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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 08:07
De Lionel Jospin à Ségolène Royal : l’introuvable troisième voie du socialisme français
Par PHILIPPE MARLIÈRE - Maître de conférences en science politique à l’université de Londres. | 7 juin 2007

ligne

Article publié dans la revue Mouvements. Numéro spécial : « 1997-2007 : où est passée la gauche française ? , N° 50, Juin-Août 2007. 

Le défi incarné par la «modernisation» du New Labour britannique engagée par Tony Blair a-t-il permis aux socialistes de dégager une «troisième voie socialiste» qui ne soit pas synonyme de renoncement face à la mondialisation néolibérale ? Philippe Marlière analyse les errements idéologiques et politiques du Parti socialiste français depuis 10 ans. 

L’article est téléchargeable en intégralité à la fin du document

Dans la foulée d’élections législatives remportées à quelques semaines d’intervalle, Lionel Jospin et Tony Blair se retrouvèrent au congrès du Parti des socialistes européens à Malmö en juin 1997. Le jeune Premier ministre britannique vint promouvoir la «troisième voie», une méthode et un programme en rupture avec la social-démocratie traditionnelle. Charpentant son discours autour du libéralisme politique et revendiquant une large part de l’héritage économique du thatchérisme, Tony Blair mit Lionel Jospin sur la défensive. Assumant sa fidélité à la Révolution française et au socialisme, le Premier ministre français dut se résigner à endosser les habits que le prêt-à-penser médiatique lui tendait : Jospin et les socialistes français seraient le vieux socialisme qui ne se résout pas à mourir, ils incarneraient un archaïsme politique opposant une crâne − mais futile − opposition à la «modernité blairiste». Ce scénario journalistique était réglé et, sur un plan symbolique, les choses se déroulèrent ainsi peu ou prou. D’un côté, Tony Blair avait eu le loisir, depuis 1994, de peaufiner un programme et de procéder à une révision importante de la doctrine travailliste. De l’autre, Jospin avait été pris de court par la dissolution de l’Assemblée nationale et un succès électoral que peu avaient prévu. 

Le défi blairiste Les socialistes furent placés dans une position très inconfortable, car la troisième voie néo-travailliste venait heurter de front le cœur de la doctrine socialiste française . En proposant une voie qui se démarque de la «vieille» social-démocratie des Trente glorieuses et de l’ultra-libéralisme hayekien, Blair présentait une adroite synthèse du social-libéralisme anglais du XIXe siècle (capitalisme paternaliste tempéré) et de politiques néolibérales assorties de mesures de redistribution. L’objectif était de poursuivre la «modernisation» de l’économie britannique, pour l’adapter au cours néolibéral de la mondialisation. Libérale et post-thatchérienne, cette troisième voie britannique déroutait les socialistes français, car elle continuait de se réclamer du «camp du progrès» (le « centre-gauche », une «social-démocratie rénovée»). Dans son discours de Malmö, Blair résuma la démarche néo-travailliste en ces termes : «Notre tâche aujourd’hui n’est pas de mener les vieilles batailles, mais de montrer qu’il existe une troisième voie, une manière de marier une économie ouverte, compétitive et qui connaît le succès, avec une société juste, décente et humaine». Le défi de la troisième voie était là : elle ne se voulait pas tant le point médian entre socialisme et néolibéralisme, que la captation de 2 courants de gauche étrangers au socialisme français : le libéralisme et la social-démocratie. Fort habilement, le New Labour se démarqua du communautarisme étriqué des conservateurs (les «valeurs morales victoriennes») et prêta une oreille attentive – à tout le moins symboliquement – aux revendications identitaires et post-matérialistes du jour (ce qu’Anthony Giddens appelle les life politics, c’est-à-dire les attentes et les demandes qui s’articulent autour du vécu et des choix personnels des individus) : égalité sexuelle, lutte contre le racisme «institutionnalisé» et promotion des minorités ethniques, attention portée à la «réflexivité sociale» d’individus évoluant dans un monde «globalisé» et «post-traditionnel». L’autre originalité du blairisme consistait dans la mise en adéquation de la doctrine avec la pratique gouvernementale. Avant l’élection de 1997, Blair avait fait cette promesse : «Nous serons élus en tant que New Labour, nous gouvernerons comme tel.» De leur côté, les socialistes français en étaient quasiment restés à la «parenthèse de la rigueur» ouverte par Lionel Jospin en 1983 et jamais officiellement refermée depuis. Le blairisme prône l’«État social actif» et son corollaire, l’«égalité des chances» (equality of opportunity), chère aux libéraux, et non plus l’égalité de résultat (equality of outcome), exigence socialiste. Cet État «allégé» n’est plus un État actif dans l’économie, mais un simple «passeur», un «facilitateur». Il garantit encore l’accès de tous les enfants d’une classe d’âge à l’éducation ou encore la gratuité des soins médicaux pour tous, mais s’abstient de remplir le rôle d’entrepreneur économique qui fut le sien pendant les Trente glorieuses (banquier, constructeur de voitures, d’écoles, d’hôpitaux ou encore gestionnaire d’un vaste secteur nationalisé). Ce retrait de l’État de la sphère économique est un choix politique : le capitalisme financier et la mondialisation néolibérale ne sont pas l’ennemi à abattre pour les tenants de la troisième voie, ils fournissent au contraire un cadre favorable pour moderniser l’économie et la société. Bien plus, ce retrait est nécessaire pour permettre au monde des entreprises privées de «réussir», là où la «vieille» social-démocratie keynésienne a «échoué.» C’est ainsi qu’il faut comprendre l’appui sans équivoque du New Labour au monde des entrepreneurs, la promotion enthousiaste d’une économie dérégulée, flexible ou encore le refus de trop taxer les entreprises ou les capitalistes qui ont «créé de la richesse», non seulement pour eux-mêmes, mais aussi – trickle down effect aidant – pour l’ensemble du corps social. Le New Labour, c’est encore la reformulation de la question sociale en termes moraux («les droits en échange des devoirs remplis» ; par exemple l’obligation de travailler sous peine de se voir retirer les allocations chômage), une égalité relative – l’équité (ou «égalité des chances»), tout cela dans une société réputée «pacifiée», où classes moyennes et populaires se partagent les fruits d’une croissance économique continue. En 1997, le New Labour décréta la fin de la lutte des classes dans les îles Britanniques. John Prescott, le vice-Premier ministre et caution ouvrière du blairisme, saisit la dimension post-politique de la troisième voie en ces termes : «Aujourd’hui, nous sommes tous des membres des classes moyennes». Enfin, cette troisième voie post-égalitaire est apparue comme une stratégie électorale lumineuse : elle a semblé promettre des victoires infinies (1997, suivies ensuite de 2001 et de 2005). Pour le Parti socialiste (PS) qui a connu depuis 1981 autant de succès spectaculaires que de défaites désastreuses, ce dernier aspect n’était pas négligeable.

«Modernisation» jospinienne
Pour comprendre la trajectoire du PS depuis dix ans et dans quelle mesure elle se distingue du blairisme, il faut remonter aux quelques années qui précédèrent la victoire socialiste de 1997. Lors du congrès de Liévin un «coup de barre à gauche» fut donné sous l’impulsion d’Henri Emmanuelli, le premier secrétaire du parti. Quelques jours à peine après, Emmanuelli pria Jacques Delors de représenter le PS à l’élection présidentielle. L’ancien président de la Commission était alors le plus proche du discours et d’une pratique blairiste du pouvoir. Delors en avait conscience et, pour cette raison, déclina cette offre empoisonnée. Il estima qu’il n’aurait jamais pu imposer un «blairisme à la française» au PS. Le retrait d’un «modernisateur» crédible permit à Lionel Jospin de revenir dans le jeu de la présidentielle. Étiqueté à gauche, il battit nettement Henri Emmanuelli (65% des voix contre 35%). Sur fond de débat sur le «legs présidentiel» de François Mitterrand, ce vote interne fut historique à un double titre. D’une part, il officialisa la présidentialisation du PS. Jusqu’à présent, le premier secrétaire était le «candidat naturel» du parti. Or, en 1995, Jospin fut choisi par les militants car ces derniers considérèrent, sondages à l’appui, qu’il était le mieux placé pour battre le candidat du camp conservateur. Il n’en fut pas toujours de même : en 1981, Mitterrand fut investi par le PS alors que les sondages plaçaient Michel Rocard largement en tête. Les militants socialistes ont depuis intériorisé la logique de l’élection présidentielle au suffrage universel qui tend au plébiscite d’une personne et relègue au second plan la question du choix d’un candidat et d’un programme socialistes. En ce sens, le «grand renoncement» du PS à l’égard des institutions de la Ve République est intervenu lors du vote de 1995 et non, comme certains l’estiment , à l’occasion de la désignation de Ségolène Royal en novembre 2006. Le score honorable de Lionel Jospin au 2ème tour l’élection présidentielle de 1995 permit au PS de faire l’économie d’une réflexion sur les causes politiques de la débâcle électorale de 1993. Il est utile de noter que Lionel Jospin en 1995 et en 2002 (tout comme François Mitterrand en 1988), mena des campagnes électorales solitaires, de type «bonapartiste» : rédaction de son programme confiée à quelques proches, maintien du parti à distance («Mon programme n’est pas socialiste») et appel direct aux Français dès le 1er tour. Cette démarche permit à un président-candidat prônant l’ouverture au centre de se faire réélire en 1988, mais élimina un Premier ministre-candidat fatigué par le pouvoir et sans programme porteur en 2002. Lionel Jospin, qui avait jusqu’alors une image de dirigeant respectueux des militants, à leur écoute, instrumentalisa le PS à l’automne 1995, puis à partir de 1997, une fois installé à Matignon. Il entreprit de «moderniser» l’appareil socialiste pour renforcer la prééminence qu’il avait acquise lors de l’élection présidentielle de 1995. Il se soucia avant tout de ne pas être prisonnier de manœuvres éléphantesques ou de jeux de courants incertains. À cet effet, il mit sur pied une Commission de modernisation qui élabora 18 propositions soumises au vote des militants. L’une d’entre elles prévoyait l’élection des dirigeants (au niveau national et départemental) au suffrage direct des militants. Cette réforme accompagna la décision prise au Congrès du Bourget en 1993 de faire élire le premier secrétaire au suffrage direct des adhérents. Le Conseil national – le cœur de l’appareil du parti – perdit cette prérogative. Le Parti travailliste avait fait adopter des mesures similaires (le «One Member One Vote» pour l’élection du leader travailliste) peu de temps auparavant. Cette réforme avait permis à Tony Blair, un candidat issu de la droite du parti, de battre les candidats défenseurs de la tradition travailliste en 1994. La démarche jospinienne n’était donc pas anodine. Elle visait à personnaliser le pouvoir autour d’un dirigeant «présidentiable» et à neutraliser l’appareil de décision socialiste, reflet des votes militants et instance de contrôle du premier secrétaire. Elle cherchait aussi à noyer les voix des militants actifs dans celles des nouveaux adhérents moins actifs et moins politisés (et aussi moins proches d’un discours socialiste de gauche, tel la plupart des adhésions récentes à «20 €» ). Tout comme le New Labour, Lionel Jospin retint le principe libéral de «démocratie d’opinion» et écarta le principe de «démocratie socialiste». Au crépuscule du mitterrandisme, Lionel Jospin avait revendiqué un «droit d’inventaire» et affiché sa volonté de changer en profondeur les institutions de la Ve République qui, selon lui, présentaient 3 défauts majeurs : elles abaissaient le rôle du Parlement, elles créaient une dyarchie au sommet de l’exécutif (paralysante lors des périodes de cohabitation) et faisaient du chef de l’État un personnage omnipotent et quasiment irresponsable . La période de cohabition balaya la volonté réformatrice jospinienne. Pourtant nommé dans une logique parlementaire à la suite de la dissolution chiraquienne, Jospin renforça le tropisme présidentialiste du régime. Il se prononça en faveur du quinquennat présidentiel et fit modifier par l’Assemblée nationale le calendrier électoral, pour que l’élection présidentielle survienne avant les élections législatives. Gaullien, Lionel Jospin mit l’élection présidentielle au cœur du dispositif électoral et renforça la prééminence présidentelle au sein de la dyarchie. Les élections législatives n’avaient plus qu’à donner une majorité au président à peine élu. Jospin justifia ce choix institutionnel au nom du respect de l’esprit «dans lequel le général de Gaulle avait conçu cette responsabilité essentielle issue directement du vote du peuple» et appela à «redonner à cette fonction, son sens et sa portée, voire son prestige».

La sécurité, «priorité gouvernementale»
La clé des succès de la troisième voie blairiste réside en partie dans le scrutin majoritaire à un tour qui, en 2005, permit au New Labour d’obtenir 55,2% des sièges au Parlement avec seulement 35,3% des suffrages exprimés. Le scrutin majoritaire à 2 tours de notre pays ne crée pas un tel effet amplificateur. En outre, l’offre électorale au sein de la gauche française rend hasardeuse toute ouverture au centre. Fort logiquement, Lionel Jospin opta pour la reconduction de la ligne d’Epinay et l’alliance des gauches au gouvernement. La victoire inattendue du 1er juin 1997 amena la constitution du gouvernement de la «gauche plurielle», une coalition de 5 partis de gauche qui n’étaient reliés par aucun contrat politique. Le PS aborda le pouvoir après avoir eu le temps de mener trois conventions nationales programmatiques consacrées à «la mondialisation, l’Europe, la France», «les acteurs de la démocratie» et «les propositions économiques et sociales». Les textes adoptés marquèrent l’aboutissement d’une inflexion idéologique commencée dans les années 1980 : le capitalisme n’est plus l’ennemi à abattre et l’économie de marché est acceptée. Le libéralisme (économique) est devenu la notion-repoussoir majeure. Contre le néolibéralisme mondialisé qui crée des inégalités, les socialistes ont recours au volontarisme politique. L’action politique peut infléchir le cours de la mondialisation néolibérale et permet de défendre la démocratie sociale. Le PS s’affirme ici comme l’anti New Labour qui propose simplement d’accompagner le jeu des marchés. Les propositions majeures du PS en 1997 étaient toutes frappées du sceau du volontarisme d’État : les 35 heures, les 700 000 emplois-jeunes, l’arrêt des privatisations, la revalorisation salariale, la promotion de l’«Europe sociale» (l’«euro-keynésianisme» cher à Dominique Strauss-Kahn). L’État était réhabilité et la société civile passait au second plan, la loi était privilégiée par rapport au contrat. Le versant «sociétal» - comme pour le New Labour – fut traité avec soin, mais connut des résultats mitigés : la limitation du cumul des mandats qui visait à empêcher la détention simultanée d’un mandat parlementaire et la direction d’une collectivité locale fut stoppée par le Sénat (au grand soulagement de nombre d’élus socialistes), la réforme du Conseil supérieur de la magistrature qui prévoyait le renforcement de l’indépendence judiciaire vis-à-vis du pouvoir politique, fut ajournée par Jacques Chirac, la parité fut inscrite dans la Constitution en juillet 1999, mais ne s’imposa que médiocrement dans les pratiques partisanes, le gouvernement revint au principe du Jus soli pour l’acquisition de la nationalité (mars 1998), mais traita de manière conservatrice la régularisation des «sans-papiers», ce qui lui valut les critiques virulentes de la gauche associative. Dès son arrivée au pouvoir, Jospin avait tenu à faire inscrire à l’ordre du jour la question de la sécurité (ce qui rend peu crédible la thèse selon laquelle le Premier ministre aurait fait preuve de «naïveté» sur ce thème pendant la campagne de 2002). Le colloque de Villepinte d’octobre 1997 fut presenté par de nombreux experts comme le «tournant sécuritaire» du PS . À cette occasion, la sécurité fut érigée en «seconde priorité gouvernementale» par Jean-Pierre Chevènement, le ministre de l’Intérieur. Pour légitimer ce tournant, Chevènement et le PS s’appuyèrent sur la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, arguant du fait que «l’insécurité est une inégalité» qui «touche avant tout les classes populaires». Cette réunion publique permit de rompre symboliquement avec le supposé «laxisme» et l’«angélisme» de la gauche sur les questions de sécurité. Lionel Jospin affirma que la «responsabilité individuelle [prévaut] sur les excuses sociologiques». Les lourds emprunts lexicologiques et pratiques au blairisme sont, dans ce domaine, troublants. Au même moment, Blair reprenait et développait les politiques de la «Zero Tolerance» mises en place par les Républicains aux États-Unis au début des années 1990.

Volontarisme social-libéral
Le volontarisme en matière de création d’emplois fut largement tempéré par des mesures fiscales dans l’air du temps. Prétextant une rentrée accrûe des recettes due à la reprise de la croissance, Laurent Fabius, le ministre de l’Économie et des Finances, privilégia une politique de baisse des impôts à l’endroit des classes moyennes et supérieures en mars 2000. Le gouvernement réduisit fortement le déficit public sur 5 années (de 4,2% du PIB en 1997 à 1,5% en 2001) et la dette publique (de 6% du PIB en 1998 à 5,7% en 2001). Cette politique de dépenses publiques «prudente», «responsable» s’inscrivit dans le cours des pratiques sociales-démocrates en Europe au même moment. Nonobstant son interventionnisme sur le plan de la création d’emplois (35 h, emplois-jeunes), le gouvernement Jospin n’a été que très modérément keynésien en ce qui concerne la stimulation de la demande. Jospin a même affiché publiquement une forme d’impuissance et de fatalisme économique. En septembre 1999, la direction Michelin annonça simultanément 17 % de profit et la suppression de 7 500 emplois. Questionné à la télévision sur ce qu’il comptait faire, Lionel Jospin déclara qu’il n’y pouvait rien et que le «temps de l’économie administrée est terminé». Le PS a surtout rompu avec le principe du «ni ni» (ni nationalisation, ni privatisation), instauré par François Mitterrand en 1988 et encore endossé par les socialistes lors de la campagne de 1997. La gauche plurielle privatisa le Crédit Lyonnais, «ouvrit le capital» de nombre d’entreprises du secteur public concurrentiel (soit en favorisant la constitution de grands groupes européens – Alcatel et Dassault Électronique rejoignant le capital de Thomson CSF, soit en fusionnant Aérospatiale et Matra). Dans un discours à l’université d’été du PS à la Rochelle en août 1998, Jospin ébaucha les contours d’un «socialisme moderne», en revendiquant une juste articulation entre les «moyens et la fin» . Cette distinction introduite, il expliqua que les privatisations des entreprises publiques réalisées depuis 1997 – un «moyen» – avaient été motivées par la poursuite d’objectifs économiques et sociaux de gauche – un «objectif». La vente de Thomson ou l’ouverture de France Telecom à la concurrence avaient, selon Jospin, été nécessaires pour rendre la France «plus forte dans la compétition mondiale». On pourrait définir le gouvernement de la gauche plurielle comme un «étatisme pragmatique». En revanche, il apparaît moins pertinent d’affirmer que l’expérience gouvernementale entre 1997 et 2002 a permis de dégager une «voie française», fondamentalement distincte de la troisième voie blairiste. Peut-être pourrait-on opposer le «volontarisme social-libéral» du PS au «fatalisme social-libéral» blairiste. Il faudrait aussi ajouter qu’au «fatalisme blairiste» vis-à-vis de la mondialisation aura répondu le «fatalisme jospinien» vis-à-vis de l’intégration européenne (l’Agenda de Lisbonne [2000] et les accords de Barcelone [2002], tous 2 endossés par Jospin, consacrent la victoire des thèses blairistes en Europe) et la reconnaissance que la mondialisation néolibérale ne peut être que partiellement domestiquée.

Néo-jospinisme
La séquence qui a suivi la défaite du 21 avril 2002 peut être résumée en ces termes : une succession de victoires électorales (sur fond de rejet de la droite au gouvernement) et de désaveux des dirigeants de la rue de Solférino. Suivant le retrait de Lionel Jospin de la vie politique active, le PS entra dans une période de turbulences. Au congrès de Dijon, François Hollande théorisa la notion de «réformisme de gauche», une timide ouverture vers une «blairisation doctrinale» : dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. Les succès électoraux du printemps 2004 aux élections régionales, cantonales et européennes parurent donner raison à l’axe majoritaire contre les courants de gauche (Nouveau Monde et le Nouveau Parti socialiste) qui voyaient le PS «davantage comme un auxiliaire de la mondialisation libérale que comme son adversaire». Ces succès permirent à la direction socialiste d’éviter toute réflexion doctrinale et programmatique de fond pour tirer les conclusions de la débâcle présidentielle. À partir de 2004, le PS était déjà sur le pied de guerre présidentiel avec un trop plein de prétendants à la candidature. Entre 2002 et aujourd’hui, le PS de François Hollande n’a pas débattu (pas de conventions nationales programmatiques), n’a pas réfléchi à son avenir (autre que présidentiel) et a été dépassé par des mouvements sociaux combatifs (ce fut particulièrement flagrant lors des manifestations contre le Contrat première embauche). Il a semblé tabler sur le profond discrédit de la droite pour remporter la victoire en 2007. C’est dans ce contexte qu’intervint le référendum interne sur le Traité constitutionnel européen (TCE). Souhaité par François Hollande pour rassembler le parti derrière lui et marginaliser ses rivaux directs (Laurent Fabius et Lionel Jospin), ce référendum a provoqué une «guerre interne» dont est sortie très affaiblie une direction pourtant victorieuse. Au-delà des différends de fond entre «ouistes» et «nonistes», il est intéressant de noter que la décision de François Hollande renforça encore davantage la nature présidentialiste du PS. Le premier secrétaire bouscula volontairement les équilibres internes de ce parti qui, depuis Epinay, avaient reposé sur la synthèse des sensibilités diverses. En voulant créer le vide autour de lui par le biais d’un vote au parfum plébiscitaire, Hollande a brisé le modus vivendi et le modus operandi des socialistes. Ce n’est donc pas tant le «non-respect» du vote interne (Jean-Luc Mélenchon, Gérard Filoche, Henri Emmanuelli et tant de militants de base) qui devrait surprendre ou choquer, que la décision de François Hollande d’abandonner unilatéralement le mode de fonctionnement socialiste du parti. Le «peuple de gauche» (dont 59% d’électeurs socialistes) donna raison aux «nonistes» et enterra les rêves présidentiels de François Hollande. La ligne présidentialiste et social-libérale des «ouistes» ayant été fortement fragilisée par les électeurs de gauche, le combat «anti-libéral» aurait donc pu s’intensifier et menacer la direction. De nombreux militants le souhaitaient, mais il n’en fut rien. Les principaux dirigeants des courants de gauche (auxquels il faut ajouter Laurent Fabius) confisquèrent cette victoire et rentrèrent dans le rang. Comme effrayés par leur audace, ils se démenèrent dans des luttes d’appareil et cédèrent presque tous aux sirènes présidentielles. Laurent Fabius ne rompit pas avec la direction et, au Mans, une large majorité de cadres «de gauche» imposa la synthèse à des militants qui la rejetaient. Henri Emmanuelli se déclara en faveur d’une candidature Hollande. Isolée, la jeune garde «rénovatrice» (Arnaud Montebourg, Vincent Peillon) se rallia à la candidature de Ségolène Royal au printemps 2006. À défaut de «sortir la de Ve République» − une ambition devenue hors de portée avec Ségolène Royal − ils se raccrochèrent au vague espoir (certes personnellement profitable) de «sortir» les éléphants au pouvoir dans le parti pour prendre leur place.

La boucle est bouclée : le jospinisme n’a pas été vaincu. Il a survécu au retrait de Lionel Jospin de la politique et a marqué de son empreinte la campagne de Ségolène Royal. Appelons cela le «néo-jospinisme». Le gouvernement Jospin a répondu au défi blairiste en entreprenant de se distinguer symboliquement de la troisième voie britannique (Jospin : «Nous ne sommes pas des sociaux-libéraux» ; Jean-Luc Mélenchon : «Le gouvernement Jospin est le plus à gauche dans le monde» ; Henri Weber : «Nous maintenons un rapport critique au capitalisme», etc.). Le blairisme a en fait fourni aux socialistes une occasion de réactiver un sinistrisme de bon aloi et à peu de frais («Nous restons des socialistes et si vous ne nous croyez pas, écoutez Tony Blair parler»). Malheureusement, aucune des vagues tentatives de distinction doctrinale (le «socialisme moderne» jospinien ou le «réformisme de gauche» hollandais) n’a été substantiellement enrichie et développée. Sur le plan politique, tout en évoluant dans des contextes socio-économiques différents, le PS au pouvoir ne s’est pas radicalement démarqué du New Labour : le même respect des «équilibres budgétaires», le même refus des hausses d’impôt pour les plus riches, les mêmes privatisations et le même fatalisme vis-à-vis de la mondialisation néolibérale. Sous Jospin, le PS est devenu une formation politique dont l’organisation, les ressources (financières et humaines) ont été toutes dirigées vers la compétition présidentielle. Étrange destin pour cet homme qui revendiqua le «droit d’inventaire» du mitterrandisme et qui voulait «présider autrement» la Ve République. Le choix de Ségolène Royal comme candidate s’explique ainsi aisément. Selon la logique bonapartiste de l’élection, les militants socialistes ont fort logiquement investi celle que les Français plébiscitaient à travers les sondages. En ce sens, le choix de Royal n’a pas marqué le passage du «parti de classe» (puisque le PS d’Epinay n’a jamais été social-démocrate) vers un «parti d’opinion». Ce vote s’est au contraire inscrit dans le droit fil de la présidentialisation du PS (impliquant le dépassement de sa nature «socialiste»), commencée par François Mitterrand, amplifiée par Lionel Jospin et consolidée par François Hollande. Lors de ses campagnes interne et présidentielle, Ségolène Royal a démontré que dans sa marche infructueuse vers le pouvoir, elle était en tous points fidèle à Lionel Jospin . Contrairement aux apparences, la campagne royaliste n’innova pas sur le plan de l’organisation. La candidate socialiste dirigea une équipe orthodoxe, tentant même de renouer avec les coalitions socialistes attrape-tout des années 70 et 80 : gauche républicaine (Chevènement), barons du mitterrandisme (Bianco), «rénovateurs de gauche» (Montebourg, Peillon) et axe social-libéral (Strauss-Kahn), qu’elle privilégia. Seule la gauche socialiste (Emmanuelli, Mélenchon, Filoche et, aujourd’hui, Fabius) fut, de bout en bout, tenue à l’écart de cet effort collectif. Etrangère au jeu des courants et très peu impliquée dans les débats du parti, Royal mena une campagne droitière sur les thèmes de la sécurité publique et des moeurs, censée séduire un électorat populaire qui s’était abstenu ou qui avait voté pour Le Pen en 2002. Peine perdue, le score de Nicolas Sarkozy – le candidat de l’Ordre authentique - dans les milieux populaires est impressionnant. La thématique de «l’Ordre juste» royaliste n’a pas pesé lourd face à la démagogie d’une droite sarkozyste décomplexée qui a séduit largement l’électorat lepéniste. L’autre versant de la campagne a campé la thématique de la démocratie participative. Les réunions animées essentiellement par les militants des clubs Désir d’Avenirs ne suscitèrent pas l’intérêt populaire escompté. En réalité, Ségolène Royal ne put éviter le désastre d’une nouvelle élimination au premier tour que grâce au soutien d’un électorat de gauche politisé et avec une conscience de classe. Ce vote de gauche pour la candidate socialiste est paradoxal car il a été acquis en dépit de la personnalité et des propositions de Royal qui suscitent à gauche les plus fortes réserves. Caressant dans l’entre-deux tours l’idée d’une alliance avec le centre droit bayrouiste, les appels de la mouvance blairisante du PS (Rocard, Kouchner, Strauss-Kahn) furent, une fois encore, ignorés par les électeurs : le centre politique penche avec une constance remarquable à droite, ainsi que l’électorat bayrouiste et les députés de l’UDF ont pu le démontrer au deuxième tour. Au soir de la défaite, ces mêmes idéologues de l’ouverture au centre continuaient de prôner la poursuite d’une stratégie qui, par le passé, a englouti la SFIO et a failli détruire le PS entre 1988 et 1993. Ce nouvel échec cuisant de la gauche est avant tout celui du PS qui a mené cette campagne sans ligne politique claire, sans avoir défini au prélable ce que signifait le socialisme du XXIe siècle, ou encore sans se demander ce qu’il souhaitait accomplir une fois au pouvoir. Balloté au gré des sondages d’opinion, il a pensé – à tort – qu’une candidature féminine combinée à l’hostilité suscitée par Sarkozy seraient suffisants pour renouer avec la victoire. La droite a gagné triomphalement en étant de droite, la gauche a perdu spectaculairement en n’étant pas clairement de gauche. Aux socialistes honnêtes d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

 
A voir aussi : Site de la revue Mouvements
rond Télécharger l’article de Philippe Marlière en format PDF - (PDF- 210.2 ko)
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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 10:23
voilà j'ai signé l'appel qu'on retrouvera à l'adresse http://www.gaucheavenir.org/
mais sans adhérer. Je pense que cette démarche peut être utile ajoutée à d'autres, mais je souhaite privilégier mon engagement aux côtés du Nouveau Parti Socialiste (ou ce qu'il en reste après la désertion de Vincent Peillon et Arnaud Montebourg) pour transformer le PS et la Gauche.

 
L'appel du 4 juin 2007

Face à une droite décomplexée, la gauche est aujourd’hui désorientée, écartelée et sans véritable repère unifiant. Elle a le devoir de redéfinir des valeurs claires et mobilisatrices ainsi que des objectifs simples. Il s’agit là d’un préalable à toute « refondation », « rénovation » ou « rassemblement ».
    C’est ainsi, en ne se trompant ni sur le diagnostic ni sur la méthode, que l’on redonnera espoir à celles et ceux qui se reconnaissent dans la gauche.
    En créant Gauche Avenir, nous voulons contribuer, en dehors des partis, de leurs enjeux de pouvoir et des rivalités de personnes, à cette « redéfinition ». Issus de différentes sensibilités politiques, sociales et culturelles, nous souhaitons rassembler toutes celles et tous ceux qui veulent s’associer à cette démarche et qui, sans se renier, ont compris que le monde a changé et que de nouvelles aspirations se sont fait jour. Cette démarche, patiente et sérieuse, s’appuiera sur une volonté de dialogue, d’écoute et d’ouverture à tous les courants de la gauche.
                    
    Nous appelons à nous rejoindre (www.gaucheavenir.org) les hommes et les femmes qui partagent notre analyse et qui veulent œuvrer à ce renouveau en redonnant toute sa place à la culture de gauche dans le débat d’idées.                 

Premiers signataires :
Abdi Mohammed (président d’association), Attar Michèle (membre du Conseil économique et social), Candar Gilles (historien), Cabanes Claude (journaliste), Champagne Patrick (sociologue), Corbière Alexis (élu municipal à Paris), Duron Jacques (membre du Conseil économique et social), Gayssot Jean-Claude, Gendre Pierre (syndicaliste), Laignel André (député européen), Lefebvre Rémi (professeur de sciences politiques à l’Université de Reims), Levaï Ivan (journaliste), Lienemann Marie Noëlle (députée européenne), Marlière Philippe (politologue), Maurel Emmanuel (conseiller régional, Directeur de la revue « parti pris »), Moglia Michael (conseiller régional, Président du club CSPRG), Pena-Ruiz Henri (philosophe), Quilès Paul, Wurtz Francis (Président du groupe Gauche Unitaire Européenne au Parlement européen)

 4 juin 2007

 

 

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6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 20:01
En 2005, un rapport préconisait le remodelage des circonscriptions avant les législatives de 2007
 
LE MONDE | 06.06.07 | 15h34  •  Mis à jour le 06.06.07 | 15h35

es circonscriptions dans lesquelles les 577 députés s'apprêtent à être élus ne correspondent plus aux réalités démographiques de la France et auraient dû être remodelées avant les scrutins des 10 et 17 juin. Telles sont les conclusions d'un rapport que ni Dominique de Villepin ni Nicolas Sarkozy n'ont souhaité rendre public avant les échéances électorales, mais dont Le Monde s'est procuré une copie.

Le 4 mars 2005, M. de Villepin, alors ministre de l'intérieur, constitue un groupe de travail et lui assigne la mission de " préciser la portée juridique de l'obligation de procéder au remodelage (des circonscriptions législatives et des cantons), puis de définir une méthode afin que, s'il était décidé, ce remodelage soit mené dans le respect d'une triple exigence de neutralité, de transparence et d'équité". Présidé par le conseiller d'Etat Pierre Bordry, le groupe de travail remet son rapport le 1er juin 2005 à Dominique de Villepin - devenu premier ministre - et au nouveau locataire de la Place Beauvau, Nicolas Sarkozy. Depuis, le rapport est resté dans un placard, malgré la recommandation du groupe de travail de le rendre public et de " consulter sur cette base les principales organisations politiques avant de déposer le projet de loi d'habilitation". Et pour cause, c'est un sujet sensible.

Pour tenir compte de l'évolution démographique depuis la dernière loi électorale de 1986, le rapport préconise en effet que 18 départements "surreprésentés" à l'Assemblée nationale - dont Paris et le Nord - perdent un à deux sièges et qu'au contraire, 17 départements "sous-représentés" - dont la Seine-et-Marne et la Gironde - en gagnent un à deux. A titre d'exemple, le député de la circonscription la plus peuplée du Val-d'Oise représente 188 000 électeurs quand celui de la circonscription la moins peuplée de Lozère n'en représente que 34 000.

"PEU COMPATIBLES"

Ni Dominique de Villepin ni Nicolas Sarkozy n'ont voulu prendre le risque d'ouvrir le chantier du remodelage des circonscriptions avant les législatives (Le Monde du 17 février 2005). L'ancien président du Conseil constitutionnel, Pierre Mazeaud, avait pourtant menacé d'invalider les résultats des circonscriptions qui lui seraient déférées. Après les législatives de 2002, le Conseil avait déjà souligné que depuis 1986, " deux recensements généraux intervenus en 1990 et 1999 (avaient) mis en lumière des disparités de représentation peu compatibles" avec le principe constitutionnel selon lequel " l'Assemblée nationale (...) doit être élue sur des bases essentiellement démographiques".

La loi électorale de 1986 précise que les écarts de population entre circonscriptions ne doivent en aucun cas aboutir à ce qu'une circonscription dépasse de plus de 20% la population moyenne des circonscriptions du département. Or le rapport relève que, sur la base du recensement de 1999, 25 circonscriptions ont un écart à la moyenne départementale supérieur à +20%. Ainsi de la 2e circonscription du Val-d'Oise (+53,2%) ou de la 6ee circonscription de la Haute-Garonne (+32,6%). À l'inverse, 11 circonscriptions ont des écarts négatifs supérieurs à 20% : 2 circonscription du Var (-42,4%) ou 8e circonscription de la Haute-Garonne (-29,3%). Au total, 41 départements et collectivités d'outre-mer sont concernés par des " déséquilibres majeurs" entre circonscriptions, soit 40%. " La combinaison de ces écarts entre circonscriptions avec les disparités de représentation entre départements rend de moins en moins théorique le risque de voir un parti ou une coalition minoritaire en voix recueillir une majorité de sièges à l'Assemblée nationale", souligne le rapport.

Pour remodeler les circonscriptions, le rapport propose de maintenir le nombre de sièges à 577, mais de retenir comme valeur cible un écart maximal de 10% par rapport à la moyenne départementale. Selon la méthode de répartition par tranches de population, un siège de député serait attribué par tranche de 116 200 habitants et non plus de 108 000, comme c'est le cas depuis 1986. En revanche, le rapport ne remet pas en cause la règle selon laquelle un département ne peut avoir moins de deux députés. Au total, ce sont donc 35 départements qui doivent perdre ou gagner des sièges. Un chiffre qui sera encore supérieur si le gouvernement ouvre enfin le chantier du remodelage, car il devra s'appuyer sur le recensement de 2008.

 
Stéphane Mandard
CHIFFRES

35 DÉPARTEMENTS CONCERNÉS PAR LE REMODELAGE :

17 DOIVENT GAGNER DES DÉPUTÉS

+ 2 sièges : Haute-Garonne, Seine-et-Marne et Réunion ;

+ 1 siège : Ain, Gard, Gironde, Hérault, Ille-et-Vilaine, Isère, Loiret, Savoie, Haute-Savoie, Var, Vaucluse, Val-d'Oise, Mayotte, Polynésie.

18 DOIVENT EN PERDRE

- 2 sièges : Nord et Paris ;

- 1 siège : Allier, Charente, Indre, Marne, Moselle, Nièvre, Pas-de-Calais, Hautes-Pyrénées, Haute-Saône, Saône-et-Loire, Seine-Maritime, Deux-Sèvres, Somme, Tarn, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne.

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6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 09:40
Pour faire face aux dangers russes et à la dépendance américaine, les Européens doivent progresser dans les domaines militaires et géostratégiques

Aujourd'hui que se réunit sur les bords germaniques de la Baltique allemande le G8+5, je vais jouer à faire mon "Bernard-Guetta"...

En effet, alors que le sommet devait initialement porter sur les enjeux environnementaux, les circonstances ont profondément transformé les priorités des chefs d'État qui y participeront. D'abord parce que George W. Bush vient une nouvelle fois de saboter toute tentative sérieuse (n'en déplaise à Jacques Attali) d'avancer dans le domaine de la luttre contre les changements climatiques, en repoussant à la fin de l'année 2008 la conclusion d'un accord global sur les émissions de gaz à effet de serre et la protection de l'environnement.
Ensuite et surtout, parce que le projet de "Guerre des étoiles" version anti Rogues' states de Bush junior a hérisé le poil de Vladimir Poutine et que règne subitement un climat  de nouvelle guerre froide (comme quoi les  glaciations ça peut arriver vite). Les déclarations de George W. Bush hier n'ont sans doute fait que rajouter de l'huile sur le feu.

Vladimir Poutine et les Russes peuvent-ils s'appuyer sur des justifications sérieuses pour argumenter leur acrimonie renforcée (qu'on sentait quand même pointer depuis quelques temps). Nous passerons sur le retour de la logomachie soviétique, qui démontre que Poutine est allé réviser ses vieux manuels de diplomatie molotovienne. Mais effectivement les Russes ont des raisons fortes de craindre l'installation de système de lancement et de guidage de missiles américains en Europe centrale.

Il n'est pas dit que les Américains soient forcément de mauvaise foi quand ils racontent que le dispositif vise avant tout à protéger l'Europe et l'Amérique du Nord d'attaques nucléaires en provenance d'Iran ou de Corée du Nord ; on pourrait donc croire que le seul argument russe vise à dénoncer un mensonge américain et à expliquer qu'en fait ce dispositif vise leur Fédération. À ce jeu de ping pong, personne n'y retrouvera ses petits ; et surtout il y a quelques raisons réelles et bien plus sérieuses pour fâcher les  Russes dans cette histoire.
La relance américaine de la "Guerre des étoiles" même dans une version soft rejoue la partie qui s'est déroulée au lendemain de l'élection de Ronald Reagan, quand le Président  conservateur a lancé son pays dans la course à la technologie et aux armements, l'Union soviétique a dû amèrement constater son retard et le fait qu'elle ne pouvait le rattraper, l'équilibre militaire était rompu, le compromis obligatoire sous peine d'être réellement battu et c'est notamment ce qui a motivé la nomination à la tête de l'État soviétique de Mikhaïl Gorbatchev, sa tentative de Glastnost, Perestroïka et finalement de sortie en douceur du système soviétique. Les oligarques actuels du Kremlin savent trop comment tout cela s'est terminé ; l'union soviétique était bien évidemment minée de l'intérieur et les troubles extérieurs, la perte irrémédiable de son prestige et surtout de sa capacité à intervenir réellement sur la scène internationale et jusque dans ses propres protectorats, ont accéléré sa chute, le déclassement et l'humiliation de la Russie.

Aujourd'hui, la Russie a assaini sa situation financière, mis en coupe réglée sous l'autorité d'une maffia dirigeante le pays, mais l'ordre règne (et c'est là pour Poutine l'essentiel) et la Russie est repartie à l'offensive sur ses Marches comme le démontre la pacification militaire et génocidaire en Tchétchénie, les épisodes énergétiques en Ukraine, en Géorgie et en Belarus. Mais la Russie reste un État rentier, qui vit sur  l'exploitation de ses importantes ressources énergétiques, et qui si elle a remboursé sa dette rubis sur l'ongle n'a engagé aucune action d'investissements sérieuse pour préparer l'avenir  de son État et de sa population.
Elle est concurrencé directement par les États-Unis en Asie Centrale, subi l'immigration chinoise en Sibérie (et les implications politiques du processus sont importantes), l'Union européenne est à sa porte avec les pays Baltes et Turquie, Géorgie et Ukraine voudraient pouvoir la rejoindre et refermer sur la Russie un véritable étau géographique et stratégique.
L'installation en Europe centrale du dispositif de Guerre des étoiles et surtout le saut technologique majeur dans le domaine de l'armement qu'il constituerait signerait un nouveau déclassement de la Russie, si celle-ci n'obtenait pas par la menace de "représailles" l'avortement du projet. La Russie n'a sans doute pas les moyens aujourd'hui de rattraper son retard technologique sur les Américains mais elle garde sur l'Europe un pouvoir de nuisance énergétique, militaire et diplomatique certain. Les zones de conflits avec l'Union européenne sont multiples, comme le démontrent la crise cybernétique estonienne, le blocage sur l'indépendance du Kosovo, le soutien affiché à la Serbie (permettant aux passages aux nationalistes radicaux de crédibiliser leurs rodomontades populistes), le conflit avec la Transdniestrie et la Moldavie, l'épine géostratégique que consitue l'enclave de Kaliningrad entre Pologne et Lituanie...

Cette situation géopolitique devrait faire impérativement réfléchir les capitales européennes qu'elles soient du côté "vieux" ou "neuf" du continent...
En effet l'argument principal des gouvernements d'Europe centrale qui accepte aujourd'hui d'accueillir sur leur sol le dispositif de Guerre des étoiles des Américains est assez simple mais efficace. Le traumatisme causé en Pologne et en République tchèque par l'occupation soviétique pousse depuis leur Libération la grande majorité des gouvernants centreuropéen dans les bras des États-Unis ; cela explique leur ralliement à la seconde guerre du golfe. Ce tropisme est d'autant plus évident qu'ils jugent que l'Union européenne n'a pas les moyens elle-même d'assurer la défense et la sécurité de ses propres membres, et tout particulièrement celles des anciennes démocraties populaires dont la proximité géographique avec la Russie les expose plus fortement que d'autres à une éventuelle résurgence du projet "impérial" russe. Mais comme pour la guerre en Irak, les opinions publiques d'Europe centrale sont opposées à leurs gouvernements ; la difficulté réside dans le fait que ceux-ci n'ont d'alternative crédible.
Ainsi plus on s'approche de la Russie, les nouveaux membres de l'union n'ont eu de cesse de vouloir accélérer leur adhésion à l'OTAN - adhésion à l'OTAN signifiant pour eux le volet militaire de l'adhésion à l'Union européenne. Et c'est bien là le dilemme : malgré la fusion à la fin des années 1990 des institutions de l'Union de l'Europe Occidentale (UEO) et de l'Union européenne, malgré les bases d'une Europe de la Défense posées en 1998 par Tony Blair et Lionel Jospin, l'Europe engluée dans les stratégies divergentes de ses membres et dans l'impuissance institutionnelle n'a jamais pu avancer de nouveau sur le chemin de l'intégration militaire.
Le continent européen est donc condamné à subir les montées de tension entre intérêts américains et russes qui ne pourront que s'aggraver au fur et à mesure de des morceaux entiers de l'ex-Union soviétique voudront se tourner vers les États-Unis et l'OTAN (Ukraine, Géorgie, Asie Centrale...). Dans la défense même de ses propres intérêts, de ceux de ses membres - comme avec l'agression cybernétique sur l'Estonie suite aux affrontements entre une partie de la communauté russophone et les forces de l'ordre, après le déplacement d'un monument à la gloire de l'Armée rouge -, la protection de ses frontières et la pacification de son environnement proche (Kosovo, Moldavie...), l'Union européenne est contrainte de se replier sur l'OTAN et de se livrer aux États-Unis sans aucune garantie (notamment avec l'administration Bush) que ceux-ci se préoccupent autant des intérêts propres des Européens que des leurs.

Le projet de traité constitutionnel européen édictait une mesure délirante dans ses longs paragraphes : il stipulait que le cadre traditionnel de défense commune de l'Union européenne, pour tous les membres qui n'avaient pas fait voeux de neutralité et de pacifisme définitif, était l'OTAN.Qu'en soi, une constitution, qui plus est irrévisable, détermine une stratégie et une alliance militaire, est déjà sidérant ; qu'ensuite on se lie les mains avec une structure militaire dirigée de l'extérieur est affligeant de bêtise. Par contre le simple fait que les membres neutralistes (Autriche, Suède, Finlande...) de l'Union ait accepté de parler affaires militaires dans le cadre de la négociation du feu projet de TCE est tout de même une logique intéressante.
En effet, sauf à rester pieds et poings liés à l'OTAN et donc aux États-Unis et à subir les conséquences des choix militaires et géopolitique unilatéraux de l'ancienne hyper-puissance, il va falloir convaincre l'ensemble des partenaires de l'Union, ou tout du moins les plus avancés, d'entrer dans une logique d'intégration militaire et stratégique qui dépasse de loin les faibles ambitions de la PESC. Et sauf à croire que la Grande-Bretagne devienne subitement fédéraliste, ou qu'elle décide de rompre sa "relation particulière" avec les États-Unis, c'est en priorité avec l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne que nous devrons avancer rapidement, en termes de politique industrielle, de recherche/développement et d'intégration géostratégique et militaire, pour répondre aux défis qui nous sont posés par la proximité de la Russie et vraisemblablement un certain nombre d'intérêts profondément divergents à long terme ; et cela va coûter cher mais on peut espérer une mutualisation des coûts. Mais cette avancée ne peut se faire qu'avec l'aval des neutralistes et en allant suffisamment vite pour convaincre Pologne, Hongrie et République tchèque de nous rejoindre, Grèce et Turquie de ne pas jouer contre l'Europe.

Frédéric FARAVEL
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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 19:21
Réfutations, un film de Thomas Lacoste
A voir en ligne et à diffuser. | 5 juin 2007

ligne
Seize militants et chercheurs, seize regards acérés sur le monde que nous prépare Nicolas Sarkozy. Ni haine, ni diabolisation, mais la réalité d’une droite décomplexée en passe d’accéder au pouvoir. Une déconstruction implacable de la rhétorique sarkozyste, à voir d’urgence... avant qu’il ne soit trop tard.
Pour soutenir cette action, qui en appelle de nouvelles, vous pouvez acheter le DVD du film Réfutations sur le site www.lautrecampagne.org ou par chèque (10 euros) à l’ordre de l’Autre association, 3 rue des Petites Ecuries, 75010 Paris.

Un film de Thomas Lacoste avec la participation de Jeanne Balibar, Monique Chemillier-Gendreau, Anne Debrégeas, Eric Fassin, Hélène Franco, Susan George, Nacira Guénif-Souilamas, Thomas Heams, Michel Husson, Bruno Julliard, Christian Lehmann, Richard Moyon, Thomas Piketty, Emmanuel Terray, Louis-Georges Tin et Alain Trautmann.

Et le soutiens de Alterdoc, Bastamag.org, Charlie Hebdo, Confluences, Editions La découverte, Les Inrocks, L’humanité, Le Passant Ordinaire, Marianne, Politis, Mouvements, Regards, Témoignage chrétien, Vacarme.

Réfutations. Partie 1/4 :

Une menace pour la démocratie / Fiscalité et redistribution / Travail et retraites / Services publics


Réfutations. Partie 2/4 :

Santé / L'école / La Recherche / La culture


Réfutations. Partie 3/4 :

Réfutations. Partie 4/4 :

Ce film est libre de droit. Nous vous invitons à en assurer la diffusion la plus large (le faire connaître, circuler, projeter, etc.). Il peut aussi être publié sur des sites internet. Nous vous demandons cependant une seule mention obligatoire :

« Pour soutenir cette action, qui en appelle de nouvelles, vous pouvez acheter le DVD du film Réfutations sur le site www.lautrecampagne.org ou par chèque (10 euros) à l’ordre de l’Autre association, 3 rue des Petites Ecuries, 75010 Paris. »

A voir aussi : Le site de L’Autre campagne
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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 10:02
Louise Beaudoin reçue au Quai d'Orsay par Bernard Kouchner
Michel Dolbec - lundi 4 juin 2007 - cyberpresse.ca - Paris

Parce qu'il est «bourré de fric», le Canada doit augmenter sa contribution à la Francophonie, estime l'ancienne ministre péquiste Louise Beaudoin.

 

«Je ne conçois pas que la Francophonie puisse continuer à évoluer sans que le Canada mette plus d'argent», a prévenu l'ancienne ministre péquiste, lundi à Paris, à l'issue d'une rencontre avec le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.

Le fondateur de Médecins sans frontières, qu'elle connaît depuis un certain temps, avait invité Louise Beaudoin à un déjeuner au Quai d'Orsay, avec une demi-douzaine de convives. Apparemment, Mme Beaudoin — qui possède toujours de bons réseaux en France — est ainsi devenue la première personnalité québécoise à prendre contact avec le nouveau gouvernement français.
«Bernard Kouchner m'a invitée par amitié et j'ai accepté à titre personnel. Je ne représentais personne», a insisté Mme Beaudoin, qui s'est reconvertie depuis quelques années dans la Francophonie, notamment en tant que professeure invitée à l'Université de Lyon.
C'est à ce titre qu'elle a donné son sentiment sur l'avenir de la Francophonie et l'avenir de la langue française.
«La France finance 75% de la Francophonie (contre environ 20% pour le Canada) et après on vient se plaindre que ça soit de plus en plus une affaire franco-française, a-t-elle lancé. Tous les pays membres doivent faire leur part, et le Canada, qui est bourré de fric, au premier chef.»

L'ancienne ministre a rappelé que Nicolas Sarkozy a promis pendant la campagne présidentielle de mettre la Francophonie «au rang des priorités diplomatiques de la France», tout en plaidant pour une «troisième Francophonie», tournée davantage vers le politique et l'économique, dans le contexte de la mondialisation.
Mme Beaudoin, qui a donné à Lyon des cours sur la Francophonie et la mondialisation, s'en réjouit, elle qui espère que la «rupture (prônée par le président Sarkozy) ait un sens en Francohponie aussi».
Elle signale toutefois qu'on ignore toujours à quelle enseigne logera la Francophonie dans le gouvernement dirigé par le premier ministre François Fillon.
Le secrétaire d'État, qui doit encore être nommé, relèvera-t-il toujours du ministère des Affaires étrangères ou du très controversé ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale ? Si cette dernière hypothèse semble désormais écartée, la question n'est pas encore tout à fait réglée. Pour Mme Beaudoin en tout cas, la réponse «coule de source» : «la Francophonie doit être un élément de la politique étrangère de la France».

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 09:51
Point presse du 4 juin : Benoît Hamon
Benoît Hamon animait, à 6 jours du premier tour des élections législatives, le point presse quotidien de campagne du Parti sociailste. Le député européen est revenu sur le prochain rassemblement du G8, en Allemagne et de ce fait sur les dernières déclarations du président russe Vladimir Poutine. Il est également revenu sur le rapport paru aujourd'hui sur la sécurité en Seine-Saint-Denis, démontrant l'efficacité de la police de proximité.
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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 08:39
Analyse de l’élection présidentielle des 22 avril et 6 mai 2007
par Pascal Perrineau, Directeur du CEVIPOF | 4 juin 2007

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Nous vous proposons la lecture de cette analyse du CEVIPOF. Abstention, participation, retour vers les partis "de gouvernement", faiblesse globale de la gauche, rapport de force gauche/droite et questions sur la viabilité d’un centre autonome. Que les lecteurs se trouvent en accord ou désaccord avec ses conclusions, ce document participe en tous les cas aux débats que la gauche devra mener après les élections législatives.

Télécharger l’étude

PDF - 82.2 ko
Analyse de la présidentielle - CEVIPOF

Sommaire :

 

LE PREMIER TOUR DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE
1. Une exceptionnelle mobilisation électorale
2. Une érosion des protestations électorales
3. Un retour vers les candidats des grands partis de gouvernement
4. La faiblesse globale de la gauche

 

LE SECOND TOUR DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE
1. Pourquoi cette victoire ?
2. L’échec de Ségolène Royal

 

QUELQUES QUESTIONS RELATIVES A L’ELECTION PRESIDENTIELLE ET A SES CONSEQUENCES
1. Pourquoi ce rapport de forces favorable à la droite ?
2. Ladroite connaît cependant une redéfinition interne qui a un impact sur le jeu politique à gauche
3. La viabilité d’un centre autonome sous la Vème République ?

 

D’autres analyses du CEVIPOF

 
A voir aussi : CEVIPOF, Centre de recherche politique de Sciences Po
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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 10:16
Benoît Hamon invité de Arrêt sur Images
France 5 - Daniel Schneidermann - 3 juin 2007 | 3 juin 2007

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Après l’élection de Nicolas Sarkozy, le "JT [est-il] en état de grâce ?". L’émission revient sur le traitement par les journaux télévisés des annonces du nouveau gouvernement : le traitement de la déduction des intérêts d’emprunt par les JT et sur RTL, le traitement des meetings du PS (Hollande seul/tous les dirigeants réunis) dans les JT, une enquête de France 3 national sur la retraite des parlementaires. Invités : Benoît Hamon (SN et porte parole du PS), Rama Yade (SN de l’UMP) et Jean-Marc Pitte (Président de la société des journalistes de France 3).


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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 09:49
Rebonds -Economiques
Propriétaires: l'absurde subvention
Par Thomas PIKETTY - Libération - lundi 4 juin 2007
Thomas Piketty est directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'économie de Paris. (En raison des élections législatives, la prochaine chronique Economiques, avec Esther Duflo, sera publiée jeudi 14 juin.)
Parlons net: la réduction d'impôt sur les intérêts d'emprunt prévue par le gouvernement Fillon incarne le clientélisme politique et l'inefficacité économique. Subventionner le logement n'a certes rien d'absurde a priori. Si un bien particulier est sous-produit par le marché, soit parce que les ménages sous-estiment sa valeur (par exemple, si les parents prennent mal en compte l'impact du logement sur le développement des enfants), soit parce que le processus de production correspondant fait l'objet d'une inefficacité particulière, il est légitime de le subventionner, notamment en déduisant la dépense correspondante du revenu imposable. Encore faut-il en être certain, sinon on risque de truffer l'impôt de niches fiscales de toutes natures, avec pour conséquence un relèvement confiscatoire des taux faciaux appliqués au moignon de base fiscale restante. Or tout laisse à penser que la mesure sur les intérêts d'emprunt relève de cette seconde logique.
 
Cela n'a économiquement guère de sens de déduire les intérêts d'emprunt payés par les propriétaires sans autoriser également la déduction des loyers payés par les locataires (sauf à taxer les loyers fictifs, c'est-à-dire les valeurs locatives des logements occupés par leur propriétaire, ce qui était le cas jusqu'aux années 1960). Si l'on souhaite subventionner le logement, qu'importe que le paiement du service de logement prenne la forme d'intérêts ou de loyers. La mesure Sarkozy est donc non pas une subvention au logement, mais une subvention aux propriétaires en tant que tels, dont on voit mal la justification économique. Pourquoi la puissance publique devrait-elle dépenser ses maigres deniers pour favoriser ceux qui achètent leur voiture par rapport à ceux qui pratiquent la location ? D'autant plus qu'en France être propriétaire de son logement est souvent associé à l'immobilité et non au dynamisme économique, compte tenu de la taxe extrêmement élevée pesant sur les ventes de logement (plus de 5%, malgré la baisse de 1999). C'est d'ailleurs cette taxe absurde, équivalente à un impôt sur ceux qui traversent la rue, qu'il faudrait supprimer en priorité pour dynamiser la mobilité de la main-d'oeuvre et le marché du logement en France.
 
Surtout, l'expérience passée montre que le rendement économique des aides fiscales au logement est extrêmement faible. Qu'il s'agisse des subventions à l'immobilier locatif, des allocations logement... ou de la déduction des intérêts d'emprunt (pratiquée en France jusqu'en 1997), toutes les évaluations disponibles indiquent que ces aides se transmettent presque intégralement en inflation immobilière, sans réel impact sur la construction et les conditions de logement. Gabrielle Fack a ainsi montré que 80% des hausses d'allocations logement ont été absorbées par des hausses de loyer. Le même mécanisme s'appliquera probablement aux intérêts d'emprunt. Pour une raison simple : ces aides donnent l'illusion aux ménages d'être plus solvables et augmentent leur demande de logement ; mais compte tenu de la faible élasticité de l'offre de logement et de la trop faible hausse du stock d'habitations disponibles, cette demande supplémentaire nourrit les hausses de prix. Pour prendre un cas extrême, toute subvention fiscale à l'achat ou la location de terre (bien en quantité fixe) se transmet à 100% aux propriétaires initiaux. Et dans un pays où chacun est prêt à payer cher pour vivre près de ses semblables, le logement est à peine moins inélastique que la terre. L'enjeu aujourd'hui est d'inventer de nouveaux moyens d'actions ciblés permettant de relancer la construction de logements, en particulier pour les plus mal logés. Et certainement pas de déverser de nouvelles aides fiscales à l'ensemble des emprunts en cours et des logements déjà acquis, extension inévitable à partir du moment où elle avait été promise aux électeurs, mais qui porte le coût de la mesure à près de 5 milliards d'euros par an, pour un rendement quasi nul.
 
D'autant plus que Nicolas Sarkozy distribue des chèques de 5 milliards au même rythme qu'il visitait jadis les commissariats de police. C'est approximativement ce que coûtera l'exonération des heures supplémentaires, mesure qui n'a d'équivalent dans aucun pays, tant elle est insensée économiquement (toutes les heures de travail ont la même valeur, surtout les premières pour ceux qui n'en ont pas) et fiscalement (elle entraînera des manipulations sans fin). C'est aussi ce que coûtera la quasi-suppression des droits de succession, politique archi-inégalitaire que seuls Bush et Berlusconi avaient jusqu'ici osé entreprendre. Et la valeur unitaire du chèque est loin d'être négligeable : 5 milliards d'euros, c'est la moitié du budget total de l'enseignement supérieur.
 
Cette politique conduit à creuser la dette, à griller toutes les cartouches budgétaires en cas de retournement de la conjoncture, et à handicaper gravement les réformes à venir. Pas facile après de telles largesses d'expliquer aux malades qu'il faut mettre en place les franchises médicales (sans parler de la hausse de la TVA qui s'annonce), aux étudiants que la réforme de l'université se fera avec 1 ou 2 milliards de moyens supplémentaires, aux cheminots qu'ils doivent renoncer à leur régime spécial, etc.
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