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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Trouve

Gauche Républicaine & Socialiste

17 septembre 2008 3 17 /09 /septembre /2008 10:23
Mes proches - non socialistes - me disent souvent que les socialistes, ou en tout cas les responsables et les élus parmi les plus visibles d'entre eux, les déroutent voire les désespèrent de leur incohérence - pour rester poli - et même de leur total absence de décence politique.
Régulièrement, ils me disent "bon toi, à la rigueur, on comprend ton engagement, ça fait des années que tu traces un sillon, que tu plaides pour une évolution et toujours dans un sens cohérent, on s'y retrouve ; mais la plupart de tes "camarades"... c'est à pleurer, comment veux-tu qu'on fasse confiance au PS après ça..."

Des exemples illustrant la complainte de certains de nos électeurs, on en croise tous les jours et près de nous. Ainsi, un maire du Val d'Oise vient d'annoncer qu'il soutiendrait Bertrand Delanoë et la motion qu'il présenterait. Depuis, il envoie sms sur sms à des militants ou d'autres élus socialistes leur enjoignant de suivre son exemple (ce qui agace quelque peu certains d'entre eux).
Or voici quelques semaines, il s'était fendu d'une lettre ouverte aux militants pour expliquer pourquoi il ne signait aucune contribution générale, justifiant avec quelque argument qu'il ne voyait ni de personnalité susceptible d'imposer son leadership au parti et a fortiori de le conduire à la présidentielle, ni d'orientation politique claire se dessinant permettant d'apporter au PS la ligne directrice capable de soutenir l'élaboration d'un nouveau projet face à l'échec du libéralisme.

Après avoir soutenu NPS et Arnaud Montebourg, défendu des options fortement à gauche, soutenu Ségolène Royal dans la désignation interne en novembre 2006, le voila désormais qui rejoint Bertrand Delanoë, indiquant que désormais la principale urgence est la désignation d'un premier secrétaire. On verra ici la belle uniformité de ce parcours qui rassurera bien des électeurs socialistes.
Ainsi donc, peu importe les propositions de Bertrand Delanoë, peu importe qu'il demande que socialisme devienne libéral à l'inverse des convictions revendiquées voici encore quelques semaines par l'élu en question, le choix du premier secrétaire  - et donc in fine dans la logique présidentialiste défendue à la fois par Ségolène Royal et Betrand Delanoë - prime sur l'orientation du Parti socialiste et le choix de ce premier secrétaire doit se faire en fonction des sondages d'opinions réalisés auprès de sympathisants socialistes (qui sont définis comme étant ceux qui ont voté 2 fois socialistes au cours des 5 derniers scrutins !?!). On a beaucoup progressé depuis 2006 !!!

Je ne puis qu'être en désaccord majeur avec ce type de démarche, qui vise avant tout à chercher des accords pragmatiques ou intéressés entre grands élus d'un département, surtout quand Bertrand Delanoë vient d'officialiser bruyamment son union avec François Hollande à Cergy le mardi 16 septembre ; François Hollande ce premier secrétaire sortant dont on ne dira jamais assez à quel point sa stratégie permanente de l'étouffement du débat politique dans le PS aura été responsable des errements et des défaites nationales du Parti.

Le Parti socialiste, et avec lui toute la gauche, a besoin d'un peu plus de cohérence, de convictions et d'enthousiasme pour redonner confiance à nos compatriotes. Avec de tels comportements, on entretient l'idée que décidément les élus socialistes ne voient pas plus loin que l'intérêt de leur réélection suivante et que l'avenir du pays et de l'Europe dans ces circonstances n'est finalement que très secondaire.
Au congrès de Reims, les militants doivent balayer de telles manoeuvres et ceux qui les utilisent...

Frédéric Faravel
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16 septembre 2008 2 16 /09 /septembre /2008 13:20



Du grain à moudre


Du grain à moudre

par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 18h30 à 19h15


 

émission du lundi 8 septembre 2008
Les intégristes sont-ils infiltrés au cœur du Vatican ?



de Brice Couturier




Ecoutez



L’élection, en 1978, de Jean-Paul II à la tête de l’Eglise catholique aurait marqué un tournant, un tournant vers la droite. Fini, le flirt avec les marxistes sud-américains au nom de la théologie de la libération, exeunt les prêtres-ouvriers engagés dans le combat syndical, excommuniés, les jésuites et autres dominicains castristes ou maoïsant, tellement tendance dans les années 60/70… Anti-communiste parce que venu de Pologne, inquiet d’une possible contamination de l’Eglise par le relativisme moral ambiant, Karol Wojtyla dit Jean-Paul II aurait interrompu un mouvement engagé par Jean XXII à l’époque du Concile Vatican II. Du coup, nous disent Caroline Fourest et Fiammetta Venner, les traditionnalistes, un temps au bord du schisme, ne sont plus seulement tolérés aux marges de l’Eglise, ils se sont désormais installés en son cœur.
Le livre que signent Caroline Fourest et Fiammetta Venner braque les projecteurs de l’enquête sur deux mouvements aux pratiques «pas très catholiques» ; les Légionnaires du Christ, fondés au Mexique, mais déjà très présents aux Etats-Unis et en Irlande et, bien sur, le fameux Opus Dei, dont l’inquiétante réputation alimente nombre de fantasmes – comme le Da Vinci Code l’a abondamment illustré.
Peut-on résumer l’ensemble de la politique religieuse du Vatican à partir d’une description de ces deux mouvements ? Est-il exact que cette politique soit dorénavant orientée dans le sens d’une lutte plus ou moins feutrée avec les mouvements évangélistes protestants, en constante progression, alors que les églises se vident ou sont transformées en lieu d’exposition ? Le catholicisme est-il passé d’un œcuménisme tolérant à une position offensive de conflit ouvert avec les autres religions ?
Telles sont quelques unes des questions que pose le livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner.



Invités






Caroline Fourest.  Journaliste
Enseigne à Sciences –Po
Chroniqueuse aux Matins de France Culture


 





Gérard Leclerc.  Journaliste
Editorialiste à France Catholique, à Famille Chrétienne et au Figaro



 









les livres







 

Caroline Fourest et Fiammetta Venner
Les nouveaux soldats du Pape

Panama - 4 septembre 2008

 
   
 
 


Le catholicisme donne parfois le sentiment d'avoir réussi son aggiornamento. Pourtant l'élection de Benoît XVI signe le triomphe des intransigeants au détriment des catholiques modernistes. Jusqu'où ce virage réactionnaire de l'Église catholique ira-t-il ? Jusqu'à faire du Concile de Vatican II une parenthèse bien vite refermée ? Jusqu'à Vatican moins II ?

C'est ce qu'ont voulu savoir Caroline Fourest et Fiammetta Venner en enquêtant sur les relations du Saint-Siège avec trois des courants les plus sulfureux du catholicisme contemporain : l'Opus Dei, la Légion du Christ et les traditionalistes.




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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 14:37

Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 18h30 à 19h15

Du grain à moudre



de Brice Couturier

Ecoutez




émission du mardi 2 septembre 2008
Parti…….socialiste ?




Le parti socialiste est un parti démocratique. Des lignes politiques très hétérogènes y cohabitent, depuis les partisans déclarés du social-libéralisme, comme Bertrand Delanoë, jusqu’aux tenants de la rupture avec le capitalisme, comme Jean-Luc Mélanchon. Des fédéralistes européens y voisinent avec des souverainistes, des atlantistes avec des tiers-mondistes, des chrétiens engagés avec des anti-cléricaux, des maires sécuritaires avec des intellectuels permissifs. Et c’est tant mieux. Le temps des partis de masse, unanimistes et disciplinés, galvanisés par le culte d’un leader charismatique, organisés comme de petites armées en vue de la prise du pouvoir, appartient au passé. Parce qu’ils reflètent leur électorat dans sa diversité, tous les grands partis des pays démocratiques sont désormais traversés par ce genre de divergences.
Pourtant le PS apparaît, au lendemain de son université d’été de La Rochelle, comme menacé de « fragmentation, de dispersion et d’émiettement » - pour reprendre les mots mêmes de son premier secrétaire sur le départ. Le heurt des ambitions personnelles, les rivalités de courants, les combinaisons d’appareil, paraissent absorber toute l’énergie de ses dirigeants – au détriment de l’élaboration d’un programme de gouvernement crédible.
Sur une question aussi stratégique que celle des alliances, des options parfaitement contradictoires sont soutenues par les dirigeants du PS. Ségolène Royal veut bâtir une majorité avec le MoDem de Bayrou. Lionel Jospin lance un avertissement contre ceux qui voudraient rompre avec l’Union de la Gauche. Certains voient dans le nouveau parti anticapitaliste de Besancenot un aiguillon utile, voire un allié objectif. D’autres estiment qu’il faut, au contraire, isoler du reste de la gauche le parti néo-trotskiste.
Le PS, qui a vu s’imposer à sa tête des dirigeants historiques, dotés d’une légitimité populaire incontestable – Mitterrand, Jospin – est aujourd’hui écartelé entre cinq candidats déclarés à la succession de François Hollande.
Le PS pourra-t-il mettre un terme, d’ici son Congrès de Reims, à l’impression d’impréparation et d’incohérence qu’il donne aujourd’hui ?


Invités


Aurélie Filippetti.  Députée PS de Moselle et porte parole du groupe socialiste à l’Assemblée


Benoît Hamon.  Député européen PS
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12 août 2008 2 12 /08 /août /2008 10:11

> Univers
IDEES


Du grain à moudre
par Julie Clarini et Brice Couturier
du lundi au vendredi de 17h à 17h55

Du grain à moudre


@ contact
présentation aujourd'hui à venir archives



de Brice Couturier






émission du jeudi 15 mai 2008
Y a-t-il une « question noire » en France ?



Les faits remontent au samedi 26 avril et se seraient déroulés dans un centre commercial de la région parisienne: un vigile a voulu vérifier l'identité du titulaire d'un chèque à la caisse, conformément à la procédure en vigueur au-delà d'un certain montant. Le client aurait alors dit à l'employé: "Je vous connais et vous êtes sans papiers", puis "sale noir", "vous n'avez qu'à retourner chez vous" et enfin "tu ne sais pas qui je suis". Et en effet, qui pouvait s’y attendre ? Ce monsieur se trouve être un membre de la haute fonction publique et même soyons précis, car ça vaut son pesant d’or : l’adjoint au secrétariat général du ministère de l'Immigration, d’intégration, de l’identité nationale etc…en charge de la communication.
Voilà une petite histoire qui donne raison à l’historien Gérard Noiriel quand il souligne, comme dans son dernier ouvrage, que le racisme n’est pas l’apanage des classes populaires. Un racisme diffus émane également de nos élites les plus éduquées.
«Sale noir», donc, une injure raciste comme il en existe tant, avec son cortège d’idées reçues dont en premier lieu la mise en cause du droit d’être en France - tant il est vrai que dans les perceptions les plus courantes il n’est toujours pas une évidence d’être français et… noir. Ce constat tout bête ainsi que celui de l’échec des combats anti-racistes de ces 20 dernières années incitent à repenser l’usage du mot «race» : non seulement le rejet de cette catégorie n’a pas éradiqué le racisme, mais il a participé probablement, selon l’historien Pap N’Daye que nous recevons aujourd’hui, du désintérêt des sciences sociales pour la question des discriminations s’exerçant contre les minorités visibles. Ce désintérêt du champ académique français pour les Blacks Studies est d’autant plus regrettable que depuis quelques années, une question noire a belle et bien surgi dans l’espace intellectuel et médiatique. Emeutes de 2005, création du CRAN, pétition d’intellectuels dénonçant un racisme anti-blanc, plusieurs indices permettent de constater une certaine «racialisation» de l’espace public français.
Toute la question est de savoir s’il faut l’encourager en estimant qu’elle peut être émancipatrice en mettant au jour le sort inégal que la République réserve à ces minorités noires, ou s’il faut refuser ce type de lecture au nom des dérives qu’elle pourrait engendrer, et voire même en lui contestant sa réelle pertinence ?


Invités


Pap Ndiaye.  Historien
Maître de conférences à l’EHESS
Membre du Conseil scientifique du CRAN


George Pau-Langevin.  Députée de la 21e circonscription de Paris. Membre du conseil municipal du XXe arrondissement.


Jean-Loup Amselle.  Anthropologue. Directeur d'études à l'EHESS













les livres





Jean-Loup Amselle
Branchements. Anthropologie de l'universalité des cultures
Flammarion - février 2001



Ce livre, qui procède d'un travail de terrain éclaté, nous promène à travers les capitales de trois pays africains : Bamako au Mali, Le Caire en Egypte et Conakry en Guinée. En cela, il rompt avec l'approche classique de l'anthropologie, qui privilégie le local par rapport au global, et répond au souci de cerner au plus près les contours d'une véritable multinationale culturelle : le N'ko.
Fondé en 1949 pour exprimer l'identité d'un peuple opprimé, le peuple mandingue, ce mouvement doit beaucoup à l'Europe et à l'islam - l'alphabet dont il s'est doté évoque ainsi les alphabets latin et arabe, tout en possédant ses caractéristiques propres. A ce titre, le N'ko illustre les " branchements " possibles d'une culture sur une autre, phénomène de dérivations multiples qui montre bien que notre monde globalisé n'est pas une simple juxtaposition d'univers étanches.
De la globalisation à l'afrocentrisme, de l'écriture à la philosophie africaine et au génocide, la thématique du branchement permet de décliner les différentes figures qui font de l'Afrique un concept à géométrie variable, un élément essentiel de l'imaginaire planétaire.





Pap Ndiaye
La Condition Noire : essai sur une minorité française
Calmann-Lévy - 2 mai 2008


Exploits des sportifs de haut niveau, émeutes en banlieue, lutte contre le racisme et les discriminations, mouvement associatif : depuis une dizaine d’années, les Noirs vivant en France métropolitaine sont apparus si visiblement sur la scène publique nationale qu’on peut parler aujourd’hui d’une « question noire » française. Plusieurs livres d’actualité ont relayé ces enjeux, mais jusqu’à présent, ils n’étaient pas encore étayés par des travaux de réflexion qui permettraient de les expliquer avec savoir et méthode. C’est à ce travail fondateur de black studies à la française que Pap Ndiaye s’est consacré.
Comment définir les Noirs de France ? L’auteur démontre brillamment que la « condition noire » désigne une situation sociale qui n’est celle ni d’une classe, d’une caste ou d’une communauté, mais d’une minorité, c’est-à-dire d’un groupe de personnes ayant en partage l’expérience sociale d’être généralement considérées comme noires.
Cet essai dense et limpide décrit et analyse l’expérience de ces hommes et de ces femmes du XVIIIe siècle à nos jours ; le passé et le présent d’une minorité française.
En préface, une nouvelle inédite de Marie NDiaye, Les Sœurs.





Jean-Loup Amselle
L'Occident décroché : enquête sur les postcolonialismes
Stock, collection Un ordre d'idées - 23 janvier 2008



De la critique postcoloniale, on retient surtout la remise en cause de l'universalité de la raison occidentale exportant partout les Lumières. Pour Jean-Loup Amselle, cette opposition entre l'Ouest et le reste est simplificatrice : elle ignore les interférences réciproques, oublie des philosophies concurrentes de la pensée occidentale élaborées en Europe même et, enfin, méconnaît les réflexions et les controverses venues d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Centre ou du Sud.

Pour y voir clair, il a donc entrepris une vaste enquête à travers continents et théories. Du renouveau d'une certaine pensée juive à l'indigénisation du mouvement zapatiste, en passant par la défense des savoirs endogènes africains ou l'affirmation d'une temporalité indienne spécifique, il analyse les divers « décrochages » par rapport à l'Occident et les dangers qu'ils recèlent. Chemin faisant, il revient aussi sur la figure tutélaire de Gramsci pour montrer combien l'hommage rituel dont celui-ci fait l'objet dans les études postcoloniales repose sur une lecture infidèle.

Ce vaste parcours, solidement documenté et argumenté, nous ramène finalement dans la France d'aujourd'hui où le postcolonialisme arrive tardivement, au moment où la crise des deux modèles d'intelligibilité de la société, celui de la lutte des classes et celui de la République, favorise l'ethnicisation des rapports sociaux.
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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 23:00
ça y est c'est les vacances, à cette heure-ci je dors au fin fond du Poitou, en rêvant de la semaine que je passerai un peu plus tard dans le Connemara en famille...
Donc le blog prend également des congés.
Je ne me remettrai à écrire qu'à compter du premier septembre 2008.
Fred
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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 10:44
aujourd'hui se déroulera la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin. J'ai décidé de bouder non seulement les célébrations mais aussi la retransmission des épreuves.
Désolé pour les sportifs qui attendent ce moment depuis 4 ans, mais j'estime que la situation, les mensonges de Pékin et le gouvernement totalitaire sont des sujets trop graves pour que l'on ne se concentre que sur la "grande fête du sport". Et je préfère ne pas dire ce que je pense de la lâcheté et de l'obséquiosité de notre président de la République.
salut,
Fred
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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 15:45
Je continue de considérer comme choquant le petit texte de Siné qui provoque aujourd'hui la polémique, mais les faits rapportés ci-dessous par Plenel méritent d'être rappelés ; ils rendent d'autant plus incompréhensible son refus réaffirmé de faire des excuses pour les amalgames douteux qu'il sous-entedait...
Fred


Charlie Hebdo
et Siné : l'exacte vérité sur le précédent de 1982

Par Edwy Plenel - 7 août 2008 - Mediapart.fr

En 1982, dans la nuit du 16 au 17 août, Siné est l'invité de ce que l'on appelait à l'époque une radio libre, en l'espèce Carbone 14. L'animateur, lui-même humoriste provocateur, fera ensuite carrière, de Radio Nova à Europe 1, en passant par Canal Plus, sous le pseudonyme de Jean-Yves Lafesse. Il n'y a, sur cette antenne, ni format contraignant, ni pression publicitaire, mais, en revanche, des libations forcenées, au whisky semble-t-il, ainsi que des audaces détestables. Le résultat est une virée radiophonique nocturne qui tourne au désastre et au massacre.

Dans le contexte dramatique de l'été 1982, où Paris est ensanglanté par des attentats d'origine proche-orientale dont les cibles disent l'antisémitisme de leurs auteurs - c'est notamment le cas contre le restaurant Goldenberg, rue des Rosiers -, tandis qu'Israël a lancé au Liban l'opération dite «Paix en Galilée» qui conduira son armée jusqu'aux portes de Beyrouth, Siné ne se contente pas déraper. Au prétexte de défendre la cause palestinienne, il se lance dans une tirade délirante où il soutient les attentats terroristes, souhaite la destruction d'Israël et se revendique antisémite. Extraits, et ce ne sont même pas les pires : «Tant que je serai vivant, Israël n'existera plus. Je suis prêt à faire des Brigades internationales contre Israël. [...] Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s'il est pro-palestinien. Qu'ils meurent. [...] Je suis devenu antisémite depuis qu'Israël bombarde. Je suis antisémite et je n'ai plus peur de l'avouer, je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs.»

Proférés sur des ondes alors marginales, ces propos seraient passés inaperçus sans la vigilance de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) dont Me Bernard Jouanneau était à l'époque l'un des avocats et l'un des animateurs de sa commission juridique. La plainte de la Licra avec constitution de partie civile mit en mouvement l'action publique, entraînant l'ouverture d'une instruction judiciaire confiée au magistrat Claude Grellier. Le directeur de Carbone 14, l'animateur Lafesse et, bien sûr, Siné furent tous trois inculpés - on dit aujourd'hui mis en examen - des chefs de «provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence raciale et complicité». Le 30 janvier 1984, le juge Grellier rendait une ordonnance de non-lieu partiel pour le responsable de la radio ainsi que pour son animateur, et décidait de renvoyer le seul Siné devant le tribunal correctionnel.

Trois pages d'excuses et une réponse de la Licra

C'est alors que cette histoire connut un dénouement inattendu qui est indissociable de ce qui précède. Sauf à être inéquitable, on ne peut se contenter de rappeler les propos inadmissibles de Siné, vieux de 26 ans, sans prendre soin de rappeler aussi ce qui suit. Le 22 septembre 1984, Siné écrivait une lettre à la Licra. Vous pourrez la découvrir intégralement dans sa version originale aux pages suivantes – 3, 4 et 5 – de cet article. Vous pouvez également la télécharger en format PDF en cliquant sur ce lien: la lettre de Siné à la Licra.

Siné s'y dit «atteré» par... Siné. «Je m'excuse bien volontiers et très sincèrement auprès de tous ceux que j'ai pu blesser», écrit-il en conclusion de ce manuscrit de trois pages. Même s'il assure qu'il était «complètement ivre», il reconnaît que ses propos étaient «odieux», faisaient «voler en éclats toutes les limites permises » et atteignaient « le paroxysme de délire verbal». S'il évoque toutefois le contexte proche-oriental pour «faire comprendre, sinon admettre, [sa] colère et [sa] déraison», ce n'est pas, précise-t-il, pour chercher «à [se] disculper».

A ses frais, Siné fit publier, dans Le Monde des 21-22 octobre 1984, sous forme d'encart publicitaire et sous le titre «Siné à la Licra», les principaux passages de cette lettre. Dans la foulée, Me Bernard Jouanneau, au nom de la Licra, lui répondit par une «Lettre à Siné», publiée dans le journal de la Licra, Le droit de vivre. Après avoir rappelé que Siné avait dit «des choses ignobles, les pires que l'on puisse entendre», l'avocat lui donnait acte de cette «lettre de réconciliation» et ajoutait : «Lisez-la, apprenez-la par cœur, récitez-la à vos enfants. Vous avez là un morceau d'anthologie : une page du cœur». Vous pouvez découvrir et lire la version originale de la lettre de Me Jouanneau sous l'onglet "Prolonger" de cet article. Vous pouvez également la télécharger en format PDF en cliquant sur ce lien: la lettre de Me Jouanneau à Siné.

Sur la recommandation de sa commission juridique, la Licra décidera ensuite de retirer sa plainte et sa constitution de partie civile. Mais ce geste n'interrompait pas l'action publique, d'autant moins qu'une toute jeune association, née en 1983, prit le relais : Avocats sans frontières, créée par Me William Goldnadel. Contrairement à ce que semble indiquer son intitulé général, cette association se donne surtout pour but de traquer l'antisémitisme parmi les soutiens français de la cause palestinienne, dans un combat politique dont ses animateurs ne cachent pas l'engagement très à droite de la droite. On la retrouvera, de nos jours, contre le sociologue Edgar Morin, qu'elle traina devant la justice pour antisémitisme, heureusement en vain, tandis qu'à l'inverse, Me Goldnadel assurera la défense de la journaliste italienne Oriana Fallaci dont les écrits, à tout le moins, ne témoignaient pas d'une grande humanité envers les musulmans, tout comme il soutiendra le nationalisme serbe face aux musulmans bosniaques.

Siné sera donc logiquement condamné, ses excuses publiques n'effaçant évidemment pas son délit radiophonique. Mais ses excuses font aussi partie de cet épisode, tout comme leur acceptation par la Licra. Près de 25 ans plus tard, les nuances de cet épisode des années 1980 et les précautions de ses protagonistes semblent d'un autre âge, tant nous avons basculé dans une autre époque depuis les attentats du 11 septembre 2001, une époque autrement guerrière, autrement passionnelle, autrement intolérante.

Tournez les pages suivantes pour lire la lettre d'excuses de Siné.

«Mes essais de provocation étaient ratés et odieux»

«Je possède le sens de la démesure, je gagne ma vie avec»

«Ces propos sont en flagrante contradiction avec tout ce que je pense»

URL source:http://www.mediapart.fr/journal/france/070808/charlie-hebdo-et-sine-l-exacte-verite-sur-
le-precedent-de-1982

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6 août 2008 3 06 /08 /août /2008 15:04

De quelle majorité nouvelle le PS a-t-il besoin ?

par Frédéric Faravel,
Secrétaire de la section PS plaine de France
Membre du bureau fédéral du PS du Val d'Oise
Membre du bureau du comité régional du PS Île-de-France

sommaire

Renouer avec la conquête et l'exercice du pouvoir : 2

Une nouvelle synthèse de la Droite 2

La défaite culturelle de la Gauche 2

Sortir de l'impasse de la cohabitation territoriale 4

Mettre fin à la présidentialisation de la vie publique : 5

Lever une nouvelle espérance européenne : 7

Pour dépasser les crises, mettre enfin le Parti socialiste au travail : 8

Rassembler la gauche autour d'un Parti socialiste refondé : 10

Pas de faux débats 10

Nos finalités, notre identité 10

Pour un «parti de la gauche» 12

Et maintenant ? 13

La cuisine de juillet 2008 13

La majorité qu'il faut au PS 14

Le Parti socialiste français va connaître un rendez-vous déterminant lors de son congrès du mois de novembre 2008. Peu de partis politiques connaissent, en Europe ou dans le monde, une procédure aussi transparente et démocratique que celle qui est mise en œuvre tous les 3 ans (pour des congrès ordinaires respectant le calendrier statutaire) par la direction du PS.

Bien sûr, les média s'acharnent à décrire intrigues de couloir et cacophonie idéologique (certains vont même jusqu'à prétendre que des camarades socialistes parfaitement réformistes sont en fait de dangereux crypto-révolutionnaires) ; on l'a déjà dit - et je ne ferai pas preuve d'originalité en le répétant une nouvelle fois - que dirait-on du PS si la réflexion politique en était totalement absente. S'il y a foisonnement politique, des divergences se font automatiquement jour - respectant cependant le minimum qui est contenu dans notre déclaration de principes (adoptée le 14 juin 2008) et qui est censé nous rassembler dans une même famille politique, le socialisme démocratique.

Genèse de la médiocrité des contributions générales

Je n'irai pas jusqu'à dire que seules les distinctions idéologiques dictent le dépôt de si nombreuses contributions générales ou même thématiques. C'est l'un des handicaps originels du socialisme français : son peu d'ancrage réel dans le mouvement ouvrier (à la différence de ses homologues allemands ou britanniques) s'est trouvé «compensé» par une très forte intellectualisation de ses débats internes. Son autre «handicap» est d'être depuis le début du XXème siècle un parti d'élus, qui a bientôt pris le relais du moribond Parti radical, et bien des postures seront dictées dans le parti par les intérêts électoraux de tels ou tels barons locaux. Cette solide implantation locale constitue par ailleurs souvent un repli électoral fort confortable incitant de nombreux élus socialistes à la paresse politique (qu'on est bien au chaud chez soi en attendant des jours meilleurs au niveau national !). La SFIO avait été surnommée dans les années 1960 «syndicat des agents communaux» . En bref, beaucoup de responsables socialistes se contentent depuis leurs Hôtels de ville, d'agglomération, de département ou de région, de suivre l'air du temps, de sucer la roue de la pensée unique, bien loin des déclarations lénifiantes et inopérantes sur «l'intelligence des territoires» ou sur cet espace essentiel d'expérimentation politique que serait la direction des collectivités locales.

C'est bel et bien ce mauvais penchant quasi naturel d'un parti d'élus qui nous pend au nez une nouvelle fois (sans compter que les modifications statutaires adoptées le 14 juin dernier ont instauré un nouveau «conseil national des territoires», comme si les grands élus de province ne squattaient déjà pas suffisamment les différentes instances du PS au point de les scléroser) : les victoires des élections municipales et cantonales de mars 2008, assises sur le discrédit de la politique de la droite gouvernementale depuis 6 ans, ont apporté toute une nouvelle série de petits ou grands élus dont bien peu auront le recul nécessaire pour ne pas se laisser aller au confort de ce que François Hollande a baptisé la «cohabitation territoriale». Pire, une partie du discours national durant les campagnes électorales du printemps a été structurée sur un véritable marché de dupes : «votez pour des collectivités de gauche, elles vous protégerons des méfaits de la politique de Sarkozy !» ?!? Qui ne voit qu'un tel discours est la genèse de désillusions énormes chez nos électeurs (qui n'ont déjà pas une confiance à toute épreuve dans notre parti) alors que les collectivités n'ont ni les moyens ni les compétences pour s'opposer, ralentir ou empêcher les graves régressions induites par la politique de droite menée depuis 2002, et notamment la déconstruction systématique des solidarités collectives ?

Force est de constater qu'en conséquence logique le Parti socialiste, comme a pu le dire Jean-Christophe Cambadélis, n'a pas abordé le chemin vers son congrès par le bon bout : il ne me viendrait pas à l'idée de dénoncer la multiplicité des contributions générales (après tout 21 contributions - 19 si l'on retire celles de pure forme du prétendu « pôle écologique » du PS ou de la fédération de Meurthe-et-Moselle - ce n'est pas tellement plus que les 18 contributions générales déposées en 2005 pour la préparation du congrès du Mans…) si elles représentaient un véritable effort de réflexion politique et pédagogique en direction des militants et de nos concitoyens. Or, il est assez effroyable de lire la médiocrité qui s'étale dans les colonnes du numéro spécial de L'Hebdo des Socialistes que chaque adhérent a reçu au début du mois de juillet ; beaucoup de discours de la méthode, peu d'innovation, certains dépositaires tentant de compenser leur manque d'imagination par la longueur de leur texte (s'ils font de belles et longues phrases, c'est qu'ils doivent bien être intelligents, dame !), d'autres prenant le contre-pieds de ce à quoi ils nous avaient habitués les congrès précédents, réduisant leur texte au maximum quand certaines de leurs idées auraient mérité un approfondissement…

Pourtant, la nécessité de faire face…

Bref à lire L'Hebdo spécial, on en viendrait presque à donner raison aux journalistes qui ne voient dans cette première phase du congrès qu'une longue montée des marches du festival de Cannes des socialistes et la mise en scène des ego avant leur affrontement. En tout cas, la qualité des différentes contributions générales ne m'apparaît pas être à la hauteur de ce qui me semble être les 5 enjeux majeurs du prochain congrès du Parti socialiste :

  1. l'accumulation des défaites consécutives lors des élections nationales - présidentielles de 1995, 2002 et 2007, législatives de 2002 et 2007 - face à l'illusion de victoires électorales locales ou intermédiaires - cantonales, régionales et européennes de 2004, municipales et cantonales de 2008 ;

  2. la personnalisation accélérée du débat politique, médiatique et institutionnel ;

  3. la panne de la construction européenne et la crise collective de la sociale-démocratie européenne qui vient d'essuyer 13 défaites consécutives lors des 15 derniers scrutins nationaux ;

  4. les 4 crises majeures auxquelles fait face la planète (financière, climatique, alimentaire, énergétique) et qui interrogent notre modèle de développement et la pertinence des « solutions » néo-libérales doivent trouver des réponses dans la gauche française et pour cela le Parti socialiste doit se doter d'un véritable programme de travail ;

  5. la gauche française est anémiée et émiettée, elle doit se rassembler sur un projet et un objectif pour apporter une alternative aux Français ; pour mener à bien cette ambition le Parti socialiste doit consolider son identité politique et ses procédures démocratiques.

[...]

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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 08:52
Charlie Hebdo : la vérité des faits contre la folie des opinions
Par Edwy Plenel  - 3 août 2008 - Mediapart.fr

C’est la folie de l’été, et cela ne présage rien de bon. De tribunes en points de vue, de pétitions en excommunications, de réquisitoires en plaidoyers, l’affaire Charlie Hebdo semble devenue la discorde majeure du moment. Il y a deux semaines, Mediapart avait tenté de sauver un peu de rationalité pour, à la fois, rendre intelligible cette histoire, la remettre à sa juste place et enrayer le déchaînement des passions. L’article s’intitulait L’affaire «Charlie Hebdo» ou la caricature de l’époque et, depuis, c’est peu dire que de constater combien la réalité a dépassé nos craintes. Le licenciement du dessinateur et chroniqueur Siné par Philippe Val, directeur de l’hebdomadaire, au motif d’une phrase publiée sur la soif de réussite de Jean Sarkozy, appuyée par l’évocation de son éventuelle conversion au judaïsme pour épouser sa fiancée, héritière des fondateurs de la chaîne Darty, a désormais échappé à ses premiers protagonistes – l’équipe de Charlie Hebdo. C’est devenue l’Affaire du moment, très parisienne et fort violente, devant laquelle chacun est sommé de choisir son camp, sans qu’on lui donne les moyens de s’informer avant de se prononcer.

Ce retournement a vraiment commencé avec un point de vue de Bernard-Henri Lévy, publié dans Le Monde le 21 juillet, 3 jours après notre propre article. Selon une stratégie offensive rodée depuis l’irruption sauvage des «Nouveaux philosophes» à la fin des années 1970, BHL sonnait la charge sans nuances ni précautions, assimilant le dessinateur à «l’antisémitisme le plus rance» dans un propos qui frappait large, dénonçant comme ses complices «l’islamo-gauchisme» en général et le philosophe Alain Badiou en particulier. Le titre de l’article en suggérait clairement l’enjeu politique : «De quoi Siné est-il le nom ?» est un décalque de l’intitulé de l’essai consacré, fin 2007, par Badiou à la critique du sarkozysme, De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Lignes, 2007). 4 jours plus tard, le 25 juillet, dans un unanimisme inhabituel, c’était au tour du Figaro et de Libération de prendre le relais.

Dans les colonnes du quotidien de droite, l’éditorialiste Alexandre Adler, après avoir affirmé que Siné présente «les juifs comme les maîtres de l’argent et de la société française», appelait solennellement nos concitoyens à faire de cette affaire «un test en grandeur réelle de la santé de notre corps politique» en manifestant, «au-delà des clivages politiques traditionnels», l’«horreur» et le «mépris» qu’elle leur inspire. Auparavant, il s’était interrogé sur «la haine antisarkozyste» en ces termes : «Un homme, Nicolas Sarkozy, proclame, sans cesse, qu’il est une opportunité pour une France qui peut se secouer de la rancœur petite-bourgeoise de la corporation et de l’éloge de la paresse, et voici que les antisémites, comme un essaim de mouches, s’en prennent à sa personne, ou, le cas échéant, à celle de son fils».

Pour finir, Adler comparait Philippe Val, pour sa «trempe», au Zola de l’affaire Dreyfus – le célèbre «J’accuse», paru dans L’Aurore – et décernait aux «pétitionnaires semi-trotskistes en faveur de l’éternel stalinien Siné» un brevet de déshonneur : ils ont, selon lui, «la bassesse de Drumont, de Maurras ou de Bernanos», façon de les renvoyer à l’extrême droite en associant pêle-mêle Edouard Drumont (1844-1917), l’auteur de La France juive, Charles Maurras (1868-1952), le fondateur de l’Action Française, et Georges Bernanos (1888-1948), qui rompit avec celle-ci, soutint les Républicains espagnols et refusa la Collaboration pétainiste, mais continua, après-guerre, de se dire antisémite. Le même jour, Laurent Joffrin, directeur de Libération, quotidien classé à gauche, choisissait, pour dénoncer Siné et ses soutiens, les mêmes références que l’éditorialiste du Figaro, à une exception près : Bernanos était remplacé par Robert Brasillach, écrivain collaborateur fusillé à la Libération.

Sans les citer précisément – ce que ne faisaient pas plus BHL et Adler –, Joffrin rendait son verdict : «On dit que les écrits de Siné ne sont pas antisémites ? Quelle blague ! Le polémiste lourdingue associe dans la même phrase le juif, l’argent et le pouvoir, en expliquant que l’alliance avec le premier vous donnera les deux autres… Si ce cliché n’est pas antisémite, alors les écrits de Drumont, de Maurras, et de Brasillach, ne le sont pas non plus». Dès la première phrase, le directeur de Libération avait désigné la cible de son courroux, au-delà du caricaturiste lui-même : «Les bataillons quelque peu cacochymes de l’extrême gauche “antisioniste”». La suite de l’article se voulait une réflexion opposant ce condamnable «antisémitisme de gauche» à la critique légitime de l’islamisme, et débouchait elle-même sur un dérapage, dont nous reparlerons : «Attaquer une religion n’est pas attaquer une race. […] On choisit sa religion, on ne choisit pas sa race. […] Le fait d’être juif n’est pas un choix». Sur le site du quotidien, le mot race a, depuis, été remplacé par celui de communauté, pour la première occurrence, et par celui d’origine pour la seconde – Joffrin ayant juste admis que «l'apparition du mot race dans un texte antiraciste n'est pas heureuse».

Une gauche contre une autre

Quelques jours plus tard, éditorialistes et commentateurs étaient rejoints par des voix plus officielles. Le 28 juillet, la ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, faisait savoir son soutien à Philippe Val, assurant dans un communiqué que «le dessin et les propos de Siné renvoient à des clichés et caricatures d’un autre temps que l’on aimerait voir disparaître à jamais», sans que l’on comprenne à quel dessin elle faisait allusion puisque la polémique a pour seul point de départ quelques lignes écrites d’une chronique manuscrite. Le même jour, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) assurait de sa solidarité le directeur de Charlie Hebdo «dont la décision fait l’objet d’une véritable campagne de haine». Le lendemain, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), dont le président, Patrick Gaubert, ancien membre du cabinet de Charles Pasqua au ministère de l’intérieur (1993-1995), est, depuis 2004, député UMP au Parlement européen, annonçait son intention de poursuivre en justice Siné, qualifiant ses propos de «poncifs de l’antisémitisme le plus éhonté».

2 jours plus tard, le 31 juillet, une spectaculaire tribune du Monde élargissait de façon significative le cercle des défenseurs de Philippe Val et des procureurs de Siné. Elle élargissait aussi l’objet même du procès, campant le dessinateur en récidiviste «des propos homophobes, antisémites et racistes» avec le rappel d’autres dérapages verbaux ou écrits de Siné, l’un en 1982 sur les ondes de la radio Carbone 14 – «Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer» –, l’autre de 1997 à propos de la GayPride – «Les gousses et les fiottes qui clament à tue-tête leur fierté d’en être me hérissent un peu les poils du cul» –, le 3ème de 1997 également, à propos des harkis – «Traîtres à leur patrie, ils ne méritent que le mépris !» En réalité, écrivent les 20 pétitionnaires, c’est «ce qu’a écrit et dit Siné depuis 30 ans» qui est en cause et «le seul tort de Philippe Val aura été de supporter ce qui, en réalité, n’était plus supportable depuis longtemps».

L’originalité de ce texte est qu’outre les BHL et Adler précédemment cités, ses 18 autres signataires représentent la gauche dans sa diversité plurielle, d’appartenances ou d’itinéraires, à l’exception de l’extrême. Le PS est représenté par le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et par le sénateur Robert Badinter ; le PCF par Jean-Claude Gayssot, vice-président de la région Languedoc-Roussillon et, surtout, auteur de la loi de 1990 qui tend à réprimer «tout propos raciste, antisémite ou xénophobe» ; les Verts par la sénatrice Dominique Voynet. De plus, les relais ou soutiens sociétaux de la gauche de gouvernement y sont incarnés par SOS-racisme, via son président, Dominique Sopo, et par des intellectuels connus pour leurs fidélités à cette famille – la metteur en scène Ariane Mnouchkine, l’historienne Elisabeth Roudinesco, les écrivains Hélène Cixous et Fred Vargas. Enfin, les signatures emblématiques d’Elie Wiesel, prix Nobel de la paix, et Claude Lanzmann, auteur du film Shoah, ajoutent au poids de ce texte.

Voici donc où nous en sommes, stupéfaits ou perdus, égarés ou divisés, en tout cas passés en un mois d’une étincelle à un incendie : des quelques lignes de Siné sur Sarkozy fils parues le 2 juillet à un aussi vaste que violent règlement de compte au sein de la gauche, d’une gauche contre une autre, acharnée à traquer – sous les masques divers de l’antisionisme, de l’anticapitalisme, de l’anticonformisme, de la provocation et de la caricature, du gauchisme ou du trotskysme – un «antisémitisme de gauche», danger à ce point immédiat que le directeur du Nouvel Observateur, Jean Daniel, s’en est emparé dans son dernier éditorial, pour à la fois le relativiser et le condamner. Au-delà des convictions de chacun sur l’affaire elle-même et sans négliger aucunement l’enjeu symbolique de l’antisémitisme, on peut douter que la gauche socialiste, déjà bien atteinte par ses divisions et ses impuissances, aura gagné à la mise au centre de ses préoccupations de cette polémique, alors même que le pays est toujours en panne d’une opposition digne de ce nom à la politique concrète du pouvoir sarkozyste.

D’autant moins que ce tsunami parti d’une vaguelette est une machine à produire de la confusion. Il semble avoir tout emporté sur son passage, tout ce qui pourrait rendre intelligible cette histoire : le respect des faits, l’exercice de la raison, la compréhension des contextes, la mise en perspective, la précision et la rigueur. C’est ce que l’on voudrait ici démontrer en s’essayant au décryptage. Car, dans ce déluge de tribunes accusatrices, on se sait plus ce qu’a écrit exactement Siné, ni pourquoi ni comment est né le conflit avec Val. Ainsi, on écrit qu’à travers ce dernier, il faut soutenir Charlie Hebdo, mais on ne dit pas que, dans le dernier numéro de l’hebdomadaire, paru le 30 juillet, son fondateur, Cavanna, et son rédacteur en chef adjoint, le dessinateur Charb, n’épousent pas le parti pris du directeur.

Un journal se réduit-il à son directeur ?

Le premier, Cavanna, écrit : «L’affaire se réduit à cela : une plaisanterie, certes dangereuse mais occasionnelle de Siné, une erreur d’appréciation de Val. Une gaminerie, une bouffée de panique. Pas de quoi fouetter un chat». Et, comble du paradoxe, Cavanna d’inviter Siné le licencié à revenir – mais comment puisque Philippe Val exclut ce scénario ? – plutôt que de jouer les martyrs «d’un malentendu monté en mayonnaise». Quant à Charb, il écrit ceci, qui paraît à mille lieues de ce qu’on a lu plus haut : «Tous les protagonistes de cette histoire ont dû sérieusement merder (moi aussi) à un moment donné pour que le débat, qui s’est élargi à toute la France, tourne autour de l’antisémitisme de Siné. L’est-il, ne l’est-il pas ? A Charlie, personne n’a eu à répondre à cette question et personne n’a dit que Siné était antisémite (y compris ceux qui ne peuvent pas blairer ses chroniques), parce que ça n’a jamais été le sujet du débat. Aurait-on travaillé durant seize ans avec un antisémite ? Moi, non. Une phrase – la phrase, désormais – dans une chronique pouvait être mal interprétée par des gens de bonne foi (quelques uns) et instrumentalisée contre Charlie par des gens de mauvaise foi (plus nombreux). […] Le débat en interne à Charlie était : la phrase de Siné pouvait-elle paraître ambiguë à certains ? C’est tout. Il s’agissait de lever une ambiguïté, pas d’accrocher le panneau « antisémite » autour du cou de Siné.»

Ces citations nous rappellent utilement les particularités de la scène sur laquelle se joue ce petit théâtre de la cruauté : un journal. Un journal, c’est-à-dire le lieu par excellence de la liberté d’expression, d’information et d’opinion – de son libre exercice, de son pluralisme préservé et, surtout, de son élaboration collective. Un journal qui, par conséquent, en tant que collectif rédactionnel, ne saurait se réduire à son seul directeur. Charb y insiste : Siné est depuis le premier jour de l’aventure du second Charlie Hebdo. Et il n’aurait pas travaillé durant 16 ans à côté d’un antisémite. Les dérapages opportunément exhumés par les détracteurs du caricaturiste étaient aussi publics que connus dans l’équipe, sans que jusque là on y trouve à redire. Loin de nier les plus spectaculaires d’entre eux, notamment cette désastreuse tirade antisémite de 1982, nocturne, alcoolisée et radiophonique, pour laquelle il sera condamné sur instance de la Licra, Siné s’en est soit excusé soit expliqué. De plus, rien dans ses engagements publics ne permet de l’assimiler à la récurrente mouvance rouge-brune, spectaculairement incarnée par la dérive de Dieudonné, passé de l’antifascisme militant au lepénisme criant. Enfin son ultime chronique, non publiée, pour Charlie Hebdo tout comme ses droits de réponse à Libération montrent qu’il rejette par avance les solidarités nauséabondes que pourraient lui valoir les résonances douteuses de sa phrase initiale, point de départ du conflit.

Un journal, donc, mais surtout un journal satirique, outrancier, provocateur, choquant, blasphématoire, etc. Au-delà du cas spécifique de Siné, dont le trait de dessinateur est plus généreux, voire tendre, que ne sont ses paroles ou ses écrits, on peut – c’est mon cas – ne guère supporter les registres misogyne, homophobe, antireligieux, xénophobes, racistes, etc., sur lesquels surfent, peu ou prou, avec plus ou moins de talent, plus ou moins de légèreté, les humoristes et caricaturistes de nos gauloiseries hexagonales – écrites, mais aussi radiophoniques, télévisuelles ou théâtreuses. Mais, sauf à céder à une police de l’humour et de la caricature, qui imposerait sa bienséance bornée et son conformisme bêta aux insolents, aux malséants et aux mal-pensants, tout authentique défenseur des libertés démocratiques doit ici raisonner comme le libéral Tocqueville, au mi-temps du XIXe siècle, à propos de la jeune et excessive presse américaine : «Il n’y a pas de milieu entre la servitude et la licence de la presse… Pour recueillir les biens inestimables qu’assure la liberté de la presse, il faut savoir se soumettre aux maux inévitables qu’elle fait naître». Cela signifie-t-il, pour autant, qu’il n’y a jamais de limites, ni lois, ni règles ? Evidemment, non. Mais elles font droit – comme l’a justement rappelé le procès gagné par Charlie Hebdo dans l’affaire des caricatures de Mahomet dont l’une d’elles assimilait indistinctement les musulmans à la violence – à des circonstances atténuantes, à des excuses de contexte, à des nuances d’expression.

Même à cette aune, celle non pas de nos avis subjectifs mais de la jurisprudence objective, il n’est aucunement certain que, dans ce cas d’espèce, Siné serait condamné. Ce n’est pas, en tout cas, l’avis, sur son blog, d’un magistrat qui a longtemps requis, comme procureur parisien, sur des délits de presse, Philippe Bilger, ni d’un confrère plutôt pondéré du Nouvel Observateur, François Reynaert. Car il faut bien en revenir au corps du délit, aujourd’hui noyé sous les attendus, idéologiques ou historiques. Les détracteurs de Siné soit oublient de le citer, se contentant de le résumer par l’association scandaleuse des mots «juifs» et «argent» – ce qui est leur interprétation et non sa citation –, soit sortent leurs vieux dossiers à la manière d’un casier judiciaire – ce qui témoigne d’une vision vengeresse plutôt que d’un examen serein. La phrase exacte de la chronique de Siné qui est au cœur de la polémique est celle-ci : «[Jean Sarkozy] vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit.» On devine, et nous l’avons écrit, ce que peut suggérer de façon subliminale cette association de la conversion au judaïsme, de l’envie de réussir et du mariage avec une héritière. Mais la justice peut-elle condamner le subliminal, qui renvoie aux mauvaises pensées ou aux idées malfaisantes des lecteurs, quand, en vérité, elle est saisie de l’explicite ? Et quand l’auteur assure qu’il aurait écrit la même chose s’il s’agissait de la conversion du même jeune homme pressé à n'importe quelle autre religion ?

La Licra et le précédent de «Libération»

Surtout, que dire alors des phrases suivantes, publiée une semaine avant la chronique de Siné dans le quotidien Libération ? Il s’agit d’un article de Christophe Ayad et Antoine Guiral, intitulé «Sarkozy comme chez lui en Israël» et paru le 23 juin. Après une évocation des liens familiaux de Nicolas Sarkozy, catholique non pratiquant, avec le judaïsme, on y lit ceci : «Patrick Gaubert, président de la Licra et ami de Nicolas Sarkozy, assure n’avoir jamais parlé de ces questions avec lui. “Nous partions parfois en vacances ensemble avec une bande de copains juifs, mais ne parlions jamais de religion.” Il remarque qu’aujourd’hui, le fils de Nicolas Sarkozy, Jean, vient de se fiancer avec une juive, héritière des fondateurs de Darty, et envisagerait de se convertir au judaïsme pour l’épouser. “Dans cette famille, on se souvient finalement d’où l’on vient”, s’amuse-t-il.» Nous sommes donc devant ce paradoxe que la probable source d’inspiration de Siné n’est autre que cette propagation par le président de la Licra, qui pourtant entend maintenant le poursuivre en justice, d’une information qui est présentée aujourd’hui comme une rumeur et que le caricaturiste s’est contenté de reprendre sans pratiquement y ajouter un mot, sauf ce commentaire : «Il fera du chemin dans la vie, ce petit».

On doit à Delfeil de Ton, chroniqueur au Nouvel Observateur, figure du premier Charlie Hebdo et ardent défenseur de Siné, le premier rappel de ce chassé-croisé qui ajoute à la folie de cette histoire. On lui doit aussi, plus récemment, une mise au point sur un réquisitoire contre le «propalestinien» Siné du défunt Pierre Desproges, brusquement convoqué comme témoin à charge, dont il apparaît qu’il s’agissait d’un des procès pour rire de la vieille émission de France Inter, «Les flagrants délires», parodie de la justice expéditive des flagrants délits. «On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui», avait coutume de dire Desproges soulignant ainsi que la disqualification de l’outrance langagière en dérapage douteux dépend du contexte, de l’émetteur comme du récepteur, de ce qui accompagne et contredit, etc., bref de tout ce qui constitue, s’agissant d’un journal, une identité éditoriale. Il est, après tout, permis d’avoir toutes sortes de raisons de conviction, d’opinion ou d’idéologie pour vouer aux gémonies Siné. Mais un minimum d’honnêteté intellectuelle devrait faire admettre qu’en le jugeant, on juge forcément ce qu’il représente : la liberté de caricaturer, donc la liberté elle-même car, s’il n’est pas de liberté sans limites, il n’en est pas non plus sans excès – ce qu’a fort bien rappelé, dans Le Monde, l’écrivain Jean-Marie Laclavetine.

Impossible dès lors d’ignorer ce fait que nombre de dessinateurs, qui souvent n’ont rien de gauchistes altermondialistes, soutiennent leur confrère, de Plantu à Tardi, en passant par Wiaz, Geluck, Pétillon, Got, Willem, Faujour, Tignous, Thouron, etc. De même que les quelques 9000 signataires de la pétition en faveur du caricaturiste comprennent nombre de figures dont l’engagement contre le racisme et l’antisémitisme n’est guère discutable. Mais, hélas, dans l'un de ces emballements irrationnels qui – je pourrais en témoigner – n’ont pas toujours servi l’honneur de la presse, le temps des plaidoiries semble déjà dépassé et le verdict déjà rendu par les procureurs eux-mêmes. «On a tout fait à l’intérieur de Charlie pour qu’il n’y ait pas de procès, or à l’extérieur, Siné est condamné pour antisémitisme sans même avoir été jugé», confiait ainsi Charb à l’AFP le 1er août, confirmant au passage ce que Mediapart avait indiqué, à savoir que le déclencheur de la crise était la menace d’un procès du fils du président de la République.

C’est cette démesure que l’on voudrait interroger, pour finir. Non seulement, comme nous avons tenté de le démontrer, elle est indifférente aux vérités de fait, leur préférant les folies d’opinion, mais, de plus, elle laisse parfois entrevoir, comme des lapsus, une vision de l’humanité fort éloignée de l’universalisme dont elle se réclame. Il n’est tout de même pas indifférent qu’au début du XXIe siècle, le directeur supposément éduqué et cultivé d’un quotidien respectable puisse écrire au fil de la plume, c’est-à-dire comme il le pense spontanément : 1. que l’on ne choisit pas sa race, 2. que l’on ne choisit pas d’être juif. Ce n’est pas seulement ignorer le b.a.ba, fort bien rappelé sur Mediapart par Thomas Heams, à savoir que les races n’existent pas et qu’évidemment, il n’y a pas de race juive, mais c’est aussi ne rien comprendre ni ne rien connaître de l’histoire juive elle-même, de la religion et des cultures qui y sont associées, de leur diversité et de leur complexité.

Fixités identitaires et dénonciations aveugles

Renvoyant tel un miroir le lieu commun du racisme, l’énoncé catégorique de cette fixité identitaire est à rebours de tous les acquis d’une culture progressiste ouverte au monde et aux autres. Dès lors, la chasse à l’antisémite subliminal, potentiel ou imaginaire, masque une régression vers l’identitaire, le clos, le fermé, l’immuable, l'enraciné. C’est la diabolique ruse de cette folle histoire : la dénonciation d’un antisémitisme ancien, que revitaliserait l’ombre portée du conflit israélo-palestinien, rend aveugle à l’émergence d’un nouveau racisme, aussi banalisé que théorisé, qui voit dans le brassage, le mélange et le métissage, le symbole même de la perdition et de la dégradation d’identités fantasmées, qu’elles soient nationales ou communautaires. Un racisme dont, évidemment, non seulement l’immigration contemporaine, maghrébine ou africaine, mais tout simplement les Français issus de notre empire colonial et de ses confettis résiduels, sont les premières victimes, dans l’ordinaire de notre indifférence collective.

L’antisémitisme ne sera jamais une affaire classée, tant sa longue généalogie appelle une durable vigilance, tant la mémoire du génocide doit continuer de nous alerter sur le possible surgissement de la barbarie au cœur de la civilisation. Et il n’est pas niable que ses relents émergent parfois aux recoins de solidarités ignares ou grossières avec la cause palestinienne. Mais il n’est pas niable non plus que la fixation exacerbée sur le seul antisémitisme, au risque de l’aveuglement sur d’autres racismes, sert des dispositifs qui, loin d’apaiser les passions, les attisent au service d’une cause qui recouvre les théories les moins raisonnables des néo-conservateurs américains et des faucons israéliens. Dès lors, la peur devient la seule conseillère d’une fuite en avant dans le conflit, la guerre, l’abîme.

Dans sa récente réponse aux attaques dont il est l’objet, Alain Badiou a fort clairement démonté cette mécanique. La criminalisation répétée, sous l’accusation infamante d’antisémitisme, des défenseurs estimables et respectables de la cause palestinienne – cause dont la diplomatie mondiale s’accorde à dire qu’elle a le droit pour elle mais lui en refuse toujours la réalité – fait partie de cette stratégie qui n’est rien moins qu’une politique du pire. Le sociologue Edgar Morin en a été honteusement victime et s’en est expliqué dans un essai, Le monde moderne et la question juive (Seuil, 2006). Tout comme le philosophe Daniel Bensaïd qui a consacré à l’antisémitisme et à l’antisionisme tout un chapitre de son récent livre fort péguyste de réponse à Bernard-Henri Lévy, Un nouveau théologien B.-H. Lévy (Lignes, 2007). Tous 2 sont juifs, de culture, d’histoire, de famille, et en connaissent l’ancestral prix de persécutions, mais ils se refusent à en faire une clôture ou une crispation identitaires. Tous 2, évidemment, ont signé la pétition de soutien à Siné.


URL source:http://www.mediapart.fr/journal/france/030808/charlie-hebdo-la-verite-des-faits-contre-
la-folie-des-opinions

Liens:
[1]
http://www.mediapart.fr/club/blog/edwy-plenel
[2] http://www.mediapart.fr/journal/france/180708/l-affaire-charlie-hebdo-ou-la-caricature-de-l-epoque
[3] http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/21/de-quoi-sine-est-il-le-nom-par-bernard-henri-levy
_1075542_0.html

[4] http://www.editions-lignes.com/public/livre.php?motsClefs=9782355260032
[5] http://www.lefigaro.fr/debats/2008/07/24/01005-20080724ARTFIG00612-l-antisemitisme-ciment-du-vertige
-identitaire-.php

[6] http://www.liberation.fr/rebonds/341125.FR.php
[7] http://www.liberation.fr/rebonds/341552.FR.php
[8] http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/07/31/pour-philippe-val-charlie-hebdo-et-quelques-principes_
1079062_3232.html

[9] http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/editos/20080730.OBS5270/un_antisemitisme_de_
gauche_.html

[10] http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries_photos/medias/medias__pouvoirs/20080723.OBS4227/la_
chronique_non_publiee_dans_charlie.html

[11] http://www.liberation.fr/rebonds/342208.FR.php
[12] http://www.philippebilger.com/blog/2008/07/siné-monde.html
[13] http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/medias/medias__pouvoirs/20080722.OBS3939/
sine_asko_et_moi.html

[14] http://www.liberation.fr/actualite/monde/334081.FR.php
[15] http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/commentaires/20080728.OBS4999/
comment_fonctionne_la_calomnie.html

[16] http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/medias/medias__pouvoirs/20080801.OBS5593/
revelations_sur_sine_et_desproges.html

[17] http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/31/nous-avons-besoin-des-outrances-de-sine-
par-jean-marie-laclavetine_1079061_0.html

[18] http://soutiensine.blogspot.com/
[19] http://www.mediapart.fr/club/blog/thomas-heams/220708/usages-raciaux-de-la-genetique-importante-
declaration

[20] http://www.liberation.fr/rebonds/342553.FR.php
[21] http://www.ehess.fr/centres/cetsah/CV/morin.html
[22] http://www.editions-lignes.com/public/livre.php?motsClefs=daniel_bensaid_un_nouveau_theologien_
bernard_henri_levy_bhl

[23] http://www.soutenir-sine.org/petition/
[24] http://www.mediapart.fr/club/blog/corcuff
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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 14:49

Siné : Filoche répond aux vingt politiques et intellectuels qui soutiennent Val

NOUVELOBS.COM | 01.08.2008 | 15:25

Sous le titre "O combien je soutiens mon pote Siné contre les 20 que vous êtes !", le socialiste Gérard Filoche s'en prend au texte notamment signé par Bertrand Delanoë, Robert Badinter, Elie Wiesel ou encore BHL, qui prend la défense du directeur de la publication de Charlie Hebdo.

Siné

Siné

Dans un texte rendu public vendredi 1er août, le socialiste Gérard Filoche prend la défense du chroniqueur Siné et dénonce le soutien apporté par vingt politiques et intellectuels au directeur de la publication de Charlie Hebdo, Philippe Val. Siné a été accusé d'avoir tenu dans Charlie Hebdo des propos antisémites liés aux projets de conversion au judaïsme et de mariage de Jean Sarkozy avec la fille du fondateur des magasins Darty, pour lesquels il a été renvoyé de l'hebdomadaire.
Voici le texte de Gérard Filoche:

"O combien je soutiens mon pote Siné contre les 20 que vous êtes ! Et combien je suis offusqué que certains signataires ci-dessus se joignent aux bien-pensants ampoulés et ridicules, à l’ordre officiel de Madame Albanel pour soutenir celui qui n'a commis d'autre "crime" récent que de s'en prendre au fils Sarkozy… Car qu'est ce qui décide ces 20 signataires à faire le procès de la carrière entière d'un dessinateur aujourd'hui âgé de 80 ans célèbre depuis ses caricatures et prises de position lors de la guerre d'Algérie, le manifeste des 121, et son immortel dessin où il montre des soutanes devant un crucifié se moquant d'un pauvre hère devant son totem ? Ce n’était pas seulement des "fulgurances", il en fallait du courage !… Siné est un combattant depuis les années 60 de toutes les causes démocratiques, antiracistes et, d'ailleurs, ne l'avez-vous pas côtoyé aux nombreux dîners des parrains de SOS-Racisme auxquels il participait, c'est là que je l'ai rencontré avec vous tous, en 1988, lorsqu’il y serrait la main de François Mitterrand, et les vôtres ? Qu'est ce qui vous prend de faire un autodafé à partir de citations tronquées, tirées de leur contexte, de sa vie, de son œuvre entière ? Vous l’excommuniez? C’est un grand honneur que vous lui faites ! Où a-t-on vu cela, vous vous prenez pour Jdanov? Comme l’a fait la ministre de la culture du père de Jean Sarkozy qui veut voir "disparaître à jamais" (un autodafé, vous amenez le briquet?) Siné, sa vie, son œuvre?

Tous, absolument tous les juristes répètent qu'il n'y a pas d'antisémitisme dans le texte incriminé de Siné, juridiquement ça n’est pas plaidable, ce n'est qu'une reprise d'une info exprimée déjà dans Libération le 23 juin par un ami de Jean Sarkozy, membre de la Licra, en termes similaires...

Vous parlez peu de l’objet précis et récent de l’affaire, ce que vous en citez est tronqué malhonnêtement, et vous étendez surtout la question "aux dérapages" de toute la vie d’un homme, en l’occurrence d’un artiste, en extrayant des excès qui vous ont semblé contestable en lui -d’un point de vue universel suprême, celui de votre absolue autorité.

Rien ne vous donne ce droit d’exécuter ainsi quelqu’un. Personne ne vous a demandé de vous mettre à 20 pour juger le bon ou le mauvais goût des caricatures de Siné, c'est son droit, sa liberté, son œuvre, et s'il est apprécié depuis plus de 50 ans, lui, ami de Prévert, de Léonor Fini ou de Malcolm X, il y a sûrement une raison à ses centaines de milliers d'admirateurs... Toute licence en art! Même pour les dessinateurs de chat, bouffeurs de curés et provocateurs! Même pour Plantu que vous exécutez au passage en donneur de leçons suprêmes que vous êtes…

Vous vous mettez en 20 pour faire la police de la pensée officielle, et estimez que cela fait des décennies que Siné aurait dû être réduit au silence? Bouh, ça fait froid dans le dos! Toute l'équipe de Hara-Kiri, Charlie Hebdo première mouture, (avant que Val ne s'en empare), est censurée épurée, réduite au silence, en un même coup, par vos propos: soit 80 % des caricaturistes célèbres dans ce pays depuis 40 ans. Votre logique, c'est d'interdire une seconde fois "Bal tragique à Colombey", ça se faisait à l’époque, après que les Yvon Bourges aient interdit "La Religieuse" de Jacques Rivette. Vous voulez, vous aussi, liquider quelque chose de mai 68 en vous en prenant à Siné et en donnant raison à Val?

Parce que vous croyez que Val a une constance dans son engagement ? Qu’il est "démocrate, défenseur et garant des principes" de Charlie Hebdo et de sa rédaction? Voulez-vous qu’on joue au même jeu des citations le concernant? Ce serait aussi facile, cruel mais dégradant. Ou comment Val a tiré profit de Charlie, et comment il traite le droit de ses salariés dans le journal sur lequel il a mis la main, comment il vient de "licencier" un prétendu "droit d’auteur" qui était plus ancien que lui à la fondation ? La rédaction de Charlie qui a votre "entier soutien", ce sont aussi Charb et Cavanna défendant Siné contre toute votre accusation: "Je n’aurais pas travaillé 16 ans aux côtés d’un antisémite", "Siné n’est pas antisémite" écrivent-ils!

Comme Willem, Delfeil de Ton, Carali, Barbe, Geluck, Malingrey, Pichon, Pétillon, Got, Faujour, Picha, Tignous, Thouron, Tardi, Wiaz... qui le soutiennent. Alors pourquoi est-ce Siné qui est viré, vilipendé, lynché et comment pouvez-vous donner votre "entier soutien" à ce Val-là?"

Gérard Filoche

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