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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 19:17
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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 18:38

drapeaueuropeen.jpg

Les élections européennes qui se tiendront du 22 au 25 mai 2014 vont se dérouler dans un contexte particulier. Pour la première fois, le groupe parlementaire européen arrivé en tête sera prioritaire pour désigner le futur Président de la Commission Européenne, rare conséquence positive du Traité de Lisbonne.

Cependant, les multiples modifications institutionnelles et le discrédit croissant du Président sortant, le portugais José Manuel Durão Barroso, ont considérablement affaibli la Commission, passée au second plan derrière le Conseil européen et ses dirigeants conservateurs, qui ont mis en scène leur «lutte» contre la crise financière.

Dans le même temps, et conséquence des décisions prises en commun par la Commission et les gouvernements conservateurs, les citoyens européens n'ont jamais été autant distants de l'idée européenne. Cette défiance, cet euroscepticisme croissant, se traduit par la progression dans la quasi totalité des États membres des mouvements populistes et nationalistes, dans les élections nationales, les élections intermédiaires ou encore dans les enquêtes d'opinion en prévision du scrutin européen quand ce ne sont pas directement certains partis conservateurs membre du Parti Populaire Européen (PPE) qui jouent directement sur la xénophobie et/ou l'europhobie.

marine-le-pen-et-geert-wilders-ce-mercredi-a-la-haye-pour_1.jpgFN en France, UKIP en Grande-Bretagne, Aube Dorée en Grèce, AfD en Allemagne, Jobbik et Fidesz (PPE) en Hongrie, Forza Italia (PPE) et Lega Nord en Italie, PVV aux Pays-Bas, NVA et Vlaams Belang en Belgique, SD (anciens néonazis) en Suède, parti des Vrais Finlandais, etc. auxquels on peut ajouter l'ultra-conservateur PiS polonais. En Espagne, cela se traduit par le renforcement des égoïsmes régionaux (rien à voir entre la revendication d'une Catalogne républicaine revendiquée par l'ERC et une partie du PS catalan, d'une part, et la campagne pour une indépendance de repli plaidé aujourd'hui par le gouvernement CiU – membre du PPE – de la Généralité, d'autre part).

Certes, toutes les nations européennes traversent des interrogations sur leurs identités, bousculées par la globalisation. Mais jusqu'à la fin des années 1990, l'Europe avait été perçue comme une force face à la dérégulation présentée comme une conséquence irrésistible de la mondialisation libérale. Aujourd'hui, pour nombre de citoyens européens, l'Europe est considérée comme un «cheval de Troie» de cette mise en coupe réglée libérale.

La construction européenne s’est construite sur un rêve de prospérité partagée. Sous l'influence conjuguée et volontariste des gouvernements conservateurs et de la Commission Barroso, elle est aujourd’hui l’otage de politiques néo-libérales et de dérives technocratiques qui l’ont affaibli. On en connaît les conséquences : accroissement des inégalités, remise en cause en cause du modèle social acquis de haute lutte par les mouvements ouvrier et progressistes, démantèlement des capacités d’intervention de la puissance publique, réduction du périmètre des services publics.

Les peuples eux aussi sont mis en concurrence. Ils subissent l’austérité, inacceptable et dangereuse. Aucune solidarité effective, aucun projet commun ne donne sens à ce qui doit être la grande ambition progressiste du XXIème siècle.

Parallèlement, l’intégration politique fait du surplace. Les principes démocratiques de base sur lesquels l'Europe s'est fondée sont même remis en cause : la troïka, qui impose ses choix à une grande partie de l'Europe, sans aucune légitimité, sans rendre de comptes à quiconque, en est l'illustration la plus criante. La faiblesse persistante de la croissance, la désindustrialisation globale, la domination de la finance sur l’économie réelle ne tombent pas du ciel. Elles sont la conséquence de choix économiques et politiques impulsés par les conservateurs et les libéraux. Ils ont accéléré l’accumulation de la dette publique.

On nous avait promis l’Europe prospère, elle est austère. On attendait l’Europe démocratique, elle continue à être oligarchique. Quant à l’Europe sociale, elle est sortie des priorités.

Cette situation politique, économique et sociale explique ainsi largement le désamour croissant des citoyens européens avec l'Union Européenne, elle explique la progression des populismes et des replis xénophobes, mais aussi de l'abstention.

Cela dresse par ailleurs un triste constat : la gauche européenne, toutes sensibilités confondues n'apparaît pas de manière automatique comme un recours pour les classes moyennes et populaires face aux gouvernements conservateurs et à une Commission libérale.Les sociaux-démocrates ont eux-mêmes parfois accompagné la spirale qui a discrédité pour une part la construction européenne aux yeux des citoyens. Depuis nombre de partis travaillistes, socialistes ou sociaux-démocrates sont retournés dans l'opposition et ont commencé à réviser leur analyse sur les erreurs et les dérives commises au pouvoir. Le Parti Socialiste Européen lui-même a fait évoluer son approche politique – et le PS français y avait fortement contribué de du printemps 2009 à l'automne 2011 – et semble (enfin !) en avoir terminé avec l'habitude de la cogestion du Parlement européen avec des Démocrates-Chrétiens qui n'existent plus. Cela permettra sans doute de regagner les quelques points et sièges à Bruxelles et Strasbourg, qui avaient manqué en 2009 (année électorale historiquement basse pour le PSE) et qui avaient ainsi permis que le PPE distance largement le groupe S&D.

Il n'y a pas d'alternative efficace à gauche du PSE ; la gauche radicale européenne rassemblée (autant que possible, le parti de Jean-Luc Mélenchon a quitté les instances du Parti de la Gauche européenne présidé par Pierre Laurent, pour cause de désaccord aux municipales en France !?!) dans le PGE et le groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL).Il n'y a guère que Siryza et Alexis Tsipras – qui flirtent avec les 30 % – qui sortent du lot, sur les ruines du PASOK et de leur pays, grâce à une ligne politique forte et difficilement réductible aux caricatures que Jean-Luc Mélenchon voudraient faire avaler aux téléspectateurs français.

Une alternative est possible. Pour réussir, le combat européen que nous menons doit être assumé politiquement. Il faut donc faire vivre un vrai clivage droite/gauche et non plus pro ou anti-Europe. Le choix qui s’offre aux électeurs est :

  • - soit de continuer avec l’austérité, un budget de l’UE en recul (-5% pour 2014-2020), aucun espoir de soutien pour les pays les plus touchés par la crise ;

  • - soit de faire un autre choix avec les socialistes, à condition qu'ils arrivent à réunir la gauche et les écologistes, incarné par Martin Schulz, et qui propose plus de solidarité entre les pays, une politique économique européenne, la création de vrais leviers financiers européens (ex : renforcement/création de fonds propres, capacité d’emprunt de l’UE, assurance chômage européenne, etc.).

François Hollande avait eu raison lorsqu’il se disait prêt à une "tension amicale" avec la droite allemande ; on aurait apprécié qu'il conserve le même allant. La confrontation avec les droites européennes est nécessaire. C’est aujourd’hui qu’il faut construire un rapport de force avec les conservateurs, et Martin Schulz par le programme qu'il porte incarne aujourd'hui ce rapport de force et cette volonté de rassemblement des progressistes qu'on aimerait voir portés au niveau national.

Martin_Schulz.jpgAvec un parlement européen dominé par la gauche et donc Martin Schulz comme Président de la Commission européenne, nous pouvons espérer avancer sur des sujet cruciaux pour réorienter de manière concrète la construction européenne et réconcilier les citoyens avec elle.

1. La question sociale avant tout : vers un Traité Social Européen.

L’emploi et le pouvoir d’achat sont la préoccupation première de nos concitoyens. Malheureusement, la question sociale est restée à la remorque de la construction européenne. La lutte contre le chômage et les inégalités doit être la priorité de la prochaine étape de la construction européenne. Le "traité social européen", notamment porté par la Confédération Européenne des Syndicats (CES) doit donner pour buts aux politiques communautaires l’amélioration des conditions de vie et de travail, la qualité des emplois, la lutte contre les discriminations à l’embauche et dans les rémunérations, le dialogue social, le développement durable. Il doit garantir à tous les salariés dans l’Union européenne les droits fondamentaux que sont les droits du travail et le niveau de protection sociale, et instaurer le principe de la clause la plus favorable.

Mais surtout, il doit fixer un cadre de convergences progressives vers le haut des standards sociaux les plus importants comme la durée légale du travail, le salaire minimum. La création d’un SMIC dans chaque pays est importante mais ne saurait suffire pour combattre le dumpingsocial. L’écart entre les SMIC doit être réduit pour se rapprocher du taux le plus élevé.

Dans le cadre des traités existants, il faut interdire les pratiques de rémunération selon le « principe du pays d’origine ». Il faut exiger l’application de la directive « travailleurs détachés » et fixer un principe clair : l’obligation de respecter les lois et conventions collectives du pays où s’effectue le travail.

2. Suspendre le pacte de stabilité : la croissance et l’emploi d’abord.

La priorité à la question sociale va de pair avec l’impératif de relance de l’économie. Le pacte de stabilité et le TSCG sont deux verrous qui interdisent désormais aux gouvernements de disposer des moyens d’action nécessaires pour faire face à la crise. Le pacte de stabilité doit être immédiatement suspendu. Le rythme de réduction des déficits imposé par la Commission européenne actuelle finirait par provoquer des coupes sombres dans des dépenses publiques et sociales essentielles. L'austérité a démontré son inefficacité: elle contribue à augmenter la dette, pas à la réduire. Les peuples, les États et l'Union ne survivraient pas à la poursuite de cette politique suicidaire.

Le pacte de stabilité doit ensuite être réformé. Les dépenses d'investissements doivent être exclues du calcul des déficits, son fonctionnement doit rejeter la logique de sanction et introduire celle de coopération. Le dogme du 3 %, chiffre sans aucune valeur économique, doit être aboli. Le calendrier de réduction des déficits doit être réaliste et tenir compte du cycle économique et de la nécessité de lutter contre le chômage.

3. La BCE doit prêter directement aux États

Dans tous les pays européens, la montée de la dette publique est en premier lieu liée au déploiement des politiques de l’offre, centrées sur la baisse conjointe des dépenses publiques et des impôts. Les mesures fiscales favorables aux plus aisés ont essentiellement favorisé l’épargne des riches et n’ont pas provoqué l’effet annoncé sur la croissance. Il en a résulté une baisse des recettes fiscales et une montée des déficits. La crise a en second lieu fait exploser la dette à partir de 2008. Renonçant à prêter directement aux États, les banques centrales ont prêté aux banques qui elles même ont prêté aux pays avec des taux d’intérêt exorbitants, s’enrichissant au passage sur le dos des contribuables et des citoyens. Ces taux d’intérêt particulièrement élevés ont été des éléments déterminants de l’explosion de l’endettement. Une large part des dettes souveraines peuvent être ainsi considérées comme «illégitimes».

Au-delà, Il faut distinguer la bonne dette, celle qui finance le modèle de développement durable, de cette mauvaise dette. Cela justifie que, dans de nombreux pays, il faille restructurer la dette pour libérer des ressources nécessaires au financement de l’économie réelle. Et en tout cas, le temps est venu d’imposer aux banques centrales et à la BCE de prêter à nouveau directement aux États.

Le sort réservé aux peuples grecs, irlandais, portugais et espagnols reste inacceptable. Les «plans de sauvetage» de ces pays ne sont que des plans de sauvetage des grandes banques européennes détentrices des titres de leurs dettes publiques. Ce sont les peuples qui paient la facture avec les véritables plans de destruction sociale que leur impose la Troïka (Banque centrale européenne, Union européenne et FMI).

4. Un véritable plan de relance européen

Les «réformes structurelles» prônées par les conservateurs et les libéraux sont impuissantes face à la récession. Elles ont même entretenu une logique de déflation salariale qui a tué la demande intérieure européenne. Un New dealeuropéen est désormais à l’ordre du jour. Il doit s’articuler de politiques de soutien à la reprise adaptées à chaque État et d’un plan de relance à l’échelle européenne. Le retour de l’intervention de la puissance publique à tous les niveaux est d’autant plus nécessaire pour financer et planifier la transition écologique.

Il faut permettre à tous les pays de la zone euro de s’orienter vers la relance en faisant sauter les verrous budgétaires qui enferment leurs moyens d’action. En étant coordonnées, les mesures de soutien dans chaque État seraient nettement plus efficaces.

La relance doit également opérer à l’échelle Européenne, pour financer la convergence vers le haut de tous les pays et relancer la croissance dans toute l’Union. Pour cela, des euro-obligations pour financer les investissements d'avenir doivent être mise en œuvre. Le capital de la Banque Européenne d'Investissement doit être augmenté, pour lui permettre de développer ses activités de financement de la croissance. L'UE doit pouvoir recourir à l'emprunt et profiter de l'épargne privée pour financer ses grands investissements, en particulier pour la transition énergétique, et lutter contre les inégalités territoriales et sociales. L'emprunt s'impose comme la contrepartie logique à la mise en œuvre de l'harmonisation fiscale et sociale.

5. Renégocier budget européen

Hollande Strasbourg 05-02-2013Nous regrettons fortement que le Président de la République ait cédé face à Barroso, Merkel et Cameron sur la baisse incompréhensible du budget européenne à court terme (2013) et à long terme (perspectives financières 2014-2020). Un veto français aurait alors rouvert la discussion sur la base du budget 2013, moins restrictif que celui actuellement proposé par le Conseil et imposé l’ouverture, dès le renouvellement du Parlement européen, du débat sur la levée de ressources propres nouvelles et pérennes, financées par des impôts européens, voire, ultérieurement par des emprunts fédéraux.

Malgré cet échec du 1er semestre 2013, s'ils sont dirigés par la gauche, le Parlement européen et la Commission européenne doivent remettre le travail sur le métier.

Le budget européen représente seulement 1% du PIB de l'UE. Àtermes, la construction d'une Europe de la croissance et de l'emploi implique la mise en place d'un vrai budget d’intégration solidaire, représentant au minimum 5% du PIB européen.

La taxe sur les transactions financières doit être le premier de ces impôts européens. Celle-ci doit être élargie à tous les pays. D’autres ressources propres doivent être créées. Ces dernières pourraient provenir de la lutte contre la fraude fiscale, de la taxation des kilomètres parcourus par les poids lourds, ou encore de la taxation carbone aux frontières de l’UE.

6. Mettre la Banque Centrale Européenne au service de l’économie réelle

Par la force des choses, la BCE est intervenue au cours de la crise, dans les limites autorisées par ses statuts, pour éviter une panne générale de liquidité et enrayer la spéculation sur les dettes souveraines. Pour autant, une réforme de la politique monétaire européenne et des statuts de la BCE doivent doit faire de la croissance et de l'emploi les objectifs prioritaires de la BCE, dans le respect de la recherche d'une inflation contrôlée. L'indépendance absolue de la BCE est sans aucun équivalent dans le monde. Les socialistes doivent promouvoir l'idée d'une BCE responsable devant des institutions communautaires démocratiques.

La BCE doit pouvoir acheter directement lors de leur émission les titres des dettes publiques des États-membres de l’Union européenne, sans que ces États aient à subir les «conditionnalités» prévues par le Mécanisme européen de stabilité, c’est-à-dire les plans de destruction sociale qui frappent la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne et demain Chypre. C’est ce que font d’ailleurs toutes les banques centrales dans le monde, la Réserve fédérale des États-Unis, la Banque du Japon comme la Banque d’Angleterre.

7. Mettre fin à l’euro surévalué

L’action de la BCE peut aussi influencer le taux de change de l’euro face au dollar. Pour autant, la politique de change ne relève pas du champ de compétence de la BCE. C’est aux États, au sein du Conseil, que revient la mission de fixer le taux de change de l’euro. Le débat sur la politique de change de l’Union est malheureusement resté interdit. Or la surévaluation de l’euro nuit à l’économie et à l’emploi dans la plupart des pays de la zone euro. L’euro ne saurait être une monnaie au service des seuls pays qui réalisent des excédents commerciaux et qui entendent préserver le patrimoine de leurs épargnants (en l'occurrence des retraités allemands, électeurs d'Angela Merkel, dont les pensions sont fondées sur la capitalisation) grâce à une monnaie trop forte.

8. Encadrer le libre-échange, refuser le traité transatlantique.

La politique de change est un instrument de politique commerciale, au même titre que Les barrières au libre-échange incontrôlé.

Le libre-échange sans précaution a accru le phénomène des délocalisations. Il entretient une pression à la baisse sur les salaires et mis en cause la protection sociale des pays où le modèle social est le plus avancé. Nous devons tirer les conséquences de cette concurrence déloyale. Il faut réaffirmer la nécessité d’un tarif extérieur commun aux frontières de l’Europe en définissant les critères sociaux et environnementaux nécessaires pour préserver notre modèle social, la qualité de la vie et des emplois rémunérés à leur juste valeur.

Il est temps de proposer un accord européen sur la régulation des échanges de l’UE avec ses partenaires qui permettent l’instauration d’écluses sociales et fiscales.

Il faut suspendre les négociations pour un accord transatlantique. L’industrie européenne n’a rien à y gagner et beaucoup à y perdre. Les États-Unis viennent d’injecter des fonds publics considérables pour soutenir certains de leurs secteurs industriels qui, une fois modernisés, seront prêts à conquérir le marché européen. Pendant ce temps-là, l’Europe interdit les aides directes aux entreprises.

La mise en œuvre de l’accord transatlantique va à l’encontre du projet d’une Europe forte et indépendante dans un monde multipolaire. Elle ne saurait tomber dans le piège d’une alliance dite occidentale en face des pays émergents.

D’autres voies de coopération avec les États-Unis peuvent être promues mais l’accroissement du tout-concurrence n’est pas acceptable.

9. Une Union démocratique, par et pour les citoyens

Aujourd’hui, la crise en Europe s’est muée en crise de l’Europe. Il faut d’urgence organiser le saut démocratique qui restaure une capacité réelle des peuples à peser sur les décisions. Il est donc essentiel de renforcer les pouvoirs du Parlement européen et de mieux associer les parlements nationaux.

Le parlement européen doit être représentatif de la réalité démographique des différents pays. On ne peut continuer. Le rôle de co-législateur du Parlement européen doit être étendu à tous les domaines, la règle de l'unanimité au Conseil des ministres abolie. Les Parlements nationaux doivent être pleinement associés aux décisions budgétaires majeures, telles que les programmes de stabilité et les programmes de réforme.

Les changements de traités doivent faire l'objet d'une Convention, dans laquelle les citoyens sont représentés par leurs élus directs au Parlement Européen. Les peuples doivent pourvoir les ratifier par référendum. L'Europe ne peut fonctionner comme un espace diplomatique, dans lequel les intérêts des Etats prévalent sur celui du peuple. La représentation populaire, tant au niveau national qu'au niveau européen, doit être renforcée.

* * * * *

Choisir notre Europe avec une majorité de gauche est à portée de main

Socialistes, nous n’avons pas renoncé à l'Europe démocratique et sociale, l'Europe des travailleurs que nous espérons. Celle qui privilégie la coopération à la compétition. Celle de la construction de «solidarités de fait». Celle qui investit et prépare l’avenir. Avec Martin Schulz et le PSE, pour la première fois, la gauche est dotée d'un véritable agenda qui – si elle est en tête aux élections européennes – n'en fera pas l'otage des jeux gouvernementaux aujourd'hui dominés par les conservateurs et les libéraux.

Qui peut croire qu'un compromis avec Jean-Claude Juncker, qui a été pendant 18 ans Premier Ministre du principal paradis fiscal d'Europe, ou avec un Libéral respectable mais assumé comme Guy Verhofstadt, puisse faire progresser aujourd'hui notre Europe. Accepter une politique néfaste «pour éviter d’ajouter la crise à la crise» non seulement n’évite pas la crise mais l’aggrave. C’est cela aujourd'hui l'enjeu des élections européennes de 2014 : la confrontation démocratique avec la droite européenne qui veut condamner l’Union à l’austérité sans fin.

France_Info_sondage_14-05-2014.jpgLes téléspectateurs français ont pu se faire jeudi 15 mai une idée du fossé qui séparent les candidats conservateur et libéral de la gauche européenne. Aujourd'hui, l'élection va se jouer d'un cheveu et il serait dommage d'échouer à quelques mètres de l'objectif. Au 14 mai, le groupe PPE pouvait espérer 212 sièges contre 209 aux sociaux-démocrates. Dans cette configuration, si la coalition la plus solide se trouve dans le rassemblement des gauches européennes, les gouvernements conservateurs européens n'hésiteraient pas à appeler à la Présidence de la Commission le représentant du groupe PPE (Juncker), ce qui plongerait la construction européenne face à deux dangers mortels :

  • -> le retour à l'impuissance et aux jeux intergouvernementaux avec le maintien de la cogestion PPE-PSE ;

  • -> le rapprochement des conservateurs européens avec plus à droite qu'eux.

socialistes_vs_austerite.pngC'est donc à 4 ou 5 sièges que va se jouer l'élection. Et disons le sans fard, le groupe S&D pourrait rater de passer en tête à cause d'un mauvais résultat du PS français. Martin Schulz en a conscience et c'est pourquoi il est très présent en France. Il a été particulièrement confronté à la difficulté lors de sa visite à Lampaul-Guimiliau en Bretagne où les salariés du groupe GAD sont venus lui reprocher la politique menée par François Hollande. Martin Schulz a été forcé de déconnecter sa campagne de la politique conduite en France, car effectivement il y a une différence notable entre les propositions du PSE et les mesures du gouvernement Valls qui tente de faire de la France le bon élève de la Commission Barroso. Certains soutiens indéfectibles du Président de la République expliquent aujourd'hui que seule la victoire de la gauche au Parlement Européen pourrait desserrer l'étau dans lequel notre pays est tenu, avouant par la même le caractère néfaste des politiques conduites depuis l'automne 2012.

Donner une majorité à Martin Schulz en faisant élire quelques eurodéputés PS en plus, c'est surtout à la fois construire enfin la réorientation de la construction européenne et donner de la force à des responsables comme Pervenche Bérès, Emmanuel Maurel, Isabelle Thomas ou Édouard Martin entre autres qui plaident pour une nouvelle politique. Ensemble, avec toute la gauche européenne, le sursaut, c’est urgent.

Frédéric FARAVEL

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13 mai 2014 2 13 /05 /mai /2014 15:32

Mediapart.fr - 13 mai 2014 | Par Mathieu Magnaudeix

Mediapart_paroles_de_deputes_PS_13-05-2014.jpgCe sont des députés socialistes discrets, ceux qu'on ne voit pas à la télé. Ça ne les empêche pas d'avoir, eux aussi, leur avis sur la politique du gouvernement et de François Hollande. Certains se sont abstenus lors du vote du 29 avril sur le plan Valls de 50 milliards d'économies. Paroles de députés que l'on n'entend jamais.

en photo ci-contre : Geneviève Perrin-Gaillard

Parmi les 41 députés socialistes qui se sont abstenus mardi 29 avril sur les 50 milliards d'économie du gouvernement, il y a des élus de l'aile gauche du PS. Mais aussi des députés d'autres tendances qui s'abstenaient pour la première fois. Et ceux qui, tout en ayant voté ce plan, se posent beaucoup de questions. Ce lundi 12 mai, Manuel Valls a promis que les nouveaux foyers imposables allaient sortir de l'impôt sur le revenu, une revendication de nombreux députés très souvent interpellés à ce sujet par leurs électeurs. Et pour retisser les liens avec une majorité en colère, François Hollande pourrait bientôt recevoir les parlementaires pour une «opération papouilles», selon le porte-parole des députés PS, Thierry Mandon.

Chaque mardi matin, la centaine de parlementaires qui avaient signé l'appel des 100 pour un «nouveau contrat de majorité» au soir de la défaite des municipales vont se réunir afin d'infléchir la ligne du gouvernement. L'un d'eux, Christian Assaf, se dit même «prêt à discuter avec Mélenchon, mais sur un programme d’union».

Mediapart a tendu le micro à des socialistes que les Français ne connaissent pas beaucoup. Ils ne courent pas les plateaux télé, ne sont d'ailleurs pas toujours à l'aise avec les caméras. Mais ça ne les empêche pas de dire leurs doutes.

Télécharger ici l'article en pdf

Chantal Guittet (PS. Finistère).
Sa circonscription est celle de l'ex-abattoir Gad (Lampaul-Guimiliau).

Votes précédents :
TSCG (9 octobre 2012) : oui
Accord emploi (9 avril 2013) : abstention

Réforme des retraites (15 octobre 2013) : oui
Discours de politique générale de Manuel Valls (8 avril 2014) : oui
Plan de 50 milliards (29 avril) : oui

« La trajectoire n'est pas la bonne. Une politique de l'offre seule est profondément récessive. Je ne crois pas à la phrase de François Hollande, empruntée à l'économiste Jean-Baptiste Say, selon laquelle l'offre crée la demande. C'est faux. Devant les ministres il y a deux semaines, après l'annonce des mesures de Manuel Valls, j'ai parlé “brut de décoffrage” : j'ai ma liberté de parole, je ne suis pas du sérail. J'ai dit que reculer le plan pauvreté était inadmissible, que le projet de François Hollande, le discours du Bourget, ce n'était pas la politique de l'offre à tout prix. Il y a eu un virement, il faut bien l'admettre. Ont-ils raison ? Fondamentalement, je pense que non, même si l'économie n'est pas une science exacte.

« Avant le vote, j'étais le cul entre deux chaises, angoissée, ce n'est pas la première fois d'ailleurs. Je n'ai pas forcément passé une semaine tranquille. Ça m'a travaillé, ça me travaille encore. Je n'arrête pas de voir des gens qui ne mangent pas à leur faim, c'est insupportable, je me pose plein de questions sur les décisions que nous prenons. Mais j'ai voté pour. Je ne me voyais pas mettre le gouvernement en minorité, il y avait un risque. Et même s'il se trompe sur la trajectoire, celle des autres en face est pire encore.

« On me dit “vous êtes rentrés dans le rang pour sauver votre siège”. Mais je ne suis pas entrée en politique pour avoir un siège. Je suis venue à la politique par hasard, j'étais professeur de gestion à l'université, on m'a dit pourquoi “tu ne vas pas aux législatives” ? J'ai trouvé ça loufoque, et puis dans cette circonscription de droite, j'ai mis en 2007 le candidat UMP en difficulté au second tour, ça n'était jamais arrivé. Et en 2012, j'ai gagné. Mais si je ne suis pas réélue en 2017, c'est la démocratie. De toutes façons, je suis contre le cumul des mandats dans le temps et dans l'espace.

« Il y a beaucoup de choses que je trouve étranges dans le débat politique. Par exemple qu'on ne parle que de 2017 et du retour de Sarkozy, jamais de la pauvreté et pas beaucoup de sujets importants comme les travailleurs détachés. Quand on parle de milliards, ça ne dit rien à nos électeurs. J'aimerais qu'on mesure les conséquences concrètes de ces économies pour les ménages, et ça s'adresse aussi aux journalistes.

« Maintenant, il faut Bac +5 pour comprendre un discours politique, c'est devenu trop compliqué. Il faudrait davantage former nos concitoyens au droit et à l'économie. Les lois sont devenues incompréhensibles. Notre travail à l'Assemblée nationale lui-même est d'un autre siècle. On n'arrive pas à mobiliser les médias sur les sujets de fond que nous suivons au Parlement.

« Nos concitoyens, eux, c'est sur des choses très concrètes qu'ils fondent leur jugement. La fiscalisation rétroactive des retraités ayant eu une famille nombreuse, par exemple (elle a été votée dans le budget 2014, ndlr), c'est choquant surtout que nous avons reculé l'âge de la retraite. La demi-part des veuves supprimée, je suis d'accord mais alors il fallait augmenter les petites retraites. Quand je rencontre des veuves, seules quinze dans la salle sont imposables mais toutes pensent que ce gouvernement leur a volé quelque chose ! Tant qu'on ne remettra pas la fiscalité à plat, on aura toujours ce genre de problèmes.

« Dès maintenant, on pourrait être plus radical sur certains sujets. On ne devrait plus tolérer par exemple les dépassements d'honoraires des médecins. On devrait revaloriser le salaire des enseignants, des greffiers, des infirmiers, etc. J'espère qu'une fois qu'on aura apuré les comptes du pays, il y aura une nouvelle répartition des richesses. »

Philippe Noguès (PS. Morbihan).
Réclame une loi contre la sous-traitance anarchique des multinationales.

TSCG : oui
Accord emploi : oui
Réforme retraites : oui
Discours de politique générale de Manuel Valls : abstention
Plan de 50 milliards : abstention

« Avant le vote du plan Valls, il y a eu des pressions assez phénoménales. Des collègues nous en voulaient. On nous menaçait d'une dissolution. Depuis mon élection en 2012, je n'avais jamais vécu ça.

« Si je me suis abstenu, comme sur le discours de politique générale, c'est parce que la politique de François Hollande ne correspond pas à celle pour laquelle il a été élu. Mes votes ont eu des impacts en Bretagne, où les “hollandais” sont très implantés. La fête de la rose de la fédération socialiste du Morbihan qui devait se tenir chez moi a été annulée dix jours avant. J'ai organisé à la place un repas républicain, il y avait plus de monde ! Nous avons créé un vrai espoir à gauche, chez les gens qui ne se sont pas déplacés aux municipales.

« Je n'imaginais pas qu'on en serait là au bout de deux ans de pouvoir. Je veux bien perdre en 2017, mais dans ce cas sur mes valeurs, pas sur une politique de droite. Je regrette par exemple d'avoir voté le traité européen à l'automne 2012 : je venais d'être élu, on nous a promis que ce serait “un oui exigeant”, on voit aujourd'hui sa traduction concrète : la rigueur d'Ayrault est devenue sous Valls une politique d'austérité. Dans le plan de 50 milliards, ce sont juste les mesures les plus à droite qui ont finalement été gommées.

« Je suis entré au PS en 2006. Pour les législatives 2012, j'ai été choisi par les militants contre le candidat officiel. Je ne suis pas un apparatchik, j'ai été élu pour la première fois en 2012 après 35 ans de carrière dans le privé.

« Ces abstentions m'ont libéré. Maintenant, j'ai envie de faire comme je l'entends, avec la conscience de ma responsabilité. Je vais travailler sur les textes budgétaires à venir. Je ne songe pas encore à quitter le groupe PS. Mais pour l'avenir, je ne m'interdis rien. Si j'ai un jour le sentiment d'être face à un mur, si on n'arrive pas à infléchir la politique de l'intérieur, il faudra peser d'une autre manière et restera cette solution de sortir du groupe. Cela traverse l'esprit de plusieurs députés, c'est clair. Attend-on du groupe majoritaire qu'il soit un troupeau de moutons bêlants ? Le président doit se préoccuper de sa majorité. On est vraiment au bout de cette Vème République où le seul qui détermine la politique est le chef de l'État. »

Florent Boudié (Gironde), “hollandais”.

TSCG : oui
Accord emploi : oui
Réforme des retraites : oui
Discours de politique générale de Manuel Valls : oui
Plan de 50 milliards : oui

« J'étais au “club Témoin” de Jacques Delors et François Hollande pendant mes études à Sciences-Po Bordeaux dans les années 1990 : c'est dire si je suis “hollandais” de longue date. Cette ligne sociale-démocrate me correspond. Mais le discours de politique générale tenu par Manuel Valls aurait dû l'être dès 2012. Nous serions déjà passés à une autre phase du quinquennat. S'il y a un échec, c'est de ne pas avoir mis à profit la campagne présidentielle pour tenir un discours de vérité. Ce quinquennat risque d'être très déséquilibré, avec une seule phase de rigueur ponctuée de mesures de justice sociale.

« Les municipales ont été un électrochoc. Ça nous a porté un coup au moral. Des élus avec un très bon bilan se sont fait bananer. Les ravages sont profonds. Il y a une déception sur le rythme des réformes, sur l'exercice du pouvoir et aussi une demande de justice sociale. Mais nos concitoyens veulent aussi moins de dépenses et plus d'efficacité. Il est paradoxal de dire qu'ils veulent plus de gauche alors que c'est la droite et l'extrême droite qui profitent de nos faiblesses actuelles.

« Nous n'avions pas assez mesuré l'impact de la hausse de la fiscalité. En septembre 2012, Jean-Marc Ayrault a dit que 9 Français sur 10 ne seraient pas touchés par les hausses d'impôt, c'était le contraire ! Puis il y a eu la hausse de la TVA début 2014, qui avait été balayée d'un revers de la main pendant la campagne. C'est là que le système s'est grippé dans l'opinion. Sans compter ces “couacs” qui ont montré un problème profond d'exercice quotidien de la responsabilité publique.

« François Hollande n'avait pas un programme « étincelant » comme il dit, mais il avait donné, au Bourget notamment, le sentiment qu'il ferait ce qu'il avait promis. Nous avons fait le non-cumul, la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé tôt, etc., mais tout ça s'est effacé. Le plan de 50 milliards d'économies, je l'assume pleinement, tout comme la réforme des collectivités territoriales, la plus ambitieuse jamais essayée. Maintenant, il va falloir courber l'échine pendant au moins six mois. Les défaites (européenne, sénatoriale) vont s'ajouter à l'impopularité.

« Dans cette situation, nous ne devons pas paraître divisés. Nous ne sommes pas à la veille d'un congrès du PS. Parmi les 41 abstentionnistes, beaucoup ont voulu sincèrement sonner l'alerte mais d'autres avaient des stratégies plus personnelles, ça m'agace. Nous ne sommes pas là pour être des godillots, il faut des débats, mais dans la Cinquième République, la rébellion parlementaire est inutile. Chacun à notre niveau, nous sommes tous de petits caporaux : nous assumons collectivement la responsabilité. »

Suzanne Tallard (Charente-Maritime).
Proche de l'aile gauche du PS tendance Marie-Noëlle Lienemann.

TSCG : abstention
Accord emploi : oui
Réforme des retraites : abstention
Discours de politique générale de Manuel Valls : abstention
Plan de 50 milliards : abstention

« C'est l'injustice sociale qui motive mes votes. La réforme des retraites fait travailler les gens jusqu'à 67 ans : c'est impossible. Toucher les petites retraites, reculer le plan pauvreté, geler le point d'indice des fonctionnaires etc. : ces mesures prévues au départ dans le plan d'économies du gouvernement n'auraient même pas dû être proposées par la gauche. Manuel Valls est revenu dessus, c'est bien le moins.

« Mais sur le fond, le premier ministre n'a pas répondu à l'interpellation des cent députés dont je faisais partie. Le gouvernement mène une politique de droite atténuée. Donner des centaines de millions d'euros à la grande distribution sans contrepartie avec le crédit d'impôt compétitivité (CICE), c'est une injustice sociale flagrante aux yeux, par exemple, des petits retraités, et je crains que nos concitoyens ne s'en souviennent.

« Quand je me suis abstenue sur la déclaration de politique générale de Manuel Valls, avec dix autres socialistes, je m'attendais à ferrailler avec les militants. Ils m'ont dit “ne t'excuse pas”, ils m'ont même remerciée. Certains m'ont dit que notre vote les avait dissuadés de rendre leur carte du PS. Les européennes ? On connaît déjà le résultat. Le PS sera en troisième position, on va reculer, on le sait, comme on a perdu les municipales. Si le gouvernement avait mené une autre politique, on n'en serait peut-être pas là.

« Avec le gouvernement, nous sommes désormais dans un rapport de force. Ça me désole, mais c'est ainsi. La politique menée devrait être en accord avec les promesses de François Hollande : redresser la France dans la justice, le message de la campagne présidentielle, je suis à 200% pour. Nous continuerons, au sein de la majorité, à travailler pour démontrer qu'une autre politique est possible. La façon dont le gouvernement accueillera nos propositions décidera de nos votes.

« Je suis militante socialiste depuis 2002 et la défaite de Jospin. J'étais élue locale, je me suis dit alors : “faut y aller”. Le PS n'était pas en grande forme… aujourd'hui, je veux croire que ce parti reste ma maison. Je reste car j'ai l'espoir de le faire bouger. Je suis très triste. J'ai reçu une lettre d'une personne que je connais bien, me disant : “Suzanne, je ne voterai plus jamais socialiste.” C'est le genre de courrier qu'on n'oublie pas. Je sais que pour une personne qui m'écrit, il y en a cent qui pensent ça. Je me demande si nous n'avons pas déjà perdu 2017. »

Geneviève Gaillard (Deux-Sèvres).
Maire de Niort battue aux municipales.

TSCG : oui
Accord emploi : oui
Réforme des retraites : oui
Discours de politique générale de Manuel Valls : oui
Plan de 50 milliards : oui

« Les municipales ont été une violence, un choc. Il y a beaucoup de raisons à une telle défaite : le PS local qui a soutenu mes adversaires, les travaux dans le centre-ville, le fait que les écologistes et le PG soient partis seuls, cette fausse rumeur partie de l'extrême droite selon laquelle je faisais venir des hordes de populations noires dans ma ville. J'ai aussi été une victime du genre : quand elle prend des décisions, une femme est forcément autoritaire, alors qu'un homme, lui, est courageux.

« Et puis, bien sûr, il y a la politique nationale. Les électeurs nous ont passé des messages : “gauche et droite c'est pareil”, “Hollande a fait des promesses qu'il n'a pas tenues”, “vous faites la même politique que Sarkozy”. Des gens de gauche nous ont dit que certaines positions, par exemple celle du premier ministre actuel sur les Rroms, les ont choqués.

« Je fais partie des députés qui avaient signé la lettre pour une autre politique. Je ne suis pas sûre que cette politique de l'offre qui oublie la demande donne autant de résultats qu'on le dit. C'est vrai, la gauche doit évoluer, le monde a changé, on ne peut plus raser gratis. Mais j'aurais aimé que François Hollande soit plus offensif sur l'Europe, qu'on n'enterre pas la réforme fiscale, qu'on lance la réforme territoriale sans tous ces atermoiements. Dans les mois à venir, la suppression de la majoration retraites pour les parents de familles nombreuses va être calamiteuse, tout comme les effets de la suppression de la demi-part pour les veuves. Je suis pour une Sixième République, on n'en entend plus parler, c'est dommage. J'étais députée sous Jospin, on était mieux traité. Il paraît que ça va changer.

« Fallait-il voter le pacte Valls ? J'ai hésité, jusqu'au dernier moment. Mais je ne voulais pas mettre le gouvernement en difficulté. Je ne suis pas sûre que les électeurs trouveraient leur compte si la droite revenait au pouvoir. J'ai la faiblesse d'être collective et loyale. Je ne quitterai pas le PS, où je suis depuis trente ans. Pour faire quoi ? Le Front de gauche, c'est non. Les écolos ? C'est autant le bordel chez eux que chez nous. Je préfère travailler de l'intérieur. Mais pourquoi le PS n'écoute-t-il pas plus les gens qui ont des choses à dire, les économistes atterrés ou Pierre Larrouturou, le fondateur de Nouvelle Donne ?

« Parfois je me dis que tout ça est un immense gâchis. On avait tout, les régions, les départements, les communes, vous vous rendez compte du tabac qu'on aurait pu faire ? Tout est anéanti. Et on peut même aller encore plus bas. Pour 2017, je pense que tout est possible. Y compris changer de candidat. Mais qui peut dire aujourd'hui quelle sera la situation à ce moment-là ? »

Stéphane Travert (Manche).
Député de Flamanville (aile gauche du PS, tendance Hamon)

TSCG : abstention
Accord emploi : non
Réforme des retraites : abstention
Discours de politique générale de Manuel Valls : oui
Plan de 50 milliards : abstention

« C'est parce que les leçons des municipales n'ont pas été suffisamment tirées que certains d'entre nous se sont abstenus sur le plan d'économies. Je suis d'accord pour être pragmatique, parler aux entreprises. Mais ça n'empêche pas d'avoir des convictions de gauche et de parler à notre électorat. Aux municipales, ce sont bien souvent trente ans de travail militant qui ont été mis par terre.

« Nous avions rassemblé notre camp à la présidentielle. Mais aux municipales, la gauche ne s'est pas déplacée et la droite s'est beaucoup mobilisée. Notre électorat est déstructuré, les gens sont déçus et rejettent la classe politique. Nous devons désormais reconstituer notre base électorale en poussant le curseur. La population ouvrière de Flamanville, les petits retraités, c'est à eux que je m'adresse sur le terrain. Nous devons expliquer ce que nous faisons, même si on n'y est pas toujours aidé quand des gens comme Cahuzac, ou récemment un conseiller du président de la République, viennent détruire le travail militant et trahir l'idéal de République irréprochable.

« Pour les européennes, je fais campagne pour que notre camp se déplace. En 2005, j'ai milité pour le “non” au référendum, et dans mon département il l'a emporté largement. C'est difficile d'expliquer ce que fait l'Europe, dont les fonds soutiennent pourtant des secteurs importants dans ma circonscription, comme la pêche.

« Dans le nord-ouest, chez moi, Marine Le Pen est candidate pour le Front national. Elle met en avant des propositions qui ne vont pas dans le sens du rapprochement des peuples, de la cohésion sociale et républicaine. Elle n'a jamais vraiment pris position sur la question des travailleurs détachés, elle ne travaille pas au Parlement. C'est plus facile de dire comme elle le fait que l'Europe est la cause de tous les maux, d'en appeler à de vieilles lunes. Pour nous, la campagne n'est pas facile. »

Kheira Bouziane-Laroussi (Côte-d'Or)

TSCG : oui
Accord emploi : non
Réforme des retraites : oui
Discours de politique générale de Manuel Valls : oui
Plan de 50 milliards : abstention

« Les 41 abstentionnistes, on nous a traités de “djihadistes"… mais si nous nous sommes abstenus, c'est au nom du progrès social promis en 2012. Je suis économiste de formation, je connais l'entreprise. Mais le patronat français est un vrai enfant gâté : ce n'est jamais assez.

« Je l'ai dit à François Hollande : si vous voulez rapprocher les deux sensibilités de la majorité, il suffit que le pacte de compétitivité comporte des contreparties. On a déjà fait le CICE sans contreparties. Les grandes surfaces vont en bénéficier alors qu'elles ne sont pas soumises à la concurrence internationale, c'est un scandale. On demande aux Français de faire des efforts mais en face, il y a quoi ? Les 50 milliards d'économie vont se traduire par des réductions dans les collectivités, l'investissement public, la sécurité sociale. J'attends avec inquiétude de savoir où on va couper : les hôpitaux sont déjà en difficulté !

« Lors des municipales, les électeurs de gauche nous ont passé un message clair : “ce qui se passe au niveau national ne nous plaît pas”. Ils vont le redire aux européennes. Les Français sont prêts à faire des efforts, ils sont réalistes, même les plus modestes d'entre nous… mais si c'est juste pour satisfaire les 3%, ça ne leur parle pas. Il nous faut un peu d'utopie, c'est ça qui manque ! Comment voulez-vous que les gens qui tirent la langue et cherchent du travail ne trouvent pas honteux de voir les salaires que s'octroient les grands patrons ?

« On a voté de belles lois, le mariage pour tous, l'égalité femmes-hommes, les avancées sur les stages… Mais tout ce travail n'est pas visible parce que la croissance n'est pas là et nos concitoyens tirent la langue. Et puis il reste beaucoup à faire pour améliorer le système éducatif, les retraites. On savait que ça allait être difficile, mais à ce point… J'ai parfois des moments de découragement, pourquoi le nier ? Mais je ne suis pas résignée. Les attentes des Français étaient très fortes, c'est difficile de les satisfaire. »

Jean-Patrick Gille (Indre-et-Loire).
Spécialiste des questions d'emploi.

TSCG : oui
Accord emploi : oui
Réforme des retraites : oui
Discours de politique générale de Manuel Valls : oui
Plan de 50 milliards : abstention

« Quand vous êtes parlementaire sous la Vème République, vous êtes soit godillot soit trublion. Je ne suis ni l'un ni l'autre. Le vote du 29 avril était l'occasion de faire un vote sur le pacte de responsabilité, et nous avons saisi l'occasion. Nous avons dit que l'exécutif devait avoir un débat avec son Parlement, comme dans toute démocratie normale. Nous avons ce problème dans nos institutions d'un président de la République qui s'occupe de tout, la guerre au Mali, les sommets européens, la crise en Ukraine, le chômage, il répond à Bourdin à la radio et gère l'affaire Leonarda, ce n'est pas possible !

« Notre rôle, c'est aussi de représenter les électeurs. Leur demande est contradictoire ; ils veulent à la fois plus de gauche et qu'on aide les entreprises. C'est notre boulot de gérer les contradictions, sinon ça part en vrille.

« Je ne suis pas au RSA mais je ne vis pas sur l'Olympe non plus, je connais la vie des gens. Et en ce moment, ils ne se sentent pas représentés à gauche, même s'ils l'expriment souvent en nous disant qu'on est coupés de leurs réalités ou qu'on est des salauds. Globalement, les 60 propositions de François Hollande ont été tenues, mais à une exception majeure : la politique sociale et économique. On ne fait pas la grande réforme fiscale, à cause de Bercy comme d'habitude. On avait dit que le coût du travail n'était pas un problème majeur, avec le CICE on change de politique en quelques jours, par amendement. D'ailleurs, je n'avais pas voté “pour” ce jour-là.

« Et maintenant on nous parle d'exonérations massives dans le pacte de compétitivité, des exonérations qui ne sont jamais évaluées. Il y a une soumission à une doxa techno-libérale portée par Bercy. Ceux qui sont au sommet de l'État n'arrivent pas à résister. Est-ce l'effet de caste ? La promotion Voltaire ? En attendant, il y a un renoncement politique.

« Je suis pour la réduction des déficits, pour des comptes sociaux à l'équilibre pour maintenir notre protection sociale, voire des gels temporaires de progression des retraites ou du salaire des fonctionnaires. Mais à la longue, c'est récessif. Et puis quelle efficacité de la politique dans laquelle on s'engage ? Total et Sanofi, qui affichent des profits conséquents, vont recevoir des chèques très importants dans le cadre du CICE.

« Quant à l'exonération totale des charges sur le Smic (annoncée par Manuel Valls dans son discours de politique générale, ndlr), c'est la fausse bonne idée par excellence. On donne 10 milliards d'exonérations supplémentaires sur les entreprises, c'est l'équivalent du budget de la politique de l'emploi en France, hors la formation professionnelle ! Et ça revient à dépenser 45 000 euros par emploi créé. Ça fait cher ! Pour créer 200 000 emplois, autant faire des aides ciblées attribuées aux entreprises qui ont embauché des salariés supplémentaires pour éviter les effets d'aubaine ! L'argent englouti là-dedans ne sera pas mis dans la réduction des déficits ou dans les investissements. Sans compter le risque de créer des pièges à bas salaires. »

Catherine Beaubatie (Haute-Vienne)

TSCG : oui
Accord emploi : oui
Réforme retraites : oui
Discours de politique générale de Manuel Valls : oui
Plan de 50 milliards : oui

« Limoges, ma ville, était à gauche depuis 102 ans. Elle est passée à droite. Nous avons décroché de 26 points au premier tour. Dix points sont sans doute dus au contexte national. En plus des divisions, il y a aussi une certaine usure de la municipalité, une envie d'alternance. Mais au fond, tous les socialistes ont perdu car Limoges est une ville emblématique du socialisme. Nous devons évidemment nous poser des questions.

« Après, on ne gagne jamais contre son camp : nous faisons des choix, nous devons les assumer. On peut débattre, mais à un moment il faut trancher et c'est la décision de la majorité qui s'applique. Comment peut-on accorder la confiance à Manuel Valls le 8 avril et s'abstenir moins d'un mois après ? C'est laver plus blanc que blanc et faire passer les autres pour des godillots. Je ne suis pas béate. Bien sûr, la militante socialiste que je suis a parfois envie de renverser la table.

« On nous dit “vous n'êtes pas allé assez loin sur la réforme bancaire, la fraude fiscale, la finance”. Je l'entends. Mais la France n'est pas seule au monde. Et puis il y a la dette et le déficit. Tant que nous avons ces boulets aux pieds, la confiance ne reviendra pas. Les Français sont inquiets, ils ont peur de l'avenir pour eux, leurs enfants, leurs petits-enfants et veulent du pouvoir d'achat en plus. Nous sommes dans une situation jamais connue de crise économique et nous devons gouverner le pays avec des Français désabusés et qui n'ont plus de repères. Je plaide pour une vraie réforme fiscale. Des gens à petits revenus sont imposés alors qu'ils n'auraient jamais dû l'être.

« Bien sûr, je ne vais pas vous dire que je suis à l'aise dans mes baskets quand je vois et que j'entends ce que nous disent les électeurs. Mais justement Manuel Valls a envie d'aller au bout des réformes économiques, de la réforme territoriale. Il a du courage. Nos concitoyens nous jugeront dans trois ans. »

Richard Ferrand (Finistère)

TSCG : oui
Accord emploi : abstention
Réforme retraites : oui
Discours de politique générale de Manuel Valls : oui
Plan de 50 milliards : abstention

« Je ne suis pas un gauchiste exalté. Mais avant de mobiliser 50 milliards d'euros, on peut quand même savoir comment cibler au mieux, surtout quand l'État n'a pas un rond ! Qu'on fasse le CICE, qu'on aide les entreprises, 1000 fois oui. Mais pourquoi en faire bénéficier la grande distribution, des assurances, les banques qui ne sont pas des entreprises de production ? Ça n'a pas de sens et on n'a jamais pu en débattre.

« Je veux bien entendre des arguments mais pas obéir à des ordres. Le contrat de majorité que nous demandions s'est transformé en ordre de mission. Et puis il y a ce fétichisme des 3% de déficit, alors que même la Banque centrale européenne s'inquiète des risques de déflation ! Je m'inquiète de l'impact asthénique, récessif des mesures que nous prenons. On ne peut pas ajouter de l'injustice à l'inefficacité.

« Je me rappelle que j'ai été élu dans la continuité du discours du Bourget. Mais récemment, un électeur m'a dit “Quand Hollande au Bourget parlait de son ennemi, je ne pensais pas que c'était de moi qu’il parlait.” C'est vrai que François Hollande paraît désormais très déterminé dans sa volonté de mener sa politique, c'est assez courageux. Mais je ne n'oublie pas sur quoi nous avons été élus. En Bretagne ces derniers mois, il m'est arrivé de sonner le tocsin (Richard Ferrand s'était inquiété du climat social en Bretagne avant les Bonnets rouges, ndlr), je ne voudrais pas sonner le glas ! L'ADN de la gauche, c'est réduire les inégalités, pas "faire des gestes" de justice sociale. La gauche qui fait des gestes, c'est moi qui ai envie de lui en faire, des gestes. On ne peut pas continuer avec ces mesures qui ont abouti à rendre imposables des gens qui n'ont pourtant pas gagné un centime de plus.

« Pour les européennes, je suis assez inquiet. Parviendrons-nous à faire comprendre l'enjeu de cette élection ? Que desserrer l'étau européen peut nous permettre de travailler différemment ? Ça sent la rebelote après les municipales, même si le pire n'est jamais sûr.

« Je ne désarme pas. Après les municipales, rien ne peut être comme avant. Il faut que l'exécutif nous entende. Si le gouvernement veut que nous devenions les VRP de sa politique, il doit nous convaincre de la qualité de sa politique. Nous ne demandons pas de faire la révolution, nous demandons de discuter.

« Je n'ai pas envie de quitter le groupe PS. Je crois à l'intelligence collective des socialistes. C'est là que nous devons être féconds. Manuel Valls doit écouter et pas rejeter : nous voulons qu'il réussisse, avec nous tous ! François Hollande, mieux que quiconque, nous connaît très bien. Un bon manager utilise toutes les qualités de ses troupes. J'ai encore confiance dans notre exécutif, pourvu qu'il passe plus de temps avec ceux qui “sentent” et proposent qu'avec ceux qui "savent” et disposent... avec le succès que l'on sait.

« Mais je n'accepterai pas qu'on nous dise indéfiniment “vous devez voter ça”, et que face à nos réticences le gouvernement se contente de montrer les dents. Les esprits libres ont toujours nourri la force de la gauche. Les fan-clubs ont toujours fini en clubs fanés. »

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12 mai 2014 1 12 /05 /mai /2014 18:49

Voici une initiative intéressante relayée par Mediapart.fr qui appelle aujourd'hui à "un nouveau souffle pour l'Europe". Leurs propositions convergent avec les exigences répétées des socialistes français et européens et pourraient nourrir une véritable réflexion sur la nécessité de la réorientation de la construction européenne, que François Hollande semble avoir totalement négliger depuis 20 mois. Elle croise les propositions que Maintenant la Gauche avait faites pour la convention Europe et que la direction du Parti Socialiste avait refusé de soumettre au vote des militants au printemps 2013.

à suivre donc...

Frédéric FARAVEL

logo-euro20130.pngConseillers de responsables européens, conseillers dans les représentations nationales auprès de l'UE, assistants parlementaires, membres des services des institutions, professionnels des affaires européennes dans le secteur privé à Bruxelles, le groupe Euro2030 lance un appel à repenser le « contrat social européen ».


L'Europe n’est pas à la hauteur de ses promesses, alors qu’elle est le bon niveau pour agir dans de nombreux domaines ! Tel est le message que nous, jeunes professionnels des affaires européennes de divers pays, souhaitons faire passer à travers une série de propositions qui nous paraissent incontournables pour redonner sens au projet européen. Une autre voie est possible et, contrairement à une opinion répandue, le débat existe au sein de la « machine » européenne, l'envie de changement aussi. 

L’euro, dont les enquêtes d’opinion montrent qu’il est devenu le principal pilier de l’identité européenne dans les Etats qui l’ont adopté, a suscité une attente considérable. Pourtant, force est de constater que les modes de prises de décisions ne sont plus en phase avec cette attente et continuent trop souvent de relever de la négociation diplomatique entre Etats plutôt que du débat et de la responsabilité démocratique devant les citoyens. Un cercle vicieux s'est ainsi installé entre un déficit exécutif empêchant l'Europe d'agir et un déficit démocratique qui produit chaque jour plus de rejet et de tension. L’intégration européenne risque de ne plus être soutenue par  les peuples, appauvris et tentés par le repli national, voire nationaliste. Cent ans après les atrocités de la grande guerre, ce serait un terrible gâchis. Il s’agit donc de repenser le contrat social européen pour qu’il soit à la hauteur du choix politique de l’euro en concrétisant la responsabilité et la solidarité qu’il implique. 

Prolongeant et approfondissant les travaux du groupe allemand Glienicker et du groupe français Eiffel, nous présentons 50 propositions à l’intention des citoyens et des décideurs politiques, nationaux ou européens. Nous faisons le choix délibéré d'une liste de propositions, car nous croyons qu'aux déclarations d'intention politiques, il s'agit maintenant d'adosser des propositions concrètes. Nous pensons qu'un changement de traité est inéluctable car les institutions et certaines politiques ont besoin d'être reformées en profondeur. Mais tout n’en dépend pas et nous pouvons commencer à avancer à traité constant.  

De notre point de vue, l’Europe souffre aujourd’hui de l’entre-deux dans lequel elle est maintenue : deux visions s'affrontent entre ceux qui voient en l'Europe un grand marché et ceux pour qui l’Europe est avant tout un projet politique dont l’euro est le symbole le plus fort. Une clarification s'impose. 

Aux intellectuels qui prônent aujourd'hui la sortie de l'euro comme solution pour sauver les nations européennes, nous répondons avec force que c’est au contraire une Union de l'euro qui est à même de préserver la souveraineté européenne. Mais il faut s'en donner les moyens institutionnels, économiques et politiques. Ce choix existe, il doit devenir une proposition politique. C'est notre message, c'est le sens de notre démarche.  

La Commission doit devenir le véritable exécutif de l’UE dont les décisions seraient contrôlées et adoptées par deux chambres législatives : un Parlement européen aux prérogatives renforcées et un Conseil de l’UE réunissant les représentants des exécutifs nationaux au sein d’une chambre haute. Le Président de la Commission deviendrait ainsi le chef d’un gouvernement, tandis que le Président du Conseil européen deviendrait le Président de l'UE, avec un rôle d'autorité morale et de garant des respects des valeurs communes. L’Union de l’euro disposerait quant à elle d’un Ministre des finances et d’une commission dédiée au sein du Parlement Européen autour d'un principe clé : à décision européenne, contrôle démocratique européen. 

Par ailleurs, l’Union de l’euro doit pouvoir stabiliser son économie et investir dans son avenir, autour d'un cadre de croissance commun. Il s’agit d’abord de confier à un Fonds Monétaire Européen, comptable devant les deux chambres, les responsabilités actuellement assumées par le Mécanisme européen de stabilité et par la Troïka. Ensuite, un actif financier commun à la zone euro pourrait être créé pour faciliter l’action de la banque centrale, tandis qu’un budget de l’Union de l’euro - alimenté par des ressources propres et une capacité d'emprunt sur les marchés  - permettrait de financer une capacité d’investissement commune. Nous prônons, en outre, l’adoption d’orientations générales du Conseil demandant à la BCE de neutraliser les interventions de change des banques centrales de pays tiers visant à déprécier artificiellement leurs monnaies vis-à-vis de l’euro. 

Il est aussi temps de remettre la solidarité entre les peuples au centre du projet européen. Nous appelons notamment à la création d’un contrat de travail européen, en tant que 29ème régime à côté des 28 régimes nationaux existants. Y seraient associées la portabilité de droits sociaux et surtout une caisse d’assurance chômage européenne. Ce contrat de travail serait offert dans tous les Etats participants à l’issue d’une négociation entre partenaires sociaux européens pour définir des éléments de flexi-sécurité communs, les autres éléments étant laissés à la discrétion des négociations nationales ou locales. 

Nous souhaitons enfin avancer sur des sujets, certes sensibles car proches de la souveraineté nationale, mais qui requièrent désormais une intervention au niveau européen. Pour n’en citer que quelques-uns : la création d’un Parquet financier européen pour lutter contre les fraudes, la criminalité financière et la corruption, ou encore des avancées en matière d'union fiscale (impôt sur les sociétés européen, numéro fiscal européen, échange automatique des données, mesures contre l'optimisation fiscale déloyale) et de l’Europe de l’énergie dont les événements récents ont relancé la nécessité.

Ce ne sont là que quelques-unes de nos propositions. Certains nous opposerons un principe de réalité politique considérant impossible toute avancée majeure, à un moment où l'Europe ne fait supposément pas gagner les élections. Nous ne nions pas les difficultés politiques que de tels choix impliquent. Cependant, le débat sur le futur de l'Europe doit s'engager et les candidats aux postes à responsabilité au niveau européen doivent se positionner clairement. La campagne européenne qui s'ouvre est une opportunité à saisir pour faire avancer l'Europe. Saisissons-la !

Les cinquante propositions du groupe Euro2030 sont consultables sur le site www.euro2030.eu

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9 mai 2014 5 09 /05 /mai /2014 14:47

L'idéologie des combattants volontaires des légions nazies contre le «judéo-bolchevisme» a alimenté les idées de l’extrême droite radicale d’après-guerre et lui a donné la capacité de se réorganiser.

En faisant du 8 mai un jour férié, le Président François Mitterrand a voulu souligner comment la victoire contre le nazisme était celle de l’ensemble des Français. Il prolongeait ainsi le récit gaullo-communiste, opposant une France de la Résistance à un gouvernement de Vichy qui n’eût été que trahison de quelques élites. A dire vrai, la défaite de l’Axe fut aussi celle de certains Français.

En effet, sur ses 900.000 membres en 1944, la Waffen-SS était composée pour moitié de non-Allemands. Ce que l’extrême droite radicale nomme «la grande armée européenne» avait attiré son lot de Français, acquis à l’édification du «Nouvel ordre européen» promis par la propagande nazie. Quelles étaient ces unités françaises ? Quels hommes y trouvait-on ?

Avec l'ouverture du front de l’Est le 22 juin 1941, la propagande du IIIe Reich abandonne le nationalisme grand-allemand et affirme prendre la tête d'une croisade pour la sauvegarde de l'Europe. Pour la propagande pro-germanique, l'Alliance des Anglais, des Américains et des Soviétiques implique bientôt de désigner l'unité européenne comme prise entre les mâchoires d'un ennemi unique.

Capitalisme et communisme seraient les deux éléments matérialistes désagrégeant les nations et les âmes des peuples au profit de l'instauration d'une ploutocratie juive planétaire. Le discours sur «l’anéantissement» du «judéo-bolchevisme» désigne dorénavant un monstre judéo-américano-soviétique dont «l’impérialisme» agresserait l’Europe.

En France, dès l'ouverture du front oriental, les principaux groupements collaborationnistes lancent ensemble la Légion des Volontaires Français contre le bolchevisme (LVF) qui constitue le 638régiment de la 7division de la Wehrmacht (6.000 hommes). Un des cadres de l'Institut des Questions Juives envisage de donner pour symbole à la nouvelle troupe… une croix gammée bleu-blanc-rouge… Le cardinal Baudrillart apporte sa bénédiction à la LVF en considérant que «cette légion constitue une chevalerie nouvelle. Ces légionnaires sont les croisés du XXsiècle». Les volontaires prêtent serment à Hitler le 12 octobre 1941.

Les Croisés contre le bolchevisme

Deux des chefs politiques collaborationnistes font le pas de l’engagement : Jacques Doriot et Pierre Clémenti.

Le premier est issu du communisme et est le leader du Parti Populaire Français, un parti adepte d’un conservatisme de choc habillé d’un style fasciste.

L’engagement européen mène à une radicalisation de Doriot et du PPF, qui en 1943 n’hésitent plus à se revendiquer «totalitaire» et «européen». L’engagement de Doriot lui permet d’accroitre son aura auprès des plus ardents collaborationnistes, mais attire force antipathie au PPF. Pour guider le parti durant ses absences, il le confie à Victor Barthélémy (futur secrétaire-général du Front national). Il est abattu en Allemagne en 1945.

Le second leader à prendre l’uniforme de la LVF est Pierre Clémenti. Son Parti Français National-Collectiviste (il s’appelait national-communiste mais l’Occupant lui a demandé de changer de nom) est bien plus modeste et, malgré son nom, relève d’une extrême droite assez classique. Quoique condamné à mort à la Libération, il sera ensuite de tous les coups de l’extrême droite radicale européenne, en particulier au sein d’une Internationale, le Nouveau ordre européen, fondée en 1951 par l’ex-trotskyste, ex-stalinien et ex Waffen-SS René Binet.

L’anticommunisme est bien le ciment de cet engagement. Il s’agit d’un thème populaire, apte à entraîner le soutien de masses et à susciter des vocations. En 1942, sous l'impulsion des services de propagande allemands, le Comité d'Action Antibolchevique produit une exposition «Le Bolchevisme contre l'Europe», parrainée par les pays européens de l'Axe. Elle reçoit 370.000 visiteurs à Paris, 160.000 à Lille, et encore près de 30.000 à Toulouse où elle se trouve entre le 6 mai et 8 juin 1944.

Affiche pour le recrutement des Français. Non datée. Image RMN

La LVF dispose de son propre organe de propagande pour mobiliser ses membres : Le Combattant européen. Il est dirigé par Marc Augier, ancien militant de gauche et futur écrivain à succès sous le pseudonyme de Saint-Loup.

Saint-Loup popularisera dans les années 1960-1970 une vision «pop» de la SS, lui inventant une fraction ésotérique prête au coup de force pour imposer une Europe des régions. Mais, dès la guerre, il a le goût de la romance… 

Qu’importe que l’action militaire de la LVF soit tout à fait médiocre, Augier excelle à transformer le récit de sa faiblesse combattante en drame épique. Il sait donner une perspective. Membre du «Groupe Collaboration», il a dirigé sa branche des Jeunes de l’Europe Nouvelle. Ses militants diffusent en France, La Jeune Europe, un journal destiné aux jeunes intellectuels, publiant dans ses colonnes toute l’intelligentsia de l’extrême droite européenne, lancé en 12 langues en 1942 afin de représenter la concorde continentale naissant avec la SS européenne. Les militants passent ensuite pour l'essentiel à la Milice ou à la  brigade SS Frankreich.

La Milice est quant à elle fondée en janvier 1943 afin de soutenir l'effort allemand dans le cadre de la répression de la Résistance. Pour la Milice, il n’y a pas de différence entre front de l’Est et guerre civile intérieure: elle ne voit là qu’un seul ennemi. Son chef Joseph Darnand souhaite la transformer en parti unique, et en formation armée unique absorbant la LVF qui combat à l'Est. En août, il renforce sa position en jurant fidélité à Hitler et intégrant la Waffen-SS. Avec ses 25.000 miliciens, dont un grand nombre inactifs, il escompte radicaliser le régime de Vichy pour l'entraîner de l'autoritarisme vers le totalitarisme. Il sera exécuté à la Libération.

La Waffen-SS française

En 1943, le IIIReich accorde aux Français le droit de rejoindre la Waffen-SS au sein de la brigade Frankreich (2.500 hommes). Les brochures promouvant l'engagement alternent l'argumentaire idéologique magnifiant «l'union de la jeunesse européenne contre le nihilisme bolcheviste» et un descriptif sportif (les SS à la plage, à cheval, en motocyclette, etc.) et alimentaire (avec composition des menus... soit un argument de poids en son contexte). 

Les hommes de la Frankreich, de la LVF et des Miliciens sont enfin versés dans la Division Charlemagne de la Waffen-SS en novembre 1944 (moins de 8.000 hommes).

Selon François Duprat, cadre mais aussi historien des extrêmes droites, le tout premier Français accepté dans la SS fut Jean-Marie Balestre. Il était avant-guerre membre du service d’ordre de la Ligue Internationale contre l’Antisémitisme, mais dès l’été 1940, proche de Clémenti, on le trouve impliqué dans des violences antisémites en compagnie de son ami Robert Hersant.

Dans Devenir, le journal des SS francophones, Balestre trace les grands traits d’une idéologie qui a plus à voir avec celle de l’extrême droite radicale d’après-guerre qu’avec le nationalisme grand-allemand. Le futur président de la Fédération Internationale du Sport Automobile (de 1978 à 1991) certifie alors que les SS français savent qu’Hitler «les conduira au triomphe total, et ils savent aussi que, grâce à eux, la France y aura participé».

Dans les pages de Devenir, on est très loin de l’état d’esprit des croisés de 1941 – d’où d’ailleurs quelques tensions dans la Charlemagne. Ici, on applaudit à la mort des nations grâce à «l’homme nordique qui renaît aujourd’hui», «enraciné» et défait de «l’orientalisme» chrétien. L’écrivain Lucien Rebatet (qui participe après-guerre à la presse d’extrême droite), y salue les Allemands nazis, les Roumains de la Garde de Fer, les antisémites des Etats-Unis, les nationalistes argentins, tous ceux qui ont «l’esprit européen, l’esprit aryen, l’esprit révolutionnaire». Et de conclure que les engagés du front de l’Est sont «l’élite de cette Internationale aryenne qui refera demain le monde sans Juifs, sans démocrates, sans trusts. Camarades SS de 18 nations, je vous adresse, le bras tendu, notre salut, le salut aryen. Mort aux juifs !»

Les décombres

La sortie de guerre est particulièrement délicate pour ces hommes. Ils ont franchi le Rubicon et, jusqu’au bout souvent, veulent y croire. Ainsi, le SS Marcel Lhomet écrit-il dans une lettre en date du 30 mars 1944:

«C'est un SS qui t'écris. C'est la formation SS qui parle. Nous sommes un ordre de chevalerie, un ordre de soldats, nos lois sont dures. Notre voie est toute droite, sans compromis, et notre but est la victoire européenne, de la Race. [Hitler est] l'homme qui seul est capable de façonner les destinées de l'Occident et de la France ».

La Charlemagne est prise dans les tourments de la fin du conflit. Certains de ses hommes sont à Berlin lors de sa chute. D’autres ont été faits prisonniers par les Russes sur le front de l’Est, tel Jean Castrillo, qui s’y découvre slavophile, s’y convertit à l’orthodoxie, et participera après-guerre aux débuts de la Nouvelle droite et sera un cadre du FN. Il sera alors toujours auprès de Pierre Bousquet.

Face à la débâcle, Bousquet est lui parvenu à se faire passer pour un Français du Service du Travail Obligatoire auprès de l’armée américaine. Le voici engagé par les Américains pour organiser l’arrestation puis le renvoi vers la France des collaborationnistes... Il compte dans l’extrême droite d’après-guerre. Revenu à Paris, il participe en 1946 à un groupe clandestin d’ex Waffen-SS qui tente de placer ses membres dans les mouvements anticommunistes pour pouvoir les manœuvrer.

Lorsqu’en 1972 survient la création du Front National, Bousquet n’est pas enthousiaste. C’est alors Georges Bidault, l’ancien président du Conseil National de la Résistance avec lequel il s’est lié, qui l’invite à y participer, même si lui-même préfère demeurer en retrait. C’est avec Bousquet que Jean-Marie le Pen va déposer les statuts du jeune Front National, dont l’ancien de la Charlemagne est le premier trésorier. Même si lui et Castrillo quittent le FN fin 1980 en considérant que, depuis l’assassinat de Duprat, Israël tiendrait Jean-Marie le Pen, de nombreux membres de la Nouvelle droite et du FN seront à ses obsèques en 1991. 

En termes militaires, l’apport des Français à la SS n’a pas eu de grande importance. Mais, en termes politiques, les anciens SS jouent après-guerre un rôle essentiel  dans la reconstruction des extrêmes droites, y faisant montre de capacités d’élaboration idéologique et organisationnelle.

Nicolas Lebourg

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7 mai 2014 3 07 /05 /mai /2014 10:16

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L’Humanité : « Quand sa base rappelle Hollande à ses engagements »

Adrien Rouchaleou avec Sébastien Crépel - Mardi, 6 Mai, 2014

Des rangs du Parti socialiste montent des voix appelant à une réorientation urgente de la politique gouvernementale. Dans le sillage des valeurs qu’ils ont défendues durant la campagne 2012, des militants ont lancé un manifeste des socialistes contre l’austérité.
Cela faisait près de deux ans, depuis l’élection de François Hollande à l’Élysée, le 6 mai 2012, qu’ils rongeaient leur frein, à se morfondre de voir les politiques du gouvernement s’éloigner de plus en plus sensiblement de ce pour quoi ils avaient fait campagne en 2012, de ce pour quoi ils s’étaient engagés, depuis parfois des dizaines d’années, au sein du Parti socialiste. Cela faisait presque deux ans qu’ils voyaient leur parti devenu une simple machine à cracher du communiqué de soutien aux choix élyséens. Deux ans qu’ils se sentaient privés de la moindre possibilité de débat au sein de leur famille politique, eux, simples militants socialistes ou cadres locaux et intermédiaires. Et puis, le mois dernier, ils ont lancé un appel qui a vite trouvé son écho. D’une petite dizaine provenant des quatre coins du pays, ils sont aujourd’hui plus de 3600 à se revendiquer «socialistes contre l’austérité».

«C’est venu tout simplement de discussions, que nous avions tous dans les différentes régions de France, à la suite des défaites des municipales et des orientations économiques du gouvernement qui ont été confirmées, voire accentuées», raconte Martine Chantecaille, socialiste de La Roche-sur-Yon, qui a participé à la rédaction du texte «sans demander la permission à personne».

La gifle des municipales, violente, aura réveillé certains d’entre eux dans un parti qui, pour Gérald Elbaze qui milite en Gironde, était «frappé de tétanie». Plus précisément, «c’est surtout le fait que la déroute n’a conduit à aucune réaction» qui a conduit ces militants à vouloir «s’autoriser à penser à nouveau».

Quand 100 députés socialistes ont décidé de refuser la caporalisation à l’œuvre au Parlement et que 41 d’entre eux se sont abstenus de voter la «trajectoire de réduction des déficits publics», un plan de 50milliards d’euros d’économies, ces militants ont dégainé leur manifeste, comme s’ils coinçaient un pied dans l’entrebâillement de la porte ouverte par ces parlementaires afin que le débat naissant au sein de la famille socialiste sur l’austérité ne puisse être refermé.

«Nous voulons la réussite de la gauche au pouvoir, condition nécessaire pour la justice sociale. Mais, malgré la défaite historique des municipales, des décisions économiques allant dans le sens d’une politique d’austérité ont été prises par le gouvernement et approuvées par une majorité de députés», écrivent ces socialistes en colère. «Nous lançons un cri d’alarme: la gauche ne réussira que si elle démontre qu’elle met en place une autre politique que celle de la droite.»

La démarche se distingue très largement de celles aperçues ces derniers mois, où chaque semaine ou presque voyait naître un nouveau courant: Gauche forte, Gauche durable… «Il ne s’agit pas de fonder un mouvement en tant que tel, mais plutôt de montrer qu’il y a une dynamique, qu’il y a des gens qui se revendiquent comme socialistes et qui, au sein du parti, ont fait le choix de refuser les logiques austéritaires», explique Gérald Elbaze. Arnaud Delcasse, de la fédération des Alpes-Maritimes, ajoute: «On ne voulait pas faire quelque chose centré sur une sensibilité, mais toucher tout l’électorat du PS, ceux qui font nos victoires et qu’on est censé représenter quand on est au pouvoir.» De fait, la liste des signataires ne s’apparente pas à un courant du PS. Mieux encore, afin de ne laisser aucune place au doute, l’appel n’a pas de premiers signataires, car «cela aurait sous-entendu que les autres suivent, explique Gérald Elbaze. Pour nous, les autres ne suivent pas: ils démarrent». Dans le même esprit, les «grands noms» sont interdits de soutien afin de ne pas «empêcher la dynamique de rassemblement qui était impulsée». Une méthode inhabituelle pour la rue de Solferino, où l’on a mis du temps à la comprendre. Dans les premiers temps, on s’y ingéniait a essayer de déterminer quel courant, quelle écurie, se trouvait derrière cet appel.

« C’est un changement de climat très nette dans le parti »

«Ça s’est fait en un après-midi. Et la mayonnaise a pris au-delà de ce que l’on imaginait», se souvient Martine. Gérald nuance: «On a eu entre 3000 et 4000 signatures, ce n’est pas non plus la révolution qui se préfigure au sein du PS, mais on sent quand même que, quand on remet un marqueur politique – l’austérité – au centre du débat, on réarme idéologiquement un certain nombre de militants et de sympathisants.» Surtout, il est rare qu’un texte qui n’est pas issu d’un courant ou revendiqué par une figure du parti soit aussi bien accueilli. Les signataires de l’appel y voient un signe que «le thème “l’austérité en débat” est fédérateur».
Pour les auteurs du texte, il y avait péril en la demeure. Tous ont vu de nombreux militants poser leur carte sur la table et s’en aller. De l’Ardèche, où il est secrétaire d’une petite section, Christian Mazé, l’un des signataires de la pétition, enrage: «Bien sûr, on savait que l’exercice du pouvoir ne serait pas facile, mais aucun signe n’est envoyé aux électeurs de gauche, aux faibles revenus. Il ne faut pas s’étonner que les gens s’orientent vers des votes contestataires dans ces conditions!» Arnaud Delcasse se fait plus clairement encore accusateur: «C’est vraiment le gouvernement qui se désolidarise de la position que l’ensemble du PS a prise. Ceux qui divisent aujourd’hui ne sont pas ceux qui sont derrière ce texte.»
Quelque chose se remettrait-il en mouvement au sein du PS que l’on avait anesthésié depuis mai 2012? «C’est un changement de climat très net dans le parti, estime Suzy, qui milite à Toulouse. Ceux qui n’avaient jamais osé critiquer jusqu’alors disent désormais ce qu’ils ont sur le cœur.» Gérald Elbaze estime, lui, que «les lignes sont en train de méchamment bouger, des sections au Conseil national». Selon lui, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la demande portée en Conseil national d’organiser un congrès après la défaite électorale de mars a été rejetée par Solferino: les partisans de la solidarité gouvernementale s’en méfient comme de la peste. Pour le Girondin, ce réveil s’explique tant par «ceux qui sentent que des fondamentaux sont en train de partir en lambeaux», que par «ceux qui se rendent compte que la machine à les faire élire et réélire est en train d’exploser en plein vol. Ceux qui ont entre 30 et 40 ans sentent que tel que c’est parti, il risque d’y avoir un trou d’air de quinze ans qui foutra leur carrière politique en l’air».

« L’interrogation sur l’austérité se généralise »

Pourtant, tous l’assurent, le but «n’est pas de sauver l’outil PS». Mais, estime Gérald, «le suicide du parti reviendrait à exécuter sommairement un paquet d’électeurs qui ont cru ce qu’on leur a dit. Chacun d’entre nous est allé convaincre des gens de voter François Hollande. Nous sommes donc tout autant débiteurs que lui de son résultat».
«Évidemment, s’interroge Martine, la question reste de savoir où l’on est le plus utile, si nous ne ferions pas mieux de soutenir le gouvernement parce que nous sommes liés à la même exigence de faire réussir la gauche…» Mais aujourd’hui, avec la campagne pour les élections européennes, elle remarque que «l’interrogation sur l’austérité est plus facile et se généralise». Le grand écart imposé aux militants – défendre l’austérité en France et assurer vouloir la combattre au niveau européen – accélère la prise de conscience. Sarcastique, Gérald compare la lutte contre l’austérité au nuage radioactif de Tchernobyl: «Ça s’arrête à la frontière.»

Si le mouvement n’est pas encore massif, la claque des municipales aura cassé quelque chose de la mécanique ronronnant qui faisait tourner – à régime réduit – le Parti socialiste depuis qu’un président qui en est issu est arrivé au pouvoir. Et si le deuxième acte du quinquennat annoncé par François Hollande n’était pas mis en scène à l’Élysée, mais par les figurants des deux premières années reprenant la main?

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Retrouvez le site des "socialistes contre l'austérité" et rejoignez les !

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28 avril 2014 1 28 /04 /avril /2014 22:35

"Le mouvement ouvrier d'aujourd'hui, sa fatigante lutte économique de tous les jours, son organisation de masse [on aimerait bien], sont basés sur la collaboration de tous les pays de la production capitaliste. Si la phrase a de la valeur, que ce n'est que sur le terrain d'une vie économique saine, au pouls puissant, que la cause des ouvriers peut prospérer, elle ne vaut pas seulement pour l'Allemagne, mais aussi pour la France, l'Angleterre, la Belgique, la Russie, l'Italie. Et si le mouvement ouvrier de tous les pays capitalistes d'Europe est en état de stagnation, s'il y existe de bas salaires, de faibles syndicats, une force minime de résistance des exploités, le mouvement syndical ne peut - c'est impossible - être florissant en Allemagne. De ce point de vue, que le capitalisme allemand soit renforcé aux dépends du capitalisme français ou le capitalisme anglais [ou américain] aux dépens du capitalisme allemand, c'est la même perte, en fin de compte, quant à la situation du prolétariat dans sa lutte économique."

Rosa Luxemburg, 1915, dans La crise de la social-démocratie

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24 avril 2014 4 24 /04 /avril /2014 17:09

Soutien aux députés socialistes « pour une autre politique »

Militants ou sympathisants socialistes, nous avons élu François Hollande et le Parlement en 2012. Nous leur avons donné notre confiance en votant pour eux, nous attendons que le programme pour lequel ils ont été élus soit leur feuille de route pour tourner la page de l’austérité.

Nous soutenons la centaine de députés qui oeuvrent contre le pacte de responsabilité tel qu’il a été présenté, souhaitons que ce nombre s’agrandisse encore pour infléchir la politique que le gouvernement et le parlement doivent mener ensemble.

Le Parlement est la représentation nationale du peuple français et en cela, il est le porte-voix des citoyens. Nous appuyons donc leur mandat et soutenons un nouveau contrat de majorité pour une autre politique. Pour le redressement du pays dans la justice !

Signer l’appel

Consulter la liste des signataires

bandeau logos gauches PsL’Assemblée Nationale va examiner le 29 avril prochain le programme de stabilité /pacte de responsabilité dont les grandes orientations présentées par le premier ministre viennent d’être confirmées.

Militants ou sympathisants socialistes, nous avons fait campagne en 2012 sur la base d’une promesse de changement, de justice sociale et de progrès.

Nous voulons la réussite de la gauche au pouvoir, condition nécessaire pour la justice sociale. Mais, aujourd’hui, après la défaite historique des municipales, alors que des décisions économiques importantes sont en train d’être prises par le gouvernement et seront bientôt soumises au vote des parlementaires, nous lançons à notre tour un cri d’alarme :  la gauche ne réussira que si elle démontre qu’elle met en place une autre politique que celle de la droite.

Pas plus aujourd’hui qu’hier, nous ne nous reconnaissons dans les mots de la droite (« charges », « coût du travail », « flexibilité »…) ni dans les choix économiques privilégiant l’« offre » sur la « demande ». Alors que le caractère néfaste socialement et inefficace économiquement des politiques d’austérité est manifeste, envisager de compenser la baisse des cotisations pour les entreprises par une réduction de 50 milliards d’euros des dépenses publiques, c’est prendre le risque de dégrader les conditions de vie d’un grand nombre de gens sans aucune certitude sur les emplois potentiels créés. Il n’existe pas pour nous une seule politique possible.

Des députés socialistes ont lancé un appel au gouvernement pour un « contrat de majorité » et ont formulé des contre-propositions visant à ne pas mettre en péril les acquis sociaux et les services publics. « Les Français ont le sentiment que la politique qu’ils avaient choisie n’est pas assumée. Ils nous l’ont dit dans les urnes. Il faut maintenant passer des urnes aux choix et, pour nous, des mots aux actes. Les temps qui viennent sont pour tous, et pour chacun d’entre nous, une épreuve de vérité. » ont-ils ainsi écrit.

Nous les assurons de notre soutien dans leurs paroles et dans leurs votes.

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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 19:04

Je publie ici l'entretien accordé par Pierre-Alain Muet, député socialiste et spécialiste réputé des questions économiques, au Nouvel Observateur. Lui aussi crie son inquiétude face à la saignée annoncée de 50 Milliards d'euros (en fait jusqu'à 80 Mds). Il n'est pas membre de mon courant, ce qui devrait faire réfléchir quelques uns de mes camarades socialistes, qui continuent de croire que le légitimisme sert de viatique politique. Il est temps de réagir.

Frédéric FARAVEL

Pierre-Alain Muet, député PS et vice-président de la Commission des finances à l'Assemblée, s'en prend au plan d'économies qu'a détaillé Manuel Valls. Interview.

Pierre-Alain muet, député du Rhône, à l'Assemblée nationale en 2009. STEVENS FREDERIC/SIPA Pierre-Alain muet, député du Rhône, à l'Assemblée nationale en 2009. STEVENS FREDERIC/SIPA Prestations sociales non revalorisées, gel de l'indice des fonctionnaires… Manuel Valls a dévoilé mercredi 16 avril le programme des 50 milliards d'économies. Même s'il a promis de sanctuariser les minima sociaux et le Smic, cela n'a pas empêché certains députés de la majorité de fustiger les annonces du Premier ministre, tant sur la forme que sur le fond. Pour Pierre-Alain Muet, député du Rhône, économiste et vice-président de la Commission des finances à l'Assemblée, c'est l'idée même d'effort budgétaire qu'il faut remettre en question. 

Le plan d'économies budgétaires se précise, comment accueillez-vous les mesures annoncées ?

- Cela fait trois mois que je passe mon temps à expliquer en interne aux gouvernements que le montant des économies à réaliser est excessif. Aujourd'hui, je le dis publiquement : 50 milliards d'euros, c'est trop ! Même constat pour ce qui est du déficit public [part des dépenses de l'Etat qui dépasse ses recettes, NDLR]. Le déficit structurel de 2014 est de 1,7, ce qui veut dire qu'en conjoncture normale, nous serions très en dessous des 3%. La France a déjà fait des efforts considérables, et nous sommes dans un contexte où la demande en Europe s'est effondrée à cause des politiques d'austérité. Il faut donc, à présent, être plus modéré réduction des déficits, car c'est la meilleure façon de retrouver la croissance et de réduire le chômage.

La France doit pourtant se conformer aux directives de la Commission européenne ?

- Pas forcément : l'Italie de Matteo Renzi a par exemple choisi de laisser filer les déficits pour relancer sa croissance. Je ne comprends toujours pas pourquoi en France on cherche encore à donner des gages à une Commission sortante qui, d'une part, restera dans l'histoire comme celle qui a imposé l'austérité à toute l'Europe, et d'autre part, risque d'être sévèrement sanctionnée dans les urnes le 25 mai. Je rencontre assez régulièrement d'autres parlementaires européens, et au cours de nos réunions, nous assez souvent le même constat : il faut que l'Europe fasse cesser ces politiques d'austérité.

Certains de vos camarades socialistes ont eu des réactions assez dures après le discours de Manuel Valls ce mercredi. La majorité est-elle en train de se morceler ?

- Je m'inquiète plus pour la situation économique du pays que pour la santé de la majorité. Un assez grand nombre de mes collègues ont été surpris, sans doute. Je continue de penser que le Premier ministre tente de prendre les mesures les moins injustes. Mais la seule façon d'y arriver est d'être plus modéré sur la réduction des dépenses, notamment sociales, et de limiter les allègements fiscaux sur les entreprises.

Propos recueillis par Clément Quintard 16 avril 2014 - 20h18 - Le Nouvel Observateur

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12 avril 2014 6 12 /04 /avril /2014 15:20

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