Chat avec Henri Emmanuelli sur nouvelobs.com
| Henri Emmanuelli était l’invité du chat organisé par le site du Nouvel Observateur sur l’avenir du PS. Le script est disponible sur ce site. |
Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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PARTI SOCIALISTE FOSSES
ccueillis au son de L'Internationale par les participants à la Fête de L'Humanité, Marie-George Buffet (PCF), François Hollande (PS), Cécile Duflot (Verts) et Olivier Besancenot (LCR) ont appelé samedi 15 septembre à la "riposte" contre une droite qui "n'est pas une droite ordinaire" et "porte tous les jours atteinte aux droits de l'Homme"."Chers camarades, si on veut gagner, ce sera tous ensemble qu'on le fera, a lancé le premier secrétaire du PS. On ne pense pas tous pareil, mais on est tous unis contre la droite et sa politique". La numéro un communiste a obtenu la réactivation du "comité de riposte" de la gauche lancé en février 2006 avant d'être mis entre parenthèse. L'instance doit se réunir à nouveau mardi à Paris, au soir du discours de Nicolas Sarkozy qui devrait lancer la réforme des régimes spéciaux de retraites. Mme Buffet a aussi appelé à un grand rassemblement le 27 octobre à Paris et à des initiatives en province. Olivier Besancenot s'est taillé un franc succès en appelant la gauche à s'assumer pleinement, comme le fait aujourd'hui la droite, au lieu de lorgner parfois du côté des thèses de ses adversaires."La principale force de la droite, c'est la faiblesse de la gauche", a-t-il lancé en insistant sur la dangerosité d'un gouvernement qui "vomit tout ce qu'il peut sur les acquis sociaux". Le porte-parole de la LCR a tancé l'omniprésence de Nicolas Sarkozy qui, "au rythme où il va, va finir par présenter le journal télévisé du 20h". "Quand il y a ça en face de nous, on s'en fout de savoir si on va perdre des voix aux élections".
"LISTES DE RASSEMBLEMENT" AUX MUNICIPALES
N'évitant pas quelques sifflets, François Hollande a également estimé qu'il fallait "mettre un coup d'arrêt à ce qui se passe aujourd'hui" et à "l'inacceptable", comme le projet du gouvernement de proposer des tests ADN aux candidats à l'immigration. Au-delà de la riposte, a-t-il insisté, la gauche doit réfléchir à un projet et "présenter des listes de rassemblement à gauche" aux élections municipales de mars 2008. "Nous sommes là pour agir et cette exigence-là, dans les luttes, dans les ripostes, dans les résistances, dans le projet et dans le rassemblement ne s'arrêtera pas de sitôt", a-t-il assuré. Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, a également appelé à "revivifier le projet" de la gauche, sans cacher qu'il était selon elle avant tout écologique. "Le statu quo à gauche n'est pas tenable", a renchéri Marie-George Buffet, qui prône l'union de la gauche dès le premier tour des élections municipales et reproche au PS d'envisager des primaires dans quelques "fiefs rouges". François Hollande a répondu que les candidats socialistes se rangeraient derrière les communistes "lorsque le PC est la principale force" locale. Mais il a reconnu qu'il y aurait sans doute des négociations pour quelques primaires là où le jeu est ouvert.
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Au fil de son histoire, le royaume a vécu sur diverses lignes de fractures : philosophique, sociale, politique. C'est toutefois la fracture linguistique qui a toujours semblé la plus déterminante. La revendication pour le respect de la langue flamande a servi de carburant au mouvement nationaliste qui, aujourd'hui encore, s'en prend fréquemment à "l'arrogance francophone" pour justifier son appel à l'autonomie.
L'origine de cette opposition remonte à 1815, quinze ans avant la naissance de l'Etat belge. Au Congrès de Vienne, les vainqueurs de Napoléon décident de remodeler l'Europe. Les anciens Pays-Bas autrichiens, la principauté de Liège et les Provinces-Unies sont réunis pour former les Pays-Bas, sous l'autorité de Guillaume Ier d'Orange. Le nouvel ensemble, cohérent sur le plan économique, l'est beaucoup moins sur le plan politique, religieux et linguistique. Guillaume Ier s'en prend aux libertés, désavantage les catholiques - majoritaires dans les régions belges - et impose le néerlandais comme langue officielle, pénalisant une population qui parle soit le français, soit un dialecte flamand éloigné de la langue pratiquée en Hollande.
En France, la révolution de Juillet encourage les deux grands courants politiques de l'époque, catholique et libéral, à s'unir pour chasser les Hollandais. La révolution belge de 1830 s'appuie sur des citoyens de toutes les régions ; le monde politique, qui dotera le pays d'une Constitution très libérale, est composé de 40 000 notables parlant exclusivement le français, langue quasi officielle en novembre 1830. La traduction flamande du Bulletin des lois n'aura pas de caractère officiel. Certes, les justiciables pourront parler le flamand - ou l'allemand - devant leur juge si celui-ci comprend cette langue (ce qui est rare). Charles Rogier, héros de l'indépendance, souligne que, dans toutes les fonctions civiles et militaires, il faudra parler le français pour "détruire peu à peu l'élément germanique".
La suite de l'histoire sera longtemps marquée par le dédain des francophones et la lente montée des revendications des Flamands. Majoritaires lors d'un premier recensement (en 1846, ils sont 2,4 millions pour 1,8 million de francophones), ils devront pourtant attendre 1873 pour que le flamand devienne la langue normale de la procédure judiciaire dans leurs provinces et 1898 pour que les lois du pays soient publiées dans les deux langues !
Des histoires de condamnés à mort ne comprenant pas leur jugement ou de soldats incapables, en 1914-1918, de saisir les ordres vont alimenter un discours qui, déjà, conteste l'existence d'une nation belge homogène. En écho, le Wallon Jules Destrée écrit, en 1912, une vibrante Lettre au roi dans laquelle il proclame : "Sire, laissez-moi vous dire la vérité, la grande et horrifiante vérité : il n'y a pas de Belges." La même année, une Assemblée wallonne, suspectant les Flamands de vouloir constituer "un pays distinct", réclame "une union basée sur une indépendance réciproque".
"AVEC S'IL LE FAUT, SANS SI L'ON PEUT"
Durant la première guerre mondiale, l'occupant allemand va mener une politique de réformes internes sollicitée par des "activistes", adeptes d'une collaboration susceptible de réaliser les buts du mouvement flamand. L'épisode se reproduira en 1940-1945 et l'appel flamand à l'autonomie en sera temporairement décrédibilisé. Tant entre les deux guerres qu'après, des réformes viseront cependant à reconnaître la langue néerlandaise dans sa dignité et à aplanir les conflits, à l'aide d'un processus de réformes institutionnelles.
Le schéma actuel, avec ses trois régions et ses trois communautés est basé sur un "double fédéralisme" et se révèle d'une infinie complexité. Parce qu'il a progressivement créé ou transformé des institutions sans jamais faire disparaître les précédentes. Parce qu'il a mêlé la revendication initiale des Flamands - l'autonomie culturelle - et celle des Wallons - le fédéralisme économique - tout en semblant contester, jusqu'en 1993, le principe même du fédéralisme...
La question, désormais, au coeur du débat belge - et européen - est celle de la pertinence d'un "modèle" de ce type. Il était probablement le seul remède possible, mais fédère de plus en plus mal des populations qui connaissent, depuis quelques décennies, des évolutions économiques, politiques et culturelles très divergentes. La Flandre majoritaire, de droite, entrepreneuriale et en pleine prospérité, taraudée par une forte interrogation identitaire, s'accommode mal d'une Wallonie de centre-gauche qui tarde à se moderniser, fait d'abord confiance aux pouvoirs publics et à un parti, le PS, marqué par des scandales.
L'historien Marc Reynebeau, dans son Histoire belge (éd. Racines), cite les autres facteurs ayant favorisé l'éloignement : "Une communication mutuelle presque inexistante, la traditionnelle méconnaissance du néerlandais de la part des francophones, le fameux plurilinguisme des Flamands en net recul, l'absence de moyens de communication communs. D'où cette tendance à prêter plus attention aux différences mutuelles qu'aux affinités."
Marc Platel, autre auteur flamand, préfère citer un ancien homme politique francophone, Lucien Outers, pour résumer la situation belge : "Les compromis ne constituent plus le commun dénominateur des satisfactions, mais la somme des mécontentements." Longtemps adepte de la formule flamande "Avec la Belgique s'il le faut, sans si l'on peut", il a, comme d'autres, changé de cap et est devenu séparatiste. Un juriste francophone, Michel Leroy, faisait un autre pari dès 1996 : une évolution pouvant conduire à une désagrégation de l'Etat. Et "un avenir fait d'une course de lenteur entre cette désagrégation et la construction européenne".
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| | ![]() | Une nouvelle "nouvelle gauche" |
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| Comme il était facile de s’y retrouver dans la galaxie socialiste au temps où elle était structurée en courants, allant des tendances les plus réformistes aux plus radicales ! Les premiers se voulaient en phase avec les évolutions de la société, les autres en appelaient à la «rupture avec le capitalisme», mais tout le monde s’entendait bien et il y avait toujours un chef charismatique et incontesté pour imposer la «synthèse». Après trois échecs consécutifs aux élections présidentielles, le Parti socialiste semble en proie à un grand désarroi. Crise de leadership, avec un premier secrétaire contesté, qui est parvenu à ne pas croiser une fois à La Rochelle la candidate aux présidentielles de son parti - qui se trouve être son ex-compagne… Crise d’identité provoquée en partie par la campagne de cette même candidate, prenant toutes les libertés possibles avec le programme du parti. Crise idéologique, face à des évolutions sociales mal perçues. Le PS nous rejoue, comme après chaque défaite, le grand air de la «refondation». Mais de quelle rénovation est-il question ? S’agirait-il seulement de céder quelques pouces de terrain supplémentaires à la droite gouvernante, comme par exemple sur la réduction du temps de travail, dont François Hollande a concédé à La Rochelle que «c’était terminé» et qu’il fallait «tourner la page», sur l’harmonisation des régimes spéciaux de retraites – préconisée par Bertrand Delanoë, sur l’autonomie des établissements scolaires, concédée par Arnaud Montebourg, voire sur la TVA sociale, dont Manuel Valls admettait ce week-end que « ce n’était pas un impôt aussi injuste que cela » ? Le «cycle d’Epinay est achevé», diagnostique DSK dans trois remarquables articles publiés dans Le Nouvel Obs, parce que la vision de la société sur laquelle il reposait est devenue caduque». Et il poursuit en expliquant que le «vieux triptyque couches populaires / couches moyennes / détenteurs du capital», «grille de lecture inspirée d’une vague lecture marxiste, héritée des années 1960», masque la réalité des nouveaux clivages – notamment entre les gens qui «bénéficient d’un emploi» et ceux qui survivent d’un revenu de transfert, entre CDI et CDD, entre employés de grandes entreprises et de PME, entre fonctionnaires et salariés du privé. Mais si le PS a refusé jusqu’alors de voir ces nouveaux clivages, n’est-ce pas parce qu’il n’avait pas intérêt à en parler ? Son électorat ne se recrute pas essentiellement parmi les plus mal lotis. «Au premier tour de la présidentielle, la gauche et l’extrême-gauche n’ont attiré qu’un tiers de l’électorat populaire», selon le géographe Christophe Guilly. Dans ce contexte, se limiter à la « défense des intérêts acquis » a pu apparaître non seulement comme un pari impossible - nostalgie d’un monde industriel disparu -, mais pire encore, comme une manière de vouloir pérenniser les clivages existants, un véritable refus de la mobilité sociale. C’est souvent l’adversité qui suscite des personnalités et des idées neuves. Au-delà des slogans «refondateurs», on perçoit l’émergence de thèmes et de personnalités qui pourraient permettre à la gauche française d’entamer un nouveau cycle de son histoire.
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Après le dépouillement de trois quarts des suffrages, Alvaro Colom obtient 28% des voix, devant le conservateur Otto Perez (24,59%) et un autre candidat de droite, Alejandro Giammattei (17,5%), selon le Tribunal suprême électoral. Dans tous les cas de figure, la prix Nobel de la paix Rigoberta Menchu est éliminée à l'issue du premier tour, avec seulement 3% des suffrages.
Alvaro Colom, chef d'entreprise de 56 ans, se présente pour la troisième fois à la présidentielle. En 1999, il était arrivé en troisième position et en 2003, il avait déjà atteint le second tour.
Le général à la retraite Otto Perez, 56 ans, surnommé le "général de la paix" est, lui, connu pour avoir négocié et signé les accords scellant la fin de la guerre civile, entre 1960 et 1996. Il promet une lutte sans merci contre la corruption, les trafiquants de drogue et les gangs armés, dans un pays où 80 % de la population vit dans la pauvreté.
"ATMOSPHÈRE PACIFIQUE" DU SCRUTIN
Le Tribunal suprême électoral du Guatemala n'a pas donné le taux de participation, mais les médias évoquent le chiffre de 60%. Après une campagne électorale marquée par l'assassinat d'une cinquantaine de militants ou candidats à des mandats locaux, le scrutin semble s'être déroulé dans le calme, malgré quelques actes de violence isolés.
Le chef de la mission d'observation de l'Union européenne (UE), Wolfgang Kreissl-Dijrfler, s'est dit "agréablement surpris" par le déroulement du scrutin. Le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), José Insulza, s'est, pour sa part, félicité de "l'atmosphère pacifique de tolérance et de respect de la légalité qui a prévalu dimanche sur le territoire guatémaltèque".
Le vainqueur du second tour, organisé le 4 novembre, sera élu pour un mandat non renouvelable de quatre ans et prendra ses fonctions en janvier.
Face à l’hégémonie intellectuelle de la droite
An 01 de la gauche, on arrête tout, on réfléchit
La catastrophe des élections de 2007 a dissipé les illusions engendrées par la victoire du « non » au référendum de 2005 et a dévoilé la profondeur de la crise de la gauche française, qui trouve sa source dans l’échec de ses propositions consécutif à la victoire de 1981. Ayant dû tourner le dos à son programme, après deux ans de gouvernement, la gauche n’a plus rien eu à proposer en matière de politiques socio-économiques. Elle a fait, au mieux, du néolibéralisme sans enthousiasme, et son discours est devenu purement moralisateur, mettant en avant des « valeurs » antiracistes, féministes, antifascistes, etc., qui sont supposées la distinguer de la droite.
Sur le plan pratique, la principale initiative de la gauche a été de se lancer dans la « construction européenne ». Laquelle a eu pour principal effet de rendre impossible toute alternative au néolibéralisme. Les socialistes et les Verts, en encourageant cette construction au nom de leurs « valeurs », principalement l’antinationalisme, ont mis en place un dispositif institutionnel visant à les prémunir contre leurs propres audaces, ou plutôt contre celles de leur base. L’idée étant d’isoler le processus politique de l’influence des citoyens, en confiant un maximum de décisions à une bureaucratie non élue et ouverte à l’influence de tous les groupes de pression privés. Les élections peuvent continuer à avoir lieu, elles n’ont que peu d’importance : aucune alternative politique sérieuse ne peut être proposée, aucun « New Deal », aucune « réforme de structure », aucun « programme commun de la gauche », aucune « voie italienne vers le socialisme ».
Il n’est pas étonnant qu’à ce jeu-là la droite la plus dure l’emporte. Elle possède son propre discours sur les « valeurs », la discipline, l’ordre, la nation, etc., qui est bien plus populaire que celui de la gauche sur les minorités. Après tout, les discours sur les valeurs ont le plus souvent pour fonction de permettre à ceux qui les tiennent de se donner bonne conscience à bon marché, sans se poser trop de questions sur la nature réelle des rapports de forces dans le monde. Et, pour la plupart des gens, il est plus facile de se dire qu’on est un « bon Français » plutôt qu’un « bon antiraciste ». Au demeurant, la politique économique de la droite est en parfait accord avec celle des structures européennes mises en place par la gauche et les Verts. Sur les deux plans – l’Europe et les valeurs –, c’est la droite qui gagne, mais c’est en grande partie la gauche qui a choisi ces terrains de bataille, sur lesquels elle ne pouvait que perdre.
Tous les mouvements politiques couronnés de succès sont ceux qui croient à ce qu’ils disent. A droite, ce ne sont pas les conservateurs « mouillés », comme les appelait Mme Margaret Thatcher, ceux qui étaient plus ou moins keynésiens, qui ont gagné, mais bien les avocats d’une droite pure et dure. Dans la mesure où la gauche ne fait que plaider pour une politique de droite modérée, elle n’a aucune chance de l’emporter. Pour changer cela, il faut commencer par revenir à ce qui est la racine du conflit entre la gauche et la droite – et qui ne porte pas sur les « valeurs », et surtout pas sur le féminisme ou l’antiracisme, que la droite moderne est parfaitement prête à accepter –, la question fondamentale du contrôle de l’économie.
Les penseurs libéraux du XVIIIe siècle envisageaient une société de petits producteurs indépendants et, dans ce contexte, la notion de « marché libre », ainsi que l’hostilité au pouvoir de l’Etat féodal et de l’Eglise, avait parfaitement un sens. Mais, avec le développement de la grande entreprise, la production est devenue de plus en plus socialisée, ce qui a rendu caduque la justification du caractère privé de la propriété des moyens de cette production. L’idée fondamentale du socialisme est qu’à partir du moment où le processus de production est de fait socialisé, son contrôle doit l’être aussi, si du moins on veut réaliser les espoirs d’émancipation exprimés par le libéralisme classique.
Si les moyens de production et, comme cela s’est produit au XXe siècle, les moyens d’information sont entre les mains de quelques-uns, ceux-ci possèdent alors un pouvoir énorme sur le reste de la population, qui n’est pas très différent du pouvoir de la féodalité. Les véritables successeurs actuels des libéraux classiques sont en fait les partisans du socialisme, et ceux qui se disent « libéraux » en France aujourd’hui sont simplement les adeptes d’une forme particulière de tyrannie, celle des patrons, et, en plus, très souvent, d’une forme violente d’étatisme, à savoir la domination militaire américaine sur le reste du monde.
Le socialisme, au sens utilisé ici, est une réponse tellement naturelle aux problèmes liés au développement du capitalisme que le fait qu’il ne soit pratiquement plus discuté explicitement témoigne de l’efficacité du système spécifique d’endoctrinement appelé dans nos sociétés « éducation » et « information ».
La question du socialisme n’a rien à voir avec celle des crises du capitalisme ou de la destruction (réelle ou supposée) de la nature, ou de l’embourgeoisement (réel ou supposé) de la classe ouvrière. Au contraire, précisément parce que le contrôle sur sa propre existence est une aspiration fondamentale de l’être humain, cette question ne disparaît pas avec l’élévation du niveau de vie et ne nécessite aucune catastrophe (comme les deux guerres mondiales) pour être soulevée. En fait, plus nos besoins biologiques, de survie, sont satisfaits, plus nos besoins proprement humains, d’autonomie et de liberté, exigent de l’être.
Par ailleurs, c’est une erreur de croire que le socialisme n’intéresse plus personne. Au contraire, s’il y a une position de gauche qui reste populaire, c’est bien la défense des services publics et des droits des travailleurs, qui sont les principaux moyens de lutte existants aujourd’hui contre le pouvoir des détenteurs du capital. En fait, tout le programme implicite de la construction européenne est d’arriver à détruire, en sauvant les apparences démocratiques, le « paradis social-démocrate » fait de sécurité sociale, d’enseignement généralisé, de soins de santé publics, qui est une forme embryonnaire de socialisme et qui demeure extrêmement populaire.
Que la perspective du socialisme ait pratiquement disparu du discours politique change malheureusement beaucoup de choses dans les luttes concrètes : il y a une grande différence entre protester contre les « abus » d’un pouvoir dont on accepte la légitimité et lutter, pour des objectifs « à court terme », contre un pouvoir patronal considéré comme fondamentalement illégitime. C’est toute la différence qui a existé dans le passé entre la réforme de l’esclavage et son abolition, entre la monarchie éclairée et la république, entre la gestion des colonies par des collaborateurs autochtones et l’indépendance nationale.
En faisant remarquer que la transition vers le socialisme ne s’est pas produite comme prévu dans les pays capitalistes développés, les penseurs « libéraux » ne se privent pas de critiquer Karl Marx. Un élément de réponse, c’est que notre système n’est pas seulement capitaliste, mais aussi impérialiste. L’Europe ne s’est développée que grâce à un immense hinterland. Pour le comprendre, imaginons un instant que l’Europe soit la seule terre émergée du monde, et que tout le reste, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique, soit remplacé par des océans. Il n’y aurait alors pas eu de traite des Noirs, pas d’or d’Amérique latine, pas d’émigration en Amérique du Nord. Et que seraient nos sociétés sans un flux constant de matières premières, de travail bon marché, sous forme d’immigration ou d’importations venant de pays à bas salaires, sans une fuite des cerveaux du Sud vers le Nord, suppléant à l’effondrement croissant de nos systèmes d’enseignement ? Sans tout cela, nous devrions économiser drastiquement l’énergie, le rapport de forces entre les travailleurs et le patronat serait radicalement différent, et la « société de loisirs » serait impossible.
Si le socialisme ne s’est pas réalisé au XXe siècle, c’est en grande partie parce que les pays où le capitalisme avait engendré un certain développement culturel et économique, où existaient des éléments de démocratie et où, par conséquent, le dépassement du capitalisme était à la fois possible et nécessaire, étaient aussi les pays dominateurs dans le système impérialiste. Or l’impérialisme a un double effet : économique d’une part, parce qu’il permet aux pays dominants de transférer sur la « périphérie » une partie des difficultés qui surgiraient si celle-ci n’existait pas ; un effet de division des travailleurs au niveau mondial d’autre part, parce que les travailleurs occidentaux, ayant toujours eu des conditions d’existence bien meilleures que celles qui règnent dans les pays du Sud, acquièrent ainsi un sentiment de supériorité qui tend à stabiliser le système.
C’est pourquoi la transformation majeure du XXe siècle a été la décolonisation. Elle a tout d’abord permis à des centaines de millions de personnes en Asie et en Afrique d’échapper à une forme particulièrement raciste de domination. De plus, cette transformation prolongera sans doute ses effets au XXIe siècle, et mettra définitivement fin à l’époque historique commencée lors de la « découverte » de l’Amérique. Cette fin aura des répercussions importantes pour nos sociétés, qui devront revoir leur fonctionnement lorsqu’elles seront sevrées des bénéfices liés à leur position privilégiée dans le système impérial. Pour le dire brutalement, aujourd’hui les Chinois doivent vendre des millions de chemises pour acheter un Airbus. Mais quand ils construiront des Airbus, qui fabriquera nos chemises ?
On peut par conséquent s’attendre à une aggravation du conflit entre ceux qui, grâce à leur contrôle sur le capital, ont la possibilité d’exploiter la force de travail en Asie et qui sont les « gagnants » de la mondialisation, et l’immense majorité de la population occidentale qui n’a pas cette possibilité. Vivant ici, elle est obligée de vendre sa force de travail à un prix qui n’est plus compétitif sur le marché mondial. Ce qui implique plus d’« exclusions », une crise croissante de l’Etat-providence, mais aussi un retour, sous une forme très nouvelle, de la lutte des classes.
L’autonomisation du Sud continue aussi sur d’autres plans : les Etats-Unis sont embourbés en Irak dans une guerre qu’ils ne peuvent pas gagner, mais dont ils ne peuvent pas non plus sortir aisément, à moins de renoncer à leurs ambitions impériales. Sur le dossier du nucléaire iranien, les pays occidentaux devront en rabattre ou se lancer dans une guerre catastrophique. Sur un plan plus symbolique, mais important, Israël a été vaincu militairement en 2006, pour la seconde fois, par le Hezbollah. Les victoires politiques et militaires du Hamas indiquent que la voie de la collaboration de certaines élites palestiniennes avec Israël, instituée lors des accords d’Oslo, a échoué. Tous ces événements imprévus provoquent une crise de confiance grave dans les milieux dirigeants à l’échelle mondiale.
Le problème principal de notre temps, en Europe, est de nous adapter à notre déclin, non pas à celui, imaginaire, par rapport aux Etats-Unis, mais à celui, bien réel, par rapport aux pays du Sud. La classe dirigeante américaine essaie de maintenir l’hégémonie par la force, mais son échec ne fait qu’accentuer la crise de l’Empire, tandis que la droite européenne imagine encore qu’imiter les Etats-Unis serait la solution à nos problèmes. La gauche « radicale » ignore en général la question du déclin et défend en fait, au-delà de sa rhétorique, une politique sociale-démocrate et keynésienne classique, que la mondialisation a rendue difficilement applicable.
Dans l’immédiat, il faut éviter à tout prix que les populations occidentales ne versent dans les fantasmes américano-israéliens de guerre « à la terreur » ou à l’« islamo-fascisme », et auxquels succombe déjà, en France, une bien trop grande partie de la gauche féministe, républicaine ou laïque, qui s’inscrit ainsi dans une longue tradition d’incompréhension de la gauche occidentale par rapport aux luttes de la périphérie.
Pourtant, c’est souvent de là que proviennent les changements. La révolution d’octobre 1917 ainsi que la part prise par l’URSS dans la victoire sur les puissances de l’Axe ont eu un énorme impact sur la décolonisation et sur la possibilité de créer ici le « paradis social-démocrate ». La victoire des peuples colonisés a favorisé nombre de transformations progressistes des années 1960 en Europe. A condition de la comprendre et d’en tenir compte, la révolte actuelle en Amérique latine et au Proche-Orient fournira peut-être aux dominants l’occasion de nouvelles révisions déchirantes. Et aux autres, des lendemains qui pleurent un peu moins ?
Professeur de physique théorique à l’université de Louvain (Belgique). Il a publié Impérialisme humanitaire, Aden, Bruxelles, 2005, et a coordonné, avec Julie Franck, un Cahier de l’Herne sur Noam Chomsky. Il prépare un livre sur la critique de la gauche morale.
Le jeu de l'egoRénovation oblige, l'été fut fécond en focus sur la "génération montante socialiste". Je n'ai jusqu'ici pas souhaité publier ces portraits. Mais là, je ne résiste pas à diffuser le papier du Canard Enchainé de ce jour. Ce remarquable "exercice croisé" qui m'unit à Manuel Valls, nous livre à l'indignation vertueuse d'un journaliste. Remarquablement sourcé, drôle, sans méchanceté gratuite et surtout subtil et précis, j'y apparais dans la nudité de mes ambitions et de mes convictions (pour le peu qu'il me reste)... Pour ceux que cette lecture ravira, qu'ils le sachent quand même : pour Manuel je ne sais pas, mais moi en vrai, je suis bien pire.