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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

19 septembre 2014 5 19 /09 /septembre /2014 13:35

000_par7978167.jpgLe Premier Ministre Manuel Valls a annoncé lors de sa deuxième déclaration de politique générale ce mardi 16 septembre 2014, une nouvelle modification du calendrier électoral pour les élections départementales.

Lorsque la gauche a emporté l'élection présidentielle et les élections législatives en 2012, le Président de la République et la majorité parlementaire se sont empressés avec justesse de reporter les élections régionales et cantonales en mars 2015. La précédente majorité et le Président Sarkozy avait fixé la fin du mandat des conseillers généraux et régionaux élus en 2011 et 2010 à mars 2014, en cohérence avec la création de l'élu hybride et physiquement exceptionnel qu'aurait été le conseiller territorial, siégeant à la fois au conseil général et au conseil régional. Il s'agissait donc de se redonner du temps pour adopter d'ici là une réforme territoriale cohérente.

On a vu entretemps ce qu'il en a été de la ou plutôt des réformes territoriales successives ; personne n'y voit goutte.

Finalement, Manuel Valls annonce en avril dernier lors de sa première déclaration de politique générale la fusion des régions françaises et la possible disparition des départements. Les élections déparmentales et régionales étaient désormais prévues par le projet de loi en cours d'examen au parlement en décembre 2015.

Il y a quelques mois, des proches de Cambadélis (oui j'ai des "amis" douteux) m'avaient assuré que le report des deux élections à décembre 2015 avait été "dealé" avec le Conseil constitutionnel.

Pourtant, soudainement, en plein été, alors que les appels à convoquer en urgence un congrès montent de tous côtés, on s'inquiète opportunément d'un risque de censure !? Par ailleurs, comment le conseil constitutionnel accepterait le maintien des régionales en décembre 2015, s'il avait menacé de censurer les départementales pour la même date ? ça ne tient pas debout.

Tout cela ne peut donc être qu'une opération d'une médiocrité crasse pour avoir un prétexte pour repousser le congrès à 2016, en espérant que d'ici là suffisamment de militants de la gauche du PS auront déserté nos rangs par colère et lassitude. Un congrès tardif écarte aussi la faisabilité d'une primaire citoyenne.

Ce type de méthodes n'est tout simplement pas acceptable.

Frédéric Faravel

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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 21:46

Nicolas-sarkozy-garde-a-vue scalewidth 630C'est devant les micros et les caméras de deux médias amis – TF1et Europe 1 – que Nicolas Sarkozy a choisi de donner sa version de la journée de garde à vue qui a conduit à sa mise en examen pour «corruption active et trafic d'influence actif» dans l'affaire révélée par les écoutes sur le financement Bettencourt et libyen et le cas de Bernard Tapie.

Sarkozy, éternelle victime – un refrain bien connu

Comme l'on pouvait s'y attendre, l'ancien Président de la République a protesté de son innocence absolue, s'est posé en victime d'une «instrumentalisation politique» de la justice. Sa mise en examen ne serait à l'en croire qu'une nouvelle stratégie pour empêcher son retour actif en politique (donc on voit qu'il n'y a pas que la corruption et le trafic d'influence qui sont actifs). Il aurait subi un traitement exceptionnel qui ne tiendrait qu'à la haine que lui voueraient la gauche et une partie de la magistrature française : «Est-il normal que je sois placé en garde à vue pendant quinze heures sous la surveillance, d'ailleurs, de policiers qui ont remarquablement fait leur travail, à qui, bien sûr, je n'ai rien à reprocher. Mais ne pouvait-on pas me convoquer pour que je réponde aux questions des juges ?» «Devais-je absolument avoir rendez-vous avec les deux dames qui m'ont donné rendez-vous à 2 heures du matin cette nuit, après 14 heures d'interrogatoire par les policiers ?»

Nicolas Sarkozy, tout à la construction de sa posture de victime des beaux quartiers, oublie au passage que les gardes à vues, parfois très longues, sont le lot commun de nombreux Français à qui la Justice demande de rendre des comptes avant de les mettre ou non en examen. N'en déplaise à l'ancien Président de la République, ce qui lui est arrivé n'est ni exceptionnel ni un événement inédit : il n’est pas le premier ancien président à être mis en examen. Lui-même l'avait déjà été en avril 2013 pour «abus de faiblesse» dans l’affaire Bettencourt, avant de bénéficier d'un non-lieu à l'automne (on y reviendra). Avant lui, son prédécesseur Jacques Chiracavait été mis en examen à deux reprises dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, en 2007 et en 2009, avant d’être condamné à 2 ans de prison avec sursis pour «détournement de fonds publics», «abus de confiance» et «prise illégale d'intérêt». Sa garde à vue, initiée mardi 1er juillet, était en revanche une première historique pour un président français, mais comme l'indiquait hier sur France InterJean-Pierre Rosenczweig, président du tribunal pour enfants de Bobigny forcé de prendre sa retraite, le traitement très favorable accordé à Jacques Chirac – c'est à dire sans garde à vue, les juges d'instruction s'étant déplacés dans ses bureaux – était, lui, bel et bien une exception que rien ne justifiait. Notons que le citoyen commun qui aurait été l'objet d'une garde à vue qui se serait prolongerait en début de soirée n'aurait pas eu la possibilité de passer devant le juge d'instruction en pleine nuit, aurait donc été placé sous mandat de dépôt pour la nuit avant d'être présenté au juge au mieux le lendemain matin ; en signifiant sa mise en examen à 2 heures du matin, les juges d'instruction ont donc évité à l'ancien président de passer la nuit au dépôt et lui auront permis de rentrer chez lui dormir.

La garde à vue ne dépend pas de la gravité des faits. On ne peut donc comparercelle du 1er juillet 2014 et d’autres affaires politiques où il n’y a pas eu de recours à cette mesure. On peut par contre rappeler que Claude Guéant et Isabelle Balkany ont été entendus dans ce cadre, qui n'a donc rien d'exceptionnel. La garde à vue est une forme de convocation judiciaire particulière, qui implique une privation de liberté, dans le but de garder le suspect à disposition des enquêteurs et de l’empêcher de communiquer, modifier des preuves ou de fuir (une seule de ces raisons suffit et il n'est pas nécessaire de les cumuler pour la justifier, et personne ne peut soutenir l'idée que les juges d'instructions qui ont choisi à cette occasion la garde à vue auraient dévoyé la procédure en fantasmant ouvertement sur les risques de fuite de l'ancien locataire de l’Élysée).Elle n’est possible que si «il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner[que le suspect]a commis ou tenté de commettre un crime ou un délit puni d'une peine d'emprisonnement».Son régimea été modifié en 2011 – sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, donc, et à n'en pas douter il a suivi de près sa réforme. La garde à vue n’est désormais possible que si elle constitue la seule option des enquêteurs pour :

  1. Permettre l'exécution des investigations impliquant la présence ou la participation de la personne

  2. Garantir la présentation de la personne devant le procureur de la République afin que ce magistrat puisse apprécier la suite à donner à l'enquête

  3. Empêcher que la personne ne modifie les preuves ou indices matériels

  4. Empêcher que la personne ne fasse pression sur les témoins ou les victimes ainsi que sur leur famille ou leurs proches

  5. Empêcher que la personne ne se concerte avec d'autres personnes susceptibles d'être ses co-auteurs ou complices

  6. Garantir la mise en œuvre des mesures destinées à faire cesser le crime ou le délit

  7. La garde à vue est cependant tout sauf rare. Selon les chiffres officiels, hors délit routier, 286 337 personnes ont été mises en garde à vue en 2013.

[je n'invente rien, toutes ces descriptions sont sur le site internet LeMonde.fr]

La «vérité» est toute autre : Nicolas Sarkozy n'a sans doute toujours pas fait le deuil de son statut d'immunité présidentielle absolue qu'il avait bâti et qu'il a perdu le 15 mai 2012. Il ne supporte pas d'être redevenu un justiciable comme un autre et c'est bien lui qui fantasme sur le fait que son «statut» d'ancien Président de la République pourrait le placer au dessus du commun des citoyens français. Il a d'ailleurs doctement expliqué que son état devrait lui valoir un respect supérieur.

1020472_affaire-des-ecoutes-telephoniques-comment-nicolas-s.jpgL'opération médiatique d'hier soir n'avait finalement qu'un objectif, celui de lui permettre de perpétuer son objectif de revenir en politique – et pour cela déjouer le piège judiciaire que lui auraient tendu, dans son esprit, ses adversaires politiques. C'est très clair dans ses déclarations : «J'aurai à déciderà la fin du mois d'août, au début du mois de septembre (...). Je ne suis pas un homme qui se décourage devant les vilenies et les manipulations politiques» ; il n'a d'ailleurs pas manqué d'ajouter que ce qu'il espère être son accession prochaine à la présidence de l'UMP – «des responsabilités d'opposition» – devrait également lui valoir de passer dans les mailles du filet judiciaire. Nicolas Sarkozy est en fait incapable d'imaginer, tant il a été habitué à manipuler le système judiciaire lorsqu'il était à l’Élysée et même avant, qu'un autre exécutif puisse procéder autrement. Or, et c'est bien un des acquis positif du quinquennat Hollande, il se trouve que la Justice française a retrouvé depuis le 15 mai 2012 une sérénité et une liberté réelle dans la conduite des dossiers dont elle a la charge.

La stratégie de victimisation de Nicolas Sarkozy, passe encore, mais l'UMP a décidé de fragiliser la République

Je n'irai pas jusqu'à écrire que l'ensemble des responsables politiques conservateurs sont tous sur la même longueur d'onde. Il y a d'abord tous ceux qui «dans le secret de leur cœur» – comme l'a dit ce matin sur France InterNKM – espèrent que la mise en examen de Nicolas Sarkozy et la gravité des charges qui lui sont reprochées (sans connaître le fond du dossier, on peut considérer que la motivation explicite de la mise en examen est grave). Il y a ceux qui, Sarkozistes notoires ou non, ont été sincèrement bousculés par la gravité des faits reprochés et préfèrent conserver une réserve prudente.

Mais, au-delà de la folklorique Nadine Morano, la machine UMP est depuis hier à la manœuvre pour induire le déni dans l'opinion – pour l'instant cela ne semble pas recevoir l'écho espéré – et l'intervention de ténors UMP «modérés» (même si on les a déjà pris à plusieurs reprises en flagrant délit de mauvaise foi sur divers sujets) doit nous inquiéter collectivement pour la bonne santé de notre République.

Ainsi, l'inénarrable Jean-Pierre Raffarin était invité de France Info ce jeudi : «Je l’ai trouvé convaincant», a-t-il déclaré avant de critiqué le manque de «sérénité»,une «justice-spectacle»qui ne servirait ni la vérité, ni la justice elle-même. «Une convocation[qui] donne le sentiment qu'on cherche une justice-médiatique»qui ne prend pas le temps. On accordera à l'ancien Premier Ministre de Jacques Chirac et membre du triumviratqui dirige aujourd'hui une UMP embourbée dans l'affaire Bygmalion et les mécomptes de campagne de Nicolas Sarkozy qu'il lui appartient évidemment d'avoir un avis personnel sur l'aspect convaincant de l'entretien organisé par ce dernier. On pourra aussi lui répondre qu'il est curieux de dénoncer une justice spectacle lorsque la droite n'a eu de cesse lorsqu'elle était au pouvoir de monter en épingle faits divers et affaires diverses pour édifier l'opinion publique. Il est également ironique que les amis de l'ancien Président reproche aujourd'hui la médiatisation des affaires Sarkozy alors que ce dernier a toujours recherché à mettre en scène, à «spectaculariser», sa vie personnelle et politique avant et pendant son mandat élyséen. Dans ces conditions, il n'est pas besoin que des juges d'instruction appellent les médias une nuit de mise en examen pour que caméras et micros suivent et anticipent désormais ses moindres faits et gestes.

nkm_10.jpgLes insinuations de Nathalie Kocziusko-Morizet ce matin sur France Inter sont autrement plus graves. Nous passerons sur la conduite complaisante de l'entretien que menait l'animateur radio ce matin, au point qu'il cherchât à interrompre à plusieurs reprises la journaliste – spécialiste police-justice de la chaîne – lorsque celle-ci reprenait la députée de l'Essonne sur ses approximations.

Elle a, à plusieurs reprises, sous-entendu l'existence d'un «cabinet noir», dirigé depuis l’Élysée, qui instruirait à charge contre l'ancien Président de la République, en dépit de l'indépendance de la Justice. «À chaque fois [qu'il] parle d'un retour, les affaires sortent». Se défendant d'avoir un avis et des preuves sur le sujet, elle n'en a pas moins répété l'argument – reprenant les éléments de langage de celui dont elle était porte-parole au printemps 2012 – jusqu'à ce que Bernard Guetta la place devant le vide de ses contradictions. C'est là démonstration que c'est ainsi toute la droite – et pas seulement Nicolas Sarkozy – qui est incapable d'envisager que la Justice puisse être indépendante, car elle n'a pas cette pratique lorsqu'elle est au pouvoir.

Plus grave encore, elle a martelé – reprenant ici des arguments répétés par de nombreux responsables politiques UMP – qu'il était inacceptable que Nicolas Sarkozy soit «jugé par ses ennemis». On s'attendait à des attaques sur le complots des «juges rouges» dans la bouche d'Henri Guaino ou Nadine Morano ; mais les propos de NKM sont la démonstration que la «berlusconisation» de l'UMP – Silvio Berlusconi n'ayant eu que ce seul argument pour expliquer ses ennuis judiciaires – est bien plus avancée et généralisée qu'on n'aurait pu l'imaginer. Car il ne s'agit pas d'instrumentaliser comme cela arrive souvent – y compris sous la gauche – des conflits de « territoires » et d'approche entre police et justice, conflits que la droite française a toujours accentués, en dénonçant le soit-disant laxisme des juges qui handicaperait l'action des policiers, pour «démontrer» à l'opinion publique qu'elle et elle seule serait du côté de l'ordre et des victimes.

Ce refrain avait déjà été entonné mezzo vocelors de la première mise en examen de Nicolas Sarkozy ; la droite et ce dernier avait accusé le juge Gentil d'arrière-pensée politique dans la procédure qu'il conduisait, alors que ce même juge d'instruction n'était pas connu (c'est un euphémisme) pour être marqué à gauche et qu'il avait lui-même rendu un arrêt de non-lieu dans cette affaire, preuve s'il en est que les moyens juridiques utilisés par les magistrats ne préjugent pas de leur décision finale.

Aujourd'hui, c'est l'une des deux juges d'instruction qui a signifié à l'ancien Président sa mise en examen qui est mise en cause par NKM et la droite. Membre du syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche), elle aurait publiquement et politiquement pris fait et cause contre le candidat Sarkozy. Or il se trouve que les responsables et militants UMP, tout à leur emportement, développent des contre-vérités démontrées à l'encontre de Mme Claire Thépaut :

  • elle n'est pas l'ancienne présidente du SM ;

  • elle n'a pas écrit de tribune contre Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle et les propos tirés d'un reportage de Médiapart qui servent à entretenir la confusion sont loin d'être des attaques directes et acerbes : «Ce qui est certain, c'est que nous aspirons tous à retrouver du calme, de la sérénité et de la confiance (...) Puisque la Seine-Saint-Denis est devenue le symbole de la délinquance urbaine, raison de plus pour que l'on nous accorde du respect et des moyens. Etre taxés de juges rouges quand on ne fait qu'appliquer les textes de loi, ce n'est pas normal, lance la magistrate. Certains ont voulu nous opposer aux policiers, alors qu'ils sont performants et qu'ils travaillent dans des conditions difficiles. Eh bien il faut maintenant que la justice retrouve son rang face au ministère de l'intérieur, et que la séparation des pouvoirs soit enfin respectée. (...) Je ressens une certaine défiance du parquet vis-à-vis des juges d'instruction, à qui l'on confie de moins en moins de dossiers ces dernières années, même dans les affaires criminelles» (...) «Nous étions 16 juges d'instruction en 2007, et nous ne sommes plus que 12 aujourd'hui. Même les policiers s'en plaignent : il serait plus simple pour eux d'avoir le juge d'instruction comme seul interlocuteur, avec un cadre procédural simple, celui de la commission rogatoire, plutôt que d'avoir affaire à plusieurs magistrats du parquet.» ;

  • Une version tronquée d'un texte attribué à Claire Thépaut circule sur les réseaux. Or il n'est pas d'elle. Il s'agit d'une lettre ouverte publiée par le Syndicat de la magistrature, à l'intention de Nicolas Sarkozy, et donc signée de son secrétaire général, Mathieu Bonduelle. Voici la version originale.

On notera au passage que le juge Thépaut ne travaille pas seule et n'a pas décidé seule de la mise en examen de Nicolas Sarkozy et c'est ainsi faire bien peu de cas du juge Simon, qui ne semble pas, elle, faire l'objet des même attaques. De fait, la nature des mensonges et des attaques à l'encontre de Mme Thépaut sont de graves atteintes à la liberté syndicales des juges et au-delà des fonctionnaires et des salariés en général. C'est une attaque inacceptable à l'égard de la liberté du Syndicat de la Magistrature à établir et développer son discours syndical ; c'est une mise en cause répréhensible pénalement de la liberté des magistrats à adhérer au SM, ce qui ne saurait leur être reprochés dans l'exercice de leur profession.

Ces attaques stupides veulent entretenir le fantasme de la frange la plus radicale des électeurs de droite sur une «France rouge» et des «juges rouges». Le fameux laxisme des juges se doublerait d'une volonté de nuireà Nicolas Sarkozy. On peut rappelerque le Syndicat de la magistrature est minoritaire. C'est l'Union syndicale des magistrats (USM), qu'on classe plutôt à droite, qui est majoritaire. En 2010, le SM avait obtenu 32,1% des suffrages, contre 58,9% pour l'USM et 9% pour FO-Magistrats. L'affaire des écoutes révèle l'existence d'une sorte de réseau d'amitiés sarkozystes au sein de l'appareil judiciaire, ce qui tend à démontrer que tous les juges ne sont pas de gauche... Et c'est bien pour cela que l'avocat de Nicolas Sarkozy et le juge Azibert étaient eux-mêmes en garde à vue avant leurs mises en examen.

Ces tentatives de détourner l'attention de la réalité des faits ne peuvent aboutir qu'à un seul résultat (et c'est d'ailleurs l'objectif recherché) : une perte de la crédibilité totalement infondée de l'appareil judiciaire français, un des piliers de l’État de droit et de la République Française. En cherchant les arguments les plus vils pour sauver un Nicolas Sarkozy de moins en moins défendable, c'est la République que la droite met désormais en danger. De telles manœuvres opérées par Berlusconi ont abouti en Italie au surgissement sur la scène politique d'un mouvement populiste parfaitement insaisissable, conduit par le peu drôle humoriste Beppe Grillo. Tout baroque qu'il soit, il reste moins dangereux à ce stade pour la démocratie que ne l'est en France le Front National de Marine Le Pen ; c'est au renforcement de cette dernière que nous conduisent les menées irresponsables des dirigeants de l'UMP et de Nicolas Sarkozy.

Frédéric FARAVEL

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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 09:18

Nicolas Sarkozy s'est donc "enfin" adressé aux Français par l'entremise d'une tribune publiée ce matin dans Le Figaro et pour leur parler de lui et de sa personne.

PHO3f2fbc4c-b048-11e3-818f-07d248a8be93-640x230.jpgL'ancien Président de la République serait victime d'un complot judiciaire, piloté par le pouvoir politique socialiste. Il est marquant que Nicolas Sarkozy, redevenu un justiciable comme un autre, soit aujourd'hui tombé sous le coups du durcissement des politiques pénales qu'il a lui-même fait voter. Il juge les moyens disproportionnés à son encontre et bien qu'il les conteste en droit et la justice devra justifier des moyens requis pour enquêter sur son compte. Au regard des affaires en question (arbitrage Tapie-Lyonnais, sondage de l'Elysée, financement libyen présumé de sa campagne de 2007) les éléments sont en soi assez grave pour que les moyens déployés soient importants.

Le fait que le Président déchu ait choisi d'usurper l'identité d'une connaissance de son avocat pour acheter un téléphone portable sur le modèle du grand banditisme plaide également en sa défaveur : de tels moyens pris pour se protéger indiqueraient qu'il y a quelque chose à masquer. En réalité, l'immunité présidentielle, dont il a joui 5 ans et qui n'aurait jamais dû exister, lui est monté à la tête car il n'admet pas l'idée même qu'il puisse être soumis à une quelconque investigation

L'outrance est dépassé lorsque l'ancien Président compare la République Française, sa Police et sa Justice à la RDA et à la STASI. La France ne serait donc plus un Etat de droit et les investigations seraient menées par une police secrète sur réquisition politique à des fins politiques. L'excès décrédibilise en soi le propos. Mais si Nicolas Sarkozy pense que l'exécutif agit ainsi - en dépit du fait que l'amateurisme effroyable dont le gouverement fait preuve dans cette affaire pour communiquer plaide pour le contraire - c'est qu'il est incapable d'imaginer que le pouvoir puisse fonctionner autrement : on imagine tout de suite la façon dont l'Elysée devait gérer les choses sous le prédédent mandat, ce que laisse à penser d'ailleurs certains enregistrements Buisson.

Le drame dans cette affaire c'est que Nicolas Sarkozy a décidé d'agir sciemment dans l'outrance avec cette tribune et que cela participe d'une stratégie de la tension, qui ne peut que s'aggraver. A ce rythme la paranoïa des sympathisants conservateurs ne peut que s'en trouver renforcer - les propos tenus et les tracts diffusés à l'occasion des élections municipales par ceux-là le confirme d'ailleurs - et sur le refrain du "tous pourris", il n'y a que Marine Le Pen qui y retrouvera ses petits.

Non seulement, Nicolas Sarkozy vient d'insulter la République Française dont il a eu la charge pendant 5 trop longues années, mais il la met aujourd'hui sciemment en danger. Il se croit homme providentiel, seul capable de sauver la Nation en danger. Cette stratégie ne peut pas fonctionner sinon au profit de pire que lui. Mais quand bien même il croirait à son étoile bonapartiste, il est bon de rappeler que son modèle en la matière a conduit la France à la ruine et que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Frédéric FARAVEL

J'ajoute ci-dessous la vidéo de l'entretien accordé ce matin par Arnaud Montebourg à France Inter, il a été pour une fois brillant.


Arnaud Montebourg: "c'est une injure à notre... par franceinter

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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 14:19

maxnewsworldthree441679.jpgDepuis mardi 25 février, l'UMP a décidé de provoquer une vaine polémique parlementaire sur le dos du Ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. Chacun a pu comprendre en me lisant que le représentant de l'aile droite du PS n'était pas exactement la personnalité politique que j'appréciais le plus, c'est peu dire. Trop de divergences (économie, immigration, intégration, etc.) me séparent des positions qui sont les siennes et qui n'ont souvent plus grand chose à voir avec la tradition socialiste démocratique française.

Il faut cependant avoir l'honnêteté de dénoncerles faux procès faits à un homme politique, sinon toute critique que l'on pourrait lui faire ensuite perdrait toute crédibilité.

Ainsi l'UMP a accusé le ministre de l'intérieur d'avoir perdu ses nerfs en séance, tirant prétexte de l'incident qu'elle a elle-même provoqué pour justifier le boycott des Questions au gouvernement du lendemain. Selon l'opposition conservatrice, le Ministre de l'Intérieur vise depuis des mois à remplacer Jean-Marc Ayrault comme Premier Ministre (c'est possible) et sous le coup d'arbitrages récents et de quelques déboires médiatiques, Matignon s'éloignant pour lui il aurait été pris d'une fébrilité indigne d'un ministre de la République. Fébrilité qui serait étendue à l'ensemble du gouvernement et qui justifierait la démission du ministre.

Que reproche-t-on exactement à Manuel Valls ? D'avoir répondu à un député UMP qui mettait en cause la supposée connivence ou indulgence du gouvernement vis-à-vis des casseurs d'ultra-gauche à Nantes en marge de la manifestation du 23 février contre le projet d'Aéroport international à Notre-Dame-des-Landes. Alors que la plus extrême rigueur aurait été appliquée contre les manifestations anti-mariage pour tous, où se retrouvaient de manière carnavalesque conservateurs, réactionnaires et quelques groupuscules fascistes.

C'était une manière d'accuser Manuel Valls de complicité avec l'extrême gauche et l'ultra gauche. C'est une manière de sous entendre que le Parti Socialiste compte beaucoup d'anciens militants d'extrême gauche et que donc la porosité entre le parti de gouvernement et la gauche radicale ou ultra serait source de partialité. C'était également en résonnance avec le discours de nombreux dirigeants de l'UMP comparant EELV au FN.

Outre le fait que ramener sur un même plan extrême gauche et extrême droite ne tient pas une minute du point de vue de l'histoire politique du pays, il y a là une absurdité complète. Aucun responsable politique socialiste (à part peut-être Jospin et on se demande encore pourquoi il s'était enferré dans le déni) étant passé par des mouvements d'extrême gauche (LCR, OCI, GP, etc.) n'en fait mystère aujourd'hui et ils le peuvent car personne ne saurait dénoncer chez ses mouvements les mêmes dérives que celles reprochées au FN et à toute la nébuleuse d'extrême droite. D'autre part, il serait risible aujourd'hui de voir une connivence entre les membres socialistes du gouvernement et de la direction du PS, quand on constate la politique qu'ils soutiennent et qu'ils mettent en oeuvre.

Tel n'est pas le cas à droite. Le passé réactionnaire ou crypto-fasciste de certains parlementaires est en général vécu comme une maladie honteuse et mal assumé. Mais il reprend une certaine actualité lorsque l'on constate aujourd'hui la coagulation réactionnaire autour de la "Manif pour Tous". On constate également chaque jour la porosité idéologique entre l'ex droite républicaine et les nationaux-populistes, sur l'immigration, l'identité nationale, les questions de société (égalité femmes-hommes, mariage et adoption homosexuels, PMA, études de genre, éducation), l'UMP concédant ouvertement que le seul dossier qui l'empêche de s'allier au FN de Marine Le Pen est la volonté de ce dernier de quitter l'euro. Aveu terrible...

Le Ministre de l'Intérieur était donc parfaitement fondé face à la dénonciation d'une collusion imaginaire à renvoyer le parti conservateur à la collusion intellectuelle, idéologique, personnelle, historique et actuelle entre l'UMP et l'extrême droite. Il n'a pas eu de mal à démontrer que l'indulgence n'avait pas été de mise face aux casseurs (et les reportages sur les victimes des "violences policières" ce jour-là l'ont largement rappelé). Et il a pu rappeler l'origine d'extrême droite de Claude Goasguen, l'un des plus virulents parlementaires de droite. Il est pathétique que ce dernier nie aujourd'hui ce qu'il reconnaissait à demi mot hier et que les médias ont depuis quelques jours à nouveau établi.

A ce titre, non seulement Manuel Valls n'a pas commis de faute dans l'hémicycle, mais il a également fait oeuvre de salubrité politique. C'est bien la droite qui en la matière fait preuve de fébrilité et de nervosité.

Frédéric FARAVEL

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 12:35

Les cotisations versées pour votre compte par l'employeur à un contrat collectif obligatoire de santé (mutuelle d'entreprise) constituent un avantage en nature qui était jusqualors exonéré de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu.

A compter de l'imposition des revenus 2013, les cotisations à la charge de l'employeur correspondant à des garanties couvrant le remboursement des frais de maladie, de maternité, et d'accident seront réintégrées à votre salaire imposable et soumises à l'impôt. Les cotisations afférentes aux risques d'incapacité de travail et de décès resteront non-imposables.

Cette nouvelle mesure fiscale scandaleuse sera douloureuse pour les 13 millions de salariés concernés qui, d’après le centre technique des institutions de prévoyance, se traduira par une hausse de l’impôt sur le revenu de 90 à 150EUR en moyenne pour chaque salarié !

Sur la base d’une cotisation mensuelle de 100EUR prise en charge à 50% par l’employeur :

La somme à réintégrer dans le salaire imposable sera de 600EUR par an (50x1)

Si le taux marginal d’imposition est égal à :

Le salarié verra ses impôts augmenter de :

14%

+ 84EUR

30%

+ 180EUR

41%

+ 246EUR

La part des cotisations versée par les salariés à une mutuelle continuera, elle, à être déductible de leur revenu imposable, mais le plafond de déduction sera abaissé. Il passera de 8 888 EUR pour l'imposition des revenus 2012 à 5 925 EUR pour celle de 2013...

Cette mesure fiscale est donc totalement irresponsable ! Comment peut-on taxer les frais de santé et les considérer comme avantage en nature alors qu'ils contribuent à mieux protéger et soigner les salariés ? Mais « cest la loi, lANI », celle qui a été votée par une majorité au parlement et le début des transferts de de la fiscalité sur les ménages dans le cadre de l'annonce par Hollande du pacte de responsabilité… Raison de plus pour se mobiliser tous ensemble le 6 février prochain !

 10H00  | RASSEMBLEMENT devant le GIM
RDV 34, avenue Charles de Gaulle | 92000 Neuilly-sur-Seine | Métro : Porte Maillot ou Sablons                     
                              
   

 14H00  |  MANIFESTATION RÉGIONALE

RDV à République en direction de Nation

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10 janvier 2014 5 10 /01 /janvier /2014 08:42

photo_zenith.jpegAprès une journée juridique "haletante" qui se voudrait l'épilogue provisoire d'une offensive de deux semaines engagée par Manuel Valls, le Conseil d'Etat a tranché en urgence pour valider l'arrêté préfectoral qui interdisait le meeting de Dieudonné M'bala M'bala au Zénith de Nantes Métropole, après que ce même arrêté a été annulé par le Tribunal Administratif de Nantes.

Je crains malheureusement que nous ne soyons pas au bout.

Nous ne sommes pas au bout pour plusieurs raisons.

Premièrement, parce que le militant antisémite et raciste qu'est Dieudonné n'arrêtera pas de répandre sa haine que ce soit sur internet ou dans plusieurs salles ; et malheureusement, les deux dernières semaines ont offert une publicité monumentale à un individu en plein délire politique et psychologique.

Deuxièmement, parce que les recours à la décision du Conseil d'Etat existent, notamment au niveau de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) et que le passage de cette instance ne garantit à ce jour aucun résultat.

Il faut attaquer Dieudonné sur tous les fronts mais malgré la décision rapide du Conseil d’État, je continue à trouver la voie juridique utilisée fragile, notamment si elle est examinée devant la CEDH...

VallsPour l'instant Manuel Valls pourra se prévaloir d'une belle victoire politique pour tenter de faire oublier ses frasques précédentes. Le Ministre de l'Intérieur pense sans aucun doute que son action sert la République, mais je crois aussi qu'il a vu dans cette séquence une occasion d'élever sa stature. L'Elysée et Matignon semblent une fois encore avoir subi l'initiative de celui qui se croit un destin présidentiel, ce qui pose question sur la nature de l'autorité de l'exécutif.

Par ailleurs, il est étonnant que l'initiative de cette offensive soit venue de la Place Beauvau et non de la Garde des Sceaux. Il est étonnant que la circulaire émane du ministre de l'intérieur et non du ministère de la Justice, circulaire qui aurait ainsi pu être adressée à tous les parquets pour préciser la position de la République face aux infractions racistes et antisémites, la voie pénale offrant plus de garanties de succès.

Or on a vu, malgré la position du Conseil d'Etat, que la voie administrative permet de faire croire qu'il existe un débat qui ne devrait pas avoir lieu d'être puisqu'une décision a été prise dans un sens puis dans l'autre. D'autre part, on a vu un des sbires de Manuel Valls réagir avec trop de hâte hier après-midi, Luc Carvounas, s'inquiétant de la défaite politique éventuelle de son mentor après la décision du tribunal administratif de Nantes, avait commencé à réclamer une modification de la loi pour permettre l'interdiction de spectacles a priori.

Mais si la CEDH casse la décision du Conseil d’État nous aurons un double problème :

1- la législation française sur les valeurs républicaines et le racisme sera fortement mise en cause ;

2- certains y trouveront de nouveaux arguments pour dénoncer en soi la construction européenne.

Je le répète encore la voie choisie par Manuel Valls comporte en elle plus d'incertitude et de risque que d'atouts même momentanés.

Il ne s'agit de préférer aucun totalitarisme ; nous n'aurions pas dû être entraînés dans ce débat qu'a fait naître cette affaire entre liberté d'expression et lutte contre le racisme... ce qui est dramatique dans cette affaire c'est que certains d'entre nous en viennent à se poser cette question.

A ce titre, je récuse parfaitement l'anachronisme qui consiste à comparer l'affaire présente au conflit politique et juridique de la fin du XIXème siècle sur les "lois scélérates" - et je regrette que la Ligue des Droits de l'Homme et Edwy Plenel se soient enfermés dans cet argumentaire - car il y a une différence notoire entre vouloir interdire l'activité politique anarchiste et libertaire au prétexte que certains d'entre eux avaient choisi la lutte armée et le terrorisme (comme si on avait interdit les partis trotskistes ou maoïstes à cause d'Action Directe) et combattre politique et juridiquement la parole et les actes racistes et antisémités, qui ne sont en aucun cas une opinion mais des délits. D'autre part, l'Anarchisme dénonce l'ordre sociale et veut transformer la société, c'est donc en soi un humanisme, même si certains peuvent sombrer (comme pour toutes les idéologies) dans la violence ; l'antisémitisme et le racisme de Dieudonné, des groupuscules d'extrême droite, des Islamistes, et d'une bonne partie des dirigeants du Front National sont une attaque réactionnaire contre des groupes d'individus pour ce qu'ils sont c'est à dire leur identité et leur droit à l'existence : ainsi le racisme et l'antisémitisme sont en soi une violence et contienne en eux la destruction de l'Humanité.

Je suis moi-même confus de devoir reposer ces bases, ce qui démontre le point de médiocrité et de perversité qu'a atteint le débat public dans notre pays.

Si Dieudonné et les extrêmes droites - du FN jusqu'aux groupes national-socialistes - trouvent aujourd'hui échos et visibilité, c'est que la société française traverse une crise importante qui semble dévaloriser les valeurs humanistes, progressistes et universelles de la République :

  • - la crise économique et sociale que nous traversons atteint profondément la qualité de vie au quotidien des Français, la capacité de notre pays à offrir dans le travail, les revenus, et les espaces publics, une dignité et une possibilité individuelle et collective à l'épanouissement et l'émancipation ;
  • - la mondialisation dans sa version libérale et financière n'a reçu à ce jour aucune réponse sérieuse de la part des forces politiques progressistes, ni au niveau national, ni au niveau européen, et met en cause directement le principe de souveraineté populaire et donc de démocratie. Elle ne peut donc qu'angoisser nos concitoyens sur notre capacité collective à agir concrètement sur la réalité ;
  • - l'ossification de la ségrégration territoriale et sociale accentue les difficultés d'intégration et le sentiment de discrimination d'une partie importante de la population française. N'oublions pas qu'une des conséquences de notre histoire coloniale, c'est que plus de 10 millions de nos concitoyens (rapatriés d'Algérie compris) sont issus de l'ancien Empire français et peuvent donc avoir un rapport complexe avec l'action de la République française dans le passé. Ce rapport est bien plus compliqué à solder si la discrimination perdure quelques 52 ans après l'indépendance de notre dernière colonie. Ainsi, il n'est pas étonnant que certains puissent se laisser manipuler par ce qu'ils croient être une parole antisystème et que Dieudonné puisse faire croire à certains qu'il est l'écho de leur propre malaise (surtout quand il reçoit le soutien d'un Anelka, archétype du sportif qu'on a érigé en modèle - sulfureux sans doute - quasi exclusif de réussite pour les jeunes des quartiers populaires).

C'est pourquoi, bien que l'action juridique soit nécessaire pour combattre le racisme et l'antisémitisme, nous ne parviendrons pas à combattre la bête immonde sans projet politique fédérateur, sans proposer à nos concitoyens un horizon souverain.

Comme socialiste, je crois que le sens du progrès doit nous encourager plus que jamais à un projet de rupture avec le libéralisme économique, qui s'incarne en Europe dans la conception ordo-libérale. Nous ne pouvons pas poursuivre en France sur la voie illusoire d'un "socialisme de l'offre" qui n'a rien de socialiste et qui est une capitulation en règle devant l'idéologie de l'argent. Nous devons prendre le tournant de la relance, choisir l'investissement, pour espèrer résoudre la question de la dette publique tant au niveau national qu'au niveau européen, mais surtout pour offrir aux Français et aux Européens une perspective d'avenir qui tranche avec le chemin du lent déclin politique nous empruntons.

Nous devons réaffirmer le rôle de la puissance publique dans l'espace public : partout où reculent les services publics et la solidarité sociale, prospèrent les communautarismes, la xénophobie et les nationalismes.

Les élections européennes devraient être l'occasion de ce débat, d'autant plus que c'est à ce niveau que nous pouvons remettre de l'ordre dans le processus de mondialisation qui a été pourri par le libéralisme ; mais je crains que les orientations trop longtemps inscrites dans la vulgate de l'Union n'offrent en mai 2014 un piédestal aux populismes de droite et à l'extrême droite.

L'urgence du combat politique ne doit cependant pas nous détourner de la nécessité profonde de travailler à la refondation du projet socialiste.

Frédéric FARAVEL

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9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 09:39

Le combat contre le racisme et l'antisémitisme ne saurait souffrir de faiblesse. Il est donc nécessaire d'être ferme et sans pitié pour ceux qui tentent de banaliser la parole xénophobe. Poursuivre avec la dernière sévérité tout auteur de propos racistes, enquêter sur leurs petits et gros arrangements avec l'évasion fiscale et donc démonter leurs discours hypocrites sur leur soi-disant probité : voilà nos armes juridiques efficaces.

VallsCependant, je crains que la voie choisie par le ministre de l'Intérieur - dès le départ (avec une double page dans le JDD) - soit particulièrement risquée juridiquement et offre une tribune monumentale à de nombreux fachoïdes nauséabonds (et pas seulement à un barbu)... Il n'y a qu'à faire la somme de ce qui tourne en boucle depuis deux semaines dans les médias. Dans cet emballement, Manuel Valls et la Presse rivalisent pour mettre en lumière nos ennemis. Mais comme je suis un homme de gauche, je suis certain que notre camarade Manuel est évidemment animé des meilleures intentions dans cette affaire.

Je suis pour ma part convaincu que notre principale arme est avant tout politique. Je suis convaincu que les Français sont moins racistes que ne le pensent les médias et les politiques. Certains responsables politiques - essentiellement à l'UMP et de ce côté-là Fillon et Copé sont dans le même bateau - choisissent de "briser les tabous" et de banaliser les thèmes d'extrême-droite parce qu'ils pensent que c'est électoralement porteur... ils se trompent et en faisant cela ils prennent la responsabilité de banaliser l'anti-République.

Je suis également convaincu qu'il est vain de trouver des arguments pour dédouanner les discours antisionistes vertueux de ceux qui seraient un maquillage pour l'antisémitisme - voir la tentative de défense de Pierre Haski : en effet, à partir du moment où le message principal de l'antisionisme tend à dénier à l'Etat d'Israël son droit à l'existence, il sera toujours un refuge pour les lâches antisémites de tout poil, blanc, islamiste, ou "africaniste"... n'en déplaise aux doux rêveurs. Je dis cela d'autant plus tranquillement que je connais toute les ambigüités malsaines originelles du sionisme et les dérives actuelles et lamentables de cette idéologie, notamment au sein de la droite israélienne mais au-delà. En cela, je recommande chaudement à tous les lectures des essais de l'écrivain et politologue israélien Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé (2008), Comment la terre d'Israël fut inventée : De la Terre sainte à la mère patrie (2012), Comment j'ai cessé d'être juif (2013).

Je suis également convaincu qu'une vraie politique de gauche, centrée sur la relance économique et la justice sociale, répondra bien mieux aux attentes des Français tentés de voter FN que de courir derrière ce parti.

Monsieur le Président, ce sont vos électeurs qu'il faut entendre plutôt que de chercher à amadouer les "entrepreneurs".

Frédéric FARAVEL

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 13:41

valls_vice_president.jpgVoici près d'une semaine que le débat public français est focalisé sur une nouvelle déclaration polémique du Ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. Ce dernier a estimé, mardi 24 septembre, sur France Inter que les Rroms «ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres» et qu'«une minorité de familles veut s'intégrer en France».

Après celles lancées cet été, alors qu'avait été diffusé à la presse un courrier à l'exécutif dans lequel il dénonçait l'inspiration supposée laxiste du projet de loi pénale portée par sa collègue Christiane Taubira, Garde des Sceaux, Manuel Valls récidive, choisissant obstinément d'imposer à l'exécutif sa feuille de route, son calendrier et ce qu'il croit être ses intérêts en terme d'image.

Ce dernier a même réussi le tour de force avec la complicité d'une partie de la presse de faire passer Cécile Duflot, qui a ouvertement critiqué cette prise de position détonante lors des journées parlementaires des écologistes, de fauteuse de trouble.

Pourtant, à chaque fois, c'est bien le Ministre de l'Intérieur qui provoque volontairement le désordre en enfourchant sur divers thèmes des positions parfaitement démagogiques, voire ouvertement populistes. Plus largement, la liberté de ton dont dispose Manuel Valls et la relative complaisance ou indulgence dont il bénéficie de la part de l'exécutif démontrent que celui-ci est entré dans une dérive libéral-sécuritaire, qui rend aphone le parti socialiste mais qui reste résistible, peut et doit être renversée.

La circulaire du 26 août 2012

La victoire de François Hollande le 6 mai 2012 a mis fin à une période sombre pour la République Française.

Le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait débuté par l'institutionnalisation d'une ligne politique nauséabonde, qu'il avait peu à peu imposée dans le débat public depuis 2002 : la création du ministère de l'immigration et de l'identité nationale portait dans l'exécutif une stratégie national-populiste, qui n'a cessé de légitimer pendant 5 ans le discours du Front National, tout en participant à sa dédiabolisation. Le discours de Grenoble en 2010, qui faisait des Gens du Voyage et des Rroms des boucs émissaires explicitement désignés à la vindicte populaire, fut le moment de franchissement définitif des lignes rouges républicaines ; la stratégie buissonnienne de la campagne présidentielle de 2012 n'était pas une nouvelle étape de cette dérive à droite mais une simple confirmation.

La circulaire interministérielle NOR INTK1233053C du 26 août 2012 «relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites» mettait fin à la dérive de l'action de l’État. Son préambule marque explicitement les principes sur lesquels sa mise en œuvre est fondée :

«L'action de l’État relative aux campements illicites s’inscrit dans le respect des principes fondateurs de la République.
En premier lieu, le respect des décisions de justice ne saurait être mis en question. Il revient au préfet d’exécuter celles-ci, lorsqu’il est ordonné par le juge qu’il soit mis fin, au besoin avec le concours de la force publique, aux occupations illicites de terrains. Lorsque la sécurité des personnes est mise en cause, cette action doit être immédiate. Dans les deux situations, au-delà de la responsabilité de l’État, il en va des fondements même du contrat social dans notre Nation.
Il convient également, au regard de ces principes, d’assurer un traitement égal et digne de toute personne en situation de détresse sociale. Il vous incombe donc, en initiant le travail le plus en amont de la décision de justice qu’il est possible, de proposer des solutions d’accompagnement en mobilisant prioritairement les moyens de droit commun de chacun des partenaires. Cela suppose, dans une logique d’anticipation et d’individualisation, l’établissement, chaque fois que possible, d’un diagnostic et la recherche de solutions d’accompagnement, dans les différents domaines concourant à l’insertion des personnes (scolarisation, santé, emploi, logement/mise à l’abri...).»

Tous ces principes sont parfaitement fondés et légitimes. Sur cette base, il est parfaitement légitime que les maires, quelles que soient leurs orientations politiques (PCF, EELV, PS, UMP ou UDI), demandent le démantèlement des campements illicites qui se trouvent sur leur territoire communal. Cela n'en fait pas des soutiens objectifs aux propos récents du Ministre de l'Intérieur ou des otages du supposé angélisme incohérent de leurs formations politiques quand celles-ci les dénoncent.

Le problème provient directement de la mise en œuvre du démantèlement des camps. Dès les premiers mois de l'action du gouvernement, on a pu constater ici et là que la hiérarchie dans les priorités des démantèlements était souvent liée à l'orientation politique voire à l'identité géographique des communes dont les maires demandaient les démantèlements : priorité aux soutiens politiques et au département du Ministre, priorité moins évidente pour les communes dont les Maires étaient critiques ou supposés tels pour le ministre (qu'ils soient membres du PCF, d'EELV, ou même du PS).

Plus grave, la circulaire du 26 août 2012 n'est pas appliquée correctement (pour rester poli). C'est Dominique Baudis, défenseur des droits (qui agit en tant que tel, mais dont on n'oubliera pas qu'il est une personnalité de centre-droit et que sa mise au point sonne comme un camouflet pour une gauche qui n'applique pas ses propres directives). Dominiqué Baudis a dénoncé dès le 27 septembre dernier, dans un contexte qu'il a qualifié de difficile, «l'irrationnalité des arguments, des comportements et des prises de position ; […] on ne peut pas réduire à un problème national ce qui est un défi adressé à tout notre continent». «Cette circulaire interministérielle d'août 2012 n'est pas appliquée dans tous les cas, loin s'en faut, [ne demandant] pas autre chose que l'application de toute la circulaire». Il dit avoir été saisi de 4 000 cas de personnes dont les droits ont été ignorés au moment des démantèlements des camps en un an. «Quand le bilan (général et personnalisé) n'est pas réalisé, le démantèlement se passe mal». manuel-valls-enerve.pngUn constat que le défenseur des droits avait déjà fait en juillet dernier. Il avait envoyé ses recommandations au gouvernement. «Hélas, à ce jour, nous n'avons toujours pas de réponse» de Matignon, a-t-il regretté.

Amalgames et méconnaissance des Rroms

Malheureusement, l'embardée du Ministre de l'Intérieur le 24 septembre démontre qu'au-delà du non respect par la puissance publique de ses propres principes d'action (qui nécessiterait sans doute un regard plus appuyé du Premier Ministre et du Président sur l'action du ministère) Manuel Valls décide de chevaucher les pires amalgames sur une population fragile, afin de s'aligner sur l'opinion supposée de catégories sociales elles-mêmes soumises à une grande violence économique et sociale.

La dénonciation sans nuance des «modes de vie extrêmement différents des nôtres» et qu'«une minorité de familles veut s'intégrer en France» dénote soit d'une mauvaise foi absolue soit d'une méconnaissance tragique des populations concernées. Les Rroms qui quittent la Roumanie et la Bulgarie pour l'ouest de l'Europe le font dans une logique évidente d'immigration économique, renforcée par des pratiques discriminatoires ethniques, mais aussi économiques et sociales.

Ce qui est mis en cause c'est le nomadisme jugé inadapté à la société moderne. Dans le même registre, voici plusieurs mois que le patron de L'Express, Christophe Barbier, explique sur toutes les ondes (et encore récemment sur France Info) que le nomadisme est incompatible avec l'idéal républicain qui se confondrait avec un idéal de vie sédentaire. Encore une fois, ce type d'expression est erroné car cela introduit une confusion entre les Gens du Voyage, qui vivent depuis plusieurs siècles sur le territoire national et sont citoyens français et les Rroms d'Europe orientale. Les citoyens français «Gens du Voyage» se voient avec de telles prises de position niés dans leur mode de vie nomade alors qu'il est permis par les lois de la République contrairement à ce qu'indique M. Barbier.

A contrario, les Rroms, dont on dénonce le supposé nomadisme, sont des populations qui ont adopté depuis plusieurs décennies, et plus encore, un mode de vie sédentaire dans leurs pays d'origine. Soumis à l'exploitation réelle de multiples groupes mafieux, ils viennent rechercher en France un mieux-être économique et non imposer la possibilité d'exercer un nomadisme anarchique, irrespectueux du droit et de la République. La précarité territoriale des immigrants Rroms est d'abord dûe à leur exploitation et à l'inapplication de la circulaire d'août 2013 : le démantèlement sans préalable social atomise un peu plus les groupes qui étaient contraints à ces campements illicites, renforçant ainsi la main-mise des groupes maffieux sur ces familles, tout en les éloignant des outils de l'intégration que sont la scolarisation des enfants, l'accès au logement provisoire puis pérenne, et l'accès à l'emploi.

L'amalgame actuel entre Gens du Voyage et Rroms nous ramènent 3 ans en arrière, c'est-à-dire à l'amalgame sarkoziste du discours de Grenoble, qui cherchait à dresser une partie des citoyens français contre d'autres citoyens français nomades en les assimilant à une population migrante, exploitée, discriminée, dont on entretient plus ou moins sciemment la précarité institutionnelle, économique et sociale.

553049-manuel-valls-cecile-duflot.jpgCécile Duflot était donc parfaitement fondée à dénoncer les propos de son collègue de l'Intérieur. Elle rappelle Hollande et le gouvernement à leurs engagements : le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault pourrait expliquer à Manuel Valls qu'à Nantes l'insertion ça marche, et que la ligne Buisson-Sarkozy est indigne d'un ministre qui se dit républicain. À ce titre, il est effectivement lamentable que Manuel Valls et ses soutiens d'une part, et certains collaborateurs du Président de la République d'autre part, cherchent à déguiser parfois des discussions de fond en couac gouvernemental.

Car en effet, il ne s'agit pas d'un couac mais d'un débat de fond : «On ne peut pas considérer et on ne peut pas dire qu'il y a des catégories de population où leur origine justifierait qu'elle ne puisse pas s'intégrer [...] que leur pratique et leur mode de vie sont un dérangement pour leur voisin. […] Parce que quand on dit ça, on est au delà de ce qui met en danger le pacte républicain. […] Quand tous, nous avons dit que le discours de Grenoble [de Nicolas Sarkozy] était un scandale absolu, nous ne pouvons pas laisser penser que nous pourrions utiliser les mêmes méthodes […]. Et ça ce n'est pas la responsabilité des ministres mais c'est la responsabilité du président de la république. […] Parce qu'au-delà de son programme, il a été élu pour réparer des blessures douloureuses, […] des blessures qui ont visé des grandes catégories de personnes, des musulmans considérés comme pas intégrés ou pas intégrables, comme posant un problème à l'identité nationale, des blessures causées aux Rroms, populations parmi les plus stigmatisées d'Europe. […] Ce rôle essentiel qui a été confié au président de réparer les blessures, d'apaiser les tensions... c'est le pacte de valeurs qui a fondé cette majorité.»

retrouver l'intervention intégrale de Duflot ici

Jean-Marc Ayrault n'a finalement pas dit autre chose devant les parlementaires écologistes en rappelant la nécessité d'appliquer la circulaire gouvernementale, circulaire dont on a vu que son application posait question. Ainsi, Manuel Valls contrevient tout simplement à ligne gouvernementale par ses propos et il est dramatique qu'il ait fallu attendre l'intervention de Cécile Duflot pour que le Premier Ministre rappelle à tous le cadre de la politique gouvernementale, alors que le Président de la République reste silencieux.

Comment imaginer que dans un pays comme le nôtre nous ne soyons pas en mesure de travailler à l'intégration de 15 à 20 000 personnes ? Comment imaginer que le Ministre de l'Intérieur puisse proférer de tels amalgames, démontrant sa une stratégie de communication populiste à visée personnelle, sans qu'il soit remis clairement à sa place, et pire encore que soit organisé avec l'indulgence de l'exécutif les pétitions de soutien à son égard ?

Laisser ainsi passer tels débordements valide le discours et les thèses de l'extrême droite, bien plus que le supposé angélisme dénoncé par Manuel Valls. Dominique Bussereau a résumé à sa manière la situation : «Valls est le meilleur ministre de l'UMP», aphorisme cinglant qui démontre à la fois la dérive de l'aile droite du PS et le niveau de décomposition politique à l’œuvre dans le principal parti de droite.

D'aucun dénoncent également le point Godwin qui aurait été atteint par certains responsables politiques comme Daniel Cohn-Bendit, mais qu'on le veuille ou non le rapprochement avec les commentaires exprimés sur l'immigration des juifs d'Europe centrale dans les années 1920-1930 est saisissant : les familles yiddish fraîchement immigrées étaient également jugées non intégrables et incompatibles avec la société française du fait de leur misère sociale, de leur langue, de leur habillement et de leur mode de vie. Manuel Valls n'est ni Laval, ni Maurras, mais en entretenant les amalgames au plus haut niveau de l’État, il entretient la peur et le rejet de ces populations, il nourrit les réflexes xénophobes d'une population française fatiguée et tentée plus que jamais par le vote FN.

La tentation de l'ordre avant la justice

Le Parti Socialiste et la gauche ont longtemps été accusés d'être incompétents ou angéliques en terme de politique de sécurité publique. Pourtant, l'articulation nécessaire entre police d'ordre et police de tranquillité publique, entre prévention et répression, entre justice et police, était déjà inscrite dans les orientations de la gauche dès les lignes fixées par Gilbert Bonnemaison dans les années 1970-1980. Et en matière de sécurité publique, il me paraît difficile d'expliquer que des personnalité comme Pierre Joxe furent suspectes de laxisme.

Dès octobre 1997, lors de la convention de Villepinte sur la sécurité, Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement font de la sécurité une priorité (ce qui ne signifie d'ailleurs pas que la gauche ait considéré auparavant que cela n'en était pas une). Invoquant le «droit à la sûreté» de la Déclaration des Droits de l’Homme, le Premier Ministre et son ministre de l’intérieur déclarent que «la sécurité est une valeur de gauche» et que la gauche agira pour que les catégories populaires ne soient plus les oubliées d'une insécurité quotidienne dont elles souffrent plus fortement que le reste de la population. La création de la police urbaine de proximité, supprimée ensuite par Nicolas Sarkozy, en avait été une des traduction les plus concrètes.

Il n'y a donc pas à avoir de mauvaise conscience à gauche dans ce débat, notamment quand on mesure les résultats plus que douteux de la décennie Sarkozy sur ce terrain. Au contraire, le démantèlement de la police de proximité, l'accumulation de lois "faits divers", ou encore la "politique du chiffre", ont profondément déstabilisé la sécurité publique et perverti notre système judiciaire (peines planchers) lui-même affecté par une réforme violente de sa géographie administrative, une réduction de ses moyens et des contraintes inutiles (jurys citoyens en correctionnelle).

taubira.jpgLa réforme pénale préparée et portée par Christiane Taubira était donc parfaitement nécessaire ; d’autant qu'il n'y a pas à gauche de débat entre défenseurs de l'ordre, d'un côté, et de la justice, de l'autre, opposition parfaitement artificielle et populiste. Là encore, la polémique sournoise (une lettre confidentielle adressée au Président de la République mais transmise aux médias), engagée par le ministre de l'Intérieur en plein milieu de l'été, fut profondément démagogique et dommageable à la gauche et l'efficacité de l’État. Là encore, il donnait contre son camp des arguments et des citations réutilisables par la droite et le FN contre la remise en ordre d'une Justice républicaine traumatisée pendant 10 ans et presque sciemment rendue inefficace par l'expérience sarkoziste.

Une fois encore, dans une stratégie de communication politique déjà mise en œuvre dans sa méthode par l'ancien Président de la République, l'actuel ministre de l'Intérieur recherchait le soutien d'une opinion déboussolée contre son propre camp. Il réintroduisait du même coup le soupçon contre sa famille politique dans l'opinion. Le bougisme vallsien a succédé en la matière au bougisme sarkozyste, sauf qu'ici la triangulation se fait contre les principes démocratiques et humanistes de la gauche.

Pire, les amis de Manuel Valls tentaient de dresser contre l'angélisme supposé de la gauche le réalisme supposé des élus locaux du parti (procédé réutilisé hier dans Le Journal du Dimanche concernant les Rroms). Dans une tribune parue le 21 août 2013 dans Libération et intitulée « La gauche affranchie », les proches du Ministre dénonçait « Le récit de la gauche […] soit faible soit inadapté. Faible parce qu’il reposait trop souvent sur l’idée de restauration […]. Inadapté parce qu’il a longtemps fait l’impasse sur les questions identitaires qu’elle a voulu réduire trop souvent à leur dimension sociale. » Ainsi, deux limites étaient franchies : revenir sur des politiques réactionnaires étaient assimilées à une « restauration » mal venue – il eut donc fallu poursuivre le chemin de la Réaction –, la sécurité (comme auparavant l'immigration) serait désormais liée à la question identitaire (c'est sans doute pour cela que Manuel Valls défend l'interdiction du simple voile à l'université). Tout cela sous le gage du «réformisme», car on l'aura compris le gouvernement de Jean-Marc Ayrault est au main de dangereux révolutionnaires droits-de-l'hommistes.

Pour eux, «La gauche affranchie, c’est donc celle qui décide de porter haut et fort les valeurs d’autorité, de respect et d’ordre.» Si cette tribune pouvait être noyée dans quelques phrases creuses sur la défense de l'éducation, de la laïcité et des valeurs républicaines, il n'y était pas une seule fois question de justice républicaine ou de justice sociale, deux notions au cœur du projet de la gauche… les signataires préférent sans doute à la justice sociale la défense du monde de l'entreprise, car «La gauche affranchie, c’est celle qui, au fond, se met au service de ceux qui créent de la richesse, notamment des entreprises et tout particulièrement des petites et moyennes, qui souffrent de charges excessives» (charges plutôt que cotisations, n'est-ce pas).

Cette "gauche affranchie" ne retient plus que l'ordre et l'autorité, qui sans la justice sont incapables d'instaurer une société démocratique et républicaine, incapables de d'entretenir et de consolider le lien social, le "vivre ensemble". Le même appel à l'ordre et à l'autorité avait déjà secoué le parti socialiste en 1933 quand Marcel Déat et les «Néos» (socialistes) avaient lancé leur offensive contre Léon Blum et la majorité de la SFIO lors de son XXXème congrès. Certains dérivèrent plus loin ensuite.

Cette tribune introduit là encore une suspicion dramatique : si les amis du Ministre de l'Intérieur en appellent ainsi à l'ordre et à l'autorité, c'est que le reste de la gauche soutiendrait des positions libertaires et abandonneraient les classes populaires victimes de l'insécurité. Et comme le ministre est minoritaire face à ses "irresponsables", une nouvelle fois la droite et le FN pourront dénoncer la chienlit social-démocrate à l’œuvre.

La réalité est pourtant tout autre. L’État se doit de reprendre pied dans tous les territoires qu'il a abandonné précédemment : les populations ont droit à des services publics forts et de qualité (de l'éducation à la justice en passant par la police), qui ont été mis à mal pendant 10 ans, laissant souvent seuls les élus locaux face à des habitants souvent légitimement excédés. En ce sens, la polémique sur la supposée absence d'action de Jean-Claude Gaudin (quels que soient ses tords), qui opposait le ministre de l'Intérieur au maire UMP de Marseille, ne pouvait être que contre-productive car elle renvoyait tous les maires face à leurs administrés sur des compétences pourtant régaliennes.

D'autre part, si la création de Zones de Sécurité Prioritaires était une initiative nécessaire, elles ne peuvent pas être à elles-seules le viatique de la politique de sécurité publique du gouvernement. Pour revenir sur la polémique marseillaise, on connaît les limites de la mauvaise répartition des effectifs policiers entre police de maintien de l'ordre et police de proximité : en aucun cas, la présence temporaire ou durable d'effectifs de gendarmes mobiles ou de CRS dans un quartier soumis à l'insécurité ou au trafic de drogue ne permet de résoudre la situation.

La question qui est posée à la gauche est celle du niveau des effectifs durables dans les commissariats des quartiers populaires ; mais là encore, ceux-ci continuent d'encaisser la baisse engagée dans les années précédentes. La RGPP a beau être annulée, des objectifs de "rationalisation" ou de "modernisation" des services publics continuent de menacer l'existence de certains commissariats de quartiers populaires et la pérennité de leurs effectifs, donc de leurs heures d'intervention et de présence sur le terrain. Interrogé sur le sujet lors de la même émission de France Inter du 24 septembre durant laquelle il s'en est pris aux Rroms, le Ministre de l'Intérieur n'a pu fournir aucune réponse convaincante.

Enfin, il convient de tenir un discours cohérent à gauche. Trop de responsables socialistes locaux défendent dans leurs programmes pour les élections municipales la création de service de Police Municipale ou l'augmentation de leurs effectifs, voire désormais leur armement. L'existence des Polices Municipales est parfois nécessaire, mais il faut savoir subtilement doser son effort : trop fréquemment, la création de ces services ou l'augmentation de leurs effectifs accélèrent la diminution parallèle des effectifs de Police Nationale dont l'action pour la sécurité et la tranquillité sont pourtant indispensables, d'autant que les Polices Municipales ne peuvent agir sans le concours de la Police National et dans les cas les plus lourds (comme le trafic de drogue ou les violences) sont parfaitement incompétentes (au sens administratif du terme).

Ainsi, la préservation de la sécurité républicaine et de la tranquillité publique ne sera en aucun cas le résultat de la course à la vidéosurveillance, de la création de polices municipales, ou de la multiplication des cars de CRS, mais de l'inscription durable sur les territoires d'effectifs de Police National ou de Gendarmerie.

La fuite en avant social-libérale ouvre l'espace pour la dérive sécuritaire

Le discours de la "gauche affranchie" est finalement assez clair et cohérent : «La gauche affranchie est aussi une gauche qui n’a plus peur d’être réformiste et qui ne réduit pas son action à la seule intervention de l’État en se demandant en permanence si ce qu’elle fait est vraiment de gauche. La gauche affranchie, c’est celle qui, au fond, se met au service de ceux qui créent de la richesse, notamment des entreprises et tout particulièrement des petites et moyennes, qui souffrent de charges excessives».

Pour cette aile droite assumée du PS, la mission historique du socialisme démocratique disparaît derrière une volonté de "modernisation", c'est-à-dire d'une adaptation ou d'une transformation du modèle républicain français et universaliste selon les exigences du néo-libéralisme mondialisé. L'appel à l'ordre et à l'autorité vise ainsi à remplacer la fonction d'émancipation des classes populaires que c'était fixé à l'origine le parti socialiste ; la protection sociale et économique, l'intervention de l’État social républicain laisse la place au seul État répressif censé "protéger" les citoyens.

Alors que Manuel Valls n'a fait que 5% aux primaires citoyennes, qu'il n'a jamais confronté son orientation politique à un congrès du PS, il pèse d'un poids terrible sur les débats de ce parti. C'est lui le véritable surmoi du PS et non une supposée domination de la pensée marxiste. Ce non dit d'une ligne social-libérale et sécuritaire qui pèse sur le PS s'est traduit lors du congrès de Toulouse lorsque la motion majoritaire de ce parti désormais aphone a intégré dans ses représentants au sein des instances nationales un nombre disproportionné d'amis politiques du Ministre – disproportionné car la ligne qu'ils défendent est somme toute éloignée de ce qui était écrit dans leur motion.

reforme-fiscale-2011.gifMais c'est pourtant leurs idées qui tiennent qu'on le veuille ou non le haut du pavé dans l'action gouvernementale. Avec le CICE et les 20 milliards offerts sans contreparties aux entreprises sous prétexte de compétitivité mais surtout pour faire "baisser le coût du travail" ; avec l'accord national interprofessionnel qui a gravement affecté le code du travail afin d'offrir au patronat de plus fortes marges de manœuvre ; avec le projet de réforme des retraites, qui parce l'"on vit plus longtemps, donc on doit cotiser plus longtemps" propose d'allonger la durée de cotisation jusqu'à 43 ans. Dans le même temps, la question des salaires et celle du pouvoir d'achat sont devenues quasiment tabou, sauf par l'entremise du débat imposé par une aile droite du PS un peu large encore sur le "ras-le-bol" fiscal.

Pourtant en terme de "ras-le-bol fiscal", bien qu'on ait enfin décidé de ré-indexer l'année prochaine le barème de l'impôt sur le revenu sur l'inflation, il n'est pas prévu de limiter les efforts des classes moyennes et populaires mais ceux des entreprises : après les cadeaux fiscaux déjà réalisés, il est désormais envisagé de compenser leur hausse de cotisations sur les retraites par une baisse des cotisations employeurs sur la branche famille. N'oublions pas que la hausse de la TVA prévue pour le 1er janvier prochain est censée financer le CICE… On n'a pas entendu cette aile droite là se joindre à d'autres - Maintenant la Gauche, un Monde d'Avance ou La Gauche Durable - qui réclamaient une véritable réforme fiscale en commençant par la progressivité de la CSG (première étape avant sa fusion espérée avec l'impôt sur le revenu) ou par le gel des hausses de TVA qui vont d'abord pénaliser les classes moyennes et populaires.

bandeau_logos.jpgNon, depuis plusieurs semaines, les sociaux-libéraux du PS se sont attaqués à la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires ou encore réclament une nouvelle brèche dans le code du travail sur la question de l'ouverture des magasins le dimanche.

Personne pour répondre qu'au-delà de l'application de loi et d'une décision de justice (la circulaire sur les campements illicites disaient "le respect des décisions de justice ne saurait être mis en question") – qui devrait être chères à ceux qui réclament de l'ordre et l'autorité – il y aussi des principes de protection des salariés, qui sans un code du travail forcément déséquilibré en leur faveur se trouveraient à la merci du bon vouloir de l'employeur, autre et plus grave déséquilibre social. Personne non plus pour rappeler que si des salariés se plaignent d'être mal payés, et doivent pour vivre accumuler heures supplémentaires ou travail dominical, c'est qu'il y a sans doute un problème dans notre pays de sous-rémunération qui mériterait la convocation urgente d'une conférence nationale sur les salaires et l'emploi.

Non, ce matin (lundi 30 septembre 2013), les ministres concernés étaient convoqués pour réfléchir à des adaptations de la législations… et personne n'a moufté !

Selon les défenseurs de cette liberté d'entreprendre et d'écraser les salariés, ce sont les "angélistes" du PS et les partis qui se situent à sa gauche (EELV, PCF) qui auraient perdu le contact avec les "vrais gens" et ne chercheraient plus à répondre à leurs préoccupations. Ils conviendraient pour cela de durcir le ton sur les questions de sécurité, d'identité et d'immigration, ceux qui contesteraient cette ligne étant des bobos désincarnés, parfois marxistes mal dégrossis. Les questions de progrès sociétal devraient également être abandonnées, mariage pour tous, PMA, régulation des drogues, etc. allant à l'encontre des préoccupations essentielles des Français.

En réalité, les sociaux-libéraux n'ayant pas les moyens au travers de leur politique de satisfaire les attentes des catégories populaires – emplois, pouvoir d'achat, services publics forts de proximité –, ils leur offrent un succédané populiste de l'action politique : le langage sécuritaire et autoritaire, une logorrhée antifiscale. Plus grave, certains n'ont pas même la volonté de satisfaire ces classes populaires : le salarié moderne est celui qui est corvéable et adaptable à merci, dont le salaire et la protection sociale ne plombent plus la compétitivité de l'entreprise qui pourra alors créer des richesses et de l'emploi avec des individus jetables.

Le discours sécuritaire et identitaire est donc un dérivatif bien venu pour détourner l'attention de cette partie de la population.

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011Mais cette stratégie est erronée : elle ne permet pas de reconquérir l'électorat ouvrier du nord et de l'est de la France qui choisit peu à peu de confirmer son vote par Marine Le Pen. Ce n'est qu'en apportant durablement des réponses économiques et sociales à cette population excédée que l'on pourra la détourner du Front National et permettre ensuite de lui faire entendre un discours éthique qui déconstruit la véritable stratégie de l'extrême droite.

Celle-ci, n'en déplaise à Malek Boutih qui cherchait à convaincre les socialistes du contraire à La Rochelle le 24 août 2013, s'est toujours nourrie de la misère et de la détresse sociales. En menant une politique sociale-libérale qui désespère les classes populaires et en faisant sonner à leurs oreilles les sirènes sécuritaires et identitaires, l'aile droite du PS et tout particulièrement les amis du Ministre de l'Intérieur pavent le chemin qui mènera à notre défaite collective en 2014 et 2017, et  légitiment toujours plus le discours d'une extrême droite maquillée de dédiabolisation. Ils porteront, si on ne les arrête à temps, la responsabilité de l'accession au pouvoir d'une droite extrêmisée alliée à l'extrême droite.

Frédéric FARAVEL

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 14:42

Ce n'est pas dans mes habitudes, mais j'ai décidé de reproduire ici la mise au point que le Maire (PCF) de Bezons a faite sur son blog, suite aux trois pages de l'édition nationale et départementale du Parisien aujourd'hui.

Je partage l'intégralité de ses propos.

Intitulée en couverture "24 heures dans l'immeuble livré aux dealers", cette série d'articles présente une situation effectivement difficile pour de nombreux habitants mais omet (volontairement ?) de présenter les démarches engagées par les élus et la puissance publique pour résoudre un problème grave. Le Parisien n'a même pas jugé bon de vérifier le point de vue de la commune, ce qui est selon moi une véritable erreur sinon une faute. Cela ne vise qu'à faire un coup commercial pour booster les ventes du journal, cela crée exagérément un climat anxiogène et peut même perturber si l'on n'y prend garde le travail des forces de l'ordre.

On a connu Le Parisien plus inspiré... Il mérite aujourd'hui un carton rouge !

Frédéric FARAVEL

Le Colombier : ce que Le Parisien a oublié d’écrire

parisien.jpgDans le dossier qu’il consacre à la résidence du Colombier le 19 septembre, Le Parisien oublie de mentionner certains faits pourtant portés à sa connaissance.

Oui, la présence des dealers dans cette résidence est avérée. Oui elle exaspère les résidents. Mais pourquoi ne pas avoir rappelé les multiples actions conduites sous l’impulsion du maire de Bezons et de l’Amicale des locataires contre ces trafics ? Actions dont la journaliste avait pourtant fait état dans diverses éditions du même quotidien.

A plusieurs reprises, le maire, son équipe, les locataires, et dirigeants d’associations ont, en effet, conjointement organisé des manifestations visant à chasser les dealers mais aussi à sensibiliser les pouvoirs publics, et plus particulièrement le ministre de l’intérieur et le Préfet du Val-d’Oise, en charge de notre sécurité.

Cette mobilisation a également conduit à obtenir du bailleur Logirep l’engagement d’une enveloppe de 300 000 €  pour des travaux sécurisant l’immeuble, travaux accompagnés de l’installation de la vidéosurveillance. Par ailleurs, l’action du maire devrait aboutir à l’inscription et aux subventionnements, par l’État, de travaux dans cette résidence au titre de l’ANRU.

L’engagement de la Municipalité et des locataires pour lutter contre ces trafics de cannabis, est étroitement lié à la mobilisation, élargie à toute la population bezonnaise (5 000 pétitions et 600 personnes lors du rassemblement) contre la fermeture du commissariat de Bezons. Commissariat, aujourd’hui préservé et pour lequel  le maire de Bezons, mais aussi les principaux syndicats de police, continuent de réclamer le renforcement des effectifs.

Par ailleurs, à l’initiative du maire, se réunit la semaine prochaine, le Comité local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) de Bezons,  au sein duquel siège le Préfet et le Procureur de la République. Et le premier point inscrit à l’ordre du jour de cette instance, à la demande du maire, concerne justement ce trafic. Et mieux encore, toujours à son initiative, les amicales de locataires du quartier participeront à cette réunion.

Nous aurions aimé que figurent dans cet article ces éléments positifs qui démontrent la combativité de celles et ceux qui habitent Bezons, aiment leur ville et ne se résignent pas.

Dominique Lesparre

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 07:05

article_Bousquet-Cassagne-Costes.jpgJean-Louis Costes (UMP) sera le nouveau député de la circonscription de Villeneuve-sur-Lot. Avec 53,76% des voix contre 46,24% à Etienne Bousquet-Cassagne (FN), ce sera lui qui représentera un territoire très longtemps ancré à gauche plutôt qu'un quatrième parlementaire d'extrême-droite.

Mais le véritable bénéficiaire politique de ce scrutin est évidemment le Front National de Marine Le Pen qui continue de faire vivre l'illusion de la banalisation de son parti et surtout des idées fascisantes et xénophobes qu'il promeut. Entre les deux tours, le Front National a gagné 7 095 voix.

Il faut donc en tirer quelques enseignements.

1- il n'existe plus de territoires culturellement protégés du Front National. Cela a longtemps été le cas ; l'ouest catholique et le sud-ouest rad-soc avaient été longtemps à l'écart de la progression de l'extrême droite. Les résultats des précédentes législatives et surtout cette partielle ont démontré qu'elle ne sera plus réservée à cette partie de la France à l'Est d'une ligne Le Havre/Narbonne.

2- l'appel au Front Républicain n'a pas été entendu. L'automaticité a encore été le réflexe du PS une nouvelle fois éliminé au soir du premier tour de scrutin, sans plus d'analyse. Non seulement les électeurs de gauche ne se sont pas mobilisés pour voter en faveur du candidat UMP dit "républicain", mais - pour que Bousquet-Cassagne remporte plus de 7000 voix supplémentaires (il a presque doublé ses suffrages entre les deux tours) - il aura fallu que certains d'entre eux votent FN.

Sur cet échec du Front Républicain, il faut éviter plusieurs erreurs d'analyses.

La première serait de croire à la spécificité absolue de cette circonscription, plombée par "la faut d'un homme", Jérôme Cahuzac, qui aura porté le mensonge et la duplicité à un niveau rarement atteint à gauche, engageant la crédibilité même de laction politique auprès de nos concitoyens. Non, cet argument nous a déjà été servi avant dans l'Oise pour expliquer notre élimination dès le 1er tour et l'élection de Jean-François Mancel, élu corrompu, face au FN (qui là encore avait gagné des voix). L'autre erreur d'analyse serait de faire comme le 21 avril 2002 et considérer que les raisons de notre propre échec reposerait sur les épaules de nos partenaires politiques.

Les explications sont malheureusement plus profondes.

1- Comment faire tenir un Front Républicain quand sa logique n'a jamais été réciproque ? L'UMP n'a jamais eu une ligne claire, seules des individualités appelant clairement à faire battre le FN en votant à gauche en cas de second tour duquel la droite serait éliminée. Un seuil supplémentaire a d'ailleurs été franchi dans la confusion lors des législatives de juin 2012 à l'UMP par la voix de son secrétaire général d'alors, Jean-François Copé (depuis devenu Président appuyé par la "Droite populaire"), en plaidant le "ni-ni". Il n'est pas étonnant ensuite qu'ici et là, et de plus en plus souvent les électeurs de gauche refusent de voter pour l'UMP.

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-20112- La dérive idéologique engagée par Sarkozy et poursuivie par Copé contribue à légitimer chaque jour un peu plus les thèses du FN, en reprenant chaque des bribes du discours de l'extrême droite. La dédiabolisation et la banalisation du FN aurait rapidement atteint une limite si la stratégie de Marine Le Pen n'avait pas rencontré une tactique politicienne et une disponibilité idéologique à l'UMP. Demandez aujourd'hui à un cadre UMP pourquoi le FN serait incompatible avec son parti et empêcherait une alliance entre les deux formations, vous aurez une réponse surprenante : non pas les valeurs, non pas la République, mais l'appartenance à l'Union Européenne et la conservation de l'euro comme monnaie. Pas étonnant que certains élus locaux UMP franchissent le cap de la collusion... Argument supplémentaire de l'électeur de gauche pour refuser de voter UMP.

nouveau-logo-ps3- Notre politique économique n'est pas absente des débats électoraux et des motivations des électeurs dans l'Oise ou dans le Lot, quel que soit le contexte spécifique de ces circonscription. C'est Christian Paul, député de la Nièvre, un reponsable socialiste qui n'est en rien un dangereux gauchiste ou un animateur de la gauche du PS, qui le dit le mieux sur twitter hier soir : "@christianpaul58 : «Quand l'action de la gauche se différencie mal de la politique de la droite, le FN bouscule les digues républicaines. Injuste, mais réel.»"

meluche.jpgLe premier des carburants de l'extrême droite c'est le désarroi social des électeurs de gauche et l'idée qui progresse qu'il y aurait une collusion sur le fond et sur la forme entre UMP et PS. Et personne ne peut à gauche s'en exonérer : hier sur le marché de Bezons dans lequel je déambulais, un habitant rétorquait à un militant du Front de Gauche lui tendant un tract sur les dangers de la future réforme des retraites "Mais le Front de Gauche, il a bien appelé à voter Hollande !!" A ce titre, les diatribes de Mélenchon n'empêcheront jamais au Front de Gauche d'être lié dans l'esprit des Français au sort de la gauche en général ; et le PCF a bien noté que les éructations de son allié (qu'il ne partage pas) ne permettent en rien un cordon sanitaire qui éviterait aux élus locaux communistes de subir également un reflux aux prochaines municipales, placées sous le contexte du rejet de l'action gouvernementale.

Et c'est bien là que le bât blesse.

logos_GA_12-12-2012.jpgLes Français malgré quelques mesures sociales mises en place au début du mandat ne considèrent pas que les mesures qui ont suivi identifient à gauche l'action du gouvernement : Europe, Compétivité, marché du travail... Ils ne voient pas non plus venir les fruits attendus de la politique de rigueur budgétaire qui contraint chaque jour un peu plus notre environnement économique et social. L'appréciation des orientations annoncées pour la réforme des retraites, sur la basse d'une forte augmentation du nombre d'annuités de cotisation, risque d'être aussi assez violente.

Alors, oui effectivement, je rejoins mes camarades de la motion 1 quand ils admonestent toutes les interventions critiques : "nous sommes dans le même bateau, quelques uns ne s'exonèreront pas de l'échec du gouvernement". J'ajouterai "nous sommes dans le même bateau, la ligne actuelle du gouvernement qui est en décalage avec le projet adopté par les socialistes en juillet 2011 nous conduit dans le mur, et il nous emmène tous ensemble. Il tend de prendre le tournant de la relance pour éviter le mur".

Frédéric FARAVEL

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