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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 13:35

Et si la Wallonie devenait française ?

Ophélie Wallaert (lefigaro.fr) avec La Voix du Nord et Le Soir - 29/07/2008 | Mise à jour : 14:19
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Une manifestation du parti RWF qui milite pour le rattachement de la Wallonie à la France, en septembre 2007.Une manifestation du parti RWF qui milite pour le rattachement de la Wallonie à la France, en septembre 2007. Crédits photo : AFP

Ce scénario, purement fictionnel, remporte l'adhésion d'une majorité des Wallons et de 60% des Français selon un sondage Ipsos.

Devenir Français et dire adieu à Albert II ? Apparemment cette idée n'est plus taboue chez notre voisin belge. Ainsi, 49% des Wallons se disent désormais favorables au rattachement avec la France, selon un sondage «transfrontalier» réalisé par Ipsos et publié mardi Le Soir, côté belge et La Voix du Nord, côté français. Plus que le chiffre, c'est l'évolution rapide des mentalités qui interpelle. 6 mois auparavant, ils n'étaient que 29% à trouver ce scénario séduisant. Un bémol : 45% des Wallons se déclarent «plutôt pas» ou «pas du tout» favorables à l'union franco-wallonne.

Surprenant également, 60% des Français semblent prêts à accueillir de nouveaux compatriotes après rattachement de la Wallonie à l'hexagone. Une «divine surprise après des décennies de mépris hexagonal», écrit ainsi Luc Delfosse, rédacteur en chef adjoint du Soir dans son éditorial daté de mardi.

La crise politique à rallonge que vit la Belgique semble donc avoir laissé des traces dans les esprits. A la question «la Belgique va-t-elle disparaître ?», 23% des Wallons répondent par l'affirmative alors qu'ils n'étaient que 16% en octobre 2007. A la même date, 78% des Wallons ne croyaient pas à la disparition du royaume, ils ne sont plus que 59% en juillet 2008.

Une idée de pure fiction mais de plus en plus évoquée

Alors que l'éclatement de la Belgique semblait impensable pour les Wallons il y a encore un an, ils semblent donc désormais accorder leurs violons avec ceux des Flamands. Ces derniers, qui représentent 60% de la population, ont déjà manifesté leur attrait pour un tel scénario. En octobre 2007, deux Flamands sur trois jugeaient ainsi la scission inéluctable, selon un sondage publié par Le Soir.

Purement fictionnelle, l'implosion de la Belgique hante de plus en plus les esprits. Le scénario avait été mis en scène en décembre 2006 par la RTBF. Alors que tout le monde l'avait qualifié à l'époque de canular, la chaîne publique belge avait affirmé de son côté que son unique but était de provoquer le débat.

L'hypothèse d'une scission de la Belgique et/ou celle d'un mariage franco-wallon a depuis fait du chemin. En témoigne ainsi la publication régulière de ce type de sondages dans la presse belge. Sur internet aussi,l'idée fait un tabac.En septembre 2007, un plaisantin avait par exemple diffusé une annonce sur le site de vente aux enchères eBay pour mettre en vente...la Belgique, qualifiée de «un royaume en 3 parties». Le vendeur déconseillait un achat en un seul bloc. Plus sérieusement, quand on fait une recherche par mots clés à partir du moteur Google, on peut avoir accès à des dizaines de forums et sites Internet évoquant la question. Parmi eux figure notamment le site du parti politique francophone belge RWF (Rassemblement Wallonie France) qui milite pour le «réunionnisme».

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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 13:03
Rétrolecture 1965
"Pour Marx", par Nicolas Weill
LE MONDE | 29.07.08 | 13h22  •  Mis à jour le 29.07.08 | 13h22 - édition datée du 30 juillet 2008

ès qu'on évoque aujourd'hui une oeuvre qui touche de près ou de loin à la sphère du marxisme, on croit de bon ton de préciser aussitôt qu'il s'agit d'un "continent disparu" dont l'exploration n'aurait qu'un intérêt archéologique. C'est passer un peu vite sur la vitalité nouvelle qu'a acquise, au cours des quinze dernières années, la philosophie inspirée par Marx et Engels. De nombreuses tentatives d'actualisation et de réévaluation ont transformé cette jachère en un domaine singulièrement actif. Une telle réappropriation aurait-elle été possible sans le rafraîchissement du marxisme par la philosophie opéré plusieurs décennies plus tôt grâce à l'austère travail de Louis Althusser (1918-1990), dont Pour Marx, en 1965, sera la spectaculaire révélation ?


La couverture du livre Bien sûr, la vie de ce professeur de philosophie à l'Ecole normale supérieure (il fut longtemps le "caïman", le répétiteur des candidats à l'agrégation de philosophie), dont la fin est marquée par le meurtre de sa femme Hélène Rytmann, en 1980, est traversée par une conjoncture historique et politique particulière. Pour lui, la Théorie (avec un grand "T", entendez : marxiste) devait d'ailleurs servir à en infléchir le cours. La redécouverte de Marx (mais aussi du dramaturge italien Bertolazzi mis en scène par Strehler) qu'Althusser propose dans ce recueil d'articles, pour l'essentiel publiés de 1960 à 1965 dans les revues du Parti communiste - notamment La Pensée -, ne saurait être dissociée des débats du temps. En puisant dans l'autorité de Marx, Althusser et son groupe d'"althussériens" (Etienne Balibar, Alain Badiou, Jacques Rancière, etc.) s'efforçaient de ménager, à l'intérieur même du PCF, un "efficace" à la philosophie. Autrement dit, ils croyaient en leur capacité d'agir sur la réalité des "rapports de production" par l'intervention intellectuelle et militante.

D'où l'importance accordée dans ces pages non seulement à l'auteur du Capital mais aussi aux productions théoriques des grands acteurs du mouvement communiste, Lénine ou Mao (le Grand Timonier étant évoqué avec chaleur pour sa contribution de 1937 sur la "contradiction"). Ce début des années 1960 est encore une époque où la nature criminelle et policière des régimes qui se revendiquent du "socialisme réel", surtout chinois, demeure mal connue dans le détail et peu documentée. D'où certaines évocations qui, aujourd'hui, font tout de même grincer des dents : Staline crédité "paradoxalement" d'avoir mis fin au délire de la "science prolétarienne" d'un Lyssenko qui avait prétendu contester la génétique de la "science bourgeoise" ; Mao loué pour son absence de contamination hégélienne, etc.

Pourtant, la relecture du Marx historique s'inscrivait avant tout dans le projet de mettre à bas une orthodoxie. Celle qui, depuis Staline, avait figé la pensée du mouvement communiste et transformé le marxisme en constat mécanique d'un processus historique qui se faisait pour ainsi dire tout seul et que les instances dirigeantes du mouvement révolutionnaire étaient seules à pouvoir interpréter.

L'"HUMANISME", UNE "IDÉOLOGIE"

Le cours de l'histoire était déterminé en "dernière instance" par l'économie. La situation historique et culturelle ("la surdétermination"), que ce soit l'état de la Russie en 1917 ou de la France au sortir de la guerre d'Algérie, comptait pour rien. Contre cette confiance aveugle, le retour althussérien à Marx offrait discrètement des éléments de perspective critique. Même si Jacques Rancière, dans son texte de rupture La Leçon d'Althusser (Gallimard, 1974), accuse un maître coincé dans son élitisme universitaire d'être resté hermétique à ce que Mai 68 puis la révolte ouvrière de Lip avaient montré de capacité des masses à agir.

L'autre adversaire d'Althusser dans Pour Marx est l'"humanisme" - mot d'ordre alors en vogue parmi les intellectuels organiques du PC, qui visait à étendre l'influence des communistes à d'autres cercles, notamment à ceux des croyants. L'incarnation de cette tendance dominante est alors Roger Garaudy, qui, après son exclusion du PCF en 1970, retrouvera la foi chrétienne puis se convertira à l'islam.

Contre l'économisme/humanisme qui pervertit l'héritage de Marx, Althusser va développer grâce aux concepts forgés par le philosophe des sciences Gaston Bachelard sa thèse fameuse de la "coupure épistémologique". Il y aurait un Marx encore captif des notions de la philosophie et en particulier de l'idéalisme allemand, d'Hegel comme de son adversaire matérialiste, Feuerbach : le Marx des Manuscrits de 1844 et un Marx "scientifique", celui du Capital.

Le fauteur de l'orthodoxie dévoyée serait le Marx des philosophes ; le Marx du parti idéal serait celui qui aurait fini par se débarrasser d'Hegel. Quant à l'antihumanisme, il ne signifie ici que la reconnaissance de l'humanisme comme "idéologie". Une idéologie qui empêche de reconnaître que la notion de sujet n'est que l'interpellation des individus comme tels par les "appareils idéologiques d'Etat" au service du pouvoir.

Vu l'usage que feront du "retour du sujet" ceux qui, dans la décennie 1980, voudront mettre définitivement à bas le marxisme, cette critique de l'humanisme comme paravent illusoire de la domination bourgeoise visait effectivement un point sensible. De même, la dénonciation de la prétention d'une conception théorique à se geler en doctrine, dirigée contre le marxisme officiel d'alors, conserve toute sa pertinence, appliquée à une idéologie libérale qui prétend, sur un mode étrangement proche de la vulgate stalinienne d'hier, se confondre avec la nature des choses elle-même et évacuer toute alternative possible. En cela, un retour à Althusser pourrait se comprendre.

POUR MARX de Louis Althusser. La Découverte, 2005 (réédition), 273 p., 11 €.
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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 10:12
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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 15:51
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25 juillet 2008 5 25 /07 /juillet /2008 15:42

En réponse à la chronique de Michel Noblecourt parue en page 2 de l’édition du week end du Monde et intitulée ” PS : les faux convertis au réfomisme“, Benoît Hamon a demandé au journal de publier la brève réponse suivante. Elle a été rejetée. Je ne commenterai pas ce choix.

La voici :

Lettre ouverte aux modernes du 20ème siècle.

20 ans que je suis membre du PS. Et presque aussi longtemps que je lis Le Monde. Et là vendredi soir, sous la plume de M. Noblecourt, Le Monde s’interroge en p. 2 à savoir si «M. Hamon (…) a encore sa place dans un Parti Socialiste ouvertement réformiste ». Ciel ! Je me serais bien passé d’un tel honneur. Car on sent bien que la réponse est dans la question et qu’à l’évidence aux yeux de l’éditorialiste du grand quotidien du soir, il est une espèce menaçante de socialistes, constituée de manipulateurs et imposteurs, les «faux convertis au réformisme».

Au passage, le journaliste dans sa grande clémence, réhabilite quelques moutons noirs d’hier. Ainsi dans le même éditorial, Laurent Fabius après avoir longtemps erré aux marges est réintégré dans la colonne centrale, la bonne, celle des socialistes réformistes. Je suis certain que l’intéressé appréciera cette mansuétude.

A quelques semaines du congrès de Reims, Le Monde aurait-il donc choisi son camp? Prendrait-il cette fois-ci fait et cause pour les bons socialistes, les «réformistes» contre les mauvais socialistes, les «on-ne-sait-quoi» d’ailleurs ? Faudrait-il donc, pour espérer voir la gauche gagner demain, perpétuer l’ancien et parier «naïvement» sur le moins disant politique rebaptisé paresseusement ou cyniquement «réformisme»? Heureusement, ce sont les militants socialistes qui trancheront cette question et souhaitons-le, à partir d’une lecture politique un peu moins grossière et caricaturale que le propos de monsieur Noblecourt.

Car que faut-il comprendre à ce papier ?

En premier lieu, qu’il existe un crime irréparable, celui qui a réuni les «nonistes» dans la contestation du traité constitutionnel européen, que le soutien de 54 % des français et en leur sein d’une majorité de l’électorat de gauche ne suffit pas à pardonner. Il est incontestable qu’aux yeux de quelques uns, parisiens, influents et qui «dînent le soir en ville», l’horloge s’est arrêtée il y a 3 ans, en mai 2005. Depuis ils ressassent le souvenir d’un monde perdu. Et confirment qu’ils ne saisissent rien à la séquence qui se déroule pourtant si près d’eux, dans la rue française, européenne, américaine ou africaine mais si loin de leur tour d’ivoire.

Mais ce n’est pas l’instant d’expliquer le 2ème âge de la globalisation dans lequel s’est précipité le monde entier et qui convoque partout le retour de la puissance publique, la régulation des marchés financiers, une redistribution des richesses plus favorable au travail et des restrictions indispensables au libre échange.

En second lieu, cette chronique confond délibérément 2 concepts : réformisme et libéralisme. Le réformisme, qui s’incarne dans le choix de la démocratie comme but et moyen de l’action politique, s’incarne dans la volonté d’inscrire l’action collective dans le cadre républicain et le choix d’impliquer le mouvement social dans la définition du contenu du changement, rassemble aux nuances d’orientation près, tous les socialistes. Mais si, dans le frisson de l’air du temps, c’est au libéralisme économique que Michel Noblecourt souhaite convertir les socialistes, qu’il soit rassuré, il sera plus facile de nous démasquer. Car nous sommes nombreux et même une majorité de militants à revendiquer être à la fois socialistes, réformistes mais sourds aux insistantes sirènes libérales. Parce qu’il faut être aveugle ou inconséquent ou de mauvaise foi pour ne pas constater que cette idéologie a, elle aussi, historiquement échoué.

Le temps passe, le monde se transforme, les périls grandissent et la France reste dirigée et influencée par les «modernes» du 20ème siècle. Nous voulons changer cela. Nous allons changer cela.

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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 11:40
Point de vue
De quoi Siné est-il le nom ?, par Bernard-Henri Lévy
LE MONDE | 21.07.08 | 13h53  •  Mis à jour le 21.07.08 | 13h53

ette affaire est tout de même extraordinaire.

Voilà un humoriste - Siné - qui donne à son journal une chronique où il dit, en substance, que la conversion au judaïsme est, dans la France de Sarkozy, un moyen de réussite sociale et qu'il préfère "une musulmane en tchador" à "une juive rasée" (sic).


Voilà un directeur - Philippe Val - qui rappelle au chroniqueur le pacte fondateur qu'est, pour Charlie Hebdo, leur journal, le refus catégorique de toute forme d'antisémitisme ou de racisme et qui lui demande, en conséquence, de s'excuser ou de s'en aller.

Et voilà la blogosphère, puis la presse, qui, au terme d'un renversement des rôles ahurissant, transforment l'affaire Siné en affaire Val et, au lieu de pointer, analyser, stigmatiser, le dérapage du premier ne s'intéressent plus, soudain, qu'aux "vraies" raisons, forcément cachées, nécessairement obscures et douteuses, qui ont bien pu pousser le second, voltairien notoire, apôtre déclaré de la liberté de critique et de pensée, défenseur en particulier des caricaturistes de Mahomet, à réagir, cette fois, en censeur offusqué (la main du "lobby" ? celle de Sarkozy lui-même ? un règlement de comptes inavoué et dont l'humoriste ferait les frais ? tout y est passé, jusqu'à la nausée...).

A ce degré de confusion, la mise au point s'impose - et, sine ira et studio, sans colère ni enthousiasme, le rappel des principes simples que l'on a, dans cette empoignade, tendance à perdre de vue.

1. La critique voltairienne des religions, de toutes les religions, est une chose - saine, bien venue, utile à tous et, en particulier peut-être, aux croyants eux-mêmes. Le racisme, l'antisémitisme, en sont une autre - odieuse, inexcusable, mortelle pour tout le monde et que l'on ne saurait, en aucun cas, confondre avec la première.

La distinction n'était pas si nette chez Voltaire qui était, comme chacun sait, raciste et antisémite. Elle l'est depuis Voltaire, chez les meilleurs de ses héritiers et, en particulier, dans le journal de Philippe Val. Les vraies Lumières ? Les Lumières de notre temps ? Critiquer les dogmes, pas les personnes.

Bouffer du curé, du rabbin, de l'imam - jamais du "Juif" ou de l'"Arabe". Etre solidaire, bien entendu, de caricaturistes qui se moquent du fanatisme et le dénoncent - mais s'interdire, fût-ce au prétexte de la satire, la moindre complaisance avec les âmes glauques qui tripatouillent dans les histoires de sang, d'ADN, de génie des peuples, de race. C'est une ligne de démarcation. Soit, à la lettre, un principe critique. Et c'est là, dans le strict respect de cette ligne, qu'est, au sens propre, la pensée critique.

2. La question n'est pas de savoir si tel ou tel - en l'occurrence Siné - "est" ou "n'est pas" antisémite. Et l'on se moque bien des brevets de moralité que croient bon de lui octroyer ceux qui, comme jadis pour Dieudonné ou, plus tôt encore, pour Le Pen, disent le connaître "de longue date" et savoir "de source sûre" que l'antisémitisme lui est étranger.

Ce qui compte ce sont les mots. Et ce qui compte, au-delà des mots, c'est l'histoire, la mémoire, l'imaginaire qu'ils véhiculent et qui les hantent. Derrière ces mots-là, une oreille française ne pouvait pas ne pas entendre l'écho de l'antisémitisme le plus rance.

Derrière cette image d'un judaïsme tout-puissant auquel un Rastignac contemporain se devrait de faire allégeance, elle ne pouvait pas ne pas reconnaître l'ombre de notre premier best-seller antisémite national : "Les Juifs, rois de l'époque", d'Alphonse Toussenel (1845). C'est ainsi. C'est affaire, non de psychologie, mais d'acoustique, donc de physique, de mécanique.

Et quand on est face à ça, quand on voit un vieil humoriste - qui, en effet, ne sait sans doute pas vraiment ce qu'il dit - manipuler des chaînes signifiantes qui ont toujours, partout, avec une régularité implacable, mis le feu dans les esprits, la juste attitude n'est pas de minimiser, ratiociner, discuter à perte de vue des dosages respectifs, dans l'énoncé incriminé, du poison de la haine et de l'excipient gentiment ricaneur - elle est de déclencher, sans attendre, ce que Walter Benjamin appelait les "avertisseurs d'incendie".

3. L'antisémitisme - comme, naturellement, le racisme - est un délit qui ne souffre ni circonstances atténuantes ni excuses. La chose devrait aller de soi. Hélas, ce n'est pas le cas. Car il y a une excuse au moins qui, depuis l'affaire Dreyfus, semble marcher à tous les coups et instaurer une sorte de clause de la haine la mieux autorisée.

C'est celle qui consiste à dire : non à l'antisémitisme, sauf s'il s'agit d'un grand bourgeois, officier supérieur de l'armée française. Ou : non à l'antisémitisme sauf si l'enjeu est un symbole du Grand Capital, un banquier juif, un ploutocrate, un Rothschild. Ou : sus à l'antisémitisme, cette peste des âges anciens que le progressisme a terrassé - sauf s'il peut se parer des habits neufs d'un antisarkozysme qui, lui non plus, ne fait pas de détail et ne recule devant rien pour l'emporter.

Ainsi parlait Alain Badiou quand, dans un livre récent, De quoi Sarkozy est-il le nom ?, il s'autorisait de sa juste lutte contre l'"immonde" pour réintroduire dans le lexique politique des métaphores zoologiques ("les rats"... "l'homme aux rats"...) dont le Sartre de la préface aux Damnés de la terre avait pourtant démontré, sans appel, qu'elles sont toujours la marque du fascisme.

Et ainsi pensent aujourd'hui, non seulement les "amis" de Siné pétitionnant à tour de bras en sa faveur, mais tous ceux qui, sous prétexte que le Rastignac qu'il avait en ligne de mire était le propre fils du Président honni, sont comme tétanisés et interdits d'indignation - vieux reste d'antidreyfusisme ; dernière perle lâchée par l'huître d'un guesdisme dont la doctrine était qu'il y a un bon usage, oui, des pires maladies de l'esprit ; misère.

4. S'il y a bien un argument que l'on a honte d'avoir à entendre encore dans la bouche de ceux qui trouvent qu'on fait à Siné un mauvais procès, c'est celui qui plaide : "Siné est un vieux libertaire, un attardé de l'anarchisme, un rebelle - comment voudrait-on que cet homme-là trempe dans cette saloperie ? comment ose-t-on confondre sa révolte tous azimuts avec cette passion ciblée qu'est la fureur antisémite ?"

Eh bien justement. Cet argument est lamentable car il ignore tout des ambiguïtés d'une tradition dont une des spécialités a toujours été, justement, de passer de la rage tous azimuts à sa concentration antisémite : les anarcho-syndicalistes du début du XXe siècle ; les partisans de l'action directe proposant, soixante-dix ans plus tard, de "jeter" les Juifs sur "le fumier de l'Europe" (Ulrike Meinhoff, dirigeante de la Bande à Baader)...

Cet argument est pitoyable car il fait, ou feint de faire, comme si l'esprit de révolte, le non-conformisme, étaient un imparable vaccin contre ces tentations funestes : c'est faire bon marché du courant dit, précisément, des "non-conformistes des années 1930" et de l'énergie qu'il mit à fournir à l'antisémitisme de son temps ses armes et ses raisons (il convient, sur le sujet, de lire et de relire le classique de Jean-Louis Loubet del Bayle)...

Cet argument est dénué de sens, enfin, car il laisse supposer qu'un homme de gauche, un progressiste, serait immunisé, par nature, contre le pire : or on sait que, s'il n'avait, ce pire, qu'une vertu, ce serait de brouiller, pulvériser ce type de frontière et de provoquer, de gauche à droite, un chassé-croisé sémantique permanent, vertigineux, terrible (des fameuses "sections beefsteak", brunes dehors, rouges dedans, nées de l'entrisme communiste dans les organisations de masse hitlériennes jusqu'au recyclage, par l'islamo-gauchisme d'aujourd'hui, des scies de l'ultradroite, les exemples, hélas, abondent)...

5. Un tout dernier mot. Il faudrait, ânonne l'opinion, veiller à ne pas tomber dans le conformisme d'un politiquement correct, voire d'une police de la pensée et du rire, dont le seul effet sera d'empêcher les humoristes d'exercer leur libre droit de se moquer de tout et de tous. Soit. Sauf que, là aussi, il faut s'entendre. Et oser, surtout, poser la question. Et si "politiquement correct" était aussi le prédicat d'un discours et, en la circonstance, d'un humour qui s'interdirait le racisme, l'antisémitisme, l'appel au meurtre ?

Et si cette volonté de rire de tout et de tous, tranquillement, sans entrave, exprimait juste la nostalgie du bon temps de la blague à l'ancienne, bien grasse, bien salace, quand personne ne venait vous chercher noise si l'envie vous prenait de vous lâcher contre les "ratons", les "youpins", les "pédés", les femmes ?

Et si les temps, précisément, avaient changé et qu'il appartenait aux humoristes, non moins qu'aux écrivains, aux artistes, de prendre acte de ce changement en admettant qu'on ne rit plus aujourd'hui, ni tout à fait des mêmes choses, ni tout à fait de la même manière, qu'au temps des années 1930 ou 1950 ?

Allons, Siné. Tu as encore le choix. Ou bien la répétition, le stéréotype, le même éternel retour du même humour de cabaret qui ne te fait, j'en suis sûr, plus rire toi-même - mécanique plaquée sur du vivant, ignominie couplée avec du cliché, gâtisme assuré. Ou bien changer de disque, inventer, te libérer et faire de ton humour l'aventure d'une liberté retrouvée et ajustée aux libertés du jour - jeunesse à volonté, talent, modernité.

Je ne pense pas qu'on en ait "trop fait" sur cette affaire Siné. Aussi minuscule qu'elle semble, c'est une de ces "sécrétions du temps" dont Michel Foucault disait qu'elles n'ont pas leur pareil pour refléter, condenser, télescoper, l'esprit et le malaise d'une époque.

Bernard-Henri Lévy est essayiste.

Article paru dans l'édition du 22.07.08
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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 13:21
On avait pu constater que Le Nouvel Observateur défendait Ségolène Royal ; que Marianne tentait une synthèse Bayrou-Besancenot (sur l'option de la contestation ; et je ris à peine...) ; que L'Express souhaite une recomposition du Centre ; Libération a longtemps fait les belles heures de Dominique Strauss-Kahn et hésite aujourd'hui, tant les ouailles du directeur du FMI sont divisées ; faudra-t-il désormais s'adapter à une campagne hollando-delanoëiste dans les colonnes du Monde avec Michel Noblecourt comme chef d'orchestre épistolaire ?
C'est à se demander à la lecture de "l'analyse" que ce dernier commet dans l'édition du 19 juillet du journal du soir. A la lecture de son attaque contre les divers chapelles de la gauche du Parti socialiste, on s'interroge sur les raisons d'une telle méconnaissance des débats traversant le PS, la Gauche française en général et les forces progressistes tout autour de la planète... Si l'on se rappelle que certains proches de Michel Noblecourt militent au PS, on voudra peut-être penser que le journaliste oublie alors le recul nécessaire et fait acte militant en désinformant sciemment ses lecteurs pour la victoire d'une synthèse sociale-libérale lors du prochain congrès du Parti socialiste.

Car enfin, pourquoi un tel excès d'indignité ? Certaines chapelles du PS ne méritent - il est vrai - pas non plus d'excès d'honneur, les débordements de tribunes ou de plumes de Marc Dolez et de Jean-Luc Mélenchon devraient inciter beaucoup de camarades socialistes à la prudence à leur encontre.
Mais, que dire des basses attaques dont sont victimes ci-dessous Henri Emmanuelli, Gérard Filoche, Benoît Hamon, Marie-Noëlle Lienemann ou Paul Quilès ? A part pour Gérard Filoche, sympathique camarade par ailleurs, qui peut oser dire que ces camarades ont un passé et un parcours de gauchiste ou de bolchevik ? La Réforme n'est pas citer dans leur texte... faut-il donc désormais à chaque ligne d'un texte d'orientation du PS mettre le mot réforme (comme on nous a imposé dans la Déclaration de principes les mots écologie, environnemental, durable, au point de la rendre indigeste, alors qu'elle était déjà au moins aussi fade que la précédente ?) pour assurer quelques commentateurs de salon du réformisme de ses auteurs ?
Citer la "réforme" ne fait pas de vous un réformiste accompli. Hamon, Lienemann, Emmanuelli, Quilès ont tous signé et voté la déclaration de principes ; ils ont toujours comme parlementaires, ministres ou conseillers, mener des politiques de réforme, sous Mitterrand ou sous Jospin. Que disent leurs textes qui ferait d'eux de dangereux révolutionnaires déconnectés des réalités économiques ? Qu'il faut entre autre remettre en cause le libre-échange absolu ; ce qui n'est pas - au passage - remettre en cause le commerce international ou l'économie de marché, mais lui fixer des bornes et des règles l'enjoignant à respecter les intérêts et la dignité des populations qui produisent et consomment... Stigltiz, Obama, la gauche latino-américaine - toutes chapelles confondues - ne disent pas autre chose : faut-il être américain, ancien conseiller de Clinton et dirigeant de la Banque Mondiale, pour ne pas être traité de gauchiste et qu'on n'appelle plus à votre éviction du PS, quand on soutient une ligne politique nécessaire pour la sérénité des échanges mondiaux, la stabilité et le salut de la planète ?

Passons encore qu'on les stigmatise comme déconnecter des réalités économiques, mais ceux-là mêmes qui les dénoncent doivent être particulièrement déconnectés des réalités sociales...
Pourquoi expliquer que Laurent Fabius a décidé de se recentrer et assume son réformisme dans son texte "Reconstruire à gauche", quand Hamon et les autres seraient des crypto-trotskystes ? M. Fabius lui-même est venu dire à la Sorbonne qu'entre son texte et "Reconquêtes" présenté par Benoît Hamon et Henri Emmanuelli les convergences sautaient aux yeux et qu'il n'y avait pas un papier à cigarette pour les départager... Julien Dray ne vient-il pas d'appeler Emmanuelli à s'associer à Delanoë, Hollande et Royal ?
Mais pour revenir sur la réunion du 28 juin à la Sorbonne, où Fabius disait tout le bien qu'il pensait que texte d'Hamon, notons le parti pris mal-placé de France inter dans la manière de commenter les présentations de contribution générale du PS. Dans Politis, on pouvait lire le décryptage d'une telle distorsion :

Politis - Entendu ! - jeudi 3 juillet 2008

Catégories

Au journal de 19 heures, samedi, France Inter distingue «2 types de contributeurs» au PS : «Les discrets comme Benoît Hamon et Henri Emmanuelli», qui venaient de présenter leur contribution, «discrets parce qu’ils représentent peu de monde au PS», précise la présentatrice. «Et ceux qui font le show ; Ségolène Royal boxe a priori dans la seconde catégorie.» Si la radio de service public s’était déplacée à la réunion des premiers, elle aurait constaté qu’ils avaient rassemblé presque autant de monde que sa boxeuse. Lundi, à 7 heures, la LCR a en revanche dû être ravie d’entendre qu’elle a «un leader et bientôt un nouveau parti alors qu’au PS on a bien le parti mais toujours pas de leader». Et de changer ainsi de catégorie.

On ne peut que se dire que malheureusement la presse est victime du même mal qu'elle reproche aux dirigeants du PS ; elle ne voit la politique que par le prisme de l'affrontement entre deux présidentiables, qui défendent l'un et l'autre une ligne d'accommodement au libéralisme, ligne qui a échoué tant du point de vue économique et social que du point de vue électoral... mais ce sont là des gens raisonnables, comprenez.

Enfin, y a-t-il une personne en France qui dans le landernau médiatique saura reconnaître qu'abandonner le terme de "révolution" à des guévaristes de plateau TV comme Olivier Besancenot est une erreur ? Par glissement sémantique, on pourrait bien dénier un jour que les valeurs de Liberté, Egalité et Fraternité soient des valeurs révolutionnaires, qui attendent toujours leur pleine application, et ainsi on se contentera du peu que l'on a. Après tout, la révolution selon Léon Blum n'était-ce pas "ce militant socialiste qui chaque jour fait oeuvre de propagande et d'éducation à la sortie des usines", n'était-ce pas selon Michel Rocard "une profonde transformation des rapports culturels et de production dans la société" plutôt que le putschisme des trotskystes... en fait désormais ce sont deux vainqueurs qui se disputent les mentalités, car ce sont les deux qui prétendent à définir les mots avec lesquels on choisit de décrire le destin du pays : Besancenot et Sarkozy sont les deux faces d'une même médaille qui interdit aux socialistes d'être eux-mêmes.

Frédéric Faravel


PS : les faux convertis au réformisme, par Michel Noblecourt
LE MONDE | 18.07.08 | 13h23  •  Mis à jour le 18.07.08 | 13h23

e vous méprenez plus sur l'identité du Parti socialiste. Si, à 4 mois de son congrès de Reims, il est toujours dans le brouillard sur sa stratégie, son projet, son leader et ses alliances, il se revendique désormais clairement, fermement, voire irréversiblement, réformiste. Sa nouvelle déclaration de principes - ratifiée à 82 % lors d'un vote auquel plus d'un militant sur deux n'a pas participé - est formelle : "Le Parti socialiste est un parti réformiste. Il entend exercer les responsabilités de gouvernement, à tous les niveaux, afin de changer la société." C'est le cadre commun, le socle de toutes les sensibilités au sein du PS.

Un socle commun ? François Hollande, Ségolène Royal, Martine Aubry, Bertrand Delanoë, Pierre Moscovici, et même de nouveau Laurent Fabius, portent leur réformisme en bandoulière. Ils l'assument sans états d'âme. Mais il n'en va pas tout à fait de même pour la minorité du PS, son "aile gauche", du moins à la lecture des cinq contributions qu'elle a livrées en vue du congrès.

Ainsi, le texte de Benoît Hamon et d'Henri Emmanuelli se réclame de ce "socle commun", écarte "les faux débats", défend une "économie sociale et écologique de marché régulée" et évoque cette "carte d'identité". Mais il se garde bien de mentionner le gros mot de réformiste, multipliant même les préventions à l'égard d'un système avec lequel il faut "rompre", afin de "préparer l'avenir en réconciliant le pays avec le progrès".

Pour M. Hamon, ancien président du Mouvement des jeunes socialistes, "l'avenir du PS ne peut pas être le passé de la social-démocratie européenne", qui a accumulé en 2 ans 13 défaites sur 15 scrutins nationaux. "S'adapter, c'est plier", martèle-t-il, en refusant toute adaptation à un modèle "caractérisé par une régulation minimale, quand ce n'est pas tout simplement par l'absence de règles". Il faut donc "adapter l'économie aux exigences des peuples" et "régénérer le clivage gauche/droite, lui rendre le tranchant que le conflit brutal d'intérêts, économiques ou sociaux, légitime". Sus aux compromis à l'eau tiède !

Plus radical encore, Jean-Luc Mélenchon, qui anime en dehors du PS le club Pour une République sociale, range la nouvelle déclaration de principes parmi ces "opérations cosmétiques" qui "ne peuvent plus cacher l'état de délabrement idéologique et organisationnel du parti". Le sénateur de l'Essonne se fixe le but d'"empêcher la mutation du Parti socialiste en Parti démocrate comme en Italie". Et il préconise un "régime de démocratie républicaine continue", s'appuyant sur une "implication populaire" qui s'apparente plus au contrôle populaire cher à Olivier Besancenot qu'à la démocratie participative de Mme Royal. Ainsi, "la capacité permanente du peuple à changer ses lois doit enfin être reconnue à travers la possibilité de référendums d'initiative populaire pour abroger ou proposer une loi".

Les autres textes de l'aile gauche ne reflètent pas davantage la conversion au réformisme. Renvoyant dos à dos "social-défaitisme" et "social-libéralisme", Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès s'adressent à "tous ceux qui ne veulent pas de ce réformisme au rabais qui nous est proposé et qui croient que la politique a pour objet de changer le cours des choses". Ancien premier fédéral du Nord, Marc Dolez, qui battait l'estrade avec l'ex-Parti des travailleurs (trotskiste) pour le non au référendum européen en 2005, est fidèle au "caractère anticapitaliste" du PS et appelle à "l'insurrection militante" pour résister à ceux qui veulent "la liquidation du parti de Jaurès".

Ces faux convertis au réformisme, "nonistes" en 2005, clament, tel M. Hamon, que le PS n'a "pas d'ennemis à gauche". Mais eux ont-ils encore un avenir dans un PS ouvertement réformiste ?

Courriel : noblecourt@lemonde.fr.

Michel Noblecourt
Article paru dans l'édition du 19.07.08
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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 12:00
Le fossé belge et l'Europe plurielle
LE MONDE | 19.07.08 | 14h45  •  Mis à jour le 19.07.08 | 14h45

epuis 13 mois et un scrutin qui a creusé le fossé entre les 2 grandes communautés nationales, la Belgique - et l'Europe avec elle - est confrontée à une double question : ce pays est-il encore gouvernable et a-t-il, en fait, un avenir en tant que nation ? Le dernier épisode de la crise politico-institutionnelle belge n'incite, à cet égard, qu'à un peu plus de pessimisme. Il a commencé avec une démission inattendue du premier ministre Yves Leterme et s'est terminé 3 jours plus tard, de manière tout aussi surprenante, par le refus du roi Albert II d'entériner cette décision. Avec, à la clé, la désignation de médiateurs censés dire si Flamands et francophones peuvent, oui ou non, négocier ensemble l'avenir du royaume chancelant.

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C'est dans ce contexte que le pays célébrera, lundi 21 juillet, sa fête nationale. Il va falloir beaucoup d'imagination pour se convaincre qu'une telle commémoration a un sens alors que, par-delà la frontière linguistique, les politiques flamands et francophones s'invectivent. Au côté du roi, le premier ministre Yves Leterme tentera seulement de faire bonne figure, lui qui, en l'espace d'un an, a présenté trois fois sa démission au chef de l'Etat. 2 fois parce qu'il n'arrivait pas à former un gouvernement, une troisième parce qu'il ne pouvait plus le diriger sans mécontenter son parti.

Avant sa récente reculade, le leader chrétien-démocrate flamand semblait vouloir démontrer qu'il était capable d'endosser le costume de premier ministre fédéral. Il avait enfin proposé une discussion plus sereine, débarrassée des exigences de calendrier et de contenu. Il s'était rendu compte qu'il n'aboutirait à rien si la Flandre continuait à user, à l'égard des francophones, de menaces comme celles qui, il y a quelques mois, se traduisirent par un vote "bloc contre bloc", Flandre unanime - extrême droite incluse - contre minorité francophone. Cette dernière fut contrainte d'accepter la loi du nombre lors d'un vote sur le thème, hautement symbolique, de la scission du dernier arrondissement bilingue de Belgique, le désormais célèbre Bruxelles-Hal-Vilvorde.

Agissant (enfin) en arbitre, M. Leterme paraissait donc en mesure d'apaiser Bruxellois et Wallons. Mais finalement, il a quand même fait le choix de son parti chrétien-démocrate, le CD&V, et du "cartel" que ce dernier a formé avec les indépendantistes de la Nouvelle Alliance flamande (NVA), au détriment de son portefeuille et de l'intérêt du pays. "Je ne laisserai pas tomber le parti", aurait-il confié. Vraie ou fausse, la formule résume en tout cas l'état d'esprit d'un homme pétri d'ambition mais peu désireux, en tout cas, d'égaler ses prédécesseurs qui, de Wilfried Martens à Guy Verhofstadt en passant par Jean-Luc Dehaene, surent si bien jouer les équilibristes entre leurs origines et leur intérêt politique personnel d'un côté, les exigences et les lourdes contraintes de leur pays de l'autre. Ce faisant, ils devinrent des dirigeants de premier plan, dont l'Europe a vanté les qualités.

Yves Leterme incarne plutôt cette "nouvelle Belgique" qu'esquisse, avancée après avancée, son parti et, au-delà, un courant dominant en Flandre. Héritier du vieux combat, justifié, pour la reconnaissance de la langue et de la culture flamandes, ce mouvement a embrayé sur des revendications politiques, synthétisées dans le "modèle fédéral" mis en place depuis 1970. Alors que toutes ses demandes ont été satisfaites et que sa domination de l'Etat fédéral est solidement ancrée, la Flandre continue d'invoquer des raisons d'ordre historique pour justifier désormais des requêtes d'un autre type. Territoriales, parce que la présence - parfois massive - de francophones sur le territoire de la région reste perçue comme un risque, celui d'une nouvelle domination culturelle. Economique, parce que la Flandre, prospère et bien gérée, ne pourrait plus supporter des transferts d'argent "injustifiés" vers l'Etat fédéral. Comprenez vers une Wallonie qui se complairait dans le "hamac de la sécurité sociale", selon une formule qui fit florès.

"LA FLANDRE QUI GAGNE"
Cette Flandre-là - qui ne résume cependant pas la diversité d'une région multiple - cache aussi sous des alibis de "bonne gouvernance" un programme non exempt d'égoïsme et qui entend mettre fin aux "transferts d'argent injustifiés". Acceptables jusqu'à un certain point par les plus réalistes des francophones - ceux qui ne s'accommodent pas de la façon, hasardeuse ou scandaleuse, dont la Wallonie a été longtemps gérée -, ces arguments ne sont toutefois plus audibles lorsqu'on les confronte aux vraies exigences d'une majorité flamande. Exigences d'une scission, partielle ou complète, des politiques de la santé, de la fiscalité, voire de la justice.

Relayées par des médias, des leaders d'opinion et de nombreux responsables, ces idées ont irrigué en profondeur un parti comme le CD&V. Cadres et militants de cette formation, abreuvés d'un discours quotidien sur "la Flandre qui gagne" - à l'opposé d'une Wallonie qui perdrait volontairement -, se persuadent désormais que la Belgique fédérale n'est qu'un boulet qu'il ne faut plus traîner.

Que M. Leterme brise un dernier tabou et s'allie à un petit parti ouvertement partisan de la disparition du pays, et voilà ladite base en route pour une autre étape. Celle où l'éclatement de l'Etat paraît inéluctable et prend, dans un premier temps, la forme "douce" du confédéralisme. Histoire de ne pas sacrifier Bruxelles à un credo indépendantiste, certes mobilisateur, mais suffisamment réaliste pour ne pas laisser la région-capitale aux mains des francophones, qui y sont majoritaires.

Emporté par ce courant qu'il a lui-même conforté, amplifié, M. Leterme a récemment accusé les francophones de rendre "inconciliables" les positions au sein de l'Etat fédéral. Le propos est lourd de sens. Il reste donc à savoir pendant combien de temps encore le "modèle" belge, multilingue, multiculturel et riche de ses diversités, résistera à de tels coups de boutoir. S'il finit par être taillé en pièces ce système du consensus, du compromis et du débat, ce prétendu "laboratoire" d'une Europe plurielle finira par offrir à celle-ci la parfaite antithèse de ses valeurs. Une autre mauvaise leçon pour l'Union.


Correspondant au Benelux - Courriel : stroobants@lemonde.fr

Jean-Pierre Stroobants
Article paru dans Le Monde du 20.07.08

Philippe Moreau-Defarges, chercheur à l'IFRI
Belgique : "L'intégration européenne a un effet désintégrateur sur les Etats"
LEMONDE.FR | 18.07.08 | 20h01  •  Mis à jour le 18.07.08 | 20h13

our Philippe Moreau-Defarges, spécialiste des questions européennes à l'Institut français des relations internationales (IFRI), la crise identitaire que traverse la Belgique illustre l'affaiblissement des Etats dans un environnement démocratique prônant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Selon lui, l'intégration européenne accélère naturellement cette désintégration des Etats.

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Le roi Albert II a refusé la démission du premier ministre belge, Yves Leterme, qui aura pour mission d'établir un "dialogue institutionnel" entre les communautés flamande et wallone. Que peut-on attendre de ce dialogue ?

Philippe Moreau-Defarges : Le roi fait ce qu'il peut pour sauver l'unité de la Belgique, avec des pouvoirs extrêmement limités. Il a certainement le sentiment d'avoir affaire à une classe politique qui, dans sa majorité, se résigne sinon à l'éclatement de la Belgique, du moins à une formule confédérale très souple. Le diable est dans les détails : on voit bien que la crise se focalise de plus en plus sur des questions de partage de circonscriptions, sur des détails. Le pacte social et le lien Wallons-Flamands est tellement abîmé qu'on essaie de le rebricoler sans cesse, mais à force de le rebricoler, le résultat est de plus en plus précaire, compliqué et fragile.

La Belgique va-t-elle s'orienter vers un système confédéral ?

Il y a 3 hypothèses. La 1ère, c'est le statu quo ; au vu de la profondeur de la crise, il est exclu. La 2ème, c'est la confédération, c'est-à-dire une Belgique qui n'aura plus qu'un seul lien, le roi, et de très faibles éléments communs dont la politique étrangère et, sans doute, un statut particulier pour Bruxelles. C'est probablement la solution vers laquelle s'orientent les esprits les plus raisonnables. L'idée étant une séparation totale des dépenses sociales entre Wallons et Flamands.

La 3ème hypothèse, c'est l'éclatement pur et simple de la Belgique. Rien n'est impossible en histoire, mais une éventuelle partition devra passer par un référendum. Or la Belgique ne peut pas prendre aujourd'hui le risque d'organiser un référendum qui déchaînerait les passions. Les indépendantistes demanderont un référendum chez les Flamands et un chez les Wallons ; les Wallons un référendum entre tous les Belges. D'un côté, cette question insoluble du référendum constitue une grande chance pour l'unité de la Belgique.


En février, le Kosovo a proclamé son indépendance, reconnue par de nombreux pays européens. Des revendications indépendantistes existent aussi en Ecosse, au Pays basque, en Corse, en Belgique... S'agit-il d'une tendance de fond ?

Il y a en effet une tension croissante entre la stabilité des Etats et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. La 1ère cause, c'est la paix, qui favorise la fragmentation des Etats et la remise en cause des acquis. Mais la question de fond, c'est la transformation radicale du pacte étatique, qui est devenu un instrument entre des groupes aux intérêts divergents. Si un jour les Flamands, les Ecossais, les Bretons, les Catalans ou les Québéquois disent démocratiquement par un vote qu'ils ne veulent plus faire partie de tel Etat, au nom de quoi peut-on les en empêcher ?

Lorsque certains Etats reconnaissent l'indépendance du Kosovo, ils reconnaissent le droit d'un peuple à se séparer d'un Etat parce qu'il ne s'y sent plus à l'aise. Les indépendantistes flamands ne demandent pas autre chose. Il y a un véritable problème lié à la démocratisation très profonde du pacte étatique et au fait que les acteurs de ce pacte disent : "Moi, je ne fais partie de ce pacte que dans la mesure où il me convient. Si ce pacte ne me convient pas, j'ai le droit de m'en aller." La démocratie est beaucoup plus qu'un régime politique, c'est une grande idée selon laquelle chacun a le droit d'être lui-même, à l'égal de l'autre. Ce qui implique que chaque peuple a droit à son propre Etat. On peut faire un parallèle extrêmement intéressant entre le divorce entre les individus et le divorce entre les peuples. La grande question est : qu'est-ce qu'un peuple ? Il y a donc un vrai problème entre la stabilité territoriale des Etats, dont le monde a besoin, et cette dynamique très forte de fragmentation.

L'intégration européenne accélère-t-elle cette désintégration des Etats que vous évoquez ?

Oui. L'intégration européenne a un effet désintégrateur sur les Etats membres. Les Etats perdent beaucoup de compétences qui sont transférées vers l'UE, et certains groupes estiment qu'ils n'ont plus besoin des Etats existants puisqu'il y a l'Europe. La construction européenne, qui reste en principe contrôlée par les Etats, doit donner la voix aux peuples, faire exister ces peuples, et contribuer par là même à la légitimation de ces mouvements.

L'UE n'a-t-elle pas au contraire intérêt à empêcher l'éclatement de la Belgique pour refermer cette boîte de Pandore ?
C'est tout à fait vrai, mais en histoire, la raison ne l'emporte pas toujours, et même rarement. Les Etats de l'UE ont tout intérêt à empêcher l'éclatement de la Belgique, qui est au cœur de l'UE. Mais comment des Etats démocratiques pourront-ils s'opposer à une Flandre demandant démocratiquement à constituer son propre Etat ?

Quel pourrait être l'attitude de l'UE vis-à-vis de ces nouveaux Etats ?

C'est l'un des grands débats à venir. Si la Flandre devient indépendante, comme l'Ecosse peut-être un jour, sera-t-elle membre de droit de l'UE ou devra-t-elle poser sa candidature ? Supposons que demain, la Flandre devienne indépendante, pose sa candidature d'adhésion à l'UE, et que la Wallonie soit considérée comme l'Etat belge. Que va faire la Belgique wallonne ? Evidemment, elle dira non à l'entrée de la Flandre dans l'UE. On est au début de bras de fer extrêmement difficile entre les Etats tels qu'ils existent, la construction européenne et certains mouvements qui vont jouer la carte de l'indépendance.

Propos reccueillis par Soren Seelow
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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 13:19

Appel public à signatures

Pour obtenir l’abandon du fichier EDVIGE

instituant le fichage systématique et généralisé, dès l’âge de 13 ans, par la police des délinquants hypothétiques et des militants syndicaux, politiques, associatifs et religieux


Sans débat public préalable, le gouvernement, par un décret publié au Journal officiel du 1er juillet 2008, a considérablement accru les capacités de fichage de nos concitoyens. Ce fichage sera assuré, à l’avenir, par la Direction centrale de la sécurité publique (fusion des Renseignements Généraux et de la DST).

A cette fin, un nouveau fichier policier sera mis en place sous le nom d’EDVIGE (Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale). Il recensera, de manière systématique et généralisée, toute personne « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat politique, syndical ou économique ou qui joue un rôle institutionnel, économique, social ou religieux significatif ». Sans exception, toutes les personnes engagées dans la vie de la cité sont donc visées.

En outre, ce fichage vise à permettre la collecte de renseignements identitaires sur les « suspects » (personne mais également groupe) simplement considérés, par la police, comme susceptibles, à l’avenir et de manière totalement hypothétique, de porter atteinte à « l’ordre public ».

Il permettra de compiler toutes les notes de renseignements telles que : état civil, photographie mais aussi fréquentations, comportement, déplacements, appartenance ethnique, vie sexuelle, opinions politiques, philosophiques, religieuses, appartenances syndicales et associatives …

La police sera autorisée à consulter ce fichier en cas d’enquêtes administratives pour l’accès à certains emplois.

Les mineurs ne seront pas épargnés puisque fait sans précédent dans notre République et particulièrement choquant, leur fichage sera autorisé dès l’âge de 13 ans et cela sans qu’aucune infraction n’ait été commise et sur la seule base de leur dangerosité présumée.

Cette initiative gouvernementale, porteuse à l’évidence de nombreuses dérives, s’inscrit résolument dans le cadre de la mise en place d’une politique sécuritaire ouvertement revendiquée.

Le gouvernement est passé outre aux réserves émises par la Commission nationale Informatique et Libertés concernant ce fichier qui, dès sa parution, a suscité les plus vives réprobations de multiples organisations associatives, syndicales et politiques.

C’est pourquoi les organisations et les personnes signataires de cet appel :

- exigent le retrait du décret autorisant la mise en place du fichier EDVIGE qui institue un niveau de surveillance des citoyens totalement disproportionné et incompatible avec une conception digne de ce nom de l’état de droit,

- sollicitent le soutien et la signature de tous nos concitoyens et de toutes les organisations attachées aux libertés publiques, au respect de la vie privée et des droits de l’enfant,

- s’engagent à se constituer, dès le mois de septembre 2008, sous forme de Collectif afin de prendre toute initiative utile visant à obtenir des pouvoirs publics qu’ils renoncent à la mise en place du fichier EDVIGE.

Les collectifs, associations, syndicat et partis peuvent apporter leur soutien et leur signature en écrivant à contact@nonaedvige.ras.eu.org

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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 12:20

Carla, Nicolas (et Angela) sont à la fête... Nationale
envoyé par ZappeurLePost

Quand les journalistes feraient mieux de se taire, ou de préparer leurs questions

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