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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

12 octobre 2026 1 12 /10 /octobre /2026 15:40

J'ai rédigé, à la veille du vote solennel de la proposition de loi "intégrale" en première lecture à l'Assemblée nationale, cet article pour la Gauche Républicaine et Socialiste.

Frédéric FARAVEL

« Loi intégrale » toujours en sursis

Le mardi 13 octobre 2026, la proposition de loi apportant une réponse intégrale au phénomène des violences sexuelles et sexistes contre les femmes et les enfants dite "loi intégrale" fera l'objet d'un vote solennel à l'Assemblée nationale.

Malgré des échecs importants dans le débat parlementaire, la Gauche Républicaine et Socialiste soutiendra son adoption car elle apporte des avancées majeures. Mais il faut être conscient qu’à l’heure où nous écrivons rien n’est gagné : ni son adoption mardi soir, ni un parcours parlementaire complet (le texte sera transmis au Sénat, mais devra s’insérer dans l’agenda sénatorial ce qui n’est pas garanti) sans détricotage supplémentaire, et encore moins son financement. Raison de plus pour maintenir la pression : pour obtenir une véritable victoire, la coalition féministe et enfantiste et la gauche devront continuer à mobiliser pendant de longs mois, y compris pendant la campagne de l’élection présidentielle. C’est nécessaire à la fois pour faire adopter le texte et aussi pour informer et conscientiser nos concitoyens sur ce sujet.

Des conquêtes arrachées à l'indifférence

On ne le répétera jamais assez : rien ne prédisposait le Parlement français à examiner, à l'automne 2026, un texte aussi ambitieux que cette proposition de loi dite « intégrale » contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Le projet naît pourtant dès 2024, d'une coalition inédite de quelque 140 associations féministes et enfantistes, de syndicats et d'expertes, qui transforment en quelques mois un socle de 140 revendications en une proposition de loi globale, inspirée de l'exemple espagnol de 2004, couvrant l'ensemble de la chaîne : prévention, repérage, enquête, justice, santé, travail, sphère numérique. Le combat n'est pas nouveau – la criminalisation du viol en 1980, la loi de 2010 sur les violences psychologiques au sein du couple ou l'immense travail de la commission indépendante sur l'inceste en attestent –, mais il faut attendre l'été 2026 et la découverte du corps de la petite Lyhanna, violée et assassinée malgré des alertes ignorées par les autorités compétentes, pour que l'émotion populaire, les rassemblements hebdomadaires devant les tribunaux et le souvenir d'affaires judiciaires ubuesques mettent le gouvernement au pied du mur. Les chiffres donnent d'ailleurs la mesure de l'urgence : plus de 160 000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année, 230 000 femmes majeures se déclarant victimes, une explosion des plaintes de 282% en six ans, et, en face, 73% de classements sans suite. C'est bien cette « crise systémique » de la police et de la justice que le texte entend affronter, en opérer une « rupture de paradigme ».

De réelles avancées, mais la gauche a cédé du terrain

Convenons d'abord de ce que le texte, tel qu'il sort de la première lecture à l'Assemblée, fait avancer des combats anciens. Des juridictions spécialisées et des postes de juges dédiés seraient créés ; un socle minimal d'actes d'enquête sera imposé ; les professionnels de santé mis en cause sont suspendus et l'allaitement rejoint les motifs de discrimination'inceste devient une infraction autonome du code pénal, élargie jusqu'aux cousins germains ; les violences obstétricales et gynécologiques sont pour la première fois précisément décrites et pénalement sanctionnées ; les « dick pics » deviennent un délit spécifique, la traque numérique furtive aussi. Mais à quel prix ? Sur presque tous les points durs, la « coalition » transpartisane, et singulièrement ses ailes de gauche, a fini par céder du terrain. Le maintien des cours criminelles départementales, ces juridictions sans jurés populaires qui traitent 85% des viols et que les associations voulaient abolir, en est le symbole le plus cruel : seuls les viols aggravés, punis de vingt ans et plus, iront devant des cours d'assises spécialisées – un compromis qu'aucun texte fondateur ne viendra masquer et que d'aucuns n'ont pas hésité à qualifier de trahison. L'entretien annuel de repérage à l'école, mesure clé héritée de la première recommandation de la commission sur l'inceste, a été vidé de son caractère obligatoire en commission avant d'être rétabli en séance dans une version tardive et diluée, avec une généralisation repoussée à 2032. L'obligation de négocier en entreprise sur l'impact des violences intrafamiliales a sauté ; la formation spécialisée des policiers d’un niveau élevé a été ramenée à un simple « choc de formation » moins bien ambitieux mais soutenu par le gouvernement. Or, renoncer au caractère obligatoire d'un repérage universel, c'est, au fond, accepter que cela puisse continuer.

Ambition déçue sur les parcours de soin des victimes

C'est sans doute sur le volet santé que le décalage entre l'affichage et la réalité est le plus criant. Le texte prévoit là-aussi de véritables avancées : prise en charge à 100% des soins consécutifs aux sévices sexuels, même sans plainte ; centres départementaux de prise en charge pluridisciplinaire ; fin des conciliations ordinales traumatisantes pour les plaintes visant des médecins. Mais les parcours de soin demeurent, littéralement, au rabais. Le fameux « parcours de soins coordonné » en psychotraumatisme, entièrement pris en charge, ne concernera que les mineurs : or, neuf enfants victimes sur dix ne révèlent les faits qu'à l'âge adulte, devenus inéligibles au dispositif, quand la majorité des plaignantes est précisément adulte. Les consultations de psychologues en libéral, elles, ne seront pas mieux remboursées qu'avant, ce qui exclut de fait l'essentiel des victimes ; les députées qui l'ont crié à l'hémicycle n'ont pas été contredites, simplement ignorées. Et le contenu précis de ces parcours restera suspendu à des décrets. La cause pratique est avant tout là-aussi budgétaire : faute de réels moyens – à peine 7 millions annoncés pour le parcours renforcé – et d'un périmètre volontairement restreint, la proposition de loi proclame des principes qui ne pourront devenir effectifs. Une « loi intégrale » sans « budget intégral » ne pourra pas atteindre son but.

Mardi 13 octobre : un vote sous conditions

Le rendez-vous du 13 octobre est donc tout sauf une formalité.

L’Assemblée nationale sera d'abord appelée à revoter, en seconde délibération, l'article 46, ce congé payé d'au moins dix jours destiné à permettre aux victimes salariées de porter plainte, consulter, se mettre à l'abri sans perdre leur salaire – rejeté de justesse (77 voix contre 74) grâce aux délégations de vote de l'extrême droite et aux abstentions du centre et de la droite (et une partie de la gauche était en commission sur l’examen du projet de loi de finances). Une seconde délibération a donc été obtenue car la gauche a dénoncé l'utilisation massive de délégations de vote par le Rassemblement national.

Mais il n’y aura pas de correction d’autres graves reculs. Les députés ont voté également le vendredi 9 octobre (par un vote net 121 voix contre 77, avec un large soutien du centre au RN) la suppression de l'article 62 qui interdisait de délivrer une Obligation de quitter le territoire français (OQTF) à l'encontre d'une personne étrangère victime de violences sexuelles ayant déposé plainte : les droites ont osé évoquer une « nouvelle filière d’immigration ». Cette suppression était également soutenue par la ministre de l'Égalité femmes hommes, Aurore Bergé, invoquant un avis du Conseil d'État et des risques de détournement de la procédure, fermant la porte à une seconde délibération. Cette mesure n’est pourtant pas secondaire : comment porter plainte, quitter un conjoint violent, sortir d’un réseau de traite ou de proxénétisme, si on craint un renvoi à la frontière ? La protection contre les violences doit pourtant concerner toutes les femmes, qu’elles aient ou non des papiers : en réalité, l’argument des droites est cohérent avec leurs récriminations contre l’Aide médicale d’État. D’autres mesures auraient pu être réexaminées, mais il n’y aura finalement pas de seconde délibération : la gauche souhaitait revenir sur un amendement "Medef" adopté en séance, qui a supprimé à l’article 40 l'obligation pour les entreprises de négocier sur l'impact des violences intrafamiliales (privées) dans le monde professionnel ; la gauche souhaitait également ajuster (article 3) les modalités de formation obligatoire des forces de l'ordre face aux violences sexistes et sexuelles. Peine perdue.

À cette heure, le rétablissement de l’article 46 n’est pas assuré, mais plus largement on peut s’interroger sur l'adoption solennelle du texte lui-même, dans un hémicycle où « l'alliance » transpartisane s'est fissurée toute la semaine et où l'extrême droite a déjà démontré qu'elle pouvait faire basculer des scrutins.

Si le texte est adopté finalement demain, le parcours parlementaire à venir n'est pas moins incertain : le Sénat, majoritairement ancré à droite, ne s'ouvrira sur le dossier qu'en janvier 2027, et nul n'ignore le risque que le texte y soit dépecé.

Sans crédits, la loi restera lettre morte

Enfin, l'ombre portée sur toute cette architecture, c'est l'argent. Le chiffrage officiel oscille entre 3 et 4 milliards d'euros supplémentaires par an – dont 2,4 milliards pour l'Intérieur, 300 millions pour la Justice et jusqu'à 800 millions pour la Santé –, sans compter les 500 millions annuels du seul entretien de repérage scolaire, ou les 1 400 magistrats et 800 greffiers que l'application intégrale supposerait de recruter, là où quelque 300 seront effectivement recrutés en 2027. Face à cela, les engagements gouvernementaux relèvent de l'esquive : on promet un amendement de programmation « à l'issue de la navette », une budgétisation des mesures définitivement adoptées, un effort accru « dès 2027 » dans les lois de finances et de financement de la Sécurité sociale. Mais qui ne voit la contradiction ? On refuse de légiférer sur la pénurie, tout en s'apprêtant à voter une loi dont on sait qu'elle coûtera ce que l'on refuse de mettre sur la table, dans un contexte budgétaire où chaque euro sera compté et où le gouvernement prétend surtout baisser les budgets sociaux. Si les crédits nécessaires ne sont pas votés dans les semaines qui viennent, la loi intégrale rejoindra la longue cohorte des textes généreux restés lettre morte – les 82 recommandations de la commission sur l'inceste en ont déjà fait la démonstration.

Les victimes et la société française dont elles font partie n'ont pas besoin de proclamations supplémentaires : ils ont besoin que la République mette enfin ses moyens au niveau de ses principes. Telle est, en définitive, l'unique question que trancheront les prochains budgets. À son niveau, au service des revendications de la coalition féministe et enfantiste, et avec le reste de la gauche, la Gauche Républicaine et Socialiste continuera de s’associer et de soutenir les mobilisations indispensables jusqu’à ce que cette concordance soit obtenue.

Frédéric FARAVEL
membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste

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7 octobre 2026 3 07 /10 /octobre /2026 17:43

J'ai rédigé le mercredi 7 octobre dernier (dans le train) ce texte pour la Gauche Républicaine et Socialiste.

Frédéric Faravel

Israël : se souvenir des massacres du 7 octobre 2023, avant le vote dans 20 jours

Le 7 octobre 2023, le Hamas et ses alliés déclenchaient depuis la bande de Gaza un terrible pogrom, visant prioritairement et massivement des civils : 1200 hommes, femmes et enfants massacrés à l'arme blanche et à l'arme automatique, des viols, des mutilations de cadavres... 251 otages seront emmenés à Gaza par leurs ravisseurs. Cette attaque par terre s'est doublée d'une campagne de bombardements avec plus de 2500 roquettes. Il faut ajouter au bilan des milliers de blessés. Si la population juive civile (le plus souvent habitant dans les kiboutzim orientés à gauche et favorables à la Paix en Palestine) a été la cible privilégiée, on compte parmi les victimes 70 Arabes israéliens et des centaines d'entre eux parmi les blessés. Ces actes sont des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Aucune colère ne peut justifier, en aucun cas, des actes aussi ignobles.

Après le pogrom, une « punition collective » tout aussi effroyable

On connaît la suite : le Hamas n'est pas seulement criminel pour avoir planifié et mis en œuvre ces massacres, il est également criminel pour avoir donné le prétexte au gouvernement israélien de Benyamin Netanyahu, le plus à droite jamais connu dans l'histoire de l’État d'Israël, d'abattre une violence militaire inimaginable sur l'enclave de Gaza et sa population civile. Dès les premières semaines, les opérations militaires commandées par le gouvernement dépassent de très loin le droit d'un État agressé à se défendre et sont en contradiction de fait avec l'objectif prétendu de vouloir récupérer les otages (morts ou vifs) : elles s'intègrent très dans une volonté de vengeance et de punition collective contre une population civile, elle-même victime de la prédation du Hamas. Les pertes humaines pendant la guerre de Gaza depuis 2023 sont évaluées à plus de 73 000 Palestiniens tués, dont au moins 21 500 enfants ; et à plus de 183 000 blessés, dont plus de 46 500 enfants : les bombardements de l'ensemble du territoire (80% des immeubles de la bande de Gaza sont détruits), sans discernement et sans distinction sur les infrastructures civiles et hospitalières l'organisation si ce n'est planifiée tout du moins couverte d'une famine par le blocus et par le soutien à des organisations mafieuses palestiniennes (censées seconder Tsahal dans sa lutte contre le Hamas), les tirs sur les populations en fuite, les mauvais traitements et la violence gratuite contre les civils, tout cela constitue également des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Rien ne peut justifier une seule de ces actions. Les déclarations de plusieurs ministres de Benyamin Netayahu appelant à massacrer les Palestiniens dénotent de leur intention génocidaire.

Depuis le 7 octobre 2023, différentes enquêtes ont apporté la démonstration que le cabinet Netanyahu avait été informé de la préparation d'une attaque de grande ampleur par le Hamas. Le premier ministre a choisi d'ignorer délibérément ces avertissements et renseignements, dégarnissant par ailleurs les effectifs de l'armée pour satisfaire des revendications confessionnelles minoritaires pour permettre à des soldats de rentrer dans leurs familles pour les fêtes de Soukhot. Benyamin Nethanyahu et ses ministres « suprémacistes religieux » sont donc doublement coupables : ils ont échoué volontairement à protéger les citoyens israéliens et ont ordonné et encouragé par la suite des massacres atroces.

Un cessez-le-feu est censé être entré en vigueur depuis le 10 octobre 2025. Si la nourriture et l'aide a pu à nouveau atteindre la population démunie et traumatisée de la bande de Gaza, des affrontements et des actes de violence continuent d'être perpétrés contre les civils par l'armée israélienne et ses supplétifs : 1440 Palestiniens auraient été abattus dans ce territoire depuis un an. Par ailleurs, la situation s'est profondément dégradée en Cisjordanie où les colons religieux tentent de façon croissante d'opérer une campagne de nettoyage ethnique, pourchassant des Palestiens, les chassant de leurs villages, arrachant leurs cultures et certains oliviers pluricentenaires. Ces actions criminelles se font trop souvent sous les yeux des militaires israéliens, qui ne réagissent pas ou même parfois accompagnent et encouragent. Plusieurs incidents récents ont cependant opposé Tsahal à certains des colons extrêmistes, ce qui démontre encore que l'action et les complicités malsaines du gouvernement Netanyahu fracturent toujours plus la société israélienne.

Le renouvellement de la Knesset se tiendra dans ce contexte

Les citoyens israéliens voteront le 27 octobre prochain pour renouveler la Knesset. Pendant 3 ans, Benyamin Netanyahu a tout fait pour retarder l'échéance alors que la situation politique aurait mille fois justifiée (au regard des raisons pour lesquelles elle a été finalement décidée en juillet dernier) : l'actuel premier ministre a utilisé la guerre qu'il a lui-même entretenue comme une assurance-vie politique ; on peut fortement supputer que les offensives militaires conduites contre l'Iran, avec le soutien puis la participation active des États-Unis d'Amérique, qui ont fini par plonger la planète dans une nouvelle crise pétrolière (et ont permis au régime des Mollahs de renforcer encore la répression contre sa population), ont été conduites dans le même objectif. Benyamin Netanyahu craint plus que tout la fin de son mandat et de son immunité, car toute une série de graves affaires judiciaires l'attendent au lendemain de sa défaite espérée. Avant le 7 octobre 2023, il avait provoqué un fort mouvement de protestation de la société civile contre sa réforme de la justice et de la constitution israélienne, qui visait tout à la fois à satisfaire son idéologie héritée de la droite révisionniste et ses intérêts personnels.

La société israélienne, traumatisée par les attaques meurtrières du 7-Octobre et soumise à une tension militaire permanente depuis (mobilisant de nombreux réservistes), a sans doute mis du temps à se détacher d'un réflexe (que l'on pourrait qualifier de naturel, s'il n'accompagnait une situation aussi affreuse) d'union nationale. Le Cabinet Netanyahu a été soutenu par l'opinion tant qu'elle a cru qu'il travaillait à ramener les otages ou leurs corps (il a en partie échoué), elle l'a soutenu plus fortement encore contre le Hezbollah au Liban (l'intervention militaire n'était cependant aucunement justifiée), puis contre l'Iran car les Israéliens sont convaincus de la menace existentielle que fait peser sur eux le régim islamiste... Une grande majorité des Israéliens a trop longtemps voulu fermer les yeux sur les massacres commis à Gaza en son nom, enfermée dans sa peine et son traumatisme. Les fractures politiques et civiques qu'induisent et approfondissent en soi la politique conduite par Netanyahu et ses alliés suprémacistes Ben Gvir et Smotrich finissent cependant par déciller les yeux, alors que la tension militaire s'est légèrement décalée d'Israël.

Pronostic impossible

Le Likud, parti de Netanyahu, semble en net recul selon presque tous les sondages qui lui promettent une petite vingtaine de sièges contre 32 aujourd'hui ; Otzma Yehudit, le parti de Ben Gvir héritier de Meïr Kahan et des assassins d'Yitzakh Rabin, progresserait au détriment du parti de Bezalel Smotrich (RZP Zehut), son comparse suprémaciste. Les partis religieux sépharades et ashkénazes restent alliés de Netanyahu. Mais le bloc des opposants à Netanyahu, qui rassemble les héritiers du travaillisme isralien réunifié (Démocrates, 8 à 10 sièges) avec le centre droit (Yashar 23 sièges) et la droite nationaliste (Ensemble 13 sièges, Israël Beïtenu 9 sièges), est selon les jours devant d'un ou deux sièges ou l'inverse avec le bloc de ses soutiens, entre 50 et 54 sièges. La Knesset compte 120 députés, l'orientation du futur gouvernement dépendra donc du soutien de la "Liste commune", rassemblant le parti communiste et les partis arabes Ta'al et Balad (8 sièges espérés), de Ra'am (parti islamiste arabe israélien, 5 sièges espérés) et l'alliance électorale du parti des réservistes et du « nouveau parti économique » (centre-droit), qui prétend obtenir 4 ou 5 sièges. L'avance de l'un des deux blocs antagonistes, mais qui restent eux-mêmes profondément divisés, déterminera vraisemblablement le basculement de cette dernière alliance.

La poursuite d'un cabinet Netanyahu serait évidemment une catastrophe pour l’État d'Israël et ses citoyens, car elle serait fondée sur le renforcement de ses composantes les plus extrémistes. Vue d'Europe, la coalition des anti-Netanyahu peut évidemment paraître baroque, mais elle a pris des engagements fermes pour rétablir un fonction démocratique des institutions, garantir l'Etat de droit, faire cesser les exactions à Gaza, un véritable retour à une logique de négociation et l'arrêt du nettoyage ethnique en Cisjordanie. C'est peu, sans doute, mais c'est le minimum et l'exact opposé de ce que promet Netanyahu. Et c'est impérativement nécessaire pour la société israélienne puisse réellement faire son deuil, commencer à travailler sur elle-même et peut-être un jour (encore trop lointain) vouloir s'engager à nouveau dans une réelle logique de paix.

Frédéric Faravel
membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste

 
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5 octobre 2026 1 05 /10 /octobre /2026 13:27

Si vous souhaitez participer à la primaire de la gauche socialiste, il faut vous inscrire avant ce soir minuit. Vous avez peut-être assisté aux débats TV, ils étaient d'inégale qualité, même si on a entendu (ce n'était pas arrivé depuis longtemps) des "trucs de gauche" sur un plateau de débat.

De ces débats inégaux, où les candidats les plus connus ont surtout brillé par les polémiques qu'ils créaient (parfois artificiellement) entre eux et les noms d'oiseaux dont ils s'affublaient. Dans cette ambiance trop souvent désagréable où peu de propositions émergeaient, beaucoup d'entre vous ont témoigné (auprès de ses soutiens assumés dont je suis) que la prestation, l'attitude respectueuse, la sérénité, la personnalité et la cohérence d'Emmanuel Maurel sortaient du lot. Certain(e)s ajoutaient cependant qu'il n'était pas assez connu et que, pour cette raison, ils ne pouvaient voter pour lui… à quoi sert donc une primaire, si ce n'est pas pour faire émerger une solution qui n'est pas apparue auparavant parce que les acteurs du drame qui se jouait précédemment étaient incapables de la faire émerger. Glucksmann n'a pour seul argument d'avoir bénéficié d'une campagne de presse qui en fait un eurodéputé capable d'être testé dans les sondages ; les candidat·e·s issu·e·s du PS semblent rejouer débat après débat un éternel congrès illustrant que ce parti est profondément divisé sur des querelles de personnes et de tactique (plutôt que de stratégie). Pourtant, constatant le naufrage de la primaire dite "Front Populaire 2027" (EELV, Après, Debout!, Génération·s, et initialement le PS) dont nous avons explicitement été écartés par la volonté de certains de ses participants, nous continuons de rechercher un chemin pour que la gauche ne s'effondre pas définitivement avant l'élection présidentielle.

C'est la raison de notre participation en tant que Gauche Républicaine & Socialiste avec la candidature d'Emmanuel Maurel à cette primaire de la gauche socialiste : faire émerger des idées nouvelles, donner une dynamique de rassemblement à la ou au candidat·e qui en sortira, pour poursuivre encore après le rassemblement et construire (désormais dans l'urgence une plateforme programmatique pour une gauche plus unie qu'aujourd'hui. Le débat sur des alliances au-delà ne se pose pas : dans l'élection présidentielle, il s'agit de désigner un candidat de la gauche socialiste, nous serons en concurrence (on le sait) avec d'autres candidats de gauche (Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon sont assurés de l'être) : il n'y aura donc pas d'alliance avec eux au premier tour de cette élection. Nous sommes convaincus que ni la droite, ni le centre macroniste, ni LFI ne peuvent gagner dans un second tour face à Marine Le Pen : il faut donc que ce soit un candidat différent à gauche qui accède au second tour pour éviter le pire, et il ne peut être issu que de cette primaire (si François Hollande veut jouer au croque-mort de Lucky Luke, il finira lui aussi dans les cercueils qu'il prépare).

Dans ce cadre, je me suis encore renforcé dans mon idée initiale avec la conviction que nous devons faire un choix renversant. Si tous les gens qui nous disent trouver qu'Emmanuel Maurel est le meilleur parmi les candidats de la primaire votaient pour lui, il serait le vote utile au premier comme au second tour : donnez vous cette chance, votez Maurel, c’est la seule manière de créer la surprise à l’élection présidentielle. Il reste quelques jours, je suis convaincu que s'il n'y a pas de surprise Maurel dans cette désignation nous courrons à la catastrophe. Les autres ont fait la démonstration qu'ils ne pourraient pas rassembler. Je ne crois pas pour ma part que ce soit les propositions originales qui permettent de gagner - ça se serait vu sinon en 2016-2017 (et encore faut-il que le candidat ne découvre pas sa position originale 8 mois avant sa campagne) - mais la cohérence du projet et la volonté de porter une vision de la France au service des Français·es à court, moyen et long termes. Emmanuel Maurel les a l'une et l'autre.

Son programme 👉 https://emmanuel-maurel.fr/  
Pour le soutenir et voter pour lui :
✅ Rejoignez son comité de soutien 👉 https://framaforms.org/formulaire-de-soutien-a-la-candidature-demmanuel-maurel-a-la-primaire-de-la-gauche-1787764433
✅ Adhérez avant le 5 octobre minuit,
    🔸soit à la Gauche Républicaine & Socialiste 👉 https://g-r-s.fr/produit/adhesion/
    🔸soit à la primaire directement 👉 https://participer.choisir2027.fr/participation/

Frédéric Faravel
membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste

Si on veut sortir de l'impasse, il faut participer à la primaire de la gauche socialiste et voter Maurel
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4 octobre 2026 7 04 /10 /octobre /2026 10:37

J'ai rédigé vendredi 2 octobre 2026 ce communiqué pour la Gauche Républicaine et Socialiste.

Bonne lecture,
Frédéric Faravel

membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste

LE GOUVERNEMENT DOIT RÉPONDRE AUX ASPIRATIONS LÉGITIMES DES LYCÉENS ET DES ÉTUDIANTS
Depuis le 21 septembre 2026, la mobilisation des lycéens prend de l’ampleur et se transforme aujourd’hui en un mouvement à l’échelle nationale.
 
Ce mouvement, qui semble s’étendre aux universités parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets, dit l’état de l’Education nationale dans notre pays. Après toutes les réformes calamiteuses imposées sous les quinquennats d’Emmanuel Macron, ParcourSup en tête, le dernier classement PISA démontre l’étendue de la crise, et d’abord dans la fonction première de l’école : la transmission des savoirs et le niveau général des connaissances.
 
Il faut arrêter de regarder les manifestations lycéennes de haut et de les traiter avec mépris : elles ont toujours existé et la mobilisation des lycéens est aussi une étape de l’apprentissage de la citoyenneté. Contrairement à ce que disent le gouvernement et ses soutiens, les lycéens expriment très clairement des revendications pratiques. Les jeunes qui se mobilisent pour de meilleures conditions d'études, pour une meilleure orientation, contre la sélection, le font à juste titre.
 
Nous n'avons pas à dire aux lycéens et aux étudiants ce qu'ils doivent faire. Le devoir de la gauche est de les comprendre et de les aider. Ce n’est pas facile d’avoir 18 ans en 2026 : cette génération a subi le confinement, elle a subi Parcoursup, elle subit déjà et subira le dérèglement climatique. Elle a toutes les raisons d’être en colère et même en révolte.
 
Nous avons constaté évidemment une montée de la violence ; certains comportements sont intolérables et mettent en danger les biens et les personnes dans la collectivité. Ceux, parmi les responsables politiques, qui pourraient encourager ces comportements seraient des irresponsables. Il est évidemment difficile de faire face à des incidents où se retrouvent des centaines d’adolescents et de jeunes adultes. C'est un crève-cœur de voir des biens publics dégradés ou un prof molesté. Mais c'est un crève-cœur de voir une jeune fille brutalisée par des policiers ou un élève de 14 ans, qui se bat pour ses droits, perdre toutes ses dents suite à un tir de policier au lance-grenades. Les policiers font certes un boulot très difficile, mais disons-le fermement, nous avons un problème majeur dans la chaîne de commandement et les méthodes employées, car depuis trop longtemps le pouvoir macroniste est incapable de dialoguer : il a appliqué aux lycéennes et aux lycéens la même violence que celle qu’ont connu les « gilets jaunes » ou d’autres mouvements, il a encouragé la hiérarchie des forces de l’ordre à une réponse disproportionnée. Est-ce une réponse légitime de tirer au LBD sur des mineurs ? Et il se cache derrière une théorie du complot, finalement classique chez tous les gouvernements de droite cédant à l’autoritarisme : la manipulation par l’extrême gauche, c’est l’expression d’un mépris supplémentaire pour l’intelligence des jeunes Français·es.
Les forces de l’ordre doivent protéger les biens et les personnes, mais elles doivent aussi et surtout protéger la liberté d’expression en République. Cet équilibre est aujourd’hui rompu. Et cette rupture nourrit l’extension du conflit.
 
Nous ne dirons pas aux lycéens de rentrer chez eux, mais de s'exprimer dans le calme, de dire ce dont ils ont envie et d'engranger des gains, comme la fin de la hausse des droits d’inscription en BTS et en classes prépa ! Le gouvernement doit cesser d’aborder ce mouvement sous le seul angle sécuritaire, entrer dans un véritable dialogue, écouter les revendications et y répondre, c’est-à-dire rétablir des conditions dignes d’enseignement dans les lycées publics et redonner enfin la priorité absolue à l’Éducation nationale.
 
Alors que la situation de l’Éducation nationale n’a cessé de se dégrader depuis 24 ans, le corps enseignant est héroïque de poursuivre ses missions dans de telles conditions. Le premier devoir de l’État est d’être à ses côtés de façon inconditionnelle. Nous soutenons tous les personnels de l’Éducation nationale, qui font tout leur possible pour que nos enfants réussissent. Il est temps de redonner de l’attractivité à ces métiers pour que nos enfants retrouvent un encadrement digne de leur avenir.
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28 septembre 2026 1 28 /09 /septembre /2026 13:58

En moins de 40 ans, la part du revenu consacrée au loyer est passée de 15-20% à plus de 25%, et même plus de 30% voire 35% dans les grandes villes.

Le logement est le premier poste de dépense des Français·es. La part des dépenses consacrées au logement est un peu plus élevée pour les locataires du parc privé (25,4%) que pour les locataires du parc social (24%). En 2023, il comptait pour environ 27% des dépenses : cela ne signifie pas que la charge aurait diminué, mais que les autres postes de dépenses ont plus fortement progressé encore dans la période. En 2025, le logement a représenté 621 milliards d’euros de dépenses pour les Français·es. Ce poste de dépense représente 28% de leur consommation, selon un rapport du Service des données et études statistiques (SDES) du gouvernement publié récemment. Selon la Fondation pour le logement, les ménages vivant sous le seuil de pauvreté consacrent, eux, près de 40% de leurs revenus à leur logement.

Sauver l’encadrement des loyers ne suffit pas : il faut encadrer les prix du foncier

Depuis 2014, le principe de l’encadrement des loyers avait été établi par la loi ALUR ; la loi ELAN de novembre 2018 puis la loi 3DS de 2022 l’ont refondu et rendu applicable sous sa forme actuelle de mise en place expérimentale : de fait, elle peine à être mise en œuvre hors des grandes agglomérations et métropoles (Lille, Hellemmes et Lomme, Lyon et Villeurbanne, Montpellier, Bordeaux, les agglos de Plaine Commune et Est Ensemble en Seine-Saint-Denis, et enfin certaines communes du Pays basque) : tout a été fait pour que cela ne se diffuse pas et, pire encore, l’expérimentation doit officiellement prendre fin le 23 novembre 2026, sauf si une intervention législative décide de la prolonger ou de la pérenniser d'ici là.

Manœuvres en cours pour tuer l’encadrement des loyers

Or, si le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun s'est dit ouvert à une prolongation de l'expérimentation de l'encadrement des loyers pour une durée d'un ou deux ans (seulement !) dans les villes concernées, il a rappelé qu’il était fermement opposé à sa généralisation à l'ensemble du territoire. Vincent Jeanbrun s’est bien gardé de mettre une ligne sur ce sujet dans le projet de loi « Relance et décentralisation du logement » qui a été examiné et voté en première lecture au sénat les 7 et 8 juillet derniers : aussi, tous les amendements pour prolonger l’expérimentation sont tombés comme « cavaliers législatifs », le passage à l’Assemblée mi-novembre n’y changera rien, car la même procédure leur sera opposée. Il sera trop tard, de toute façon, pour prendre le relais.

Dernière chance : la proposition de loi du député socialiste Inaki Echaniz, adoptée en première lecture en décembre 2025 (?!), qui a été examinée en commission au Sénat le 8 juillet dernier et devrait être examinée en séance au Sénat le 21 octobre prochain. Mais ce texte qui prolonge l’expérimentation de l’encadrement des loyers, si jamais il est adopté (rien n’est moins sûr avec un Sénat toujours plus à droite qui prétendra s’appuyer sur la liberté des collectivités) sera fortement rogné et réduit à la portion congrue par la majorité sénatoriale… d’autre part, il devra encore repasser par une nouvelle lecture à l’Assemblée et ne sera donc jamais prêt pour prendre le relais du dispositif actuel fin novembre. Une seule décision pourrait éventuellement le permettre : que le gouvernement déclare l’urgence sur ce texte, ce qui permettrait de convoquer une commission mixte paritaire après son adoption au Sénat (et ce point n’est pas gagné, on l’a dit), pour que députés et sénateurs s’accordent en catastrophe début novembre sur la prolongation de l’encadrement limité aux territoires déjà engagés. Pour que tout soit prêt à temps, il faudrait dans la foulée la promulgation par le président de la République et la publication de décret d’application : on n’en est vraiment pas là, car le gouvernement Lecornu refuse de déclarer l’urgence sur cette proposition de loi.

Sébastien Lecornu et Vincent Jeanbrun sont donc en train de jouer au poker menteur pour tuer l’expérimentation de l’encadrement des loyers, alors même qu’elle ne s’applique que dans quelques 70 communes de France. Ils porteront la responsabilité d’une prochaine explosion des loyers dans ces territoires sous tension.

Sauver l’encadrement des loyers et aller plus loin

Il est donc indispensable de mettre le sujet sur la table aujourd’hui pour faire pression, au moment où les Français·es subissent une explosion majeure du coût de la vie. Non seulement, il faut obtenir la généralisation de l’encadrement des loyers pour limiter la flambée des prix et en éviter une plus forte encore, mais, en parallèle, il faut dès aujourd’hui nous battre pour l’encadrement des prix du foncier.

Cette mesure bloquera la spéculation sur le prix des terrains constructibles (les prix du foncier à bâtir ont augmenté de 300% en 30 ans, et représentent à présent jusqu’à 40% du coût de construction des logements). La lutte contre la rente foncière est un enjeu majeur de la cohésion sociale. Le prix du foncier est devenu un élément majeur dans la formation du prix final du logement. Il faut donc prendre des mesures pour alléger cette charge. Il ne s’agit pas, avec cette mesure indispensable, d’interdire ou d’annuler la plus-value foncière, mais d’en limiter la progression, qui est trop forte. Le but n’est donc pas d’opérer une baisse autoritaire, mais de faire en sorte que la hausse soit moindre que les prix du marché, afin d’obtenir une courbe plus raisonnable de progression des prix à moyen-long terme.

Ce système ne serait pas appliqué à l’ensemble du territoire français, mais dans les zones les plus tendues et dans celles qui, depuis une quinzaine d’années, ont enregistré les hausses de prix les plus élevées. Dans chaque secteur géographique concerné, il s’appuierait sur les prix de référence actuels pour limiter les hausses de prix.

Frédéric FARAVEL
membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste

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25 septembre 2026 5 25 /09 /septembre /2026 16:44
Y a pas qu'ça dans la vie… Depuis mercredi soir, je n'ai rien dit du 1er débat organisé sur LCI pour la primaire de la gauche socialiste. J'ai lu beaucoup d'avis et de commentaires, la plupart allant dans le même sens. Je vais me fendre du mien.
J'avoue avoir été plutôt agréablement surpris : sur une chaîne où, quelques minutes avant le débat et dès les premières secondes après, des soi-disants experts déblatéraient des commentaires de propagande démagogique qui feraient passer le MEDEF pour une organisation gauchiste, les 3 heures de débat entre Olivier Faure, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel, Raphaël Glucksmann et Ségolène Royal (je respecte l'ordre de présentation issu du tirage au sort interne à la primaire) ont offert un OVNI télévisuel : "on a entendu des discours de gauche à la TV" (la phrase n'est pas de moi, mais d'une téléspectatrice pas forcément tendre avec cette famille politique).
Choisir l'espoir à gauche plutôt que les postures d'impasse
On a entendu des choses de gauche à la TV donc qui ont brisé la caricature que certains ont presque réussi à installer dans une partie de l'opinion : les forces engagées dans cette primaire commune ne sont pas des supplétifs de la macronie et défendent des propositions de gauche, progressistes, en rupture avec la politique menée depuis 10 ans par les gouvernements d'Emmanuel Macron qui conduisent la France à la ruine et les Français·es à la désespérance.
Evidemment, il y a des nuances – sur certains sujets plus fortes que sur d'autres – entre les candidats, mais rien de fondamentalement indépassable ; rien qui, sur les questions économiques, sociales, démocratiques et écologiques, ne puisse les empêcher en soi de travailler, débattre et gouverner avec les autres forces de gauche et écologistes. J'y reviendrai.
La déchéance Royal

Il y a cependant eu dans ce débat plusieurs moments de gêne profonde que je ne peux laisser sous silence et qu'il n'est pas possible de passer sous silence. Ils émergent régulièrement de l'attitude de Ségolène Royal qui a démontré qu'elle n'était plus capable de sortir de la démagogie complotiste dont elle s'est fait une spécialité depuis plusieurs années, indigne d'une ancienne ministre et d'une ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle. Je passerai sur sa façon de défendre l'écologie avec des SUV (après tout, on peut considérer que c'est de l'ordre des désaccords ou des divergences politiques), mais les sorties de l'ancienne présidente de Poitou-Charentes sur les questions internationales relèvent de questions de principes et de compétences :

1️⃣ comment peut-on avoir concouru à l'élection présidentielle et oser affirmer qu'elle, présidente de la République, elle aurait pu empêcher le déclenchement de l'invasion en Ukraine en faisant dépêcher des casques bleus à la limite des territoires occupés par la Russie (Donetsk, Lougansk) ? Est-elle vraiment sérieuse ? Peut-on laisser quelqu'un représenter son camp politique qui préfère ainsi raconter ouvertement des bêtises en balayant la réalité du fonctionnement de l'ONU (qui décide de l'envoi des casques bleus) ? comment, ensuite, peut-on accepter, à ce niveau de responsabilité, de se faire le "parti de l'étranger" en relayant les arguments de propagande du régime nationaliste, fasciste et mafieux du Kremlin selon lequel on aurait empêché les Ukrainiens de conclure la paix avec la Russie ? Oui, Emmanuel Maurel a bien eu raison de lui rappeler avec calme que « Poutine ne veut pas dialoguer avec nous, c'est bien le problème » : les tentatives de dialogue et de contact sont permanentes ; aujourd'hui, celui qui empêche la Paix, c'est Vladimir Poutine.

2️⃣plus grave… comment oser cette phrase abjecte : « il faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe est absolument intolérable ». Cette affirmation procède de deux relents nauséabonds : le premier, c'est passer sous silence la mobilisation d'une large partie du peuple israélien contre la politique infâme du gouvernement Netanyahu, c'est donc considérer qu'être Israélien c'est être complice en soi des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité qui se déroulent partout en Palestine occupée et du génocide (toujours) en cours à Gaza ; le second, pire encore, si c'est possible, c'est considérer que les Juifs ailleurs dans le monde, et en premier lieu en France (puisque c'est ce qui nous concerne au premier chef), seraient comptables de cette politique et devraient se justifier en soi de ne pas être complices du génocide et des crimes en cours. Elle ne peut pas prétendre que ce qu'elle a dit relève de la "nuance" ou une "différence de point de vue" derrière laquelle elle se cachait pour dire n'importe quoi. Les citoyen·ne·s israélien·ne·s se chargeront de lui apporter un démenti sur ce premier relent ; le second est très nettement un recyclage d'un populisme antisémitisme à peine camouflé. Il est urgent de cesser l'essentialisation de nos concitoyens et jouer sur l'importation du conflit israélo-palestinien en France à des fins de manipulation politique. Emmanuel Maurel a eu raison de rappeler que « La République française aime tous ses enfants ».
 
Non seulement il ne faut pas importer ce conflit – au contraire, il faut user de la position de la France pour porter une position ferme sur la défense des opprimés, le refus du nationalisme et le respect du droit international, ce qu'a encore rappelé Emmanuel Maurel, ce qui peut valoir pour d'autres drames géopolitiques comme ceux du Congo, du Kurdistan ou de l'Arménie – mais il est malaisant de prétendre refuser cette importation tout en sombrant dans la caricature pour faire taire un concurrent. J'ai particulièrement choqué que lorsqu'Emmanuel Maurel a rappelé la vérité « quand vous avez un ministre du gouvernement Netanyahu qui dit qu'il faut exterminer tous les Palestiniens, là clairement lui il veut faire un génocide », Jérôme Guedj s'est permis de sous-entendre qu'il oubliait les crimes du Hamas ; procédé déplacé, quand on connaît les prises de position répétées de notre camarade, contre cette organisation criminelle. Jérôme est un ami – je l'ai trouvé brillant et pédagogue, par ailleurs, lors de la séquence suivante pour montrer quelle politique (approuvée par les autres participants, au demeurant) pourrait conduire la gauche sur les questions sociales, sur le logement, pour les familles monoparentales en réponse aux questions posées par Mme Johanna Laurent –, il connaît depuis longtemps Emmanuel et ils sont également amis : un débat de primaire n'autorise pas ce type de procédés et de faire porter à l'autre des positions politiques qu'il combat et désapprouve. La Ve République rend fou, elle rend souvent irresponsable ; avec la culture du buzz et des réseaux sociaux, elle conduit certains à privilégier, plus encore qu'auparavant le clash, le raccourci, l'abaissement du débat public et la division des Français·es. J'ai connu Jérôme plus inspiré sur le thème de la brutalisation du débat public, lui comme moi en avons souffert à Massy (jusqu'à prendre des coups) : il ferait bien désormais de se l'appliquer dans les débats TV à venir pour ne pas s'abimer lui-même.
Sortir du piège de la Ve république : et si c'était le moment de proposer autre chose que le fantasme de l'Homme providentiel ?
Face à ces débordements, j'ai eu de nombreux appels depuis l'émission pour exprimer la découverte du candidat Emmanuel Maurel, de son calme, de sa retenue, de son refus d'entrer dans des polémiques stériles, de sa capacité à penser l'action publique sur le temps long, dans une perspective de construction qui soit capable de rassembler les travailleurs.
Dès l'abord, il a donné une ligne structurante en inscrivant une stratégie d'investissement et de reconstruction de l'appareil productif de notre pays. C'est de cette manière que nous parviendrons à franchir les écueils de la relégation économique et la transition écologique auquel la droite et l'extrême droite nous condamne : son projet de grand emprunt national, en plus de mobiliser l'épargne des plus aisés et de tracer une solidarité entre générations est la seule proposition qui permet de structurer l'action économique d'un futur gouvernement de gauche, c'est également le seul candidat qui ait revendiqué la nécessité que l'Etat intervienne dans l'économie, le seul qui ait rappelé le poids de la finance prédatrice sur notre économie et nos entreprises, le seul qui ait parlé concrètement de la rémunération et du pouvoir à donner aux salariés. C'est également le seul qui ne soit pas tombé dans le piège de la brutalité « Ce pays, il est en tension, il a besoin d'unité, il a besoin d'harmonie » : voilà au moins qui met son comportement en cohérence avec son propos. Au moment où la France traverse des eaux troublées, il faut quelqu'un qui ne s'emporte pas et qui garde la tête sur les épaules, qui ait le sens de l'intérêt général par-dessus le sien propre. Je l'ai dit plus haut : la Ve République, l'élection présidentielle rend fou… La pratique de nos institutions a été dévoyée : la constitution française ne fait pas du Président de la République "Dieu le Père" et pourtant de Royal à Glucksmann, tous les autres candidats ont donné à voir une posture qui prétend rendre "jupitérienne" leur présidence éventuelle. C'est reproduire toutes les erreurs et toutes les dérives qui brisent notre démocratie depuis les coups de mentons de Sarkozy, la surdité de Hollande et le mépris de Macron. Ce dernier n'a plus de majorité parlementaire, il ne peut plus mettre en œuvre ses projets, mais il prétend passer outre et faire comme si. Ne comptez pas sur Emmanuel Maurel pour jouer l’homme providentiel, ce mensonge de la Ve République, qui affole les esprits de tous les bords politiques de LFI au RN en passant par le centre et trop souvent le reste de la gauche. Dans tous les pays européens qui élisent leur président au suffrage universel (parfois avec des pouvoirs importants), le candidat qui viendrait se présenter devant les électeurs en disant, "voici demain matin, ce que fera mon gouvernement" serait pris pour un fou, un naïf ou un danger public. Il est temps de sortir de cet hubris que nous promettent aussi bien Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou Edouard Philippe. Cet hubris est porté au maximum par les tenants des gauches irréconciliables.
Sortir de l'impasse stratégique
C'est le dernier sujet : un véritable désaccord politique stratégique. Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj ont défendu que, quoi qu'ils se passe, il n'y aurait plus jamais d'accord et de discussion avec la France insoumise. On peut entendre que nos désaccords avec LFI soient importants : un programme maximaliste certes, mais c'est là une question de curseur qui n'a rien d'indépassable ; une attitude qui vise à dresser une partie des Français·es contre l'autre (alors qu'on ne devrait voir cela qu'à droite à l'extrême droite) quitte à faire des jeux de mots douteux essentialisant, une attitude de brutalisation permanente du débat politique et une tendance à qualifier d'extrême droite tous ceux qui ne sont pas alignés sur leur position. Pour résumer, si certains s'amusent à organiser des claques jusque dans la Fête de l'Humanité pour crier "Fabien Roussel n'est pas un camarade" (au-delà des désaccords politiques que l'on peut légitimement avoir avec lui), cette façon d'aborder la politique et le "rassemblement" pourrait inciter durablement à d'autres à crier "Jean-Luc n'est pas un camarade"... c'est le piège dans lequel Glucksmann et Guedj sautent à pieds joints. D'emblée, je veux dire ici que Glucksmann se trompe d'élection ; ignorer la force à gauche de LFI et de la motivation de ses électeurs qui ne sont pas tous des trolls de réseaux sociaux est une erreur. Il faut se poser les bonnes questions sur la progression de Mélenchon, malgré toutes ses dérives : la dégradation des conditions sociales et l'aspiration à la radicalité qui s'exprime ainsi dans la société française, radicalité que nous devons entendre pour redresser la barre. L'enjeu est avant tout de reconquérir des pans entiers de l'électorat de la gauche (dans le monde du travail, dans les anciens bassins industriels, dans le périurbain, dans les campagnes, dans les sous-préf') que nous avons perdus, en proposant un projet qui réponde aux aspirations profondes des Français·es, et cela, en étant capable de parler sérieusement de fond. Si nous laissons d'un côté ces territoires et nos concitoyens qui y habitent à l'abstention ou au RN, d'un côté, les jeunes et les habitants des quartiers populaires et des banlieues des métropoles (dont la plupart subissent des discriminations massives indignes de notre idéal d'égalité républicaine) à LFI, de l'autre, à qui parlons-nous ? quelle est notre audience ? quelle est notre base politique ? Il me semble que le discours de Raphaël Glucksmann et d'une grande partie de la gauche actuelle s'adresse essentiellement aux gens qui vont bien, qui ne souffrent pas vraiment de leur rapport au travail et de leurs fins de mois, ni même des conséquences pratiques du changement climatique. C'est une posture morale, qui peut paraître généreuse certes, à certains égards, mais qui est stérile si elle se satisfait d'elle-même. C'est enfin une posture politique qui conduit la gauche socialiste à la marginalité.
D'un côté, nous avons Raphaël Glucksmann qui pense que son socle de 13,8% aux élections européennes est une porte vers la victoire, mais en refusant de prendre en charge la radicalité dans la société française, de s'exprimer clairement en direction des travailleurs et des banlieues pour résoudre leurs problèmes, ce socle ne s'élargira pas beaucoup. Il ne permet pas d'accéder au second tour de l'élection présidentielle, mais surtout, il conduit à se faire éradiquer aux élections législatives sauf à passer des accords électoraux avec le centre-droit : mais pour quelle politique ensuite ? Raphaël Glucksmann se trompe de mode scrutin : il se croit encore aux élections européennes avec la proportionnelle intégrale, quand il s'agira de 577 scrutins majoritaires à deux tours dans lesquels l'union de la gauche est indispensable pour accéder au second tour. Il fait une erreur parallèle à celle de Jean-Luc Mélenchon (rappelez-vous son allocution en septembre 2023 devant l'institut La Boétie) qui prétendait qu'il suffisait que le taux de participation augmente dans les banlieues populaires pour l'emporter : l'augmentation du taux de participation ne changera pas le nombre de députés de Seine-Saint-Denis par exemple, il y en avait 12 en 2022, 12 en 2024, tous de gauche dans les deux cas, la participation n'y a rien changé. 10/15 circonscriptions dans toute la France pouvaient éventuellement correspondre à ce pari stratégique dont 3 dans le Val-d'Oise (la 2e où a été élue Ayda Hadizadeh, la 3e où a été élu Emmanuel Maurel, la 7e où a été élu Romain Eskenazi), elles sont toutes tombées en 2024 à gauche, grâce à son rassemblement au 1er tour et au Front républicain au 2nd ; et la gauche n'a pas été majoritaire à l'Assemblée Nationale, car il lui manque les anciens bassins industriels du Nord et de l'Est de la France, de nombreuses zones périurbaines, de nombreux territoires ruraux, que Jean-Luc Mélenchon et LFI méprisent et que pourtant nous devons, sur la base de convergences économiques, sociales et territoriales objectives, ramener à nous !
De l'autre côté, nous avons le déni du risque et des dangers pour de nombreux Français·es en cas de victoire de Marine Le Pen à l'élection présidentielle : Emmanuel Maurel a posé clairement la problématique « Si l'extrême droite prend l'Elysée, la gauche devra se rassembler pour l'empêcher de rafler la majorité à l'Assemblée, de prendre Matignon et d'avoir les pleins pouvoirs » ; Jérôme Guedj a cru bon de balayer l'argument d'un revers de la main... « Je m'en fiche de la survie d'un groupe socialiste » : on pourrait ainsi considérer que pour éviter toute compromission stratégique avec LFI, l'absence de députés socialistes dans l'hypothèse de l'accession de Marine Le Pen à l'Elysée serait acceptable et surtout moral. Une formule devenue célèbre de Charles Péguy (Pensées, octobre 1910) un peu corrigée exprime une objection fondamentale « Emmanuel Kant a les mains pures, mais il n’a pas de mains » ; d'une certaine manière, les soutiens de Jérôme Guedj et de Raphaël Glucksmann peuvent revendiquer une forme de "pureté morale et politique" (on fait ce qu'on peut dans la vie), mais ils se détournent ainsi de celles et ceux de nos concitoyen·ne·s ou habitant·es de notre pays qui auront à souffrir si Marine Le Pen, devenue présidente de la République, avait les moyens concrets de conduire sa politique. Ce n'est d'ailleurs pas le risque que seul le groupe socialiste disparaisse de l'hémicycle auquel nous sommes confrontés en cas de divisions de la gauche aux élections législatives, c'est la disparition de 80-90% des députés de gauche de l'Assemblée qu'il faut craindre (je ne fais aucun pronostic sur lesquels seraient les plus en danger, car en cas d'une nouvelle défaite [probable] de Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle, je ne sais pas quel sera le paysage de la gauche) : donc personne pour s'opposer à l'extrême droite et à sa maîtrise de l'exécutif et donc sa mainmise sur l'action publique. Peut-on imaginer qu'on fasse élire des députés de gauche sur la base d'un accord avec le centre et la droite macroniste ? Pour qu'ils accèdent au 2nd tour il faudrait alors envisager que cet accord intervienne avant le 1er tour : au regard des concessions de fond que les héritiers du macronisme et LR ont déjà fait aux thèses de l'extrême droite, voilà qui me paraît une compromission bien pire encore. Raphaël Glucksmann n'a pas voulu répondre sur cette hypothèse : la stratégie Guedj/Glucksmann pour les élections législatives s'avère donc une impasse dangereuse et confuse. Or pour revenir à cette "posture politique [soi-disant] morale", envisager tranquillement la disparition d'une gauche forte, mais plurielle à l'Assemblée Nationale en cas de présidence Le Pen, c'est un luxe que certains peuvent se payer sans trop de risques, car ils ne seront pas directement affectés par les effets de la politique qui sera menée, c'est un luxe que ne peuvent pas se payer les habitant·es des quartiers et des banlieues populaires de notre pays, qui seront directement victimes de la Présidence et d'un gouvernement Le Pen ; c'est un luxe enfin que le peuple français ne peut pas se payer, car la brutalité de l'extrême droite au pouvoir porte en elle la nuée de la menace de la guerre civile. La "posture morale" de mon ami Jérôme est donc irresponsable et puérile, je suis grandement désolé de l'écrire.
 
Rassembler les Français·es, rassembler la gauche

Sur ce dernier point encore, je considère qu'Emmanuel Maurel a fait preuve d'un plus grand recul et d'un plus grand esprit de responsabilité que ses concurrents. C'est un atout essentiel pour présenter une vision du rassemblement des Français·es au moment où les tensions étouffent notre pays. Ce serait dommage de s'empêcher une telle cohérence dans l'élection présidentielle qui vient. Au-delà, je le pense plus à même de travailler au rassemblement de la gauche au regard de la démonstration que je viens de faire : nous en aurons besoin pour gouverner, nous en aurons encore plus besoin pour reconstruire si jamais nous étions à nouveau défaits. Emmanuel Maurel est l'homme dont la gauche a besoin pour dépasser ses querelles et redresser le pays.

Vous êtes orphelins de la gauche, vous êtes au PS, vous êtes à Génération·s, vous êtes à Debout, vous êtes chez Europe Écologie-Les Verts, vous êtes à L'Après, vous êtes au PCF - Parti Communiste Français, vous êtes même à La France insoumise, et vous combattez encore pour le rassemblement de la gauche et vous voulez favoriser les voix qui portent ce discours : rejoignez ou aidez nous !
Frédéric FARAVEL
membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste
Son programme
Pour le soutenir et voter pour lui :
✅ rejoignez son comité de soutien
✅Adhérez avant le 5 octobre minuit,
🔸soit à la Gauche Républicaine & Socialiste
🔸soit à la primaire directement
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23 septembre 2026 3 23 /09 /septembre /2026 10:22
Dans cet article sur la mise en danger de notre industrie par les politiques des gouvernements successifs depuis au moins 2007, j'essaie de montrer la cohérence du projet que nous portons avec Emmanuel Maurel pour une véritable Politique industrielle, qui n'a pas peur de redonner son rôle central à l'Etat et de donner le pouvoir nécessaire aux travailleurs. (Rejoindre son comité de soutien, consulter son programme ; et pour voter, adhérez à la GRS ou inscrivez-vous à la primaire).
C'est ça la Gauche en 3D que nous voulons faire valoir dans la primaire de la gauche socialiste.
Hollande et Macron ont cédé devant la finance, nos entreprises industrielles comme Novascko (les fourneaux électriques à coulée verticale, les meilleurs d'Europe pour la sidérurgie !?!), Vencorex, les Fonderies de Bretagne, Les forges de Tarbes se sont trouvées livrées à la prédation des fonds vautours comme Mutares, Alpha Blue Ocean, Antin, Greybull, Apollo, KKR, Equity, ou encore Tikehau Capital... Ces fonds vautours ne sont pas tous étrangers : les rapaces peuvent parfaitement être Français.
Certains ont même pu bénéficier des complaisances du pouvoir et des pantoufleurs qui privilégient leurs intérêts, leurs perspectives de reclassement le privé, au service de l'Etat et de l'intérêt général (on en trouve à la pelle autour de l'équipe de campagne d'Edouard Philippe). On a même laissé des industries essentielles pour notre défense passer sous contrôle américain !
Il est temps de reprendre le contrôle, avec les salariés et avec une volonté politique sans faille : que n'a-t-on appliqué plus scrupuleusement le décret Montebourg ?!? Nous ne devons pas hésiter à l'utiliser et à le renforcer ! Il est temps aussi de remettre de l'ordre à la BPI : ses priorités doivent revenir au développement de nos PME, à la défense et la modernisation de notre outil productif. Les salariés doivent par ailleurs être représentés dans les tribunaux de commerce. Enfin pour mettre en musique notre contre-offensive, nous comptons recréer un véritable ministère de l'industrie et une stratégie nationale d'intelligence économique.
Bonne lecture,
Frédéric Faravel
membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste
Agir contre la finance « sans visage » pour sauver notre outil industriel

La finance mondiale, désormais dominée par une « finance de l’ombre » — fonds d’investissement, hedge funds, private equity ou private credit —, représente aujourd’hui près de 400% du PIB planétaire. Sans régulation ni ratio de solvabilité, elle agit comme un far-west financier où des acteurs comme Apollo (1 000 milliards d’euros d’actifs), KKR, Equity, ou encore Tikehau Capital et Antin Infrastructures Partners extraient jusqu’à 20 % de rendement annuel, contre 1,5 % pour un livret A. Leur emprise s’étend bien au-delà des marchés traditionnels : maisons de retraite (Colisée), laboratoires d’analyses médicales (Cerba), gestion de l’eau (SAUR), crèches (People & Baby, Babilou), ou encore magasins de bricolage comme Lapeyre, racheté par le fonds allemand Mutarès. Leur appétit ne s’arrête pas là : ils visent désormais les usines stratégiques — aciéries, chimie, armement, médicaments. Biogaran, qui produit un tiers des génériques en France, ou LMB Aerospace, fournisseur de systèmes de refroidissement pour les Rafale, sont ainsi passés sous contrôle de fonds américains ou britanniques. Leur objectif ultime ? Privatiser les hôpitaux et les cliniques, transformant les remboursements de la Sécurité sociale en une source de profits spéculatifs.

Cette expansion fulgurante s’explique par une logique implacable : capter la richesse créée par les travailleurs, mais aussi les cotisations sociales, dans un marché où la santé, l’eau ou les retraites deviennent des mines d’or pour des investisseurs sans scrupules.

Qu’est-ce qu’un fonds prédateur ?

Deux mécanismes destructeurs dominent. D’un côté, les fonds vautours, comme Mutarès (qui a repris et pillé les magasins Lapeyre) ou Alpha Blue Ocean — ce dernier dirigé par Pierre Vannineuse, dont les agissements ont conduit à des condamnations et à une fuite vers les Bahamas pour échapper à toute contrainte. Leur stratégie est simple : cibler des entreprises en difficulté pour les dépecer, aspirer leur trésorerie résiduelle, puis les jeter à la faillite. Les fonderies de Bretagne, aujourd’hui au bord de la liquidation, ou les Forges de Tarbes, en proies à des sociétés écrans comme Europlasma, illustrent cette logique de pillage pur et simple, où des centaines d’emplois disparaissent en quelques mois, laissant derrière eux des territoires exsangues.

De l’autre, les Leveraged Buy-Out (LBO), ou achats par effet de levier, consistent à racheter une entreprise saine en contractant une dette colossale, dont le remboursement est imposé à la cible elle-même.

Les causes et le bilan politiques de la désindustrialisation

La désindustrialisation française n’est pas le fruit du hasard, mais celui de choix politiques clairs, portés par une succession de gouvernements qui ont fait le lit de la financiarisation de l’économie. Dès 2012, l’arrivée de François Hollande au pouvoir marque un tournant, avec la nomination d’Emmanuel Macron, d’abord comme secrétaire général adjoint de l’Élysée, puis comme ministre de l’Économie en 2014. C’est à cette époque que se met en place un système favorable aux fonds prédateurs, avec une complicité active de l’État. Bercy, sous l’impulsion de Macron, autorise sans sourciller les cessions d’entreprises stratégiques à ces acteurs financiers, que ce soit LMB Aerospace, Biogaran ou les fonderies de Bretagne, pourtant aux mains de fonds aux pratiques condamnables.

Le bilan est sans appel : la France est devenue championne d’Europe des dividendes, un pays où les grands groupes réalisent 62% de leurs emplois à l’étranger – contre 38% en Allemagne et 28% en Italie -, et où la part industrielle dans le PIB s’effondre. Les lois travail se multiplient sous Hollande puis Macron, affaiblissant le rapport de force des salariés et précarisant toujours davantage le marché du travail. En 2023, la France bat ainsi le record du nombre de salariés rémunérés au SMIC. Dans le même temps, des fleuron comme Airbus, autrefois porteurs d’une ambition industrielle nationale, voient leur capital s’ouvrir au capital flottant, tandis que leurs dirigeants, à l’image de Tom Enders, imposent des marges à deux chiffres, au mépris des équilibres industriels. En 2016, Airbus a même versé plus de dividendes qu’il n’a réalisé de bénéfices, symbole d’une économie où la finance prime sur la production.

Cette dérive a des conséquences concrètes sur le tissu industriel. Des entreprises comme Renault, autrefois dirigées par des industriels comme Louis Schweitzer, qui visait 5% de marge, sont désormais soumises à des exigences démesurées : 15% de marge pour Carlos Tavares à Stellantis, une pression insoutenable qui pousse les sous-traitants dans une spirale de précarité. Le résultat est implacable : la France est l’un des pays les plus désindustrialisés d’Europe, incapable de rivaliser avec des concurrents comme l’Allemagne, qui a su préserver son appareil productif.

Les complicités d’État et les dérives de la BPI

La Banque Publique d’Investissement (BPI), souvent présentée comme un outil au service de l’économie réelle, est en réalité devenue un rouage essentiel de la machine financière. Son directeur, Nicolas Dufourcq, nommé en 2013 par François Hollande, a transformé cette institution en un instrument au service des fonds d’investissement. L’argent des Français, placé dans la BPI, est ainsi utilisé pour financer des fonds comme Cathay Capital, un fonds franco-chinois dont les associés incluent des figures comme Bruno Bézard, ancien directeur général de Bercy, ou même le fils de Nicolas Dufourcq et celui de Patrick Pouyanné, PDG de Total. Ce système de pantouflage généralisé – où d’anciens ministres, directeurs de cabinet ou hauts fonctionnaires se reconvertissent dans la finance pour y empocher des fortunes – illustre la collusion entre le pouvoir politique et les acteurs de la prédation.

Pire, la BPI refuse systématiquement d’aider les entreprises en difficulté, même lorsqu’elles sont stratégiques pour la souveraineté nationale. Lors de la commission d’enquête parlementaire sur les fonds prédateurs, Dufourcq a reconnu sous serment que la BPI était bien « l’argent des Français » ; pourtant la stratégie qu’il conduit sert avant tout à financer des fonds d’investissement plutôt que les entreprises en détresse. Les tribunaux de commerce, quant à eux, jouent un rôle tout aussi controversé. Leur composition, exclusivement composée de patrons et d’économistes, en fait des instances au service des créanciers, et non des travailleurs ou de l’intérêt général.

Les défaillances et partialité des tribunaux de commerce

Les tribunaux de commerce, instances clés dans le sort des entreprises en difficulté, sont aujourd’hui structurés pour servir les intérêts des créanciers plutôt que ceux des travailleurs ou de l’économie réelle. Leur composition, exclusivement patronale et économique, en fait des outils au service du capital, où les salariés, les élus locaux et les experts mobilisés pour défendre l’emploi et l’industrie se retrouvent systématiquement désavantagés. Le temps accordé pour examiner les dossiers est souvent insuffisant, et les décisions priment les intérêts financiers sur les enjeux industriels et sociaux.

Les leviers pour éviter une désindustrialisation plus profonde et engager un processus de réindustrialisation

Face à ce constat accablant, des leviers existent pour inverser la tendance. Le premier est un moratoire immédiat sur toutes les fermetures de sites industriels. Chaque jour, des entreprises comme Novascko ou Vencorex disparaissent, laissant derrière elles des territoires dévastés et des coûts de dépollution supportés par l’argent public.

La réindustrialisation passe également par un contrôle strict des investissements étrangers. Aujourd’hui, des entreprises stratégiques comme Novascko, spécialisées dans l’acier vert avec des fours électriques, peuvent être cédées à des fonds américains ou britanniques sans aucune vérification. Il est impératif que toute cession d’une entreprise stratégique – sidérurgie, chimie, armement, santé – soit soumise à l’autorisation préalable du gouvernement.

Enfin, l’État doit retrouver sa place de régulateur et d’investisseur. La nationalisation de certains sites, comme cela a été fait pour les chantiers navals de l’Atlantique, montre que c’est possible. La réquisition d’entreprises pendant la crise du Covid-19 a également démontré que l’État peut agir lorsqu’il le souhaite. Il est temps d’étendre ces pratiques à l’ensemble des secteurs stratégiques, en s’appuyant sur une grande conférence nationale sur l’industrie, associant travailleurs, syndicats, élus locaux et parlementaires.

Des propositions concrètes

Interdire les mécanismes prédateurs

Les LBO, qui permettent de piller les entreprises via des dettes insoutenables, doivent être bannis. De même, les Obligations Convertibles en Actions avec Bons de Souscription d’Actions (OCABSA), utilisés par des fonds comme Alpha Blue Ocean pour siphonner les entreprises, doivent être interdits.

Renforcer le contrôle des investissements étrangers

Toute cession d’une entreprise stratégique doit être soumise à l’autorisation du gouvernement. Les secteurs clés — sidérurgie, chimie, armement, santé — doivent être protégés contre les rachats par des fonds prédateurs. Impossible pensez-vous ? Pourtant, nous avons déjà les outils le permettant… Aurélie Trouvé (députée LFI) veut présenter une proposition de loi pour les interdire ou les conditionner à l’autorisation de l’État : il suffirait pourtant d’appliquer le décret Montebourg, de travailler avec les partenaires sociaux à l’élargissement des cas concernés : ce qui manque n’est pas forcément un outil, mais une volonté politique !

Réformer la Banque Publique d’Investissement

La BPI doit cesser de financer les fonds d’investissement pour se recentrer sur les besoins productifs de la nation, sa direction doit donc être reprise en main pour quelle soit réellement dédiée au financement des entreprises stratégiques et à la réindustrialisation.

Donner le pouvoir aux salariés

Les salariés doivent avoir une plus grande capacité d’action sur les licenciements et les plans de sauvegarde de l’emploi. Ils doivent pouvoir bénéficier d’un droit de préemption sur les entreprises en difficulté, avec le soutien de la banque publique.

Conditionner les aides publiques

Les 211 milliards d’euros d’exonérations et d’aides publiques doivent être strictement conditionnés à des investissements productifs, à la décarbonation des industries et à la création d’emplois. Le rapport de Fabien Gay, sénateur de Seine-Saint-Denis, contient des pistes de travail intéressantes. Contrairement au combat d’arrière-garde de la droite et des macronistes contre lui, il ne s’agit pas d’un rapport gauchiste : il a été validé par la commission d’enquête du Sénat où la gauche est minoritaire.

Réformer les tribunaux de commerce

Ces instances doivent être repensées pour servir l’emploi et l’industrie, et non les créanciers. Les salariés, les élus locaux et les experts doivent y siéger aux côtés des patrons.

Lancer un plan de réindustrialisation ambitieux

La France doit se fixer pour objectif de retrouver une part industrielle de 15% dans son PIB, permettant de recréer 2 millions d’emplois. Cela implique un pôle public bancaire nationalisé et une grande conférence nationale sur l’industrie.

Se doter d’un véritable ministère de l’industrie

un Ministère de l’Industrie indépendant de Bercy sera doté de prérogatives étendues pour concevoir les projets de filières et soutenir les PME-PMI, identifier les friches industrielles à revitaliser ; mais aussi pour mener des actions défensives, via la sauvegarde des sites menacés et la sanctuarisation des fleurons technologiques. Il ne s’interdira pas de procéder à des nationalisations de secteurs stratégiques si nécessaire. Il supervisera la constitution d’un fonds souverain pour prendre des participations au capital. Il dotera la France d’une stratégie nationale d’intelligence économique. Le Ministère de l’Industrie négociera des accords nationaux et décentralisés pour le Made in France, orientera les 170 milliards annuels de commande publique, imposera des clauses de « contenu local » afin de relocaliser la valeur ajoutée et soutenir les territoires.

* * *

La prédation financière qui frappe l’industrie française n’est pas une fatalité, mais le résultat de complicités institutionnelles et de choix politiques. Pour y mettre fin, il faut agir sur tous les fronts : interdire les mécanismes prédateurs, reprendre le contrôle de la BPI, réformer les tribunaux de commerce, et surtout, redonner le pouvoir aux travailleurs. La réindustrialisation est possible, à condition de rompre avec la logique de la finance et de placer l’intérêt général au cœur de l’économie. Le combat est aussi politique : face à des candidats comme Édouard Philippe, porte-parole des fonds prédateurs (son entourage politique est effrayant de ce point de vue), ou Marine Le Pen, il s’agit de construire une alternative capable de défendre l’industrie, l’emploi et la souveraineté nationale. La mobilisation des travailleurs, des syndicats et des citoyens reste la seule force capable de conjurer le pire.

Frédéric Faravel

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9 septembre 2026 3 09 /09 /septembre /2026 12:37
Je connais Emmanuel Maurel depuis l’automne 1995. Aujourd’hui, je le soutiens dans sa candidature à la primaire de la gauche socialiste pour l’élection présidentielle de 2027. Donc avant d’aller plus loin, je vous rappelle que vous pouvez rejoindre son comité de soutien et adhérer à la GRS d’ici le 5 octobre minuit pour pouvoir voter.
Ceci étant dit, nous avons commencé par un RDV manqué. J’avais rejoint le MJS en juin 1995, plus de deux ans après avoir adhéré au PS le 28 mars 1993. Jerome Saddier nous avait invités à assister en juillet 1995, dans une petite salle de la Maison de l’Isle à Auvers-sur-Oise, à une formation qui devait être animée par Emmanuel qu’il nous avait présenté comme « un jeune homme absolument brillant … mais poperéniste » ; Emmanuel avait eu un empêchement et Jérôme l’avait remplacé au pied levé.
Il s’est largement rattrapé par la suite.
 
Il a choisi comme slogan dans cette primaire : « Passionnément républicain, résolument socialiste », cela lui correspond bien, bien plus que les classifications historico-politiques des querelles internes récurrentes aux maisons socialistes : de Poperen, il a sans doute gardé le meilleur (outre le fait d’avoir été son biographe). Mais il me semble aussi bien plus lucide que lui sur la dérive néolibérale de la construction européenne, et donc la nécessité d’une confrontation pacifique mais ferme pour la remettre en ordre, c’est-à-dire au service des travailleurs, plutôt que d’accepter toutes les couleuvres et les boas à avaler au prétexte que toute autre solution conduirait à son implosion. C’est une panique morale et irrationnelle qui agite bien trop les socialistes depuis le milieu des années 1980 et dont il faudra bien, un jour, qu’ils se guérissent s’ils veulent retrouver le sens de leur combat et une chance d’être entendus par la majorité sociale des Français·es.
 
Je me souviens aussi que ce « jeune homme brillant », que l’on m’avait quand même présenté comme un adversaire interne, avait commencé à me paraître particulièrement sympathique quand j’avais découvert que – même si nous avions alors des désaccords –, Emmanuel s’adressait toujours en direction de ses interlocuteurs avec un profond respect, faisant appel à leur intelligence et ne prononçant jamais une parole blessante.
J’avais donc été particulièrement choqué lorsqu’à Taverny un « jeune braille » petit-bourgeois, débordant d’une masse capillaire moutonnante (il a aujourd’hui absolument tout perdu, il y a une justice), lui avait fin 1997 hurlé dessus en le traitant de « nazi » (oui y a pas que Jean-Luc Melenchon qui fait ce genre d’attaques délirantes), ce qui avaient plongé toutes celles et tous ceux censés être du bord de ce garçon dans une rage et un sentiment de honte profonds… aujourd’hui, la pratique veut dans le débat public qu’on ne reconnaisse jamais ses dérapages.
Quelques mois plus tard, lors du congrès du MJS à Toulon (février 1998), je me souviens aussi du lynchage oral déplacé qu’il avait subi de la part des responsables de la majorité du MJS qui lui déniaient en soi le droit de se présenter à la présidence de l’organisation pour défendre sa vision, alors qu’il en avait parfaitement le droit et la capacité ; j’ai quand même alors voté Hugues Nancy, mais cela m’avait laissé un goût amer sur la manière de se comporter entre camarades. D’une manière générale, j’avais pu mesurer dès cette époque le surplomb et le mépris dont faisaient l’objet les quelques militants issus de quartiers populaires dont j’étais, à qui de jeunes bobos germano-pratins qui n’y avaient jamais mis les pieds (en dehors d’une diff pour une élection étudiante), venaient expliquer ce qu’ils devaient penser de la reconquête de l’égalité républicaine chez nous. Vous me direz que cela n’a pas trop changé depuis.
Pourtant, a contrario, Emmanuel savait, lui, dépasser les barrières que les brutalités partisanes dressaient entre militant·es : ainsi, un soir de convention fédérale à Cergy en avril 1999, il avait décidé avec l’ami Emmanuel Dellacherie de soutenir nos propositions européennes pour fermer le bec à la mauvaise foi des sbires de Manuel Valls qui verrouillaient la discussion ; on les avait mis ensemble en minorité… oui c’est une histoire de liliputiens politiques, mais c’est l’époque où j’ai appris à débattre et à poser des arguments, avec le besoin du respect contre la violence et le mépris. Aussi, à l’issue de cette période, Emmanuel Maurel m’était apparu éminemment sympathique, surtout quand vous rajoutez les chants et les soirées dansantes à La Rochelle (oui on a le droit de s’amuser).
 
La déflagration du 21-Avril 2002, la défaite de Jospin après une campagne que peu de militant·es socialistes comprenaient au-delà du réflexe politique et du sens du devoir, le surgissement de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, tout cela nous a rapprochés politiquement par étapes. Le déni dans lequel le PS s’est enfermé alors sous la direction de François Hollande, qui en était à théoriser la « cohabitation territoriale », nous l’avons combattu sous des drapeaux différents : lui à Nouveau Monde, moi au NPS, ensemble lors du référendum interne sur le projet de Traité constitutionnel européen… là-aussi, il faut mesurer à quel point la gauche souffre encore des multiples dénis que l’ancien président de la République lui a fait subir : déni des causes du 21-Avril, déni du vote de nos concitoyen·nes (donc de la souveraineté populaire), déni du mandat accordé sur l’Europe et la politique économique, déni durable une fois encore de son bilan (politique, avec une accentuation néolibérale ; moral, avec la déchéance de nationalité) qui fait que l’on trouve encore des soutiens divers pour expliquer qu’il faudrait remettre le couvert pour une politique équivalente à celle conduite entre 2012 et 2017, ou du Macron soft (ou même du Philippe soft, à en croire le dernier bouquin de l’ancien président). Cet éternel retour du déni, qui tue la gauche et le socialisme, rend plus impératives que jamais l’affirmation d’un autre chemin politique pour le socialisme et, donc, la candidature d’Emmanuel Maurel.
 
Depuis 2008, nous ne nous sommes plus quittés politiquement et je me souviens l’avoir prévenu le 3 septembre 2012 que nous serions seuls avec nos amis, car Benoît Hamon abdiquait, pour porter le flambeau lors du congrès qui allait suivre pour faire face à la dérive annoncée du quinquennat Hollande. Quand il est devenu impossible de continuer comme avant, nous avons construit avec plein d’autres militant·es un nouveau parti, passionnément républicain, résolument socialiste, la Gauche Républicaine & Socialiste. Je crois sincèrement que nous pouvons en être fiers, collectivement, car nous avons tenu sur la ligne de conduite que nous nous sommes toujours fixée : nourrir la réflexion à gauche, faire des propositions, ne jamais se renier mais ne jamais esquiver le débat, toujours respecter nos interlocuteurs, ne jamais insulter personne comme c’est trop souvent devenu une habitude dans notre camp, toujours travailler au rassemblement de la gauche : une nécessité qu’il faudra bien imposer dans les semaines qui viennent, malgré les anathèmes réciproques des tenants de la thèse des « gauches irréonciliables ». Cela vaut mieux que le suicide de la Nation, de l’égalité républicaine et de la cohésion sociale.
 
Nous aurons l’occasion dans les jours et les semaines qui viennent avec Emmanuel de défendre notre vision pour la France et les Français·es, notre place dans l’Europe et dans le monde. Alors que dire de plus ici…
 
Emmanuel est devenu un ami, à partir des années 2000… et un ami fidèle, un ami sur qui l’on peut compter. À de très nombreuses reprises, lorsque je me suis senti seul, égaré, démuni, il a été là pour moi et j’ai pu compter sur lui. Nous aimons débattre, discuter, je pense que nous faisons partie de ces gens qui considèrent que lorsqu’on vit une histoire d’amour avec les livres, une bibliothèque bien remplie, on n’est jamais totalement tout seul. Je crois aussi que nous sommes parmi les derniers de notre génération à assumer d'écouter de la musique classique, je suis plus Bach, je le crois plus romantique, il a en tout cas une expérience de la pratique musicale que je n'ai pas. Mais je suis sans doute plus punk que lui.
Je sais qu’il s’impose une exigence personnelle dans le travail, parce qu’il a un sentiment élevé de ce qu’il doit à nos compatriotes et aux miltant·es de gauche et du droit humain, quand il se voit confier un mandat, une responsabilité… mais au-delà, parce qu’il conçoit l’engagement politique au service du monde du travail comme une nécessité vitale. Jérôme Saddier avait raison dès 1995, Emmanuel Maurel est brillant, mais il n’a jamais considéré que cela suffisait : c’est un bosseur acharné, ses dossiers il les travaille, il consulte, il écoute, il ne prend une décision sur des sujets difficiles (et dans la période parfois indémerdables) qu’après avoir entendu tout le monde, les militant·es de la 3ème circonscription du Val-d’Oise peuvent en témoigner. Il ne fait pas partie de ces parlementaires qui montent en tribune ou attrapent le micro dans les travées de l’Assemblée en comptant uniquement faire une vidéo tiktok, sur leur bagout qui avec une pirouette leur permettra de faire 2 lignes dans un média internet sur BFM ou France info, ou sur la supériorité technocratique que certains croient à avoir après être sorti quelques années plutôt de grandes écoles d’État : ces attitudes expliquent largement la médiocrité du personnel et du débat politiques dont souffre notre pays aujourd’hui. Emmanuel Maurel en est le contre-exemple et je crois que c’est bien de cela dont nous avons besoin aujourd'hui.
 
Enfin, Emmanuel aime et respecte nos compatriotes, profondément, il croit en la mission intégratrice de la Nation française, qui ne peut réussir que si la République assume son ambition sur l'égalité en étant une République sociale et laïque… je n’ai jamais senti chez lui ce sentiment de supériorité et de mépris que trop souvent la classe politique (qui est devenue une classe sociale à part) inflige à celles et ceux à qui elle doit pourtant des comptes. Emmanuel Maurel est conscient des ruptures démocratiques, économiques, sociales et politiques dont la France et les Français·es ont besoin pour se rétablir et il sait aussi que cela ne pourra réussir avec la violence qui domine aujourd’hui.
Frédéric Faravel
membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste
Emmanuel Maurel : deux ou trois choses que je sais de lui (et de moi)
Emmanuel Maurel : deux ou trois choses que je sais de lui (et de moi)
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6 août 2026 4 06 /08 /août /2026 15:37

Le Temps des Ruptures a publié mercredi 5 août 2026 ma première analyse sur les événements qui se sont déroulés à Ceuta la semaine dernière. Vous le trouverez ci-dessous.
La frontière maroco-espagnole au niveau de l’exclave de Ceuta a connu, la semaine dernière, un incident migratoire d’une ampleur inédite avec des conséquences humaines relativement graves (plus de 70 morts).
Passées les premières heures d’affolement, l’événement a été assez rapidement circonscrit, même si l’on peut regretter qu’une fois encore le traitement des personnes ait pu laisser à désirer des deux côtés de la frontière.
Cependant, en s’appuyant sur des éléments de désinformation assez grossiers, l’extrême droite a suscité autour de ce drame une panique morale, prétendant y voir une grave crise migratoire (qui n’existe pas) née du laxisme du gouvernement de gauche espagnol.
En réalité, cette affaire marque avant tout la vulnérabilité des Européens au chantage géopolitique de certains de leurs voisins, ouvertement hostiles ou non, à qui les gouvernements des États-membres, notamment les plus à droite, prétendent déléguer la gestion des flux migratoires.
L’hypocrisie est flagrante quand la néofasciste Meloni entraîne 22 gouvernements de toute tendance à dénoncer l’Espagne (dont la brutalité à Ceuta et Melilla surpasse les alternances politiques), alors que c’est leur stratégie qui est en échec.
Une sur-réaction des dirigeants européens qui répond avant tout à des considérations de politique intérieure, croyant ainsi éviter que des concurrents politiques leur volent leur propre surenchère (c'est le cas de Merz en Allemagne avec l'AfD, de Meloni avec un nouveau parti d'extrême droite pro-russe, de Frederiksen qui persévère dans l'erreur malgré son recul électoral important en mars dernier). Si le conseil des ministres de l’UE de mardi 4 août 2026 (l’article a été rédigé avant cette réunion organisée en catastrophe et en visioconférence), semble avoir calmé le jeu, il prétend faire de Schengen un outil de déresponsabilisation de nombreux États comme le Danemark.
Avec le drame de Ceuta qui n’est pas un sujet isolé, on assiste à une tentative de déstabilisation de l’Espagne et des démocraties européennes au profit de l’extrême-droite vendue à Trump.
Sur le sujet migratoire comme sur le reste, le combat contre ces « nationalistes » vendus aux nouveaux impérialismes est l’impératif du moment.
C’est le devoir de la gauche.

Frédéric FARAVEL
membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste

Ceuta, juillet 2026 : une manipulation géopolitique qui révèle les divisions structurelles entre Européens

Entre le 30 juillet et le 1er août 2026, l’exclave espagnole de Ceuta a été le théâtre d’un afflux migratoire d’une ampleur et d’une soudaineté inédites depuis des décennies. En l’espace de quelques heures à peine, un nombre estimé entre 50.000 et 60.000 personnes – près de 70% de la population locale de 84.000 habitants – a franchi la frontière maroco-espagnole, par voie terrestre ou maritime, dans des conditions souvent périlleuses. Les images, diffusées en temps réel sur les réseaux sociaux, ont révélé des scènes spectaculaires et avant tout tragiques : des milliers de jeunes hommes, parfois des adolescents à peine sortis de l’enfance, traversant à la nage les eaux de la baie, équipés de simples bouées de sauvetage ou de palmes improvisées, ou escaladant, au péril de leur vie, les rochers escarpés et les barrières ultra-sécurisées qui bordent la frontière entre les deux pays.

Les témoignages recueillis par les journalistes ont rapidement révélé que beaucoup de ces migrants avaient été informés, via des rumeurs diffusées de manière virale sur des plateformes comme TikTok, Discord ou WhatsApp, qu’une « ouverture exceptionnelle » de la frontière était en cours, voire que des « visas » ou des « autorisations de séjour » leur seraient automatiquement accordés une fois arrivés en Espagne. Le bilan humain s’est rapidement alourdi, dépassant les 70 morts, principalement par noyade, bien que les chiffres exacts restent difficiles à établir avec précision en raison de la difficulté à identifier les corps, souvent retrouvés dans un état de décomposition avancé après plusieurs jours passés en mer, ballottés par les courants ou échoués sur les rochers.

Les autorités espagnoles, initialement débordées par l’ampleur inédite du phénomène, ont réagi dans l’urgence en mobilisant non seulement les effectifs habituels de la Garde civile et de la police nationale, mais aussi des unités de l’armée, dont des blindés et des hélicoptères, pour tenter de rétablir un ordre minimal. Dès le 1er août 2026, la quasi-totalité des migrants avait été reconduite vers le Maroc, souvent dans des conditions précaires sans réelle prise en charge (notamment sanitaire) par les autorités marocaines, sous la pression conjointe des forces de l’ordre espagnoles et marocaines, qui ont organisé des convois de bus pour rapatrier les migrants vers la ville marocaine de Fnideq. Seules quelques centaines de mineurs isolés, protégés par le droit espagnol qui interdit formellement leur reconduite immédiate vers un pays tiers, sont restés sur place, dans l’attente d’une prise en charge adaptée par les services sociaux de l’exclave, déjà saturés par l’ampleur de la crise.

Ce qui frappe le plus dans cet épisode, c’est la rapidité avec laquelle une situation apparemment stable s’est transformée en chaos absolu, avant d’être contenue avec une efficacité relative. Cette soudaineté invite à interroger la nature profonde de cet événement : s’agit-il vraiment d’une crise migratoire spontanée, née d’un mouvement populaire incontrôlable, ou bien d’un phénomène avant tout politique, où la migration n’est que l’instrument d’autres enjeux, d’autres calculs, d’autres tensions bien plus larges et bien plus anciens ?

CEUTA ET MELILLA : DES EXCLAVES À STATUT UNIQUE, HÉRITAGES COLONIAUX ET LABORATOIRES DE POLITIQUES MIGRATOIRES EUROPÉENNES ULTRA-RÉPRESSIVES 

Pour comprendre pleinement la singularité de ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, il convient de saisir avec précision le statut juridique, historique et géopolitique de cette exclave espagnole, ainsi que de sa sœur jumelle, Melilla. Ces deux territoires, bien que faisant partie intégrante de l’Espagne – donc de l’Union européenne – depuis plusieurs siècles, constituent des cas uniques dans l’architecture institutionnelle de l’UE. Leur statut, à la fois européen et africain, en fait des espaces de tension permanente, où se cristallisent, de manière souvent violente, des enjeux migratoires, des revendications territoriales et des dynamiques diplomatiques d’une complexité rare.

Sur le plan strictement juridique, Ceuta et Melilla font officiellement partie de l’espace Schengen[1], ce qui signifie, en théorie, qu’elles sont soumises aux mêmes règles de libre circulation que le reste de l’Union européenne. Cependant, une exception majeure les distingue radicalement des autres régions européennes : des contrôles systématiques d’identité et de documents sont maintenus sur les liaisons maritimes et aériennes qui relient ces exclaves à la péninsule ibérique. Autrement dit, il est matériellement impossible pour quiconque de se rendre de Ceuta ou de Melilla vers le continent espagnol – et, par extension, vers le reste de l’Europe – sans subir un contrôle d’identité rigoureux. Hormis cette particularité, qui n’a pas d’équivalent ailleurs en Europe, il reste que ces deux villes sont les seules frontières terrestres entre l’Afrique et l’Union européenne, un point de contact direct, physique, entre deux continents séparés par quelques kilomètres de mer et des siècles d’histoire coloniale.

Car l’histoire de Ceuta et de Melilla est en effet indissociable de celle de l’empire colonial espagnol. Ceuta, conquise par les Portugais en 1415 avant d’être intégrée à la couronne espagnole en 1580, à la suite de l’union ibérique sous Philippe II, et Melilla, occupée par l’Espagne dès 1497, sont les derniers vestiges de la présence ibérique en Afrique du Nord. La souveraineté espagnole sur ces deux villes a été maintenue après la décolonisation du Maroc en 1956, malgré les revendications réitérées de Rabat, qui les considère comme des « présides » ou « villes occupées » et les revendique comme faisant partie intégrante de son territoire national. Cette revendication, bien que régulièrement réaffirmée par les autorités marocaines, n’a jamais donné lieu à des actions militaires directes, mais elle pèse comme une menace latente ou plutôt comme un levier de pression sur les relations hispano-marocaines ; les crises répétées qui ont émaillé l’histoire récente des deux pays en témoignent.

Pour l’Espagne, ces exclaves représentent bien plus que de simples confettis territoriaux. Elles sont à la fois des symboles de sa présence historique en Afrique, des avant-postes stratégiques en Méditerranée. Elles sont par ailleurs devenues depuis plus de 30 ans des laboratoires de ses politiques migratoires les plus répressives. Depuis les années 1990, en effet, ces territoires ont été progressivement transformés en de véritables forteresses, où se concentrent les moyens humains, techniques et financiers les plus importants de l’État espagnol en matière de contrôle des frontières. La clôture frontalière de Ceuta, initialement haute de 6 mètres dans les années 1990, a été portée à 10 mètres au début des années 2020, à la suite des crises migratoires de 2021 et 2022. Elle est aujourd’hui équipée d’un arsenal technologique impressionnant : capteurs de bruit et de mouvement, caméras à vision nocturne, projecteurs puissants, barrières anti-escalade et, même, depuis peu, des barrières pneumatiques flottantes déployées en mer pour dissuader les traversées à la nage. Le tout est surveillé en permanence par près de mille policiers et militaires, dont une majorité appartient à la Garde civile (qui dépend directement du pouvoir central).

UNE CRISE AVANT TOUT POLITIQUE : LES CHIFFRES DÉMENTENT LES DISCOURS ALARMISTES ET RÉVÈLENT LES LIMITES D’UN SYSTÈME

Les événements de Ceuta, bien qu’inédits par leur ampleur, leur brutalité et leur médiatisation instantanée, ne sont pas une nouveauté en soi et, surtout, ne sauraient être qualifiés de crise migratoire pour l’Union européenne dans son ensemble. Plusieurs éléments, factuels et chiffrés, permettent d’étayer cette affirmation, qui peut paraître contre-intuitive au premier abord, mais qui émerge d’une analyse rigoureuse.

Tout d’abord, et c’est un point essentiel, la situation a été contenue en moins de 48 heures, sans qu’aucun migrant n’ait pu rejoindre le continent européen. Les mécanismes de contrôle aux frontières intérieures de l’espace Schengen, déjà renforcés depuis des années – notamment par la France, qui maintient des contrôles systématiques à sa frontière avec l’Espagne depuis 2015 –, ont fonctionné avec une efficacité relative, mais réelle. Par ailleurs, la coopération entre Madrid et Rabat, bien que souvent tendue, a correctement fonctionné pour organiser le retour massif des migrants vers le Maroc, dans des conditions qui, bien que dégradées, ont au moins permis d’éviter une crise humanitaire encore plus grave que celle qui s’est déjà produite.

Ensuite, et c’est là un argument de poids, les flux migratoires vers l’Union européenne restent globalement maîtrisés, voire en baisse significative. Selon les données les plus récentes de Frontex, le nombre d’arrivées irrégulières dans l’UE a diminué de 55% sur les deux dernières années, et de 37% depuis le début de l’année 2026. L’Espagne elle-même, souvent pointée du doigt pour sa politique migratoire par certains de ses partenaires européens, n’est que le troisième point d’entrée des migrants en Europe, derrière l’Italie, de loin la première avec 478 600 arrivées irrégulières entre 2021 et 2026, et les Balkans occidentaux.

Le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez, souvent présenté à tort comme laxiste, voire complaisant, par la droite et l’extrême droite en matière d’immigration, applique en réalité à Ceuta et Melilla une politique de fermeté extrême, voire violente, dans la continuité directe de ses prédécesseurs, qu’ils soient de droite ou de gauche, depuis les années 1990. Les méthodes employées – clôtures surmilitarisées, refoulements systématiques, collaboration étroite avec les autorités marocaines pour endiguer les flux, utilisation de la force, y compris meurtrière, contre les tentatives de franchissement – sont les mêmes que celles mises en œuvre par les gouvernements du Parti populaire comme du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) qui se sont succédé à Madrid au fil des décennies. La régularisation exceptionnelle de plusieurs centaines de milliers de sans-papiers, principalement d’origine latino-américaine, annoncée en 2026 par le gouvernement Sánchez, ne concerne que les personnes déjà présentes sur le sol espagnol depuis plusieurs mois, et ne saurait donc expliquer à elle seule l’afflux soudain de migrants marocains (qui représentent l’immense majorité des milliers de candidats à l’exil des derniers jours, malgré la présence éparse de ressortissants d’Afrique subsaharienne). Cette mesure, souvent présentée comme un « appel d’air » par la droite et l’extrême droite, s’inscrit en réalité dans une logique à la fois économique – répondre aux besoins criants de main-d’œuvre à bas coût (motivation évidemment contestable) dans certains secteurs en tension, comme l’agriculture, le tourisme ou les services à la personne – et humanitaire, mais elle est strictement encadrée par des critères de durée de séjour, d’intégration et de contribution à l’économie locale. Elle ne crée aucun droit automatique à la nationalité, ni à la libre circulation dans l’UE, et encore moins à un accès facilité à l’espace Schengen.

En revanche, ce qui mérite d’être souligné avec force, c’est que cette crise met en lumière, de manière crue et indiscutable, la fragilité des politiques d’externalisation des frontières européennes. Ce modèle, plébiscité par une grande partie des États membres (dont le gouvernement d’extrême droite conduit en Italie par Georgia Meloni, notamment avec l’Albanie), consiste à confier à des pays non européens la gestion des flux migratoires en échange d’aides financières, techniques, politiques ou diplomatiques. Si cette approche permet théoriquement de réduire les arrivées irrégulières sur le sol de l’UE, elle se fait au prix d’une opacité croissante, d’un mépris souvent affiché pour les droits des migrants, et d’une dépendance stratégique qui peut s’avérer dangereuse, comme l’ont montré les événements de Ceuta.

L’INSTRUMENTALISATION D’UN DRAME HUMAIN : PRESSION GÉOPOLITIQUE, DÉSESPOIR SOCIAL ET RÉCUPÉRATION POLITICIENNE

L’afflux de migrants à Ceuta s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, où le Maroc en tant qu’État a probablement joué un rôle actif, bien que les autorités marocaines aient gardé, dans un premier temps, un silence prudent, se contentant de dénoncer, par la voix de leur ministère de l’Intérieur, « l’exploitation malveillante de l’espace numérique et la diffusion d’informations trompeuses » par des réseaux criminels. Plusieurs indices suggèrent en effet que Rabat a délibérément relâché les contrôles frontaliers[2], non pas tant en réaction à la visite de Pedro Sánchez en Algérie le 20 juillet 2026 – visite qui a marqué un réchauffement spectaculaire des relations entre Madrid et Alger après des années de tensions et de méfiance réciproque –, qu’en réponse à l’avancée législative espagnole sur la naturalisation des Sahraouis nés sous administration coloniale.

Cette mesure, adoptée fin juillet 2026 (dans la semaine précédant « l’incident migratoire » de Ceuta) par la Commission de la justice du Parlement espagnol, pourrait en effet accorder la nationalité espagnole à entre 100.000 et 200.000 Sahraouis, voire à leurs descendants, soit une décision perçue comme une provocation majeure par le Maroc, qui revendique le Sahara occidental – ancienne colonie espagnole jusqu’en 1975 – et voit dans cette initiative une remise en cause directe de sa souveraineté sur ce territoire, ainsi que de sa position de puissance régionale incontestée en Afrique du Nord. Le texte, qui a obtenu un soutien inattendu de la part du Parti populaire (PP), principal parti d’opposition de droite, a été adopté avec 19 voix pour, 3 contre (celles de Vox, parti d’extrême droite) et 15 abstentions (dont celles des indépendantistes catalans de Junts). Il doit encore être examiné en séance plénière au Congrès des députés, puis au Sénat, avant de pouvoir entrer en vigueur. Mais le simple fait que ce projet existe et progresse a suffi à exacerber les tensions entre Madrid et Rabat. Le gouvernement marocain et le Palais voient effectivement d’un mauvais œil la protection civique et juridique que pourrait désormais apporter l’État espagnol à ses nouveaux ressortissants qu’ils accusent d’être des relais du mouvement indépendantiste au Sahara.

Cependant, l’ampleur des mouvements migratoires vers Ceuta ces derniers jours, conçus sans doute initialement comme un outil de pression similaire à un événement de 2021[3], a, semble-t-il, dépassé les calculs d’une partie des autorités marocaines. Les images de jeunes Marocains se précipitant vers la frontière, parfois poussés, voire battus, par les forces de l’ordre marocaines elles-mêmes – comme en ont témoigné plusieurs migrants interrogés par l’AFP –, révèlent au grand jour le désespoir d’une jeunesse en quête d’avenir, alors même que le roi Mohammed VI célébrait, dans le même temps et avec un faste inouï, les 27 ans de son règne[4]. Ce contraste saisissant entre la liesse officielle et le drame humain qui se jouait à quelques kilomètres de là en dit long sur les fractures sociales, économiques et politiques qui traversent le Maroc, malgré une modernisation souvent mise en avant, mais dont reste exclue la majorité de la population.

Les chiffres, en effet, sont implacables et démentent formellement le discours officiel d’un Maroc en pleine expansion et en voie de modernisation accélérée. Près de 1,5 million de jeunes Marocains âgés de 14 à 24 ans ne sont ni en emploi, ni en étude, ni en formation, selon les dernières statistiques de l’Association marocaine des droits humains (AMDH). Plus de 2 millions de Marocains vivent en dessous du seuil de pauvreté, tandis que la corruption, l’analphabétisme et les inégalités sociales continuent de ronger le pays de l’intérieur.

Parallèlement à ce désespoir social qui a débordé la probable tentative d’instrumentalisation géopolitique marocaine, la crise de Ceuta a été immédiatement instrumentalisée par l’extrême droite internationale. Aux États-Unis, Donald Trump, dont les relations avec Pedro Sánchez sont exécrables depuis plusieurs mois, a accusé l’Espagne de faciliter l’immigration clandestine (alors qu’il prend régulièrement exemple sur la frontière de Ceuta pour illustrer ses projets de mur avec le Mexique – il n’a jamais été à une contradiction près). L’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Danny Danon a moqué Madrid pour son maintien d’exclaves coloniales en Afrique, alors que Pedro Sánchez dénonce évidemment les colonies israéliennes en Cisjordanie. En Europe, Giorgia Meloni a exigé la suspension de l’Espagne de l’espace Schengen, une mesure juridiquement irrecevable et, comme nous l’avons vu, injustifiée au regard de leur exceptionnalité territoriale. Les accusations de la néofasciste italienne ont beau être démenties par les chiffres et les faits – l’Italie reste le principal point d’entrée des migrants en Europe, et son propre gouvernement a mis en place un programme de régularisation de 500.000 travailleurs étrangers – toute la droite et l’extrême droite européennes (RN compris) – et le gouvernement danois officiellement social-démocrate – ont repris en cœur les approximations de Meloni.

HYPOCRISIES ET DIVISIONS EUROPÉENNES

La crise de Ceuta a avant tout été un révélateur brutal des divisions profondes qui traversent l’Union européenne sur la question migratoire. Dès les premières heures de l’afflux, les réactions des différents États membres ont été non seulement contrastées, mais souvent franchement opposées. D’un côté, des pays comme la France et le Portugal ont affiché une solidarité de principe avec l’Espagne, tout en prenant des mesures de précaution, voire de fermeté, comme le renforcement des contrôles à la frontière franco-espagnole (Emmanuel Macron donne donc crédit dans les faits aux élucubrations de l’extrême droite). De l’autre, un groupe de 22 dirigeants, mené par Giorgia Meloni et Mette Frederiksen (Danemark), a adressé une lettre commune aux institutions européennes pour dénoncer les « franchissements massifs et incontrôlés » et exiger une réponse immédiate.

La position de la Commission européenne, incarnée par Ursula von der Leyen, a été particulièrement révélatrice de cette tension. Dans une lettre adressée à Pedro Sánchez, elle a salué la gestion de la crise par les autorités espagnoles et marocaines, tout en soulignant la nécessité de renforcer les frontières. Cependant, elle a aussi rappelé que « la politique migratoire de l’Union fonctionne déjà », avec une baisse historique des arrivées irrégulières. Il s’agit de ne se froisser avec personne, mais de pencher en faveur des « durs ».

La crise a également mis en lumière l’hypocrisie de certains dirigeants européens, et en particulier de Giorgia Meloni. La présidente du Conseil italien, qui a tant critiqué la politique migratoire de Sánchez, a elle-même bénéficié d’une solidarité européenne sans faille lors de la crise de Lampedusa en 2023, mais elle utilise les images de l’exclave comme levier pour isoler l’un de ses partenaires européens contre lequel elle a déclenché une offensive politique depuis fin 2025, visant à encourager l’émergence à court et moyen terme d’un gouvernement de droite, alliant le Parti populaire à l’extrême droite de Vox, dirigée par Santiago Abascal, chez lequel elle a passé quelque temps de vacances à Noël ce qu’elle a tenu à médiatiser – or, il est rarement d’usage qu’un premier ministre étranger en exercice rende public ce qui semblait être une visite privée à un « ami »… actif dans l’opposition d’un autre pays[5].

Au-delà des postures politiques, la crise de Ceuta pose la question de la cohérence de l’Union européenne face aux défis migratoires. Les divisions internes, les réponses contradictoires des États membres et l’absence de vision commune montrent que l’UE est encore loin d’avoir trouvé un équilibre entre sécurité, solidarité et respect des droits humains.

LA VIABILITÉ DES CONFETTIS EUROPÉENS EN QUESTION

Au-delà des instrumentalisations politiques immédiates, la crise de Ceuta pose une question structurelle : celle de la viabilité à long terme des exclaves espagnoles en Afrique. Ceuta et Melilla, héritages d’un passé colonial lointain, sont aujourd’hui des symboles de la souveraineté espagnole et de la dépendance de l’Europe vis-à-vis du Maroc pour le contrôle des flux migratoires.

Cette externalisation des frontières, si elle permet un contrôle apparent des mouvements migratoires, rend l’Union vulnérable aux pressions diplomatiques de Rabat. Au-delà du coup de pression de 2021, en 2022, plus de cent personnes avaient trouvé la mort à Melilla dans des circonstances qui auraient dû faire l’objet de procédures judiciaires contre les forces de sécurité espagnoles et marocaines – l’affaire a été enterrée sans que Pedro Sánchez s’en embarrassât plus que cela.

Cette dépendance s’accompagne d’un déni des réalités humanitaires et d’une persistance de mentalités coloniales. À Ceuta comme à Melilla, les hommages à Franco sont persistants, et la population d’origine marocaine qui y réside est souvent traitée en citoyens de seconde zone.

La France, avec Mayotte, se trouve d’ores-et-déjà confrontée à des défis comparables, même si l’archipel français est distant de 68 km du reste des Comores, et la question de notre souveraineté y sera immanquablement posée tôt ou tard malgré les votes réguliers des Mahorais, pleinement citoyens français, en faveur de leur maintien dans la République française, et même de leur revendication d’une intégration plus étroite[6]. Dans un contexte où les divisions internes à l’Union européenne sur la question migratoire ne cessent de s’approfondir, la crise de Ceuta fait apparaître les limites d’un modèle basé sur la sécurisation à outrance, l’externalisation des responsabilités et le déni des droits humains fondamentaux.

La question n’est donc plus seulement de savoir comment gérer ces flux migratoires (ni l’Europe ni la France ne sont « submergées »), mais aussi comment concilier, dans un contexte géopolitique de plus en plus instable, souveraineté, sécurité et respect des droits humains. Une Europe qui sacrifierait l’un au profit des autres ne serait pas seulement une Europe moins humaine, mais aussi une Europe dont les États membres perdraient en sûreté et en souveraineté.

Références :

[1] Contrairement à ce qu’affirmait Jean-Luc Mélenchon dans ses commentaires sur les événements : https://x.com/JLMelenchon/status/2083174852223959299

[2] Parmi ces indices, on peut intégrer la volonté de l’administration marocaine de réduire jusqu’à l’absurde le bilan humain du drame : elle ne reconnaît publiquement que 11 morts quand l’Espagne en recense pour le moment 72.

[3] En 2021, près de 8.000 personnes étaient entrées à Ceuta en 2 jours, en représailles à l’hospitalisation en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

[4] Il faudra scruter si des mobilités soudaines n’apparaissent pas dans les prochains mois à des postes de responsabilités dans les institutions marocaines.

[5] On peut au passage se demander si la création d’un nouveau parti d’extrême droite pro-russe (Futur National) par l’eurodéputé et ex-général Roberto Vanacci, qui a quitté la Lega en février 2026, ne pousse pas Georgia Meloni à en rajouter pour des raisons de politique intérieure, en perspectives des prochaines élections parlementaires de 2027. Réaffirmer sa fierté nationale face aux goujateries de Donald Trump n’est pas dans cette situation antinomique à être dans sa roue pour instrumentaliser l’affaire de Ceuta.

[6] Le caractère « pleinement français » des Mahorais laisse parfois un goût amer dans la bouche – non pas dans le sens d’une remise en cause civique, mais au regard des écarts flagrants d’effectivité et d’accès aux droits sociaux et aux services publics, pire que dans les autres collectivités d’Outre-Mer. Les premiers investissements réels de la Métropole sur l’archipel datent de 1973 en plein retrait de la base navale française de Diego Suarez à Madagascar, avant l’indépendance des Comores.

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22 juillet 2026 3 22 /07 /juillet /2026 19:16

Depuis 36 heures, je reçois toutes les notifications de commentaires sur la publication de la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS) de soutien à Barbara Butch (que je n’ai pas rédigé). Je vois la haine qui s’y répand et l’antisémitisme explicite de certains d’entre eux heureusement minoritaires au regard de la masse des commentaires. J’y vois également énormément de désinformation.

En effet, quel que soit l’avis politique que l’on puisse avoir sur les choix de cette femme, la justification de la manifestation elle-même ne tient pas (au-delà même de la violence inqualifiable et des insultes antisémites qui ont fusé lors de cette manifestation) : on l’accuse de soutenir le gouvernement israélien et sa politique génocidaire ce qu’elle n’a jamais fait, elle a signé une tribune de soutien à la PPL Yadan ce qui en soi est contestable (j’ai écrit pour la GRS un article expliquant le caractère détestable de cette proposition de loi), elle s’en est expliquée depuis, elle n’y avait vu qu’un texte condamnant l’antisémitisme en France, n’ayant pas mesuré les conséquences dangereuses pour la liberté d’expression quand il s’agit de critiquer la politique d’un État. On peut considérer qu’elle est inconséquente, qu’elle devrait se mêler uniquement des choses qu’elle maitrise mais en réalité ce sont là des arguments méprisants qui pourraient s’appliquer à tous citoyens : le propre de la démocratie c’est de considérer que le vote et la liberté d’expression de chacun ont droit de citer, y compris sur des matières pour lesquelles on a aucune compétence.

Donc le fondement même de cette manifestation tombe : il ne reste plus qu’un acharnement, un harcèlement contre une personne dont des milliers d’abrutis se sont convaincus qu’elle était une ennemie politique uniquement parce que juive – ça s’appelle de l’antisémitisme. Or, autant je considère que le gouvernement français est dangereux quand il empêche les manifestations de soutien à la Palestine (je n’ai pas changé d’avis sur un combat que je mène depuis que je suis engagé en politique - et même depuis le lycée - pour la Paix, la reconnaissance de la Palestine, la fin de l’occupation, l’évacuation de toutes les colonies, etc.), autant il est dangereux de nier le fait que les actes antisémites ont explosé en France dès le lendemain du 7 octobre 2023 parce que certains font des juifs d’abord des cibles en soi et ensuite des complices en soi de la politique criminelle du gouvernement israélien. Habiller ces actes antisémites d’une autre valeur politique qui les rendraient « acceptables » est indigne.

Depuis de nombreuses années, une partie des acteurs politiques français est entrée dans une logique identitaire qui réfléchit la logique imposée dans le débat public par le FN/RN. Pour cela, ils ont instillé une habitude de caricaturer celles et ceux qu’ils présentent pour les besoins d’une campagne comme leurs adversaires, avant de passer à une autre phase et à d’autres cibles… ils ont pris l’habitude de valider des raccourcis et souvent de laisser passer des fausses informations pourvu que cela serve les besoins de leur séquence de mobilisation. On trouve cette façon de faire souvent à la France Insoumise, mais, pour en avoir fait les frais ailleurs (en un lieu où les militants insoumis se sont très bien comportés), je peux témoigner que cela n’est pas limité à LFI, et que certaines dirigeantes politiques nationales d’autres partis devraient se retirer pour avoir commis les mêmes fautes débouchant là aussi sur des actes de violence.

Celles et ceux qui ont imposé cette ambiance générale au débat démocratique en France se grandiraient à rétablir sur cette affaire la réalité des faits ; cela ne réduirait en rien les désaccords qu’ils peuvent avoir avec Madame Butch ou avec d’autres, mais cela ramènerait le désaccord à de plus justes proportions. Je crains malheureusement qu’ils ne soient plus capables de retenir désormais une partie de celles et ceux qu’ils ont abreuvés de raccourcis et qu’ils ont « autorisés » à désinhiber tous leurs instincts primaires.

Malheureusement, ils finiront par en faire les frais, au passage c’est la cohésion nationale et donc la capacité à vivre ensemble et à projeter une perspective de progrès politique et social dans ce pays qui auront été irrémédiablement atteints.

Frédéric Faravel

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