, l’Allemagne et la France ?

Telle qu’elle a été façonnée ces dernières décennies, l’Union européenne a remplacé la solidarité politique par la rivalité économique. L’ébauche de coordination communautaire de politiques économiques y privilégie la concurrence au détriment de la coopération. L’harmonisation des politiques fiscales, la lutte contre l’évasion fiscale, la rupture avec les paradis fiscaux : rien de tout cela, qui est pourtant au cœur d’une politique où l’égalité (devant l’impôt) est la condition de la liberté (du citoyen), ne figure parmi ses priorités. Faisant de la compétition le ressort unique des dynamiques économiques, le Traité de Lisbonne, entré en vigueur début 2009, a même interdit aux pays de la zone euro de venir en aide à un Etat membre.

Comment ne pas voir l’évidence que ces certitudes idéologiques ont volé en éclats sous l’effet de la crise financière ? N’a-t-il pas fallu, en contravention avec ce même Traité de Lisbonne, improviser en catastrophe des mécanismes de solidarité jusqu’alors non seulement inexistants, mais jugés néfastes ? N’a-t-on pas, au printemps 2010, inventé dans l’urgence un Fonds de stabilité financière pour permettre à la Grèce et à l’Irlande de continuer à honorer les remboursements de leur dette publique ? Mais n’a-t-on pas, hélas, dans le même mouvement, perpétué les maux anciens en pérennisant la tutelle des intérêts financiers sur les politiques économiques des Etats européens ?

Nul besoin en effet d’être un supposé expert pour prendre conscience de cette aberration qui interdit aux Etats de se financer directement auprès de la Banque centrale européenne à bas taux d’intérêt. Que cache-t-elle ? Simplement l’enrichissement spéculatif des banques privées sur le dos des peuples soumis aux politiques d’austérité ! Car, dans le catastrophique système actuel, ce sont les banques privées qui font des profits records en prêtant aux Etats débiteurs à des taux prohibitifs, tandis qu’elles se financent à un très faible taux auprès de la BCE… Comment nommer ce tour de passe-passe sinon une arnaque dont sont victimes – car tel est bien le tableau grec – les plus démunis et les moins protégés, les retraités aux pensions dévaluées, les malades sans soins, les pauvres sans logements, les fonctionnaires licenciés, les petits entrepreneurs en faillite, les jeunes sans travail, l’armée ordinaire des sans-grade et des sans voix ?

20 ans d’aveuglement, l’Europe au bord du gouffre… Décryptant dans son dernier ouvrage collectif ainsi intitulé cette course à l’abîme, le toujours pertinent et pluraliste regroupement des «économistes atterrés» démasque l’irrationalité qui la gouverne : «L’étrange clause de “non-sauvetage” (no bail-out), introduite dès le Traité de Maastricht (1992) qui a fondé l’euro, semble incompréhensible au citoyen ordinaire. Pourquoi interdire aux Etats qui unissent leurs monnaies de s’entraider ? En fait, cette clause reflète l’obsession néolibérale d’imposer aux Etats la discipline des marchés financiers. (…) Interdire l’aide entre Etats, c’est obliger chacun à se présenter seul devant le tribunal des marchés et à respecter vigoureusement leurs lois : réformes fiscales favorables aux revenus du capital, baisse des dépenses publiques, flexibilité, privatisations…»

Les solutions réalistes sont radicales

Voilà pourquoi nous devons être totalement solidaires de la Grèce, de son peuple, de son économie comme de ses dettes. Pour mettre fin à cette spirale infernale. Pour ne pas lui offrir une victoire qui serait notre défaite à tous, et pas seulement celle des Grecs. Car, rappellent encore les «économistes atterrés» c’est à ce même «brillant dispositif (qui) s’est effondré avec la crise financière», démontrant que les marchés ne sont ni efficients ni rationnels tout en creusant brutalement la dette et les déficits, que l’on voudrait toujours «confier la tutelle des politiques économiques des Etats».

N’est-ce pas «à la finance dérégulée que l’on demande de financer les déficits qu’elle a provoqués» ? N’est-ce pas ce qui se joue dans les éprouvettes humaines du laboratoire grec où Commission européenne et FMI imposent privatisations, baisse des salaires et des pensions, facilitations des licenciements à la seule fin de garantir aux créanciers privés le remboursement rubis sur l’ongle de la dette publique ? N’est-ce pas cette logique infernale qu’il faut enfin briser, non seulement en parlant croissance dans les sommets mondiaux ou européens, mais en remettant le travail productif au cœur de l’économie et la politique solidaire au poste de commande ?

Loin d’être une utopie, c’est la seule voie réaliste. La crise, son ampleur, sa profondeur, son interdépendance, appellent des radicalités qui sont des pragmatismes. Autrement dit des solutions qui attaquent les problèmes à la racine, et non plus en surface. La preuve qu’elles existent, c’est qu’elles ont été au cœur des débats entre ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir (la compétition des primaires socialistes) et avec les forces politiques qui leur ont permis d’y parvenir (les partis qui ont appelé à voter François Hollande le 6 mai). Depuis une année, la gauche, dans sa diversité, du Front de gauche à EELV en passant par le PS, en discute. Faudrait-il croire qu’un éditorial du Monde, lequel est propriété de deux financiers qui ont affiché leur soutien au candidat socialiste – MM. Pierre Bergé et Matthieu Pigasse –, suffit à balayer plusieurs années de réflexions et d’engagements citoyens ?

Livrant à l’arbitrage du débat public leurs divergences sur le type de croissance ou sur le sort de la dette, les «économistes atterrés» résument parfaitement cette voie alternative : «Nous sommes unanimes à juger qu’il faut réformer les traités européens pour réduire l’importance des marchés financiers, desserrer leur étreinte autour des peuples et construire une véritable solidarité entre les pays, qui reposerait sur la coopération et l’harmonisation dans le progrès.» Ils en déduisent quatre exigences : «garantir le rachat de titres publics par la BCE» ; «reporter les coûts de la récession et les pertes des banques sur leurs actionnaires ainsi que sur les ménages les plus aisés» ; «désarmer la spéculation», c’est-à-dire taxer les transactions financières, réguler strictement les marchés de produits dérivés, limiter drastiquement l’activité des fonds spéculatifs, interdire la spéculation pour compte propre des banques ; enfin, «instaurer des politiques européennes coopératives» qui privilégient la solidarité et le travail, plutôt que la concurrence et la finance.

Les principes qui inspirent une telle politique sont ceux qui ont permis à l’Islande de sortir du gouffre où la crise l’avait plongée. Candidat à l’entrée dans l’Union européenne depuis 2009, cet Etat insulaire connaît aujourd’hui une baisse de l’inflation, un recul du chômage et une reprise de la croissance, alors même que son économie s’effondra à partir de la crise des subprimes (2007), annonciatrice de la crise bancaire inaugurée par la faillite de Lehman Brothers (2008). Née d’un sursaut populaire, la voie islandaise fut d’une simplicité aussi efficace que radicale : faire payer l’essentiel de la dette par les créanciers eux-mêmes. Si cela a marché, c’est que cette seule exigence enrayait la machine infernale.

Des nombreux leurres lancés pour conduire les peuples à leur faillite, la dette est en effet le premier. Non pas la dette en tant que telle, mais la dette entendue de façon seulement comptable, à la manière d’un chiffre absolu qui n’aurait pas d’histoire. «On dit au peuple grec qu’il a une dette mais personne ne sait d’où elle est issue ni ce que l’on paie», rappelait sur Mediapart Sofia Sakorafa, parlementaire grecque la mieux élue et députée de Syriza, nouveau parti arrivé en tête de la gauche aux dernières élections législatives. Reprenant une exigence portée en France par l’association Attac d’un audit citoyen de la dette publique, sa demande d’un audit international de la dette grecque est de bon sens. Pourquoi n’y aurait-il pas des créances douteuses à effacer, des créanciers discutables parce que juges et parties, des dettes engagées par des gouvernants corrompus, des dépenses ainsi financées mais détournées de leur objet, etc. ?

Notre dette grecque, la vraie démocratie

Manquant à la plus élémentaire solidarité internationale et refusant de suivre l'exemple du Front de gauche, le Parti socialiste ne s’est pas donné la peine de recevoir Alexis Tsipras, le leader de Syriza, cette coalition de la gauche radicale grecque, en visite à Paris en début de semaine. Pourquoi ? Parce que, membre de l’Internationale socialiste, le PS aurait ainsi déplu à son parti frère, le Pasok ? Mais l’échec de ce dernier n’est-il pas flagrant et, surtout, depuis quand l’appartenance à l’IS, qui accueillit sans trop de scrupules les partis des ex-dictateurs tunisien et égyptien, Ben Ali et Moubarak, exclut-elle d’autres rencontres et discussions, dans le nécessaire pluralisme des gauches en mutation ?

Si l’on pose cette question, c’est parce que cette attitude est mauvais signe, tout comme l’appel indistinct lancé aux Grecs par le ministre des affaires étrangères du nouveau gouvernement de gauche à «ne pas se prononcer pour des formations qui, de fait, les feraient sortir de l’euro». Faut-il comprendre que le nouveau pouvoir français appelle le peuple grec à voter pour les deux partis qui l’ont conduit dans l’ornière, Nouvelle démocratie pour la droite, le Pasok pour la gauche, partis dont, de plus, les corruptions sont notoires ? Et qu’il tient pour quantité négligeable les convictions européennes déclarées de Syriza parce que son programme n’est pas compatible avec les exigences actuelles de l’UE, celles imposées par le couple «Merkozy» que les socialistes ont dit vouloir combattre durant la campagne électorale ?

Pourtant, même l’ancienne gauche du Parti socialiste, celle qui se retrouve aujourd’hui au gouvernement avec Benoît Hamon, sans parler de l’inclassable Arnaud Montebourg dont la campagne fut la surprise des primaires socialistes et dont la plume est ensuite devenue celle de François Hollande, ne sont pas en terrain inconnu face au programme de Syriza (découvrir ici une version française). Il suffit de le lire attentivement pour y retrouver des propositions plus réformistes que révolutionnaires, inspirées de ce réformisme radical qui fut, au début du XXe siècle, l’honneur de la social-démocratie. Nous ne voulons pas croire que, déjà, les mots n’aient plus le même sens, une fois au pouvoir…

Car comment ignorer cette force nouvelle, ses audaces et ses innovations, alors que le laboratoire grec nous montre déjà de quels monstres peut accoucher la crise grecque ? N’est-ce pas un parti explicitement néo-nazi, l'Aube dorée, qui a aussi surgi à Athènes ? Et il faudrait persévérer dans les mêmes erreurs dont les déchets nourrissent ce fumier politique ? Ignorer les formations qui inventent des réponses inédites, mieux à même de répondre aux attentes populaires dévoyées par le racisme et la xénophobie? Alors même que, partout ailleurs dans ce qui fut le monde occidental, de la France (avec la droite extrême née du sarkozysme) aux Etats-Unis (lire ici l'Américain Paul Krugman qui souligne la droitisation extrême des républicains), la crise nourrit de nouvelles forces réactionnaires, profondément anti-démocratiques, ayant la liberté en défiance, l’égalité en horreur et la fraternité en haine ?

«Je veux secouer les gens, et je veux faire comprendre que l’homme n’est pas, de droit divin, un être démocratique. Que la démocratie a été une création, une conquête de l’histoire, qu’elle est constamment en danger et que, d’ailleurs, elle est en train de ficher le camp.» L’homme qui parlait ainsi fut grec avant de devenir français, puis de se muer en passeur de la démocratie grecque, de sa promesse et de son exigence, en France même. De livres en séminaires, Cornelius Castoriadis (1922-1997) n’a cessé de sonner le tocsin de la catastrophe possible, en nous enjoignant de prendre soin de notre «dette grecque», la vraie démocratie, une démocratie des citoyens, offerte à tous, sans oligarques ni privilégiés. Au mitan du XXe siècle, face aux totalitarismes, il avait fondé avec Claude Lefort le mouvement Socialisme ou Barbarie, laboratoire d’une rénovation intellectuelle de la gauche. Et il n’a cessé de poursuivre dans cette veine : démocratie ou barbarie, démocratie véritable ou barbarie nouvelle… (on l'écoutera ici avec plaisir décrire ce que serait une vraie démocratie).

Préfaçant Ce que fait la Grèce, l’un de ses recueils posthumes, l’historien et helléniste Pierre Vidal-Naquet rappelait que la cité n’est pas une île, autrement dit que l’idéal démocratique est une interdépendance, de peuples à peuples, de nations à nations, avec par conséquent une obligation de solidarité. Et c’est alors qu’en hommage à la Grèce de Castoriadis, à son espérance mêlée d'inquiétude, il cite un texte anglais célèbre, celui-là même qui donna à Hemingway le titre de son roman sur la guerre d’Espagne, Pour qui sonne le glas.

C’est la fameuse méditation du prédicateur John Donne (1572-1631), symbole de l’humanisme renaissant : «Personne n'est une île, entière en elle-même ; tout homme est un morceau de continent, une partie du tout. Si une motte de terre est emportée par la mer, l'Europe en est amoindrie, tout autant que s'il s'agissait d'un promontoire, ou que s'il s'agissait du manoir d'un de tes amis ou le tien propre : la mort de chaque être humain me diminue, parce que je fais partie de l'humanité, et donc, n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas; il sonne pour toi.»

En Europe, le glas ne sonne pas pour les Grecs. Il sonne pour nous.

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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 23:00

Comme beaucoup, je partage l'immense satisfaction et bonheur d'avoir vécu, après 31 années d'attente, l'élection d'un président de la République socialiste. Dimanche soir, à la Bastille, la foule est venue pour dire qu'elle était à nouveau fière de notre pays, d'une France où les classes moyennes et populaires ne seraient plus méprisées, d'une France qui pouvait assumer le rassemblement de toutes les origines de ces citoyens dans la République, d'une France qui jette plus à la vindicte publique ceux qui sont victimes de la crise et de la mondialisation…

Hollande_Tulle.jpgFrançois Hollande, président élu, va avoir fort à faire et il faut dès aujourd'hui avoir une analyse un peu claire du scrutin présidentielle pour envisager la manière de construire la nouvelle majorité et d'engager l'action gouvernementale.

Premier enseignement et une bonne nouvelle…

La campagne à l'extrême droite de Nicolas Sarkozy n'a pas payé. Les reports de voix des électeurs de Marine Le Pen vers le président sortant sont restés autour de 50 % ce qui est un niveau « classique » entre les deux tours d'une élection du FN vers la droite.

La démonstration est faite que le discours nationaliste sur les frontières, l'immigration, la stigmatisation de l'étranger n'a pas réussi à amplifier les reports de voix de l'extrême droite à son endroit. Par contre, l'orientation austéritaire défendue par l'UMP et conçue par le président sortant lui a permis d'éviter l'hémorragie qu'il redoutait de la part de l'électorat centriste. Plus de 40 % électeurs du MODEM restent donc fortement tournés vers des politiques économiques libérales et conservatrices, plus de 30 % ont choisi l'abstention ne résolvant pas à voter pour un candidat qui s'opposait – même modérément – au « tout austérité ».

C'est le deuxième enseignement de cette élection : comme je le disais le 23 avril dernier, il n'existe pas de réelle force politique centriste en France.

Le vote personnel de François Bayrou n'a pas modifié les reports de voix tels que nous les connaissons depuis 2007 à toutes élections, et tels que les études d'opinions l'annonçait avant sa déclaration. Moins de 30 % ont choisi de voter pour François Hollande comme leur candidat du 1er tour, préférant la référence à des valeurs républicaines communes plutôt que la rectitude d'un programme d'austérité.

Il n'y a donc pas à chercher de ce côté-là un renfort ou une possibilité d'accord – pour ceux qui l'auraient imaginer – pour les législatives des 10 et 17 juin, alors même qu'elles pourraient s'avérer plus complexes qu'envisagé. Le vote de Bayrou a fini de déliter ce qui restait des solidarités centristes et des illusions d'un centre réellement indépendant ; le MODEM de 2012 ne pourra pas – si certains y pensaient – être le CDS ou le groupe parlementaire UDC de 1988 (politiquement il ne s'y conformera pas car trop divisé, si jamais ce parti obtient malgré sa situation délicate des députés).

Le troisième enseignement c'est que la bataille des législatives sera déterminante.

Avec un résultat de 51,62 % des suffrages pour François Hollande, obtenus dans un contexte politique de rejet profond et ancré du président sortant, ce résultat est confortable pour le nouveau président de la République (plus d'un million de voix le séparent de Nicolas Sarkozy), mais il pourrait ne pas permettre à lui seul d'assurer une majorité parlementaire absolue au Parti Socialiste et à Europe Écologie / Les Verts, les deux partis qui devraient constituer le cœur de la nouvelle majorité présidentielle.

Examinons les choses froidement :

  • L'illusion de l'alliance au centre qui fait perdre tant de temps dans les débats du PS s'avère une impasse tant politique qu’arithmétique ;
    Nous ne pouvons pas compter sur l'effondrement de l'UMP et les triangulaires avec le FN :
    • c'est une posture politique immorale (même si cela n’embarrasse pas tout le monde) ;
    • c'est une posture politique irresponsable pour la santé de la démocratie française ;
    • c'est une posture politique imprudente (les législatives ont rarement été favorables au FN – qui peine à dépasser les 12,5 % d'inscrits – et il n'est pas encore écrit que l'UMP ne soit pas capable de reporter au 18 juin les règlements de compte internes) ;
  • Nos autres partenaires politiques naturels sont ceux du Front de Gauche, qui ont su créer une dynamique avec 11,2 % des suffrages sur le nom de Jean-Luc Mélenchon, ceux avec qui nous gérons de très nombreuses collectivités (certains maires ou candidats communistes & app. ont donné d'ailleurs des consignes de vote en faveur de François Hollande extrêmement explicites) ; nous devons convaincre de passer de la tentation d'une opposition constructive à un soutien au pire sans participation, l'idéal étant de construire une réelle majorité parlementaire commune pour transformer notre pays et réorienter la construction européenne.

jean-luc melenchon-3-3-7744eLa première des étapes – dans les jours qui viennent – est de faire aboutir les discussions en cours sur la question de candidatures communes, là où le FN s'avère menaçant. Plus généralement, il faut discuter ensemble de toutes les circonscriptions où un candidat de gauche pourrait être mis en difficulté par ses adversaires de droite ou d'extrême droite, et des circonscriptions que nous espérons ravir à la droite mais qui pourraient s'avérer plus difficiles. Il y aura du donnant-donnant : les camarades doivent bien être conscients qu'on échangera pas le soutien aux candidats socialistes sur certains territoires sans contrepartie.

Pour construire une majorité de gauche – pour reprendre les termes de François Hollande lui-même – il convient de ne pas transformer le sentiment de fierté de la victoire en arrogance vis-à-vis de nos partenaires : l'accord de majorité parlementaire PS-EELV ne saurait être remis en cause ; nos camarades doivent savoir aussi ne pas faire de provocation anti-communiste primaire (comme cela arrive encore parfois) en comptant renverser – au risque d'une victoire de la droite – un député communiste sortant ou en annonçant pour 2014 une primaire à gauche aux municipales (au demeurant, ce dernier pari pourrait s'avérer très risqué dans le cadre d'un mouvement de balancier lors des élections locales).

De la situation générale et des résultats de la présidentielle, nous devons tirer quelques conséquences.

Le rejet de Nicolas Sarkozy a beaucoup contribué à l'élection de François Hollande ; lors des législatives, à droite, comme à notre gauche, nos adversaires et nos partenaires peuvent faire des scores qui pourraient nous surprendre.

Mai 2012 n'est pas comparable à mai 1936 ou mai 1981, l'exercice de l’État ayant laissé quelques traces, entre réussites et désillusions. Mais si l'espoir de l'accession prochaine de la gauche au pouvoir n'est pas aussi naïf qu'il y a 31 ans, les attentes de nos concitoyens vis-à-vis de la nouvelle présidence de gauche n'en sont pas moins importantes, tant les solidarités républicaines ont été défaites pendant 10 ans. L'état de grâce – si jamais il existait – n'en sera que plus court, car les Français seront réalistes mais exigeants.

Et l'équilibre sera difficile à trouver entre la responsabilité du redressement financier du pays, traduit aujourd'hui dans l'objectif affiché du retour à l'équilibre budgétaire en 2017 (ce qui ne saurait être une fin en soi), et la nécessité revendiquée de reconstruire les services publics ou de restaurer l'autonomie et les marges de manœuvre des collectivités territoriales, par exemple.

presseetrangere7mai2012.jpgL'Europe – d'aucuns pensent le monde – attendait avec impatience le 6 mai 2012. Nous avons une responsabilité à tenir vis-à-vis de nos partenaires institutionnels et de nos concitoyens européens. Face à des gouvernements conservateurs affaiblis (et plus encore affaiblis par la défaite de Nicolas Sarkozy) mais très largement majoritaires, l'exigence légitime d'une volonté de croissance dans les affaires européennes ne suffira pas. Malgré les changements de pieds de Draghi ou Rajoy, tout le monde sait que « politiques de croissance » n'a pas la même signification dans leurs bouches et dans les nôtres : les uns parlent de réformes structurelles, de libéralisation accrue des marchés, d'assouplissement du code du travail ; nous parlons de relance de l'investissement, d’infrastructures, de recherche, d'innovation…

Rapidement, nous nous rendrons compte de la nécessité – y compris pour faire progresser nos camarades de gauche dans les autres États membres – d'être plus offensifs encore sur le plan européen… par nécessité pour la survie de l'union européenne, mais aussi pour ne pas sombrer dans des compromis technocratiques émollients. Au-delà d'un chapitre « croissance », nous allons avoir besoin d'un vrai budget européen, avec des recettes autonomes et dynamiques, nous allons devoir ouvrir sérieusement le dossier de la mutualisation des dettes souveraines et des eurobonds, rouvrir le chantier des statuts de la BCE, et aussi réintroduire dans la construction européenne la notion de souveraineté populaire en créant une véritable démocratie européenne, afin que les peuples ne se sentent plus à l'écart ou dépossédés de leur destin.

AubryDuflotÀ ce titre, une leçon doit être retenue des trois années du mandat de Martine Aubry comme Première Secrétaire du PS. Au sein du PSE, aux côtés de Poul Nyrup Rassmussen, elle a défendu fièrement et ouvertement les orientations du PS sur le refus de l'austérité, l'exigence du « juste échange » et le renforcement de la démocratie européenne. Auparavant, le PS avait intériorisé une posture de minoritaire au sein du PSE, défendant des positions qu'il pensait être de compromis avant de devoir reculer encore. Entre les deux postures, qui pensez-vous avoir obtenu les meilleurs résultats ? En trois ans, Martine Aubry et Poul Rassmussen ont fait adopter par les social-démocrates européens des positions que d'aucuns auraient considéré impensables auparavant. Je lisais dans Libération ce matin, que l'un des responsables social-démocrate polonais considérait le PS français comme la formation politique la plus intéressante du PSE, citant pour démonstration les 35 heures. Qui l'aurait imaginé ?

Je suggère que nos dirigeants suivent donc l'exemple européen de Martine Aubry en l'adaptant. Cela fera progresser l'Europe, cela fera progresser le PSE, cela fera progresser le rassemblement de la gauche en France.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du Parti Socialiste du Val-d'Oise en charge des relations extérieures

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 08:43

L’historien répond à Marine Le Pen qui avait déclaré partager certaines de ses thèses et estime que le FN, en stigmatisant les Français musulmans, porte atteinte à la cohésion de la nation.

Libération - jeudi 14 juillet 2011 - Par ERIC AESCHIMANN

Emmanuel Todd, en juin 2008.

Emmanuel Todd, en juin 2008. (Sébastien CALVET)

Démographe et historien, partisan d’un «protectionnisme européen», Emmanuel Todd a été cité comme une référence par Marine Le Pen en début de semaine. Il répond aux questions de Libération.

Voilà que Marine Le Pen se réfère à vos analyses. Comment réagissez-vous ?
Cela m’amuse et m’intéresse, car, dans le débat public français, je suis celui qui a défendu avec le plus de constance, depuis vingt ans, la place des immigrés et de leurs enfants dans la société française. D’ailleurs, au moment même où Marine Le Pen me faisait ces appels du pied, j’ai donné un entretien au site Oumma.com(1), qui a été un énorme succès d’audience. Non pas que je défende un point de vue qui soit très acceptable pour les organisations islamiques, puisque je pointe par exemple la faible pratique religieuse des musulmans de France, ce qui les rapproche des catholiques. Mais ma démonstration consiste justement à souligner que, précisément parce qu’ils se comportent comme des catholiques et qu’ils sont profondément laïcisés, les musulmans de France sont des Français ordinaires. Et, dès lors que les musulmans ne posent pas de problème spécifique à la société française, leur désignation, explicite ou implicite, comme non Français doit être considérée comme une attaque contre la cohésion de la communauté nationale. Le Front national est un front antinational : voilà ce que j’affirme, y compris sur Oumma.com, ce qui rend tout de même assez cocasses les références de Marine Le Pen à mes travaux.
Selon la présidente du Front national, ce qui vous rapproche d’elle, c’est le plaidoyer en faveur de mesures protectionnistes…
C’est qu’elle fait semblant de ne rien comprendre à ma démarche. Il ne s’agit nullement d’un protectionnisme français, mais bien d’instaurer au niveau européen des instruments de régulation des échanges commerciaux, ce qui, par définition, dépasse le cadre national. Protectionnisme européen et défense d’une nation qui intègre sa population musulmane, voilà deux axes radicalement antixénophobes, qui définissent un projet à l’opposé de celui du FN.
Il n’empêche qu’elle vous a cité. N’est-il pas de la responsabilité d’un intellectuel de veiller à ne pas être récupéré par le Front national ?
Pour moi, la vraie question est plutôt : pourquoi Marine Le Pen cherche-t-elle à se revendiquer de moi, alors que je suis en situation de choc frontal avec elle ? Je crois qu’il ne s’agit pas de récupération, mais de neutralisation. On assiste actuellement à l’émergence d’une gauche, autour d’Arnaud Montebourg autant que de Jean-Luc Mélenchon, opérant la synthèse entre le projet économique protectionniste et l’idéal républicain compris dans son véritable sens, c’est-à-dire intégrant les immigrés et leurs enfants à la nation. Fin juin, l’Association pour un débat sur le libre-échange, à laquelle j’appartiens, a fait réaliser par l’Ifop, à ses frais, un sondage qui montre que 80% des Français sont favorables à un protectionnisme européen et 57% à un protectionnisme national si les autres pays européens ne font rien. Cela nous a valu les plus vives critiques de la part des libre-échangistes. On nous a fait passer pour des crétins protectionnistes en nous assimilant au FN. Aujourd’hui, c’est Marine Le Pen qui prend le relais. Pourquoi ? Parce que le FN, qui se targue, à tort, de défendre des intérêts de la classe ouvrière, se sent menacé par l’apparition de cette nouvelle gauche. Ce qui se dévoile par cet épisode, c’est combien FN et libre-échangistes forment un système où chacun a besoin de l’autre.
Un protectionnisme européen vous semble-t-il possible ?
L’accélération de la crise des dettes souveraines nous indique que nous n’aurons pas le temps de mettre en place le protectionnisme européen avant l’explosion de l’euro. Je le regrette, car j’avais voté pour le traité constitutionnel européen et je continue de croire que c’est à l’échelle européenne que nous devons construire des protections. Accepter la sortie de l’euro, ça n’est pas être antieuropéen, c’est seulement faire cesser l’acharnement thérapeutique sur une monnaie dont la classe dirigeante sait qu’elle est condamnée. Sur ce point, je donne raison à l’économiste Jacques Sapir, qui estime depuis plusieurs mois que la France doit désormais agir seule(2). Cela n’obère nullement la perspective d’un protectionnisme européen, au contraire. Car la sortie de l’euro contraindra l’Allemagne à changer d’attitude, et tout le monde constatera que le seul horizon, c’est d’instaurer des mesures communes de régulation des importations. Tel serait pour moi le contenu d’une véritable Europe. Et l’on pourra alors, si l’on veut, reconstruire une vraie monnaie unique, qui ne soit plus sous souveraineté allemande, comme aujourd’hui, mais un véritable bien commun.
Le FN est-il en train d’évoluer vers une droite républicaine un peu musclée, comme le disent certains commentaires ?
Je crois que l’on assiste à la tendance exactement inverse. Le FN version Jean-Marie Le Pen avait quelque chose de folklorique, puisque son programme alliait la stigmatisation des immigrés et le libéralisme économique (dénonciation du «fiscalisme», des fonctionnaires, etc.). A partir du moment où il associe xénophobie et étatisme, il se rapproche des fascismes d’avant-guerre. Il était national et libéral, le voici national et social, et c’est pour ça que, lors de la présentation du sondage sur le protectionnisme, j’ai spontanément établi une comparaison entre le FN et le nazisme. Cela dit, il y a des choses qui bougent et, en tant qu’historien du présent, j’essaie de comprendre ce qui se passe, sans partir du principe que je comprends tout ce qui se passe - ce qui me distingue de certains. Je constate que, d’un côté, le FN est dans le système, mais que, de l’autre, il possède une potentialité «hors système» qui peut être très dangereuse - d’autant plus dangereuse qu’elle converge avec des tendances fascisantes à l’intérieur même de l’UMP. En 1932, le parti nazi était de la même façon hors et dans le système. Nous n’en sommes pas là, mais il faut agir avec à l’esprit tous les scénarios, dont celui du pire.
Des tendances fascisantes à l’UMP ?
Pour moi, aujourd’hui, le danger vient moins du FN que de l’émergence, dans la droite dite classique, de tendances protofascistes, comme les historiens parlent de proto-industrie. Depuis quatre ans, l’impulsion des campagnes anti-immigrés, antiRoms et anti-islam a été donnée par le gouvernement. Les thématiques ethnique et autoritaire, c’est bien le sarkozysme qui les a portées. La stratégie, si caractéristique du fascisme, consistant à dire une chose et son contraire - par exemple, à se dire de gauche et de droite à la fois, ou à mélanger le social et le national - existe certes au FN, mais encore plus dans les discours écrits par Henri Guaino, où Nicolas Sarkozy en appelle aux figures historiques de la gauche au moment même où il confère des avantages fiscaux aux plus riches. Aujourd’hui, il délègue à Claude Guéant la charge de faire des «clins d’œil» à l’électorat frontiste. Pourquoi soupçonner toujours les gens de cynisme ? Peut-être est-il sincère, peut-être est-il d’extrême droite.
Le PS est-il en mesure d’éviter que la campagne de 2012 ne se focalise à nouveau sur la triade sécurité-identité nationale-immigration ?
Le Parti socialiste représente la vieille culture raisonnable de la France. Ce sont des gens polis, qui continuent de penser que, si l’on ne fait pas trop de vagues, «ça va passer». L’idée de la présidence normale est symptomatique : au fond, il suffirait de gérer les affaires de l’Etat de façon raisonnable pour se poser en alternative à la montée de folie et de violence qui caractérise les droites. J’aimerais que cela soit vrai, et les sondages d’opinion, où Sarkozy apparaît comme profondément méprisé par les Français, semblent indiquer que cela peut suffire. Mais quand bien même l’Elysée reviendrait à François Hollande ou Martine Aubry, une présidence normale n’est pas ce dont la France a besoin pour une période anormale. Il lui faut une gauche capable d’affronter un capitalisme de plus en plus inégalitaire et de plus en plus violent. Une gauche qui rende coup pour coup, qui ne fasse pas comme si tout était normal, justement. Qui désigne les adversaires de classe : les ultrariches. La gauche ne doit pas avoir peur de les taxer, de mettre en place un protectionnisme européenne, de prendre le contrôle de la gestion des banques. Elle doit parler en maître à la nouvelle aristocratie financière - le mot est de Lionel Jospin, je vous le rappelle. Et c’est là que l’escroquerie de Marine Le Pen sera dévoilée. Le FN fait semblant d’avoir deux adversaires : les immigrés et l’establishment, mais la réalité est que la dénonciation des immigrés lui permet de garder le plus grand flou sur ce fameux establishment qu’elle prétend combattre. Si je devais résumer d’une seule formule ma pensée, je dirais ceci : en triant les Français selon leurs origines, le Front national divise les classes populaires et protège l’oligarchie financière.

(1) Site internet sur l’islam en France.
(2) Auteur de «la Démondialisation», Seuil.

Photo Bruno Charoy

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 08:29

Depuis une dizaine de jours, pour bon nombres de socialistes et de commentateurs politiques, la situation politique du pays, de la gauche, du Parti socialiste a fortement évolué. En effet, pour tous ceux qui avaient considéré que seul Dominique Strauss-Kahn pouvait permettre d'incarner l'alternance face à un Nicolas Sarkozy impopulaire, ses empêchements judiciaires – qui devraient durer quelle que soit l'attention portée à la présomption d'innocence d'une part et au respect de la parole de la victime présumée d'autre part – bousculent évidemment leurs analyses politiques.

martine-aubry.jpgPour ceux qui comme moi et de nombreux camarades de la Motion C considéraient que Martine Aubry, Première secrétaire du Parti socialiste était la plus légitime pour porter le projet socialiste, le rassemblement de la gauche et l'alternative en 2012, il est également évident qu'ils ne seront pas bousculés dans leurs convictions et dans leurs analyses. Notons au passage que parmi les responsables politiques et les journalistes, ils étaient nombreux à avoir considéré la Première secrétaire comme quantité négligeable, quand ils ne faisaient pas tout simplement « campagne » pour la pousser hors du cadre.

Cette évolution soudaine, brutale et imprévue de la situation politique devrait rappeler à la gauche que la culture de l'homme ou de la femme providentiel(le) n'est pas la sienne. 2002 et 2007, avec des personnalités aussi différentes que Lionel Jospin ou Ségolène Royal, nous l'avaient clairement et douloureusement appris. La tendance de certains à mettre tous nos œufs dans le même panier – celui de notre camarade DSK – n'était ainsi sans doute pas la meilleure conseillère. On peut à se titre remarquer qu'évidemment les Français – selon les enquêtes d'opinion – semblaient favoriser DSK pour porter l'alternance en 2012, mais à y regarder de plus près il ne s'agissait pas d'une attente spécifique vis-à-vis de la personnalité de DSK. Les enquêtes d'opinion qui ont été réalisées depuis le dimanche 15 mai démontrent que cette attente d'alternance, que la volonté de se débarrasser se reportaient aisément et quasiment totalement sur les deux présidentiables socialistes aujourd'hui les plus en vue, François Hollande ou Martine Aubry.

À ce stade, il faut prendre garde à ne pas se laisser emporter. Les sondages ne sont que des sondages et l'on sait trop ce qu'ils ne signifient pas à un an de l'échéance électorale ; il serait également sage de ne pas porter attention aux sondages qui d'ores-et-déjà prédisent des résultats de second tour. La campagne des élections présidentielles de 2012 ne sera pas un chemin pavé de pétales de roses. Elle sera dure et violente, quel que soit le candidat. Il est probable que Nicolas Sarkozy est encore quelques ressources lorsque la campagne sera lancée. Enfin, Marine Le Pen se tient en embuscade et la colère des catégories populaires pourraient si nous nous en désintéressons se tourner vers le national-populisme et l'extrême droite plutôt que vers la social-démocratie.

Parier sur un « 21-Avril à l'envers » serait à ce titre passablement délétère. Il y a fort à parier que notre candidat(e) ne serait pas crédité au second tour d'un score aussi flatteur que les 82 % de Jacques Chirac en 2002, au regard de l'absence de réflexes républicains d'une bonne partie de l'électorat radicalisé de Nicolas Sarkozy. Surtout le mandat que recevrait le/la président(e) élu(e) dans ces conditions serait toujours entaché de confusion sur le projet à mettre en œuvre. Nous porterions par ailleurs le flanc à une critique – dont les fondements ont pu d'ailleurs être alimentés par les ambigüités de certains responsables socialistes –, celle d'avoir recherché cette situation afin de ne pas avoir à rassembler toute la gauche pour éviter de marquer notre programme. Une telle situation politique ouvrirait le quinquennat sous des auspices déplorables et serait gros de désillusions pour l'avenir qui nourriraient ensuite les envolées populistes.

Notre stratégie doit donc nous amener à tout faire pour privilégier un clivage politique clair qui permette de confronter les projets d'une droite conservatrice et d'une gauche de transformation sociale. Elle doit nous amener à d'ores-et-déjà tout mettre en œuvre pour faire reculer dans l'opinion, notamment dans les classes populaires, et dans les votes le Front National. Et nous n'avons pas de meilleurs outils aujourd'hui pour cela que de faire l'intense promotion du Projet socialiste, qui sera définitivement adopté samedi 28 mai 2011 après plus de deux ans de travail autour de Martine Aubry, travailler au rassemblement de la gauche et sensibiliser les électeurs de gauche pour des primaires ouvertes à gauche.

Et quand je dis « primaires ouvertes à gauche », il s'agit dans mon idée – au travers des discussions en cours avec nos partenaires politiques écologistes et communistes notamment – de les inciter eux-mêmes à y voir un facteur de dynamique pour l'ensemble de la gauche, à défaut que leurs organisations souhaitent y participer en tant que telles. Cela signifie également de ne pas hésiter à appeler les sympathisants et électeurs d'Europe-Écologie Les Verts et du Front de Gauche à participer massivement aux votes d'octobre. Il s'agit dès la désignation de celui ou celle qui sera évidemment et d'abord – vues les circonstances – le/la candidat(e) socialiste de créer une dynamique de rassemblement de la gauche pour préparer la dynamique de second tour.

Alors pendant tout le mois de juin, il faudra que les socialistes et leurs sympathisants se mobilisent pour sensibiliser les électeurs à ces primaires. Peut-on cependant mener une campagne de sensibilisation aux primaires tout en faisant dans le même mouvement campagne pour un(e) concurrent(e). Évidemment non : ce type d'acrobaties ferait perdre toute crédibilité aux militants qui s'y essaieraient et plus largement au dispositif. Alors il faut que les socialistes respectent entre eux des règles clairs ; un calendrier a été établi, il ne s'agit plus aujourd'hui d'en discuter l'opportunité pas plus qu'il faudrait remettre en cause le principe même des primaires, c'est trop tard. Les candidatures et leurs parrainages doivent être déposées entre le 28 juin et le 13 juillet. Qu'on s'y tienne et que tous les candidat(e)s potentiels cessent d'ici là de faire campagne pour privilégier la parole unitaire du Parti Socialiste dans son expression vis-à-vis des Français et dans son travail de rassemblement de la gauche.

C'est la faute politique qui entache depuis qu'elle a débuté la campagne de François Hollande. Non seulement il a dénigré la rénovation du PS, dénigré le travail intense de préparation du projet, présenté à Clichy-la-Garenne non pas le projet des socialistes avec son intonation personnelle mais son projet individuel, bref il joue sur des registres assez déloyaux... mais au-delà toute personne qui considère aujourd'hui que le temps de la campagne est venue sème la confusion (c'est vrai aussi pour Montebourg). L'été et l'automne suffiront pourtant aisément. Alors que nous devrions populariser notre projet il ne faudrait pas que nous donnions le bâtons pour nous faire battre en permettant des constructions journalistes imaginaires. Dans ce registre par ailleurs, je mets en garde ceux qui seraient autour de candidats plus ou moins déclarés tentés d'encourager des élucubrations médiatiques pour favoriser leur poulain : quand un rassemblement commence à s'opérer autour de la Première secrétaire, il est puéril et contre-productif d'alimenter chez les journalistes l'idée qu'un processus d'exclusion serait en cours et de se victimiser. C'est d'autant plus ridicule quand on est autant entouré de barons locaux et de grands élus que l'ancien Premier secrétaire et actuel Président du Conseil général de Corrèze.

Sachons faire des primaires un outil utile et pas une foire d'empoigne, c'est le sort de la France et des Français qui est en jeu.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du Parti Socialiste du Val-d'Oise

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 15:52
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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 08:22

Les Français ont la passion de l'égalité. Depuis la Révolution de 1789, cette passion n'a pas vraiment été démentie. Quand elle est contrariée par le pouvoir, il y a révolte. Au regard du pacte social français établi depuis la Libération sur la base du programme du Conseil National de la Résistance, largement inspiré par les socialistes d'alors, deux leviers tiennent particulièrement à cœur nos compatriotes : les retraites et la sécurité sociale. Et ne nous y trompons pas, l'offensive de l'UMP sur les retraites n'étaient qu'une mise en jambe pour notre système de protection sociale.

 

Les Français n'ont pas été dupes, ce qui explique le soutien massif qu'a rencontré le mouvement social dans l'opinion. Soutien durable rendu possible par l'unité syndicale.

L'unité politique de la gauche n'a d'ailleurs pas été démentie dans la séquence n'en déplaise à quelques voix discordantes et isolées aux marges de la gauche (Manuel Valls, Jean-Marie Le Guen, François Hollande). Nous avons vu apparaître ainsi de juin à novembre 2010 un véritable Front social.

 

Le mouvement social tel que nous l'avons vécu jusqu'au 6 novembre est terminé. Des fissures sont apparues dans le front syndicales et les partis sont retournés à des préoccupations tactiques de veilles d'élections ou de congrès. Mais nous devons tirer les leçons du mouvement social, de la colère qui monte dans le pays et des doutes qui s'expriment quant à la volonté des socialistes de réellement transformer la société. Nous ne gagnerons en 2012 qu'à la condition expresse que le Front social rencontre un Front politique.

 

La gauche a besoin d'être rassemblée avec un contrat de gouvernement pour le pays

 
Le mouvement social tel que nous l'avons vécu jusqu'au 6 novembre est terminé. Des fissures sont apparues dans le front syndicales et les partis sont retournés à des préoccupations tactiques de veilles d'élections ou de congrès. Mais nous devons tirer les leçons du mouvement social, de la colère qui monte dans le pays et des doutes qui s'expriment quant à la volonté des socialistes de réellement transformer la société.


C'est d'un nouveau Front Populaire dont la France a besoin. Mais un Front Populaire plus structuré, fondé sur un véritable contrat de gouvernement avec nos différents partenaires de gauche. C'est dès maintenant que nous devons leur proposer d'élaborer ce contrat de gouvernement en organisant des États-Généraux de la Gauche au printemps.
Cette stratégie politique, cette démarche de reconquête peut également nous éviter le poison de la présidentialisation et de la personnalisation qui nous a étouffé depuis trop longtemps.
On ne gagne pas sans le rassemblement de la gauche, avec le programme qui en découle logiquement. Rien ne serait plus faux que le raisonnement selon lequel il faut avoir un programme centriste parce que cet électorat ferait partiellement les majorités de 2nd tour.


La convention « égalité réelle » peut nous permettre d'éviter cette erreur qui nous a en partie coûtée l'élection présidentielle de 2002. Elle affiche pour les 5, 10 et 15 années à venir une feuille de route de transformation qui répond aux attentes des Français et de la société civile (logique car elle a été préparée avec eux). Les échos dans la presse, les associations, les syndicats et chez nos partenaires sont bons, car nous rassurons sur notre détermination.
Désormais il nous faut afficher jusqu'au bout notre volonté d'alternative et ne pas se laisser aller à la stratégie perdante de la résignation politique et de la « rigueur de gauche » qui n'aurait pas grande différence avec celle de droite.

 

Frédéric Faravel

Secrétaire fédéral aux relations extérieures du PS Val-d'Oise

pour l'éditorial de "réinventer la gauche Val-d'Oise", la lettre de la motion C

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17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 17:04

C'est une sorte de croisement improbable qui se produit devant les yeux des militants socialistes. Alors que le Gouvernement de Nicolas Sarkozy et François Fillon présente aux Français la réforme des retraites la plus injuste et la plus inefficace jamais imaginée, les socialistes français sont amenés dans le même à se prononcer sur un texte qui vise à transformer l'exercice de la démocratie en son sein. Les militans socialistes voteront même le jeudi 24 juin 2010 de 17h à 22h jour de la grande manifestation interprofessionnelle contre le projet réactionnaire gouvernemental à l'appel des 6 grandes centrales syndicales.

Loin de moi, l'idée de proclamer que le Parti socialiste serait en décalage avec les attentes réelles de l'opinon, et ce pour deux raisons :

  • la première est que le Parti socialiste a publié dès le 18 mai 2010 un contre projet détaillé et argumenté pour la réforme du système de retraites par répartition, dans une optique d'efficacité, de solidarité et de justice sociale. Rien que sur le Val-d'Oise, ce sont près de 250.000 journaux qui sont en train d'être diffusés dans la population pour promouvoir ces propositions, qui rencontrent l'attention bienveillante des principaux syndicats CGT, CFDT, FSU et UNSA, et des salariés mobilisés ;
  • la deuxième est que la question de la rénovation du Parti Socialiste nʼest pas quʼun simple ripolinage ou habillage de façade. Cʼest un débat politique sur le rapport du parti socialiste à la société et au mouvement social. Ce nʼest pas quʼun débat interne de plus entre socialistes. Car le PS étant le pivot de lʼalternative à gauche, il structure pour les années à venir le rapport des gens que nous voulons représenter au PS, le rapport des partenaires de gauche au PS, et plus largement le rapport des citoyens à la politique.

Tout cela est bien lié au contraire de ce que des observateurs peu scrupuleux vont sans doute dire. D'autant que la rénovation démocratique du Parti Socialiste (sans doute d'ailleurs le parti, où - malgré quelques pratiques douteuses de certaines fédérations, ou dans certaines sections dominées par des élus peu appréciables - dont les règles de fonctionnement étaient déjà les plus démocratiques du pays) n'a de sens que dans lʼaffirmation d'un projet dʼorientation politique, véritable alternative socialiste globale à la mondialisation et à la financiarisation du capitalisme et dans lʼaffirmation dʼun cadre programmatique concret immédiat pour les Français, mais aussi pour les partenaires de gauche.

Le choix d'externaliser la sélection du candidat de gauche peut se comprendre, dans le cadre contraint de la Vème République, dans un objectif de conquête du pouvoir. Il ne sʼagit pas pour autant de présidentialiser le Parti Socialiste. C'est pourquoi la motion C a milité pour une Convention extraordinaire du projet avant les primaires, dégagée des enjeux de pouvoir. Cette convention du projet engagera nos candidats à l'investiture et préfigurera un contrat de législature avec nos partenaires de gauche.
Nous ne pouvons pas laisser à la simple équation personnelle du candidat ou de la candidate le choix de rendre optionnel tel ou tel aspect du projet socialiste : La retraite à 60 ans sera t-elle optionnelle ? La mise en place dʼun pôle financier public sera-il optionnel ? Le juste échange également ? Et qu'en sera-t-il de l'impôt universel issu de la fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu ?

On voit à quel point la prise de position ferme et ambitieuse des socialistes sur les Retraites, malgré les fausses notes de quelques élus isolés, loin du mainstream libéral et technocratique dans lequel le Parti socialiste s'était trop souvent complu, participe aujourd'hui de leur rétablissement dans l'opinion publique. On peut commencer à ressentir les effets sur le peuple de gauche de la démonstration que le Parti socialiste s'est remis au travail autour d'une volonté de transformation de la société.

Mais comme le démontre le sondage publié ce jeudi 17 juin 2010 dans les colonnes du Parisien, les Français ne sont pas encore convaincus que les socialistes s'ils revenaient au pouvoir reviendraient sur les régressions proposées aujourd'hui par la droite, si jamais elles étaient adoptées par le parlement. En effet, il existe encore une incertitude dans l'esprit des Français sur la détermination des socialistes à aller jusqu'au bout de la logique dans laquelle ils se sont engagés, d'autant que depuis Washington, le Directeur général du FMI a indiqué que contrairement au Parti socialiste, aux confédérations syndicales et aux autres partis de gauche, il ne faisait pas de la retraite à 60 ans une ligne rouge à ne pas dépasser. On peut penser dans ces conditions que bien d'autres préconisations et orientations qu'élaborera le Parti socialiste ne représenteront donc pas pour Dominique Strauss-Kahn des impératifs tellement catégoriques, d'autant que ce dernier s'il dispose de relais réels dans le Parti socialiste ne participe pas lui-même à l'élaboration du projet socialiste.

Les socialistes et la gauche doivent préparer avec soin les conditions du choix et le choix de leur leader, tout autant qu'améliorer leur relation à la société et au mouvement social et approfondir leur travail de fabrication d'un projet de transformation sociale.

Plusieurs jalons sont donc nécessaires :

  • le Parti socialiste doit s'engager clairement et dès le 24 juin 2010 aux côtés du mouvement social et des principaux syndicats de salariés. Le rendez de la manifestation de jeudi sera déterminant, ceux qui suivront ne le seront pas moins, et les parlementaires socialistes devront mener une bataille terrible pour relayer les aspirations du mouvement social dans les deux Chambres ;
  • les deux dernières conventions "international" et "égalité réelle" du Parti socialiste doivent mobiliser plus encore ses adhérents et être préparées en lien avec le mouvement social, les chercheurs et nos partenaires, car le PS ne doit surtout pas se replier sur lui-même. Au-delà des rendez-vous politiques de l'automne 2010, la convention extraordinaire du projet, qui doit être organisée au printemps 2011 et devenir un cadre imposé aux différents candidats socialistes aux primaires ouvertes, ne peut être une coquille floue : il est déterminant que les propositions soient suffisamment précises pour que les engagements des socialistes pris devant les Français ne soient pas un chiffon de papier, que n'importe quel candidat pourrait interpréter de manière dillettante au gré de leur préférence personnelle ;
  • les procédures de dépôts de candidatures aux primaires ne peuvent se prolonger indéfiniment au gré de l'indécision ou du trac de tel ou tel candidat. Il ne serait pas compréhensible que les socialistes, la gauche et les Français ne soient pas fixés à la fin du mois de juin 2011 sur les personnalités qui solliciteront leurs suffrages pour mener la bataille de l'élection présidentielle. Parmi tous ceux qui se posent aujourd'hui la question, Dominique Strauss-Kahn et Martine Aubry doivent l'un et l'autre au parti comme au pays de se prononcer le plus rapidement possible...

Dans l'état actuel des choses, je ne peux pour ma part rester muet sur la façon dont j'envisage les mois qui nous conduisent à la bataille électorale du printemps 2012. Le Parti socialiste se reconstruit, le Parti socialiste retisse - difficilement, inégalement - des liens qui s'étaient distendus avec le mouvement social et les autres partis de gauche, le Parti socialiste s'est remis à produire des idées, ancrées à gauche... Le candidat socialiste, s'il veut devenir le candidat de la gauche, et surtout s'il veut emporter l'élection présidentielle et gouverner le pays, devra être en mesure de rassembler le peuple de gauche et de recevoir le soutien des organisations syndicales et politiques de gauche. Ce que certains espèrent emporter au centre, ils le perdront à gauche et il n'est pas dit qu'après 5 ans de Sarkozisme et 10 ans de casse sociale, le gain du premier compense la perte du second.

Tout cela plaide selon moi pour la candidature raisonnée de la Première secrétaire du Parti socialiste à qui l'on peut largement faire crédit des progrès réalisés par le PS en interne, des progrès réalisés par le PS dans l'opinion et auprès de ses partenaires. Martine Aubry devrait logiquement prendre en charge la mission de reconquérir l'exécutif national ; si elle ne s'attelait pas à cette tâche je ne donne pas cher de l'avenir de la gauche en 2012 et encore moins de l'avenir de la société française.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise
aux relations extérieures

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 16:16
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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 15:33
Point de vue
Comment régénérer le socle idéologique du socialisme ?, par Frank Burbage
LE MONDE | 08.10.09 | 13h42  •  Mis à jour le 08.10.09 | 13h42

ans ce moment où le Parti socialiste cherche à se reconstruire, à renouer des liens à la fois respectueux et efficaces avec le monde intellectuel, il n'est pas inutile d'essayer de cerner ce qui peut faire obstacle à cette consolidation tant attendue.

Cela fait bien longtemps que les responsables du PS ont passé par pertes et profits l'héritage marxiste qui avait fourni les bases théoriques de la refondation d'Epinay. Qui pense aujourd'hui à constituer un "front de classe" permettant de "rompre avec le capitalisme" ? Le problème, c'est que ces notions, à l'évidence discutables, ont été abandonnées sans être discutées, au fil d'une dérive gestionnaire sensible dans les pratiques comme dans les discours. Et lorsque le socialisme se coupe d'une pensée de l'exploitation, de la domination et de l'aliénation, il n'est plus que l'ombre de lui-même.

Les interminables querelles de personnes occupent alors le devant de la scène, sans qu'aucune perspective d'idées nouvelles ne parvienne à émerger. Et cela, alors même que la gauche française, en des oeuvres aussi différentes que celles de Michel Foucault ou d'André Gorz, dispose depuis les années 1980 ou 1990 de réflexions de haute tenue, et de grand avenir : Michel Foucault, pour réfléchir à la montée en puissance des "biopouvoirs" et des "sociétés de contrôle " et pour explorer les modalités d'une nouvelle émancipation ; André Gorz, pour articuler la question sociale et la question écologique, et pour redonner sens à une critique intelligente de l'économie.

Quel est aujourd'hui le socle idéologique "moyen" du Parti socialiste ? Trois éléments principaux apparaissent structurants : l'appel à la préservation et à la rénovation des institutions de la sécurité individuelle et collective (éducation, parcours professionnels) - contre les violences de la dérégulation néolibérale, dans la perspective d'un Etat prévoyant - ; l'appel à une distribution plus équitable des revenus et des patrimoines, à une plus grande égalité des chances - contre le creusement des inégalités, dans la perspective d'une société effectivement ouverte à tous - ; l'appel à une croissance ou à un développement mieux régulés et "durables" - contre les démesures d'un capitalisme spéculatif et dispendieux, dans la perspective d'une économie de marché soumise aux exigences de la véritable "civilisation".

C'est important, mais loin d'être suffisant. C'est de surcroît lourd d'un certain nombre d'oublis ou d'équivoques, qu'il importe de porter au débat collectif. Consolider les "capacités" individuelles est un projet très louable. Mais où passe la réflexion sur les biens communs, sur la propriété sociale, sur les espaces collectifs d'action, de pouvoir et de culture ? La question de la justice ne se réduit pas à celle du "partage (équitable) des richesses". Il s'agit aussi de décider de ce qui doit rester hors du champ de l'appropriation et de la consommation privées : des espaces, des temps, des biens proprement sociaux et publics. La question des limites de la sphère marchande est décisive, elle est très et trop souvent délaissée.

Le souci de l'équité est porté par des politiques qui ne sont pas nécessairement socialistes. C'est (heureusement) le lot commun du "libéralisme politique" en général. Mais la substitution systématique de la notion d'équité à celle d'égalité conduit à éluder des questions d'importance, sur lesquelles les socialistes auraient intérêt à se positionner : quel est le taux et le type d'inégalités tolérables et même bénéfiques dans la société d'aujourd'hui ? Dans quels cas l'égalité doit-elle être absolue ? Dans quels cas doit-elle être relativisée ? Quel type d'égalitarisme doit être aujourd'hui porté et cultivé par un socialisme contemporain ?

L'appel au développement "durable" signale moins une avancée qu'une persistante confusion. Car la critique du "matérialisme" des sociétés contemporaines et l'appel à la considération des vrais besoins humains s'inscrit dans l'horizon d'un humanisme qui reste très étroit : on veut un développement (enfin) humain, une "politique de la civilisation" ! Mais c'est ce même humanisme qui a justifié et qui justifie encore, au nom de la valeur transcendante de l'homme et de ses droits, l'exploitation illimitée de la Terre.

L'idéologie actuelle du "développement humain" reproduit sans cesse cette présupposition anthropocentriste, renforcée par l'attention portée au sort des générations (humaines) futures. Et cela, alors même que la question sociale et la question écologique demandent aujourd'hui à être très étroitement articulées.

Or cette articulation n'est possible que si l'on engage la critique de l'anthropocentrisme dominant, dans une perspective qui gagne à s'instruire plutôt chez Claude Lévi-Strauss que chez Edgar Morin. Si nous bénéficions et participons à une société de grande valeur, celle-ci ne s'arrête pas aux frontières de l'humanité.

La relation d'ensemble que nous tissons avec la multitude des choses et des êtres, des milieux et des éléments terrestres, complète et enrichit les perspectives strictement humaines. Et la Terre n'est pas seulement un ensemble de moyens destinés à nos usages et à nos consommations. Ainsi il ne revient pas du tout au même de s'inquiéter du seul réchauffement climatique ou d'y adjoindre la question, aujourd'hui également cruciale, de la biodiversité. Car si le réchauffement climatique menace à l'évidence les implantations humaines, l'expansion illimitée et incontrôlée de l'humanité, puissance impériale à la surface de la Terre, menace la multitude des êtres présents et vivants sur cette planète. Que les "modernes" que nous sommes se soient autorisés à les tenir pour de simples choses ou pour des morceaux utilisables de chair ou de matière, c'est aussi cela qui doit être mis en question.

Si le "postmatérialisme" désormais mis en avant par les responsables du Parti socialiste devait nous confiner dans l'horizon fermé de "l'humanisme intégral" ; si le socialisme devait se réduire à n'être qu'"une manière particulière d'interpréter le cadre capitaliste dans lequel nous vivons" (Marcel Gauchet), le tournant écologique du socialisme serait, une fois encore, manqué. On peut, au contraire, travailler à instruire le chantier d'un socialisme écologique : articuler la pensée des biens communs, de l'action démocratique, de l'égalité des conditions, avec celle d'une Terre enfin respectée.


Frank Burbage est professeur de philosophie au lycée Auguste-Blanqui (Saint-Ouen).

Cette tribune fait suite au débat entre Christian Paul (Parti socialiste, Laboratoire des idées) et Marcel Gauchet.
On peut lire le texte de ce débat sur le site http://laboratoiredesidees.parti-socialiste.fr.

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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 09:25

Voici le texte que Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann ont adressé à la direction du PS.  


Après l’université d’été de La Rochelle, il nous paraît urgent de clarifier le sens et la conception que le Parti Socialiste va retenir de la méthode annoncée
pour désigner le futur candidat à l’élection présidentielle.
Pour notre part, nous y travaillons depuis février 2009. Notre initiative   

« Gauche 2012 » réunit à ce jour près d’un millier de signatures de militants et de responsables issus de toutes les sensibilités de gauche.
Son cap est celui de l’unité de la gauche, d’un combat pour une candidature unique, désignée par des primaires, aboutissement d’une démarche de rassemblement, qui tracerait les grandes orientations programmatiques et le cadre
d’un accord législatif et de gouvernement.
Cette stratégie nous paraît  la seule capable d’assurer la victoire de la gauche en 2012.

C’est pourquoi, nous demandons des clarifications. Tel est l’objet du texte qui suit, que nous faisons parvenir à la direction du Parti Socialiste. Il fixe des conditions politiques majeures pour la réussite de cette démarche, au service du PS
mais aussi de toute la gauche.
      

  

Primaires : 5 questions, 5 réponses

 

            La première secrétaire du PS a annoncé qu’elle allait proposer, lors du Conseil National du 12 Octobre, de soumettre au vote des militants des propositions de rénovation du PS, comprenant notamment le principe d’organisation de « primaires ouvertes » pour la désignation du (ou de la) candidat(e) à l’élection présidentielle.

            Après l’université de la Rochelle, il nous parait que subsistent bien des ambigüités, qu’il est essentiel  de lever rapidement. En particulier, de nombreux Français qui se reconnaissent dans la gauche sont perturbés par le fait qu’une partie des défenseurs acharnés des primaires ont signé des appels ou organisé des rencontres pour promouvoir une telle démarche avec des responsables du Modem, tentant de lier les primaires avec des alliances au centre. Si la première secrétaire a écarté cette stratégie et rappelé son attachement au rassemblement de la gauche dans « une maison commune », il demeure de nombreuses incertitudes sur la démarche réelle dans laquelle se situe la perspective de primaires. 

            Nous considérons que 5 questions principales se posent. Nous leur apportons pour notre part 5 réponses, qui nous paraissent autant de conditions essentielles pour assurer la victoire de la gauche en 2012.

                                                          

 1-  L’objectif est-il de désigner un candidat du PS,  en élargissant le corps électoral bien au-delà des adhérents, pour créer un mouvement de mobilisation  autour du candidat désigné, dépassant le cadre du PS ?

  • Pour nous, les primaires n’ont de sens  que si elles ont vocation à désigner un candidat unique de la gauche et des écologistes. Elles doivent être  préparées dans un cadre unitaire, à l’issue d’une démarche globale, permettant de jeter les bases, en commun, d’un accord de gouvernement et des grandes lignes d’un programme (ou, au moins, d’objectifs de transformation sociale concrets et actuels), fondés sur des valeurs communes.    

2- Les candidatures sont-elles limitées aux seuls membres du Parti Socialiste ?

  • Pour nous, les candidatures doivent être ouvertes aux personnalités des différentes formations de gauche, engagées dans  la démarche unitaire et soutenant l’accord de gouvernement et le principe du candidat unique.

 3- Qui seront les votants? S’agira-t-il de toute personne qui vient  s’inscrire et qui paye un ou deux euros ?

  • Pour nous, les votants doivent être les adhérents des différentes organisations -pas seulement les partis, mais aussi les clubs, mouvements, associations, voire syndicats- qui se sont rassemblées sur un accord de gouvernement et les grandes lignes du programme (ou, au moins, d’objectifs de transformation sociale concrets et actuels), fondés sur des valeurs communes. Comme la plupart des citoyens de gauche, nous ne concevons pas la politique comme un « zapping électoral ». On ne saurait accepter une dissociation entre ceux qui participent aux choix des orientations et ceux qui choisissent les candidats.     

4- Quelles seront les phases préalables à ce vote ?  Le calendrier des primaires est-il  fixé indépendamment du travail de rassemblement (« la maison commune ») ?

  • Pour nous, les primaires  viennent en aboutissement de la démarche de rassemblement qui doit commencer très vite. Nous avons proposé un calendrier,  dans le cadre de l’initiative « Gauche 2012 », engagée depuis 6 mois et soutenue par près de 1000 signataires issus de tous les horizons de la gauche et de l’écologie: 
      - 1ère phase (dernier trimestre 2009). Mise en place en place d’un Comité de préparation des « Etats Généraux de la gauche » ; fixation des objectifs, du mode de débat, de la date et du fonctionnement des Etats généraux ; rédaction de textes introductifs et choix des enjeux prioritaires à débattre.
      - 2ème phase (décembre 2009 - janvier 2010). Préparation des Etats généraux nationaux par des rencontres décentralisées.
      - 3ème phase (juin 2010, après les élections régionales). Etats Généraux : vote du projet en vue de la préparation d’un accord de gouvernement.
      - 4ème phase (2ème semestre 2010). Mise en place d’un comité unitaire de préparation des primaires et arrêtant les grandes lignes d’un programme ; établissement de la liste des votants ; Campagne des candidats se présentant aux primaires.
      - 5ème phase (début 2011). Primaires. 

 5-Qui organise l'ensemble des opérations?

  • Pour nous, ce ne peut être qu’un « Comité National de préparation des primaires »,  qui aura aussi la charge d’acter l’accord politique de gouvernement et en vue de la candidature unique. Il rassemblera toutes les  organisations  signataires de l’accord. Il sera installé mi 2010. Il devra établir de la liste des votants, les conditions de campagne des candidats se présentant aux primaires, les modalités de vote.

          
          
Jamais la gauche n’a pu gagner sans être unie et rassemblée. La situation actuelle, d’une droite unie et d’une gauche divisée, au sein de laquelle le rapport de force est  instable et où les différences idéologiques, historiques, culturelles demeurent, exige une stratégie originale  pour une unité nouvelle (ni parti unifié, ni simple accord de second tour). Si le PS avance l’organisation de primaires sans les inclure dans un cadre  associant nos partenaires et les forces vives de la gauche et de l’écologie, il prendra le risque de porter  la lourde responsabilité de la défaite. 

            Les 5 propositions que nous faisons ici nous paraissent essentielles pour contribuer à la victoire de la gauche. C’est pourquoi, elles sont autant de conditions que nous mettons à l’acceptation des primaires. Nous proposerons aux militants de les ratifier. 

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