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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. J'anime aussi le groupe d'opposition municipale de gauche "Vivons Bezons" et je suis membre du groupe d'opposition de gauche ACES à la communauté d'agglomération Saint-Germain/Boucle-de-Seine.
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Gauche Républicaine & Socialiste

11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 12:45

Vendredi 30 septembre 2022 en conseil municipal, j'ai démontré que la convention par laquelle la Communauté d'Agglomération Saint Germain Boucles de Seine transfère à la Ville de Bezons l'entretien de la passerelle EOLE sur la Seine entre Nanterre et notre commune était particulièrement déséquilibrée. Seule Bezons sera donc amenée à entretenir cette passerelle (les frais étant cependant remboursés par l'agglo) sans que des questions élémentaires aient été traitées dans un tel cas de figure :
⁉️ La Ville a-t-elle les effectifs et les moyens techniques suffisant pour assumer cette responsabilité ?
⁉️ Quel sera le coût ? cela on nous a répondu, ils ne savent pas... on verra avec le temps... la politique du "chien crevé au fil de l'eau", quoi...
⁉️ La Ville a-t-elle mesuré avec l'agglo la durabilité de la couverture de roulement alors qu'exposée aux intempéries au-dessus d'un fleuve il est plus que probable que celle-ci ne tienne pas 15 ans ?
⁉️ Pourquoi les Départements des Hauts-de-Seine, du Val-d'Oise et des Yvelines, la commune de Nanterre et l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense ne participent-ils pas à l'entretien de cette passerelle, alors qu'ils sont tous concernés ?
⁉️ En conséquence, la Ville a-t-elle bien mesuré les risques juridiques pour elle et les agents affectés en cas d'accident d'un particulier sur la partie nanterroise de la passerelle en cas de défaut supposé dans l'entretien ?

À toutes ces questions, nous n'avons pas eu de réponse ; toutes les difficultés ont été évacuées sans pour autant que leur pertinence soit contestée, avec comme réponse pratique "De toute façon, on n'a pas le choix"... Bien sûr que si on a le choix : quand une convention est déséquilibrée voire dangereuse pour la collectivité, on la refuse, on la reporte et on la renégocie avant le cas échéant de la re-présenter quand les difficultés ont été traitées.

Mme Menhaouara a fait diversion en critiquant le principe même de la présence de Bezons au sein de l'agglomération St.-Germain-Boucles-de-Seine et en dénonçant les choix politique de la majorité de droite du conseil communautaire : argument absurde, car Mme Menhaouara et ses proches ne contestent jamais rien des délibérations présentées en conseil communautaire par le président Pierre Fond (dont elle est la 15e Vice Présidente) et sa majorité et ils votent toujours TOUTES les délibérations sans émettre aucun bémol.

Si la majorité de droite de l'agglomération est si détestable aux yeux de Mme Menhaouara (ce qu'elle nous a expliqué en conseil municipal), il va falloir qu'elle nous dise pourquoi elle n'a jamais pris la parole en commission ou en conseil communautaire pour contester ses orientations et pourquoi avec les membres de sa majorité elle vote systématiquement toujours les délibérations présentées par la majorité de droite de l'agglomération. Avant juin 2020, il arrivait régulièrement que les représentants de Bezons votent contre les délibérations de la majorité de l'agglomération ; aujourd'hui je suis seul de Bezons à le faire aux côtés du groupe de gauche présidé par mon amie Isabelle Amaglio-Térisse, élue de Sartrouville. Mme Menhaouara et ses amis votent toujours avec Marc Roullier : un peu de sérieux et faits concrets, ça évite de raconter n'importe quoi !

Il ne s'agit pas non plus de savoir si on est pour ou contre le développement des "mobilités douces" (vélo et marche à pied), mais de savoir si on fait les choses n'importe comment ou correctement. Car, en l'occurrence, ce sont les agents municipaux bezonnais (dont les représentants n'ont à nouveau pas été consultés) qui risquent gros dans cette affaire.

Les oppositions de gauche ont donc voté contre cette convention, la majorité a voté pour en fermant les yeux ; sauf le conseiller municipal délégué aux mobilités douces qui s'est abstenu... c'est peut-être là un indice qu'une personne qui a suivi tout le dossier s'inquiète aussi des conséquences probables de cette convention.

Frédéric Faravel
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"

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21 avril 2022 4 21 /04 /avril /2022 21:00
Ça faisait bien 3h00 à cette heure-ci [je poste vers 22h] qu’un ami qui m’appelle encore aujourd’hui me prévenait il y a 20 ans de l’élimination probable de la gauche par l’extrême droite (je n'étais pas à "l'atelier", le QG de campagne de Jospin, car étant secrétaire de la section socialiste de Méry-sur-Oise - je l'avais montée à une 40ne d'adhérents -, j'avais passé la journée dans les bureaux de vote et à organiser avec mes camarades le scrutin ; je n'ai jamais aimé non plus ces soirées "pince fesses" de l'entre soi politique). J’étais sidéré et en colère, déjà parce que la droite – et Jacques Chirac auquel tout le monde tresse des lauriers et évoque sa conscience du cordon sanitaire contre l’extrême-droite (quelle blague !) – avait joué pour obtenir ce scénario. Il m’a fallu 10 jours pour me résoudre à l’impensable : voter pour « super menteur » et éviter le « vieux facho ».
 
20 ans après, nous devons encore subir un front républicain qui sert toujours à élire un scélérat de droite afin d’éviter un monstre d’extrême-droite. Car Marine Le Pen n’est rien d’autre qu’un monstre.
 
Colère encore, colère à nouveau, car la plupart des responsables de gauche et une grande partie des révolutionnaires de canapé et de l’internet ne cherchent qu’une chose : se refiler le mistigri de la cause de l’élimination, « Roussel is the new Chevènement, Taubira, Hue et Hamon ». On a fait raison des accusations ridicules de 2002, il faudra attendre quelques années pour arrêter de raconter n’importe quoi sur Benoît Hamon et Fabien Roussel ; ils ont dans cette affaire toute ma solidarité. La réalité c’est que les dirigeants du PS, d’EELV et de LFI ont scellé notre sort dès l’automne 2017, s’excommuniant les uns et les autres tout en signant ensemble les mêmes recours au Conseil constitutionnel.
 
Seront-ils moins bêtes et surtout moins sectaires dans les semaines et les mois qui viennent pour nous éviter de revivre la même chose en 2027, s’il n’est pas déjà trop tard ?
 
Frédéric Faravel
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS
La foule apprenant les résultats du premier tour de l'élection présidentielle du 21 avril 2022 au rez-de-chaussée du QG de campagne de Lionel Jospin

La foule apprenant les résultats du premier tour de l'élection présidentielle du 21 avril 2022 au rez-de-chaussée du QG de campagne de Lionel Jospin

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10 mars 2022 4 10 /03 /mars /2022 17:00

Mardi 8 mars 2022, en fin de conseil vers 23h30, nous avons eu droit au pire numéro d'hypocrisie possible de la part de la majorité municipale sur un sujet particulièrement grave : les conséquences de la guerre en Ukraine. Passe encore que la maire ait refusé d'inscrire à l'ordre du jour du conseil (en infraction totale de son propre règlement intérieur) les deux vœux des groupes Vivons Bezons, groupe des élus communistes, socialistes et républicains et Avenir de Bezons en Commun - pourtant bien mieux rédigés - sur ce sujet (vous trouverez celui de Vivons Bezons en découvrant le texte sous la vidéo), mais M. Cuvillier a dû faire le sale boulot pour expliquer pourquoi le vœu imposé par la majorité municipale était aussi insipide et peu à la hauteur de l'enjeu... Ainsi ils craindraient des suites juridiques si le conseil municipal avait directement mis en cause la responsabilité de la Russie dans l'invasion de l'Ukraine : mais que craignent-ils ? que les avocats de Vladimir Poutine viennent leur demander des comptes ? Allons soyons sérieux !?! Il ne s'agit ici pour Mme Menhaouara que de faire - comme d'habitude - une pure opération de communication et d'affichage sans réel engagement concret... Le vœu se borne donc à quelques vagues phrases sans portée ni conséquence (nous vous laissons juges en découvrant le texte plus bas).

Personne ne pourra venir leur demander des comptes leurs engagements sont si vagues qu'ils pourront toujours justifier que leur "service minimum" est fantastique.

Aucune référence à la violation du droit international par la Russie qui envahit donc illégalement le territoire d'une nation souveraine, sans aucune justification. Aucune référence aux millions de réfugiés ukrainiens, aux victimes civiles et militaires dont le régime du Kremlin est directement responsable. Aucun engagement concret à travailler en faveur de l'accueil de familles ukrainiennes le temps d'un refuge qu'on espère le plus court possible. Aucun engagement concret dans l'accompagnement des associations locales de solidarité. Aucun engagement financier, même modeste, en faveur d'ONG reconnues pour venir en aide aux réfugiés.

Hier soir, la majorité divers droite du conseil municipal s'est illustrée par son absence totale de courage et d'humanité. Pathétique et inhumain. Pour mes camarades et moi, qui sommes engagés depuis le 26 février dans le collectif départemental Solidarité Ukraine 95, c'est consternant.
Ces gens ne sont pas dignes des mandats qu'ils occupent !

Merci à Florelle Prio, Christian Leduey et au PCF Bezons Jacky Leser pour leur soutien à mes côtés, merci à Arnaud Gibert et Christian Hoerner pour leurs interventions sensées.

Frédéric Faravel
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes & républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

Vœu proposés par le groupe Vivons Bezons et vœu proposé par Nessrine MenhaouaraVœu proposés par le groupe Vivons Bezons et vœu proposé par Nessrine Menhaouara

Vœu proposés par le groupe Vivons Bezons et vœu proposé par Nessrine Menhaouara

proposition de vœu de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes et républicains"

vœu présenté par Mme Menhaouara et M. Cuvillier au nom de la majorité municipale divers droite de Bezons

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2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 22:37
J'ai eu le plaisir de découvrir ce soir que la page de la liste de Mme Menhaouara aux élections municipale choisissait de m'attaquer pour une affaire que la Reine-Maire de Bezons a elle-même provoquée. Mme Menhaouara a donc porté plainte contre moi pour injure et diffamation pour des propos que j'ai tenus publiquement et que j'assume totalement. Mme Menhaouara a même demandé la protection fonctionnelle de la Ville (la prise en charge de ses frais d'avocat par les Bezonnais) pour cela (et je l'ai votée).
 
Pourquoi a-t-elle porté plainte ? Parce qu'après un Conseil Municipal particulièrement éprouvant j'avais écrit sur facebook qu'elle nous avait joué un numéro "digne des pires drama queens de la scène parisienne"... je l'ai donc dénoncée comme étant une mauvaise (très mauvaise) actrice. Voilà pour l'injure...
Et parce qu'en conseil municipal, j'avais posé la question de savoir si un des emplois dont on nous demandait de voter la création n'était pas en réalité un emploi de cabinet déguisé... en faisant cela je ne faisais que mon rôle de conseiller municipal. Voilà pour la diffamation...
 
Or une plainte pour injure et diffamation, notamment entre responsables politiques, suffit pour déclencher automatiquement une mise en examen. Que la page Bezons ville d'avenir ne le sache pas indique qu'elle est totalement ignorante en matière de droit. Cela n'est pas étonnant de la part d'une équipe récemment condamnée (le 24 février 2022 ... pas mise en examen, CONDAMNÉE) par le tribunal administratif de Cergy pour avoir fait adopter un règlement intérieur ILLÉGAL (ce que j'ai démontré avec le soutien de mon avocat et des élus de Vivons Bezons, groupe des élus communistes, socialistes et républicains, Avenir de Bezons en Commun et "Bezons, la ville qu'on aime"). Je mets donc au défi cette page de consacrer une publication au jugement quand il sera rendu par le tribunal judiciaire de Paris : je ne doute pas un seul instant qu'ils devront rendre compte de ma relaxe (de mon innocence). Les méthodes utilisées par cette équipe démontrent leur panique totale car ils publient des informations tronquées suggérant que je serais mis en examen pour des faits graves 🤣.
 
Il faut qu'ils soient bien inquiets eux-mêmes pour faire des publications aussi caricaturales qui pourraient entraîner des conséquences plus graves pour eux que pour moi, en allant chercher la copie du courrier envoyé à Mme Menhaouara lui confirmant les suites de sa plainte. C'est donc une équipe politicienne aux abois et paniquée qui s'est exprimée ce soir, qui a perdu contre moi au tribunal administratif, qui voit trois élus de droite rompre avec sa majorité opportuniste.
IL EST TEMPS QUE LES BEZONNAIS REPRENNENT LEUR AFFAIRES EN MAIN. LA CHUTE DE L'ÉQUIPE MENHAOUARA A COMMENCÉ.
 
Frédéric Faravel
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes et républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS
NESSRINE MENHAOUARA ET SON EQUIPE CONDAMNÉES SOMBRENT EN PLEINE PANIQUE🤣
NESSRINE MENHAOUARA ET SON EQUIPE CONDAMNÉES SOMBRENT EN PLEINE PANIQUE🤣
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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 16:33

Alors que le Parlement est encore en train de débattre du projet de loi sur le "pass vaccinal" et après la publication d'un entretien exclusif du Président de la République au Parisien dans lequel il choisit d'ajouter de la crise à la crise, j'ai rédigé pour la Gauche Républicaine et Socialiste la note ci-dessous concernant la stratégie face à la cinquième vague de COVID 19.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire GRS de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes et républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la GRS

La panique morale ne fait pas une politique

Encore une fois, la façon dont le Président de la République et le gouvernement gèrent les différents épisodes de la crise sanitaire ne peut que laisser perplexes ou consternés les citoyens français. Le spectacle donné depuis quelques jours par l’exécutif et sa majorité parlementaire face à la cinquième vague est tout à la fois à la hauteur de l’autosatisfaction, dont il a fait preuve entre fin juillet et décembre 2021, et de l’accumulation de ses approximations mensongères :

  • ▪️Le premier ministre Jean Castex affirmait ainsi en juillet qu’avec un schéma vaccinal complet, il n’y avait plus de risques de contamination alors même que des cas étaient connus ;
  • ▪️Le ministre de la santé Olivier Véran n’a cessé d’affirmer au début de l’automne que notre couverture vaccinale nous éviterait une cinquième vague ;
  • ▪️La députée Aurore Berger rejetait l’augmentation structurelle du nombre de lits de réanimation, sous prétexte que cela signifierait vouloir plus de gens en réanimation (?!?) ;
  • ▪️Le ministre de la santé nous avait également promis un rempart face à Omicron avant d’annoncer un tsunami…

Soyons clairs sur notre position, nous considérons plus que jamais que la vaccination est un levier essentiel dans la lutte contre le COVID19 : si elle n’empêche pas tout risque d’être contaminé ou de transmettre le virus, elle freine fortement les transmissions et surtout elle empêche les formes graves de la maladie. Les chiffres de la Drees sont sans appel : le risque d’être hospitalisé est aujourd’hui près de trois fois supérieur lorsque l’on n’est pas vacciné. Le risque d’être pris en charge en soins critiques apparaît pour sa part quatre fois supérieur.

Mais, a contrario, sachant désormais qu’un schéma vaccinal complet n’est pas une certitude absolue contre les contaminations – c’est plus le cas après la dose de rappel mais sans garantie à 100 % –, le projet de loi renforçant les outils de gestion de la crise sanitaire et les conditions de son examen par le Parlement s’apparentent de plus en plus à une panique morale, une fuite en avant irrationnelle de responsables gouvernementaux habités par la peur, surtout celle de se voir reprochés de n’avoir rien fait après avoir menti… En effet, si on pourrait considérer a posteriori que le « pass sanitaire » proposait une garantie aux personnes disposant d’un schéma vaccinal complet ou d’un test récent d’accéder à des lieux avec une protection plus importante contre le virus, l’imposition d’un « pass vaccinal » qui prétend selon l’exécutif renforcer cette protection n’offre en réalité plus celle-ci : interdire l’accès de certains lieux à des personnes ayant été testées « négatives » est une absurdité, puisqu’elles présentent a priori plus de garanties sur un temps court de ne pas être contaminantes que des personnes vaccinées, protégées contre les formes graves de la maladie mais pas forcément de transmettre le virus…

« Bougisme » sanitaire et parlementaire

L’exécutif agit donc selon une posture bougiste : « faut bien faire quelque chose » ! La peur n’évite pas le danger et l’irrationalité dans laquelle il s’enferme en conséquence l’empêche d’examiner l’efficience réelle de la mesure proposée : le pass vaccinal sera même contre-productif d’un point de vue sanitaire, car il n’incitera pas les 10% totalement rétifs à la vaccination à changer d’avis et risque à nouveau de faire chuter le nombre de tests réalisés ce qui nous amputerait d’un outil de mesure de l’évolution de l’épidémie… Le gouvernement est confronté à une situation qui lui échappe ; c’est donc uniquement un échappatoire en matière de communication politique, car pas plus que les autres gouvernements européens il n’a réussi à être efficace contre l’épidémie.

Les conditions d’examen du projet de loi en lui-même aboutissent à un spectacle détestable : à force d’avoir conduit les uns après les autres l’adoption à marche forcée de projets de loi multipliant toujours davantage les entraves aux libertés, l’exécutif a exaspéré jusqu’à ses propres troupes. Le projet de loi sur le « pass vaccinal », en plus d’être tout douteux du point de vue des libertés publiques que de la sécurité sanitaire, est examiné dans des conditions particulièrement dégradées indignes d’une démocratie parlementaire, comme avant lui celui sur l’extension du « pass sanitaire ». On en arrive à considérer que l’examen de loi sur l’état d’urgence sanitaire en mars 2020 – en plein œil du cyclone – avait fait l’objet d’un traitement bien plus respectueux que les textes qui ont suivi. Ainsi il est malhonnête de la part de l’exécutif de dénoncer les oppositions parlementaires dans l’interruption du débat dans la nuit du 3 au 4 janvier 2022, quand c’est en réalité sa propre majorité parlementaire qui a partiellement déserté l’hémicycle à force de se voir imposer un nouveau franchissement de bornes.

Dans l’ordre même de la panique morale à l’œuvre, les propos finissent par devenir totalement incohérents. Comment, dans le même temps, le gouvernement peut-il défendre à l’Assemblée Nationale la nécessité du « pass vaccinal », quand mardi 4 janvier au matin sur France Inter Gabriel Attal, porte parole du gouvernement a usé d’un énorme sophisme en expliquant que, comme on ne pouvait empêcher la vague Omicron de déferler sur le pays en raison de la forte transmissibilité de ce variant, il était inutile de prendre quelque mesure que ce soit pour la freiner ?

Il est de bon ton de prétendre être au-dessus de la mêlée à la veille d’un scrutin national majeur pour démontrer sa mobilisation constante au service des Français… et en même temps, abaisser le débat public à l’étage du caniveau. C’est exactement ce que vient de commettre le président de la République. Ainsi déclarer dans un entretien exclusif au Parisien/Aujourd’hui en France « Je ne suis pas pour emmerder les Français. Je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien, là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder » est indigne d’un Président de la République française. Outre la vulgarité crasse du propos, elle ajoute de la violence dans le débat politique et social au moment où nous avons besoin de sérénité, de rationalité et de solidarité. Bien sûr, on peut parfaitement comprendre l’exaspération de la majorité de nos concitoyens contre ceux qui refusent contre vents et marées la vaccination sur des bases souvent mensongères et fantaisistes. La vidéo de LCI montrant Paul Larrouturou être insulté par un panel d’agités du bocal, réunis devant l’Assemblée nationale, ne peut que renforcer ce sentiment, convenons en. Mais un président ne devrait pas dire cela : il devrait au contraire garder son calme et user d’un autre registre lexical pour espérer une diminution des comportements égoïstes : oui choisir la vaccination est tout autant un acte altruiste et solidaire qu’un réflexe de protection individuel. On se vaccine pour protéger les autres et soi-même tout à la fois ! Les propos du Président de la République sont terriblement délétères car plutôt que de convaincre de nouveaux candidats à la vaccination et à l’action solidaire, il va renforcer certains dans leurs délires où ils se pensent les derniers défenseurs de la liberté, ce qu’ils ne sont pas.

Nos propositions pour lutter vraiment contre le COVID

S’il faut « bien faire quelque chose », essayons à ce stade de prendre des mesures qui répondent aux enjeux du moment à court, moyen et long termes :

  • ▪️Il y a urgence à stopper l’hémorragie de personnels soignants, qui frappe l’hôpital depuis des semaines et n’a pas cessé alors qu’ils sont plus que les autres touchés par la conjugaison des contaminations aux vagues delta et omicron. En plus de la politique suicidaire de fermeture de lits qui continue de plus belle, malgré les enseignements de la crise sanitaire, des lits et des services supplémentaires sont aujourd’hui fermés par centaines faute de professionnels. Cela nécessite une véritable augmentation salariale des aides soignant(e)s et infirmier(e)s, bien au-delà des maigres gains du Ségur. Cela devrait également contribuer à reconquérir et à faire revenir les nombreux professionnels qui ont démissionné de l’hôpital public depuis plusieurs années.
  • ▪️Il y a urgence également à sécuriser les écoles, collèges, lycées et universités du pays. Il est invraisemblable que Jean-Michel Blanquer continue chaque jour qui passe d’engager au plus fort de la pandémie des polémiques tout azimut – lundi 3 janvier sur LCI, il a semblé avoir plus à cœur la dénonciation des mairies EELV que la résolution du problème soulevé par les journalistes… Après avoir réussi la gageure de transmettre la veille de la rentrée scolaire aux équipes pédagogiques le nouveau protocole sanitaire, plutôt que de renvoyer l’équipement en détecteurs de CO2 et en purificateurs d’air aux compétences des collectivités, le ministre de l’éducation nationale aurait dû annoncer tout à la fois la distribution massive de masques FFP2 aux enseignants et le déblocage de crédits suffisants pour équiper l’ensemble des établissements scolaires et universitaires du pays avec les appareils qui manquent aujourd’hui dans les plus brefs délais. Le « quoi qu’il en coûte » devrait également présider aux considérations de sécurité sanitaire dans l’enseignement !
  • ▪️Il faut généraliser et accélérer la mise en place obligatoire du télétravail partout où cela est possible et de manière beaucoup plus massive. Après avoir rechigné plusieurs semaines à sa mise en place, la ministre du travail tarde encore à lancer les contrôles pour contraindre les entreprises qui traînent des pieds.
  • ▪️Il faut rétablir la gratuité des tests afin de pouvoir au plus tôt opérer les isolements nécessaires et mesurer en temps réel l’évolution de la pandémie.
  • ▪️Il faut mettre en place avec les maires, les médecins, la CNAM un dispositif de recherche et d’identification des personnes vulnérables et âgées non vaccinés, afin de prendre rapidement contacts avec elles pour les informer, les inciter et rendre aisée leur accès à la vaccination si besoin à domicile.
  • ▪️Enfin, la France devrait s’engager avec détermination en faveur de la levée des brevets sur les vaccins COVID, ce qu’Emmanuel Macron et le gouvernement se refusent toujours de faire, là encore contre tout argument rationnel car il est clair que le dispositif COVAX n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Cela doit devenir une des priorités de notre combat politique. Si nous voulons que les pays en développement cessent d’être des réservoirs infinis en variants, il convient de leur donner les moyens d’accéder massivement aux vaccins et à leur production.
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30 novembre 2021 2 30 /11 /novembre /2021 18:45

Je publie ci-dessous un texte rédigé à six mains pour la Gauche Républicaine et Socialiste avec les contributions déterminantes de Gurvan Judas et Bastien Faudot. Après la déclaration de candidature d'Eric Zemmour qui était attendue, nous ne voulions pas publier une réaction pavlovienne qu'on lit trop souvent à gauche dès que ce très mauvais essayiste produit un propos. Nous avons voulu creuser sa posture, son message et préciser de quoi Zemmour "est le nom".

Ce candidat est notre ennemi. Il est l'ennemi de la France, il est l'ennemi de la République.

Frédéric FARAVEL
Conseiller municipal et communautaire Gauche Républicaine et Socialiste de Bezons
Président de "Vivons Bezons, le groupe des élus communistes, socialistes et républicains"
Coordinateur national des pôles thématiques de la Gauche Républicaine et Socialiste

Eric Zemmour qui fantasme sur le "pays des chevaliers et gentes dames" (sic)

Eric Zemmour qui fantasme sur le "pays des chevaliers et gentes dames" (sic)

Ici l’ombre ! Le polémiste d’extrême droite Eric Zemmour est donc candidat à l’élection présidentielle.
Singeant l’Appel du 18 Juin, après avoir voulu réhabiliter Philippe Pétain, il a choisi de se déclarer le jour où une véritable résistante entre au Panthéon, date anniversaire de la naturalisation de Joséphine Baker. L’artiste engagée est le vibrant symbole de tout ce que le nouveau candidat méprise. Le contraste entre l’optimisme de l’artiste et le déclinisme du mauvais essayiste ne peut que le jeter dans une ombre aussi crépusculaire que le clip vidéo qu’il a diffusé aujourd’hui. Eric Zemmour ne convaincra que le milieu de la petite bourgeoisie réac qui se réveille la nuit en sueur en imaginant se faire “grand-remplacer” et qui lui est déjà acquise.

Les travaux de Johann Chapoutot sur l’effondrement des grands récits nous renseignent en partie sur le “phénomène” Zemmour : Le monde est complexe, très complexe, il est devenu indéchiffrable, tant tout est entremêlé (effet de la mondialisation néo-libérale des 40 derniers années) mais en réalité, le monde a toujours été complexe, l’histoire est une science complexe et vouloir lui donner un sens a toujours été un réflexe humain pour la rendre intelligible… La difficulté, c’est que bien que nous construisions sans cesse des « fictions nécessaires », il n’existe pas de sens à l’histoire.

Les grands récits permettaient de donner un sens à l’histoire, de l’expliquer, l’homme a besoin de sens, il a besoin de croire, pas de savoir. Le socialisme, le communisme, le christianisme ou le républicanisme en France donnaient une vision, un sens clair, simple, lisible, compréhensible. Aujourd’hui tout cela a été balayé. Nous avons besoin de ces récits structurant pour décrypter et comprendre notre monde contemporain. C’est un besoin (Harari, vivement critiquable l’explique néanmoins très bien).

Zemmour arrive, se fout de la vérité, comme le dit si bien Marcel Gauchet il est dans la transgression, la vérité n’a pas d’importance et ça plaît. Qu’importe alors que le caractère plus qu’approximatif et très souvent mensonger de ses affirmations en matière d’histoire ait été largement démontré à plusieurs reprises.

Il répond à l’attente d’un public, il lui propose un récit, une vision du monde et de l’histoire logique, simpliste, caricaturale même et fausse, mais il permet pour beaucoup de s’y retrouver, de donner un sens, une grille de lecture et d’analyse, il répond à ce besoin.
Il s’engouffre dans la brèche laissée par la fin des grands récits. Pour y imposer le sien, celui d’une France fantasmée, chrétienne et blanche, en déclin, au bord de la mort, à sauver. Il offre une nouvelle vie, un nouvel écho, un nouveau porte voix à un camp politique qui n’avait plus connu une telle audience depuis la collaboration. Car c’est exactement ce que porte Eric Zemmour jusqu’à la fin de son discours de candidature où il n’ose pas regarder la France dans les yeux.

« Vive la République, et SURTOUT, vive la France », a-t-il dit… L’adverbe dit tout : il résume l’homme d’extrême-droite dans toute sa (dé)mesure. Cette phrase explique que sa réhabilitation de Pétain n’est pas un accident ou un « dérapage ». Le fond de la pensée zemmouriste tient dans ce surplomb du pays, d’une France éternelle venant exciter sa nostalgie, par-dessus l’idéal républicain et notre démocratie. Ce « surtout » signifie par dessus tout, et en toutes circonstances. La France avant la République quoi qu’il arrive et, en fin de compte, de préférence sans la République. Les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain qu’il tenait tant à réhabiliter ne disaient rien d’autre : dans l’imaginaire du zemmourisme, Pétain sauve la France de la République. Et finalement quand il vante le « pays des chevaliers et des gentes dames », on pourrait rire de l’absurdité de la déclaration mais on se dira avec prudence qu’il préfère donc la France monarchique, qu’il préfère Louis XVI quand il fuit « pour sauver la France » avant d’être découvert à Varennes, qu’il le préfère aux armées républicaines de Valmy, aux poitrines que les citoyens français opposèrent aux armées princières coalisées d’Europe. S’il prétend donc « sauver » la France, souvenons nous des modèles qu’il se donne pour le « sauvetage ».

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26 octobre 2019 6 26 /10 /octobre /2019 15:44
Eric Zemmour le 28 septembre 2019 lors de la "Convention de la Droite"

Eric Zemmour le 28 septembre 2019 lors de la "Convention de la Droite"

Je me permets de reprendre ici l'excellente chronique de Bertrand Renouvin sur son blog, car c'est une déconstruction d'une rare intelligence du discours tenu par l'essayiste Eric Zemmour, lors de la "Convention de la Droite" organisée le 28 septembre dernier par Marion Maréchal-Le Pen et ses amis, mais discours complaisamment accueilli depuis de nombreuses années sur tous les plateaux de TV et toujours donc sur Cnews, où on l'a récemment entendu faire l'apologie du massacre en Algérie des habitants de confession musulmane et juive par le Général Bugeaud en 1841. Pour ma part, je partage le point de vue de Claude Askolovitch dans une chronique publiée sur Slate.fr : il ne faut pas blâmer LCI pour avoir diffuser in extenso le discours du simili Göbbels qui empoisonne nos médias et les espaces de cerveaux disponibles des Français ; bien au contraire, ce sinistre personnage ne pourra plus dire que ses propos nauséabonds ont été sortis d'un contexte, qu'il a été coupé, que l'emportement du débat biaise sa pensée. Maintenant, même les plus obtus des naïfs et des aveugles volontaires ne peuvent plus le nier : Eric Zemmour est le porte-parole de la fusion idéologique entre le Maurrassisme et le fascisme. Car si sa réécriture de l'histoire de France - si bien décortiquée dans la chronique reproduite ci-dessous - répète les discours réactionnaires du journaliste et académicien violent, fondateur de l'Action Française (on retrouvera facilement dans ses élucubrations les références aux "quatre États confédérés des protestants, Juifs, francs-maçons, et métèques" de l'Anti-France), il s'inscrit également dans la lignée du polémiste antisémite Edouard Drumond (comme l'a décrypté Gérard Noiriel), précurseur de la dernière famille idéologique qui structure la "pensée" du nouveau chantre de l'extrême droite française, le Fascisme. Car c'est bien de cela dont il s'agit dans ses appels à une forme de virilisme contre l'universalisme républicain et les Droits de l'Homme, dans sa volonté de réhabiliter peu ou prou le régime de Vichy.

Le fascisme français n'a jamais été réellement puissant ; il lui a fallu la défaite de 1940 pour prendre le pouvoir par effraction. Son manque d'enracinement et la trahison patriotique qu'il a représenté l'avait réduit à la marginalité dont il n'était jamais réellement sorti. Nicolas Lebourg, dans un ouvrage dense mais un peu fouillis, a su rappeler récemment comment néanmoins le travail métapolitique des années 1960 et 1970 de diverses personnalités ou groupes avait patiemment adapté l'idéologique fasciste à notre époque et nourri ce qui permit la structuration du Front national de Jean-Marie Le Pen et du Rassemblement National de sa fille Marine. Mais le discours restait masqué derrière une forme de poujadisme à la mode télévisée... Zemmour est dangereux car il produit la fusion de toutes les extrêmes droites françaises, profite de la complaisance médiatique et littéraire et assume clairement le projet politique qui ne signifie rien d'autre qu'une future guerre civile totale.

à méditer...

Frédéric FARAVEL

entête du blog de Bertrand Renouvin

entête du blog de Bertrand Renouvin

"Eric Zemmour devant son “Destin”." – Chronique 154 – Le blog de Bertrand Renouvin

mercredi 23 octobre 2019

Au lendemain du discours prononcé par Eric Zemmour devant la Convention de la droite, le 28 septembre, une partie de l’intelligentsia parisienne se lança dans une polémique vibrante au cours de laquelle on réclama que le journaliste fasse l’objet d’une interdiction professionnelle. La chaîne LCI obtempéra, tandis que CNews récupérait le persécuté tout en s’exposant aux représailles publicitaires d’un marchand de pâte à tartiner, chef de file d’une modeste escouade de vigilants. Une fois de plus, l’indignation d’une gauche toujours soucieuse de ses postures permit de transformer l’auteur d’un discours remarquablement agressif en victime des bourreaux de la bien-pensance… Puis les choses rentrèrent dans l’ordre : Eric Zemmour est toujours au “Figaro” et tient un créneau télévisé, “Valeurs actuelles” et “Causeur” sont en flanc-garde, et les ventes de son dernier livre atteignent des sommets. Messieurs les maîtres-censeurs, c’est vraiment bien joué !

Le retour au calme médiatique permet de s’interroger sur le cas Zemmour en examinant ses idées, son statut et le rôle politique qu’il semble vouloir jouer.

Les idées se ramènent toutes à un point fixe : la défense de l’identité française contre l’islam. Telle est la thématique centrale de “Destin français” (1), essai polémique sur l’histoire de la France des origines à nos jours. Le genre n’est pas méprisable, l’auteur a beaucoup lu et ses partis pris seraient stimulants s’ils n’étaient pas alourdis de comparaisons anachroniques bâties sur des oublis trop massifs pour ne pas être volontaires. Ainsi, on apprend qu’ »entre la chrétienté et l’Islam, c’est une histoire millénaire. Qui ne s’unit pas se divise ; qui n’attaque pas recule ; qui ne recule plus conquiert. Qui ne conquiert plus est conquis” (69). Saint Louis est glorifié, Philippe le Bel est fustigé parce qu’il ne voulait pas d’une nouvelle croisade et, du coup, “renonçait à toute colonisation de l’Asie musulmane”- comme si le roi de France pouvait avoir l’ambition d’un Alexandre Le Grand… alors que la nation française est en train de se constituer contre les empires et contre l’idée même d’empire.

 François Ier fait l’objet d’une exécution en règle, au cours de laquelle on lit que l’alliance du roi de France avec Soliman le Magnifique fait aujourd’hui l’objet d’éloges “de bon ton” alors qu’elle fut la conséquence d’une défaite qui “rend fou” (147) et constitua une “transgression inouïe” mais inefficace. L’alliance de 1536 avec l’empire ottoman fut au contraire immédiatement utile pour contrer les Impériaux en Méditerranée par des opérations menées avec la flotte du capitan pacha Khayr al Din plus connu sous le nom de Barberousse. L’alliance de revers est une très classique alliance entre Etats, qui laisse de côté les considérations religieuses et les modes de gouvernement. Déjà, en 1402, après la victoire de Tamerlan contre Bajazet, les rois de France et de Castille avaient envoyé une ambassade à Samarkand (2) en vue d’une alliance qui ne fut pas conclue car le terrible conquérant se mourrait. Entre François Ier et Soliman, l’alliance ouvrit la voie à une très longue période – deux siècles et demi – d’entente diplomatique et de coopération militaire qui prit fin avec l’expédition de Bonaparte en Egypte. Eric Zemmour devrait se souvenir qu’en 1566, Charles IX avait soutenu le projet d’alliance entre l’Empire ottoman et le protestant Guillaume Ier d’Orange (3) et que la France de Charles IX ne participa pas non plus à la bataille de Lépante en 1571. A partir de 1673, Louis XIV ne cessa d’encourager les Ottomans à attaquer les Habsbourg et, en 1683, souhaita très activement la prise de Vienne par les armées du Sultan. Le schéma d’une France chrétienne en guerre multiséculaire contre l’islam est remarquablement étranger à notre histoire diplomatique et militaire qui s’est affirmée dans la lutte de l’Etat royal, pré-national, contre toute volonté de domination impériale.

Dans “Destin français”, l’évocation des guerres de Religion est centrée sur la figure de Catherine de Médicis, fustigée au fil d’un récit partiel et confus, au mépris de la recherche historique. L’incontournable Denis Crouzet (4) est expédié en une ligne, les autres historiens sont accusés de défendre Catherine de Médicis parce qu’ils seraient, selon l’esprit du temps, “en quête de femmes et de diversité” (164). Jean-Christian Petitfils dément ce diagnostic lorsqu’il décrit Catherine comme “une femme d’Etat d’une rare intelligence, d’une exceptionnelle habileté face aux intrigues et aux trahisons des chefs catholiques et protestants, dans un contexte de violence généralisée […] Catherine avait compris que les querelles entre catholiques et protestants mettaient en péril l’unité fondamentale du royaume et que les persécutions ne parviendraient pas à éradiquer une hérésie déjà largement répandue en Europe” (5). 

Tel n’est pas l’avis d’Eric Zemmour qui ne voit chez Catherine que faiblesses suivies du coup d’autorité manqué de la Saint-Barthélémy. Pour le chroniqueur du “Figaro”, la faveur dont bénéficie la Florentine s’explique par la complaisance manifestée aujourd’hui à l’égard de la religion musulmane : “L’arrivée tonitruante d’une nouvelle religion, l’islam, sur le sol de France nous ramène aux questions de cette période de guerre des Religions, aux conflits, aux subversions, au fondamentalisme religieux et à l’Etat dans l’Etat, à son prosélytisme ardent et à ses places fortes banlieusardes […]”. Pour établir sa comparaison, Eric Zemmour oublie que la France du XVIème siècle est pleinement immergée dans le religieux alors que notre société n’est plus structurée par le catholicisme ; il ignore le “parti des politiques” qui est le parti de l’Etat et de l’unité du royaume, soucieux de limiter toutes les influences religieuses et de proscrire les partis religieux ; il ne veut pas voir que le parti catholique – la Sainte Ligue des Guises -, responsable de la première guerre de religion et des massacres qui suivent la Nuit de la Saint-Barthélémy, est un “Etat dans l’Etat”, qui exploite le fanatisme religieux dans l’intérêt dans de la maison de Lorraine. Dès lors, il ne veut pas voir que la dialectique du conflit religieux trouve sa conclusion positive dans l’Édit de Nantes, acte de souveraineté que le chroniqueur du “Figaro” considère comme une “faute”. Fallait-il donc que la guerre civile se poursuive jusqu’à l’éradication des Huguenots ? C’est bien ce qui est suggéré. Heureusement, l’alliance conclue entre Henri de Navarre et Henri III en butte au coup d’Etat ligueur du 7 janvier 1589 permit de réaffirmer la légitimité dynastique transmise in articulo mortis au Navarrais par le roi après l’attentat d’un moine fanatisé. J’ajoute que Richelieu, glorifié par Eric Zemmour, ne songea jamais à éliminer les Protestants du royaume de France (6).  

La Révolution française est représentée dans le livre d’Eric Zemmour par deux personnages : Mirabeau qui n’est pas “l’homme de la situation” parce qu’il veut concilier le roi et la Révolution et Robespierre, loué parce qu’il est homme de la nation, le patriote qui écrase la Révolution cosmopolite et humaniste. La Révolution française selon Zemmour est une révolution sans la Déclaration de 1789, sans les monarchiens, sans le débat sur les institutions mais avec une Vendée qui est le douloureux exemple de l’éradication révolutionnaire – une Vendée qui préfigure le destin de la France, “nouvelle Vendée” parce qu’elle est “une cible du grand équarrissage mondial”. Le rabotage zemmourien de l’histoire, à coup de comparaisons anachroniques, s’achève dans la petite littérature du désespoir : “comme Charette il y a deux siècles, ceux qui se lèvent pour prendre la tête de la résistance savent leur combat perdu d’avance” (307).  

Dans son dernier chapitre, le chroniqueur tente de faire la synthèse entre De Gaulle et Pétain, en reprenant la fable du “glaive” et du “bouclier” et la légende d’un Maréchal sauveur des Juifs français. Il serait trop long de démonter ici les procédés par lesquels Eric Zemmour tente d’établir sa thèse et je renvoie aux ouvrages des historiens spécialisés dans la période de l’Occupation (7) et au petit essai que j’ai récemment publié (8). 

Pour conclure, Eric Zemmour loue De Gaulle d’avoir assuré à la France “cinquante ans de paix” en négociant l’indépendance de l’Algérie. Mais la trêve est terminée et il nous est annoncé que la France “forge […] les jalons de ce qui sera sa prochaine guerre civile », selon “l’implacable et tragique destin français” (568). 

Tel est l’ouvrage, curieux assemblage de vrai, de faux et de même pas faux. Il faut le lire avant de reprendre, plume à la main, le discours prononcé par Eric Zemmour devant la Convention de la droite le 28 septembre. Devant un public qui paraît acquis, le chroniqueur du “Figaro” reprend sous une forme simplifiée et parfois durcie les principales thématiques du “Destin français” :

Le rejet du progressisme “liberticide” est total : il englobe les Lumières, la Révolution française, le radicalisme de la IIIème République et le libre-échange généralisé.

La dénonciation des médias est radicale : la télévision, la radio, le cinéma, la publicité, sans oublier les “chiens de garde d’Internet” forment un appareil de propagande “tyrannique” qui impose l’idéologie diversitaire.

Les institutions judiciaires forment un “appareil répressif de plus en plus sophistiqué” : “Les juges, conditionnés par la propagande de gauche dès l’École de la Magistrature, sont devenus les relais et souvent les complices des associations diverses à qui elles servent de bras armé pour racketter les dissidents et terroriser la majorité autrefois silencieuse et aujourd’hui tétanisée”.

Cette tétanisation des Français résulte d’une défaite historique qu’Eric Zemmour explique de la manière suivante : “Tous ceux qui se sentaient à l’étroit dans l’ancienne société régie par le catholicisme et le Code civil, tous ceux à qui on avait fait miroiter une libération et qui y avaient légitimement cru – les femmes, les jeunes, les homosexuels, les basanés, les juifs, les protestants, les athées – tous ceux qui se sentaient minorité mal vue au sein de la majorité des mâles blancs, hétérosexuels catholiques et qui ont joyeusement déboulonné la statue au rythme des déhanchements saccadés de Mick Jagger, tous ceux-là ont été les idiots utiles d’une guerre d’extermination de l’homme blanc hétérosexuel, catholique ». (…) le seul à qui ont fait porter le poids du péché mortel de la colonisation, de l’esclavage, de la pédophilie, du capitalisme, du saccage de la planète, le seul à qui l’on interdit les comportements les plus naturels de la virilité depuis la nuit des temps, au nom de la nécessaire lutte contre les préjugés de genre…”.

Après avoir critiqué l’indigénisme qui ramène à la guerre des races et des religions, Eric Zemmour expose sa philosophie de l’histoire : “Nous sommes ainsi pris entre l’enclume et le marteau de deux universalismes qui écrasent nos nations, nos peuples, nos territoires, nos traditions, nos modes de vie, nos cultures : d’un côté, l’universalisme marchand qui au nom des droits de l’homme asservit nos cerveaux pour les transformer en zombies déracinés ; de l’autre, l’universalisme islamique qui tire profit très habilement de notre religion des droits de l’homme pour protéger son opération d’occupation et de colonisation de portions du territoire français qu’il transforme peu à peu grâce au poids du nombre et de la loi religieuse en enclaves étrangères”. La suite est assez confuse car “… ce sont des civilisations qui s’affrontent sur notre sol dans un combat millénaire” mais les deux universalismes marchand et islamique se sont alliés pour nous détruire. Il y a “remplacement de son peuple par un autre peuple, une autre civilisation” et le “vitalisme africain a un drapeau tout trouvé : l’islam”.

D’où la question que pose Eric Zemmour à son public : “Les jeunes Français vont-ils accepter de vivre en minorité sur la terre de leurs ancêtres ?” S’ils s’y refusent, “ils devront se battre pour leur libération”. Or, on ne peut pas se battre pour l’ordre républicain, la laïcité, l’intégration, le droit d’asile, car ces mots n’ont plus de sens. Il faut que se dresse “le peuple français contre les universalismes” cosmopolite et islamique et qu’il s’affranchisse de la “religion des droits de l’homme et plus encore : “nous devons nous affranchir des pouvoirs de nos maîtres : médias, université, juges” afin de “restaurer la démocratie qui est le pouvoir du peuple contre la démocratie libérale qui est devenue le moyen, au nom de l’Etat de droit, d’entraver la volonté populaire”.

 Sans ignorer les problèmes économiques, monétaires, sociaux, Eric Zemmour affirme enfin que “la question identitaire du peuple français” précède toutes les autres questions, “elle préexiste à toutes, même à celle de la souveraineté, c’est une question de vie ou de mort” car “le peuple français est “menacé de remplacement sur son propre sol”.  

J’ai cité longuement le texte prononcé par Eric Zemmour afin que chacun puisse en mesurer la portée. On retient d’ordinaire la dénonciation de l’immigration et l’apologie de la “préférence nationale” mais le chroniqueur du “Figaro” dépasse de très loin la thématique du Front national devenu Rassemblement national. 

Nous sommes en présence d’un discours parfaitement réactionnaire qui fustige l’ensemble de la modernité, sans jamais indiquer comment remplacer les héritages complexes de la Révolution française et des régimes ultérieurs. Il y a la nostalgie d’un ordre catholique assorti du Code civil mais pas la moindre indication sur les structures d’une société délivrée de la modernité et assurant à l’homme “blanc, hétérosexuel et catholique” son épanouissement. Comme toute idéologie réactionnaire, celle d’Eric Zemmour repose sur un fantasme : jamais la société française “traditionnelle” ne s’est pensée comme blanche et hétérosexuelle. Quant à sa dénonciation de l’universalisme au nom du catholicisme, elle est proprement aberrante puisque le catholicisme est par définition universel.

Le fantasme réactionnaire conduit comme toujours à une attitude pessimiste, voire franchement nihiliste puisque, selon Eric Zemmour, la République et la laïcité n’ont plus de sens, puisque l’Etat de droit est une illusion pernicieuse. Ce nihilisme est radical puisque les grandes institutions – la Justice, l’Université – sont corrompues et passées à l’ennemi. C’est un nihilisme historique d’autant plus radical que la promenade d’Eric Zemmour dans l’histoire de France et ses aperçus sur l’histoire générale – pensée comme affrontement millénaire entre l’Orient et l’Occident – aboutit à un écrasement de toutes les réalités qui n’entrent pas dans le schéma. La Croisade selon Eric Zemmour, c’est toujours contre les musulmans, mais, par exemple, les peuples baltes massacrés par les Chevaliers teutoniques sont effacés de l’histoire. Eric Zemmour célèbre l’identité blanche du temps jadis, mais oublie résolument que le droit du sol ne tient aucun compte des différences qu’on appelle aujourd’hui “ethniques” et ignore non moins résolument les Français des Antilles, de la Guyane, de La Réunion.  Il célèbre la colonisation alors que pour la France ce fut un aspect très secondaire de sa politique au regard de la confrontation avec l’Allemagne. 

Le zemmourisme est un djihadisme inversé. Même nostalgie de la pure origine, même négation de l’histoire, même prétention folle à incarner le Bien, au nom du “monde chrétien” d’un côté, du “monde musulman” de l’autre – tous deux abusivement globalisés. Il n’y a plus de chiites et de sunnites ; il n’y a pas de conflits sanglants entre les pays musulmans alors que le Proche-Orient arabe se déchire sous nos yeux et les enjeux des deux Guerres mondiales disparaissent du champ… Dans le zemmourisme comme dans le djihadisme, il y a la même volonté belliqueuse et éradicatrice selon le fantasme de “conquête musulmane” ou de la “reconquête chrétienne”. Chacun se prépare à un bain de sang mais Eric Zemmour, prudent quand il est en public, n’appelle pas à la guerre civile : il désigne une logique implacable, un tragique destin que nous nous serions forgés. Cependant, le thème du “grand remplacement” est effectivement racialiste : au droit français de la nationalité,  il substitue une vision ethno-religieuse opposant les “blancs” de religion catholique et les gens à la peau diversement colorée qui seraient musulmans et djihadistes au moins d’intention.  

L’histoire étant par définition un anti-destin, le zemmourisme est une négation de l’histoire en tant que telle. Il en résulte une antipolitique. Quand on ne veut pas voir que l’islam s’est toujours inscrit dans des structures politiques – impériales, royales – et dans divers systèmes de relations internationales, on s’interdit toute action politique. Par exemple, la prétendue “guerre des races et des religions” exclut que la France puisse défendre, au Sahel, des États peuplés d’individus à la peau noire et généralement musulmans. Eric Zemmour se tire de cette difficulté en affirmant que la France a simplement repris son œuvre colonisatrice, faisant ainsi un superbe cadeau aux djihadistes sahéliens qui nous décrivent comme des colonialistes. Plus généralement, le fait de réduire l’islam aux sectes wahhabites et salafistes revient à dire que les conceptions littéralistes et extrémistes du Coran l’ont emporté et qu’il n’y a plus qu’à se préparer à la “guerre civile sanglante” (9) contre des musulmans qui seraient tous englobés dans cette totalité violente. De telles “analyses” effacent la sociologie de l’islam français et toute une actualité qui montre que les sociétés musulmanes, au Maghreb par exemple, résistent à l’extrémisme religieux. 

Il faut enfin s’interroger sur le statut d’Eric Zemmour. Qui parle ? Un journaliste et plus exactement un homme de médias, un homme qui doit sa notoriété à sa présence constante dans les médias depuis. Plus précisément, un homme qui doit son lancement médiatique à “On n’est pas couché”, une émission qui mêle l’information et le divertissement (infotainement) au mépris de la rigueur journalistique. Celui qui se présente comme un “dissident” est donc le produit du système médiatique “tyrannique” qu’il combat et au sein duquel, malgré son éviction de France 2 puis de RTL, il occupe toujours de confortables niches à partir desquelles il lance ses prophéties politiques. A la différence de maints économistes hétérodoxes qui ne sont plus invités dans les médias nationaux, Eric Zemmour mène ses activités prospères avec la permission du capitalisme mondialisé qui serait selon lui lié à l’islamisme radical. Telle est l’ambiguïté majeure d’un personnage qui tend la sébile d’une main tout en agitant de l’autre un cocktail Molotov, qui publie dans le paisible “Figaro” tout en préparant les “Français de souche” à la guerre civile. 

Plutôt que d’appeler à la censure d’Eric Zemmour, il faut l’inciter à être beaucoup plus présent dans l’espace public – en le priant d’assumer pleinement la radicalité de ses propos. Prendre ses responsabilités, c’est s’engager en politique et seule l’élection présidentielle serait à la mesure d’un personnage aussi considérable. Une candidature lui permettrait d’exposer clairement son projet pour la nation et de répondre aux questions des citoyens. S’il est vrai que l’Etat de droit est mort, par quoi remplace-t-on la Déclaration de 1789 et le Préambule de 1946 ? Doit-on du moins supprimer la liberté des opinions religieuses pour les musulmans ? Comment fabrique-t-on un Etat catholique dans un pays où moins de 5% des citoyens vont à la messe au moins une fois par mois ?  Sur quels critères précis fera-t-on le tri entre les citoyens considérés comme agents du “grand remplacement” et citoyens regardés comme victimes de celui-ci. Que fait-on des couples “mixtes” ? Car la guerre civile, c’est une activité très concrète : selon le quartier, on colle au mur les gens qui ont une cravate ou ceux qui ont une casquette, ceux qui n’ont pas le bon prénom, ou le bon accent, ou la bonne couleur de peau…

Craignons les littérateurs extrémistes, qui ne mesurent jamais la portée de leurs propos.                    

***

(1) Eric Zemmour, Destin français, Albin Michel, 2018. Les numéros entre parenthèses renvoient aux pages de ce livre. 

(2) J’ai évoqué cette ambassade dans ma Lettre de Samarkand publiée sur ce blog : http://www.bertrand-renouvin.fr/lettre-de-samarkand-chronique-93/

(3) Cf. Blandine Kriegel, La République et le Prince moderne, PUF, 2011 et ma présentation du livre : http://www.bertrand-renouvin.fr/republique-le-moment-hollandais-selon-blandine-kriegel/

(4) Cf. Denis Crouzet, La Nuit de la Saint-Barthélémy, Fayard, 1994.

(5) Jean-Christian Petitfils, Histoire de la France, Fayard, 2018.

(6) Cf. Arnaud Teyssier, Richelieu, L’aigle et la colombe, Perrin, 2014, et ma présentation du livre : http://www.bertrand-renouvin.fr/richelieu-la-difficulte-de-gouverner/

(7) Cf. Laurent Joly, L’Etat contre les Juifs – Vichy, les nazis et la persécution antisémite, Grasset, 2018 http://www.bertrand-renouvin.fr/collaboration-vichy-contre-tous-les-juifs/ et 2) François Delpla, Hitler et Pétain, Editions Nouveau monde, 2018 : http://www.bertrand-renouvin.fr/vichy-la-carte-de-la-vassalite/

(8) Cf. Vichy, Londres et la France, Le Cerf, 2018.

(9) Voir les déclarations d’Eric Zemmour sur i24news le 17 avril 2019 https://www.youtube.com/watch?v=kwWjOZfLNj

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17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 20:44

Lundi 11 juin en fin de journée, le maire de Bezons et l'association Bezons-West Bani Zeid (qui anime les relations entre la commune de Bezons et une collectivité de Cisjordanie) inauguraient une plaque commémorative dénommant une allée de la Nakba.

Le texte sur la plaque était le suivant :

« ALLÉE DE LA NAKBA
En mémoire de l'expulsion des 800 000 Palestiniens et de la destructions des 532 villages en 1948 par le criminel de guerre David Ben Gourion pour la création de l’État d'Israël.
 » (cf. illustration plus bas)

Je le dis tout net, la faute principale de cette plaque est la qualification par les responsables de l'événement de David Ben Gourion comme « criminel de guerre ». Non seulement c'est impropre juridiquement et faut historiquement et en cela c'est un point que je condamne avec énergie. D'aucuns diront que la traduction en arabe en-dessous est de mauvais goût, mais là on aborde un terrain glissant.

Il n'en reste pas moins que la Nakba, rigoureusement décrite par les deux premières lignes de la plaque, est une véritable tragédie humaine qui mérite non seulement d'être prise en considération, mais également qu'on cesse de la mépriser ou de la nier d'une manière ou d'une autre – objectif de tous ceux qui cherchent à faire croire que rappeler son existence équivaut à la volonté de détruire l’État d'Israël, à de l'antisionisme qui serait ici le faux nez de l'antisémitisme. Elle ne se rapporte pas comme certains veulent le faire croire à l'existence de l'Etat d'Israël en soi (cf. deuxième illustration plus bas).

Ainsi, je ne comprends pas une partie de l'argumentation du Préfet du Val-d'Oise pour exiger (ce qu'il a obtenu) le retrait de la plaque : en effet, celle-ci serait « une prise de position rompant ainsi avec le principe de neutralité républicaine dans le domaine international, domaine réservé à l’État en vertu des articles 52 et suivants de la Constitution, seul apte à à déterminer et s’exprime en matière de politique étrangère de la France. » ; par ailleurs, l’initiative serait « étrangère à tout intérêt communal […] et donc ne relève pas de [la] compétence de maire ». Est-il donc du domaine réservé de l’État de considérer qu'un fait historique avéré n'aurait pas le droit d'être dit ? En fait, il s'agit là de dire qu'on n'a pas le droit d'en parler parce que cela gêne un État tiers... De même, que vient faire l'intérêt communal pour dénommer des places : n'y a-t-il pas des places Mandela, des monuments aux rapatriés d'Algérie ou même une Place des Martyrs Assyro-Chaldéens (à Sarcelles, devant la cathédrale assyro-chaldéenne) ? Les deux arguments s'effondrent quand on dresse la liste des monuments en mémoire du génocide arménien ce qui a pourtant le luxe de déplaire au gouvernement turc (https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_m%C3%A9moriaux_du_g%C3%A9nocide_arm%C3%A9nien).

Le seule argument valable du Préfet – au regard du conflit en cours et de l'incapacité avérée d'aborder ce dossier avec calme et raison – c'était la menace de trouble à l'ordre public (renforcée il est vrai par la provocation inutile et détestable sur Ben Gourion). On peut dire que malgré le retrait de la plaque les faits lui ont donné raison (certains diront que cela a même légitimé dans leurs têtes les auteurs des débordements qui ont suivi), ce qui dit plus d'un malaise français sur ce sujet que cela n'engage selon moi la responsabilité du maire de Bezons et de son équipe.

Les premières attaques sont venues – on pouvait s'y attendre – du CRIF, passé maître dans son rôle depuis une vingtaine d'année de relais des positions des gouvernements israéliens les plus droitiers, de divers groupes de la droite nationaliste et de l'extrême droite israélienne et de leur relais en France, ou encore une ancienne conseillère régionale ex socialiste – signataire du manifeste « contre un nouvel antisémitisme » qui réussit à mettre mal à l'aise plus d'un militant antiraciste : elle écrit sur facebook que « le maire pense qu’il est important d’épouser les haines communautaristes et antisémites pour assurer son pouvoir. Alors en toute irresponsabilité, il importe le conflit israelo-palestinien sur un territoire fragile, où le niveau socio-culturel est aussi bas que le niveau de violence est élevé. »

C'est insultant pour les Bezonnais et j'apprends que j'apprends que mes voisins ont un niveau socio-culturel bas et qu'ils sont violents... Belle généralisation, belle insulte collective. Donc parler de la Nakba serait en soi « épouser les haines communautaristes et antisémites ». Je me permets de lui poser la question : quand Shlomo Sand, historien israélien reconnu, rappelle la réalité de la Nakba dans son ouvrage Comment la terre d'Israël fut inventée que l'université de Tel Aviv est construite sur le village d'Al Sheikh Muwannis envahi en 1948, vidé de ses habitants puis rasé, épouse-t-il les haines communautaristes et antisémites ? Quand il explique à juste titre, lui qui se revendique Israélien, dans son ouvrage Comment j'ai cessé d'être juif que le principal problème de l’État d'Israël c'est son incapacité à imaginer une identité et une citoyenneté proprement israélienne déconnectées de la religion et de la mythologie ethnico-religieuse (à ce titre, j'ai dû écrire voici quelques années un papier sur les différents moments ratés par Israël pour engager un véritable débat sur la Laïcité et que son instrumentalisation temporaire à des fins électorales par Ehud Barak nous avait fait reculer pour plusieurs dizaines d'années), Shlomo Sand épouse-t-il les haines communautaristes et antisémites ? Quand dans son ouvrage Comment le peuple juif fut inventé il déconstruit une immense partie de la mythologie sioniste (dont sont issues une bonne partie des problèmes intrinsèques de la société israélienne), épouse-t-il les haines communautaristes et antisémites ?

Quand on essaie d'aborder les problèmes posés à une société donnée, à une situation géopolitique particulière, il arrive forcément un moment où l'on est confronté à une forme de déconstruction des fictions (nécessaires) et des mythologies sur lesquelles cette société est fondée, toute société est fondée sur des fictions et des mythes. Dire cela à propos d'Israël et des conditions de son indépendance fait-il de moi ou de plein d'autres un antisémite, un anti-sioniste, quelqu'un qui veut détruire l’État d'Israël ou lui dénie le droit d'exister. Vu le nombre de fois où je me suis fait traiter de suppôt de l’État d'Israël, comptant Yitzhak Rabbin parmi mes « idoles », je me permets d'en douter.

À ce stade de la démonstration, je me permettrait d'ajouter pour mettre un terme à quelques raccourcis : quand une partie de la communauté juive ultra-orthodoxe (ce qui représente au bas mot quelques dizaines de milliers de personnes) manifeste pour dénoncer le sionisme et l'existence de l’État d'Israël (pour des raisons d'interprétation religieuse), ils sont évidemment antisionistes, mais sont-ils antisémites ?

Pour finir, je connais un peu Dominique Lesparre et la situation politique à Bezons. Lui-même et son équipe municipale ont toujours défendu l'existence des deux Etats dans les frontières de 1967. Il n'a pas besoin de flatter le communautarisme dans sa commune pour être populaire et être régulièrement réélus et avoir des scores flatteurs à d'autres élections que les municipales, un examen un peu sérieux de son électorat démontrerait que cela ne lui est pas utile. Il est simplement convaincu qu'il défend une cause juste – elle l'est – celle du peuple palestinien ; il manque sans doute parfois de retenue, le dérapage sur Ben Gourion le démontre, mais c'est une cause qui lui tient à cœur depuis des années et qui ne doit rien à une démarche électoraliste.

Malheureusement, on en serait resté au CRIF ou à l'ex conseillère régionale ex socialiste, ce ne serait pas si grave. Pendant une semaine, l'équipe municipale, les agents municipaux ont reçu des lettres, des appels téléphoniques d'injures, d'insultes, de manière insistante, répétée, organisée, puis des menaces de mort, répétées, insistantes, organisées, jusqu'à ce que finalement jeudi dernier on atteigne le climax avec une alerte à la bombe... Il y a bien des candidats à ce type de manœuvres écœurantes et inacceptables : le Betar, la Ligue de défense juive (LDJ), tout ce que compte comme relais en France les soutiens des partis d'extrême droite israéliens. Quand on pense que la LDJ est toujours autorisée en France alors qu'elle est interdite comme organisation terroriste aux États-Unis et en Israël...

Bien sûr, pas de condamnation affichée sur les réseaux sociaux, aucune réaction de la part de l'ex conseillère régionale, je n'ai pas vu non plus de communication publique du Préfet pour dénoncer les menaces, les insultes qu'on subit les élus et le personnel municipal, des agents de la fonction publique, et de leurs enfants (puisque les menaces sont aussi adressées aux enfants dont les nervis de l'extrême droite israélienne disent qu'ils les retrouveront). Pourtant, quoi que l'on puisse reprocher aux élus, ils ne peuvent être tenus responsables de tels débordements qui ne peuvent en aucun cas recevoir une quelconque justification. Ils sont proprement inacceptables et la Ville de Bezons, ses élus et ses agents mériteraient qu'on leur témoigne un minimum de solidarité face aux agressions qu'ils ont subi. Ces actes sont intolérables : l’État, les élus, les partis politiques devraient l'exprimer. Ce que je fais ici.

Pour ma part, sur ce sujet comme sur d'autres, je continuerai d'essayer d'aborder les débats sous l'angle de la raison.

Frédéric FARAVEL

la plaque commémorative incriminée

la plaque commémorative incriminée

extrait de "Comment la Terre d'Israël fut inventée" de Shlomo Sand

extrait de "Comment la Terre d'Israël fut inventée" de Shlomo Sand

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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 08:26

L'ancien président de la République n'a rien compris de ce qui lui est arrivé et du naufrage dans lequel il a conduit la France et la gauche.

Dans le livre Leçons de pouvoir qu'il publie et pour lequel il est entré en intense promotion médiatique, François Hollande a une fâcheuse tendance à réécrire l'histoire et à ne pas prendre le recul sur la politique qu'il a conduite en contradiction avec ses principaux engagements européens, économiques et sociaux. Ainsi il écrit "Par leur virulence, leur insistance, leur dissonance, les frondeurs finissent par ébrécher la solidarité indispensable à toute pédagogie. Ils minent notre crédit politique et incitent une partie de la gauche, celle qui nous conteste depuis l'origine et qui a en fait rompu avec l'Europe, à entonner le grand air de la trahison, pour proclamer l'insoumission". Dans une interview qu'il accorde à L'Obs, le socialiste étaye son propos avec des mots encore plus durs. "C'est parce qu'ils se sont obstinés à penser qu'une autre candidature que la mienne était possible qu'ils ont faussé les choix et laissé un espace à Emmanuel Macron", déclare-t-il. Et François Hollande de proposer sa propre lecture, forcément biaisée de la fin du quinquennat et de la présidentielle. "C'est un frondeur qui a gagné la primaire et ses 6% montrent bien que son positionnement à fait fuir les électeurs. Ce n'est pas ma politique qui a été condamnée, c'est la leur", assure-t-il.

Pourtant les électeurs ont tout à la fois sanctionné un système politique sclérosé et la politique qu'il a menée ; n'importe quel candidat socialiste aurait été sanctionné, portant les stigmates de l'un comme de l'autre. L'ancien Président oublieux des faits politiques de son propre quinquennat, je me permets donc de lui apporter une réponse argumentée pour démontrer que son quinquennat était déjà délétère avant même l'apparition d'une quelconque "fronde" parlementaire.

Avec un peu de chance, c'est sans doute la dernière fois que j'aurais besoin de répondre à l'ancien résident de l'Elysée.

François Hollande dans le JT de France2, mardi 10 avril 2018

François Hollande dans le JT de France2, mardi 10 avril 2018

Les « Frondeurs » sont-ils responsables de l'échec du quinquennat ?

C'est un discours repris régulièrement par les soutiens de François Hollande – Stéphane Le Foll en tête – et de Manuel Valls. L'échec du quinquennat serait de la responsabilité des « frondeurs », qui par leur indiscipline auraient terni l'image de l'action gouvernementale, du Parti socialiste et empêché les Français de percevoir la pertinence de l'action gouvernementale et ses résultats...

C'est un conte pour enfants difficile à soutenir pourtant. Revenons en aux faits.

Quelques faits politiques ressentis dès les premiers mois

Dès les élections législatives de juin 2012, le nouvel exécutif considéra que la volonté du PCF de ne pas participer à la majorité présidentielle – quand bien même il participait depuis septembre 2011 à la majorité sénatoriale de gauche – impliquait de ne plus appliquer la principe de désistement républicain. Les candidats sortants du PCF ont donc fait l'objet d'une concurrence violente de la part des candidat.e.s socialistes, certains décidant même de se maintenir au 2nd tour face à ces candidats. Par la suite, les reports de voix à gauche en pâtiront.

On peut d'ailleurs considérer que le signal envoyé aux lendemains de la présidentielle de présenter des candidat.e.s contre J.-L. Mélenchon et F. Bayrou, deux candidats à la présidentielle ayant appelé à voter François Hollande au second tour, a envoyé un signal négatif à une partie de l'électorat de second tour de celui-ci : tout devait être strictement soumis à l'Élysée et sa stratégie hégémoniste.

Les élections partielles de décembre 2012 (Hérault, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne), de mars, de mai et de juin 2013 (Oise, Lot-et-Garonne, Wallis-et-Futuna, Français de l'étranger) se sont toutes soldées par un recul fort des candidat.e.s de gauche (certains étant éliminés au soir du 1er tour par le FN – Oise et Lot-et-Garonne – ou faute de participation) et parfois une défaite des député.e.s sortant.e.s de la majorité présidentielle (Hérault, 1ère et 8ème circonscriptions des Français de l'étranger). Ces mauvais résultats étaient complétés par des défaites dans des cantonales partielles.

Le désenchantement entre l'électorat de gauche (qui choisit l'abstention) est donc bien antérieur à la « fronde parlementaire » et prend dès le départ un caractère assez massif.

L'impact des choix gouvernementaux

Tous les éléments qui vont suivre sont antérieurs à la « fronde parlementaire ». Ils expliquent pourtant la rupture entre l'opinion et l'exécutif.

1- l'Europe

Dès juin 2012, F. Hollande annonce qu'il ne demandera pas la renégociation du Traité européen pour stabilité, la coordination et la gouvernance, signé à l'initiative de Nicolas Sarkozy et d'Angela Merkel. Or c'est un des engagements majeurs du candidat Hollande. La ratification parle vote de l'Assemblée nationale le 9 octobre 2012 entraîne donc logiquement parmi les député.e.s socialistes 9 votes contre et 20 abstentions ; chez les député.e.s écologistes (EELV étant considéré comme l'un des partis les plus « pro-européens »), ce sont 12 votes contre et 2 abstentions (sur 17). Mais surtout, cela reproduit le même phénomène que lorsque Nicolas Sarkozy avait obtenu la ratification parlementaire du Traité de Lisbonne en dépit du rejet référendaire du TCE 3 ans plus tôt par les Français : les député.e.s de gauche et de droite votent de la même manière en contradiction avec la majorité des Français ou les engagements électoraux.

A la lecture de L'abdication, remarquable essai écrit par Aquilino Morelle (qui fut le conseiller spécial du président de 2012 à 2014) et publié en janvier 2017 après l'annonce de François Hollande qu'il ne se représenterait pas, on apprend par ailleurs que le candidat Hollande avait envoyé quelques jours après le discours du Bourget Emmanuel Macron comme missi dominici auprès des conseillers d'Angela Merkel à Berlin pour rassurer la Chancelière. Il les a assurés que la France avec François Hollande serait « raisonnable » : traduction, le discours du Bourget, c'est pour les Français et la campagne électorale, nous ne toucherons pas au TSCG.

Dans l'électorat de gauche du Nord et de l'Est de la France, sensible à cette question, la fracture deviendra irrémédiable ; les intentions de vote pour le FN vont y progresser fortement dans la foulée, non par euroscepticisme mais par écœurement vis-à-vis des responsables politiques.

2- le pacte de compétitivité

En octobre 2012, deux semaines après ce vote, se tient le congrès du PS à Toulouse. La prochaine remise du rapport Gallois a fait monter la rumeur de la mise en place d'une « CSG sociale ». Les leaders de la majorité du PS prennent position à la tribune contre cette éventualité, alors que la majorité parlementaire a voté peu avant l'abrogation de la « TVA sociale ». Jean-Marc Ayrault retardera l'annonce des mesures dont certaines étaient prévues pour le congrès (j'étais derrière lui lorsqu'il relisait son discours en même temps que Martine Aubry déclamait le sien à la tribune ; il était fascinant de le voir rayer des pages entières au fur et à mesure que la Maire de Lille dénonçait les menaces qui planaient). Quelques jours plus tard, il annoncera le pacte de compétitivité : un crédit d'impôt pour les entreprises financé par la hausse de la TVA, alors qu'on vient supprimer la « TVA sociale ». Le gouvernement Ayrault applique donc les mêmes recettes qu'il a condamnées pendant la campagne. L'électorat percevra négativement ce revirement. Dans cette même logique, F. Hollande annoncera en janvier 2014 le pacte de responsabilité, c'est-à-dire la transformation progressive du crédit d'impôt en baisse définitive de cotisations sociales pour les entreprises, donc impossible à conditionner ou à critériser.

3- l'abandon de Florange

Arcelor-Mittal a annoncé sa volonté de fermer les hauts fourneaux de Florange ; ils sont pourtant rentables. Ce sont les derniers de France. Après des semaines de psychodrame, alors que le ministre du redressement industriel Arnaud Montebourg assurait qu'il avait trouvé un repreneur français potentiel pour les hauts fourneaux, plaidant pour une nationalisation transitoire, J.-M. Ayrault annonce pourtant qu'il n'y aura pas de nationalisation temporaire ni de repreneur, les hauts fourneaux seront fermés et ne subsistera qu'une vague activité de recherche sur place.

Après des semaines de luttes, les dernières « gueules jaunes » sont humiliées, le monde ouvrier également.

4- la réforme fiscale avortée

Jérôme Cahuzac, ministre du budget, avait annoncé qu'elle était déjà faite ; personne n'avait rien vu, et pour cause... Il démissionne après le scandale, entraînant dans l'élection législative partielle qui suit (juin 2013) l'élimination du PS par le FN. La grogne des Français contre l'injustice fiscale (demi-part des veuves, gel du barème, augmentations d'impôts) est importante.

Six mois plus tard, J.-M. Ayrault se rappelle les promesses de campagne sur la réforme fiscale et annonce vouloir remettre à plat la fiscalité française... il espère ainsi gagner du temps alors que montent les rumeurs de son limogeage. Il reçoit le soutien de Maintenant la Gauche et de deux groupes de parlementaires PS, la « gauche populaire » et la « gauche durable ».

Finalement, les municipales passent, J.-M. Ayrault est débarqué, la réforme fiscale définitivement enterrée, car les baisses d'impôt ultérieures déséquilibreront plus encore l'impôt sur le revenu.

L'impact des élections municipales

En mars 2014, les élections municipales s'achèvent par une bérézina. Il n'y a pourtant eu aucune « fronde parlementaire » auparavant. L'ensemble de la gauche redescend au niveau qu'elle avait atteint en 1971. Ce sont les résultats de ces élections qui vont convaincre plusieurs parlementaires d'exprimer les désaccords qu'ils avaient tus jusqu'ici (à l'exception des parlementaires de Maintenant la Gauche) et de tenter de réorienter la politique du gouvernement.

Les études d'opinion ont montré que ces municipales avaient été la conséquences d'une abstention massive à gauche, par désaveu de la politique conduite notamment par les catégories populaires, concernant les conditions de vie socio-économiques. C'est très bien expliqué dans l'essai Karim vote à gauche et son voisin vote FN sous la direction de Jérôme Fourquet (publié avec la Fondation Jean-Jaurès aux éditions de l'Aube, octobre 2015). Ce dernier démonte notamment la fable d'un vote des électeurs d'origine africaine ou maghrébine « de culture musulmane » qui auraient selon certains voté à droite, voire au FN, à cause du mariage pour tous.

Les causes du choix de l'abstention massive de cet électorat (qui avait voté Hollande à 86% le 6 mai 2012) aux municipales sont clairement de l'ordre de considérations économiques et sociales (emplois, salaires, logement, transports, écoles).

Qui a défendu les positions du Parti socialiste ?

D'avril 2014 à mai 2015, un groupe de parlementaires socialistes conteste les dérives de la politique conduite par l'exécutif. Durant cette période, cela se ressentira surtout sur la Loi Macron et la Loi Rebsamen et quelques demandes de conditionner le CICE. C'est donc assez limité et cela aurait été anodin si M. Valls, contre l'avis d'Emmanuel Macron, n'avait pas décidé de faire passer le projet de loi de ce dernier par 49.3 alors que cela ne se justifiait pas. Anodin aussi, si Benoît Hamon, Aurélie Filipetti et A. Montebourg n'avaient pas été virés du gouvernement fin août 2014 pour n'avoir rien dit de plus que ce qu'ils disaient d'habitude. D'ailleurs, le plus critique était A. Montebourg – les deux autres étant très discrets – qui avait fait le 10 juillet 2014 à Bercy un discours bien plus offensif que celui qu'il tiendra à Frangy un mois et demi plus tard ; le 10 juillet cela n'avait eu aucune conséquence, allez comprendre...

En juin 2015, le congrès du Parti socialiste s'achève sur un vote majoritaire en faveur de la motion conduite par Jean-Christophe Cambadélis et rédigée par Jean-Marc Germain, un des chefs de file des « frondeurs ». Cette motion reprend de manière atténuée les principales revendications des « frondeurs », celles-ci apparaissant plus ouvertement dans la motion B rédigée par le rassemblement des « frondeurs » et de Maintenant la Gauche. Sont réaffirmées la mise sous conditions du CICE et la revendication de « rétablir la hiérarchie des normes et de renforcer le principe de faveur » en droit du travail.

Le 27 juillet 2015, le bureau national du PS a adopté à l'unanimité le rapport Germain sur la préparation du budget pour 2016, qui traduit concrètement les exigences du PS sur le budget en cohérence avec l'orientation adoptée par la motion majoritaire lors du congrès. J.-C. Cambadélis ne le défendra pas auprès de l'exécutif, pas plus que les présidents de groupes parlementaires.
Donc ce que l'on reproche aux « frondeurs » c'est d'avoir défendu lors du débat budgétaire les positions issues de la motion majoritaire conduite par J.-C. Cambadélis et signée par M. Valls, traduite dans le rapport Germain adopté à l'unanimité par le BN du PS. Ce sera de fait le dernier vote formel lors d'un BN du Parti socialiste après le congrès de Poitiers.

Lors de l'examen de la loi travail, ce que l'on reprochera aux « frondeurs », c'est de défendre la position de la motion majoritaire pour « rétablir la hiérarchie des normes et renforcer le principe de faveur ». Or la loi El Khomri était bien un processus de renversement de la hiérarchie des normes assumé et revendiqué comme tel par la cheffe de file des sénateurs socialistes sur ce projet de loi, Nicole Bricq. À l'Assemblée nationale, par ailleurs, les député.e.s considéré.e.s comme « frondeurs » n'étaient pas en nombre suffisant pour mettre à mal la majorité parlementaire pourtant bien affaibli de M. Valls (rappelons nous que ce dernier a provoqué de fait le départ des écologistes du gouvernement et l'hostilité de la majorité d'entre eux quant aux inflexions qu'ils donnaient à la politique migratoire et à sa volonté de remettre en cause la loi ALUR) : M. Valls a choisi d'utiliser le 49.3 car en fait il craignait des défections ou des abstentions de député.e.s considéré.e.s comme sûr.e.s jusque là, preuve que le trouble dépassait largement les rangs des « frondeurs ». Sans cet usage hasardeux du 49.3 pas de motions de censure de gauche, devenues inévitables après l'hystérisation du débat parlementaire et pour éviter que les député.e.s de gauche votent une motion de censure de droite (les deux ne s'additionnant pas).

Malgré toutes ces crispations, avez-vous entendu un électeur ou un citoyen vous demander la tête des « frondeurs » ? ou dénoncer la hausse du chômage ou des impôts ? Avec un corps électoral comparable à novembre 2011, si les électeurs de la primaire avaient voulu sanctionner les « frondeurs », auraient-ils préféré B. Hamon (entré tardivement en « fronde ») à M. Valls ?

* * *

La lucidité impose de le reconnaître : parmi les causes de l’échec du quinquennat, il y a le rapport trop peu critique aux institutions de la Ve République dans lesquelles tout est soumis à l'exécutif. Dans le même temps, renonçant à son autonomie, le Parti socialiste s’est rendu volontairement inaudible. Or le rôle du Parti socialiste, c’est d’être l’acteur vigilant de la transformation quand nous gouvernons.

De 2012 à 2016, le Parti socialiste au contraire a décidé de ne plus rien décider et d'aggraver le fait que le parti et ses groupes parlementaires vivent trop souvent de manière autonome, si ce n’est distante. Les dirigeants du PS auront à l'avenir tout à la fois la mission de porter l’orientation du parti et de s’assurer qu’elle se nourrit et irrigue tout à la fois le travail parlementaire tant à l’Assemblée nationale, qu’au Sénat ou au Parlement européen. Tout cela démontre bien la nécessité de rétablir un équilibre favorable au pouvoir législatif comme nous le proposions dans « L'Union & l'Espoir ». J'ai quelques doutes sur la capacité de la nouvelle direction du PS, mais nous allons lui laisser quelques semaines le bénéfice du doute.

Frédéric Faravel

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 09:50

Nous, militants socialistes d'Argenteuil et de Bezons, avons pris acte du soutien public de Philippe DOUCET, député sortant de la 5e circonscription, à Emmanuel Macron dès le premier tour de l'élection présidentielle.

Philippe Doucet dans les médias et sur le terrain a multiplié, comme Manuel Valls dont il était le porte parole, les actes effectifs de campagne contre Benoît Hamon le candidat investi par le Parti Socialiste et les écologistes pour l'élection présidentielle.

Philippe Doucet, malgré son communiqué de presse du 10 mai indiquant qu'il n'aurait jamais demandé l'investiture du parti d'Emmanuel Macron, a expliqué le soir même aux militants socialistes qu'il avait très sérieusement envisagé d'être le candidat d'En Marche ! Il n'a par ailleurs pas été capable de répondre aux questions qui lui étaient posées pour savoir dans quel groupe parlementaire il choisirait de siéger, si jamais il était réélu.

Nous pensions que Philippe Doucet aurait la décence de respecter les règles communes du Parti auquel nous appartenons qui impliquent logiquement que nous soutenions le candidat qu'il s'est donné. En trahissant nos règles collectives, il a trahi les militants socialistes d'Argenteuil et Bezons, trahi également les milliers d'électeurs de la circonscription qui ont participé aux deux tours de la primaire de gauche les 22 & 29 janvier 2017, qui pouvaient légitimement attendre des candidats et de leurs portes-parole qu'ils respectent la parole donnée.

Philippe Doucet ne peut donc plus prétendre être un candidat socialiste pour l'élection législative de juin 2017 ; les instances nationales du PS et sa fédération départementale ont été saisis de son cas : elles auraient dû dans les plus brefs délais lui retirer son investiture ; elles peuvent encore le faire. Par son attitude et sa décision personnelle, il a fragilisé les chances pour la gauche de conserver le siège de député de la 5ème circonscription du Val-d'Oise.

Pour notre part, nous en appelons donc aux militants socialistes, communistes, écologistes, aux « insoumis », aux sympathisants de gauche d'Argenteuil et de Bezons pour qu'ils se retrouvent sur une candidature de rassemblement à gauche, porteuse d'espoir pour nos concitoyens.

Nous considérons que dans les circonstances présentes et dans les délais trop courts d'ici le dépôt des candidatures officielles, seul Dominique LESPARRE, Maire reconnu et apprécié de Bezons, a les qualités nécessaires et suffisantes pour incarner cette candidature ; nous lui apportons donc notre soutien.

À nous tous désormais de construire l'alternative et de créer la dynamique.

Signataires :

  • Frédéric Faravel, membre du conseil national du PS et du bureau fédéral du PS 95 (Bezons)
  • Xavier Morin, membre du conseil fédéral du PS 95, directeur de campagne départemental de Benoît Hamon (Argenteuil)
  • Christian Gourdet, membre de la commission administrative de la section PS d'Argenteuil
  • Thierry Noiriel (Argenteuil)
  • Christelle Lévi (Argenteuil)
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