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Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 07:45

budget europeen 2013Le magazine allemand Die Spiegel a publié ce week-end des allégations, relayées depuis par le quotidien britannique The Guardian, selon lesquelles la NSA aurait espionné à grande échelle et avec des moyens technologiques disproportionnés plusieurs Etats membres de l'Union Européenne - France, Allemagne, Italie, Espagne, Grèce - ainsi que les institutions mêmes de l'Union Européenne, dont les débats internes du Conseil européen. Ces révélations proviennent une nouvelle fois de l'ancien analyste de la NSA en fuite, Edward Snowden.

Depuis les gouvernements et plusieurs responsables politiques des Etats concernés ont exigé sur un ton tout de même extrêmement poli des explications au gouvernement des Etats-Unis d'Amérique. Cette affaire a également donné lieu à une nouvelle passe d'arme pichrocolline entre Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis, rivalisant de déclarations pour savoir quelle serait la position du PS sur ce scandale.

Face à cette diplomatique de levée de boucliers, les Etats-Unis ont annoncé qu'il répondrait à l'Union Européenne "par la voie diplomatique" : traduisez "secrètement".

Il me paraît nécessaire que les gouvernements et responsables politiques européens lèvent d'un cran leur exigence ; l'affront fait aux Européens est désormais public, il convient d'y apporter une réponse publique.

snowden.jpgIl convient également d'analyser de nouveau notre relation avec les Etats-Unis d'Amérique. Une nouvelle fois, il a été démontré que les Européens, tout occidentaux et démocrates qu'ils soient, n'avaient pas forcément les mêmes intérêts que leurs "amis" d'Outre-Atlantique. Et ici, la distinction entre George W. Bush et Barack Obama n'existe pas, même s'il n'est pas anodin que le Président démocrate est dans l'action en contradiction flagrante avec ses multiples déclarations comme candidat et en fonction. Il n'est pas anodin non plus que les élus du parti démocrate reprennent à leur compte les aboiements des pires républicains à l'encontre de Snowden, alors qu'ils avaient dénoncé les mêmes pratiques liberticides et déloyales lorsqu'elles avaient été mises en place sous le précédent président.

Cette situation doit fortement interroger l'Europe dans sa relation stratégique avec l'Amérique et plus encore la France qui a fait le choix contestable de rejoindre le commandement intégré de l'OTAN sous la présidence Sarkozy. Plus que jamais, la nécessité de construire de manière autonome une défense européenne se fait sentir et pour cela la pression sur la Grande-Bretagne devra s'accroître.

Surtout, il est détestable que les négociateurs américains connaissent désormais le détail du mandat fixé par les chefs d'Etat européens au Commissaire néerlandais chargé de discuter avec eux du projet de Traité transatlantique de libre-échange. Ainsi, il ne reste plus que les parlementaires européens et les parlementaires nationaux, et donc a fortiori les citoyens, à ne pas être au courant du mandat de négociation. Il est donc plus qu'urgent que ces négociations soient désormais suspendues, se tenant dans un contexte par trop défavorable aux intérêts de l'Union Européenne.

mlgeurope-700x300-copie-1.jpgNotons à l'intention des dirigeants du PS français, que les militants socialistes avaient très largement voté en faveur de la suspension de ces négociations, sur proposition de "Maintenant la Gauche", le 6 juin dernier et que plutôt que de rivaliser par communiqués de presse, pour déterminer superficiellement qui est ou aurait été le meilleur premier secrétaire, ils feraient bien de mettre en oeuvre la volonté des socialistes, clairement exprimée.

Il est aussi évident qu'une partie essentielle du dossier doit se régler par la réorientaiton de l'Union Européenne. Il est urgent de changer la couleur politique dominante au sein de la commission européenne, car de José Manuel Barroso à Karel de Gucht (le commissaire flamand) les Américains n'avaient sans doute pas besoin d'espionner l'UE pour remporter les négociations : par autisme idéologique, les ultra-libéraux de la commission étaient déjà prêts à leur vendre avec enthousiasme l'économie européenne. L'enjeu des prochaines élections européennes sera tout autant d'éviter une déferlante des national-populismes que d'installer une majorité de gauche au parlement européen et donc à la tête de la Commission.

Après, si certains considèrent que l'enjeu du moment est d'offrir l'asile politique à Snowden... pourquoi pas... on peut toujours faire un pied de nez à nos "amis", mais l'essentiel n'est pas là.

Frédéric FARAVEL

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 14:20

Des attentes sociales qui devront trouver des réponses ailleurs !

4hpv5-LOGO_CGT.gifLa fameuse grande conférence sociale s’achève.

La CGT y a, durant ces 2 jours, fortement porté les attentes des salariés et ses propositions pour sortir de la crise.

La voix des salariés, largement ignorée dans la période, avait besoin de se faire entendre afin de rappeler l’urgence sociale notamment sur l’emploi et les salaires. L’affichage d’une conférence sociale consacrée à l’emploi a tourné court dans les faits. Le temps de débat, à peine de plus de deux heures en deux jours, ainsi que les annonces, ne répondent en rien à l’enjeu et confirment l’orientation gouvernementale sur la baisse du coût du travail. Pour autant, nous relevons que la question des stages, soulevée par la CGT, a fait l’objet d’un engagement du premier ministre à légiférer avant la fin d’année. De même, notre exigence d’évaluation des aides publiques se traduira par la constitution du comité de suivi du CICE, afin de faire une évaluation du dispositif.

Le refus de parler des salaires alors même qu’il s’agit d’une des principales attentes des salariés dans la période n’a pas empêché la CGT de porter cette revendication dans toutes les tables rondes. Le Premier Ministre annonce la création d’un observatoire des rémunérations au sein du Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective ; cela valide que la question des salaires est une préoccupation prioritaire dans notre pays.

A l’heure où le besoin de financement de la protection sociale nécessite de nouvelles ressources, l’augmentation des salaires, y compris par l’instauration effective de l’égalité hommes-femmes, est une des pistes incontournables.

Tout en précisant qu’il faudra faire des efforts, le gouvernement reste muet sur les orientations qu’il prendra sur la réforme des retraites mais confirme le calendrier : concertation à partir du 4 juillet et « dès le mois de septembre, le gouvernement prendra ses responsabilités ».

Il est urgent que les salariés se saisissent de ces questions. Nous devons maintenant mettre en œuvre notre plan de travail : durant tout l’été aller à la rencontre des salariés afin de construire avec eux une journée d’action dès début septembre pour peser sur les choix qui seront faits.

Montreuil, le 21 juin 2013

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 07:05

article_Bousquet-Cassagne-Costes.jpgJean-Louis Costes (UMP) sera le nouveau député de la circonscription de Villeneuve-sur-Lot. Avec 53,76% des voix contre 46,24% à Etienne Bousquet-Cassagne (FN), ce sera lui qui représentera un territoire très longtemps ancré à gauche plutôt qu'un quatrième parlementaire d'extrême-droite.

Mais le véritable bénéficiaire politique de ce scrutin est évidemment le Front National de Marine Le Pen qui continue de faire vivre l'illusion de la banalisation de son parti et surtout des idées fascisantes et xénophobes qu'il promeut. Entre les deux tours, le Front National a gagné 7 095 voix.

Il faut donc en tirer quelques enseignements.

1- il n'existe plus de territoires culturellement protégés du Front National. Cela a longtemps été le cas ; l'ouest catholique et le sud-ouest rad-soc avaient été longtemps à l'écart de la progression de l'extrême droite. Les résultats des précédentes législatives et surtout cette partielle ont démontré qu'elle ne sera plus réservée à cette partie de la France à l'Est d'une ligne Le Havre/Narbonne.

2- l'appel au Front Républicain n'a pas été entendu. L'automaticité a encore été le réflexe du PS une nouvelle fois éliminé au soir du premier tour de scrutin, sans plus d'analyse. Non seulement les électeurs de gauche ne se sont pas mobilisés pour voter en faveur du candidat UMP dit "républicain", mais - pour que Bousquet-Cassagne remporte plus de 7000 voix supplémentaires (il a presque doublé ses suffrages entre les deux tours) - il aura fallu que certains d'entre eux votent FN.

Sur cet échec du Front Républicain, il faut éviter plusieurs erreurs d'analyses.

La première serait de croire à la spécificité absolue de cette circonscription, plombée par "la faut d'un homme", Jérôme Cahuzac, qui aura porté le mensonge et la duplicité à un niveau rarement atteint à gauche, engageant la crédibilité même de laction politique auprès de nos concitoyens. Non, cet argument nous a déjà été servi avant dans l'Oise pour expliquer notre élimination dès le 1er tour et l'élection de Jean-François Mancel, élu corrompu, face au FN (qui là encore avait gagné des voix). L'autre erreur d'analyse serait de faire comme le 21 avril 2002 et considérer que les raisons de notre propre échec reposerait sur les épaules de nos partenaires politiques.

Les explications sont malheureusement plus profondes.

1- Comment faire tenir un Front Républicain quand sa logique n'a jamais été réciproque ? L'UMP n'a jamais eu une ligne claire, seules des individualités appelant clairement à faire battre le FN en votant à gauche en cas de second tour duquel la droite serait éliminée. Un seuil supplémentaire a d'ailleurs été franchi dans la confusion lors des législatives de juin 2012 à l'UMP par la voix de son secrétaire général d'alors, Jean-François Copé (depuis devenu Président appuyé par la "Droite populaire"), en plaidant le "ni-ni". Il n'est pas étonnant ensuite qu'ici et là, et de plus en plus souvent les électeurs de gauche refusent de voter pour l'UMP.

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-20112- La dérive idéologique engagée par Sarkozy et poursuivie par Copé contribue à légitimer chaque jour un peu plus les thèses du FN, en reprenant chaque des bribes du discours de l'extrême droite. La dédiabolisation et la banalisation du FN aurait rapidement atteint une limite si la stratégie de Marine Le Pen n'avait pas rencontré une tactique politicienne et une disponibilité idéologique à l'UMP. Demandez aujourd'hui à un cadre UMP pourquoi le FN serait incompatible avec son parti et empêcherait une alliance entre les deux formations, vous aurez une réponse surprenante : non pas les valeurs, non pas la République, mais l'appartenance à l'Union Européenne et la conservation de l'euro comme monnaie. Pas étonnant que certains élus locaux UMP franchissent le cap de la collusion... Argument supplémentaire de l'électeur de gauche pour refuser de voter UMP.

nouveau-logo-ps3- Notre politique économique n'est pas absente des débats électoraux et des motivations des électeurs dans l'Oise ou dans le Lot, quel que soit le contexte spécifique de ces circonscription. C'est Christian Paul, député de la Nièvre, un reponsable socialiste qui n'est en rien un dangereux gauchiste ou un animateur de la gauche du PS, qui le dit le mieux sur twitter hier soir : "@christianpaul58 : «Quand l'action de la gauche se différencie mal de la politique de la droite, le FN bouscule les digues républicaines. Injuste, mais réel.»"

meluche.jpgLe premier des carburants de l'extrême droite c'est le désarroi social des électeurs de gauche et l'idée qui progresse qu'il y aurait une collusion sur le fond et sur la forme entre UMP et PS. Et personne ne peut à gauche s'en exonérer : hier sur le marché de Bezons dans lequel je déambulais, un habitant rétorquait à un militant du Front de Gauche lui tendant un tract sur les dangers de la future réforme des retraites "Mais le Front de Gauche, il a bien appelé à voter Hollande !!" A ce titre, les diatribes de Mélenchon n'empêcheront jamais au Front de Gauche d'être lié dans l'esprit des Français au sort de la gauche en général ; et le PCF a bien noté que les éructations de son allié (qu'il ne partage pas) ne permettent en rien un cordon sanitaire qui éviterait aux élus locaux communistes de subir également un reflux aux prochaines municipales, placées sous le contexte du rejet de l'action gouvernementale.

Et c'est bien là que le bât blesse.

logos_GA_12-12-2012.jpgLes Français malgré quelques mesures sociales mises en place au début du mandat ne considèrent pas que les mesures qui ont suivi identifient à gauche l'action du gouvernement : Europe, Compétivité, marché du travail... Ils ne voient pas non plus venir les fruits attendus de la politique de rigueur budgétaire qui contraint chaque jour un peu plus notre environnement économique et social. L'appréciation des orientations annoncées pour la réforme des retraites, sur la basse d'une forte augmentation du nombre d'annuités de cotisation, risque d'être aussi assez violente.

Alors, oui effectivement, je rejoins mes camarades de la motion 1 quand ils admonestent toutes les interventions critiques : "nous sommes dans le même bateau, quelques uns ne s'exonèreront pas de l'échec du gouvernement". J'ajouterai "nous sommes dans le même bateau, la ligne actuelle du gouvernement qui est en décalage avec le projet adopté par les socialistes en juillet 2011 nous conduit dans le mur, et il nous emmène tous ensemble. Il tend de prendre le tournant de la relance pour éviter le mur".

Frédéric FARAVEL

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 07:47

Leo_Moreau_CF_PS_95_17-06-2013.jpgLe conseil fédéral du PS Val-d'Oise se tenait lundi 17 juin 2013 à Cergy à partir de 21h. Son ordre du jour débutait logiquement par un débat politique général, qui ne pouvait évidemment faire l'impasse sur les deux évènements du week-end : la convention nationale "Notre Europe" du PS et l'élimination du candidat socialiste dès le 1er tour de l'élection législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, ancienne circonscription de Jérôme Cahuzac.

De longs débats de qualité,
graves et respectueux

La convention du PS a fait l'objet d'une analyse plutôt consensuelle. Il a fallu cependant rappeler que si notre Parti avait finalement trouvé une "sortie par le haut" selon l'expression d'Emmanuel Maurel, celle-ci avait débuté sous des auspices peu favorables : refus du premier secrétaire sur commande du premier ministre de laisser déposer un texte concurrent à celui de la direction, volonté d'éparpiller les amendements pour essayer d'éparpiller les voix, tentatives répétées de maquiller la réalité des résultats, qui avaient offert une très large majorité aux amendements présentés par Maintenant la Gauche, avec pour deux d'entre eux le soutien d'Un Monde d'Avance. Mais on peut se réjouir de la tonalité finale du texte qui assume la nécessité d'une relance européenne, la confrontation politique avec les conservateurs européens (même s'il eût fallu caractériser plus nettement nos adversaires), et propose dans une résolution finale 14 propositions précises qui reprennent notamment les propositions de Maintenant la Gauche soutenues par les militants socialistes.

logo_convention_Europe_PS.jpgMais le travail n'est pas achevé et cela a été rappelé dans le débat : si le PS est désormais pourvu d'une orientation ambitieuse à un an d'élections européennes qui s'annoncent sous la pression des national-populistes et des anti-européens (partout sur le continent), nous serons nombreux à être vigilants et à exiger des garanties qu'elle sera défendue de manière sincère et convaincante auprès des autres membres du Parti Socialiste Européen (qui ont heureusement pour la plupart perdu leur boussole blairiste ou schröderienne). En effet, le PSE doit impérativement se doter d'un programme offensif qui porte réellement la réorientation de la construction européenne avec un candidat à Présidence de la Commission qui soit en cohérence avec cette volonté.

Sur les causes et les conséquences de la défaite à Villeneuve-sur-Lot, comme d'habitude, deux grandes tendances se sont exprimées dans les échanges.

D'un côté, ceux, finalement peu nombreux, qui ont tenté d'expliquer que l'effet Cahuzac était indépassable sur cette circonscription, un cas particulier entretenu jusqu'à l'absurde par l'interrogation publique de l'ex-ministre sur l'éventualité d'une nouvelle candidature. La faute également aux grands élus socialistes qui auraient refusé la publicité sur leurs revenus et leurs patrimoines, dans le cadre de la loi sur la transparence de la vie politique. La faute enfin à l'insuffisance de travail pédagogique de la part du PS et du gouvernement pour expliquer aux Français les réformes engagées et le travail de longue haleine sur le mandat qui portera un jour ses fruits. Le comble fut l'explication qu'il était logique, naturel, et donc irrésistible qu'un parti au pouvoir perde les partielles. Un responsable fédéral de la motion 1 finissait cependant par concéder qu'il y avait dans le pays une détresse sociale à laquelle il convenait de répondre de manière urgente (sic).

De l'autre côté, et à des degrés divers, les intervenants du conseil fédéral ont rappelé qu'on ne pouvait constamment argué du caractère exceptionnel de chaque législatives partielles, notamment quand il s'agit de la 8e que la gauche perd sur 8 engagées depuis juin 2012, dont deux offrant aux électeurs et au pays le spectacle d'un nouveau 21-Avril. Si des mesures positives ont pu être engagées - Mariage pour tous, allocation de rentrée scolaire, âge légal de départ en retraite à 60 ans, politique du logement, refondation de l'école -, les Français ne sont pas ignorants et sourds à tous les exercices pédagogiques : dans les 8 partielles perdues, y compris dans celle de Villeneuve, il convient de mesurer leur jugement sur l'affaire Cahuzac bien sûr mais aussi sur l'orientation de politique gouvernementale. Dans le premier cas, rappelons que notre camarade Barral a été soutenu sur place par Manuel Valls (le plus populaire de nos ministres paraît-il), Stéphane Le Foll et Harlem Désir ; il n'a donc pas manqué de l'engagement du parti derrière lui, et les électeurs n'ont pas validé l'idée selon laquelle l'affaire Cahuzac ne serait que "la faute d'un homme" seul. Les électeurs de la gauche ont toujours été exigeants avec nous : ils n'acceptent pas que l'on ait pu nourrir en notre sein un tel personnage, lui faisant gravir un à un les échelons du pouvoir, sans jamais s'interroger sur les choix qu'il avait fait dans sa carrière, qui étaient connus et qui sont tellement parlant. Cet aveuglement plus ou moins volontaire de nos responsables politiques est perçu le symbole d'une perte du sens des valeurs de gauche, qui peut nous être reproché par une partie croissante de notre électorat. Celui-ci nous juge et nous jugera à l'aune de nos engagements mais aussi de ce qu'ils attendent de la gauche. Or, la montée du FN ne s'explique pas uniquement par la "crise morale" qui atteindrait la "classe politique" ; la réalité est plus cruelle. logos GAUCHEPartout et à chaque fois que nous avons donné ou que nous donnerons l'impression, que les politiques mises en oeuvre par un gouvernement de gauche peuvent être interprétées comme un recul de la solidarité nationale, un recul du service public, et donc in fine de la République telle que nous la concevons, les communautarismes et les fascismes ont progressé et progresseront. Cette menace est à souligner dans le contexte où des militants d'extrême droite se sont sentis suffisamment libres pour assassiner en pleine rue un jeune militant de gauche. Ce sera valable si nous faisons les mauvais choix sur les retraites, c'est aussi le risque si dans le débat sur le "projet de loi d'affirmation des métropoles et de modernisation de l'action publique" nous donnons l'impression d'abandonner 3 à 4 millions de franciliens des territoires périphériques de la région. Ces territoires péri-urbains et rurbains dont nous avons identifiés depuis plusieurs années le sentiment de déclassement et de délaissement qui nourrit en partie le vote FN. Enfin, il a été pointé qu'il n'était pas très pertinent d'agresser nos partenaires politiques - EELV ou PCF - a l'issue de cette partielle - en répétant l'erreur d'analyse des lendemains 21-avril, où certains avaient rejeté LA responsabilité de NOTRE échec sur Chevènement, Taubira ou Mamère, sans jamais vouloir se remettre en cause - alors que les scrutins locaux à venir (municipales et départementales) s'annoncent délicats à négocier pour le parti au pouvoir, qui aura besoin du soutien de ceux-ci et de leurs électeurs.

Le Premier Secrétaire fédéral a tenu à conclure ce débat sur trois points avec des arguments qui méritent corrections.

Mauroy_Aubry.jpg1- Faisant une ode à la réfome, en s'appuyant sur le discours d'hommage du Président de la République à Pierre Mauroy, il a affirmé sans ironie que toutes les réformes mises en oeuvre depuis un an avaient été annoncées pendant la campagne par le candidat Hollande. Je me permettrai donc ici de rappeler quelques faits irréfutables :

Pierre Mauroy et Martine Aubry, une certaine idée du socialisme démocratique

  • - je cherche désespéremment les militants révolutionnaires bolchéviques putschistes qui rejetteraient dans le Parti Socialiste l'action de transformation sociale par la réforme pour lui préférer la violence politique. Je ne crois pas non plus qu'on en trouve au PCF, à EELV, au PRG, au MRC ou même au PG ;
  • - plus sérieusement, je ne me souviens pas que le candidat Hollande ait plaidé pendant la campagne pour la ratification du traité Merkozy, au contraire. L'argument du Pacte de croissance de 120 milliards que le président aurait obtenu en échange de cette ratification tombe de lui-même avec leur disparition. Même Jacques Delors appelait samedi 15 juin lors du forum des progressistes à les retrouver ;
  • - si la méthode de la négociation sociale avait bel et bien été annoncé pour toutes réformes sociales, l'accord national interprofessionnel (ANI) sur la flexibilisation de l'emploi contient des mesures comme les accords compétitivité emploi plaidés par Nicolas Sarkozy que le candidat Hollande avait expressément combattus. La méthode reste valable pour la question des retraites, et favoriser le dialogue avec les partenaires sociaux est évidemment préférable à l'humiliation récurrente qu'il subissait du pouvoir précédent, mais les axes mis en débat pour la réforme des retraites, notamment l'allongement de la durée de cotisation, sont bien éloignés de la réforme préparée par le PS en 2010 et ne sont pas ceux annoncés dans les engagements du candidat Hollande ,
  • - enfin, le Pacte de compétitivité et le CICE sont contraires au discours sur le coût du travail que portait le candidat et leur principe (alléger le coût du travail qui serait un frein à la compétitivité) était dénoncé à la tribune du congrès de Toulouse par les orateurs de toutes les motions du parti ... quelques jours avant que le Premier Ministre n'annonce leur mise en oeuvre.

foule_Meric_Argenteuil_12-06-2013.jpg2- Selon lui, même s'il faut dénoncer les groupuscules qui sont responsables directement ou indirectement de l'assassinat du jeune Clément Méric (le PS95 a d'ailleurs participé à l'hommage rendu à ce jeune homme par toutes les organisations de gauche du département devant la stèle Gabriel-Péri à Argenteuil et, dans ce cadre, l'agressivité à son égard de certains groupuscules présents n'est effectivement pas supportable), il conviendrait également de rappeler qu'une partie des groupes de la gauche radicale aurait choisi les combats de rue et la violence et qu'il était nécessaire d'y mettre terme. Cette manière de présenter les choses me paraît particulièrement spécieuse. Elle introduit un rapprochement inapproprié entre les agresseurs et les agressés, d'une part, démontre que l'orateur est enfermé dans une mythologie remontant aux années 1970 impliquant que la rue soit tenue par une extrême gauche prompte à combattre violemment des groupuscules fachoïdes, d'autre part. Par ailleurs, il n'est pas possible sur le fond comme sur la forme de rapprocher extrême droite et extrême gauche, tant leurs projets et leurs valeurs sont éloignés, anti-républicains pour les uns, anti-privilèges pour les autres. Enfin, c'est Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls qui apportent la contradiction à notre premier secrétaire fédéral. Répondant aux amalgames odieux et répétés de Jean-François Copé et du FN qui exigeaient la dissolution des groupes de la gauche radicale, le gouvernement a rappelé les termes qui permettent la dissolution des ligues factieuses... si les groupuscules d'extrême gauche ou de gauche radicale avaient pu tomber sur le coup d'une accusation pour violence organisée, ni le Ministre de l'Intérieur ni le Premier Ministre ne se seraient risqués à le réfuter avec plus complète fermeté devant la représentation nationale. Ne nous trompons pas : ici, la violence organisée et morale est bien celle de l'extrême droite radicale, complice quoi qu'elle en dise du FN, lui-même accomodant avec elle.

mnl-bfm-332x205.png3- La stratégie de réduction du déficit mise en oeuvre serait la seule possible, elle donnera ses fruits dans 1 an pour ouvrir une nouvelle période qui permettra alors d'en redistribuer les fruits.. ou la rigueur racontée aux enfants. Avec comme codicile, le fait que personne ne proposerait à gauche d'alternative à cette politique. Sur ce dernier point, je rappelerai que Maintenant la Gauche a présenté le 22 avril dernier un plan détaillé pour la relance en France et en Europe, et je propose à notre camarade Rachid Temal de se plonger un peu dedans, ça lui fera le plus grand bien : télécharger le plan de relance écologique et social. Enfin, il convient de regarder la stratégie pour la réduction des déficits et de la dette telle qu'elle est mise en oeuvre.
logo_MLG_2-copie-1.jpgLa réduction drastique des dépenses publiques appliquée à tous les ministères (sauf ceux de l'éducation nationale et de la justice) donne-t-elle les résultats escomptés ? Non. L'objectif était d'atteindre les 3% de déficit en 2013, on sera à 3,7% de l'aveu même de Bercy et sans doute au-dessus. La dette elle-même s'est accrue de quelques milliards d'euros. En effet, la manière drastique de la mise en oeuvre d'une politique de rigueur que l'on conteste par ailleurs au niveau européen aboutit à empêcher la reprise économique. Personne ne conteste qu'il faille diminuer à long terme le poids de la dette, mais si un euro pour la dette serait effectivement un euro en moins pour l'éducation, selon l'expression consacrée, la logique devient difficile à tenir quand on perd encore des euros dans l'affaire. Une illustration ubuesque : la baisse de la dotation globale de fonctionnement pour les collectivités locales à hauteur de 4,5 milliards d'euros en 3 ans, alors que ces collectivités financent plus de 60% de l'investissement public, ne peut avoir que des effets négatifs sur l'activité économique et donc sur les recettes de l'Etat.

Frederic Faravel 14-07-20122014, 2015 et 2017 viendront plus vite que certains de nos camarades ne le pensent. Ils veulent inscrire l'action des socialistes dans la durée... nous aussi. Ils considèrent que nous sommes tous dans le même bateau et que si le gouvernement échoue nous plongerons avec lui... nous aussi. Raison de plus pour revenir à la raison et ne pas être renvoyés dans l'opposition en 2017 : pour cela il faut retrouver le sens de la gauche qu'attend l'électorat qui nous fait défaut aujourd'hui et opérer le tournant de la relance dont nos économies française et européenne ont besoin.

Frédéric FARAVEL
Mandataire fédéral de la motion 3

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 10:59

LogoRGB.jpglogo convention Europe PSCe mercredi 12 juin dans le journal d'informations locales, Yonah Pecnard, journaliste à RGB, radio valdoisienne, m'interrogeais sur les enjeux de la convention Europe du PS et ses résultats dans le Val-d'Oise.

écouter l'entretien

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 08:05

mlgeurope-700x300.jpgLa commission des résolutions vient d’aboutir à un compromis politique dont nous avons été partie prenante.

L’aspiration majoritaire des militants à une réorientation de l’Europe qui s’est exprimée dans nos amendements a été entendue.

La commission a adjoint au texte final une résolution contenant “14 priorités socialistes pour réorienter l’Europe” à l’adresse de nos partenaires du Parti Socialiste Européen.

Parmi ces priorités adoptées par la Commission des résolutions figurent les messages politiques essentiels que nous avons portés avec les amendements de Maintenant la Gauche :

- “augmenter le budget européen par sa renégociation, en exigeant du Conseil Européen un cadre financier pluriannuel plus ambitieux permettant d’accroître les ressources en faveur de la croissance et de l’investissement” ;

- ” réviser le pacte de stabilité pour donner la priorité au soutien à la croissance dans chaque pays. L’Europe a besoin de croissance, pas d’austérité. Nous demandons un calendrier étendu, crédible et réaliste de réduction des déficits publics. Nous poursuivrons conjointement le soutien aux dépenses d’avenir indispensables.” ;

- “agir en faveur d’une parité plus équilibrée de l’euro, aujourd’hui surévalué par rapport au dollar américain, au yuan chinois et au yen japonais, en confiant la politique de change aux autorités politiques de l’union. Comme le prévoit le traité le conseil Europeen doit utiliser pleinement sa compétence en la matière. Nous demandons son inscription à l’ordre du jour du conseil européen” ;

- “les socialistes français sont extrêmement réservés sur l’opportunité des négociations commerciales USA-UE. En aucune façon, les socialistes ne pourront accepter de ratifier un traité qui mettrait en cause les intérets économiques, stratégiques et le modèle social de la France et de l’Europe”.

Nous nous satisfaisons de l’intégration des éléments majeurs que nous avons portés et que les militants ont soutenus très largement.

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11 juin 2013 2 11 /06 /juin /2013 07:16

MLG-95_2012-2013.jpgL’enjeu de la convention

La Convention Europe s’inscrit dans ce contexte particulier : à moins d’un an des élections européennes, et au moment où le gouvernement entend défendre des positions « offensives » face aux conservateurs majoritaires au niveau de l’Union Européenne, le PS se doit d’être en première ligne pour contester les politiques d’austérité qui plongent notre continent dans le chômage et la précarité. En effet, nous ne devons pas abandonner le combat internationaliste au nom des critères de convergences, de l’absurde règle des 3% et de l’intégration au forceps au « marché unique » et dérégulé. L’Europe sociale ne doit plus être un slogan, mais un programme politique.

Au moment où le président de la République annonce de nouvelles initiatives pour réorienter la construction européenne, c’était une nécessité démocratique de demander aux militants socialistes leur avis sur ce sujet décisif pour la vie quotidienne des Français.

Des conditions de débat peu favorables

Si la participation au vote sur le texte de la convention fut moyenne, il faut saluer les camarades qui se sont déplacés pour néanmoins défendre leurs convictions : les conditions du débat étaient en effet loin d’être optimales.

Comme nous l’avons vigoureusement dénoncé, il nous a été interdit de déposer un texte alternatif à celui de la direction nationale. Pour faire entendre notre voix, nous avons cependant déposé quatre amendements : deux signés par les animateurs de « Maintenant La Gauche », deux déposés en commun avec les camarades d’ « Un Monde d’Avance ».  Celles et ceux qui se reconnaissaient dans nos idées n’avaient pas d’autre choix… que de voter pour le texte de la direction… pour pouvoir l’amender ensuite !

Pas moins de 13 amendements étaient soumis aux adhérents : certains, de pure forme ou ne posant aucun problème de fond entre socialistes, avaient pour seule fonction de « noyer » les nôtres dans la masse.  Bref, plutôt qu’un débat clair et simple, le premier secrétaire a préféré compliquer la discussion au risque de démobiliser les socialistes.

Conscients de la forte attente d'un changement rapide d'orientations de l'Union Européenne et d'une volonté manifeste des militants socialistes relayant l'avis d'une grande majorité des français de voir s'engager une alternative à l'austérité, à la concurrence et aux libre échange généralisés; la direction actuelle du PS, embarrassée, à cru pouvoir éviter ou contourner une réalité politique qui s'impose toujours in fine à chaque échéance électorale et ce de plus en plus nettement. Cela fut un mauvais calcul, qui plus est dangereux.

europa logoUn résultat incontestable

Cela n’a pas empêché les militants de se prononcer en toute liberté. Et le résultat est sans appel.

Tous nos amendements ont recueilli davantage de votes « pour » que de votes « contre ». En toute logique démocratique, nos amendements, recueillant entre 60 et 73% des suffrages exprimés, devaient être considérés comme adoptés.

Une créativité bureaucratique sans limites...

alain_fontanel.jpgC’était sans compter sans la créativité bureaucratique de certains responsables de la direction! Additionnant les votes « contre », « abstention », « blancs » et « nuls », mais aussi les votes des militants ayant approuvé le texte sans se prononcer sur les amendements, le secrétaire national aux fédérations en conclut donc au rejet… des 13 amendements soumis aux militants! Ce mode de calcul aussi inédit que farfelu aboutit à un résultat politiquement absurde. Ainsi, l’amendement relatif aux droits des femmes n’est pas adopté, ne recueillant, selon la direction nationale, qu’un peu plus de…. 20% !

Alain Fontanel, celui qui tente d'expliquer comment la direction
nationale du PS veut compter l'abstention, les blancs
et les nuls avec les votes contre...

Nous avons évidemment contesté cette « nouvelle règle du jeu » (décidé par qui ? quand ? justifiée comment ?), suivi en cela par des dizaines de fédérations et des milliers de militants sincères qui  savent qu’on ne solde pas des problèmes politiques par de grotesques réponses bureaucratiques.

Et la politique dans tout cela ?

Car la polémique actuelle ne doit pas nous faire oublier l’essentiel. En votant pour la suspension du pacte de stabilité budgétaire, en plébiscitant l’idée d’une initiative en faveur d’une nouvelle politique monétaire au niveau de l’Union, en refusant fermement le traité transatlantique entre l’Europe et les Etats-Unis, les militants socialistes ont clairement indiqué l’objectif qu’ils assignaient au Parti.

Que souhaitent-ils ? Simplement et objectivement que le PS porte haut et fort, auprès de ses partenaires socialistes et sociaux-démocrates européens, une orientation plus offensive face aux conservateurs et aux libéraux européens. Car le PS français est le seul de ces partis au pouvoir, sans coalition avec les conservateurs. Aussi, il est attendu et doit se faire entendre en rappelant que l'élection de François Hollande a été acquise aussi et beaucoup sur son engagement à réorienter l'Union Européenne.

pselogo2Ils veulent surtout que les socialistes ne se contentent pas de belles paroles. Condamner l’austérité imposée par la droite européenne, refuser le dumping fiscal et social qui organise la concurrence entre les salariés de l’Union, regretter l’euro surévalué qui affaiblit nos entreprises à l’exportation, c’est nécessaire. Mais passer aux actes, c’est mieux. D’où nos propositions en faveur d’une feuille de route claire, de mots d’ordre précis, d’une véritable stratégie européenne et socialiste de sortie de crise susceptibles d’être repris par le parti dans les mois à venir.

C’est le sens du vote en faveur des amendements que nous avons déposés qui, sans dénaturer le texte adopté par les militants, énumèrent un certain nombre d’exigences concrètes.

Oui, des exigences, ou si l’on préfère des conditions, parce qu’on ne construit pas un rapport de forces sans poser clairement ce qui, pour nous, relève de l’essentiel.

La convention de dimanche doit prendre acte de la réalité , les amendements que "maintenant la gauche" a présenté doivent être pris en compte sur le fond, le texte doit être amendé en tenant compte de ce signal des militants socialistes.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 07:05

Un militant de gauche, Clément Méric, a été brutalement agressé mercredi 5 juin par des partisans de l'extrême droite qui appartiendrait au groupe Jeune nationaliste révolutionnaire (JNR). Laissé inanimé, il a été déclaré hier soir en état de mort cérébrale à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

haussman_st_lazare.jpgLe jeune syndicaliste âgé de 18 ans, venu de Brest pour ses études à Sciences Po Paris, sortait d'un magasin, près de la gare Saint-Lazare, lorsqu'il a été pris à partie. Selon une source policière, une vente privée de vêtements était organisée dans le quartier. Vers 18 heures, trois jeunes gens "de type skinhead", dont une femme, sont arrivés sur les lieux où ils se sont confrontés à un autre groupe de jeunes. Après des invectives et des bousculades, les skinheads, rejoints par "des renforts", ont attendu devant le magasin. Les agresseurs, qui se sont enfuis et n'ont toujours pas été interpellés, portaient "des bombers et des rangers", selon 20Minutes.fr. L'un d'eux aurait projeté le militant contre un poteau métallique. Un passant serait ensuite intervenu pour secourir la victime, placée en position latérale de sécurité avant d'être évacuée.

Les violences politiques mortelles sont des évènements rares et graves. Au-delà de l'indignation et de la colère légitimes et de la nécessité pour toute la gauche de se ressaisir contre les agresseurs et les fascistes assassins, il faut analyser la situation. Sans vouloir extrapoler sur un évènement qui pourrait être un acte isolé, on peut cependant réfléchir après cet assassinat à l'évolution récente de l'extrême droite française qu'elle soit groupusculaire ou partisane.

Les années 1960 et 1970 ont été marquées par de nombreux actes de violences politiques, régulièrement provoqués par des groupuscules d'extrême droite, nationalistes révolutionnaires, et parfois la réponse défensive des militants de gauche et d'extrême gauche, qui étaient régulièrement les victimes de ces "coups de poing". Les actes racistes, sur fond de décolonisation et d'une société qui était encore loin d'accepter la diversité en son sein, étaient également monnaie courante, même si elle était hyprocritement tue ou étouffée.

Le_Pen_bandeau.jpegLe processus, qui a mené à la création du Front National (FN) en 1972 à partir de divers groupuscules puis à son installation dans le paysage politique français, a été parallèle à une certaine pacification sociale.

Il n'en est évidemment pas la cause : la société a elle-même évoluée, la violence politique ou les barbouzeries qui étaient une pratiques régulières (rappelez-vous du SAC) ont cessé d'appartenir aux moeurs communément admises ; les réflexes racistes ont reculé dans la société même s'ils restent présents et répandus, mais de fait depuis la marche des beurs, et malgré la persistance des discriminations et des phénomènes de ségrégations territoriales et sociales, la France s'est découverte diverse et parfois métissée. C'est heureux.

Cependant, la prise en charge de la parole raciste et xénophobe par le FN a abouti à verbaliser dans le paysage politique des sentiments que l'on a un peu de mal à qualifier de politique et qui auraient pu se transformer en violence physique politique ou raciste, participant ainsi à la diminution de ces phénomènes dans les années 1980 et 1990. Attention, je ne dis pas que le FN a été utile à la société française, loin de là : la violence morale et culturelle qu'il a provoquée reste entière et tout autant pernicieuse, nous y reviendrons. Elle n'a d'ailleurs pas empêché certaines violences physiques, dont le pire fut l'assassinat de Brahim Bouarram en marge d'un cortège du FN à Paris le 1er mai 1995.

dominique_venner.jpgDe fait, le FN a - surtout depuis les années 1980 - appliqué une sorte de stratégie de banalisation de l'extrême droite. Dominique Venner, théoricien et essayiste völkisch tenant d'une vision paneuropéenne de l'extrême droite, qui s'est rappelé à notre souvenir en se suicidant en public devant l'autel de la Cathédrale Notre-Dame, a perdu depuis longtemps le pari qu'il avait fait en parrainant à distance la création du FN. Il pensait "présider" à la création d'une organisation politique plus solide (vision quasi léniniste) portant un nationalisme révolutionnaire, racialiste blanc et paneuropéen, mais le pantin "présentable" pour les bourgeois qui avait été choisi pour présider le parti, Jean-Marie Le Pen, a doublé tous ceux qui pensaient faire de lui un homme de paille, une vitrine.

Malgré ses outrances verbales et ses provocations régulières, Le Pen père a réussi à imposer dans l'espace public et dans son propre camp une extrême droite institutionnalisée, national-populiste et xénophobe, assez éloignée finalement des espoirs de ses parrains. Sa stratégie a été constamment dénoncée par leurs héritiers mais aucune scission (dès les années 1970, le Parti des Forces Nouvelles - PFN) n'a réussi à lui contester le pouvoir électoral tribunicien et protestataire qu'il a construit.

patrick_buisson.JPGLe Pen n'est pourtant pas un sauveur de la République, un rempart contre une extrême droite pire que lui-même. Avec son accès aux médias, avec son rôle d'amuseur public nauséabond, il a diffusé dans tout le pays un discours politique assumé qui ne l'était plus ouvertement depuis 1944. La Lepénisation des esprits débute dès les années 1980 ; associée à la pression que représentait ses résultats électoraux et à la disponibilité intellectuelle de certains responsables de la droite dite "républicaine", son discours a commencé à percoler dans toute la droite, jusqu'à la mise en place du tandem Sarkozy-Buisson.

La dédiabolisation comme stratégie mise en oeuvre par Marine Le Pen n'est de fait que l'étape supplémentaire sur le chemin entamé par son père. Elle rend le FN plus encore acceptable et d'autant plus désirable pour une partie de l'UMP, que ras-le-bol et lepénisation augmentent régulièrement les intentions de vote en sa faveur. Une partie croissante des responsables UMP réfléchit désormais à une alliance avec le FN, et si toutes les digues n'ont pas encore sauté, le FN n'a jamais été aussi prêt de pouvoir envisager un jour d'être associé au pouvoir.

bloc_identitaire.jpgLa dédiabolisation "mariniste" a cependant libéré sur sa droite un espace politique pour l'extrême droite radicale, tout en validant une partie de son discours qu'elle partage sous des formes plus soft : Bloc Identitaire, Génération identitaire, projet Apache, Jeunesses Nationalistes, JNR, etc. ne sont plus seulement des groupuscule néo-nazis ou des bandes de skins en goguettes, mais des organisations dont on a vu la capacité à se rendre visible et à structurer des actions de plus en plus solides, que ce soit en surfant sur le rejet de l'islam (occupation de la terrasse de la mosquée de Poitiers) ou dans le refus de la loi sur le mariage pour tous.

La dédiabolisation et la lepénisation des esprits désinhibent également une partie de ces militants radicaux qui se sentent désormais autorisés à passer à l'action violente, dont l'une d'elle a abouti hier soir à l'assassinat de Clément Méric. Les violences à caractères racistes ont d'ailleurs commencé à progresser à nouveau fortement dès la fin des années 1990 (documentation française ; ministère de l'intérieur).

printemps_francais.jpgCe qui est grave aujourd'hui c'est l'existence de passerelles entre cette extrême droite radicale qui fait mine de vomir le FN mariniste, le FN lui-même et y compris une partie de la droite classique.

Cette dernière n'a eu en effet aucun mal à participer à des défilés où se retrouvaient toutes les familles de droite, durant la mobilisation contre le mariage homosexuel. N'en déplaise aux hypocrites responsables de l'UMP, du PCD ou de la "manif pour tous". Le cordon sanitaire est par ailleurs parfaitement inexistant avec le "Printemps Français", coalition de sous-marins de l'extrême droite radicale qui s'est choisie comme porte-parole une transfuge du parti de Christine Boutin.

1489157 3 0fb0 marine-le-pen-a-lille-le-5-mars-2011Les liens sont évidents avec Marine Le Pen et son parti. Les déclarations légalistes de Florian Philippot condamnant l'assassinat de Clément Méric n'y changent rien. Au soir de la mort de Dominique Venner, Marine Le Pen elle-même saluait la mémoire de Dominique Venner dont nous avons parlé plus en des termes particulièrement attendris, soulignant ainsi sa volonté d'envoyer des messages à sa frange radicale et ses propres origines idéologiques.

La France vit une période délicate et l'évolution de l'extrême droite accroit aujourd'hui plus que jamais le danger qu'elle encourt.

Frédéric FARAVEL

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 13:49

Suite à ma réunion de section d'hier et à nos débats pour la convention Europe du PS, je souhaite redonner quelques éléments qui précisent les enjeux du vote du 6 juin prochain.

banniere_convention_Europe_PS_2013.jpgLa convention Europe du Parti Socialiste se déroule dans un moment déterminant : la nécessité de réorienter la construction européenne, qui risque de se déliter dans l'impasse l'impasse austéritaire, apparaît plus clairement que jamais. Le PS se doit donc d'avoir une vision claire et un agenda précis ; c'est pourquoi le débat se devait d'être largement ouvert et la motion 3 "Maintenant la Gauche" avait préparé avec d'autres responsables socialistes un texte qui répondait à ces enjeux : «Europe : le sursaut, c'est urgent !» (télécharger le texte ici). La direction du Parti a pourtant décidé le 30 avril, à notre grand étonnement, d'interdire le dépôt de textes concurrents au sien.

Le débat n'en reste pas moins nécessaire. En effet, si nous pouvons nous réjouir que le texte du Parti s'articule autour de la nécessité d'une alternative à l'austérité et d'assumer la confrontation avec les partis et gouvernements conservateurs européens, il reste bien trop imprécis sur certains sujets majeurs et a été édulcoré après l'intervention du gouvernement entre la commission des résolutions et le bureau national de la fin du mois d'avril. Aussi, si certaines orientations du texte proposé aux militants par la direction du parti paraissent aller dans le bon sens, celui-ci reste désespérément silencieux sur les moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs que nous pouvons partager collectivement.

Maurel_Lienemann_une_autre_Europe_est_possible-copie-1.jpgDans ce contexte, 13 amendements nationaux ont été déposés. Avec mes camarades Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann, j'en défends 4, portés avec mes amis et déposés également pour certains avec des camarades qui ne sont pas tous de la même motion. Ces amendements – n° 4, 8, 10 et 13 – condensent les questions-clés : mettre la croissance et l’emploi avant la réduction des déficits, pour un véritable plan de relance européen, mettre la BCE au service de l’économie réelle, refuser le traité transatlantique (États-Unis d’Amérique / Union européenne). (cf. pièces jointes en PDF)

ATTENTION ! LE 6 JUIN, POUR VOTER NOS AMENDEMENTS IL FAUT VOTER EN FAVEUR DU TEXTE GÉNÉRAL

La convention Europe n'est pas une opportunité pour exprimer son désaccord avec la direction du PS, même si nous avons tous comme je l'ai entendu hier soir des sujets divers et légitimes de critiques. Le rejet du texte de la convention ne serait qu'une posture malheureusement inutile au moment où il convient plus que jamais de peser efficacement sur les orientations européennes du PS, et au-delà sur celles du PSE, à la recherche d'une boussole politique, qui doit dans quelques mois adopter son Manifeste pour les élections européennes.

Le Parti Socialiste doit donc pouvoir disposer à la fin de cette convention d'un discours offensif et constructif sur la réorientation de la construction européenne, au moment où les politiques conservatrices, centristes ou social-libérales conjuguées tuent l'idée européenne et nourrissent les souverainismes de droite et de gauche et les pires nationalismes.

Les amendements 4-8-10-13 peuvent être utiles car il peuvent rassembler largement ; en effet, ils répondent aux attentes qui s'expriment non seulement chez les militants et sympathisants socialistes, mais au-delà dans toute la gauche, pour un tournant politique tant au niveau européen que national.

europa_logo-copie-1.pngNos propositions trouvent échos au-delà de notre parti, chez nos partenaires politiques, ou encore chez divers collectifs comme Les Économistes atterrés ou Roosevet 2012. Nous sommes également capables de créer des dynamiques de rassemblement à gauche en Europe comme l'a démontré notre appel commun avec des responsables et parlementaires du SPD et de Die Linke (Allemagne), du SPÖ (Autriche) et du SEL (Italie) : « une autre Europe est possible » (signez le ici et faites le signer largement autour de vous).

La gauche du PS français n’est pas isolée en Europe et Maintenant la Gauche se réjouit qu’un nombre croissant de parlementaires et de responsables socialistes ou sociaux-démocrates dans les pays de l’UE, se mobilisent en commun pour infléchir les choix européens.

Notre responsabilité est donc claire : profiter de cette dynamique et l'amplifier pour créer le rapport de force nécessaire à la réorientation de la construction européenne.

Frédéric FARAVEL

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17 mai 2013 5 17 /05 /mai /2013 07:27

Le Président de la République a tenu hier après sa deuxième conférence de presse du mandat comme il s'y était engagé à le faire tous les six mois. Certains pourront évidemment discuter de la forme choisie par François Hollande pour ses deux premiers rendez-vous avec la presse - dans la salle des fêtes de l'Elysée devant un parterre de 400 journalistes qu'il avait pourtant promis de ne plus convoquer dans les lieux du pouvoir, et avec un gouvernement sagement parqué en rang d'oignons sur le côté de la salle - mais on retiendra surtout qu'il tient cet engagement nécessaire de rendre des comptes aux Français par média interposés.

3266627_3_6bc7_francois-hollande-lors-de-sa-deuxieme_08ba9e.jpgLe Président a fait techniquement une prestation habile voire réussie. On connaît son talent de judoka de la formule et de l'ironie, organisant parfois ses propres questions et ses propres réponses. Il a tenu à faire passer deux messages, deux slogans majeurs, pour la deuxième année de son quinquennat : "Offensive" et "mouvement", de ce côté-là c'est également carton plein puisque c'est ainsi que toute la presse de ce matin entame ses analyses ou ses éditoriaux. Il est également revenu sur l'erreur d'une de ses précédentes prestations médiatiques : François Hollande avait expliqué qu'il n'était pas un Président socialiste ; la bévue est relativement corrigée puisqu'il réaffirme être un socialiste devenu le Président de la République qui veut "faire réussir la France". C'est symbolique mais au moins cela le distingue (même s'il a fallu une correction) de la piteuse campagne jospinienne de 2002 lorsque l'on avait découvert que le grand homme n'avait "pas un programme socialiste".

L'art du déséquilibre sportif et oratoire confine cependant à l'habileté machiavélique lorsqu'il récuse le qualificatif de "social-démocrate", voire de social-libérale, pour définir la politique qu'il mène. Non, bien sûr, tout serait "socialiste". Pourtant, comme le disait Marie-Noëlle Lienemann, jeudi matin sur France Inter, pour qualifier la ligne politique plus ou moins ouvertement défendue par Pierre Moscovici, ministre de l'économie et des finances, on rappellera qu'un socialiste ou un social-démocrate aurait apporté des contreparties sociales à toute concessions faite au patronnat, quand un social-libéral se contente de se plier à l'interprétation libérale de la compétitivité.

Le service politique de France Inter - qui n'est pas connu pour son gauchisme échevelé (rappelons que ce n'est pas Daniel Mermet qui le dirige) - en faisait même la remarque, doutant du "caractère socialiste" d'un certain mesures prises ou annoncées (pacte de compétitivité, ANI, retraites, etc.).

Mais toutes ces remarques préliminaires ne sont que peu de choses quant au fond du discours du Président de la République, dans lequel il nous faut bien faire le tri.

Une offensive nécessaire sur la réorientation européenne

On connaît évidemment les désaccords qui distinguent mon courant politique et les mesures défendues par François Hollande quant à la manière de traiter "la langueur" dans laquelle s'est enfoncée l'Union Européenne. D'abord bien pire qu'une langueur, c'est bien une impasse à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui, impasse qui pourrait bien mener la construction européenne à son délitement, comme nous avions souhaité en alerter les socialistes dans la convention Europe de juin.

Il y a un péché originel dans l'action européenne de François Hollande c'est la ratification forcée du Traité Merkozy que nous avions pourtant collectivement dénoncé. L'argument du président était que le Pacte de Croissance qu'il aurait arraché à ses homologues changeait radicalement la donne et la signification de ce traité, ce n'était évidemment pas le cas et l'on a vu depuis ce qu'il en était de l'évanescence du Pacte de Croissance. De même, la signature du projet de budget d'austérité proposé par le Conseil Européen marque bien que la réorientation de la construction européenne n'est pas engagée mais que les logiques austéritaires imposées par les libéraux et les conversateurs, menée par Angela Merkel et David Cameron sont pleinement actives. Il me paraît évident que sur ces bases le travail à mener désormais n'en sera que plus compliqué.

Cependant, François Hollande a fait sur ce sujet quelques affirmations et une annonce qu'il me paraît nécessaire de décrypter ou discuter.

"Les lignes ont bougé depuis un an. Quand je regarde ce qui s'est produit : la zone euro a été stabilisée, des instruments de solidarité ont été introduits, l'Union bancaire a été définie. Il y a eu aussi une nouvelle doctrine de la Banque centrale européenne. La Grèce que l'on pensait, à un moment, menacée de ne plus pouvoir figurer dans la zone euro, a été sauvée comme d'autres pays.
Les taux d'intérêt, qui paraissaient pour certains pays insupportables, ont baissé. Je ne parle pas du nôtre qui est à son plus bas historique : jamais l'Etat n'avait emprunté avec un coût de l'argent aussi faible.
Ce résultat, que je revendique, n'a été possible que parce que la France a su jouer le rôle de trait d'union entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud, dans le cadre de l'indispensable - je dis bien indispensable - couple franco-allemand, sans lequel l'Europe ne peut pas avancer.
Mais aujourd'hui, ce qui frappe l'Europe, ce n'est plus la crise financière. Je le redis ici : elle est derrière nous. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait plus de menaces, mais les causes ont été régulées et jugulées." :

Je ne suis pas convaincu que la crise de la zone euro soit derrière nous ni que ses causes aient été régulées et jugulées. Le décalage structurel entre pays du nord et du sud reste profond et les exigences des premiers vis-à-vis des seconds pour rétablir leur situation crée des tensions sociales et politiques qui peuvent encore provoquer le pire, sans que les taux d'intrérêts soient réellement supportable en Grèce, Espagne, Portugal ou à Chypre ou que les mécanismes de solidarité qu'il défend soient assurés de fonctionner en leur faveur. De même, si la doctrine de la BCE a évolué sous le coup de la réalité, elle reste dérogatoire et personne ne peut dire que ce changement sera durable et que la BCE pourra faire preuve de la flexibilité nécessaire à une politique monétaire dynamique, les textes régissant cette institutions n'ayant pas été révisés et restant contradictoire avec une bonne partie des actions de Mario Draghi. Cependant, il paraît vraisembable que la France tente de faire le lien entre les pays du nord et du sud, nous ne sommes pas dans le secret des discussions européennes, mais dans tous les cas, c'est la seule marge de manoeuvre dont dispose la Présidence Hollande face à l'intransigeance merkelienne.

"Ce qui frappe l'Europe, ce n'est pas la crise financière, c'est la récession : récession provoquée par des politiques d'austérité ; récession qui touche tous les pays de la zone euro - certains moins que d'autres, mais je pourrais faire des comparaisons, y compris avec l'Allemagne, pour ces six derniers mois ; récession qui menace jusqu'à l'identité même de l'Europe, jusqu'à la confiance des peuples en leur destin.
La Commission européenne a commencé à comprendre les risques et les menaces. Elle a décidé d'ajuster, d'adapter le rythme de la consolidation budgétaire à la conjoncture. C'est un bon signal.
Mais, pour moi, ce délai - deux ans pour la France - ce n'est pas un répit, c'est un rebond, c'est une opportunité pour une reprise plus rapide en France et en Europe. Car l'enjeu, je le répète, c'est la croissance, c'est la sortie de la crise, c'est la fin de la récession." :

La réalité de la récession - plus que le "risque" - est aujourd'hui effectivement pire que celui de la crise financière. Si la Commission européenne propose de transiger avec le plan de charge de réduction des déficits qu'elle avait établi avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, c'est à la fois pour tenir compte de cette réalité mais en l'accompagnant d'exigences drastiques en termes de réformes structurelles libérales sur les retraites (nous y reviendrons) et le marché du travail. Il ne s'agit pas encore de proposer un rebond fondé sur la mise en oeuvre de politiques de croissance. De fait, François Hollande n'a pas abandonné le fantasme d'une règle d'or auto-imposée. europa_logo.pngLors de la présentation mardi à Paris de l'Appel "Une autre Europe est possible !" lancée par les ailes gauche du PS et du SPD, Emmanuel Maurel avait clairement expliqué «Ces réformes ne sont rien d'autre qu'un acte de vandalisme contre notre modèle social», «au moment même où la Commission est obligée de constater que le retour accéléré à zéro déficit public ne marche pas, elle veut renforcer les dispositions pour aller dans cette direction. C'est une Europe low cost qu'on est en train de fabriquer». «Ce que nous disons est partagé par d'autres forces en Europe. Il n'y a pas qu'une seule politique possible, ce n'est pas vrai car la politique c'est faire des choix et prendre des risques», a insisté Emmanuel Maurel dans un message implicite à François Hollande.

"L'offensive, c'est d'abord lancer une initiative européenne. [...] L'initiative que je prends, elle se décline en quatre points et je la soumets à nos partenaires. Premier point, c'est d'instaurer avec les pays de la zone euro un gouvernement économique qui se réunirait, tous les mois, autour d'un véritable Président nommé pour une durée longue et qui serait affecté à cette seule tâche. Ce gouvernement économique débattrait des principales décisions de politique économique à prendre par les États membres, harmoniserait la fiscalité, commencerait à faire acte de convergence sur le plan social par le haut et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale. [...] La deuxième étape de l'initiative que je propose est tournée vers les générations futures avec un plan pour l'insertion des jeunes. [...] Troisième temps de l'initiative, une Communauté européenne de l'énergie destinée à coordonner tous les efforts pour les énergies renouvelables et réussir ensemble - alors que l'Europe a des
pays qui n'ont pas les mêmes politiques énergétiques - à assurer la transition énergétique. Le quatrième temps, c'est une nouvelle étape d'intégration avec une capacité budgétaire qui serait attribuée à la zone euro et la possibilité, progressivement, de lever l'emprunt."
:

Pour la première fois, François Hollande donne ici un contenu concret à la réorientation de la construction européenne pour laquelle il est censé plaider. Autant le Pacte de Croissance qu'il prétendait avoir obtenu s'est avéré insaisissable, autant ici le Président de la République met la droite allemande au pied du mur en l'obligeant à répondre à une proposition forte d'intégration européenne qu'elle prétend elle-même défendre. D'autre part, il assortit sa proposition de gouvernement économique, dont il faudra tout de même un peu discuter l'architecture, d'éléments essentiels et opérationnels pour le quotidien des salariés européens, puisque le gouvernement économique ne peut évidemment avoir de sens s'il n'est pas associé à l'urgence de l'harmonisation sociale et fiscale "par le haut" que la gauche européenne attend depuis plus de 20 ans. Espérons que cette offensive ne connaisse pas sur le fond et sur la forme la même destinée que son Pacte de croissance. Je reste plus circonspect sur le plan européen d'insertion des jeunes, non que je néglige sa nécessite ou la réalité de l'engagement du Président sur ce dossier, mais parce qu'on voit mal comment il pourrait être sérieusement mis en place dans le cadre budgétaire austéritaire accepté par le Président au sommet de Bruxelles. Je ne peux que souscrire à la nécessité d'une communauté européenne de l'énergie (qui pourrait d'ailleurs un peu bousculer les vieilles lunes françaises sur le nucléaire) ; enfin la capacité budgétaire attribuée à la zone euro et à lever l'emprunt est une nécessité, revendication déjà ancienne des socialistes français (adoptée sous l'influence des ailes gauches successives du PS depuis 2003).

Le cap est maintenu sur le front de la compétitivité... mais pour quels résultats sur l'emploi ?

Le Président de la République assume pleinement l'orientation social-libérale donnée à son quinquennat dès octobre 2012. Mais il le fait également, et c'est nouveau en assumant la continuité avec les mesures engagées par son prédécesseurs. "La seconde réforme nous a été présentée avant même que nous nous installions. Il fallait déjà faire ce que nos prédécesseurs n'avaient pas engagé ou, plutôt, avait décidé et reporté : le pacte de compétitivité, l'allègement du coût du travail. Pardon de prendre les choses comme elles s'appellent puisqu'il s'agit bien de cela : l'allègement du coût du travail pour être meilleur sur les marchés internationaux. Cela a été le rapport Gallois. Le pacte de compétitivité a engagé 20 milliards d'euros d'allègements et beaucoup d'autres mesures pour l'innovation." Peu importe que ces mesures soient en contradiction avec le projet socialiste de juillet 2011 qu'il n'a pas contesté, avec le discours du Bourget et avec ceux des principaux leaders de la motion 1 lors du congrès de Toulouse.

Il revendique également la réfome du marché du travail qui correspond à la transposition dans la loi de l'Accord National Interprofessionnel de flexibilisation de l'emploi : "la quatrième réforme que le gouvernement de Jean-Marc AYRAULT a menée ou plutôt que les partenaires sociaux ont engagée, c'est l'accord sur la sécurisation de l'emploi, la réforme du marché du travail. [L'intervention au Mali] a caché l'ampleur de la portée d'une décision que prenaient les partenaires sociaux. Pas tous mais en tout cas, les syndicats majoritaires. Une réforme que l'on jugeait impossible à faire. Elle est là, votée hier par le Parlement." Nous avons heureusement quelques un à en mesurer l'importance et surtout ce qu'elle représente comme reculs pour les droits des salariés. Peu importe également que l'une des principales mesures de l'ANI soit la transposition des accords compétitivité emploi proposés par Nicolas Sarkozy que le candidat Hollande et les socialistes avaient combattu pendant la campagne électorale. Avec cette déclaration, il avoue implicitement qu'au-delà d'appeler constamment à un "compromis historique", il a probablement pesé sur le rythme des négociations et le contenu final de l'accord qu'il considère mettre en oeuvre avec les orientations social-libérales qui lui vont comme un gant.

Enfin, puis enfin puisque l'Elysée considère que ces réformes sont faites dans le but d'inverser la courbe du chômage d'ici à la fin de l'année et d'avancer au-delà vers le retour au plein emploi, c'est donc à cette aune qu'elles devront être jugées. Et l'on peut déjà en dire quelques mots. Le Président juge que la "boîte à outils" (à laquelle il faut ajouter les emplois d'avenir et les contrats de génération) - expression heureusement abandonnée - est complète et il en attend les résultats de son utilisation. Mais même en les élargissant sous condition au privé, les emplois d'avenir ne peuvent être en mesure de compenser les destructions d'emplois en cours, pas plus que les exonérations de cotisations qui constituent l'essentiel des CG. Les 20 milliards de cadeaux fiscaux sans contrepartie du Pacte de Compétitivité eux-mêmes ne sauraient être en mesure de relancer l'activité économique et donc les création d'emploi. Pour sortir de la récession, les entreprises ont avant tout besoin d'avoir les carnets de commande remplis et lorsque l'investissement privé est en berne, que le crédit bancaire l'est également, je ne comprends toujours pas que l'on décide de couper aveuglément dans les dépenses publiques, ce qu'il appelle le "sérieux budgétaire" alors qu'en l'orientant correctement elle pourrait fort bien compenser les manques du privé. Ainsi les milliards d'économies annoncés sur le dos des collectivités territoriales qui fournissent pourtant 66% des investissements publics sont parfaitement contreproductifs.

Maurel_Lienemann_une_autre_Europe_est_possible.jpgCe défaut d'investissements publics a cependant été repéré puisqu'il a "demandé à Jean-Marc Ayrault de présenter au mois de juin un plan d'investissements, pour les dix ans qui viennent, autour de quatre grandes filières : le numérique, la transition énergétique, la santé et les grandes infrastructures de transports." La question du financement alors qu'il a engagé une politique de rigueur budgétaire pose question. Je préfère à tout le moins qu'il propose de réorienter l'épargne des Français - comme le demandait Maintenant la Gauche - plutôt que de céder ses participations actuels au capital de grandes entreprises privées ou publiques, alors qu'il y a nécessité que la puissance publique pèse au maximum pour réorienter la stratégie industrielle d'un certain nombre d'entre elles. Je suis par contre plus circonspect sur l'appel aux capitaux étrangers, alors qu'on peste contre le caractère extérieur des détenteurs de la dette française et que l'origine "souveraine" de certains de ces capitaux pose potentiellement quelques problèmes de politiques extérieures.

Le risque de faire exploser la gauche et la cohésion sociale sur les retraites

hollande_retraites_2012.jpgLe candidat Hollande s'était engagé à une nouvelle et durable réforme des retraites, le système mis en place par la droite lui paraissant à la fois injuste et insuffisamment financé. C'était son 18ème engagement (ci-contre).

Mais dans les annonces du chef de l'Etat hier, on note quelques adaptations : les négociations n'ont pas été engagées dès l'été 2012 (comme bien d'autres projets qui auraient dû l'être) mais on lui pardonnera, car il a préféré fixer à nouveau l'âge légal à 60 ans par décret, pour marquer le début de son mandat.

On voit cependant comment a été cornaquée à distance la négociation sur le marché du travail et l'on peut commencer à avoir quelques craintes pour celles sur les retraites. Concernant le montant des pensions, on peut déjà s'inquiéter de voir les décisions qui ont été prises avec la désindexation.

Plus encore, ne se concentrant plus que sur les carrières longues, le Président oublie complètement la question de la pénibilité qui était pourtant explicitement dans ses engagements.

Enfin, François Hollande clot avant le début des négociations entre partenaires sociaux la question de l'évolution des recettes : "[...] il y a un principe qui est celui de l'évidence. Dès lors que l'on vit plus longtemps, parfois beaucoup plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps." Cette évidence qui n'en est pas une avait pourtant été contestée par le PS en 2010 et le député François Hollande lui-même, bien que la majorité des socialistes aient accepté le pasage à 41,5 annuités de cotisation. Aller au-delà paraît injuste socialement dans un pays marqué par près de 40 ans de chômage de masse, car peu de salariés seront en mesure de présenter à un âge "avancé" plus de 40 annuités pleines. C'est également une illusion de parler de l'allongement de la durée de la vie comme si elle était uniforme, au-delà même de la question de la pénibilité, quand on constate que la durée de vie en bonne santé des ouvriers est descendue à 62 ans.

De ce fait, il vient encadrer de telle manière les négociations sociales que jamais les propositions de hausse modérée des cotisations qui pourraient être faites par FO ou la CGT ne seront pris en compte. Cela revient à enfermer la conférence sociale dans un dialogue forcément mortifère car exclusif entre la CFDT et le MEDEF qui débouchera sur une retraite à la carte, signe avant coureur de la mise en cause des retraites par répartition - comme le demande la Commission européenne.

C'est enfin attiser les divisions à gauche au risque de les rendre irrémédiables et cela juste avant la série de scrutins intermédiaires qui va jalonner 2014 et 2015.

C'est sur le fond et sur la forme l'exacte stratégie opposée qu'il faudrait adopter au moment où la France et la Gauche doivent gagner des batailles européennes.

Frédéric FARAVEL

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