Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Contrairement à ce qu'a déclaré Besson, les débats locaux ont souvent dérapé ou se sont concentrés sur l'islam et l'immigration.
A agiter le chiffon rouge de l'immigration, le gouvernement est parvenu à libérer une xénophobie qu'il leur est désormais difficile de contrôler[1].
Lundi, les grands moyens ont donc été employés par Eric Besson, le ministre de l'Immigration, pour tenter de sauver sinon le « grand » débat sur l'identité nationale, du moins son image sérieusement plombée par des dérapages racistes et par les critiques sévères issues de la droite même.
Face à des journalistes venus en nombre, le ministre n'a rien de moins qu'accusé les médias et la gauche de donner une image fausse du débat en se focalisant sur les dérapages « minoritaires ». A l'appui de ses accusations, une analyse réalisée par l'institut de sondage TNS/Sofres sur 26 000 contributions d'internautes au site dédié [2].
Sauf qu'à la lecture des comptes-rendus parus dans la presse nationale et régionale, les choses ne se sont pas passées aussi bien, loin de là. Rue89 a dressé la carte de France des bides, bugs et dérapages de l'opération lancée par Besson. Un inventaire non exhaustif, des dysfonctionnements constatés dans 45 de 227 débats locaux organisés. (Voir la carte)
► La carte en plein écran [3]
► Intégrez la carte sur votre site ou blog :
Un « immense succès populaire » ?
Eric Besson n'en démordra pas, le débat est un « immense succès populaire » dont « un très grand nombre de Français » s'est emparé.
Evidemment, tout dépend du critère utilisé. Selon un sondage CSA paru le 20 décembre dans Le Parisien/Aujourd'hui en France [4], une majorité de Français (50%) affirmait ne pas être satisfaite de la manière dont se déroule le débat sur l'identité nationale.
Et si le débat occupe bien l'espace médiatique comme l'a souligné Eric Besson, c'est majoritairement pour en rapporter les excès, pourtant niés par le ministre.
Dans la presse locale [5], de nombreux reportages (accessibles depuis la carte ci-dessus) font la part belle à l'ennui ressenti dans les rangs et à des débats sans passion. Enfin, les « jeunes », dont le ministre assure qu'ils débattent, sont désignés par la presse régionale comme étant les grands absents.
Des « dérapages isolés » ?
C'est avec fermeté que le ministre a déclaré : « Le débat n'a pas dérapé. » Pour en finir avec les polémiques sur le sujet, Eric Besson a assuré que la « caricature du défouloir raciste n'avait pas fonctionné », et que l'impression d'une foultitude de dérapages venait sans doute de la focalisation des médias sur « quelques dérapages très isolés ». L'opposition s'est également vue accuser d'enflammer le débat.
Pourtant, en faisant une appréciation rapide des débats locaux organisés depuis novembre, difficile de conclure aux dérapages minoritaires, comme l'a fait Eric Besson.
Au contraire, très peu de dérapages ont été médiatisé -le maire de Gussainville [6], par exemple. Sur une cinquantaine de débats recensés par Rue89, la majorité (pas tous, c'est vrai) ont été pollués par des interventions clairement xénophobes. En voici quelques exemples :
ot ; >le JDD rapporte un débat houleux [8] et les paroles d'une dame au fond de la salle : « Je suis une des seules Noires dans la salle. C'est horrible. J'ai envie de me mettre de la farine sur le visage pour devenir blanche. »
A ces dérapages d'inconnus dont Eric Besson est satisfait qu'ils puissent exprimer leurs avis « tout haut » s'ajoutent ceux des élus et responsables politiques. Lorsqu'en plein débat public, Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la famille, se met à déclarer n'importe quoi pour cadrer un participant xénophobe [9], le dérapage n'est pas anodin :
« Moi, ce que je veux du jeune musulman, quand il est français, c'est qu'il aime son pays, c'est qu'il trouve un travail, c'est qu'il ne parle pas le verlan, qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers. »
Son cas n'est pas isolé. Lors d'un reportage au Raincy, plusieurs intervenants se sont totalement lâchés. (Voir la vidéo)
« Pas focalisés sur l'islam et l'immigration » ?
« Le débat n'est pas focalisé sur l'immigration et sur l'islam », a tempêté Eric Besson, fort d'études TNS-Sofres à partir des contributions postées sur le site. Une analyse lexicale de 26 000 contributions sur les 50 000 postées et une analyse « qualitative » de 500 contributions. De quoi parle-t-on ?
Brice Teinturier, directeur général adjoint de TNS-Sofres, a nuancé les conclusions rapides d'Eric Besson :
La transparence affichée lors de cette conférence de presse n'a pas toujours été de mise. En novembre, des textes d'internautes critiques envers le gouvernement avaient été censurés du site officiel [11].
« Pas le débat d'un parti politique » ?
« Toutes les tendances politiques participent de fait au débat », assure Eric Besson, selon lequel les élus de gauche auraient participé dans 50% des réunions locales. Et de citer François Pupponi, député-maire de Sarcelles, participant à l'un des débats :
« Il faut avoir ce débat. Depuis cinquante ans, nous n'avons pas été capables de l'aborder sereinement. On a parqué des populations dans des grands ensembles, comme à Sarcelles et Villiers-le-Bel. »
Là, Eric Besson jubile. Le débat à Sarcelles a été un succès [12] : grosse participation, bonne tenue des débats. Toutefois, il aurait pu citer une autre déclaration [13] de l'élu socialiste :
« Je pense qu'il y a un vrai sujet. Il y a un malaise dans notre pays, il y a un malaise dans les banlieues. Les habitants de ces territoires ne se sentent pas forcément toujours citoyens.
Le débat a été proposé par le gouvernement, on voit bien qu'il y a une opération politique derrière mais je crois qu'il faut reprendre la balle au bond et avoir ce débat. Je pense que le gouvernement sera surpris des résultats, d'ailleurs on l'a entendu ce soir [débat sur l'identité nationale tenu à Sarcelles lundi 14 décembre]. »
Au-delà de certains cas isolés, la majorité des élus de gauche rejettent le débat sur l'identité nationale. Comme une partie de la droite. Loin de « raffermir le lien national » comme le déclare Eric Besson, ce grand déballage à quelques semaines des régionales se fait de plus en plus clivant.
Manifestations, pétitions, appels… se multiplient contre la tenue du débat. A Nantes [14], la préfecture de Loire-Atlantique a annulé son débat sur l'identité nationale, boycotté par les participants.
A droite, Dominique de Villepin, Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, François Baroin, Yazid Sebag… ont fait part de leur désaccord. Des élus UMP ont également pris leur distance avec la position d'Eric Besson. En quittant l'UMP, Hervé de Charette a estimé « qu'on prenait les électeurs pour des billes [15] en lançant cette consultation avant les régionales ». A Bergerac, c'est un conseiller municipal UMP qui [16] a refusé de participer au débat…
Quelques heures avant le grand oral d'Eric Besson, c'était Dominique Paillé, porte-parole de l'UMP, qui appelait à une meilleure organisation du débat :
« Il y a nécessité de ne pas cantonner ce débat à l'immigration mais à regarder ce qui nous rapproche, regarder quel est l'avenir que l'on peut établir en commun, regarder comment on peut faire rayonner la France à l'extérieur. »
Et après ?
A plusieurs reprises, l'excellente couverture médiatique de la presse locale est soulignée par le ministère. Si les débats sont effectivement annoncés, leurs comptes-rendus ne sont pas forcément élogieux et se concluent souvent sur une interrogation : « Tout ça pour quoi ? »
« Personne ne peut répondre », reconnaît Eric Besson. Une loi ? « Il n'y a pas de recherche d'une loi. L'identité nationale ne se décrète pas ».
Lundi soir, un groupe de chercheurs accusait les services d'Eric Besson de « xénophobie ». Appuyant leur dénonciation sur une annexe de la circulaire envoyée par le ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale aux préfets pour l'organisation du grand débat sur l'identité nationale :
Dans une tribune publiée dans Le Monde daté du mardi 24 novembre [1], ces chercheurs ont en effet épinglé un passage du document qui dit ceci :
« Comment éviter l'arrivée sur notre territoire d'étrangers en situation irrégulière, aux conditions de vie précaires génératrices de désordres divers (travail clandestin, délinquance [2]) (…) ? »
Certes, la fin de la question disait : « et entretenant dans une partie de la population la suspicion vis à vis de l'ensemble des étrangers ». Pourtant, malgré cet adoucissant tout relatif, le lien entre délinquance et immigration, qui plus est au moment d'un débat sur « l'identité nationale » et pas sur les sans-papiers, est tout bonnement insupportable aux yeux des auteurs de la tribune. Qui jugent le document « xénophobe » :
« C'est le vieux thème d'extrême-droite, étrangers = délinquance, dissimulé sous le masque de l'apitoiement sur la pauvreté. »
Deux jours plus tard, une visite sur le site officiel consacré à ce fameux débat sur l'identité nationale [3] montre que le passage a disparu. Il existe toujours l'annexe 1.7 correspondant au passage incriminé. Mais, parmi les questions répertoriées à cette entrée, la phrase extraite par les universitaires a disparu. A la place, on trouve une version autrement édulcorée :
« Comment éviter l'arrivée sur notre territoire d'étrangers en situation irrégulière ? »
Le lien avec la délinquance est passé à la trappe. Comme si la vingtaine de signataires parmi lesquels Marie NDiaye[4], Laurent Muchielli [5], Christophe Daadouche, Stéphane Maugendre [6] ou Serge Slama [7] (Gisti) - que vous lisez régulièrement sur Rue89 - avaient rêvé.
Coup de téléphone au cabinet d'Eric Besson, ce jeudi 26 novembre. La conseillère presse du ministre affirme d'abord n'avoir « jamais entendu parler de cette polémique ». On s'étonne : une tribune dans le Monde trois jours plus tôt les taxe tout de même de xénophobie.
Lecture à haute voix du site officiel du débat, qui porte donc la version édulcorée (alors qu'au même moment, sur le site du ministère de l'Immigration, on trouve bien le document d'origine dans la rubrique « Ressources » [8], passage polémique inclus [9], dont il a pour info été retiré après la publication de cet article).
Au bout du fil, on réclame un peu de temps pour vérifier. Puis Franck Supplisson, directeur adjoint du cabinet, rappelle. On se ré-étonne : comment les universitaires peuvent-ils leur reprocher le pont avec la délinquance alors que la copie parait dépourvue de la moindre allusion ? Petit détour par la Shoah et l'inconscient collectif des journalistes pour commencer :
« Je vais vous dire, pourquoi on nous traite de xénophobes. Parce que la caricature de l'Etat policier et xénophobe fonctionne à merveille dans les médias. Le parallèle avec Vichy est une facilité très rentable pour les médias. Ce pays n'assume pas complètement son passé et la Collaboration. »
Quant à la question précise sur le caviardage, il finit par avoir une réponse :
« C'est une décision du ministre en personne qui a décidé de rayer la proposition, la trouvant trop allusive. Il trouvait que mentionner la délinquance orientait trop la réponse. »
Le directeur adjoint du cabinet précise que la modification a eu lieu « peu de temps après le lancement du débat ». Reste que la première version (non caviardée, donc) figure toujours sur le site officiel du ministère.
Pour les auteurs de la tribune publié lundi 23 novembre, le tour de passe-passe est scandaleux. Christophe Daadouche, juriste, a alerté Rue89 :
« Ils n'ont même pas l'honnêteté intellectuelle minimale. Ils n'assument pas leur xénophobie ! »
On note tout de même au passage qu'un extrait, toujours à l'annexe 1.7 du document officiel, n'a pas bougé d'un iota, en revanche. Il est pourtant tout à fait étonnant et dit ceci :
« Faut-il étendre le droit de vote aux élections locales, existant déjà pour les ressortissants des 27 Etats membres de l'Union européenne, à d'autres nationalités, notamment celles des pays qui ont, dans leur histoire, fait partie de notre République ? »
La précision est tout sauf neutre et fait évidemment référence à l'époque des colonies (une erreur historique, d'ailleurs, puisqu'on parlait d'Empire et pas de République pour les colonies). A croire qu'en France, en 2009, quand on est étranger, il vaut mieux être originaire du Sénégal que du Congo belge !
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La métropole change sous l'effet de la mondialisation, des RER, des 35 heures, d'Internet ou des téléphones mobiles, mais les schémas directeurs persistent dans la gestion d'un système hérité des années 1950 et 1960, et l'enthousiasme s'effrite. Depuis 1980, seuls la ligne 14 ou le RER E ont été réalisés, et les transports en commun, comme les autoroutes, frisent la thrombose. Chaque année, le déficit de logements s'accroît de 30 000 unités.
La région parisienne est devenue l'une des principales pouponnières d'Europe, mais elle ne peut pas accueillir les jeunes ménages, les étudiants ou les travailleurs. Cela pousse les habitants plus loin, là où les services publics et les équipements sont rares, les transports plus longs et en voiture, où les espaces naturels sont grignotés. Après des années de sous-investissement chronique, la métropole est tendue entre les exigences de son envergure planétaire et les contraintes quotidiennes dues à sa taille de mastodonte. Le sentiment d'urgence, alimenté par les crises économique et écologique, ouvre le jeu au début des années 2000.
Ce fut d'abord la mobilisation des institutions et de la population pour réinventer un schéma directeur régional. Le schéma directeur de l'Ile-de-France (SDRIF), validé à l'unanimité au printemps, plaide désormais pour une métropole compacte : densification économique et résidentielle de la première couronne et intensification des transports collectifs dans toute la banlieue. Le plan transport s'appuie sur les métros, le RER et des tramways. En attendant l'écot de l'Etat pour boucler son financement, les études et certains travaux ont commencé.
Ce fut ensuite Paris Métropole. Tournant la page de décennies de fâcheries, Paris se réconcilie avec sa banlieue. Les élus locaux se rencontrent dans une conférence métropolitaine qui devient syndicat mixte d'études le 10 juin. En écho, de puissantes communautés d'agglomérations émergent là où il n'y avait que des intérêts éparpillés : Saint-Denis, Montreuil, Boulogne, Evry, Cergy, voire demain Nanterre.
Ce fut enfin la consultation sur le "Grand Pari(s)" à l'initiative de Nicolas Sarkozy, succès populaire et médiatique. Ce projet se résume en un slogan : faire de Paris une métropole durable. Il se décline en une série d'exigences : repenser l'articulation ville-nature, prévenir la relégation dans les quartiers, pousser à la créativité, renforcer l'efficacité des décisions et la lisibilité des choix démocratiques. La variété des dix projets le démontre : il n'y a pas une seule vérité pour répondre à ces enjeux mais une cohérence à construire. Les choix d'aménagement, les politiques économiques ou culturelles, les systèmes sociaux et politiques sont tous interdépendants.
Considérons la question, essentielle, de la création de richesse. La région parisienne est une capitale économique et industrielle mondiale multispécialisée, où l'on trouve certains des plus grands experts mondiaux des nanotechnologies, de la finance, de l'agrochimie, de la pharmacie, de l'aéronautique, des industries créatives, etc. A l'heure où les innovations majeures se font à la convergence des filières économiques ou des disciplines scientifiques, cette multispécialisation est un trésor. Or la mondialisation des échanges et les réorganisations des groupes bousculent la géographie francilienne. Depuis le début des années 1970, entre un demi-million et un million d'emplois ont migré vers les frontières de l'agglomération, interpellant les politiques de développement régionales.
D'abord, la croissance de chaque pôle est impensable sans toutes les ressources de la métropole. Si Paris est aujourd'hui une des principales places financières de la planète, elle le doit autant aux salles de marché de la Défense qu'aux relations qu'elles entretiennent avec le tissu de gestionnaires et de start-up du centre de Paris, avec les mathématiciens et informaticiens de Jussieu et de Palaiseau ou avec la richesse industrielle des Yvelines ou du Val-de-Marne qui alimentent la place de Paris en projets et en épargne. Plutôt que de spécialiser les territoires pour les promouvoir à l'international, il s'agit de les faire participer au tumulte de la métropole. L'attractivité suivra.
Ensuite, la politique industrielle se nourrit des enjeux démocratiques. C'est à Paris et dans les communes voisines, lieux de diversité, que la création d'entreprises est la plus vive. Les difficultés à amorcer une plate-forme d'innovation à partir de la concentration exceptionnelle de chercheurs réunis à Saclay en témoignent : étendre l'écosystème de croissance parisien aux pôles périphériques suppose que les projets de territoires soient portés collectivement et impliquent dans le long terme population, entrepreneurs et scientifiques.
Enfin, les enjeux économiques sont aussi des enjeux sociaux et politiques. Ces pôles sont loin de la plupart des Franciliens. L'accessibilité des emplois pour l'ensemble des habitants en pâtit, alors qu'elle était l'un des avantages de Paris sur d'autres grandes métropoles comme Londres ou New York. Une adaptation du système de transport est donc nécessaire pour reconnecter les lieux de résidence aux emplois et services publics de la région. Un réseau n'irriguant pas l'ensemble des territoires n'améliorerait guère l'efficacité du marché du travail. Pis, il creuserait les inégalités sociales et territoriales.
Le choix d'une politique de développement, d'un schéma d'urbanisme, d'un système de gouvernance ou d'un réseau de transport ne saurait ainsi avoir de valeur par eux-mêmes, mais seulement dans le contexte d'un projet métropolitain. C'est le principal grief adressé au projet de Christian Blanc par ses contempteurs : il se résume à un métro desservant des pôles économiques. Où et comment construire les logements nécessaires pour soutenir la croissance souhaitée par le secrétaire d'Etat ? Comment coordonner les politiques de transport avec les politiques urbaines au-delà des seuls quartiers de gare ? Le projet de loi actuel n'en dit rien.
Si les réactions ont été virulentes depuis la présentation du projet de loi, c'est que les enjeux dépassent la simple jalousie entre projets ou entre ego. Le danger est réel que l'on soit en train d'enterrer Paris en grande pompe parlementaire. Jean Nouvel a décrit dans ces colonnes les remous du débat, et tous - architectes, urbanistes, géographes ou économistes - se demandent où est passé le projet de civilisation et comment expliquer la situation actuelle.
Deux temporalités différentes contribuent en fait à brouiller les cartes : le temps des projets urbains et le temps des agendas politiques.
Une relecture de l'histoire récente à l'aune des rythmes électoraux éclaire de nombreux blocages dans une région où les enjeux de pouvoir résonnent plus fort qu'ailleurs. Rétrospectivement, le discours du président à Chaillot n'est plus que le point d'orgue d'un éphémère chorus francilien. Le projet de loi sur le Grand Paris a durci les positions. Conseil régional ou maires d'Ile-de-France, les élus de tous bords s'offusquent de n'avoir pas été associés aux travaux. Focalisé sur le métro automatique et les prochaines élections, l'Etat bloque administrativement le SDRIF et rechigne à participer au plan de transport régional. La cohésion de Paris Métropole est, quant à elle, mise à mal par la concurrence entre territoires franciliens pour accueillir les gares du "métro Blanc".
Contraint par ces urgences, le projet de Christian Blanc suit une logique préfectorale d'efficacité. Construit sans débat comme un bloc non négociable, il organise un urbanisme opérationnel dérogatoire et crée une Société du Grand Paris mi-entreprise de transport, mi-aménageur. Au moment de sa mise en oeuvre, l'absence de concertation sera une faiblesse lorsque les élus et la population le contesteront devant les tribunaux administratifs et les cours européennes.
Qu'on ne s'y trompe pas, l'Etat est indispensable au soutien des grands projets. Mais sa légitimité à intervenir dans les sujets locaux s'est affaiblie : moins de pouvoir politique, du fait de la décentralisation et de la montée des pouvoirs citoyens, moins de pouvoir économique, du fait des déficits chroniques du budget de l'Etat et de la montée des investissements locaux, moins de pouvoir technique enfin, du fait du déplacement des capacités de maîtrise d'ouvrage vers les services techniques des collectivités et les entreprises.
Dans les faits, la poursuite simultanée d'un plan gouvernemental et d'un schéma régional ouvre un conflit de légitimité majeur qui risque d'être paralysant. En période de crise, parler d'une seule voix est fondamental pour porter des projets innovants ou convaincre des investisseurs. Cela désole les élus franciliens partisans sincères d'un Grand Paris. Reconnaître l'importance du Grand Paris supposait d'en faire un texte d'organisation générale. Le rapport Balladur comme le rapport Dallier y invitaient. Un tel projet aurait été présenté d'abord au Sénat, que l'on sait moins acquis au gouvernement sur ce sujet. Amputé, le projet peut désormais être d'abord présenté à l'Assemblée nationale, moins rétive. Soucis d'efficacité et précautions politiques l'ont déjà affadi.
Pallier les urgences tout en préparant l'avenir suppose de réintroduire des temporalités. Le rapport du député Gilles Carrez sur le financement du Grand Paris prône d'ailleurs de séquencer les projets. Premier temps, il y a urgence à agir. Afin d'engager au plus vite une politique cohérente de transports, logements et équipements, le gouvernement doit transmettre le SDRIF au Conseil d'Etat. Ce document a des défauts, mais il répond aux urgences, il est immédiatement opérationnel et cela sécurisera les investisseurs.
Deuxième temps, le SDRIF peut être un document évolutif. A peine adopté, il doit être révisé pour considérer les éléments nouveaux depuis deux ans : plan Campus, plateau de Saclay, gare TGV au carrefour Pleyel, boucle de métro par Clichy... Un projet de loi peut s'avérer nécessaire si, sans modifier les urgences ni les calendriers, il permet d'accélérer ces processus. Cet été, Etat et région semblaient proches d'un accord.
Troisième temps, la consultation sur le Grand Pari(s) montre la nécessité d'un mouvement permanent d'invention métropolitaine. Au-delà des grandes orientations, revues tous les quinze ans, il est nécessaire de constamment nourrir la ville de controverses et d'appels à projets selon un rythme indépendant des calendriers administratifs. Pôles de compétitivité, Exposition universelle, mise en scène de grands territoires, des fleuves et rivières... Paris Métropole ou l'Atelier international des architectes sont des réceptacles intéressants pour cette hybridation des projets locaux et des ambitions métropolitaines.
L'histoire de chaque ville est faite d'occasions à ne pas manquer qui la propulsent vers de nouveaux horizons ou l'aiguillent sur des chemins de traverse. Cinq fois plus peuplée que Paris en l'an 1000, Cordoue fut longtemps la capitale de la Méditerranée occidentale. C'est aujourd'hui une paisible ville de province andalouse. Au tournant du XIIe siècle, les rivalités politiques ont pris le pas sur l'intérêt général. Il a suffi de quelques décennies pour que la ville soit définitivement incapable de répondre aux défis d'une époque qui allait voir Paris éclore et rayonner. Face à l'urgence, allons-nous ouvrir Paris en grand sur demain ou laisser se fermer une occasion unique pour moderniser notre capitale ?
Frédéric Gilli est économiste et géographe.
Agé de 33 ans, ancien élève de l'Ecole nationale de la statistique et de l'administration économique et docteur en économie, Frédéric Gilli a été responsable du pôle de compétences Bassin parisien de l'Insee, puis responsable "politique de la ville - logement social" à la direction générale du Trésor. Directeur délégué de la chaire Ville de Sciences Po, où il enseigne, il est l'auteur de nombreuses publications et communications sur les évolutions économiques et géographiques de la région parisienne. Il a publié, avec Paul Chemetov, "Une région de projets, l'avenir de Paris" (La Documentation française, 2006) et, avec Jean-Marc Offner, "Paris, métropole hors les murs" (Presses de Sciences Po, 186 p., 12 euros). Il est rédacteur en chef de la revue "Etudes foncières".
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Sur ce plan, ce projet propose comme préalable implicite une rupture doctrinale tout à fait justifiée avec un des dogmes fondateurs de "l'aménagement du territoire à la française", celui du rééquilibrage entre Paris et la province. Avec l'attractivité renouvelée des grandes villes et du tissu rural, cette posture n'était plus de mise. Mais comment alors affirmer la place de la première métropole française dans le monde ? Pour relever ce défi, le projet de loi formule une hypothèse stratégique : la globalisation constitue une échelle inédite dans la concurrence internationale, à laquelle il faut répondre en "ajoutant" des facteurs de compétitivité à la métropole, soit "à côté" (c'est la proposition séduisante de l'extension de Paris jusqu'au Havre), soit "au-dessus", et c'est la couche supplémentaire des "clusters", de la recherche et de l'innovation, de la Défense à Saclay en passant par Le Bourget, desservis par le fameux "grand huit". Or cette hypothèse est tout à fait discutable.
Il n'est d'abord pas certain que la question de l'ouverture au monde au XXIe siècle se joue sur le plan des échanges marchands maritimes. Et peut-on décréter ainsi la rupture avec la permanence d'une histoire longue davantage continentale que maritime ? Mais surtout la mondialisation ne constitue pas un niveau en plus, à l'extérieur, mais un processus qui produit une nouvelle figure de la ville – la métropole après l'agglomération – où les liens en réseau désorganisent la continuité des lieux et génèrent de multiples contradictions entre le global et le local. Autrement dit, la mondialisation n'est pas un défi du dehors, mais du dedans de la métropole.
Sur le plan économique, se mettre à sa hauteur ne consiste pas à ajouter quelques " clusters ", en espérant un effet locomotive qui n'est nullement garanti. C'est plutôt sur l'ensemble du territoire métropolitain qu'il faudrait miser. Les affaires et la finance ne sont pas l'exclusivité du pôle de la Défense mais l'attribut de tout l'Ouest parisien. L'excellence scientifique ne se joue pas sur Saclay mais à l'échelle d'un cône sud de l'innovation, entre la Montagne- Sainte-Geneviève, Evry et Saclay. Le tourisme et la culture – au-delà de la puissance de Paris intra muros – s'étendent aujourd'hui vers le nord et l'est, sur des registres davantage contemporains que patrimoniaux. Enfin et surtout, la performance de ces activités d'excellence dépendra de l'étroitesse de leurs relations à la métropole ordinaire, celle de la logistique, du BTP ou des services.
Sur le plan social, l'enjeu n'est pas de minimiser le risque d'émeutes sociales et d'atteinte à l'image internationale de Paris, au travers d'un "détour" du grand huit par Clichy-Montfermeil mais de développer résolument un cosmopolitisme métropolitain. A Paris, comme dans les autres métropoles du monde, la métropolisation s'accompagne d'un développement des migrations internationales. Ailleurs considéré comme une ressource essentielle de l'attractivité métropolitaine, cet enjeu est totalement passé sous silence dans le projet du Grand Paris. Sont tout autant occultés le potentiel créatif induit par ce nouveau cosmopolitisme que les nouvelles figures de la pauvreté qu'il engendre.
En initiant le projet du Grand Paris, l'Etat a bien perçu le défi pour la France que constitue la question métropolitaine. Mais en décalquant les recettes des années 1960 à l'époque de l'agglomération parisienne, mises au goût du jour selon une géographie dilatée (un métro automatique succédant au RER, et des clusters aux villes nouvelles), sa réponse n'est pas à la hauteur. C'est à "faire métropole" qui faudrait collectivement s'attacher.
Daniel Behar est professeur associé à l'Institut d'urbanisme de Paris et Philippe Estebe est professeur associé à Sciences Po Paris. Tous les deux sont consultants à la coopérative Acadie.
Social-démocratie : leçons allemandes
Gérard Grunberg 26 Octobre 2009 - Telos.fr
Un sondage récent d’OpinionWay montre que la moitié des sympathisants du Parti socialiste français privilégient une alliance à gauche qui comprendrait le Nouveau Parti Anticapitaliste d’Olivier Besancenot. En Allemagne, lors des récentes élections législatives, après la déroute des sociaux-démocrates, passés de 34,2% en 2005 à 23% en 2009, certaines voix se sont élevées à gauche pour réclamer une alliance entre le nouveau parti d’extrême-gauche, Die Linke, qui est passé de 8,1% à 10,7%, et le Parti social-démocrate.
Dans la crise économique actuelle, dans les deux pays, la demande de justice sociale s’est fortement accrue. En Allemagne, les électeurs qui ont déserté le SPD invoquent d’abord cette préoccupation selon un sondage d'une fondation allemande. Plus d’un million des électeurs du SPD de 2005 ont voté cette fois pour Die Linke. Le SPD a perdu près de 15 points dans les couches populaires salariées. 28% des ouvriers ont voté pour le SPD seulement mais 18% pour Die Linke. Dans les deux pays, la « gauche de la gauche », communistes ou trotskistes, a dépassé les 10% et s’est installée dans le paysage politique. Ces évolutions électorales correspondent à des changements d’attitudes des électeurs, qui, à la faveur de la crise, privilégient à nouveau l’action de l’État et qui, selon le volet français de l’enquête sur les valeurs, réalisé sous la direction de Pierre Bréchon et Jean-Pierre Tchernia, donnent désormais la priorité à l’égalité sur la liberté. La préférence pour la concurrence plutôt que pour les nationalisations, s’est érodée. Incontestablement, la crise du capitalisme financier a profondément marqué des opinons publiques qui comparent les fabuleux revenus des traders et grands patrons à l’évolution générale des salaires. La crise du capitalisme est ainsi devenue une crise morale, en même temps qu’économique.
Dans ces conditions, de fortes pressions s’exercent sur les partis socialistes pour qu’ils adoptent des positions plus fermes sur le fonctionnement du capitalisme et recherchent des alliances avec l’extrême-gauche. Ces pressions sont compréhensibles et pourraient trouver des oreilles attentives dans les partis socialistes.
Pourtant, d’autres données montrent que les socialistes sont en réalité face à une situation politique et électorale encore plus compliquée qu’il n’y paraît. Certes, la reconquête des couches populaires est pour eux un objectif prioritaire. Mais il faut souligner qu’en Allemagne, dans cette période crise, c’est la droite qui a globalement progressé et d’abord le parti libéral. L’ensemble gauche plus écologiste est passé de 51% à 46% en quatre ans. Quant à Die Linke, s’il fait un score impressionnant dans les anciens lander de l’Est avec 26%, dépassant le SPD (18%), en revanche, dans l’ancienne Allemagne fédérale, il ne rassemble que 8% des suffrages contre 24% au SPD et 11% pour les Verts. Or, en Allemagne, les Verts sont plus proches, par certaines de leurs orientations, des libéraux que de l’extrême-gauche, comme l’a montré leur décision récente de s’allier en Sarre avec les droites plutôt qu’avec les gauches. Une alliance rose/rouge n’a aujourd’hui aucune chance de gagner les élections dans ce pays. En France, dans cette même période de crise, la gauche n’a pas progressé aux élections européennes, même en incorporant les Verts qui ont atteint 16%, soit pratiquement autant que les socialistes. En outre l’extrême-gauche du NPA rejette toute alliance aussi bien avec les socialistes qu’avec les Verts, et donc tout exercice du pouvoir.
En réalité le choix réel auquel sont confrontés les socialistes dans les deux pays est le suivant : Soit, choisir clairement la fonction et la posture de tribun de la plèbe, soit, continuer de se donner comme principal objectif de revenir au pouvoir et de gouverner. Dans le premier cas, ces partis peuvent trouver un véritable avantage à gauchir fortement leur discours anticapitaliste et à se rapprocher autant que faire se peut de l’extrême-gauche. Dans le second cas, il leur faut d’abord conserver ou regagner une véritable crédibilité gouvernementale, et donc d’abord la crédibilité économique qui seule peut les ramener au pouvoir. Ici encore le sondage sur les élections allemandes est très instructif : le thème décisif de la campagne pour les électeurs allemands a été l’économie. Or, sur ce thème, 47% des électeurs estimaient que la CDU était la plus compétente et 21% seulement le SPD. Certes, sur le thème de la justice sociale, les chiffres s’inversaient mais l’image de crédibilité demeurait globalement en faveur de la droite et des libéraux.
Il faut ajouter que les électeurs du SPD de 2005 qui ont voté en 2009 pour la CDU ou pour le Parti libéral ont été plus nombreux que ceux qui l’ont déserté au bénéfice de Die Linke. Quand aux pertes socialistes au bénéfice des Verts, presque aussi nombreuses que celles en faveur de Die Linke, elles ne peuvent être considérées simplement comme un vote plus à gauche de ces électeurs. De même, en France, le succès des Verts aux Européennes, même si les Verts français demeurent, malgré l’influence de Daniel Cohn-Bendit, plus proches de l’extrême-gauche que leurs homologues allemands, ne peut pas non plus être assimilé à un simple virage à gauche, dans le sens traditionnel du terme, de ces électeurs, l’enjeu écologique étant un véritable enjeu politique en soi.
Si donc le thème de la justice sociale est décisif pour les socialistes, en particulier pour conserver le leadership à gauche et mobiliser les couches populaires, en revanche, celui de la crédibilité économique est capital pour revenir au pouvoir. En France, la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007 a été largement due à son avantage sur le thème de la crédibilité gouvernementale. La social-démocratie, en France comme en Allemagne, est obligée en réalité d’articuler les deux thèmes de la justice sociale et de la crédibilité économique si elle veut à la fois résister aujourd’hui et gagner demain. Réaliser cette articulation est particulièrement difficile, surtout en ces temps de crise et de déficits, et peut être mal compris des électeurs de gauche, et donc provisoirement peu profitable. Mais si les partis socialistes se donnent la facilité de jouer exclusivement le rôle de tribun du peuple, quitte, pour y parvenir, à abandonner ce qui demeure décisif pour la majorité des électeurs, c'est-à-dire leur crédibilité économique, ils prennent le risque de rester très longtemps dans l’opposition. Ils peuvent choisir l’une ou l’autre voie. Chacune présente pour eux avantages et inconvénients. Encore faut-il qu’ils soient bien conscients de leurs objectifs et de la signification et de la portée du choix qu’ils effectueront.
Le conseil municipal du 20 octobre s'est prononcé à l'unanimité pour que la ville de Pantin se porte candidate à expérimenter l'abaissement du seuil d'exposition aux ondes électromagnétiques.
En parallèle avec la démarche de résiliation progressive des baux des antennes relais implantées sur le patrimoine de Pantin Habitat, l'information aux habitants et la mobilisation des Pantinois pour engager des recours contre les opérateurs de téléphonie, la commune a annoncé qu'elle s'intégrera dans la démarche proposée par l'association des Robins des Toits, organisée par le secrétariat d'état à l'écologie dans la foulée du Grenelle des Ondes.
Il s'agit de répondre à un appel à candidatures sur le site du secrétariat d'état. Ce dernier identifie des communes volontaires pour réaliser sur tout ou partie de leur territoire les modélisations et les expérimentations liées à l'exposition des ondes mais également pour l'identification et l'expérimentation de nouvelles procédures de concertation et d'information locale. Cet appel à candidatures est ouvert aux communes et communautés de communes du 17 septembre au 31 octobre 2009.
Sur la base des candidatures reçues, l'identification des communes d'une part pour les travaux sur l'exposition et d'autre part pour l'expérimentation sur la concertation aura lieu début novembre par le comité opérationnel.
Les différentes modélisations et expérimentations sur l'exposition et la concertation seront menées entre novembre 2009 et avril 2010.
La ville de Pantin s'est engagée depuis 2006 pour obtenir des opérateurs de téléphonie mobile le respect des trois conditions suivantes :
- un seuil maximal d'exposition de 0,6 V/m
- pas d'antennes dans un périmètre de 100 m autour des établissements sensibles
- réaffirmation des principes de la loi N° 86-1290 sur l'information relative aux travaux dans les immeubles, aux plans de concertation, etc.
Chili : face au PS néolibéral, un nouvel espoir à gauche
Alexis Corbière - Conseiller municipal à Paris | Dimanche 18 Octobre 2009 - Marianne2.fr
Les conséquences de l’affaire Polanski/Mitterrand
Je voulais revenir sur la position de trois quadragénaires socialistes qui se sont distingués dans cette affaire. Benoit Hamon, Manuel Valls et Arnaud Montebourg. Tout trois ont eu une position sévère, envers Fréderic Mitterrand et tous trois ont été rapidement taxés, de populistes à la traine du Front National, ou de nouveaux pères la vertu notamment par Bernard-Henri Levy ce matin dans Libération qui compare Benoit Hamon aux pamphlétaires pudibonds d’extrême droite du début des XXème siècles. Qu’il y ait eu une dose d’opportunisme politique c’est une possibilité mais il ne faudrait pas passer à coté de ce que dit l’analyse générationnelle des prises de positions de chacun. Au fond il y a deux choses fondamentalement insupportables dans cette affaire: Un, l’idée que puisse être banalisée ou excusée la moindre forme d’asservissement humain, que ce soit la prostitution via le tourisme sexuel, la pédophile, ou le viol. Rien à voir bien sur avec une quelconque liberté sexuelle dont parle BHL…Deux, l’opprobre jetée sur un homme pour son travail d’écrivain, le fait de prendre un extrait de son œuvre pour un procès verbal et lui demander des comptes sur des écrits dont ont sait ce qu’ils comportent une part de souffrance, d’esthétisme, de vérité et de mensonge, le contraire d’une apologie. Ces deux violences, qui n’ont rien à voir jouent pourtant, dans cette affaire l’une contre l’autre. L’une est le fait de Fréderic Mitterrand lui-même. Sa déclaration lors de l’arrestation de Roman Polanski et sa façon de minimiser ce qui n’est rien d’autre que un viol sur mineure, c’est une violence…Et l’autre, c’est la façon dont Marine Le Pen a utilisé les textes de Frédéric Mitterrand, c’est une violence aussi. Les générations politiques, ne réagissent pas avec les mêmes degrés de révolte face à ces deux violences.
C’est ce qui explique la réaction des quadras du PS ?
Oui, et je pense que ça n’a rien à voir avec un quelconque retour de je ne sais quel ordre moral. Peut-être un peu avec une exigence grandissante de morale politique. Mais surtout, et parce que, encore une fois ces discussions que l’ont peut avoir (je suis quarantenaire) avec nos grands frères de cinquante ou soixante ans révèlent souvent que face à la question de la sexualité, de l’intégrité du corps de l’autre, face au viol, ou au détournement de mineur ou même face à la prostitution il y a une différence de perception, une différence de tolérance, une prise en compte nouvelle, peut être chez les plus jeunes de la souffrance psychologique. L’apologie, même littéraire du viol dans le Hussard Bleu de Roger Nimier ne serait plus reçu pareil aujourd’hui…Le viol n’est un crime en France que depuis 30 ans, grâce au combat des féministes… Les travaux des psychiatres, ces vingt dernières années sur les abus sexuels dont sont victimes les mineurs, intègrent de plus en plus les consciences (rien à voir avec les pères la vertu invoqués par BHL). Inconditionnel de Brassens, j’ai toujours été frappé par ces vers de la Princesse et du croque notes :
« Tu as treize ans j'en ai trente qui sonnent
Grosse différence et je ne suis pas chaud
Pour tâter d'la paille humide du cachot »
Le premier argument du croque note c’est simplement « je ne veux pas aller en prison »… Finalement il y a bien une évolution, dans le temps de la perception de l’intégrité du corps de l’autre. Frédéric Mitterrand a montré, jeudi soir qu’il intégrait aussi cette évolution. Les réactions, variées et parfois surprenantes, pendant toute cette affaire avaient souvent à voir avec l’âge de chacun. Quelle est la violence la plus insupportable?… la violence inquisitoriale faite à l’écrivain Mitterrand ou la violence faite par le ministre Mitterrand qui minimise un viol dans une déclaration officielle? Chacun a répondu à sa façon. Et ça a donné ce débat fait d’abord d’incompréhensions mais aussi un débat de fond duquel il ne ressortira pas forcement que des aspects négatifs.