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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

13 juin 2007 3 13 /06 /juin /2007 15:55
"Avec la TVA sociale, il y a bien une perte de pouvoir d'achat"
LEMONDE.FR | 07.06.07 | 12h52  •  Mis à jour le 13.06.07 | 16h38

L'intégralité du débat avec Xavier Timbeau, directeur du département Analyse et Prévision de l'OFCE, centre de recherche en économie de Sciences Po. En partenariat avec l'OFCE., mercredi 13 juin, à 15 h .

enoit : Quels sont les éléments objectifs qui permettent de penser que l'inflation pourrait être de retour et quels sont les principaux arguments des tenants de cette thèse ?

Xavier Timbeau : Les éléments objectifs sont assez peu nombreux.

Il y a 1) les indices de prix à la consommation publiés chaque mois. Pour faire un panorama rapide, en gros, ils sont stables et bas en Europe, ils sont, après avoir légèrement accéléré à la fin de l'année 2006, aux Etats-Unis, revenus à des niveaux très contrôlés ; ils ont tendance à accélérer légèrement au Royaume-Uni, et un tout petit peu dans les pays d'Asie en développement.

En revanche, au Japon, les indices de prix caractérisent toujours une situation de déflation. De ce côté-là, les développements récents (depuis le début 2007) ne sont pas porteurs d'inquiétudes.

2) Deuxième indicateur : les prix de l'énergie, des matières premières.

Là, effectivement, on assiste à des tensions sur les prix qui sont liées à des demandes de matières premières et de pétrole très importantes.

Mais ce qui avait été un des facteurs de la cause de l'inflation dans les années 1970 ne paraît pas se transmettre en spirale inflationniste.

3) Troisième élément : le développement des stocks de monnaie, de la masse monétaire, en particulier le développement des crédits, qui se vérifie dans pratiquement toutes les économies du monde.

Et pour un monétariste acharné, il y a là effectivement un signe particulièrement fort de risque inflationniste. La masse monétaire en Europe, par exemple, croît à plus de 10 % par an.

Cela étant dit, le développement d'outils financiers très sophistiqués et l'accès à des instruments de liquidité par l'ensemble des agents rend les mesures de la masse monétaire complètement illusoires et désavouent cette mesure en tant qu'indicateur d'inflation.

4) 4e élément : les développements récents sur les taux d'intérêt longs, et en particulier leur remontée récente. On pourrait penser que celle-ci est due à des craintes inflationnistes. On n'a pas beaucoup d'éléments pour étayer cette thèse.

Si la hausse des taux est indéniable, elle peut être liée à d'autres facteurs que l'inflation. D'autre part, si l'on regarde les obligations indexées qui sont censées révéler dans l'évolution des taux la partie liée à l'inflation, on s'aperçoit qu'elles ne révèlent pas d'élément notable d'accélération de l'inflation.

5) dernier élément, souvent avancé par la BCE : l'amélioration de la situation du marché du travail en Europe, qui pourrait à moyen terme conduire à des augmentations de salaires, ce qui pour la BCE porte le germe d'une inflation.

Ce dernier élément pourrait être discuté longuement, mais jusqu'à maintenant, les évolutions salariales ont plutôt été un facteur de déflation en Europe, il est donc toujours réjouissant de voir la BCE voir, de ce côté-là, un risque d'inflation.

toto : Il fut un temps (années 1970) où l'inflation finançait notamment les crédits contractés pour le logement. L'inflation résorberait aussi le poids de la dette. Alors pourquoi la craindre ?

Xavier_Timbeau : C'est une remarque excellente, et c'est la raison pour laquelle aujourd'hui, justement, il faut craindre l'inflation. On hérite de 15 ans de lutte avec succès contre l'inflation. Cette lutte a été coûteuse en termes de croissance, de chômage.

Mais cette période d'inflation très basse a permis un développement spectaculaire des relations financières, et donc le développement du crédit, que ce soit pour un ménage, pour des entreprises ou pour des Etats.

Mais l'équilibre bien compris de ce développement financier est que le créancier y trouve aussi son compte.

Aujourd'hui, donc, un retour de l'inflation se traduirait principalement par un formidable retour en arrière en matière de développement du crédit et des relations financières.

Un retour de l'inflation induirait aussi, puisque les niveaux d'endettement sont très élevés, des transferts de revenus considérables entre ceux qui sont endettés à taux fixe, qui y gagneraient fortement, ceux qui ont prêté à taux fixe, qui y perdraient énormément, ou ceux qui ont prêté à taux variable, qui y perdraient.

Un point par exemple de taux d'inflation induirait des transferts entre agents économiques comparables à une augmentation du prix du pétrole de 30 dollars. Il y a là matière pour un séisme dans l'équilibre actuel de l'économie mondiale tout à fait important. Il y aurait des gagnants, mais aussi beaucoup de perdants.

Et à moyen terme, on y perdrait la confiance dans le système financier.

Moubarack : Quel est le bon niveau d'inflation pour l'Europe, tenant compte de ses besoins en créations d'emplois?

Xavier Timbeau : C'est une question importante parce que le bon niveau d'inflation est un niveau bas, mais en même temps ce bas niveau d'inflation doit autoriser des variations de l'inflation, et donc il doit être bas en moyenne (si le prix du pétrole s'accélère, pourquoi ne pas avoir une accélération de l'inflation ?).

Par ailleurs - thèse développée aux Etats-Unis -, le niveau de l'inflation ne doit pas être trop bas pour ne pas risquer de tomber dans la déflation.

Et l'argument est assez simple : quand on entre en déflation, il est très difficile d'en sortir, comme le montre tous les jours le cas de l'économie japonaise.

Donc en résumé, il faut un taux d'inflation bas, mais avec une règle souple et une grande prudence pour ne pas tomber dans la déflation. Cela conduit à une inflation souhaitée pour la zone euro probablement supérieure à celle que la BCE a en tête.

clo : Pourquoi la BCE augmente encore son taux directeur (4 %) alors que le taux d'inflation annuel reste proche de 2 % ?

Xavier Timbeau : L'argument de la BCE est de dire : la politique monétaire met du temps à produire ses effets, donc ce qui compte, ce n'est pas l'inflation aujourd'hui, mais l'inflation dans neuf mois.

Or, en Europe, le chômage a baissé, donc il va y avoir des tensions sur les salaires et il faut au moins remettre la politique monétaire à la neutralité.

Evidemment, cela pose un lourd problème qui est : est-ce que cette anticipation d'un lien entre baisse du chômage et inflation à 9 mois est fondée ou pas ?

Ou est-ce que le taux de chômage de la zone euro peut descendre en dessous de 7 % sans que pour autant il y ait inflation ? La réponse à cette question de la BCE est non.

Et ce n'est pas très réjouissant pour les perspectives d'évolution du chômage en Europe.

La BCE a une stratégie aujourd'hui qui est l'exact opposée de la stratégie de Greenspan dans les années 1990, période où le chômage aux Etats-Unis est passé de 8 % à 4 % et où la croissance y est passée de 2 % à 4 %.

Dans cette période, Greenspan a choisi la voie du pragmatisme absolu et avait décidé de ne pas croire aux prévisions d'inflation. Avec le recul, il a eu raison.

t : L'euro fort est-il le meilleur moyen de lutter contre l'inflation en Europe?

Xavier Timbeau : Oui, c'est un des moyens pour lutter contre l'inflation en Europe. Mais il faudrait qu'il y ait de l'inflation en Europe.

L'euro fort a des avantages : il nous permet d'acheter à bas prix ce qui est fabriqué ailleurs dans le monde ; et il a un coût : nous perdons en compétitivité, en attractivité, et nous localisons de moins en moins de productions sur le territoire européen.

Donc à un moment donné, il faut faire un choix entre ces deux éléments, le positif et le négatif. Et on est probablement aujourd'hui dans un coin : on a choisi à outrance davantage de pouvoir d'achat au détriment de davantage de compétitivité.

josy : La hausse des matières premières est là ! L'immobilier est déjà une bulle en Espagne... et vous ne croyez toujours pas à une reprise de l'inflation ?

Xavier Timbeau : Je ne vois pas aujourd'hui, dans ces éléments-là, matière à craindre l'inflation.

Il y a un risque inflationniste qui existe, mais il est lié à un élément beaucoup plus subtil : les politiques monétaires menées dans chaque pays voient leurs effets dilués sur l'ensemble du monde, et poussent les banques centrales, soit à de l'insouciance ou à l'indifférence, soit à surréagir, en luttant trop fort contre l'inflation ou en se battant désespérément contre la déflation.

L'inflation étant devenue un phénomène essentiellement global, il faudrait, pour la maîtriser complètement, une politique monétaire globale. Or aujourd'hui, la politique monétaire est tout sauf globale.

C'est ce qui porte un risque d'instabilité de l'évolution des prix mondiaux, un risque à la fois d'inflation ou de déflation. Et, du fait des interdépendances financières, c'est un risque qui aurait des conséquences considérables sur l'économie réelle.

La bulle immobilière en Espagne ne fait qu'illustrer le découplage entre les conditions locales et les phénomènes globaux. Mais il n'y a pas de raison de penser que l'inflation immobilière en Espagne va gonfler jusqu'à devenir une inflation mondiale.

coassak : Comment s'explique l'affirmation selon laquelle les prix ne grimperont pas malgré l'instauration d'une TVA (sociale !) supérieure ?

Xavier Timbeau : Si l'on fait une TVA sociale pure, c'est un schéma dans lequel on augmente d'un côté la TVA et de l'autre on baisse les cotisations sociales employeurs.  Pour chaque milliard de recettes de TVA en plus, on abaisse le coût des entreprises d'autant.

Donc si tout se passe bien, d'un côté les prix de production baissent, et de l'autre côté les prix TTC compensent cette baisse des prix de production.

Cela n'est pas vrai pour les produits exportés, qui ne font que baisser, et pas vrai pour les produits importés, qui, eux, augmentent.

Donc l'affirmation selon laquelle la TVA sociale n'augmentera pas les prix est vraie si tout se passe bien et si on fait la moyenne entre le prix des produits importés et celui des produits exportés.

En revanche, la TVA sociale conduit bien à prendre du pouvoir d'achat au consommateur, car il va payer plus cher les produits importés, pour favoriser la compétitivité des entreprises. Du côté du consommateur, il y a bien une perte de pouvoir d'achat.

Asimov : En cas d'instauration de la TVA sociale, ne pensez-vous pas qu'il y a un risque que les entreprises, pour ne pas être accusées de favoriser l'inflation, ne la répercutent sur les produits en jouant sur la qualité ou la quantité, ce qui leur permettrait de donner l'illusion que les prix restent inchangés tout en conservant leurs marges ?

Xavier Timbeau : C'est un risque. Les entreprises ont tout un tas de stratégies pour manipuler leurs prix.

A cela, a priori, une remarque s'impose : si la concurrence est grande entre les entreprises, qu'elles jouent sur leurs prix ou sur la qualité des produits, la sanction du marché finit par arriver.

Donc en conclusion, ce phénomène est d'autant plus probable que les entreprises ont un pouvoir de marché, et en revanche, il est d'autant moins probable qu'elles sont exposées à une concurrence féroce.

Renault aujourd'hui aura beaucoup de mal à jouer de cet effet, car ses produits sont scrutés dans toutes les dimensions, de la qualité et du prix.

Par contre, dans le secteur des télécoms, le pouvoir de marché est plus grand, donc la capacité de manipulation est aussi plus grande.

doudou : La TVA sociale est censée pénaliser les importations. L'Allemagne, notre plus grand partenaire européen, a mis en place cette TVA. Sait-on si nos exportations là-bas en ont pris un coup ? Et dans quelle mesure ? Peut-on alors penser que, petit à petit, si chaque pays met en place cette taxe, tous nos produits seront pénalisés ?

Xavier Timbeau : La TVA sociale joue comme une dévaluation, elle accroît la compétitivité.

Quand un pays la fait, il gagne en compétitivité, mais la contrepartie automatique, c'est que ses voisins perdent en compétitivité. C'est un jeu à somme nulle.

Donc c'est tout le débat autour de la TVA sociale : doit-on la faire parce que les Allemands l'ont fait, pour regagner la compétitivité qu'ils ont gagnée sur nous ?

Et les avantages de cette TVA sociale ne seront-ils pas perdus quand les Espagnols ou les Italiens feront pareil ?

Aujourd'hui, en tout cas, les effets sur le commerce extérieur sont tout à fait caractéristiques, puisque l'Allemagne a un commerce extéieur florissant, alors que la France, l'Espagne, l'Italie ont un commerce extérieur très dégradé.

On peut même montrer que l'Allemagne a perdu des parts de marché hors de la zone euro, subissant comme les autres l'appréciation de l'euro, mais qu'elle a gagné des parts de marché à l'intérieur de la zone euro.

nil : Peut-on craindre une spirale inflationniste en Chine ? Aurait-elle des impacts au niveau mondial ?

Xavier Timbeau : On peut craindre beaucoup de choses en Chine : une spirale inflationniste, du surinvestissement, qui conduirait à une spirale déflationniste, une accumulation de mauvaises créances par le système financier, donc des mécanismes de récession à la japonaise.

On peut craindre soit une crise de change, soit que la Chine soit l'acteur d'une crise de change sur le dollar, car la Chine possède des réserves phénoménales. Et l'économie chinoise a un poids aujourd'hui dans l'économie mondiale qui est de moins en moins marginal.

Donc une crise massive en Chine aura des conséquences sur le reste du monde.

Cela étant dit, imaginons qu'il y ait une déflation ou une crise inflationniste en Chine, la globalisation, et en particulier la globalisation de la production, conduira à une réallocation de la production, non plus du monde vers la Chine, mais de la Chine vers le reste du monde.

Donc, assez rapidement, la crise chinoise serait contenue dans le territoire chinois. L'exemple du Japon est encore frappant à cet égard, puisqu'au début des années 1990 le Japon est entré dans une crise de déflation très grave, et qui finalement n'a pas eu beaucoup de conséquences, sauf peut-être l'émergence de la Chine.

Donc une crise en Chine serait probablement absorbée par l'économie mondiale.

Il y a encore une profonde différence à cet égard entre les Etats-Unis et la Chine. Une crise dont le point de départ serait les Etats-Unis serait plus lourde de conséquences qu'une crise dont le point de départ serait la Chine.

Pignouf : Une exonération fiscale des intérêts pour l'achat d'immobilier en France ne risque-t-elle pas d'augmenter le demande de logements sans augmenter l'offre, et donc de faire augmenter les prix (alors que l'on commence à voir un ralentissement de la hausse des prix) ?

Xavier Timbeau : Le mécanisme est très bien décrit : la déduction des intérêts d'emprunt va augmenter le pouvoir d'achat des ménages qui souhaitent emprunter ; en gros, au maximum, pour un couple, cela correspond à une augmentation du pouvoir d'achat de 7 500 euros, soit, si on prend une transaction moyenne à 150 000 euros, un gain de pouvoir d'achat de l'ordre de 5 %.

Le gain de pouvoir d'achat est instantané, le marché immobilier met beaucoup de temps à ce qu'il y ait de nouvelles constructions, donc le pouvoir d'achat a tendance à se matérialiser sous forme de hausse des prix.

Comme là le pouvoir d'achat augmente de 5 %, l'ordre de grandeur de l'augmentation des prix sera de 5 %.

e chiffre est à relativiser. Ces dernières années, on a connu des hausses de l'ordre de 15 % par an. Le chiffre de 5% reste donc modéré tout en restant significatif.

nil : Est-ce qu'il existe toujours une relation significative entre l'inflation et les anticipations des agents (ménages et industriels) en matière d'inflation?

Xavier Timbeau : On ne peut malheureusement pas répondre à cette question. C'est le problème pour la conduite de la politique monétaire. Les anticipations d'inflation sont aujourd'hui bloquées sur les cibles d'inflation des banques centrales.

Et les anticipations aujourd'hui ne reflètent que la confiance qu'ont les agents dans les banques centrales.

Tant que les agents ont confiance dans les banques centrales, ils sont convaincus que l'inflation ne dépassera pas, par exemple 2,5 %, donc ils situent leur anticipation d'inflation en dessous de ce plafond. Du coup, leur anticipation d'inflation ne fait que révéler leur confiance dans la Banque centrale.
 
En revanche, les anticipations d'inflation, si cette confiance venait à disparaître, ferait un bond rapide, montrant un profond changement de nature dans la façon dont les agents se mettent à anticiper l'inflation.

Mais jusqu'à maintenant, rien n'est venu perturber cette confiance.

pascal : Pensez-vous qu'il y a un écart important entre l'inflation telle qu'elle est perçue et l'inflation réelle ? Quels facteurs expliquent ce décalage ?

Xavier Timbeau : Il y a une différence entre l'inflation perçue et l'inflation mesurée, en tout cas en zone euro, et ce phénomène est très développé depuis l'introduction de l'euro.

Il y a une part de facteur psychologique qui a été largement avancée et argumentée par les banques centrales de la zone euro, qui ont beaucoup insisté sur ce caractère psychologique de cet écart de perception.

En revanche, il y a peut-être un peu plus d'attention à accorder à cet écart et il faut en chercher la signification. Probablement ce que les économistes appellent l'inflation ne correspond pas exactement à ce que les consommateurs appellent l'inflation.

Pour ceux-ci, c'est plus une notion de pouvoir d'achat que le concept beaucoup plus étroit d'inflation des banques centrales.

Cela peut expliquer aussi ce hiatus croissant qui existe entre, d'un côté, une situation économique dans laquelle on avance souvent une inflation faible, voire un risque de déflation, et de l'autre, un sentiment de pouvoir d'achat très dégradé.

Les deux ne sont pas incompatibles, mais aujourd'hui, probablement, les banques centrales refusent l'interpellation

Chat modéré par Pauline Schatz
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13 juin 2007 3 13 /06 /juin /2007 14:50
Le problème c'est que lorsque Barak fut premier ministre et patron du Parti travailliste il n'a pas cherché à redonner un projet clair aux travaillistes, qui pensaient en être exonérés pour avoir trouvé un nouvel "homme providentiel". On a vu où ça a mené, Barak finissant par sortir en pleine campagne électorale un débat sur la laïcité alors que c'était le processus de paix qui était en train de mourrir...
espèrons qu'il ait un peu réfléchi depuis.
Fred

Shimon Peres élu président d'Israël

(Reuters).
 
 
C'est l'un des derniers pères fondateurs de l'Etat hébreu qui accède, à 83 ans, à la fonction suprême et au terme d'une carrière politique sinueuse.
 
Par AFP
 
LIBERATION.FR : mercredi 13 juin 2007
Shimon Peres, un des derniers pères fondateurs d’Israël, présent sur le devant de la scène politique depuis plus d’un demi-siècle, accède à 83 ans à la présidence, point d’orgue d’un destin hors du commun.
 
Toujours bon pied bon oeil, il est conscient qu’il apporte son «ultime contribution» au pays par cette fonction symbolique de rassembleur et d’autorité morale, alors qu’il se dit «fâché avec la mort».

Bien que sa nouvelle fonction soit essentiellement protocolaire, connaissant son tempérament, il est clair qu’il ne fera pas sien ce propos amer prêté à Haïm Weizman, premier président du pays: «Le seul endroit où on me laisse fourrer mon nez est mon mouchoir.»

Cet éternel battant à l’aura internationale, qui avait fêté ses 80 ans en présence d’un parterre impressionnant de personnalités dont l’ancien président américain Bill Clinton venu lui jouer un morceau de saxophone, a confié que le secret de sa longévité consistait à pratiquer quotidiennement la gymnastique, à manger peu et à boire un ou deux verres de bon vin.

Figure historique du parti travailliste, parti fondateur du pays, il n’hésitera pas à le quitter pour rallier le Kadima d’Ariel Sharon, un autre dinosaure de la politique israélienne, afin, selon lui, de promouvoir la paix, qu’il affirme être le but de sa vie. Ce faisant, il rendait hommage au passage à David Ben Gourion, le «vieux lion» fondateur de l’Etat juif, qui, en le prenant en auto-stop alors qu’il avait 25 ans, le propulsa vers son fabuleux destin.

«J’ai appris de mon maître, David Ben Gourion, à toujours préférer l’Etat au parti», avait-il affirmé. Ariel Sharon, dans le coma depuis janvier 2006, et Shimon Peres sont les derniers représentants d’une génération de dirigeants qui ont fait leurs premières armes lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948.

Shimon Peres, actuellement numéro deux du gouvernement d’Ehud Olmert, a pratiquement exercé toutes les fonctions ministérielles au cours d’une impressionnante carrière politique: deux fois chef de gouvernement, ministre des Affaires étrangères, de la Défense, des Finances, de l’Information, des Transports, de l’Intégration... La fonction de président de l’Etat lui a échappé lorsqu’il a été battu par Moshé Katzav en 2000.

Sa carrière politique a suivi de sérieux méandres. Classé parmi les «faucons» travaillistes, il a cautionné, alors qu’il était ministre de la Défense dans les années 1970, les premières colonies juives en Cisjordanie occupée. Par la suite, il a acquis une réputation de «colombe» en jouant un rôle moteur dans les accords d’Oslo conclus avec Yasser Arafat en 1993, alors que Yitzhak Rabin, le Premier ministre de l’époque restait encore très sceptique.

En guise de reconnaissance, Shimon Peres, longtemps prophète d’un «nouveau Proche-Orient» censé devenir un havre de paix et de prospérité, a obtenu en 1994 le prix Nobel de la paix qu’il partagea avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Shimon Peres a également fait preuve d’une ténacité à toute épreuve.

Il détient sans doute un record des défaites après ses échecs aux législatives de 1977, 1981, 1984, 1988 et 1996, si bien qu’une image d’«éternel perdant» lui colle à la peau. Mais après chacun de ces KO, il s’est relevé pour reprendre le combat, et estime, «si Dieu me prête vie», être encore en mesure d’ajouter quelques chapitres à son destin hors du commun.

Né à Vichnev (alors en Pologne, maintenant au Bélarus) en 1923, il a onze ans lorsqu’il immigre en Palestine. A 29 ans, quatre ans après sa rencontre avec Ben Gourion, il est directeur général du ministère de la Défense. Israël lui doit ses puissantes entreprises d’armements, ses industries aéronautiques. Selon les experts étrangers, c’est également le «père» du programme nucléaire israélien qui a fait de l’Etat hébreu la sixième puissance atomique dans le monde.
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13 juin 2007 3 13 /06 /juin /2007 14:28
Benoît Hamon animait ce 13 juin le point presse quotidien de campagne du PS. Il est revenu sur "la stratégie économique inefficace et injuste" du gouvernement. En effet, le projet de TVA sociale du gouvernement dont la conséquence sera une hausse de cette taxe de 5 points, entraînera une baisse considérable du pouvoir d'achat. "Les hypothétiques augmentations de salaire seront absorbées par l'augmentation des prix".
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13 juin 2007 3 13 /06 /juin /2007 10:52
La Belgique a connu un véritable séisme dimanche 10 juin 2007, lors des élections générales qui ont vu la victoire des Chrétiens Démocrates flamands emmenés par Yves Leterme.
parti % sièges votes
CD&V/N-VA (chrétiens-démocrates flamands)
18,5 % 30 1.234.950
MR (Libéraux wallons)
12,5 % 23 835.073
PS (socialistes wallons)
10,9 % 20 724.787
OPEN VLD (libéraux flamands)
11,8 % 18 789.445
VLAAMS BELANG (fascistes flamands)
12,0 % 17 799.844
SP.A-SPIRIT (socialistes flamands)
10,3 % 14 684.390
CDH (Chrétiens-démocrates wallons)
6,1 % 10 404.077
ECOLO (verts wallons)
5,1 % 8 340.378
LIJST DEDECKER (populistes libéraux flamands)
4,0 % 5 268.648
GROEN! (verts flamands)
4,0 % 4 265.828
FN (extrême droite wallone)
2,0 % 1 131.385
 Pour tous ceux qui ne connaissent pas la politique belge, ils se diront que ce n'est pas grave et que les chrétiens-démocrates sont des centristes qui ont longtemps gouvernés le pays avec le socialistes en coalition. Or entrés dans l'opposition en 2000 parce qu'ils faisaient déjà les yeux doux aux fascistes séparatistes flamands du Vlaams Blok, les chrétiens démocrates flamands ont poursuivi leur dérive vers la droite dure et séparatiste. Le programme d'Yves Leterme consiste à vider de son contenu tout ce qu'il reste de compétences fédérales dans le Royaume, pour se débarrasser des "derniers poids" wallons. Parrallèlement pourtant la Wallonie dirigée par le socialistes s'est très largement redressée donc le projet de Leterme vise ni plus ni moins à obtenir l'indépendance de la Flandres à son profit en essayant de neutraliser le Vlaams Belang par l'aspiration de son programme.
Le PS wallon a été battu durement suite aux derniers scandales municipalo-financiers qui ont émaillé la campagne, démontrant que Di Rupo n'avait finalement pas totalement nettoyé les écuries d'Augias à la fin des années 1990.
Situation inquiétante donc qui doit nous interroger sur l'utilité de toutes les coalitions droite-gauche...
sinon il reste à travailler au rattachement de la Wallonie à la France.
Fred


vous poouvez télécharger le dossier de presse sur les élections belges du 10 juin 2007
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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 22:24
La vidéo controversée de Nicolas Sarkozy au G8
LEMONDE.FR | 10.06.07 | 11h14  •  Mis à jour le 10.06.07 | 15h04

ontrairement à leurs consœurs françaises, les chaînes de télévision belges n'ont pas hésité à diffuser un extrait d'une conférence de presse donnée par Nicolas Sarkozy lors du sommet du G8, où le président français, rapporte une chaîne belge, "n'avait pas bu que de l'eau", pour reprendre les termes utilisés par le présentateur. Dans l'extrait vidéo, désormais facilement trouvable en ligne, le chef de l'Etat arrive devant les journaliste en s'excusant de son retard – "Je vous demande de bien vouloir excuser mon retard dû à la longueur du dialogue que je viens d'avoir avec monsieur Poutine" – avant d'enchaîner hésitations et sourires hilares.
Version Longue :
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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 20:13
"Unanime", le bureau national du PS refuse une stratégie d'alliance avec le MoDem
LEMONDE.FR avec AFP | 12.06.07 | 20h43  •  Mis à jour le 12.06.07 | 20h48

aire taire les divisions internes à moins de 6 jours du second tour des élections législatives, c'est le message qu'a voulu adresser le bureau national du Parti socialiste, mardi 12 juin. "Unanime", il a refusé la stratégie d'alliance avec le MoDem de François Bayrou proposée lundi par Ségolène Royal. "Le bureau national a été unanime sur la question des rapports avec le MoDem : on n'est pas dans une discussion d'appareil", a déclaré un porte-parole du parti, Benoît Hamon.

Selon plusieurs participants, la réunion hebdomadaire du bureau national a été marquée par "une intervention solennelle" de Pierre Mauroy. L'ancien premier ministre a déclaré devant ses camarades que la stratégie des alliances du PS relevait "des instances du parti et du premier secrétaire, et de personne d'autre", a rapporté Benoît Hamon.

"BATTRE L'UMP"

Un peu plus tôt dans l'après-midi, le premier secrétaire du parti François Hollande avait déjà démenti un éventuel désaccord avec Ségolène Royal qui avait indiqué lundi avoir "laissé un message" à M. Bayrou pour explorer les possibilités d'accords locaux de désistements. "Ségolène Royal a laissé un message à M. Bayrou de sa propre initiative. On ne va pas se plaindre qu'il y ait des discussions, mais il n'y a pas de tractation. Il n'y a qu'une direction" au PS, a insisté M. Hollande venu à Argenteuil (Val-d'Oise) pour soutenir le candidat du PS, Faouzi Lamdaoui. "Chacun a sa méthode mais c'est le même message que nous lançons : éviter que la majorité UMP devienne non seulement dominante mais écrasante", a ajouté M. Hollande.

"J'adresse un message notamment en direction du MoDem. Vous qui défendez un Etat impartial, un équilibre, le sens de l'intérêt général, votez pour le candidat qui permettra cela", a-t-il ajouté avant d'appeler les électeurs de gauche à "battre l'UMP" dans les deux circonscriptions d'Ille-et-Vilaine et du Val-de-Marne "où le Modem est au second tour et pas nous".

Pour sa part, François Bayrou a indiqué, mardi, ne pas avoir donné suite au message de Mme Royal. Il a déclaré mardi qu'il ne donnait "pas de consigne de vote"  là où les candidats du MoDem sont absents du second tour.

 

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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 08:58
Institutions et modes de scrutin
La logique des institutions de la Vème République vient de jouer à plein lors du 1er tour de l'élection législative ce dimanche 10 juin 2007. Renforcée par l'inversion du calendrier électoral décidée par Lionel Jospin (on ne refera pas l'histoire ici), les élections législatives font figure de formalité et de confirmation de l'élection présidentielle qui la précède d'un mois. Le régime qui en sort est donc plus fortement présidentialisé et la concentration des pouvoirs et de toutes les institutions nationales dans les mains d'une seule et unique formation politique - Présidence, Assemblée nationale, Sénat, CSM, CSA, Conseil constitutionnel - crée une situation inédite et probablement assez dangereuse.
On pourrait au regard de la logique institutionnelle et pour redonner un minimum de respiration au débat démocratique, s'il ne vaudrait pas mieux in fine que les élections législatives soient finalement programmées le même jour que l'élection présidentielle ; cela pourrait éventuellement ouvrir le jeu et éviterait peut-être le facteur amplificateur que nous connaissons aujourd'hui. Car paradoxalement le score du PS et de ses alliés immédiats n'est pas déshonorant (entre 28 et 29%), il est même meilleur qu'en 2002, mais les projections actuelles en siège donnent une marge d'incertitude importante allant de 60 à 180 sièges (soit du simple au triple !?!) pour le Parti socialiste, le Parti Radical de gauche et les Verts - les législatives venant sans doute de signer l'acte de décès du Mouvement républicain & citoyen de Chevènement. Mais on se gardera de construction d'agenda électoral au regard des expérimentations hasardeuses précédentes et de l'absence totale de contrôle quant aux conséquences de tels réagencements.
Par contre la question du mode de scrutin reste entière car on ne voit pas très bien vers où avance l'UMP et Nicolas Sarkozy quant à l'introduction d'une dose de proportionnelle pour les prochains scrutins. Maurice Leroy appelait de ses voeux hier soir à limiter à 477 le nombre de circonscriptions territoriales et à élire 100 députés à la proportionnelle sur une liste nationale ; cette solution semble simple mais elle comporte l'écueil de rendre plus complexe encore l'équilibre des circonscriptions territoriales dont la légitimité souffre de n'avoir pas été redécoupées de 1986 ! J'avais proposé lors de mon adhésion au PS en 1993 que l'on fasse une distinction entre départements denses et départements moins peuplés, par exemple en proposant le scrutin proportionnel à la plus forte moyenne (avec un seuil minimal de 5%) pour les départements au-delà de 250 habitants au km² et en gardant le scrutin de circonscription majoritaire à deux tours pour tous les autres. Cette solution me paraît concilier à la fois le besoin de s'appuyer sur une majorité parlementaire et de représenter plus fidèlement les choix politiques des citoyens.

Ce que dit le premier tour des législatives sur la Gauche et la campagne des présidentielles
Passons maintenant aux conséquences politiques du scrutin et aux conséquences des petits jeux des uns et des autres dans ce scrutin.
Je ne ferai pas de commentaires sur l'UMP et ses vassaux centristes ; ils ont joué leur partie, celle du soutien indéfectible au président nouvellement - et bien - élu, l'appel à lui donner une majorité et l'annonce que l'on allait enfin changer les choses dans ce pays. C'était leur rôle, ils l'ont tenu.
La défaite de la gauche au niveau où elle est annoncé ou le niveau de difficultés que rencontrent aux lendemains du premier tour un certain nombre de personnalités éminentes du Parti socialiste et de ses alliés (Bianco, Dray, Menucci, Peillon, Montebourg, Chevènement) démontrent s'il en était encore besoin que les projections réalisées en tenant compte des résultats par circonscription des élections présidentielles étaient irréalistes et décalées. Le fait que Ségolène Royal soit arrivée en tête dans 200 circonscriptions ne permettaient pas de préjuger de la capacité de la Gauche à y faire élire des députés. En effet, on sent bien là combien les votes en faveur de Ségolène Royal les 22 avril et 6 mai derniers se sont faits selon une logique défensive : l'électorat de gauche s'est mobilisé au premier tour de l'élection présidentielle en faveur de Ségolène Royal pour éviter l'élimination du second tour et une répétition du 21-Avril ; tandis qu'une partie de l'électorat de centre gauche était tenté par la candidature Bayrou, nombres d'électeurs communistes, écologistes, altermondialistes ou trotskystes ont voté dès le premier tour pour Mme Royal. Le second a vu quant à lui fonctionner à plein la logique Anti-Sarkozyste pour permettre à Ségolène Royal de se hisser à 47% des suffrages exprimés avec une forte participation ; Jérôme Jaffré notait que si l'on retirait les suffrages des électeurs motivés par le rejet de l'un ou l'autre candidat, Nicolas Sarkozy l'aurait emporté avec 61% des suffrages exprimés. Ségolène Royal a donc été portée au premier comme au second tour par une logique défensive et négative, il n'y a pas eu d'adhésion à sa candidature, il n'y a pas eu d'adhésion au projet de la gauche - le projet du Parti socialiste ayant peu à peu été largement déformé au court de la campagne par la candidate qui multipliait les annonces nouvelles non préparées -, tandis que la campagne de Ségolène Royal portait insuffisamment sur les préoccupations majeures de l'électorat (emploi, pouvoir d'achat, éducation, logement) pour emprunter des thématiques dont l'interprétation générait une ambiguité politique peu engageante (ordre juste, refus de l'assistanat, autorité, nation, drapeau, "valeur travail" dont rapidement on a vu la droite réussir à en imposer l'interprétation dans un sens réactionnaire, sans que ne vienne clairementde Mme Royal la revendication du plein emploi, du bon emploi...). Outre le fait qu'il était assez évident qu'une partie des électeurs de Mme Royal au premier tour retournerait sur les candidatures plus traditionnelles (communistes et écologistes...), la forte mobilisation des jeunes de banlieues, des précaires et des minorités pour maintenir la gauche au premier tour des présidentielles et rejeter Sarkozy au second tour s'est logiquement tarie lors des législatives. L'abstention qui a ainsi augmenté parfois de 25 à 30 points dans certaines circonscriptions entre les deux scrutins n'a été que faiblement compensé par le retour d'une très légère partie de l'électorat de centre gauche bayrouiste. Cette situation explique le score à la fois honorable du Parti socialiste mais également les projections incertaines en sièges pour le second tour. Lors des présidentielles il ne s'est en fait rien levé, il n'y a pas eu d'enthousiasme, il n'y a pas eu d'adhésion, malgré l'illusion de cette grande fraternité qui s'était incarnée lors du concert de Charléty le 1er mai 2007 ; on ne mobilise pas dans un second scrutin des personnes qui fondammentalement n'adhère pas au projet  qu'on leur a soumis aux présidentielles, encore moins à un projet qu'ils ne connaissent pas... La question de la prise de conscience et de la formation politique de cet électorat Royal défensif est primordiale si la Gauche veut reconstruire une dynamique dans les années prochaines.
J'ajouterai pour conclure que l'image donné par le Parti socialiste - ou plus exactement par certains  de ces responsables - n'a rien fait  - au contraire - pour créer une quelconque volonté de rééquilibrer quelque peu la défaite du 6 mai 2007. L'appel unilatéral à la non concentration des pouvoirs n'était pas mobilisateur, il eût sans doute mieux valu le compléter par un appel à soutenir un rebond et une reconstruction, mais cette posture était finalement rendue impossible par l'attitude de nombre de nos leaders.
Depuis le 6 mai 2007 au soir, Dominique Strauss-Khan, Ségolène Royal et Manuel Valls - entre autres - se sont complus à stigmatiser devant les médias les handicaps et les errements des socialistes, compliquant par là même la tâche aux militants et aux candidats sur le terrain : comment voulez-vous faire voter socialiste quand vos responsables parcourent radio et télés pour dire que le PS est en dessous de tout. Leur appel à la refondation ou à la rénovation - qu'ils ont par ailleurs rejeté pendant 5 ans - a été développé selon un mode négatif et leur portée médiatique oblitérait toute autre vision et discours dynamique et positif de la refondation de la gauche.
Ces trois responsables ont par ailleurs donné à penser aux électeurs de gauche que le combat était perdu d'avance et qu'il n'y avait donc plus lieu de le mener, que l'essentiel était ailleurs, notamment dans la nuit des longs couteaux, le nettoyage du Parti socialiste qui suivrait une défaite, nettoyage qui finalement serait d'autant plus efficace que la défaite serait écrasante. Quelques soient les tords, la responsabilité accablante et les erreurs de François Hollande, l'ambiance de règlement de compte à son égard, la déloyauté systématique vis-à-vis du Parti, a fatalement accentué les faiblesses électorales de la gauche.
Enfin, une fois de plus, il y a eu multiplication des incohérences et des chassés-croisés dans la manière de mener campagne. Le premier secrétaire paraissait isolé ; l'ancienne candidate revenue tardivement dans la campagne a multiplié les déclarations sans concertation avec le Parti, annonçant sa future candidature pour la conquête de l'appareil (on vous l'a dit les législatives étaient finalement accessoires), promettant à de nombreuses équipes de campagne un déplacement qu'elle ne pouvait toujours honorer (démobilisation et désorganisation de campagne assurées) et initiatives stratégiques décalées comme cette annonce qu'elle rencontrera François Bayrou entre les deux tours (des législatives cette fois-ci) alors que le président du MoDém vient d'être lessivé par la droite (il n'a donc plus rien à offrir et reste sans colonne vertébrale politique et culturelle) et que la tentation du Centre est de nature à gêner aujourd'hui le rassemblement de la gauche au second tour pour sauver les meubles.

Les perspectives à Gauche sont inquiétantes, loin de ramer dans la même direction, une partie des leaders socialistes tirent leurs équipes dans des directions différentes. Les élus et responsables communistes peinent à digérer et intégrer la bérézina complète et définitive du PCF et pourraient être tentés par le repli identitaire et suicidaire.
Au-delà de ce constat très noir, il reste nécessaire et vital que partout où c'est encore possible de mobiliser les abstentionnistes pour maintenir le maximum d'élus socialistes crédibles et refondateurs, afin d'engager dès l'été le long processus de préparation de l'alternative avec toutes les composantes de la Gauche.

Frédéric FARAVEL
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9 juin 2007 6 09 /06 /juin /2007 14:26
Sans être d'accord avec eux, il apparaît évident que la Gauche doit trouver un moyen de quitter sa posture défensive, la seule référence à la résistance à l'ordre des choses, pour  retrouver une dynamique sociale, économique et politique.
À lire donc pour réfléchir, contester, dialoguer...
FRED

 
La gauche doit sortir du pessimisme social
LE MONDE | 09.06.07 | 13h45  •  Mis à jour le 09.06.07 | 13h48

ous dressez un bilan très sévère de l'impasse idéologique où s'est enfermée la gauche française. Est-ce à vos yeux la cause principale de son échec ?

zakilaidi.jpgZaki Laïdi. En un demi-siècle de Ve République, la gauche ne sera parvenue à porter qu'un seul des siens à la tête de l'Etat. Elle souffre donc d'un handicap structurel pour rassembler durablement les Français autour d'un projet. On peut toujours invoquer l'obstacle des institutions et du statut singulier de l'élection présidentielle. Mais le problème est plus profond : la gauche ne survit qu'en se pensant comme une sorte d'anti-droite et son message majeur est devenu un message de pessimisme social. L'utopie demeure, mais négative. Loin d'annoncer le monde à venir, elle renvoie à un monde qui ne peut plus être.

 

Qu'entendez-vous par pessimisme social ?

Gérard Grunberg. Une représentation très négative du monde, qui se fonde sur une diabolisation de la mondialisation. Celle-ci est uniquement perçue comme une source de désordre économique, d'insécurité et d'inégalité sociales. Le noeud de ce pessimisme réside dans le sentiment d'impuissance - ou de résistance impuissante - face au marché et à la mondialisation.

Pourtant, pendant sa campagne, Ségolène Royal a tenté d'éveiller un "désir d'avenir"...

G. G. Et Nicolas Sarkozy a pris comme slogan "Ensemble tout devient possible" ! Autrement dit, les deux candidats ont bien perçu qu'il fallait sortir les Français de cette espèce de "dépression" où ils s'enfoncent depuis des années. Mais force est de constater, quoi qu'on pense par ailleurs du programme du candidat de l'UMP, que son "Tout devient possible" a résonné comme une espérance chez ceux qui se réclament de la droite et au-delà. A l'inverse, Ségolène Royal a bien essayé d'ouvrir sur l'avenir en appelant à la responsabilité individuelle, en demandant même aux jeunes des quartiers de Lyon "d'arrêter de se plaindre", ce qu'aucun responsable de gauche n'aurait osé dire. Mais elle s'est arrêtée en chemin.

La gauche a perdu sur le terrain des idées et des valeurs. Comment expliquez-vous cette impuissance à renouveler son projet ?

G. G. La première explication est à rechercher dans l'histoire du PS. Celui-ci a toujours voulu compenser son ancrage social relativement faible par une suridéologisation de son discours. Là encore, Ségolène Royal a cherché à sortir du piège. Mais, comme souvent, sans aller jusqu'au bout de sa démarche, à la fois par impréparation intellectuelle et par manque de soutien de son propre camp. Tout au long de cette campagne, elle n'est pas parvenue à donner à ses intuitions une cohérence politique forte.

Le second problème tient au fait que, depuis 2002, les différentes composantes de la gauche n'ont pas travaillé. Cette paralysie relève moins d'une paresse intellectuelle que d'un blocage idéologique : si les socialistes commençaient à débattre au fond des différents problèmes, ils constateraient l'ampleur de leurs désaccords internes et pourraient rapidement mettre en péril leur unité. Ils décident donc périodiquement de refermer le couvercle du chaudron idéologique après l'avoir timidement soulevé, en inventant des formules vides ou insuffisamment explicitées comme le "réformisme de gauche", ou le "oui à l'économie de marché, non à la société de marché". Or face à cette spirale programmée de l'échec, on n'a jamais entendu un responsable de gauche poser cette question élémentaire : à supposer que le néolibéralisme soit le noeud du problème, pourquoi n'y a-t-il aucune force politique en Europe capable de remporter une élection sur la base d'un programme antilibéral ?

Ce déficit réformiste de la gauche renvoie-t-il à la faiblesse de la pensée réformiste en France ?

Z. L. Oui, c'est indiscutable. La pensée politique française a trop souffert de l'influence démesurée de la culture marxiste, y compris dans ses versions pauvres ou abâtardies. Celle-ci a réussi avec beaucoup de plasticité à allier les traits anticapitalistes du marxisme avec une culture française très attachée à l'Etat et à la survalorisation du fait national. Le thème de la "mondialisation néolibérale" a, de ce point de vue-là, permis un recyclage presque parfait d'un marxisme orphelin. C'est ce qui explique pourquoi, en définitive, la chute du mur de Berlin n'a pas bouleversé le paysage intellectuel, comme on aurait pu le penser.

De nombreuses voix pressent désormais le PS d'opérer enfin sa mue social-démocrate. Cela a-t-il encore un sens ?

Z. L. L'appel à la modernisation social-démocrate a quelque chose de sympathique car il montre, sans contestation possible, que le cycle d'Epinay ouvert en 1971 est définitivement refermé. Mais cette orientation est décalée, voire dépassée.

Pourquoi ?

Z.L. D'une part, le modèle social-démocrate lui-même est entré en crise pour des raisons économiques et culturelles. La social-démocratie, c'est le compromis social entre le travail et le capital sur une base nationale. Or, aujourd'hui, en raison notamment de la mondialisation, le rapport de forces entre le capital et le travail n'est plus contraint par le cadre national. Du fait de l'arrivée sur le marché du travail mondial de plus d'un milliard de nouveaux entrants, c'est au niveau planétaire que ce compromis doit être repensé et rétabli - si c'est possible.

D'autre part, la social-démocratie raisonnait à partir de groupes sociaux relativement homogènes. Or, sous l'effet du changement technologique, de l'éclatement du monde industriel, du gonflement des services et de l'approfondissement des processus d'individualisation des préférences et des choix, il devient de plus en plus difficile de préconiser des solutions globales. La plupart des pays sociaux-démocrates sont d'ailleurs sortis de leurs vieux schémas en repensant de manière assez radicale la notion de droits sociaux. Il ne s'agit plus de droits inaliénables et intangibles, mais de garanties solides pour se construire un parcours individualisé, y compris à travers l'activation des mécanismes de marché. Cela étant, si ce modèle n'est plus d'actualité, les principes de dialogue, de concertation, d'anticipation, de décentralisation et de responsabilisation qui le fondent sont toujours pertinents.

Le tassement de la gauche radicale, la quasi-disparition du PCF, l'incapacité des Verts à arriver à maturité imposent-ils au PS de chercher son salut électoral vers le centre ?

G. G. Tout dépend de ce que signifie "vers le centre". S'il s'agit d'un retournement d'alliances, encore faut-il attendre de voir ce que représente ce centre politiquement et électoralement. S'il s'agit d'un recentrage du parti lui-même, d'une nouvelle refondation, la question est alors de savoir sur quelles bases politiques et programmatiques celui-ci peut s'opérer : comment le PS pourrait-il occuper l'espace compris entre le centre et l'extrême gauche en échappant à la fois au risque de la scission et au danger d'une unité factice qui lui a nui gravement dans le passé ?

Quelles leçons la gauche peut-elle retirer du sarkozysme ?

Z. L. Le sarkozysme repose sur la combinaison habile de trois dimensions qui n'avaient pas forcément vocation à se rejoindre : les valeurs traditionnelles de la droite (ordre, sécurité, autorité), les valeurs du libéralisme économique ("libérer le travail"), les valeurs de la nation. On est donc très loin d'un projet "ultralibéral". De ce succès, la gauche peut retirer de bonnes et de mauvaises leçons. La mauvaise consisterait à dire que si Sarkozy a réussi, c'est parce qu'il a "radicalisé la droite" et qu'il faudrait donc "radicaliser la gauche". Nul besoin d'être grand clerc pour souligner l'inanité de ce raisonnement à l'heure où la gauche recherche les voix du centre.

La bonne leçon consisterait, en revanche, à penser qu'un projet politique doit emprunter aux valeurs traditionnelles de son camp, aux enjeux d'une société moderne et aux marqueurs identitaires d'une nation. Or, si cette synthèse a été possible à droite, il n'y a pas de raison qu'elle ne le soit pas à gauche. Les valeurs traditionnelles de la gauche sont bien connues : elles tournent autour d'une aspiration forte à l'égalité. Tout le problème, pour la gauche, est de moderniser son analyse sur cette question. Elle doit admettre qu'il n'y a pas de redistribution possible sans incitations fortes, que le marché n'est pas l'ennemi du bien public, que la défense des services publics doit être découplée de la défense des statuts de ses personnels, qu'il incombe de protéger les personnes plutôt que les emplois et que si l'Etat doit être défendu, il ne doit plus être systématiquement sacralisé. Le défi pour elle est donc de partir de l'individu sans renoncer au collectif dans des sociétés de plus en plus individualistes.

A supposer que la gauche se "modernise", qu'est-ce qui distinguera une gauche moderne d'une droite moderne ?

Z. L. La droite voit dans la liberté la condition même de l'égalité. La gauche, au contraire, ne croit pas que la première exigence conduise naturellement à la seconde. La vocation historique de la gauche reste donc d'accompagner les plus faibles et de veiller à ce que l'enrichissement plus rapide d'une partie de la société ne génère pas chez ceux qui en profitent légitimement un égoïsme social qui bloquerait la progression des autres et mettrait en danger la paix sociale.

"Sortir du pessimisme social" (Hachette/Coll. Telos, 2007, 240 pages, 19€)


 

Gérard Grunberg et Zaki Laïdi, Chercheurs et enseignants Sciences Po/CNRS


Propos recueillis par Gérard Courtois 
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8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 08:10
s__gol__ne__lar__union.jpgça y est l'annonciation a été faite... Ségolène ira déposer sa motion au prochain congrès du Parti socialiste... dans un an. Elle n'exclut pas non plus de se présenter au poste de premier secrétaire, voire même de le pousser vers la sortie avant termes pour pouvoir précipiter le congrès, surfer encore un peu sur l'imposture de son discours et ainsi empêcher les autres militants de démontrer l'impasse dans laquelle elle nous a enfermés avec la proposition d'une réelle alernative de refondation.
Ce matin, elle enfonçait le clou sur France Inter. Et rien dans ses dernières semaines ne l'a un peu émue ou fait réfléchir.
Les raisons de la défaite : ce sont les éléphants qui l'ont trahi, alors qu'elle a tout fait pour les mettre à l'écart créant même pour l'occasion un cimetière des éléphants.
Les thématiques qu'elle a choisi pour sa campagne : elles étaient justes, rien dans son discours  - Ordre juste, refus de l'assistanat,  autorité,  valeur travail - n'était en décalage avec les attentes réelles de l'électorat de gauche - emploi, logement, pouvoir d'achat, éducation. Mais alors comment se fait il que les travailleurs modestes aient jugé Sarkozy plus crédible qu'elle sur tous ces sujets sans qu'elles veuillent remobiliser sur les priorités et les attentes que je citais plus haut.
Défaite ! ah non il ne faut pas en parler parce que ça perturberait ces 17 millions de Français qui se sont levés avec enthousiasme pour Ségolène Royal et  que cette "non-victoire" prépare la victoire !?! et puis de toute façon ce n'est pas sa faute, elle n'a pas eu assez de temps (Jospin en 1995 avait été désigné en janvier) Mais dès le 1er tour, toutes les analyses expliquent que les électeurs de Royal ne se sont pas mobilisés positivement mais de manière défensive. Nous ne sommes devant une dynamique d'adhésion. La défaite doit  être dite, intégrée pour être digérée, analysée et que cela nous permette de mener la refondation et les combats nécessaires qui s'ouvrent pour les prochaines.

Pauvre gauche ! on a les leaders qu'on mérite, mais on peut toujours en prendre d'autres.
Fred
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8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 08:09
Voila une nouvelle fois la démonstration que rien de particuliers ne s'est levé durant la campagne de Ségolène Royal...

L’indiscutable défaite de Ségolène Royal
Jérôme Jaffré, directeur du Cecop, chercheur associé au Cevipof | 7 juin 2007

ligne
Depuis le 6 mai au soir, on ne sait plus très bien s’il faut considérer le score de Ségolène Royal comme une défaite prometteuse, une quasi-victoire ou un échec sans appel. Le passage aux élections législatives comme les enjeux internes au Parti socialiste ont différé voire empêché d’apporter des réponses à une question pourtant fondamentale. A leur façon et avec leurs limites, les données de sondages recueillies par le Cevipof tout au long de la campagne et au lendemain de l’élection fournissent des données précieuses pour comprendre le vote des Français et apprécier la signification du résultat de Mme Royal.

L’examen de la sociologie du vote permet de constater que Mme Royal réussit à dominer Nicolas Sarkozy dans trois catégories qui jouent un rôle-clef dans la fédération de son électorat : les jeunes, les diplômés et les minorités. Parmi les électeurs de moins de 25 ans, elle recueille 63% des suffrages exprimés, 16 points de plus que Jospin au 2nd tour de 1995, mieux même que Mitterrand en 1988. Parmi les électeurs ayant au moins le baccalauréat comme diplôme, elle atteint 56% des voix. Ce soutien des diplômés est le vecteur du vote en sa faveur des professions intermédiaires (58%), des salariés du public (56%) et de sa bonne tenue dans les grandes villes, où leur poids est important (elle obtient en moyenne 49,7% dans les communes comptant plus de 50 000 inscrits).

Plus spectaculaire encore est le soutien massif des minorités à Ségolène Royal. Parmi les Français qui déclarent avoir un parent étranger, le vote en sa faveur est de 56%, parmi ceux qui n’ont qu’un grand- parent étranger, il tombe à 52%, et parmi les Français sans ascendance étrangère (qui représentent les trois quarts de la population), il n’est plus que de 45%.

Mais les données du Cevipof permettent d’être plus précis encore. Parmi les électeurs ayant une origine étrangère provenant des autres pays européens, le score de Mme Royal est de 48%, et parmi ceux qui ont une origine étrangère provenant d’un pays africain, il monte à 76% contre 24% seulement à Nicolas Sarkozy. Ces indications se trouvent confirmées par les données électorales que l’on relève dans beaucoup de communes ou de cantons de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne. Il faut prendre conscience que, dans l’isoloir, deux France se sont opposées. Du côté des catholiques pratiquants, Nicolas Sarkozy a recueilli 77% des suffrages exprimés et sa rivale 23% ; du côté des musulmans, Ségolène Royal atteint... 94% des suffrages exprimés et son adversaire 6%.

Le 6 mai, Ségolène Royal a ainsi fédéré le vote des "insiders" (les diplômés, les habitants des grandes villes, les salariés du public) et des exclus (les minorités et les jeunes, qu’on peut d’une certaine façon y classer). Il est frappant de constater que, selon la facilité avec laquelle on déclare s’en sortir sur le plan financier, la candidate socialiste ne l’emporte que dans les 2 catégories extrêmes : les personnes qui s’en sortent très difficilement, comme il est classique pour la représentante de la gauche (mais à seulement 51%), et aussi celles qui déclarent vivre "très facilement", comme cela est moins attendu (plus nettement, à 54%). Sachant que l’essentiel des Français vit "difficilement" ou au mieux "facilement", l’alliage des "insiders" et des exclus s’est révélé minoritaire.

Ségolène Royal a échoué à recueillir une majorité des voix au sein de la France modeste, âgée, non urbaine et ouvrière. Les électeurs qui ont arrêté leurs études avant l’âge de 20 ans ont voté en grande majorité pour son adversaire (58%), ceux qui les ont poussés au-delà ont voté pour elle à 52%. Les personnes âgées de plus de 65 ans lui ont massivement refusé leur soutien (seulement 33% des voix). Dans cette catégorie, la gauche est 7 points en dessous de son score du 2nd tour de 1995. Si - hypothèse absurde - seuls les moins de 65 ans avaient le droit de vote, Ségolène Royal aurait été élue présidente.

Plus les communes sont de petite taille, plus elles ont voté en faveur de Nicolas Sarkozy, qui obtient 56% des voix là où elles comptent moins de 5 000 inscrits - et où vivent la moitié des électeurs. La France provinciale des petites et moyennes communes a refusé son soutien à la gauche. Enfin, les ouvriers n’ont voté qu’à 49% pour Ségolène Royal. De la même façon, elle ne recueille que 49% des voix parmi les employés. La candidate a échoué dans son objectif de reconquête des catégories populaires, alors que Lionel Jospin y était majoritaire au 2nd tour de 1995 et qu’il faut rappeler que François Mitterrand recueillait 70% des voix ouvrières.

Ségolène Royal a également échoué dans son objectif de conquête de l’électorat féminin que lui laissaient espérer sa candidature et ses appels nombreux dans cette direction. Elle n’obtient parmi les femmes que 46% des voix, seulement un point au-dessus de Jospin en 1995. Seules les jeunes femmes de 18 à 24 ans ont voté massivement pour elle, à 69%, beaucoup plus que les jeunes hommes (57%).

La candidate socialiste n’a pas obtenu le soutien majoritaire de la France modeste et provinciale et là réside la nature de son échec. Parmi les électeurs qui déclarent s’en sortir "difficilement" et qui auraient dû constituer le coeur de son électorat, la candidate est nettement minoritaire, avec 47% des voix. Elle a souffert des handicaps traditionnels de son camp sur les thèmes de la sécurité et de l’immigration, mais elle y a ajouté une incapacité à convaincre sur les 2 attentes fondamentales des Français lors de cette campagne : le chômage et le pouvoir d’achat. Un sondage Ipsos réalisé entre les deux tours indique que, sur le chômage, Nicolas Sarkozy était jugé plus crédible par 50% des Français contre 31% à sa rivale, et pour faire progresser le niveau de vie par 44% contre 38%.

Sur ces plans, le projet adopté par les socialistes en 2006 est à mettre en cause. Mais Ségolène Royal n’est pas exempte de critiques. Elle n’a pas réussi à imposer des thèmes de campagne, elle n’a pas donné corps à son concept pourtant très prometteur de l’ordre juste. Dans les semaines précédant le 1er tour, il ne se trouvait que 40% des Français pour lui accorder l’étoffe de président de la République, alors que 60% la reconnaissaient à son adversaire. On pourrait imputer cette différence à une réticence devant la nouveauté d’une candidature féminine, mais on peut y voir aussi l’effet d’une faible campagne. En décembre 2006, 52% des personnes interrogées lui reconnaissaient cette dimension.

En définitive, ce qui a permis à Ségolène Royal de limiter les dégâts a été la dimension anti-sarkozyste qui structurait une partie importante de l’électorat, et en particulier les jeunes, les diplômés et les minorités. Invité à préciser la motivation de son vote entre la confiance au candidat, la proximité à ses idées et la volonté de barrer la route à son adversaire, 1 électeur sur 5 cite cette dernière réponse. Parmi ceux-ci, 74% votent Royal et 26% Sarkozy. Si l’on ôte fictivement cette fraction du résultat final, le président de l’UMP l’aurait emporté sur la candidate socialiste par 61% des voix !

L’anti-sarkozysme a donc apporté 8 points supplémentaires à la gauche. Mais les premiers pas réussis du président ne lui permettent pas d’en espérer autant pour les législatives. Et préparer 2012 comme réarmer le PS supposera de mettre en avant des motivations plus positives.

Jérôme Jaffré, directeur du Cecop, chercheur associé au Cevipof
 
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