Ce que nous pensons du pacte dit «de responsabilité»
Les annonces faites par François Hollande lors de sa conférence de presse ne nous ont, hélas, pas convaincus. Mais elles ne nous ont pas surpris. Comme lors de ses voeux du 31 décembre, le président reprend à son compte l’argumentaire libéral selon lequel la compétitivité du pays est mise en danger par un «coût du travail» trop élevé. Pour relancer l’économie, il faudrait massivement «baisser les charges» qui «pèsent sur les entreprises» et couper dans les dépenses publiques et sociales qui «aggravent les déficits publics».
François Hollande a beau dire que le discours du Bourget reste «[sa] référence», nous ne reconnaissons pas la tonalité de la campagne présidentielle dans ses propositions inspirées par l’idéologie dominante ! Et nous avons beau relire le projet socialiste de 2011, les 60 engagements présidentiels de 2012, la motion majoritaire du Parti de 2013, nous ne trouvons aucune mention du «socialisme de l’offre» ! Nous avons beau chercher, nous ne retrouvons ni plaidoyer pour la hausse de la TVA (le seul socialiste a l’avoir proposée pendant la primaire était Manuel Valls), ni dénonciation des «excès et abus de la sécurité sociale», ni condamnation d’un «Etat trop lent, trop lourd, trop cher».
Nous ne saurions nous reconnaître dans cette «amplification» d’une politique économique qui, contrairement à ce qui est affirmé par nombre de commentateurs ravis, n’a rien de «social-démocrate». Car la social-démocratie suppose que le parti majoritaire à gauche s’appuie sur des syndicats forts pour arracher un compromis au patronat. Nous en sommes loin ! Le président a en effet été très clair sur les avantages concédés aux entreprises, mais très flou sur les contreparties demandées. Il faudra plus qu’un «observatoire» pour imposer amélioration des conditions de travail, augmentation des salaires ou multiplication des embauches. D’autant que le MEDEF, par la voix de son président, n’entend pas rentrer dans une logique de «donnant-donnant» qui serait pourtant la moindre des choses.
Bref, le «pari» semble extrêmement risqué. Car si l’emploi est directement lié aux perspectives de croissance des entreprises, il n’a en revanche jamais été démontré que l’emploi se redresse rapidement, en basse conjoncture, grâce à des «mesures d’offre» comme la baisse massive des cotisations sociales.
D’autant que, dans le même temps, le gouvernement, pour répondre aux injonctions de la Commission Européenne, annonce que coupes budgétaires se poursuivront au même rythme que 2013 et 2014 (une quinzaine de milliards par an pour arriver à un total de 50 milliards en 2017). Or cette course à la baisse de la dépense, officiellement justifiée par l’objectif de la «baisse des déficits» ne porte pas ses fruits. En période de croissance quasi nulle, c’est même le contraire.
Notre feuille de route pour 2014
Depuis des mois, nous proposons une autre politique.
Nous l’avons longuement exposée dans notre «plan de relance» publié début 2013.
Nous avons enrichi ce document, en fin d’année, avec nos propositions en faveur d’une réforme fiscale d’envergure, qui s’attaque au problème du «coût du capital» et permette une redistribution équitable des richesses.
Nous allons donc continuer à argumenter et à proposer, pour nourrir le débat interne à la gauche.
Il n’y aura pas de «compromis social» favorable aux salariés sans mobilisation du parti, des parlementaires, du mouvement social. Salaires, embauches, conditions de travail, modalités de remboursement des aides en cas de non respect des engagements : nous devons porter des exigences fortes.
Certains commentateurs estiment ce combat perdu d’avance. Nous n’aurions d’autre choix que la «mise au pas» ou la «rupture». Ce ne sera ni l’une ni l’autre !
Pas de mise au pas, car nous n’avons pas l’intention de nous taire ! Contrairement à certains camarades, nous ne sommes pas des fanatiques de la Vème République. Tout ne procède pas du président. Et on ne règle pas les problèmes politiques en brandissant la menace de mesures disciplinaires ou en mettant les parlementaires au pied du mur.
Si le PS a cessé, depuis 2012, de jouer pleinement son rôle, nous faisons tout pour porter haut l’exigence d’un Parti autonome, force de propositions, relais des aspirations mais aussi des mécontentements.
Pas de rupture non plus.
Le PS n’appartient à personne. Nous n’avons pas de leçon de militantisme à recevoir, pas plus que de loyauté. Et ce serait un comble de demander aux camarades qui restent fidèles aux valeurs et à l’histoire du socialisme de le quitter sous prétexte que d’autres s’en éloignent ! On ne quitte pas un navire sous prétexte qu’il est mal dirigé et qu’il prend une mauvaise direction. On fait tout pour qu’il change de cap !
Théoriser par ailleurs l’existence de deux gauches irréconciliables est une stratégie qui n’offre pas de débouché politique. Rien de grand ne peut être accompli dans notre pays sans l’unité de la gauche. Les victoires passées sont là pour nous rappeler que nous ne pouvons gagner que rassemblés.
Miser sur l’échec du gouvernement de Jean-Marc Ayrault ne rend service à aucune des composantes de la gauche. Croire que les électeurs, déçus par une gauche «molle», la remplaceraient demain par une autre restée pure idéologiquement est en effet illusoire et même dangereux dans le contexte politique actuel. Qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore, c’est bien l’ensemble de la gauche qui sera jugée par les électeurs à l’aune du bilan du quinquennat de François Hollande.
Si échec il y a demain, la droite et l’extrême-droite en seront les seules bénéficiaires avec les conséquences dramatiques qui en résulteraient pour les classes populaires et moyennes. Il n’y a aujourd’hui de salut pour la gauche française que dans la construction de convergences entre les forces politiques et sociales qui la composent. C’est l’un des axes identitaires de Maintenant la Gauche et nous nous efforçons de construire au quotidien de tels rapprochements. Il est en effet indispensable que cette action soit menée au sein du PS qui demeure, de loin, le premier parti de la gauche en termes d’effectifs et d’implantation sur le territoire.
Ces rapprochements, nous les mettons aussi en oeuvre localement dans les collectivités où agissent nos camarades élus, bien souvent dans des cadres d’union de la gauche avec nos partenaires écologistes et communistes. C’est aussi l’un des sens de l’engagement des camarades de notre courant qui, dans tous les départements, sont en ce moment partie prenante de la bataille politique des élections municipales comme tête de liste ou colistiers.
Maintenant la Gauche verra en mars le nombre de ses élus locaux multiplié, et nous devrons être collectivement au rendez-vous de leur mise en réseau et de la valorisation de leur action politique.
Comme nous l’avons rappelé dans nos récentes interventions, le président de la République ne peut se permettre de gouverner durablement sans prendre en compte les aspirations profondes de la majorité sociale et politique qui a permis son élection. La responsabilité que nous avons assumée à Toulouse en 2012 et le travail réalisé depuis nous rendent désormais capables d’agréger des camarades dans le PS autour de cette idée au-delà de nos cercles militants traditionnels.
Soyons fiers de ce que nous sommes et de ce que nos faisons. Nous nous battons, nous proposons, nous assumons la confrontation avec la droite et la discussion au sein de la gauche. Notre liberté de parole est intacte, notre vigilance jamais démentie, notre fidélité à nos idées et à notre histoire jamais prise en défaut.
Combatifs dans les élections, exigeants dans les débats internes, loyaux envers les militants de notre beau Parti, et, plus que jamais, inlassables promoteurs du rassemblement de la gauche.
Belle année à tous.
Pour Maintenant la Gauche et son équipe nationale,
Frédéric FARAVEL
Mandataire fédéral de la motion 3 dans le Val-d'Oise

Ironie de l'Histoire, le lendemain de l'annonce par le Président de la République française qu'il rompait les amarres de la tradition socialistes démocratique française, nous "fêtons" l'anniversaire de l'assassinat de Rosa Luxemburg, le 15 janvier 1919.
Je n'ai pas été surpris de l'orientation générale que le Président de la République a donné à sa conférence de presse semestrielle. On a pu constater à plusieurs reprises depuis et dès le début du quinquennat que le Président François Hollande avait tourné le dos au discours du Bourget du candidat à la présidentielle. Je n'étais pas naïf au point de croire qu'il se range enfin à la raison en entendant ceux qui nombreux dans le Parti Socialiste, et bien au-delà des rangs de la motion Maintenant la Gauche, lui réclamaient un tournant de la relance.
Le Président a mis un terme définitif à ceux qui faisaient encore semblant de s'interroger sur son orientation politique : il n'y a pas de tournant mais une accélération. Pas de tournant parce que comme je l'écrivais quelques lignes plus haut, le discours du Bourget est depuis plus d'un an remisé dans un placard obscur des archives de campagne ; accélération sans précédent car le Président, malgré le peu de résultats positifs des solutions libérales imposées aux Etats européens, a creusé un peu plus le sillon d'une "politique de l'offre" en rupture complète avec le socialisme démocratique. Les seuls qui se réjouissent sincèrement de cette conférence de presse sont les journalistes économiques libéraux, le MEDEF et Madame Parisot.
Après une journée juridique "haletante" qui se voudrait l'épilogue provisoire d'une offensive de deux semaines engagée par Manuel Valls, le Conseil d'Etat a tranché en urgence pour valider l'arrêté préfectoral qui interdisait le meeting de Dieudonné M'bala M'bala au Zénith de Nantes Métropole, après que ce même arrêté a été annulé par le Tribunal Administratif de Nantes.
Pour l'instant Manuel Valls pourra se prévaloir d'une belle victoire politique pour tenter de faire oublier ses frasques précédentes. Le Ministre de l'Intérieur pense sans aucun doute que son action sert la République, mais je crois aussi qu'il a vu dans cette séquence une occasion d'élever sa stature. L'Elysée et Matignon semblent une fois encore avoir subi l'initiative de celui qui se croit un destin présidentiel, ce qui pose question sur la nature de l'autorité de l'exécutif.



On oublie les combats qu'il a mené après avoir quitté le pouvoir (car lui l'a quitté) contre la pauvreté ou les ravages du SIDA et son respect infini de la démocratie sud-africaine et des décisions internes de son parti l'ANC, alors que son aura aurait suffi à bousculer toutes les décisions. Mandela ne s'est jamais représenté en Messie ou en homme providentiel.
epuis l'été 2012, une sorte de "mouvement social de droite" allant de la "Manif pour tous" aux "Bonnets rouges", avec les "pigeons" comme précurseurs, occupe l'espace public, débordant largement une opposition conservatrice et centriste qui reste toujours sans projet, sans leader et sans initiative. L'UMP, et dans une moindre mesure l'UDI (désormais rejointe par le MODEM), en est réduite à suivre les combats de ce mouvement social, sans jamais réussir à prendre la main dessus, et en se trouvant piégée par son discours souvent réactionnaire.
D'ailleurs, sur ce dernier sujet, on voit bien comment la confusion jetée dans l'électorat de gauche et l'évitement d'une réforme fiscale profonde a permis de faire coaguler ensemble des protestations qui ne se seraient jamais rencontrées sinon : voir les ouvriers bretons défiler aux côtés de leurs patrons et de certains militants réactionnaires et identitaires à Quimper est assez inédit. Le retrait récent de FO de cette auberge espagnole n'y change rien le mal est fait, les autres syndicats peinant - suite à leur afaiblissement consécutitf à leurs difficultés à se positioner par rapport à la politique gouvernementale - à opérer des contre-feux ou à mobiliser des salariés de plus en plus profondément pessimistes sur des combats positifs.