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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise.
Je suis membre du bureau fédéral du Val-d'Oise du Parti Socialiste et suppléant au Conseil National du Parti Socialiste.
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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 09:28
Venezuela. Une crise d’une importance capitale pour la gauche latino-américaine

Alors que le Venezuela traverse une crise économique, sociale, politique et institutionnelle majeure, dont les résonances seront déterminantes pour l'ensemble de la gauche latino-américaine, nous ne pouvons que constater une manière particulièrement biaisée d'aborder ce dossier dans la presse française, dont la seule grille de lecture semble être de voir quel avantage elle pourrait tirer de la décomposition du système chavo-maduriste contre la France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon...

Peu d'articles ont tenté de resituer les véritables enjeux de la crise actuelle et ses racines anciennes. On rappellera ici l'excellent papier de Gaël Brustier dans Slate.fr qui permet déjà de rappeler le contexte général de la situation : " Victime de son économie de rente comme de la faiblesse de sa construction étatique, dépourvu de monopole de la violence légitime, en proie à une crise liée à la baisse des cours du pétrole, théâtre d’une extrême polarisation sociale et politique, le Venezuela s’enfonce dans la violence. Les interprétations de la situation au Venezuela sont souvent marquées par le recyclage de concepts, de termes, de mots hérités de la Guerre Froide."

Je me permets cependant de mettre en ligne ci-dessous un article beaucoup plus complet rédigé par deux universitaires chiliens - Giorgio Boccardo, professeur à l’Université du Chili [master « Les études latino-américaines »] ; Sebastian Caviedes, chercheur à la Fondation Nodo XXI, enseignant à l’Université du Chili - et publié en France sur le site Mémoires des luttes. Il permet selon moi de comprendre plus précisément les racines et la réalité du conflit en cours et de sortir du manichéisme occidental, au-delà de l'évidente dérive autoritaire du Président Nicolas Maduro qui fait face lui-même à une opposition qui n'a de démocratique et d'unifiée que le nom (tout autant putchiste et autoritaire que Maduro lui-même).

Espérons que les forces critiques présentes dans le chavisme et le socialisme bolivarien puissent faire émerger une voie de sortie de crise en se rappelant "qu’il ne suffit pas de « prendre l’Etat » pour avancer dans la transformation de la société capitaliste, même si c’est avec les outils de la démocratie libérale".

Frédéric FARAVEL

 

Venezuela. Une crise d’une importance capitale pour la gauche latino-américaine

Par Giorgio Boccardo, Sebastian Caviedes | 7 août 2017

Il est douloureux d’écrire sur le Venezuela. En partie parce que cela implique rendre compte du drame d’un peuple qui, pour la première fois, commençait à participer à la redistribution de ses ressources. Mais également parce que cela implique d’aborder le déclin d’un processus politique qui a été une référence pour la gauche latino-américaine pendant les dernières décennies.

C’est la raison pour laquelle il est fondamental d’encourager un débat critique et réfléchi sur la crise vénézuélienne. Cela n’implique pas qu’il faille se soumettre à l’opportunisme de la droite, qui, sous une façade démocratique, réduit tout débat à la question de savoir si oui ou non le régime vénézuélien est une dictature, alors que ses intentions vont dans le sens de réinstaller un modèle aussi socialement et politiquement excluant que celui de type néolibéral. Mais il ne serait pas non plus responsable d’éviter le débat comme le fait la majorité des penseurs critiques, qui prônent une sorte de solidarité inconditionnelle avec le processus, au point de se montrer apathiques face à la tragédie que vit le peuple vénézuélien.

Notre intérêt pour un débat sur la grave crise que traverse la société vénézuélienne, sur les réussites et les erreurs du chavisme tient à l’importance de ce qui est en jeu au Venezuela, non seulement pour l’avenir de ce pays et de toute l’Amérique latine, mais également pour la construction de projets radicalement démocratiques, alternatifs à ceux de la société capitaliste.

1. La crise du puntofijismo

Entre 1958 et 1993, l’ordre politique vénézuélien a reposé sur le Pacte de Punto Fijo [1]. Fondamentalement cela signifiait que les deux principaux partis politiques, Accion Democratica (AD) et Comité de Organizacion Politica Electoral Independiente (COPEI), d’orientation respectivement social-démocrate et chrétienne-sociale, se sont mis d’accord sur le fait que, indépendamment de qui gagnerait les élections, ils mettraient en place des gouvernements d’unité nationale sur la base d’un programme minimum et sur la répartition entre eux des institutions étatiques. Cet accord a entraîné une société « méritocrate » formée de groupes d’entreprises, de bureaucraties étatiques et des ouvriers du pétrole, tout cela autour de la distribution de la rente générée par l’« Etat dans l’Etat » que constituait Petroleos de Venezuela SA (PDVSA). Mais cette « méritocratie puntofijista » excluait une proportion considérable de travailleurs ainsi que les paysans et des groupes marginaux.

A la fin des années 1970, il y a eu une longue crise économique et politique. Le déclin de la rente pétrolière a réduit la capacité de l’Etat à répondre aux demandes des forces faisant partie du Pacte. De leur côté, AD et COPEI sont de plus en plus devenus des machines électorales clientélistes et corrompues et se sont éloignés des bases qui les avaient soutenus sur le plan politique [2]. Au cours du deuxième gouvernement de Carlos Andrés Pérez, partisan de l’AD (1989-1993), des politiques radicales d’ajustement structurel ont commencé à être appliquées, ce qui a entraîné, en février et en mars 1989, des protestations populaires massives connues sous le nom de « Caracazo ». La violente répression de ces protestations a provoqué des centaines de morts et des milliers de disparus.

La bureaucratie puntofijista s’opposait à des réformes, car leur application aurait entraîné leur mutation et la réduction des prébendes versées aux clientèles, ce qui aurait déstabilisé le délicat équilibre au sein de l’alliance bourgeoise dominante. Des changements furent effectués, mais ils ne purent stopper la crise économique et politique. En 1993, le puntofijismo a destitué Carlos Andrés Pérez [qui occupa le poste de vice-président de l’Internationale social-démocrate et était très lié à Felipe Gonzalez], accusé de corruption, et c’est ainsi que, pour la première fois depuis 1958, un candidat non issu du Pacte a pu s’imposer lors de l’élection présidentielle.

L’ex-partisan de COPEI, Rafael Caldera [il avait été président entre 1969 et 1974 ; après un échec il est réélu en 1998], a créé un nouveau parti chrétien-social et, en s’alliant avec des organisations de gauche, il a gagné les élections sur un programme anti-néolibéral. Cependant, après avoir évité la pire crise financière de l’histoire du pays [en 1994], Caldera a négocié avec le FMI et a impulsé l’Agenda Venezuela. Celui-ci prévoyait l’application de mesures monétaristes orthodoxes, une réduction drastique des prestations sociales aux travailleurs et le lancement de politiques d’ouverture et d’internationalisation de l’industrie pétrolière. Cet ensemble de mesures a suscité de nouvelles protestations.

Hugo Chavez a été libéré après avoir passé deux ans en prison pour son rôle dans le coup d’Etat manqué de 1992. Une tentative de coup d’Etat qui a fait de lui une référence politique à échelle nationale. Avec le soutien de militaires, d’intellectuels et de militants de gauche, il se lance dans une forte activité politique. C’est dans ce contexte d’une société profondément divisée, dont le système politique était totalement délégitimé et les conditions de vie de la population se dégradaient de plus en plus, que Chavez a fondé en 1997 le Movimiento Quinta Republica (MVR). L’année suivante il s’est imposé aux élections présidentielles en mettant en avant un projet qui exprimait cet énorme malaise social en lui donnant une orientation et un espoir.En résumé, la transformation néolibérale avait entraîné l’effondrement d’un système politique corrompu qui était en place depuis l’accord de Punto Fijo. C’est ce contexte de vide politique qui explique en partie la vertigineuse ascension de Chavez. Après quinze ans de ce gouvernement, le chavisme va inverser plusieurs des réformes néolibérales en appliquant une redistribution radicale de la rente pétrolière. Cela permettra le développement de nouvelles clientèles à un Etat qui soutient un projet national et populaire mais qui ne cesse pas pour autant d’être capitaliste [3].

2. L’ascension et le développement du chavisme (1999-2013)

Le projet initial de Chavez n’est pas très éloigné des orientations du populisme latino-américain : un discours anti-impérialiste, la récupération de la souveraineté nationale, la centralité de l’Etat, un chef de file militaire, des styles de pouvoir politique autoritaires et d’importants programmes de redistribution de la richesse [4]. Lors de son premier mandat, le gouvernement de Chavez a mis la priorité sur la convocation d’une Assemblée constituante pour la création de la Cinquième République. Avec une large majorité chaviste, la nouvelle Constitution réaffirme le caractère capitaliste de l’économie vénézuélienne avec un Etat fort, qui se réserve l’activité pétrolière et les autres industries d’intérêt publique ou stratégique. Sur le plan politique, il incorpore divers mécanismes participatifs en vue d’approfondir la démocratie [avant tout à l’échelle locale] ; ainsi les droits populaires sont significativement élargis sur les plans économique, social et culturel.

Etant donné l’extrême dépendance de toute l’économie – et de l’Etat vénézuélien – par rapport à la rente pétrolière, le chavisme commence par inverser certaines des mesures politiques néolibérales des années 1990 [5]. Cela le conduit à s’affronter directement avec la PDVSA [Petróleos de Venezuela SA, compagnie pétrolière dont le capital appartient pour l’essentiel à l’Etat], qui, depuis des années, donnait priorité à la rentabilité au détriment de l’intérêt national [tout en distribuant de manière socialement sélective une grande partie de la rente pétrolière]. Chavez a restructuré la politique fiscale de la PDVSA, augmenté sa contribution directe à l’Etat et a mis un terme au processus d’ouverture à des capitaux multinationaux initié au cours de la décennie précédente. Le gouvernement chaviste a également récupéré l’initiative au sein de l’OPEP, afin de contrôler les niveaux de production à l’échelle internationale et ainsi stabiliser ou augmenter les prix du baril. En particulier, la politique de « contrôle des prix » convenue avec des pays comme l’Irak [de Saddam Hussein] et la Libye [de Mouammar Khadafi] provoque des confrontations entre Chavez et les Etats-Unis.

Deux lois passées à cette époque par le gouvernement chaviste ont particulièrement suscité l’opposition du patronat : d’abord, celle relative à la terre et au développement agraire et, ensuite, celle concernant les hydrocarbures. La première de ces lois a été une tentative tardive de réforme agraire pour limiter le pouvoir des latifundistes et donner une certaine sécurité agroalimentaire aux paysans [mais sans appui technique, entre autres]. La deuxième permettait de récupérer le contrôle politique et économique sur la PDVSA. Les deux lois ont été cataloguées par le patronat et par l’opposition politique comme étant un attentat contre la propriété privée.

Pendant son deuxième mandat (2001-2007), Chavez a entamé l’affrontement avec une opposition qui était prête à utiliser tous les moyens pour renverser le gouvernement. Cette opposition regroupait des secteurs militaires, des patrons, des partis puntofijistes, la « méritocratie » de la PDVSA et presque tous les médias, sans compter le soutien du gouvernement états-unien. En avril 2002, elle a déclenché un coup d’Etat, mais une mobilisation populaire combative, appuyée par un secteur clé des militaires, oblige finalement les putschistes à restituer la présidence à Chavez. C’est à la fin de cette même année qu’une grève pétrolière patronale a été lancée [6].

Une fois de plus, la résistance populaire était en faveur du chavisme, ce qui a permis de faire reculer le sabotage de l’opposition. Après avoir surmonté ces deux assauts et malgré les dommages qu’ils ont entraînés sur le plan économique et la drastique réduction des revenus fiscaux, Chavez en est sorti renforcé. Il s’est produit un changement dans le rapport des forces qui a permis de désarticuler l’opposition d’un secteur militaire et les bureaucraties pétrolières, mais en échange d’un nouveau pacte avec les groupes populaires dont dépendait la survie du régime. Même s’ils avaient déjà voté pour Chavez, c’est la chaleur du conflit qui les fait sentir que ce gouvernement était « le leur » [7].

Au cours des premières années du chavisme, la crise budgétaire, la priorité constitutionnelle et la déstabilisation provoquée par l’opposition ont empêché une amélioration des conditions de vie des secteurs populaires. Mais étant donné, d’une part, la centralité des secteurs populaires pour la continuité du processus et, d’autre part, l’imminence d’un référendum révocatoire convoqué par l’opposition, l’administration chaviste a mis toute son énergie à développer une nouvelle politique sociale. Au moyen de ce qu’on a appelé les « Missions » [initiatives concernant la santé et l’éducation dans les quartiers paupérisés, s’appuyant fortement sur une aide de Cuba compensée par des livraisons pétrolières et des crédits], elle a appliqué un programme de démocratisation de la rente pétrolière qui a permis d’améliorer de manière significative les revenus, la santé, l’éducation, les communications et l’accès à la culture du peuple vénézuélien [8]. En contraste avec les politiques qui ont prévalu dans une bonne partie de l’Amérique latine, les dépenses sociales ont été concentrées de manière à diminuer les inégalités, devenant une composante fondamentale des dépenses publiques. En résumé, pendant cette période le chavisme a construit un relatif tissu productif et social ainsi qu’une nouvelle institutionnalité.

La légitimité de la nouvelle politique sociale s’est exprimée clairement lors du référendum révocatoire de 2004, où Chavez s’est imposé avec 59% des votes. De même, lors des élections des gouverneurs des départements [structure fédérale] la même année, il n’en a perdu que 2 sur les 23 Etats. L’année suivante, devant la possibilité d’être balayée de l’Assemblée nationale, l’opposition s’est retirée des élections, ce qui a laissé un Parlement constitué exclusivement de partisans du chavisme. Lors des élections présidentielles de 2006, Chavez a triomphé avec presque 63% des suffrages face à Manuel Rosales, candidat de l’AD.

Dès lors, Chavez s’est consolidé en tant que figure internationale, non seulement parce qu’il était un acteur important de la nouvelle stratégie de contrôle des prix de l’OPEP, mais aussi parce qu’il a réussi à freiner la politique états-unienne de subordination latino-américaine au travers de l’ALCA [zone de libre-échange des Amériques]. Il a pu accomplir cela grâce à une alliance avec les gouvernements du Brésil de Lula et de l’Argentine de Nestor Kirchner, en créant l’ALBA en 2004 [un projet que ne se concrétisera qu’à la marge] et au moyen d’autres initiatives d’intégration économique et sociale, sans compter le soutien croissant à des gouvernements tels que ceux de la Bolivie [Evo Morales] et de l’Equateur [Rafael Correa]. C’est ainsi qu’a pu s’établir une résistance politique et culturelle aux prétentions hégémoniques des Etats-Unis sur l’Amérique latine menées par George W. Bush.

Au début 2007, Chavez a annoncé que la « phase de transition » au Venezuela était achevée et que c’était le moment d’avancer dans la construction du « Socialisme du XXIe siècle ». Pour cela il lui fallait des lois de type constitutionnel pour lui accorder des pouvoirs extraordinaires, et donc une réforme constitutionnelle pour déclarer socialiste la République bolivarienne de Venezuela. A cela, il a ajouté la construction du Parti socialiste uni vénézuélien-PSUV [qui était étroitement contrôlé par les sommets du chavisme]. Parmi d’autres propositions spécifiques, Chavez réaffirmait la propriété et le contrôle de l’Etat sur les hydrocarbures, l’élimination des restrictions pour la réélection présidentielle pour plus de deux mandats [afin d’assurer une permanence de son pouvoir] et la réorganisation territoriale politique du pays [réorganisation du dit fédéralisme et de l’indépendance des unités fédérales par rapport au pouvoir central].

C’est précisément pendant cette période qu’il y a eu un infléchissement dans le processus économique et politique, qui allait avoir des conséquences très importantes pour le Venezuela. D’abord, au lieu de s’orienter vers une diversification productive afin de rendre le pays moins dépendant de la rente pétrolière et des cycles économiques internationaux, il s’est employé à renforcer la distribution de la rente [avec des dimensions clientélaires renforcées] et la formation d’un patronat chaviste de caractère commercial et financier [la dite "bolibourgeoisie"]. C’est ainsi que la « malédiction des ressources naturelles » a fini par enterrer sur le long terme les efforts de démocratisation sociale qui avaient été atteints. Ensuite, Chavez a fini par réduire son projet de socialisme à un étatisme et à un verticalisme [pouvoir concentré autour de Chavez et d’un secteur militaire]. En effet, au lieu de radicaliser la démocratie politique, il est resté prisonnier de l’autoritarisme militaire et – malgré sa rhétorique – de l’héritage du populisme et des dits socialismes réels. Enfin, au lieu d’accorder davantage de pouvoir politique aux classes populaires, il finit par le diminuer en faveur d’un clientélisme étatique plus important et d’un contrôle bureaucratique du processus.

Donc, au-delà des difficultés liées à l’affrontement face aux Etats-Unis et face aux forces réactionnaires de l’opposition ainsi que des limitations du sous-développement latino-américain, c’est justement au moment de l’apogée du chavisme que celui-ci perd une possibilité historique de radicaliser le processus social et politique en cours. Nicolas Maduro [fonction présidentielle prise le 8 mars 2013, puis élection gagnée le 14 avril 2013 ; Chavez décède le 5 mars 2013] a hérité de conditions sociales et politiques qui vont éclater suite à la baisse des prix du pétrole, mais ces conditions ont été créées bien avant son ascension à la présidence.

3. Le Venezuela après Chavez

Avec la mort de Chavez en 2013, et en l’absence d’autre leader de la même carrure dans le PSUV, le « choix » porta sur Maduro, d’une part, étant donné sa position de position de vice-président depuis octobre 2012 et, d’autre part, à cause de ses liens politiques à l’échelle nationale et internationale. Cela pour prendre la tête d’un amalgame complexe de tendances et de mouvements qui convergent dans l’alliance chaviste. Mais son ascension au pouvoir a coïncidé avec la diminution de la rente pétrolière. Celle-ci représentait près de 95% des revenus d’exportations, 60% de ses rentrées budgétaires et 12% de son PIB. En suivant cette pente, en 2015, les revenus issus de l’exportation de pétrole brut étaient tombés de 40%, et en 2016 la dette extérieure augmentait de plus de 350% par rapport à 1998 [9].

L’effet dévastateur de cette contraction économique fait que le gouvernement peut très difficilement maintenir les programmes de redistribution sociale et par conséquent aussi le consensus au sein de l’alliance dominante. A cela s’ajoute le renforcement des traits autoritaires du régime politique, aussi bien ceux hérités du processus bolivarien dans son ensemble que ceux liés à l’incapacité politique du nouveau président. Il faut surtout souligner la destruction du tissu social que l’hégémonie chaviste avait stabilisé. En effet, la crise économique et politique a aggravé la faille d’origine du chavisme, qui consistait en une mauvaise compréhension de l’organisation sociale de base sur laquelle s’est fondé ce mouvement considéré comme étant autogéré et autonome, alors qu’en réalité ce mouvement était plutôt le produit de politiques publiques menées par l’Etat vénézuélien [10].

Au sein du PSUV et du mouvement chaviste, cette faille s’est exprimée dans une culture politique qui, depuis l’époque de Chavez, a peu à peu supprimé le débat critique au sein des rangs du parti, ce qui avait été en partie un trait lors de sa fondation [11]. Par ailleurs, une des tendances de ces dernières années est l’augmentation de la militarisation de l’Etat et du gouvernement. Il est possible que cela soit dû au fait que Maduro, n’ayant pas de lien organique avec les Forces armées, a incorporé davantage de ses membres à des postes de pouvoir pour s’assurer leur loyauté. C’est ainsi qu’aujourd’hui un tiers des ministres (12 sur 31) et des gouverneurs (13 sur 20) sont des militaires, et beaucoup d’autres se trouvent dans des positions clés de l’économie, où, le manque de contrôles démocratiques crée des conditions favorisant la prolifération de la corruption, surtout dans les domaines comme la répartition des devises, le contrôle des ports [importations de biens de consommation, pour l’essentiel devant être achetés sur les marchés internationaux] ou la distribution d’aliments [12].

Outre la corruption, vieux problème vénézuélien qui est antérieur à l’expérience chaviste, la crise met en évidence les effets négatifs liés au régime rentier pétrolier (extractiviste) qui régit l’économie. Par exemple, dans le secteur énergétique, le manque d’investissements a provoqué des coupes et des restrictions dans la fourniture d’électricité et a fait sombrer le pays dans une pénurie de gaz naturel et de ses dérivés, alors même que celui-ci possède une des plus importantes réserves reconnues de gaz conventionnel à l’échelle mondiale. Pire, le gouvernement s’est déclaré intéressé à utiliser les techniques de perforation horizontale et de fracking, qui se sont avérées dommageables pour l’environnement et pour la santé, cela dans le but de commercer l’exploitation de gaz dans le bassin du lac Maracaibo [13]. Ce sont ces techniques qui, paradoxalement, ont permis aux Etats-Unis d’obtenir une relative autonomie énergétique, entraînant un déséquilibre dans le marché mondial du pétrole, ce qui a contribué à faire chuter les prix globaux et a nui au Venezuela [14].

En outre, la crise approfondit la pénétration du capital transnational, comme le montre la création de la Nouvelle zone de développement stratégique nationale « Arco minero del Orinoco », qui ouvrira presque 112.000 kilomètres carrés à la grande industrie minière locale et étrangère sous la supervision des Forces armées [15].

Consciente de la faiblesse de Maduro, la même opposition qui avait affronté Chavez s’est renforcée et a repris vigueur suite à la légitimité perdue sous l’effet du coup d’Etat de 2002. Rassemblée au sein de la Mesa de Unidad Democratica (MUD), elle réunit des groupes qui vont de la gauche modérée à l’extrême droite putschiste, chacun ayant son programme propre. A cause de leur poids majoritaire dans l’Assemblée nationale [élue en décembre 2015], les organisations qui dirigent la MUD sont Primero Justicia (PJ) et Voluntad Popular (VP) [16] aux côtés de l’ancien parti AD (Alliance démocratique). Parmi les membres de PJ se trouvent l’ex-candidat présidentiel Henrique Capriles et Julio Borges, l’actuel président du Parlement, archétypes de la génération politique qui, avec la montée du chavisme, n’ont pas pu effectuer leur passage logique à la politique puntofijista après avoir été éduqués à l’étranger et avoir appartenu au COPEI. VP, dirigée par Leopoldo Lopez, appelle à la mobilisation de rue, avec un degré élevé de violence, en refusant d’accepter la légitimité du gouvernement et faisant campagne pour une intervention étrangère contre le Venezuela de Maduro [17].

Bien qu’elle ait existé, l’orientation de l’opposition prônant le dialogue n’a duré que jusqu’à la publication des résultats de l’élection présidentielle de 2013. En effet, depuis l’intenable accusation de fraude électorale de la part de Capriles [18], appel qui a entraîné 11 morts, la radicalisation de l’opposition a donné lieu à des faits brutaux comme ceux qui se sont passés lors des manifestations d’étudiants de février 2014, lorsque Lopez et son parti, aux côtés de la parlementaire Maria Corina Machado et du maire de Caracas, Antonio Ledezma, ont soutenu une mobilisaton qui a fait 47 morts et durant laquelle on a vu l’installation de fils de fer tendus dans les rues pour décapiter les motocyclistes pro-gouvernementaux. L’appel à faire tomber le gouvernement a fait que Lopez et Ledezma ont été condamnés à des peines de prison. Cependant, une offensive internationale dirigée par l’ex président espagnol José Maria Aznar et d’autres ex-mandataires ibéro-américains, avec le soutien du secrétaire général de l’OEA, Luis Almagro [d’origine uruguayenne], les a transformés – malgré leurs antécédents putschistes – en « martyrs » de la défense de la démocratie et des droits humains.

Le grand problème de l’opposition est le manque d’un projet commun et alternatif au chavisme. Cela est apparu clairement suite à la « super majorité » parlementaire qu’elle a obtenue en décembre 2015 [19]. Sa politique ne s’est centrée que sur le démantèlement de tout ce qui avait été fait précédemment et sur la stratégie la plus adéquate pour renverser Maduro, en négligeant la recherche de mesures concrètes pour affronter la criminalité et l’insécurité [ces phénomènes sont très marqués, depuis longtemps, entre autres dans la périphérie de la capitale Caracas ; le « Gran Caracas » compte quelque 4,5 millions d’habitants] ou pour soulager la crise économique. Les rares propositions programmatiques à son actif vont dans le sens d’une croissance de la rente pétrolière, la libéralisation économique et « l’aide » que pourrait offrir le FMI [face à la dette publique], ce qui est peu attractif pour la société vénézuélienne, car beaucoup de fractions populaires pensent que si l’opposition arrivait au pouvoir, ces mesures leur feraient perdre encore davantage que ce qu’elles ont déjà perdu [20]. Ces propositions vont enfin dans le sens d’une ré-articulation du pacte élitaire qui a dominé toute l’histoire vénézuélienne. En s’insurgeant contre le régime qui les exclut de la politique distributive étatique ou qui limite sa participation à la distribution de la rente pétrolière, cette opposition cherche à déstabiliser cet Etat par la force.

Mais dernièrement, la crise humanitaire provoquée par la détérioration socio-économique grave du pays a permis à l’opposition d’instrumentaliser en sa faveur la mobilisation populaire de l’ouest de Caracas, bastion du chavisme, ouvrant ainsi une brèche dans l’indiscutable enracinement populaire bolivarien. L’opposition appelle à créer un couloir humanitaire [terme utilisé par analogie avec les couloirs humanitaires demandés par des ONG pour des villes assiégées] afin de résoudre le manque de produits et de médicaments. Mais elle se mobilise surtout sur des revendications politiques telles que la libération des prisonniers politiques ou le référendum révocatoire contre Maduro. En même temps le peuple, qui se réfère en majorité au chavisme d’origine, se mobilise contre les autorités poussé par la faim, par la pénurie de médicaments et de produits de base ainsi que suite à l’explosion de la violence et de l’insécurité généralisées [liée à la paupérisation et à la crise des institutions et du régime] [21].

Le système de contrôle des devises et des prix imposé en 2002-2003 pour faire face au sabotage économique de l’opposition est devenu dysfonctionnel lorsqu’il a permis la spéculation par les secteurs qui contrôlent les devises. Le manque chronique de dollars a sapé toute capacité économique, surtout dans le secteur de l’importation. Par conséquent ce sont les groupes populaires qui dépendent des produits importés par le gouvernement et qu’il vend à des prix contrôlés qui sont les plus touchés [car ces produits sont rares]. Cette situation a entraîné une croissance du marché noir. Le manque d’une stratégie d’approvisionnement et de distribution – une autre tare du développement bolivarien – y a également contribué [22]. Outre ces graves problèmes de pénurie, les dernières données économiques diffusées par l’Institut national de statistique (INE) vénézuélien et par la Commission économique pour l’Amérique latine (CEPAL) indiquent pour décembre 2015 une inflation générale de 180,9% et une inflation du prix des aliments de 218% [23]. Dans ce contexte, la dénutrition augmente, pour la première fois à cause de la faim et non pas des maladies, la population a perdu en moyenne 8 kg par personne, alors qu’augmentent ceux qui indiquent qu’ils ne mangent que deux fois par jour, ou moins [24].

Après avoir scellé définitivement son accord avec les secteurs populaires au début des années 2000, les politiques sociales chavistes ont entraîné une diminution pratiquement ininterrompue de la pauvreté et de l’indigence. Celles-ci atteignaient leur niveau le plus bas en 2012, lorsque la pauvreté était estimée à 25,4% de la population et l’indigence à 7,1% [25]. Mais, entre 2014 et 2016, le pourcentage de foyers pauvres monte en flèche, passant de 48,4% à 81,8% ; 51,5% des foyers se trouvant dans une situation de pauvreté extrême [26]. Cela démontre l’importance qu’a eue la redistribution sociale de la rente pétrolière, tout en étant en même temps le talon d’Achille du système.

La crise politique s’est accentuée depuis avril 2017, alors que les traits autoritaires se sont exacerbés avec Maduro, au point de contourner la Constitution de 1999, cela avec l’assentiment du Conseil national électoral (CNE) et, initialement, du Tribunal suprême de justice (TSJ) [27].

Il faut ajouter à cela l’augmentation de la radicalité des affrontements entre les forces de choc de l’opposition et celles du gouvernement. Ce qui est le plus marquant du point de vue politique est à quel point cette situation approfondit la division au sein du chavisme. Au début du mandat de Maduro la tension se manifestait entre, d’une part, une faction civile chargée d’importants ministères tels que celui de l’Agriculture et des Terres et celui de l’Energie et du Pétrole et, d’autre part, une faction militaire, composée d’éléments actifs et retraités, dont plusieurs compagnons de Chavez depuis l’émeute de 1992, et qui dirigeaient des secteurs nationaux stratégiques. Ces derniers contrôlaient l’Assemblée nationale et le PSUV en la personne de Diosdado Cabello [28]. Mais aujourd’hui cette division, faussant la polarité initiale, s’élargit vers de nouvelles franges civiles et militaires.

En ce qui concerne les militaires, le « commando F4 » gagne en importance. Ce groupe, dirigé par d’ex-compagnons d’armes de Chavez, reproche à Maduro son éloignement de tout projet révolutionnaire, socialiste ou bolivarien, tout en soulignant la précarité économique qui affecte la troupe professionnelle et les familles des militaires [29]. De son côté, la dissidence de gauche du chavisme – dont le noyau est Marea Socialista, un collectif de politiciens et d’intellectuels chavistes critiques dont l’existence précède la crise actuelle – gagne de nouveaux appuis, y compris des ex-ministres de Chavez et de Maduro, des dirigeants politiques, sociaux et universitaires qui critiquent la « rupture des lignes de force constitutionnelles » et l’état de polarisation et de violence qui affectent le pays [30].

Les deux groupes misent sur l’ouverture d’un dialogue politique et social pour permettre un consensus national. Mais pour l’opposition de gauche, il s’agit d’alerter sur le fait que le tournant anti-démocratique pris par Maduro, qui vient s’ajouter à celui de l’opposition et qui a mis à mal le fragile régime institutionnel vénézuélien, pourrait ouvrir la porte à l’intervention étrangère. Mais cette alternative de gauche est quoi qu’il en soit peu développée et, en réalité, elle n’a pas la capacité suffisante pour diriger le processus de transition. L’orientation qu’adopte ce processus continue plutôt à être entre les mains des militaires, dont le soutien à Maduro explique en bonne partie son maintien au pouvoir.

Ce qui est en jeu après la mort de Chavez est plus que le processus de démocratisation du Venezuela, une question qui pourrait concerner la majorité des pays latino-américains. En jeu est la possibilité que se développe en Amérique latine un capitalisme national et populaire dans le cadre d’une économie internationale de tendance néolibérale. Cependant, aujourd’hui la position immédiate que devraient défendre les forces de gauche dans la région est de veiller à l’autonomie populaire dans la résolution de cette crise, en évitant toute dérive vers un nouveau pacte élitaire, qui pourrait y compris être décidé depuis l’extérieur des frontières vénézuéliennes.

4. Critique et internationalisme face à la crise vénézuélienne

Le processus vénézuélien reste très ouvert. En grande partie parce qu’il n’y a pas eu [pour l’instant] de brèche importante au sein des Forces armées. Néanmoins les conditions de vie dramatiques que connaît quotidiennement le peuple pourraient accélérer le cours des événements. Suivant quelles fractions du chavisme et/ou de l’opposition finiront pas s’imposer (ou par conclure un accord), le cours historique de Venezuela pourrait prendre une orientation imprévisible. Mais plutôt que de chercher à prédire ce que l’avenir réserve au Venezuela, nous tenons à réaffirmer quelques réflexions sur la crise du chavisme et – qu’on le veuille ou non – ce qu’héritent de cette expérience les efforts de ceux qui visent à une transformation anti-néolibérale et cherchent la faire émerger sous différentes latitudes de la planète.

D’abord, quelle que soit l’attractivité des bénéfices que procure l’exploitation des ressources naturelles pour étendre la « démocratie sociale », y compris lorsque ces bénéfices sont monopolisés par l’Etat, ce moyen impose des limites aux projets politiques de transformation. En effet, ils génèrent une extrême dépendance par rapport aux cycles économiques internationaux [prix des commodities], ils produisent des crises socio-environnementales dans les territoires exploités et entraînent en général une dépression d’autres secteurs productifs (le dit « syndrome hollandais » qui résulte d’une surexploitation des ressources naturelles et conjointement produit le déclin de l’industrie manufacturière). Il est évident que de telles critiques doivent être compatibles avec les revendications légitimes de redistribution des secteurs populaires, qui sont justement ceux qui alimentent ces expériences.

Deuxièmement, il a été démontré une fois de plus qu’il ne suffit pas de « prendre l’Etat » pour avancer dans la transformation de la société capitaliste, même si c’est avec les outils de la démocratie libérale. La tragédie que vit le Venezuela nous renvoie de nouveau aux limites historiques des gauches au pouvoir au cours du XXe siècle qui, de manière répétée, ont réduit le problème du socialisme à l’étatisme, alors qu’il s’agit au contraire de socialiser de manière permanente le pouvoir et de démocratiser de manière croissante la vie sociale.

Troisièmement il faut noter que la crise au Venezuela aura un impact énorme pour la gauche latino-américaine. Une défaite entraînerait la délégitimation de certaines bonnes idées que le chavisme a tenté de développer, et permettrait une prédominance accrue de l’influence états-unienne dans la région, cette fois par le biais de la Colombie, où les Etats-Unis disposent de bases militaires importantes. D’autant que le Brésil est également traversé par une crise politique aiguë.

Nous ne savons pas comment va se terminer cette crise vénézuélienne. Mais quelle qu’en soit l’issue nous devrons porter la lourde charge de son héritage. Nous devrons l’expliquer, apprendre de ses réussites et de ses erreurs. Mais la gauche ne pourra en tout cas pas l’ignorer, même si cela entraîne des coûts politiques (ou électoraux) importants. Au minimum nous devons sortir de ce silence intéressé, défendre le fait que notre critique à l’égard du Venezuela est destinée à radicaliser ses réussites et à ne pas les inverser, apprendre de ses erreurs, mais aussi contrer les termes qu’essaient de nous imposer la réaction et le progressisme néolibéral dont les orientations ont été les principales responsables des conditions de vie très pauvres que connaissent les peuples latino-américains, jour après jour.

Dans l’immédiat, la solidarité de la gauche latino-américaine avec le peuple vénézuélien doit s’appuyer sur son engagement critique en faveur d’une solution anti-néolibérale et démocratique de la crise, poussant pour que les forces qui représentent cette orientation s’imposent. Avec la même détermination il faudra affronter le caractère putschiste, élitaire et néolibéral que représentent les actuels agissements de l’opposition. En fin de compte, la constitution d’une gauche radicale passe aussi par le fait de récupérer l’internationalisme critique et solidaire qui a caractérisé la tradition révolutionnaire de notre Amérique latine.

(Article publié le 29 juin 2017, traduction A l’Encontre)

Giorgio Boccardo enseigne à l’Université du Chili dans le master « Les études latino-américaines ». Sebastian Caviedes est chercheur à la Fondation Nodo XXI, enseignant à l’Université du Chili

Source : A l’encontre, Giorgio Boccardo, Sebastian Caviedes, 07-07-2017

NOTES

[1] Le Pacte de Puntofiho a été conclu en 1958 entre les trois grands partis vénézuéliens. Comme expliqué dans l’article, il va se prolonger jusqu’aux années 1980. Voir Becerra, M. (2001). El colapso del sistema de partidos en Venezuela : explicación de una muerte anunciada. En Maingón, T., Carrasquero, J., y Welsch, F. (Eds.). Venezuela en transición : elecciones y democracia, 1998-2000. Caracas : RedPol, pp. 36-51.

[2] Lander, E. (2007). Venezuela : logros y tensiones en los primeros ocho años del proceso de cambio. Gobiernos de izquierda en América Latina. Un balance político. Bogotá : Aurora, pp. 39-76.

[3] Ruíz, C., y Boccardo, G. (2015). ¿América Latina ante una nueva encrucijada ? Anuario del conflicto social.

[4] Chávez, H. (1996). Agenda Alternativa Bolivariana : Una propuesta patriótica para salir del laberinto. Caracas. Recuperado de : http://minci.gob.ve/2014/03/libro-rojo/

[5] Boué, J. C. (2002). Internacionalización de PDVSA : ¿Triunfo estratégico o desastre fiscal ? Revista Venezolana de Economía y Ciencias Sociales, 8(2), pp. 237-282.

[6] Maya, M. L. (2003). Venezuela en la encrucijada. Revista OSAL, (9), pp. 55-60.

[7] Lander, E. (2007). Op. cit.

[8] Maya, M. L. (2008). Venezuela : Hugo Chávez y el bolivarianismo. Revista Venezolana de Economía y Ciencias Sociales, 14(3), pp. 55-82.

[9] Cepal. (2016). Anuario Estadístico de América Latina y el Caribe. Santiago : ONU. Mientras en 2013 el precio promedio del crudo era de US$100, en febrero de 2016 cae a su punto más bajo al costar US$24,25.

[10] Lander, E. (2016, 12 de julio). « La implosión de la Venezuela rentista ». Aporrea.org.

[11] Buxton, J. (2016, julio-agosto). « Venezuela después de Chávez. Entrevista ». New Left Review (99), pp. 7-29.

[12] Lander, E. (2016). Op. cit.

[13] J. (2014, 19 de junio). « El peligroso fracking en Venezuela ». Aporrea.org.

[14] Telesur. (2015, 22 de octubre). « El fracking desequilibró el mercado petrolero mundial ». Telesurtv.net

[15] AVN. (2016, 27 de febrero). « Plan del Arco del Orinoco contempla industrializar potencial minero nacional ».

[16] Son las que vehiculizan más recursos económicos, especialmente del financiamiento que Estados Unidos le viene otorgando a la oposición desde 2002, a través de agencias como Usaid y la NED. Núñez, E. (2014, 5 de abril). « Usaid : ¿agencia de desarrollo o de operaciones encubiertas ? » BBC Mundo.

[17] Lewit, A. y Brito, G. (2016). « Radiografía de la MUD : análisis sobre la oposición venezolana ». Celag.org

[18] Se apuntó a la avería de 535 máquinas del sistema electrónico de votación nacional. No obstante, aun cuando sea cierta esta situación, se trata de una cantidad de votos marginal respecto al total de sufragios. Ver Rosnick, D. y Weisbrot, M. (2013, mayo). A statistical note on the April 14 Venezuelan Presidential Election and audit of results. Center for Economic and Policy Research (CEPR).

[19] Su desproporción visibilizó el fracaso del PSUV al abordar los problemas del marco electoral. El frente opositor obtuvo el 56% de los votos, mientras que el PSUV y su Gran Polo Patriótico el 41%. Sin embargo, habiendo 164 escaños en juego, 113 fueron adjudicados de acuerdo con un sistema mayoritario y los restantes 51 en razón de un sistema de lista. La súper mayoría de la MUD dependía del apoyo de tres miembros que procedían de comunidades indígenas. Pero esta se acabó cuando se descubrió que ellos estaban implicados en un fraude electoral, junto a un miembro del PSUV, siendo los cuatro inhabilitados. Ver Buxton, Op. cit.

[20] Pardo, D. (2017, 5 de mayo). « ‘Si esta es una dictadura, es la más feliz del mundo’ : ¿qué piensan y cómo ven los chavistas convencidos la crisis de Venezuela ? » BBC Mundo.

[21] Pardo, D., Op. cit. La confusión y la propaganda están a la orden del día en este punto. Recordada es la visible naturaleza de clase con que se inician las protestas contra Maduro, a poco de la muerte de Chávez, concentradas en las zonas más acomodadas de Caracas, donde personas exhibían sus camionetas último modelo y sus ropas de US$300. Weisbrot, M. (2014, 20 de marzo). « The truth about Venezuela : a revolt of the well-off, not a ‘terror campaign’ ». The Guardian.

[22] Buxton, J. Op. cit.

[23] Estos datos, ciertamente, son subestimaciones que hoy, además, se han acrecentado. Ver Cepal. (2016). Panorama social de América Latina y el Caribe, 2015. Santiago : ONU.

[24] Esto, según el acceso a una “canasta normativa de alimentos”. Ver UCV-UCB-USB. (2017, febrero). Encuesta de Condiciones de Vida en Venezuela (Encovi), 2016. Caracas : Fundación Bengoa.

[25] Cepal. (2016). Op. cit.

[26] UCV-UCB-USB. Op. cit.

[27] Este giro se expresa, sucesivamente, en : desconocer a la Asamblea Nacional de mayoría opositora (sobrepasada reiteradamente por las decisiones del TSJ) ; bloquear y postergar el referéndum revocatorio para el que la oposición había cumplido con todos los requisitos constitucionales ; postergar la realización de las elecciones a gobernador de 2016 ; y convocar a una Asamblea Constituyente, saltándose el requisito previo del plebiscito, pasando a llevar una disposición que el propio Chávez respeto en su momento.

[28] BBC Mundo. (2012, 11 de dciembre). « Un mapa del chavismo : socialistas y militares. » BBC Mundo.

[29] Santacecilia, M. (2016, 30 de mayo). « ¿Quiénes son las ovejas negras del chavismo ? » Deutsche Welle.

[30] Aporrea. (2017, 25 de mayo). « Sectores fuera de la polarización hacen llamado a detener escalada de violencia ». Aporrea.org.

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28 juin 2016 2 28 /06 /juin /2016 13:20
La foule des soutiens de Jeremy Corbyn, dans Parliament Square, le soir du lundi 27 juin 2016
La foule des soutiens de Jeremy Corbyn, dans Parliament Square, le soir du lundi 27 juin 2016

La foule des soutiens de Jeremy Corbyn, dans Parliament Square, le soir du lundi 27 juin 2016

Les électeurs britanniques ont pris à revers leurs dirigeants politiques en votant jeudi 23 juin 2016 à hauteur de 52% en faveur du départ du Royaume Uni de l'Union Européenne.

On pourra toujours dire que les référendums en Grande Bretagne n'ont juridiquement qu'une valeur indicative, que les arguments des différents animateurs de la campagne du Leave étaient volontairement mensongers, il n'en reste pas moins que le choix des Britanniques est sans appel ; il convient d'ailleurs que l'activation de l'article 50 du traité de Lisbonne s'opère le plus clairement et précisément possible pour que la séparation - puisque cette séparation regrettable doit avoir lieu - ne laisse pas une trop longue période d'incertitude qui serait dommageable aux autres Etats membres de l'UE.

Pourtant, le gouvernement britannique souhaite prendre son temps : David Cameron qui a expliqué qu'un autre Premier ministre négocierait la sortie qu'il n'avait pas souhaité, reportant ainsi l'activation de l'article 50 au milieu de l'automne prochain. Boris Johnson, ex maire tory de Londres et héraut de la campagne du Leave, fait preuve également d'un manque particulier d'entrain sur la question, alors que la perspective qu'il croyait évidente de succéder à David Cameron au 10 Downing Street ne le paraît pas tant que cela.

On ne dira jamais assez à quel point David Cameron a joué dans cette affaire aux apprentis sorciers. Non pas en choisissant de donner la parole au peuple, que les commentateurs habituels considèrent régulièrement comme irresponsable, mais en imaginant réaliser un coup politique lui permettant de couper l'herbe sous le pied des europhobes et xénophobes du UKIP (qui avaient recueilli près de 27% des suffrages aux élections européennes de mai 2014) tout en obtenant par chantage sur la Commission Européenne et les autres Etats membres des concessions qu'il n'aurait sinon jamais pu glaner.

Son pari au service de ses propres intérêts politiques faisait peu de cas de l'intérêt général de l'Etat qu'il dirige(ait).

Quelques motivations pour la victoire du Leave

Les Britanniques ont toujours entretenu un rapport ambigu à la construction européenne, mais il est certain que la bascule pour la victoire du Leave a réussi en cristallisant le sentiment de ras-le-bol des retraités et des classes populaires. Diane Abbott, députée travailliste (circonscription londonienne de Hackney North and Stoke Newington) proche de Jeremy Corbyn, expliquait que le vote contre l'Union Européenne était en réalité un vote anti-establishment ; Corbyn lui-même (élu d'une autre circonscription londonienne, celle d'Islington North) y voyait le lendemain du vote l'expression de la colère des Britanniques contre les politiques menées depuis plus de 15 ans au Royaume Uni.

Tories et travaillistes ont effectivement soutenu des politiques libérales et austéritaires qui ont durement atteint les classes populaires, coupant en priorité dans le Welfare State, les aides au logement et les allocations (ces dernières voulues par le parti conservateur et avec l'abstention du groupe parlementaire travailliste - parlementiary labour party, PLP). Plus récemment, l'UE n'a pu relevé ses tarifs douaniers pour protéger l'industrie sidérurgique européenne et britannique face au dumping économique chinois, mais cet empêchement fut la conséquence du veto britannique qui négociait parallèlement 30 Mds £ avec des investisseurs chinois : les ouvriers britanniques de la sidérurgie - du Pays de Galles et du nord de l'Angleterre - avaient donc toutes les raisons d'en vouloir fortement tout à la fois au gouvernement Cameron et aux institutions européennes.

L'intégrité du Royaume Uni mise en cause

Le résultat - au-delà de la sortie programmée de l'UE - implique également une longue période de turbulence pouvant mettre en cause l'intégrité même du Royaume Uni.

Les Ecossais ont voté à 62% pour le Remain et le SNP et la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, souhaitent désormais négocier avec le prochain gouvernement britannique un nouveau référendum sur l'indépenance écossaise pour permettre à leur nation de réintégrer l'UE et voir ainsi leurs intérêts mieux défendus. Au-delà du Labour Party, les conservateurs écossais eux-mêmes fortement engagés en faveur du Remain ont fait connaître leur intention de se séparer des tories anglais si Boris Johnson était nommé Premier Ministre.

Au Pays de Galles, le vote reflète à la fois la défiance de la classe populaire contre les tories et l'UE (cf. plus haut) mais aussi la question culturelle, puisque les comtés celtiques ont largement voté en faveur du Remain.

Plus grave et inquiétant, en Irlande du Nord (qui a voté à 54% pour le maintien du Royaume Uni dans l'Union européenne), la séparation entre le vote Leave et le vote Remain reproduit à quelques différences près (pour atteindre 54% il a bien fallu que quelques Protestants locaux votent pour le Remain) les divisions entre communautés nationalistes et républicaines d'une part (Remain) et communautés loyalistes et unionistes d'autre part (Leave). 18 ans après les Accords du Good Friday, ce serait une aggravation de la séparation entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, inacceptable pour les Catholiques irlandais ; Gerry Adams, Martin McGuinness et le Sinn Féin ont donc lancé un appel pour un référendum sur la réunification de l'Irlande afin de restaurer les intérêts de l'île et de sa province nord qui n'a pas souhaité le départ de l'Union européenne. A quelques jours du lancement des marches orangistes, la possibilité de la reprise des violences est plus forte que jamais dans ce pays qui a connu plus de 30 ans de guerre civile et plusieurs décennies supplémentaires d'une forme d'apartheid.

Tentative de "coup" préfabriqué au Labour Party

Si le Labour Party n'a pas su convaincre pour les raisons expliquées plus haut la totalité de son électorat de voter pour le maintien, deux-tiers l'ont cependant suivi et les circonscriptions de Corbyn et Abbott ont respectivement voté à 75 et 78% pour le Remain. C'est pourtant l'axe d'attaque choisi par députées travaillistes, Margaret Hodge (cette dernière est titulaire d'un compte off shore crédité de 1,5M£) et Ann Coffey, pour soumettre une motion de défiance au PLP à l'encontre de Jeremy Corbyn, au prétexte que celui-ci n'aurait pas suffisamment fait campagne pour le Remain.

On perçoit l'absurdité de l'argument - quelles qu'aient pu être les critiques bien légitimes du leader du Labour contre la dérive de la construction européenne : le Labour est le seul parti dont l'appareil ne se soit pas divisé entre tenants du Remain et du Leave, Corbyn menant lui-même de nombreux meetings avant même la fin des élections locales qui s'étaient conclues par une défaite des tories et la stabilité des travaillistes (sauf en Ecosse). Jeremy Corbyn avait lui-même indiqué dès les conclusions du sommet européens sur l'accord avec le Royaume Uni, que la classe ouvrière britannique - malgré la dérive ordo-libérale de l'UE - avait plus intérêt au maintien qu'à l'aventure isolationniste et plaidant pour une réorientation sociale et économique de la construction européenne.

L'objectif de l'opération était ailleurs. Depuis deux mois, le Labour Party était repassé en tête des intentions de vote en cas d'élections générales anticipées, devant les tories de Cameron. Avec le Brexit, la possibilité d'élections anticipées dans l'année qui vient était plus forte que jamais. Il s'agissait donc de se débarrasser d'un leader qui aurait pu alors devenir Premier ministre par tous les moyens, alors que l'establishment travailliste du PLP n'avait jamais accepté la victoire sans bavure de Corbyn en septembre 2015, certains des député(e)s (dont la regrettée Jo Cox) blairistes regrettant ouvertement d'avoir donné alors leurs parrainages à Corbyn pour permettre à ses amis et lui de s'exprimer. Le caractère totalement préfabriqué de cette motion de défiance a d'ailleurs été immédiatement dénoncée par les 12 syndicats ouvriers, membres du Labour et principaux bailleurs de fonds du parti. Cela n'a pas empêché les membres blairistes et brownistes du Shadow Cabinet d'égrainer toute la journée de dimanche leurs très agressives lettres de démission pour saturer l'espace médiatique.

Une confrontation ouverte sur la nature du Labour Party

La première confrontation entre le PLP et le leader travailliste a eu lieu hier soir lundi 27 juin 2016. Mais dans un contexte totalement imprévu. Plus de 10.000 manifestants sont venus devant Westminster - le parlement britannique - apporter leur soutien au chef du parti travailliste, face à la tentative de putsch que souhaite opérer contre lui le groupe parlementaire dominé par l'aile droite blairiste et browniste. Ce type de mobilisation est totalement inédit en Grande Bretagne.

Il y a cependant peu de doutes que le vote de ce soir du PLP aboutisse à la défiance ; mais les députés ont oublié que les statuts du parti travailliste ne permettent plus au seul groupe parlementaire de déposer le leader. L'une des questions importantes est de savoir si Corbyn souhaitera infliger à ses détracteurs une défaite en repassant devant une course au leadership, pour l'instant l'une des inconnues porte sur la capacité de Corbyn à se représenter directement comme leader sortant du parti, car si la conclusion de la commission statutaire du parti ne le permettait pas, il devrait (ou l'un de ses amis) se soumettre à la recherche des 50 parrainages parlementaires désormais nécessaires (35 seulement en 2015) qu'aucun n'obtiendra puisqu'ils ne disposent que d'une trentaine de soutiens parlementaires.

Les membres travaillistes du parlement semblent décidés à littéralement suicider leur propre parti par un calcul de haine et de revanche contre un leader politique - largement soutenu par la masse des adhérents, sympathisants et électeurs travaillistes (sans compter l'unanimité des syndicats) - qui a pour seul tort de ne pas appartenir à leur monde et d'avoir toujours tenu sur la cohérence de ses orientations politiques en faveur de la classe ouvrière.

Corbyn a compris l'attente du peuple britannique et de sa working class ; c'est donc la "révolution blairiste" - c'est-à-dire la conversion totale au néo-libéralisme - que ces députés souhaitent préserver au prix d'un effondrement du parti pour empêcher Jeremy Corbyn de devenir Premier ministre en cas d'élections générales anticipées.

C'est un combat à mort qui s'est engagé où une partie de l'establishment est déterminée à sacrifier les intérêts et les aspirations du peuple britannique pour préserver sa propre position hors sol. Ils n'ont pas compris que la désignation de Jeremy Corbyn en septembre 2015 comme leader du Parti travailliste avait engagé une transformation profonde du Labour où les militants, les sympathisants et les syndicalistes avaient décidé de reprendre le contrôle de leur parti et de remettre en cause les politiques libérales qui rassemblent dans une forme de consensus néfaste députés travaillistes, conservateurs et Lib-Dems.

Cet affrontement ne s'achèvera qu'avec la défaite totale des députés blairistes, menacés désormais par la base de perdre leur investiture (les syndicats et le mouvement corbyniste Momentum ont lancé la campagne #deselectthem pour contester l'investiture des sortants en cas de législatives anticipées), ou par une explosion du Labour.

* * *

David Cameron aura par calcul de basse politique réussi à mettre en cause l'intégrité du Royaume Uni ; les Blairistes par calcul de basse politique pourraient désormais mettre en cause l'existence même de la gauche britannique.

Les coups de billard à 15 bandes qui sont à l'origine du référendum sur le Brexit n'ont pas fini de produire leurs effets...

Frédéric FARAVEL

Le Brexit ouvre une crise cathartique au sein du Labour Party
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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 15:22

Notre pays et nos concitoyens ont à nouveau été frappés ce vendredi 13 novembre par des attentats barbares organisés et revendiqués par Daesh. Nos pensées vont évidemment en priorité pour les 130 victimes, assassinées par les terroristes djihadistes, aux centaines de blessés qu'ils ont causés, à leurs familles et à leurs amis, qui sont dans la peine et qui auront besoin du soutien total de la Nation.
Nous saluons l'efficacité et le sang-froid des forces de sécurité et de santé qui ont accompli un travail formidable pour mettre hors d'état de nuire les assassins et apporter leurs secours aux personnes en danger. Ce sang-froid, cette efficacité s'est encore illustrée dans les jours qui ont suivi dans la traque des criminels, les soins apportés aux victimes.
Nous saluons la réaction ferme et déterminée du Président de la République et de son gouvernement pour faire face à l'agression. Les mesures immédiates nécessaires ont été prises, les discussions internationales ont été relancées à leur initiative.
La gravité de la situation justifiait pleinement que soit décrété l'état d'urgence ; dans notre grande majorité, nous considérons également que sa prorogation pour 3 mois est nécessaire. La mise en cause relative du pacte de stabilité européen et l'appel à la solidarité européenne sont également des actes politiques forts et nous devrons nous appuyer sur ce précédent. Le rappel des dégâts causés par 10 ans de gouvernement de droite dans notre appareil de sécurité a été bienvenu et nous nous réjouissons de l'effort supplémentaire engagé pour remettre à niveau nos forces de police, notre armée et la Justice.
Ces mesures exceptionnelles pour faire face à une situation que nous espérons temporaire, malgré des difficultés internationales qui sont, elles, durables, sont là pour répondre à une menace qui est également exceptionnelle.
Les attentats qui ont suivi ailleurs dans le monde et notamment hier en Tunisie invalident totalement les arguments de ceux qui tentent de nous expliquer que la France serait un peu responsable de ce qui lui arrive en s'étant attaqué militairement à Daesh. La politique étrangère de Tunis justifie-t-elle une "vengeance" d'une entreprise terroriste djihadiste proche-orientale ? Evidemment non ! Là-bas, comme ici, c'est bien la Démocratie, la Laïcité, la République et les libertés individuelles et collectives qui sont directement visées
C'est pourquoi nous ne considérons pas que cette situation exceptionnelle justifie d'abdiquer notre capacité d'analyse, d'interrogation, d'interpellation et de propositions. Cela est vrai dans les domaines économiques et sociaux pour lesquels les débats sur la pertinence de la politique sociale-libérale conduite depuis octobre 2012 restent d'actualité, car un pays fort et sûr de lui se meure également à la force de son économie et sa capacité à dégager les recettes nécessaires pour la puissance publique. Mais c'est également vrai de l'impérieuse exigence de vigilance sur l'encadrement de l'action de nos forces de sécurité, qui sont déjà mises à rude épreuve depuis janvier dernier. Elle ne doit pas éteindre non plus les interrogations légitimes sur l'organisation et l'efficacité de notre dispositif de renseignement, sur les insuffisances de notre stratégie internationale, sur certaines de nos relations (avec le Qatar ou l'Arabie Saoudite), sur les moyens donnés à la justice antiterroriste ou sur le renforcement nécessaire de notre Pacte Républicain, dont les reculs ont empêché de prévenir la dérive individuelle criminelle de plusieurs centaines ou milliers de jeunes gens qui ont grandi à nos côtés.
C'est pourquoi nous avons souhaité publier ici les explications de vote de quatre de nos parlementaires socialistes qui ont voté POUR, CONTRE, ou se sont abstenus sur la prorogation de l'état d'urgence, car ils ont fait cet effort de réflexion et d'explication qui a peut-être manqué à certains. Ils ont le mérite de ne sombrer dans aucune caricature et de remettre en perspective les enjeux tant sur la situation intérieure, sur la question des libertés publiques, que sur notre action extérieure.
Notre République ne vaincra que par un renforcement de la démocratie ; les Socialistes ne relèveront la tête pour affronter les périls qu'à la condition de rester fidèles à leurs valeurs.

Frédéric FARAVEL
mandataire fédéral de la motion B

 

Lire l'explication de vote de J.-P. Blazy                     L'explication de vote de G. Sebaoun

Lire l'explication de vote de M.-N. Lienemann           L'explication de vote de F. Carrey-Comte

 
La France à nouveau frappée, la République et la Démocratie en lutte contre une idéologie de mort
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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 13:30

Nelson Mandela nous a quittés le 5 décembre dernier ; il a été enterré ce dimanche 15 décembre à Qunu, le village de son enfance.

Tout le monde s'attendait à ce dénouement à la fois tragique et banal, au regard du grand âge du leader sud-africain. Pourtant, le soir du 5 décembre j'ai ressenti une profonde tristesse qui a mis un certain temps à s'estomper. Ceci explique que je n'ai pas pu trouver le courage d'écrire ces lignes plus tôt.

Le décès de Mandela - pour prévisible et attendu qu'il était - est l'un des rares évènements "politiques" qui m'ait arraché des larmes. Des larmes de colère et de tristesse, le soir de l'assassinat d'Yitzhak Rabin à Tel-Aviv le 4 novembre 1995, alors que le premier ministre travailliste israélien descendait de la tribune d'une manifestation en faveur de la Paix. Des larmes de colère j'en ai versé en apprenant que suite au sabotage des accords de paix (rendus possibles par un cessez-le-feu unilatéral Républicains le 31 août 1994) par John Major, premier ministre britannique, l'IRA avait décidé de reprendre les opérations militaires le vendredi 9 février 1996.

Manifestation-pour-la-liberation-de-Mandela.jpgCette émotion si forte découle de ce que Mandela a représenté pour ma génération en politique ; pour l'adolescent que j'étais, déjà sensibilisé au combat anti-raciste à la fin des années 1980, la revendication pour la libération de Nelson Mandela a été déterminante pour notre, mon, éveil à l'engagement et à la conscience politique. Nous sommes allés en manifestations, on souriait aux (rares) affiches collées dans nos rues pour nous rappeler son existence (en général c'était une campagne des Jeunesses Communistes), on regardait les concerts à la télévision avec U2, Johnny Clegg et Simple Minds.

Mandela_liberation.jpgLe 11 février 1990, au lieu de fêter avec un peu d'entrain l'anniversaire que ma famille m'avait préparé, j'ai passé la journée à regarder en direct l'évènement historique, ce moment tant espéré et à la fois incroyable qu'avait été la libération de Nelson Mandela. C'était bien mieux comme cadeau. On découvrait enfin un homme dont on ne connaissait que le (mauvais) portrait fait de lui juste avant son procès dans les années 1960. On le reconnaissait à peine, car on s'attendait à voir sortir l'homme de l'affiche, sans mesurer que les marques du temps, de l'emprisonnement et des privations avaient pu pendant 27 ans transformer notre héro.

Et ce jour-là je me rappelle qu'il avait été encore au-delà de ce que nous pouvions imaginer de lui. Dans son discours depuis le balcon de l'Hôtel de Ville du Cap, il annonce ce qui va guider ensuite toute son action pour une nouvelle Afrique du Sud. "Je me tiens devant vous non comme un prophète, mais comme votre humble serviteur à vous, le peuple. Vos sacrifices infatigables et héroïques ont rendu possible ma présence ici aujourd'hui. Je place en conséquence les années restantes de ma vie entre vos mains." Même si les sceptiques pouvaient encore douter de sa différence avec les potentats africains, promettant un nouveau Mugabe, Mandela annonçait ainsi son attachement profond et réel à la démocratie et à l'éthique en politique : tenir son pouvoir du peuple pour le servir.

C'est sa détermination, son attachement à la paix et à la démocratie qui permirent à l'Afrique du Sud de passer de l'Union Sud-Africaine des Afrikaners à la Nation Arc-en-Ciel ; y compris quand Frederik De Klerk, son co-Nobel, jouait avec le feu et instrumentalisait la violence du parti zulu Imkhata, dirigé par le prince Buthelezi, protégé des Britanniques.

photo-of-nelson-mandela-in-traditional-clothing.jpgSon discours d'investiture comme président en le 10 mai 1994 "De l'expérience d'un extraordinaire désastre humain qui a duré trop longtemps doit naître une société dont toute l'humanité sera fière... Jamais, jamais, plus jamais ce magnifique pays ne devra connaître l'oppression d'un homme par un autre. [...] Nous forgeons une alliance qui nous fera bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, noirs et blancs, pourront marcher la tête haute, sans peur dans leur coeur, assurés de leur droit inaliénable à la dignité humaine - une Nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et le monde." faisait écho à sa défense lors du procès de Rivonia 30 ans plus tôt "J'ai lutté contre la domination blanche et j'ai lutté contre la domination noire. Mon idéal le plus cher a été celui d'une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. J'espère vivre assez longtemps pour l'atteindre. Mais si cela est nécessaire, c'est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir." Il n'a jamais dévié de sa route, quitte à rompre avec sa femme Winnie lorsqu'il ne put que constater la dérive violente et maffieuse de celle qui l'avait pourtant soutenu psychologiquement et politiquement durant toute sa captivité.

J'entends aujourd'hui certains vouloir relativiser son action à la présidence dénonçant le manque de bilan social de son mandat. Mais rappelons qu'il n'a fait qu'un mandat et que la priorité de celui-ci fut la construction d'une nouvelle république, sortir le pays de la violence, permettre la cohabition réelle des blancs et des noirs, reconstruire une économie dramatiquement touchée par le boycott que la communauté internationale avait été peu à peu contrainte de mettre en place à cause l'ignoble régime de l'apartheid.

FrancoisPienaarNelsonMandela131215TrophyG300.jpgOn oublie les combats qu'il a mené après avoir quitté le pouvoir (car lui l'a quitté) contre la pauvreté ou les ravages du SIDA et son respect infini de la démocratie sud-africaine et des décisions internes de son parti l'ANC, alors que son aura aurait suffi à bousculer toutes les décisions. Mandela ne s'est jamais représenté en Messie ou en homme providentiel.

Il ne saurait être réduit non plus à une icône supplémentaire et saint-sulpicienne de la non-violence. Confronté à la violence du pouvoir blanc, c'est lui qui prit avec raison la décision de lancer l'ANC dans la lutte armée, veillant à ne pas causer de pertes humaines, car il n'y avait plus d'autres solutions. Ce choix des années 1960, il ne l'a jamais renié.

A contrario, qu'il est navrant de voir les charretées de condoléances hypocrites qui à travers le monde salue aujourd'hui la mémoire d'un homme devenu icône et qu'ils ou leurs mentors combattirent avec la dernière énergie (Jacques Chirac - interview dans Magazine Hebdo* en 1984 - quand le RPR qu'il dirigeait et toute la droite française avaient pour modèle Margareth Thatcher). 

C'est aussi susciter la bêtise de quelques personnes qui croient être des responsables politiques comme Rama Yade qui associe l'oeuvre de Mandela à "la longue lutte contre le communisme". Cette personne manque donc à ce point de culture pour ignorer la réalité politique ? Autant Mandela a toujours veillé comme responsable de l'ANC, avant et pendant la clandestinité, puis de sa prison, à empêcher la mise sous tutelle de son mouvement par le Parti Communiste Sud-Africain, mais on peut effacer la solide alliance qu'il construit avec les militants blancs du SACP, et qui ne fut sans doute pas étranger à sa prise de conscience que l'hégémonie noire serait tout autant délétère que l'hégémonie raciste blanche.

Il ne peut pas être oublié non plus c'est le camp international communiste et les mouvements politiques communistes qui furent ses plus tenaces soutiens et contribuèrent dans les pays occidentaux à ce que le prisonnier politique ne sombre pas dans l'oubli.

Si l'ANC finit par adhérer à l'Internationale Socialiste ce n'est pas tant par lutte anti-communiste que parce que l'orientation sociale-démocrate de ses leaders étaient dès l'origine établie.

Je veux ici rappeler que, bien que la France ait mis un certain temps à adopter une position claire sur l'Apartheid, François et Daniel Mitterrand avec Laurent Fabius comme premier ministre conduirent une action déterminante pour changer la position des démocraties européennes, au moment où Margareth Thatcher expliquait que Pinochet était un homme charmant et Mandela un terroriste.

Au moment où Mandela s'en va, alors qu'il fut un de ceux qui porta au plus haut la signification que la devise républicaine et révolutionnaire Liberté-Egalité-Fraternité, on mesure à quel point une femme ou un homme politique de sa trempe, et aussi peu ambigus que lui, manque à la gauche internationale.

On mesure à quel point la faillite du messianisme totalitaire communiste et l'incapacité de la sociale-démocratie à faire vivre un idéal à la fois révolutionnaire et démocratique créent un vide qui laisse le champ à la fois à une logique de marché destructrice et finalement anti-démocratique, aux communautarismes et à de nouveaux totalitarismes réactionnaires et religieux.

Le débat existe dans le propre pays de Mandela où lui succédèrent un Thabo Mbeki converti à l'ultra libéralisme et à l'aveuglement sur le SIDA et désormais un Jacob Zuma populiste et corrompu, l'ANC ne jouant pour recueillir des suffrages que sur l'icône de Madiba sans se poser la question des réels fondements du développement de la République Sud-Africaine. Cette dérive qui fait aujourd'hui ressembler l'ANC au Parti Révolutionnaire Institutionnel mexicain a connu sa plus grave démonstration quand l'Archevêque anglican Desmond Tutu a manqué d'être exclu de la cérémonie funèbre de son compagnon de lutte. La mort de Mandela empêche désormais de se voiler la face sur les insuffisances de l'Internationale Socialiste, incapable de donner une orientation cohérente aux partis qui la composent, tout comme l'ANC n'est plus qu'une coquille vide, qui mériterait d'être scindée pour qu'émerge un vrai parti socialiste sud-africain, capable de prendra la relève du combat de Madiba.

Il n'est plus temps de pleurer et de se lamenter sur la mort du grand Homme. Suivons l'exemple des sud-africains qui avaient depuis plusieurs mois si ce n'est plusieurs années fait le deuil du "Père de la Nation arc-en-ciel", depuis longtemps retiré de la vie politique, et qui s'entendaient sur le moment venu de le laisser partir. Il n'est plus temps de pleurer mais d'honorer sa mémoire et suivre son exemple, en reprenant le chemin de l'espérance qui sera toujours révolutionnaire.

Frédéric FARAVEL

* Magazine Hebdo est un magazine hebdomadaire français d'information générale, de tendance droite libérale, qui parut au cours des années Mitterrand, de 1983 à 1985. Il fut créé par Alain Lefebvre, directeur du groupe Media, ancien membre de la Fédération des étudiants nationalistes, d'Europe-Action et du GRECE, tous groupuscules d'extrême droite.

Le directeur de la rédaction fut Jean-Claude Valla, ancien du Figaro magazine. Le rédacteur en chef était Claude Jacquemart, ancien directeur du journal maurrassien Le Charivari au début des années 1960, qui s'était réfugié un temps en Belgique pour échapper à une arrestation, à cause de sa proximité avec l'Organisation armée secrète.

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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 09:50

chokri_belaid.jpgL'assassinat de Chokri Belaïd, avocat, leader du Mouvement des Patriotes Démocrates et opposant de la gauche laïque le plus dur et le plus médiatique, mercredi 6 février au matin, vient de rallumer de manière ouverte la crise politique larvée dans laquelle s'enferrait depuis plusieurs mois la Tunisie.

En effet, deux ans après la "Révolution de Jasmin", et l'accession au pouvoir avec une majorité relative des islamistes d'Ennahda au pouvoir, aucun des enjeux du pays n'a trouvé une issue :

  • l'élaboration de la constitution patine ;
  • la crise économique et sociale s'accroît d'autant plus que le pays est considéré instable par les investisseurs étrangers ;
  • la corruption est toujours présente ;
  • la population ne peut faire confiance à des forces de l'ordre jugées violentes et trop liées à l'ancien régime de Ben Ali...

Dans ces conditions, les contradictions qui ont émergé après la première phase révolutionnaire ne font que s'accroître. Le gouvernement issu des précédentes élections ne tient que sur une coalition hétéroclite : la gauche nationaliste du Congrès pour la République du Président Marzouki et les sociaux-démocrates d'Ettakatol complètent la majorité relative des islamistes d'Ennahda. Les divergences évidentes entre ses formations expliquent l'impasse constitutionnelle et l'impossibilité de traiter la crise économique que subit le pays.

Les contradictions internes à Ennahda entre une frange "réaliste" minoritaire, représentée par le Premier Ministre, Hamadi Jebali, et la grande majorité des élus et des cadres du parti, plus conservateurs voire plus radicaux, se sont accrus. Les exigences des seconds sur la place de la religion dans la société et la remise en cause de la laïcité et de la liberté de conscience dans la constitution sont à la source du dialogue de sourds.

Depuis six mois, le premier ministre tentait de réduire l'influence de ses rivaux internes en cherchant à mettre à flot un gouvernement d'union nationale qui élargirait les prérogatives de ses alliés de gauche et associerait l'opposition laïque. Les résistances des conservateurs et des radicaux ont bloqué le processus, au point que le Congrès pour la République, parti du Président de la République, menaçait de quitter le gouvernement dans les prochains jours.

Sur fond de chômage et de tensions sociales fortes, les éléments les plus radicaux des islamistes d'Ennahda, en association avec les Salafistes, entretenaient un climat de violence contre les laïcs sur la place publique, dans les médias et dans les institutions publiques, pour obtenir un recul évident des acquis modernistes de l'indépendance tunisienne.

Les appels au meurtre contre les principaux opposants laïcs tournaient régulièrement sur les réseaux sociaux, étaient relayés dans certaines mosquées - Belaïd était le premier sur la liste -, avec la complicité évidente des cadres d'Ennahda (en tout cas avec la neutralité bienveillante de la plupart d'entre eux) : finalement, tout opposant aux islamistes étaient villipendés comme contre-révolutionnaire, comme le démontre l'assassinat en octobre perpétré par des islamistes, soutenus par les responsables d'Ennahda.

tunisie-manifestations.jpgLa situation est donc redevenue ouvertement explosive et les contradictions internes d'Ennahda paraissent à mon sens irréductible. Depuis hier, a réaction de la société tunisienne contient à la fois en elle-même le meilleure et le pire :

  • il est heureux que le camp laïque et moderniste ait réagi avec une mobilisation importante dans les rues de Tunis. Le niveau de violence islamiste va peut-être resouder le camp de la gauche laïque, qu'avait divisé la naïveté ou l'opportunisme de ceux qui avaient choisi d'entrer dans la coalition gouvernementale d'Ennahda ;
  • la force des tensions sociales peut rapidement dégénérer et donner l'occasion aux conservateurs et aux radicaux de tenter un coup de force sécuritaire, au moindre prétexte, afin de balayer leurs adversaires.

L'annonce d'un gouvernement technique et d'élections anticipées par le Premier Ministre démontre surtout à quel point celui-ci est d'abord isolé dans son propre camp, n'étant pas soutenu par le patron d'Ennahda Rached Ghannouchi. Dans le climat de violence animé par les islamistes et les pseudo ligues de défense de la Révolution (en fait des milices réactionnaires), comment peut-on espérer que le nouveau scrutin démocratique se déroule dans des conditions saines, qui puisse redonner une chance à la Tunisie de sortir de l'impasse.

Le piège contre-révolutionnaire est activée. Ceux qui rejettent la portée de l'universalisme et considère qu'il y aurait une voie spécifique aux "nations islamiques" avec une "démocratie adaptée", ne sauraient avoir de démentis aussi concrets que le processus révolutionnaire en cours en Tunisie suit un cheminement assez similaire à ses prédécesseurs européens... y compris dans la menace de l'accession de la Contre-Révolution au pouvoir (après 1789 et 1793, le Directoire, le Consulat et l'Empire ; après 1848, la victoire du parti de l'Ordre et du Prince-Président Bonaparte ; après la Commune, la longue paranthèse Thiers/Mac Mahon ; après la Révolution russe, le stalinisme...).

Le risque est majeur aujourdhui que les éléments conservateurs et réactionnaires qui constituent la majorité d'Ennahda ne balaye les véritables éléments révolutionnaires et modernistes de la Tunisie. Toute la gauche doit désormais rompre avec un parti dans lequel elle ne peut avoir aucune confiance pour reconstituer un front d'unité laïque capable de sauver la République tunisienne. Les mots d'ordre des manifestants d'hier à Tunis sont les bons : il faut renverser le régime en place et balayer Ennahda et Ghannouchi avant qu'ils ne les balayent eux-mêmes.

Frédéric FARAVEL

Bochra-Belhaj-Hmida.jpgretrouvez également ci-dessous l'entretien avec Bochra Belhadj Hmida,

Avocate tunisienne, cofondatrice et ex-présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates

France Inter - 07/02/2013 à 7h50

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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 15:06

J'avoue, comme simple observateur et militant politique insuffisamment informé, que j'ai été surpris d'apprendre que Jean-Yves Le Drian, notre ministre de la défense, avait précisé en ces termes les objectifs opérationnels de l'intervention française au Mali : désormais donc l'objectif de la France "est la reconquête totale du Mali".

Nous sommes intervenus à la demande du président par interim de la République du Mali, alors  que le sud du pays et Bamako se trouvaient sous la menace d'une offensive destructrice des djihaddistes du nord après la prise de Konna voici 12 jours. Il s'agissait de stopper l'offensive et d'éviter la chute complète du Mali dans les mainsde l'islamisme politique radical et violent et de préparer l'arrivée (en l'accélérant) de la force multinationale africaine prévue par la résolution de l'ONU.

J'avais exprimé mon analyse le 14 janvier (vous retrouverez l'article ici), refusant tout pacifisme irrationnel, mais m'interrogeant sur certains points à examiner.

mali.jpgParmi ces interrogations, il est évident que la pénétration des troupes françaises en est une majeure : s'il s'agit de stopper les dijahaddistes, d'éviter la "contagion" vers le sud, et de faire arriver plus vite une force internationale, nous restons dans un processus assez maîtrisé ; s'il s'agit désormais que l'armée française préside à la "reconquête totale" du nord du pays, alors les risques d'enlisement de la France dans ce conflit (malgré toutes les justifications géopolitiques possibles) deviennent incontrôlable.

Pour ma part, il me paraît difficilement tenable que l'armée française conduise les opérations au nord du Mali et s'engage sur des terrains qu'elle aura du mal à tenir, dans des zones géographiques difficiles où les cachettes sont multiples, propices à une stratégie de guérilla, avec un ennemi insaisissable (tout du moins durant de longues années avec un coût important en hommes, en matériels et donc financièrement). Dans la durée, la présence de l'ancienne métropole finira par être perçue tôt ou tard (notamment chez les Touaregs et les Arabes) comme le retour du "colonisateur" et l'opinion publique nationale se retournera contre notre gouvernement, alors qu'elle le soutient aujourd'hui très largement.

Il me paraît nécessaire que la France se cantonne à tenir la ligne de démarquation actuelle sur un terrain qu'elle maîtrise en attendant que la force africaine soit constituée et formée (et à ce sujet on peut demander une implication plus forte de nos partenaires de l'Union Européenne). Elle sera sans doute plus opérationnelle sur des théâtres d'opération au nord : l'armée tchadienne, notamment, est aguerrie au combat dans les conditions qui attendent les belligérants au nord, une force d'intervention y sera avec elle plus pertinente et efficace.

Autre sujet d'inquiétude devant nous. Pascal Canfin, ministre délégué au développement, rappelait ce matin sur France Inter que l'aide gouvernementale française à l'attention du gouvernement malien était gelée depuis le coup d'Etat militaire de mars 2012. La France est en attente d'une feuille de route précise pour le retour à la démocratie dans ce pays et ne libérera son aide qu'à cette condition. L'aide française à la société civile et aux ONG est par contre évidemment maintenue.

Outre le fait que l'on attende encore cette feuille de route, il faudra discuter posément avec les forces politiques maliennes qui ont appelé la France à la rescousse des contours multiformes de ce retour à la démocratie dans l'unité du Mali : la question de la lutte contre la corruption, la redistribution des richesses et donc la redistribution équitable des revenus provenant des ressources du sol malien. C'est l'un des problèmes posés depuis 30 ans par les conflits avec la population touarègue du nord du pays. La solution durable à la situation actuelle, "gagner la paix" comme le disait Pascal Canfin ce matin, réside évidemment dans un partage équitable des ressources qui n'apparaisse pas comme une exploitation du nord. Or, le président du Parti pour la renaissance nationale, Tiébélé Dramé, expliquait jeudi dernier sur France Inter qu'il était désormais hors de question de discuter avec les Touaregs du MNLA.

Si l'on ajoute à cela l'augmentation des exactions contre les arabes et touaregs maliens résidant au sud du pays, il y a quelques raisons de s'inquiéter sur les conditions de résolution durable du conflit.

Frédéric FARAVEL

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 12:38

501972_des-combattants-du-groupe-islamiste-ansar-dine-a-kid.jpgLa France intervient militairement depuis vendredi 11 janvier 2013 après-midi, auprès de l'armée malienne, contre les groupuscules djihadistes qui ont pris le contrôle du nord-est du pays (en subjuguant les indépendantistes Touaregs) depuis près d'un an.

Je refuse toute position qui s'opposerait aux actions armées par principe, logique dans laquelle s'enferment fréquemment certaines organisations de gauche ou certains responsables politiques, dont je peux par ailleurs partager d'autres analyses.

En l'occurrence, l'intervention française au Mali était justifiée depuis longtemps et nécessaire au regard des exactions perpétrés par les islamistes radicaux contre les habitants de la région et contre son patrimoine historique et sa culture. Si d'aucuns souhaitaient encore s'interroger sur les motivations d'une telle intervention, il suffirait de rappeler trois éléments :

On peut cependant s'étonner de plusieurs éléments dans la stratégie française avant de regarder sur le moyen terme le cadre général de la résolution du conflit. Sur son blog, l'ancien ministre français de la défense, Paul Quilès, pose par ailleurs un certain nombre d'interrogations qu'il faut examiner ("A propos du Mali", 11 janvier 2013 et "Que va-t-il se passer au nord du Mali ?", 13 janvier 2013). L'interview croisée ce matin sur France Inter de Marc Trévidic et Jean-Pierre Filiu me paraît également de nature à éclairer le sujet (vous retrouverez à la fin de cette note les éléments de cet entretien).

Pourquoi ajouter aux deux principaux et évidents objectifs de guerre des éléments qui brouillent le message politique ? En effet, aussi importants que soient pour les citoyens français la sécurité des 6.000 ressortissants français et  le sort de nos otages au Sahel, il est évident qu'ils ne représentent aucunement des objectifs de guerre : les Français et Franco-maliens résidant dans la partie sud-ouest du Mali pouvaient parfaitement être évacués ; l'offensive militaire franco-malienne n'améliore en rien opérationnellement les capacités à hâter la libération des otages. Ces ajouts décalés dans la bouche du Président de la République dénotent une certaine fébrilité de l'exécutif français, qui paraît ne pas être assuré de son droit - alors qu'il ne devrait pas - et cherche des justifications annexes vis-à-vis de son opinion publique ou de certains "partenaires" géopolitiques.

Il serait souhaitable dans les circonstances présentes que nos dirigeants montrent plus de détermination et de convictions.

Pourquoi répéter les erreurs idéologiques de nos alliés américains ? En effet, François Hollande a également justifié l'intervention militaire française de "guerre contre le terrorisme", permanente et quasi-sacrée... C'est un discours qui a servi à justifier les interventions militaires américaine sous George W. Bush, qu'il serait utile de ne pas reprendre, car il est faux sur le fond, source de dérive et que ce combat contre un terrorisme mythifié ne peut être que perdu, comme il l'a été en Afghanistan, comme il est en passe de l'être au Pakistan et comme nous l'avons importé sans le résoudre en Irak.

Soyons clairs sur les adversaires auxquels la France et l'Afrique de l'Ouest sont confrontés. Bien qu'ils soient fortement armés et entraînés (on a laissé faire en partie en ne menant aucune opération de police ces dernières années contre les camps d'entraînement d'AQMI en Mauritanie et au Mali), peut-être renforcés par des éléments ayant fuit la chute du régime khaddafi, les combattants djihaddistes qui occupent le Mali ne sont rien de moins que des criminels (perpétrant assassinats et violences en tout genre contre la population) et des trafiquants (commerce illicite d'alcool - AQMI eux-mêmes - , de drogue et d'otages), qu'il ne s'agirait pas de grandir en les faisant rentrer dans une espèce de mythologie de l'ennemi terroriste désincarné. Nos adversaires actuels n'ont rien à voir avec des combattants indépendantistes Touaregs du Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA), qu'ils ont par ailleurs marginalisé.

Pourquoi être intervenu aussi tard ? Evidemment la communauté internationale a mis longtemps à prendre la mesure de ce qui se passait au nord du Mali, ne voyant pas que la victoire du MNLA contre l'armée malienne (on y reviendra) était suivie à brève échéance par la mise en place de l'équivalent de l'émirat taliban au milieu du Sahel, avec pour objectif général d'établir un Califat sur toute l'Afrique de l'Ouest.

Au demeurant, la résolution de l'ONU (citée plus haut) n'a fini par être adoptée que le 20 décembre 2012, après la visite de François Hollande en Algérie. Ce dernier Etat avait demandé qu'on privilégie la négociation avec une partie des djihaddistes, oubliant au passage que la principale force était composée par AQMI, héritière du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) lui-même issu des GIA qu'avait laissé échapper le pouvoir algérien. Il n'est pas improbable que l'Etat FLN ait joué dans cette partie de l'Afrique un rôle trouble, croyant pouvoir accroître son influence sur la base du quasi effondrement de certains Etats d'Afrique noire.

Depuis le 20 décembre, il eut été parfaitement possible d'intervenir, comme la France vient de le faire, sans attendre l'improbable et toujours autant improbable force internationale africaine UA-CEDEAO. Le discours officiel de la France a donc continué à être celui d'un simple accompagnement logistique de cette force à venir, laissant du temps au temps pour les islamistes de se renforcer et de poursuivre leurs exactions.

C'est pourquoi le changement de pied du 11 janvier m'interroge, bien qu'il rompe heureusement avec un coupable attentisme. A quoi répond ce subit retournement stratégique ? d'autant que je ne crois pas à une nouvelle débandade complète de l'armée malienne : la perte de Konna dans la nuit du 10 au 11 janvier - qui sert d'élément déclencheur à l'appel du président malien et à l'intervention française - fait suite à une série d'accrochages et de replis stratégique, qui semblent parfaitement adaptés à une stratégie pour faire sortir à découvert les combattants djihaddistes, dans une région où ils étaient plus exposés à des bombardements aériens.

Suffira-t-il de libérer le nord-est du Mali pour résoudre la crise ? Nous n'avons fini de vivre et d'essayer de comprendre les contrecoups du Printemps arabe. Cet évènement majeur doit interroger fortement l'égoïsme des sociétés européennes, sauf à abandonner nos voisins de la rive méridionale et orientale de la Mer Méditerranée au désespoir et à l'aventurisme islamiste. Les peuples du Maghreb et du Machrek ont besoin d'un véritable partenariat économique et humain ; ils ont besoin de notre confiance.

N'oublions pas par ailleurs que l'établissement d'un sanctuaire islamiste radical au nord-est du Mali a été rendu possible par de nombreux éléments. J'en ai parlé plus haut, il y a la volonté de l'Algérie de Bouteflika de se débarasser de ses problèmes chez ses voisins et de compter sur leur déstabilisation pour apparaître comme la puissance régionale régulatrice au moment où Khaddafi était discrédité.

Mais il y a aussi des facteurs endogènes qui expliquent l'effondrement de l'Etat Malien et l'instabilité de ses voisins. La Mauritanie, le Niger, le Tchad mais aussi le Sénégal de Wade, la Côte-d'Ivoire de Gbagbo, et la Guinée voici peu de temps sont gangrénés par la corruption et les trafics, dépossédant les citoyens de ces Etats découpés par l'ancien colonisateur français de leur démocratie (Sénégal) ou de leur lente marche vers la démocratie (partout ailleurs) lorsqu'elle était enclenché. La poigne de fer de Blaise Compaoré au Burkina Faso stabilise encore ce pays, mais pour combien de temps... Un jour où l'autre l'assassin de Sankara finira sans doute par subir les mêmes maladies qu'il a régulièrement encouragées chez ses voisins.

La jeune démocratie malienne avait fini sous la présidence d'Amadou Toumani Touré par s'enfoncer dans cette corruption et les préférences claniques et tribales qui sappent toute autorité étatique. Les militaires qui ont préféré cédé le terrain aux independantistes Touaregs ont commis dans la foulée un coup d'Etat qui a accru l'instabilité plutôt que de remplir leur mission concernant le maintien de l'intégrité territoriale du Mali.

Si les forces françaises et africaines parviennent in fine à chasser les criminels et les trafiquants islamistes de leur émirat fantôche du Nord-Mali, il faudra que les cadres politiques africains s'attaquent frontalement aux maux profonds de leurs Etats (on espère que c'est déjà le cas au Sénégal) sauf à faire subir à l'Afrique de l'Ouest et au Sahel le supplice de Sysyphe et offrir régulièrement aux islamistes (qui trouveront bien quelques refuges en Mauritanie, au Niger ou dans les sud libyen et algérien) une possibilité de reconstituer quelques sanctuaires.

Il faudra forcément passer par la réouverture sérieuse de la question Touareg, grand serpent de mer politique sahélien et du partage équitable des ressources et revenus miniers du désert. Les discussions avec les ennemis d'hier, ceux du Mouvement National de Libération de l'Azawad devront être sérieusement engagées et déboucher sur un vrai partenariat capable de soutenir un nouveau contrat social malien.

Frédéric FARAVEL

en attendant les vidéo vous pouvez réécouter ici l'interview croisée de Marc Trévidic et Jean-Pierre Filliu

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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 18:19

 

Barack Obama, un Président-Candidat en campagne qui n'a rien perdu de son ambition pour son pays et pour son peuple dans le sens de plus d'égalité : restaurer la justice fiscale, réguler le marché, lutter contre les délocalisations, favoriser les relocalisations, contrer la concurrence déloyale de la Chine, développer les économies d’énergie et l’économie verte et investir dans la recherche, l’éducation et la formation.

« un pays, a dit Barack Obama,  qui soit leader mondial dans l’éducation, développe ses industries de pointe, ne dépende plus de zones à risques pour sa sécurité énergétique, dont l’économie soit durable, où le travail rapporte et la responsabilité soit récompensée ».

« Certains appelleront cela la lutte des classes, a lancé Barack Obama à ses adversaires républicains qui l’accusent de vouloir l’organiser, mais la plupart des Américains n’y verront, a-t-il dit, que du bon sens ».

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 07:05

manif-tunisie-elections-241011-7.jpgLe parti islamiste Ennahda est en passe d'obtenir un score de 30 à 40  % pour les élections à l'assemblée constituante qui doivent donner un nouveau cadre politique à la Tunisie issue de la Révolution de Jasmin. La Presse internationale a énormément contribué à édulcorer l'image d'Ennahda comparant ce parti à l'AKP turc. Ce n'est pas la presse internationale qui a fait voter les Tunisiens ; les classes populaires ont souvent tendance en période de trouble à se réfugier dans des solutions conservatrices et parfois réactionnaires, d'autant que les forces progressistes populaires sont intrinsèquement faibles.

La Tunisie de 2011 est dans l'état de la France en 1871.

La République n'est pas une évidence et les forces de la réaction sont puissantes ; les "paysans" français de 1871 sont les prédécesseurs des classes populaires sous-employées de la Tunisie profonde, qui sort comme la France post-impériale de la soumission à une dictature proto-fasciste. La seule chance de la Tunisie est que personne ne peut faire peur à la population en dénigrant une quelconque "Commune de Paris" à la manière tunisienne.

L'avenir de la Tunisie dépend maintenant de l'attitude des partis laïcs. Le Congrès pour la République (CPR) de Moncef Marzouki (gauche nationaliste) pourrait obtenir 15 à 16% ; Ettakatol - Front Démocratique pour le Travail et les Libertés (FDTL), parti membre consultatif de l'Internationale Socialiste - atteindrait 15 % (certains de nos camarades du PS français étaient candidats pour Ettakatol dans la diaspora franco-tunisienne). Le Parti démocratique progressiste (centre gauche) fait cependant les frais de son histoire de parti de l'opposition officielle face au RCD de Ben Ali. Plusieurs petits partis laïcs se partagent les miettes même si quelques voix pro-islamistes viendront renforcer Ennahda issues d'une liste manipulée par un homme d'affaires américano-tunisiens.

Les partis républicains en France ont mis quelques années à opposer un front commun contre les monarchistes qui étaient majoritaires au Parlement français au lendemain de la chute du Second Empire. Mais la chance des républicains français étaient la division de la Réaction en France entre monarchistes "Légitimistes" et "Orléanistes" et Bonapartistes. La Tunisie n'a pas cette chance : Ennahda est uni. En France, les républicains modérés ne soutenaient pas les différents monarchistes, mais aujourd'hui Marzouki négocie déjà avec Ennahda et nos camarades d'Ettakatol pourraient avec le Parti ouvrier et communiste tunisien de Hama Hammami renforcer une coalition autour des islamistes chargée de rédiger la constitution.

Les partis laïcs doivent faire bloc. Il n'est pas aujourd'hui question de mettre en oeuvre un programme politique mais de rédiger une constitution républicaine et démocratique qui ne peut être pleine si les islamistes la rédigent. Si le CPR et le FDTL s'allient avec les islamistes, ils seront les fossoyeurs de la Révolution de Jasmin. En tout état de cause, les partis socialistes européens devraient demander à l'IS de mettre en suspend le statut d'Ettakatol.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du Parti Socialistes du Val-d'Oise

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 07:52

Hier soir à 20h00, le Président de la République - Nicolas Sarkozy - nous a expliqué au détour d'un remaniement ministériel la nouvelle vision qu'il souhaitait développer au regard des bouleversements que vit depuis plus de deux mois le monde arabo-musulman.

Depuis près de deux mois, la politique extérieure est dans la tourmente. Les comportements déplacés de la Ministre des Affaires étrangères (proposition de l'expertise de la police française pour contenir les manifestations contre le pouvoir en Tunisie, vacances dans ce même pays alors que la révolte y grondait entre noël et jour de l'An, relations personnelles inadéquates avec des personnalités proches du régime autoritaire, explications vaseuses voire mensonges avérés et répétés à son retour), du Premier ministre (vacances du chef du gouvernement en Egypte, avec déplacements payés par le régime autoritaire, alors même que celui-ci était contesté par des foules démocratiques) et d'un petit clône du Président de la République envoyé comme ambassadeur en Tunisie (propos insultants à l'encontre de journalistes tunisiens alors même qu'il s'agissait de renouer les fils rompus entre la France et la Tunisie libérée) ont mis en lumière jusqu'à la caricature les errements de la politique internationale de la France.

Mais le plus grave de cette affaire tient surtout à la lenteur de la réaction de la Présidence de la République face à une situation historique. Certains ont reproché à François Mitterrand des postures qu'ils jugeaient négatives au moment de la Libération de l'Europe centrale et orientale du joug soviétique ou pendant les guerres nées de l'effrondrement de la Yougoslavie, mais la République n'était pas alors ainsi sur la touche comme nous avons pu le constater depuis la fin décembre 2010.

Michèle Alliot-Marie a évidemment commis des fautes politiques inexcusables qui lui auraient valu une démission immédiate dans la plupart des démocraties européennes, de même que le Premier ministre, ou à la marge ce petit roquet de Boris Boillon. Il faut noter que la France est le seul pays qui se voit contraint à procéder à un remaniement ministériel du fait des enjeux nés des révolutions démocratiques arabes. Mais osons le dire, MAM est bien frêle bouc émissaire pour permettre à Nicolas Sarkozy de camoufler la faillite de sa politique.

 

Pour mieux comprendre le niveau de décomposition dans laquelle la France a noyé son discours, il me paraît utile de revenir sur quelques années de choix politiques qui se sont accumulés jusqu'à ce que les fonctionnaires du Ministères des Affaires étrangères et européennes eux-mêmes (pourtant peu suspects d'être de dangereux agitateurs gauchistes, dans leurs idées ou dans leurs comportements) en viennent à prendre le pays à témoin.

 

La poursuite d'orientations politiques amorcées à la fin du quinquennat de Jacques Chirac

Maintes fois revendiquée, la "rupture" de Nicolas Sarkozy n'est finalement qu'un trompe-l'oeil. En effet, dès 2005, Jacques Chirac va chercher à corriger les conséquences de l'affrontement qu'il a eu avec Geroge W. Bush sur la Guerre en Irak.

Il s'en suit un rapprochement diplomatique avec les Etats-Unis d'Amérique assez évident dès la fin du quinquennat du président Chirac, qui posera avec Dominique de Villepin les bases de la future réintégration de la France dans la totalité du commandement intégré de l'OTAN. Evidemment, Nicolas Sarkozy - ce "conservateur américain à passeport français", comme l'avait si bien décrit en 2006 son futur disciple Eric Besson - ne s'est pas fait prier pour approfondir l'amitié franco-américaine, dès son entrée en fonction. Mais il faut noter par ailleurs que le Président Sarkozy se trouva finalement plus à l'aise avec Bush Jr qu'avec son successeur - avec lequel tout le monde a pu constater qu'il essaie avec ridicule de rechercher la comparaison. La réalité est que si Sarkozy s'agite beaucoup sur la scène internationale au point d'avoir revendiqué le salut financier du monde, c'est bien Barack Obama qui donne le tempo des discussions sur ce sujet comme sur d'autres. On pourra également noter que les conseillers et thuriréfaires du président Sarkozy se réfèrent constamment au fait que les Américains n'avaient pas non plus prévu les révolutions arabes pour justifier la propre atonie de la France... au moins Obama a-t-il poussé Moubarak à la démission...

Ainsi, si, dans les allocutions diplomatiques officielles, la Présidence américaine vante "l'énergie" de Sarkozy, les cercles politiques américains et européens savent désormais presque tous ce qu'ont compris bon nombre de Français, c'est que ce dernier est avant tout un agité.

Mais la relation pré-sarkoziste aux Américains impliquent une difficulté majeure : ces choix d'alignement atlantiste qui nous amènent aujourd'hui à un engagement en Afghanistant, sans feuille de route politique, sont partagés par les chiraquiens. La nomination d'Alain Juppé au MAEE ne changera donc rien à cette orientation et les critiques quelque peu surjouées de Gallouzeau de Villepin n'ont pas d'autre portée que le théâtre d'ombres auquel ce dernier nous a habitué : ils ont l'un et l'autre vraisemblablement été largement associés à leur définition et à cet abaissement de l'indépendance française et européenne.

 

Une vraie rupture avec les valeurs portées par la République

Après un discours larmoyant et plein de bons sentiments devant ses supporters le soir de son élection en mai 2007, Nicolas Sarkozy avait donné le sentiment de porter haut les couleurs des Droits de l'Homme sur la scène internationale. Cependant, on a rapidement compris la portée cosmétique et "diverstissante" (au sens pascalien du terme) qu'il donnait à cet engagement quand fut créé un secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme, rattaché au MAEE, façon subtile de démontrer que ces considérations ne seraient plus qu'annexes dans la politique internationale de la République, par ailleurs directement menée par l'Elysée, avec un Bernard Kouchner et un Quai d'Orsay marginalisés, l'un comme l'autre. La détentrice du marocain des Droits de l'Homme se faisait d'ailleurs régulièrement sermoner par l'Elysée ou par Kouchner dont le passe-temps en l'absence d'emprise quelconque sur la conduite des affaires extérieures du pays semblait être de se soulager sur sa secrétaire d'Etat.

La rupture annoncée avec la Françafrique fut suivi de son renforcement. La visibilité accrue de l'avocat Robert Bourgi, le renforcement des liens avec le Gabon des Bongos, le Congo de Sassou-Nguesso en sont des expressions flagrantes. La Françafrique sait également prendre des formes d'action nouvelle ; alors que Chirac avait par deux fois tentés de fomenter des coups d'Etat militaires contre Laurent Gbagbo en 2000 puis en 2002 pour défendre les intérêts français, cette fois-ci on peut constater la mollesse de la détermination française à peser sur ce même Gbagbo devenu un dictateur sanguinaire et maffieux ; de fait le statu quo de la division de la Côte-d'Ivoire ne semble pas tant déranger l'Elysée que cela : les amis du pouvoir (Bolloré, Bouygues) conservent des intérêts économiques évidents dans leurs relations avec le dictateur et il sera toujours temps de s'arranger avec Ouatarra si jamais les choses venaient à évoluer.

La mansuétude de la France avec le régime militaro-maffieux en place à Alger n'est plus un mystère. Les grands débats sur la reconnaissance de la guerre d'Algérie et des responsabilités de la puissance colonisatrice n'empêchant personnes de commercer. On est bien loin du discours de La Baule en 1990 quand François Mitterrand conditionnait le renforcement de l'aide française aux progrès de la démocratie.

Le discours de Dakar de Nicolas Sarkozy en peignant le tableau d’une Afrique et d’un homme Africain immobile, prisonnier d’une nature immuable a suscité l'indignation des habitants dans toute l’Afrique et au delà. L'Elysée n'a de toute manière que faire de considérer les peuples en marche, seul l'intéresse les régimes avec lesquels on peut commercer et éventuellement mener des guérillas sanguinaires pour profiter de l'uranium nigérien ou restraindre le flux migratoire en provenance du Sahel. La Présidence française n'a que faire que l'Homme africain soit entré dans l'histoire ou pas - ce genre de considérations, par ailleurs, le dépasse et il n'en aurait vraisembablement jamais parlé si son conseiller particulier Henri Guaineau ne lui avait glissé dans son texte - pourvu que les régimes du Maghreb et du Sahel servent de matons pour préserver l'Europe et la France de leur propres populations.

L'action inhumaine en terme de politique d'immigration, menée par Hortefeux et Besson, est la traduction la plus concrète de là où le Président de la République place dans sa vision du monde ce continent qui devrait être le principal partenaire stratégique de l'UE.

Rupture avec la République enfin sur les questions européennes. Car à l'évidence, si l'impasse institutionnelle dans laquelle s'est enfermée l'Union européenne - depuis les années 2000 avec des élargissements mal préparés - mérite évidemment qu'on y apporte une réponse politique et dialectique, ce n'est pas en méprisant l'expression des peuples qu'une Europe démocratique et sociale, ou une Europe puissance, pourra émerger.

D'ailleurs, à la faveur de la crise financière internationale et des assauts des marchés contre les économies irlandaise, grecque ou portugaise, c'est vers une nouvelle punition des populations que s'orientent le Président de la République en s'alignant sur les priorités de politiques intérieures d'Angela Merkel, chancelière conservatrice allemande : Le pacte d’austérité proposé par Madame Merkel et qui promeut la modération salariale, la baisse des protections collectives et la suppression de nombreux services publics pourrait signer dans l'esprit des peuples européens la fin définitive d'une espérance européennne déjà fortement entamée.

Pour nous qui plaidons la perspective d'une République européenne, c'est un véritable désastre. Devant le tribunal de l'histoire, Sarkozy, Barroso et Merkel seront en bonne place comme fossoyeurs de l'union européenne, que les mouvements d'épaules saccadés du président français traduisant son excitation d'avoir fait adopter le Traité de Lisbonne ne compenseront évidemment pas.

Evidemment l'aplatissement de la France devant les exigences russes et chinoises ne font que compléter le tableau déjà sombre de bientôt quatre années de relations internationales sarkozistes.

 

Pour la première fois, l'exécutif français mène une politique étrangère de classe

Vous me voyez désolé de ressortir un vocabulaire que d'aucun pourront trouver daté ou odieusement marxiste (pour moi le marxisme n'est pas odieux). Mais s'il faut chercher une explication à la réorientation profonde de la diplomatique française, qui plonge aujourd'hui notre politique extérieure dans un tel désarroi, c'est la conduite des affaires étrangères de la France n'est plus en aucun point soumis à des considérations d'intérêt général mais à la promotion d'intérêts privés.

Longtemps on a expliqué que la politique extérieure était un consensus gauche-droite, plaçant notre pays - ancienne super puissance coloniale, devenue puissance moyenne - dans un rôle à part, que soutenait l'espérance de nombreux peuples dans le message universel de la Révolution française - Liberté, Egalité, Fraternité. La Marseillaise a conservé en Amérique latine notamment la teneur révolutionnaire et subversive, qu'elle a depuis longtemps perdu dans l'hexagone, c'est l'hymne de nombreux partis de gauche dans ses pays et cela nous rappelle que les Révolutions russes de 1905 et de février 1917 ont été menées avec les accents de Rouget-de-Lisle.

Je ne suis pas naïf au point de croire que les affaires étrangères étaient une question d'idéal avant Nicolas Sarkozy. Si la Françafrique reprend du poil de la bête c'est bien qu'elle existait auparavant. Bien des peuples ont été opprimés au nom des intérêts économiques et stratégiques français, enrichissant au passage les nombreux cancrelats humains qui se nourrissent du malheur des peuples. Mais, bien que les valeurs républicaines aient pu être à de nombreuses reprises détournées à des fins plus mercantiles, la France restait porteuse de son message universel. Les intérêts des Français étaient défendus.

Aujourd'hui il n'est plus question - en aucun cas - de cela.

Où dans les révolutions arabes qui ont commencé à la mi-décembre l'intérêt de la France et des Français a-t-il été défendu ? Se mettre à dos les manifestants et vraissemblablement les futurs dirigeants de ce que tous espèrent bientôt les Démocraties arabes était-il dans l'intérêt du pays ? Insulter l'Homme africain était-il dans l'intérêt de la France ? S'aplatir économiquement et politiquement devant la Chine était-il dans l'intérêt de la France ?

La seul étalon de référence qui prime dans la politique de Nicolas Sarkozy n'est même pas une vision réactionnaire des relations internationales - ce qui ne veut pas dire qu'il ne le soit pas -, mais uniquement l'intérêt des capitaines d'entreprises qui forment son premier cercle d'amis et de financeurs de campagne électorale. La politique extérieure de la France et malheureusement sa dérive ne s'explique plus aujourd'hui que parce qu'elle est subordonnée aux intérêts de Messieurs Bouygues, Bolloré ou Dassaut. Voilà la réalité !

Il est donc urgent que la gauche, rassemblée, énonce une fois pour toute une vision internationale : il faut inventer une politique étrangère de gauche, comme il exista autrefois une politique étrangère française. Si jamais plus tard, autour d'elle, pouvait se recréer le consensus qu'on dit avoir existé précédemment, cela ne sera pas plus mal. Le Parti socialiste a donc comme mission impérative de préciser sa pensée politique en la matière au-delà des pétitions de principes qui présidèrent à sa convention "nouvelle donne internationale & européenne" ; il doit aussi impérativement affirmer sa vision de l'avenir de la construction européenne avant qu'il ne soit trop tard, car la France ne pourra plus avoir de politique étrangère de manière isolée.

Pour tout cela il est préférable que les choses soit dite avant 2012 et la possibilité de renvoyer Nicolas Sarkozy aux études qu'il n'a vraissemblablement pas assez faites et soustraire les relations internationales de la Républiques françaises aux intérêts d'une oligarchie égoïste.

 

* * *

Il est détestable que les grandes affaires internationales ne soient évoquées publiquement par le Président de la République qu'aux fins de camoufler des intérêts de basse politique politicienne intérieure. L'expression de ses portes-voix - sur le thème "Nicolas Sarkozy adapte le dispositif français pour faire face à une nouvelle phase des relations internationales" - étaient risibles et le resteraient si elle n'abaissait pas encore un peu plus l'image de la République.

Au moins, il est clair aujourd'hui que l'alternative en politique intérieure comme en politique extérieure ne viendra dans ce pays qu'à l'occasion d'une véritable alternative politique en 2012.

Mais ne nous y trompons pas. Il est peu probable que les Français fassent leur choix en fonction de la politique extérieures qui sera défendue par les candidats en lice. Nicolas Sarkozy a encore au moins cette habileté sournoise et délétère de savoir manier les affaires étrangères à la seule fin de mobiliser les peurs dans le débat de politique intérieure français. La dénonciation du terrorisme et de "flux migratoires incontrôlables" est là pour nous rappeler que le palais de l'Elysée est occupé par un homme qui y est parvenu en faisant la synthèse de tout ce qui existe de pire à droite : populisme, bonapartisme, réaction et ultra-libéralisme...

La Gauche pour gagner doit affirmer une vision claire sur l'international et ne pas être pris en défaut, mais il faudra avant toute chose appeler à une alternative économique et sociale réelle pour que les Français aient envie de changer de locataire à l'Elysée.

Frédéric Faravel
Secrétaire fédéral aux relations extérieures du PS Val-d'Oise

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Published by FARAVEL - dans International
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