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sur l'auteur

Je m'appelle Frédéric Faravel. Je suis né le 11 février 1974 à Sarcelles dans le Val-d'Oise. Je vis à Bezons dans le Val-d'Oise. Militant socialiste au sein de la Gauche Républicaine & Socialiste. Vous pouvez aussi consulter ma chaîne YouTube.
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Gauche Républicaine & Socialiste

13 juin 2007 3 13 /06 /juin /2007 10:52
La Belgique a connu un véritable séisme dimanche 10 juin 2007, lors des élections générales qui ont vu la victoire des Chrétiens Démocrates flamands emmenés par Yves Leterme.
parti % sièges votes
CD&V/N-VA (chrétiens-démocrates flamands)
18,5 % 30 1.234.950
MR (Libéraux wallons)
12,5 % 23 835.073
PS (socialistes wallons)
10,9 % 20 724.787
OPEN VLD (libéraux flamands)
11,8 % 18 789.445
VLAAMS BELANG (fascistes flamands)
12,0 % 17 799.844
SP.A-SPIRIT (socialistes flamands)
10,3 % 14 684.390
CDH (Chrétiens-démocrates wallons)
6,1 % 10 404.077
ECOLO (verts wallons)
5,1 % 8 340.378
LIJST DEDECKER (populistes libéraux flamands)
4,0 % 5 268.648
GROEN! (verts flamands)
4,0 % 4 265.828
FN (extrême droite wallone)
2,0 % 1 131.385
 Pour tous ceux qui ne connaissent pas la politique belge, ils se diront que ce n'est pas grave et que les chrétiens-démocrates sont des centristes qui ont longtemps gouvernés le pays avec le socialistes en coalition. Or entrés dans l'opposition en 2000 parce qu'ils faisaient déjà les yeux doux aux fascistes séparatistes flamands du Vlaams Blok, les chrétiens démocrates flamands ont poursuivi leur dérive vers la droite dure et séparatiste. Le programme d'Yves Leterme consiste à vider de son contenu tout ce qu'il reste de compétences fédérales dans le Royaume, pour se débarrasser des "derniers poids" wallons. Parrallèlement pourtant la Wallonie dirigée par le socialistes s'est très largement redressée donc le projet de Leterme vise ni plus ni moins à obtenir l'indépendance de la Flandres à son profit en essayant de neutraliser le Vlaams Belang par l'aspiration de son programme.
Le PS wallon a été battu durement suite aux derniers scandales municipalo-financiers qui ont émaillé la campagne, démontrant que Di Rupo n'avait finalement pas totalement nettoyé les écuries d'Augias à la fin des années 1990.
Situation inquiétante donc qui doit nous interroger sur l'utilité de toutes les coalitions droite-gauche...
sinon il reste à travailler au rattachement de la Wallonie à la France.
Fred


vous poouvez télécharger le dossier de presse sur les élections belges du 10 juin 2007

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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 22:24
La vidéo controversée de Nicolas Sarkozy au G8
LEMONDE.FR | 10.06.07 | 11h14  •  Mis à jour le 10.06.07 | 15h04

ontrairement à leurs consœurs françaises, les chaînes de télévision belges n'ont pas hésité à diffuser un extrait d'une conférence de presse donnée par Nicolas Sarkozy lors du sommet du G8, où le président français, rapporte une chaîne belge, "n'avait pas bu que de l'eau", pour reprendre les termes utilisés par le présentateur. Dans l'extrait vidéo, désormais facilement trouvable en ligne, le chef de l'Etat arrive devant les journaliste en s'excusant de son retard – "Je vous demande de bien vouloir excuser mon retard dû à la longueur du dialogue que je viens d'avoir avec monsieur Poutine" – avant d'enchaîner hésitations et sourires hilares.
Version Longue :

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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 20:13
"Unanime", le bureau national du PS refuse une stratégie d'alliance avec le MoDem
LEMONDE.FR avec AFP | 12.06.07 | 20h43  •  Mis à jour le 12.06.07 | 20h48

aire taire les divisions internes à moins de 6 jours du second tour des élections législatives, c'est le message qu'a voulu adresser le bureau national du Parti socialiste, mardi 12 juin. "Unanime", il a refusé la stratégie d'alliance avec le MoDem de François Bayrou proposée lundi par Ségolène Royal. "Le bureau national a été unanime sur la question des rapports avec le MoDem : on n'est pas dans une discussion d'appareil", a déclaré un porte-parole du parti, Benoît Hamon.

Selon plusieurs participants, la réunion hebdomadaire du bureau national a été marquée par "une intervention solennelle" de Pierre Mauroy. L'ancien premier ministre a déclaré devant ses camarades que la stratégie des alliances du PS relevait "des instances du parti et du premier secrétaire, et de personne d'autre", a rapporté Benoît Hamon.

"BATTRE L'UMP"

Un peu plus tôt dans l'après-midi, le premier secrétaire du parti François Hollande avait déjà démenti un éventuel désaccord avec Ségolène Royal qui avait indiqué lundi avoir "laissé un message" à M. Bayrou pour explorer les possibilités d'accords locaux de désistements. "Ségolène Royal a laissé un message à M. Bayrou de sa propre initiative. On ne va pas se plaindre qu'il y ait des discussions, mais il n'y a pas de tractation. Il n'y a qu'une direction" au PS, a insisté M. Hollande venu à Argenteuil (Val-d'Oise) pour soutenir le candidat du PS, Faouzi Lamdaoui. "Chacun a sa méthode mais c'est le même message que nous lançons : éviter que la majorité UMP devienne non seulement dominante mais écrasante", a ajouté M. Hollande.

"J'adresse un message notamment en direction du MoDem. Vous qui défendez un Etat impartial, un équilibre, le sens de l'intérêt général, votez pour le candidat qui permettra cela", a-t-il ajouté avant d'appeler les électeurs de gauche à "battre l'UMP" dans les deux circonscriptions d'Ille-et-Vilaine et du Val-de-Marne "où le Modem est au second tour et pas nous".

Pour sa part, François Bayrou a indiqué, mardi, ne pas avoir donné suite au message de Mme Royal. Il a déclaré mardi qu'il ne donnait "pas de consigne de vote"  là où les candidats du MoDem sont absents du second tour.

 

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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 08:58
Institutions et modes de scrutin
La logique des institutions de la Vème République vient de jouer à plein lors du 1er tour de l'élection législative ce dimanche 10 juin 2007. Renforcée par l'inversion du calendrier électoral décidée par Lionel Jospin (on ne refera pas l'histoire ici), les élections législatives font figure de formalité et de confirmation de l'élection présidentielle qui la précède d'un mois. Le régime qui en sort est donc plus fortement présidentialisé et la concentration des pouvoirs et de toutes les institutions nationales dans les mains d'une seule et unique formation politique - Présidence, Assemblée nationale, Sénat, CSM, CSA, Conseil constitutionnel - crée une situation inédite et probablement assez dangereuse.
On pourrait au regard de la logique institutionnelle et pour redonner un minimum de respiration au débat démocratique, s'il ne vaudrait pas mieux in fine que les élections législatives soient finalement programmées le même jour que l'élection présidentielle ; cela pourrait éventuellement ouvrir le jeu et éviterait peut-être le facteur amplificateur que nous connaissons aujourd'hui. Car paradoxalement le score du PS et de ses alliés immédiats n'est pas déshonorant (entre 28 et 29%), il est même meilleur qu'en 2002, mais les projections actuelles en siège donnent une marge d'incertitude importante allant de 60 à 180 sièges (soit du simple au triple !?!) pour le Parti socialiste, le Parti Radical de gauche et les Verts - les législatives venant sans doute de signer l'acte de décès du Mouvement républicain & citoyen de Chevènement. Mais on se gardera de construction d'agenda électoral au regard des expérimentations hasardeuses précédentes et de l'absence totale de contrôle quant aux conséquences de tels réagencements.
Par contre la question du mode de scrutin reste entière car on ne voit pas très bien vers où avance l'UMP et Nicolas Sarkozy quant à l'introduction d'une dose de proportionnelle pour les prochains scrutins. Maurice Leroy appelait de ses voeux hier soir à limiter à 477 le nombre de circonscriptions territoriales et à élire 100 députés à la proportionnelle sur une liste nationale ; cette solution semble simple mais elle comporte l'écueil de rendre plus complexe encore l'équilibre des circonscriptions territoriales dont la légitimité souffre de n'avoir pas été redécoupées de 1986 ! J'avais proposé lors de mon adhésion au PS en 1993 que l'on fasse une distinction entre départements denses et départements moins peuplés, par exemple en proposant le scrutin proportionnel à la plus forte moyenne (avec un seuil minimal de 5%) pour les départements au-delà de 250 habitants au km² et en gardant le scrutin de circonscription majoritaire à deux tours pour tous les autres. Cette solution me paraît concilier à la fois le besoin de s'appuyer sur une majorité parlementaire et de représenter plus fidèlement les choix politiques des citoyens.

Ce que dit le premier tour des législatives sur la Gauche et la campagne des présidentielles
Passons maintenant aux conséquences politiques du scrutin et aux conséquences des petits jeux des uns et des autres dans ce scrutin.
Je ne ferai pas de commentaires sur l'UMP et ses vassaux centristes ; ils ont joué leur partie, celle du soutien indéfectible au président nouvellement - et bien - élu, l'appel à lui donner une majorité et l'annonce que l'on allait enfin changer les choses dans ce pays. C'était leur rôle, ils l'ont tenu.
La défaite de la gauche au niveau où elle est annoncé ou le niveau de difficultés que rencontrent aux lendemains du premier tour un certain nombre de personnalités éminentes du Parti socialiste et de ses alliés (Bianco, Dray, Menucci, Peillon, Montebourg, Chevènement) démontrent s'il en était encore besoin que les projections réalisées en tenant compte des résultats par circonscription des élections présidentielles étaient irréalistes et décalées. Le fait que Ségolène Royal soit arrivée en tête dans 200 circonscriptions ne permettaient pas de préjuger de la capacité de la Gauche à y faire élire des députés. En effet, on sent bien là combien les votes en faveur de Ségolène Royal les 22 avril et 6 mai derniers se sont faits selon une logique défensive : l'électorat de gauche s'est mobilisé au premier tour de l'élection présidentielle en faveur de Ségolène Royal pour éviter l'élimination du second tour et une répétition du 21-Avril ; tandis qu'une partie de l'électorat de centre gauche était tenté par la candidature Bayrou, nombres d'électeurs communistes, écologistes, altermondialistes ou trotskystes ont voté dès le premier tour pour Mme Royal. Le second a vu quant à lui fonctionner à plein la logique Anti-Sarkozyste pour permettre à Ségolène Royal de se hisser à 47% des suffrages exprimés avec une forte participation ; Jérôme Jaffré notait que si l'on retirait les suffrages des électeurs motivés par le rejet de l'un ou l'autre candidat, Nicolas Sarkozy l'aurait emporté avec 61% des suffrages exprimés. Ségolène Royal a donc été portée au premier comme au second tour par une logique défensive et négative, il n'y a pas eu d'adhésion à sa candidature, il n'y a pas eu d'adhésion au projet de la gauche - le projet du Parti socialiste ayant peu à peu été largement déformé au court de la campagne par la candidate qui multipliait les annonces nouvelles non préparées -, tandis que la campagne de Ségolène Royal portait insuffisamment sur les préoccupations majeures de l'électorat (emploi, pouvoir d'achat, éducation, logement) pour emprunter des thématiques dont l'interprétation générait une ambiguité politique peu engageante (ordre juste, refus de l'assistanat, autorité, nation, drapeau, "valeur travail" dont rapidement on a vu la droite réussir à en imposer l'interprétation dans un sens réactionnaire, sans que ne vienne clairementde Mme Royal la revendication du plein emploi, du bon emploi...). Outre le fait qu'il était assez évident qu'une partie des électeurs de Mme Royal au premier tour retournerait sur les candidatures plus traditionnelles (communistes et écologistes...), la forte mobilisation des jeunes de banlieues, des précaires et des minorités pour maintenir la gauche au premier tour des présidentielles et rejeter Sarkozy au second tour s'est logiquement tarie lors des législatives. L'abstention qui a ainsi augmenté parfois de 25 à 30 points dans certaines circonscriptions entre les deux scrutins n'a été que faiblement compensé par le retour d'une très légère partie de l'électorat de centre gauche bayrouiste. Cette situation explique le score à la fois honorable du Parti socialiste mais également les projections incertaines en sièges pour le second tour. Lors des présidentielles il ne s'est en fait rien levé, il n'y a pas eu d'enthousiasme, il n'y a pas eu d'adhésion, malgré l'illusion de cette grande fraternité qui s'était incarnée lors du concert de Charléty le 1er mai 2007 ; on ne mobilise pas dans un second scrutin des personnes qui fondammentalement n'adhère pas au projet  qu'on leur a soumis aux présidentielles, encore moins à un projet qu'ils ne connaissent pas... La question de la prise de conscience et de la formation politique de cet électorat Royal défensif est primordiale si la Gauche veut reconstruire une dynamique dans les années prochaines.
J'ajouterai pour conclure que l'image donné par le Parti socialiste - ou plus exactement par certains  de ces responsables - n'a rien fait  - au contraire - pour créer une quelconque volonté de rééquilibrer quelque peu la défaite du 6 mai 2007. L'appel unilatéral à la non concentration des pouvoirs n'était pas mobilisateur, il eût sans doute mieux valu le compléter par un appel à soutenir un rebond et une reconstruction, mais cette posture était finalement rendue impossible par l'attitude de nombre de nos leaders.
Depuis le 6 mai 2007 au soir, Dominique Strauss-Khan, Ségolène Royal et Manuel Valls - entre autres - se sont complus à stigmatiser devant les médias les handicaps et les errements des socialistes, compliquant par là même la tâche aux militants et aux candidats sur le terrain : comment voulez-vous faire voter socialiste quand vos responsables parcourent radio et télés pour dire que le PS est en dessous de tout. Leur appel à la refondation ou à la rénovation - qu'ils ont par ailleurs rejeté pendant 5 ans - a été développé selon un mode négatif et leur portée médiatique oblitérait toute autre vision et discours dynamique et positif de la refondation de la gauche.
Ces trois responsables ont par ailleurs donné à penser aux électeurs de gauche que le combat était perdu d'avance et qu'il n'y avait donc plus lieu de le mener, que l'essentiel était ailleurs, notamment dans la nuit des longs couteaux, le nettoyage du Parti socialiste qui suivrait une défaite, nettoyage qui finalement serait d'autant plus efficace que la défaite serait écrasante. Quelques soient les tords, la responsabilité accablante et les erreurs de François Hollande, l'ambiance de règlement de compte à son égard, la déloyauté systématique vis-à-vis du Parti, a fatalement accentué les faiblesses électorales de la gauche.
Enfin, une fois de plus, il y a eu multiplication des incohérences et des chassés-croisés dans la manière de mener campagne. Le premier secrétaire paraissait isolé ; l'ancienne candidate revenue tardivement dans la campagne a multiplié les déclarations sans concertation avec le Parti, annonçant sa future candidature pour la conquête de l'appareil (on vous l'a dit les législatives étaient finalement accessoires), promettant à de nombreuses équipes de campagne un déplacement qu'elle ne pouvait toujours honorer (démobilisation et désorganisation de campagne assurées) et initiatives stratégiques décalées comme cette annonce qu'elle rencontrera François Bayrou entre les deux tours (des législatives cette fois-ci) alors que le président du MoDém vient d'être lessivé par la droite (il n'a donc plus rien à offrir et reste sans colonne vertébrale politique et culturelle) et que la tentation du Centre est de nature à gêner aujourd'hui le rassemblement de la gauche au second tour pour sauver les meubles.

Les perspectives à Gauche sont inquiétantes, loin de ramer dans la même direction, une partie des leaders socialistes tirent leurs équipes dans des directions différentes. Les élus et responsables communistes peinent à digérer et intégrer la bérézina complète et définitive du PCF et pourraient être tentés par le repli identitaire et suicidaire.
Au-delà de ce constat très noir, il reste nécessaire et vital que partout où c'est encore possible de mobiliser les abstentionnistes pour maintenir le maximum d'élus socialistes crédibles et refondateurs, afin d'engager dès l'été le long processus de préparation de l'alternative avec toutes les composantes de la Gauche.

Frédéric FARAVEL

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9 juin 2007 6 09 /06 /juin /2007 14:26
Sans être d'accord avec eux, il apparaît évident que la Gauche doit trouver un moyen de quitter sa posture défensive, la seule référence à la résistance à l'ordre des choses, pour  retrouver une dynamique sociale, économique et politique.
À lire donc pour réfléchir, contester, dialoguer...
FRED

 
La gauche doit sortir du pessimisme social
LE MONDE | 09.06.07 | 13h45  •  Mis à jour le 09.06.07 | 13h48

ous dressez un bilan très sévère de l'impasse idéologique où s'est enfermée la gauche française. Est-ce à vos yeux la cause principale de son échec ?

zakilaidi.jpgZaki Laïdi. En un demi-siècle de Ve République, la gauche ne sera parvenue à porter qu'un seul des siens à la tête de l'Etat. Elle souffre donc d'un handicap structurel pour rassembler durablement les Français autour d'un projet. On peut toujours invoquer l'obstacle des institutions et du statut singulier de l'élection présidentielle. Mais le problème est plus profond : la gauche ne survit qu'en se pensant comme une sorte d'anti-droite et son message majeur est devenu un message de pessimisme social. L'utopie demeure, mais négative. Loin d'annoncer le monde à venir, elle renvoie à un monde qui ne peut plus être.

 

Qu'entendez-vous par pessimisme social ?

Gérard Grunberg. Une représentation très négative du monde, qui se fonde sur une diabolisation de la mondialisation. Celle-ci est uniquement perçue comme une source de désordre économique, d'insécurité et d'inégalité sociales. Le noeud de ce pessimisme réside dans le sentiment d'impuissance - ou de résistance impuissante - face au marché et à la mondialisation.

Pourtant, pendant sa campagne, Ségolène Royal a tenté d'éveiller un "désir d'avenir"...

G. G. Et Nicolas Sarkozy a pris comme slogan "Ensemble tout devient possible" ! Autrement dit, les deux candidats ont bien perçu qu'il fallait sortir les Français de cette espèce de "dépression" où ils s'enfoncent depuis des années. Mais force est de constater, quoi qu'on pense par ailleurs du programme du candidat de l'UMP, que son "Tout devient possible" a résonné comme une espérance chez ceux qui se réclament de la droite et au-delà. A l'inverse, Ségolène Royal a bien essayé d'ouvrir sur l'avenir en appelant à la responsabilité individuelle, en demandant même aux jeunes des quartiers de Lyon "d'arrêter de se plaindre", ce qu'aucun responsable de gauche n'aurait osé dire. Mais elle s'est arrêtée en chemin.

La gauche a perdu sur le terrain des idées et des valeurs. Comment expliquez-vous cette impuissance à renouveler son projet ?

G. G. La première explication est à rechercher dans l'histoire du PS. Celui-ci a toujours voulu compenser son ancrage social relativement faible par une suridéologisation de son discours. Là encore, Ségolène Royal a cherché à sortir du piège. Mais, comme souvent, sans aller jusqu'au bout de sa démarche, à la fois par impréparation intellectuelle et par manque de soutien de son propre camp. Tout au long de cette campagne, elle n'est pas parvenue à donner à ses intuitions une cohérence politique forte.

Le second problème tient au fait que, depuis 2002, les différentes composantes de la gauche n'ont pas travaillé. Cette paralysie relève moins d'une paresse intellectuelle que d'un blocage idéologique : si les socialistes commençaient à débattre au fond des différents problèmes, ils constateraient l'ampleur de leurs désaccords internes et pourraient rapidement mettre en péril leur unité. Ils décident donc périodiquement de refermer le couvercle du chaudron idéologique après l'avoir timidement soulevé, en inventant des formules vides ou insuffisamment explicitées comme le "réformisme de gauche", ou le "oui à l'économie de marché, non à la société de marché". Or face à cette spirale programmée de l'échec, on n'a jamais entendu un responsable de gauche poser cette question élémentaire : à supposer que le néolibéralisme soit le noeud du problème, pourquoi n'y a-t-il aucune force politique en Europe capable de remporter une élection sur la base d'un programme antilibéral ?

Ce déficit réformiste de la gauche renvoie-t-il à la faiblesse de la pensée réformiste en France ?

Z. L. Oui, c'est indiscutable. La pensée politique française a trop souffert de l'influence démesurée de la culture marxiste, y compris dans ses versions pauvres ou abâtardies. Celle-ci a réussi avec beaucoup de plasticité à allier les traits anticapitalistes du marxisme avec une culture française très attachée à l'Etat et à la survalorisation du fait national. Le thème de la "mondialisation néolibérale" a, de ce point de vue-là, permis un recyclage presque parfait d'un marxisme orphelin. C'est ce qui explique pourquoi, en définitive, la chute du mur de Berlin n'a pas bouleversé le paysage intellectuel, comme on aurait pu le penser.

De nombreuses voix pressent désormais le PS d'opérer enfin sa mue social-démocrate. Cela a-t-il encore un sens ?

Z. L. L'appel à la modernisation social-démocrate a quelque chose de sympathique car il montre, sans contestation possible, que le cycle d'Epinay ouvert en 1971 est définitivement refermé. Mais cette orientation est décalée, voire dépassée.

Pourquoi ?

Z.L. D'une part, le modèle social-démocrate lui-même est entré en crise pour des raisons économiques et culturelles. La social-démocratie, c'est le compromis social entre le travail et le capital sur une base nationale. Or, aujourd'hui, en raison notamment de la mondialisation, le rapport de forces entre le capital et le travail n'est plus contraint par le cadre national. Du fait de l'arrivée sur le marché du travail mondial de plus d'un milliard de nouveaux entrants, c'est au niveau planétaire que ce compromis doit être repensé et rétabli - si c'est possible.

D'autre part, la social-démocratie raisonnait à partir de groupes sociaux relativement homogènes. Or, sous l'effet du changement technologique, de l'éclatement du monde industriel, du gonflement des services et de l'approfondissement des processus d'individualisation des préférences et des choix, il devient de plus en plus difficile de préconiser des solutions globales. La plupart des pays sociaux-démocrates sont d'ailleurs sortis de leurs vieux schémas en repensant de manière assez radicale la notion de droits sociaux. Il ne s'agit plus de droits inaliénables et intangibles, mais de garanties solides pour se construire un parcours individualisé, y compris à travers l'activation des mécanismes de marché. Cela étant, si ce modèle n'est plus d'actualité, les principes de dialogue, de concertation, d'anticipation, de décentralisation et de responsabilisation qui le fondent sont toujours pertinents.

Le tassement de la gauche radicale, la quasi-disparition du PCF, l'incapacité des Verts à arriver à maturité imposent-ils au PS de chercher son salut électoral vers le centre ?

G. G. Tout dépend de ce que signifie "vers le centre". S'il s'agit d'un retournement d'alliances, encore faut-il attendre de voir ce que représente ce centre politiquement et électoralement. S'il s'agit d'un recentrage du parti lui-même, d'une nouvelle refondation, la question est alors de savoir sur quelles bases politiques et programmatiques celui-ci peut s'opérer : comment le PS pourrait-il occuper l'espace compris entre le centre et l'extrême gauche en échappant à la fois au risque de la scission et au danger d'une unité factice qui lui a nui gravement dans le passé ?

Quelles leçons la gauche peut-elle retirer du sarkozysme ?

Z. L. Le sarkozysme repose sur la combinaison habile de trois dimensions qui n'avaient pas forcément vocation à se rejoindre : les valeurs traditionnelles de la droite (ordre, sécurité, autorité), les valeurs du libéralisme économique ("libérer le travail"), les valeurs de la nation. On est donc très loin d'un projet "ultralibéral". De ce succès, la gauche peut retirer de bonnes et de mauvaises leçons. La mauvaise consisterait à dire que si Sarkozy a réussi, c'est parce qu'il a "radicalisé la droite" et qu'il faudrait donc "radicaliser la gauche". Nul besoin d'être grand clerc pour souligner l'inanité de ce raisonnement à l'heure où la gauche recherche les voix du centre.

La bonne leçon consisterait, en revanche, à penser qu'un projet politique doit emprunter aux valeurs traditionnelles de son camp, aux enjeux d'une société moderne et aux marqueurs identitaires d'une nation. Or, si cette synthèse a été possible à droite, il n'y a pas de raison qu'elle ne le soit pas à gauche. Les valeurs traditionnelles de la gauche sont bien connues : elles tournent autour d'une aspiration forte à l'égalité. Tout le problème, pour la gauche, est de moderniser son analyse sur cette question. Elle doit admettre qu'il n'y a pas de redistribution possible sans incitations fortes, que le marché n'est pas l'ennemi du bien public, que la défense des services publics doit être découplée de la défense des statuts de ses personnels, qu'il incombe de protéger les personnes plutôt que les emplois et que si l'Etat doit être défendu, il ne doit plus être systématiquement sacralisé. Le défi pour elle est donc de partir de l'individu sans renoncer au collectif dans des sociétés de plus en plus individualistes.

A supposer que la gauche se "modernise", qu'est-ce qui distinguera une gauche moderne d'une droite moderne ?

Z. L. La droite voit dans la liberté la condition même de l'égalité. La gauche, au contraire, ne croit pas que la première exigence conduise naturellement à la seconde. La vocation historique de la gauche reste donc d'accompagner les plus faibles et de veiller à ce que l'enrichissement plus rapide d'une partie de la société ne génère pas chez ceux qui en profitent légitimement un égoïsme social qui bloquerait la progression des autres et mettrait en danger la paix sociale.

"Sortir du pessimisme social" (Hachette/Coll. Telos, 2007, 240 pages, 19€)


 

Gérard Grunberg et Zaki Laïdi, Chercheurs et enseignants Sciences Po/CNRS


Propos recueillis par Gérard Courtois 

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8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 08:10
s__gol__ne__lar__union.jpgça y est l'annonciation a été faite... Ségolène ira déposer sa motion au prochain congrès du Parti socialiste... dans un an. Elle n'exclut pas non plus de se présenter au poste de premier secrétaire, voire même de le pousser vers la sortie avant termes pour pouvoir précipiter le congrès, surfer encore un peu sur l'imposture de son discours et ainsi empêcher les autres militants de démontrer l'impasse dans laquelle elle nous a enfermés avec la proposition d'une réelle alernative de refondation.
Ce matin, elle enfonçait le clou sur France Inter. Et rien dans ses dernières semaines ne l'a un peu émue ou fait réfléchir.
Les raisons de la défaite : ce sont les éléphants qui l'ont trahi, alors qu'elle a tout fait pour les mettre à l'écart créant même pour l'occasion un cimetière des éléphants.
Les thématiques qu'elle a choisi pour sa campagne : elles étaient justes, rien dans son discours  - Ordre juste, refus de l'assistanat,  autorité,  valeur travail - n'était en décalage avec les attentes réelles de l'électorat de gauche - emploi, logement, pouvoir d'achat, éducation. Mais alors comment se fait il que les travailleurs modestes aient jugé Sarkozy plus crédible qu'elle sur tous ces sujets sans qu'elles veuillent remobiliser sur les priorités et les attentes que je citais plus haut.
Défaite ! ah non il ne faut pas en parler parce que ça perturberait ces 17 millions de Français qui se sont levés avec enthousiasme pour Ségolène Royal et  que cette "non-victoire" prépare la victoire !?! et puis de toute façon ce n'est pas sa faute, elle n'a pas eu assez de temps (Jospin en 1995 avait été désigné en janvier) Mais dès le 1er tour, toutes les analyses expliquent que les électeurs de Royal ne se sont pas mobilisés positivement mais de manière défensive. Nous ne sommes devant une dynamique d'adhésion. La défaite doit  être dite, intégrée pour être digérée, analysée et que cela nous permette de mener la refondation et les combats nécessaires qui s'ouvrent pour les prochaines.

Pauvre gauche ! on a les leaders qu'on mérite, mais on peut toujours en prendre d'autres.
Fred

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8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 08:09
Voila une nouvelle fois la démonstration que rien de particuliers ne s'est levé durant la campagne de Ségolène Royal...

L’indiscutable défaite de Ségolène Royal
Jérôme Jaffré, directeur du Cecop, chercheur associé au Cevipof | 7 juin 2007

ligne
Depuis le 6 mai au soir, on ne sait plus très bien s’il faut considérer le score de Ségolène Royal comme une défaite prometteuse, une quasi-victoire ou un échec sans appel. Le passage aux élections législatives comme les enjeux internes au Parti socialiste ont différé voire empêché d’apporter des réponses à une question pourtant fondamentale. A leur façon et avec leurs limites, les données de sondages recueillies par le Cevipof tout au long de la campagne et au lendemain de l’élection fournissent des données précieuses pour comprendre le vote des Français et apprécier la signification du résultat de Mme Royal.

L’examen de la sociologie du vote permet de constater que Mme Royal réussit à dominer Nicolas Sarkozy dans trois catégories qui jouent un rôle-clef dans la fédération de son électorat : les jeunes, les diplômés et les minorités. Parmi les électeurs de moins de 25 ans, elle recueille 63% des suffrages exprimés, 16 points de plus que Jospin au 2nd tour de 1995, mieux même que Mitterrand en 1988. Parmi les électeurs ayant au moins le baccalauréat comme diplôme, elle atteint 56% des voix. Ce soutien des diplômés est le vecteur du vote en sa faveur des professions intermédiaires (58%), des salariés du public (56%) et de sa bonne tenue dans les grandes villes, où leur poids est important (elle obtient en moyenne 49,7% dans les communes comptant plus de 50 000 inscrits).

Plus spectaculaire encore est le soutien massif des minorités à Ségolène Royal. Parmi les Français qui déclarent avoir un parent étranger, le vote en sa faveur est de 56%, parmi ceux qui n’ont qu’un grand- parent étranger, il tombe à 52%, et parmi les Français sans ascendance étrangère (qui représentent les trois quarts de la population), il n’est plus que de 45%.

Mais les données du Cevipof permettent d’être plus précis encore. Parmi les électeurs ayant une origine étrangère provenant des autres pays européens, le score de Mme Royal est de 48%, et parmi ceux qui ont une origine étrangère provenant d’un pays africain, il monte à 76% contre 24% seulement à Nicolas Sarkozy. Ces indications se trouvent confirmées par les données électorales que l’on relève dans beaucoup de communes ou de cantons de Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne. Il faut prendre conscience que, dans l’isoloir, deux France se sont opposées. Du côté des catholiques pratiquants, Nicolas Sarkozy a recueilli 77% des suffrages exprimés et sa rivale 23% ; du côté des musulmans, Ségolène Royal atteint... 94% des suffrages exprimés et son adversaire 6%.

Le 6 mai, Ségolène Royal a ainsi fédéré le vote des "insiders" (les diplômés, les habitants des grandes villes, les salariés du public) et des exclus (les minorités et les jeunes, qu’on peut d’une certaine façon y classer). Il est frappant de constater que, selon la facilité avec laquelle on déclare s’en sortir sur le plan financier, la candidate socialiste ne l’emporte que dans les 2 catégories extrêmes : les personnes qui s’en sortent très difficilement, comme il est classique pour la représentante de la gauche (mais à seulement 51%), et aussi celles qui déclarent vivre "très facilement", comme cela est moins attendu (plus nettement, à 54%). Sachant que l’essentiel des Français vit "difficilement" ou au mieux "facilement", l’alliage des "insiders" et des exclus s’est révélé minoritaire.

Ségolène Royal a échoué à recueillir une majorité des voix au sein de la France modeste, âgée, non urbaine et ouvrière. Les électeurs qui ont arrêté leurs études avant l’âge de 20 ans ont voté en grande majorité pour son adversaire (58%), ceux qui les ont poussés au-delà ont voté pour elle à 52%. Les personnes âgées de plus de 65 ans lui ont massivement refusé leur soutien (seulement 33% des voix). Dans cette catégorie, la gauche est 7 points en dessous de son score du 2nd tour de 1995. Si - hypothèse absurde - seuls les moins de 65 ans avaient le droit de vote, Ségolène Royal aurait été élue présidente.

Plus les communes sont de petite taille, plus elles ont voté en faveur de Nicolas Sarkozy, qui obtient 56% des voix là où elles comptent moins de 5 000 inscrits - et où vivent la moitié des électeurs. La France provinciale des petites et moyennes communes a refusé son soutien à la gauche. Enfin, les ouvriers n’ont voté qu’à 49% pour Ségolène Royal. De la même façon, elle ne recueille que 49% des voix parmi les employés. La candidate a échoué dans son objectif de reconquête des catégories populaires, alors que Lionel Jospin y était majoritaire au 2nd tour de 1995 et qu’il faut rappeler que François Mitterrand recueillait 70% des voix ouvrières.

Ségolène Royal a également échoué dans son objectif de conquête de l’électorat féminin que lui laissaient espérer sa candidature et ses appels nombreux dans cette direction. Elle n’obtient parmi les femmes que 46% des voix, seulement un point au-dessus de Jospin en 1995. Seules les jeunes femmes de 18 à 24 ans ont voté massivement pour elle, à 69%, beaucoup plus que les jeunes hommes (57%).

La candidate socialiste n’a pas obtenu le soutien majoritaire de la France modeste et provinciale et là réside la nature de son échec. Parmi les électeurs qui déclarent s’en sortir "difficilement" et qui auraient dû constituer le coeur de son électorat, la candidate est nettement minoritaire, avec 47% des voix. Elle a souffert des handicaps traditionnels de son camp sur les thèmes de la sécurité et de l’immigration, mais elle y a ajouté une incapacité à convaincre sur les 2 attentes fondamentales des Français lors de cette campagne : le chômage et le pouvoir d’achat. Un sondage Ipsos réalisé entre les deux tours indique que, sur le chômage, Nicolas Sarkozy était jugé plus crédible par 50% des Français contre 31% à sa rivale, et pour faire progresser le niveau de vie par 44% contre 38%.

Sur ces plans, le projet adopté par les socialistes en 2006 est à mettre en cause. Mais Ségolène Royal n’est pas exempte de critiques. Elle n’a pas réussi à imposer des thèmes de campagne, elle n’a pas donné corps à son concept pourtant très prometteur de l’ordre juste. Dans les semaines précédant le 1er tour, il ne se trouvait que 40% des Français pour lui accorder l’étoffe de président de la République, alors que 60% la reconnaissaient à son adversaire. On pourrait imputer cette différence à une réticence devant la nouveauté d’une candidature féminine, mais on peut y voir aussi l’effet d’une faible campagne. En décembre 2006, 52% des personnes interrogées lui reconnaissaient cette dimension.

En définitive, ce qui a permis à Ségolène Royal de limiter les dégâts a été la dimension anti-sarkozyste qui structurait une partie importante de l’électorat, et en particulier les jeunes, les diplômés et les minorités. Invité à préciser la motivation de son vote entre la confiance au candidat, la proximité à ses idées et la volonté de barrer la route à son adversaire, 1 électeur sur 5 cite cette dernière réponse. Parmi ceux-ci, 74% votent Royal et 26% Sarkozy. Si l’on ôte fictivement cette fraction du résultat final, le président de l’UMP l’aurait emporté sur la candidate socialiste par 61% des voix !

L’anti-sarkozysme a donc apporté 8 points supplémentaires à la gauche. Mais les premiers pas réussis du président ne lui permettent pas d’en espérer autant pour les législatives. Et préparer 2012 comme réarmer le PS supposera de mettre en avant des motivations plus positives.

Jérôme Jaffré, directeur du Cecop, chercheur associé au Cevipof
 

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8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 08:07
De Lionel Jospin à Ségolène Royal : l’introuvable troisième voie du socialisme français
Par PHILIPPE MARLIÈRE - Maître de conférences en science politique à l’université de Londres. | 7 juin 2007

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Article publié dans la revue Mouvements. Numéro spécial : « 1997-2007 : où est passée la gauche française ? , N° 50, Juin-Août 2007. 

Le défi incarné par la «modernisation» du New Labour britannique engagée par Tony Blair a-t-il permis aux socialistes de dégager une «troisième voie socialiste» qui ne soit pas synonyme de renoncement face à la mondialisation néolibérale ? Philippe Marlière analyse les errements idéologiques et politiques du Parti socialiste français depuis 10 ans. 

L’article est téléchargeable en intégralité à la fin du document

Dans la foulée d’élections législatives remportées à quelques semaines d’intervalle, Lionel Jospin et Tony Blair se retrouvèrent au congrès du Parti des socialistes européens à Malmö en juin 1997. Le jeune Premier ministre britannique vint promouvoir la «troisième voie», une méthode et un programme en rupture avec la social-démocratie traditionnelle. Charpentant son discours autour du libéralisme politique et revendiquant une large part de l’héritage économique du thatchérisme, Tony Blair mit Lionel Jospin sur la défensive. Assumant sa fidélité à la Révolution française et au socialisme, le Premier ministre français dut se résigner à endosser les habits que le prêt-à-penser médiatique lui tendait : Jospin et les socialistes français seraient le vieux socialisme qui ne se résout pas à mourir, ils incarneraient un archaïsme politique opposant une crâne − mais futile − opposition à la «modernité blairiste». Ce scénario journalistique était réglé et, sur un plan symbolique, les choses se déroulèrent ainsi peu ou prou. D’un côté, Tony Blair avait eu le loisir, depuis 1994, de peaufiner un programme et de procéder à une révision importante de la doctrine travailliste. De l’autre, Jospin avait été pris de court par la dissolution de l’Assemblée nationale et un succès électoral que peu avaient prévu. 

Le défi blairiste Les socialistes furent placés dans une position très inconfortable, car la troisième voie néo-travailliste venait heurter de front le cœur de la doctrine socialiste française . En proposant une voie qui se démarque de la «vieille» social-démocratie des Trente glorieuses et de l’ultra-libéralisme hayekien, Blair présentait une adroite synthèse du social-libéralisme anglais du XIXe siècle (capitalisme paternaliste tempéré) et de politiques néolibérales assorties de mesures de redistribution. L’objectif était de poursuivre la «modernisation» de l’économie britannique, pour l’adapter au cours néolibéral de la mondialisation. Libérale et post-thatchérienne, cette troisième voie britannique déroutait les socialistes français, car elle continuait de se réclamer du «camp du progrès» (le « centre-gauche », une «social-démocratie rénovée»). Dans son discours de Malmö, Blair résuma la démarche néo-travailliste en ces termes : «Notre tâche aujourd’hui n’est pas de mener les vieilles batailles, mais de montrer qu’il existe une troisième voie, une manière de marier une économie ouverte, compétitive et qui connaît le succès, avec une société juste, décente et humaine». Le défi de la troisième voie était là : elle ne se voulait pas tant le point médian entre socialisme et néolibéralisme, que la captation de 2 courants de gauche étrangers au socialisme français : le libéralisme et la social-démocratie. Fort habilement, le New Labour se démarqua du communautarisme étriqué des conservateurs (les «valeurs morales victoriennes») et prêta une oreille attentive – à tout le moins symboliquement – aux revendications identitaires et post-matérialistes du jour (ce qu’Anthony Giddens appelle les life politics, c’est-à-dire les attentes et les demandes qui s’articulent autour du vécu et des choix personnels des individus) : égalité sexuelle, lutte contre le racisme «institutionnalisé» et promotion des minorités ethniques, attention portée à la «réflexivité sociale» d’individus évoluant dans un monde «globalisé» et «post-traditionnel». L’autre originalité du blairisme consistait dans la mise en adéquation de la doctrine avec la pratique gouvernementale. Avant l’élection de 1997, Blair avait fait cette promesse : «Nous serons élus en tant que New Labour, nous gouvernerons comme tel.» De leur côté, les socialistes français en étaient quasiment restés à la «parenthèse de la rigueur» ouverte par Lionel Jospin en 1983 et jamais officiellement refermée depuis. Le blairisme prône l’«État social actif» et son corollaire, l’«égalité des chances» (equality of opportunity), chère aux libéraux, et non plus l’égalité de résultat (equality of outcome), exigence socialiste. Cet État «allégé» n’est plus un État actif dans l’économie, mais un simple «passeur», un «facilitateur». Il garantit encore l’accès de tous les enfants d’une classe d’âge à l’éducation ou encore la gratuité des soins médicaux pour tous, mais s’abstient de remplir le rôle d’entrepreneur économique qui fut le sien pendant les Trente glorieuses (banquier, constructeur de voitures, d’écoles, d’hôpitaux ou encore gestionnaire d’un vaste secteur nationalisé). Ce retrait de l’État de la sphère économique est un choix politique : le capitalisme financier et la mondialisation néolibérale ne sont pas l’ennemi à abattre pour les tenants de la troisième voie, ils fournissent au contraire un cadre favorable pour moderniser l’économie et la société. Bien plus, ce retrait est nécessaire pour permettre au monde des entreprises privées de «réussir», là où la «vieille» social-démocratie keynésienne a «échoué.» C’est ainsi qu’il faut comprendre l’appui sans équivoque du New Labour au monde des entrepreneurs, la promotion enthousiaste d’une économie dérégulée, flexible ou encore le refus de trop taxer les entreprises ou les capitalistes qui ont «créé de la richesse», non seulement pour eux-mêmes, mais aussi – trickle down effect aidant – pour l’ensemble du corps social. Le New Labour, c’est encore la reformulation de la question sociale en termes moraux («les droits en échange des devoirs remplis» ; par exemple l’obligation de travailler sous peine de se voir retirer les allocations chômage), une égalité relative – l’équité (ou «égalité des chances»), tout cela dans une société réputée «pacifiée», où classes moyennes et populaires se partagent les fruits d’une croissance économique continue. En 1997, le New Labour décréta la fin de la lutte des classes dans les îles Britanniques. John Prescott, le vice-Premier ministre et caution ouvrière du blairisme, saisit la dimension post-politique de la troisième voie en ces termes : «Aujourd’hui, nous sommes tous des membres des classes moyennes». Enfin, cette troisième voie post-égalitaire est apparue comme une stratégie électorale lumineuse : elle a semblé promettre des victoires infinies (1997, suivies ensuite de 2001 et de 2005). Pour le Parti socialiste (PS) qui a connu depuis 1981 autant de succès spectaculaires que de défaites désastreuses, ce dernier aspect n’était pas négligeable.

«Modernisation» jospinienne
Pour comprendre la trajectoire du PS depuis dix ans et dans quelle mesure elle se distingue du blairisme, il faut remonter aux quelques années qui précédèrent la victoire socialiste de 1997. Lors du congrès de Liévin un «coup de barre à gauche» fut donné sous l’impulsion d’Henri Emmanuelli, le premier secrétaire du parti. Quelques jours à peine après, Emmanuelli pria Jacques Delors de représenter le PS à l’élection présidentielle. L’ancien président de la Commission était alors le plus proche du discours et d’une pratique blairiste du pouvoir. Delors en avait conscience et, pour cette raison, déclina cette offre empoisonnée. Il estima qu’il n’aurait jamais pu imposer un «blairisme à la française» au PS. Le retrait d’un «modernisateur» crédible permit à Lionel Jospin de revenir dans le jeu de la présidentielle. Étiqueté à gauche, il battit nettement Henri Emmanuelli (65% des voix contre 35%). Sur fond de débat sur le «legs présidentiel» de François Mitterrand, ce vote interne fut historique à un double titre. D’une part, il officialisa la présidentialisation du PS. Jusqu’à présent, le premier secrétaire était le «candidat naturel» du parti. Or, en 1995, Jospin fut choisi par les militants car ces derniers considérèrent, sondages à l’appui, qu’il était le mieux placé pour battre le candidat du camp conservateur. Il n’en fut pas toujours de même : en 1981, Mitterrand fut investi par le PS alors que les sondages plaçaient Michel Rocard largement en tête. Les militants socialistes ont depuis intériorisé la logique de l’élection présidentielle au suffrage universel qui tend au plébiscite d’une personne et relègue au second plan la question du choix d’un candidat et d’un programme socialistes. En ce sens, le «grand renoncement» du PS à l’égard des institutions de la Ve République est intervenu lors du vote de 1995 et non, comme certains l’estiment , à l’occasion de la désignation de Ségolène Royal en novembre 2006. Le score honorable de Lionel Jospin au 2ème tour l’élection présidentielle de 1995 permit au PS de faire l’économie d’une réflexion sur les causes politiques de la débâcle électorale de 1993. Il est utile de noter que Lionel Jospin en 1995 et en 2002 (tout comme François Mitterrand en 1988), mena des campagnes électorales solitaires, de type «bonapartiste» : rédaction de son programme confiée à quelques proches, maintien du parti à distance («Mon programme n’est pas socialiste») et appel direct aux Français dès le 1er tour. Cette démarche permit à un président-candidat prônant l’ouverture au centre de se faire réélire en 1988, mais élimina un Premier ministre-candidat fatigué par le pouvoir et sans programme porteur en 2002. Lionel Jospin, qui avait jusqu’alors une image de dirigeant respectueux des militants, à leur écoute, instrumentalisa le PS à l’automne 1995, puis à partir de 1997, une fois installé à Matignon. Il entreprit de «moderniser» l’appareil socialiste pour renforcer la prééminence qu’il avait acquise lors de l’élection présidentielle de 1995. Il se soucia avant tout de ne pas être prisonnier de manœuvres éléphantesques ou de jeux de courants incertains. À cet effet, il mit sur pied une Commission de modernisation qui élabora 18 propositions soumises au vote des militants. L’une d’entre elles prévoyait l’élection des dirigeants (au niveau national et départemental) au suffrage direct des militants. Cette réforme accompagna la décision prise au Congrès du Bourget en 1993 de faire élire le premier secrétaire au suffrage direct des adhérents. Le Conseil national – le cœur de l’appareil du parti – perdit cette prérogative. Le Parti travailliste avait fait adopter des mesures similaires (le «One Member One Vote» pour l’élection du leader travailliste) peu de temps auparavant. Cette réforme avait permis à Tony Blair, un candidat issu de la droite du parti, de battre les candidats défenseurs de la tradition travailliste en 1994. La démarche jospinienne n’était donc pas anodine. Elle visait à personnaliser le pouvoir autour d’un dirigeant «présidentiable» et à neutraliser l’appareil de décision socialiste, reflet des votes militants et instance de contrôle du premier secrétaire. Elle cherchait aussi à noyer les voix des militants actifs dans celles des nouveaux adhérents moins actifs et moins politisés (et aussi moins proches d’un discours socialiste de gauche, tel la plupart des adhésions récentes à «20 €» ). Tout comme le New Labour, Lionel Jospin retint le principe libéral de «démocratie d’opinion» et écarta le principe de «démocratie socialiste». Au crépuscule du mitterrandisme, Lionel Jospin avait revendiqué un «droit d’inventaire» et affiché sa volonté de changer en profondeur les institutions de la Ve République qui, selon lui, présentaient 3 défauts majeurs : elles abaissaient le rôle du Parlement, elles créaient une dyarchie au sommet de l’exécutif (paralysante lors des périodes de cohabitation) et faisaient du chef de l’État un personnage omnipotent et quasiment irresponsable . La période de cohabition balaya la volonté réformatrice jospinienne. Pourtant nommé dans une logique parlementaire à la suite de la dissolution chiraquienne, Jospin renforça le tropisme présidentialiste du régime. Il se prononça en faveur du quinquennat présidentiel et fit modifier par l’Assemblée nationale le calendrier électoral, pour que l’élection présidentielle survienne avant les élections législatives. Gaullien, Lionel Jospin mit l’élection présidentielle au cœur du dispositif électoral et renforça la prééminence présidentelle au sein de la dyarchie. Les élections législatives n’avaient plus qu’à donner une majorité au président à peine élu. Jospin justifia ce choix institutionnel au nom du respect de l’esprit «dans lequel le général de Gaulle avait conçu cette responsabilité essentielle issue directement du vote du peuple» et appela à «redonner à cette fonction, son sens et sa portée, voire son prestige».

La sécurité, «priorité gouvernementale»
La clé des succès de la troisième voie blairiste réside en partie dans le scrutin majoritaire à un tour qui, en 2005, permit au New Labour d’obtenir 55,2% des sièges au Parlement avec seulement 35,3% des suffrages exprimés. Le scrutin majoritaire à 2 tours de notre pays ne crée pas un tel effet amplificateur. En outre, l’offre électorale au sein de la gauche française rend hasardeuse toute ouverture au centre. Fort logiquement, Lionel Jospin opta pour la reconduction de la ligne d’Epinay et l’alliance des gauches au gouvernement. La victoire inattendue du 1er juin 1997 amena la constitution du gouvernement de la «gauche plurielle», une coalition de 5 partis de gauche qui n’étaient reliés par aucun contrat politique. Le PS aborda le pouvoir après avoir eu le temps de mener trois conventions nationales programmatiques consacrées à «la mondialisation, l’Europe, la France», «les acteurs de la démocratie» et «les propositions économiques et sociales». Les textes adoptés marquèrent l’aboutissement d’une inflexion idéologique commencée dans les années 1980 : le capitalisme n’est plus l’ennemi à abattre et l’économie de marché est acceptée. Le libéralisme (économique) est devenu la notion-repoussoir majeure. Contre le néolibéralisme mondialisé qui crée des inégalités, les socialistes ont recours au volontarisme politique. L’action politique peut infléchir le cours de la mondialisation néolibérale et permet de défendre la démocratie sociale. Le PS s’affirme ici comme l’anti New Labour qui propose simplement d’accompagner le jeu des marchés. Les propositions majeures du PS en 1997 étaient toutes frappées du sceau du volontarisme d’État : les 35 heures, les 700 000 emplois-jeunes, l’arrêt des privatisations, la revalorisation salariale, la promotion de l’«Europe sociale» (l’«euro-keynésianisme» cher à Dominique Strauss-Kahn). L’État était réhabilité et la société civile passait au second plan, la loi était privilégiée par rapport au contrat. Le versant «sociétal» - comme pour le New Labour – fut traité avec soin, mais connut des résultats mitigés : la limitation du cumul des mandats qui visait à empêcher la détention simultanée d’un mandat parlementaire et la direction d’une collectivité locale fut stoppée par le Sénat (au grand soulagement de nombre d’élus socialistes), la réforme du Conseil supérieur de la magistrature qui prévoyait le renforcement de l’indépendence judiciaire vis-à-vis du pouvoir politique, fut ajournée par Jacques Chirac, la parité fut inscrite dans la Constitution en juillet 1999, mais ne s’imposa que médiocrement dans les pratiques partisanes, le gouvernement revint au principe du Jus soli pour l’acquisition de la nationalité (mars 1998), mais traita de manière conservatrice la régularisation des «sans-papiers», ce qui lui valut les critiques virulentes de la gauche associative. Dès son arrivée au pouvoir, Jospin avait tenu à faire inscrire à l’ordre du jour la question de la sécurité (ce qui rend peu crédible la thèse selon laquelle le Premier ministre aurait fait preuve de «naïveté» sur ce thème pendant la campagne de 2002). Le colloque de Villepinte d’octobre 1997 fut presenté par de nombreux experts comme le «tournant sécuritaire» du PS . À cette occasion, la sécurité fut érigée en «seconde priorité gouvernementale» par Jean-Pierre Chevènement, le ministre de l’Intérieur. Pour légitimer ce tournant, Chevènement et le PS s’appuyèrent sur la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen, arguant du fait que «l’insécurité est une inégalité» qui «touche avant tout les classes populaires». Cette réunion publique permit de rompre symboliquement avec le supposé «laxisme» et l’«angélisme» de la gauche sur les questions de sécurité. Lionel Jospin affirma que la «responsabilité individuelle [prévaut] sur les excuses sociologiques». Les lourds emprunts lexicologiques et pratiques au blairisme sont, dans ce domaine, troublants. Au même moment, Blair reprenait et développait les politiques de la «Zero Tolerance» mises en place par les Républicains aux États-Unis au début des années 1990.

Volontarisme social-libéral
Le volontarisme en matière de création d’emplois fut largement tempéré par des mesures fiscales dans l’air du temps. Prétextant une rentrée accrûe des recettes due à la reprise de la croissance, Laurent Fabius, le ministre de l’Économie et des Finances, privilégia une politique de baisse des impôts à l’endroit des classes moyennes et supérieures en mars 2000. Le gouvernement réduisit fortement le déficit public sur 5 années (de 4,2% du PIB en 1997 à 1,5% en 2001) et la dette publique (de 6% du PIB en 1998 à 5,7% en 2001). Cette politique de dépenses publiques «prudente», «responsable» s’inscrivit dans le cours des pratiques sociales-démocrates en Europe au même moment. Nonobstant son interventionnisme sur le plan de la création d’emplois (35 h, emplois-jeunes), le gouvernement Jospin n’a été que très modérément keynésien en ce qui concerne la stimulation de la demande. Jospin a même affiché publiquement une forme d’impuissance et de fatalisme économique. En septembre 1999, la direction Michelin annonça simultanément 17 % de profit et la suppression de 7 500 emplois. Questionné à la télévision sur ce qu’il comptait faire, Lionel Jospin déclara qu’il n’y pouvait rien et que le «temps de l’économie administrée est terminé». Le PS a surtout rompu avec le principe du «ni ni» (ni nationalisation, ni privatisation), instauré par François Mitterrand en 1988 et encore endossé par les socialistes lors de la campagne de 1997. La gauche plurielle privatisa le Crédit Lyonnais, «ouvrit le capital» de nombre d’entreprises du secteur public concurrentiel (soit en favorisant la constitution de grands groupes européens – Alcatel et Dassault Électronique rejoignant le capital de Thomson CSF, soit en fusionnant Aérospatiale et Matra). Dans un discours à l’université d’été du PS à la Rochelle en août 1998, Jospin ébaucha les contours d’un «socialisme moderne», en revendiquant une juste articulation entre les «moyens et la fin» . Cette distinction introduite, il expliqua que les privatisations des entreprises publiques réalisées depuis 1997 – un «moyen» – avaient été motivées par la poursuite d’objectifs économiques et sociaux de gauche – un «objectif». La vente de Thomson ou l’ouverture de France Telecom à la concurrence avaient, selon Jospin, été nécessaires pour rendre la France «plus forte dans la compétition mondiale». On pourrait définir le gouvernement de la gauche plurielle comme un «étatisme pragmatique». En revanche, il apparaît moins pertinent d’affirmer que l’expérience gouvernementale entre 1997 et 2002 a permis de dégager une «voie française», fondamentalement distincte de la troisième voie blairiste. Peut-être pourrait-on opposer le «volontarisme social-libéral» du PS au «fatalisme social-libéral» blairiste. Il faudrait aussi ajouter qu’au «fatalisme blairiste» vis-à-vis de la mondialisation aura répondu le «fatalisme jospinien» vis-à-vis de l’intégration européenne (l’Agenda de Lisbonne [2000] et les accords de Barcelone [2002], tous 2 endossés par Jospin, consacrent la victoire des thèses blairistes en Europe) et la reconnaissance que la mondialisation néolibérale ne peut être que partiellement domestiquée.

Néo-jospinisme
La séquence qui a suivi la défaite du 21 avril 2002 peut être résumée en ces termes : une succession de victoires électorales (sur fond de rejet de la droite au gouvernement) et de désaveux des dirigeants de la rue de Solférino. Suivant le retrait de Lionel Jospin de la vie politique active, le PS entra dans une période de turbulences. Au congrès de Dijon, François Hollande théorisa la notion de «réformisme de gauche», une timide ouverture vers une «blairisation doctrinale» : dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit. Les succès électoraux du printemps 2004 aux élections régionales, cantonales et européennes parurent donner raison à l’axe majoritaire contre les courants de gauche (Nouveau Monde et le Nouveau Parti socialiste) qui voyaient le PS «davantage comme un auxiliaire de la mondialisation libérale que comme son adversaire». Ces succès permirent à la direction socialiste d’éviter toute réflexion doctrinale et programmatique de fond pour tirer les conclusions de la débâcle présidentielle. À partir de 2004, le PS était déjà sur le pied de guerre présidentiel avec un trop plein de prétendants à la candidature. Entre 2002 et aujourd’hui, le PS de François Hollande n’a pas débattu (pas de conventions nationales programmatiques), n’a pas réfléchi à son avenir (autre que présidentiel) et a été dépassé par des mouvements sociaux combatifs (ce fut particulièrement flagrant lors des manifestations contre le Contrat première embauche). Il a semblé tabler sur le profond discrédit de la droite pour remporter la victoire en 2007. C’est dans ce contexte qu’intervint le référendum interne sur le Traité constitutionnel européen (TCE). Souhaité par François Hollande pour rassembler le parti derrière lui et marginaliser ses rivaux directs (Laurent Fabius et Lionel Jospin), ce référendum a provoqué une «guerre interne» dont est sortie très affaiblie une direction pourtant victorieuse. Au-delà des différends de fond entre «ouistes» et «nonistes», il est intéressant de noter que la décision de François Hollande renforça encore davantage la nature présidentialiste du PS. Le premier secrétaire bouscula volontairement les équilibres internes de ce parti qui, depuis Epinay, avaient reposé sur la synthèse des sensibilités diverses. En voulant créer le vide autour de lui par le biais d’un vote au parfum plébiscitaire, Hollande a brisé le modus vivendi et le modus operandi des socialistes. Ce n’est donc pas tant le «non-respect» du vote interne (Jean-Luc Mélenchon, Gérard Filoche, Henri Emmanuelli et tant de militants de base) qui devrait surprendre ou choquer, que la décision de François Hollande d’abandonner unilatéralement le mode de fonctionnement socialiste du parti. Le «peuple de gauche» (dont 59% d’électeurs socialistes) donna raison aux «nonistes» et enterra les rêves présidentiels de François Hollande. La ligne présidentialiste et social-libérale des «ouistes» ayant été fortement fragilisée par les électeurs de gauche, le combat «anti-libéral» aurait donc pu s’intensifier et menacer la direction. De nombreux militants le souhaitaient, mais il n’en fut rien. Les principaux dirigeants des courants de gauche (auxquels il faut ajouter Laurent Fabius) confisquèrent cette victoire et rentrèrent dans le rang. Comme effrayés par leur audace, ils se démenèrent dans des luttes d’appareil et cédèrent presque tous aux sirènes présidentielles. Laurent Fabius ne rompit pas avec la direction et, au Mans, une large majorité de cadres «de gauche» imposa la synthèse à des militants qui la rejetaient. Henri Emmanuelli se déclara en faveur d’une candidature Hollande. Isolée, la jeune garde «rénovatrice» (Arnaud Montebourg, Vincent Peillon) se rallia à la candidature de Ségolène Royal au printemps 2006. À défaut de «sortir la de Ve République» − une ambition devenue hors de portée avec Ségolène Royal − ils se raccrochèrent au vague espoir (certes personnellement profitable) de «sortir» les éléphants au pouvoir dans le parti pour prendre leur place.

La boucle est bouclée : le jospinisme n’a pas été vaincu. Il a survécu au retrait de Lionel Jospin de la politique et a marqué de son empreinte la campagne de Ségolène Royal. Appelons cela le «néo-jospinisme». Le gouvernement Jospin a répondu au défi blairiste en entreprenant de se distinguer symboliquement de la troisième voie britannique (Jospin : «Nous ne sommes pas des sociaux-libéraux» ; Jean-Luc Mélenchon : «Le gouvernement Jospin est le plus à gauche dans le monde» ; Henri Weber : «Nous maintenons un rapport critique au capitalisme», etc.). Le blairisme a en fait fourni aux socialistes une occasion de réactiver un sinistrisme de bon aloi et à peu de frais («Nous restons des socialistes et si vous ne nous croyez pas, écoutez Tony Blair parler»). Malheureusement, aucune des vagues tentatives de distinction doctrinale (le «socialisme moderne» jospinien ou le «réformisme de gauche» hollandais) n’a été substantiellement enrichie et développée. Sur le plan politique, tout en évoluant dans des contextes socio-économiques différents, le PS au pouvoir ne s’est pas radicalement démarqué du New Labour : le même respect des «équilibres budgétaires», le même refus des hausses d’impôt pour les plus riches, les mêmes privatisations et le même fatalisme vis-à-vis de la mondialisation néolibérale. Sous Jospin, le PS est devenu une formation politique dont l’organisation, les ressources (financières et humaines) ont été toutes dirigées vers la compétition présidentielle. Étrange destin pour cet homme qui revendiqua le «droit d’inventaire» du mitterrandisme et qui voulait «présider autrement» la Ve République. Le choix de Ségolène Royal comme candidate s’explique ainsi aisément. Selon la logique bonapartiste de l’élection, les militants socialistes ont fort logiquement investi celle que les Français plébiscitaient à travers les sondages. En ce sens, le choix de Royal n’a pas marqué le passage du «parti de classe» (puisque le PS d’Epinay n’a jamais été social-démocrate) vers un «parti d’opinion». Ce vote s’est au contraire inscrit dans le droit fil de la présidentialisation du PS (impliquant le dépassement de sa nature «socialiste»), commencée par François Mitterrand, amplifiée par Lionel Jospin et consolidée par François Hollande. Lors de ses campagnes interne et présidentielle, Ségolène Royal a démontré que dans sa marche infructueuse vers le pouvoir, elle était en tous points fidèle à Lionel Jospin . Contrairement aux apparences, la campagne royaliste n’innova pas sur le plan de l’organisation. La candidate socialiste dirigea une équipe orthodoxe, tentant même de renouer avec les coalitions socialistes attrape-tout des années 70 et 80 : gauche républicaine (Chevènement), barons du mitterrandisme (Bianco), «rénovateurs de gauche» (Montebourg, Peillon) et axe social-libéral (Strauss-Kahn), qu’elle privilégia. Seule la gauche socialiste (Emmanuelli, Mélenchon, Filoche et, aujourd’hui, Fabius) fut, de bout en bout, tenue à l’écart de cet effort collectif. Etrangère au jeu des courants et très peu impliquée dans les débats du parti, Royal mena une campagne droitière sur les thèmes de la sécurité publique et des moeurs, censée séduire un électorat populaire qui s’était abstenu ou qui avait voté pour Le Pen en 2002. Peine perdue, le score de Nicolas Sarkozy – le candidat de l’Ordre authentique - dans les milieux populaires est impressionnant. La thématique de «l’Ordre juste» royaliste n’a pas pesé lourd face à la démagogie d’une droite sarkozyste décomplexée qui a séduit largement l’électorat lepéniste. L’autre versant de la campagne a campé la thématique de la démocratie participative. Les réunions animées essentiellement par les militants des clubs Désir d’Avenirs ne suscitèrent pas l’intérêt populaire escompté. En réalité, Ségolène Royal ne put éviter le désastre d’une nouvelle élimination au premier tour que grâce au soutien d’un électorat de gauche politisé et avec une conscience de classe. Ce vote de gauche pour la candidate socialiste est paradoxal car il a été acquis en dépit de la personnalité et des propositions de Royal qui suscitent à gauche les plus fortes réserves. Caressant dans l’entre-deux tours l’idée d’une alliance avec le centre droit bayrouiste, les appels de la mouvance blairisante du PS (Rocard, Kouchner, Strauss-Kahn) furent, une fois encore, ignorés par les électeurs : le centre politique penche avec une constance remarquable à droite, ainsi que l’électorat bayrouiste et les députés de l’UDF ont pu le démontrer au deuxième tour. Au soir de la défaite, ces mêmes idéologues de l’ouverture au centre continuaient de prôner la poursuite d’une stratégie qui, par le passé, a englouti la SFIO et a failli détruire le PS entre 1988 et 1993. Ce nouvel échec cuisant de la gauche est avant tout celui du PS qui a mené cette campagne sans ligne politique claire, sans avoir défini au prélable ce que signifait le socialisme du XXIe siècle, ou encore sans se demander ce qu’il souhaitait accomplir une fois au pouvoir. Balloté au gré des sondages d’opinion, il a pensé – à tort – qu’une candidature féminine combinée à l’hostilité suscitée par Sarkozy seraient suffisants pour renouer avec la victoire. La droite a gagné triomphalement en étant de droite, la gauche a perdu spectaculairement en n’étant pas clairement de gauche. Aux socialistes honnêtes d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

 
A voir aussi : Site de la revue Mouvements
rond Télécharger l’article de Philippe Marlière en format PDF - (PDF- 210.2 ko)

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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 10:23
voilà j'ai signé l'appel qu'on retrouvera à l'adresse http://www.gaucheavenir.org/
mais sans adhérer. Je pense que cette démarche peut être utile ajoutée à d'autres, mais je souhaite privilégier mon engagement aux côtés du Nouveau Parti Socialiste (ou ce qu'il en reste après la désertion de Vincent Peillon et Arnaud Montebourg) pour transformer le PS et la Gauche.

 
L'appel du 4 juin 2007

Face à une droite décomplexée, la gauche est aujourd’hui désorientée, écartelée et sans véritable repère unifiant. Elle a le devoir de redéfinir des valeurs claires et mobilisatrices ainsi que des objectifs simples. Il s’agit là d’un préalable à toute « refondation », « rénovation » ou « rassemblement ».
    C’est ainsi, en ne se trompant ni sur le diagnostic ni sur la méthode, que l’on redonnera espoir à celles et ceux qui se reconnaissent dans la gauche.
    En créant Gauche Avenir, nous voulons contribuer, en dehors des partis, de leurs enjeux de pouvoir et des rivalités de personnes, à cette « redéfinition ». Issus de différentes sensibilités politiques, sociales et culturelles, nous souhaitons rassembler toutes celles et tous ceux qui veulent s’associer à cette démarche et qui, sans se renier, ont compris que le monde a changé et que de nouvelles aspirations se sont fait jour. Cette démarche, patiente et sérieuse, s’appuiera sur une volonté de dialogue, d’écoute et d’ouverture à tous les courants de la gauche.
                    
    Nous appelons à nous rejoindre (www.gaucheavenir.org) les hommes et les femmes qui partagent notre analyse et qui veulent œuvrer à ce renouveau en redonnant toute sa place à la culture de gauche dans le débat d’idées.                 

Premiers signataires :
Abdi Mohammed (président d’association), Attar Michèle (membre du Conseil économique et social), Candar Gilles (historien), Cabanes Claude (journaliste), Champagne Patrick (sociologue), Corbière Alexis (élu municipal à Paris), Duron Jacques (membre du Conseil économique et social), Gayssot Jean-Claude, Gendre Pierre (syndicaliste), Laignel André (député européen), Lefebvre Rémi (professeur de sciences politiques à l’Université de Reims), Levaï Ivan (journaliste), Lienemann Marie Noëlle (députée européenne), Marlière Philippe (politologue), Maurel Emmanuel (conseiller régional, Directeur de la revue « parti pris »), Moglia Michael (conseiller régional, Président du club CSPRG), Pena-Ruiz Henri (philosophe), Quilès Paul, Wurtz Francis (Président du groupe Gauche Unitaire Européenne au Parlement européen)

 4 juin 2007

 

 

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6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 20:01
En 2005, un rapport préconisait le remodelage des circonscriptions avant les législatives de 2007
 
LE MONDE | 06.06.07 | 15h34  •  Mis à jour le 06.06.07 | 15h35

es circonscriptions dans lesquelles les 577 députés s'apprêtent à être élus ne correspondent plus aux réalités démographiques de la France et auraient dû être remodelées avant les scrutins des 10 et 17 juin. Telles sont les conclusions d'un rapport que ni Dominique de Villepin ni Nicolas Sarkozy n'ont souhaité rendre public avant les échéances électorales, mais dont Le Monde s'est procuré une copie.

Le 4 mars 2005, M. de Villepin, alors ministre de l'intérieur, constitue un groupe de travail et lui assigne la mission de " préciser la portée juridique de l'obligation de procéder au remodelage (des circonscriptions législatives et des cantons), puis de définir une méthode afin que, s'il était décidé, ce remodelage soit mené dans le respect d'une triple exigence de neutralité, de transparence et d'équité". Présidé par le conseiller d'Etat Pierre Bordry, le groupe de travail remet son rapport le 1er juin 2005 à Dominique de Villepin - devenu premier ministre - et au nouveau locataire de la Place Beauvau, Nicolas Sarkozy. Depuis, le rapport est resté dans un placard, malgré la recommandation du groupe de travail de le rendre public et de " consulter sur cette base les principales organisations politiques avant de déposer le projet de loi d'habilitation". Et pour cause, c'est un sujet sensible.

Pour tenir compte de l'évolution démographique depuis la dernière loi électorale de 1986, le rapport préconise en effet que 18 départements "surreprésentés" à l'Assemblée nationale - dont Paris et le Nord - perdent un à deux sièges et qu'au contraire, 17 départements "sous-représentés" - dont la Seine-et-Marne et la Gironde - en gagnent un à deux. A titre d'exemple, le député de la circonscription la plus peuplée du Val-d'Oise représente 188 000 électeurs quand celui de la circonscription la moins peuplée de Lozère n'en représente que 34 000.

"PEU COMPATIBLES"

Ni Dominique de Villepin ni Nicolas Sarkozy n'ont voulu prendre le risque d'ouvrir le chantier du remodelage des circonscriptions avant les législatives (Le Monde du 17 février 2005). L'ancien président du Conseil constitutionnel, Pierre Mazeaud, avait pourtant menacé d'invalider les résultats des circonscriptions qui lui seraient déférées. Après les législatives de 2002, le Conseil avait déjà souligné que depuis 1986, " deux recensements généraux intervenus en 1990 et 1999 (avaient) mis en lumière des disparités de représentation peu compatibles" avec le principe constitutionnel selon lequel " l'Assemblée nationale (...) doit être élue sur des bases essentiellement démographiques".

La loi électorale de 1986 précise que les écarts de population entre circonscriptions ne doivent en aucun cas aboutir à ce qu'une circonscription dépasse de plus de 20% la population moyenne des circonscriptions du département. Or le rapport relève que, sur la base du recensement de 1999, 25 circonscriptions ont un écart à la moyenne départementale supérieur à +20%. Ainsi de la 2e circonscription du Val-d'Oise (+53,2%) ou de la 6ee circonscription de la Haute-Garonne (+32,6%). À l'inverse, 11 circonscriptions ont des écarts négatifs supérieurs à 20% : 2 circonscription du Var (-42,4%) ou 8e circonscription de la Haute-Garonne (-29,3%). Au total, 41 départements et collectivités d'outre-mer sont concernés par des " déséquilibres majeurs" entre circonscriptions, soit 40%. " La combinaison de ces écarts entre circonscriptions avec les disparités de représentation entre départements rend de moins en moins théorique le risque de voir un parti ou une coalition minoritaire en voix recueillir une majorité de sièges à l'Assemblée nationale", souligne le rapport.

Pour remodeler les circonscriptions, le rapport propose de maintenir le nombre de sièges à 577, mais de retenir comme valeur cible un écart maximal de 10% par rapport à la moyenne départementale. Selon la méthode de répartition par tranches de population, un siège de député serait attribué par tranche de 116 200 habitants et non plus de 108 000, comme c'est le cas depuis 1986. En revanche, le rapport ne remet pas en cause la règle selon laquelle un département ne peut avoir moins de deux députés. Au total, ce sont donc 35 départements qui doivent perdre ou gagner des sièges. Un chiffre qui sera encore supérieur si le gouvernement ouvre enfin le chantier du remodelage, car il devra s'appuyer sur le recensement de 2008.

 
Stéphane Mandard
CHIFFRES

35 DÉPARTEMENTS CONCERNÉS PAR LE REMODELAGE :

17 DOIVENT GAGNER DES DÉPUTÉS

+ 2 sièges : Haute-Garonne, Seine-et-Marne et Réunion ;

+ 1 siège : Ain, Gard, Gironde, Hérault, Ille-et-Vilaine, Isère, Loiret, Savoie, Haute-Savoie, Var, Vaucluse, Val-d'Oise, Mayotte, Polynésie.

18 DOIVENT EN PERDRE

- 2 sièges : Nord et Paris ;

- 1 siège : Allier, Charente, Indre, Marne, Moselle, Nièvre, Pas-de-Calais, Hautes-Pyrénées, Haute-Saône, Saône-et-Loire, Seine-Maritime, Deux-Sèvres, Somme, Tarn, Seine-Saint-Denis et Val-de-Marne.

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