Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
Me contacter

en savoir plus

 

Trouve

Gauche Républicaine & Socialiste

13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 11:53

POURQUOI NOUS VOTERONS POUR LAURENT FABIUS LE 16 NOVEMBRE

Pontoise, le lundi 13 novembre 2006,

Premiers signataires :

Charlotte Brun – conseillère régionale, adjointe au maire d'Écouen, CN, Frédéric Faravel – SdS plaine de France, BF, Xavier Morin – BF, Argenteuil, Adélaïde Piazzi – SdS Montmorency, BF

Nadjet Boubekeur – Villiers-le-Bel, CF, Fanny Boyer – Eaubonne/Montlignon, Jocelyne Delestre – Andilly/Margency, Jacqueline Ferret – commission fédérale des conflits, Franconville, Yves Jeanne – Beauchamp, Fiorenzo Martorana – Montigny-lès-Cormeilles, Jean-Pierre Picard - adjoint au maire de Gonesse, Michel Renou – SdS L'Isle-Adam/Parmain, Fabien Roussel – bureau fédéral des adhésions, Eaubonne/Montlignon, François Villain – plaine de France...



Chers Camarades, Chers Amis,

Aucun des 3 candidats à l'investiture socialiste ne répond naturellement à nos exigences pour un(e) candidat(e) ou d'un(e) futur(e) président(e) socialiste.

Cette situation est une conséquence de l'effacement du Parti socialiste depuis 1997 ; le Parti socialiste n'a pas su repenser sur le long terme son rapport au pouvoir et les outils de la transformation sociale. En 2002, après une mauvaise campagne électorale découlant d'une absence de projet politique, Lionel Jospin était écarté du 2nd tour de l'élection présidentielle par Jean-Marie Le Pen. Lionel Jospin et les socialistes n'avaient pas su mobiliser les électeurs de gauche ; le Parti se retrouvait orphelin et sans gouvernail.

Depuis, aucune personnalité capable de rassembler les socialistes n'a émergé, car le Parti – au travers de ses principaux dirigeants – fuit les débats essentiels ; en refusant de rénover son orientation politique, son fonctionnement et son rapport à la société, il perpétue un marasme qui pourrait bien l'étouffer peu à peu.

Notre position de voter pour Laurent Fabius le 16 novembre prochain est donc un choix de raison car il faut bien donner l'impulsion au candidat qui s'approche le plus de nos convictions.

«Mon candidat, c'est le projet !»,
mais pour quelles priorités ?

Nous avons tout à fait à notre mesure pour peser sur le projet des socialistes à 2 ans des élections présidentielle et législative. Ce projet, nous nous y sommes largement impliqués au niveau national et fédéral, et nous sommes raisonnablement satisfaits du compromis qui a rassemblé les socialistes.

Nous sommes inquiets quand tel ou telle décide de prendre des libertés un peu trop marquées avec ce texte, même s'il peut être encore précisé – pas contredit - sur quelques thématiques. Mais nous convenons que ce projet nécessite une grille de lecture pour que son application prenne sens et les priorités choisies pour faire campagne seront autant de jalons posés pour rappeler nos exigences au futur chef de l'État.

Voici les priorités que nous identifions au sein du projet socialiste et qui fondent notre choix :

  1. la question sociale ;

  2. la question européenne ;

  3. la jeunesse et le droit à l'avenir ;

  4. la question démocratique.

[...]

Télécharger la totalité du texte : Notre vote du 16 novembre 2006
Partager cet article
Repost0
11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 18:10
IL Y A 30 ANS, LE PARTI QUÉBÉCOIS PRENAIT LE POUVOIR - La souveraineté était au coin de la rue

Paul Roy

Québec - cyberpresse.ca - samedi 11 novembre 2006

Ce soir-là, le Canada anglais était tombé en bas de sa chaise. Le Parti québécois, un parti «séparatiste», venait de prendre le pouvoir à Québec. C'était le 15 novembre 1976, il y aura 30 ans mercredi.

De Hull à Gaspé, des militants jusque là abonnés aux «victoires morales» se trouvaient soudain frappés d'une même euphorie contagieuse.

«Le délire total, se rappelle Denis Vaugeois, élu dans Trois-Rivières. Les gens étaient très émus, une émotion qui a duré plusieurs jours. Impossible de me déplacer dans ma ville sans me faire sauter dessus par des gens au bord des larmes

À Montréal, les péquistes affluaient depuis le début de la soirée au centre Paul-Sauvé. Bientôt, ils allaient être des milliers. Dans une salle enfumée du centre sportif aujourd'hui démoli, René Lévesque jetait quelques idées sur papier en compagnie de son chef de cabinet Louis Bernard. Certains ont décrit le chef du Parti québécois comme tétanisé par la peur, ce soir-là. Louis Bernard n'est pas d'accord.

«Non, il était très heureux, je ne sentais pas d'anxiété chez lui, il n'était pas là à se demander: "On a le pouvoir, qu'est-ce qu'on va faire?"»

Dans l'aréna, les haut-parleurs répandaient la chanson thème de la campagne: À partir d'aujourd'hui, demain nous appartient! L'assistance le croyait, elle «touchait le pays».

Louis Bernard était plus sceptique. Pour lui, la victoire ne signifiait pas que la souveraineté était acquise. «On n'avait que 40% du vote», rappelle-t-il.

Bernard Landry, élu dans Fabre (aujourd'hui Laval-des-Rapides), s'était pointé à Paul-Sauvé un peu avant le discours de René Lévesque.

«À un moment, dit-il, on a vu arriver 2 hommes en imperméable. Lévesque leur a demandé ce qu'ils faisaient là -avec une certaine agressivité, parce qu'il ne les connaissait pas. Ils ont dit: "Monsieur le premier ministre, nous sommes vos gardes du corps."»

La débandade libérale était complète: le premier ministre, Robert Bourassa, battu dans sa propre circonscription de Mercier par le poète Gérald Godin!

Vers 22h30, René Lévesque était monté sur la scène. À ses côtés, Lise Payette, Camille Laurin, Claude Charron, Gilbert Paquette... Il essayait de parler: «Je pense que...» Mais la foule l'en empêchait. Essayait de le faire taire. Il arrivait à prononcer quelques phrases, dont celle-ci: «Je n'ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d'être Québécois que ce soir

Vers le milieu de la nuit, une demi-douzaine de sans-abri sont étendus sur les bouches d'air chaud du palais de justice de Montréal. Un homme est debout, grelottant. Il n'arrive pas à dormir. Débarqué de Terre-Neuve deux semaines plus tôt, il ne parle pas français. Mais il a entendu les résultats des élections et il est content. «Vous (les Québécois) méritez cette victoire», dit-il sobrement.

Un jeune parti

Le PQ, qui venait de prendre le pouvoir, était un tout jeune parti. Il avait vu le jour huit ans plus tôt, en octobre 1968.
Il résultait de la fusion du Mouvement souveraineté-association (MSA) de René Lévesque et du Ralliement national (RN) de Gilles Grégoire. Deux semaines plus tard, le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN) de Pierre Bourgault s'était sabordé, et ses membres avaient adhéré en masse au PQ.

Les péquistes étaient jeunes. Pour plusieurs, la souveraineté du Québec était au coin de la rue. Les prochains rendez-vous électoraux allaient leur enseigner la patience.

En avril 1970, leur parti recueille 23% des votes, mais ne fait élire que sept députés. Pendant ce temps, les libéraux de Robert Bourassa reprennent le pouvoir à l'Union nationale de Jean-Jacques Bertrand. René Lévesque est battu dans sa circonscription de Laurier.

Balayage libéral en 1973: Robert Bourassa remporte 102 des 110 circonscriptions. Et nouvelle défaite péquiste: avec 30% du vote, le PQ ne réussit à faire élire que six députés. René Lévesque est encore battu dans sa circonscription. Dorion, cette fois.

Puis arrive 1976. Le PQ propose un «bon gouvernement» aux Québécois. La souveraineté? Elle devra être précédée d'un référendum. C'est cette promesse de référendum, combinée bien sûr à d'autres facteurs, dont l'usure du pouvoir libéral, qui contribuera le plus au résultat de 1976. D'autant qu'en cours de route, la démarche référendaire sera assaisonnée à la sauce «étapiste». Un référendum gagnant ne donnera au gouvernement du Parti québécois que le mandat de négocier la souveraineté et l'association avec le Canada. La souveraineté, la vraie, ne pourra venir qu'après un deuxième référendum.
«Le référendum enlevait de la pression, explique le politologue Réjean Pelletier, professeur à l'Université Laval, de Québec. On pouvait se débarrasser d'un gouvernement qu'on n'aimait plus. Et pour la souveraineté, on verrait...»

Le bon gouvernement, ce sera l'assurance automobile, le zonage agricole, le financement des partis politiques, la loi 101. Et le référendum sera tenu le 20 mai 1980. OUI: 40,4%. NON: 59,6%. «Si je vous ai bien compris, dira M. Lévesque à des militants en larmes, vous êtes en train de dire: "À la prochaine fois"

Selon Bernard Landry, qui était au gouvernement pour ce premier référendum et qui deviendra chef du PQ et premier ministre en 2001, «pas grand monde pensait qu'on gagnerait en 80».
«Y compris Lévesque, y compris Lévesque. Il voulait le gagner, et on a travaillé comme des enragés pour le gagner, mais il l'a fait plus parce qu'il avait promis de le faire que parce qu'il pensait le gagner. D'ailleurs, le soir de la défaite, il a dit: "À la prochaine". Ça veut dire que c'était comme un coup d'essai. Il ne s'était pas trompé tellement, parce que "à la prochaine", on a eu 50% des voix (en fait 49,4%, en 1995), et vous connaissez tous les ouvrages sur l'éthique du gouvernement fédéral là-dessus..

Après la défaite référendaire de 1980, plusieurs militants souhaitent que leur chef déclenche des élections sur-le-champ. Il résiste, opte pour le printemps 1981 et gagne son pari.

Mais la décennie qui démarrait n'allait pas être particulièrement glorieuse pour le PQ. À commencer par ce deuxième mandat, assombri par une crise économique profonde qui s'étirera de 1981 à 1984.

Politiquement, le PQ et son option se trouvaient affaiblis. Pour le premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, le temps était tout choisi pour rapatrier de Londres la Constitution canadienne et y enchâsser une Charte des droits et libertés.

Il s'entend avec les premiers ministres des neuf autres provinces au cours d'une «nuit des longs couteaux». Le Québec est isolé et refuse de signer le document. Un quart de siècle plus tard, cette situation n'a pas évolué.

Un beau risque

En 1984, une lueur d'espoir point. Pour René Lévesque à tout le moins. Brian Mulroney, le nouveau chef du Parti progressiste conservateur, devient premier ministre du Canada. Il veut créer les conditions pour que le Québec réintègre le giron constitutionnel canadien «dans l'honneur et l'enthousiasme».

René Lévesque accepte de courir ce «beau risque». Mais plusieurs de ses députés et ministres, dont les poids lourds Jacques Parizeau et Camille Laurin, refusent de le suivre et démissionnent. Contesté au sein du parti, lui-même démissionnera en 1985. Il mourra le 1er novembre 1987 à l'âge de 65 ans.

Son successeur, Pierre Marc Johnson, préconise l'«affirmation nationale». Battu par Robert Bourassa -revenu de sa retraite- en 1985, il se verra forcé de démissionner à son tour en 1987, quelques jours après le décès de René Lévesque. Avec Jacques Parizeau, le PQ revient à sa mission originale: réaliser la souveraineté.

En juin 1987, Brian Mulroney réunit ses homologues provinciaux -dont Robert Bourassa- au lac Meech. Ils y concluent des accords constitutionnels qui devront être ratifiés par les 11 parlements. Ils ont trois ans pour le faire.

Meech «chouchoute» le Québec, se plaint-on au Canada anglais. Alors que le délai de trois ans est sur le point d'expirer, tous les regards sont tournés vers Winnipeg et Saint-Jean (Terre-Neuve), les deux parlements qui n'ont pas encore ratifié l'entente. Les heures s'égrènent, les minutes...

Meech échoue en juin 1990. Au Québec, le sentiment de rejet est total. L'appui à la souveraineté-association grimpe jusqu'à 70%, rappelle le professeur Réjean Pelletier. «L'appui à la souveraineté tout court, sans association, est même monté jusqu'à 58%!»

Du jamais vu. Mais le PQ n'est pas au pouvoir. Et Robert Bourassa s'embarque dans de nouvelles discussions constitutionnelles qui mèneront au référendum de Charlottetown. Un référendum pancanadien qui sera battu, y compris au Québec, en 1992.

Jacques Parizeau prend le pouvoir en septembre 1994. L'homme n'a jamais été considéré comme un «tiède» face à la souveraineté. Il tiendra un référendum un an plus tard, le 30 octobre 1995.

Le match est serré, le taux de participation est à l'avenant: 93,48%! Le NON l'emporte avec 50,56% des votes; le OUI obtient 49,45%. Il lui manque 52448 votes.

M. Parizeau, dans son discours, attribue la défaite à «l'argent» et aux «votes ethniques». La réprobation est totale. Et injustifiée aux yeux de Bernard Landry. «La phrase était malheureuse, en soi, mais malheureuse aussi pour Parizeau, parce qu'il ne méritait pas ça (...) Je n'ai jamais vu chez Parizeau la moindre trace d'ethnocentrisme ou de racisme
L'homme en est ressorti éclaboussé, et le mouvement aussi, au dire de M. Landry. «Il y a même des gens archiconnus qui ont décidé de ne plus être souverainistes ce soir-là. C'est très injuste pour ce que Jacques a fait pour le Québec, pour la souveraineté et pour l'harmonie entre les Québécois. Mais c'est la vie, comme on dit...»

Le lendemain du référendum, Jacques Parizeau annonce sa démission. Le chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, s'amènera d'Ottawa à Québec. Il s'attaquera au «déficit zéro», envoyant à la retraite des milliers de fonctionnaires, de médecins et d'infirmières.

Il conservera le pouvoir aux élections de 1998, obtenant plus de sièges que le chef libéral Jean Charest, mais moins de votes. Difficile, dans ces conditions, de retourner en référendum, comme le réclament les «purs et durs» au PQ. Il choisira la voie des «conditions gagnantes». La souveraineté, oui, mais quand le fruit sera mûr.

Gruger vote par vote

L'aile militante du PQ n'a pas grand-chose à cirer de «conditions gagnantes». De guerre lasse, Lucien Bouchard tire sa révérence en 2001. Arrive Bernard Landry, qui perdra les élections de 2003 aux mains de Jean Charest. Et qui partira en 2005 à la suite d'un vote de confiance qu'il jugera insatisfaisant de la part des membres de son parti.

André Boisclair est le nouveau chef du PQ. Le sixième. Avant même son élection, à l'automne 2005, le programme du parti était tout tracé: un référendum sur la souveraineté le plus tôt possible au cours du prochain mandat.
Le fera-t-il? Certains en doutent.
Gagnera-t-il même les prochaines élections, qui doivent être tenues d'ici le printemps 2008?
Plusieurs observateurs sont sceptiques. «Les Québécois sont fatigués, ils ne veulent pas d'un autre référendum maintenant», disent-ils.

«S'il gagne les prochaines élections, je crois que Boisclair ne voudra pas attendre trop longtemps, dit le professeur Pelletier. Par contre, si la conjoncture est défavorable, il va devoir convaincre ses militants qu'aller à l'abattoir ne servira à rien.»
- Et la souveraineté?
- Ça va être difficile. La constante, c'est 42 ou 43% (en faveur de la souveraineté). Jusqu'à 45%, en campagne référendaire, c'est assez facile. Mais après, les votes, il faut les gruger un à un.

Et si le OUI devenait majoritaire, la majorité risquerait d'être faible, croit M. Pelletier. «Et 51 ou 52%, c'est faible pour faire l'indépendance.»

Jacques Brassard, un des péquistes élus le 15 novembre 1976 (il fut réélu cinq fois par la suite), dit ne plus être sûr de voir la souveraineté de son vivant. «Ce jour-là, j'ai pensé qu'on ferait la souveraineté et que je m'en retournerais enseigner au cégep. La souveraineté, j'étais entré en politique pour ça. J'ai fait 25 ans comme député, et 30 ans plus tard, le pays est encore à naître. Je continue d'y croire, mais je me fais moins d'illusions

Bernard Landry, lui, dit voir la souveraineté à court terme: «André Boisclair va gagner les prochaines élections, il va tenir un référendum sur la souveraineté, et il va le gagner».
«Je crois que le rêve de René Lévesque et de Bourgault, et de millions d'autres sera réalisé, dit-il. À cause de la force de l'idée d'indépendance, donc la force du PQ

Partager cet article
Repost0
11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 17:48
onsidérez-vous que tout est encore ouvert pour la primaire socialiste ?

Beaucoup a été fait pour que les opinions soient préformées. Mais les militants souhaitent un vote libre, donc tout reste ouvert.

Comment voyez-vous le 2nd tour, s'il y en a un
Il opposera sans doute Ségolène Royal et moi-même, c'est-à-dire 2 visions politiques différentes, l'une qu'on pourrait appeler le blairisme régionalisé et l'autre qui est tout simplement socialiste.

Sur votre stratégie, justement, vous avez privilégié deux axes : l'environnement et le non à la Constitution européenne. Mais c'est Nicolas Hulot qui semble capitaliser, tandis que la gauche du non cherche à s'unir hors du PS et que Jean-Pierre Chevènement annonce sa candidature. Comment l'expliquez-vous ?
Parmi les candidats socialistes, je crois être celui qui se trouve au point de jonction de ces éléments. Par les positions que j'ai prises, je suis sans doute le mieux à même de rassembler toute la gauche ainsi que les Verts, condition de notre victoire. Le péril écologique, sur lequel j'insiste depuis longtemps, apparaît maintenant aux yeux de tous. Le changement climatique constitue une véritable arme de destruction massive. Le prochain président de la République devra susciter des transformations majeures pour y répondre et entraîner l'Europe dans le même sens. S'il existe un domaine où le libéralisme a failli, c'est bien celui-là. Quant à la Constitution européenne, la première tâche du futur président sera de respecter le vote des Français. Ayant été à l'unisson de nos concitoyens, j'estime avoir une certaine crédibilité pour porter ce changement, c'est-à-dire la réorientation et la relance indispensables de l'Europe. Et j'éprouverai sans doute moins de difficultés que d'autres à convaincre Jean-Pierre Chevènement de faire équipe avec nous.

Et Nicolas Hulot, est-il de gauche ?
Politiquement, il m'a dit qu'il n'avait pas d'engagement. C'est un homme très compétent. Et je serai heureux qu'il exerce de hautes responsabilités à nos côtés.

Vous expliquez parfois vos difficultés en dénonçant "l'idéologie dominante". Qu'entendez-vous par là ?
A droite, et parfois aussi à gauche, beaucoup professent que ce sont le coût du travail et le coût de l'Etat social qui sont les causes de tous nos maux. L'idéologie dominante ne voit donc de salut que dans la baisse de l'un et de l'autre. Je pense plutôt que la source de nos difficultés économiques résulte de la mauvaise spéculation de notre économie et de l'insuffisance de notre effort de formation et de recherche. La solution est alors dans le redéploiement, l'innovation, la formation. C'est ce que l'idéologie dominante appelle mon "archaïsme"...

Dominique Strauss-Kahn se réclame de la social-démocratie. Et vous ?
Je suis tout simplement socialiste ! Beaucoup de sociaux-démocrates estiment que la régulation publique est dépassée et que le contrat doit systématiquement l'emporter sur la loi. Cette approche peut avoir sa valeur dans des pays à fort taux de syndicalisation. Mais en France je vous rappelle qu'il y a moins de 10% de syndiqués. Tout cela débouche souvent, dans ces pays, sur des coalitions où l'on ne distingue plus sa gauche de sa droite : telle n'est pas mon approche.

Il n'y a pas de mutation au PS ?
Si, le débat interne que nous venons de vivre l'atteste. Le PS s'adapte progressivement au nouvel âge de la démocratie dans lequel nous sommes entrés. Nous devons toujours nous remettre en question pour relever les nouveaux défis, mais nous devons le faire dans la fidélité à nos valeurs.

Ne craignez-vous pas d'apparaître comme le gardien du temple, en l'occurrence celui d'un socialisme qui aurait peu évolué ?
C'est un grand classique du PS de désigner comme archaïque celui avec lequel on a un désaccord. J'ai connu cela avec les débats Rocard-Mitterrand ou Blair-Jospin. Toute la question est de savoir si on opère une modernisation socialiste ou une modernisation sociale libérale ou encore de droite. Regardez ce qui se passe en matière énergétique, avec la panne d'électricité qui a touché plusieurs pays d'Europe. La cause principale est que les entreprises n'ont pas assez investi parce qu'elles se sont entre-dévorées et sont totalement soumises aux impératifs du marché. Voilà où nous conduisent les prétendus "modernes" ! Et bien je suis pour une autre modernité. Une modernisation en cache toujours une autre.
Prenez un autre exemple, la laïcité. On nous dit que cette valeur ne "fait pas moderne" alors que c'est l'inverse et que les guerres, malheureusement nombreuses à travers le monde, sont d'abord des guerres de religion. Moi, je défends les principes laïques, en particulier parce que ce sont des principes de paix. Je souhaite même adosser à la Constitution une charte de la laïcité applicable notamment à l'hôpital.

Cette laïcité réaffirmée est-elle compatible avec une France qui, religieusement, devient beaucoup plus diverse, multiculturelle ?
Elle est d'autant plus nécessaire. Est-ce que la crise de nos banlieues disqualifie la République ? Au contraire ! Cette crise confirme l'actualité de la République, à condition que celle-ci ne devienne pas une République des apparences. Si dans un quartier vous n'avez ni école de qualité, ni logements décents, ni sécurité au quotidien, ni propositions d'emplois, ni lutte contre les discriminations, la République se transforme en une abstraction. Je suis hostile au modèle communautariste - religieux, ethnique ou régional - et j'entends bien, si je suis investi, que ce soit là un des grands débats que j'aurai avec M. Sarkozy, dont la démarche me semble inverse de la mienne.

Vous défendez un État fort. N'a-t-il besoin aussi de se réformer ?
Certainement ! Mais tirer comme conclusion, du fait qu'il y a des réformes importantes à opérer et qu'une vraie décentralisation est indispensable, qu'il ne faut pas d'Etat fort, impulsant, équilibrant, ce serait injuste et dangereux. Ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain.

Par exemple, il faut abandonner l'idée, si elle existe, qu'enseigner au lycée Henri-IV ou à Aulnay-sous-Bois, revient au même. A Aulnay, il faut un encadrement renforcé qui permette d'être plus près des élèves. Pour l'enseignement supérieur, nous avons besoin de classes préparatoires aux grandes écoles dans les universités elles-mêmes, afin que des étudiants d'Université accèdent aux grandes écoles.

Vous ne supprimez pas les prépas de lycées ?
Non, les 2 systèmes peuvent coexister.

Dominique Strauss-Kahn estime que la machine redistributrice mise en place depuis l'après-guerre ne parvient pas à réduire les inégalités et qu'il faut mieux les attaquer à la racine...
La racine, ce sont notamment les bas salaires et l'écart énorme des rémunérations. Il faut d'abord améliorer cet aspect-là. C'est ce que concrètement je propose, quand d'autres disent : "Pour les salaires, on verra."

Vous souhaitez rouvrir le dossier sur l'harmonisation fiscale, sociale en Europe. Quels moyens avez-vous ?
Cette harmonisation vers le haut est décisive, sinon les délocalisations intra-européennes se multiplieront. On devrait établir, par exemple, une fourchette européenne de taux pour l'impôt sur les sociétés et une assiette commune comme pour la TVA. En matière sociale et de rémunération minimum, nous avons aussi besoin de davantage de convergences entre Européens. Tant qu'on n'obtiendra pas de garanties dans ces domaines, je propose de différer tout nouvel élargissement. L'une des grandes erreurs que nous avons commises dans les années 1990, ce fut de ne pas avoir approfondi son fonctionnement avant d'avoir élargi l'Union. Continuons sur cette voie, même avec les meilleures intentions du monde, et nous aboutirons à une Europe diluée, impuissante, dont les peuples s'écarteront. C'est ce que je veux éviter...

Comment comptez-vous convaincre vos partenaires ?
Un exemple, là aussi. Les Allemands attachent beaucoup d'importance aux évolutions qu'ils ont obtenues lors de la négociation du traité constitutionnel concernant les mécanismes de vote et les spécificités du fédéralisme allemand. Nous devons leur faire savoir, nous, notre attachement à un vrai pilotage économique de la zone euro.

Donc vous échangez la double majorité et la séparation des compétences contre la gouvernance économique ?
Ce n'est pas si simple, mais il existe des marges pour une renégociation.

Mettez-vous toujours en cause l'impartialité de François Hollande dans la primaire socialiste ?
Il s'est placé, ou il a été placé, dans une situation délicate. Chacun jugera.

Propos recueillis par Arnaud Leparmentier et Isabelle Mandraud
Partager cet article
Repost0
10 novembre 2006 5 10 /11 /novembre /2006 15:56
La Commission européenne préconise une réforme institutionnelle avant tout élargissement

ne solution institutionnelle devra avoir été trouvée au moment où le prochain État membre devrait être prêt à entrer dans l'Union", a recommandé la Commission européenne, dans un rapport sur la stratégie d'élargissement de l'Union, publié mercredi 8 novembre. "Une réforme institutionnelle est nécessaire pour améliorer l'efficacité de la prise de décisions dans l'UE élargie", ajoute ce rapport. Le président de la Commission européenne José Manuel Durao Barroso s'était déjà prononcé en ce sens ces derniers mois, ainsi que plusieurs autres dirigeants européens.

Le commissaire à l'élargissement, Olli Rehn, a par ailleurs souligné que l'Union européenne devrait s'assurer que tout nouvel élargissement bénéficierait "du soutien de l'opinion publique". "Maintenir la rigueur du processus et des conditions strictes sont essentiels pour préserver ce soutien", a-t-il expliqué. "Nous accordons beaucoup d'attention à l'opinion publique. Je suis parfaitement conscient que nous devons mieux communiquer et mieux écouter ses sentiments face à l'élargissement", a ajouté M. Rehn. Pour s'assurer du soutien de l'opinion publique, la "tradition européenne" est de s'assurer que les décisions sont prises à l'unanimité et qu'elles sont soutenues par les parlements nationaux, a-t-il précisé.

Cette recommandation sur l'élargissement ne concerne cependant pas la Bulgarie et la Roumanie, qui entreront de toutes façons dans l'UE au 1er janvier prochain. De tous les pays candidats à une adhésion à l'UE, la Croatie devrait être la première à rejoindre l'UE. Elle comptait pouvoir y adhérer avant les élections européennes de 2009, date à laquelle les dirigeants européens espèrent avoir trouvé une solution au rejet du traité constitutionnel par la France et les Pays-Bas.

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2006 5 10 /11 /novembre /2006 15:50
Les difficultés des socialistes wallons
font le jeu de la droite flamande

a Wallonie vient d'enregistrer le taux de chômage le plus élevé de son histoire : 19% de la population active. La situation a incité les patrons wallons, mardi 7 novembre, à mettre en cause le système éducatif de la région francophone belge : la moitié des chômeurs n'ont pas de diplôme de l'enseignement secondaire et des milliers de postes restent vacants, faute de qualification suffisante des candidats.

Ces chiffres sont une mauvaise nouvelle pour les socialistes wallons, qui dirigent la région et dont la formation est secouée par une série de scandales mettant en cause la gestion de ses équipes dans plusieurs grandes villes. Les maires de Charleroi, première ville de Wallonie, et de Namur, siège des institutions politiques régionales, ont été mis en examen pour fraudes à la mi-octobre. Le premier, Jacques Van Gompel, est détenu depuis lors. Un autre maire PS, à Fontaine-l'Evêque, est derrière les barreaux pour détournement.

Ces affaires handicapent le président du PS, Elio Di Rupo, ministre-président de la région. Il avait affirmé, lors de son accession à la tête du parti, en 1999, sa volonté de le réformer, et soulignait la nécessité d'opérer une relance forte de sa région.

M. Di Rupo est en train d'échouer sur les deux plans alors qu'il se profilait comme possible successeur de Guy Verhofstadt, premier ministre fédéral, aux élections législatives de 2007. Ce scrutin devrait, en principe, mettre un terme au mandat du dirigeant libéral flamand dont le parti, le VLD, a été sanctionné lors des municipales du 8 octobre.

Fort des succès électoraux quasi ininterrompus de son parti (36,4% en 2003), M. Di Rupo espérait devenir le premier ministre francophone depuis 35 ans. Il aurait pu incarner la défense d'une communauté francophone qui craint les velléités autonomistes, voire séparatistes flamandes.

Une conférence institutionnelle devrait suivre ce scrutin. Les partis flamands y formuleront des revendications concernant Bruxelles, sa périphérie flamande - où vivent 100 000 francophones - et certains volets de la sécurité sociale que la Flandre voudrait régionaliser, au détriment de la Wallonie dont les problèmes économiques se trouveraient ainsi aggravés.

"BAVURES"

Les difficultés de son parti compromettent les ambitions de M. Di Rupo et relancent celles du président de la région flamande, Yves Leterme, leader du parti chrétien démocrate CD&V. Or ce dernier fait figure d'épouvantail pour les francophones, qu'il a décrits récemment, dans une interview à Libération, comme ne disposant peut-être pas des "capacités intellectuelles" requises pour apprendre la langue néerlandaise. Au-delà, M. Leterme réclame une plus grande autonomie pour sa région.

Le PS vit également un débat interne difficile à Bruxelles. Une polémique est née sur la composition de la liste pour les municipales à Schaerbeek, l'une des principales communes formant la capitale.

Laurette Onkelinx, ministre de la justice et n°2 du parti, espérait la conquérir lors du scrutin du 8 octobre en glanant notamment les voix de l'importante communauté musulmane. Son échec a entraîné une discussion autour de 2 "bavures" : la présence sur sa liste d'un militant turc d'extrême droite et d'un Marocain proche des courants religieux.

Mme Bouarfa, sénatrice d'origine marocaine, est menacée d'être sanctionnée pour s'être étonnée de cette situation, contraire, selon elle, aux valeurs de tolérance dont son parti se dit porteur.

Partager cet article
Repost0
10 novembre 2006 5 10 /11 /novembre /2006 08:44
Les démocrates obtiennent définitivement la majorité
dans les 2 Chambres

ette fois, c'est fait. Les démocrates ont définitivement remporté la majorité dans les deux Chambres, avec 51 sièges sur 100 au Sénat et 229 représentants sur 435 à la Chambre des représentants. Ils comptent également 28 gouverneurs sur 50. Jeudi 9 novembre, le républicain George Allen, sénateur de Virginie, a reconnu sa défaite face au démocrate Jim Webb. M. Allen, qui contestait la victoire de son adversaire, a admis que l'avance de ce dernier, même ténue, était irrémédiable. Ce dernier est élu avec quelque 7 000 voix d'avance sur les 2,3 millions de suffrages et ravit ainsi aux républicains un siège crucial au Sénat.
Cette victoire au Sénat ne tenait qu'à un fil, les démocrates devant enlever six nouveaux sièges pour obtenir la majorité, sans en perdre un seul. Leurs victoires dans les Etats du Missouri, de l'Ohio, de la Pennsylvanie et du Rhode Island étaient acquises. Restaient mercredi deux inconnues – la Virginie et le Montana – mais dans la journée, les médias américains annoncaient déjà le triomphe des démocrates sans pour autant que ces victoires soient officiellement confirmées. Jeudi, le sénateur républicain sortant Conrad Burns a été le premier à concéder sa défaite face au démocrate Jon Tester dans le Montana. Puis ce fut le tour du sénateur républicain de Virginie de s'incliner.

M. BUSH ASSUME UNE "LARGE PART DE RESPONSABILITÉ"

C'est donc avec un tout nouveau Congrès que le président George W. Bush devra composer à partir de janvier. Une donne politique qui ne sera pas évidente pour le président américain dont le parti contrôlait la Chambre des représentants depuis 1994 et le Sénat depuis 12 ans, à l'exception d'une brève période entre 2001 et 2003.

Prenant acte de ce qu'il a lui-même qualifié de "raclée", le président Bush a indiqué, mercredi, qu'il assumait une "large part de responsabilité" dans cette défaite. Estimant que "beaucoup d'Américains ont voté [mardi] pour exprimer leur mécontentement sur le manque de progrès" en Irak, il a annoncé le départ de son secrétaire à la défense Donald Rumsfeld, symbole de la guerre en Irak. M. Bush a précisé que M. Rumsfeld serait remplacé par l'ancien directeur de la CIA Robert Gates. La démission de Donald Rumsfeld, qui, aux commandes du Pentagone depuis 2001, avait fini par incarner la guerre en Irak, avait été réclamée par l'opposition démocrate, et même par plusieurs candidats républicains en campagne. Elle a été saluée par des élus des 2 bords.

"LE CONGRÈS LE PLUS HONNÊTE, LE PLUS ÉTHIQUE DE L'HISTOIRE"

Menacé de paralysie politique, M. Bush a réaffirmé jeudi sa volonté de "tourner la page des élections et de travailler ensemble sur les grandes questions auxquelles l'Amérique est confrontée". Cela vaut aussi pour l'Irak, a-t-il indiqué, précisant qu'il était "ouvert à toutes les idées et toutes les propositions".

Future présidente de la Chambre des représentants et, à ce titre, 3ème plus haut personnage politique des Etats-Unis, la démocrate Nancy Pelosi a promis de faire, pendant la prochaine législature, "le Congrès le plus honnête, le plus éthique et le plus ouvert de l'histoire". La dirigeante, qui doit déjeuner jeudi à la Maison Blanche, faisait référence à divers scandales de corruption ayant pesé sur la majorité républicaine sortante, ainsi qu'à la virulence des clivages partisans de ces dernières années.

Partager cet article
Repost0
9 novembre 2006 4 09 /11 /novembre /2006 19:24
Après la victoire des Démocrates, les Etats-Unis doivent faire l'expérience d'un"bipartisme renouvelé"

ne grande partie de la presse américaine du jeudi 9 novembre voit dans le résultats des élections le souhait de l'électorat de mettre fin à l'extrême bipolarisation de la vie politique des Etats-Unis ces dernières années. "Ces élections ont été une réaction à la guerre en Irak et aux scandales de corruption, mais aussi un rejet de la politique électoraliste exercée par Bush", note le Washington Post, qui salue l'appel du président à une"nouvelle ère de coopération " entre démocrates et républicains. Le New York Times voit dans ce résultat, et dans la réponse qu'y a apportée Bush, la preuve d'un "bipartisme renouvelé dans la nation", et considère cette cohabitation comme une "catharsis nécessaire au système".

Pour le New York Times, le renouveau démocrate est plus limité qu'il n'y paraît. "La culture de droite de certains membres de cette nouvelle génération est plutôt une bonne nouvelle pour les conservateurs", explique le quotidien, qui note que la victoire de Lieberman sur une gauche agressive durant la campagne est plutôt encourageante pour les républicains. Le Washington Times remarque que si les démocrates ont gagné, c'est grâce à " des candidats favorables à une baisse des impôts, au second amendement [sur le droit au port d'une arme], ou même anti-avortement". "Opportun ou pas, cet hommage aux valeurs conservatrices a remporté du succès", note le journal, pour qui le verdict est  "lourd, clair, et sans ambiguïté"  : le ras-le-bol de l'électorat conservateur vis-à-vis du Parti républicain, mais pas de ses valeurs.

RÉUSSIR À GOUVERNER ENSEMBLE

Le véritable défi est désormais pour les deux partis de réussir à diriger ensemble le pays, note la presse. Comment gouverner avec des démocrates qui ont traité le président de "menteur" et d'"incompétent" durant la campagne, se demande le New York Times ; tandis que le Washington Post relève que "le défi, c'est la coopération", et note un vrai pas en avant du camp Bush dans le sens de la collaboration, avec le départ de Donald Rumsfeld. Le journal y voit une secoussse sismique", et une "spectaculaire démonstration de flexibilité". "Mieux vaut tard que jamais", se félicite le Los Angeles Times, qui voit aussi dans la démission du "faucon", devenu au fil des mois le symbole de l'inflexibilité de l'administration Bush, le point de départ d'un profond changement de stratégie. "Gate [son successeur] est tout ce que Rumsfeld n'est pas : une personnalité discrète, un homme de consensus", note le journal, qui sous-entend qu'il pourrait être l'homme du renouveau.  Mais le très conservateur Weekly Standard doute que Bush soit prêt à changer sa politique en Irak.

La polarisation du débat autour de l'Irak ne doit pas, cependant, faire oublier que l'enjeu est désormais l'élection présidentielle de 2008, et que les " candidats démocrates, dont Hillary Clinton, sont désormais sous pression pour clarifier leur position ainsi que celle de leur parti dans les mois à venir", souligne le Washington PostMother Jones, qui rappelle les paris du nouveau gouverneur de l'Etat de New York, Elliot Spitzer, élu sur un programme de lutte anti-corruption, se demande si les démocrates sauront faire la différence et mettre en œuvre un programme véritablement démocrate, dans la perspective des élections de 2008.

Partager cet article
Repost0
9 novembre 2006 4 09 /11 /novembre /2006 19:20
Quand Mme Royal proposait de
"faire les 35 heures au collège"

ne vidéo, postée le 8 novembre 2006 sur la platerforme de partage Dailymotion par un certain "Jules-Ferry" montre Ségolène Royal proposant que les enseignants restent présents 35 heures dans leur établissement pour pouvoir, en plus de leurs heures de cours, apporter un soutien scolaire gratuit aux élèves en difficulté. L'équipe de la présidentiable socialiste ne souhaite pas commenter ce document amateur, pointé par le blog politique Nues Blog.

"On est dans un système où finalement les parents qui ont les moyens, (...) lorsque leurs enfants sont en difficulté (...), donnent des cours de soutien scolaire individualisé", expose la présidentiable socialiste. "Comment se fait-il, s'interroge-t-elle, que les profs du secteur public aient le temps d'aller faire du soutien individualisé payant et n'ont pas le temps de faire du soutien individualisé gratuit dans les établissements scolaires ?"

Mme Royal prévient que sa proposition est révolutionnaire et qu'elle ne la criera donc pas sur les toits "parce qu'elle ne veut pas se prendre des coups des organisations syndicales enseignantes". Mais, mise en ligne le 8 novembre, la vidéo a déjà été vue environ 7 000 fois.

Cette vidéo est datée par son auteur de janvier 2006. Sa publication, à une semaine du vote des militants socialistes pour choisir leur candidat à l'élection présidentielle, n'est sans doute pas un hasard de calendrier.

Constance Baudry
Partager cet article
Repost0
9 novembre 2006 4 09 /11 /novembre /2006 09:31
Les démocrates ont pris le contrôle du Sénat, selon les médias américains

Pour la 1ère fois depuis 1994, les démocrates ont pris le contrôle des deux Chambres du Congrès. Les démocrates devenus majoritaires à la Chambre des représentants ont parfait leur triomphe, mercredi 8 novembre, en conquérant le Sénat. Selon les chaînes de télévision NBC et CBS, le démocrate Jim Webb a remporté le siège très disputé de sénateur détenu par le républicain George Allen en Virginie. Les démocrates disposent ainsi de 51 sièges sur 100 au Sénat.

Les républicains, qui contrôlent la Maison Blanche depuis 2001, avaient la majorité à la Chambre des représentants depuis 1994 et contrôlaient également le Sénat depuis douze ans, à l'exception d'une brève période entre 2001 et 2003. Les démocrates devraient compter au moins 229 représentants à la Chambre des représentants, 51 sénateurs et 28 gouverneurs sur 50.

Pour obtenir la majorité au Sénat, les démocrates avaient besoin d'enlever au moins six sièges aux républicains sans en perdre un seul. Peu d'analystes jugeaient cette performance possible à la veille des élections. Outre la Virginie, ils ont enlevé aux républicains un siège de sénateur dans le Montana, dans le Missouri, en Ohio, en Pennsylvanie et dans le Rhode Island.

CONDUIRE LE PAYS "VERS UNE NOUVELLE DIRECTION"

Dans le Montana et en Virginie, la victoire a été obtenue à l'arraché à quelques milliers de voix près. Dans ces deux Etats, les sénateurs sortants républicains refusent toujours de reconnaître leur défaite même si les experts estiment que la victoire démocrate, même ténue, est sans appel.

"Les Américains ont indiqué clairement et sans hésitation que les démocrates devaient conduire ce pays vers une nouvelle direction", a affirmé Harry Reid, chef des démocrates du Sénat. "Que ce soit en Irak ou aux Etats-Unis, les Américains sont fatigués des échecs enregistrés" depuis le début du mandat de George W. Bush, a-t-il ajouté.

Le président américain, lors d'une conférence de presse organisée au lendemain des élections qui le condamnent à cohabiter avec le Parti démocrate pour les deux dernières années de sa présidence, a aussi indiqué qu'il assumait une "large part de responsabilité" pour la "raclée" essuyée.

La future présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui doit déjeuner jeudi à la Maison Blanche, a promis de faire de la prochaine législature, qui entrera en fonction en janvier, "le Congrès le plus honnête, le plus éthique et le plus ouvert de l'Histoire".


Donald Rumsfeld, le vieux bagarreur qui voulait venger l'Amérique humiliée

oici un portrait de Donald Rumsfeld publié dans Le Monde daté du 22 mars 2003. Il a alors déjà soutenu l'intervention américaine en Afghanistan, et plaidé pour l'invasion de l'Irak, qui vient de débuter et aboutira à l'occupation du pays. Le chef du Pentagone se fera beaucoup plus discret après la révélation, en avril 2004, du scandale des sévices infligés à des Irakiens par des militaires américains à la prison irakienne d'Abou Ghraib. Pendant ses années au Pentagone, Donald Rumsfeld s'est aussi attaché à réformer l'armée américaine pour qu'elle soit plus réduite et plus souple, mieux adaptée aux défis de l'après guerre froide.

Il y a quarante ans, alors que le démocrate John Fitzgerald Kennedy était président des Etats-Unis, certains observateurs pensaient avoir identifié le "JFK" républicain en la personne d'un député de l'Illinois. Issu d'un milieu beaucoup plus modeste que John Kennedy, Donald Rumsfeld, qui a grandi dans un faubourg de Chicago, a gagné une bourse pour faire des études de science politique à Princeton. Il s'engage ensuite dans la marine et devient pilote, puis instructeur de l'aéronavale, mais c'est la politique qui l'attire. Ayant appris le métier auprès d'un représentant de l'Ohio, il est élu député en 1962, à 30 ans, dans sa ville natale. Comme Kennedy, il est intelligent, cultivé et beau garçon.

Mais la vie politique ne tient pas, pour M. Rumsfeld, les promesses de ses débuts. Constamment réélu, le jeune congressman se heurte aux barons du Parti républicain. Après la victoire de Richard Nixon à l'élection présidentielle de 1968, son ascension apparaît bloquée. Nixon lui propose la présidence d'un organisme de la Maison Blanche chargé de la lutte contre la pauvreté. Le règne de Nixon est resté dans les mémoires comme réactionnaire, mais, en matière sociale, ses politiques menées n'étaient pas très différentes de celles des démocrates.

Ambassadeur des Etats-Unis à l'OTAN en 1972, M. Rumsfeld doit à cet éloignement de ne pas être mêlé aux péripéties de l'affaire du Watergate, qui contraint Nixon à la démission en 1974. Dans ses Mémoires, l'ancien président rend hommage à la loyauté de l'ambassadeur, indiquant que ce dernier lui a proposé de rentrer à Washington pour participer à la contre-offensive face à la procédure de destitution initiée, au Congrès, par les démocrates.

Lorsque le vice-président Gerald Ford remplace Nixon, il choisit M. Rumsfeld comme secrétaire général de la Maison Blanche. L'année suivante, il décide de changer deux des principaux responsables de la sécurité, le secrétaire à la défense et le directeur de l'Agence centrale de renseignement (CIA). Pour le premier poste, il choisit M. Rumsfeld ; pour le second, il désigne un autre ancien parlementaire, alors ambassadeur à Pékin : George H. W. Bush.

Les rapports entre M. Bush père et M. Rumsfeld sont déjà mauvais, mais ils se dégradent considérablement à la suite de cet épisode. L'ancien député du Texas soupçonne son rival de le pousser vers la CIA dans l'idée qu'un directeur du renseignement ne pourrait jamais devenir président des Etats-Unis. De fait, lors des auditions de confirmation par le Sénat, M. Ford doit s'engager à ne pas prendre M. Bush comme candidat à la vice-présidence en 1976. Cette élection ayant été remportée par le démocrate Jimmy Carter, M. Rumsfeld passe dans le secteur privé comme dirigeant du groupe pharmaceutique Searle. Sa carrière politique, bloquée une première fois au Congrès, vient à nouveau de tourner court, cette fois du côté de l'exécutif.

Au sein du Parti républicain, la compétition, en 1980, oppose principalement Ronald Reagan et George H. W. Bush, le second devenant finalement le colistier du premier. M. Rumsfeld ne participe guère à cette bataille, mais place sa mise du côté des reaganiens contre le "réaliste" Bush, auquel il reprochait déjà, cinq ans avant, de minimiser l'agressivité soviétique. L'hostilité du vice-président empêche M. Rumsfeld de retrouver des fonctions gouvernementales, mais, en 1983, M. Reagan le désigne comme son envoyé spécial au Proche-Orient. C'est à ce titre qu'il remplit, à Bagdad, une mission aujourd'hui très controversée, encore que les médias américains ne lui aient pas accordé beaucoup d'attention.

Il faut attendre l'édition du Washington Post du 30 décembre 2002 - certainement pas la plus lue de l'année, entre Noël et jour de l'an - pour découvrir une photo de la poignée de main échangée par M. Rumsfeld et Saddam Hussein, dix-neuf ans plus tôt, dans la capitale irakienne. L'Irak est en guerre avec l'Iran depuis trois ans, et la politique de Washington est dictée par la crainte d'une extension de la révolution iranienne. Sous la présidence de M. Carter, les mises en garde d'un analyste du Pentagone, Paul Wolfowitz, au sujet du risque irakien, sont considérées comme secondaires par rapport au danger iranien. Quand l'aviation israélienne détruit, en 1981, la centrale nucléaire civile achetée par l'Irak à la France, Washington condamne ce raid. La visite de M. Rumsfeld, les 19 et 20 décembre 1983, débouche, un an plus tard, sur le rétablissement des relations diplomatiques, rompues par l'Irak lors de la guerre israélo-arabe de 1967. Revenu à Bagdad en mars 1984, le représentant de M. Reagan n'a d'entretiens, cette fois, qu'avec le ministre des affaires étrangères, Tarek Aziz.

A cette époque, l'Irak utilise, contre les forces iraniennes, des armes chimiques. Interrogé sur CNN, en septembre 2002, M. Rumsfeld affirme que, lors de sa première visite, il a "mis en garde" Saddam Hussein contre l'emploi de ces gaz. Un porte-parole corrige, ensuite, cette affirmation en indiquant que la question a été abordée, en fait, avec M. Aziz. Ce qui est sûr, c'est que la réaction de Washington à l'emploi de ces armes est des plus modérées. Surtout, le soupçon existe que les Etats-Unis aient autorisé l'Irak à se procurer sur leur territoire, à cette époque, des produits tels que des souches du bacille du charbon et de la peste.

Selon Gary Milhollin, qui dirige un programme de l'université du Wisconsin sur la prolifération des armements non conventionnels, la politique menée alors par Washington a aidé Saddam Hussein à "bâtir son arsenal d'armes de destruction massive". Richard Perle, président du Defense Policy Board, affirme, au contraire, que les Etats-Unis ont seulement apporté à l'Irak "une aide en termes de renseignement".

M. Rumsfeld renonce, en mai 1984, à sa mission de bons offices au Proche-Orient pour se consacrer à ses activités de chef d'entreprise, qui ont fait de lui un homme riche. En 1988, il envisage de participer aux primaires républicaines pour la succession de M. Reagan, mais s'efface vite devant son vieil ennemi, George H. W. Bush. Alors que son ancien adjoint à la Maison Blanche, Richard Cheney, devient secrétaire à la défense, M. Rumsfeld est tenu à l'écart de toute fonction officielle sous le règne du 41e président des Etats-Unis.

Sa traversée du désert continue avec Bill Clinton, qui lui confie cependant, en 1998, la présidence d'une commission chargée d'étudier les projets de défense antimissile et de faire des propositions. Le 43e président, George Bush fils, encouragé en ce sens par M. Cheney, permet à M. Rumsfeld de revenir à la tête du Pentagone, où il avait été, en 1975, le plus jeune ministre de la défense de l'histoire des Etats-Unis.

Ce retour manque de mal se terminer. Arrivé à Arlington, où est installé le ministère de la défense, avec un projet de modernisation des forces armées, le vétéran se met à dos, en quelques mois, une bonne partie des états-majors et leurs alliés au Congrès. Sa bataille pour la fermeture de bases et pour l'abandon de programmes d'armement, à ses yeux dépassés, s'annonce si mal qu'il rivalise avec le secrétaire au Trésor, Paul O'Neill, dans les paris sur le premier remaniement ministériel de l'équipe Bush. Les attentats du 11 septembre 2001 bouleversent tout. Le secrétaire à la défense devient l'homme de la guerre en Afghanistan, celui à qui il incombe de venger l'Amérique et d'organiser l'offensive générale contre le terrorisme. La modernisation de l'outil de défense, passée au second plan, est rendue plus facile par l'évidence des nouveaux défis. L'augmentation spectaculaire des crédits permet d'éviter ou de retarder les arbitrages les plus douloureux.

Adolescent, M. Rumsfeld dirigeait l'équipe de lutte de son lycée. Il aime la bagarre, mais il aime, aussi, la théorie. Il parsème ses conférences et ses entretiens de maximes telles que : "Il y a ce qu'on sait et ce que l'on ne sait pas. Et il y a ce qu'on sait ignorer et ce que l'on ne sait pas qu'on ignore."

En 1976, il a publié un opuscule, baptisé Les Règles de Rumsfeld, recueil de conseils pour mener les luttes politiques à Washington. L'une d'elles s'adresse au chef du Pentagone, qu'il est alors : "Réservez-vous le droit de vous mêler de tout et exercez-le." Il ne s'en prive pas, arrosant ses collaborateurs de notes qu'il enregistre sur un dictaphone et que les gens du Pentagone ont surnommées les "flocons de neige". Périodiquement, les journaux se font l'écho de l'exaspération anonyme des militaires face à l'arrogance du ministre et de sa "bande de civils".

Dans son bureau, où il arrive chaque matin à 6 h 30 et où il travaille debout à un pupitre, Donald Rumsfeld est sûr d'une chose : il aura dû attendre l'âge de 70 ans, mais sa place dans l'histoire des Etats-Unis est assurée. Il lui reste à faire en sorte qu'elle soit bonne.

Partager cet article
Repost0
8 novembre 2006 3 08 /11 /novembre /2006 15:20

Mme Royal et la démocratie d'opinion

Analyse publiée par Jean-Louis Andreani dans le journal Le Monde (édition du 1er novembre 2006)

La méthode Royal est-elle susceptible, ou non, de rapprocher les citoyens de la politique ? C'est l'une des principales questions soulevées par le phénomène qu'a réussi à créer autour d'elle la présidente du Parti socialiste de Poitou-Charentes. La favorite des sondages au sein du PS affiche une volonté très claire de réduire le fossé entre la population et ses élus, de faire reculer un scepticisme qui mine la démocratie et qui avait provoqué, notamment, l'horreur politique du 21 avril 2002.

L'objectif avoué est louable. Eriger au rang de priorité la réduction de la fracture entre le "peuple" et ses élites aurait dû inspirer les dirigeants des différents partis, en particulier le PS, bien avant que Mme Royal ne s'en empare. Etre à l'écoute de la population, en particulier de celle qui souffre, restaurer l'espoir des moins favorisés, rompre le splendide isolement des palais nationaux, sortir d'un moule intellectuel qui peut pousser à la cécité politique est urgent.

De tous ces points de vue, la volonté de valoriser la "démocratie participative" n'a rien de critiquable en soi. Associer davantage les citoyens à la gestion locale est une idée ancienne, prônée par exemple par le mouvement des groupes d'action municipale (GAM), qui avait servi de laboratoire politique à la gauche dans les années 1960 et 1970. Plus récemment, le gouvernement de la gauche plurielle avait fait voter la loi du 27 février 2002 sur la "démocratie de proximité", qui explore cette même voie en créant des "conseils de quartier" dans les villes de plus de 80 000 habitants.

Mais jusqu'où faut-il étendre le champ de la démocratie participative ? Est-il souhaitable de donner davantage de pouvoirs aux instances à travers lesquelles elle s'exprime ? Faut-il bousculer les élus qui ont parfois des réticences face à de tels contre-pouvoirs ? Jusqu'à quel point la démocratie participative peut-elle "changer la vie" ? Ces débats sont permanents et légitimes.

Le problème soulevé par le phénomène Royal n'est pas là. La candidate potentielle a une façon de présenter les choses qui crée une ambiguïté, voire une sensation de malaise, et qui explique que ses adversaires, de droite comme de gauche - qui cherchent évidemment le défaut de la cuirasse -, puissent la taxer de populisme et de démagogie, en trouvant un écho dans une partie de l'opinion et des militants socialistes.

Ce serait faire injure à Mme Royal de penser qu'elle ne maîtrise pas son vocabulaire. Or celui qu'elle emploie n'est pas neutre. Lorsqu'elle utilise des termes comme "jury", " surveillance populaire" (avant de les abandonner devant les critiques qu'ils provoquent) ; quand elle accuse ses adversaires d'avoir "peur du peuple", ou de prétendre que "tout va bien", elle ne contribue pas à dissiper la défiance à l'égard du personnel politique. Au contraire, elle l'entretient, la justifie, qu'elle le veuille ou non. Autant dire que ce n'est sans doute pas la meilleure manière de s'y prendre pour restaurer l'image du politique.

Longtemps, la désacralisation de la politique en France a semblé relever de l'urgence. Les sarcasmes contre cette République "monarchique" allaient de pair avec la revendication d'un Etat et d'une politique devenus plus "modestes", gage d'un fonctionnement plus démocratique et d'une meilleure proximité avec le citoyen. On tombe aujourd'hui d'un excès dans l'autre, en faisant des élus des personnages assez peu fiables pour n'être autorisés à agir qu'avec l'aval explicite et sous la surveillance constante, jusqu'au sein du conseil des ministres, de leurs électeurs.

L'approche politique de Mme Royal pose aussi la question du rapport à l'opinion et à ses fluctuations. Ségolène Royal est populaire au PS parce qu'elle est en tête des sondages d'opinion. Et elle doit ce résultat, en bonne partie, au fait de coller aux tendances dégagées par les sondages thématiques, sur les questions qui préoccupent le pays. Autrement dit, la boucle est bouclée : les sondages mènent le jeu.

Cela fait longtemps qu'ils tiennent une place importante dans le paysage politique, et ceux qui affirment s'en moquer sont souvent les premiers à les éplucher avec un soin obsessionnel. Au demeurant, la prise en compte de l'opinion est aussi un élément de modernisation de la démocratie, et il est difficile de gouverner durablement contre elle. Mais un nouveau pas est franchi, avec toutes les inquiétudes que peut soulever cette évolution.

RENVERSER LES RÉSULTATS

Lorsque Mme Royal explique que, sur la Turquie, son opinion sera celle du peuple, elle tourne le dos à l'idée selon laquelle l'homme, ou la femme, politique était supposé (e) être élu (e) à partir de convictions qu'il (elle) a su défendre avec assez de force pour les faire partager. L'exemple de la peine de mort, abolie par la gauche contre tous les sondages et qui suscite maintenant un large consensus, a été cité à de multiples reprises, mais il conserve sa valeur.

Il est bien sûr permis de défendre une conception inverse de celle illustrée alors par l'initiative de François Mitterrand sur le châtiment suprême. Il est plus difficile de prétendre qu'elle restaure la légitimité du politique. En poussant le raisonnement à ses limites, autant vaudrait déterminer quel est le meilleur institut de sondages, puis décider que son directeur deviendra président, avec pour mission de mettre en oeuvre une politique inspirée des réponses à des questionnaires judicieusement établis et soumis à un échantillon représentatif de la population...

Outre les objections de principe, la faisabilité de ce type de gouvernement est elle-même incertaine. Tous les sondeurs et les politiques savent que l'opinion est versatile, qu'elle peut être convaincue à force de pédagogie ou intoxiquée à coups de désinformations. Les sondages peuvent se tromper, être contradictoires.

Laurent Fabius avait fait un jour la démonstration, à la télévision (lors de l'émission "L'heure de vérité" d'Antenne 2 en décembre 1987), qu'on peut renverser les résultats d'un sondage en quelques minutes, rien qu'en changeant de ton... Et Michel Rocard, qui fut le premier dirigeant à théoriser les rapports entre l'opinion et le politique, souligne aujourd'hui, après avoir passé trois ans à Matignon, que gouverner au sondage relève de l'impossible.

Dans un ouvrage qui survole six siècles de crises, voire d'effondrements français (Le Phénix français, Flammarion, 18 euros), le journaliste Georges Valance souligne que le pays, à chaque fois, a repris pied grâce à une impulsion forte, donnée par un personnage politique déterminé, qui ne craint pas de prendre des risques. L'inverse, en somme, d'un mode de gouvernement à la godille, qui ferait de l'image et de l'écoute des sondages sa principale force.

Partager cet article
Repost0