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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis alternativement à Bezons dans le Val-d'Oise et à Massy dans l'Essonne. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube. Je suis membre de la direction nationale de la Gauche Républicaine et Socialiste, en charge du pôle "Idées, formation, riposte".
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Gauche Républicaine & Socialiste

8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 16:54

"Dans l’Apocalypse, la littérature est à l’œuvre"

[attention ne pas louper la petite pique à la fin - NDB]

Interview - Dans la série «L'Apocalypse» diffusée actuellement sur Arte, Mordillat et Prieur mettent un point final à une question fondamentale : comment une petite secte juive a pu devenir la religion de l’Empire romain.

Recueilli par CATHERINE CALVET et BÉATRICE VALLAEYS - Libération - samedi 6 décembre 2008

Gérard Mordillat (h.) et Jérôme Prieur, écrivains et cinéastes, nés respectivement en 1949 et 1950, ont l’habitude de travailler ensemble. Sur Antonin Artaud d’abord (un film, En compagnie d’Antonin Artaud en 1993). Avant de s’embarquer dans une grande enquête pour la télévision sur le christianisme : Corpus Christi(1997), L’Origine du christianisme (2003) et maintenant L’Apocalypse. Chaque série documentaire - en DVD chez Arte Vidéo - a été complétée par un livre au Seuil : Jésus contre Jésus (1999), Jésus après Jésus (2004) et Jésus sans Jésus (2008).

La dernière saison a commencé le 3 décembre et s’achèvera le 20 (chaque mercredi et samedi à 21 heures sur Arte). Mordillat et Prieur mettent un point final à une question fondamentale : comment une petite secte juive a pu devenir la religion de l’Empire romain.

Pourquoi vous êtes-vous lancés pendant quinze ans dans un travail sur le christianisme ?

Gérard Mordillat : On ne savait pas qu’on y consacrerait tant de temps. Quand on a terminé Corpus Christi en 1997, on pensait en avoir fini, heureux. Nous avons reçu une lettre d’un grand chercheur allemand qui louait notre travail et finissait par une remarque provocatrice : «Il serait temps pour vous de passer aux choses sérieuses : à Paul.» Nous avons fait l’Origine du christianisme. Nous étions arrivés au bout, mais il manquait deux heures ; nous avons continué de lire, de rencontrer des chercheurs et nous nous sommes dit qu’il fallait aller au bout. De quoi ? D’une phrase qu’on avait mise en exergue de nos travaux sans en mesurer la portée : «Jésus annonçait le Royaume et c’est l’Eglise qui est venue», d’Alfred Loisy. Nous avons donc fait tout le programme : Corpus Christi c’est Jésus, le Jésus historique, l’Origine du christianisme, c’est la séparation d’avec le judaïsme, et l’église qui est venue c’est l’Apocalypse. Au début, la phrase de Loisy était comme une énigme du Sphinx, elle nous a emmenés quinze ans plus tard.

Avez-vous une éducation religieuse ?

G.M. : Non, je ne connais le christianisme que par culture. Le premier livre que j’ai écrit concernait la réforme allemande, l’opposition entre Luther et Münzer (Thomas Münzer, chef religieux de la guerre des paysans au XVIe siècle) et je m’étais intéressé au fait qu’à ce moment-là de l’histoire, le discours religieux devient le vecteur du discours politique.

Jérôme Prieur : J’ai eu une éducation religieuse chez les oratoriens pendant mes études primaires et secondaires, mais cela ne m’a laissé qu’une sorte de vernis. Pour Gérard, les textes étaient probablement exotiques, moi, j’ai dû vaincre une sorte de tabou : considérer les textes sur le plan purement littéraire. J’avais lu Roland Barthes qui s’était essayé à faire de l’analyse structurale de récit appliquée aux Evangiles. J’ai découvert que les Evangiles inventaient quelque chose d’incroyable dans la littérature de l’Antiquité : on pouvait parler de façon noble d’événements triviaux.

G.M. : Mes goûts littéraires me portant vers la littérature anglo-saxonne, très naturellement j’ai été amené à lire ces textes pour mieux comprendre Joyce, Faulkner… Ce qui m’a intéressé, c’est le rapport de la littérature et de l’histoire. Car dans tous ces textes, la littérature est à l’œuvre. Dans tout le Nouveau Testament, cette approche par la littérature est essentielle, elle nous permettait de le lire, hors de toute perspective confessionnelle, dans un propos extrêmement laïc. On ne pouvait qu’applaudir des répliques comme celle, célèbre dans l’Evangile selon Jean : «Mon royaume n’est pas de ce monde.» Ou cet échange - de l’humour, j’en suis convaincu -, où Pilate demande à Jésus : «Es-tu le roi des Juifs ?» et que Jésus répond : «Tu l’as dit.»

Vous présentez cette histoire comme une histoire politique, comme si la politique de l’époque c’était la religion ?

G.M. : La politique et la religion sont indissociables durant les premiers siècles, du côté juif comme du côté romain. On a demandé aux chercheurs de dater l’an zéro du christianisme. Chacun a donné une réponse différente. Tantôt, c’est la naissance de Jésus ; tantôt, sa mort ou sa résurrection ; pour d’autres , c’est l’apôtre Paul, ou le règne de l’empereur Constantin. Pour nous, c’est la chute du Temple en 70.

Pourquoi la chute du Temple ?

G.M. : Car à partir du moment où le judaïsme ne se reconnaît plus dans la fréquentation d’un lieu sacré, quand il n’y a plus de temple, l’ensemble des courants juifs vont entrer en concurrence, pour savoir lequel a la juste lecture de l’histoire et est donc à même de guider le peuple. Pour les rabbins pharisiens, ce sera par la lecture d’un texte indestructible, la Torah. Le Temple est destructible pas le texte, donc c’est la lecture perpétuelle de ce livre qui vous met en contact avec Dieu, ce qui amènera le judaïsme rabbinique que l’on connaît aujourd’hui. Les partisans de Jean le Baptiste vont dire qu’il faut suivre un grand mouvement de repentance. Ceux de Jésus revendiqueront Jésus comme messie. Pour faire nombre, ces derniers vont s’ouvrir aux craignants-dieu, c’est-à-dire aux païens attirés par le monothéisme. Après 70, ils commencent à écrire des textes : les Evangiles sont des textes de propagande pour convaincre les autres juifs que Jésus est bien le messie. Des chercheurs, historiens, exégètes juifs lisent ces textes comme les meilleurs témoins de l’histoire du judaïsme dans les Ier et IIe siècles. Nous nous sommes situés dans cette perspective, ce qui nous a valu beaucoup d’injures. Aujourd’hui encore, pour nombre de chrétiens, affirmer que Jésus est juif, qu’il a toujours vécu sous la loi juive, sans autres horizons pour lui qu’Israël, est une chose provocatrice, irrecevable. Dire que le messie est Jésus, messie pour Israël, alors qu’Israël ne le reconnaît pas. Dire que Jésus n’a jamais appartenu à la religion dont il est la figure tutélaire est encore difficile à vivre.

J.P. : C’est dit dans une très belle citation de Joseph Klausner (1874-1958) rapportée par Amos Oz, son neveu : «Quand tu seras grand, mon cher enfant, tu liras le Nouveau Testament au nez et à la barbe de tes maîtres et tu t’apercevras que cet homme [Jésus] était de notre chair et de nos os, que c’était une sorte de "juste", de "thaumaturge", un rêveur dépourvu de toute compréhension politique, qui trouverait parfaitement sa place au panthéon des grands hommes d’Israël, près de Baruch Spinoza, qui mériterait également qu’on lève l’anathème dont il fut frappé.» (1)

Pour ceux qui viennent du paganisme, les craignants-dieu, il est difficile de devenir juif, il faut être circoncis, respecter des interdits alimentaires, sexuels, etc. C’est une manière de se mettre en marge de la société, or l’enjeu n’est pas seulement théologique mais aussi politique : les chrétiens aimeraient bien se faire reconnaître au sein de l’empire comme des citoyens normaux, au moins comme les juifs, c’est-à-dire bénéficier du statut des juifs de religio licita (religion licite). On tolère les juifs, les premiers monothéistes, parce que leur religion est ancienne et parce qu’ils ont des ancêtres. Cela va entretenir une rivalité théologique. Sans l’Ancien Testament, les écritures chrétiennes s’effondrent. Les Evangiles n’ont de sens que s’ils sont connectés avec la tradition juive. Jusqu’au milieu du IIe siècle, une série de mouvements chrétiens vont s’approprier les textes juifs. Ils se revendiquent comme les seuls lecteurs. Puis l’idée émerge que les chrétiens doivent avoir leur livre de référence: le Nouveau Testament.

Comment s’est opérée cette ouverture vers les païens ?

J.P. : Le premier parmi les judéo-chrétiens qui s’ouvre aux sympathisant du judaïsme, aux craignant-dieu, aux païens semble être Paul. Mais du vivant de Jésus c’est impensable. Dans l’Evangile de Mathieu, Jésus dit qu’il n’est venu que pour les brebis perdues de la maison d’Israël, pour les juifs. Une fois ressuscité, il dit à ses disciples d’aller enseigner toutes les nations. Donc l’évangéliste fait dire à Jésus que le mouvement a échoué à l’intérieur d’Israël, que le judéo-christianisme est une voie sans avenir et qu’il faut au contraire recruter hors du judaïsme. Il faut prendre acte d’une situation sociopolitique qui a évolué à cause de la destruction du Temple en 70. Les chercheurs disent qu’il n’y a pas un judaïsme au premier siècle, il y a des judaïsmes, comme il y aura plus tard des christianismes.

De quand date l’ambiance de fin du monde, tant attendue par les chrétiens ? Des apocalypse
s ont été écrites avant l’ère chrétienne ?

G.M. : C’est un point absolument essentiel, il faut lire le Nouveau Testament dans une perspective de la fin des temps. Apocalypse signifie révélation, lever le voile. La fin des temps, c’est aussi l’espoir : le retour en gloire du ressuscité qui viendra prononcer le jugement dernier, qui jugera les vivants et les morts et qui établira sur terre le royaume de dieu, un monde meilleur.

Surout un monde débarrassé de l’occupation romaine ?

G.M. : Bien sûr, là aussi la liaison politique et religieuse est indissociable. Pour les juifs occupés depuis Pompée (106-48 avant J.C.) c’est à la fois un territoire sous domination ennemie mais c’est surtout le symptôme de l’impureté d’Israël vis-à-vis de son Dieu : si une telle impureté est permise par Dieu, c’est qu’Israël a péché, thème récurrent de la littérature dans la Bible hébraïque.

On écrit énormément pendant l’Antiquité. A qui écrit-on et pour qui ?

J.P. : Il y a des lectures collectives au sein des différentes communautés. Les auditeurs sont plus nombreux que les lecteurs. La grande chance du christianisme c’est que cette littérature - importante et considérée comme sacrée a été globalement conservée, recopiées, transmise.

Les communautés chrétiennes discutent-elles entre elles ?

G.M. : Les auteurs de ces textes ne s’adressent pas à nous et il faut les lire dans cet esprit-là. Ce que les exégètes ont du mal à faire. Ils s’adressent d’autant moins à nous qu’ils sont persuadés que la fin des temps est imminente.

J.P. : Et qu’elle réunira Jésus et l’ensemble de ses disciples. Il a fallu trouver des accommodements avec le fait que cette fin des temps n’arrive pas. C’est pour cette raison que nous avons nommé notre dernière série l’Apocalypse comme une espèce d’étendard de ce qu’attendent les premiers chrétiens. Il faut transformer cette attente de l’apocalypse en autre chose qui va devenir l’église ou la Cité de Dieu pour reprendre la phrase de saint Augustin.

Il faut sans cesse trouver des accommodements. Ainsi, la question de la Sainte Trinité, qui peut mettre en doute le monothéisme chrétien, discutée au IVe siècle, est encore évoquée par Benoît XVI. L’affaire n’est-elle pas entendue ?

J.P. : La chose est entendue mais comme dit Flaubert dans Bouvard et Pécuchet : «Adorons sans comprendre» parce que justement le dogme trinitaire défie l’entendement. On peut le croire, mais il est impossible de l’expliquer rationnellement. Le problème de Benoît XVI est justement de vouloir concilier la foi et la raison. Il veut justifier le dogme rationnellement. Son texte, rhétorique, explique que la Trinité rompt avec le judaïsme et montre le croisement du christianisme avec la pensée grecque, il sort le christianisme de la tentation politique du judaïsme.

G.M. : C’est l’affirmation de l’autorité incontestable du pape : il défend l’institution. Les réactions d’hostilité à nos travaux ont toujours porté sur des questions dogmatiques. Prenons la virginité de Marie. Alors que tous les chercheurs disent qu’elle a eu d’autres enfants que Jésus, elle est dogmatiquement vierge. Les frères et sœurs de Jésus ou la croyance en la résurrection posent dogmatiquement autant de problèmes. Dans le dogme trinitaire, survit quelque chose du polythéisme, Dieu étant figuré par trois personnes.

Le succès du christianisme est incroyable vu toutes ses fragilités : une captation d’héritage vis-à-vis du judaïsme, un opportunisme extraordinaire au sein de l’empire romain et la présence d’un texte aussi judéo-chrétien que l’Apocalypse dans le Nouveau Testament…

J. P. : Au contraire, c’est toute la force du christianisme de profiter de ce qui lui préexistait, de le récupérer. Les historiens disent bien qu’avec les empereurs Constantin ou Théodose, on ne passe pas de la nuit au jour. Même s’il y a une christianisation officielle, le christianisme s’impose progressivement, le paganisme et le polythéisme ne disparaissent pas d’un coup. D’un point de vue anthropologique, le christianisme a récupéré nombre de rites païens, certains héros païens sont devenus des saints chrétiens. Le christianisme a digéré le paganisme de la fin de l’Antiquité.

Est-ce le signe d’une grande tolérance ?

G.M. : Pas vraiment, plutôt une capacité d’absorber tout ce qui peut servir. Il y a un christianisme pour les philosophes, les intellectuels et en même temps avec les mêmes références, un christianisme pour les païens, les paysans, les illettrés, le peuple.

Les premiers chrétiens dépensent beaucoup d’énergie à labelliser leur nouvelle religion sans jamais vouloir citer leurs sources. Peut-on parler de «mauvaise foi» notamment envers le judaïsme ?

G.M. : C’est la blessure qui ne se fermera jamais. Comment reconnaître Jésus comme Christ, comme messie du judaïsme dont il est un membre qui ne le reconnaît même pas comme tel. La force du christianisme est là aussi. On conserve les juifs dans les textes. On les conserve comme la figure de la surdité, de l’aveuglement. Sans cesse, on s’invente un adversaire pour mieux mettre en valeur ses propres qualités. Quand, dans l’Evangile de Jean, on fait dire à Jésus s’adressant aux juifs «vos lois», comme s’il n’en était pas lui-même, on se sert des juifs comme un repoussoir. A force d’instrumentaliser les juifs comme symbole du mal, l’antijudaïsme intellectuel et théologique se transformera en antisémitisme, la part la plus sombre et la plus terrible du christianisme des pogroms jusqu’à la Shoah.

Cela commence au IIe siècle avec Méliton de Sardes (apologiste grec) qui a inventé le peuple déicide. Alors que ce sont les Romains qui ont tué Jésus. On peut aussi citer les Homélies de Chrysostome (IVe siècle, archevêque de Constantinople, dit Bouche d’or) contre les juifs qui ont servi de ferment idéologique à tous les antisémites : elles ont été écrites pour lutter contre les chrétiens qui fréquentent indifféremment l’église ou la synagogue. Chrysostome fait un portrait à charge des juifs pour décourager les chrétiens d’aller à la synagogue. Comme disait l’un des chercheurs interviewés, Guy Stroumsa, il y avait concurrence entre les deux cinémas. Ensuite, ces textes seront sortis de leur contexte et on ne retiendra que les attaques terribles contre les juifs, qu’on verra reprises par Luther. Et comme l’écrit Karl Jasper, à propos des écrits de Luther : «Là, vous avez déjà l’ensemble du programme nazi.» Qu’est-ce qui est plus fort que l’écriture ?

J.P. : Ce sont souvent des textes d’une minorité. Leur situation minoritaire rend leurs propos d’autant plus violents. Tous les coups, tous les mots sont permis. Si, au IVe siècle, les intellectuels chrétiens avaient fait le travail d’exégèse un peu critique des textes, peut-être aurait-on évité les conséquences terribles de ces mots.

Vous rapportez aussi des infamies écrites sur les chrétiens à la fin du IIe siècle, qui rappellent ce qu’on entendra plus tard sur les juifs d’Europe de l’Est…

J.P. : Au IIIe siècle, ces rumeurs ne sont déjà plus d’actualité. On peut penser que les reprendre est une façon de discréditer ceux qui les ont proférées contre les chrétiens. Ce qui est sûr c’est qu’au IIe siècle, les chrétiens sont vus comme des gens bizarres, adeptes d’une superstition malfaisante, comme dit Tacite, venue d’Orient. On s’en méfie comme on se méfie aujourd’hui de certains groupes musulmans.

Comme pour vos précédentes séries, «l’Apocalypse» privilégie la discussion. Vous avez rencontré une centaine de chercheurs, en avez gardé cinquante. Ils ne sont jamais d’accord ?

G. M. : Les sources et l’intelligence critique étant ce qu’elles sont, on ne peut pas se laisser aller à conclure définitivement. Les chercheurs qui discutent dans nos séries remettent en cause leur propre pensée. Nous montrons un état de la recherche à un instant donné, comme un instantané de ce qu’était la recherche en 2008, au moment où on les a filmés. Ce ne sont pas des vérités éternelles, au contraire c’est une pensée en marche et c’est ce qui est passionnant. Nous ne voulions pas d’une suite de déclarations définitives, tel un cours magistral. On filme des hommes et des femmes qui acceptent cette chose très difficile, de réfléchir à voix haute. Donc de remettre en jeu leurs certitudes et de nous faire partager leurs doutes et leurs hypothèses. C’est ce que la télévision en général dénie au téléspectateur : un esprit critique. C’est là la pertinence de notre travail cinématographique.

Votre démarche est intellectuelle et sans foi. Arte vous donne douze fois 52 minutes pour cette série. Cette appétence pour l’histoire de la religion ne correspond-elle pas à une époque ?

J.P. : Nous n’aurions pas pu faire cette série dans les années 60 mais nous ne pourrions pas commencer ce travail aujourd’hui. La série s’adresse à tous, qu’on ait ou pas la foi. Les spécialistes sont prévenus qu’ils seront interviewés en tant qu’historiens ou exégètes, pas en tant que théologiens. Au moment de Corpus Christi l’idée du fait religieux commence seulement à émerger. Nous sommes un peu déclencheurs. On espérait d’ailleurs qu’après cela, l’histoire des religions serait enseignée à l’école, qu’on apprendrait à faire une critique des sources pour le Nouveau Testament comme pour le Coran, c’est le contraire qui se passe. On assiste depuis cinq, six ans à un resserrement du rapport à la religion. Il faut donner des gages aux religieux. Un communautarisme s’est installé. C’est mal vu de s’intéresser au christianisme si on n’est pas chrétien, ou au Coran si on n’est pas musulman. Chaque communauté a à gérer son histoire sainte. On retrouve la laïcité positive de Sarkozy : accepter de ne pas se mêler des religions. Dans ce domaine, il y a eu des épiphénomènes comme le Da Vinci Code. Idem pour le film de Mel Gibson, la Passion du Christ, qui était un moyen d’agiter le refoulé intégriste ou antisémite chrétien.

G. M. : Cela me fait penser à une scène extraordinaire dans les Nouveaux Monstres, film italien : on voit Vittorio Gassmann en évêque, il pleut, il se réfugie dans une église du Trastevere, un petit curé de gauche est en train de faire une lecture très sociale de l’Evangile. Soudain Gassmann fait de la reprise en main théologique, le curé est stupéfait et lui dit «mais Monseigneur, ce n’est pas dans les Evangiles» et Gassmann a cette réplique géniale : «Vous, vous n’avez pas vu le dernier film de Zeffirelli !» Le film de Mel Gibson a eu cet impact.

Ministre de l’Education, Lionel Jospin encourageait l’enseignement de l’histoire des religions à l’école laïque. Est-ce trop conflictuel ?

G.M : Il faudrait que les professeurs d’histoire acceptent de dire qu’ils ne savent pas, qu’ils ne peuvent qu’avancer des hypothèses, qu’il faut étudier les sources. Historiquement,, on peut dire que Jésus était juif et qu’il a été crucifié. Le motif de condamnation est intéressant : roi des juifs. Les juifs ne s’appelaient pas juifs eux-mêmes, donc c’est une accusation extérieure. Ceux qui ont exécuté Jésus étaient de l’extérieur, donc des Romains. Quant au message de Jésus, ce n’est pas qu’un message d’amour : «Ceux qui n’ont pas voulu que je règne égorgez-les en ma présence». Il y a donc un travail pédagogique qui peut-être passionnant. Il n’y avait pas de charpentier en Judée à cette époque. Je me souviens d’un débat sur la religion dans un lycée parisien, en présence d’élèves laïcs, chrétiens, musulmans, juifs… Il n’y a eu aucun problème, pourtant on a évoqué les origines judéo-chrétiennes de l’islam, expliqué comment, au début de l’islam, Mahomet se tournait vers Jérusalem pour prier. Jésus le précède.

Pensez-vous que des laïcs puissent être agacés qu’on parle tant de religion ?

G.M. : Certains ont peur qu’on tombe dans la bondieuserie, mais ils ont pu voir quenotre travail est le contraire.

J.P. : On a éveillé une curiosité. Personne ne l’avait fait à la télé avant nous. La sobriété de nos émissions est encore plus décalée qu’il y a dix ans car la télé a changé.

Vous faites plusieurs parallèles avec le Parti communiste…

J.P. : Les anachronismes permettent de mieux appréhender l’étrangeté de la période antique. L’anachronisme crée un court-circuit qui aide à comprendre que le saccage de Rome en 410 par les barbares, a un impact comparable à celui du 11 Septembre. L’inimaginable se produit. Cela permet d’introduire un peu de familiarité avec ces temps lointains.

G.M. : On établit aussi des comparaisons avec le Hamas ou le Hezbollah : le christianisme a mis en place très tôt un système d’entraide aux veuves et aux orphelins quelle que soit leur religion. Cela permettait de mieux pénétrer la société. La religion est populaire. Dans les années 50 le Parti communiste et l’Eglise s’affrontaient aussi sur ce terrain social.

Vous expliquez très bien comment l’Eglise a entretenu le mythe des martyres après que le phénomène est dépassé.

J.P. : C’est un moyen de rendre glorieux le passé, de le magnifier. C’est ce qu’on appelle la Légende dorée dans le livre de Voragine au XIVe siècle, alors qu’on pourrait accuser les chrétiens d’être devenus les persécuteurs, ils insistent sur les persécutions qu’ils ont eues à subir et ils se refont une image.

G.M. : Les franquistes font la même chose, en voulant béatifier leurs martyres pour minorer les répressions et les crimes monstrueux de Franco. Là ce n’est pas un anachronisme, c’est la même démarche qui se perpétue.

J.P. : De même pour Benoît XVI qui veut béatifier Pie XII au moment où on peut s’interroger sur le rôle du Vatican pendant la Seconde Guerre mondiale.

N’est-ce pas Jean-Paul II qui a lancé le processus de béatification ?

G.M. : L’un est polonais, l’autre allemand…

J.P. : Jean XXIII ne l’aurait pas fait.

G.M : La première décision de Jean XXIII, le lendemain de son élection a été de faire supprimer l’exécration perpétuelle des juifs prononcée tous les jeudis saints.

Ségolène est-elle le nouveau Paul ?

G.M. et J.P. : La Paulette du Parti socialiste ? Une Paulette qui d’ailleurs en pince pour l’épaulette (papa était militaire) et pour l’admonestation des fidèles, qui doivent s’aimer les uns les autres et voter pour elle sous peine de finir en enfer. Si c’est le cas, une question surgit quelle est l’épine qui lui travaille la chair ?

(1) Une histoire d’amour et de ténèbres, traduction de Sylvie Cohen, Gallimard, 2004.

Derniers ouvrages parus : Notre part des ténèbres, Gérard Mordillat (2008, Calmann-Levy) Roman noir, Essai sur la littérature gothique, Jérôme Prieur (Seuil, 2008).

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4 décembre 2008 4 04 /12 /décembre /2008 14:58
Élections prud'homales 2008: Nette progression des syndicats combatifs en dépit de l’abstention organisée par le pouvoir et les grands médias

Oui, le pouvoir a tout fait pour organiser l’abstention à ces élections prud’hommes.
Pas un seul débat télévisé dans les médias de service public, pas une seule explication de masse en direction des 19 millions d’électeurs concernés.
Des millions de salariés ne savaient ni le motif du vote, ni le lieu, ni comment voter.
Dans ces conditions qu’il y ait encore 4,7 millions de votants est un miracle extraordinaire et positif qui montre l’attachement remarquable d’un nombre considérable de salariés au syndicalisme français. Vive le syndicalisme ! Honneur et courage aux syndicalistes dans le privé, des héros qui résistent à la chasse aux sorcières généralisée et défendent les droits de 16 millions de salariés, le code du travail !


Il n’a pas été expliqué aux immigrés qu’ils avaient le droit de voter pour élire les juges de la république.
Il n’a pas été dit aux chômeurs qu’ils avaient le droit de voter.
Il n’a pas, été dit aux jeunes de 16 que des lors qu’ils avaient un contrat de travail ils avaient le droit de voter.
Il n’a pas été dit aux 8 millions de salariés des entreprises de moins de 50 salariés, soit 97 % des entreprises, qu’ils avaient le droit de quitter leur travail pour aller voter sans perte de salaire.
Les difficultés d’inscription sur les listes ont été aussi grandes que les fois précédentes.
Les lieux de vote sont demeurés des lieux aussi peu connus qu’avant.

Pire la presse de service public radio et télévision s’est comporté de façon à banaliser le vote et à encouragé l’abstention. Un vrai tam-tam pro abstention !

Ce fut le cas pour France inter, qui le matin même n’informe pas sur le vote mais sur le “probable taux d’abstention”. Toute la communication des plus grands médias était orientée sur l’abstention y compris les rares spots télévisés. Sans omettre Le Figaro qui, la veille, explique que le scrutin coûte 90 millions et qu’il vaut mieux le supprimer vu qu’il n’y a pas de participants ce qui est le point de vue explicite du Medef et de la droite.

D’ailleurs le Medef perd 8 points, la CFDT perd 3 points
tandis que la CGT gagne 1,5 points largement en tête, et Sud gagne 2,5 points...
Mais là encore, le 4 décembre, au matin, de façon scandaleuse, France inter parle fort peu d’un scrutin qui concerne pourtant 19 millions de personnes, le commente peu et mal, soulignant surtout l’abstention obtenue, se gardant de souligner les causes des progrès de la CGT et de Sud, et du très sec recul de la CFDT (du à la trahison de mai 2003 de François Chérèque signant la loi Fillon contre les retraites, la nuit, dans le dos du front syndical auquel il participait).
Le progrès, pour la première fois de la CGT depuis 1979 n’est pas souligné, on ne connaîtra ni les chiffres des conseillers prud’hommes élus, ni leur répartition, il n’y aura pas d’écho des sièges électoraux, c’est un pur mépris, un pur déni d’information.

Mais cela n’empêchera pas que le vote exprime déjà ce qui va subvenir dans la période qui vient : la combativité sociale s’accroît partout, des centaines d’entreprises sont l’objet de plans de licenciements iniques, injustifiés, effets d‘aubaine patronale du à la crise des banquiers et banqueroutiers. Le blocage de salaires est devenu insupportable alors que des centaines de milliards ont été accordés
aux tenants de l’économie casino pour qu’ils continuent à spéculer comme avant.

Les observateurs attentifs savent qu’un e explosion sociale est désormais possible.
Notons que des centaines de plans de licenciements sont en cours et aussi des centaines de grèves partout dans le pays...
Raymond Soubie, conseiller expérimenté en affaires sociales de Nicolas Sarkozy vient de déclarer qu’il n’a jamais en 40 ans d’expérience, voulu annoncer un quelconque "printemps chaud" ou "automne chaud", mais qu’aujourd’hui, ce n’est plus pareil, selon lui "tout est chaud"... Henri Guaino n’en a pas dit moins, en prétendant qu’une explosion est possible à tout moment...
Toutes les données sont là, ce pays ne supporte plus le féroce traitement antisocial qui lui est imposé par ce gouvernement de sauvages barbares intégristes, qui prônent la mort du code du travail, le travail le dimanche, les 45 heures payées 35, la retraite à 70 ans, les licenciements boursiers !

Gérard Filoche, jeudi 4 décembre  2008

Chiffres : 4,7 millions d’électeurs pour les syndicats !

La CGT reste à la  première place et, avec 33,8% des suffrages exprimés, voit, pour la  première fois depuis la création du scrutin en 1979, son score progresser  (+1,6 points).
La CFE-CGC récupère à la CFDT la première place dans la  section encadrement et sur tous les collèges est en hausse de 1,2 point  avec 8,2 % des voix.
De même pour l'Unsa (6,2 %) avec laquelle la  confédération de d'encadrement envisage de fusionner courant 2009.
Enfin,  l'Union syndicale Solidaires enregistre la plus forte hausse avec + 2,5  points et 3,8 % des suffrages, en particulier du fait d'un triplement du  nombre de ses candidats par rapport à 2002.
A l'inverse, la CFDT perd près  de 3 points à 22,1 %, FO 2,3 points à 15,9 % et la CFTC 0,7 point à  8.9 %.

Côté patronal, les employeurs de l'économie sociale (AEES)  confirment leur "percée" en recueillant 19 % des suffrages exprimés. L'UDE  (Union pour les droits des employeurs) qui réunit Medef, CGPME, UPA, FNSEA  et UNAPL reste en tête avec 72.1 % des suffrages mais baisse nettement par  rapport au scrutin précédent (80,12 %).

Autre enseignement du  scrutin, la participation baisse à nouveau, au niveau historiquement bas  de 25,66 % (32,35 % en 2002), malgré un élargissement des modalités de vote  avec la généralisation du vote par correspondance et l'expérimentation à  Paris du vote électronique.
Au total, 25,5 % des salariés et 31,25 %  des employeurs ont participé au vote, ce qui, de l'avis de nombreux observateurs de droite pro patronaux, pourrait leur permettre de mettre en question de l'avenir de ce scrutin sous sa forme actuelle.
Le nombre de votants est pourtant de 4,7 millions (contre  5 617 630 en 2002).

TOUTES  SECTIONS

Pour les salariés:
CGT: 33,8% (rappel 2002:  32,2%)
CFDT: 22,1% (rappel 2002: 25,1%)
FO: 15,9% (rappel 2002:  18,2%)
CFTC: 8,9% (rappel 2002: 9,6%)
CFE-CGC: 8,2% (rappel 2002:  7%)
Unsa: 6,2% (rappel 2002: 5%)
Solidaires: 3,8% (rappel 2002:  1,31%)
Divers : 1% (rappel 2002: 1,1%)

Pour les  employeurs:
UDE: 72.1% (rappel 2002 : 80%)
AEES: 19% (rappel  2002 : 11,3%)
Divers: 8,9% (rappel 2002 :  4,3%)

SIÈGES TOUTES SECTIONS  CONFONDUES

Côté salariés, la CGT a obtenu 2798 sièges de  conseillers prud'homaux, la CFDT 1776, FO 1130, la CFTC 378, la CFE-CGC  615, l'Unsa 239 et l'Union syndicale Solidaires 88. Pour les employeurs,  l'UDE a 6156 sièges, l'AEES 455; 472 sièges se répartissent entre diverses  autres listes patronales.

SECTION  ENCADREMENT

Pour les salariés:
CGT: 16.8% (rappel 2002:  15,8%)
CFDT: 23% (rappel 2002: 28,6%)
FO: 9.3% (rappel 2002:  9,5%)
CFTC: 10.6% (rappel 2002: 11,4%)
CFE-CGC: 27.8 % (rappel 2002:  22,8 %)
Unsa: 7.4% (rappel 2002: 8,1%)
Solidaires: 2.8%
Divers:  2.3% (rappel 2002 : 1,8%)

Pour les employeurs:
UDE: 95.2%  (rappel 2002: 95,2%)
AEES: 1.6% (rappel 2002: 0,3%)
Divers: 1.8%  (rappel 2002: 3,3%)

SECTION INDUSTRIE

Pour  les salariés:
CGT: 41.8% (rappel 2002: 39,6%)
CFDT: 20.7% (rappel  2002: 23,5%)
FO: 17.6% (rappel 2002: 19,6%)
CFTC: 7.8% (rappel 2002:  8,3%)
CFE-CG : 5.2% (rappel 2002: 4,7%)
Unsa: 3.8% (rappel  2002: 2,5%)
Solidaires: 1,9%
Divers: 1.2% (rappel 2002: 0,9  %)

Pour les employeurs :
UDE: 94,3% (rappel 2002:  92,3%)
Divers: 5,7% (rappel 2002: 4,4%)

SECTION  COMMERCE

Pour les salariés:
CGT: 34,9% (rappel 2002:  33,1%)
CFDT: 20,6% (rappel 2002: 23,6%)
FO: 17,1% (rappel 200 :  20,3%)
CFTC: 9,1% (rappel 2002: 10%)
CFE-CGC: 5,1% (rappel 2002:  4,5%)
Unsa: 6,7% (rappel 2002: 5,2%)
Solidaires: 4,9%
Divers:  1,5% (rappel 2002 : 0,8%)

Pour les employeurs:
UDE: 90,9%  (rappel 2002: 89,2%)
Divers: 9,1% (rappel 2002:  4,6%)

SECTION AGRICULTURE

Pour les  salariés:
CGT: 26,8% (rappel 2002: 24,4%)
CFDT: 28,3% (rappel 2002:  31,5%)
FO: 16,2% (rappel 2002: 17,7%)
CFTC: 6,9% (rappel 2002:  7,6%)
CFE-CGC: 7,7% (rappel 2002: 5,6%)
Unsa: 9,3% (rappel 2002:  8,9%)
Solidaires: 4%
Divers: 0,9% (rappel 2002: 0,8%)

Pour  les employeurs:
UDE: 92,5% (rappel 2002: 90,3%)
Divers: 7,5% (rappel  2002: 3,2%)

SECTION ACTIVITÉS DIVERSES

Pour  les salariés:
CGT: 32,9% (rappel 2002: 30,7%)
CFDT: 23,2% (rappel  2002: 26,1%)
FO: 15,7% (rappel 2002: 19%)
CFTC: 8,8% (rappel 2002:  10,3%)
CFE-CGC: 5% (rappel 2002: 4%)
Unsa: 7,6% (rappel 2002:  6%)
Solidaires: 5,5%
Divers: 1,3% (rappel 2002: 1,2%)

Pour  les employeurs :
UDE: 54,6% (rappel 2002: 66,1%)
AEES: 34,4%  (rappel 2002: 24,9%)
Divers: 11% (rappel 2002: 4,5%)
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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 16:10
Chronique
Une naissance dans le zoo socialiste, par Dominique Dhombres
LE MONDE | 01.12.08 | 13h28

e congrès de Reims n'était pas seulement un combat de dames. Il y avait aussi un homme en compétition. Ces deux femmes lui faisaient de l'oeil. Cela aurait pu produire un effet comique, dans un congrès qui ne l'était guère. Un homme encore jeune courtisé par deux femmes plus mûres. Mais Benoît Hamon est tout sauf le personnage de Chéri imaginé par Colette. Il veut être aimé pour ses idées, non pour lui-même. Il y met une sorte de point d'honneur. Il était l'invité d'Anne-Sophie Lapix, dimanche 30 novembre, sur Canal+. "Les idées que j'ai défendues à l'occasion de ce congrès étaient en résonance avec ce qui se passe dans la société : les plans sociaux, les licenciements, la casse du service public. Ces idées-là ont pris beaucoup plus de poids, et bon nombre de solutions qu'on développait depuis plusieurs années ont acquis beaucoup de légitimité et de crédibilité aujourd'hui. On parle à nouveau de nationalisation, de redistribution, d'impôt", disait-il. L'hôtesse insistait : n'est-il pas simplement le jeune de service dans un parti vieillissant ? "Si le PS pense qu'il va s'en sortir avec juste une opération de façade, il se trompe", répliquait-il. Les idées, les idées seulement, pas les personnes ! "Je ne veux pas d'un parti toujours concentré sur cette maudite élection présidentielle", disait-il encore. Il ne se voit pas en candidat à l'Elysée. Il veut échapper à cette obsession qui est manifestement celle de Ségolène Royal. Il est cependant admiratif devant l'obstination de cette dernière. "Je lui reconnais une détermination et un courage assez rares dans la vie politique française", dit-il. Ses préférences vont bien entendu à Martine Aubry, mais il ne lui accorde pas un chèque en blanc. Il attend de savoir quelles seront ses priorités. Il a une phrase étonnante à ce propos. "De ce congrès, il est sorti une ligne politique", dit-il. A gauche, bien entendu. Il est bien le seul à avoir perçu le phénomène. Toujours la préséance des idées sur les personnes. C'est peut-être de l'autosuggestion. Là où tout le monde a vu une foire d'empoigne, Benoît Hamon a senti l'émergence d'une ligne politique. Est-ce que Martine Aubry lui a proposé le poste de numéro deux du parti ? Non, elle ne l'a pas fait. Il dit cela avec un petit sourire, une satisfaction à peine voilée.
Personne n'aurait pensé, il y a peu de temps encore, à lui poser une telle question ! Ségolène Royal lui avait également demandé, avant le congrès, de faire partie de son équipe. Le congrès de Reims a été un désastre pour l'image du Parti socialiste dans l'opinion, mais il n'a visiblement pas été perdu pour tout le monde. Il y a eu le combat frontal des deux éléphantes. Mais aussi, dans le zoo socialiste, la naissance d'un éléphanteau.
Dominique Dhombres
Article paru dans l'édition du 02.12.08
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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 15:10
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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 17:02
Point de vue
Improbable Die Linke à la française, par Jérôme Fourquet
LE MONDE | 28.11.08 | 13h59  •  Mis à jour le 28.11.08 | 13h59

près avoir quitté le Parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez ont annoncé la création du Parti de gauche, qui se veut une réplique française de Die Linke. Quand on observe la scène politique allemande, on comprend bien pourquoi ce modèle est attractif et peut constituer une source d'inspiration pour nos socialistes en rupture de ban.

Die Linke, formation créée par l'union de dissidents du SPD et le PDS (les communistes est-allemands), s'est bien enracinée dans la vie politique outre-Rhin. Ce nouveau parti est présent dans les Parlements des six Länder de l'Est et parfois même dans leur gouvernement en coalition avec le SPD.

Il a également réussi une percée à l'ouest où il a franchi la barre des 5% (commandant l'accès aux Parlements régionaux) dans plusieurs Länder (Hesse, Hambourg, Basse-Saxe), ratant de peu récemment ces 5% dans la très conservatrice Bavière. Au plan national, les sondages créditent cette formation de bons scores (entre 10% et 12%).

Mais le contexte politique et les forces en présence à gauche diffèrent sensiblement de part et d'autre du Rhin, et la configuration apparaît moins favorable en France. Die Linke est aujourd'hui dirigée par Oskar Lafontaine, personnalité politique très connue en Allemagne : il a été pendant de longues années ministre-président de la Sarre, et a joué un rôle de premier plan en animant l'aile gauche du SPD national. En dépit de leur mandat, le poids politique de Marc Dolez et Jean-Luc Mélenchon n'est donc pas comparable avec celui de Lafontaine, qui sert de locomotive médiatique à ce parti.

Par ailleurs, le PDS - importante puissance électorale à l'est de l'Allemagne - a fourni les gros bataillons militants et électoraux de Die Linke. A cette force électorale, il faut ajouter des militants en rupture du SPD à l'ouest ainsi que de nombreux syndicalistes. Les forces sur lesquelles peuvent s'appuyer aujourd'hui Dolez et Mélenchon sont beaucoup plus limitées. Certes, la motion Hamon qu'ils soutenaient a recueilli près de 19% des voix lors du vote interne au PS, mais tous ces militants ne suivront pas les démissionnaires.

ESPACE PLUS RESTREINT

Lorsqu'il présenta une motion ("Forces militantes") au congrès du Mans en 2005, Dolez, bien que premier fédéral de la puissante fédération du Nord, n'obtint que 4,5%. Et si PRS, l'organisation de Mélenchon, fut très active et visible lors du référendum sur la Constitution européenne, elle ne compterait qu'assez peu d'adhérents.

Pour pallier ces difficultés, Mélenchon et Dolez ont annoncé une alliance avec le PC en vue des européennes. On rappellera que ce parti a connu de nombreux revers électoraux, qu'il est aujourd'hui profondément divisé et qu'il perd des adhérents. Son influence électorale ne peut être comparée à celle de son parti frère allemand.

En transposant en France l'influence du PDS dans les régions déshéritées et industrieuses de l'ancienne RDA, cela équivaudrait à un PCF obtenant entre 25% et 30% dans un ensemble regroupant Nord - Pas-de-Calais, Picardie, Haute-Normandie et Champagne-Ardennes... En dépit de cet affaiblissement, étant donné le poids comparé du PC et du Parti de gauche en termes de militants et d'élus, il y a fort à parier que les dissidents socialistes ne joueront pas les premiers rôles dans ce "front commun".

Enfin, si Die Linke connaît aujourd'hui des succès en Allemagne, cela ne tient pas uniquement à la personnalité de ses leaders ou à la puissance militante des organisations qui l'ont cofondée. Le contexte politique y est différent du nôtre : l'extrême gauche y est inexistante électoralement, contrairement à la France où Olivier Besancenot exerce une forte concurrence. En outre, en Allemagne, la critique dénonçant un recentrage des socialistes porte davantage, notamment parce que le SPD est engagé dans une grande coalition avec la CDU et mène une politique de réformes.

Ce virage social-libéral fut pris il y a un certain nombre d'années maintenant. Durant l'ère Schröder, le SPD, à la tête d'une coalition avec les Verts, réforma profondément le modèle social et les bases de l'Etat-providence, notamment avec les réformes Hartz aujourd'hui fortement décriées à gauche et par les syndicats. Si le libéral-socialisme est aussi dénoncé en France, il n'en demeure pas moins que le PS reste aujourd'hui - et notamment avec le gauchissement des discours à la suite de la crise financière - idéologiquement plus à gauche que le SPD.

Concurrencée par une extrême gauche conquérante et un PS à la direction "gauchisée", la déclinaison française de Die Linke jouira donc d'un espace politique plus restreint que sa consoeur germanique. Même si son discours peut rencontrer un certain écho auprès d'électeurs de gauche démoralisés par la crise du PS et radicalisés par la poursuite des réformes sarkozystes.


Jérôme Fourquet est directeur adjoint du département opinion et stratégies d'entreprise de l'IFOP.

Article paru dans l'édition du 29.11.08
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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 15:01

Liens:
[1] http://www.mediapart.fr/club/blog/stephane-allies
[2] http://www.mediapart.fr/journal/france/251108/vote-aubry-royal-enquete-a-lille-ou-les-accusations-de-fraudes-se-multiplient
[3] http://www.mediapart.fr/journal/france/211108/revivez-le-second-tour-socialiste-en-live-aubry-en-tete-de-42-voix
[4] http://www.mediapart.fr/journal/france/241108/finalement-aubry-gagne-le-vote-socialiste-pour-102-voix
[5] http://www.mediapart.fr/journal/france/010608/martine-aubry-sept-ans-de-refection
[6] http://www.mediapart.fr/journal/france/241108/finalement-aubry-gagne-le-vote-socialiste-pour-102-voix#comment-73679
[7] http://www.mediapart.fr/files/PROTESTATION ELECTORALE_251108.pdf
[8] http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5ia_fxLoKFQ4sEBRLpksJT9aOgs_w
[9] http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gmi-dhfqjkiqiDBJDFq-WXL22RIA
[10] http://www.francois-lamy.org/
[11] http://www.lepoint.fr/actualites-politique/guillaume-bachelay-l-heritier-de-fabius/917/0/191915
[12] http://www.borgel.fr/
[13] http://davidlebon.net/
[14] http://benoithamon.fr/
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26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 09:36
Ce parti mue en profondeur et, après la victoire de Martine Aubry, sa gauche a une chance de l’emporter

Ce congrès de Reims du parti socialiste est un des plus passionnants et des plus politiques qui soient. Il passionne dans le parti. Il passionne hors du parti. Les enjeux politiques sont énormes : le sort de toute la gauche !

Contrairement aux présentations qu’en font la droite et les grands médias, ce n’est pas une bataille de personnes, c’est une des plus grandes batailles d’idées qu’ait connu ce parti dans la grande tradition socialiste. Même si ces idées s’expriment de façon déformée, elle sont là, éclatantes : un choix entre un cours à gauche, ou un cours droitier. D’où la lutte vivante au coude à coude, à rebondissement : une mue ne se fait pas sans souffrance.

Pour la première fois depuis longtemps, la direction sortante ne s’auto reproduit pas
C’est la première fois depuis longtemps que la direction sortante ne s’auto reproduit pas. Elle s’est éclatée en trois : une aile droitière avec Gérard Collomb - Jean Noël Guérini - Ségolène Royal (courant complexe, tiraillée mêlant le plus vieux de l’appareil et des aspirations impatientes neuves mais mal formulées), deux morceaux du “centre” profondément usés d’avoir hésité sempiternellement entre compromis et radicalité. Il s’est dégagé avec la motion C une gauche socialiste unie, à contre courant d’abord, puis qui profite de la crise du capitalisme pour polariser le débat, mais qui est encore minoritaire, repoussée par les médias, avec une sympathie progressive mais encore une incrédulité chez les militants les plus légitimistes.
  
Même avec 42 voix il y a un résultat, et c'est celui que nous préférons, de loin. On comprend qu’il soit contesté, mais il y a une majorité écrasante au CN. Une majorité contestable, mais pas plus et pas moins que celle de Ségolène Royal. Le vote sur des motions et plus important que celui sur des personnes. Il y a contradiction entre un vote proportionnel et un vote plébiscitaire majoritaire. (Il faut supprimer ce vote plébiscitaire personnalisé, présidentialiste et en revenir à une premier secrétaire désigné au sein des instances) Derrière tout cela, il y a de la politique vivante. Et une chance d’influer ce parti vers la gauche.
 
Une chance d’influencer ce parti vers la gauche
D’abord si Ségolène est montée à ce niveau, et quoiqu’elle soit droitière, elle exprime aussi une partie du puissant besoin de gauche chez les militants.
Le paradoxe existe en effet :
-  d’une part la candidate délibérément provocatrice et messianique qui déclenche des phénomènes passionnels, se fraye un chemin à l’esbroufe, et une partie de ses supporters la magnifie en “sauveuse” d’où la dynamique dont elle bénéficie. Il y a, mêlé à cela, des désirs positifs, une impatience de battre Sarkozy, de dépasser les “querelles” complexes du parti, de changer vite : elle réussit à masquer, en se présentant pour le renouvellement,  le fait qu’elle roule dans les allées centrales du pouvoir depuis 1983, cinq fois ministre, une des plus anciennes de la direction depuis 25 ans, partie prenante de toutes les politiques majoritaires jusqu’à 2007 inclus. Qui ne voit qu’elle doit, au départ ses voix, sur les plus vieux secteurs conservateurs de l’appareil ?  On est loin d’un lien ave le salariat réel !
-   d’autre part l’effondrement du “grand bloc central” que François Hollande aspirait de ses voeux. Les deux morceaux de ce défunt “bloc central”, les motions A et D, se sont affaissés tour à tour, divisés chacun en leur sein et se divisant l’un face à l’autre. C’est la fin de la gestion Hollande post-Jospin. Ils n’ont jamais voulu trancher entre un choix droitier, et un retour aux fondamentaux de gauche, ils ont perdu. Bertrand Delanoë d’abord qui a écouté ses conseillers pour se présenter à contre courant en social et libéral et qui a perdu ses chances de ce fait. Martine Aubry ensuite qui a payé le prix d’un attelage contradictoire derrière elle. Incapables de s’unifier ils ont fait le lit de la dynamique adverse : comment Ségolène Royal ne progresserait elle pas, après une absence d’entente pareille ?
 
La seule solution eut été de jouer aussi franc et clair que Royal, en lui opposant un candidat vraiment neuf défendant un cours plus à gauche, Benoît Hamon : les deux morceaux de l’ex bloc central n’ont pas su s’y résoudre. Cela aurait été un tournant, ils l’ont freiné, ils ne pouvaient pas plus l’accepter que le rapt du parti par Ségolène Royal. Ce n’est qu’avec +0,4% que Martine Aubry appuyée sur les voix de l’aile gauche, motion C, l’emporte. Mais rien n’est fini avec cela, la mue va continuer, érodant inexorablement le “centre” sortant et la polarisation va continuer son chemin. [oui mais à la seule condition que Martine Aubry donne réellement des gages à Benoît Hamon et à la motion C, qu'elle se détourne d'une motion A affaiblie, ce qui reste à démontrer après qu'elle se soit affichée hier soir aux côtés d'Harlem Désir en sortant du CN].

Les exigences sociales vont pousser à la clarification vers la gauche
Tant mieux, ça ne pouvait plus continuer comme avant, il faut clarifier. Il faut fortement lutter contre tout découragement militant hâtif, nous vivons un moment passionnant. Toute haine irrationnelle doit être balayée. Nous devons aider à mettre en lumière le choix politique qui se pose derrière tout cela. Hé, oui, les chemins de la transformation sociale, ne sont pas limpides, en ligne droite. Il y a des méandres, des obstacles, des sursauts et des coups de théâtre.
 
En fait c’est toute la société, derrière le PS qui cherche une issue à gauche au sarkozysme ! La politique suivie depuis mai 2007 est une  politique arrogante, totalement réactionnaire, socialement explosive, entièrement tournée vers 2% de privilégiés. Le pays entier va bientôt connaître une mue lui aussi, liée à cette crise aigue du capitalisme dans laquelle nous sommes entrés. Le libéralisme est désormais discrédité. Nous allons connaître d’immenses mouvements sociaux. Cette crise, ce débat aigu, cette mue du PS sont totalement d’actualité, et reflètent et anticipent ces grands événements. La gauche du parti a une grande chance si elle est constante, sérieuse, unie et plus profondément sociale, de l’emporter : “ceux qui vont à contre courant arrivent parfois avant les autres !” Or nous n’allons plus à contre courant, nous sommes devenus indispensables à la direction et nous sommes moteurs dans le débat d’idées.  
 
Vivent la redistribution des richesses, les 35 h, la hausse massive des salaires, le Smic à 1500 euros, la retraite à 60 ans a taux plein, la sécu pour tous, un code du travail protecteur, les services publics, une fiscalité directe et progressive ! Vive une VI° République sociale, laïque, démocratique, parlementaire.

Gérard Filoche D&S 159
samedi 22 novembre

Défense du parti socialiste ! Unité du parti socialiste ! Unité de toute la gauche !
Combattons le sarkozysme qui détruit tous nos droits sociaux…


Assez de division, Manuel Valls et Ségolène Royal : les voilà qui appellent à une manifestation devant Solferino quasiment, tout en se victimisant et en donnant des leçons de « code d’honneur » à ceux qui ne s’inclinent pas devant leur forcing. Ségolène Royal veut revoter et Valls prétend que c’est « la Floride »…
N’ont-ils pas, pour élargir artificiellement les voix de Ségolène Royal, les voix bloquées des Bouches du Rhône de Jean-Noël Guérini et de l’Hérault de Georges Frêche ? Comment osent-ils attaquer les voix du Nord, sans balayer devant leur propre porte… au sud ?
Ségolène Royal ne propose t elle pas de réintégrer Georges Frêche pour assurer ses marges alors qu’elle demande de « revoter » une troisième fois appuyée par tous les médias aux ordres…
 
Oui, il y a de la triche et c’est intolérable : en Hérault les observateurs envoyés par le bureau national ont été chassés des bureaux de vote par les partisans de Ségolène Royal ! Il faut stopper cette triche, oui, il faut bannir la fraude dans un parti démocratique, maispourquoi choisissent-ils de le faire parce que c’est eux qui perdent de peu de voix ?  Ils n’ont rien dit quand le « non » était battu le 1er décembre 2004 alors qu’il était manifestement majoritaire en interne, le vote des électeurs socialistes l’ayant confirmé en externe le 29 mai 2005 ?
Qui peut croire aux appels soudains à la transparence de ceux qui trichent eux-mêmes  ?
 
Assez de fausse morale, assez de pression médiatique extérieure, assez de division !Assez de forcing pour s’emparer du PS par tous moyens, vendre son siége, balayer son programme social, l’ancrer au Blairisme et à Bayrou…
 
Valls qui veut changer le nom du PS, est trois fois sur quatre en accord avec Sarkozy, il se déchaîne sur tous  les écrans contre Martine Aubry – sans oublier de dire au passage qu’il est pour qu’on travaille tous le dimanche.
Valls porte-parole de Ségolène Royal exprime par ses excès, l’impatience de casser le parti socialiste, d’empêcher que les idées de gauche qui ont progressé avec la motion C de Benoît Hamon n’y deviennent, sous la poussée du mouvement social, prochainement dominantes.
 
Les enjeux sont très politiques ; orientation droitière vers la droite-Modem, ou orientation vers l’unité de toute la gauche.

Contrairement aux présentations qu'en font la droite et les grands médias, ce n'est pas une bataille de personnes, c'est une des plus grandes batailles d'idées qu'ait connu ce parti dans la grande tradition socialiste. Même si ces idées s'expriment de façon déformée, elle sont là, éclatantes : un choix entre un cours à gauche, ou un cours droitier. D'où la lutte vivante au coude à coude, à rebondissement : une mue ne se fait pas sans souffrance.

La motion autour de Royal est contre les 35 h, contre la retraite à 60 ans, contre le contrôle des licenciements, contre la hausse du Smic à 1500 euros et, de façon générale, ils ne parlent jamais de hausse massive des salaires, de code du travail, ni de Sécu pour tous, ni de redistribution des richesses. On comprend pourquoi elle a les faveurs des grands médias aux ordres : ils nous ont déjà fait le coup pour la désignation de la candidate en 2006.
 
Le vote le plus important n’est pas celui sur les personnes, c’est celui sur les motions. À la lumière de ce qui se passe, il faut conserver le vote à la proportionnelle, et supprimer le vote majoritaire présidentialisé, personnalisé sur le premier secrétaire.Le premier secrétaire doit être désigné au sien des instances et les refléter.

Ca ne peut pas être une question de personne puisque  Ségolène Royal a elle aussi participé à toutes les directions, toutes les majorités, conseillère, ministre, membre du BN, depuis 1983, elle a cautionné, voté, mis en œuvre, elle est liée à  tout ce qui s’est fait jusqu’à Dijon, Le Mans, Reims.
 
Il faut rendre sa noblesse au débat socialiste actuel :oui au débat pour savoir comment nous faisons face à la crise du capitalisme, non aux querelles pour ou contre unetelle ! Oui, au débat de motion, au choix d’orientation pour trancher s’il faut d’abord redistribuer les richesses pour relancer la croissance ou si pour relancer la croissance, il faut poursuivre la rigueur…
 
Un vrai débat, le même, existe à propos du choix entre l’alliance avec la droite-modem ou l‘alliance avec toute la gauche. 70 % du congrès a tranché pour une alliance de toute la gauche contre toute la droite, avec, en l’occurrence, Martine Aubry… Mais Manuel Valls et Ségolène Royal  essaient de noyer cela comme si nous n’avions pas voté et tranché à 70 % des voix… Ce n’est pas une question de personne ce qui arrive, c’est une question politique de fond : s’orienter vers Bayrou, ou rassembler, reconstruire, raviver la gauche, c’est un vrai choix.
 
Il faut rétablir l’unité du parti socialiste pour demain construire l’unité de toute la gauche !

Nous comprenons l’impatience de tous ceux qui veulent une issue alors que les grèves se développent,à Air France, à la SNCF, à La Poste, dans des centaines d’entreprises du privé pour l’emploi et les salaires.
Le monde de Sarkozy, ses amis banquiers et banqueroutiers, s’effondre, il trouve des centaines de milliards à leur donner, alors qu’en face des besoins des services publics, des hôpitaux, des écoles, des équipements collectifs dans nos banlieues, de hausse des salaires, il avait prétendu que « les caisses étaient vides ».
L’effroyable crise du capitalisme qui ne fait que commencer est l’aubaine pour les profiteurs, spéculateurs, les actionnaires, le CAC 40, les 500 premières familles qui continuent de pressurer les salaires, de supprimer les emplois, de millions et de millions de salariés qui produisent les richesses et n’en reçoivent pas la part qu’ils méritent ! La France d’en haut n’a jamais été aussi riche, florissante et la France d’en bas aussi maltraitée, spoliée, pillée.
 
Le parti socialiste doit retrouver le ton de combat, de mobilisation, de participation aux luttes sociales, d’opposition au sarkozysme qu’il n’aurait jamais dû quitter.C’est ce que cherchent intuitivement les militants par-delà les questions de personne : à Reims ils applaudissaient tout ce que tous les orateurs des différentes motions disaient de plus gauche ! Ils faisaient une ovation à toutes celles et tous ceux qui proposaient l’unité…
 
Il n’y a pas d’exclusive de personnes ! Ah que Ségolène Royal aurait pu faire l’affaire si elle ne provoquait pas le reste du parti et ne se proposait de le droitiser et de le casser… Ce n’est pas sa personne qui crispe, ce sont ses positions droitières à contre courant de la majorité de la gauche. Ah  qu’elle aurait pu faire l’affaire si elle défendait un vrai programme social capable de gagner, si elle savait battre le « travailler plus pour gagner plus de Sarkozy », au lieu de le laisser sans réponse…
 
De 2004 à 2008 nous avons gagné toutes les élections sauf la présidentielle ! Nous avons eu 20 régions sur 22 les 21 et 28 mars 2004 dans la foulée du grand mouvement de 2003 qui rejetait la loi Fillon contre les retraites !  Nous avons eu 30 % des voix en juin 2004 en défendant l’Europe des 35 h et du Smic européen. Nous avons gagné 2 villes sur 3 en mars 2008 et 61 départements sur 100 confirmant, en dépit de mai 2007, que la France était à gauche ! Pour gagner  tous ces scrutins, nous n’avons pas eu besoin d’appoint de la droite Modem.

Mais pour gagner une présidentielle, il faut tenir un vrai discours de rupture, de transformation sociale, avec des mesures sociales phares, ce que n’a pas fait et ce que ne veut pas faire Ségolène Royal. Tous les problèmes de fond viennent de là : or elle s’acharne alors qu’elle s’était prétendument « mise au frigidaire », à s’imposer en tant que « personne », jouant de démagogie, sans être capable de rassembler les 70 % de militants qui n’ont pas voté pour la motion de Gérard Collomb.
 
Gérard Filoche lundi 24 novembre 2008  D&S n°159/160 nov-déc
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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 14:35
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21 novembre 2008 5 21 /11 /novembre /2008 16:39

Plus de 30 000 militants ont porté leur suffrage sur Benoît Hamon au poste de premier secrétaire du PS. La décision prise pour le second tour est dictée par l'intérêt de la gauche.

Nous sommes confrontés à une situation extrêmement difficile pour celles et ceux qui attendent de la gauche une alternative à la politique de la droite et des propositions pour sortir de la crise financière.
Ce scrutin, en cohérence avec celui sur les motions, exprime deux volontés constantes des militants socialistes. La première c'est la volonté d'un ancrage clair à gauche du parti socialiste et la seconde, une volonté forte de renouvellement.
En cela le parti socialiste est encore en chantier. Il est confronté à des difficultés considérables pour s'adresser aux milieux populaires. Il est temps de jeter des ponts entre les socialistes et la société, entre les autres composantes de la gauche et entre les socialistes eux-mêmes.

Cette décision est également éclairée par une situation qui se présente à nous seulement tous les dix ou vingt ans : celui d'un choix de culture éminemment politique.
Il est acquis que dès demain le parti socialiste changera. L'enjeu est de savoir quelle orientation prendra ce changement.
Pour avoir un parti ancré à gauche, qui affirme son attachement au rassemblement de la gauche et travaille au renouvellement des pratiques et des comportements ainsi qu'à l'approfondissement de la démocratie.
Nous appelons à voter massivement pour Martine Aubry.

Ce Congrès n'est que le premier acte d'un profond mouvement qui puise ses racines dans la société elle-même et que nous avons la responsabilité de le faire vivre au sein de notre parti. C'est pour cela que nous devons lui donner force et vigueur en appelant dès le lendemain du congrès les Français à nous rejoindre.
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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 16:14
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