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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 09:40
Pour faire face aux dangers russes et à la dépendance américaine, les Européens doivent progresser dans les domaines militaires et géostratégiques

Aujourd'hui que se réunit sur les bords germaniques de la Baltique allemande le G8+5, je vais jouer à faire mon "Bernard-Guetta"...

En effet, alors que le sommet devait initialement porter sur les enjeux environnementaux, les circonstances ont profondément transformé les priorités des chefs d'État qui y participeront. D'abord parce que George W. Bush vient une nouvelle fois de saboter toute tentative sérieuse (n'en déplaise à Jacques Attali) d'avancer dans le domaine de la luttre contre les changements climatiques, en repoussant à la fin de l'année 2008 la conclusion d'un accord global sur les émissions de gaz à effet de serre et la protection de l'environnement.
Ensuite et surtout, parce que le projet de "Guerre des étoiles" version anti Rogues' states de Bush junior a hérisé le poil de Vladimir Poutine et que règne subitement un climat  de nouvelle guerre froide (comme quoi les  glaciations ça peut arriver vite). Les déclarations de George W. Bush hier n'ont sans doute fait que rajouter de l'huile sur le feu.

Vladimir Poutine et les Russes peuvent-ils s'appuyer sur des justifications sérieuses pour argumenter leur acrimonie renforcée (qu'on sentait quand même pointer depuis quelques temps). Nous passerons sur le retour de la logomachie soviétique, qui démontre que Poutine est allé réviser ses vieux manuels de diplomatie molotovienne. Mais effectivement les Russes ont des raisons fortes de craindre l'installation de système de lancement et de guidage de missiles américains en Europe centrale.

Il n'est pas dit que les Américains soient forcément de mauvaise foi quand ils racontent que le dispositif vise avant tout à protéger l'Europe et l'Amérique du Nord d'attaques nucléaires en provenance d'Iran ou de Corée du Nord ; on pourrait donc croire que le seul argument russe vise à dénoncer un mensonge américain et à expliquer qu'en fait ce dispositif vise leur Fédération. À ce jeu de ping pong, personne n'y retrouvera ses petits ; et surtout il y a quelques raisons réelles et bien plus sérieuses pour fâcher les  Russes dans cette histoire.
La relance américaine de la "Guerre des étoiles" même dans une version soft rejoue la partie qui s'est déroulée au lendemain de l'élection de Ronald Reagan, quand le Président  conservateur a lancé son pays dans la course à la technologie et aux armements, l'Union soviétique a dû amèrement constater son retard et le fait qu'elle ne pouvait le rattraper, l'équilibre militaire était rompu, le compromis obligatoire sous peine d'être réellement battu et c'est notamment ce qui a motivé la nomination à la tête de l'État soviétique de Mikhaïl Gorbatchev, sa tentative de Glastnost, Perestroïka et finalement de sortie en douceur du système soviétique. Les oligarques actuels du Kremlin savent trop comment tout cela s'est terminé ; l'union soviétique était bien évidemment minée de l'intérieur et les troubles extérieurs, la perte irrémédiable de son prestige et surtout de sa capacité à intervenir réellement sur la scène internationale et jusque dans ses propres protectorats, ont accéléré sa chute, le déclassement et l'humiliation de la Russie.

Aujourd'hui, la Russie a assaini sa situation financière, mis en coupe réglée sous l'autorité d'une maffia dirigeante le pays, mais l'ordre règne (et c'est là pour Poutine l'essentiel) et la Russie est repartie à l'offensive sur ses Marches comme le démontre la pacification militaire et génocidaire en Tchétchénie, les épisodes énergétiques en Ukraine, en Géorgie et en Belarus. Mais la Russie reste un État rentier, qui vit sur  l'exploitation de ses importantes ressources énergétiques, et qui si elle a remboursé sa dette rubis sur l'ongle n'a engagé aucune action d'investissements sérieuse pour préparer l'avenir  de son État et de sa population.
Elle est concurrencé directement par les États-Unis en Asie Centrale, subi l'immigration chinoise en Sibérie (et les implications politiques du processus sont importantes), l'Union européenne est à sa porte avec les pays Baltes et Turquie, Géorgie et Ukraine voudraient pouvoir la rejoindre et refermer sur la Russie un véritable étau géographique et stratégique.
L'installation en Europe centrale du dispositif de Guerre des étoiles et surtout le saut technologique majeur dans le domaine de l'armement qu'il constituerait signerait un nouveau déclassement de la Russie, si celle-ci n'obtenait pas par la menace de "représailles" l'avortement du projet. La Russie n'a sans doute pas les moyens aujourd'hui de rattraper son retard technologique sur les Américains mais elle garde sur l'Europe un pouvoir de nuisance énergétique, militaire et diplomatique certain. Les zones de conflits avec l'Union européenne sont multiples, comme le démontrent la crise cybernétique estonienne, le blocage sur l'indépendance du Kosovo, le soutien affiché à la Serbie (permettant aux passages aux nationalistes radicaux de crédibiliser leurs rodomontades populistes), le conflit avec la Transdniestrie et la Moldavie, l'épine géostratégique que consitue l'enclave de Kaliningrad entre Pologne et Lituanie...

Cette situation géopolitique devrait faire impérativement réfléchir les capitales européennes qu'elles soient du côté "vieux" ou "neuf" du continent...
En effet l'argument principal des gouvernements d'Europe centrale qui accepte aujourd'hui d'accueillir sur leur sol le dispositif de Guerre des étoiles des Américains est assez simple mais efficace. Le traumatisme causé en Pologne et en République tchèque par l'occupation soviétique pousse depuis leur Libération la grande majorité des gouvernants centreuropéen dans les bras des États-Unis ; cela explique leur ralliement à la seconde guerre du golfe. Ce tropisme est d'autant plus évident qu'ils jugent que l'Union européenne n'a pas les moyens elle-même d'assurer la défense et la sécurité de ses propres membres, et tout particulièrement celles des anciennes démocraties populaires dont la proximité géographique avec la Russie les expose plus fortement que d'autres à une éventuelle résurgence du projet "impérial" russe. Mais comme pour la guerre en Irak, les opinions publiques d'Europe centrale sont opposées à leurs gouvernements ; la difficulté réside dans le fait que ceux-ci n'ont d'alternative crédible.
Ainsi plus on s'approche de la Russie, les nouveaux membres de l'union n'ont eu de cesse de vouloir accélérer leur adhésion à l'OTAN - adhésion à l'OTAN signifiant pour eux le volet militaire de l'adhésion à l'Union européenne. Et c'est bien là le dilemme : malgré la fusion à la fin des années 1990 des institutions de l'Union de l'Europe Occidentale (UEO) et de l'Union européenne, malgré les bases d'une Europe de la Défense posées en 1998 par Tony Blair et Lionel Jospin, l'Europe engluée dans les stratégies divergentes de ses membres et dans l'impuissance institutionnelle n'a jamais pu avancer de nouveau sur le chemin de l'intégration militaire.
Le continent européen est donc condamné à subir les montées de tension entre intérêts américains et russes qui ne pourront que s'aggraver au fur et à mesure de des morceaux entiers de l'ex-Union soviétique voudront se tourner vers les États-Unis et l'OTAN (Ukraine, Géorgie, Asie Centrale...). Dans la défense même de ses propres intérêts, de ceux de ses membres - comme avec l'agression cybernétique sur l'Estonie suite aux affrontements entre une partie de la communauté russophone et les forces de l'ordre, après le déplacement d'un monument à la gloire de l'Armée rouge -, la protection de ses frontières et la pacification de son environnement proche (Kosovo, Moldavie...), l'Union européenne est contrainte de se replier sur l'OTAN et de se livrer aux États-Unis sans aucune garantie (notamment avec l'administration Bush) que ceux-ci se préoccupent autant des intérêts propres des Européens que des leurs.

Le projet de traité constitutionnel européen édictait une mesure délirante dans ses longs paragraphes : il stipulait que le cadre traditionnel de défense commune de l'Union européenne, pour tous les membres qui n'avaient pas fait voeux de neutralité et de pacifisme définitif, était l'OTAN.Qu'en soi, une constitution, qui plus est irrévisable, détermine une stratégie et une alliance militaire, est déjà sidérant ; qu'ensuite on se lie les mains avec une structure militaire dirigée de l'extérieur est affligeant de bêtise. Par contre le simple fait que les membres neutralistes (Autriche, Suède, Finlande...) de l'Union ait accepté de parler affaires militaires dans le cadre de la négociation du feu projet de TCE est tout de même une logique intéressante.
En effet, sauf à rester pieds et poings liés à l'OTAN et donc aux États-Unis et à subir les conséquences des choix militaires et géopolitique unilatéraux de l'ancienne hyper-puissance, il va falloir convaincre l'ensemble des partenaires de l'Union, ou tout du moins les plus avancés, d'entrer dans une logique d'intégration militaire et stratégique qui dépasse de loin les faibles ambitions de la PESC. Et sauf à croire que la Grande-Bretagne devienne subitement fédéraliste, ou qu'elle décide de rompre sa "relation particulière" avec les États-Unis, c'est en priorité avec l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne que nous devrons avancer rapidement, en termes de politique industrielle, de recherche/développement et d'intégration géostratégique et militaire, pour répondre aux défis qui nous sont posés par la proximité de la Russie et vraisemblablement un certain nombre d'intérêts profondément divergents à long terme ; et cela va coûter cher mais on peut espérer une mutualisation des coûts. Mais cette avancée ne peut se faire qu'avec l'aval des neutralistes et en allant suffisamment vite pour convaincre Pologne, Hongrie et République tchèque de nous rejoindre, Grèce et Turquie de ne pas jouer contre l'Europe.

Frédéric FARAVEL

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 19:21
Réfutations, un film de Thomas Lacoste
A voir en ligne et à diffuser. | 5 juin 2007

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Seize militants et chercheurs, seize regards acérés sur le monde que nous prépare Nicolas Sarkozy. Ni haine, ni diabolisation, mais la réalité d’une droite décomplexée en passe d’accéder au pouvoir. Une déconstruction implacable de la rhétorique sarkozyste, à voir d’urgence... avant qu’il ne soit trop tard.
Pour soutenir cette action, qui en appelle de nouvelles, vous pouvez acheter le DVD du film Réfutations sur le site www.lautrecampagne.org ou par chèque (10 euros) à l’ordre de l’Autre association, 3 rue des Petites Ecuries, 75010 Paris.

Un film de Thomas Lacoste avec la participation de Jeanne Balibar, Monique Chemillier-Gendreau, Anne Debrégeas, Eric Fassin, Hélène Franco, Susan George, Nacira Guénif-Souilamas, Thomas Heams, Michel Husson, Bruno Julliard, Christian Lehmann, Richard Moyon, Thomas Piketty, Emmanuel Terray, Louis-Georges Tin et Alain Trautmann.

Et le soutiens de Alterdoc, Bastamag.org, Charlie Hebdo, Confluences, Editions La découverte, Les Inrocks, L’humanité, Le Passant Ordinaire, Marianne, Politis, Mouvements, Regards, Témoignage chrétien, Vacarme.

Réfutations. Partie 1/4 :

Une menace pour la démocratie / Fiscalité et redistribution / Travail et retraites / Services publics


Réfutations. Partie 2/4 :

Santé / L'école / La Recherche / La culture


Réfutations. Partie 3/4 :

Réfutations. Partie 4/4 :

Ce film est libre de droit. Nous vous invitons à en assurer la diffusion la plus large (le faire connaître, circuler, projeter, etc.). Il peut aussi être publié sur des sites internet. Nous vous demandons cependant une seule mention obligatoire :

« Pour soutenir cette action, qui en appelle de nouvelles, vous pouvez acheter le DVD du film Réfutations sur le site www.lautrecampagne.org ou par chèque (10 euros) à l’ordre de l’Autre association, 3 rue des Petites Ecuries, 75010 Paris. »

A voir aussi : Le site de L’Autre campagne

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 10:02
Louise Beaudoin reçue au Quai d'Orsay par Bernard Kouchner
Michel Dolbec - lundi 4 juin 2007 - cyberpresse.ca - Paris

Parce qu'il est «bourré de fric», le Canada doit augmenter sa contribution à la Francophonie, estime l'ancienne ministre péquiste Louise Beaudoin.

 

«Je ne conçois pas que la Francophonie puisse continuer à évoluer sans que le Canada mette plus d'argent», a prévenu l'ancienne ministre péquiste, lundi à Paris, à l'issue d'une rencontre avec le nouveau ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner.

Le fondateur de Médecins sans frontières, qu'elle connaît depuis un certain temps, avait invité Louise Beaudoin à un déjeuner au Quai d'Orsay, avec une demi-douzaine de convives. Apparemment, Mme Beaudoin — qui possède toujours de bons réseaux en France — est ainsi devenue la première personnalité québécoise à prendre contact avec le nouveau gouvernement français.
«Bernard Kouchner m'a invitée par amitié et j'ai accepté à titre personnel. Je ne représentais personne», a insisté Mme Beaudoin, qui s'est reconvertie depuis quelques années dans la Francophonie, notamment en tant que professeure invitée à l'Université de Lyon.
C'est à ce titre qu'elle a donné son sentiment sur l'avenir de la Francophonie et l'avenir de la langue française.
«La France finance 75% de la Francophonie (contre environ 20% pour le Canada) et après on vient se plaindre que ça soit de plus en plus une affaire franco-française, a-t-elle lancé. Tous les pays membres doivent faire leur part, et le Canada, qui est bourré de fric, au premier chef.»

L'ancienne ministre a rappelé que Nicolas Sarkozy a promis pendant la campagne présidentielle de mettre la Francophonie «au rang des priorités diplomatiques de la France», tout en plaidant pour une «troisième Francophonie», tournée davantage vers le politique et l'économique, dans le contexte de la mondialisation.
Mme Beaudoin, qui a donné à Lyon des cours sur la Francophonie et la mondialisation, s'en réjouit, elle qui espère que la «rupture (prônée par le président Sarkozy) ait un sens en Francohponie aussi».
Elle signale toutefois qu'on ignore toujours à quelle enseigne logera la Francophonie dans le gouvernement dirigé par le premier ministre François Fillon.
Le secrétaire d'État, qui doit encore être nommé, relèvera-t-il toujours du ministère des Affaires étrangères ou du très controversé ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale ? Si cette dernière hypothèse semble désormais écartée, la question n'est pas encore tout à fait réglée. Pour Mme Beaudoin en tout cas, la réponse «coule de source» : «la Francophonie doit être un élément de la politique étrangère de la France».

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 09:51
Point presse du 4 juin : Benoît Hamon
Benoît Hamon animait, à 6 jours du premier tour des élections législatives, le point presse quotidien de campagne du Parti sociailste. Le député européen est revenu sur le prochain rassemblement du G8, en Allemagne et de ce fait sur les dernières déclarations du président russe Vladimir Poutine. Il est également revenu sur le rapport paru aujourd'hui sur la sécurité en Seine-Saint-Denis, démontrant l'efficacité de la police de proximité.

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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 08:39
Analyse de l’élection présidentielle des 22 avril et 6 mai 2007
par Pascal Perrineau, Directeur du CEVIPOF | 4 juin 2007

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Nous vous proposons la lecture de cette analyse du CEVIPOF. Abstention, participation, retour vers les partis "de gouvernement", faiblesse globale de la gauche, rapport de force gauche/droite et questions sur la viabilité d’un centre autonome. Que les lecteurs se trouvent en accord ou désaccord avec ses conclusions, ce document participe en tous les cas aux débats que la gauche devra mener après les élections législatives.

Télécharger l’étude

PDF - 82.2 ko
Analyse de la présidentielle - CEVIPOF

Sommaire :

 

LE PREMIER TOUR DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE
1. Une exceptionnelle mobilisation électorale
2. Une érosion des protestations électorales
3. Un retour vers les candidats des grands partis de gouvernement
4. La faiblesse globale de la gauche

 

LE SECOND TOUR DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE
1. Pourquoi cette victoire ?
2. L’échec de Ségolène Royal

 

QUELQUES QUESTIONS RELATIVES A L’ELECTION PRESIDENTIELLE ET A SES CONSEQUENCES
1. Pourquoi ce rapport de forces favorable à la droite ?
2. Ladroite connaît cependant une redéfinition interne qui a un impact sur le jeu politique à gauche
3. La viabilité d’un centre autonome sous la Vème République ?

 

D’autres analyses du CEVIPOF

 
A voir aussi : CEVIPOF, Centre de recherche politique de Sciences Po

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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 10:16
Benoît Hamon invité de Arrêt sur Images
France 5 - Daniel Schneidermann - 3 juin 2007 | 3 juin 2007

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Après l’élection de Nicolas Sarkozy, le "JT [est-il] en état de grâce ?". L’émission revient sur le traitement par les journaux télévisés des annonces du nouveau gouvernement : le traitement de la déduction des intérêts d’emprunt par les JT et sur RTL, le traitement des meetings du PS (Hollande seul/tous les dirigeants réunis) dans les JT, une enquête de France 3 national sur la retraite des parlementaires. Invités : Benoît Hamon (SN et porte parole du PS), Rama Yade (SN de l’UMP) et Jean-Marc Pitte (Président de la société des journalistes de France 3).


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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 09:49
Rebonds -Economiques
Propriétaires: l'absurde subvention
Par Thomas PIKETTY - Libération - lundi 4 juin 2007
Thomas Piketty est directeur d'études à l'EHESS et professeur à l'Ecole d'économie de Paris. (En raison des élections législatives, la prochaine chronique Economiques, avec Esther Duflo, sera publiée jeudi 14 juin.)
Parlons net: la réduction d'impôt sur les intérêts d'emprunt prévue par le gouvernement Fillon incarne le clientélisme politique et l'inefficacité économique. Subventionner le logement n'a certes rien d'absurde a priori. Si un bien particulier est sous-produit par le marché, soit parce que les ménages sous-estiment sa valeur (par exemple, si les parents prennent mal en compte l'impact du logement sur le développement des enfants), soit parce que le processus de production correspondant fait l'objet d'une inefficacité particulière, il est légitime de le subventionner, notamment en déduisant la dépense correspondante du revenu imposable. Encore faut-il en être certain, sinon on risque de truffer l'impôt de niches fiscales de toutes natures, avec pour conséquence un relèvement confiscatoire des taux faciaux appliqués au moignon de base fiscale restante. Or tout laisse à penser que la mesure sur les intérêts d'emprunt relève de cette seconde logique.
 
Cela n'a économiquement guère de sens de déduire les intérêts d'emprunt payés par les propriétaires sans autoriser également la déduction des loyers payés par les locataires (sauf à taxer les loyers fictifs, c'est-à-dire les valeurs locatives des logements occupés par leur propriétaire, ce qui était le cas jusqu'aux années 1960). Si l'on souhaite subventionner le logement, qu'importe que le paiement du service de logement prenne la forme d'intérêts ou de loyers. La mesure Sarkozy est donc non pas une subvention au logement, mais une subvention aux propriétaires en tant que tels, dont on voit mal la justification économique. Pourquoi la puissance publique devrait-elle dépenser ses maigres deniers pour favoriser ceux qui achètent leur voiture par rapport à ceux qui pratiquent la location ? D'autant plus qu'en France être propriétaire de son logement est souvent associé à l'immobilité et non au dynamisme économique, compte tenu de la taxe extrêmement élevée pesant sur les ventes de logement (plus de 5%, malgré la baisse de 1999). C'est d'ailleurs cette taxe absurde, équivalente à un impôt sur ceux qui traversent la rue, qu'il faudrait supprimer en priorité pour dynamiser la mobilité de la main-d'oeuvre et le marché du logement en France.
 
Surtout, l'expérience passée montre que le rendement économique des aides fiscales au logement est extrêmement faible. Qu'il s'agisse des subventions à l'immobilier locatif, des allocations logement... ou de la déduction des intérêts d'emprunt (pratiquée en France jusqu'en 1997), toutes les évaluations disponibles indiquent que ces aides se transmettent presque intégralement en inflation immobilière, sans réel impact sur la construction et les conditions de logement. Gabrielle Fack a ainsi montré que 80% des hausses d'allocations logement ont été absorbées par des hausses de loyer. Le même mécanisme s'appliquera probablement aux intérêts d'emprunt. Pour une raison simple : ces aides donnent l'illusion aux ménages d'être plus solvables et augmentent leur demande de logement ; mais compte tenu de la faible élasticité de l'offre de logement et de la trop faible hausse du stock d'habitations disponibles, cette demande supplémentaire nourrit les hausses de prix. Pour prendre un cas extrême, toute subvention fiscale à l'achat ou la location de terre (bien en quantité fixe) se transmet à 100% aux propriétaires initiaux. Et dans un pays où chacun est prêt à payer cher pour vivre près de ses semblables, le logement est à peine moins inélastique que la terre. L'enjeu aujourd'hui est d'inventer de nouveaux moyens d'actions ciblés permettant de relancer la construction de logements, en particulier pour les plus mal logés. Et certainement pas de déverser de nouvelles aides fiscales à l'ensemble des emprunts en cours et des logements déjà acquis, extension inévitable à partir du moment où elle avait été promise aux électeurs, mais qui porte le coût de la mesure à près de 5 milliards d'euros par an, pour un rendement quasi nul.
 
D'autant plus que Nicolas Sarkozy distribue des chèques de 5 milliards au même rythme qu'il visitait jadis les commissariats de police. C'est approximativement ce que coûtera l'exonération des heures supplémentaires, mesure qui n'a d'équivalent dans aucun pays, tant elle est insensée économiquement (toutes les heures de travail ont la même valeur, surtout les premières pour ceux qui n'en ont pas) et fiscalement (elle entraînera des manipulations sans fin). C'est aussi ce que coûtera la quasi-suppression des droits de succession, politique archi-inégalitaire que seuls Bush et Berlusconi avaient jusqu'ici osé entreprendre. Et la valeur unitaire du chèque est loin d'être négligeable : 5 milliards d'euros, c'est la moitié du budget total de l'enseignement supérieur.
 
Cette politique conduit à creuser la dette, à griller toutes les cartouches budgétaires en cas de retournement de la conjoncture, et à handicaper gravement les réformes à venir. Pas facile après de telles largesses d'expliquer aux malades qu'il faut mettre en place les franchises médicales (sans parler de la hausse de la TVA qui s'annonce), aux étudiants que la réforme de l'université se fera avec 1 ou 2 milliards de moyens supplémentaires, aux cheminots qu'ils doivent renoncer à leur régime spécial, etc.

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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 09:33
Un rapport accablant sur la police dans le "93" s'invite dans la campagne des législatives
 

clichypolice.jpga divulgation d'un rapport de l'Institut national des hautes études de sécurité (Inhes), qui dépend du ministère de l'intérieur, sur les relations police-population en Seine-Saint-Denis a suscité, ce week-end, de nombreuses réactions politiques. Cette enquête dresse un constat accablant des rapports entre la police et la population dans le "93" et évoque un "climat d'insécurité permanent" à même de s'envenimer. Les auteurs soulignent notamment un "décalage" entre la "suractivité permanente" de la police, en matière de lutte contre les stupéfiants et les clandestins, et les "réalités subies par la population", avec une "hausse considérable des violences" dans ce département, où les vols avec violences ont ainsi crû de 15,95% en 2006. Ce rapport inédit a été finalisé en décembre 2006 après 2 mois d'étude et de rencontres avec des acteurs municipaux, policiers et magistrats du "93", d'où sont parties les émeutes de 2005.

Si les Hauts-de-Seine ont "si bien évolué" et la Seine-Saint-Denis "si mal évolué", "c'est parce que l'un était géré par la droite, l'autre était géré par le Parti communiste", a estimé dimanche Patrick Devedjian, secrétaire général délégué de l'UMP, nouveau président du conseil général des Hauts-de-Seine et proche du président Nicolas Sarkozy, sur le "Forum Radio J". "Les communistes ont ancré les gens dans la misère parce que c'était aussi une manière pour eux d'asseoir leur pouvoir politique", a jugé M. Devedjian.

Qualifiant ces propos de "scandaleux" et de"déplacés", le président du conseil général de Seine-Saint-Denis, Hervé Bramy (PCF), a affirmé, dimanche soir, que "les communistes n'ont pas démérité en Seine-Saint-Denis". "Le conseil général, signataire de tous les contrats locaux de sécurité du département, agit tous les jours dans son domaine de compétence, celui des clubs prévention, dont le budget a été renforcé en 2007 de 2 millions d'euros", a indiqué M. Bramy. "Nous avons été les plus ardents défenseurs de la police de proximité", a poursuivi l'élu PCF, alors que, souligne le rapport de l'Inhes, cette dernière, abandonnée par Nicolas Sarkozy, a eu des "effets positifs incontestables". Et d'ajouter : "Il est facile pour M. Devedjian, président du conseil général le plus riche de France, de nous critiquer."

"DES VÉRITÉS QUI DÉRANGENT"
Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF et députée de Seine-Saint-Denis, a demandé "d'urgence, dès lundi, la réunion avec le préfet de Seine-Saint-Denis de tous les élus du département afin que nous soit donnée connaissance du rapport complet, et que soient débattues les mesures indispensables et immédiates qui s'imposent". "Je suis scandalisée d'apprendre qu'un rapport officiel établi dans le cadre des services du ministère de l'intérieur, et jusqu'à maintenant tenu secret, nous révèle qu'il y aurait en Seine-Saint-Denis un divorce complet entre la police et la population, a-t-elle affirmé. Il s'agit de faits d'une extrême gravité. Et il est scandaleux que l'ex-ministre de l'intérieur, aujourd'hui président de la République, ait dissimulé ce fait aux Françaises et aux Français alors qu'il est naturellement lui-même premier responsable de cette situation."

Jean-Pierre Raffarin a estimé, de son côté, au "Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI", que "le climat électoral" n'était "pas le meilleur climat pour traiter" d'un sujet "grave" comme les difficultés en Seine-Saint-Denis. Interrogé sur un échec éventuel de Nicolas Sarkozy en tant que ministre de l'intérieur sur ce dossier, M. Raffarin a affirmé : "Je pense qu'on ne peut pas réduire des sujets aussi difficiles par le manichéisme succès-échec. Ce sera un dossier très difficile et très, très long."  Selon lui, "un travail immense" est "mené, il devra être poursuivi", et le président de la République et le premier ministre "sont mobilisés". Il a regretté que Ségolène Royal (PS), qui déplorait samedi que ce rapport ait été "caché aussi longtemps", veuille "utiliser une situation aussi difficile pour des raisons politiques".

Samedi, Ségolène Royal s'était en effet insurgée contre le fait que ce rapport ait été "caché aussi longtemps", évoquant "des vérités qui dérangent". "Je demande au président de la République pourquoi ce rapport a été caché aussi longtemps et quelles décisions vont être prises sans tarder pour rétablir les moyens de fonctionnement de la police", a insisté la présidente de Poitou-Charentes. Et d'estimer : "Sans doute pendant la présidentielle ne fallait-il pas dire des vérités qui dérangent." Précisant que ce rapport a été sorti "grâce à quelqu'un qui a envie que la vérité se fasse jour", Mme Royal a affirmé que "maintenant il faut que l'on passe à l'action".

La direction générale de la police nationale a indiqué, samedi, que ce rapport de l'Inhes était un "document interne qui n'avait pas vocation à être diffusé".

Un rapport accablant sur la police en Seine-Saint-Denis aurait été "caché" pendant des mois

es conclusions d'un rapport inédit rédigé fin 2006 sur les relations entre police et population en Seine-Saint-Denis ont été révélées par l'AFP, samedi 2 juin. Le constat est accablant : évoquant un "climat d'insécurité permanent" , l'Institut national des hautes études de sécurité (INHES), auteur du rapport, souligne un "décalage" entre la "suractivité permamente" de la police et les "réalités subies par la population". A tel point que les auteurs parlent d'une "césure" entre la police et la population dans le département.

Le document a été commandé par le préfet de Seine-Saint-Denis à l'INHES, un organisme qui dépend du ministère de l'intérieur, mais jamais rendu public officiellement. En déplacement dans l'Essonne, Ségolène Royal s'est insurgée contre le fait que ce rapport ait été "caché aussi longtemps", évoquant "des vérités qui dérangent".

"DOCUMENT INTERNE"
Il s'agit d'un "document interne qui n'avait pas vocation à être diffusé", a réagi, samedi, la direction générale de la police nationale (DGPN) selon laquelle "beaucoup a été fait en Seine-Saint-Denis" depuis fin 2006, notamment pour le "renforcement des effectifs" ou "l'accueil dans les commissariats".

La "mission d'étude" de l'INHES s'est concentrée sur quatre communes du "93", département d'où sont parties les émeutes de novembre 2005. Parmi elles, Montfermeil ou Clichy-sous-Bois. Les chercheurs de l'INHES ont rencontré pendant deux mois des acteurs municipaux, policiers ou magistrats.
 
LA POLICE DE PROXIMITÉ A EU DES "EFFETS POSITIFS INCONTESTABLES"

Les auteurs évoquent une "déferlante de violence" avec un "nombre croissant de mineurs" mis en cause dans la délinquance, une "dégradation", voire "parfois une césure" entre la police et la population. La police se concentre trop sur la lutte contre les stupéfiants ou les clandestins, affirme encore l'étude, dénonçant une "hausse artificielle" de ses taux d'élucidation, qui lui donnent "une image agressive".  La Seine-Saint-Denis, soutient l'étude, est dans une situation de "marginalisation croissante" avec une "délinquance hors normes". Un "fossé se creuse avec les autres départements" notamment pour ce qui est des faits violents constatés.

Quelles sont les solutions ? Il faut "renouer les liens avec la population des quartiers", "réorganiser le travail de la police et de ses techniques d'intervention". Un train de mesures est préconisé comme l'accueil dans les commissariats, une "doctrine d'emploi" des policiers et particulièrement des CRS. La police de proximité, dit aussi l'étude, a eu des "effets positifs incontestables" dans certains secteurs.

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3 juin 2007 7 03 /06 /juin /2007 13:19
Duels autonomiste-indépendantiste au 2e tour en Polynésie
L'ex-président indépendantiste Oscar Temaru affrontera le député UMP sortant autonomiste Michel Buillard dans la 1ère circonscription. La participation a été faible 53,06%.

 

Les bureaux de vote ont fermé à 19H00 (heure locale) samedi soir en Polynésie (07H00 dimanche matin à Paris), à l'issue du premier tour des législatives organisé avec huit jours d'avance sur la métropole, pour des raisons logistiques

Les bureaux de vote ont fermé à 19H00 (heure locale) samedi soir en Polynésie (07H00 dimanche matin à Paris), à l'issue du premier tour des législatives organisé avec huit jours d'avance sur la métropole, pour des raisons logistiques

(c) AFP
L'ex-président indépendantiste de Polynésie Oscar Temaru a été légèrement devancé (40,16%) par le député UMP sortant autonomiste Michel Buillard (41,50%) au 1er tour des législatives dans la 1ère circonscription (ouest) de Polynésie, a annoncé dimanche le Haut commissariat de Polynésie à Papeete.
 
Dans la 2e circonscription, le candidat autonomiste Bruno Sandras est arrivé en tête avec 36,98% des suffrages face à l'indépendantiste Pierre Frébault (29,71%), un syndicaliste proche de M. Temaru.
 
Les 2 circonscriptions verront donc un duel autonomiste-indépendantiste au 2nd tour. Michel Buillard et Bruno Sandras font tous 2 partie du Tahoera'a Huiraatira, le puissant parti autonomiste de Gaston Flosse, affilié à l'UMP.
 
 
Royal avait eu 82 voix d'avance sur Sarkozy
 
Ces résultats sont quasi définitifs, seuls les chiffres concernant 3 bureaux de vote isolés n'ayant encore pu être communiqués pour des raisons logistiques.
Mais le faible nombre d'électeurs en cause --181 dans le bureau concerné de la 1ère circonscription et 42 pour les 2 bureaux visés dans la 2e circonscription-- ne peuvent en aucune façon modifier les qualifiés pour le 2nd tour, a précisé à l'AFP un représentant du ministère de l'Outre-mer à Paris.
La 1ère circonscription, dite "ouest", regroupe les principales villes de Tahiti, l'île de Mooera, les îles-sous-le-vent -dont Bora-Bora- et l'archipel des Australes. Dans cette circonscription, Ségolène Royal avait eu 82 voix d'avance sur Nicolas Sarkozy au 2nd tour de la présidentielle.
La 2e circonscription (est) comprend la presqu'île de Tahiti et les archipels des Marquises et des Gambier.
 
 
Pas de triangulaire
 
Députée UMP sortante mais non investie par le Tahoera'a, Béatrice Vernaudon, candidate dissidente, a drainé 22,54% des suffrages. Victime d'une participation faible (53,06%), elle ne peut provoquer une triangulaire, échouant à moins de 500 voix du seuil de 12,5% des inscrits.
En 2002, les candidats autonomistes désignés par le Tahoera'a et investis par l'UMP avaient été élus facilement au 1er tour. 

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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 16:58
La crise est dénouée
Québec - vendredi 1er juin 2007

Québec va hausser l'impôt des banques et des pétrolières pour financer l'ajout de 111 millions$ au budget provincial. L'opposition officielle affirme que ce sont les contribuables qui paieront quand même au bout du compte.

 
«Nous prélèverons une contribution supplémentaire des sociétés de raffinage et des institutions financières», précise la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, dans une déclaration ministérielle lue à l'Assemblée nationale, quelques heures avant le vote pour l'adoption du budget, vendredi.
Ainsi, pour financer les mesures consenties à l'opposition péquiste, le gouvernement va augmenter le taux d'imposition des banques et des pétrolières de deux points, soit de 9,9% à 11,9%.
La hausse de la taxe dégagera des fonds supplémentaires pour injecter 60 millions $ de plus dans les soins à domicile et les Groupes de médecine familiale (GMF), 30 millions $ pour les élèves en difficulté et 21 millions $ pour les régions-ressources.

Ces ajouts au budget, arrachés par le PQ au terme d'une longue semaine de tractations et de négociations avec le gouvernement, permettront aux libéraux de se maintenir au pouvoir en faisant adopter leurs orientations budgétaires.
En principe, le Parti québécois demeure opposé au budget, mais ne délèguera que 3 députés pour voter contre son adoption, un nombre insuffisant pour renverser le gouvernement.
Ces 3 votes péquistes s'ajouteront à ceux des 41 députés de l'Action démocratique opposés au budget. Le vote devrait se tenir autour de midi vendredi.

ANALYSE
Jean Charest sur la sellette

Denis Lessard

Il a choisi de déclencher les élections plus tôt que prévu et les a pratiquement perdues. Il a formé un gouvernement qui a multiplié les foyers de mécontentement dans son caucus.

 

Cette semaine, sa gestion de la crise autour du budget Jérôme-Forget était la troisième prise.

Son gouvernement a été sauvé in extremis hier par le PQ, qui a décidé que seulement trois élus se présenteraient en Chambre pour voter contre son budget. Mais le clan libéral a passé toute la semaine dans les montagnes russes, et plusieurs se demandent aujourd'hui si Jean Charest est capable de faire fonctionner le ménage à trois à l'Assemblée nationale.

Bien des libéraux sont désormais convaincus que Jean Charest ne dirigera pas leur parti aux prochaines élections générales. Son départ est maintenant attendu chez ses propres troupes.

Car au-delà des bluffs et des coups fourrés, s'il est un message que les élus libéraux ont retenu de ce dernier bras de fer avec le PQ, c'est que le gouvernement ne survivra pas à celui du printemps 2008.

Sans le sou, sans chef, le PQ devait cette fois se contenter d'un baroud d'honneur - jamais plus du tiers des 36 députés n'auront été en faveur d'élections estivales, indique-t-on à l'interne. La situation sera bien différente dans un an; Pauline Marois aura alors plus d'assurance à la barre du PQ, les finances du parti seront en meilleure forme.

Et puis plus on y pense, pourquoi M. Dumont et Mme Marois voudraient-ils attendre le prochain budget? André Boisclair est parti bien plus vite que ne le prévoyaient les observateurs, et Jean Charest. L'arrivée de Mme Marois, dès la fin juin, à la barre du PQ rend plausible une motion de défiance des deux partis de l'opposition dès octobre prochain, à la reprise des travaux parlementaires.

Car Mario Dumont et Pauline Marois tombent d'accord sur une chose; les deux aimeraient bien avoir Jean Charest comme adversaire plutôt qu'un nouveau chef libéral, qui, inévitablement, bénéficiera d'une lune de miel de quelques mois dans l'opinion publique.

À Québec, dès que se ferment les magnétophones des journalistes, des élus libéraux se prennent à réfléchir tout haut à des scénarios où Jean Charest annoncerait qu'il passe la main avant la reprise des travaux à l'Assemblée nationale, à la mi-octobre.

Peut-il lire la situation?

Au PLQ, on a retenu son souffle quand Jean Charest a bombé le torse vendredi et annoncé qu'il serait intraitable sur le budget qu'il venait de déposer. Est-il encore capable de lire la situation? Sent-il encore le pouls de la population? De ses propres troupes? C'est le même Jean Charest qui, deux jours avant le scrutin du 26 mars, appelait ses ministres pour se faire rassurant, pour marteler une évidence selon lui; le gouvernement allait être majoritaire. Eux n'y croyaient déjà plus.

Les officiers du parti conscrits pour sonder la détermination des soldats par téléphone en fin de semaine dernière sont revenus bien perplexes. L'enthousiasme pour un autre scrutin était nul, c'était prévisible. Mais les commentaires sur la direction du parti en général n'étaient guère plus rassurants. Même le président du PLQ, Me Marc-André Blanchard, sondait les reins et les coeurs en soutenant qu'à son avis, une autre campagne électorale à brève échéance était impensable.

Même chez les disciples de Jean Charest, on est conscient que la grogne a pris beaucoup d'ampleur depuis une semaine. C'est bien plus intangible que l'affrontement fratricide d'André Boisclair et de Gilles Duceppe, mais l'effet accélérant est similaire.

Bien théorique jusqu'à cette semaine, la défaite du gouvernement est devenue une réalité tangible pour les libéraux. Et tout le monde est inquiet.

"Je n'ai pas entendu un attaché politique libéral dire qu'il voulait travailler à cette élection", laisse tomber l'un de ces adjoints, sous le couvert de l'anonymat. Avec un rire nerveux, les députés libéraux évoquent les épluchettes de blé d'Inde où la population se défoulerait en tirant des épis aux politiciens, tous partis confondus.

Bien des libéraux en sont rendus à craindre pour l'avenir du PLQ, et se souviennent avec une pointe d'angoisse que Brian Mulroney, le mentor politique de M. Charest, avait laissé le Parti conservateur en déroute en s'accrochant à son poste en 1993.

Avec inquiétude on observe les sondages; Jean Charest est clairement devancé par ses deux adversaires comme meilleur premier ministre. Pire encore, le Parti libéral trouve à peine l'appui d'une personne sur cinq chez les francophones. Mario Dumont et Pauline Marois ont une meilleure cote que leur parti, Jean Charest tire le PLQ vers le bas, un constat qui inquiète les libéraux de longue date qui se souviennent de plus en plus souvent qu'il n'était pas issu du parti. "Les libéraux veulent quelqu'un qui vient de la famille, ils ont besoin d'être rassurés", laisse tomber un acteur influent au PLQ.

Chez les députés, les foyers d'incendie sont désormais nombreux. Les anglophones sont malheureux, les "oubliés" sont mécontents, les "dégradés" sont furieux.

Dans l'entourage de Jean Charest, les départs s'annoncent. D'abord Stéphane Bertrand, le chef de cabinet, commence à dire qu'il ne sera pas là quand tel ou tel problème devront être réglés. D'autres disciples indéfectibles du chef reluquent des postes qui ne se libéreront qu'à l'automne dans la haute fonction publique.

Les prétendants

Reste la suite des choses. Tout récemment, au caucus des députés, Jean Charest répétait qu'on avait fait mille fois sa nécrologie politique et qu'il était toujours là. Les députés étaient dubitatifs.

Les partis poussent leur chef quand ils ont sous la main une solution de rechange, ce qui n'est pas évident cette fois. Le Dr Philippe Couillard reste le nom le plus souvent évoqué. À Québec, Marc-Yvan Côté fait doucement campagne pour son poulain. Mais les problèmes du réseau de la santé ont terni son armure - les nombreuses fermetures de lits dans les hôpitaux cet été ne l'aideront pas non plus.

Claude Béchard va, c'est certain, tenter sa chance. Issu de la base libérale, il compte bien des amis dans l'organisation du PLQ.

Pierre Paradis sera sur les rangs, ne serait-ce que pour se positionner pour l'avenir. Raymond Bachand va aussi tester sa popularité avec sa nouvelle famille politique.

Du côté des femmes, Nathalie Normandeau sera sur les rangs, mais son unilinguisme français sera un lourd handicap. Monique Jérôme-Forget a, dit-on, davantage d'appétit depuis qu'elle cumule les Finances et le Trésor. À 67 ans, elle serait toutefois un chef de transition pour des élections que les libéraux auraient concédées à l'avance.

Puis tous les autres, l'essaim de Montréalais en vue qui laissent porter leur nom, par vanité ou par réel intérêt. Liza Frulla serait surtout tentée par Ottawa, où une troisième élection l'assurerait d'une bonne pension.

Yves Séguin serait prêt demain matin, mais il est très loin de faire consensus chez les libéraux. Redevenu journaliste, Jean Lapierre assure qu'on ne l'y reprendra pas. "Amenez-moi à Louis-H. Lafontaine si j'annonce ma candidature!" lance-t-il, amusé.

Finalement, à leur grande surprise, des maires des Cantons-de-l'Est ont reçu le coup de fil de Daniel Johnson, qui se rappelait à leur bon souvenir!

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