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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 10:40

fillon_13-08-12.jpgFrançois Fillon est alité depuis son accident de scooter en Italie. Heureusement, l'ancien Premier Ministre dispose d'hôtes de qualité qui prennent soin de lui et l'autorise ainsi à se concentrer sur son activité intellectuelle, prélude essentiel à la conquête de l'appareil politique conservateur français.

Comment remporter l'adhésion des militants UMP si ce n'est en se faisant la chambre d'écho de la déliquescence politique de ce parti, résultat de 7 ans de Sarkozisme et de sa défaite finale devant les Français en mai dernier… François Fillon a choisi d'entrer pleinement dans cet exercice, en se plaçant au niveau de son principal compétiteur, l'actuel secrétaire général du parti, Jean-François Copé. Sa tribune de ce matin (lundi 13 août dans Le Figaro) en est ainsi l'illustration complète.

Le premier tiers de l'article consiste à énoncer des caricatures ridicules pour travestir le contexte sur lequel repose son analyse :

  • « silence » des socialistes sur Gbagbo alors qu'ils l'ont bel et bien condamnés (il suffit de se rappeler les crépusculaires et quotidiennes manifestations hystériques des relais hexagonaux devant le 10, rue de Solférino pendant les semaines du conflit ivoirien. Ils ne manifestaient pas contre le siège de l'UMP) ;
    la complicité gênée (rappelez-vous MAM proposant l'expertise de la police française) du gouvernement Fillon avec Ben Ali dans les jours précédant la chute de son régime est présentée par euphémisme comme une « inaction supposée », condamnée par le PS (donc forcément fausse), face au Printemps arabe ;
    le soutien (profil bas mais très répété) du PS à l'intervention franco-britannique en Libye est transformée en « commentaires inutiles et suffisants » ;
    mise en avant d'une revendication d'intervention militaire en Syrie par les socialistes et François Hollande, quand ceux-ci s'alignaient sur les positions du ministre Alain Juppé, membre du gouvernement Fillon, et désormais désavoué a posteriori par son ancien patron ;
    enfin, les socialistes auraient critiqué l'absence de la France sur la scène internationale, alors qu'ils critiquaient le « bougisme » ou l'agitation du Sarkozisme conçue pour masquer son alignement sur les politiques allemande (en Europe) ou américaine (dès 2007-2008 en Afghanistan) ou les fautes politiques commises en Tunisie.

Enfin, histoire de faire « populaire » – tout du moins dans l'acception qu'ont les réactionnaires de ce terme –, l'ancien Premier Ministre se fend d'un gros mot : « droit-de-l'hommistes ». Ce terme n'est généralement utilisé que par le Front National et la galaxie d'extrême droite, ainsi que par la Droite populaire. Donc la collusion dénoncée avec les grands dictateurs et bourreaux arabes (Khaddafi, Ben Ali, Moubbarak, Assad) ne serait qu'une éructation « droit-de-l'hommiste ».

Cependant, le plus grave si c'était encore possible n'est pas là. Rejetant l'échec de la communauté internationale à stopper le massacre syrien et à obtenir la neutralité sino-russe, sur les seules épaules de François Hollande, alors que le gouvernement français n'était pas plus leader dans les solutions avant le 6 mai, François Fillon fait une proposition irresponsable supposée permettre d'emporter le soutien de Vladimir Poutine.

Vladimir-Poutine-avant.jpgAu moment où se dévoile totalement la supercherie de la « démocrature » russe et ce saute-mouton entre Poutine et Medvedev fondé sur la fraude électorale et le clientélisme maffieux ; au moment où ce régime démontre jusqu'à l'absurde la collusion entre un fascisme soft (et botoxé) et un cléricalisme orthodoxe réactionnaire, par le procès ridicule et dramatique des Pussy Riot… François Fillon propose rien de moins que d'abandonner l'ensemble de nos valeurs sur l'autel du compromis avec Vladimir Poutine.

Ainsi pour faire sauter le verrou de Moscou, il faudrait contrevenir à une certaine idée de la laïcité et mettre fin au projet européen :

  • « Au lieu d'humilier [le gouvernement russe] en bloquant la construction du centre orthodoxe du Quai Branly », le gouvernement français devrait donc céder (au passage, on notera qu'il y a identité entre l'église orthodoxe et le Kremlin).
    Et surtout, car « L'ours russe n'est dangereux que quand il a peur. Offrons-lui sans détour la perspective d'un accord historique d'association avec l'Europe. »

Ainsi donc « l'ours russe » aurait peur des Européens. Une caricature très expressive de Plantu me revient, croquée en 2008 lors de la crise géorgienne : un officier russe lit une lettre de l'UE à un autre officier russe « L'Europe exige que nous nous retirions de Géorgie, sinon… ! Rien… ». Ce dessin illustre à la fois les l'échec du « bougisme » de l'ancien président de la République française – qui avait présenté son action pour la Géorgie comme l'intervention du Messie (rappelons que depuis cet État caucasien pro-européen est vraisemblablement définitivement amputé de toutes ses anciens régions ou républiques autonomes au profit de l'ours russe) – et l'absence totale de crainte russe vis-à-vis d'Européens pusillanimes et objectivement impuissants. Je veux bien qu'il craigne la contagion islamiste en Syrie, qu'il craigne les progressions militaires américaines alors que les USA étaient jusqu'ici sur le reculoir, qu'il craigne l'immigration et le soft power chinois, mais certainement pas l'Union Européenne.

La droite française par l'intermédiaire de François Fillon acte en fait sa peur de l'ours russe : pour de multiples raisons, notamment militaires et énergétiques, les conservateurs français et européens sont prêts à se coucher devant Poutine (quand les sociaux-libéraux à la retraite comme Schröder ou Blair sont prêts à être rémunérés par lui…). Que signifierait « un accord historique d'association [de la Russie] avec l'Europe » ; il est probable que le pseudo-héritier du gaullisme que voudrait être François Fillon se drape dans les mots du Général De Gaulle pour rappeler sa vision européenne « de l'Atlantique à l'Oural »… à d'autres !

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C'est une vision qui fait fi du projet européen dans ce qu'il a de démocratique, puisqu'il suppose d'abandonner comme référence les valeurs universalistes que ne partage pas le pouvoir russe actuel ; c'est une vision qui n'envisage comme seul objectif le marché unique fondé sur le libre-échange, dans le but de sécuriser la livraison de l'Europe occidentale en énergies fossiles.

Ainsi, au prétexte de faire tomber le seul Bachar El-Assad « comme le fruit pourri qu'il est » (« ouhlala ! vous avez vu : je suis super ferme ! »), François Fillon propose de soumettre l'Europe au chantage énergétique permanent de la Russie poutinienne, de lui apporter une reconnaissance en termes de valeurs, et de sauver son économie enferrée dans la rente.

L'Europe est déjà bien mal engagée avec un Traité Merkozy qui l'entraînera vers une séquence post-démocratique et l'implosion résultant de l'éloignement continu des peuples de la construction européenne ; et c'est bien cela qu'il faudrait reprocher désormais à François Hollande plutôt que son action sur la Syrie. Pour le bien de nos sociétés européennes, pour qu'elles parviennent à faire prévaloir dans le monde une vision universaliste et humaniste, la construction européenne a besoin que l'on mette fin à l'austérité économique, qu'on rétablisse la souveraineté populaire, qu'on affirme haut et fort notre détermination politique : tout le contraire de ce qui serait symbolisé par l'association avec l'actuelle fédération de Russie !

La tribune de François Fillon marque une défaite morale et intellectuelle de l'ancienne droite républicaine française, lourde de dangers pour notre démocratie.

Frédéric FARAVEL
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise en charge des relations extérieures

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 12:26

Je publie cet article du Parisien, car je suis heureux de voir le combat légitime et essentiel mené par Gérard Savat, dont je fus le collaborateur, notamment sur ce dossier, par les parents et les riverains, enfin reconnu par les média.

Frédéric Faravel

Le Parisien - Julien Duffé | Publié le 05.07.2012

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PANTIN, ECOLE DE LA MARINE, MARDI.Des parents d’élèves se sont réunis sur ce toit-terrasse, situé juste sous une antenne-relais de l’opérateur de téléphonie Orange. Les valeurs d’émissions d’ondes y sont jugées « alarmantes ». | (DR.)

«Ma santé en danger», «Enfants sous ondes». Ces slogans griffonnés sur de simples feuilles blanches, plusieurs dizaines d’élèves de l’école maternelle de la Marine et leurs parents les ont brandis mardi soir à Pantin. Une opération baptisée «Mardi de la colère» directement adressée à l’opérateur de téléphonie Orange auquel les parents demandent le démontage d’une antenne-relais installée en surplomb, sur le toit d’un immeuble du quai de l’Ourcq.

Le bras de fer dure depuis deux ans. En mars 2011, au nom du principe de précaution, et avec l’accord de l’inspecteur d’académie, les parents avaient même obtenu la fermeture d’un terrain de jeu située sur le toit-terrasse de l’école, directement sous l’antenne. En cause : des valeurs d’émission jugées « alarmantes » qui feraient de l’école « un lieu atypique d’exposition ».

Le 31 mai, les parents pensaient obtenir gain de cause. A cette date s’achevait en effet le bail conclu entre l’opérateur de téléphonie mobile et l’office HLM Pantin Habitat, qui ne souhaitait pas son renouvellement. « Cela fait un an qu’Orange est prévenu qu’il doit quitter le site, assure Gérard Savat, 1er adjoint au maire (PS), qui soutient le combat des parents. Mais ils n’ont rien fait et préfèrent jouer la montre. » Le 15 juin, l’office HLM a donc engagé une action en référé pour occupation illégale d’un espace public devant le tribunal d’instance de Pantin. L’audience, prévue mardi, a été renvoyée au 10 juillet.

Contacté hier, Orange expliquait ne pas vouloir réagir, laissant « la justice statuer sur le dossier ». Il y a quelques jours, un responsable assurait que l’antenne incriminée respectait les normes. « Nous sommes prêts à la démonter, mais encore faudrait-il savoir où la remettre… Notre dernière demande a été refusée par la ville », expliquait-il. Et le même de mettre en garde. « Le problème si on la démonte, c’est que beaucoup de gens n’auraient plus de téléphone. Et plus grave, on ne pourrait plus assurer les numéros d’urgence : pompiers, police, femmes battues. »

Des arguments balayés par Gérard Savat qui accuse Orange de freiner des quatre fers. « Nous ne sommes pas contre les antennes-relais, mais contre celles qui émettent plein pot, comme celle du quai de l’Ourcq, avance l’élu. Depuis 2006, nous proposons aux opérateurs de multiplier les antennes de moindre puissance : tous refusent systématiquement au motif que ça leur coûte trop cher. » Les parents eux ne désarment pas. Et préviennent qu’un nouveau « Mardi de la colère » sera organisé la semaine prochaine.

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 15:59

"Une calomnie et l’expression de la pire bassesse morale"

Le mucisien et compositeur grec réagit dans l'Humanité le 27 juin 2012 contre la campagne de l'UMP faisant de lui un antisémite.
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«Je suis grec et fier de l’être, car nous sommes le seul peuple en Europe qui, pendant l’occupation allemande (1941-1944), non seulement n’a pas exercé de poursuites contre les juifs mais, au contraire, les a aidés à vivre et à survivre avec tous les moyens dont nous disposions.

À l’époque, j’étais moi-même partisan de l’Armée populaire de libération et je me souviens que nous avions pris sous notre protection de nombreuses familles de juifs grecs, que nous nous sommes souvent battus contre les SS pour les sauver et beaucoup d’entre nous l’ont payé de leur vie.

Plus tard, j’ai composé le cycle Mauthausen que, notamment en Israël, l’on considère quasiment comme un hymne national. J’ai ressenti une des plus grandes émotions de ma vie quand, dans les années 1980, il m’a été accordé de diriger cette œuvre sur le site du camp de concentration de Mauthausen, tout d’abord chantée en grec par sa première interprète, Maria Farantouri, puis en allemand par Gisela May, et en hébreu par la chanteuse israélienne, Elinoar Moav. Je l’ai dirigée une fois encore sur ces lieux et, depuis lors, l’œuvre enregistrée est diffusée sans interruption sur le site du camp.

En 1972, j’ai bravé le boycottage européen et j’ai donné des dizaines de concerts en Israël, des moments que je qualifierais d’historiques en raison des liens d’amour mutuel qui nous unissaient.

À cette même époque, Yigal Allon, alors vice-premier ministre du gouvernement israélien et ministre de l’Éducation et de la Culture, m’a confié une première mission, celle de transmettre un message de paix à Arafat au nom de son gouvernement. C’est dans cette intention que je l’ai rencontré à Beyrouth et, à cette occasion, j’ai donné une conférence de presse dans une salle. Un groupe de fanatiques palestiniens avait décidé de m’abattre, car il me considérait comme un complice des juifs. C’est Arafat lui-même qui me l’a dit le lendemain avec, à ses côtés… le groupe de mes assassins en puissance. Qu’est-ce qui m’a sauvé ? Mon amour authentique pour les deux peuples martyrs : les juifs et les Palestiniens.

“Quand on t’a entendu pendant la conférence de presse, m’ont-ils dit, on a compris que nous nous trompions.” Qu’est-ce que j’avais dit au cours de la conférence de presse ? “Le conflit qui vous oppose ne sera pas résolu par les armes, mais par la compréhension mutuelle. De l’autre côté, il y a des hommes ordinaires qui vous ressemblent, simples et travailleurs, capables d’aimer et qui, comme vous, aiment leur famille et leur pays. C’est eux que vous devez trouver, parce que c’est avec eux que vous pourrez vivre dans la paix.”

Arafat m’a dit : « Tu as chanté les juifs et tu as eu raison, car ils sont, eux aussi, un peuple tourmenté. Comme nous. Alors, s’il te plaît, écris une chanson pour nous aussi…” C’est ainsi que j’ai écrit aussi un chant pour le peuple palestinien qui est devenu son hymne national.

Bien plus tard, à l’occasion de la remise du prix Nobel de la paix à Rabin (Israël) et à Arafat (Palestine), l’Orchestre symphonique d’Oslo avec, en soliste, l’interprète finlandaise Arja Saijonmaa, a joué Mauthausen en hommage à Israël et le chant que j’avais composé, reconnu comme hymne national, en l’honneur du peuple palestinien. Ce moment symbolique suffit à démontrer la place que j’occupe dans l’esprit et dans les cœurs des deux peuples.

Je suis souvent allé en Israël, en Palestine et au Liban, et c’était chaque fois la paix, l’amitié, la coexistence et la coopération entre ces deux peuples martyrs qui occupaient mes pensées. En tant que Grec, je me sens proche d’eux, comme si nous appartenions à la même famille. Et pourtant, pour certains fanatiques, d’un côté comme de l’autre, je suis la cape rouge agitée devant le taureau. Pourquoi ? Parce que j’ai la franchise et le courage de dire la vérité et de la dire même dans la gueule du loup. Ainsi, quand je suis en Palestine, je m’exprime ouvertement et publiquement contre les fanatiques qui me haïssent et, quand je suis en Israël, je fais de même en critiquant tout aussi ouvertement et publiquement les fanatiques qui, en raison de la diaspora juive présente dans tous les pays du monde, ont la possibilité de transformer leur haine en venin et en mensonges monstrueux.

Dans mon opéra les Métamorphoses de Dionysos (dont j’ai écrit aussi le livret), il y a une scène où des juifs sont déportés par des SS dans des camps d’extermination. Il s’agit d’un moment crucial de l’œuvre, d’une condamnation du nazisme qui dévoile d’une façon très humaine l’affliction psychique et intellectuelle que je ressens devant les souffrances des juifs.

D’ailleurs, la dénonciation du racisme et la défense de ses victimes ont guidé mes décisions et mes actes tout au long de ma vie. Une vie jalonnée de poursuites qui m’ont souvent poussé jusqu’au seuil de la mort.

Donc, me qualifier de raciste et d’antisémite n’est pas une simple calomnie, mais l’expression de la pire bassesse morale, issue le plus souvent de cercles proches d’organisations et d’individus opérant dans la mouvance du néonazisme et auxquels la crise a permis de relever la tête pour nous menacer et – incroyable, mais vrai – nous accuser, eux, d’antisémitisme en utilisant un arsenal de mensonges et de déclarations insidieuses !

Il suffit de dire, par erreur manifeste, dans une interview de trois heures, “antisémite” au lieu d’“antiraciste”, et on s’empare d’une seule et unique phrase dont on isole un mot, brandi comme un étendard, tout simplement pour servir l’intention de m’incriminer. Depuis combien d’années était-on aux aguets pour une simple erreur ? Le mot “antisémite” correspond-il vraiment à ce qui suit ? “J’aime le peuple juif avec lequel nous avons vécu et souffert en Grèce pendant des années et je hais l’antisémitisme.” Je suppose que mes différents ennemis se sont bien gardés de citer ces paroles. Et pourtant, c’est exactement la phrase que j’ai prononcée. Ce n’est pas quelque chose que je viens d’inventer, après-coup, en guise d’alibi. Il en est ainsi, et il est facile de le prouver de façon incontestable en écoutant toute la phrase, exactement comme je l’ai prononcée et non pas en la tronquant comme l’ont voulu mes adversaires.

Peut-être va-t-on se demander pourquoi et comment certains persistent à vouloir discréditer un ami si fidèle d’Israël et des juifs et tentent de me faire passer à tout prix pour un antisémite? (De qui parle-t-on ? De quelqu’un qui a connu les sous-sols de la Gestapo pour les sauver !)

Toutefois, la réponse est finalement simple : beaucoup de mes amis juifs sont d’accord avec moi. Certains sont d’accord avec moi, même s’ils vivent en Israël, donc dans la tourmente quotidienne des événements. Alors, si les simples citoyens du peuple d’Israël entendent mes idées, telles qu’elles sont réellement exprimées, ils “risqueraient” (selon mes ennemis, bien sûr) d’être d’accord avec moi, en pensant que la solution du problème ne se trouve pas dans la violence et les armes, mais dans la coexistence et la paix. Ce qui ne plaît pas du tout à mes adversaires car, bien sûr, j’ai – à plusieurs reprises – totalement désapprouvé la politique de l’État d’Israël et j’ai exprimé ce désaccord avec force et de la façon la plus claire et la plus catégorique (comme je le fais toujours). Pour ne pas courir le risque que ces citoyens se rangent à mes opinions, ils ne doivent pas les entendre. Et quelle est la meilleure et la plus sûre façon de procéder pour arriver à ses fins ? Eh bien, leur tactique habituelle : me coller “l’étiquette” d’antisémite, de sorte qu’aucun juif, où qu’il se trouve, ne veuille plus entendre non seulement mes idées, mais même mon nom.

Et maintenant, particulièrement en France – où brusquement on “s’est souvenu” d’une interview donnée il y a environ un an et demi –, il existe, de toute évidence, une autre raison : porter atteinte à la gauche. Leur prétendu “argument” est que son leader, Jean-Luc Mélenchon, me connaît et que, par conséquent… il a des amis antisémites ! Toutefois, la vérité – malheureusement pour eux – est évidente et je pense que tout homme animé de bonnes intentions peut s’en rendre compte.

Donc, même si après la lecture de ce qui précède, certains persistent encore à me faire passer pour quelqu’un que je n’ai jamais été et que, bien sûr, je ne suis pas, le doute n’est plus permis. Tout est fait sciemment pour servir d’autres finalités, car ma foi inébranlable dans la paix et la coexistence des deux peuples martyrs, juif et palestinien, en dérange plus d’un. »

Athènes, le 15 juin 2012

(Traduit du grec par Arlette Manoli)

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 12:33

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 08:21

Je me permets de mettre en ligne ce matin un éditorial éclairant (comme souvent) d'Edwy Plenel, intitulé par "La Politique de la peur". Si les faits ont démontré qu'il ne s'agissait pas d'une haine ultra-nationaliste mais d'une haine djihadiste, je maintiens la démonstration que j'ai rédigée dans mon précédent article.

Si les haines recuites progressent, si les communautarismes et les fanatismes occupent chaque jour un peu plus notre espace publique, c'est que depuis des années la République recule :

  • elle recule parce que ses dirigeants ne sont plus exemplaires dans leurs actes et dans la défense de nos valeurs - Liberté, Egalité, Fraternité, mais aussi Solidarité et Laïcité ;
  • elle recule parce que les politiques menées depuis de nombreuses années ont pour objectif de saper l'expression concrète de la solidarité nationale au travers des services publics et de favoriser la prospérité d'une très infime minorité plutôt qu'une prospérité collective et partagée, et qu'à défaut de prospérité et de solidarité républicaines d'aucuns qui se sentaient déjà exclus finissent par tomber dans les bras de divers communautarismes ;
  • elle recule parce que la souveraineté populaire semble aujourd'hui totalement illusoire, mettant en danger le principe démocratique même.

Et c'est à ces nombreux défis qu'il nous faut désormais répondre sauf à sombrer collectivement.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise aux relations extérieures

La politique de la peur
24 mars 2012 | Par Edwy Plenel - Mediapart.fr

L’affaire Mohamed Merah est un fiasco pour le pouvoir en place. Fiasco de sa politique sécuritaire comme de sa politique tout court : la première impuissante à prévenir la dérive d’un déséquilibré connu de ses services policiers, la seconde incapable de mobiliser les alertes des diverses administrations qui l’avaient croisé. Plus essentiellement, c’est un fiasco de cette politique de la peur qui distingue le sarkozysme, dont la virulence angoissante masque la profonde inefficacité.

Ni rire ni pleurer, mais comprendre. Enoncée par Baruch Spinoza, cette exigence est celle de la raison. C’est celle de l’esprit des Lumières et de l’humanisme de la Renaissance. Celle d’une pensée qui ne cède pas aux passions tristes de la haine et de la violence. Face à des actes terrifiants comme ceux de Mohamed Merah qui, a priori, nous semblent incompréhensibles tellement ils blessent notre humanité, comprendre ne signifie évidemment pas excuser, mais apprendre pour faire en sorte que cela ne se reproduise pas. Apprendre pour prévenir. Apprendre, y compris de l’inhumanité de l’homme.

Le sarkozysme ne l’entend pas ainsi. Le président-candidat et son parti, l’UMP, rêvent de mettre en congé la démocratie et, avec elle, l’intelligence. Plus de questions dérangeantes, plus de réflexions stimulantes, plus de débats utiles, plus de critiques constructives. Rien d’autre qu’un silence général avec une seule voix autorisée, celle du pouvoir, d’un pouvoir réduit à son essence policière. Loin d’une décence due aux familles des victimes, la suspension momentanée de la campagne électorale se révèle une stratégie politicienne : faire taire les oppositions. À tel point que, dans un montage vidéo qui se retourne contre son propos, le parti présidentiel juge indécentes les déclarations pourtant avisées, réfléchies et posées de François Bayrou, François Hollande, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon sur les enseignements des tueries de Toulouse et Montauban.

À la raison qui réfléchit de façon dépassionnée, Nicolas Sarkozy préfère cette déraison d’État qu’il n’a cessé de cultiver, jouant des passions, exploitant les émotions, usant des registres de l’excès et de l’irrationnel. Ainsi, jeudi 22 mars à Strasbourg, s’est-il empressé de désigner une barbarie qui nous serait étrangère, «un monstre», a-t-il asséné avant d’interdire tout commentaire, à la manière d’un tabou moral : «Lui chercher la plus petite excuse serait une faute morale impardonnable. Mettre en cause la société, montrer du doigt la France, la politique, les institutions, c’est indigne». Il ne faudrait donc se poser aucune question sur le climat de tension qu’ont alimenté des idéologies potentiellement meurtrières qui font le tri entre les hommes, leurs humanités, leurs religions et leurs civilisations (lire ici mon analyse) ? Ni sur une société française malmenée, déchirée et divisée, travaillée par l’injustice, l’exclusion et l’indifférence, au point de laisser sans secours des enfants perdus, égarés par leur désespoir (lire là le parti pris de François Bonnet) ?

Ces grands moulinets en forme d’interdits de Nicolas Sarkozy s’accompagnent de propositions aussi liberticides qu’irréalistes. Face à la dérive criminelle d’un seul – cette «autoradicalisation salafiste atypique», qui résume l’itinéraire du tueur, selon le procureur de la République –, le président-candidat n’hésite pas à désigner comme boucs émissaires la circulation des idées et celle des hommes. Faisant fi des principes constitutionnels fondamentaux garantissant la liberté de penser et de s’exprimer, il propose de punir pénalement «la consultation de sites Internet qui appellent à la haine et à la violence», ainsi que «toute personne se rendant à l’étranger pour y suivre des travaux d’endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme». Si ces propositions se concrétisaient, elles signifieraient la naissance d’une législation d’exception qui criminaliserait les opinions jugées dangereuses par le pouvoir.

L'affaire Merah, une cascade de loupés et de ratés

Mais cette fuite en avant, affolée et précipitée, masque mal un immense embarras. Car autant dire tout net ce que, par précaution gestionnaire ou prudence électorale, les responsables politiques n’osent pas dire trop haut alors qu’ils le pensent tout bas : de bout en bout, cette histoire dramatique est un immense fiasco. Un fiasco sans étiquette politique qui met en cause nombre d’administrations, de services, de professions, de métiers – tout ce tissu de responsabilités et de compétences qui, quand elles fonctionnent de façon harmonieuse, font tenir debout la société, la protègent et la sécurisent. Mais un fiasco particulièrement accablant pour celui qui, depuis dix ans et sa nomination en 2002 au ministère de l’intérieur, prétend incarner la sécurité des Français en faisant de la «culture du résultat» son principe cardinal.

Quand on les récapitule, les «failles» spontanément évoquées par le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé (lire ici notre article), se révèlent des gouffres dont la béance laisse pendantes d’immenses questions. En guise de résultats en effet, une cascade de loupés et de ratés, d’occasions manquées et d’alertes vaines. Avant sa dérive criminelle, Mohamed Merah fut donc un client très régulier de la justice des mineurs, un délinquant emprisonné à plusieurs reprises, un suicidaire hospitalisé et expertisé par un psychiatre, un jeune à la dérive menaçant des voisins et des voisines au nom de l’extrémisme religieux.

Mais ce fut aussi un drôle de touriste au Pakistan et en Afghanistan, tout récemment puisque durant ces deux dernières années, 2010 et 2011, à une époque et dans des régions en guerre où les routards ne sont plus de saison. Et ce fut surtout un voyageur repéré par les forces américaines en Afghanistan qui l’ont renvoyé illico en France ; une recrue terroriste potentielle fichée par les services anti-terroristes internationaux, notamment américains, qui l’avaient interdit de vol sur leurs compagnies et vers leur destination ; bref, un profil chargé et signalé comme il n’en existe guère plus de quelques dizaines dans les fichiers de l’anti-terrorisme français concernant les jeunes nationaux pouvant basculer dans l’action violente.

Et il faudrait accepter sans débat, sans commission d’enquête indépendante, sans interpellation publique légitime, comme si c’était la faute à pas de chance, que cet individu n’ait pas été surveillé de plus près ? Alors même qu’il était repéré et traité par la DCRI, ce «FBI à la française», créé depuis 2007 pour professionnaliser le «renseignement intérieur», dont un fonctionnaire l’avait même entendu de façon informelle à l’automne 2011 ? À ce fiasco de départ, celui de la DCRI qui est le plus lourd de conséquences tant la prévention des crimes est la plus efficace des polices, s’en est ajouté un deuxième : une enquête de police judiciaire qui n’a pas réussi à empêcher la tuerie dans l’école juive de Toulouse, faute d’avoir su exploiter plus rapidement les deux pistes datant du premier meurtre, celui du 11 mars, à Toulouse toujours – une annonce consultée sur Internet et un scooter de marque Yamaha.

Hélas, le croisement de ces deux éléments et du profil de Mohamed Merah n’est intervenu que le mardi 20 mars, au lendemain de la tuerie antisémite et alors que le tueur avait déjà sept cadavres à son passif. Mais il faut croire que, dans cette mauvaise série policière dont la société française a fait les frais, le fiasco devait être général. Car le final fut la malheureuse démonstration par une unité d’élite, le RAID, en théorie spécialisée dans la neutralisation de forcenés, de son impuissance à maîtriser et interpeller vivant un seul individu dont l’armement ne faisait pourtant pas le poids. Avec cette information ultime qui fait encore plus désordre : l’autopsie du corps de Mohamed Merah a montré qu’il était criblé de balles, malgré le gilet pare-balles qu’il portait, avec vingt-deux impacts sur les bras et les jambes, sans compter le tir mortel à la tête.

Politisation et privatisation de la police nationale

Dans un tel enchaînement de dysfonctionnements en cascade, l’explication par la supposée incompétence individuelle des policiers concernés ne tient pas. Trop de services impliqués, trop de métiers différents, trop de spécialités requises. Il faut plutôt la chercher du côté du mélange des genres entre police et politique dont l’effet est toujours désastreux, réussissant à affaiblir, éroder et entraver le professionnalisme des meilleurs. Car depuis maintenant dix bonnes années, Nicolas Sarkozy a fait de la police nationale son domaine réservé, flattant ses responsables, promouvant ses fidèles, imposant une conception presque prétorienne de l’institution, comme si elle était sa chose, son bouclier, son vivier. Au point de se camper lui-même, durant la crise toulousaine, en ministre de l’intérieur depuis le palais de l’Elysée tandis que le ministre en exercice était promu chef d’enquête sur place, au grand dam de la justice, de ses principes comme de ses hommes, et, plus essentiellement, de la séparation des pouvoirs.

Depuis son élection à la présidence, ses deux principaux fidèles, Brice Hortefeux de 2009 à 2011, puis Claude Guéant depuis 2011, ont été nommés à la tête du ministère de l’intéreur. Le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, est un ami d’enfance du chef de l’État. Bernard Squarcini, le patron de la DCRI, nouvellement créée par la fusion des RG et de la DST et placée à l’abri du secret défense, est un policier des Renseignements généraux qui a lié sa carrière à une fidélité manifeste à Nicolas Sarkozy. Sous cette présidence, plusieurs hauts responsables policiers sont devenus préfets de la République en récompense de leur allégeance, de la Seine-Saint-Denis à l’Isère, en passant par la zone de défense de Paris. Parmi eux, l’un des anciens chefs du RAID, unité choyée par l’ex-maire de Neuilly depuis une prise d’otages dans une maternelle, en 1993, dont l’auteur, qui s’était fait connaître sous le surnom de “Human Bomb”, fut tué par les policiers lors de l’assaut.

Totalement hors norme et sans précédent, la gestion élyséenne des tueries de Montauban et Toulouse a montré sans fard la politique qui a inspiré cette patiente et systématique prise de contrôle de l’institution policière. Politisation et privatisation en sont les deux ressorts. Une hiérarchie policière soumise à un exécutif réduit à la seule présidence de la République, docile et dévouée, sans distance ni réserve. Une imbrication néfaste des compétences professionnelles et des calculs politiciens, mélange des genres qui produit inévitablement soit des retards ou des fiascos, soit des transgressions illégitimes, voire illégales, comme dans le cas de l’espionnage policier des journalistes de l’affaire Bettencourt pour connaître leurs sources. Bref, la politisation que la police nationale avait eu bien des difficultés et mis beaucoup de temps à conjurer dans les années 1980 après les années de l’après-1968 et l’époque de Raymond Marcellin est de retour.

Qui en douterait après la mise en avant de Claude Guéant, et de lui seul, sur la piste du criminel à Toulouse, le ministre de l’intérieur et bras droit du chef de l’Etat éclipsant, au mépris du code de procédure pénale, l’autorité judiciaire, non seulement sa présence mais sa légitimité ? Qui en douterait encore en voyant les patrons de la DCRI (dans Le Monde) et du RAID (dans Le Figaro) monter au créneau de concert, avec l’aval et en soutien de leur ministre, pour tenter de justifier leurs échecs (prévenir le crime, interpeller le criminel) dans une opération de communication qui ne souffre guère la contradiction ? Dans toute démocratie adulte – c’est le cas notamment de la Grande-Bretagne –, une enquête indépendante serait menée pour établir les responsabilités afin de remédier aux dysfonctionnements apparus. Quant à la culture du résultat tant vantée par Nicolas Sarkozy, elle a déjà sanctionné, pour des loupés bien moindres, des hauts fonctionnaires qui n’avaient pas été au rendez-vous des attentes présidentielles.

Il faut donc croire que ces responsables policiers le sont, eux. Sans doute parce qu’au delà de leur allégeance, ils sont les maillons d’un dispositif supposé assurer cette politique de la peur dont le sarkozysme a fait son fonds de commerce depuis le retour ministériel de son héros en 2002. «Ayez peur, et je m’occupe du reste» : cette politique parie sur l’insécurité plutôt qu’elle n’y remédie. Elle l’agite, l’entretient, l’utilise, l’exploite, l’excite, etc. Tout l’inverse d’une politique de concorde nationale et de sécurité publique, celle que résume cette ancienne dénomination républicaine du policier de base en uniforme : gardien de la paix. La politique de la peur est angoissante, parce que cette angoisse lui laisse le champ libre. Elle est virulente, parce que cette violence lui fournit ses prétextes. Et elle ne cesse d’attendre son occasion, crise, crime, fait divers, attentat, etc., pour entraîner l’opinion dans un tourbillon de rodomontades autoritaires et de régressions démocratiques.

Mais ce que montre la séquence toulousaine autour de l’affaire Merah, c’est qu’elle est foncièrement inefficace. Les peurs qu’elle ne cesse d’agiter lui reviennent en boomerang, et elle s’avère incapable de protéger la société de leurs impacts, dégâts et déchirements. Aussi faut-il souhaiter, à quelques semaines d’une élection décisive où l’alternance nécessaire et l’alternative souhaitable sont en jeu, que cette démonstration fasse son chemin dans toute la société française. Pour en finir avec la peur et la politique qui parie sur elle, cette politique éminemment dangereuse parce qu’elle ne résout rien et aggrave tout. Et pour prendre le temps d’apaiser la société française, en la réconciliant avec elle-même, c’est-à-dire avec les siens, de tous âges, de toutes conditions, de tous lieux, de toutes origines.

Relever la France, ce serait alors lui redonner de la tenue et de la hauteur, de la confiance et de la sérénité, de la solidarité et de la générosité. Est-il besoin d’ajouter que cette ambition est celle d’une République radicalement démocratique et sociale ?

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 20:41

L'émotion suscitée par l'horreur de la tuerie de Toulouse a conduit à la suspension de la campagne des élections présidentielles. Il est assez naturel que l'accumulation des faits - assassinats et tentative d'assassinat visiblement ciblés de militaires français d'origine maghrébine et antillaise à Toulouse et Montauban, meurtre de sang froid d'un enseignant et de 3 enfants dans une école de Toulouse - en quelques jours, l'horreur indicible du massacre perpétré dans un école (situation inédite), et enfin le caractère vraissemblablement xénophobe et antisémite de ces actes justifient une pause pour mettre à la Communauté nationale de s'incliner devant les morts et d'exprimer sa réprobations des crimes commis.

Certains entourages des candidats s'interrogent désormais : est-il possible de reprendre la campagne électorale normalement ? Les commentateurs et chroniqueurs de tout poil glosent sur le tournant que ces drames représentent et la "nouvelle campagne" qui s'ouvrirait dans le contexte d'une "situation bouleversée". La peur étreint le pays. La peur étreint les politiques et rien ne serait pire que les responsables politiques - qui doivent apporter une vision et une séreinité au pays - soient aujourd'hui tétanisés. Il est temps que la gauche reprenne le combat politique ; il est temps que la gauche vainque la peur... et ce pour trois raisons au moins...

La gauche doit vaincre la peur pour que la démocratie n'abdique pas.

En effet, il serait catastrophique qu'un individu - ou même un groupe, si cela s'avérait le cas - criminel puisse bénéficier de la satisfaction immonde et narcissique d'avoir perturbé durablement le fonctionnement de notre République. Les Français ont droit à un vrai débat démocratique, les Français ont le devoir de se mobiliser pour exercer leur droit de vote en connaissance de cause... quelle que soit l'intensité de l'ignominie que notre société subit. Lors des attentats d'Oslo, Anders Bering Breivik visait à terroriser l'ensemble des forces démocratiques et à faire taire particulièrement les travaillistes norvégiens. Sa "croisade" personnelle était une attaque directe contre la démocratie. La démocratie doit être plus forte que la peur pour infliger la plus forte défaite à celui qui a abattu nos concitoyens.

Opposons à tous les Breivik d'ici et d'ailleurs ce qu'Edwy Plenel a appelé dans Médiapart "nos fraternités".

La gauche doit vaincre la peur parce que celui qui voudrait passer pour "le président qui protège" a besoin que nous ayions peur.

Que la communauté nationale manifeste par des rassemblements et des minutes de silence pour exprimer sa douleur, son effroi, sa compassion pour les victimes et leurs familles, sa condamnation intégrale des crimes commis depuis une semaine, cela est parfaitement normal. Qu'un Président de la République "normal" appelle ses concitoyens à le faire devant l'ampleur inédite du drame, c'est nécessaire.

Mais je ne peux m'empêcher d'éprouver un malaise intense devant la manière dont a été décrétée par le Président de la République sortant et son ministre de l'Education Nationale cette minute de silence. Tout d'abord parce qu'elle a été imposée de manière globale et sans discernement : Est-il sain, même en faisant la plus grande confiance aux premiers serviteurs de la République que sont les enseignants, que des enfants de maternelle ou même de certaines classes d'école élémentaire soient confrontés du jour au lendemain à une actualité violente et abjecte dont ils n'ont pas eu forcément connaissance (parce qu'ils ne sont pas branchés 24h/24 sur les chaînes d'information continue) et dont il faut peut-être d'ailleurs les protéger un peu plus longtemps que d'autres ? Est-il suffisant, par ailleurs, de se contenter d'une minute de silence pour des élèves plus âgés dans les collèges ou les lycées, sans qu'il n'y ait aucune consigne gouvernementale (comme ce fut a contrario et à raison le cas en 1989 à la suite de la profanation du cimetière juif de Carpentras, à la demande de Lionel Jospin, ministre de l'Education Nationale de François Mitterrand) pour l'après ? Pas de discussions, pas de pédagogie, pas de retour sur la signification profonde de l'antisémitisme, des valeurs de la République qui doivent rassembler, etc. Entre le trop et le pas assez, cette "cérémonie" scolaire de ce matin a de quoi laisser interrogatif.

D'autant plus interrogatif quand on regarde la manière dont le Président de la République est intervenu ce matin dans un collège du Marais à Paris à deux pas du mémorial de la Shoah. "Ce qui s'est passé à Toulouse dans une école confessionnelle, avec des enfants d'une école juive, aurait pu se passer ici [au collège-lycée François-Couperin]. Ces enfants sont exactement comme vous", a déclaré le chef de l'Etat, ajoutant : "L'assassin s'est acharné sur une petite fille. Il faut réfléchir à ça."

Le Président de la République cède ici à nouveau de façon inappropriée au candidat UMP. Il instrumentalise clairement les peurs d'enfants, et à travers de la population française dans son intégralité. Le Président-candidat cherche à être le candidat qui sera "le Président qui protège" et pour cela il a besoin que la peur dure. Un candidat depuis 24 heures n'a pas arrêté de faire de la politique.

 

La gauche doit vaincre la peur car notre pays a été trop abîmé et doit être réparé.

Depuis plus de 5 ans, depuis les préliminaires de la précédente campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s'est empoyé à instrumentaliser les peurs et la xénophobie. Du "ministère de l'immigration & de l'identité nationale" à la polémique fumeuse sur l'abattage rituel - qu'il soit halal ou kasher -, en passant par les faux débats dans les préfectures ou organisés par l'UMP sur laïcité travestie en cache sexe pour une stigmatisation des musulmans, ou encore l'inégalité des civilisations selon Claude Guéant, le Sarkozisme aura hâté et généralisé à un niveau rarement connu la lepénisation des esprits.

Nicolas Sarkozy a recyclé tous les poncifs du Front National en version soft mais certaine ; de cette manière, il a facilité l'opération de banalisation du Front National entreprise par Marine Le Pen. Il a donc contribué à la banalisation des idées national-populistes, libéré la parole xénophobe et permis la construction de passerelles entre l'extrême droite et ses propres soutiens de la "Droite Populaire".

En banalisant une xénophobie bon teint, il a poussé à la radicalisation et à l'expression plus forte de la radicalité ultra-nationaliste. Ce n'est pas la première fois que Jean-Marie Le Pen cite Brasillach dans un meeting, mais jusqu'ici c'était toujours de manière détournée ; il n'est pas étonnant qu'il se sente autorisé aujourd'hui à afficher le nom de son auteur préféré sous les caméras de toutes les télévisions du pays ; le vieux leader nationaliste n'est pas gâteux et ses propos sont toujours calculés.

Libérer la parole xénophobe et briser les tabous humanistes et républicains ne peut, par ailleurs, que favoriser le passage à l'acte d'individus à la rationnalité déviante et qui étaient tentés par l'action violente et terroriste pour satisfaire leurs instincts racistes. On ne peut pas dissocier les drames de ces derniers de l'ambiance nauséabonde qui s'est peu à peu répandue durant le mandat de Nicolas Sarkozy.

Seule la gauche peut entamer le chemin pour guérir culturellement le pays de cette maladie de l'âme que cet individu manipulateur lui a instillé. Plus que jamais c'est une bataille culturelle que les socialistes et leurs partenaires politiques, écologistes, radicaux, citoyens et du Front de gauche devront mener pour faire reculer la haine, la xénophobie, les communautarismes et la peur.

Mais le racisme banal n'est pas le seul mal dont notre pays aura à guérir. Sarkozy a mis à mal l'idée même de solidarité et de progrès, dans un pays dont le peuple avait toujours eu le principe d'égalité chevillé au corps. Les services publics ont été dénoncés, ont été fragilisés volontairement parce qu'ils incarnaient non pas une dépense publique honnie, mais une certaine idée de la République : la droite sarkoziste confond liberté et individualisme, elle confond égalité républicaine et relativisme, solidarité et assistanat... Partout où les services publics et donc les solidarités nationales reculent, le communautarisme progresse pour les remplacer et cette évolution satisfait une partie de la droite française. Les chômeurs sont montrés du doigts pour les mêmes raisons. Cela permet également de faire porter aux victimes du système ultra-libéral la responsabilité de leur sort, plutôt que d'interroger les politiques économiques menées depuis plus de trente ans en France, en Europe et dans tous les pays développés depuis tant d'années.

Nous avons besoin de reprendre la campagne électorale car il faut convaincre les Français que nous pouvons remettre à l'ordre du jour une véritable politique industrielle, qui rompe avec la soumission aux intérêts de l'économie financière, et qui recrée durablement de l'emploi. Nous avons besoin d'une campagne électorale pour dire que nous devons investir dans l'avenir et dans l'école plutôt que d'appliquer sans discernement une règle stupide de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite. Nous avons besoin d'une campagne électorale pour rappeler aux Français que la progression des droits sociaux, que l'amélioration des conditions de travail ne sont pas incompatibles bien au contraire avec l'efficacité économique. Nous avons besoin d'une campagne électorale pour réconcilier les Français avec l'égalité, la solidarité et le progrès, qui sont des conditions essentielles de la bataille culturelle que j'évoquais plus haut.

Nous avons également besoin d'une campagne électorale au plus vite parce que nous devons dire aux Français la vérité sur l'Europe et dénoncer les mensonges de Merkozy. Ce matin dans sa chronique "Géopolitique"quotidienne sur France Inter, Bernard Guetta rappelait que les évènements de ces derniers jours n'étaient séparables de l'environnement culturel et politique dans lequel s'enfonçait depuis plusieurs années déjà notre continent :

"Il y a quelque chose de pourri au royaume d’Europe et cela est d’autant plus inquiétant que les causes en sont profondes.

Encore minoritaire mais toujours croissante, une partie des Européens a peur d’un siècle où elle ne reconnaît plus, de ces puissances émergentes dont la concurrence ferme les usines, de ces pays arabes en ébullition, de ces multinationales plus fortes que les Etats-nations et de cette Union européenne qui se bâtit si loin d’eux. A défaut de comprendre - car personne ne se soucie de s’adresser à leur intelligence - que ces changements sont irréversibles et que l’Union est faite pour affirmer une puissance publique européenne à même d’affirmer l’Europe, ces Européens accusent l’étranger de ces étrangetés, veulent fuir dans un passé révolu et refermer les frontières nationales dans l’espoir de retrouver les cadres familiers d’une sécurité passée et mythifiée. Toute une partie de l’Europe a peur et la peur est mauvaise conseillère."

Depuis des années, la construction européenne se perd car les peuples considèrent que son évolution néo-libérale et technocratique se fait en dépit de leurs intérêts, de leurs libertés et de leurs aspirations. Un divorce croît entre les citoyens et une construction politique inédite qui devrait au contraire représenter l'espoir. Il faut dire qu'on a souvent menti à ces peuples, qu'on a plusieurs fois bafoué leur voix, que certains ont clairement été humiliés et qu'ils ne sont pas associés concrètement à sa construction. Le projet de Traité Merkozy ne peut qu'accroître cette fracture en revenant à des institutions intergouvernementales et technocratiques, et en édifiant en règles indépassables des présuposés libéraux qui devraient être régulièrement validés ou invalidés par un débat démocratique.

François Hollande, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon ont tous les trois la prétention de rétablir la souveraineté populaire en Europe. Ils ont raison : c'est l'unique et la seule possibilité de réconcilier les peuples européens avec l'Union européenne et d'enrayer la lente dérive vers la résurgence de puissants national-populismes.

Alors oui plus que jamais après les meurtres de Toulouse, la Gauche doit vaincre la peur, reprendre le combat démocratique au plus vite et proposer à la France de sortir de l'ornière sarkoziste qui la mène à sa perte.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du Parti Socialiste du Val-d'Oise aux relations extérieures

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 08:41

C'est la panique dans les rangs de l'UMP. Les grands barons du parti conservateur français se rendent compte que la personnalité du Président de la République et sa synthèse entre Bonapartisme, Réaction et Néo-libéralisme sont profondément rejetés au sein du peuple Français.

Ce n'est pas seulement qu'il n'ait pas tenu ses promesses mais que les réformes qu'il a réalisées cherchaient à dresser les Français les uns contre les autres, contrevenant ainsi aux principes d'égalité qui fondent le peuple républicain. Ce poison a fait son chemin dans les têtes à droite ou dans tous les cas - comme cela s'est vu dans les pseudo-débats sur l'identité nationale et leur pseudo-laïcité détournée - a libéré les basses pulsions de nombreux responsables.

claud-gueant-sarkozy 9881Avec Nicolas Sarkozy, la lepénisation des esprits a fait des bonds spectaculaires, et plus encore au sein de la droite anciennement républicaine, alors même que l'actuel locataire de l’Élysée avait prétendu avoir abattu le Front National.

Toutes les actions du gouvernement de Sarkozy ont nourri la progression d'une Marine Le Pen, dont le faux nez moderne a permis de renforcer une porosité inédite entre la droite néo-réac et l'extrême droite. Elle est tellement montée dans les intentions de vote des Français que l'affichage, à l'occasion de la campagne électorale, de ses insuffisances flagrantes, de l'indignité et l'inopportunité de son programme n'a cependant pas affecté fondamentalement son rang dans le débat politique.

C'est donc aujourd'hui une droite sans boussole qui pense récupérer quelques points dans les sondages en courant de manière de plus en plus visible et caricaturale derrière le Front National. Ce faisant, ils nourrissent plus encore la mécanique qui renforce le Front National sur le long terme. Ils le font en venant clairement sur son terrain mêlant le fantasme de l'impossibilité d'intégrer les immigrés à la société française (contre toute réalité historique), de l'amalgame entre immigration et islam, et de l'antisémitisme (logique classique de la droite nationaliste).

Trois illustrations, trois fautes, trois indignités, ces dernières semaines :

  1. D'une manière générale, regardons où est menée la campagne présidentielle. On parle de la viande halal, de la viande casher, on va parler de l'étiquetage de la nourriture. Dans le même temps, il y a des écoles qui ferment, des classes qui ferment, il y a moins de profs, il y a des hôpitaux publics qui sont surchargés, on se soigne de moins en moins bien, on ne trouve pas de boulot, on passe de contrat précaire en contrat précaire et de quoi on parle-t-on ? Voilà donc selon la droite néo-réac, la principale préoccupation des Français depuis deux semaines

  2. claude-gueantClaude Guéant, inénarrable ministre de l'intérieur (sans doute bien plus réactionnaire encore que son patron), a tenu à expliquer que le droit de vote des étrangers constituait un risque d'imposition dans les restaurants scolaires de la viande halal. De la part du ministre de l'intérieur, il y a plusieurs fautes, les premières relatives à sa fonction, la dernière politique

    1. Les Français musulmans sont déjà électeurs depuis longtemps et siègent déjà nombreux dans les conseils municipaux. À aucun moment, ces élus n'ont eu pour revendication quoi que ce soit qui puisse ressembler au fantasme de M. Guéant et les listes « communautaristes » – notamment menées par le Parti des Musulmans de France – ont toujours réalisé des scores ridicules, y compris dans les bureaux de vote où les Français de confession musulmane sont considérés comme nombreux. Ce n'est donc pas une revendication des personnes de confession musulmane en France.

    2. Imposer une nourriture issue d'un abattage rituel serait tout simplement contraire à la laïcité et un conseil municipal, quelle que soit sa composition et quelle que soit la situation de politique fiction imaginée par le ministre de l'intérieur (qui devrait le savoir comme ministre) ne pourrait délibérer en ce sens.

    3. Les Français de confession musulmane sont insultés comme citoyens français. On les ramène à leur religion, à ce qui serait – par définition (dans la logique de détournement de la laïcité en islamophobie) – la menace qu'ils représentent pour tous les autres. Cette remarque vaut également pour les immigrés quelles que soient leurs origines ou nationalités. Une personne vivant en France, qu'elle soit Française ou pas, qu'elle soit originaire du Pas-de-Calais, de Bretagne, de Toulouse, de Bamako, d'Alger ou d'Andalousie, est avant tout un être humain qui dispose de droits et de devoirs que la République ne peut et ne doit pas considérer en fonction de sa confession supposée. Ce faisant la droite abaisse tous les jours depuis 5 ans nombre de nos voisins ou concitoyens en ne les considérant pas comme humain mais comme musulmans, catégorie supposée moins assimilable et pas totalement « normale ».

  3. fillon-subvention-st-ericssonPlus étonnamment pour un responsable issu du Gaullisme social (mais cela a-t-il encore une quelconque signification après Chirac et Sarkozy?), François Fillon, Premier Ministre, a commis un dérapage inexcusable au regard de ses fonctions. Alors qu'il aurait dû recadrer son ministre, il a de fait apporté son soutien à M. Guéant et en a rajouté une louche. François Fillon a suggéré aux juifs et aux musulmans de revenir sur les «traditions ancestrales» d’abattage rituel des animaux. Le Premier ministre, s'exprimant à titre personnel, a estimé que «les religions devaient réfléchir au maintien de traditions qui n'ont plus grand chose à voir avec l'état aujourd'hui de la science, l'état de la technologie, les problèmes de santé».

    1. Notons qu'il est aberrant de renvoyer la foi et certaines pratiques rituelles qui lui sont liées dans le judaïsme (on en parlera plus volontiers ici pour faire preuve de parité…) à la science et que les interprétations sanitaires des interdits et prescriptions alimentaires contenus dans le Lévitique (qui constituent la base de la cacheroute) sont largement dépassées. L'interdit de consommer du lièvre ou des mollusques est équivalent à l'interdiction du porc ou aux prescriptions sur l'abattage rituel, et cela n'a rien à voir avec la science et la santé. Notons au passage que si le Premier Ministre français veut entrer dans une logique de réforme des religions, ce qui n'est plus tellement couru depuis l'empereur Constantin ou le délicat Roi d'Angleterre Henri VIII Tudor, il aurait pu également parler de l'infaillibilité papale, de l'immaculée conception, du filioque, du célibat des prêtres romains ou de la querelle entre protestants et catholiques romains sur le mystère de la transsubstantiation. Notons qu'il ne l'a pas fait et qu'il veut s'attaquer une fois encore à des boucs émissaires classiques.

    2. Mais le plus grave, c'est que le Premier Ministre de la République française n'a pas à se préoccuper des affaires internes des confessions présentes sur le territoire français. La République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte, elle reconnaît la liberté de conscience et la foi des habitants de notre pays est une affaire privée qui ne peut être arbitrée par l’État (sauf dans des cas exceptionnels où seraient mis en cause l'ordre public, ce qui n'est pas le cas). Après avoir abaissé la dignité humaine des habitants de confession musulmane, c'est désormais l'intégralité du Principe de laïcité qui est abaissé par le Premier Ministre. Mais qui pouvait attendre désormais autre chose cinq ans après que le Président sortant ait jugé supérieur le Prêtre et le Pasteur à l'instituteur républicain ?

Il y a fort à parier que ces polémiques n'est pas de prises directes sur les résultats de l'élection présidentielle, si ce n'est pour écœurer toujours plus d'électeurs du débat public. Elle marque la perte de repères dramatique de la droite française et n'intéresse peut-être dans ses fondements qu'une poignée de «coupeurs de cheveux en quatre» dont je fais partie.

Elle annonce cependant deux choses graves et importantes :

  • le prélude à une dislocation annoncée de l'UMP dans l'éventuelle défaite, entre la «Droite Populaire» d'un côté, et les centristes de l'autre ; les héritiers de Chirac et Séguin étant un peu perdus au milieu ;

  • l’aggravation de la prégnance de la droite national-populiste dans l'opinion publique qui pourrait bien être renforcée d'ici quelques années par les passerelles de la «Droite Populaire» pour former la plus dangereuse alternative qui soit (pour la démocratie républicaine) à une gauche de gouvernement.

Frédéric FARAVEL
Secrétaire fédéral du PS Val-d'Oise aux relations extérieures

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 08:01

Letchimy.jpgQuelle ironie et quelle mauvaise foi !?! Après avoir attisé les feux de la polémique, la droite anciennement républicaine voudrait aujourd'hui rejeter le mistigri du scandale sur le député du Parti Populaire Martiniquais, Serge Letchimy, ancien Maire de Fort-de-France et successeur d'Aimé Césaire.

Nous rappellerons donc l'origine de tout ceci. Le ministre de l'intérieur, Claude Guéant, après de nombreux dérapages très contrôlés (sur son inquiétude face à l'augmentation du nombre de musulmans, sur l'échec scolaire dont seuls seraient responsables les enfants d'immigrés, etc.) s'est permis de déclarer dans une convention de l'UNI – organisation étudiante de droite, habituée à faire la passerelle avec les nationalistes et aux coups de poings (devant le même auditoire, son ancien membre Éric Raoult s'en est même vanté) – « contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas »[…] qu'il fallait « protéger notre civilisation ». « Celles qui défendent l'humanité nous paraissent plus avancées que celles qui la nient », argumente-t-il, ajoutant : « celles qui défendent la liberté, l'égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ».

Il est caractéristique depuis les fameux débats sur « l'identité nationale », organisés par l’État et transformés en défouloir raciste, ou sur « la laïcité », organisé par l'UMP et transformé en charge contre les populations de culture arabo-musulmane, que la parole raciste se soit libérée sans tabou dans toute la droite.

claude-gueant.jpgIl est tout autant caractéristique que M. Claude Guéant se « lâche » dans une réunion à huis clos, où il s'est cru parmi les siens et uniquement parmi les siens, "en famille" ; il a donc parlé à cœur ouvert et exposé son sentiment profond, ce qui en dit long sur ce les idées qui animent et motivent réellement certains membres du gouvernement de la République. On ne remerciera jamais assez l'élève journaliste, ancien de l'UNI, qui a ainsi pu faire sortir les propos tenus par le Ministre dans une réunion militante intitulée « Vaincre pour la France », qui servait à mobiliser les troupes à l'orée de la campagne des élections présidentielles.

Deux idées (dans l'ordre de son intervention) sous-tendent la déclaration du M. Guéant :

  • La gauche serait structurée autour d'une « idéologie relativiste », confondant les valeurs de toutes les civilisations. Alors, je veux entendre beaucoup de choses, notamment sur le fait que les troubles idéologiques existent dans une gauche française et européennes ballotée par les remous de l'offensive néo-libérale et parfois honteuse d'une certaine radicalité au prétexte que les déviations bolchéviques et staliniennes l'auraient à jamais condamné, mais il faudra m'expliquer en quoi la gauche développe des propos relativistes concernant les valeurs universelles issues de la Révolution Française… Je me souviens bien de Jacques Chirac, grand leader gauchiste s'il en est, expliquant lors d'un voyage en Côte-d'Ivoire dans les années 1990 que le régime de M. Houphouët-Boigny (une dictature) était le mieux adapté à la réalité africaine. Je me souviens bien de Jean-Pierre Raffarin, sénateur de la gauche radicale, qui avant, pendant et après son passage à Matignon n'a de cesse de nous expliquer qu'il faut mesurer la qualité du régime de la Chine Populaire au regard de la spécificité de la Civilisation chinoise sans la condamner. Je me souviens bien de Nicolas Sarkozy recevant en grande pompe et lui proposant d'acheter des centrales nucléaires (heureusement ça n'a pas abouti) le colonel Khaddafi, avant de lancer contre lui une opération militaire 4 années plus tard pour se faire pardonner d'avoir été l'un des derniers soutiens du président Ben Ali en pleine révolution tunisienne… tout est relatif, en effet.
    Par contre, je n'ai pas souvenir que – à part peut-être quelques individualités sombres – les partis de gauche développent des analyses, produisent des formations en direction de leurs militants, relativisant en fonction du pays et des populations concernées les atteintes aux Droits humains (toutes catégories confondues : hommes-femmes, bourgeois-cadres-employés-ouvriers, athées-croyants, etc.). Je n'ai pas entendu à gauche de partis expliquant que les droits de la femme était une préoccupation secondaire dans la péninsule arabique au regard d'autres enjeux ou que les peuples africains ou arabo-musulmans étaient moins aptes que les autres à accéder à l'exercice de la démocratie.

  • Claude Guéant et nombre de cadres de l'UMP développent un argumentaire emprunté à la théorie du « choc des civilisations ». On retrouve dans les propos du ministre de l'intérieur la résonance des discours néo-conversateurs américains sur l'axe du mal, la nouvelle croisade de l'occident face à l'obscurantisme musulman (d'ailleurs Claude Guéant l'a confirmé en cherchant à se défendre en précisant sa pensée mardi 7 février au matin sur Canal + : « Pour moi, ce qui est en cause, c'est la religion musulmane »), une vision manichéenne où il n'y aurait que le « Bien » face au « Mal ». Ce que l'on pourrait encore tolérer dans un discours religieux, éthéré et décrivant peut-être les débats intimes d'une personne croyante sur la qualité de son être ou de son âme, n'a pas sa place dans le débat politique. Plus grave, il vise à réduire toute civilisation – sauf la civilisation européenne ou occidentale – à l'expression de sa minorité la plus sombre, la plus fondamentaliste, la plus caricaturale. Si on écoute Claude Guéant – et puisqu'il est bien clair que c'est la religion musulmane qui serait en cause –, la civilisation arabo-musulmane – et les pays qui participent de son aire géographique, pour que ce type de considération soit encore complétement opérantes à l'heure de la mondialisation – ne pourrait pas produire autre chose que le wahabbisme, le khomeynisme, le salafisme, le djihadisme, et a contrario pour les éviter des régimes dictatoriaux comme ceux de Ben Ali ou de Moubbarak (pour la forme la plus « douce ») ou baassistes (comme en Syrie ou en Irak). Cette analyse a été quelque peu mise à mal par le printemps arabe. Mais cette analyse conduit à légitimer l'intervention extérieure des forces occidentales pour imposer LA liberté et LA culture universelle à des peuples qui seraient sinon incapables d'y accéder par eux-mêmes : on a d'ailleurs vu à quel point ces interventions ont été une réussite, puisque les interventions militaires en Afghanistan, en Irak ou en Libye ont produit des démocraties exemplaires, grâce aux modèle civilisateur qu'est le soldat américain ou européen.

Les présupposés d'une telle réflexion sont parfaitement délirant d'un point de vue éthique et rationnel. Les Européens et les Américains peuvent-ils se prétendre seuls héritiers de la civilisation gréco-romaine ou judéo-chrétienne, oubliant au passage que les fondements de la première lui ont été transmis pour une bonne partie viale monde musulman, qui a connu par ailleurs une richesse culturelle, intellectuelle, artistique et scientifique qui ridiculise parfaitement l'idée que le monde arabo-musulman ne pourrait se réduire qu'à des fondamentalismes. Quels sont par ailleurs les périmètres d'une civilisation ? Monsieur Guéant parle de la nôtre, mais s'agit-il d'une grande civilisation européenne indifférenciée, ou de ce qui fut appelé autrefois la civilisation allemande, la civilisation française, la civilisation hollandaise ?

Les expériences coloniales et esclavagistes des puissances européennes, hispano et anglo-américaines sont-elles déconnectées des valeurs d'une civilisation humaniste européenne ? L'héritage des Lumières et de la pensée rationaliste n'a-t-il donc aucun lien avec les catastrophes fascistes et nazies, qui sont nées, qui ont été en gestation au sein des nations parmi les plus cultivées d'Europe (France, Italie, Allemagne) ? Les ravages des nationalismes européens sont-ils hors sol ? Le totalitarisme léniniste et stalinien ne serait-il donc que la conséquence de la supposée influence « réactionnaire asiatique » dans la culture et la société russe ? La « civilisation européenne » serait pure et vierge de tout défaut ; les horreurs qui ont parsemé notre histoire ne serait donc que des accidents, des éructations animales régressives qui se seraient faufilées prenant par défaut la vigilance de l'esprit supérieur présidant aux destins des peuples issus du continent européen.

La vérité est évidemment différente. À toute époque, il s'est trouvé des moments, parfois longs, très longs, pour trouver des justifications parfaitement construites dans les apports idéologiques, philophiques et spirituels, pour justifier des comportements immoraux, amoraux, barbares et parfaitement indignes de ce que l'on peut concevoir en tant qu'humaniste et que progressiste. L'idée même de supériorité d'une supposée civilisation sur une autre ne fait que renforcer le poids des réactionnaires parmi ceux avec lesquels on les amalgame, il décrédibilise la pertinence des valeurs humanistes et démocratiques. En entretenant la confusion intellectuelle, il permet à toutes les dérives politiques de se renforcer.

C'est tout le sens des propos de Serge Letchimy dont je partage l'intervention mots pour mots [vous pouvez consulter ici le texte précis de son intervention].


La polémique sur les propos de Claude Guéant... par LCP

Il est évident que Claude Guéant et consorts se moquent éperdument de ces considérations. Leur objectif n'est pas de lutter contre les « civilisations » qui seraient contraire aux valeurs humanistes et démocratiques, de sauver toutes les femmes martyrisées du monde comme l'annonçait pompeusement et démagogiquement Nicolas Sarkozy le 7 mai 2007 dans son discours de victoire. Leur objectif est de flatter ceux qui dans la société française ont choisi sciemment ou sont plongés sans l'avoir voulu dans le bain réactionnaire, que la droite française a contribué à renforcer ces dernières années. Leur objectif est de conforter une partie de l'électorat « petit-blanc » en dénonçant à leur vindicte un ennemi fantasmé et en les assurant qu'ils sont comme le Front National en capacité de faire barrage aux « barbares » du Maghreb et du Proche-Orient mais surtout des banlieues françaises. Leur objectif est d'ancrer profondément cette pensée dans l'esprit d'une partie des catégories populaires blanches pour qu'elles considèrent que leur salut viendra de la stigmatisation et de la discrimination de ceux qui vivent les mêmes souffrances, qui sont victimes du même système économique, mais qui ont (à deux ou trois générations près) une origine géographique différente.

Claude Guéant souffle ainsi sur les braises et les ferments de la guerre civile. Il fragilise la République et les valeurs humanistes et démocratiques qu'il dit vouloir défendre et dont en fait il n'a cure car seul compte l'effet électoral à court terme.

claud-gueant-sarkozy_9881.jpgIl semble que Nicolas Sarkozy et ses équipes (car qui pourrait croire que M. Guéant parle sans l'approbation du Président de la République) veuillent approfondir la nouvelle synthèse réactionnaire de la droite française qu'il avait commencée à produire en 2005-2007. Cela expliquerait pourquoi l'UMP réfléchit sérieusement à la capacité d'écarter Marine Le Pen et le Front National pour rassembler sous une seule bannière toutes les droites (en espérant que les centristes et les modérés n'oseront pas se séparer de lui).

Rappelons qu'historiquement la droite a eu en Italie, en Allemagne et en France une responsabilité historique dans l'accession au pouvoir des fascismes, en considérant les partis qui portaient ces idéologies comme fréquentables, leurs discours et leurs propositions comme tolérables et éventuellement recycables.

Une autre responsabilité était venue de la gauche. Le NSDAP d'Hitler a profité de la complicité des conservateurs et des milieux économiques allemands, mais également de la guerre à mort que se livraient le KPD et le SPD. Le rassemblement de la gauche est donc essentiel pour empêcher les idées nauséabondes de progresser dans la société. Mais il est également important que ce type de dérive réactionnaire ne trouve pas l'indifférence comme réponse, au prétexte d'être républicain pour deux ou trois : il est triste que le seul soutien franc et clair à l'égard de Serge Letchimy soit venu de Jean-Luc Mélenchon. Serge Letchimy est certes un député PPM, mais il est apparenté socialiste et un compagnon de route des socialistes comme l'était son mentor depuis des dizaines d'années. Le Parti Socialiste et tous ses membres se grandiraient à apporter un véritable soutien à notre camarade martiniquais ; nous ne pouvons nous contenter de refuser de le dénoncer.

Serge Letchimy a eu raison, Serge Letchimy doit être défendu, Serge Letchimy doit être pris en exemple !

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral du Parti Socialiste du Val-d'Oise aux relations extérieures

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 08:37

Je veux porter à votre connaissance cette action que je juge scandaleuse : alors que le parquet a réclamé un non-lieu pour les policiers qui ont procédé à une interpellation particulièrement violente ayant entraîné la mort de ce sexagénaire en juin 2009, la Préfecture a exigé et opéré au retrait de la plaque qui avait été déposée le samedi 14 janvier 2012 en présence de la population, du collectif "Justice & Vérité" pour Ali Ziri, des associations, des partis de gauche et des élus. La préfecture cède ainsi à la pression corporatiste d'une partie des représentants des policiers nationaux.

Une nouvelle manière d'illustrer la volonté de couvrir des bavures policières et un racisme institutionnel rampant.

Frédéric Faravel

Plaque-ali-ziri-26-janvier-2012.JPG

Le Parisien - édition du Val-d'Oise du 26 janvier 2012

Plaque-retiree-le-Parisien-du-1er-fevrier-2012.JPG

Le Parisien - édition du Val-d'Oise du 1er février 2012

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 16:25
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